‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 3)Chapitre 21 sur 111 · DER · texte numérisé non relu

DER

DES

DERMATIIîON (AepuaTixo'v). — Si l’on devait ajouter foi à un renseignement qui nous est donné par le scholiaste d’Aristophane1 et par Suidas2, les restes des victimes offertes dans les sacrifices auraient été attribués aux prêtres par une disposition législative expresse. Cette attribution légale peut être contestée; mais, en fait, il paraît certain que, lors des sacrifices offerts par les simples particuliers, les prêtres bénéficiaient des dépouilles des animaux3. Il en était de même pour les sacrifices publics de peu d’importance; c'était peut-être l’État qui faisait vendre les peaux et qui en encaissait le prix; mais il accordait aux prêtres une indemnité pécuniaire. Ainsi s’expliquerait dans une inscription 4 la mention de diverses sommes de 3 drachmes payées à des prêtresses pour les deaux des animaux offerts en sacrifice6.

Mais, dans les sacrifices publics plus considérables, notamment dans ceux qui étaient offerts à l’occasion des £7t t0£xo i £opToü, sacrifices dans lesquels on immolait des centaines de bœufs et qui étaient accompagnés de festins, les peaux et les autres dépouilles des animaux égorgés (entrailles, cornes, etc.) appartenaient à l’État. Le produit de la vente était versé dans les caisses du trésor public et formait sous le titre de Aepuarixov l’un des articles du budget des recettes de la république athénienne.

Le Aeppanxôv n’était pas une ressource à dédaigner pour le trésor public. Nous pouvons nous faire une idée de son importance enlisant un compte de cette recette pour les années 334 à 331, compte qui se rattache h l’administration financière de l’orateur Lycurgue, bien qu’il ne soit pas, comme Boeckh l’a prétendu par erreur, un compte rendu par Lycurgue lui-même, en sa qualité de Tauxa; vTj StoixyjjEt6. Dans ce compte, dressé par une commission formée des trésoriers de la déesse et de curateurs élus par le peuple lut tou vtxxç xcu va uo|/.7t£7cc, c cst-ù-dire chargée de faire les dépenses proposées par Lycurgue pour le service de Minerve, on voit que le produit de la vente des peaux des victimes offertes dans les grands sacrifices, en l’an 334 (ol. 111, 3), s’éleva pour sept mois seulement à la somme de 5099 drachmes et 4 oboles 7 ; A la suite des Dionysies urbaines, les BoCîvai versèrent plus de 808 drachmes, ils en versèrent 1050 à la suite du sacrifice à Jupiter Sauveur. Nous n’avons pas le total pour les années suivantes, mais nous trouvons, en 333 , un versement de 26 1 0 drachmes et 3 oboles, par les boônai, à la suite du sacrifice à Jupiter Sauveur; en 332, un versement de 1183 drachmes, par les hiéropoioi, à la suite d’un sacrifice en l’honneur de Thésée ; un versement de 711 drachmes par les stratèges, à la suite d’un sacrifice en l’honneur de la Paix. — Les chiffres variaient naturellement d’une année à l’autre, avec le plus ou le moins d’éclat de la fête. Ainsi, pour les fêtes en l’honneur de la Paix, il y a 874 drachmes en 333, et 711 en 332. Pour Jupiter Sauveur, la différence est plus grande encore : 2610 drachmes en 333 et 1050 in 334.

Le versement du AepaocTixôv entre les mains des tréso-

rest Leipzig, 1858, p. 226-241; Heimbach, Creditu.ni, Leipzig, 1849, p. 431-447 ; Bat’hardi! Lrbuch des rôm. Reckts, 2» éd. Stuttgart», 1854, II, * 256, p. 749 à 753 - Rein, Dus Prioatrecht. d.Rômer, Leipzig, 1858, p. 665, 770, 868, Du Caurroy, Ins'tit. cxpliq., 8- éd. 1851, II, n» 951, 952, 1017, 1234; C. Demangeat Cours elem. de droit rom., 2” éd. Paris, 1867, p. 67 il 171, 565, 566 ; Ortolan, Explie. htst. des Institues de Justinien, 12" éd. Paris, 1886, III, n« 1220-1224.

OERMATIKON. 1 Ad Vesp. 695, Didot p. 151; cf. Ad Plutum, 1181. - S. ».

- 3 Aristophan. Thesmophor., 758. - '* Rangabe, Antiquités hellenioues II' n" 816 — « Cf. Corp. inscrip. graecar. pour Halicarnasse, n° 2656, et pour nTo 2265. - e Cf. Boeckh, Staatsk. der Atkener, 3- éd„ .886 II, p. 99 à 126; ’j. Mar.hr, Les sacerdoces athéniens, p. 123-124. - 7 Koehler, Corp. mscr.

riers de la déesse était fait le plus souvent par les Boônai ou par les Hiéropoioi; mais il avait aussi lieu quelquefois par les soins des magistrats qui étaient chargés de la direction des sacrifices, par exemple des gusTYipttov £tu|xeàïitc« pour la fête des Aijvata ; des toû ù-ingoo pour la fête de

Jupiter Olympien; des stratèges pour les fêtes de la Paix, de la Démocratie, d’Hermès ‘Hyeiaovio; et pour les Aptuoma.

Lucien parle de sacrifices dans lesquels le prêtre plaçait sur le brasier la victime tout entière, la chèvre avec sa peau, la brebis avec sa toison8. E. Caillemer.

DESERTI AGRI. — Terrains abandonnés par leurs propriétaires et demeurés incultes. La loi fiscale du basempire forçait les curiales du territoire où ces domaines étaient compris, ou même certains propriétaires voisins, de réunir ces fonds à leurs possessions, afin de ne pas perdre la quote de l’impôt afférente à ces immeubles1. Cette adjonction forcée se nommait adjec.tio ou en grec etu oolr, . On y voyait surtout, à l’origine du moins, un moyen de remédier à des fraudes pratiquées par des concessionnaires à bail emphytéotique [empbyteusis]. Ainsi, après une adjudication faite par le fisc, à tant par jugerum, de riches preneurs cédaient à des pauvres des terres peu productives, chargées d’un cens égal aux biens fertiles qu'ils conservaient. Les nouveaux concessionnaires, bientôt devenus insolvables, laissaient ces terrains stériles, faute de pouvoir en payer soit le cens, soit 1 impôt au fisc, qui se trouvait en perte. Le fisc, qui avait cédé le domaine primitif à l’emphytéote, réunissait les fermages et l’impôt des fonds stériles aliénés aux terres conservées dans les mains des acquéreurs originaires3, et provenant de la même concession, ex eadem substantia \ Suivant M. Serrigny, dont nous examinerons plus loin l’avis, cette adjection se justifierait à l’égard de fermages dus au fisc, par l’hypothèque tacite accordée au fisc pour le payement des créances nées de ses concessions; mais quant aux impôts, Vadjectin formerait une dérogation à la règle d’après laquelle l’impôt foncier frappait le détenteur actuel et non ses auteurs, et surtout ses voisins6. Relativement aux fonds des particuliers, Yadjectio n’avait lieu d’abord que pour les biens des cohéritiers, associés ou possesseurs inscrits conjointement sur le livre du cens et formant un article unique6.

L’abandon des agri deserti se produisait depuis longues années spontanément, par l’effet général de causes économiques et sociales et indépendamment de toute idée principale de frauder le fisc. Quand on délaisse la culture d’un fonds par suite de jachère, ou faute de moyens de culture ou par crainte de guerre civile ou extérieure, on peut ne pas avoir l’intention d’en abandonner ni la propriété ni même la possession. Le défaut de culture n’entraîne donc pas toujours la perte de la possessio. Elle se conserve, en ce cas, par la seule volonté, animo solo , suivant une constitution de Dioclétien et Maximien, rendue en 290 de J.-C. \ et notamment si l’on a tardé d’ex-

attic II 2, n" 741 ; cf. Boeckh, Corp. inscrip. graecar. I, n» 157. Boeckh a lu : 5148 drachmes au lieu de 5099. - 8 De sacrifions, 13.

DESERTI AGRI. f Voy. ciWTATio terrena, tribütdm sou. — J [Novell. Justin. «8 c 8 ' Novell. 168, n s et in i6o 43 v sive de adjectiombus ; Novell. 168, De La Novelle fit. III, Anthemius, De bon. vacant, p. 340, éd. Haenel, nov. postthéodosienne, traite surtout des biens confisqués. - 10. 8, Theod. . Ito omm

anro desert V, 15; c. 4, C. Theod. De ann. et tribut. XI, 1 ; c. 10 et 12, Cod. Just. De oli agro ’deserto, XI, 58; Novell. 166. - 4 Cujas, Observai IV 30 6 Ser-

rio-ny Droit public romain, n“> 686 à 688. - 6 Cujas, ad Novell. 17, c. 14, v.°aussi Novell. 166. - 7 C. Just. VII, 32, 4, De adq. vel omitt. vel ret. poss. ; Basilic.

DES

DES

ploiter par crainte, ex melus necessitate, ce n est pas un cas de bien proprement abandonné, derelinquendi affectione. En principe, le propriétaire demeurait tenu de 1 impôt8, sauf à lui de solliciter une remise, si quelque danger extérieur ou quelque cause de force majeure avait arrêté ou empêche l’exploitation. Au reste, malgré 1 opinion des jurisconsultes Sabinus et Africain9, 1 abandon volontaire d un domaine particulier n’en faisait pas perdre la possession au maître, d’après l’avis de Proculus10, suivi par Paul au ni0 siècle “, à moins que le colon n’eût livré la possession à un tiers12, ou que, d’après Papinien, un tiers autre ne se fût emparé du fonds pendant l’intervalle13. Mais Justinien, pour trancher ces difficultés, décida, par une constitution insérée dans son code 14, que la tradition faite à un tiers par le colon ne peut pas plus que sa simple négligence préjudicier àla possession du propriétaire, ce qui ne paraît pas conforme aux vrais principes du droit sur la possession et ce qui a conduit A. Faber et Doneau à restreindre le sens général de cette loi au cas où la chose n’a pas été livrée réellement à un tiers15. Mais Yinnais écarte, avec raison peut-être, cette interprétation qui semble contraire au texte vel alii prodiderint 16, et à l’esprit du législateur, ne ex aliéna malignitate alienum damnum emergat. Nous supposerons donc toujours, en parlant des champs déserts, que le maître a eu l’intention d’en perdre au moins la possession et que nul ne s’en est emparé à son défaut.

L’abandon de terres cultivables était un mal ancien chez les Romains et qui remontait au dernier siècle de la République17. Il résultait de deux causes principales, soit des guerres civiles ou étrangères aboutissant à 1a, ruine, au massacre ou à la proscription 18 des propriétaires et des cultivateurs libres, soit des vices de l'ordre social ou de la législation économique et financière, qui condamnaient les possesseurs à renoncer à la culture des terres19. En effet, -les lois qui établirent des distributions de blé gratuites ou presque gratuites à Rome20 devaient décourager la culture des céréales en Italie21. Ce système fut cependant étendu, sous l'empire, à de grandes cités, et à la nouvelle capitale, Constantinople, comme à Carthage, à Alexandrie, etc., avec les mêmes conséquences fatales 22.

La substitution de la culture pastorale ou potagère par les esclaves, dès la fin de la république, à la culture du blé contribua à la formation de vastes domaines, qui se multiplièrent par la suite [latifundia, pascua]. Un nombre toujours croissant de petites propriétés demeurèrent incultes. Les colonies militaires de vétérans, bien que souvent recrutées [colonia], réussirent rarement 23, et devinrent

8 C. Th. XI, 7, 3, De exact, et XIII, li, 4, De censitorib v. Baudi de Vesraes, Des imposit. en Gaule , Bev. hist. de droit français et étr. VII, p. 403, n° 8i. — 9 Fr. 40, § I, Dig. XLI, 2, De adq. vel . am. possess. — 10 Fr. 31, Dig. De dolo,

IV, 3. — il Fr. 3, § 8, Dig. XLI, 2, De adq . vel. poss. — 12 Fr. 3, § 9, D. XLI, 2, eod. tit. ; fr. 33, § 4, D. XLI, 3, De usurp. — 13 Fr. 44, § 2, Dig. XLI, 2. — 14 Cod. J. VII, 32, 12, De adq. possess. — 1& Cujas, Connu, ad Cod. J., ad h. Z.; Donellus,

V, Comm. 12; Ant. Faber, Decur., 4; Error. 2 et s. — 16 Vinnius, ad Inst. IV, 15, 5; Pothier, Pand. XLI, 2, 38 ; Mulhenbruch, Pand. § 237; "Wangerow, Pand. I, § 208. — 17 C. Giraud, Hist. du droit fr. I, p. 152 et s.; Gibbon, Décad. I, p. 31, 381, 383, éd. Buchon; Dureau de la Malle, Écon.pol. des Boni. II, p. 372; Léotard, Condition des Barbares , p. 39, 206 et s. — 18 Voy. agrariae lbges, proscriptio; de Sismondi, Nouv. princ. écon. I, 3, 4, p. 17 et s., 2° éd.; C. Comte, Traité de législ. IV, p. 169, 2° édit. — 19 Walter, Gesch. des rom. Bechts, u09 294, 295, 344, 381. 382; Columell. I, praef. § 1, 2, 3, 11, 22 ; I, 3, 10 ; Tarit. Annal. III, 1, 54 ; XII, 43 ; Varro, De re rustic. II, praef. § 3 ; Columell. I, praef. § 20. — 20 V. annona, frumentariae leges ; App. Bell. cio. I, 21 ; Dio Cass. XXXVIII, 13; Cic. Pro Sext. 25, 48. — 21 Sallust. Jugurth. 41; De rep. ordin. II, 5; Tit. Liv. VI, 12; Plin. Hist. nat. VIII, 7. — 22 Kuhn, Stüdt. Verfass. I, p. 46 et s.; Walter, Gescii. n09 3 0 4 , 3 99. — 23 Tacit. Annal. XIV, 27; Walter, Gesch. u° 270 Rudorlf,

une nouvelle cause d’abandon du sol . La Campanie elle-meme eut ses terres en friche 2‘. Dans les provinces frontières comme en Gaule25, en ïhrace, dans la Mœsie, la Dacie, laPannonie, etc., les invasions des barbares, de plus en plus fréquentes et dangereuses à partir du milieu du troisième siècle de notre ère, dévastèrent d immenses étendues de terrains26. Mais l’élévation même de l’impôt foncier et les vexations des employés [capitatio terrena] firent plus de mal que les invasions passagères 27, car ces abus ne permirent pas de réformer par l’agriculture une souche de cultivateurs libres ni les éléments d’une nouvelle classe moyenne pour recruter les citoyens des villes [civitas, curiales, decurio, municipium] 28. Le désert se prolongea de plus en plus 29 dans les provinces même non ravagées par les Barbares. Les cultivateurs libres 30 ( agricolae , rusticani, coloni liberi ) et les curiales eux-mèmes 31 s’enfuyaient, les uns dans les villes, les autres chez les Barbares, laissant les terres en friches [agri deserti ou stériles ) 32.

La législation administrative du bas empire si vaste, si ingénieuse, mais si compliquée et si tyrannique, s’efforça vainement de remédier au mal; il eût fallu réduire le budget des recettes et donner des garanties aux contribuables, en un mot fonder un gouvernement représentatif que les lumières et les mœurs du temps ne comportaient pas. D’ailleurs le système administratif et militaire qui soutenait, en l’épuisant peu à peu, l’empire réorganisé par Dioclétien et Constantin, ne paraissait pas pouvoir permettre la réduction des dépenses : il y avait là une sorte de cercle vicieux dont les idées politiques et économiques du temps ne permettaient guère de sortir, même par une réforme profonde. Voici ce qu’imaginèrent les empereurs les plus habiles et les mieux intentionnés. D’abord ils cherchèrent à rattacher à la terre les laboureurs par l’institution du colonat33 [colonus], sorte de classe demi-servile et liée àla glèbe; puis ils distribuèrent des colons barbares [dedititii] aux propriétaires, aux cités et aux bourgs [vicus]31; puis ils installèrent dans les provinces désertes des colonies militaires de barbares ou de vétérans 3S, gentiles, laeti, milites limitanei, sur des fonds appelés terrae laeticae ou fundi limitaxeij enfin ils établirent, en province, des peuples entiers de Barbares alliés ou fédérés, foederati [foedus], à charge de service militaire comme auxiliaires, auxilia. Toutes ces mesures furent insuffisantes ou dangereuses; car elles introduisirent au sein de l’empire un ennemi prêt à reconquérir son autonomie [barbari] et qui, en attendant, occupa tous les grades militaires, même le consulat, le patriciat et enfin le trône impérial36. D’autre part, pour assurer le

Boni. Feldmesser , p. 358. — 24 Cod. Th. XI, 28, c. 2, 7, 12. — 25 Zosim. VI, 5; Léotard, Cond. des Bai'bares, p. 205 et s. — 26 Amm. Marcell. XVI, 5; XIX, 11; XXVIII, 1 ; Vopisc. Probus , 18; Herod. I, 15. — 27 Eumen. Paneg. Const. Caes. 8, 9; Léotard, Cond. des Barb. c. i et vm ; Zosim. II, 38; Opitz, Die Germ. Ansiedlung, p. 39, Leipzig, 1867. — 28 Zosim. II, 38. — 29 Salv. De gub. dei , V, 8, 9; C. J. XI, 58; Giraud, Hist. dudr. fr. I, p. 170, 175; Michelet, Hist. de France, I, p. 87, 90, 365, éd. 1861. — 30 Gaupp, German. Ansiedlung, p. 70-72. — 31 Novell. Major, tit. VIII, De curial. § 10; Novell. Just. 151; Libanius, Orat. X, in Julian. éd. Morel l, II, p. 296, 297. — 32 C. J. XI, 57, 58; Amm. Marc. XVII, 3; XVIII, 18; XXVII, 7; Laboulaye, Hist. du droit de propr. II, c. xvi; Baudi de Vesme, Des imposit., Bev. hist. de dr. 1861, t. Vil, p. 378; C. Giraud, Hist. du dr. fr. p. 144 et s. ; Léotard, Cond. des Barb. p. 39 et s. ; Serrigny, Droit public rom. 11, nos 686 et s. — 33 Zumpt, Ueber Colonatus , Leipz., 1843; Walter, Gesch., n09 422, 510 ; C. Giraud, Droit fr. I, p. 148 et s.; Guérard, Pohjptique d'Irminon , I, p. 225 et s.; O. Karlova, Boni. Bechtsgeschichle, Leipz., 1885, 1, p. 922. — 34 Treb. Poil. Claud.V] Vopisc. Aurel, p. 7 ; Probus, 18; Amm. Marc. XXVIII, 1 ; Eumen. Paneg. Constanc. Caes. c. 9; Walter, Gesch. u° 422, note 29. — 35 Godefroy, Paratitl. VII, 1 ad Cod. Thcodos; Kuhn, Die sliidt. und bürgerl. Verfass. I, p. 129, 140 et s. — 36 Léotard, Cond. des Barb. VII, p. 170 et s.

DES

DES

rendement de 1 impôt sur le capital appelé capitatio tertien a , les empereurs attribuèrent aux sénateurs municipaux ou décurions un rôle important dans le recouvrement37, et une responsabilité collective et solidaire relativement aux cotes irrécouvrables38 [curialis]. En outre, lacondition des curiales ou décurions fut rendue héréditaire 33. et même imposée aux possesseurs d’une certaine fortune'*0, et leurs fonds déclarés inaliénables sans une autorisation spéciale ; on ne permit pas aux curiales de quitter leurs frontières pour entrer dans le colonat, dans l’armée, dans l’administration, ou même dans un cloître. Mais ils s’efforcaient d’échapper à ces rigoureuses prohibitions et de dérober eux ou leurs colons 41 aux déclarations exigées pour le cens; ils en venaient même parfois à dévaster leurs domaines pour les soustraire aux exigences du fisc42. Malgré 1 exemption de la torture et de certaines peines et les privilèges honorifiques accordés aux décurions43, en dépit des remises d’impôts parfois concédées ( indulgentia reliquorum ), malgré la sévérité même déployée contre les fraudes et les exactions de certains agents fiscaux44 et les divers moyens imaginés pour recruter les curies municipales, le nombre des curiales allait toujours en décroissant et se trouvait réduit à peu de chose au temps de Justinien *ü. Les propriétaires non décurions, possessores, non moins maltraités par le fisc, désertaient souvent leurs immeubles. Les petits propriétaires, dont il restait encore un certain nombre en Gaule, en Thrace et en Palestine46, se voyaient trop fréquemment réduits à abandonner leurs champs47, ou à se soumettre au colonat48, ou à se placer sous le patronage d’un grand ( patrôcinium vicorum ), afin d’échapper aux ex adores''9 . L’empereur, pour l’exploitation des fonds patrimoniaux ou des terres vacantes attribuées au fisc, fundi rei privatae, recourait d’ordinaire au contrat d’emphyléose, qui tendait à faciliter le défrichement ou l’amélioration des biens. Les cités, aussi, pratiquaient, pour ce qui leur restait de leurs domaines cultivables 50, praedia civitatis vel publica, le bail à long terme, agervectigalis, qui avait été l’origine de l’emphyléose51. Malheureusement les emphytéotes eux-mêmes, invoquant le manque de bras, renonçaient parfois à la possession des terres par eux prises à bail32. Mais le principal motif de ces désertions était certainement l’extrême élévation du tribut ( jugatio ). Nous y voyons, avec Walter53, non un impôt sur le revenu, mais bien sur le capital, d’après les déclarations faites au cens ( professiones ) et embrassant, avec les terres, les esclaves, le bétail, les instruments, etc., estimés à leur valeur vénale. L’indication nouvelle faisait connaître la quantité d'aurei ou solidi, écus d’or valant 15r, 10 au bas-empire 5l, que le possesseur imposé devait payer, d’après une valeur de 1000 solidi

37 Dig. L, 1, fr. 3, § U ; fr. 17, § 7; C. Just. X, 41, 8; C. Tlieod. XI, 23; Walter, Gesch. nos 396,406; Guizot, Essais , I ; Laboulaye, Prop. foncière , II, 15; Mojor. Novell. De curial. § 16; C. Theod. XII, 1, 117; XIII, 15, 5; XI, 7, 12, 16, 20; XII,

6 , 20. — 38 C. Th. XII, 1, 54; Godefroy, Parat. ad C. Th. Xll, 1; C. J. X, 70, 2,

8 ; Baudi de Vesme, Op. cit. n° 79, p. 402; Kuhn, 1, p. 244; Walter, n° 396; Libanais, Orat. n£?\ t 5 v II p ot o cr'caiT t üv. — 39 C. Th. XII, 1, 13, 58, 118, 122, 159, 178. — 40 C. Th. XII, 1, 33, 72, 96, 133, 140. — 41 Dig. L, 15, 4, § 8; C. Th. V,

9 et 10 ; c. 4, C. J. XI, 47; C. Th. XII, 1, 33,50,63, 114, 154, 181 ; XII, 18, l,2;Cassiod. Var. II, 18; Baudi de Vesme, Impos. n° 85, p. 405 et s. — 42 C. Th. XIII, 11, 1, De censit.; C. J. XI, 57, 2, De censibus. — 43 C. Th. XII, J, 39, 61, 80, 85, 117, 126, 190, De decur. ; Novell. Major. De curialib. § 10; Novell. Justin. 151 ; fr. 9,

§ 11 et 12 et fr. 15, D. De poenis, XLVIII, 19. — 44 C. Th. VIII, 8, 5, 6; I, 5, 12, 13; XI, 7, 17; Baudi de Vesme, Imposit. n° 80, p. 403 et s. — 45 J. Lydus, De magist. I, 28; III, 46, 49; Novell. Justin. 38 , praefat. — 46 C. Giraud, Hist. du dr. fr. I, p. 145, 174. — 47 A mm. Novell. XVI, 5. — 48 Salvian. De gub. dei , V,

7, 8; Gaupp, German. Ansicdlung , p. 70, 72. — 49 Libanius, Orat. Iltpt tSv ITpo- •toffTairiSv, c. 3; Novell. Major tit. II, g 4, De ind. reliq. ; C. Th. XI, 24; C. J.

prise pour unité [caput, jugum, millena], d’après la théorie de Walter et de Matthiess88. Le taux de la prestation variait du simplum ou un solidus par 1000, chiffre primitif, à sept solidi, comme sous Julien (taux modéré pour le bas-empire), et même à 25 en Gaule, c’est-à-dire du millième au cent quarante-deuxième et au quarantième du capital. Ce taux énorme a donné lieu aux économistes les plus éminents °6 de douter que le millena fût une valeur réelle, mais M. C. Giraud a maintenu que c’était bien une valeur vénale fixée d après la valeur moyenne du fonds dans les deux années précédentes, et déclarée sous les peines les plus sévères; seulement cette estimation, déjà assez faible en elle-même, à raison de l’insécurité générale et de la difficulté des ventes, devait être encore affaiblie par les déclarants. Malgré cela, ce taux de l’impôt était ruineux et conduisait à 1 abandon de la culture. Constantin dut remettre aux Éduens 7,000 capita ou la cinquième partie de l’impôt de leur cité, pour rendre possible la perception des 25,000 autres, sur un territoire évalué 32,000 capita 87. La révision générale des estimations n’avait lieu que tous les dix ans à l’origine et, plus tard, tous les quinze ans. Dans 1 intervalle, néanmoins, un propriétaire pouvait réclamer du censitor une décharge ou une réduction58, pour détérioration de valeur, indépendamment des remises que l’empereur accordait à titre gracieux, indul genlia, à une cité ou à une province, pour les termes échus ( reliquorum ), en cas de calamité ou par voie de dégrèvement général.

Ce n’étaient là que des palliatifs insuffisants. Les possesseurs, écrasés par l’impôt, laissaient naturellement, stériles les terres qui ne pouvaient rapporter un revenu net assez fort pour leur laisser un bénéfice après l’impôt payé59. Il était absurde de frapper de confiscation les terres stériles ainsi laissées incultes, car nul acquéreur nouveau n’aurait entrepris de les cultiver. En outre, en atteignant le capital plutôt que le revenu, la capitatio terrena tendit à restreindre la production00. Néanmoins les empereurs voulaient lutter contre le fléau de l’abandon des terres et contre l’envahissement du désert. Pertinax concéda au premier occupant les terrains du fisc demeurés incultes [ager publicus], toutefois avec immunité d’impôts pendant dix ans G1. Aurélien prescrivit de forcer les décurions des cités à se charger des biens déserts situés dans leur territoire 62, qui ne trouvaient ni maîtres ni preneurs, moyennant une exemption d’impôt pendant trois ans pour ces fonds. Cette règle fut rappelée et confirmée par Constantin, avec celte modification que, si les décurions n’étaient pas assez riches pour supporter cette surcharge, elle serait répartie entre les possessores du territoire63. Il n’y a pas lieu de distinguer, comme l’ont fait certains in-

XI, 53; Voigt, Drei epigrap/i. Constit. p. 224-226; Walter, Gesch. n° 423. — 60 Di g. III, 6, Si ager vectig., XXXIX, 4, 11, § 1; Gaius, III, 145; Plin. Epist. VII, 18; Walter, Gesch. n° 306. — 51 C. Th. X, 2; XI, 19; Godefroy, Paratitl. ad C. Th. X, 3 ; C. J. IV, 66; Novell. VII, c. 3, Marcell. 120; Walter, Gesch. nos 413, 583 ; Giraud, Hist. du droit fr. 1, p. 198; Laboulaye, Propr. 11,18; Burchardi, Priuatrecht, II, § 177 à 179 ; Demangeat, II, p. 321 et s. — 52 C. J. XI, §1,3. — 53 Walter, Gesch. u° 406. — 54 Dureau de la Malle, Écon. pol. des Ilom. t. I, tableau des valeurs des monnaies. — 55 Gesch. n° 406; Baudi de Vesme, n08 16, 17; C. Giraud,

I, p. 99 et s. et Acad, des sc. mor. VII, p. 28 et s. — 56 V. la discussion sur cet objet à l’Académie des sciences morales, à la fin du premier volume de Y Histoire du droit français par M. C. Giraud. — 57 Eumen. Grat. ad Constant. 5, 6, 11 12. — 58 Dig. L, 15, 4, § 1, De censibus; C. Th. XIII, 11, 12, 14, De censitor.-,

C. J. XI, 57, 4; C. Giraud, op. I. I, p. 113. — 59 V. Benjamin Constant, Comm. surl'ouvrage de Filangieri , II, p. 139 et s., Paris, 1827. — C0 Jd. Ibid. p. 149, 156, 159.

— Cl Herodian. I, 15 et II, 4, 13; comparez avec Suétone, Domit. 9. — 02 C.J. XI 58, 1 et 16, De omni agro deserto et c. 21, De decur. X, 31. — G3 C. J. XI 5S l in fine; C. Theod. XIII, 11, 4.

DES

terprètes6*, entre les champs abandonnés par un particulier avec la volonté de s’en défaire, agri pro dereliclo habitus, et qui seraient ainsi destinés purement et simplement au premier occupant, et les biens que le propriétaire laisserait seulement à l’abandon et sans culture. Suivant ces auteurs, le maître ne pourrait reprendre les premiers dans les deux ans comme agri deserti. Mais, sous l’empire, la théorie de la dereiictio ne s’appliquait guère qu’aux meubles ; suivant nous, on doit même admettre, en invoquant une loi de Dioclétien65, que les biens abandonnés avec l’intention d’en perdre la propriété, agri derelicti, furent assimilés par les empereurs aux biens des successions vacantes ou caduques [bona vacantia] et, par analogie, attribuées au trésor public, puis au fisc66. Ainsi les immeubles en général cessèrent de pouvoir être acquis par occupation, occupatio [dominium]. Néanmoins, on permit d’occuper une île dans la mer, cas fort rare67. Ulpien n’admet pas l’alluvion au profit d’un riverain dont le champ est de la catégorie des limitati ( ager limitatus) et attribue, en ce cas, l'ile ou le lit abandonné au premier occupant68. A part ces exceptions, les immeubles derelicti, en général, ne purent être occupés que comme les fonds abandonnés ( agri deserti) concédés à des tiers et sous les mêmes conditions. En effet, les textes des compilations de Justinien qui parlent d’occupation de res nullius ou derelictae supposent presque toujours des meubles60. Dioclétien donne au fisc les biens des métèques ayant passé d’une cité dans une autre et non vendus par eux. On traite ces fonds derelicti comme biens vacants70. Effectivement il eût été bien difficile de rechercher en fait, pour y rattacher une distinction juridique, si un maître qui a laissé longtemps un champ désert avait eu ou non 1 intention spéciale d'abdiquer dès le principe son droit de propriété, ou seulement l’intention vague de renoncer à l’exploitation du sol, sans s’inquiéter du point de savoir si un tiers en prendrait possession. Comment admettre ici en général une tradition à une personne incertaine , in incertain personam 71 ?

Le seul point important était de constater, à l’occasion de 1 impôt, que ce propriétaire avait renoncé à la possession. Or les empereurs paraissent le présumer dès qu’il n'a fait aucun acte d’exploitation sur le fonds laissé désert, et qu’il n’a pas acquitté ce tribut. Une constitution rendue en 364 indique déjà l’usage d’accorder des biens déserts à des particuliers, moyennant une certaine immunité72. Malheureusement le titre du code Théodosien qui traitait de l’attribution des deserti agri est très défectueux 73; il ne fournit que des indications qu’on ne peut compléter qu’en partie à l’aide d'autres textes et du titre de omni agro deserto du Code Justinien 71 , où plusieurs constitutions antérieures ont été manifestement mutilées ou modifiées.

Quelques mots d’une loi rendue en 365 par Valentinien et Valens permettent de conjecturer que les empereurs chrétiens autorisaient l’attribution aux vétérans et

67 Cf. Cujas, ad Cud. J. XI, 59; Perezius, ad Cod. J. XI, 58, 1; Corvinus, ad Cod. XI, 59, j). loi ; ils invoquent Dig. XLI, 7, 1, Pro derelicto et Instit. J. II, i, 47; voy. aussi Cic. De leg., II, 19. — 68 C. J. X, 1, 4, De jure fiscî. — 66 V. en ce sens Walter, Gesch. n"‘ 329, 333, où il assimile les biens sans maître aux res caducae. — 67 Instit. J. II, 1, 22; fr. 7, D. XLI, 1, De adq. rer. dom, — 68 Dig. XLIIf, 12, fr. 1, § 6 et 7, De fluminibus. — 69 Item abjeccrit, Instit. J. II, 1, 47 et § 12 à 16, 17, 19, 39, De rer. divisionc. — 70 C. J. X, 1, 4, De jura fisci. — 71 Cf. Iustit. J. II, 1, § 46, 47, 48 et Accarias, Précis de dr. rom. I, n° 231, p. 503 et s. - 72 C. Th. V, 13, 14; C. J. XI, 58, 3. - 73 C, Th. V, 15, De omni agro deserto , éd. Haenel, ne contient que des fragments des constitutions, 7 à 12. — 7V C. J. XI, 58, De omni agro deserto. — 75 Ementis

DKS

aux Barbares colonisés, appelés gentiles, des domaines abandonnés75. La même année, ces princes écrivent au préfet du prétoire que les particuliers eux-mêmes pourront obtenir la concession des fonds déserts, avec exemption de tribut pendant trois ans76. Ceux qui ont reçu de l’empereur des esclaves ayant abandonné les agri deserti ou qui ont attiré ces colons sont tenus de payer le tribut de ces biens77. Un autre rescrit, adressé à Mamertin. suppose que, même en Italie, les propriétaires étaient chargés de l’adjonction des terres désertes, aphanticiae jugeratio ou adjeclio , et pour prévenir cet abus, ordonne la mise aux enchères de la deserta jugatio1*; ce qui ne dut produire aucun résultat.

En 386, Valentinien, Théodose et Arcadius ordonnent de rappeler les maîtres qui ont abandonné leurs fonds, et, s’ils ne sont rentrés au mois de mai de l’année de la demande, attribuent ces biens à ceux qui les réclameront ; cette disposition, probablement locale et temporaire, fut généraliséeparles mêmesempereurs79, avec cette modification que le maître pourrait revendiquer pendant deux ans, à charge de restituer ses impenses au concessionnaire : cela signifie peut-être que la concession émanée du fisc impérial est assimilée, dans ses effets, à un juste titre d’usucapion80. En ce cas, l’immunité d’impôt paraît avoir été réduite à deux ans. Ces mesures ne suffirent pas sans doute pour attirer des possesseurs. En 393, ces empereurs reproduisaient les dispositions de Constantin sur l'adjectio ; en 398, ils les appliquaient aux occupants non autorisés des biens déserts81. En 400, Théodose etHonorius organisèrent une procédure plus expéditive. Les propriétaires absents sont sommés par ordonnance (edicto vocati) de rentrer dans les six mois en possession de leurs biens, en payant les termes arriérés; sinon les fonds sont attribués aux impétrants, moyennant un certain canon et l’impôt à échoir82. Cette décision est confirmée, en 417, par Honorius et Théodose : ils reconnaissent le droit irrévocable du pétitionnaire auquel l’agent du fisc, chargé de la révision du cens ( peraequalor ), a une fois attribué le fonds désert, praedium addicit ; ils n’admettent plus que pendant deux mois les réclamations des créanciers hypothécaires ou des autres ayants droit 83. Toutefois, si c’était un ancien fonds des navicularii, l’acquéreur restait tenu des charges qui pesaient sur les immeubles des membres de la corporation 8l. Les biens patrimoniaux des empereurs, f'undi patrimoniales, étaient parfois abandonnés par les colons; en ce cas les constitutions autorisèrent les tiers à s’en charger soit comme preneurs, conductores, soit même comme possesseurs, à condition de fournir caution, de payer le cens et l’impôt après l’expiration du délai d’immunité88. Ceux qui ont cultivé des biens patrimoniaux du prince déjà abandonnés et qui les ont fécondés en sont reconnus propriétaires moyennant le payement du canon; ceux qui ont pris des terres fertiles doivent subir l 'adjeclio des terres incultes du même domaine ; les emphytéotes eux-

veterams vel gentibus dividamus, C. Th. 5, 15, 7. — 76 C. Th. V, 15, 8 et Weuck, ad h. I. — 77 C. Th. XI, I, 2, Valent, et Valens en 365 ; C. J. XI, 47, 3, De agricol. - 78 C. Th. V, 15, 9. — 79 C. Th. V, 15, 10 et C. J. XI, 58, S. — 80 De Vangerow y voit un cas d’acquisition spéciale ( Pandekt . I, § 313) ; Puclitu admet que les agri deserti étaient assimilés aux agri derelicti, mais après deux ans seulement ( Pandekt . § 154 et Cursus Instit. II, § 241). Comparez Gayet, in Archio. filr civilis Praxis, XVII, 2. 3, 1834. — 81 C. J. XIII, 11, 9; C. J. XI, 58, 10.

82 C. J. XI, 58, il. — - 83 C. Th. XIII, 11, 16, De cens. ; C. J. XI, 57, 7, De censi bus et censitor. — 81 C. Th. VI, 2, 19, De sénat. ; C. J. XI, 58 , 5. - 85 C. Th. V, 13, 1 1, De fund. patrim. emph. et saltucns; C. J. XI, 58, 3, De omni agro deserto , Valent, et Valens en 361,

DES

DES

mêmes qui ont des biens des deux catégories doivent, après deux ans d’immunité, payer l’impôt pour les mauvaises terres. Nul ne peut, dans le cas où la loi l’exige, se refuser à recevoir ( diacathociae vicem) les domaines impériaux incultes ( defectas possessiones patrimoniales juris) d’abord les plus voisins et du même territoire, et même, à leur défaut, de plus éloignés 86. Quand on a pris comme emphytéole des biens patrimoniaux, jure privalo, à charge de canon, on peut être également contraint de subir l’adjonction de terres moins fertiles ou d’abandonner le tout81, aux termes d’une constitution impériale rendue en 394 par Théodose, Arcadius et Honorius. Mais ce système, dénaturé à décourager les entrepreneurs d’exploitation, fut Çcarté, en 444, à l’égard des cultivateurs qui, ayant pris à titre d’emphytéose des fonds stériles, les auraient améliorés ; ils ne devaient plus subir d ’adjectio 88 en vertu d’une Novelle de Théodose II, qui constate toute l’absurdité des abus antérieurs 80.

Les biens communaux cultivables, praedia publica, ou reipublicae, ou civitatis, ou agri reipublicae, étaient depuis longtemps donnés à long terme [ager vectigalis] ou en emphytéose 90. Il arrivait trop souvent aussi que ces fonds étaient désertés par les colons ou les emphytéotes et demeuraient abandonnés ( praedia defecta ) ou incultes ( squa lida). Les empereurs y appliquèrent, dans l’intérêt du fisc comme de l’agriculture, des dispositions analogues à celles qu’on a décrites pour lesbiens des particuliers et pour les fonds patrimoniaux des princes. Les preneurs de fonds municipaux furent obligés de recevoir leur part des immeubles désertsou de céder le tout aux curiales, qui devaient supporter la charge définitive des déficits91. Cela s étendit même aux possesseurs qui avaient pris à emphytéose des fonds des temples [bonatemplorum], cédés ou non aux cités; ils furent tenus de subir l’adjonction du praedium stérile, souspeine de déchéance [commissum], auquel cas on cherchait un autre preneur. Au défaut de ce dernier, le bien revenait aux anciens possesseurs, c’est-à-dire aux curiales, ou à celui qui avait fait donation au temple92. Toutefois celte nécessité fut restreinte ensuite au cas où les biens déserts provenaient originairement du même patrimoine que les fonds fertiles93, par une constitution que provoquèrent les abus subis par les possesseurs d’Afrique, contraints de payer des tributs excessifs pour les fonds abandonnés. Quant aux champs que le municipe a manifesté par des actes publics l’intention d’abandonner, les possesseurs qui les ont cultivés les gardent irrévocablement 9 *. Cujas voit là une application de la théorie de la dei'elictio90 . Mais les communes ne pouvaient en général aliéner leurs immeubles sans autorisation 96. Il y a donc là plutôt une mesure d’utilité publique, par laquelle le fisc renonce à ses droits sur les biens laissés sans culture.

86 c. Th. V, 13, 30 ; C. J. XI, 38, 7, Valent. Tbeod. et Arcad. en 386, et Cujas, Comm. ad h. I; Godefroy, ad Cod. Theod. X, 16, 1, De fisc, debitor. — «7 C. Th. V, 13, 34; C. J. XI, 58, 9. — 88 C. J. XI, 59, 17, Theod. et Valent. — 89 Novell. Theod. II, XXVI, § 4, De relev. adaer. cd. Haenel; cf. c. 1, C. J. De collât, donat. X, 23. — 90 Dig. I,, 8, De adm. rer. ad civit. pert. et VI, 53, Si ager vectig.; Gaius, III, 145; C. Th. X, 3, 4, De locat. fund.jur. emphyt. C. J. XI, 70.

91 C. J. XI, 58, 5, De o mni agro; comparez c. 1, eod. lit. — 02 C. Th. X, 3, 4,

Grat. Val. et Theod. en 383 ; C. J. XI, 58, 6. - 93 C. Th. XI, 1, 31, De ann. et trib., Honor. et Theod. en 412; C. J. XI, 58, 12. - 91 C. Th. XI, 24, 6, § 15, Honorius et Theod. en 4t5, relative 5 l'Égypte, mais généralisée par Justinien; C. J. XI, 58, 14. — 98 Ad C. J. XI, 58, 14. — 96 C. J. XI, 31, 3, De vend. reb. civ. — 97 C.’ Th’. XI, i, 1 et 4, De ann. ; C. J. XI, 58, 2 et G. — 08 Droit public rom. II, n” 686 et s. — 99 Godefroy, ad Cod. Theod. XI, 1, 4; cf. de Sarrieu, Thèse sur l Emphytéose, p. 32 et s., Toulouse, 1866. — 100 Novell. J. 17, c. 14 ; comparez C. Th. XI, 1, 12 et C. J. XI, 47, 3. - loi Novelle 166, restituée par Heimbach,

Lorsque l’emphytéote d’un bien patrimonial du prince ou d’une cité ou d’un particulier aliénait une partie du domaine à lui concédé, de manière à séparer les terres fertiles des champs non cultivés ou improductifs, le fisc pouvait contraindre l’acquéreur à prendre le tout91. Peut-être ne faut-il pas voir là, avec M. Serrigny98, une conséquence de l’hypothèque du fisc, mais plutôt, avec J. Godefroy, un abus du droit exorbitant à’adjectio ", dans l’intérêt fiscal. Il est évident que ces mesures furent en général plus nuisibles qu’utiles. Justinien, dans trois de ses Novelles, crut devoir encore modifier la législation antérieure. En 53b, il décida qu’un possesseur pourrait être tenu du tribut d’un autre fonds, lorsqu’il l’aurait rendu désert en attirant les colons ou adscriptii, et s'il s’obstinait à ne pas les rendre100.

En 541, le préfet du prétoire Démosthènes, pour mettre fin à une controverse, ordonna que l’acquéreur d’un bien provenant d’une succession et devenu stérile subirait Yadjectio et, à son défaut, son auteur et ainsi de suite en remontant jusqu’à l’auteur primitif101. En 545, Justinien dispose que le fonds dont on ne trouve pas le maître, ou devenu impropre à payer le tribut, sera réuni aux praedia conserva ou contribuloria, avec tous ses accessoires, d’après les lois précédentes; faute de quoi, les agents du fisc, après en avoir dressé un état devant le président de la province, prendront possession du bien, pour le rendre s’il y a lieu, frais déduits, à celui qui doit le recevoir. Du reste Yadject io ne peut s’opérer que d’après l’ordre du président, sauf appel au préfet du prétoire 102. Enfin la Novelle 168, qui n’est, comme la Novelle 166, qu’une ordonnance du préfet du prétoire, forma praefecti praetorio, recommande de n’imposer Yadjectio que pour des biens compris au cens. G. Humbêrt.

DESERTOR. — Voy. pour les Grecs anaumaciiiou,

ASTBATEIAS et DEILIAS GRAPHE.

