‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 3)Chapitre 15 sur 111 · EL · texte numérisé non relu

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la pcnlétéris, et que les Amphictyons rendaient leurs comptes de Délies en Délies, comme les trésoriers d’Athéna de Panathénées en Panathénées os. Ces assertions, connexes entre elles, sont également erronées. La période administrative et financière ne coïncide pas avec la période liturgique. Il ne faut donc pas ajouter aux actes accomplis durant les Délies la clôture de l’exercice financier et la reddition des comptes des Amphictyons. On ne sait quel rôle était dévolu à ces magistrats dans les Délies : on voit seulement que les dépenses étaient prélevées sur leur caisse en tout ou en partie 30.

Il eût été intéressant de connaître les peuples qui prenaient part aux Délies ; mais les renseignements sur ce point sont rares et peu précis. Si l’on examine les comptes des Amphictyons, on voit que les peuples des Cyclades 37 sont les plus étroitement unis à Délos (Myconos, Syros, Siphnos, Ténos, Icaria, Paros, Ce'os, Sériphos, Ios, Paros, Naxos, Andros, Carystos en Eubée). Les catalogues d’offrandes mentionnent des ethniques se rapportant aux pays suivants : Naxos, Myconos, Amorgos, Paros, Mélos, dans la mer Egée, Argos, Sicyone, sur le continent grec, Élaia en Asie, Chalcis en Eubée 38. Nous savons d’ailleurs, par Pausanias, que Pronomos de Chalcis composa, vers la fin du ve siècle, un prosodion pour les théores envoyés par cette ville à Délos ". Les offrandes des Tauroménitains, des Naxiens et des Léontins 100 de Sicile s’expliquent par des circonslances passagères, par leurs relations avec la ville d’Athènes, et ne prouvent pas que ces villes eussent l’habitude de fréquenter les fêtes. Ainsi, à part les insulaires des Cyclades, on ne saurait dire quels étaient les membres de l’Amphictyonie et les participants des Délies 101.

IV. L'histoire des Délia est le dernier point qu’il reste à examiner. Comme la fête était proprement athénienne, elle suivit toutes les vicissitudes de la fortune d’Athènes. Les débuts en furent magnifiques, leur splendeur même répondait à un dessein politique (théorie de Callias, fils d Ilipponicos, théorie de Nicias, dont le faste demeura légendaire 102). Les malheurs de la guerre, peut-être aussi le sentiment d’une tentative manquée, portèrent les Athéniens à en tempérer l’éclat. Les fêtes se prolongèrent néanmoins jusqu’à la prise d’Athènes et à l’intervention de Lysandre dans les affaires de Délos103. La durée du temps pendant lequel elles furent ensuite suspendues peut être calculée très exactement, au moyen des couronnes numérotées. 11 y en avait douze en 364, quinze en 354, dixlmit en 342, vingt en 334, alors qu’il s’était écoulé en effet seize, dix-neuf, vingt-deux et vingt-quatre périodes quadriennales 10‘. Les Délies ont donc été interrompues pendant quatre pentétcrides, c’est-à-dire que les jeux cessèrent bien que l’on continuât à envoyer des théories103. La tradition ne se renoua qu’en l’olympiade 98,3 = 386/5, un an après la paix d’Antalcidas. La formation de la seconde ligue maritime (378) rendit sans doute aux Délies un éclat

Boeckh, Klein. Schr. V, p. 430 et suiv., Staatsh. h. Il, p. 76 et s., 3" édit.; A. Mommsen, Delphika, p. 312-322; Gilbert, Dctiaca, p. 36 et s.; Attinger, Beitraege z. Gesch. v. Delos, p. 31 et s. — 06 Corp. inscr. A. II, 814 A, 31.

— 07 Curp. inter. A. II, 814, liste des peuples et des particuliers dont le temple est créancier. 03 Corp. inscr. A. II, 813-827 et surtout riuventaire inédit do 364.