A Rome le soldat était considéré comme déserteur lorsqu’il s’éloignait sans congé du camp ou des rangs hors de la portée de la trompette. De tout temps, le crime de désertion entraînait une peine capitale. « La mort », dit Denys d’Halicarnasse, « est le châtiment traditionnel chez les Romains pour ceux qui ont abandonné leurs rangs ou quitté leurs drapeaux1 ». Si la désertion était aggravée par la fuite dans les rangs de l’ennemi, les coupables étaient condamnés au supplice infamant de la croix2, ou précipités du haut de la roche Tarpéienne après avoir été battus de verges 3. Quelquefois on les laissait vivre, maison leur coupait le poing, et ainsi mutilés, ils étaient l’exemple vivant de la sévérité de la discipline militaire 4. Dans d’autres circonstances, on se bornait, après avoir fustigé le coupable, à le vendre comme esclave 5. La rigueur de la loi ne pouvait être adoucie que quand la

éd. du code d’Oseubrüggeu, 1863. — «2 Nov. 128, c. 7 et S. — Bibliomuimub. J. Godefroy, Ai Cad. Theodos. XI, I, 28, et XIII, II; X, 8; X, 9, I, éd. Ritter, 1745 ; Kuhn, Die stüdtische uni biirg. Verfassung, Leipzig, 1865 ; Serrigny, Droit public et adm. rom. II, n"> 686 et s., Paris, 1862; Baudi de Vesme, Des impositions en Gaule, dans la Rev. histor. de droit français, t. VII, p. 365 et 378, Paris, 1861; A. Perezius, Praelectioncs in X TI lib. Cod. Just. t. I, XII, 58, p. 514 et s., Amst. 1861; Corviuus, Codicis Just. meth. explicat. Amst. 1655, II, ad XI, 59, p. 151 et s.; C. Giraud, Essai sur l’hist. du droit français, I, p. 169 et s., Paris, 1846; Dureau de la Malle, Économie polit, des Rom. II, p. 372 et s., Paris, 1840 ; B. Matthiess, Die rômische Grundstcuer und das Vectigalrecht, Erlangeu, 1882, p. 19 et s. ; G. Humbert, Essai sur les finances et la comptabilité publique chez les Romains, Paris, 1887, I, 434, 446 ; II, 54.

DESERTOR. 1 IX, 50 ; praesidio decedere... capital, dit Tite-Live, XXIV, 37; Suet. Aug., 24. — 2 Val. Max. II, vu, 12 ; Tit. Liv. XXX, 43. — 3 Tit.-Liv. XXIV, 20 ; cf. Plut. Marcell., 14. — ’> Val. Max. II, vu, 11. — 6 Tit. Liv. Epilome, LV

DES

DES

désertion avait lieu en masse devant une attaque subite de l’ennemi : on la considérait alors comme une fuite ignominieuse, et le châtiment variait suivant les conditions de la lutte. Dans certains cas, il consistait dans la flétrissure (ffTpaTiwttxï) atayuvvi) 6 ; dans d’autres, les chefs étaient condamnés à mort ainsi qu’un dixième des soldats [militum toenae], les autres subissaient la flétrissure et les corvées7.

Sous l’empire, la législation militaire ne fut pas moins rigoureuse à cet égard : toutefois, les empereurs du il0 et du me siècle, malgré le soin qu’ils déployèrent dans le maintien de la discipline, admirent dans le cas de désertion un certain nombre de tempéraments et de distinctions qui adoucirent la sévérité uniforme des anciens règlements. « Il ne faut point punir tous les déserteurs de la même manière », dit expressément le jurisconsulte Arrius Menander, un contemporain de Septime Sévère, et un des juristes dont le traité sur l’organisation militaire, De re militari, faisait loi en la matière. « Il faut tenir compte, dit-il, du temps que l’on a passé sous les drapeaux, du grade où l’on est arrivé, des circonstances qui ont précédé et accompagné la désertion, et en particulier il faut voir si le soldat a déserté seul ou s’il a fait partie de tout un groupe de réfractaires. » En temps de paix, la désertion ne comporte guère que le changement de corps ou la suppression du grade : mais en cas de récidive, la peine devient capitale; si la désertion est accompagnée d’autres délits, de vol par exemple, le délit sera assimilé à la récidive. En temps de guerre, la désertion est toujours punie d’une peine capitale, sauf quelques cas exceptionnels, par exemple si le déserteur se livre lui-même avant cinq ans, ou s’il est livré par son père; dans le premier cas, un règlement de septième série le condamnait à la déportation ; dans le second cas, Antonin le Pieux voulait qu’il fût seulement transféré dans un corps inférieur, « afin que, » disait le prince, « il ne parût pas que le fils fût offert par son père au supplice 8 ». Des peines exceptionnelles et infamantes sont toujours réservées, comme sous la République, aux déserteurs qui fuient à l’ennemi; ils peuvent être, même s’ils sont citoyens romains, soumis à la torture et condamnés aux bêtes9. La législation de la ün du ive siècle, dont nous possédons toute une série de règlements, depuis 365 jusqu’à 412, a exagéré plutôt qu’adouci la rigueur des anciennes lois : c’est qu’en effet l’empire, menacé à l’intérieur et aux frontières par l’abus des privilèges et les incursions des barbares, avait plus que jamais besoin de soldats. La peine de mort est toujours la règle, sauf si le coupable se livre lui-mème. Si le déserteur résiste, il peut même être exécuté et tué sans aucune forme de procès. Ce qui est particulier à cette époque, ce sont des règlements d’une étonnante sévérité contre ceux qui donnent asile aux déserteurs ( occultatores ) : les peines qu’ils encourent varient depuis la confiscation de la moitié des biens, si le coupable appartient à un rang élevé, jusqu’à la déportation, jusqu’aux travaux forcés, même jusqu'au bûcher, si le complice du déserteur est

— 6 Polyb. VII, 37. — 7 Polyb. VII, 38 ; Dionvs. IX, 50. — 8 Dig. XLIX, XVI, 3a, 5 et 13. — » Dig. XLIX, xti, 3, 10. — 10 Cod. Theod. Vil, 8, De deserlor. et occultât, eorum. — Bibliographie. Cujas, Observât, lib. VI, c. xxvi, t. III, col. 158; Voet, De jure militiae , Hag. Comit., 1705; Sichtermann, De poenis milit. roman. Lugd. Bat., 1708 ; Le Beau, XXVIe mém., Des délits , etc. dans YHist. de l'Acad. des inscr. XLII ; Rein, Das Criminalrecht der Boemer , Leipzig, 1844 ; Ory, Cond.jur. des milit. en droit rom ., Nancy, 1872 (important) ; Bouquié, De la justice et de la discipline dans les armées à Rome et au moyen âge , Bruxelles, 1884.

un plébéien ou un homme de condition inférieure 10-

Au ii0 comme au v° siècle, le déserteur était livré au gouverneur de province, qui examinait et préparait le procès, et renvoyait le coupable avec les pièces de l’enquête par-devant le juge militaire, préfet du prétoire ou maître de la milice.

On semble distinguer du desertor, soldat qui quitte son poste, le vagus, insoumis ou réfractaire qui ne répond pas à l’appel, et 1 ’emansor, soldat envoyé en mission ou en congé, qui s’absente au delà du temps fixé.

G. Jdluan.

DESIGNATOR [funus, theatrum].

DESMOTERION [carcer].

DESPOSIONAUTAI [rilotae].

DESULTOR (’A7t&êo!Tr]ç, dcva6dr»;i;, gvcotÇârrli;'). — L’exercice de voltige qui consiste à descendre de cheval et à y remonter en pleine course, ou à faire la même chose sur un char, paraît avoir été de tout temps pratiqué et tenu en honneur chez les anciens. Déjà Homère1 comparait Ajax bondissant sur les vaisseaux des Grecs à un habile écuyer qui conduit quatre chevaux assemblés et qui excite l’admiration des hommes et des femmes par son adresse à sauter de l’un sur l’autre pendant qu’ils courent. On peut remarquer aussi avec quelle agilité les héros de l’Iliade, portés sur leurs chars au milieu de la mêlée, en descendent pour combattre et y remontent quand ils sont contraints de fuir 3. Longtemps après que l’on eut abandonné l’usage du char de guerre [currus, t. Ier, p. 1634], on se servait encore du char de course de la même manière, au moins à certaines fêtes.

Deux personnes étaient debout sur le char, l’apobate (txuoêdnfjç), qui devait en descendre pendant la course (c’est la signification même de son nom), et y remonter avant qu’elle fût terminée, et le cocher (àzo&e- •nxoç fyioyoç) chargé de diriger les chevaux et de les réunir de manière à seconder l’apobate dans sa manœuvre 3. A cause de cela on l’appelait djvîoyoç Ivê iSdÇwv; ce terme se rencontre dans un catalogue agonistique d’Athènes4. Une course d’apobate est représentée dans

DESBLTOU. 1 Iliai. XV, 679 et s. — 2 Iliai. III, 29; VI, 103; XI, 94, 145, 273, 359, 399, 423; XII, 81 et s.; XIII, 385. — 3 Harpocr. s. v. àTcoêi-cvi;; Bekker, Anecdota graeca , I, p. 198, 11, p. 425, 33 et 426, 30; Bœckh, Annal, de l’inst. ai'ch. I, p. 169 et s. M. Furtwângler, Collect. Sabouroff ‘ pl. xxv, pense que les apobâtes ne remontaient pas sur les chars, mais poursuivaient leur course à pied jusqu’au bout, tandis que les chars continuaient à courir pour leur propre compte. — 4 Rangabé, Antiq. helléniques , 962, col. A, 1. 37 et col. B, 1. 12; Krause, Gymnasli/c d. Hellenen , I, p. 570, note 11.

DES

DES

Athènes5. On y voit le cocher vêtu de la longue tunique serrée à la taille, les bras tendus et paraissant modérer l’allure des chevaux au moment où son compagnon descend : celui-ci se rejette en arrière, sa main droite n’a pas abandonné Yantyx du char, point d’appui ordinaire de ceux qui s’y tenaient debout, le pied droit est encore posé sur le plancher, le pied gauche va toucher le sol. Dans la sculpture, les roues n’ont rien qui les distingue de celles des autres chars; il parait cependant que celles des chars destinés à ce genre de course étaient construites ou disposées d'une façon particulière, de manière à faciliter la montée et la descente. Elles avaient un nom spécial : <xto6 axixol xpo^ol6. L’apobate est coiffé d’un casque et porte un bouclier. La légende en faisait remonter l’emploi pour la course à Érichthonius, qui, conduisant un char aux Panathénées, aurait eu un compagnon (itocpxéàirTiv) armé d’un petit bouclier et d’un casque à trois aigrettes7. Cette tradition religieuse fait comprendre que le premier rang, parmi les concours hippiques, ait été donné, aux Panathénées8, à la course des apobates. Cette course est rappelée dans la frise du Parthénon par plusieurs groupes, où l'on voit des jeunes gens armés montant dans un char ou en descendant9.

D'après le témoignage de Théophraste10, les courses d’apobates étaient propres à Athènes et à la Béotie; il en est fait aussi mention dans une inscription d’Aphrodisias de Carie11. A Athènes on les voit encore en usage au ive siècle av. J.-C. : le fils de Phocion y remporta le prix12. Denysd’Halicarnasse, à la fin du ier siècle, en parle comme de jeux subsistant en Grèce dans un petit nombre de fêtes très anciennes13.

Il y avait un autre genre de course ressemblant à celuilà, appelé Koftmr), qui fut introduit à Olympie dans la 71° olympiade et supprimé dans la 84°. Les concurrents n’étaient pas portés sur des chars, mais sur des juments; ils devaient sauter à bas, au dernier tour de l’hippodrome, et achever la course en tenant leur monture par la bride : c'est,

ajoute Pausanias, en décrivant cet exercice14, ceque faisaient encore de son temps, mais sur des chevaux entiers, ceux qu’on nommait ccvaëctTai.

Cette expression est synonyme de à7toêdxai : en effet, qu'il s’agît d’un cheval ou d’un char, il fallait en descendre et y remonter alternativement. Hésychius explique13 de la

» Collignon, Bullet. de corresp. hellén. VII, 1883, pl. xvn, p. 458. Voy. encore un bas-relief où l’on a d’abord vu à tort une représentation d’Amphiaraüs, Welcker, Monum. de Vlnst. arch. IV, pl. v; Annal. 1844 p. 166; Id. Alte Denkmaler, II, pl. ix, 5; Furtwaengler, Coll. Sabouroff \ pl. xxv ; cf. Kôrte, Mittheil. d. deutsch. Instit. in Athen, III, Die anti/c. sculpt. ans Boeotien, p. 410, n° 183, et une peinture du musée de Naples, Zahn, Ornam. and Gemülde, II, pl. i (Annal. 1844, pl. n); cf. Helbig, Wandgemülde, n° 1405. On peut aussi se demander si une peinture de Polygnote, qui existait encore à Rome au temps de Pline (H. nat. XXXV, 35, 59), ne représentait pas un apobate. — 6 Harpocr. et Suid. s. v. à^ogà-îflî; Zonar. s. v. àiïoSaTixot xpo^ol; Bekker, Anecd. p. 425 et 426; cf. p. 198, 12. — 7 Eratosth. Catasterism. relig. 13. IlapaSàT»]? ou rcapaiSam; est le nom ancieu

I même manière le mot ànoSuwovTsç pour àvaëatvovxeç. On peut reconnaître un vainqueur à cette course dans une peinture de vase10 où un cavalier nu, armé d'un petit bouclier rond et d'un javelot, est représenté au moment où il se laisse glisser à bas de son cheval (fig. 2333) ; devant lui, dans la peinture, se tient une Victoire qui lui présente une couronne. C’est aussi un de ces apobates ou anabates que représente une terre cuite du musée de Berlin17. On en trouve encore un exemple dans une peinture d’un tombeau étrusque de Chiusi 1S, où, parmi d’autres jeux, imités de ceux des Grecs, on voit aussi un groupe de deux cavaliers (fig.

2334), l’un assis de côté sur son cbeval dans l’attitude qui vient d’être décrite, l’autre qui lance le javelot en courant (otxovxiÇetv ào’ i7nrou), comme cela se pratiquait Flg' 2i34, ~ Apobate-

aux Panathénées19 et à d’autres fêtes.

Peut-être les noms d apobate et anabate s’appliquaientils aussi, chez les Grecs, à des écuyers qui faisaient, pour I amusement des spectateurs, des exercices de voltige pareils à ceux que 1 on exécute de nos jours dans les cirques. Les monuments figurés en offrent des exemples. Tel est celui qu'on voit, grossièrement dessiné (fig. 2333) sur un vase du musée de Turin 20 ; il est à genoux sur un cheval galopant. On a cité ailleurs (t. Ier, p. 1079, fig. 1329) un vase panathénaïque sur lequel est figuré un personnage armé d’un casque et de jambières et qui tient de chaque main un bouclier ; il vient de sauter sur la croupe d’un cheval; mais l'inscription qui accompagne la peinture le désigne par le nom de xuëiax-/;x7ip, qui est commun à toutes sortes de faiseurs de tours de force et d’adresse.

Dans un passage cité plus haut21 de Denys d’Halicar-

de celui qui combattait sur uq char, Hom. II. XXIII, 132; Porphyr. Qaaest. hom. init.; Diou. Hal. VII, 73; Diod. Sic. V, 29; Strab. XV, p. 709. — 8 a. Mommsen, H e ontologie ^ p. 153. — 9 Michaelis, Parthénon, pl. xii, n0B 56, 57, 64, 65. — 10 Ap. Harpocr. I. I. — 41 Corp , insc. gr. 2758 G, col. îv, 1. 3 ; voy. aussi ’ApyaioX. ’Eçtjjupi;, 1884, p. 121. — 12 Plat. P hoc. 20. — 13 Dion. Hal. VII, 73, p. 1499 Reiske. — 14 V, 9, 2. Voy. chez Plutarque, Alex. 6, l’emploi du mot itapaxakic&o-a;. — 15 Hesych. s. v. àirooa'.vovTe;. — iGTischbein, Vases d' Hamilton, 1,48 (= Panofka, Bilder antiken Lebens, pl.m,2). — l" Panofka, Terrakotten d.kôn. Muséums, pl. xi, 1 (= Id. Bild. ant. Leb. pl. m, 3). — 18 Monum. inéd. de Vlnst. arch. V, 1850, pl. xv. — 19 Sauppe, Deinscr . panath. p. 3, 1. 18. — 20 Heydemann, Miltheilungenai s d. antiken Satnml. in Ober- Ilahen, Halle, 1879, p. 42, n° 35, pl. n, 2. — 21 V. note 13; cf. Isid. Or. XVIII, 39.

DEY

DEV

nasse, il est question de courses en usage chez les Romains, où, à l’imitation des apobates de la Grèce, des hommes montés sur des chars en descendaient à la fin de la course pour en disputer le prix à pied. On faisait aussi courir dans le cirque, chez les Romains, des cavaliers précédant ordinairement les courses des chars22, conduisant deux chevaux, et quelquefois un plus grand nombre, et sautant de l’un sur l’autre : de là le nom qui leur était donné de desultores 23, et à leurs chevaux celui de desultorii equir\ On voit des desultores portant leur coiffure habituelle 2B, le pileus, figurer sur un assez grand nombre de monuments et notamment sur les deniers des Marcii, des Pisons, de Sepullius Macer (fig. 2336) 20 où ils font allusion auxjeuxApollinaires [ludi], qui consistaient principalement en courses équestres. Sur des pierres gravées 27, des desultores mènent, l’un quatre chevaux à la fois, d’autres dix et davantage. D'autres écuyers, que les auteurs désignent par le même nom, variaient le spectacle ensetenant debout, à genoux ou couchés sur leurs chevaux, en faisant des simulacres de combat et sans doute en se livrant à tous les exercices qui sont encore de tradition dans les cirques 28.

E. Saglio.

DETESTATIO SACRORUM. — Les sacrifices privés de chaque famille, en l’honneur des ancêtres et de certaines divinités, jouaient à Rome le rôle le plus important dans le droit public et dans le droit privé [sacra privata]. En effet, la fortune de la famille était, comme chez les Hindous, affectée d'abord à son culte, et cette charge suivait le patrimoine du père de famille, dans les mains de ses héritiers ou de ceux qui continuaient sa personne. Il en était de même des sacra gentilitia [gens]. Lorsqu’un citoyen voulait changer de famille ou de gens, ou simplement sortir de celle-ci, il devait se faire autoriser par les comices calates [comitia] à se libérer de l’obligation des sacra, dans une forme solennelle ’, appelée detestatio sacrorum. Il fallait une solennité semblable pour entrer dans une nouvelle gens et se lier aux sacrifices de celle-ci. Du reste, les détails sur ce point sont encore obscurs. On dispute sur le point de savoir si la detestatio sacrorum suffisait pour opérer la transitio ad plebem, par laquelle un patricien se faisait plébéien. G. Humbert.

DEUNX. — Monnaie de compte romaine de la valeur des {J de l’as [as]. P. L.

DEVERRA [dii],

DEVERSORIU3I [caupona].

DEVOTIO. — Forme spéciale de vœu, par lequel il est fait abandon aux dieux infernaux de personnes ou de choses expressément désignées, sans que l’auteur du vœu se charge d’accomplir lui-même la consécration ou sacrifice des personnes et choses « dévouées ».

La différence entre la devotio (xaGociwatç) et le vœu proprement dit, votum (eù^vj), réside précisément dans ces

22 Cic. Pro Mur. 27 ; Cassiod. Var. III, 51. — 23Hyg. Fab. 80 ; Tit. Liv. XXIII, 29 ; Properf. V, 2, 35; Isid. I. I. Dissultor , ; Gloss, gr. lat. (ap. Forcelliui-de

Vit, s.v.); Marini, Att. frat. Aru.p. 284; Henzen, Actafr. Arv. p. 36, 37. Ils ne se confondent pas avec les jubilatores, qui suivaient la course des chars, [cincus, 1. 1, p. 1194], — 2VSuet. Caes. 39; Cic. et Cassiod. l.c. -25Hyg. I. I. — 26 Cohen, Monn.de la Rép., pi. xxxvii, 9-11 ; Bahelon, Mann, de la Rép. I, p. 289 et s. ; II, p. 28, 29, 190. Voy. encore Beger, Thés. Brandeburg . I, p. 136 ; Bellori , Lucernae sepulcr. 24. — 27 Mus. Florent ., II, pl. uni, 1; Agostini, Gemme, pl. 193 ; cf. Eustath. Ad II. p. 1037, 60; Winckelmann! Pierres de Stosch, p. 467. — 28 Sil. Ital. Pun. X, 467; Manil. V, 85 ; Firm. Mat. VIII, 6, Voy. une mosaïque récemment découverte, Le Blant, Mélanges d'arch. de l’École française de Rome , 1886, pl. ix. Il est douteux que le personnage debout sur un

restrictions. Le vœu est une promesse exécutoire après la réalisation des souhaits exprimés par le requérant, promesse qui peut être adressée à une divinité quelconque, comprendre dans sa formule les stipulations les plus diverses, et doit être accomplie par son auteur, ou, à son défaut, par une personne que le droit public ou civil lui substitue. La devotio est un pacte d’une nature particulière, par lequel les divinités souterraines sont invitées à prendre elles-mêmes, c’est-à-dire à détruire ce que l’auteur du vœu a le désir, mais non le pouvoir ou le droit de leur donner. Quelle que soit en cela son intention, qu’il agisse en haine de l’objet dévoué ou pour détourner d'objets plus chers les convoitises des puissances surnaturelles, le pacte est immédiatement exécutoire, et sa mise à exécution par les divinités intéressées signifie que celles-ci acceptent les offres à eux faites, avec toutes les conséquences espérées et prévues par l’auteur de la devotio. Ainsi, tandis que l’accomplissement du vœu est toujours le payement d’une dette, une manifestation de reconnaissance pour un bienfait obtenu, la devotio, si elle est acceptée, met les dieux en possession de l’objet dévoué avant qu’ils aient prouvé autrement leur volonté de remplir la^ intentions du contractant. Celui-ci fait un acte de foi en leur loyauté Souvent, il est vrai, celui qui « dévoue » ne vise que la destruction de l’objet dévoué, et le pacte produit son plein effet par cela seul qu’il est exécuté. Ajoutons enfin que l’objet dévoué est toujours la vie humaine, le seul butin qu’ambitionnent les divinités souterraines ; les animaux ou les objets inanimés ne peuvent être dévoués que comme équivalent de la vie humaine ou comme supplément ajouté à l’offrande principale.

On peut donc simplifier encore la définition donnée plus haut et dire que la devotio est l’abandon fait aux dieux infernaux d’une ou plusieurs vies humaines, sans sacrifice proprement dit. On verra plus loin qu’elle a été, dans la plupart des cas, substituée à des sacrifices humains, que commandait la tradition archaïque et que l’adoucissement des mœurs ne permettait plus de consommer.

La devotio s’opère toujours au moyen d’une formule et n’est qu’une application particulière du pouvoir magique des formules ( carmina , verba concepta, sollemnia. precationes sollemnes). On ne comprendrait pas sans cela que l’auteur de la devotio pût dévouer même ce qui ne lui appartenait pas, ce qui était absolument hors de sa portée, ce qu’il dévouait précisément parce qu’il ne pouvait le détruire lui-même. Il faut supposer que l’imprécation lancée allait non-seulement éveiller l’attention et exciter la convoitise des divinités invoquées, mais leur conférait sur l’objet dévoué un droit qu’elles n’auraient pas voulu ou pu exercer sans cela. Le charme des mots était censé suspendre l'enchaînement normal des faits et provoquer l’irruption des causes surnaturelles, les invitant ou, au besoin, les contraignant à agir dans le sens indiqué. Cette croyance, commune à tous les peuples de l’antiquité,

cheval dans un bas-relief du musée de Vérone (MafTei, Mus. Ver. LXlX.pl. i, 21 soit undesultor; cf. Diitschke, Ant. Bildwerke in Oberitalien, IV, n° 431.

DETESTATIO SACRORUM. 1 Servius, Ad Aen. II, 156; Gell. VI, 12; XV, 27; Cic. Orator. 42, 144; Pro domo, 13, 35. — Bibliographie. Savigny, Vermischte Schriften, Berlin, 1856, I, p. 196 ; Walter, Geschichte des rt 5m. Rechts, 3' éd. Bonn, 1860, I, n" 15, 24; Becker, Handbuch der rôm. Alterth. Leipz. 1848, II, 1, 370 et IV, P* 239; Marquardt, Rôm. Staatsverwaltung, Leipz. 1878, II, 1, 370 et IV, p. 239 ; Marquardt, Rôm. Staatsverwaltung , Leipz. 1878, III, p. 294 ; Hüdemaun, Jus pontificium , p. 69, Bonn, 1837; Gottling, Ucber rômische Verfassung, p. 250, Halle, 1S10; Rubino, Untersuchungen überroem. Verfassung, g. 250, Cassel, 1839 ; Danz, Der sacralé S chut:, p. 90-93; Mommsen, Rôm . Forschungen , I, Berl, 1864, p. 124 et suiv

lë

Fig. 2336.

Desultor.

DEY

DEY

n’était sans doute nulle part plus enracinée que dans l’Orient asiatique, patrie de la « magie » [magia] ; nous n’envisagerons ici que les rites et coutumes auxquels elle a donné lieu chez les Grecs et les Romains.

Si diverses que puissent être les intentions de ceux qui y ont recours et les rites employés, la dsvotio , considérée au point de vue de l’objet dévoué, ne comporte que deux cas, suivant que l’opérateur dévoue d autres personnes ou se dévoue lui-mème. Le premier cas était de beaucoup le plus fréquent ; mais l’autre était plus émouvant et plus solennel, et c’est au sacrifice de soi-même qu’est resté le nom de « dévouement ».

I. — La devotio attachant comme une force destructive à la personne d’autrui est le plus souvent désignée par des noms divers, qui font valoir la diversité des rites, des intentions ou des effets produits, aux dépens de 1 idée fondamentale. Elle comporte des atténuations, des restrictions, des conditions, qui en graduent les effets ou en subordonnent l’efficacité à la culpabilité de la personne visée, laquelle échappera à la malédiction si elle se garde d une faute nominativement désignée. La formule invite les puissances souterraines tantôt à faire périr, elle seule ou elle et sa postérité, la personne dévouée, tantôt à la torturer, à la « lier », c’est-à-dire à la paralyser soit dans son intelligence, soit dans ses facultés physiologiques, à pervertir les sentiments qu’elle éprouve, ceux qu elle inspire, etc.

Le maléfice qui opérait ces prodiges était parfois une simple malédiction ou imprécation verbale [imprecatio , deprecatio, exsecratio, detestatio, dirae, dpaî, ihtapal, iitM), comme celle que le tribun Atéius lança à Crassus pailant pour l’Orient, ou que le jeune Drusus adressait du fond de sa prison à Tibère Les héros de tragédie sont assez prodigues de ces imprécations, et Cicéron cite avec un commentaire ironique celle de Thyeste contre Atrée -, le chef-d’œuvre du genre. Les États et les particuliers en usaient à l’envi pour assurer, à défaut des sanctions légales ou concurremment avec elles, le respect des lieux saints, des tombeaux, des traités, des testaments et en général de la volonté des défunts3. Ces malédictions conditionnelles étaient ordinairement inscrites sur les lieux et documents qu’elles devaient préserver de toute irrévérence. Quand il s’agissait non plus de menacer, mais d’agir, et que l’opération était conduite suivant les règles de l’art magique, la formule malfaisante était gravée au poinçon sur une lame de métal — de plomb, le plus souvent — et déposée dans un tombeau, sous la garde du mort et à la portée des divinités infernales4, ou attachée à une image de cire représentant la personne visée. L’image en question, après avoir été soumise à une torture symbolique, était déposée dans les carrefours, sous l’œil d’Hécate, ou à la porte de celui dont elle renfermait

DEVOTIO. IDio Cass. XXXIX, 39; Mut. Cross. 16; Appian. Bell. cm. 11, -*38, Cic Divin. 1, 16; Tac. Ann. VI, 23. - 2 Cic. Tuscul. I, 44; cf. In Bison. 19. Ces malédictions sont efficaces même contre les innocents, témoin 1 histoire bien connue d’Hippolyte dévoué par Thésée, et celle de l H.ppolyto latin, Commimus de Laurentef Plut. Paraît 34. — *E. von Lasaulx, Der Finch bei den GriechenundMmern Wiirzhur" 1843 (Studien der classisch. Attnrthums, RegensDurg, 3 ) > •

Hermann: Gottesdienst. A llerikûmer , §§ 9 et 22. - * Vov. la collection de ou waSiwldefixiones) épigraphiques, grecques et latines, reunies par . .

muth, dans le Rhein. Muséum, XVIII, 1863, p. 600-574. Autres textes grecs dans Le Sas et Waddington, III, n° 1499 ;’Efïip. 'AKaioX., 1869, p. 333 sqq. 4 i A«,v«t.v , 1 ,

p. 77; Koumanoudis, ’Avnrôî 'EuiYfaçirt litrtùpSm, ISO, n01 > -° > 0 3 '

Newton, Discoveries at Halicarn. Cm*, etc., II, 2’ part-, p. 720 et s, Re.nacl , Manuel d’épigrapkie grccq, p. 151 ; cf. p. 433. Textes latin» dans Corp. m^-. a|. II, 462; VII, 140; Bullett. d. Instit. 1866, p. 252 1 880, P- 6 «M-, ^ ^ 6 iegli scavi d. Accad. d. Lincei, 1880, p. 147; Hermès, IV, 1869. p. 282, XV, ,

pour ainsi dire la destinée ou sur le tombeau de ses ancêtres3. C’est ce qu’on appelait « recommander » ( com mendare ), « enchanter» (obeantaré), « clouer »(defigere), ou ;< lier » ( ligare , obligare, xrraoeTuQat) quelqu’un. On attribua à des pratiques de cette nature la mort de Germanicus et la démence de CaracallaL En général, le vulgaire expliquait par des « maléfices » toutes les perturbations du cor ps et de l’âme dont la soudaineté ou l’étrangeté lui paraissait anormale, et les plus fermes esprits n osaient pas niei formellement la redoutable vertu des incantations magiques8. La longue série des lois édictées à Rome contre les auteurs de maléfices, depuis le temps des XII labiés jusqu’au Ras-Empire0, montre assez que le législateur partageait sur ce point la croyance commune [magia, maleficium].

Ainsi mise au service des haines et rancunes individuelles, la devolio s’éloigne de son type primordial et tend à se confondre avec une foule de recettes analogues. A la suivre dans ces aberrations et ces métamorphoses, on irait jusqu’à la « dévotion » opérée sans cérémonies, sans formule et même inconsciemment, par les individus doués du mauvais œil (fascinatio, |ïot<ixavi'a 10 fascinum). Cependant, elle garde toujours son caractère spécifique, qui la distingue à la fois du vœu et du sacrifice, à savon que l’objet dévoué est désigné, voué à la destruction, mais non détruit par l’auteur de la conjuration. On voit même reparaître de temps à autre son véritable nom" ; devotio devient synonyme de maléfice en général, et sa signification élargie comprend toutes les entreprises tentees par voie d’opérations magiques contre la vie d’autrui.

La devotio conserve mieux sa physionomie originelle et se disperse moins en expériences aventureuses quand elle est employée par l’État. Cependant, là encore, elle se déguise parfois sous des vocables qui ont pris une valeur propre et constituent des variétés pour ainsi dire autonomes.

C’est ainsi que la « consécration de la tète » [consecratio] ou excommunication, pénalité infligée par le dioit pontifical aux auteurs de péchés irrémissibles, était une « dévotion » véritable, mais constituée à l’état d espèce distincte. Les individus frappés de la consecratio capitis étaient voués aux dieux infernaux1’ par une cérémonie solennelle, accomplie par un magistrat avec 1 assistance d’un pontife, en présence du peuple assemblé. Les rites usités en pareil cas ressemblaient de tout point à ceux qui ont permis auxDécius d’accomplir leur « dévouement » volontaire. Un autel portatif ( foculus ) était installé sur la tribune du Forum, et le magistrat officiant, la tête voilée, récitait avec accompagnement de flûte des paroles « antiques et solennelles13». Il est probable qu à 1 origine la consécration de la tête n’était que la préface de l’expiation suprême ou « supplice » (. supplicium ), et que la société immolait elle-même le coupable ainsi « consacré »

p 588-596 ; Arch. Zeitnng, XXXIX, 1881, p. 369-311 ; Jahrbb. d. Ver. v. Alterthu mf, . im Bheinlande , XXIV, 1882, p. 181-183; Ephem. epigr. V. 884, p. 317-319 4n sqq^, textes osques dans Bhein. Mus. XXXII, 1878, p. 1, sqqo Ephem. ep.gr . II, P- 'M. 5 plat Lcq. XI, p. 933. Cf. Theocr. Idyll. II; Virg. Ecl. VIH, 77 sqq.; Ovid. Amor 111 7, 27-30 ; Senec. Benef. VI. 35. - 6 Tac. Ann. II, 69 ; Dio Cass. LVII 18 7 Dio Cass. LXXVI1, 15. - 8 Cf. Plat. Leg. XI, p. 933. - 9 Cf. Phn XXVIII, gg 10, 17; Senec. Quaest. nat. IV, 7 ; Apul. Apol. 47 ; Serv. Ecl. VIII, 99 1 Augustin. Cic Del VIII 19; Paul. Sent. V, 23, 15; Digest. XLVI1I, 8, 14; Cod. Theod. X, 16 - Cod.' Just. IX, 18 ; Instit. IV, 18, 5. - 10 Cf. O. Jahn, üeber den Aberglauben des bôsen Blicks bei den Alten {Berichte d. Sachs. GeselUch.d. Wissenschaft. .Leipz. 1855, p. 68 sqq.). - » Carmina et devotiones (Tac. Ann. II, 69) ; devotwmbus oc maleficiis (Apul. Metam. IX, 29). - 12 '£1; xoï x«aX8ovIoU Aii; (Dion Haï. 11, 10) 1 Où eo-Oott -^ovtoi; Oioi; (Plut. Bomul. 22). - « Concione adeocata, foculo posüo capile velato, adhibito tibicinc , rnrbis priscis et solemmbus (Cic. Pro domo,

(84. C'est ainsi qu'avait lieu encore au temps de Cicéron la consecratio bonorum.

DEV

— Ho —

DEV

( homo sacer, Ivay?);, Irc/paro;, lira:à<ii|zo;, èçojXyjç), c’est-à-dire retranché du monde profane et devenu propriété des dieux; mais, à l’époque historique, ce n’est plus qu’une malédiction dont le hasard seul doit procurer l’accomplissement. La victime n’est plus réellement « consacrée » ; elle est promise ou plutôt désignée aux dieux qui sont invités à s’en saisir, et, si la loi permet à tous14, elle n enjoint à personne de consommer le sacrifice. Le terme de consecratio devient impropre; il eût fallu le remplacer par celui de clevotio 16.

Ainsi modifiée, la consécration de la tête servit de sanction aux préceptes les plus essentiels de la morale, insuffisamment protégée par la loi civile; le fils qui portait la main sur son père était consacré ou dévoué aux mânes de ses ancêtres1"; le mari qui vendait sa femme, aux « dieux souterrains 11 »; le patron ou le client qui méconnaissait ses engagements, à Dis Pater18; le propriétaire qui reculait frauduleusement les bornes de son champ, « lui et ses bœufs », à Jupiter Terminus19. Le droit public s’empara également de ce moyen d’obliger les consciences, en y ajoutant une mesure plus efficace encore, la consécration des biens, consecratio bonorum. C’est ainsi que furent recommandées au respect les lois constitutionnelles dites « sacrées » ( leges sacratae). Etait menacé de la consécration à Jupiter quiconque chercherait à rétablir la royauté ( lex Valeria, 509 av. J.-C.), ou violerait en la personne des tribuns de la plèbe et de leurs auxiliaires les privilèges de la plèbe ( plebiscit . Icilium, 492 av. J.-C. ; Icilium, 456 av. J.-C. ; lex Valeria , Horatia, 449 av. J.-C. 20). La consécration prévue par le droit privé ne comportait sans doute pas d’acte solennel ; elle était prononcée une fois pour toutes par les règlements pontificaux connus sous le nom de « lois royales » et atteignait les coupables ipso facto 21- Celle que comminait le droit public devait être appliquée par les pontifes, sur la simple constatation du fait; mais elle pouvait aussi être considérée comme encourue ipso facto et être régularisée après coup, alors que l’indignation d’un citoyen avait fait justice d’un ennemi de l’État22. Cette impunité assurée aux exécuteurs trop pressés par la loi Valeria, et le serment fait par les plébéiens de ne pas laisser impunément violer leur charte, assurèrent le respect des lois sacrées. Les tribuns de la plèbe firent, le cas échéant, des exemples salutaires, en précipitant du haut de la roche Tarpéienne les coupables « dévoués » parles lois sacrées23. Pénalité excessive ou insuffisante, hasardeuse dans tous les cas et de plus irrémissible, la consécration de la tête fut remplacée dans la pratique par T « interdiction de l’eau et du feu » ( exsilium ), à laquelle les jurisconsultes de l’Empire associèrent, puis substituèrent définitivement la deportcitio [exsilium].

L’usage de la devotio sous forme de consécration de la tète n’était pas particulier aux Romains. Tite-Live rapporte qu’en 293 les Samnites, résolus de tenter un effort

U Fest. p. 318, s. v. Sacer; Dion. Hal. II, 10, 74 ; V, 19, 70; VI, 89 ; X, 33; Liv. III, 55; Cic. Pro Tull. 47 ; Mactob. III, 7, 5; Plut. Public. 12. — 15 Aussi les deu\ termes deviennent synonymes, même dans le pur latin de César ; Marti ea, quae bello cepcrant, plerumque dévouent au lieu de consecravt (Caes. Bell. Oall. VI, 16). — 16 Fest. 230, s. v. Plorare. — n ICut. Romul. 22. — 18 Dion, liai. II, 10; Serv. Aen. VI, 609. — 19 Fest. Epit. p. 368, s. u. Termino; Dion. Hal. Il, 74. — 20 Sur la consécration et les lois sacrées, voy. L. Lange, De consecratione cupitis et bonorum , Giessae, 1867 ; E. Lübbert, Commentationes pontificales, Berulini, 1839, p. 143-171; A. Bouché-Leclercq, Les pontifes de l'ancienne Home, Paris, 1871, p. 195-198; J. Marquardt, Rôm. Staatsoencaltung , III2, 1884, p. 265- 268. — 21 Les auteurs insistent sur ce point, que la sanction des lois sacrées peut

suprême, appelèrent aux armes toute leur jeunesse en menaçant de « consacrer à Jupiter « quiconque manquerait au rendez-vous ou s’en irait sans congé régulier. « Ils appliquaient ainsi à un cas nouveau, dit l’historien, un ancien mode de prestation de serment ». Ils allèrent même jusqu’à ajouter à cette « consécration » possible une dévotion immédiate, mais conditionnelle, appelant la malédiction sur eux, leur famille et leur postérité, au cas où ils refuseraient de suivre leur chef, déserteraient le champ de bataille ou feraient quartier à l’ennemi 2l. Chez les Grecs enfin, les « dévotions» sous formes d'imprécationsofficielles (àpod) étaient entrées de temps immémorial dans les habitudes courantes. Il n’était pour ainsi dire pas de traité ou de loi importante qui ne fulminât l’anathème contre les transgresseurs possibles et ne les dévouât, eux et leur postérité, à la perdition (etç iÇujlctxv). On avait recours aux sanctions divines pour suppléer à l’impuissance des gouvernements, au risque d’habituer les indociles à porter légèrement même le courroux des dieux 26. Les quelques principes de droit international élaborés autour des sanctuaires — surtout en vue d’assurer la sécurité de leurs prêtres — n’avaient point d’autres garanties. On connaît la terrible formule dictée aux Amphictyons par l’oracle de Delphes, les imprécations devenues proverbiales des Bouzyges d’Athènes26, et le cérémonial antique de l’excommunication en usage à Eleusis27. Le simple serment exigé par la procédure criminelle à Athènes menaçait la personne, « la race et 1ü maison » de ceux qui s’en serviraient pour tromper la justice 28. Il est vrai que si les Grecs prodiguaient les malédictions, elles n’étaient pas chez eux irrévocables ; les repentants pouvaient en être déchargés (à-mûyja^'Xi, atpstv OU àvïXûstv -rqv àpâv, àvafôécGou, àtfosioüaOat) 29.

La « dévotion » inscrite dans les lois ou dans les formules de serment à l’état de pénalité juridiquement définie nous entraîne peu à peu dans le domaine de la théorie et delà casuistique. Ces sanctions légales sont simplement prévues comme applicables dans des circonstances données ; elles sont conditionnelles, et elles auraient pu, la condition ne se réalisant pas, n’être jamais appliquées. Il est temps de revenir aux faits concrets, aux dévotions formulées en présence non d’une hypothèse, mais d’une réalité.

On retrouve le type agrandi de la « consécration de la tête » dans la cérémonie connue sous le nom de « printemps sacré » (ver sacl'um), à la mode italique, cérémonie expiatoire qui avait été aussi à l’origine un sacrifice réel et s’était également convertie en « dévotion ». « Dans les grandes calamités, dit l’abréviateur de Festus, les peuples italiotes avaient coutume de vouer aux dieux tous les êtres vivants qui naîtraient chez eux au printemps suivant. Mais, comme il leur paraissait cruel de mettre à mort de petits innocents, garçons et filles, ils les élevaient jusqu’à l’âge adulte, puis leur couvraient la tête d’un voile et les chassaient ainsi hors de leur terri-

s’appliquer sans jugement préalable (Dion. VII, 31, 50; Plut. Coriol. 18; Dio Cass. LIII, 17). — 22 Plut. Poplicola , 12. — 23 Liv. VI, 20; Epit . LIX ; Dion. X, 31; Vell. II, 24; Aur. Victor, De vir. ill. 66. On verra plus loin que « précipiter n du haut d un rocher est un expédient usité dans les « dévotions ».

— 2'* T. Liv. X, 38. — Solon attache cette sanction à ses règlements douaniers! Plut. Solo , 24. Voy. les formules épigraphiques dans Corp. vise, gr, 3044, 3095, 3562. — sa Aeschin. In Ctesiph. § 110; Paroemiogr. graec. I, p. 388, s. v. BouÇûpri;; Diphil. ap. Athen. VI, p. 239. — 27 Lysias, Ado. Andocid. § 51.

— 28 ’Apwjxevo; t'ui'Xeiav autÇ xa\ y*vti xal olx{« (Demosth. In Neaer., 10).

— 29 Par exemple, Alcibiade; Plut. Alcib. 33; Corn. Nep. Alcib. 4, 6; Diod. XIII, 69; cf. Poil., V. 130.

DEV

DEV

toire 30. » La devotio avait été ainsi substituée, dès l’âge préhistorique, à la consécration proprement dite, laquelle, pour les êtres vivants, est synonyme de sacrifice. Ilne restait plus à sacrifier que les animaux. Les dieux avaient assez montré qu’ils agréaient cet arrangement : ils avaient protégé les enfants qu’on leur abandonnait. On racontait qu’un essaim d’Aborigènes était ainsi venu de Reate dans le Latium31; que trois tribus sabelliques, les Samnites, les Picentins et les Rirpins, avaient émigré de la Sabine sous la conduite d’animaux symboliques envoyés par le dieu Mars32 ; enfin, que les Mamertins de Messine étaient sortis du Samnium à titre de « printemps sacré » 33. 11 y eut encore un ver sacrum ordonné par les livres sibyllins en 217, quelques jours après la bataille de Trasimène, et autorisé par une loi spéciale, mais réduit par les Pontifes au sacrifice des animaux d’espèce bovine, ovine (y compris les chèvres) et porcine 34. Le vœu formulé en 217 ne fut accompli que vingt et un ans plus tard (195), et il le fut mal au gré du grand-pontife P. Lieinius Crassus. Les rédacteurs de la loi de 217 avaient sans doute oublié de marquer les limites du « printemps sacré ». Il fallut recommencer le sacrifice en 194, en y comprenant « tout ce qui était né cette annéelà entre les calendes de mars et la veille des calendes de mai » (du 1er mars au 30 avril) 35. Le printemps sacré ainsi entendu n’a plus rien de commun avec la devotio; c’est une institution qui se survit, se défigure et va disparaître. Si elle a jamais existé chez les Grecs, ce qui est au moins douteux36, il est impossible d’en trouver la trace dans les faits historiques.