00 Pausau. IX, 12, 5. Le fait doit être postérieur à la fondation des Délies.

- m Corp. inscr. A. Il, 818, 1. S, 8.0, 1. 12, ou la lecture de M. Kübler A[t]ov ’[‘7.]°; boit être remplacée par Aeovtïvo'., d’après l’inventaire de 3G4 et ceux des hiéropes déliens. Inventaire de 364 — 101 Une inscription trouvée à Larissa, eu Thessalio, fait mention d’une victoire remportée dans les Délies. Mais le nom du vainqueur manque, celui de l’artiste qui avait fait la statue est iuconuu et l’on n’a mèmè aucune donnée sur les caractères paléogrupbiques du monument (Bull, de co/ / . Mit, 1886, p. 441). — 102 Corp. inscr. .1. Il, 818, 1. 7-8, 824, 1. 9 12. Tlut.

nouveau 10°, et elles se prolongèrent tant bien que mal jusqu’en 330/29, où fut consacrée la vingt et unième et dernière couronne107. C’est vers ce temps que Démélrius de Phalère dut être vainqueur de la course en char 108. Que les Athéniens aient été dès lors chassés de Délos, ou qu’ils s’y soient maintenus dans une situation plus ou moins précaire, les jeux cessèrent de nouveau. Bientôt l’habitude d’envoyer des théories, qui n’avait jamais été abandonnée, même après 404, tomba en désuétude à son tour, etlàThéoris, demeurée toujours jeune depuis Thésée, périt faute d’entretien 10°. La fête nationale des Déliens, les Apollonia, se relevait cependant et se parait de tous les ornements des Délia, concours, sacrifices et chœurs ,10. Il faut attendre cent cinquante ans et le retour des Athéniens, remis en possession de Délos par le sénat romain en 166 av. J.-C., pour voir renaître une dernière fois les Délia. On sait par Strabon que les Athéniens donnèrent tous leurs soins aux choses du culte et du commerce. La panégyrie était un attrait pour les étrangers, une occasion excellente, une garantie de sécurité pour les marchands; l’affluence des étrangers à son tour embellissait les fêtes111: les Délies refleurirent, moitié solennités et moitié foires, comme par le passé. Les inscriptions aussi témoignent de leur existence; théarodoques, canéphores, tout l’ancien personnel reparaît avec les anciennes fêtes 112. Ces textes sont de la fin du ue siècle, je n’en connais point d’autres. L’expédition de Mithridate frappa du même coup le commerce et la religion, et mit un terme aux fêtes 113.

Délia de Délion en Béotie. — Sur la côte est de la Béolie entre Oropos et Aulis, dans le territoire et près de Tanagra, existait un temple d’Apollon Délien, sorte de coloniereligieuse du sanctuaire de Délos. Le temple occupait une hauteur, au pied de laquelle se trouvait une petite ville : tous les deux portaient le nom de A/Xtov (auj. Dhilissi) ,u. En 424, les Athéniens envahirent la Béotie et se fortifièrent dans l’enceinte sacrée ; mais leur armée ayant été battue en rase campagne, la garnison dut capituler113. Les Béotiens vainqueurs, pour rappeler leur victoire et expier le sacrilège des Athéniens, consacrèrent l’argent du butin à l’érection d’un portique et à la fondation de fêtes en l’honneur d’Apollon, Latone et Artémis 116. La petite bourgade, le temple, qu’on avait laissé jusque-là tomber en ruines, devaient être le centre d’une grande solennité pambéotienne(TtavTiyupiç), ou même internationale. Les évènements militaires qui précédèrent l’institution et en furent la cause se passèrent au début de l’hiver, au mois d’octobre117 : on ne sait si les Délia se célébraient à l’anniversaire de la bataille, ou au printemps, époque favorite de la religion apollinienne. La date de la fondation, postérieure seulement de deux ans à celle des Délies attiques, l’éclat de la solennité indiquent peut-être chez les Béotiens 1 intention d’opposer fete à fête. En tout cas la splendeur

Nie., 3. Peut-être Euthydicos et Autoclês sout-ils aussi des archi théores, mais bicu plus modestes eu leur appareil et leur générosité. Corp. inscr. A. 11, 818. 1. 6, 8-9