On a vu la devotio se substituer au sacrifice pour les individus frappés de la « consécration de la tête », et pour ceux qui étaient compris dans le « printemps sacré ». Elle fut employée aussi, à titre d’expédient suspect et quelque peu hypocrite, pour concilier des usages analogues avec les exigences d’une civilisation qui voulait garder le bénéfice des expiations homicides sans en assumer la pleine et entière responsabilité. Les individus dont la tête était consacrée devaient expier leurs propres fautes ; ceux qu’enveloppait la prescription du printemps sacré payaient pour les fautes ou les malheurs de la société que leur sang devait purifier. C’est dans la catégorie des victimes expiatoires substituées par une fiction légale à la société menacée (xaôapgoî) qu’il faut chercher les exemples auxquels il est fait ici allusion. On en rencontre même à Athènes, dans le culte d’Apollon considéré comme le dieu redoutable et vindicatif qui déchaîne les pestilences et assimilé ainsi, en dépit de sa nature céleste, ou substitué à des divinités souterraines. Depuis le temps de Thésée, les Athéniens promenaient par les rues, aux Thargélies, deux pénitents devenus les « guérisseurs » (œapgaxoi') des maux de la cité, sorte de boucs émissaires qui, après avoir été couverts d’avanies et de malédictions, devaient être mis à mort avant la fin delà cérémonie37. Cet usage, tombésans doute en désuétude à Athènes, au temps d’Épiménide et remis en vigueur par le prophète crétois, paraît avoir été commun àtousles

30 Fest. Epit. p. 379. Cf. Serv. Aen. VII, 796 ; Sisenna ap. Non. p. 277, 522, s. v. Damnare, Ver sacrum. Voy. Éclaircissements sur le ver sacrum des Anciens (ffist. de l'Acad. des Inscr. III, 1746, p. 86 sqq.) ; Aschenbach, De vere sacra veterum Itatorum, Ilfeld, 1830; J. Ilasenmiiller, Die Formel der heiligen Frühlingsweihe (Rhein. Mus. XIX, 1864, p. 402-409).— 31 Fest. p. 320-321, s. v. Sacrani; Dion. Haï. I, 16. - 32 Strab. V, p. 240-250; Fest. Epit. p. 106, 212, s. v. Irpini, Picena; Serv. Aen. XI, 785. — 33 Fest. p. 158, s. t>. Mamertini. — 34 Fiv. XXII, 10.— 36 Liv. XXXIII, 44; Liv. XXXIV, 44. — 3G O. Muller, Dorier , I, p. 260, et A. Schwogler, Rôm. Gesch. I, p. 240, assimilent l’essaimage des anciennes tribus grecques au ver sacrum italique, d’après Dion. Haï. 1, 16; Strab. VI,

Ioniens; on le retrouve, au moins à l’état de remède exceptionnel, à Milet38, à Paros 39, à Colophon'*0, à Éphèse41, à Abdère42, à Leucade 43, et jusque dans la colonie phocéenne de Massalia (Marseille)44. On nous dit que les individus ainsi chargés des péchés de la cité étaient lapidés dans certaines villes, ailleurs brûlés, et l’on s’empresse d’ajouter que l’on choisissait pour ces exécutions des criminels déjà destinés au supplice46. Peut-être est-ce ainsi que l’on tournait la difficulté à Athènes. A Leucade, on précipitait la victime dans la mer du haut d’un rocher; mais on s’arrangeait de façon que le « saut de Leucade » ne fût pas périlleux. La devotio , atténuée et bénigne, se substituait franchement au sacrifice. A Marseille, le saut n’était pas entouré de ces précautions, mais la victime était un pauvre qui, après avoir été nourri « avec des mets de choix » pendant un an aux frais de l’Etat, courait volontairement la chance de périr dans les flots. C’était déjà le « dévouement » de soi-même, tel, au désintéressement près, que nous l’étudierons dans le paragraphe suivant. Les cultes exotiques d’Artémis Taurique, de Dionysos Omestès ou Omadios, de Kronos (Moloch), de Mélikerte (Melqart), etc., exigeaient aussi des sacrifices humains, mais ils ne paraissent pas avoir eu recours à l’expédient de la devotio ; ceux qui n’acceptèrent pas la substitution soit de victimes animales, soit de figurations plastiques ( oscilla , maniae, àtSipoi), tombèrent en désuétude ou se rabattirent sur les condamnés à mort10.

Ce qui ressort clairement des exemples cités, c’est que la devotio a souvent fourni le moyen de concilier les rites antiques avec les scrupules d’une époque plus récente. Si on ne laissait pas complètement aux dieux le soin de prendre possession de ce qui leur était offert, on prétendait ne les y aider que dans une certaine mesure, qui leur laissait encore, à la rigueur, le droit de s’abstenir. Un individu précipité du haut d’un rocher pouvait, par la grâce des dieux, échapper à la mort : en tous cas, on ne versait pas son sang, et, au point de vue liturgique, il n’y avait pas sacrifice.

Ce raisonnement équivoque fut utilisé ensuite à Rome, où nous allons surprendre la devotio insinuée dans des actes qui en paraissent, à première vue, assez différents. Le droit pontifical considérant comme inviolable la personne des ministres du culte public et déclarant, d’autre part, irrémissible le péché d’une Vestale infidèle à son vœu de chasteté, les Pontifes avaient imaginé un compromis pareil aux expédients dont les Grecs étaient coutumiers. Le Grand-Pontife prononçait sur la Vestale coupable des «formules secrètes », puis la faisait descendre, la tête voilée, dans un caveau souterrain et l’y laissait avec une lampe allumée et des provisions, « du pain, de l’eau, du lait, de l’huile, comme pour ne pas encourir le reproche de détruire par l’inanition un corps consacré par les plus grandes cérémonies47 ». Le but visé était ainsi atteint : l’infortunée n’était pas mise à mort, mais seulement « dévouée » ; les dieux pouvaient, si bon leur sem-

p.257. — 37 Hellad. ap. Phot. Bibl. c. 279, p. 534; Harpocrat. p. 291, s. v. çaçjJiaxôç; Suidas, S. V. capjAaxôç, œàpp.axoç, «pappaxou;; Schol. Aristoph. Equit., 1136.

38 Parthen. Erot. 9; Hesych. s. v. Qcn^r{kia. — 39 Archiloch. Fragm . 46.

40 Hesych. s. v. Kçââta; vôjxo;. — 41 Hipponact. Fragm. 50; Tzetzes, Chiliad. V,

736 sqq. — 42 Ovid. Ibis , 465. — 43 Strab. X, p. 694. — 44 Serv. Aen. III, 57.

45 Tzetzes, loc. cit. — 46 Par exemple, le culte de Kronos à Rhodes (Porphyr.

Abstin. Il, 54). Voy. sur toutes ces questions H. G. Vent, De hostiis humains antiquo tempore maxime immolatis , Vimariae, 1826; R. Suchier, De victimis humanis apud Graecos, part. I, Hanov. 1848 ; E. von Lasaulx, Die Sülinopfer der Griechen und Borner, München, 1849. — 47 Plut. Numa, 10. Cf. Dion. Hal. II, 67,

DEY

DEY

blait, faire des miracles pour la sauver, comme ils avaient eu pitié jadis de Rliea Sylvia, la première Vestale incestueuse, précipitée dans les eaux du Tibre ou de l’Anio.ll est probable que les deux couples, l’un grec, l’autre gaulois, ensevelis vivants au Forum Boarium, en 216, sur l’ordre des livres sibyllins48, furent dévoués de la même façon (cette fois, par le président du collège des Décemvirs S. F.), quoique pour des motifs tout différents : sans doute, on prétendait mettre ces étrangers en possession du sol romain, pour accomplir certaines prophéties, et on priait les dieux infernaux de s’emparer de ces singuliers conquérants. L’ensevelissement substitué à l’immolation fait si bien partie des rites cauteleux de la devotio, que nous la retrouverons plus loin, employée à l’état de Action par le droit pontiAcal pour régulariser les « dévouements » promis et non consommés.

Dans tous les cas envisagés jusqu’ici, l’Etat abandonne aux dieux infernaux des vies humaines qui sont en son pouvoir, mais qu’il ne croit pas devoir sacriAer lui-même, car la coopération des dieux est nécessaire pour démontrer que le pacte est accepté par eux : il est d’autres circonstances où l’on attend d’eux qu’ils prennent ce que la société ne peut leur livrer. C’est même dans ces cas que la devotio apparaît sans équivoque et sous son vrai nom.

Elle fut plus d’une fois employée par les magistrats romains comme une arme surnaturelle tournée contre des ennemis que l’on désespérait de vaincre autrement. Comme les Romains étaient peu habiles dans l'art des sièges, c’était ordinairement les villes assiégées que leurs généraux dévouaient de cette façon. On commençait par évoquer [evocatio] les divinités qui protégeaient les assiégés, en les invitant à se transporter à Rome, où le peuple romain saurait leur procurer une demeure et les honorer dignement. Si les entrailles des victimes annonçaient une réponse favorable, le chef de l’armée romaine prononçait la formule de devotio, rédigée par les pontifes et sans doute dictée par un membre du collège, formule dont le texte nous a été conservé par Macrobe49 : « Dis Pater, Vejovis, « Mânes, de quelque nom qu’il faille vous appeler, veuillez « tous remplir de fuite, de frayeur, de terreur, la ville de « N*** et l’armée que j’ai conscience de nommer; ceux qui « porteront les armes et lanceront des traits contre nos lé- « gions et notre armée, veuillez les faire disparaître et « priver de la lumière des deux cette armée, ces ennemis, « ces hommes et leurs villes et leurs champs et les habi- « tants de ces lieux, régions, champs ou villes; considérez « l’armée de ces ennemis, les villes et champs de ceux que « j’ai conscience de nommer, les villes, champs, personnes « et générations d’iceux comme dévoués et consacrés aux « conditions auxquelles les ennemis ont été déjà le plus « efficacement dévoués. Je vous les donne et dévoue en mon « lieu et place, pour moi, mon devoir et ma magistrature, « pour le peuple romain, pour nos armées et légions, aAn « que nous soyons sains et saufs par votre permission, moi, « mon devoir et commandement, nos légions et notre armée « engagée dans cette affaire: si vous faites cela de façon que « je le sache, le sente et le comprenne, alors que la périt sonne auteur de ce vœu le rende valable aussitôt qu’elle « 1 aura fait, moyennant trois brebis noires. Mère Tellus et

W Liv. XXII, 57 ; Plin. XXVIII, § 12. — Macrob. Sat. III, 19, 10-12. — S0 Lycurg. In Leocrat. §§ 84-88; Val. Max. V, 6, 8, extr. 1 ; Stobaeus, Florileg. VII, 66. — Si Les scoliastes, en peine d’expliquer pourquoi le serment de défendre la patrie «7.oi 9«v<iTouétait prêté par les éphèbes dans le temple d’Agraulos (Aglauros), ra-

« toi, Jupiter, je vous prends à témoins ». Le cérémonial qui accompagne le prononcé de la formule est indiqué: au mot de « vœu », l’ofAciant porte la main à sa poitrine; en invoquant Tellus, il touche la terre avec ses mains, et les lève au ciel en articulant le nom de Jupiter.

Cette singulière expérience fut souvent tentée par les Romains, et toujours, paraît-il, avec succès. Macrobe cite, comme villes « dévouées » de la sorte, en Italie, Volsinies, Frégelles, Gabies, Yéies, Fidènes; en dehors de l’Italie, Carthage et Corinthe, sans compter « nombre d’armées et de places fortes en Gaule, en Espagne, chez les Africains et chez les Maures ».

IL — La devotio conçue comme un moyen de provoquer ou d’utiliser la perte d’autrui, avec la complicité et la coopération des puissances infernales, a un caractère odieux que pouvait dissimuler la raison d’Etat, mais qui assimilait les entreprises de ce genre, tentées par les particuliers, au guet-apens et à l’assassinat. Quand la personne qui y avait recours se dévouait elle-même à l’intérêt général, l’acte, identique au for.d et accompli par les mêmes moyens, prenait un caractère de grandeur et de générosité qu’exprime encore aujourd’hui le mol de « dévouement ». Les Athéniens cherchaient avec raison des leçons de patriotisme dans la légende de Codros, et les Romains ont mis les Décius au premier rang de leurs grands hommes.

Il est bon de faire remarquer tout d’abord que le dévouement de soi-même, ainsi pratiqué, n’est qu’un complément ajouté à la devotio dirigée contre autrui : ceux qui se dévouent pour leurs concitoyens dévouent en même temps les ennemis.

Les auteurs qui nous renseignent sur la mort de Codros se placent exclusivement au point de vue des moralistes : ils oublient le cérémonial qui donne à la devotio romaine sa valeur juridique. Cependant, ils mettent, comme malgré eux, en relief le trait caractéristique de la devotio , à savoir que, dans l’accomplissement du sacrifice offert, une part doit être laissée à l intervention divine. 11 faut que le sang de la victime soit versé par ceux qu’il s'agit de perdre, et que la malédiction se communique ainsi à eux ; il faut surtout que l’événement prouve la coopération, et par conséquent, l'acquiescement des dieux invoqués. Dans la légende grecque, cette question théologique ne se pose pas, ou plutôt elle est résolue d’avance par l’oracle de Delphes, qui est censé avoir prévu le résultat. L’oracle a simplement signifié aux Péloponnésiens « qu’ils prendraient Athènes, s’ils ne tuaient pas le roi d’Athènes, Codros ». Celui-ci, averti par un Delphien ami d’Athènes, se déguise en mendiant et, abordé par deux éclaireurs de l’armée ennemie, en tue un aAn de se faire tuer par l’autre. Les Péloponnésiens, informés du fait par les Athéniens eux-mêmes, se retirent sans chercher à mettre à l’épreuve la véracité de l’oracle50.

Le dévouement de Codros n’est qu’un exemple édiAant, le plus célèbre, sinon le seul51, que les Athéniens aient inscrit dans leurs annales : c’est à Rome seulement qu’on trouve ce genre de devotio à l’état de procédure régulière.

Il faut classer parmi les faits légendaires le dévouement de Curtius. Ce personnage n’est qu’une entité étymologique, créée pour expliquer le nom du lacus Curtius , bassin ou bas-

content que, dans la guerre d’Éleusis, Agraulos, fille de Cécrops s’était dévouée et précipitée du haut de l’acropole (Schol. Deraosth. De falsa leg. p. 438). On parlait aussi du dévouement des Érechthides ou Hvaciuthides dans Athènes assiégée par Miuos, etc.

DEV

DEV

fonds marécageux situé au milieu du Forum. Les auteuis, embarrassés entre deux traditions divergentes, les juxtaposent ; ils admettent l’existence de deux Curtius, un Sabin, Mettus Curtius, qui, serré de près par les soldats de Romulus, traverse le lac sans y périr 82, et un Romain, M. Curtius, qui s’y précipite après s’ètre dévoué aux dieux infernaux e3. Dans ce système, le Romain n’est plus un contemporain des rois; l’événement a une date précise, 362 avant J.-C. Celte année-là, un ébranlement du sol ouvre au milieu du Forum un gouffre béant, et des prophéties les livres sibyllins probablement — déclarent que les Romains doivent le combler en y jetant « ce qu ils ont de plus précieux ». C’est en vain que l’on y précipite les présents les plus riches. Ce qui avait le plus de prix à Rome, c était les armes et le courage. Le jeune M. Curtius monte alors sur un cheval magnifique, et, après s’ètre solennellement dévoué, s’élance dans l’abîme, qui se referme sur lui.

Le dévouement des vieillards après la bataille de 1 Allia, en 390 av. J.-C., n’est guère plus historique. Tite-Live luimème ne se porte pas garant du fait. « Certains auteurs rapportent », dit-il, « que ces citoyens se sont dévoués pour la patrie et les Quirites Romains, prononçant une formule dictée par le grand-pontife M. Fabius J* ». Laliste des dévouements authentiques commence à P. Décius Mus. Suivant Tite-Live 68, un songe avait averti les deux consuls chargés de soumettre les Latins révoltés (340 av. J.-C.) que les deux armées en présence devaient payer tribut aux dieux infernaux, et que celle-là seulement qui serait rachetée par la mort de son chef échapperait à la destruction. Les consuls conviennent entre eux que celui dont les troupes faibliront se dévouera pour le peuple romain. L’aile gauche, commandée par Décius, ayant commencé à lâcher pied, le consul appelle le pontife M. Valérius, qui règle le cérémonial de la devotio. Décius, revêtu de la prætexte, la tête voilée, la main au menton et les pieds sur un javelot, prononce sous la dictée du pontife la formule suivante : « Janus, Jupiter, père Mars, Quirinus,

« Lares, dieux Novensiles, dieux Indigètes, dieux qui « avez pouvoir sur nous et les ennemis, et vous, dieux « Mânes, je vous prie, vénère, et, demandant votre agré- « ment, vous propose que vous octroyiez force et victoire « au peuple romain des Quirites, et que vous accabliez de « terreur, d’épouvante et de mort les ennemis du peuple « romain des Quirites. Dans les termes que je viens « d’énoncer, je dévoue avec moi aux dieux Mânes et à «, Tellus, pour la république des Quirites, pour 1 armée, « les légions et les auxiliaires du peuple romain des Qui- « rites, les légions et auxiliaires des ennemis60. » Ensuite Décius, « ceint à la mode de Gabies », cinctu Gabvno [toga],

se précipite dans la mêlée et y périt j7.

Le goût du dévouement devint pour ainsi dire héréditaire dans la famille des Décius. Pendant les guerres du Samnium, en 29o, le proconsul P. Décius Mus, suivant l’exemple de son père, dévoue « sa personne et les légions ennemies à Tellus et aux dieux Mânes », sous la dictée du pontife M. Livius, « avec la même formule et le

même cérémonial qui avaient servi à son père sur les bords du Yésère 88 ». Le dévouement était si bien passé en habitude dans cette héroïque lignée que, en 2/9, au moment où allait s’engager la bataille d’Asculum, on s attendait à voir le troisième Décius obéir à «la destinée de sa famille89 ». Pyrrhus, dit-on, avertit ses soldats et fit prévenir le général ennemi qu’il ne réussirait pas à se faire tuer, mais qu’on le prendrait vivant et le punirait ensuite comme un vulgaire auteur de maléfices ; à quoi les consuls auraient répondu qu’ils n’avaient pas besoin de recourir àla devolio pour vaincre 60 . Bien que P. Décius Mus ait survécu à la bataille — s’il est vrai qu il fut envoyé en 265 au secours des Yolsiniens opprimés par leurs affranchis 6i — la légende réforma sur ce point l’histoire. Cicéron cite les trois Décius au même titre, comme des victimes du patriotisme 62. Peut-être la tradition rapportaitelle que le troisième Décius s’était réellement dévoue, mais que les dieux avaient accordé aux Romains le bénéfice de son vœu sans en permettre l’accomplissement.

Ce cas, assez épineux à cause des scrupules qu il engendrait et pour la société et pour la conscience de l’individu dévoué, avait été prévu et tranché par la jurisprudence pontificale. En principe, tout vœu devait être accompli. Celui qui l'avait formulé était comme actionné en payement de sa dette ( voli reus °3), et la société était intéressée à ce qu’il se mît en règle ; à plus forte raison, 1 Etat au profit duquel la devotio avait été contractée devait-il redouter la signification et les conséquences de la nonexécution d’un tel pacte. L’individu dévoué ne pouvait donc plus rentrer tel quel dans la société : sa vie, qu il avait offerte aux dieux, ne lui appartenait plus; au point de vue du droit sacré, il ne comptait plus parmi les vivants. D'autre part, il était impossible d’appliquer ici le droit strict. Les Pontifes auraient pu, sans doute, s arroger le droit d’annuler le vœu par une cérémonie analogue et de sens contraire — en vertu de ce principe général, légué à lajurisprudence par la théologie, que « l’on peuUléfaire un lien par le même procédé qui a servi à le nouer6* » ; mais ils s’en tinrent prudemment à des solutions moins radicales. Tite-Live, qui prétend avoir reproduit textuellement les décrets pontificaux, distingue ici deux cas, dont l’un pourrait bien être resté toujours à l’état d’hypothèse. Il enseigne qu’ « il est permis au consul, dictateur et préteur, lorsqu’il dévoue les légions des ennemis, de dévouer non pas sa propre personne, mais un citoyen pris à son choix dans une légion romaine régulièrement levée. Si l’individu qui a été dévoué meurt, tout est dans l’ordre; s’il ne meurt pas, alors il convient d’enfouir en terre une effigie de sept pieds de haut ou plus grande encore et d’immoler une hostie en expiation, et, là où cette effigie aura été enterrée, un magistrat romain n’a pas le droit de mettre le pied. Si au contraire le chef veut se dévouer lui-même, comme s’est dévoué Décius, celui qui s’est dévoué, au cas où il ne mourrait pas, ne pourra vaquer sans souillure ni à son culte privé, ni au culte public ; il a seulement la permission de vouer ses armes à Yulcain ou à

52 Varr. Ling. la,. V, 149 ; Dion. Hal. Il, 42; Liv.,1, 12-13; P1H- Ho, nul. 18, etc.

53 Vai'r V 148; Liv. VII, 6; Val. Max. V, 6,2; Augustin. Civ. Del, V, 18,

0,-os 111 5- Dion. Hal. Exc. XIV, 21 ; Dio Cass. Frag. 30. Suivant une tro/s.eme explication, le locus Curtius était un fulguritum enclos en 445 av. J.-C., Cu, tio consule (Varr V 150), mais le consul de 445 s'appelait Cunatms. - 6* Liv. ï, 41.

Tm 7m, ». - * Liv. VIII, 9. - « Liv. Md.; Cic. Divin. I, 24 51; Fin H ,061' Nat Deor. III, 15; Tuscul. I, 37, 89; Parad. I, 2, 12; Pro Sest. 48 Plim XXVIIT, J 2; Fl’or. 1, 14; Val. Max. 1, 7, 3; V, 6, 5; Frontm.

Slrataa IV, 5, 15; Plut. Parall. min. 18; Zonar. VII, 26. 68 Liv- X, -3,

btiatag. , , fi 59 Liv. X, 28. — 60 Zonar.

VIII ^'Diodor.’ Exc'. p. 177.’ - 8‘ Aurel. Victor. De vir. ill. 36. - 62 Cic. Fin. Il 19 01 • Tuscul. I, 37, 89. Cf. cependant De off. III, 14, 16 [Duo Decu). J C3 Macrob. Sa,. III, 2, 6. - 64 Digest. L, 17, 35. C'est ainsi que toute chose „ consacrée ,, peut être « profanée », c’est-à-dire rendue au monde profane ; que l'inauguration est annihilée par l'exauguration, la confarreat.on par la dtffarréutiou, etc.

DEV

DIA

tel autre dieu qu’il lui plaira, en offrant soit une hostie, soit tel autre présent qu’il voudra. Le trait sur lequel le consul se tenait debout, en prononçant l’invocation, ne doit pas tomber au pouvoir de l’ennemi; s’il y tombe, il faut, comme réparation, offrir à Mars des suovetaurilia6'0 »■ 11 est permis de croire que Tite Live a, sinon mal compris, du moins tronqué ses documents; que l’ensevelissement fictif et l'excommunication religieuse étaient de rigueur pour tous les cas, et que les pontifes ajoutaient simplement, pour les magistrats, l’interdiction de garder leur rôle actif dans les cérémonies du culte public.

Bien que les Pontifes, en permettant la substitution du soldat au chef, eussent mis le « dévouement » à la portée de tous les généraux, la devotio personnelle disparaît de la stratégie romaine après les Décius. Elle reparaît, inattendue et avilie, dans l’entourage des empereurs. Les courtisans des Césars trouvèrent moyen de combiner, en les profanant tous deux, le dévouement patriotique dont il a été- question jusqu’ici et le dévouement affectueux dont usaient l’amour et l’amitié. On rapporte que, chez les Cellibères, les guerriers se « vouaient » souvent à un chef, dont ils partageaient la bonne et la mauvaise fortune et auquel ils ne devaient pas survivre. Sex. Pacuvius Taurus se voua de cette façon en plein Sénat au nouvel « Au- » guste06 » : son effronterie lui réussit, et il reçut beaucoup d’argent pour avoir enseigné aux Romains l’art de s’avilir. D’autres furent moins heureux. C’était une croyance générale dans l’antiquité que, comme toutes les divinités, celles de la mort (Mœres-Parques) consentaient à des substitutions et qu’une vie pouvait être sauvée, à l’échéance fatale, par l’offrande d’une vie équivalente (ccvxéjAr^o;). On a là, sous sa forme la plus simple, la foi qui a engendré la pratique du sacrifice et, pour ainsi dire, le culte tout entier. Volontaire, 1 offrande n’en avait que plus de chance d’être acceptée. Tout le monde connaissait la louchante légende d’Alceste mourant à la place de son époux Admète, cette glorification de l’amour conjugal. L’astrologie elle- même, qui avait comme immobilisé le Destin, n’avait pas osé fermer cette issue ouverte à l’espérance et au hasard. Des courtisans s’en souvinrent un jour que Caligula était dangereusement malade : P. Afranius Potilus s’engagea par serment à se tuer, et le chevalier Atinius Secundus à combattre comme gladiateur, si Caius revenait à la santé07. Ils espéraient être largement récompensés pour leur bonne intention, mais Caligula ne l’entendait pas ainsi : il fit combattre le gladiateur et précipiter l’autre, accoutré en victime expiatoire, du haut de Vagger G8.

Le régime impérial une fois affermi, il est entendu que tous les Romains sont prêts à donner leur vie pour le prince. « Aujourd’hui encore, écrit Dion Cassius, en proclamant le chef du pouvoir, nous avons coutume de dire : nous te sommes dévoués69. » Le mot devotio, qui n’a plus dans la langue courante que le sens de « dévouement70 », est employé couramment dans le jargon bureaucratique du Bas-Empire pour qualifier le patriotisme sur la forme de dévouement au prince, particulièrement la fidélité des

6o Bevotis , quos illi soldunos appcllant (Cacsar, Bell. Gall. III, 22). Cf. Val. Max. II, 6, 11.— 66 En 27 av. J.-C.; Dio Cass. LUI, 22. — 67 Dio Cass. LIX, 8; Suet. Calig. 14. — 68 Suet. Calig. 27. D’après Suétone, Caligula relaxa le gladiateur vietorem et post multas procès; Dion Cassius les fait mourir l'un et l’autre. — 69 e0\ xaOwffuépuOa (Dio Cass. LUI, 20). — 70 Erga rempublicam devotio (Trebell. Poil. Gallien. 14) ; devotio Aquileiensium pro Romanis (Capitoliu. Max. et Balb. 11); haveas! virtutibus tuis devotioni iuae (Trebell. Claud. 18). — 71 Veget. R. milit. I, 28; II, prooem. 8, 9; III, 4; Remunearntes fidam devotionem militum nostrorum (Cod. Just. VII, 61, 9). — 72 Cod

soldats71 et, pour les contribuables, 1 exactitude dans le payement de l’impôt ( devotio publica ", vei annonaviæ devotio, generalis devotio 73). Il figure même parmi les titres métaphoriques décernés aux fonctionnaires ".

Que l’on substitue à César le Dieu chrétien76 et la devotio devient la piété, la foi prête à tous les sacrifices, puis, par une dégénérescence continue de l’expression qui s est dédoublée en français pour assurer un asile à 1 idée de « dévouement » — la « dévotion » au sens actuel du mot, c’est-à-dire une préoccupation constante du salut, affirmée par une pratique minutieuse et timorée du culte.

A. Boucbé-Leclercq.

DEXTANS. — Monnaie de compte romaine de la valeur des de l’as [as].

Le mot dexlaiis est une contraction de desextans (un sextans de moins que l'as complet). On appelait aussi le dextans decunx, comme contenant 10 onces. F . Lf.normant.

DEXTRALE, DEXTROCIIERIE3I [armilla, t. Ier, p. -437].

DIARATHRUM (Aià6a9pov). — Nom d’une chaussure d’origine grecque1, basse et légère, à ce qu’il semble, et à l’usage des femmes 2 ; cependant Pollux dit 3 quelle était également portée par les hommes. Noevius, cité par Varron\ parle d’un homme ainsi chaussé, mais c’est évidemment pour se moquer de sa mise efféminée.

On trouve chez Plaute8 le mot diabathrarius, peut-être forgé par lui pour désigner celui qui fait des diabathra. E. S.

DIABÈTES (AtaêÉTYi;). — Titre donné à Sparte à l’éphèbe qui était le chef des jeunes gens de son âge. C’était un honneur correspondant pour les éphèbes à celui de [àoayd; pour les enfants. Chacune des tribus semble avoir eu son Staëlxr,?, qui était en charge pour une année 1 . P. Foucart.

DIADÈMA (Atâoviga). — Dans son acception la plus générale, ce mot est synonyme de taenia, vitta, fascia, stemma, strophium, mitra, et de tous les mots grecs et latins qui servent à désigner un bandeau propre à entourer la tète. Les monuments en offrent d’innombrables exemples. Les hommes aussi bien que les femmes en faisaient usage pour assujettir la chevelure dans les temps où il fut de mode de la porter longue, comme on peut en voir des exemples à l’article coma. Le bandeau ou la bandelette était aussi un emblème de consécration dans les circonstances les plus diverses. Les prêtres et les devins en ceignaient leur front; les vainqueurs des jeux la recevaient avec le prix de la lutte; en toute occasion la bandelette est, avec le feuillage des arbres sacrés, un signe auquel on peut reconnaître ce qui a reçu un caractère religieux, personnes et animaux, autels, monuments, images, symboles, offrandes, objets de toute espèce. Pour tous les usages, profanes ou sacrés, de la bandelette nous renvoyons aux mots rappelés plus haut [voy. aussi consecratio et corona, t. I, p. 1449, 1524]. Mais nous dirons quelque chose de plus du diadème pris, au sens moderne du mot, comme un insigne de la souveraineté.

Le bandeau ne fut considéré comme tel que fort tard, soit en Grèce, soit en Italie. Celui qui ceint le front des rois dans les peintures des vases et sur les autres monu-

Theod. I, 2, 9; XI, 1, 20. — 73 Cod. Theod. XI, 1, 29, 35. — 74 Nov. Val eut in. III, 4, I. Devotio tua , au proconsul d’Afrique, en 287 (Cod. Gregor. XLI, 4).

— 75 Lactant. Opif. 19, 9; Mort. Persec. 18. 8; Firm. Matcrn. 19,7 ; Christiana devotio (Lamprid. Heliogab. 3).

DIABA.THIIUM. 1 Paul. Diac. s. u. p. 56 Lindernann ; Varro, Ling. lat. VII, 53.

— 2 Alexis, ap. Athen. XIII, p. 56S b et Eustath. Ad Odyss. p. 1522, 9; Ilesych. s. v. — 3 VII, 90. — 4 L. laud. — 6 Aul. 111, 5, 39.

DIABÈTES. 1 Corp. viser, gr. n0* 1241, 1213; Le Bas et Foucart, laser, du Péloponnèse , n° 174.

ments de l’art grec, est pour eux comme pour les autres personnages un simple ornement, un emblème de victoire ou celui des fonctions religieuses dont ils étaient revêtus. Nulle part aucune mention n’est faite du diadème comme emblème de la dignité royale, avant le temps où Alexandre et ses successeurs l’adoptèrent à l’imitation des souverains de l’Orient. La tradition qui faisait considérer Bacchus comme en étant l'inventeur1 se rattache peut-être à la même origine; ellese relie, eneffet, auxfablesqui avaient coursau sujet de ses triomphes en Asie [bacchus, t. I, p. 013, 614].

Alexandre le Grand ajouta à la coifTure nationale [causia] que portaient les rois de Macédoine, le diadème des rois de Perse, comme plusieurs historiens l’attestent formellement. Justin dit de plus que cet insigne n’avait pas été adopté par les rois qui avaient précédé Alexandre2 ; il le fut par ses successeurs. En même temps, imitant encore en cela le Grand Roi, dont il avait pris la place, il donna le premier en Grèce l’exemple, bientôt suivi par les autres princes, de placer l’effigie royale sur les monnaies où jusqu’alors n’avaient paru que des têtes de divinités. On peut dès lors chercher sur ces monuments l’exacte représentation du diadème. Nous plaçons ici côte à côte (Gg. 2337, 2338 et 2339) une médaille de Colophon, où est

Fig. 2337. — J.eGrandRoi. Fig. 2338. — Persée. Fig. 2339. — Mithridate IV.

figuré le Grand Roi 3, une autre de Persée, roi de Macédoine 4, une troisième enfin de Mithridate IV, roi de Pont,8. Sur la première le diadème est un bandeau plat, la mitra, qui maintient la tiare 6; sur les deux autres, la tête est nue et le diadème placé sur les cheveux sans intermédiaire : c’est un ruban bordé en haut et en bas d’un léger galon et frangé à ses extrémités, qui tombent derrière la tête sur la nuque7. Ces représentations et toutes celles qu’on trouve en si grand nombre sur les monnaies royales s’accordent avec les passages des auteurs qui parlent du diadème comme d’une étoffe souple et légère ; il suffit de rappeler l’histoire de Lysimaque blessé au front par Alexandre, qui banda la blessure avec son propre diadème 8; celle de Monime essayant de se pendre en se servant du diadème que lui envoyait Mithridate 9, et d’autres où le même mot a une signification conforme à l’étymologie du grec

DIADEMA. 1 Plin. B. «a t. VII, 67; cf. Diod. Sic. IV, 3 et s. — 2 J„st. XII, 3; cf. Q. Curt. VI, 6; Diod. Sic. XVIII, 71 ; Athen. XII, p. 537 f; Plut. Demetr. 41. — 3 Tête coiffée de la tiare, enserrée par un bandeau. Au revers, une lyre et l’inscription BAEIA ; Percy Gardner, The types of greek coins, pl. x. 14, p. 144. Voy. à ce sujet deLuynes,iVMm. des satrapies, pl. vi ; Ch. Lenormant, Annal. deVInst.archéol. 1850, p. 373 et s., pl. u ; Waddington, Mèl. de numism . p. 96 ; Barclay V. Head, Coinage of Lydia and Persia, p. 50. — 4 Percy Gardner, O. c. pl. xii, 46. — & Percy Gardner, O. e ., pl. xm, 34. — 6 Cf. Xenoph. Cyr. VIII, 3, 13 : eT /t 8ï xa\ 8tù.8r\[xa zEpt t?) ‘ttàça; Plut. Mof . p. 488 d ; LuCian. Navig. 29. — 7 MÊTpa £pti<xd'7:<y.<7-oç èt:\ tô vwtov çî’çoua-a xàTeXeuTaTa •/aTaSXqjxKTa twv uçatrjiia'cuv, dit Athénée, XII, p. 536 a, en parlant de Démétrius Poliorcète. — 8 Justin. XV* 3. — 9 Plut. Lucull. 18 ; De reb. syr ., 2, 7. — 10 Appian. Al. 56 ; Val. Max. VII, 2, 5} VI, Amnl. Marc. XVII, 11 ; Senec. Epist. LXXX, 9; Dio Chrys. Or. 66, de glor. — Il Aelian. De nai. an. XV, 2; Lucian. Dial. mort. XII, 3; XIII, 4; Val. Max. 2; Amm. Marc. XVII, 11; Plin. H. nat. VIII, 33; XVI, 11. Le diadème des rois de Petse était selon Quinte Curce (VI, 6, 20) bleu, mêlé de blanc. — 12 Hesych. s. v. ; Apul. Apol. I, p. 440; Plut. An sèni

ger. resp. 10 et 11 ; De fort. Alex. I, 2; Lucian. Disc. 35; Navig. 37 ; Juven. II XI,

ota5ï)ixa (de Siaosw) et à la traduction latine qu’on trouve en plusieurs endroits, par pannus et par fascia'0. D’autres textes il résulte que le bandeau était blanc J1.

C’est ce bandeau blanc qui devint le symbole partout reconnu de la royauté 12, et qui par ce motif était si odieux aux Romains sous la République. Le reproche d’avoir essayé de s’en parer équivalut plus d’une fois à l’accusation d’aspirer à la tyrannie 1S, tandis que personne ne s’offensait de voir paraître aux fêtes avec la couronne de laurier les citoyens qui l’avaient reçue comme une récompense publique14 : il fut même permis à Pompée15, puis à César et à Auguste de porter au théâtre et aux jeux la couronne d'or des triomphateurs16. Mais César affecta toujours de refuser le diadème que lui offrait Antoine, et quand un de ses partisans s’avisa un jour de poser sur sa statue une couronne de laurier liée au moyen d’un bandeau blanc ( candida fascia praeligatam ), les tribuns du peuple firent aussitôt enlever, non la couronne, mais le bandeau ( coronae fasciam detrahi) ; celui qui l’avait offerte fut mis aux fers Même lorsque l’empire fut fait, les princes les moins retenus dans l’abus d’un pouvoir sans limite n’osèrent pas pendant bien longtemps se parer de cet emblème de la souveraineté 18. Caligula en eut la pensée; on l’en dissuada en lui disant qu’il était au-dessus des princes et des rois ’9. Le diadème orné de pierres précieuses que ceignait Éliogabale dans son palais20 n’était pas l’emblème royal, mais une parure de femme ajoutée aux vêtements de femme qu’il se plaisait à porter. Caracalla, qui prétendait imiter Alexandre le Grand, s’est fait représenter sur des monnaies de Tarse (fig.

j 2340) avec le bandeau uni, ou garni d’un double rang de perles comme celui des rois Parthes, par allusion aux faciles victoires qui lui valurent le surnom de Parthicus2' ; mais jamais en Occident il n’adopta, ni en réalité, ni dans ses effigies, un pareil insigne. Aurélien aurait le premier fait du diadème une pièce du costume impérial, d’après 1 ’Epitome attribué à Aurélius Victor 22, qui est seul à attester ce fait; il a été révoqué en doute. On ne voit paraître en réalité cet insigne sur les monnaies qu’après que le siège de l’empire eut été établi en Fig. 2341. — Dioclétien. Orient, d’abord, par exception, sur un bronze de Dioclétien (fig. 23 41) 23 , puis définitivement sous Constantin. On rencontre aussi l’effigie des fils de cet

105. De même pour les rois de théâtre: Plut. Lys. 23; Reip. ger. praec. XXI, 3, p. 816 f; Tacit. Ann . XV, 29. — 13 plut. Tib. Gracch. 14 et 19; J. Caes. 61 ; Cic. Phil. 34, 85; III, 5, 12. — H Polyb. VI, 39, 9; Plin. H. nat. XV, 29, 126; XVI, 4, 13 ; Dio Cass. XLVI, 40; XLVIII, 16; App. Dell. civ. III, 71 ; Val. Max. III, 65. Le même privilège fut accordé sans distinction de temps et de lieu à César et à Auguste; Dio Cass. XLIII, 15 et 43; Suet. /. Caes. 45. — 15 Vell. Pat. II, 40; cf. Dio Cass. XXXV, 11, 2t. — 16 Dio, XLIV, 6; LI, 20. — 17 Cic. I. I. ; Suet. J. Caes. 79; Plut. Caes. 61. — 18 Le ruban qui lie la couronne de feuillage n’a rien de commun avec le bandeau royal. Voy. Eckhel, Doct. num. VI, p. 84 [lemniscus]. Il ne faut pas confondre avec lui non plus le bandeau qui entoure la tète de personnages divinisés, comme sur le camée de Florence où Auguste est représenté avec l’égide [voy. t. I, p. 104, fig. 147], ni celui du buste de ce prince au Vatican, puisqu’il est brodé de feuilles de laurier et orné d’un médaillon de Jules César. Voy. Visconti, Mus. Pio Clem. VI, pl. xl. — 19 Suet. Calig. 22. — 20 Lamprid. Elag. 23 ; Hérodien (V, 3, 12) parle d’un pareil diadème porté par cet empereur, mais avant son avènement et comme prêtre d’Élagabale. — 21 Exemplaire du Cabinet de France; cf. Spanheim, De praest. num. II, p. 388, Amsteld. 1717. — 22 Epit. 35. — 23 Du Cabinet de France.

Fig. 2340. — Caracalla.

Monnaie de Tarse.

DIA

DIA

empereur, Crispus, Constantin , Constant, de son vivant décoré du diadème; mais par la suite il semble que l'usage se soit établi de réserver aux seuls Augustes cet insigne de la dignité suprême, quoique les écrivains du basempire aient employé quelquefois, par flatterie ou abus de langage, le mot diadema en parlant du bandeau des Césars 24. Le diadème du bas-empire

ç. 2342. — Delmace.

est rarement un bandeau uni (fig. j ; us ordinairement il est bordé de perles en haut et en bas, avec une grosse pierre centrale sur le devant (fig. 2343), ou garni de pierres précieuses qui lui donnent l'apparence d'une couronne d’orfèvrerie, et les extrémités qui tombent par derrière sont elles- mêmes faites de perles ou de pierres enfilées.

Quelquefois les pierres alternent avec des feuilles de laurier et le diadème se confond ainsi avec l’ancienne couronne triomphale (fig. 3344). Souvent aussi

comme les parties d’un collier (fig. 2345) E. Saguo.

DIADIKASIA (AiaSixacfa). — Terme de procédure en usage à Athènes. La Siactxaata peut être définie une action privée tendant à l’attribution d'un droit ou d'une charge à une personne, que le juge désignera entre plusieurs personnes, contradictoirement intéressées, dont chacune élève des prétentions au droit, ou soutient qu'elle doit être exempte de la charge. 11 y a notamment Staoixaata lorsque plusieurs personnes se disputent une succession ouverte ou une récompense promise, lorsque plusieurs personnes cherchent à se soustraire à un service public qui doit être exécuté par l’une d’elles; le juge dira quel est celui des plaideurs qui doit obtenir l’hérédité ou la récompense, quel est celui qui doit supporter la charge du service public

La terminologie du droit attique est si peu précise qu’il est malaisé de déterminer exactement les limites des SiaSixtxaiai et de les distinguer des Stxai [dikè] ou actions pri- I vées proprement dites. De quelques textes, par exemple, il serait permis de conclure qu'il peut y avoir otaSixTaia privée (181 a) et StaStxauta publique (Sïjgou'a), comme il y a

2» Aur. \ ict. Ep. 141; Chronic. Alex. p. 16; lmp. Julian. Caes. suit fine; Spanheim, /. /. p. 2S5 et s. ; Eckhel, VIII. p. 79 et 363. — 25 Toutes les figures reproduisent des monnaies du cabinet de France; voy. Cohen, Monn, vnp. t. VI, pl. iu-vii; CIi. Lenormant, Trésor de numismatique, Iconographie des empereurs, pi. Lvuetsuiv., et les autres recueils numismatiques. Vov. aussi le diptyque d’Aoste ou Honorius est deux fois représenté avec le diadème (t. Ie**, p. 665, fig. 775).

DIADIKASIA. 1 Heflter, Athenaeisc/ie Gerirhtsoerfass. p. 272; Meier et ’ncIio-

action privée (Si'x-/|) et action publique (ypa yv'1. D'aulres textes conduiraient à dire que les Siaotxaaîat se confondent avec les slxat ou avec les ày-tjiteCritfaeii3. La doctrine des juristes athéniens ne paraît pas avoir été nettement arrêtée. Aussi est-il imprudent de formuler aujourd’hui une règle absolue et de dire notamment que, dans le cas où il s’agit de l’attribution d’une chose, l'emploi de la GixSixaTi'a suppose qu’aucune des parties n.’est en possession de la chose litigieuse et que tous les plaideurs demandent au juge de discerner le prétendant auquel elle doit être adjugée1. Gela peut être vrai dans la plupart des cas; le plus habituellement, les intéressés qui agissent par la voie de la StxStxaai'a demandent tous l’envoi en possession, et il n’v a pas parmi eux un possesseur sollicitant seulement une confirmation de son droit. Mais il y a cependant quelques cas où une otaêixxata apparait encore, bien que la chose ait déjà été adjugée à l'un des plaideurs et que ce plaideur ait été envoyé en possession :i. Ce qui paraît certain toutefois, c’est que, dans la procédure de S'.ccî'.xxaîa, la possession joue un moins grand rôle que dans les actions privéps ordinaires. Elle n’est peut-être pas sans influence; mais le juge n’en tient compte que dans une mesure assez restreinte, tandis que, dans les actions privées ordinaires, son influence est souvent décisive. Le caractère le plus saillant des oiaStxocctat, celui qui, dans la pratique, les différencie le plus des actions ordinaires ou Sîxxi, c’est, en effet, qu'il n’y a pas, à proprement parler, de demandeur ni de défendeur. Le juge examine les titres contradictoires allégués par les plaideurs; puis il adjuge à l’un d’entre eux la chose litigieuse, ou désigne celui qui doit supporter la charge. Nous nous bornerons à citer, en nous appuyant sur des textes, des exemples de otxStxaotxt.