— 103 Bull, de Corr. hell. 1879, p. 13 et s. (= Dittenberger, Sylloge , n°50.) — 10V Ibj-

raolle, Archives, p. 28-9. 103 La preuve est que la théorie avait été envovèe régu¬

lièrement en Thargélion 399, l'année de la mort de Socrate; Hermann, De Thcor. Deliaca. — toc Corp. inscr. A. Il, 814 et Bull, de corr. hell ., 1884, p. 290. — 107 |[omollc, Archives , p. 29. — 108 Dittenberger, Sylloge, n“ 121 (= Rangabé, Anl. hell., 1079.) — 109 llomolle, Archives, p. 29-46 ; Plut. Thés. 22. — HO Inscr. chorégiques de Délos, cf. note 76, et Bull, de corr. hrllén. 1882, p. 140. — H1 Strab. X, p. 485 ; Pausau. VI 11, 33, 2. — 112 Bull, de corr. hellén., 1879, p. 379 ; Corp. inscr. gr. 2329.

— 113 Pausau. III, 23, 3. — m Herodot., VI, 1 18; Strab. IX. 2, 7; Liv. XXXV, 51 ; P.iusan. IX, 20, 1. — 113 Thucyd., IV, 89-100. — 116 Diod. Sic., XII, 70. — 117 Toï S’I-ifiyvoaïvo-j ^Eqxwv/j; tûdù; A^o^fvou, Thucvd., IV, 89.

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des Délia de Délion 118 fut de courte durée, nous n’en savons que le nom et l’origine. Tu. Homolle.

DELIADES [délia].

DELÏASTAI [délia].

DELICATES, DELICATA. — Ce mot se rencontre quelquefois comme un terme d’affection employé par des parents à 1 égard d un enfant 1 . Plus souvent il désigne un de ces jeunes esclaves favoris [deliciae] de leur maître, que leur grâce ou leur esprit avait fait attacher à sa personne, et dont il faisait sa société habituelle à table, au bain, au jeu, à la promenade 2. Ces enfants étaient nombreux dans les grandes familles de Rome, où on les élevait avec soin dans un paedagogium. On leur enseignait tous les arts qui pouvaient faire valoir leurs dons naturels 3. Toujours vêtus et parés avec la plus grande recherche, leur beauté et leur élégance étaient un des luxes des maisons riches 4. On peut reconnaître plusieurs de ces dehcati dans des fresques découvertes a Rome au siècle dernier près de

Fig. 2300. Jeunes esclaves. Fig. 2301.

Saint-Jean de Latran6; ils sont représentés portant des plats à un festin (fîg. 2300, 2301). E. Saglio.

DELICIAE, DELICIUM. — Ce mot, qui dans sa signification la plus générale s’applique à tout ce qui a de 1 attrait ou est l’objet d’une prédilection marquée, était donné, chez les Romains, plus particulièrement à des animaux familiers d amusement et de luxe (nous renvoyons à ce qui été dit sur ce sujet à l’article bestiae mansuetae) et aussi à des enfants qui faisaient partie de la domesticité des grandes maisons, choisis pour servir à leurs jeunes maîtres de compagnons de jeux, ou pour divertir des personnes plus âgées par leur gentillesse et la vivacité de leur babil. Tels étaient ceux dont Auguste s'entourait et avec lesquels il aimait à se délasser ; il préférait, dit Suétone, ceux qui venaient d’Afrique et de Syrie1, mais il n’avait

que de l’aversion pour les nains, les monstres, les malheureux contrefaits ou faibles d esprit, tous les disgraciés de la nature, que l’on trouve aussi comptés parmi les amusements favoris (in deliciis) 2 des riches Romains.

Il ne manque pas de monuments antiques qui représentent ces êtres difformes dont ils se faisaient des jouets, et leur nombre même atteste, en dehors des autres témoignages, combien, à Rome, on se plaisait à ces misérables spectacles. On en trouvera ailleurs des exemples [nanus,

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