Une succession est ouverte ; le de cujus n’a laissé ni enfants légitimes ni enfants adoptés entre vifs; par conséquent, il n'v a pas d'héritiers saisis. Plusieurs personnes, dont les allégations se contredisent mutuellement, demandent à être envoyées en possession de l’hérédité; il y a alors SiaSixzaîa toü xXvîpou, procès, contestation sur l'hérédité. On ne peut pas dire qu'il y ait ici un demandeur et un défendeur, comme il y en aurait s’il s'agissait d'une pétition d'hérédité proprement dite ; aucun des plaideurs n'est saisi des biens héréditaires; tous les prétendants sont sur un pied d'égalité. L'archonte compétent instruira l'affaire. puis la soumettra à un tribunal d'Iléliasles, qui décidera que tel des prétendants doit être envoyé en possession6.

Lorsque la contestation entre les prétendants avait pour objet, non pas directement l’hérédité, mais bien une fille héritière (IxtxXripoî), on disait, par analogie, qu'il y avait Stototxxsîa tt); STttxXvjpou ’.

Deux personnes se disputent les fruits d'un immeuble; il y a SiaScxxcîx TTcpl xap7iûiv yjaptou. Dinarque avait composé un discours contre Aminocrate à l'occasion d’une StocSixxsia de cette espèce8. On attribuait au même orateur une StaSixasia AQuovEtjcn irspi tv)ç pup^tw); xai tï)ç puXxxo; OU

mann, Attache Proccss, p. .367 ; Platner, Process i md Klagen, II, p. 1 7. - 2 Demosth. C. Timocr.% 54, Reiske, p. 717. — 3 Bekker, Anecd. graeca, 1,200,-19 ; Plato Leg .XI, lliilnt. p. 470, 22 ; cf. Dem. C. Leptin. § 147, R. 502. — 4 Platner, l. c. p. 17. - 5 HelRer,’

/. c. p. 2.3 et 2,4. parle de citation ou assignation en SiaSixaoia adressée a'i un possesseur auquel la chose a déjà été adjugée; cf. I.ipsius sur Meier. AU. Procès*. p. i/i, 1. G Voir notre Étude sur le droit de succession légitime à Athènes, 18/0, p. 160 et s. — 7 Voir eod. loc. p. 41. — 8 Oral, attici, éd. Didot, 11, p. 452.

IG

Fig. 2343. — - Valentinien.

DI A'

cjjitXaxoç 9, c’est-à-dire un plaidoyer pour quelque contestation relative à un myrte et à un if.

Dans le cas de confiscation des biens d’un condamné, si un tiers venait prétendre qu’un des biens trouvés dans les mains du condamné n’était pas la propriété de ce condamné et appartenait au tiers, il y avait encore otaStxatua10.

Deux personnes sont en litige sur le point de savoir quelle est celle des deux qui a le droit de porter le nom de Mantithée 11 . Deux familles se disputent le droit d exercer tel ou tel sacerdoce12. Deux membres d’une famille investie d’un privilège sacerdotal ne peuvent pas s accorder sur la désignation de celui d’entre eux qui officiera. Deux prêtres se disputent une place lucrative. Deux dénonciateurs prétendent avoir chacun un droit exclusif à la prime offerte à la dénonciation 13 . Dans toutes ces hypothèses, les textes disent qu’il y a Siahxaaîa.

Des textes semblent même dire, mais alors le mot est sans doute détourné de son acception juridique, que la 8i«- Sixaata s’applique lorsque plusieurs candidats se disputent une magistrature **, lorsque deux États voisins élèvent des prétentions contradictoires sur une parcelle de terrain15, et même lorsque deux personnes veulent au même moment prendre place à la tribune 16.

Dans toutes les hypothèses que nous venons de parcourir, le but poursuivi par chaque plaideur est 1 acquisition d’un droit. Mais il y a aussi 8ia8txa<na lorsque chacune des parties contradictoirement intéressées essaie de se soustraire à une charge qui la menace et de rejeter cette charge sur un de ses adversaires 17. C’est, par exemple, une liturgie à laquelle chacun essaie de se dérober, en démontrant qu’elle sera mieux supportée par son voisin. On trouve plusieurs exemples de SiaSixatnai relatives à la ehorégie, à la triérarchie, etc.

Démosthène donne également le nom de Staîixa afa à la contestation qui existe entre deux personnes dont l’une doit être inscrite sur les registres du trésor public. Un navire suspect a été capturé par une galère athénienne sur laquelle se trouvaient des ambassadeurs envoyés par Athènes à Mausole; la prise a été validée et la valeur du navire et de la cargaison doit être versée dans le trésor public. Cette valeur a-t-elle été encaissée parles commandants du navire ou par les ambassadeurs ? Si ces personnes ne se mettent pas d’accord, il y aura Sixhxaha, et la partie qui succombera sera déclarée débitrice de l’Etat18.

Il serait facile de citer beaucoup d’autres cas dans lesquels les orateurs se sont servis du mot StaStxa^ta pour désigner une espèce de procès 19 ; mais nous sommes porté à croire que, dans la plupart de ces cas, le mot StaSixaoi'a est réellement synonyme de Six-/) et que rien ne différenciait alors cette procédure des procédures de droit commun. Une inscription, récemment trouvée sur l’emplacement de Décélie20 se sert même du mot SiaSixtxaîa pour qualifier la procédure suivant laquelle une phratrie vérifiait si telle ou telle personne lui appartenait légitimement21. E. Caillemeu.

DIADOSEIS (AiaSousiç). — Dans l’histoire de la république athénienne, on trouve d’assez nombreux exemples

9 Fnd loc II P- 450. — 10 Lysias, De pecun. publ. XVII, D. p. 174; Pollux, VIII of; Dem. ’ldv. Timoth. § 46, R. H08. - « Dem. Ado. Boeot B. 993 et s. 12 Oral. ait. II, Dklot, p. 362 et 468. - <3 Andoc. *8, ». p. 52

14 xenoph. De Bep. Athen. III, § 4; cf. Photo*. Les. P- 665-666. - « Dem. De , , 8 43 R 87 — 16 Aeschin. C. Ctesiph. § 146, D. p. 1-3. Suidas, s.

Halon so, § „ Dcm. C. Timoer. § 13, R. 704. - 1» De-

t 7 Eu et etÎlnesl §§ 26, 28, 31, R. 1147 et s, C. Onetor. I, g 2, R. 864. mosth. C. Eue g. - ... b 534 21 Noire article était compose

- 20 Corp. mscr. Ait. I , 2, n 84 ’ ’ r ’ L i t ant p0Ur titre Der attisehe

lorsque nous avous reçu le mémoire de M. U.-A. Ueist, njamp

de répartitions en nature, parmi les citoyens, de diverses espèces de biens appartenant à l’État; distribution de blé, distribution de terres du domaine de 1 État, distribution des produits de l’exploitation des mines, distribution des biens confisqués, etc. Toutes ces distributions étaient appelées 8to<£ôsei;ou Stavogaî.

Les plus notables de ces distributions sont les distributions de blé ou oitcoociai1. En 445-444 (01. 83, 4), un Psamitik, qui régnait dans un coin du Delta d’Égypte, ayant donné aux Athéniens trente ou quarante mille médimnes de blé 2, ce blé fut distribué entre les citoyens. Cette répartition motiva la révision attentive du tableau des citoyens d’Athènes et eut pour conséquence la radiation de quatre mille sept cent soixante individus, qui exerçaient indûment le droit de cité, c’est-à-dire de plus du quart des personnes inscrites3. Le nombre des Athéniens qui profitèrent de la répartition du blé envoyé par Psamitik fut seulement de quatorze mille quarante ’.

Presque tous les historiens disent que, en 424-423 (01. 89, 1), à la suite d’une expédition contre l’Eubée, on distribua à chaque citoyen cinq médimnes du blé rapporté parle corps expéditionnaire; mais M. Müller-Strübing °, dont l’opinion vient d’être adoptée par M. Max Frænkel , nie formellement cette expédition, dont lhucydide n a pas parlé. Le témoignage d’Aristophane1, sur lequel on s’appuyait jusqu’ici pour démontrer 1 existence de la répartition faite en 424-423, est au moins ambigu; il peut aussi bien se rapporter à la distribution de 445-444, qui suivit de près la reprise de l’Eubée et 1 envoi dans cette île de clérouques athéniens.

En 307-306 (01. 118, 2), les Athéniens partagèrent cent cinquante mille médimnes de blé, qui leur avaient été donnés par Antigone en témoignage de gratitude pour l’institution par la République athénienne d’une douzième tribu, appelée l’Antigonide8.

Deux ans plus tard (01. 118, 4), une donation faite par une personne généreuse, et; tt,u <xm ovi'av, motiva une nouvelle répartition9. A partir de cette époque, les *ito8o<r(ou, portant sur des blés donnés par des princes étrangers ou par de simples particuliers, reviennent fréquemment. En 304-303 (01. 119, 1), distribution du blé envoyé par 1 un des Spartocides10; en 299-298 (01. 120, 2), partage de dix mille médimnes de blé donnés par Lysimaque" , en 284-280 (01. 124, 1), etc.

Pollux nous dit que les litiypatpetî facilitaient les accoooc'.au 12, probablement en donnant aux magistrats préposés à la répartition la liste des familles qui devaient en bénéficier, et en indiquant le nombre de mesures qu’il convenait d’attribuer à chacune d’elles.

Plusieurs archéologues pensent que, parmi les nég&Aa ou jetons en plomb conservés dans les musées, ceux qui portent, comme marque distinctive, une main tenant des épis avec ou sans accompagnement de caducées, de cornes d’abondance et d’emblèmes analogues, ont été frappés ou fondus pour être distribués aux citoyens lors des répartitions de céréales. Les citoyens, munis de ces jetons,

Eigentumstreit im System der Diadikasien , Iéna, 1886 ; il ne nous a pas été possible l'utiliser cette savante contribution à l'histoire du droit attique; nous nous bornons i appeler sur elle l’attention de nos lecteurs.

DIADOSEIS. 1 Pollux, Onom. VIII, 103. - 2 Maspéro, Hist. anc. des peuples le l’Orient , p. 637. - 3 Plut. Pericles, 37. - 4 Schol. in Aristoph. Vesp. 716 - 6 Aristophanes, p. 55 et s. - 6 Sur Boeckh, Staatshmshaltung, 3« ed. II, p. 25 des annotations, n* 161. - 7 Vesp. 715 à 718. - 8 Plut. Demetr. « ; Diod. XX, 46. - 9 Corp. insc. ait. II, n» 252. - 10 C. insc. gr. I, n» 107. - C insc. att Il n° 31 i. — 12 VIII, 103; Max Fraenkel, sur Boeckh, Staatshaush. II, note Ijj.

DIA

allaient, dans les greniers publics, les échanger contre une quantité déterminée de blé13. Mais cette attribution n’est pas admise sans contestation u ; M. Albert Dumont, notamment, fait remarquer que les épis et les cornes d’abondance sont des attributs de Cérès, et il estime que les jetons sur lesquels figurent ces objets doivent être rattachés, non pas aux aiToooffiat, mais au culte de la grande déesse, démèter, et aux mystères d’Eleusis16. E. Caillemer.

DIAETA. — Chambre d’habitation ou réunion de pièces formant un appartement distinct [domus]. — Cabine d’un navire1.

DIAETARCHA ou DIAETARCIIUS, DIAETARIUS. —

Serviteur préposé à la garde et à l’entretien d’une chambre ou d’un appartement [diaeta]1. — Celui qui exerce une fonction analogue à bord d’un navire, où l’économe est aussi appelé diaetarius 2. E. S.

DIAGOGION (Aiayoïyiov). — Terme de douane en usage en Grèce. Nous avons parlé plus haut [dékatè]1 d’un droit de transit, fixé à dix pour cent, que les Athéniens perçurent, à diverses époques, sur les navires qui traversaient l’Hellespont. Ce droit de transit était appelé Staycoytov2 ou Ttapayioyiov 3.

Vers l’an 220 (01. 139), les Byzantins firent ce qu’avaient fait les Athéniens et soumirent à une taxe les cargaisons transportées de l'Euxin dans la Propontide ou de la Propontide dans l’Euxin. Mais les Rhodiens, dont la marine était alors très florissante, n’ayant pu obtenir par les voies amiables la suppression du Staycoytov, déclarèrent la guerre aux Byzantins et firent, de la liberté du passage à travers le Bosphore une condition du rétablissement de la paix. La fortune n’ayant pas été favorable aux Byzantins, le Staytoyiov ou 7tapayiôyt'iv disparut4.

L’histoire grecque offre plusieurs exemples de droits de transit perçus par un État pour des transports effectués par terre. C’est à l’institution d’un péage de ce genre que se rattache une guerre, tout à la fois légendaire et historique6, la guerre de Ivrissa, qui, comme la guerre de Troie, dura dix ans, de 600 à 590 avant J.-C. La ville de Krissa, près de laquelle débarquaient les nombreux pèlerins venus des colonies grecques de l’Italie ou de la Sicile pour faire leurs dévotions au dieu de Delphes, se faisait de gros revenus, en percevant un impôt excessif sur les pèlerins qui traversaient son territoire. Les Amphictyons, qui voulaient que les routes conduisant au temple fussent exemptes de tout péage, essayèrent d’amener, par la persuasion, les Krisséens à renoncer à cette taxe ; ils échouèrent et les Krisséens continuèrent à abuser de la situation qui les rendait, en quelque sorte, maîtres de l’avenue maritime du temple 6. Soutenus par les Thessaliens, par les Sicyoniens et par les Athéniens, au milieu desquels Solon joua alors un grand rôle, les Amphictyons déclarèrent la guerre aux Krisséens; ce fut la première guerre sacrée1. Krissa et Cirrha sa voisine furent complètement anéanties, et, pour prévenir le retour de pareilles prétentions de la part d’une nouvelle cité, le territoire de Delphes fut étendu jusqu’à la mer.

1;i Benndorf, Beitr. zur Kennt. des att. Theaters , Wien, 1875, p. 56. — 14 Albert Dumont, De plumbeis apud Graccos tesseris , 1870, p. 48 et s. — 15 L. c. p. 96 et s.

DIAETA. 1 Petron. Sat. 115; Athen. V, p. 207 c.

DIAETARCHA. 1 Dig. XXXIII, 12, § 42; Orelli, Disc. 2912, 2913; Corp. inscr. lat. 5187, 5196, 8643 et s., 8666, 8818. On trouve aussi Zctarius , Paul. Sent. 3, 6, 58. - 2 UIp. Dig. IV, 9, 1, § 3.

DIAGOGION. 1 V. plus haut, p. 53.-2 p0lyb. IV, 52, §5.-3 Poilus, IX, 30; Polyh. IV, 47, §3. - *Polyb. IV, 47 à 52. — 5 Duruy, Bist. des Grecs, I, 1887, p. 531. — 6 Grote, Bist. de la Grèce, V, p. 223. — 7 Strab. IX, 3, § 4; cf. E. Curtius, Bist. grecque, I, p. 312 et s. ; Grote, Bist. de la Grèce, V, p. 222 et s. — 8 Sur ce

123 — DIA

Corinthe voulut aussi profiter de sa situation privilégiée, qui lui donnait les clefs de l’Isthme. Elle établit un droit de transit sur toutes les marchandises, qui, suivant la voie de terre, sortaient du Péloponèse ou y entraient. II est probable qu’une taxe était également perçue sur les navires et sur les cargaisons, qui, en suivant le AtoÀxo;, passaient du golfe Saronique dans le golfe de Corinthe 8. Mais plus heureuse que Krissa, Corinthe jouit pendant longtemps de ce péage 9.

Des traités diplomatiques intervenaient parfois entre les États pour la réglementation des péages; on a retrouvé le texte d’un de ces traités, conclu, vers le commencement du ive siècle avant notre ère (389 à 383), entre Amyntas, roi de Macédoine, elles Chalcidiens10.

On peut rapprocher des droits de transit dont nous venons de parler le droit que les Marseillais percevaient sur les navires, qui se servaient du canal ( Fossae Marianae) établi par Marius, à l’embouchure du Rhône, pour faciliter l’accès du fleuve aux navires venant de la mer et l’accès de la mer aux navires venant de la Gaule11. La faculté de percevoir ce droit avait été donnée par Marius aux Marseillais en reconnaissance de l’aide qu’il avait trouvée près d’eux dans sa guerre contre les Ambrons, et Marseille, l'imposant à tous ceux qui remontaient ou descendaient le canal, en retira de grands profils 12. E. Caillemer.

DIAGRAMMA (Ai «y pau.ua). — Nom sous lequel les Athéniens désignaient un rôle ou un inventaire.

Nous pouvons citer, entre autres, le Stocypagua tî» axsuSv *, ou inventaire des agrès que l’État remettait à un triérarque pour l’armement d’un navire. Le triérarque était responsable de ces agrès envers l’État, s’il ramenait son navire à Athènes ; envers son successeur, s’il était remplacé en mer par un autre triérarque2.

Il y avait aussi le SiâypapLga -rrjç sîasopaç, rôle dressé pour la répartition entre les contribuables de l’impôt extraordinaire sur les biens. Si le discours de Lysias rapt ehrpopaç3, et surtout le discours d’Hypéride contre Polyeucte 7rsp! Staypa'ggaTo;4, nous avaient été conservés, nous pourrions probablement donner des détails précis sur le mode de confection du rôle, sur la nomination et sur les attributions des Staypacp$~;, tandis que, faute de renseignements, nous sommes réduits à des conjectures. Il est probable que, lorsqu’il y avait lieu à la perception de l’dcripopâ ou impôt extraordinaire sur les fortunes, quelques citoyens, dix selon toute vraisemblance, étaient chargés de répartir le fardeau entre tous les contribuables, peut-être même de poursuivre les débiteurs en retard. Pollux8dit, en effet, que les ÈTuypa'peTç font emprisonner les contribuables qui ne payent pas lVurpopoc. Mais ce renseignement est tenu pour suspect par quelques historiens, qui ne peuvent pas se résigner à croire que les répartiteurs aient eu des attributions aussi étendues6.

Ces répartiteurs, chargés de la rédaction du rôle ou Stotypagiaa, étaient appelés Staypatpttç; mais, dans bon nombre de textes, ils portent le nom d’iiriypaï.sîç1.

A-oXxoî, cf. Mémoires de l'Académie de Caen, 1874, p. 161-176. — 9 Strab. VIII, 6, § 20. — 10 Gilbert, Bandbuch der griech. Staatsalterth. II, p. 368. — 11 E. Dcsjardins, Géographie de la Gaule romaine, II, p. 199 et s. — 12 Strab. IV, 1. § 8.

DIAGRAMMA. 1 Demosth. In Euerg. et Mues. §§ 36 et 43, Reiske, p. 1150 et 1152.-2 Boeckh, Urkunden über das Secwesen, p. 204. — 3 Orat. att. éd. Didot, II, p. 270. — 4 Orat. att. Il, p. 422. — 6 VIII, 103. — 6 Gilbert, Bandb. der griech. Staatsalterth. I, p. 347. — 7 Harpocration, s. v. 3tâyçoin[xa, se sert du mot S,ayjctÿE'j;; mais, s. v. tmypaçs'n;, il emploie le mot Ixiyfaçin, que l’ou trouve aussi dans Isocrate, dans Pollux et daus les kgciç Çq-copixod (Isocrate, Trapezit., §41, Didot, p. 257 ; Pollux, VIII, 103; Bekker, Anecd. gr. I, p. 254, 5).

DI A

Lorsque les symmories eurent été organisées, peutêtre les rôles furent-ils dressés par les chefs des symmories, qui, dans cette mesure au moins, héritèrent des attributions des Staypasîî 8- E. Caili.emf.r.

DIAGRAMMISMOS (AtayfaaitiGu.ôç). — D après la définition de Pollux *, c’est un jeu tout à fait analogue à celui de la Ville [poleis paizein], qui dérive lui-même de la -e-Tsîa ou jeu de dames des Grecs [petteiaI. Si Ion s en rapporte à la description du jeu du ttàivÔi'ov ou de la Ville2, on jouait sur une table divisée en cases par des lignes abacus. t. Ier, p. 3] et les joueurs disposaient d’un plus grand nombre de pièces (^rjtjoi) que dans la simple petteia . trente en tout pour le jeu de la Ville et soixante pour le Staypauu[(7uo; 5. Les quinze ou trente pions dont chaque joueur était le maître avaient une couleur différente de ceux que manœuvrait l’adversaire; les blancs d un côté, les noirs de l’autre, comme dans le jeu de dames moderne • La tactique consistait à enfermer un des pions de l’autre entre deux de ses pions8 : la pièce ainsi mise dans l’impossibilité de bouger était prise et enlevée du jeu., ielle devait être pour le Siatypap-uicpôi;, comme pour la la

marche du jeu, si la comparaison de Pollux est exacte. Tous deux paraissent d’ailleurs nôtre qu’une complication plus ou moins savante de la i-etteia, qui est le prototype de tous ces jeux de combinaisons qu’on appelait aussi

ypaauaî °. ,

Une difficulté subsiste pourtant, à cause du texte d Eustathe qui définit le Siayp7f/.pi<T!J.ôç comme un xuêsia; aoo;. j Il est esssentiel, en effet, de distinguer dans ces jeux ceux où le hasard a un rôle prépondérant, grâce à 1 intervention des dés qui déterminent le point qu on doit i jouer (tels sont chez nous les jeux du jacquet et du trietrac), et ceux où la marche des pions est laissée exclusivement à l’initiative du joueur (comme dans les dames et les échecs). De là résulte une assez grande incertitude sur la nature exacte du Staypap.a’.sp.ô;. Si 1 on s en tient au texte de Pollux, on y voit une simple variante du jeu de daines qui se jouait sans dés 7. Si l’on admet qu’il n y a pas d’erreur dans la définition d’Eustathe, on sera p utot porté à identifier le ^aypauat^o; avec le jeu romani des duodecim scripta8 qui combinait la marche des pions avec le jet des dés. E. Pottier.

DIAGRAPHEIN (Ataypccpv). — Terme de procedure en usage à Athènes ; il correspond à notre radiation du rôle. On sait que les actions introduites devant un magistrat étaient inscrites sur un tableau (««î) expose dans l’auditoire aux regards du public. Lorsque, pour une cause quelconque1, soit parce que le demandeur retirait sa demande2, soit parce qu’il ne remplissait pas les conditions requises par la loi, et notamment n e ec uai pas

8 Suidas, .. u. Mnw parle d’un autre *.*„.««, ^ ““‘^“«1 £

agoranomes, rôle des hétaïres et du prix que chacune d elles pour ut meU.e^ ^

faveurs. 11 nous parait probable qu il y a contusion e que ri m mit

i aveui s. r déterminait par conséquent 1 impôt

agoranomes se rapportait au zoçvtxVv t, s. Boeckh,

exigible de chaque hétaïre. Cf. Lipsms, Attache Proccss, p.

Staatshaush. de,- Ath., 3° éd., I, P- «4 , Lex. phot. p. 439

DIAG 11 AMMISMOS. 1 Onomast. IX. 39. -

rn 97 Naber ; Ilesych. S. U. dtaY?aa;At<r;xo, , iwsuu». ^ r

1 64. Cf. Marquardt. Privatise n der Pâmer, H, ** edlt g10’ "“c'est

V Fustuth l e - » Pollux, IX, 98. - 0 Eustath. I. c. ; Pollux, IX, 99. - C est PoDinion de M. Bec, de Fouquiércs, te Jeu, des anciens, p. 415-416, qu. a essaye d m n rcr qu beaucoup d'écrivains ont employé d'une façon impropre 1 exprès , n ! c en lui donnant la signification très générale de jeu. D apres le fragment de vers'de Philémon que cite Eustathe lui-même, il faudrait distinguer et

Michaehs, Arch. Zeitung, 1863, p. 41, se rapproche de ce te optmon eu

raStuEtv. M. JHicnaeii , . ;c u (Jes latrunculi

identifiant le jeu de la Ville, analogue au ■ « J. cllari/llèSi édit,

romains. - « C'est l'opinion exprimée dans le Manuel de Beckei , u

dans les délais légaux le versement des consignations judiciaires5, la demande ne devait pas suivre son cours, le magistrat la faisait disparaître du tableau (Myf«?'-v vr,v o {x7jV ot sitjayoiYîtç) +. E. CaillEMER.

DIAGRAPHEIS |SYMMORlA].

DIAITÊTAI (AtatrriTxt). — Nom donné par les Athéniens aux arbitres chargés de juger les procès piivi>.

S’il est incontestable que « l’arbitrage est le moyen le plus raisonnable de terminer les contestations entre les citoyens1 », on ne doit pas être surpris de trouver de bonne heure des arbitres à Athènes. Mais, à côté de 1 arbitrage tel que nous le comprenons aujourd hui, juridiction privée, choisie librement par les parties, nous rencontrons à Athènes l’arbitrage obligatoire, c’est-à-dire une juridiction normale, ordinaire, imposée aux plaideurs.

De là deux espèces de diaetètes : les diaetètes publics et les diaetètes privés.

1. Diaetètes publics. — Si grande que fût la bonne volonté d’un magistrat chargé de recevoir les demandes des citoyens, même dans un État aussi restreint que l’était l’Attique, il devait lui être souvent impossible d’examiner lui-même et de résoudre toutes les questions de droit ou de fait que soulevaient ces demandes. Au lieu de juger personnellement, il renvoyait 1 affaire a un diaetète ou arbitre public, qui, dans une certaine mesure au moins, peut être comparé à Yarbiter ou judex

de la procédure ordinaire à Rome’.

A quelleépoque remontel institution des arbitres publics? Schoemann est convaincu que ces juges arbitres figuraient dans la constitution athénienne dès le temps de Solon1. Mais nous croyons que l’on serait fort embarrassé si 1 on était obligé de fournir une preuve positive de 1 existence des SiatTYjT a? au commencement du vie siècle. D autres, s’appuyant sur un fragment d’un discours de Lysias contre Archébiade '% pensent que l’apparition des arbitres est contemporaine de l’orateur Lysias, et parmi eux quelques-uns rattachent expressément 1 origine de cette juridiction aux réformes d’Euclide B. Mais on peut leur objecter que Lysias ne parle pas de création; il cite une loi relative aux diaetètes, vnrspl tüv 8«*m|Twv, ce qui peut aussi bien s’entendre d’une loi qui régla la compétence de cette juridiction 6. Le parti le plus sage est de s’abstenir de toute affirmation et de toute contradiction formelle . La seule chose certaine est l’existence des arbitres publics à la fin du v° siècle et pendant les siècles suivants.

Les arbitres publics étaient désignés chaque année par un tirage au sort; de là vient le nom do xXrlfWt SmrqT-ci, qui leur est donné quelquefois par opposition aux arbitres élus par les parties, aîf«ot SiacniTai.

Le tirage au sort ne portait que sur les citoyens qui,

Goll II, p. 376 et dus les Denkmülcr des kl. Alterlums de Baumeister, .. v. Br ettspièle p 354. - BmuooHxra.x. Becq de Fouquières, Les Jeux des a, mens, - edit. E ;. 415-416; Becker, Char*»., éd». GüU, », P- 374-376; Baume, ster, Denkmüler des klassischen Alterlums, p. 354. .

DIAGRAPHEUN.lDemosth. C. Olgmp.^m .t4l.Re.Aep. ‘(A

De Dicaeog. heredi. § 17, Didot p. 268 ; Lysias, De pecm publ ». ». * P- » ■ — 2 Dem. C. Leptin. § 145, R. SOI ; C. Theocr. § 8, R. 1324. - 3 Poil. 1», J ,

Meier, Attische Proccss, éd. I.ipsius, p. 44. — '► Harpocr. s. »• ' , • ’

5. v. «ta,,; Bekker, Anecd.gr. I, p. 186, 19. Cf. PUtner, Pracess nnd Kta-

pWfadto,Ip.ia — 2 Perrot, Essai sur le droit

DIAITETAI. 1 Loi du 21 août 1/JU, au. ’ ,SH4

public de laRcp. athée. iSG7, p. 2S4 et s. 3 Verfassungsgeschichte Athens, 1&>>4, p 44 - 4 Oratattici, éd. Didot, 11, p. 263, fragm. 41. -»Meier Pnvatschieisnchle, , p o8 6 Pour établir que les arbitres sont antérieurs à Euclide, Westcrmann, Eus. Attische Proccss. p. 10,2, et Hubert, De Arbitris, p. 21 s appuient sur Audocide, De myster. § 87 et s., Didot p. 63.

bien Proliant? - ? Gilbert, Handbuch der grteeln Staats alterth. \, 1881, p.

MA

MA

par leur âge, offraient des garanties de sagesse et d’expérience. Fallait-il avoir soixante ans pour participer au tirage 8? Cinquante ans suffisaient-ils 9? Les témoignages des grammairiens sont en désaccord sur ce point. L’opinion généralement admise aujourd’hui est que toutes les vraisemblances sont pour l’âge de soixante ans, auquel les citoyens étaient libérés du service militaire ,0.

Quel était le nombre des arbitres publics ? Comme il n’y avait pour chaque affaire qu’un seul arbitre, il semble qu’un petit nombre de diaetètes eût suffi pour donner satisfaction aux plaideurs. Et cependant on lit dans lescholiaste de Démosthène11 qu’il y avait quarante-quatre arbitres par tribu (vjcav ol Staroira! go’ xaô’ ixâ< ttv,v iuV/jv), ce qui fait un total de quatre cent quarante arbitres! Ce chiffre de quatre cent quarante arbitres a paru hors de toute proportion avec le nombre des procès à juger, et quelques historiens ont proposé une légère correction au texte d’Ulpien. Il suffirait de lire : vjaav oc g’, 8’

xxO’ ixâuTïjv cftAvjv, pour avoir un sens raisonnable et pour dire : il y avait à Athènes quarante arbitres, à raison de quatre par tribu 12. Mais cette correction est devenue insoutenable depuis que l’on a découvert des listes authentiques de diaetètes athéniens, sur l'une desquelles figurent beaucoup plus de quatre arbitres par tribu ’3.

Nous connaissons aujourd’hui trois inscriptions, plus ou moins mutilées, sur lesquelles ont été gravés les noms d'arbitres publics, qui ont exercé leurs fonctions à des époques bien déterminées. La première, relative à l’olympiade 112,3 (330-329), ne contient que neuf noms d’arbitres appartenant aux tribus Érechthéide (3), Egéide (3), Pandionide (2), Léontide (1) u. La seconde, relative à l’olympiade 112,4 (329-328), donne cinq noms d’arbitres appartenant à la tribu Léontide et cinq noms d’arbitres appartenant à la tribu Acamantide ls. La troisième, la plus intéressante, se rapporte à l’olympiade 113,4 (325-324) lf’. Elle ne contient pas moins de cent trois noms 17, fort inégalement répartis entre les dix tribus, d’arbitres, qui, à titre de récompense, ont été couronnés parle peuple. Dans celte liste, la Cécropide est représentée par seize de ses membres, tandis que la Pandionide n’a que trois représentants. Les autres tribus offrent les nombres suivants : Egéide, 14 ; Érechthéide;, 13 ; Léontide, 12 ; Oenéide, Il ; Acamantide, 9; Hippothontide, 9; Aeantide, 9; Antiochide, 7 ,8. Nous voilà bien loin des quatre par tribu dont parlait Hérauld et aussi des quatre cent quarante du scholiaste de Démosthène.

Mais les cent trois arbitres mentionnés dans l’inscription composaient-ils à eux seuls le collège des diaetètes, tel qu’il exista en l'année 325? La couronne fut-elle attribuée à tous les arbitres, sans exception ? Ne la restreigniton pas à ceux des diaetètes qui avaient eu à juger des procès et même à ceux qui s’étaient signalés dans l’exercice de leurs fonctions? Gomment expliquer la grande inégalité entre les diverses tribus ?

8 Pollux, VIII, 126; Bekker, Anecdota, I. p. 235, 23; Hesych. s. v. S ’.u.'.-zr -ai.

— 9 Bekker, Anecd. I, 186, 1 ; Suid. s. v. 5:a.tr-a{, éd. Bernhardy, p. 1332.

— *0 Meier, Privatschiedsrichter p. 11; Hubert, De Arbitris , p. 31. — H Édit. Didot, p. 673 (542, 15). — 12 Cette correction, imaginée par Hérauld, Observationes , V, 14, § 4, a été presque approuvée par Hudtwalcker, Diaeteten , p. 4.

— 13 On a proposé, mais sans raisons suffisantes, de voir un fragment d’une liste de diaetètes dans une inscription, depuis longtemps connue, sur laquelle sont gravés les noms de personues représentant les tribus Cécropide (24), Hippothontide (19), Aeantide (24) et Àutiochide (22), liste qui parait d'ailleurs incomplète. Cf. Corp. inscr. att.. II, 2, n° 944, p. 338-359. — 1* C. viser, ait. II, 2, u°» 941, p. 355. — C. inscr. atl. Il, 2, n° 942, p. 335. — '6 C. insc. att. Il,

Plusieurs de ces questions sont pour nous insolubles. Mais l’inégalité ne nous embarrassera pas si nous disons (jue le tirage au sort avait lieu, sans acception de tribu, entre tous les citoyens qui remplissaient les conditions requises ’9. Si l'on admet ce mode de désignation, on trouvera tout naturel que le nombre des représentants d’une tribu soit notablement inférieur à celui des représentants d’une autre tribu. On ne devrait même pas être surpris si, par les hasards du tirage, une tribu n’avait pus eu un seul de ses membres dans les arbitres de 1 année.

Lorsque le tirage avait été ainsi effectué sur l’ensemble des citoyens réunissant les conditions d’aptitude, on pouvait sans inconvénient, comme l’ont fait nos inscriptions, dresser la liste générale en prenant comme base de classification les tribus. Cette classification n'avait rien que de très conforme aux habitudes des Athéniens, et, si elle mettait en relief les inégalités du sort, les vrais intéressés y attachaient peu d’importance.

Tous les arbitres d’une même année formaient un collège unique. Ce qui le prouve bien, c’est que les diaetètes nous apparaissent plusieurs fois agissant en commun. Ils votent des résolutions et décernent des récompenses : ISoÇev toTç S’.aitïiratç 20. Nous les trouvons aussi réunis, sous la présidence de l’un d’entre eux (irpuravsüwv), pour examiner les accusations d’improbité dirigées contre l’un des membres du collège **.

Était-ce sur l’ensemble du collège tout entier qu’avait lieu, par voie de tirage au sort, la désignation de l’arbitre appelé à statuer sur un litige déterminé22? Le collège était-il, malgré son unité d’origine, divisé en dix sections, dont chacune, spécialement affectée à une tribu, fournissait les arbitres chargés de juger les contestations des membres de cette tribu? Cette dernière opinion, qui s’appuie sur un texte de Démosthène, est généralement admise; l’orateur dit, en effet, que les arbitres qui jugent pour la tribu Oenéide et pour la tribu Érechthéide siègent dans l’Héliée : ot tI]v O’vcqtoa xal ttjv Eps/Clrgoa Stoct-wvTs; 23. Ne résulte-il pas de ce texte qu’il y avait des diaetètes spéciaux pour chaque tribu?

Ce qui est certain, c’est que pour la désignation d’un arbitre en vue d’un procès déterminé, on tirait au sort, soit sur l’ensemble, soit sur la section, sans s’inquiéter ni de la tribu du demandeur ni de celle du défendeur. L’arbitre était souvent étranger à l'une et à l’autre. Ainsi, lors du procès de Démosthène contre Midias, Démosthène, du dème de Péanie, par conséquent de la tribu Pandionide, et Midias, du dème d’Anagyre, dépendant de la tribu Érechthéide, furent jugés par Straton de Phalère, c’est-àdire par un citoyen de la tribu Aeantide 2l.

11 n'y avait pas à Athènes de locaux spécialement affectés aux arbitres publics. Un diaetète pouvait donc siéger partout où il trouvait un lieu disponible approprié à sa séance. Aussi voit-on des arbitres siéger dans les temples 26, ou dans les bâtiments consacrés aux Héliasles,

-, n” 043, p. 356-357 . — n Tous les historiens parlent de 104 noms; mais nous n'eu avons trouvé que 103 dans l’édit, de Koehler. La différence porte sur la tribu Autiochide, qui, dans le teste de Koehler. a sept et non pas huit arbitres. — 18 Dans l'intérieur de chaque tribu, l’inégalité n’est pas moins grande pour la représentation des divers dèmes. Ainsi le dème d' Acharnes, en 325-324, fournit huit arbitres, tandis que d autres n en fournissent qu’un seul ou même n’en fournissent pas du tout. — 19 Grote, Hisl. de la Grèce, VII, p. 341 ; Hubert, De Arbitr. p. 28; Lipsius, Attische Process, p. 1012. — 20 Hubert, o. I., p .23. — 21 Dem. C. Mid., § 87, Rciske, p. 542. — 22 Lipsius, Alt. Process, p. 1012; tov. toutefois p. 1015. — 23 Dem. C. Eiierq. et il lncs. g 12, R. 1142. — 21 Gilbert, Handb. 1, p. 370. — 25 Polluv, Vlll, 120.

DIA

DIA

quand ces bâtiments étaient libres. Nous avons déjà dit que les arbitres des deux tribus Oenéide et Érechthcide siégeaient dans l’Héliée 20 ; nous rencontrons d’autres arbitres dans le Poecile27 et dans le Delphinion 28.

Aucun texte ne nous dit que les arbitres publics, avant d’entrer en charge, fussent tenus de prêter le serment de bien remplir leurs fonctions. Mais presque tous les historiens 20, appuyés sur les analogies qui existent entre les diaetètes et les Iléliastes, croient qu’il y avait une prestation de serment.

L’arbitre n’était pas rétribué par le Trésor public; l’indemnité à laquelle il avait droit lui était payée directement par les plaideurs. Le demandeur, au moment où il soumettait au diaetète ses griefs contre son adversaire, lui donnait une drachme ; c’est ce que les grammairiens appellent la itapdtaTauiç. De son côté, le défendeur, au moment où il contestait les allégations du demandeur (àvTiop.ocn'a), remettait également une drachme à l’arbitre 30. Lorsque l’une des parties sollicitait un renvoi de l’affaire (uTttofxoïna), il y avait encore lieu au payement d’une drachme, et cette prestation devait être renouvelée chaque fois qu’un second ou subséquent renvoi était demandé31. Il y avait donc entre les héliastes et les arbitres cette différence que les Héliastes étaient indemnisés par l’Etat du dérangement causé par l’exercice de la juridiction, tandis que c’étaient les plaideurs qui indemnisaient les arbitres. Les honoraires d’un arbitre, quoique supérieurs à première vue au triobole de l’héliaste, ne devaient pas au fond s’élever à une somme bien forte. Pour deux ou trois drachmes, le diaetète était obligé de réunir tous les éléments nécessaires au jugement d’un procès. L’arbitre, à moins de circonstances exceptionnelles, siégeait d’ailleurs moins souvent que l’héliaste.

Presque tous les historiens 32 admettent, avec Hudtwalcker et sur la foi d’un passage de Démosthène 33 et de la scholie correspondante31, que les arbitres publics, vers la fin de l’année de leurs fonctions, étaient ou tout au moins pouvaient être obligés de rendre compte de la manière dont ils s’étaient acquittés de leur mandat. Hudtwalcker expose même assez longuement la procédure qui aurait été organisée à cet effet 35.

Mais, si l’on fait abstraction des renseignements presque toujours suspects donnés par le scholiaste, on reconnaîtra que Démosthène ne parle pas d’une reddition de comptes à laquelle auraient été soumis les diaetètes. Ce qui résulte du discours de Démosthène contre Midias, tel qu’il est interprété par les critiques les plus récents 30, c’est que, lorsqu’un arbitre avait gravement manqué à ses devoirs, cet arbitre pouvait aussitôt être l’objet d’une La

partie lésée par l’injustice de l’arbitre avait le droit, immédiatement et sans attendre la fin de l’exercice, de remettre une plainte au collège des diaetètes, qui, à certains jours, se réunissait sous la présidence de l’un de ses membres 37. Démosthène paraît dire que l’arbitre accusé devait avoir été préalablement assigné à comparaître devant le col-

26 Demostb. C. Eoerg. § 12, R. 1142. — 27 Dora. C. Stcph. I, § 17, R. 1106. 28 Demosth. C. Boeot. II, § 11, R. 1011 ; lsae. Pro Euphil. § 9, Didot, p. 310. 29 Iludtwalcker, Diaeteten, p. 8; Meier, Schiedsrichter, p. 12, Hubert, o. I. p 32. 30 Poil. VIII, 30 et 127. — 31 Harpocr. s. v. sttpàaTSMn;. — 32 Meier,

o. I. p. 14 et s. ; Westermann, Schiedsrichter, p. 432 et s. ; Schoell, De Syncgoris,

p. 13 et s. ; Schoemann, Antiquités grecques, I, p. 340. — 33 C. Miel. 86 et s., R.

542. 3V 542, 15, éd. Didot, p. 673. — 33 Diact. p. 10 à 32. — 36 Fraenkel, Gcschworenengerichte , p. 73 et s.; Lipsius, Alt. Process , p. 260 et 333; Hubert. o. I.; p. 51 et 8. Gilbert, Hanibuch, I, p. 372, sans être aussi affirmatif, déclare invraisemblable la reddition de compte, suffisant bien pour la rrpres-

lège 38 ; mais les faits mêmes qu’il expose prouvent que cette assignation n’était pas nécessaire 39. Le collège examinait si l’accusation était bien fondée. Lorsque sa réponse était affirmative, le diaetète reconnu coupable était dépouillé de ses fonctions et frappé d’une atimie complète40. Il avait toutefois la faculté de ne pas s’incliner devant la décision de ses collègues et d’interjeter appel devant un tribunal d’héliastes41. Yoilà seulement ce que dit Démosthène. Mais, d’une prétenduereddition décomptés à la fin de l’année d’exercice des diaetètes, on ne trouve aucune trace ailleurs que dans le scholiaste, dont le témoignage doit être rejeté. Pourquoi, en effet, les arbitres auraient-ils été soumis à cette obligation, alors que les juges, avec lesquels ils ont tant de similitudes, en étaient exemptés42? Suidas43, dont le témoignage est corroboré par l’auteur des AéÇîiî ^Topum w, dit expressément que les arbitres publics ne jugeaient que les contestations entre citoyens; ils n’étaient pas compétents pour juger les procès intéressant les étrangers.

L’affirmation des deux grammairiens est d’une netteté parfaite, et cependant la thèse contraire a été vivement soutenue par Hudtwalcker 46. Ce savant s’est d’abord efforcé de montrer que la distinction faite par Suidas entre les étrangers et les citoyens, non seulement n’avait pas de raison d’êlre en législation, mais encore aurait, dans la pratique, en dépit des intentions de ses auteurs, fait à Athènes aux étrangers une situation privilégiée. Beaucoup de citoyens pauvres auraient pu hésiter à agir contre un étranger, s’ils n’avaient pas eu à leur disposition la procédure simple et peu coûteuse de l’arbitrage. Pollux46, d’ailleurs, parlant de l’archonte polémarque, c’est-à-dire du magistrat compétent pour les étrangers et pour les métèques, dit que ce magistrat renvoyait beaucoup de procès devant les arbitres; ce qui prouve bien la compétente des diaetètes même en ce qui concerne les étrangers. Cette démonstration faite, Iludtwalcker écarte l’argument en apparence décisif que fournit Suidas, en traduisant ainsi le texte du grammairien : « Les citoyens seuls avaient la capacité requise pour être arbitres; il n’était pas permis aux étrangers d’entrer dans le corps des diaetètes. »

Cette traduction d’Hudtwalcker est vraiment inadmissible; mais les autres raisons sont plus sérieuses. Cependant elles n’ont pas prévalu. Les historiens les plus récents font remarquer que le passage de Pollux semble corrompu, ce qui diminue beaucoup son autorité. Ils ajoutent qu’un simple argument tiré des inconvénients de la solution affirmée par les grammairiens ne doit pas suffire pour faire tomber leur affirmation 47. Les arbitres auraient donc été incompétents, lors même que le plaideur aurait été un métèque ou un isotèle, puisque, malgré les faveurs dont ils jouissaient, métèques et isotèles n’étaient pas des citoyens. Démosthène parle bien d’une poursuite en justice devant un arbitre, poursuite dirigée contre un esclave nommé Callaros48. Mais il ne faut pas oublier que, bien que l’esclave fût personnellement en cause,

sioii des injustices. — 37 Le «pma vtûwv n’est ni le président du Sénat, ni le président des Logistes (Dareste, Plaidoyers politiques, II, p. 79) ; c’est le président du collège des diaetètes. — 38 C. Mid. 87, R. 542. — 39 Lipsius, Att. Proc. p. 331; Hubert, O. I. p. 55. Gilbert, Handbuch, I, p. 371, déclare actuellement insoluble la question de savoir si IV.occyyeM» était jugée par le collège des diaetètes ou par les héliastes. — 40 Dem. C. Mid. 87 et s., R. 542; Harpocr. s. v. iltrayytAia ; Bekker, Anecd. gr. 1, p. 235, 25. — 41 Demosth. C. Mid. § 9i, R. 543; Harpocr. s. v. et<raYYt/d«* — 42 Hubert, De Arbitris , p. 53. — 43 5. v . AiaiT-q-cdç, éd. Bernhardy, p. 1332. — 44 Bekker, Anecd. I, p. 310, 17. — 45 Diaetet. p. 38 à 41. — 46 VIII. 91. — 47 Hubert, o. I. p. 35. — 48 Demosth. C. Callicl. § 31 et s., R. 1280.

c’était le maître de l’esclave que le demandeur avait en vue, puisque le maître était obligé d’exécuter la condamnation ou au moins d’abandonner au demandeur l’esclave condamné. Le maître a grand soin de faire remarquer qu’on sait qu’il tient beaucoup à son esclave et qu’il aimera mieux exécuter la sentence arbitrale que de se séparer d’un bon serviteur.

Limitée quant aux personnes, la compétence des arbitres publics était également limitée quant aux actions. Ils ne pouvaient juger que des procès privés (îSlai Slxat). Les arbitres, dit l’auteur des As^iç p-qxopt/tai, sont les juges des contestations privées, xtov îSiomxôiv xpizat 49.

Encore fallait-il, pour qu’ils fussent compétents, que l’intérêt du litige dépassât dix drachmes 60. Car, si l’intérêt du procès était inférieur à cette somme, c’étaient les juges des dèmes, ot xaxà oYigouç Stxacxat, qui statuaient.

Mais, sous le bénéfice de ces réserves, et peut-être aussi exception faite pour les affaires commerciales, les arbitres avaient la plénitude de juridiction. Toutes les actions privées, quelle que fût leur cause ou leur importance, pouvaient être jugées par eux. Nous savons notamment qu ils pouvaient statuer sur la xXo7c9)ç Six yj 51 , action privée tendant à la réparation du préjudice causé par un vol.

Les historiens du droit attique enseignent généralement que, à 1 époque des orateurs, le magistrat saisi d’une action privée ne renvoyait l’affaire à un arbitre public que lorsque les deux parties étaient d’accord pour solliciter ce renvoi, ou au moins lorsque le demandeur le réclamait expressément. S’il n’y avait pas de réclamation, l’affaire était portée directement devant les Héliastes. Il en résulte que les arbitres n’étaient pas nécessairement juges de première instance52. Quelques historiens, M. Gilbert entre autres, arrivent à peu près au même résultat, tout en modifiant complètement la règle; ils disent que les parties pouvaient bien exiger leur renvoi immédiat devant un tii3unal d’héliastes ; mais que, cessant cette exigence, le magistrat tirait au sort le nom d’un diaetète ou laissait les parties choisir elles-mêmes leur arbitre. Les plaideurs pouvaient donc se soustraire à la juridiction des diaetètes53. Pollux dit cependant que toute action privée devait autrefois être soumise aux arbitres avant d’arriver aux tribunaux 5\ Autrefois, ttxXou ! Schoemann s’est efforcé d’échapper à l’objection en disant que le droit de repousser l’arbitrage et de soumettre directement l’affaire aux Héliastes n'a été reconnu aux plaideurs que vers le i» siècle; mais ils en ont joui à cette époque, tandis que, antérieurement, TidXai, par opposition au temps des orateurs, 1 usage et peut-être même la loi imposaient l’arbitrage aux deux adversaires So. La réponse n’est pas décisive; nous allons essayer de montrer que la juridiction des arbitres, qui était peut-être facultative au ve siècle, est précisément devenue obligatoire au ivc siècle, qui est bien pour Pollux le temps ancien. Un autre grammairien, l’auteur d un lexique dit de Cambridge, qui paraît avoir écrit en ayant sous les yeux le mol rrj ç ’A0v5v-/)at vogoOsuiaç de Démélrius de Phalère, dit, comme Pollux, qu’il faut que

49 Cekker, Anecdota , I, p. 235, 20. — 50 Des procès mettant en jeu un intérêt de U ou 12 drachmes sont bien de petits procès; c’est en ce sens, et sans autre exagération, qu’il faut entendre Démosthène, C. Boeot ., II, § 31, R. i017, lorsqu’il dit que les arbitres jugent de très petits litiges. On aurait tort d’en conclure qu ils étaient compétents, même au-dessous de dix drachmes. — 51 Dem C. Androt. § 27, R. 601. — 62 Iludtwalcker, Diaetet. p. 33 et s., Meier, Schiedsnchter, p. 22 et s.; Hermann, Staatsallerth. 5» éd. § 145, 12. — 63 Handb. der ÿriecb. Staatsallerth. I, p. 370. - 64 VIII, 126. - 66 Antiq. grecques , trad. Gal'uski,

les diaetètes jugent toutes les contestations, quand l’intérêt en litige est de plus de dix drachmes ; et il ajoute : « Une loi a été votée, d’après laquelle une affaire ne doit pas être portée devant les Héliastes, si elle n’a pas été préalablement soumise aux arbitres 56. »

L’un des scholiastes de Démosthène indique fort justement la raison pour laquelle les procès ne doivent pas être jugés en première instance par les Héliastes. Il ne faut pas, dit-il, que les tribunaux siègent en permanence et occupent constamment les juges; leurs séances coûtent fort cher et il convient d’ètre économe des deniers de l’État On avait donc voulu décharger les tribunaux en obligeant les plaideurs à s’adresser d’abord aux arbitres, avec l’espérance que la plupart des procès ne dépasseraient pas ce premier degré de juridiction.

La loi à laquelle le grammairien fait allusion, cette loi qui défendit d’arriver aux Héliastes avant de s’être présenté devant les diaetètes, n’est-elle pas précisément la loi dont Lysias a parlé dans son discours contre Archébiade 58 ? Un plaideur, jeune et inexpérimenté, a fait tout ce qu’il a pu pour désarmer son adversaire ; il lui a offert un compromis, il l'a supplié de recourir à la juridiction d’un arbitre, Si'outav ÊTrtTpGlocc ; toutes ses supplications ont été inutiles jusqu’au jour où les Athéniens ont eu voté la loi sur les arbitres, âor ugeTçxov vdp iov xôv rapt xwv Statxrjxwv sOegÔs. Le sens ne veut-il pas que l’on traduise : jusqu’au jour où vous avez mis un terme à la résistance de mon adversaire en rendant l’arbitrage obligatoire?

Nous croyons donc que tout procès devait être d’abord soumis à un arbitre59, dont la mission était de résoudre simplement et à peu de frais la question qui divisait les plaideurs. Les Athéniens voient en lui, non pas précisément un pacificateur, comme notre juge de paix, devant lequel une tentative de conciliation doit avoir lieu, mais un juge dont l’abord est facile, protégé par son âge et par son isolement contre les entraînements auxquels obéissent trop souvent les Héliastes, et qui, bien que juge en premier ressort seulement, jugera définitivement la plupart des contestations.

Pollux parle de magistrats, nommés qui

auraient été désignés par la voie du sort et auraient servi d’intermédiaires entre les plaideurs et le collège des diaetètes pour la désignation d’un arbitre et la remise de la demande60. Mais il est plus raisonnable de croire qu’il n’y avait pas de magistrats spéciaux pour cette mission très simple. C’étaient les magistrats ordinaires, ceux dans l’hégémonie desquels rentrait le procès qu’il s’agissait de faire juger, qui étaient eux-mêmes les EÎ<jotYwYe‘î, c’est-àdire qui tiraient au sort le nom de l’arbitre et lui remettaient le dossier de l’affaire.

Nous venons de dire que le magistrat compétent désignait l’arbitre par la voie du sort. Quelques historiens enseignent que les parties pouvaient choisir elles-mêmes leur juge, et que c était seulement lorsqu elles ne s’accordaient pas que le magistrat lirait au sort61. Mais le seul argument sérieux sur lequel repose cette opinion

1, p. 530. — 56 Voy. à la suite du Lexique de Photius, éd. Leipzig, 1823, p. 584, s. ».

Sixv — 57 593 , 24, éd. Didot, p. 695. — 68 Oral. atl. éd. Didot, II. p. 263, p. 41. — 59 L’opinion que nous venous d’exposer avait été autrefois adoptée par Hermann et par Bergk ; mais ils l’ont ensuite abandonnée et se sont ralliés à l’opinion générale. Les seuls auteurs qui, à notre connaissance, soutiennent que l’arbitrage est obligatoire sont aujourd’hui M. Lipsius, Att. Proc. 1887, p. 1009 et s., et sou disciple, M. Hubert, De Arbitris, p. 21 et s. — 60 Onomast. VIII, 93. — 61 Meior. Schiedsric/itir. p. 25.

DIA

DIA

(IXojjLsvouî otatTYiTviv) est un témoignage inséré dans le discours de Démosthène contre Midias62, pièce justement suspecte aux yeux des critiques les plus autorisés. Il faut s’en tenir à l’opinion de Pollux 63 : les procès à juger étaient répartis entre les arbitres par la voie du sort. L’arbitre public est un xX^poubî StaiTYirrçç 6‘, non seulement parce qu’il est pris sur une liste résultant d’un tirage au sort, mais aussi parce que c’est le sort qui l’impose aux plaideurs K Si l'on admet avec nous que le collège des arbitres était divisé en dix sections dont chacune était spécialement affectée à une tribu, il faut nécessairement en conclure que le tirage au sort n'avait pas lieu sur le collège tout entier.

Il était limité à la section spéciale correspondant à la tribu dont le demandeur et le défendeur étaient l'un et l’autre membres. Si les deux adversaires appartenaient a deux tribus différentes, le tirage au sort avait-il lieu dans la section compétente du chef du défendeur ou dans la section compétente du chef du demandeur? Nous ne saurions le dire ; mais la première des deux solutions nous paraîtrait aujourd’hui la plus raisonnable, parce qu elle est plus conforme au principe que le demandeur doit subir le juge du défendeur G6.

Le magistrat ne désignait jamais qu'un seul arbitre. L'unité du diaetète public paraît avoir été une règle absolue et sans exception. On cite bien quelques cas dans lesquels les orateurs parlent de plusieurs arbitres61. Mais d arrivait parfois qu'un plaideur, défendeur dans une instance, était en même temps demandeur dans une autre instance, connexe ou distincte, avec le même adversaire. Pour chacune des deux demandes un arbitre spécial était désigné .

Il y avait alors deux arbitres. Mais chacun de ces deux arbitres était indépendant de son collègue et statuait isolément.

Si l’arbitre désigné par le sort ne s acquittait pas de sa. mission et ne jugeait pas le procès, on pouvait dire de lui qu’il se rendait coupable d’un déni de justice. Mais ce délit constituait-il une faute suffisante pour justifier 1 application de l’atimie? Un passage de Pollux répond affirmativement : « L’atimie était édictée contre l’ arbitre qui ne statuait pas sur l’affaire que le sort lui avait attribuée 69 » Les critiques les plus récents écartent ce témoignage, parce qu’ils estiment qu’il manque aujourd’hui un mot au texte du grammairien. Pollux, disent-ils, a en vue non pas l’arbitre qui n’a pas jugé, mais 1 arbitre qui ma pas jugé conformément à la justice, ^ 8.aiTn«tm jtxa{uçf et qui est exposé à une sicrr^a ayant pour suite

l’atimie 10.

A la différence de l’héliaste, qui était simplement juge et auquel l’affaire n’arrivait qu' après que l'instruction avait été terminée, le diaetète était tout à la fois chargé de 1 instruction et du jugement du procès. C’était lui qui réunissait tous les documents dont, plus tard, en cas d appel, les orateurs faisaient usage devant les tribunaux, textes des lois ou des contrats, actes écrits, témoignages, etc. Les pièces produites par les deux parties étaient déposées dans deux boîtes, l'une pour le demandeur, l’autre pour le défendeur. Ce sont ces boites auxquelles les Athéniens avaient donné le nom d’£XJvot 71 , les hérissons, que rappellent n „ g ,3 R 544. 63 Onornast. V11I, 126. - ^ Demosth. C. Apho-

les sacs de procédure qui sont encore en usage dans quelques villes. L’instruction close, ces boîtes étaient scellées et probablement remises au magistrat en même temps que la sentence arbitrale.

Tout devait d ailleurs se passer simplement devant 1 arbitre. Les discussions entre les parties n avaient certainement ni l’ampleur ni la solennité que 1 on rencontre devant le tribunal des lléliastes. Il est vraisemblable que les logographes étaient très rarement appelés à rédiger des discours pour les parties en instance devant un diaeti te.

Lorsque l’arbitre se trouvait suffisamment éclaire par l'instruction, il rendait sa sentence. Cette sentence n était pas exécutoire par elle-même. L arbitre la remettait au magistrat qui avait l’hégémonie de l'affaire ,2, et c était ce magistrat qui lui donnait la force obligatoire.

Deux voies de recours étaient ouvertes contre les sentences arbitrales, l’opposition et 1 appel.

Quand la sentence arbitrale avait été rendue par défaut, soit parce que le défendeur avait été condamné sans avoir été entendu, soit même parce qu’il y avait eu défaut-congé, le demandeur (ô Stwxiov) ayant été débouté de sa demande pour n’avoir pas comparu "1, on disait que l arbitre avait jugé une action déserte (tJjv èpvjur,v xataBmxav). Le defaillant pouvait former opposition à la sentence arbitrale, en employant une procédure à laquelle les orateurs et les grammairiens font souvent allusion : xv)v ^ oûîxv cixr.v àvxi C'est par erreur qu’Hudtwalcker a limite l'application de la gvi °ùsa Six/, au cas où le défaillant s'était excusé et avait sollicité un renvoi sans pouvoir l’obtenir14. Les textes mêmes sur lequels il s’appuie"1 prouvent que la voie de l’opposition était ouverte même à une partie qui n’avait pas donné signe de vie à 1 arbitre l0.

L'opposition devait être formée dans les dix jours qui suivaient la sentence arbitrale. Elle était sans doute remise au magistrat dans l’hégémonie duquel rentrait l'affaire. L’opposant devait d'ailleurs fournir des cautions, qui garantissaient que la première sentence serait exécutée, si l’opposition était reconnue mal fondée11.

Le magistrat saisi de l’opposition tirait alors au sort le nom d’un nouvel arbitre. Ce second diaetète devait préalablement examiner si l'absence de la partie avait quelque explication légitime, telle qu’une maladie ou un voyage. 11 demandait à l’opposant d'affirmer, sous la foi du serment, que le défaut n’avait pas été volontaire de sa part. Si ce serment n’était pas prêté ou si 1 excuse alléguée était reconnue mal fondée, l’opposant était débouté de son opposition. Peut-être même était-il, à titre de peine poui la témérité de celte opposition, condamné à une amende envers le Trésor public 18. La sentence frappée d’opposition recouvrait toute la force dont elle avait été provisoirement dépouillée (wSptet xi StaixnOÉvxa ly^xo)19. Si au contraire le défaillant établissait qu’il avait eu de justes raisons de ne pas paraître devant l’arbitre, la première sentence arbitrale était considérée comme non avenue 4" (ir)] ousa), et un nouveau débat, cette fois contradictoire, s’engageait devant le second arbitre.

Les sentences des arbitres publics, après un débat contradictoire, n 'étaient pas rendues en dernier ressort. Sans

4153 — «s Dem. C. Doeol. II, De dote, 17 et 18, R. 1013. — 03 VIII, 126. Mou-r, Schiedsrichter. p. 15; Lipsius, Alt. Proc. p. 334; Hubert, o. I. p. 54. - U Uam. C Doeot. 1, De nomine , § 17, R. 900; C. Euerg. et Aines. § 16, R. 1143 ; C. Cononem, § 27, R. 1265. - 72 Dem. C. Md. § 85, R. 542. - 73 Phot. .. ». ««

74 Diaetet. p. 112. - 73 Dem. C. Md. 84 et s. R. 341. - '6 Hubert, o. I. p. 49. 77 Poilus, VIII, 60. - 78 C. MA. § 86, R. 542. - 79 Poil. VIII, 60.

DIA

DIA

doute, dans la pratique, les plaideurs acceptaient le plus souvent la décision de l’arbitre (èggÉvsiv toïç yvojcrôeïjtv) 8", et, soit par économie, soit à raison du peu d’importance du litige 81, soit par crainte des débats judiciaires, ils n’usaient pas de la faculté de porter l’affaire devant un second degré de juridiction. Mais, en droit, l’arbitre était seulement juge de première instance.

La partie qui avait succombé, le demandeur aussi bien que le défendeur, avait la faculté d’interjeter appel et de demander à un tribunal d’héliastes la réformation de la sentence de l’arbitre (Èçiévoa e tç tou; otxo;(7Tctç, êîj ib oixa a- ■cr'piov) 82. Pour les affaires privées, les Héliastes étaient donc, à l’égard des diaetètes, une sorte de Cour d’appel. Nous l’avons vu plus haut, un tribunal d’héliastes ne statuait sur un procès privé que lorsque ce procès avait été déjà jugé par un arbitre.

L’appel était formé devant le magistrat dans l’hégémonie duquel rentrait le procès, le plus ordinairement à l’heure même où l’arbitre venait lui remettre la sentence et les l/Jvot scellés contenant les pièces justificatives.

Les plaideurs étaient-ils déchus du droit d’appeler, faute d’avoir immédiatement usé de cette faculté ? Un délai plus ou moins long, analogue au délai d’opposition, leur avaitil été accordé83? Les textes81 paraissent faire entre le demandeur et le défendeur une distinction83, qui, à la rigueur, peut être rationnellement justifiée. Le demandeur, dont la réclamation avait été rejetée par l’arbitre, pouvait plus tard exiger que le débat fût rouvert devant un tribunal d’héliastes ; il n’y avait pas pour lui de ün de non recevoir tirée du silence gardé devant le magistrat. Mais le défendeur condamné par l’arbitre, s’il laissait, sans protester aussitôt, le magistrat donner 1 ’exequatur h la sentence de condamnation, ne s’exposait-il pas à entendre dire qu’il avait acquiescé à la sentence de l’arbitre et que la voie de l’appel lui était fermée?

L’appelant, au moment où il interjetait appel, devait consigner ce que nous appellerions aujourd’hui l’amende de fol appel. Pollux nous dit que le nom de cette consignation a varié; Aristote l’appelait irapoiSoXov ; au temps de Pollux, on disait itapaêdAiov s0.

Quand l’appel avait été régulièrement formé, le magistrat portait l’affaire devant un tribunal d’héliastes. Il n’avait pas d’instruction [anakrisis] à faire, comme dans les procès qui étaient directement soumis aux tribunaux. L’arbitre ■ s’était chargé de ce soin, et les pièces par lui réunies se trouvaient dans les è/ïvoi 81.

IL Diaetètes privés. — • Nous aurons peu de chose à dire de la faculté accordée aux plaideurs de se soustraire, pour le jugement de leurs procès, aux juridictions ordinaires et de s’adresser à des juges de leur choix. La loi athénienne avait, en cette matière, comme en beaucoup d’autres, laissé aux intéressés la plus grande liberté.

En tout état de cause, deux plaideurs pouvaient convenir que la solution de leur litige appartiendrait à des arbitres privés, appelés cupsro l SiaiT^vaî, arbitres choisis, par opposition aux arbitres publics imposés par le sort, xÀYjswroi Stai-

80 Dem. C. Boeot. Il, §§ 31, 30 et 42, R. 1017 et s.; C. Eubul. § 12, R. 1392. — 81 Voir cependant Dem. C . Boeot. II, § 31, R. 1017. — 82 Dem. C. Boeot. II §§ 17, 31, 55, R. 1013 et s. — 83 Hudtwalcker, Diactet. p. 120. — 81 Dem. C. Boeot. II, § 55, R. 1024. — 83 Hubert, o. I. p. 47. — 80 VIII, 63. .. — 87 Harpocr. s. u. Stater,Ta{. — 88 Dem. C. Aphob. III, § 58, R. 861. — 89 Dem. Ado. Phorm. 18, R. 912. — 30 Dem. Ado. Apat. 16 et 19, R. 897 et s. — 91 Dem. ' C. Aphob. III, § 5S, R. 861. - 92 Dem. C. Boeot. Il, § 16, R. 1013; A*i. Phorm. § 18, R. 912. — 93 Dem. C. Apat. § 14, R. 807. — Dem. C. Neaar. 45, R. 1360.

T7)Tal 88 . Ils le pouvaient lors même que leur procès était déjà porté devant un tribunal d’héliastes “h Réciproquement, deux adversaires, qui s’étaient rnis d’accord pour recourir à l’arbitrage, pouvaient renoncer à cette convention (lürai T7]v =7 tttpoTnjv)90, donner congé à leurs arbitres TOÙ; StatTvjTaç) 9I, et revenir aux juridictions ordinaires.

Le compromis (è7riTpo7nj), c’est-à-dire la convention par laquelle les parties soumettaient leur différend à un arbitrage privé, était habituellement rédigé par écrit, et déterminait les conditions suivant lesquelles la sentence arbitrale serait rendue.

Le nombre des arbitres privés dépendait entièrement de la volonté des parties. Souvent il n’y en avait qu un seul, élu d’un commun accord, communaux deux parties (xotvoç ■hamyr -fc)92. Quelquefois il y en avait deux; chacune des parties en désignait un. Mais un partage d opinions était alors à craindre, et, pour prévenir ce danger, on adjoignait habituellement à ces deux arbitres, isolément désignés, un troisième arbitre, le tiers-arbitre, tantôt choisi d’un commun accord par les deux parties93, tantôt élu par les deux premiers arbitres94. On trouve même quatre arbitres, deux pour chacun des plaideurs, sans que les textes nous disent qu’on ait cherché à éviter le partage par 1 adjonction d’un cinquième arbitre95.

On discute chez nous la question de savoir si les plaideurs peuvent prendre pour arbitres des étrangers, et la négative compte de nombreux partisans. Nous avons pour Athènes l’exemple d’un arbitre choisi parmi les étrangers isotèles96, et nous ne voyons pas de raisons pour que la même solution ne soit pas applicable aux métèques et même aux simples étrangers97. Ces étrangers peuvent, pour le jugement de certains procès, offrir des garanties de savoir et d’aptitude professionnelle qu’on aurait inutilement cherchées parmi les citoyens ".

Nul n’était obligé d’accepter les fonctions d’arbitre privé. Même après les avoir acceptées et quand l’instruction du procès était déjà fort avancée, l’arbitre pouvait encore renoncer à juger, sans que l’on pût lui demander compte des raisons qui le faisaient agir. Démosthène parle d'un arbitre qui se dépouille de sa qualité parce qu’il ne peut pas se résigner à prononcer contre 1 un de ses amis la condamnation qu’exige la justice 99 .

Les arbitres privés étaient-ils tenus de prêter serment de bien remplir leurs fonctions? Quelques textes font allusion à des arbitrages sans serinent, àv^u opxou, et à des arbitrages avec serment, ps0’ opxou I0°. D’autres semblent supposer qu’un arbitre insermenté aura des pouvoirs plus larges, au point de vue de l’équité, que l’arbitre qui a prêté serment101. D’autres parlent de la crainte qu’un arbitre privé doit avoir de se parjurer102. On a plusieurs fois déjà essayé de concilier ces divers textes en déterminant des cas dans lesquels le serment devait être prêté et d’autres cas dans lesquels il n’était pas obligatoire 103 ; mais ces tentatives ne nous paraissent pas avoir été couronnées de succès, peut-être parce qu’il n’y avait sur ce point ni loi ni coutume, tout étant abandonné àl’appréciation des intéressés104.

— 95 Isae. De Dicaeog . her. 31, D. 271 ; Dem. Pro Phorm. § 15, R. 949. — 96 Dem. Adv. Phorm. § 18, R. 912. — 97 Hubert, o. I. p. 9 et s.; pour l’opiniou contraire Boeckh, Staatshausha.lt . I, 3* éd. p. 627. — 98 Aristoph. Ran. 811. — 99 Dem. Adv. Phorm. § 21, R. 913. — 100 Dem. C. Callipp. § 31, R. 1244. — 101 Isae. De Die. her. 32, D. p. 271 ; cf. Dem. C. Aphob . III, § 58, R. 861. — 102 Dem. Adv. Phorm. § 21, R. 913. — 103 Hubert, o. I. p. 17, s’appuie sur Demosth. C. Callip. § 30, R. 1244, pour dire que le serment est obligatoire « si nomina privatorum arbitrorum magistratui uuntiata fuerint. » — 104 Cf. Meier, Schiedsrichter , p. 5.

DIA

Aucun délai n’avait été imparti aux arbitres pour rendre leur décision ; il leur était permis d’avoir autant de séances (cuvoooi) 105 qu’ils le jugeaient nécessaire pour s’éclairer mutuellement.

Plusieurs textes nous disent qu’ils statuaient avant tout ex aequo et bono, se préoccupant moins de conformer leur sentence au droit strict que d’arriver, si cela était possible, à concilier les parties 106. Il y a, dit Aristote, cette différence entre un arbitre privé et un juge que l’arbitre doit chercher ce qui est équitable (xo iiriewsç), tandis que le juge doit statuer d’après la loi 101. Les arbitres privés sont moins des juges que des conciliateurs et voilà pourquoi, au lieu de les appeler <?ta(Tr,Tai, on les appelle quelquefois tftoAXaxxat 108 .

La sentence des arbitres privés était habituellement rédigée par écrit ; on en trouvera un exemple, pour une hypothèse singulière, dans le discours attribué à Démosthène contre Néaera 109. Parfois cependant elle restait verbale, et alors, si plus tard les parties étaient en désaccord sur le contenu de la sentence, on était obligé de recourir à la preuve par témoins.

Les arbitres privés jugeaient en dernier ressort, au moins à l’époque classique. Aucune voie de recours n’était possible soit devant les magistrats, soit devant les tribunaux 110.

Quelques auteurs ont récemment proposé d’assimiler, en quelques cas, à un arbitre privé le [ïaGaviaxvji;, chargé d’infliger ou de faire infliger la torture à un esclave 1U. Il n’y a évidemment aucune impossibilité à ce que deux plaideurs aient choisi pour arbitre de leur différend une personne à laquelle ils livraient, comme élément unique d’information, un esclave à interroger, suivant les modes plus ou moins barbares autorisés par le législateur. Mais nous ne voyons là aucune particularité juridique qui nous paraisse digne d’être notée.

Nous ne croyons pas non plus que l’on doive attacher beaucoup d’importance à une espèce particulière d’arbitrage que les historiens appellent ot'aixa lui fïjxoï; 112. Deux personnes font un contrat et y insèrent une clause pénale pour le cas où l’une des parties manquera à son engagement; une contestation s’élève sur le point de savoir si la clause pénale est encourue. Un tiers est chargé de mettre fin au débat en disant si, oui ou non, la convention relative à la clause pénale doit être appliquée. Ce n’est encore là qu’une extension pure et simple des règles que nous avons exposées sur l’arbitrage privé. E. Caillemer.

DIAMASTIGOSIS (Aiapacxfyioutç). — Nom donné par les Spartiates à une épreuve à laquelle étaient soumis, à Sparte, les jeunes gens, arrivés à un âge que nous ne pouvons actuellement préciser. Plutarque, dans sa Aie de Lycurgue1, nous dit , en effet, que la StauacxtYwct; était imposée aux éphèbes (%/]ê ot), tandis que, dans son traité des Institutions lacédémoniennes2, il parle des enfants (uaïSîç).

103 Dcm. C. Callipp. § 16, R. 1240; C. Neaer. 69, R. 1368. — 10G Isa e.De Meneclis hereditate, § 30, D. p. 247; Bekker, Anecdota, I, p. 35, 17. — 107 Aristot. Met. I, 13, § 19, D. 342. — 108 Dem. C. Olymp. 2, R. 1167; C. Neaer. § 71, R. 1369.

109 Dem. C. Neaer. 71, R. 1369; cf. eod. loc. § 47, R. 1361; il est vrai que

l’authentieité de ees pièces n’est pas admise par tous les critiques. — HO Pour l’époque antérieure aux orateurs, Schumann , Antiq. gr. I, p. 340, enseigne que « l’interventiou de l’arbitre n’était qu’une tentative de conciliation. »

111 A. Schaefer, Demosthenes und seine Zeit, III, 2, p. 203; M. Guggenlieim, Die

Bedeutung der Foltenmg, 1882, p. 52 et 60; Hubert, o. I. p. 18. — «2 Isocrat. Trapezit. 19, D. p. 254; Ado. Callimach. § 10, D. p. 261. — Biduoghaphie. M.-H. lludtwalcker, Ueber die ôffentlichen und Privatsehiedsrichter ( Diaeteten ) in Athen, Iéna, 1812; M.-H.-E. Meier, Die Privatsehiedsrichter uiul die ôffentlichen Diaeteten Athens, Halle, 1846; Westermann, Ueber die ôffentlichen Schiedsrichter in Athen ( Comptes rendus de l’Académie des sciences de Saxe , I, p. 236 et s.);

Chaque année, au jour fixé pour la oiagaJxi'Yoxuî, les jeunes gens qui devaient y prendre part se plaçaient près de l’autel d’Artémis Orthia ou Orthosia [diana, p. 136], peut-être même se couchaient sur cet autel, et subissaient une flagellation sans pitié. Celui d’entre eux qui recevait les coups le plus longtemps et avec le plus de courage, était proclamé vainqueur du concours et prenait le titre de Bwpovt'xr,?, rappelant sa victoire remportée sur l’autel3.

Il arrivait assez fréquemment que des concurrents, désireux de triompher, enduraient la souffrance pendant si longtemps qu’ils finissaient par succomber sans avoir exhalé une seule plainte.

Cette coutume bizarre, dans laquelle, à l’époque classique, on voyait seulement un moyen de s’assurer que les jeunes gens n’étaient pas sensibles aux douleurs physiques et qu’ils pouvaient supporter patiemment les misères inhérentes à la vie des camps, se rattache probablement aux sacrifices humains dont les anciennes légendes de la Grèce nous offrent d’assez nombreux exemples4. Ces sacrifices, sous l’empire de la maxime « in sacris simulata pro veris accipiuntur », furent, dans quelques localités au moins, remplacés par l’offrande d’une quantité plus ou moins grande du sang des victimes. Au lieu d’immoler à Artémis de jeunes Spartiates, on se contenta de les flageller jusqu’au sang. Peu à peu, le sens religieux s’effaça et l’on ne vit plus dans l’ancien sacrifice offert sur l’autel de la déesse qu’une épreuve applicable à tous les jeunes gens5.

E. Caillemer.

DIAMARTYRIA (AiaizapTupiot). — [DIRE, PARAGRAPHE].

DIANA ('ApxEijuç). — Nous parlerons sous ce titre d’abord de la déesse grecque Artémis, puis de la déesse qui dans le monde romain fut assimilée à Artémis, de Diane.

Artémis. — I. Naissance d'Artémis. — Diverses légendes avaient cours dans l’antiquité sur la naissance d’Artémis. Les Egyptiens, d’après un texte d’Eschyle rapporté par Pausanias, croyaient que la déesse était fille de Zeus et de Déméter1. Il semble que cette version ait été parfois acceptée des Grecs eux-mêmes, si l’on veut interpréter dans ce sens les monuments où Artémis est représentée tenant une fleur à la main2 et y trouver une allusion dans deux groupes célèbres d’Arcadie, l’un, œuvre de Damophon, dans le temple de Despoina, où l’on voyait Artémis debout à côté de Déméter3, l’autre, dans le temple de Déméter et de Coré — toxEipa, où Artémis était sculptée cueillant des fleurs avec Perséphone4.

Artémis a aussi passé pour ne faire qu’une avec Perséphone 3. Cicéron s’est fait l’écho d’une tradition d’après laquelle Artémis aurait été la fille de Perséphone et la mère d’Éros0. Elle apparaît encore comme fille de Dionysos et d’Isis ; c’était là une autre croyance venue d’Egypte et rapportée par Hérodote7. En Arcadie, si l’on en croit une tradition très vague, Artémis, sous le nom de

B. Hubert, De arbitris atticis et privatis et pub licis, Leipzig. 1885; J. -II. Lipsius, Ueber die Competenz und Organisation der ôffentlichen Diaiteten ( Attische Process , 1887, p. 1009 et s.).

DIAMASTIGOSIS. l Plut. Lycurg. 18. — 2 Plut. Instit. Lac. 4-0 ; Hygin, Fab. 261, se sert du mot « adolescentes. » — 3 Lucian. Anach. 36. — 4 Hygin, Fab. 261, fait remarquer que, en Laconie, « sacrificii consuetudo adolescentum verberibus servabatur. » — 6 Cf. Trieber, Quaestiones Laconicae , p. 25 et s.

DIANA. 1 Paus. VIII, 37,6. — 2Voy. plus loin, tig. 2354. Lenormant et de Witte, Elite des mon. céramogrA, pl. 81; II, pl. 33; Mitth. Deut. Arch. Inst. Athen. V, pi. x, p. 256 (fig. 2354) ; Müller-Wieseler, Denkmüler der alten Kunst, 3® éd. 1881, II, pl. xvi, n° 177, monnaie de NekicoXi; (de Thrace). — 3 Paus. VIII, 37, 4. — 4 Paus. VIII, 31. 2. Euripidea dit aussi qu’Artémis accompagna Déméter lorsqu’elle cherchait Perséphone, Iiclen. 1315. — & Callim. Fr. 48; Schol. ad Pind. Nem. 1,1. — 6 Cic. De nat. deor. III, 23. — 7 Herod. II, 156.

Kallisto, aurait passé pour la Lille du Pélage Lycaon “. Enfin Cicéron nous rapporte qu’on a aussi attribué la naissance de la déesse à Oupis et à Glauké; elle aurait elle-même, dans ce sens, porté le nom d’Oupis3. C’est une légende venue des pays hyperboréens.

Mais tous ces mythes, à supposer même qu’ils aient eu, à une époque très reculée et dans quelques cantons de la Grèce, une grande importance (on voit d’ailleurs que pour la plupart ils sont d'importation étrangère) se sont effacés à peu près devant celui qui fait naître Artémis de Zeus et de Léto, dans l’île de Délos. Artémis délienne, fille de Zeus et de Léto, sœur d’Apollon, est la véritable Artémis hellénique. Son culte, soit pur, soit modifié par l’adjonction d’éléments empruntés à des cultes étrangers, a pris un développement exceptionnel, comme celui de toutes les grandes divinités du panthéon grec.

Léto, séduite par Zeus et poursuivie par la colère jalouse d’Héra, ne pouvait trouver aucun asile pour faire ses couches. Errante et fugitive, elle arriva enfin dans l’ile flottante de Délos (la brillante) qui aussitôt devint fixe, et là, au pied du mont Kûvfîoç, sur le bord du ravin ’Ivwtoç, ou bien auprès du lac Trochoïde 10, appuyée contre un palmier11, d’autres disent contre un olivier12, elle mit au monde deux jumeaux, d’abord une fille, Artémis, puis un fils, Apollon. C’est la pure tradition homérique13, telle que l’ont généralement adoptée les poètes11 etlesmythographes1B.Delà lesnoms de An-rwiV6, fille de Léto, deA^Ma;17 (Délienne), Cynthia 18, Cynthienne, de même qu’Apollon est appelé Arjxwoç, AvjXtoç, Kûv0toç 19, Cynthius. L’ile de Délos était quelquefois désignée sous le nom d”OpTUYi'a 20, la caille ou l’île aux cailles, mot quiestdevenu une épithète d’Artémis.

IL Artémis et Apollon. —

Réunie avec Apollon par sa naissance,

Artémis s’attache à son frère et leur histoire a bien des traits communs [Al’OLlo]. Il est peu

de mythes concernant le dieu où la déesse n’ait aussi sa place. A peine délivrée dans l’ile de Délos, Léto, toujours en butte à la jalousie d’Héra, est obligée de fuir de nouveau, emportant ses deux enfants dans les bras21. Les légendes locales de Délos racontaient que dans l’ile même la déesse avait rencontré le serpent Python et qu’Apollon l’y avait tué22. Mais la fable la plus accréditée

est que Léto passa avec son fardeau sur le continent, quatre jours après son départ de Délos. Après avoir vainement cherché en Béotie un lieu où Apollon pût fonder son sanctuaire, elle arriva devant 1 antre du dragon Python qui fut tué avec les flèches données par Héphaislos 23 . Artémis est aux côtés de son frère tandis qu’il accomplit cet exploit, et mérite le nom de HuOia comme il mérite celui de IIuOioç. Apollon va se purifier en Thessalie et cueille le laurier sacré 21 ; Apollon Aa-ivatoç ou Aasvrupop oç est suivi d’Artémis AaçvaLt ou Aacpvi'a 2o. Apollon purifié revient à Delphes et s’appelle AeXsfvto; ; Artémis l’accompagne, et dès lors elle est AsXtptvfa 2". L’union des deux divinités dans ce mythe du meurtre de Python et de la purification est si étroite, que, même dans les traditions purement locales qui sont comme des variantes et des additions à la version commune, le frère et la sœur ne sont pas séparés : ainsi les Sicyoniens croyaient qu’Apollon et Artémis, après avoir de concert tué le Python, s’étaient réfugiés ensemble dans leur ville27. Un des traits les plus importants du mythe d’Apollon est son séjour, ou plutôt son exil, dans les pays hyperboréens, sans doute après le meurtre de Python : Artémis fuit avec lui à travers ces sombres régions28, et cette fable est l’origine d’un culte très particulier d’Artémis (voy. § v). Compagne fidèle d’Apollon, Artémis lance avec lui des flèches contre Tityos qui voulait faire violence à Léto29. Les traditions d’Eubée, de Panopée, de Tégyre, de Cyzique en font foi30. Le sujet est cher aux décorateurs de vases. La figure 2346 reproduit cette scène telle qu’elle est figurée sur une petite amphore du Louvre : Apollon et Artémis, casqués, le glaive à la ceinture, criblent de flèches le

géant qui fuit, et que voudrait protéger sa mère, TE, la Terre. Hermès assiste à la poursuite ; Léto est peutêtre le personnage féminin drapé qui se trouve der- , rière Artémis 31 . Il est possible que

toutes les, représentations moins archaïques de la même scène aient été inspirées par le groupe célèbre de statues, don des Cnidiens, que Pausanias vit à Delphes32 : Léto, Artémis, Apollon, perçant de flèches le géant déjà renversé. Sur le trône d’Amyclée, le même exploit des deux divinités était sculpté33. Artémis mérite donc bien le nom de Tituoxtovo;. Elle prend aussi part à la lutte d’Apollon

8 Eumélos ap. Apollod. 3, 8, 2; cf. 0. Millier, Dorier , I, 372. — 9 Cic. I. I. — 10 Theogu. Fr. 5-10 ; Etirip. Tph. Taur. 1103. — U Hom. Od. VI, 163 ; Theoph. Hist. pl. 4, 13, 2; Theogn.6. — 12 Paus. VIII, 23, 5; Eurip. Iphig. Taur. 1101.— 13 Hom. Hymn.in Apoll. Del. 14 et s.; Tl. XXI, 506 et s. — U Hesiod. Tlicog. 918; Aesch. Suppl. 144; Callim. In Del. 20b et s. ; Theogn. 3-11. — 16 Hyg. Fab. 53. — 16 Corp. inscr. gr. 1064; ou AïjTwa xôçn, Soph. El. 570 ; ou An-coyiv^ç, Aescli. Sept. c. Th. 148. - — 17 Newton, Halicarnassus, Insc. n° 6 a; Moi’. Carm. IV, vi, 33. — 18 Hor. Carm. 111, 28, 12; cf. Stepli. s. v. Arfl.e;. — 19 Callim. In Del. 10. — 20 Hom. Hymn. in Apoll. Del. 16 ; Soph. Trach.ü. 14;cf. Aristoph.Ao. 870; Scliol. Apollon. I, 307 et 419 ; ïlvg. I. I. ; Ovid. Metam. I, 694, etc. ; sur ce nom d’Ürlygie, voy. Stark, Derichte d. Sticks. Gesellsch. der Wissenschaft. 1856, p. 62 et s. — 2tTischbeiu, Ane. vases, III, pl.iv; Elite céram. Il, pl. î ; Overbeck, Griech. Plastik. II, fig. 112, statuette du musée Torlonia, monnaies d’Épliôse et deStectorium. — 22 Schreiber, Apollo Pytholc

tonos. c. vu, pl. i;Athen. IV, 173 e; cf. Horaolle, Bull . de corr. hell 1882, p. 124; Lebègue, Rev. Archéol. 1886, p. 253. — 23 Hom. Hymn. Apol. Pylh. 179 et s. ; Eurip. Iphig. Taur. 1230; Hyg. Faii. 140; Macr. Sat. I, 17, 52. — -* Hesiod. ap. Scliol. Eurip .Alcest. 1 ; Plut. Quacst. Grâce. 12 -, De Orac. def. 15, 21 ; Aelian. III, 1. — 25 Paus. III, 24, 8; Strab. VIII, 343. — 26 Pollux, 8, 119. — 27 Paus. H, 7, 7.-23 Callim. Hymn. Art. 113, 114; ibid. 174; Pind. Pyth. X, 46 et s. ; Alcae. ap. Himer. Or. XIV, tO ; Sopn. ap. Strab. Vil, 295; Diod. Sic. II, 47. — 23 /ô. 110 ; Schid. ad. Pind. Pyth. IV, 160 ; Apollod. I, 4, 1 ; Suidas, s. v. Ttturiî. — 30 Hom. Od. Vil, 321 ; Strab. IX. p. 423 ; 0. Miiller, Orehom. p. 184; Plut. Pelop. 16 ; Anthol. Pal. I. p. 41, Cyzic. epigr. 6. — 31 Monum. ined. 1866, pl. x ; cf. Annal, dell. Tnstit. H, tav. d’agg. H ; Mo num. ined. 1, 13 ; Gerhard, Auserl. Vasenb. pl. 22, 70 ; Lenormaut et de XVitte, Elite cêram. II, pl. 56, 57 ; Monum. ined. 1836, pl. xi. — 32 Paus. X, 11, 1. — 33 Paus. III, 18, 13. Voy. aussi les sculptures du temple de Cyzique, Antholog. Palat., chap. lu, 14.

contre les Géants. Ici même la légende se précise : elle dit que la déesse eut pour adversaire le géant Aigaion ou Gaion; c’est le nom qu’il porte sur une cylix à figures rouges du musée de Berlin, où Artémis, le carquois ouvert à l’épaule, et portant deux torches, le renverse sur le sol34.

Le frère et la sœur lancent ensemble leurs traits sur les Niobides38. Artémis, dit-on, perçait de préférence les

filles de Niobé; cependant, sur un grand cratère du Louvre à figures rouges (fig. 2347), elle prend une flèche dans son carquois pour tuer unjeune homme 30. Apollon et Artémis détruisent ensemble Phlégyasetles Phlégyens, comme en font foi plusieurs peintures de vases31. Enfin, la lutte d’Apollon et de Marsyas, qui décore si souvent les vases , a presque toujours Artémis pour témoin; il est même fréquent de voir la déesse participer au supplice du vaincu 38. La présence d’Artémis peut d’ailleurs s’expliquer par ce fait que, comme Apollon, elle préside à la musique (voy. p. 139).

La déesse prend aussi part à la célèbre dispute du trépied entre Héraklès et Apollon, comme le prouvent plusieurs peintures de vases, entre autres celle que reproduit la figure 2348 39 : Artémis, armée d’une lance, prête

Fig. 2348. — Dispute du trépied

main forte à son frère ; on la voit aussi assister à la purification d’Oreste après le meurtre de Clytemnestre 40.

Enfin, quelques légendes nous montrent un lien plus étroit encore entre Artémis et Apollon. Il n est pas impossible de faire remonter jusqu’à la poésie orphique l’idée d’une union incestueuse entre le frère et la sœur. Apollon aurait fait violence à Artémis près de son propre autel, à

34 Apollod. Biblioth. I, 6, 2, 3; Claud. Gig. Lot. v. 40 et s.; Overbeck, Kunsl, rnythol. , Zeus, p. 333, 373 ; Ileydcmann, Gigantomaclue, Winckelmanns Programm 1881; Gerhard, Vases du musée de Berlin, pl. n, m; cf. Arch. Zeit. t. XXXIX,

60 ; II, 264, 380 ; Furtwfingler, Vasensamml. im Antiquar.. n" 2331 ; Mayer, Giàanten und Tilanen, p. 202. - 33 Stark, Mobe und die Niobiden, Leipzig, 1863; Hevdemann, Bcrichte der Sachs. Gescllsch. d. Wissensch. 1877, p. 70 et s.; 1883, p. 159 et s. - 35 Monum. ined. t. XI, tav. xl; cf. Heydemann, o. /., coupe du musoe dé Berlin. - 37 Lenormant et De Witte, Eimtéram. II, pl. lx; cf. pLux. — 38 Arch. Zeit t XXVII pl 17’ cf. Tischbein, Ancient vases, IV, pl. vi (— Miiller-Wieseler, Denkm d.alt'.Kmst. t. II, pl. «v,n« 150). -39 Miiller-Wieseler, Denkm. t.I.pl.xvm, n. 95 • cf. Monum. ined. 1830, pl. xx. - « Arch. Zeit. t. XVIII, taf. cxxxvra.- « Acte de saint Thcodote et des sept vierges martyres d'Ancyre, ch. 24, p. 12* de la BM

Délos41. C’est ainsi, du moins, qu’on a voulu expliquer le caractère érotique de quelques représentations d Apollon et d’Artémis, en particulier sur un miroir étrusque*-.

III. Artémis, divinité lunaire. — Artémis était née le sixième jour du mois Thargélion , Apollon le jour suivant; c’est la date du retour du printemps, et Ion connaît les phénomènes astronomiques qui signalent cette date43. On s’accorde assez à interpréter le mythe de la mort du Python comme un phénomène solaire, aussi bien que les migrations d’Apollon dans les régions hyperboréennes ; ce n’est probablement pas sans raisons qu Artémis est, dans ces deux circonstances, associée à son frère. Mais il y a des témoignages plus précis. On admet volontiers que l’épithète dvAyyEXo(; (messagère), qu on lui donnait à Syracuse, désigne Artémis comme 1 aurore messagère du jour44. Artémis était quelquefois appelée ïluépa, 'Huspaata ; suivant Pausanias et Callimaque, il faudrait expliquer ce mot par viçupoç (doux, qui adoucit), et reconnaître dans Artémis Hpiépa la déesse qui calme la folie; mais Hésychius explique l’épithète par ^gepa, jour, peut-être y a-t-il moins de différence qu’il ne semble entre les deux interprétations, si l’on admet que le jour dissipe dans les esprits les erreurs et les terreurs de la nuit, et que la lumière a ainsi une action bienfaisante On voit d’ailleurs que la lumière d’Artémis n’est pas la même que celle d Apollon ; il y a entre elles, comme il est assez naturel, la différence de la force virile à la grâce féminine : Apollon est le soleil éclatant, Artémis sera le reflet adouci de son frère, la clarté douteuse de la lune. Le culte d’Artémis lunaire a tenu une place importante dans la religion grecque et a laissé des traces très nombreuses dans la littérature et l’art. Parmi les nombreuses étymologies proposées dans 1 antiquité pour expliquer le nom même d’Artémis, on remarque celle-ci . Aoteui;,

•P, Geo;, «porepu; tu oûtra, f| tov txspa dgvoviTg, t) aur/) y» P s<mv xvj «Xijvri 46. Sans attacher trop d’importance à ce texte, car les étymologies anciennes, fondées sur de pures ressemblances de mots ou de simples allitérations, n ont pas de valeur scientifique, il montre pourtant avec quelle force l’identification d’Artémis avec la lune s’était imposée. De là le culte d’Artémis IsWpôpo; à Phylé en Attique, et dans l’ile Pholégandros 41, d’Artémis 2eWa à Sélasie, en Laconie48. Artémis Mouvu/ja, qui avait un sanctuaire à Munychie, en Attique, est la déesse qui se montre seulement dans la nuit (gouvvx.ta = gouvovu/ja), c’est-à-dire la lune; à la date du 10 Munichion (mois attique) on lui offrait des gâteaux ornés de lumières qui avaient le nom et la forme de la pleine lune 49. A Messène on trouvait Artémis <I>coctpopo; 80. Dans les Phéniciennes d’Euripide, Artémis est appelée IsXavafa 61 , et Eschyle a parlé de « l’astre, œil de la vierge fille de Lélo 82. » 11 y a plus, Artémis, qui dans les poèmes homériques est distincte de la lune divinisée sous le nom d Hécate, ne laide

Graec. Lat. oeter. Patrum de Galland ; Gaz. archéol. II, p. 20 (note do Fr. Lenormant) ; Braun, Artémis Hymnia und Apollo mit dem Annband , Home, 1842. — 43 Monum. ined. 1855 pl. 20. Il semble que la biche qui broute dulaurier, à droite, rende absolument certaine, malgré le caractère exceptionnel de l’attitude et du costume, l’identification de la femme demi-nue avec Artémis. — 43 Diog. Laert. II, 5, 44, p. 23; Corp.

\ insc.gr- h P- 255; Wood, Discov. at Ephesus, Insc. gr. th. I. — 44 Ilesvch. s. v. ekov. — 45 Hesych. s. v. Vj[iÉça; Paus. VIII, 18, 8; Cailim. Hymn. Art. 234. Etyin.

Magu. s. v. ’Af-.sij.,;. — 47 Paus. I, 31, 4. Cf. Ann. dell’ histit. 1881 , p. 92, n» 1 ; /feu,

| archéol. 1865, I, 126. — 48 Hesych. s. ». SO.tr.eta. — 49 Paus. 1,1, 4; Suid. I, p. 82 ; Athen. XIV, 53. p. 645 ; Pollux, Onom.V I, 75; Etym. Magn. p. 94; Eustath. Adlliad. 573; Plut. De gtor. Athen. ch. 7, p. 349 F ; Welcker, Griecli. Gôtterl. I, p. 570. — 60 Paus. IV, 3 1. 10. — 61 Eurip. Phocn. 176. — 62 Aesch. Fray. 209 ,édit. Didot, p.23U.

DI A

DI A

pas à se confondre avec elle. Eschyle l’appelle à deux reprises vApxepiiç 'Exaxa 83 ; Euripide 'Exâxa, fille de Léto 54 ; une inscription d’Athènes confirme l’identification la plus complète : ’Ap[x]Ég.i8oç ['Ejxâxt; [iiécate] 55. L’épithète owuso'poç est appliquée indifféremment à Artémis ou à Hécate'16. Etienne de Byzance, mentionnant le culte d’Artémis AlOoTcirx, en Lydie, dit qu’on proposait plusieurs explications de ce nom ; l’une d’elles consistait à y voir la racine aî0stv, briller, parce qu’ Artémis est la même divinité que 2e\-r\rr\, la Lune, ou qu’Hécate, laquelle porte toujours des torches 87. Celte épithète était d’ailleurs assez fréquente. La confusion était si complète, qu’on nommait, à l’occasion, indistinctement Artémis ou Hécate pour désigner l’une ou l’autre de ces divinités. Ainsi Plutarque, voulant prouver que le chien est consacré à Artémis, cite ce vers d’Euripide :

eExaTY); àya)>[xa çwccpopou xOcov effet,

« tu deviendras un chien, symbole d’Hécate lumineuse88». Le chien, qui aboie à la lune, lui était naturellement consacré. Les lunatiques étaient indifféremment appelés Zc)vv,vûêV/)Toc ou ’ApTEiztSoD.^xot B9. On sait qu’Apollon portait le surnom d’^Exavo; ; il faut évidemment rapprocher de cette épithète le nom d’Artémis 'Exdxa. C’est un nouveau lien que nous constatons entre le frère et la sœur.

Artémis lunaire est très souvent figurée. On la reconnaît à ses ailes, qui symbolisent la course de l’astre à

travers la nuit, ou à ses attributs, la torche et le croissant, qui s’expliquent d’eux-mèmes. Nous verrons que les déesses asiatiques de qui l’Artémis hellénique tire, sinon son origine, du moins quelques-uns de ses principaux caractères, l’Artémis persique en particulier (voy. p- 152), ont très souvent des ailes. On sait que sur le coffre de Kypsélos Artémis avait des ailes611. M. Homolle a trouvé a Délos une œuvre très ancienne des sculpteurs chiotes Mikkiadès et Archermos; c’est une femme vêtue d’une longue tunique, coiffée d’un diadème, et qui porte des ailes aux épaules et aux talons; elle paraît agenouillée, mais elle court; le bras gauche tombant est appuyé sur la hanche, le bras droit se portait en avant et se repliait à partir du coude, avec la main grande ou- A-erte (fig. 2349).

M. Homolle y reconnaît Artémis61. C’est elle aussi que décrit M. Frœhner,

d’après un vase62, et M. Heuzey a signalé une terre-cuiH du Louvre qui est une Artémis ailée °3. Enfin, nous reproduisons, d’aprèsun vase, une Artémis ailée , sans doute Artémis yA lyikos qui court en portant deux torches64 (fig. 2350).

11 est assez délicat de discerner parmi les représentations de divinités portant des torches, si l’on a sous les yeux Artémis lunaire, Artémis chasseresse,

1 Hécate, ou Séléné,

ou Coré, ou d’autres encore. C’est probablement la première qu’il faut reconnaître, sur une jolie pierre gravée,

dans la figure d’une jeune femme qui s’avance pieds nus, une courte torche à la main droite, et relevant de la main gauche sa robe traînante b°, et dans la jeune femme assise, portant deux torches, qui se voit sur un vase auprès d’Apollon citharède66;sur unehydrie

Fig. 2351. — Artémis. Fig. 2352. — Monnaie de Pagae.

de Vulcielle est désignée par son nom (fig. 2351) 67. Pausanias parle d’une statue de bronze, œuvre de Strongylion, que reproduit sans doute un coin de Pagae (fig. 2352); on y voyait la déesse sous une édicule, dans l’attitude de la course, portant de chaque main une torche allumée68.

Il serait trop long d’énumérer tous les monuments où Artémis est désignée par un croissant, seul ou accompagnant d’autres attributs63. Signalons seulement (fig. 2353) le bas-relief curieux d’un autel d’Artémis, au musée du Louvre; entre deux têtes de jeunes gens accompagnés chacun d’une torche et d’un astre, et personnifiant les étoiles qui se lèvent et les étoiles qui se couchent, appuyé sur une tète d'Okéanos, le décorateur a sculpté un buste d’Artémis ; à chacune des épaules de la déesse s’adapte très gracieusement la corne d’un croissant placé derrière 70.

53 Aescli. Suppl. 676. — oV Eurip. Phoen. 108. — S3 Corp. insc. att. I, 208 ; *EçY)p.£o{; àp/aio7.oYixq, 1885, taf. II, n"5 12 et 14 a, statue et inscription d’Épidaure. — «6 Eurip. Iph. Taur. 21; Hclen. 569; Fragm. 83 (Dindorf) ; Corp. insc. att. II, 432; Aristoph. Fragm. 535 (Dindorf). — 67 Steph. Byz, s. v.\ Antliol. Pal. VI, 269; VII, 705. — 68 Pluturch. De Isid. et Osir. 71; cf. Aristoph. Fragm. 535f éd. Dindorf; Eurip. Hel. 569. — Macrob. I, 17, p. 273. — 60 Pans. V, 19, 5. — 61 Bull, de corr. hellén. 1879, p. 393 et s., pi. vi et vii. D'autres y voient Nike, dont Arcbernios sculpta une statue signalée par le scholiaste d’Aristophane, Av. 578 : Overbeck, Scliriftq. n°315; Cf. surtout Kug. Petersen, Arcliaîsche Nikebilder ( Mitth . Dent. Jnst. Athen, 1887, p. 372, pl. xi). — 62 Froehncr, Choix de vases grecs de la colL du prince Napoléon. Paris, 1867, p. 1 et s. pl. i ; F. Lcuormant, ColL Dutuit ,

Antiq. p. 39, pl. xrv. — 63 Bull, de corr. hell. 1879, p. 397, note 4. — 64 Lenormant et De Witte, Elite céram. t. II, pl. xlyii. — 65 Millin, Pierres gravées, pl. h {= Müller-Wieseler, Den/cm. t. I, pl. xv, n° 62; cf. ibid. t. II, pl. xvn, n° 189). — 66 Elite céram. II, pl. lxv (= Tischbein, Ane. vases , III, pl. v; Müller-Wieseler, t. II, pl. xiv, n° 149). — 67 Welcker, Alte Dcnkm. pl. xxm, 2; Gerhard, Etrusk * und Campanische Vas. pl. c. — 68 Paus. I, 40, 2; Muller- Wieseler, Dcnkm. t. Il, pl. xvi, n° 174 b; Imhoof-Blumer et Percy-Gardner, Numismatic. commentary on Pausanias , 1885, p. 4 et g, pl. a, 1 et 2 ; comp. d’autres monnaies, Ibid. pl. d, 66 et s.; h, 17-19. — 69 Voy. aussi ldna. — 70 Clarac, Musée de sculpt. II, pl. i 70, n° 74, 75; {= Bouillon, Musée, III, pl. lxix; Müller-Wieseler, t. II, pl. xvn, n° 190; cf. Incliner, Notice de la sculpt. antique du Louvre , p. 399, n* 429).

DIA

C’est la même disposition que nous retrouverons sur une monnaie d’Amphipolis, à l’effigie d’Arte'mis Tauropolos

(voy. la üg. 2357) 71. Quelquefois, au lieu du croissant, Artémis porte une couronne radiée n.

Les anciens n'avaient pas manqué de remarquer la corrélation qui existe entre les phases de la lune et les accidents mensuels auxquels est soumis le sexe des femmes, et leur influence sur les divers phénomènes de la fécondation et de l’accouchement. Aussi, de la conception d’Artémis 2sXy|VY) ou 'Ilxâr/i à celle d’Artémis Ao/yia, aide et protectrice des femmes en mal d’enfant, n'y avait-il qu’un pas facile à faire, et c’est de cette manière qu’il faut, en effet, expliquer le rôle d’Artémis accoucheuse, bien que les Grecs aient imaginé d'autres explications mythiques. Ils prétendaient par exemple que lorsque Latone eut mis au monde Artémis, celle-ci aida sa mère à accoucher d’Apollon73. Callimaque modifie quelque peu cette version : Artémis, dans l’hymne qui la concerne, déclare à Zeus son père qu’elle ira rarement dans les villes des hommes, seulement alors que les femmes, dans les douleurs de l’enfantement, l’appelleront à leur secours ; les Moires lui ont confié ce soin dès sa naissance, parce que sa mère n’a souffert ni en la portant, ni en accouchant d’elle, mais l’a mise au monde sans douleur n. Les épithètes qui se rapportent à cette fonction sont nombreuses et fréquentes ; outre Aoy ta et Acyeta 10 (de Xoysûco, accoucher), on trouve EÜXoyo;76, U/uXoyyfa77 (qui donne un accouchement facile ou rapide), Moyoc-roxo;78 (de («>«, douleur, et ti'xtu), engendrer), -otooîva ,0 (acofro? wôîç). Les femmes grosses l’invoquaient80 et, après leur délivrance, avaient l’habitude de remercier la déesse par des présents, surtout des vêtements, des sandales, des ceintures81, des boucles de cheveux 8h Athéna, dans Y Iphigénie en Tauridc d’Euripide, institue Iphigénie clédouque d’Artémis Brauronia, dont le sanctuaire devra s’élever sur 1 Acropole, et lui dit qu’elle possédera les vêtements que les femmes, après leurs couches, iront déposer dans le temple 8!. Ces offrandes avaient fait donner à Artémis le surnom de

XlTWVï), ou sv yi-rüvi 8l. .....

Le rôle que nous voyons ici dévolu k Artémis était aussi, comme on sait, celui d’une divinité spéciale, EtXetOma, ou

Il Cf les anciennes idoles de l’Artémis de Pergaesur les monnaies, Abhandl. d. Berlin. Akad. 1855, pl. v. -72 Müller-Wieseler, Denkm. t. Il, pl. xv, 156 ; xvn, 180 ; A h Zeit t VI p. 221. — 73 Apollod. I, 4. — 74 Callim. Bymn. Art. 20 et s. 1’ 7 i Corp. insc. 0r- 1708. 3562, 7032; Enrip. Suppl. 062; Plutarch. Symp. 3, R- s f • Pnllux III 40 ; cf. Plat. Theaet. p. 149 B ; Hesych. s. ». Aozta, païa. Cf. la ^ 50. ci se lit le n’om de A.,,. Voy. t. I, p. 413 du Dictionnaire - 73 Enrip. Iiinn 166 - 71 Bymn. Orph. 30, 8. - 73 Theocr. XXVII, -0. - Corp. insc. "Zn 80 Anthol. Pal. VI, 273-275. - B. Anthol. Pal. VI, 59, 200, 20U 202. J 83 Ibid 271, 274. — 83 Eurip. Iphig. Taur. 1465 et s. — B. Callim. ffymn. Zeus 77, Schol’. ; Bymn. Art. 226 ; Aristaenet. 1,15; Polyaen. Stratag. VIII, 53 ; c insc fJr. 155. Ane. Greek. Inscr. in British. Mus. I, 3n; voy. Suchier, De

même d’un groupe de divinités connues, comme les Moires’ sous un nom générique, les Ilithyes [ilituya]. Il n y a donc rien d’étonnant à ce que la confusion entre ces divinités et Artémis ait été faite. De nombreuses peintures de vases représentent la naissance d’Athéné ; il est rare que parmi les divinités présentes ne figure pas Eileithyia; mais une fois au moins on voit Artémis prendre la place d Eileithyia ; elle n’est du reste désignée par aucun attribut spécial, elle porte seulement un grand arc 8S. En Béotie, on trouve le mot ElXsfôuta devenu épithète d’Artémis. Artémis EiXeiOuta était honorée, et cela depuis une époque très reculée, à Chéronée86, Thespies 8\ Tanagra88, Orchomène 88 , Coronè 90. 11 s’est même produit ce fait curieux que les Ilithyes sont devenues, dans une inscription de Chéronée, les ’ApTÉfjuoe; 01 , et ces déesses reçoivent l’épithète de «douces» (’ApTs'fMciv 7:pcm;). C’est de même qu’Horace dit « lenis Ilithya » 02. On trouve aussi dans une épigramme tooivcov guXQoç '’ApTogiç (Artémis qui rend doux l’enfantement)03. Ce mot de gmXîyoç rappelle que dans les cérémonies célébrées en l’honneur d’Artémis Brauronia, lorsque les jeunes filles se consacraient à la déesse, elles commençaient par àTïOtxeXîffoesOat ttjv Ôeov et que des prêtres dAitémis sont appelés par Eschyle aeXiacovop-ot °\ Pindare a dit 7tpaiiM)Tiv ’EXeuSco °6. Éleutho (qui délivre) est évidemment une épithète d’Artémis llithye. Un accouchement sans douleurs est d’ailleurs ce que toutes les femmes demandent à Artémis, ce dont elles la remercient . on trouve constamment des expressions comme itpxiïx Apxsgiç, etc.06. Dans une épigramme une femme reproche à Artémis de l’avoir abandonnée pour s'occuper de ses chiens07. Elle était aussi invoquée par les femmes stériles IR.

L’influence de la lune, et par conséquent celle d’Artémis, n’est contestable ni sur la naissance des êtres animés, ni sur la germination et la croissance des plantes. Artémis préside à la multiplication des animaux, comme à celle de l’homme ; mais il semble que la protection accordée aux bêtes domestiques ou sauvages, d’après les légendes et les récits des poètes, ait été de préférence rapportée par les Grecs à la déesse de la chasse, dont nous parlerons plus loin. Ici, nous montrerons seulement qu’Artémis est bien la déesse de la force végétative : Artémis, est-il dit, dans un hymne orphique, fait germer de terre les beaux et bons fruits ; c’est le développement de l’épithète IloXuëota °°. Catulle100, qui, comme tous les poètes latins, oubliant les origines italiques de la déesse Diane, la confond avec Artémis et lui attribue toutes les fonctions de la déesse hellénique (son autorité, par suite, est ici égale a celle d’un écrivain grec), dit formellement '. « C est toi qui, paicourant et divisant la route annuelle des mois, emplis de riches moissons les toits rustiques du laboureur. » Dès les temps homériques Artémis apparaît avec ce caractère. Dans l’Iliade elle s’irrite contre Oineus, qui ne lui a pas consacré les prémices (0aXu<na) de ses récoltes, et lance sur ses champs un sanglier qui les ravage 101 . On lui

Diana Brauronia , Marb. 1847; Welcker, Griech. Gôtterl. I, 571 et s.; Michael.s, Der Parthenon , p. 307. — 83 Elite céram. I, pl. txir. — 83 Corp. insc. gr. 1596, (597, — 87 Decharme, Inscr. de Béotie , 28; Mitth. d. Dent. Inst. Athen, V, 129. 88 ‘A0ï|vaïov, IV, 6, 294 — 83 Mitth. Deut. Inst. Athen, VII, p. 357. — 99 Ran- ;abë, Antiq. hellcn. n" 306; cf. Keil, Zur Syll. Insc. Beot. p. 589. - 91 Corp. te. gr. 1598. - 93 Hor. Carm. Saec. 14. - 93 Anthol. Pal. VI, 242. - 94 Suidas, î v Aescli. Frag. 361 (Didot) : Eù=«|iUti hiXumô*o|i.o> So|U>» ’Aprftuioî

,/u's (Schol. ad Arisloph. Ban. 1274). - 93 Pind. 01 VI, 42. - 90 Anthol. Pal VI, 271. - 97 là. VI, 348. — 98 Ib. IX, 46. — 99 Bymn. Orph. 30, 4; cf. Callim. Eym. Art. 130 ; Hesych. s. ». noiàSoi» ; cf. 0. Millier, Dorier, I, p. 354. — 199 Cat. XXXIV 17 et s. — 101 Hom. II. IX, 533.

DIA

fait des offrandes en l’invoquant comme protectrice des j champs, d’où elle chassera les voleurs 102. Un grand nombre de statues et de sanctuaires de la déesse étaient dans les champs, en plein air, par exemple Artémis KctfuSttï, de Caryae, en Laconie 103. On a même prétendu que cette Artémis était proprement un noyer; c’est abuser sans doute d’une similitude de mots. De même l’Artémis KsSpsârtç d'Orchomène n’était peut-être pas un cèdre, mais tenait son nom du cèdre où était ûchée sa statue de bois 10L ]1 est certain du moins que l’Artémis Swteip*, de Bœæ en Laconie, était un myrte. On rendait un culte, sous ce nom, à un myrte à l’abri duquel s’était caché un lièvre envoyé par Artémis pour montrer à Bœos l’emplacement où il devait fonder la ville qui porta son nom ,0B. Certains arbres lui étaient particulièrement consacrés ; le laurier, comme il est naturel, puisqu’elle est sœur d’Apollon, lui valut le nom deAacpvafa, ou Aa&vfa, par exemple à Hypsa, en Laconie 100 ; Horace lui voue un pin qui dominait sa villa 107. Nous avons déjà signalé (p. 130, note 2) un fragment de coupe à relief trouvé à l’acropole d’Athènes, où Artémis, de style archaïque, tient une fleur à la main (fig. 2334) 108. Cet exemple est loin d’être unique. Nous

citerons plusieurs peintures de vases 199, une entre autres où la déesse porte d’une main une fleur, de l’autre un sceptre fleuronné 110. On sait que le sceptre fleuronné est souvent l’attribut des dieux et des rois ; mais il semble bien que la fleur, dans la main d’Artémis, désigne particulièrement la protectrice des plantes. Nous avons vu qu’on peut aussi songer à expliquer cet attribut par les rapports de la déesse avec Déméter et Coré Notons enfin qu’à Cnide on honorait Artémis ’laxuvSorpdfpoç, qui fait croître les jacinthes ; mais ce culte se rattachait sans doute à un mythe local 112.

IV. Artémis, déesse de l'élément humide. — Sur la fécondité du sol, sur la croissance des plantes, l’eau surtout a une heureuse influence ; il ne faut pas s’étonner qu’ Artémis ait aussi pouvoir sur cet élément.

Elle aime à avoir des sources près de ses sanctuaires ou de ses statues, par exemple à Aulis H3, à Corinthe m, à Derrhion 113 dans le Taygète, à Mothone 116 en Messénie ; elle est plus particulièrement la déesse des sources thermales, et porte les noms de 0spu.tot, ©spgata, à Lesbos, à

102 Anthol. Pal. VI, 157, 267. — 103 Paus. III, 10, 7. — 10V Paus. VIII, 13, 2. 105 Ibid. III, 22, 12; cf. Bcitticher, Baumk. dey Hellenen, p. 451 et dans le Dictionnaire l'art, arbores sacras. — 103 Paus. III, 24, 8; Strab. VIII, 343. — 107 Hor. Carm. III, 22. — 108 Mitth. deut. Inst. Athen , V, tab. X. p. 256; cf. Arc h. Zeit. XXXI, p. 109. M. C. Robert {Die Kultbilder der Brauron. Artémis , dans les Philol. Untersuchungen de Kiessling et Willamowitz-Mollendorf, X, p. 90, 157) y voit la figure d’Artémis Brauronia. — 100 Elite céram. t. II, pl. xxxm ; cf. t. II, pl. xxx vin A; Comptes rendus de la commiss. archéol. de Saint-Pétersbourg, 1867, tab. V. — HO Elite céram. t. I, pl. lxxxi. — 411 Voy. p. 130. — 112 Newton, Halicarnassus , Inscript. n° 28, 1. 52. — H3 Paus. IX, 19, 7 ; Corp. inse. gr. 5941, 0&ôt *Açt£;ai£i AuM$t. — H4 Paus. II, 3, 5. — US Paus. III, 20, 7 8. — 116 Paus. IV, 35, 8. — 117 Corp. viser, gr. 2172, 2173; Bull, de corr. he.ll. IV, 430; Plehn, Lesbiaca , p. 117; Aristid. I, p. 503 (Dindorf), — H8 Muller,

Cyzique i17. Elle règne sur les fleuves et mérite le nom de noTagfa que les Latins ont traduit par amnium domina 1,8 ; elle est, en particulier, la déesse de l’Alphée sous le nom de ’AAj/Etoda, ’AX&eiüma ou ’AX-psioücra 119 ; il s’ensuit que les poissons lui sont quelquefois consacrés et qu’elle les protège ; sur une monnaie de Syracuse, la tête d Artémis est entourée de poissons 12°. Il ne faut pas oublier, d ailleurs, que, comme Apollon, elle accepte l’épithète de AsXtpcvfa, non seulement à Delphes, mais à Athènes1"1. En Arcadie, à Phigalie, on confondait avec Artémis, dit Pausanias, la déesse Eurynome, EOpuvour), fille de 1 Océan, dont l’idole était moitié femme et moitié poisson, et qui certainement personnifiait dans cette contrée les forces de la nature 12S.

Plus encore que les sources et les eaux courantes, Artémis aime les étangs et les marécages, peut-être parce qu’ils attirent et retiennent un abondant gibier. Elle avait un sanctuaire près du marais Stymphale ; les fameux oiseaux de Stymphale lui étaient consacrés et l’on en voyait représentés en bois ou en plâtre dans le temple même où elle était vénérée sous le nom de 2tuiu®t]'Xîs ,23. Artémis Napwvta, à Trœzène, avait un temple en plein marécage, sur le bord de la mer 12‘; Sicyone rendait des honneurs à Artémis Atfxvxîa 123 ; enfin le culte fameux du Limnaion 126, sur les confins de la Messénie et de la Laconie, au lieu appelé Aïuvai, les marais, s’était répandu à Sparte127, à Messène 128, à Épidaure Liméra, à Tégée 129, à Patras 130 ; l’épithète de la déesse était AtgvSTtç. C’est elle que Gerhard a voulu reconnaître dans une idole peinte sur le vase de Midias 131 ; on a trouvé une cymbale votive avec dédicace à son nom 132. Il est probable qu’Artémis 'EXeîa ou ’HXeîa (palustris) était une divinité de même nature 133.

V . Artémis Taurique. — A la conception d’Artémis lunaire se rattache bien certainement le culte d’Artémis Taurique. Nous avons vu qu’ Artémis séjourna dans les pays hyperboréens avec Apollon et que Ton a essayé d’interpréter cette migration par des phénomènes solaires. La déesse hellénique Artémis s’étant de bonne heure identifiée à quelque divinité lunaire de ces pays peu définis à l’origine qu’on appelait la Thrace, la Scythie, et d’un nom plus vague encore, les régions hyperboréennes, les Grecs cherchèrent à rattacher à quelqu’une de leurs légendes l’existence d’un culte d’Artémis dans ces pays lointains, et en particulier dans la Chersonèse taurique. La version la plus acceptée disait qu’Agamemnon s’étant décidé à sacrifier sa fille Iphigénie à Artémis, qui retenait l’expédition des Grecs contre Troie au rivage d’Aulis, la déesse substitua à la jeune fille une autre victime et l’emporta dans son temple de Tauride pour en faire une prêtresse privilégiée. Cette scène a été maintes fois représentée; une peinture de Pompéi 131 est pour nous particulièrement intéressante, car elle nous montre une image d’Artémis

Dor. 1, 375; Hor. Carm. I, 21, 5; Catul. XXXIV, 12. — H9 Strab. VIII, 343; Paus. VI, 22, 8. — 120 Diod. Sic. 5, 3; cf. Müller, Frag. Hist. gr. 4; Mionnet, pl. 67, 3, 5; Müller-Wieseler, Denkm. I, 78, 197-201 ; Percy-Gardaer, Types of Gr. Coins, pl. h, 6, 7, 20-29. — 121 Pollux, VIII, 119 ; Corp. insc. gr. 442. — -122 Paus. VIII, 41, 4 et sq. — 123 Paus. VIII, 22, 7 ; Bull, de corr. hell. VIII, p. 486 et s. — 124 Paus. II, 30, 7; II, 32, 10. — 123 Paus. II, 7, 6. — 126 Paus. IV, 4, 2; IV, 31, 3; Strab. VIII, p. 362. — 127 Paus. III, 14, 2. — 128 Le Bas et Foucart, Insc. du Péloponèse, n° 311, 311 a. — 129 Paus. VIII, 53, 11. — 130 Paus. VII, 20, 7. — 131 Arch. Zeit. X, p. 437; cf. Gerhard, Abhandl. d. Berl. Akad. 1839 ; (= Akad. Abhandl. 1886, pl. xm). — 132 Arch. Zeit. XXXIV, pl. 5; cf. Roehl, Inscr. ant. n°* 50, 61, 73. Voy. notre t. I8r, p. 1697. — 133 Strab. VIII, p. 350; Hesych. s. v. — 134 Raoul- Rochette, Monum. inéd. pl. xxvn (= Id. Maison du poète tragique , 14; Mus. Borb. IV, 3; Müller-Wieseler, I, n° 200; Helbig, Wandgemülde, n° 1304).

DIA

DIA

Taurique. C’est une idole debout sur une colonne, coiffeé d’un modius, une torche dans chaque main, ayant deux

chiens assis à sa droite et à sa gauche. Dans la nue, on voit une autre Artémis bien différente de la première, vêtue d'une tunique et d’un voile flottant, la tète ornée d’une couronne dentelée ou radiée, 1 arc à la main gauche (fig. 2335). Quelquefois, c’est sous la forme d’un Palladium, c’est-à-dire d’une stèle quadrangulaire surmontée d’un buste casqué et d’un bouclier, qu est représentée l’idole taurique135. Une loi terrible voulait que tout étranger naufragé sur cette côte inhospitalière fût immolé à la déesse; Iphigénie était chargée du sacrifice. Mais Oreste, aidé de Pylade, vint délivrer sa sœur de ce cruel sacerdoce et réussit à enlever avec elle l’idole de la déesse qu’il rapporta en Grèce. Cet acte, qui aurait pu passer pour sacrilège, avait eu du reste l’approbation de la déesse elle-même. Ainsi introduit en Grèce, le culte d Artémis Taurique devait s’y répandre et s’y développer. Plusieurs villes se disputaient l’honneur de posséder l’idole dérobée par Oreste. Les Athéniens reconnaissaient l’Artémis Taurique dans la déesse qu’ils honoraient a l’Acropole sous le nom d’Artémis Bpaupuma 130 et au dème d’Halæ Araphénidès sous le nom d’Artémis Taupou&oç 131 • Ils croyaient formellement que l’antique statue transportée du dème de Brauron à l’Acropole était l’Artémis Taurique ; Euripide et Callimaque, au contraire, penchent pourHalae Araphénidés; seulement Euripide, pour concilier les deux versions, fait d'Iphigénie la première prêtresse d’Artenns Brauronia. Pausanias semble admettre que les Athéniens n’avaient gardé qu’une copie de l’ancienne idole; l’original aurait été porté à Laodicée de Syrie ; de fait, on voit ce type reproduit sur des monnaies de cette ville ■ . Les liiéropes d’Athènes célébraient une fête quinquennale en l’honneur de la déesse ; elle consistait en sacrifices qui n’étaient pas sans doute sanglants comme ceux que

135 Monum. med. VIII, 22; cf. Helbig, Wandgem. n° 1333 ; Arch. Zeil.Vll, -n vn - «6 Paus. I, 23, 7 et I, 33, 1 ; Strab. IX, 390 ; Eunp. Iphg. Taur. UC* Suchiér, De Diana Brauronia , Marb.1847; 0. Iihn, Mem. dell’ Inst. 11,23 1 ; .’ r, Parthenon p. 323 ; Studniczka, Ver mut un g en sur gnech. Kunst 7 ne J f8 et s c Roben, O. i. V- 150. - *37 Strab. IX, 390; Eunp. O l iL'eL -, Callim. Hymn. Art. 117. - «3 Eurip. O. I. 1401; Paus I, 33 1 et III, 16, 7; Imhoof-Blumer et Percy Gardner, Num. co mm. on Paus. pl. », ,

prescrit Artémis à Iphigénie quittant la Tauride, dans le drame d’Euripide 14\ mais ils devaient garder quelque chose de leur origine barbare. Ces cérémonies étaient différentes de celle de l’apxxewtç par laquelle les jeunes filles se consacraient à Artémis Brauronia avant de se marier 141. Un village de Laconie, appelé Limnaion, disputait à Athènes l’honneur de posséder la véritable Artémis Taurique. Il y avait là un temple très important consacié à Artémis Orfhia, qui, selon les traditions locales, n était autre qu’Artémis Taurique 142. Pausanias penche en sa faveur pour cette raison que les Lacédémoniens reconnaissaient Oreste pour leur roi et qu il avait dû plutôt donner l’idole à ses sujets qu’à des étrangers. Le nom d’Optifa ou ’OpOwata 143 venait de ce que l’idole avait été trouvée au milieu de buissons qui la tenaient droite. Ces buissons étaient une sorte de vigne sauvage appelée Xuyoç, d’où le nom de A'jyoÆscrna donné quelquefois à Artémis Orthialw. Des légendes sanglantes couraient sur la déesse: ceux qui la trouvèrent furent frappés de démence ; les habitants de Limnaion, ceux de Cynosures, de Mésoa et de Pitana, parmi lesquels une rixe s éleva pendant un sacrifice, s’entretuèrent et tous les survivants furent emportés par une maladie. Pour apaiser Artémis, il fallut instituer des sacrifices humains. Lycurgue les réduisit à une flagellation des jeunes garçons [diamastigosis] en présence de l’antique statue, que portait la prêtresse, et dont le poids devenait énorme si les exécuteurs épargnaient quelque patient116. Les jeunes filles laconiennes dansaient en chœur dans le temple146; c’est, disait-on, au milieu d’une fête de ce genre qu’Hélène avait été enlevée. Après la flagellation avait lieu une procession appelée lydienne, AuBüv U1.

Ce nom a son intérêt dans un culte que les Asiatiques, nous allons le voir, ont voulu s’approprier. Quelques mythologues veulent d’ailleurs reconnaître des éléments orgiastiques dans les légendes et les fêtes d’Artémis Orthia148. Le nom lui-même ferait allusion à des cérémonies phalliques ; les noms des Laconiens qui avaient trouvé l’idole étaient Astrabakos et Alopékos (phallus et renard), fils d'Irbos (, kircus ? bouc) ; la itogiG] Auôôiv aurait été une phallophorie. Plusieurs inscriptions provenant du temple de Limnaion sont gravées sur des stèles surmontées d'un fronton où se détache un croissant. Ainsi est confirmé, aussi bien que par la démence d’Astrabakos et d’ Alopékos, le caractère lunaire que l’origine hyperboréenne de la déesse faisait déjà prévoir i49. Le culte d’Artémis Orthia s’était répandu dans la Grèce : il y avait près d'Argos, sur le sommet du mont Lyconé, un temple qui lui était consacré, avec des statues dues à Polyclète lï0. A Byzance son nom était Orthosia131. U est très probable qu' Artémis ’ATray^ogsv/i, pendue à Condylea en Arcadie, d’où le nom de Condyléatis, déesse dont le culte tout barbare consistait en flagellations d enfants en présence de l’idole, était proche parente d’Artémis

Orthosia 132. ‘ , .

Il faut très probablement rapprocher d’Artémis Orthia ou Lygodesma l’Artémis «bocy.EUhtç (de tpaxita, faisceau de branches) qui était adorée en Sicile et dans 1 Italie méri-

12 et p. 57 ; C. Robert, O. I. p. 144; voy. plus loin la figure 2383. - Pollux, VIjI io7. - Uf> Eurip. O. I. 1437. - Suid. I, p. 331 ; Eunp. O. I. 1465 et s 145 Paus III 16 7 et s.: Lucien. Anach. 38; Suid. s. v. Auxoffçr»;. - ^ lind. « 11, 30 — 144 Paus. III, 16, 11. - H3 Paus. III, 16, 9 et s. - l« Plu,. Thes 31 147 Plut. Arist. 17. — ns Gerhard, Gnech. Mytli. 332, 4. — * Le Bas et Foueart, Inscr. du Pélop. n°» 162, 162 c, 162 d. - «O Paus. II, 24, 5. — 151 Herod. IV, 87. - «2 Paus. VIII, 23, 6.

DI A

DI A

dionale. On trouve aussi le nom de Fascelina ’“3. En Arcadie, 5 Aléa, était un sanctuaire d'Artémis ’Eçeofa; les femmes de cette ville s’imposaient une flagellation, comme les jeunes gens à Limnaion; cette fête annuelle portait le nom de — .xtép&ta ; il est probable que Pausanias se trompe en disant que cette cérémonie était célébrée en l’honneur de Dionysos154. S’il fallait en croire les Cappadociens de Calaonie, l’antique xoanon d’Artémis Taurique n’aurait été la possession ni des Athéniens ni des Laconiens; Iphigénie et Oreste l’auraient transporté, non pas en Europe, mais en Asie, dans la ville de Comana155. Pausanias rapporte une autre tradition, dont on s’occupait même en Grèce : le xoanon de Tauride, pris aux Athéniens pen¬

dant les guerres Médiques, aurait été transporté de Brauron à Suse, et donné par Séleucus à Laodicée de Syrie, après avoir été la propriété des Lydiens. Pausanias signale aussi les prétentions des Cappadociens158. Enfin, à Castabala, près de Tyane, Strabon mentionne le culte d'Artémis IlepaTia ; les prêtresses de la déesse marchaient, diton, pieds nus sur des charbons sans se brûler. On disait aussi qu’Artémis rispaai* était l'Artémis Taurique apportée par Oreste et sa sœur; le nom de IEpa^'a s’expliquait justement par le voyage de l’idole, Sîa r'o irépaOsv xogtc- (j 9j v a t 1 67 . Strabon ne manque pas, non plus, de mentionner les rapports du culte d'Artémis Taurique avec la Diane d’Aricia (voy. p. 154).

En Chersonèse, en Thrace, et dans quelques îles, Artémis portait simplement le nom de HotpOévoç, vierge, et son temple s’appelait riap6Évt&vlb8 ; des monnaies de Chersonèse montrent à côté de l’image d'Artémis un monogramme qui peut-être signifie IlapôÉvoç 169. Mais le plus souvent une épithète est jointe au nom de la déesse: outre Taupix-ij100, Taupti161, 2xu0(a162, mots assez rares, on trouve Taupowftoç ; c’était la désignation officielle d’Artémis à Ilalæ Araphénidès, à Amphipolis 163, où on la trouve encore mentionnée sous les noms d’AlOom’n] et Bpxupcovi'a164; à Samos, où son culte était venu de la petite île dTcaria166, dans laquelle se trouvait un temple appelé TauporaiXiov ; à Andros106; près de Magnésie du Sipyle 167 et à Mylasa, en Carie168. Le nom de la Tauride explique facilement que l’on en soit venu à établir une relation entre le taureau et Artémis Taurique, comme si elle avait émigré de Tauride montée sur un taureau. Des monuments figurés, par exemple, une monnaie d'argent de Macédoine (fig. 2356), la montrent assise sur un taureau galopant169; on la désigne sous les

Fig. 2356. - Artémis noms de Bo iaSa toç170, de Taupes 171 . Tauropoie. Ma;s ene n’en garde pas moins ses

attributs de déesse lunaire, comme les torches. Sur une monnaie d’Amphipolis, au droit, on voit une tête d Artémis avec un croissant derrière les épaules, et en exergue

153 Gerhard, Griech. Myth. 332, 4 ; 336, 2, 3 ; Prelier, Griech. Myth. 1, 230, note 2 ; Sclmeidewin, Diana Phacelilis, 1832. — 131 Paus. VIII, 23, 1. — Strab. XU, o3o. — 156 Paus. 111, 16, 8. — 161 Strab. V, 23 9. — 168 Strab. Vil, 308 ; Herod. IV, 103 ; Athen. XIV, p. 635 c; Archaiol. Ephem. 1862, p. 262 et 229; Hcuzey, Mission du Macédoine , p. 21, et Association des Études grecques, 1875, p. 27 ; H. Scbone, Gr. Reliefs, 485. — 139 Ann. dell' Inst. 1861, p. 368 et s. — i«i Steph. Byz. s. ». — 161 Hesych. s. ». — 162 Ross, Inselreisen, I, p. 78 (ile de Léros). — 163 Tit. Civ. ALIV, 44; Diod. Sic. XVIII, 4. — 16’> Anthol. Pal. VII, 703.-165 Panofka, Res. Samiorwn, p. 63 ; Herod. III, 59 ; Steph. Byz. s.v. Taugoitôliov ; Strab. XIV , 639 ; Callim. Hymn.Art. 187. — 160 Mitth. d. dent. Inst. Athen, I, p. 240. —167 Corp. inscr. gr. 3137. — 168 Ibid. 2699. — 169 Millingeu, Ancient coins of greek cities and kings, II, pl. ni, 23; cf. Sestini, Letterc, II, p. 9; IX, pl. 1, 3; Millier- Wieseler, Deilkm. II. xvi, 176 a; Rev.

TAïPonOAOC ; au revers, Artémis debout, coiffée du polos et portant une torche d’une main, un épieu de l’autre 11 (fig. 2357). C’est l’Artémis Taurique hellénisée, et gardant pourtant la marque de son origine, comme sur le diptyque de Sens, où on la voit s’élevant au-dessus des eaux et entourée de figures qui précisent la personnifica tion de la divinité lunaire et de la divinité de l’élément humide, qui donne la fécondité. Quelquefois aussi la déesse, portant une torche, est debout sur un char que traînent des taureaux Le nom très vague de nap0£'voç, donné à. la déesse Taurique, laissait beaucoup de latitude aux confusions et aux assimilations. Hésiode racontait dans les H omqu Iphigénie n’avait pas été immolée à Aulis, mais qu Artémis, après l’avoir sauvée, lui avait donné la divinité avec le nom d’Hécate. Hérodote rapporte aussi que les habitants de la Tauride immolaient des victimes humaines à une divinité vierge qui n’était autre que la fille d’Agamemnon1’. Et de fait, en Grèce même, Iphigénie était adorée comme une déesse; elle avait un sanctuaire à Mégare1’5; à Ægire en Achaïe, dans un temple d'Artémis, il y avait une très vieille statue d’Iphigénie, à qui l’on admettait que le temple avait été consacré à l’origine 176. Dès lors la confusion entre Iphigénie et Artémis était facile à faire ; le nom d”!-^^* devint une épithète de la déesse; Artémis T?tY=vsta était adorée à Hermione 177. Enfin Hésychius identifie Artémis ’IcBtYÉvcta à Artémis ’OpÔta de Laconie 1'8.

Artémis porte assez fréquemment le nom d'Ouîti; ou 'Qtuç 179. Ce mot n’est autre chose que le nom d'une des trois vierges hyperboréennes qui accompagnèrent Artémis et Apollon à leur retour des régions du Nord, et dont le tnmhpan se trouvait, selon la léeende, dans l’ile de

Délos 18°. Suivant le scholiaste de Callimaque, ce mot viendrait de otuïsuOou (secourir) et désignerait Artémis protectrice des femmes en couches; on retrouve donc la divinité lunaire dans Artémis Oùtu;, comme on la retrouve dans Artémis 'Exas’pYv;, qui lance au loin ses rayons, et dans Artémis AoSu, qui délivre les femmes, 'ExotspYn et Ao;w étant les noms des deux autres vierges hyperboréennes. Quelquefois l’une d’elles est remplacée par yApYri (la rapide, ou la brillante); ce nom, qui devient aussi parfois une épithète d’Artémis, convient aussi bien que les autres à une divinité identifiée avec Hécate 181. On appelait outuyy^ les invocations adressées à Artémis OOtciç ; cette déesse avait un culte à Trœzène ; elle y était encore adorée sous le nom d’Artémis Auxetot, et les traditions de ce temple se rattachaient aussi à l’histoire de la famille d’Agamemnon (purification d’Oreste) 182. L’existence du culte d’Artémis Ou-i; à Sparte est plus douteuse, mais s’expliquerait comme le culte laconien d’Artémis Orthia 183. Nous avons vu d’ailleurs

de numismat. 1866, pl. x, xn; Arch. Zeit. XXXVII, 103, terre-cuite de Tanagra, à Berlin. — 170 Hesych. s. v. — 171 Schol. ad Soph. Aj. 172. — 172 Müller-Wieseler, Denkm. II, xvi, 177 a. — 173 Millin, Monum . ant. inéd. II, pl. 51 (= Guigniaut, Nouv. Galer. Mythol. pl. lxxxix, 323) ; Labarte, Hist. des arts industriels , pl. i; voy. aussi une pierre gravée, Müller-Wieseler, II, xvi, n° 176. Cf. 0. Jahn, Arch. Beitr. p. 58, note 21 ; Rev. numism. 1854, pl. ni, n° 16 ; 1859, pl. x, n°* 1 et 3: — 174 Paus. I, 43, 1; Herod. IV, 103; Strab. VII, 308. — 175 Ibid. — 176 Paus. VII, 26, 5. — 177 Paus. II, 35, 1 ; Corp. inscr. gr. II, p. 89. — 178 Hesych. 5. t>. ’IoiY'VEia. — 179 Callim. Hymn. Art. 204-240; Herod. IV, 35; Etym. Magn. s. v.. Serv. ad Virg. Aen. XI, 532. — 180 Paus. I, 43, 4; Herod. IV, 32-35. — 1^1 Herod. IV, 35. — 182 Atheu. XIV, 10 ; Poil. I, 38 ; Apoll. Rhod. Schol. ad I, 972. — 183 Welcker, Griech. Gôtterl. II, 395; Palaephat. 32; Apostol. 6, 44.

que Où7uç était quelquefois considérée comme la mère ou comme la nourrice d’Artémis 184 ; elle a été aussi confondue avec Némésis 186.

Enfin, sans que la confusion ait jamais été faite que virtuellement, il semble hors de doute, de l’aveu même des anciens, que deux divinités thraces, BsvSt'ç et Xpuori, avaient exactement la même nature et recevaient le même culte qu’Artémis Taurique. bendis était une divinité lunaire 180 ; Hérodote l’assimilait à Artémis, et sur des rochers, à Philippes en Macédoine, elle est représentée, selon M. Heuzey, sous la forme d'Artémis chasseresse181; mais au siècle de Périclès elle avait un temple spécial près d’Athènes, non loin d’Artémis Mouvtr/ja 188. Hésychius lui donne l’épithète de AîXoy^oç, à deux lances, et semble indiquer qu’il l’identifie à Artémis chasseresse189; c’est elle sans doute que désigne Callimaque, lorsqu’il montre Artémis chassant pour la première fois sur l’Hæmus 19°. On sait que le centre du culte de Bendis était à Lemnos, île par où les religions du Nord passèrent généralement pour arriver en Grèce191. Cest elle que Galien appelle

Diane Lemnienne 192. On lui sacrifiait des jeunes filles.

C’est à Lemnos que s’était surtout développé le culte de Xpuuv), la déesse d’or193, autre divinité de la lumière, peut-être aussi lunaire 19t, qui aimait le sang des jeunes filles, et qui, suivant certaines légendes, appartenait au cycle mythologique d’Agamemnon, comme fille de ce roi et de la troyenne Ghryséis 19S. L’idole de Chrysé, dont on a des représentations (fig. 2358) 19G, a été identifiée,

Fig. 2358. — Chrysé.

non sans quelque apparence de raison, avec 1 Artémis Taurique et avec Bendis197.

VI. Artémis en rapport avec Apollon. — Artémis est donc avant tout une divinité de la lumière, plus particulièrement une déesse lunaire, et par là s expliquent un grand nombre des attributions que nous lui avons reconnues. Mais à cette essence lumineuse, qu’elle lient pour ainsi dire d’Apollon, ne se bornent pas les rapports du frère et de la sœur. Dans la plupart des villes où l’on rendait un culte à l’une des deux divinités, on rendait un culte à l’autre; dans presque tous les temples d’Apollon se trouvait une statue de sa sœur; dans presque tous les temples d’Artémis, une statue d’Apollon. Sans sortir de la Grèce, et pour ne citer que les exemples les plus impoitants, l’Artémision était un des principaux sanctuaires de Délos 19S, et les fouilles faites dans cette île ont singulièrement enrichi la série des représentations figurées de la déesse. Outre l’Artémis ailée de Mikkiadès et Archermos reproduite plus haut (fig. 2349), il faut signaler 1 Artémis très archaïque en forme de planche (fig. 2359), si impor-

181 Vov. plus haut, p. 131. - 185 Gerhard, Griech. Myth. 145, 2. - 180 Voy. dius le t I" l’art, behdis. — 187 Herod. IV, 33; Palaephat. 32; Heuzey, Miss, de Macédoine, pl. n. et iv. - 188 Plat. Rep. I, P. 327 ; Xeuoph. Hcllen II 4 11. 188 Hesych. s. v. BsvSï;. — l9“ Callira. Bxjmn. Art. 119. — 19 Steph. Byz. s v Aflavo-. — 192 Galen. De medic. simpl. IX, 2. — l»3 Steph. Byz. s. v. ; Soph Phil. 'schol. ad 193; Anthol. Pal. II, p. 606; Piud. Tsthm. IV. - ^ Gerhard, Griech. Myth. 481, 3 a. - «5 Etym. Magu. 815, 59. - «0 Millingen Pevü. de vases pl. u; cf. l et lu (= de Laborde, Vases de Lamberg, I, 23, lnghirami, Vasi fitlili, I, 17 ; Arch. Zeit. 1845, pl. xxxv, 1, p. 161) ; Muller- Wieseler Denkm. 1, n« 10 et H ; Monum. ined. 1857, pl. vin. -1«7 Gerhard, Arch. Zeit. 1845, 1. 1,

tante aussi pour l’étude des origines de la sculpture grecque 1S9. Nous ferons remarquer combien cette idole ressemble àl’idoled’Artéinis sv •/ tTÛÎvi d’une métope du /H1 n Parthénon (voy. plus loin, fig. 2368). Les fouilles n’ont pas encore donné une série de statues permettant d’établir les transitions entre ce xoanon et la statue reproduite par la figure 2360, d’un style beaucoup plus récent, bien que très antique encore500. Des statues de même type, presque identiques, se sont trouvées en grand nombre à Délos (la plus belle, déterrée par nous en 1883, est encore inédite). Il est probable que les trous qui se remarquent en travers de la poitrine et vers les épaules servaient à fixer des attributs en métal, peut-être des attributs de chasse, baudrier ou carquois. Ce type, qui n’est pas du reste spécial à Artémis, fut sans doute adopté avec faveur par les sculp-

Fig. 2359 et 2369. — Artémis do Délos.

teurs grecs et très souvent reproduit. Lorsque le goût d’imiter les œuvres archaïques régna dans le monde gréco-romain, c’est celui-là qu’on choisit de préférence, comme terme moyen, également éloigné de la raideur des xoana et de la grâce trop souple des écoles de décadence. Il est facile de reconnaître la ressemblance des Artémis de Délos avec l’Artémis archaïsante de Naples (fig. 2361) 201. A Delphes, comme à Délos, le temple était décoré des statues d'Apollon, d’Artémis et de Latone ; les images de la déesse étaient nombreuses dans l’intérieur même du sanctuaire 205 ; à Cirrha, près de Delphes, Apollon, Artémis et Latone avaient un temple commun 203 ; dans le temple d'Apollon àAmyclée se trouvait une statue fameuse d’Artémis Asuxo-ipu7,v/i201 ; à Sparte on avait consacré un même temple à Apollon Kapveïo;, à Artémis 'IL/eu/Nti, et à Ilithye208.

Enfin, il ne faut pas oublier qu’àAthè- Fig. 2301. - Artémis nés, dans les fêtes des Thargélies 2Û0, on associait Artémis à son frère; les nombreuses épithètes, communes à l’un et à l’autre, attestent avec beaucoup de force qu’on les confondait volontiers dans un même culte.

Artémis est quelquefois considérée, non plus seulement comme la sœur, mais comme la prêtresse d’Apollon. Artémis Tepsta avait un temple près d’Hæmoniæ en Arcadie 20\

Preller, Griech. Myth. I, 160, note 5; Roscher, Avsfûrl. Lexik. p. 580. — 193 démolie, Monum. publ. par l’Assoc. des Études grecques, 1878. — 199 Ib. p. 58 et s. ; Id. De antiquiss. Dianae simulacris Deliacis, pl. i; cf. pl. m. — M» Ibid. pl. vu a. Cf. pl. vi, vu h, vin, ix a, ix b. — 201 Raoul-Rochette, Peint, antiq. inéd. pl. vu ; / Mus ' llorbon. II, pl. vm ; Miiller-Wieseler, Denkm. I, X, 38) ; cf. une statue à Venise, Clarac, Mus. de sculpt. pl. 561 , n» 1 196, et une monnaie d’Auguste où Ch. Lenormant (Trésor de Numismatique, Iconog. des emper. rom. pl. vu, 12) reconnaît l’Artémis d’Ortygie. - 202 Paus. X, 9, 7 ; 11, 1 ; 13, 4; 15, 2 ; 19, 4. - 203 Paus. X, 37i 7. -20', Pans. III, 18, 6. — 235 paus. III, 14, 6. — 206 Etym. Magn. 443, 20. 307 Paus. VIII, 44, 2.

DIA

DI A

et il faut rapprocher ce nom de nombreuses peinlures de vases. Tantôt (fig. 2362), Artémis, le carquois sur l’épaule, l’arc et les flèches dans la main gauche, se tient en face de son frère et élève sa main droite à la hauteur de sa bouche, en signe d’adoration 208 ; tantôt elle verse au dieu le contenu d’une œnochoé, et Apollon tend une patère 200 ; d’autres fois Artémis couronne Apollon 210.

Artémis emprunte à son frère le pouvoir de rendre des oracles.

Non seulement, comme nous 1 avons vu, elle prend le nom de HuOi'y], mais à Delphes même elle est quelquefois désignée comme la Sibylle Delphique, 2(6uXXa As- Xtpi'ç 2il. Artémis Sarpédonia, en Gilicie, avait un oracle212; fatidi-

Fig. 2362. - Artémis adorant que ausg; qans pqe d’IcarOS (golfe Apollon. 1 .

Persique), elle était adoree sous le nom de TaupoitoXo; 213. A Adrastée, elle avait un oracle commun avec Apollon 2U.

Comme Apollon, Artémis est la déesse de la musique. Sous le nom d’'ïpt'«, elle préside aux chants ; elle avait un temple en Arcadie, entre Orchomène et Mantinée, sur le mont Anchisia 21B. L’hymne homérique à Aphrodite montre déjà le goût de la déesse pour ce plaisir. La reest très fréquente. Une monnaie d’or de Syracuse porte au droit une tête d’Apollon laurée et, dans le champ, une lyre ; au revers, une tête d’Artémis avec un carquois et une lyre 2i6. Du reste, Artémis Hymnia paraît rarement seule, comme sur le vase d’où est tirée la figure 2363 217 ; sur la coupe de Sosias, elle s'avance, portant la lyre, entre Hermès et Héraclès ; Apollon n’est pas représenté, mais la déesse est désignée par son nom écrit auprès d'elle et par la biche qui la suit 218.

D’ordinaire elle accompagne Apollon qui joue de la cithare ; tantôt, comme sur les monuments appelés choragiques ou delphiques, l’arc sur l’épaule, une torche à la main gauche, elle se contente de faire cortège au musicien (fig. 2364) 210 ; tantôt au contraire elle lient

2D3 Lenormant et De Witte, Elite céram. If, pl. xi (= Micali, Storia d. ant. popoli Italiani, 1832, pl. lxxxiv, 1). — 203 Monum. ined dell’ Inst, arcfi. IX, pl. xvii-, Annal. XXXVII, pl. h; Inghîrami, Vasi fittili\ pl. 255, 256; Elite céram. II, pl. x, xii, xxiv, xxvi, xxxvi et xxxvi abc; Stephani, Compte rendu pour 1873, p. 206, note 15 et p. 245 ; Furtwângler, Mitth. dent. Instit. Athen, 1881, p. 116.

— 210 Elite céram. II, pl. xxxi ; Arch. Zcit. XXVII, p. 36. — 211 Clem. Alex. Str. I, p. 383 Potter; cf. Paus. X, 12, 1 ; Suid. s. v. ElouYXa AiXsI;; Solin. II, 18.

— 212 Strab. XIV, 676. — 213 Strab. XI, 652. — 214 Strab. XIII, 91. — 2lü Paus. VIII, 13, 1 ; voy. Braun, Artémis Hymnia und Apollo mit der Armband , Rome, 1842. — 216 Mionnet, Suppl, t. I, p. 426 ; Combe, Mus. Hanter , pl. lu, 4 (= Müllcr- Wieseler Denknx. II, 163 a). - 217 Elite céram. II, pl. vu. — 218 Monum. ined. lt pl. xxiv (= Gerhard, Trinleschalen, pl. vi, vu; Miiller-Wieseler, I, 2 1 0 b;

elle-même la lyre 220 et porte le costume de cithariste 2-' (fig. 2363). Sur un miroir, on voit mémeArtémis tenant deux flûtes, tandis qu’Apollon porte la lyre 222, mais c’est un fait

Fig. 2364. — Artémis avec Apollon citharède.

exceptionnel. Artémis XsXuxtç avait un temple à Sparte Apollon joue de la lyre surtout pour conduire le chœur des Muses, et parmi elles estTerpsichore, qui préside à la danse.

Artémis aime aussi ce plaisir, et s’y livre fréquemment avec les Nymphes ses compagnes, avec les Grâces, les Heures,

Harmonie, Hébé, Aphrodite, quelquefois aussi avec de simples jeunes filles 22V , et c’est aussi par des danses que maintes fois les jeunes filles lui témoignaient leur dévotion, par exemple à Sparte (Artémis Kapua-

xi;) 228. En Élide, elle porte le surnom de tvopoaxa, parce que les habitants dansaient en son honneur le cordace, souvenir de celui que les premiers habitants de ce pays, les compagnons de Pélops, avaient apporté de la légion asiatique du Sipyle, leur patrie 22G.

Apollon est quelquefois un dieu cruel et destructeur , ses traits ont renversé des monstres et des géants, et Artémis s’est associée à ces exécutions (voy. p. 131-132); poursapart, elle a souvent tiré une vengeance sanglante de ceux qui l’avaient insultée, elle ouïes siens. De plus, même sans avoir été outragée, Artémis est quelquefois considérée comme une divinité fatale. Dans Homère, elle donne aux femmes une mort rapide ; mais cette mort est pour ainsi dire regardée comme un bienfait, car elle délivre les victimes

Antilee Denkmaeler, 1S86, pl. 9). — 219 Clarac, Mus. de sculpt. pl. 120, 39, 122,

' 3S, 40 et 62; Bouillon, Musée, 111, Bas-relief, pl. nn ; Froehner, Notice de la sculpt.

ant. n° 12 et s. ; Muller- Wieseler, XIII, 46 ; voy. sur ces bas-reliefs et d’autres semblables, Welcker, Aile Denkm. II, pl. u, ni; 0. Jahn, Arch. Beilrüge, p. 209 Stephani, Compte rendu pour 1S73, p. 218. — 220 Braun, Artémis Hymnia, 1842 Monum. dell' Instit. 1853, pl. iv; Gerhard, Etrusk. Spiegel, pl. ccicm; Stackelberg, Grüber d. Hcllenen, pl. lvi ; Elite céram. Il, pl. n, l, a, lixii, lui. — 221 Ste phani, Vasensammlung d. k. Ermitage , n° 2185; Gaz. archëol. 18/6, pl. xxxn.

— 222 Monum. dell’ Inst. 1855, pl. m; Gerhard, Etrusk. Spiegel, pl. eexiv.

— 223 Clem. Al. Protr. Il, 38, p. 33 Potter; Welcker, Griech. Gôtterl. p. 586.

— 22V Uom. Hymn. Apoll. Pijth. 16-21 ; Hymn. Art. XXVIII, 18; Callim. Hymn. Art. 3, 170 ; Hom. II. XVI, 183. — 223 Paus. III, 10, 8 ; IV, 16, 3. — 223 paUs. VI, 22, 1.

présentation d’Artémis Tavta

Fig. 2363.— Artémis feîymuiu.

— uo —

ni a

de maux pires que la mort337. C’est à ce titre, sans doute, qu'Artémis est représentée sur une stèle funéraire de Constantinople 338 (fig. 2366) et l’on peut rappeler à cette occasion, entre autres sarcophages, celui où l’on voit Diane avec Apollon perçant de ses llèches les Niobides 229. 11 arrive que sur les sarcophages l’autel seul de la déesse indique ce rôle funèbre ; il est reconnaissable au bois de cerf fiché contre la paroi ( voyez t. Ier, p. 168, fig. 190) 23°.

Souvent Artémis apparaît au milieu des divinités infernales; ses rapports avec Hécate suffiraient d’ailleurs à expliquer sa présence. Mais Apollon est aussi un dieu guérisseur231; de même Artémis capable de donner la mort sait aussi protéger la santé des mortels. Dans l'Iliade, elle aide Apollon etLatone à guérir Énée blessé 232.

Dans une épigramme un aveugle la remercie de lui avoir rendu la vue 233 ; dans une autre l’empereur Philippe, probablement, lui rend grâces d’avoir écarté de lui une maladie cruelle 234. On invoquait à Caryæ, en Laconie, et à Syracuse, Artémis Au») comme déesse des guérisons 23“. Artémis Oiilla, à Lindos, à Délos, à Milet, comme Apollon OuXto;, jouait le même rôle 236. En particulier Artémis guérissait les maladies comme déesse des eaux thermales; à Mytilène, les thermes étaient placés sous l’invocation d’Artémis 0;ppta 237 , et comme elle passait pour apporter un grand

227 Hom. II. VI, 205, «6; XIX, 56; Od. XI, 171 ; XV, 477 ; XVIII, 202 ; XX, 61. — 228 Gaz. archcol. 1878, pl. 3. — 229 Visconti, Mus. Pio Clem. IV, pl. xvii ; cf. un sarcophage du Louvre, Clarac, II, pl. 165 et 166, et voy. plus haut, notes 35 et 36. — 230 Arch. Zeit. 1857, pl. c. Voy. plus loin, § 7, ce qui est dit d’Artémis vierge poursuivant des jeunes filles de ses flèches. — 231 Gerhard, G vie ch. Myth. 308, 8; Roschcr, Ausfâhrl. Lexik. p. 441. Voy. Apollo, t. I, p. 313 et g. — 232 Hom. II. V, 447. — 233 Anthol. Pal. IX, 46. — 234 Ibid. VI, 240. — 235 Diomed. III, p. 4S3 Putsch; Prob. ad Virg. Eclog. p. 2, 1. 13 et 28 (Keil). *— 236 Ross, lnsc. yraec. 3, u° 171 ; Macr. I, 17; Strah. XIV, 635. — 237 Cor p.

soulagement aux malades, on ajoutait à son nom celui d’Eùolxoo,-, « qui écoute favorablement ». Il ne faut pas oublier qu’Apollon, à Olympie, portait l’épithète de ©Épgto;. A Cyzique, on vénérait Artémis 0spp.ai'a, et elle est quelque part désignée spécialement comme la déesse à qui sont consacrées toutes les sources chaudes 238. Les anciens attachaient tant d’importance à ce rôle secourable d’Artémis que l’on donnait quelquefois, selon Strabon, du nom même d’Artémis l’étymologie suivante : à™ rôti spTEpuaç itoisïv (parce qu’elle rend les hommes bien portants 239). Artémis est donc bien, comme Apollon, une divinité méritant le nom d”A>sl;i'>caxo;, qui détourne le mal. Elle est aussi ’AÀeitfxopoç, comme son frère, c’est-à-dire qu’elle détourne le mal moral, le malheur210. Artémis qui, comme divinité lunaire, frappait les hommes de folie, guérit aussi de la folie. Sous le nom de Au<n'a elle rend la raison aux filles de Prœtus que Mélampus a conduites dans son temple arcadien de Lusi ; il y avait d’ailleurs à Lusi une source chaude2'*1. Cette scène est peut-être représentée sur un vase où l’on voit Artémis Lusia sous la forme d’une idole archaïque, debout, les jambes réunies, les bras collés au corps ; elle est coiffée d’un modius et tient de la main gauche une lance, de la droite un objet assez indistinct (une courte torche ou une fleur) 242 (fig. 2367) ; on explique quelquefois par ce rôle les épithètes d’']IpEpotii'a, 'Hue'pa (voy. p. 132). Nous avons vu qu’elle assiste avec Apollon à la purification d’Oreste. Dans la dispute du trépied delphique, entre Apollon et Héraclès, on la voit jouer un rôle de médiatrice, qui peut aussi s’expliquer par sa nature douce et bienfaisante 243.

VIL Artémis, divinité vierge. — Artémis n’est pas la

déesse de la beauté, comme Aphrodite, mais elle est belle. Aphrodite est l’idéal de la beauté tendre et voluptueuse, Artémis celui de la beauté virginale, ayant quelque chose de robuste et de nerveux, comme il sied à une chasseresse, habitante des forêts et des montagnes. Apollon passait pour l’idéal de la beauté virile des jeunes gens 244 ; Artémis est la plus belle des vierges, y.ctWizx-x TrapO/vwv, xoupàv xaWucTr) 2l8, et la plus belle des nymphes ses compagnes 246 , ou tout simplement belle, xaÀd 247 , très belle, x^XÀt'ox») 24S. Elle est de haute faille et imposante par sa beauté 249. Callimaque a signalé ses yeux (eiiom;) 23°, Homère sa belle

inscr. gr. 2172, 2173; Bull, de con\ hell. IV, p. 430; cf. *Ëov)(Jitof; àoyaie>o (Eicqyoo;), 1885, pl. II. — 238 Aristid. I, p. 503 Dindorf. — 239 ’strab. XIV, 635. — 240 Soph. Oed. Tyr. 160 et s. — 241 Paus. VIII, 18, 8. — 2V2 Millingen, Peint, de vases , pl. lu (= Müller-AVieseler, Denkm. t. I, n° 11). — 243 Paus* X, 15, 2; 17, 6; voy. plus haut, p. 132, fig. 2346 et note 39. — 244 Hom. Hymn. Apol. Pyth. 271 ; Callim. Hymn. Apol. 36; Apoll. Rhod. II, 674 et s. — 245 Eurip. Hipp. 64; Anthol. Pal. VI, 286. — 2'*6 Hom. Od. VI, 107. — 247 Aristoph. Ban. 1359. — 248 Paus. I, 29, 2; VIII, 35, 8; Corp. inscr. gr. 4445. — 249 Hom, Hymn* Apol. Pyth., 20, édit. Picrron, — 250 Callim. Hymn. Art. 204.

Fig. 2367. — Artémis Lusia.

chevelure, EikXo'xocgo; 251 ; Ilippolyte, dans Euripide, lui offre des fleurs pour couronner ses cheveux d’or; elle est appelée dans les Phéniciennes « fille de Zeus, aux boucles d’or », Atoç spvoç •/puasoêôaTpuyov 2S2. On conçoit que la déesse tienne à sa beauté ; aussi ne veut-elle pas qu’on rivalise avec elle, témoin la fille de Mérope,TiTav(ç, qu’elle chassa de son chœur et changea en biche aux cornes d’or pour ce motif253. Surtout, pour conserver la beauté de ses formes, il faut qu’Artémis reste vierge. Aussi la virginité d’Artémis est-elle un de ses caractères les plus frappants et le plus souvent célébrés. Non seulement elle est xoupr), xopi'-ç (à Argos), et itocpdsvoç, eùirdpOEvoç254, mais elle est jalouse de sa virginité, qu’elle souhaite de garder éternellement256. Elle estayvvj 266, comme Apollon était ccpiôç267. Sans doute lapureté d’Apollon lui vient de son caractère de dieu solaire ; il est pur comme la lumière est pure ; Artémis de même, mais le caractère de pureté virginale tient plus de place dans la nature d’Artémis que dans celle de son frère. Elle est la vierge inviolable et inviolée, 7iap9ÉvoçàS[x,ïiç,aUv àSpjTa288, malgré toutes les entreprises des dieux et des mortels. On racontait en Élide,àLetrini, qu’Alpheios, personnification de l’Alphée, épris d’Artémis et ne pouvant par ses présents ni ses prières la décider à l’épouser, voulut l’y contraindre par la force. Artémis, qui depuis s’appela dans cette région ’AXœeîoc, s’enfuit et se cacha parmi les nymphes 269. Une peinture de vase montre Artémis se défendant contre le géant Otos qui veut lui faire violence, selon une légende de l’Odyssée. Otos est sans doute un des Aloïdes 26°. Artémis dut aussi résister à Orion : ce héros, d’abord compagnon de chasse de la déesse, voulut la posséder de force, mais il fut piqué par un scorpion et mourut261. La légende d’Actéon, bien qu’assez récente, doit être aussi mentionnée ; quelquefois on raconte simplement qu’Actéon vit Artémis se baignant dans la source Parthénios, et que cette indiscrétion lui attira sa fâcheuse métamorphose en cerf; mais d’autres traditions rapportent qu’il avait épié la déesse afin de lui faire violence [actaeon] 262. Signalons enfin un mythe moins connu d’Arcadie, recueilli par Pausanias 263 : un héros qui donna son nom à un fleuve, Bouphagos, fils de Japet, fut percé des flèches d’Artémis, sur le mont Pholoé, pour un attentat de même nature. Nous avons vu ailleurs que si, d’après un mythe obscur, Apollon réussit à posséder sa sœur, c’est en la violant, et l’origine de ce mythe est trop incertaine pour qu’on s’y arrête26*. Quant au mythe relatif aux amours de la déesse lunaire avec k bel Endymion 26a, il est d’origine récente et ne peut suffire à altérer la nature essentiellement chaste d’Artémis. C’est du reste sous la forme spéciale de Séléné que la déesse devient amoureuse d’Endymion [endymion].

Artémis est, comme il est naturel, aussi soucieuse de la pureté des autres que de la sienne. Elle est appelée -mxpOÉvoi; aïooivi 266. Nous avons vu qu’elle prend part au châtiment infligé par Apollon à Tityos, coupable de tentative de rapt sur Latone261. Sur une peinture de vase qui représente

251 Hom. Od. XX, 80. — 252 Eurip. Hipp. 80 et s. ; Phoen -01. — 253 Eurip. Helen. 381. — 2B4 Corp. insc » gi\ 1064; Eurip. Hipp . 66-71 Mitth. Dent. Inst. Alken , VIII, 202; Antliol. Pal. VI, 287. — 25 5 Callim. Bymn. Art. 6. — 256 Hom. Od. V, 123; XVIII, 202; XX, 71; Aesch. Agam. 135; Suppl. 144; Simonid. Epigr. 107 Bergk (167 Schueidewin) ; Corp. inscr. gr. 1051. — 257 Aesch. Supp. 216 ; O. Millier, Porter, 1, 302.— 258 Hom. Od. VI, 109 ; Soph. Elec. 1239. — 259 paus. VI, 22, 8. — 260 Hom. Od. XI, 305 et s. ; Elite ccram. I, pl. vi; Apollod. I, 7, 5.

— 261 Hesiod. Fragm. XLIII (Didot); Apollod. I, 4, 3; Schol. ad Arat. 322; Callim. Hymn. Art. 265; Arch. Zcit. XXXIX, 69; II, 264, 380; XXXVIII, 195.

— 262 Hesiod. Thcog. 977; Apollod. III, 4, 4; Hyg. Fab ., 181; Ovid. Met. III, 131 ; Paus. IX, 2, 3; Ilyg. Fab. ISO, etc. — 263 Paus. VIII, 27, 17. — 26V Voy.

cette scène, on voit dessiné à côté d Artémis ce mot caractéristique qui la désigne, AIAOX, la Pudeur'68. Une forme particulière du mythe d’Orion est qu’il fut tué par Artémis pour avoir fait violence a la nymphe Ouiriç-’5. Chromion, violée, fut vengée par Artémis Hégémoné ('Hyepovri) à Tégée 270. En revanche, la déesse garde les plus terribles châtiments à toutes les vierges qui cèdent à l’amour, surtout aux nymphes qu’elle protège ou qui composent son cortège. Une nymphe d’Arcadie, fille de Lycaon, appelée tantôt Callisto, tantôt Hélicé, se livra à Zeus ; Artémis connaissant le crime, changea la malheureuse en ourse ; ce fut la mère d’Arcas. Zeus, plus tard, l’enleva au ciel et en fit une des étoiles de la Grande-Ourse 2‘ 1 . Artémis TptxÀapia 272, en Achaïe, exige que sa prêtresse Comœtho et le jeune Mélampos son amant, qui avait possédé celle-ci de plein gré au pied même de ses autels, lui soient immolés, et que le sacrifice annuel d’un jeune homme et d’une jeune fille continue à expier le sacrilège. Plusieurs peintures de vases, où l’on voit Artémis perçant une jeune fille de ses flèches, peuvent se rapporter à la déesse vierge-1. Tous les jeunes gens, toutes les jeunes filles qui se font une vertu de leur chasteté, lui sont chers; on connaît la célèbre légende d’ Ilippolyte, fils de l’Amazone Antiope, qui s’était consacré à la déesse, avait juré de résister toujours à l’amour pour se vouer entièrement à la chasse et au culte de la plus chaste divinité, et qui mourut victime de sa chasteté même. Ilippolyte était ainsi devenu le type de la pureté, et les jeunes gens et les jeunes filles, avant leur mariage, offraient à sa statue des guirlandes de fleurs, comme il en avait lui-mème offert à Artémis 274. Les Amazones mêmes [amazones], auxquelles se rattache Hippolyte, étaient sans doute, à l’origine, des prêtresses d’Artémis; elles faisaient vœu de chasteté, sinon de virginité 276. Du reste Artémis exigeait, le plus souvent, que ses prêtresses fussent des vierges; lorsqu'elles se mariaient, elles perdaient leur charge276. La virginité, la chasteté d’Artémis était d’ailleurs, dans l’esprit des Grecs, un caractère tellement essentiel de la déesse, qu’ils s’efforcaient d’expliquer par lui le nom même d’Artémis. Ce serait le même mot qu’àpTÉu.v)ç. Platon semble accepter cette étymologie277.

VIII. Artémis protectrice des fiancées et des femmes mariées. — Cependant Artémis tolère l’amour et le protège même, mais c’est l’amour que le mariage légitime. 11 n’y a pas là contradiction. Artémis aime tous les jeunes gens; certes, elle garde une prédilection pour ceux qui font vœu de chasteté; mais il n’est pas naturel que tous les jeunes gens et toutes les les jeunes filles fassent un vœu semblable. Au moment du mariage la déesse ne leur refusera pas sa protection. Dans quelques temples les prêtresses pouvaient se marier à la condition de renoncer alors à la prêtrise. A Athènes, les jeunes fiancées, momentanément transformées, par fiction, en ourses, apzroi, se consacraient à la déesse par la cérémonie de l’àpxxEi'a 278 ; elles lui offraient en ex-voto leurs parures

plus haut, p. 132. — 265 Voy. Roscher, Ausfilhrl. Lexilc. p. 1246, art. endymion.

— 256 Hom. Hymn. Art. XVII, 2. — 267 Voy. plus haut, p. 131. — 268 Elite céram. II, pl. lvi. — 269 Apollod. I, 4, 3; Euphor. ap. Schol. ad Hom. Od. V, 120.

— 270 Paus. VIII, 47 , 6. — 271 Hesiod. Frag. XCIX, Didot; Callim. Hymn. Zeust 41, Schol; Ovid. Her. XVIII, 152; Triât. I, H, 10; III, 11, 8; Fast. II, 167-192; Met. Il, 409-460; Serv. Ad Georg. I, 68, 138; Hyg. Astr. II. 2; Fab. 177.

— 272 Paus. VII, 19 , 2. — 273 Elite ccram. II, pl. xvm et xc. — 274 Eurip. Hipp. passim. — 275 Voy. l'art, amazones, t. I, p. 221. — 276 Paus. VII, 19, 1; Vil, 26, o; VIII, 13, 1. — 277 Platon, Cratyl. XXII; Etym. Magn. s. v. — 278 Hesych. s. v. àçxxela; Schol. ad Aristoph. Lys. 645 ; Harpocrat. s. v. kontiZeai, îcxaTiO.iv} Suid. S. V. "Apseco;.

DI A — 142

DIA

Fig. 23G8. — Artémis Cliitoné.

virginales, des boucles de cheveux, leurs jouets, poupées, osselets, etc. 279, et moyennant ces dévotions, elle présidait aux cérémonies du mariage.

On a cru reconnaître cette cérémonie dans une scène figurée sur une métope du Parthénon 280 (ûg.

2308) : deux jeunes filles debout de chaque côté d'une idole qui ressemble beaucoup au xoanon de Délos (plushautfig.2339) paraissent l’adorer ou l’orner. Si l’identification est exacte, cette idole est Artémis Chitoné. 11 faut rapprocher de ce xoanon l’idole d’Artémis présidant au mariage d’io 281 (fig. 23G9), d’après un vase, lo est assise au pied

d’un æoanort qui porte un arc et un flambeau.

Chez les Béotiens et les Locriens, les fiancés faisaient avant leurs noces des sacrifices à Artémis EuxXe! a 28ï . Apollon est quelquefois appelé KoupoTpoooç et Ivoupl- St oç ; les jeunes gens lui consacraient leurs cheveux et leur

barbe avant de se marier [apollo]. C’est donc probablement aussi à Artémis Koupo-p oxoç qu’un jeune homme, dans une épigramme de l’Anthologie, fait 1 offrande de sa barbe 283. Dès lors il nous semble qu’il faut considérer Artémis Kouporpoçoç, non comme une déesse nourrice, comme la protectrice des enfants qui naissent, mais des vierges nubiles, comme Artémis «InWgctpa;, à Élis, qui avait un temple près du gymnase, était la protectrice des éphèbes 28 4 . Phèdre même, dans l 'Hippolyte d’Euripide, lui adresse cette invocation : « Asunoiva yuuvaatojv twv i-tco-

210 A, Mol. Pal. VU, 270, 277 , 280, 89. - 280 C'est la 21» du recueil des dessins de Carrev conservés 1 la Bibliothèque Nationale et reproduits par De Laborde, Le Parthénon ;Brüusted, Recherches dans la Grèce , pl. «■«, P- 161 *l 248 ’ ’’

Mcm. sur les ouvr. de sculpt. dans ses Opéré varie, t. I , ” jr> ’‘L '

Gôtterl. 1 575, note 27 ; Miiller-Wieseler, I, pl. «», U3 : Gerhard, Akad.Abh.and . XXIII, 4; Michaelis, Parthénon , p. 135, pl. in, xx. - 281 Kl de ceram. t P ' « (= Avelliuo, O,,, diverse, II, pl. vu); Panofka, Aryos Panoptes, pl. iv, - T lut.

Aristid 20. - 233 Anthol. Pal. VI, 242; c'est sans doute Artémis Koufoifoeo; qui préside* aux travaux des jeunes filles, Anthol. Pal. VI, 286, 287 ; cf E»np./o». « , Artémis protectrice des jeunes filles de Sparte et d’Athènes - -8* I ans. X 1 ;

285 Euripid. Ripp. v. 228. - 280 Pans. IV, 34, 6. - 287 Athen. IV, 16, p. Hermann, Gôlterdienst Alterthümer, II, 53, 29. Voy. aussi pour Ftvm Mae ri v i. »=u0at,. - 288 Deux peintures représenteraient selon 1 ano.ka Ltjm. Magn. • ■ < 1 , sCV,„ ; cf. Tischbcin, Vases d Haies Arch. Zeit. 1857, p. 17, pl. «vin ,

miltmi. Il, pl. U»; Gerhard, Ant. üildwerke, II, pl. > EUte caam'

xjoÔTtov, déesse des gymnases où piaffent les chevaux -8o ». En Messénie, à Coroné, on rendait un culte à Artémis IlouooTpôtfo; 28G. Du reste le rôle de déesse nourrice appartient aussi, sans conteste, à Artémis. Artémis KopuOaXXîa-87, mot qui s’explique peut-être par xupoQaXefa (xoépri, jeune fille, OdXXw, fleurir), avait en Laconie des fêtes appelées titiienidia (fêtes des nourrices), pendant lesquelles les nourrices lui consacraient les enfants mâles; on lui immolait des cochons de lait, et il ne faut pas oublier que cet animal est réservé aux divinités mères, à Démétcr par exemple. On appelait xopuOaXîuxptat des femmes qui composaient un chœur en l’honneur d’Artémis K&puOaV/.ia Dans une épigramme, une mère, invoquant Artémis pour son nouveau-né, l’appelle ttôtvkx xoupccdo; "89- Cest comme déesse nourrice qu’Artémis donne aux jeunes enfants une heureuse croissance, g?,xoç 290. On pourrait peut-être 1 attacher à ce rôle celui de protectrice des femmes en couches , mais nous croyons que la confusion d Artémis avec llilhye exige qu’on explique cette dernière attribution pai la nature lunaire de la déesse. Dans tous les cas, il nous semble que l’épithète de AutrîÇcovo; 291 (qui délie la ceinture), s’applique mieux aux fonctions que nous venons de signaler qu’à celles d’Artémis Atr/iîa ou EîXeîOuta.

IX. Artémis chasseresse. — Parmi toutes ses attributions, Artémis semble avoir une préférence marquée, pour la chasse. Dans les poèmes homériques, quel que soit du reste l’acte qu’elle accomplit, elle reçoit une épithète qui fait allusion à sa nature de chasseresse. Elle s’appelle ’Aypot=pi (de aypoc, proie); il est fait allusion à ses flèches par l’épithète très fréquente de lo/satpot, « qui aime les flèches » 292, à son arc, qui est tout en or 253, par les mots

Toqocpopo; xaxoç

To^oxtç 295, et peut-être par le mot -/putrrAd- , si l’on admet, avec Hésychius et des commentateurs, que le mot yiXaxdrq signifie le roseau flexible dont on peut faire un arc et des flèches 251 . Les bruits de la chasse lui valent le nom de xeXaSsivij 208. Elle chasse dans les montagnes 299, sur les sommets battus des vents1"0, dans les bois 30i, les bêtes sauvages, et en particulier les chevreuils, les cerfs et les biches 302, d’où les noms d’EX«?v fjokoc,, ‘EXXopôvo;, ’EXïT.iatx, ©rjpoxvôvo;, 0/jpoaôvo;, 0r)?CM7Xo-

■jto; 303. Le culte d’Artémis ’AYpoxépr) ou

’AYphTÉpa était très répandu dans le monde grec. En Attique, on cite le sanctuaire d’Agræ ; c’est là, suivant la tradition, qu’Artémis avait chassé pour la première fois en venant de Délos. Une statue y représentaitladéesse armée d’un arcJ0ù Elle avait aussi un temple à Mégare Jtlj et les monnaies de cette ville la reproduisent en chasseresse (fig. 2370). A Olympie, devant les portes du Prylanéion, Artémis ’Aypot.'p* avait un autel390 ; on l’honorait d’un

pl 85. 280 Anthol. Pal. VI, 274. - 200 Anthol. Pal. VI, 271. - 2.1 Plut Sym- P ■ 3 10- Scliol ad Apoll. Rhod. 1288. — 202 Hom. II. V, o3, 447; VI, 4-8, XX 71 * XXV 470*, etc.; Od. XI, 172; Hymn. Art. XXVIII, 2, 11. - «oma Art XXV II 5 - 201 Hom. II. XXI, 483. - 203 Anthol. Pal. VI, 240 ^ZZ.Bymn. Art. XXVIII. 1 ; /h Ve,, IV, 118 ; II. XX 70; M IV Trach 637 - 207 Estieune, Thés. (jr. I. s. v. ïtu«,W«s,

XV, 183 XX, 70 ; XXI, 510; Hym. in Ven. IV, 16. - 200 Hom. Il XXI, 4So; Anthol. Pal. VI, 240; Ammian. 22.8; l'olyb. 32, 25. H. Los montagnes sont représentées par des rochers sur les monuments figures. - 300 IIom;

Art XXVIII 4. - 301 Ibid. 6, 7. - 332 Hom. II. XXI, 486; Od. VI, 102 et s. 1 m Hom. Ilymn. Art. XXVIII, 2 et 11 ; Sopb. Trach. 214; Thoogn Frag , .U ; Anstoph. Lys. 1265 ; Thesm. 326; Cornut. Nat. deor. 34; Pans \1, 22, 5 p.

koÂ- Anthol Pal VI 210.-301 Pans. I, 19,6. -30a Paus. I, 41,3, Pcrc)

ïïioXi • - *—■ p- *. * *-

du Cabinet de France. — 300 Paus. A , lo, 8.

DIA

DIA

culte à Mégalopolis en Arcadie301, à Ægire en Achaïe 3fl8, à Syracuse 300, et à Cyrène 3I°. Quelquefois, dans les sanctuaires locaux, le nom général d’A-^oTÉpa se précise. Artémis est adorée spécialement comme ’EXaçïjêdXoi; (qui frappe les cerfs) h Patmos 311 , comme ’EXa-f/jeôXoç ou ’EXoc- ClEia, il Hyampolis, de Phocide, où l’on célébrait en son honneur la grande fête des ’EXcef,r,ëoXta312. On trouve Artémis ’EXa'pi'ccia en Élide 313. Le nom des mois ’EXa^êoXitov en Altique, et ’EXatptoç en Élide, confirme l’importance de ces cultes 3U. La figure 2371 reproduit la peinture d’une

amphore où Artémis, vêtue d’un chiton flottant et sans manches, tient de la main gauche une biche blanche tachetée d’or, et de la main droite levée un flambeau ou un faisceau de dards315. Artémis chasseresse ne fait d’ailleurs que suivre l’exemple de son frère Apollon, comme presque toujours ; le temple de Mégare mentionné plus haut était aussi dédié à Apollon ’AYpato;. On connaît Apollon ’Ayps uç, Apollon ’AypeuTa; 3IG-

La littérature et l’art, d’accord avec la religion, ont suivi ou développé cette conception. Dans l’hymne à Artémis, Gallimaque, érudit et raffiné, qui connaissait toutes les traditions mythologiques et toutes les croyances religieuses, et qui s’attachait par goût aux plus anciennes, appelle tout d’abord Artémis la déesse chasseresse, qui « aime les arcs et les poursuites des lièvres31 ». A peine née, Artémis monte sur les genoux de Zeus, son père, et lui demande avant tout des flèches et un arc, un carquois et tout un vêtement de chasse : une tunique frangée tombant jusqu’aux genoux et des endromides, pour qu elle puisse poursuivre les bêtes sauvages. Elle veut en outre soixante jeunes Océanides pour lui faire cortège, et vingt nymphes Amnisides qui soigneront ses endromides et ses chiens rapides, lorsqu’elle sera fatiguée de frapper les lynx et les cerfs 3IS. Plus loin, le poète lui donne l’épithète d’'EXXos&voç, tueuse de faons310. Gallimaque est d’accord avec Homère et avec tous les poètes de l’époque classique. Sophocle fait invoquer Artémis (qui poursuit les cerls mouchetés,

307 Paus VIII 32 4. — 308 Paus. VII, 26 , 3. — 309 Schol. ad Hom. II. XXI. 471. 310 Kaibel, Epigr. gr. n° 873. - 3" Ross, Inselreisen, lise. n° 190. — 312 Plut. De virt. mul. p. 6 et 7 Reiske; Sympos. IV, 1; cf. Mitth. deut. Inst. At/ien, IV, 223. — 313 Paus. VI, 22, 10; Strab. VIII, 343. — 31V \oy. t. I, p. 8-24, parmi les figures d'un calendrier liturgique d'Athènes, celle d Av ternis caractérisant le mois Élaphébolion; cf. Bekker, Anecd. p. 219. 3,0 ite

cirant. II, pl. xc. (= Arc h. Zeit. 1846, pi. ilv. ; 1847, p. 76) et comp les mounaies de la Chersonèse Taurique, Dumersan, Cabinet d Allier de auteioc æ pl. n, 5. - 316 Vov. Gerhard, Griech. Myth. 302, 5 a; 308, 6 d; 310, 1 a; 30o 3 a; 299, 3 d: 310, 4. — 317 Callim. ffymn. Art. 1 et s. — 313 Callim. Ilymn. Art.

aux pieds rapides) 320 ; il l’appelle ’EXw/;êoXoç 3-' et Kuvayo; (qui conduit les chiens) 322. Euripide la désigne en ces termes i oùpxvîot xdÇwv gEôsouaa Ayrem; 3-3 , il lui applique les épithètes ordinaires, comme ©tiçoxtovo; 32>. lhéognis et Aristophane lui donnent les noms de0i)poxTovo;, ©TjposovT) ,2j. Les noms d 'ExaÉpya, 'Exar/)ëoXoç, qui lance de loin , d”Acpata 321, qui lance des traits, correspondant aux noms d’Apollon 'Ezaspyoç, 'Exar»)ê<>Xoç, Exaxoç, ’AifETxToç, A'p'qrtop, se rapportent naturellement à la divinité chasseresse.

Artémis s’attaquait aussi aux bêtes plus dangereuses, les loups, par exemple. Il y avait à Trœzène un temple d’Artémis A'jxaîa, construit par Ilippolyte 3-8 ; le nom de Auxoartç, donné à Artémis dans la ville de Lycoa, en Arcadie, où elle avait un temple, se rattache à la même racine 329. Apollon aimait aussi cette chasse et s’appelait Auxxïo;, Aû/.etoç, Aux'.oç, Auxoxtovoç, Auzoopyoi;, Auxtopsuç 33°. Artémis ne redoutait pas même les lions et les panthères : à Olympie, sur le coffret de Kypsélos, elle était représentée tenant de la main droite une panthère, de la gauche un lion331. Nous verrons plus loin qu’une divinité orientale s’étant confondue avec l’Artémis hellénique, il en est résulté un type très particulier souvent représenté par les monuments grecs; nous reproduisons (fig. 2372), choisie parmi beaucoup d’autres, une Artémis tenant un lion par la queue332 ; mais d’ordinaire, comme par exemple

Fig. 2372. Artémis chasseresse. Fig- 23.3.

sur le vase François 333 etsur la plaque d’Olympie, la déesse tient de chaque main, par le cou ou la patte, des animaux féroces qui semblent résister et se débattre (voy. page 153). C’est parce qu’il avait tué un lion terrible du Cythéron qu’Alkathous construisit à Mégare un temple d Artémis 33i. Sur un vase (fig. 2373) la déesse est représentée enveloppée d’une peau de lion dont la tête forme casque 335. Enfin dans le temple de Despoina, en Arcadie, une statue d’Artémis en costume de chasse tenait d’une main deux dragons 336. C’est pour lutter contre de tels animaux qu'Artémis change souvent, comme on le constate sur les monuments figurés, 1 arc et les flèches

1 17. 319 Ibid. 190 ; cf. Etvm. Magn. 331, 54 et Corp. insc. gr. 59 1 3. - 320 Soph. Oed. Col. 1092. — 321 Soph. Tvach. 2 1 4. — 322 Soph. Elect. 50-3. — 323 Eurip. Hipp. 166; cf. Iphig. Tour. 1238 : Et' M wuv riront? — 321 Eurip.

Iphig. Aul. 1570. — 325 Thcogn. Fr. 11 ; Aristoph. Lys. 1262 ; Thesm. 320.-32 Cleni. Alex. Strom. V, 8 ; Hom. ffymn. A rt. IX, 6. — 327 Paus. II, 30, 3. — 328 Paus. II, 31. 4. 329 Paus. VIII, 36, 7. — 330 Gerhard, Griech. Myth. 306, 7 a, 296, 3 b ; 302, 20, 301, 1 a, etc. ; 304, 1 c; 312, 4 a , 300, 2 6, etc. - 331 Paus. V, 19 , 5. -332 Elite écran i. II, xivn (= Gerhard, Auserles. Vas. pl. xxvi). — 333 Monum. med. IV, pl. lvi, lvii, ltiii. Cf. Gerhard, Arch. Zeit. 1854, pl. 61. — 33. Paus. I, 41, 3. — 335 Arch. Z et. 18 49, pl. ni (= Monum. dcll' Inst. IV, 51). — 339 Paus. VIII, 37, 4,

DIA

contre la lance ou lepieu 337, et par exception, contre la hache 33s.

Les chiens sont les compagnons nécessaires d’Artémis chasseresse ; nous avons vu dans l’hymne de Callimaque qu’elle parle d’abord à son père de ses chiens rapides 330. De même qu’Héphaistos et les Cyclopes, dans l’île de Lipari, lui avaient forgé un arc et des flèches, le dieu Pan, en Arcadie, lui donne deux chiens à demi blancs, trois chiens aux oreilles pendantes, un tacheté, trois animaux propres à combattre les lions, et dix chiennes rapides pour chasser les faons, les lièvres et tout le menu gibier 34°. Une épigramme de l’Anthologie lui attribue aussi des chiennes 341 . Le chien accompagne fréquemment Artémis sur les monuments figurés 342. Lorsque la déesse voulait faire un présent, elle choisissait quelquefois un chien; c’est ainsi quelle en ofTre un à Procris, la fille d’Érechtheus 343. Enfin, nous avons vu qu’on lui donnait quelquefois le nom de Kuvayoç344. Parmi les nymphes qui formaient le cortège de la chasseresse, quelques-unes, nous l’avons vu, étaient chargées de soigner ces chiens. Mais ces jeunes filles prenaient avant tout part aux expéditions et chassaient avec Artémis. Une peinture de vase représente cinq jeunes filles armées pour la chasse et suivant Artémis reconnaissable au croissant qui surmonte sa tête 34ti.

Comme nous l’avons signalé, Artémis aime surtout à chasser sur les montagnes ; elle se complaît aux expéditions nocturnes, aussi la voit-on souvent munie d’une torche et quelquefois de deux torches (fig. 2352, 2373, 2381), ce qui lui vaut le nom d’Ag-ptuupo; 340. Euripide la désigne en ces termes: « Chasseresse, qui secoues dans la nuit ta torche lumineuse347 ». Mais, alors qu’on étudie les monuments figurés, il ne faut pas toujours regarder les torches que porte Artémis comme des attributs de chasse, ni les épithètes qui font allusion à ces torches comme se rapportant à sa nature de chasseresse, car il ne faut pas oublier qu’Artémis est une divinité de la lumière, et l’on verra plus loin que les torches sont aussi pour elle une arme de guerre. Lorsque l’arc, le carquois, l’épieu et la torche lui sont donnés simultanément, alors seulement peut-être faut-il regarder la torche comme un attribut de chasse 34S.

Artémis protégea quelques chasseurs privilégiés; il est raconté dans l’Iliade qu’elle avait instruit elle-même Scamandrios, fils de Strophios, hardi chasseur qui tomba sous les coups de Ménélas î49. Une légende faisait d’Orion le compagnon d’Artémis en Crète avant son attentat contre la déesse 330 ; en Crète aussi, la nymphe Britomartis lui était particulièrement chère à cause de sa passion pour la chasse 3S1. Hélicé, fille de Lycaon, l’une des Arctoi, dont

337 Voy. la fig. précédente ; de même, Arch. Zeit. 1860, pl. cxxxvin ; 1869, pl. xvn; Bull, de corr. hell. VIII, p. 391, pl. xvi ; Elite céram , II, pl. xliii, xxxv, lxxxviii, lxxxviij a, b, xcvn ; Compte rendu pour 1874, pl. vii, n° 1 ; Gaz. archéot. 1880, p. 49.

— 338 Voy. plus haut, note 138; cf. Müller-Wieseler, Ben/cm. t. II, pl. xvi, n° 18 a.

— 339 Caliim. Hymn. Art. V, 17. — 340 Callim. Hymn. Art. 90-99. — 341 Anthol. Pal . VI, 268. — 342 Clarac, Mus. de sculpt. pl. 562, 567, 569-577 ; Müller-Wieseler, Denkm. II, pl. xv, xvi ; Arch. Zeit. 1857, pl. cm; 1869, pl. xvn, etc.; Mitt/i. Dent. Inst. Athen, II, p. 322, statuette du musée de Sparte; Monum. dell' Inst. IX, pl. l. (voy. fig. 2366, 2375, 2381, 2385); XI, pl. xlü ; Ib. IV, pl. m(= Arch. Zeit. 1843, p. 49, pl. iv), monument des Harpves ; Arch. Zeit. 1848, p.300 (terre-cuite); Gaz. archéol. 1876, p. 41, pl. 13 (bronze); Kékulé, Griech. Thonfiguren ans Tanagra, pl. xvii ; Furtwaengler, Collection Sabouroff , pl. 125, 126 ; Martha, Catal. desfigur. d'Athènes, nos 426, 679, 7!7;Pottier et Reinach, La nécrop. de Myrina, Terres-cuites, n° 198; Paus. X, 37, 1, statue de Praxitèle à Anticyre ; cf. Rev. de numism. 1843, pl. x, 3 ; Arch. Zeit. 1876, p. 168, etc. — 343 Paus. IX, 19, 1. — 344 Soph. Eluct. 563.- 345 Elite céram.

II, pl. xcin. — 346 Soph. Trach. 214; cf. Oed. Tyr. 207 ; Beulé, Monn. d! Athènes, p. 325 et 380. Voy. la monnaie de Pergae (fig. 2350) et d’autres: Imhoof-Blumer et Percvùardner, Num. comment, on Paus. pl. h, 17-19 ; h, 22, 24; t, 14 ; bu, 7-11. — 347 Eurip. Iphig. Aul. 1570-71. — 348 Par exemple dans une peinture représentant la mort

nous avons relaté la métamorphose, s’était aussi jointe à Artémis par amour de la chasse 382. La vierge Daphné, fille d Amycla, avait pour la poursuite des fauves un goût passionné qui l’entraînait à travers tout le Péloponèse ; Artémis la chérissait beaucoup et faisait qu’elle lançait toutes ses flèches à coup sûr 363. En retour, les chasseurs invoquaient la déesse avant la chasse 354 et, après la chasse, lui consacraient une part de leur butin ; les textes et les monuments en font foi, notamment de nombreuses épigrammes : Lycormas, par exemple, offre à la vierge chasseresse la peau et les cornes d’une biche prise auprès du Ladon et du fleuve Érymanthe 388. Souvent aussi c’était leur arc, leurs flèches, leur carquois dont les chasseurs heureux faisaient don à la déesse 366. Ces ex-voto portaient les noms de irpouccypia, prémices du butin, 7rpwTo- ^sia, àxpoôtvia. Un grand nombre de monuments représentent des arbres sacrés et des idoles rustiques d’Artémis auxquels sont attachées des offrandes de ce genre (fig. 2374) 387.

Il n’est pas étonnant que l’attention d’Artémis s’étende aussi sur le gibier. Sa nature de déesse de la lumière et de protectrice de la vie végétale, sa nature de déesse courotrophe, secourable aux femmes en couches et aux enfants, explique d’ailleurs facilement les soins qu’elle prend des animaux. C’est le gibier qu’elle protège avant tout, et proprement les bêtes fauves, comme l’attestent ses noms de Kvayfa 388, Evaxa^ai'a350, Kvaxeaxiç300. L’épithète 'Huepaaia, que nous avons vue expliquée différemment301, peut signifier qu’elle adoucit et apprivoise les bêtes sauvages. De fait, un jeune animal, ordinairement un faon ou une biche apprivoisée, qui l’accompagne ou qu’elle porte quelquefois, dans ses bras, sert très souvent à la désigner dans les monuments figurés. Le type le plus célèbre d’Artémis à la biche est la Diane de Versailles figurée plus loin (fig. 2377), dont les variantes sont très nombreuses 302. On connaît la légende de la biche Cérynite, aux cornes d’or, qu’Héraklès, après une longue poursuite, atteignit et prit vivante près du Ladon; elle

d’Actéon, Monum. ined. XI, 1882, pl. xlii ; cf. Arch. Zeit. 1848, p. 300, bas-relief de terre-cuite; 1849, p. 121, pl. xn (voy. fig. 2370) et sur les monnaies, Mionnet, Supp. III, 522, 111; Imhoof-Blumer et Percy-Gardner, Types of greek coins, XII, 50; Num. comm. on Paus. pl. x, 3-5; v, 17. — 349 Hom. 11. V, 49 et s. — 350 Hesiod. Fragm. 43 (Didot) ; Hom. Od. V, 123 ; Schol. ad h. I. et ad II. XVIII, 486. — 351 Paus. II, 30, 3.

— 352 Cf. p. 141. — 353 Parthen. Nie. Erotica, c. xv, de Daphné. — 354 Philost. Imag.

I, 28. — 355 Anthol. Pal. VI, 111. Plutarque dit d’une manière générale que l’on consacrait à Artémis les cornes des cerfs, Quaest. rom. 11. — 356 Ibid. VI, 121, 326.

— 357 La fig. 2371 reproduit un bas-relief du musée du Vatican, Gerhard, Ant. Bildw. pl. ccvn, 5; voy. encore Bôttiger, Baumkuet. der Hellenen , p. 69, pi. 9, 10, 36, 58 et t. Ier, l’art, agroteras thvsia. — 358 paus. III, 18, 4. Cf. Welcker, Alte Denkm.

II, 3, 5 (médaillon d’Herculanum au Cabinet des médailles t\ Paris); Gerhard, Ant. Bildw. pl. 12; Arch. Zeit. 1880, p. 103, terre-cuite. — 359 Paus. III, 23, 3.

— 360 Paus. VIII, 53, 11. Cf. mci£, *va xô;, xvdxoïv. — 3G1 Cf. note 45. — 362 Voy. Clarac, Mus. de sc. pl. 2S4, 566, 575; Müller-Wieseler, Denkm. I, pl. xi, 42; II, pl. xv, xvi ; II, 602. Voy. plus haut, fig. 2360 et Elite céram. II, pl. vu, xxiv, xxxvi, xl ; Monum. dell' Inst. I, pl. xxiv ; Welcker, Alte Denkm. III, pl. xviii ; Heuzey et Daumet, Mission de Macédoine, pl. 4, n° 3 ; cf. la longue liste de ces monuments donnée par Stephani, Compte rendu pour 1868, p. 171 et s.

DI A

fut épargnée grâce à l’intervention d’Artémis, h qui elle appartenait 363. A Hyampolis, où l’on célébrait en l’honneur d’Artémis la fête des ’EXaçï]?d)ua 3Gl, elle protégeait si bien les animaux qui lui étaient consacrés qu’ils devenaient plus gras que tous les autres et n’étaient jamais malades 368. Il y avait en Ionie, près de Colophon, une île vouée àArtémis, oùlesbichesallaientà la nage, pourmettre bas, sûres de la protection de la déesse360. Agamemnon, à Aulis, a le malheur de tuer une chèvre consacrée à Artémis : cela suffit pour que la déesse retienne la flotte grecque au port jusqu’au jour où le roi des rois sacrifiera sa fille Iphigénie comme victime expiatoire 367. Enfin, nous pouvons rappeler ici la célèbre histoire du sanglier de Calydon, racontée par Homère. Méprisée par le roi OEnée, Artémis déchaîna par vengeance ce monstre sur le pays des Curètes, où il fut tué par Méléagre. Pour venger cette mort d’un animal qui lui était cher, la déesse excita une grande et tumultueuse guerre entre les Étoliens et les Curètes qui se disputèrent la tête et la dépouille velue du sanglier 308. En général, elle protégeait les animaux farouches aussi 'bien que les plus timides, comme en fait foi un curieux passage de l’Agamemnon d’Eschyle 369. Artémis mérite donc bien le nom de ttotv ta 0r,pwv que lui donne Homère3'0. A la fête des laphria, célébrée à Patras en l’honneur d’Artémis Laphria, on brûlait des animaux de toute espèce, oiseaux comestibles, sangliers, cerfs, faons, louveteaux, oursons, loups et ours371. Mais il semble difficile

d’admettre,

comme on l’a fait, que l’on voulût ainsi reconnaître la protection qu’Artémis accordait aux animaux; c’est bien plutôt à la déesse de la chasse que s’adressait ce sacrifice 372 .

Artémis paraît quelquefois (fig. 2375) portée par un cerf ou une biche , qui sont ses montures ordinaires373.

Si une fois on la voit ïrif-

sur un

assise

fon 374 , c’est sans doute par analogie avec Apollon qui revenait des pays hyperboréens porté par un animal de ce genre [voy. t. Ier, p. 311].

Elle est encore assez fréquemment représentée debout sur un char que traînent des biches ou des cerfs, par exemple (fig. 2376) dans un des bas-reliefs de la frise du temple d’Apollon à Phigalie375. Peut-être même faudraitil reconnaître dans les deux figures 2375 et 2376 Artémis

DI A

lumineuse plutôtqu’Artémis chasseresse? Callimaque donne ala déesse un attelage de quatre biches et un char d’or3'0; les rênes des biches sont aussi d’or; de là l’épithète fré¬

quente de Xfuavivtoç (aux rênes d’or 377). Dans un hymne homérique, par exception, Artémis est portée sur un char d’or attelé de chevaux 378. Du reste, on sait qu’elle protégeait volontiers les chevaux. On la trouve associée à Poséidon, avec le nom d’H-irt'a379. L’épithète 'Irmos-oa (salut des chevaux) lui est appliquée par Pindare 38°. On l’honorait sous le nom d’Eùpîirmc à Phénéos381. La tradition racontait que le temple de cette ville avait été construit en son honneur par Ulysse, qui avait, grâce à la protection de la déesse, retrouvé ses cavales perdues. Au culte d’Artémis, à Phénéos, était joint celui de Poséidon ‘'Ittiuo;; il est possible que le nom d’Eupt'inta, dans cette ville, n’ait pas eu de signification très précise. La légende serait née du besoin d’expliquer le mol, que le voisinage de Poseidonc'I:nno; explique pour nous suffisamment. Du reste, il y a des représentations d’Artémis montée sur un cheval (une monnaie de Phère382, et une monnaie de Patras 383), ainsi que d’Artémis traînée dans un char attelé de chevaux 38i.

C’est surtout Artémis Agrotéra que représentent les monuments figurés. "De même qu’Homère et les autres poètes, quelle que soit l’action de la déesse, la désignent comme chasseresse, de même il est rare que les artistes grecs, quand ils sculptent ou dessinent Artémis, ne lui donnent pas un attribut de chasse. Le type le plus connu d’Artémis Agrotéra est celui de la statue qu’on appelle la Diane de Versailles (fig. 2377). La déesse, court-vètue, les jambes nues t depuis les genoux et les bras nus, la taille serrée pour être

Fig. 2377. — Artémis chasseresse (Diane de Versailles).

■J63 Pind. 01. III, 51 et Schol. Eurip. Herc. fur. 374; Apollod. Il, 5, 3 etc. Artémis est figurée en présence d’Hercule sur un vase, Gaz. archéol. II, pl. 9. — 3GV Miith. deut. Inst. At/ien , IV, p. 223. — 36» Paus. X, 35, 7. — 356 Strab. XlV, 643. — 367 Ptolcm. Hephnist. 1. V. — 368 Hom. IL IX, 531 et s.; voy. Artémis assistant au départ de Méléagre, Monum. ined. 1881, pl. 33. — 369 Aesch. Agam. 136 et s. — 370 Hom. II. XXI, 420. — 371 Paus. VII, 18, 12. — 372 Art. ArtiÎMis, Schreiber, Ausfürl. Lexik. de Roscher, p. 565. — 373 Monum. dell' Inst. IX, pl. l (=z Arcli. Zeit. 1857, pl. cm; Welcker, Alte Denkm. X, pl. 23); cf. Elite céram. II, pl. vin, xliii ; Müller- Wieseler, Denkm. t. Il, pl. xvi, n° 171; Gerhard, Ant. Bildio. pl. xii, xui; Stephaui, Compte rendu pour 1S68, p. 6 et s. pl. i, 2 et 3 ; voy. plus bas, note 633. — 374 Strab. VIII, p. 343 ; par une exception moins explicable, on trouve une Artémis montée sur un coq, Arch. Zeit. 1883, p. 272 (terrecuite de Myrina). Cf. plus bas, Artémis Tifutiua accompagnée d’une oie (p. 155,

fig. 2395). — 37 o Cf. Elite céram. t. II, pl. ix; Stackelberg, Apollotempel zu Dossae, pl. xx (= Overbeck, Gesch. der Plastik , 3® éd. I, fig. 95, n° 11) ; Müller-Wieseler. Denkm. t. I, pl. xxvm, 123 b ; II, pl. xvi, n° 171 a; Stephani, C. rendu pour 1858, p. 7 et s. ; 1864, pl. v, n° 2; aux Laphria de Patras, la prêtresse d’Artémis paraissait sur un char attelé de cerfs, Paus. VII, 18, 12. — 376 Callim. Hymn. in Art. 105 et s. Voy. encore Apol. Rhod. Argon. III, 878 ; Nonn. Dionys. XLVIII, 309 et s. ; Claudian. Sect cons. Stil . 286. — 377 Ilom. II. VI, 205. — 378 Hora.Z/ynm. in Art. VIII, 3. — 379 streben, Nximism. 2, 1, p. 138 et s.; Gerhard, Griech. Alyth. 240,4 h. — 380 Pind. Olymp. III, 27. — 331 Paus. VIII, 17, 4. — 382 Müller- Wieseler, Denkm. II, xvi, 173 ; de même Buonarrotti, Medagl. ant i ch. III, 1 ; Guigniaut, Nouv. galer. myth. pl. LXXXIX, 322. — 383 Muller-Wieseler, II. 174. — 384 Arch. Zeit. 1854, pl. lxii, 3 ; Elite céram. II, pl. xli ; voy. aussi sur un bas-relief Artémis placée entre un cheval et un chien, Millingcn, Uned. monum. pl. xvi, 1 ; cf. Hom. Hymn. in Art. 3 et s.

DIA

DIA

plus agile, les pieds nerveux tenus par de légères sandales, les cheveux relevés en chignon, grande et svelte, marche rapidement, la main droite au carquois, l’arc à la main gauche, tandis qu’un jeune cerf court à ses côtés. Ce type est celui qu’avaient adopté et fixé les sculpteurs du iv" siècle. Les représentations en sont innombrables : statues, basreliefs, figurines de terre cuite, vases peints, monnaies, miroirs, pierres gravées, montrent avec complaisance, aux plus belles époques de l'art grec, la déesse ainsi équipée385. O11 pourrait l’appeler Artémis Amazone, et c’est à

la conception de l’Artémis Amazone qu’ont abouti, croyonsnous, les nombreuses représentations plus anciennes d’Artémis tirant de l’arc (üg. 2378 à 23 80) 386 ; mais il est à remarquer qu’ Artémis, à cette époque plus reculée, n’a pas encore lé chiton court, mais au contraire de longs vêtements flottants et formés d’étoffes brodées qui rappellent peut-être les origines orientales de la déesse 387 ; la haute tiare et la décoration de la tunique sont de style asiatique. Dans la figure 2380 prise sur un vase où est peint le supplice de Marsyas, c’est un véritable costume

phrygien, depuis le bonnet jusqu’aux sandales, qu’a revêtu Artémis 388.

Artémis chasseresse est armée de l’arc, de l'épieu ou du javelot, et porte souvent un carquois, dont le haut dépasse derrière son épaule. La nébride complète très souvent, d'une façon heureuse, l’accoutrement de la déesse383.

Cependant ce type ne fut pas adopté par tous les artistes et, dans beaucoup de figures qui représentent Artémis dans l’action et dans le mouvement même de la chasse, elle paraît vêtue d’une longue tunique à larges plis flottant ou tombant sur ses pieds. L’Artémis du palais Colonna, celle de Dresde (ci-après flg. 2384), celle de Munich trouvée à Gabies (fig. 2399) et d’autres peuvent être citées comme exemples3'10.

X. Artémis Cretoise. — Les Crétois rendaient un culte à une déesse nommée Britomartis391, c’est-à-dire, probablement, « la douce vierge ». Britomartis, d’après les mythologues, était proprement une divinité lunaire, protectrice des chasseurs et des pêcheurs, sans doute parce que la lune favorise les chasses et les pêches nocturnes, grande chasseresse elle-même. Comme elle avait un temple sur un haut promontoire appelé AtxTiSwatov, elle portait l’épithète de Atxiuwa, ou Atxxuwaia, qui souvent sert seule à la désigner. Britomartis aimait la solitude des montagnes et des bois et voulait rester vierge, ce qui

335 Otf. Millier, Handbuch. d. Arch. § 364; Conze, Alelische Thongc fasse, pi. iv (très ancienne représentation); Müller- Wieseler, Dcnkm. II, xv, 156 t, 157, 157 b , 158, 158 a, 159, 160, 168 a, 170 a; I, 138 6; Gaz. archéol. 1878, p. 12, pl. ni; Arch. Zeit. 1861, p. 201, pl. 154, n°J 4, 5 ; 1876, p. 163; Clarac, Mus. de sculpt. pl. 284 à 286; Stephani, l. I. p. 25 et s.; Bull, de corr. hell. VIII, p. 391. Cf. Gaz. archéol. 1880, p. 49; terres-cuites de la Collection /.écuyer, pl. n.

386 Elite céram. II, pl. xxv; cf. xvni et xxxvi B; 0. Benndorf, Gricch. und

Sicil. Vas. pl. xlix, 4; ixxvi, 8; Gaz. arch. 1885, pl. 32, n" ï (Pottier) ; de Luynes, Descript. pl. xxv; Decharme, Myth. de la Grèce ant. 2" éd. p. 146.

387 Benndorf, Op. I . pl. xlviii; Jahrbuch des deut. Inst. 1886, p. 146, n° 2955 ;

Elite ccram. II, pl. xc; Alonum. delV Inst. 1881, pl. 33, etc. — 383 Müller-Wieseler, Dcnkm. II, pl. nv, n" 150; cf. pl. xm, n° 142; Elite céram. II, pl. t-xxiv. — 389 Ké-

s’explique par ce fait qu’elle était une nymphe de Gortyne. Une telle divinité avait trop de rapport avec l’Artémis hellénique pour tarder à se confondre avec elle.

Selon certains auteurs, Britomartis ou Dictynna n’aurait été qu’une nymphe du cortège d’Artémis, très aimée de la déesse 392 ; mais il est certain qu’il y a eu entre la déesse et la nymphe une confusion complète. Les noms de Britomartis 393 et de Dictynna 391 sont devenus des épithètes d’Artémis ; le dernier se rencontre le plus fréquemment, et môme il est assez ordinaire de rencontrer le mol Ai'xTuwa employé seul pour désigner Artémis. Euripide appelle même Dictynna « fille de Léto » 30S. On en est arrivé à appliquer le nom de Dictynna <à des divinités confondues elles-mêmes avec Artémis, par exemple Hécate 390 et Artémis Taurique 397 . Lorsque Artémis est nommée Dictynna par les Grecs, c’est la chasseresse qui est invoquée. En effet, pour expliquer le mot Ai'xruwa, on avait imaginé plusieurs légendes; dans l’une, la nymphe Britomartis, poursuivie à travers les montagnes de Crète par Minos, échappait au ravisseur en se précipitant dans la mer; des pêcheurs la recueillaient dans leurs filets (iîixtu;), et elle méritait ainsi d’être appelée déesse aux filets, Ai'zxuwa, tandis que le promontoire d’où elle avait plongé dans la mer devenait le Atxxuvvxtov 398. Une autre tradition portait que Britomartis, tandis qu’elle chassait,

kulé, Griech. Thon fig. ans Tanagra, pl. xvu; Furtwaengler, Collection Sabouroff , pl. 125, 126; Arch. Zeit. loi’, p. 221; Welcker, Alte Dcnkm. III, pl. xvm, etc. , Paus. VIII, 37, 4 (statue d’Artémis, en Arcadie, dans le temple de Despoina), etc.

— 390 Becker, Augusteum , II, pl. 45; Clarac, Mus. de sculpt. pl. 564, 565, 566, 568, 572; Müller-Wieseler, II, pl. xv, 162, 162 a; xvi, 167, 1.68, 16!) ô, 181, etc.

— 391 Voy.dans le 1er vol. du Dictionnaire , l’article Britomam-is ; Roscher, Ausführl. Lexilc. s. v. Britomartis (Rapp). — 392 Callim. Hymn. Art. 189 et s.; Eurip. Hippol . Schol. ad 146; Paus. II, 30, 3. — 393 Hesych. s. v. BpitojJiayTi; ; Elym. Magn. s. v. ; Callim. Hymn. Art. Schol. ad 200. — 39V Aristoph. Ban. Schol. ad 1356; Paus. III, 24, 9 ; X, 36, 5; Plut. De Sot. anim. 36. — 395 Eurip. Iphig' Taur. 126. — 396 Eurip. Hipp. Icliol. ad 146; Virg. Ciris , 305. — 397 Uyg. Fab. 261. — 398 Callim. Hymn. Art. 189 et s.

DIA

s’élait prise elle-même dans des ûlets, et qu’elle fut sauvée par Artémis à qui elle éleva, par reconnaissance, un temple sur un mont qui prit dès lors le nom de Atx-ruwacov, du nom d’Artémis Ai'xtuwa 3". Plutarque dit qu’il y avait des temples et des autels d’Artémis Dictynna dans presque toutes les parties de la Grèce 40°. On trouve signalé son culte sur un promontoire, au bord de la mer, près de Gythion, à Sparte 401 et en Phocide, entre Anticyre et Ambrossos 401. Suivant une légende 403, les pécheurs qui recueillirent Britomartis, après son saut dans leurs ûlets, voulurent lui faire violence ; la déesse disparut à leurs yeux et se réfugia dans les bois de l’ile d’Égine 40t, où elle fut adorée sous le nom d’Atpai'a (on àtpav^; Èyevet o). ’A'pala doit être sans aucun doute assimilée à Artémis Aîyivou'a, qui avait aussi un temple à Sparte. 11 est fort probable que le culte d’Artémis ’laiwpia, dans cette même ville, et dans le sanctuaire proche du cap Ténare, n’était autre que celui de Britomartis 40S. Antoninus Liberalis établit la même assimilation entre Britomartis Dictynna et Artémis Laphria; le culte de la déesse Cretoise serait passé de son île d’origine à Céphallonie, et de là sur le continent 406. Pausanias reconnaît bien dans Laphria une divinité étrangère, mais il la fait venir de Phocide. Un des principaux sanctuaires de Dictynna, en Crète, était celui de Cydonia; il n’est donc pas surprenant de trouver la mention d’une

Artémis Rucwvtâç dont l’image est reproduite sur les monnaies de cette ville (fig. 238-1) 407.

XI. Artémis guerrière et pacifique. — La chasse est l’image de la guerre; Artémis est aussi une divinité guerrière. On la voit armée de l’arc, de la lance ou de torches allumées 408, à côté des autres déesses, dans la guerre contre les Géants. Dans l’Iliade, elle prend part aux combats comme les autres Olympiens. Dans Œdipe à Colone, le chœur supplie Apollon chasseur et Artémis de venir en aide aux guerriers qui poursuivaient Créon, ravisseur d’Ismène et d’Antigone. La déesse est appelée dans cette circonstance « celle qui poursuit les rapides cerfs mouchetés », et ces mots indiquent bien que le rôle guerrier d’Artémis dérive de son rôle de chasseresse 409. D’ailleurs, dans ces vers, il s’agit d’une embuscade, presque d’un affût. Dans les Phéniciennes d’Euripide410, Antigone demande qu’Artémis tue d’une flèche Parthénopée, fils d’Atalante, qui marchait contre la ville de Thèbes. Artémis ’AypoTépa, d’Agræ, en Attique, n’était pas seulement une

399 Aristoph. Ran. Schol. ad 1356. — 400 plut. De Sol. anim. 36. — 401 Paus. III, 24. 9. — 402 Paus. X, 36, 5. — 403 Antou. Liban. Transf. 40. — 40V paUs. II, 30, 3 ; III, 14, 2 ; Anton. Lib. 40 ; Hesych. s. v. ‘Asoda. — 403 Paus. III, 14, 2 ; III, 25, 3 ; Imhoof-Blumer et Percy-Gardner, Num. comm. on Paus. p. 54, pl. n, et 2. — 406 Ant. Liber. 40. — 407 Orph. Hymn. XXXVI, 12; Percy-Gardner, Types of greek Coins, pl. xii, 50. — 408 Apollod. I, 6; II, 5. Amphore du Louvre : Monum. publ. par l'Assoc. des études grecques, 1875, pl. i. Amphore d’Egiue à Berlin : Gerhard, Trinkschalen und Gefàsse, pl. 11. Amphore de Vienne : Millingen, Ane. uned. monum. pl. viii (= Élite céram. I, pl. vi). Amphore de Saint-Pétersbourg : Stephani, Vasensammlung, d. k. Ermitage , 523 ; Minervini, Bull. arch. Napolil. II, pl. vi (= Muller- Wieseler, Denkm. II, 843). Bas-reliefs : Mus. Chiaramonti , ï, pl. xvii (= Alillin, Caler, mythol. pl. xxxv, 113; Müller-Wieseler, Denkm. II, 848); Stark, Gigantoma-

DIA

chasseresse; le 6 du mois Boédromion, pendant les fêtes anniversaires de la bataille de Marathon, les Athéniens lui sacrifiaient cinq cents chèvres [agroteras trysia] 4“; le polémarque était chargé du sacrifice 412. On avait élevé un sanctuaire à Artémis EuxXeiï, glorieuse, avec le butin pris aux Perses à la même bataille 413. A l’occasion de la bataille de Leuclres, on avait consacré à la même déesse, à Thèbes, une statue, œuvre de Scopas 414. Artémis Nt'xr), victorieuse, est jointe, dans une inscription, à Apollon Palatin 4i5. Une épigramme témoigne de la consécration d’un bouclier à Artémis, qui, dans ce cas, ne pouvait être considérée que comme divinité guerrière416. Du reste, plusieurs monuments, entre autres une monnaie d’argent de Bithynie, du règne de Nicomède Ier (Qg. 2382), représentent Artémis avec un bouclier et une épée 417. Elle est debout tenant le bouclier et la lance sur des bronzes impériaux frappés à Lacédémone et à Laodicée de Syrie (fig. 2383) 418, casquée sur une monnaie des Magnètes de Thessalie 419, et ces attributs guerriers lui ont été dévolus dès une haute antiquité, comme on l’a vu par la figure 2346. Cela nous conduit à admettre comme possible l’identification proposée de certaines idoles en forme de gaines, surmontées d’un torse de déesse casquée et portant un bouclier rond, avec Artémis plutôt qu’avec Athéné 420.

Les contraires naissent des contraires; aussi ne faut-il pas s’étonner de voir Artémis devenir une déesse pacifique, car de la guerre sort la paix. Artémis ’AsTpaTcta était honorée à Pyrrichos, en Laconie. La tradition locale prétendait que la déesse avait arrêté là une invasion des Amazones421. Sans doute il faut rapprocher de cette légende la tradition de Mégare où l’on prétendait qu’Artémis Xwreipa avait, trompé et dérouté les Perses alors qu’ils voulaient rejoindre à Thèbes leur chef Mardonios 422.

Une statue, œuvre de Strongylion, consacrait ce souvenir à Mégare: une statue d’airain toute semblable (voy. page 133, fig. 2352) rappelait le même fait à Pagæ, sur la frontière de Béotie 423. C’est dans un sens analogue qu’il faut entendre le surnom de XwantoV.ç qu’Artémis porte sur une monnaie de Syracuse. On peut aussi rattacher au même ordre de faits et expliquer comme des représentations d’Artémis XwTstpx, d’autres images où l’on voit la déesse, le carquois sur l’épaule, tenant l’arc ou une autre arme, en long vêtement flottant ou tombant sur ses

chie , pl. i ; Overbeck, Kunstmyth. Atlas, pk v, 2 a. — 409 Soph. Oed. Col. 1091 et s.

— 410 Eurip. Phoen. 152. — 411 Plut. Glor. Athen. 7; Malig. Her. 26; Xeuoph. Anab. III, 2, 12 ; Aeliaii. Vet. ffist. II, 25 ; Aristoph. Equit. 660 et Schol. — 412 Pollux, VIII, 91. — 413 Paus. I, 4, 5 ; Corp. insc. gr. 467. — 41V Ulrichs, Scopas , p. 77 et s. ; cf. Roscher, Ausführl. Lexik. p. 576. — 415 Orelli, Inscr. n° 2626 ; cf. n° 1462.

— 416 Anthol. Pal. VI, 128. — 417 Müller-Wieseler, Denkm. II, pl. xvi, n° 178.

— 418 Imhoof-Blumer et Percy-Gardner, Num. Comm. on Paus. pl. n, 3, 11, 12. Pausanias (IV, 13, 1) parle d une ancienne idole d’Artémis dont le bouclier tomba.

— 419 Müller-Wieseler, Denkm., n° 178 b. — 420 Arch. Zeit. 1849, p. 70, Anm. 20, pl. vii. — 421 Paus. III, 25, 3. — 422 paUs. I, 40, 2-3. — 423 Paus. I, 44, 4; Imhoof-Blumer et Percy-Gardner, Num. Comm. on Paus. pl. i; Megara , 1 ; Pagae , 1, 2.

Artémis guerrière.

Fig. 2384. — Artémis pacifique (Dresde).

DIA

DI A

pieds *n; l’expression douce dont son visage est ordinairement empreint convient mieux encore à la divinité secourable qu’à la guerrière ou à la chasseresse. Telles sont les statues conservées aux musées du Vatican, de Dresde (fig. 2384), etc. 423.

XII. Artémis protectrice des villes. — Artémis apparaît souvent comme fondatrice ou protectrice des villes, caractère qui lui est du reste commun avec toutes les divinités helléniques, et en particulier avec Apollon. Une longue série d’épithètes se rapporte à ces attributions. Dans l’hymne de Callimaque, la déesse demande à Zeus une seule ville, car elle veut aller rarement dans les cités. Zeus, plus généreux, lui en donne trente, avec un grand nombre d’iles. Elle mérite donc les épithètes de IIoXu7tToXii; etIloXu;^'Xa0po; 426 . Il semble qu’il y ait là contradiction entre la nature errante de la chasseresse et les faits. Mais il ne faut pas, comme on le fait quelquefois, vouloir établir un lien logique entre toutes les attributions diverses d’une même divinité. Artémis, qui aime avant tout les campagnes où abonde le gibier, avait aussi des adeptes dans les villes. Ces dévots, par un sentiment bien naturel, attribuaient à leur idole tous les pouvoirs et lui demandaient avant tout de les protéger et de protéger leurs cités; obtenir ses bienfaits est le premier souci des habitants; ils lui rapportent tout ce qui leur arrive d’heureux et la regardent comme l’inspiratrice de toutes leurs entreprises. C’est ainsi que les habitants de Bœæ, en Laconie, prétendaient qu’Artémis avait désigné l’emplacement où ils devaient bâtir leur ville 427. Les noms d'Ap^-féin; 428, 'Hysadvv) 433, IlaTpwa 43°, IhTpiwTt; 431 , IloXinid/oç 432, doivent faire allusion à des croyances de même nature. Les épithètes 2wTstpa, SmsutoXi;, ’EXeuOepa, que nous avons déjà rencontrées, peuvent indiquer, non plus la fondation des villes, mais la protection accordée aux villes dans des circonstances difficiles. Il est enfin toute une suite de noms qui marquent les soins plus généraux donnés aux cités. Artémis IlpoTtuXata avait à Eleusis un sanctuaire en avant des portes du grand temple de Déméter qu’elle semblait protéger ainsi que toute la ville 433. Il faut en rapprocher Artémis Tùh'sxotoç qui protégea un temple, l’Aristarchéion, à Élis, contre le voleur Sambikos 434. Artémis npouxaT/ipia défendait l’entrée d’Halicarnasse ; elle portait aussi le nom de ITpôSpoao; 43S. Il faut joindre à ces épithètes celle de KXy]3oü£o;, sous laquelle on la trouve aussi invoquée 436. A Athènes, le prêtre d’Artémis ’EtrntupYtSîa avait un siège au théâtre de Dionysos; c’est sans aucun doute la même divinité qu’Hécate ’E7r[irupYtSia (dressée sur une tour) 437. Voici maintenant des attributions plus spéciales : Artémis ’Ayopafa préside aux marchés 438 ; Artémis dh/utati; ixlaxono;, comme Apollon Ayuisuç, veillait à la sûreté des rues 439, et peut-être Artémis ’Eîti'aç à celle du foyer 44°. Artémis

*2* Muller- Wieseler, Denkm. pl. xv, 162, 162 a; xvi, 167, 174 B; Clarac, Musée, pl. 286, n° 1216; 561, n° 1196; 562 B, n° 1209; 569, n° 1203 A; 564, n° 1207; 564 A, n° 1214 B ; 568, n° 1209 B; 509, n° 1213, 1214 A ; 571, n° 1220 ; 574, n® 1231; Arch. Zeit. *880, pl. 17. Comp. la tête d’Artémis avec l’inscription EQTEIPA sur une monnaie de Syracuse, Specimen of anc. Coins of mag. Graec., pl. xvi (= Guigniaut, Nouv. (jaler. myth. pl. lxxxix, 321 b ; Müller-Wieseler, Denlcm. Il, 163 A; Fiorelli, Num. aliquot. Sic. Naples, 1825) ; cf. Mitscherlich, De Diana Sospita , Gtftt. Progr. 1821 ; Roscher, Ausführl. Lexik. p. 575. Voy. une terre-cuite de la collection Bammeville ( Catalog . de vente, 1881, n° 105) avec l’inscription EQTEIPA au revers.

— 425 Becker, August. II, pl. 45; Mus. Pio. Cl. I, 29; Clarac, pl. 369, n°1214 A; 562 B, n° 1209 D ; Élite céram. II, pl. lxxxvii; Monum. ined. 1833, pl. lvii, 1 et 2; Annali , 1833, p. 25 5. — 426 Callim. Hymn. in Art. 33, 225. — 427 Paus. III, 22, 12.

— 428 Aristoph. Lysist. 644 et Schol. ; cf. Wood, Ephesos, Disc. gr. T/ieat. I, col. I,

1. 17. — 429 Paus. III, 14, 6 ; VIII, 37, 1 et 47, 6 ; Callim. Hymn. in Art. 227 ; Polyaen. VIII, 52. — 430 paus. II, 9, 6, déesse représentée sous la forme d’une colonne. — 431 Corp.

’EvoSia ou EîvoSi'v] était la protectrice des voyageurs441; on lui consacrait des chapeaux, symboles du voyage UtTXov, 6Sonropt'r)ç «T'fpSoXov). Mais il y a plus : Artémis ne se contente pas de cette protection matérielle. Sous le nom d’Appata, elle inspire les orateurs : « elle trône glorieusement dans le cercle de l’agora », dit Sophocle 442. Thémistocle fonda à Athènes le culte d’Artémis ’AptaToëouXv), déesse des bons conseils; ce nom devient quelquefois simplement Bougon** 443. Le nom de IIecOio, persuasion, que prenait Artémis à Argos, bien qu’il s’explique par un mythe local, se rattache pourtant aux noms précédents 444.

Il serait long et inutile d’énumérer toutes les villes qui honoraient Artémis en donnant leur nom à la déesse, toutes celles où elle méritait vraiment, comme à Éphèse, le nom de IIpwToQpovi'a 44S. Mais il est nécessaire de montrer que la déesse avait des préférences pour les villes situées dans les montagnes, sur le bord de la mer et dans les îles. D’après une étymologie qu’il est difficile d’accepter, car elle s’accorde peu avec l’ensemble des caractères qui distinguent Artémis, le nom même d’Artémis viendrait de ce qu’elle a créé le monde parfait « Su âpna xaî -reXeia xal avsXXtTtrj imitas tà xatà xôdpiov tpavsïaa 446. » Mais elle ne paraît nulle part ailleurs comme divinité créatrice, et même l’épithète de yaiaoyo;, qu’on lui trouve appliquée, ne doit pas être prise dans un sens trop large. Artémis a une prédilection marquée d’abord pour les montagnes et les villes situées sur les hauteurs. C’est peut-être à son goût pour la chasse dans les montagnes qu’elle doit ses noms d’ ’OpE'.xtç 447 et d”Op£tXô/7] 448. Mais le nom d”Axpla, à Argos, lui était donné parce qu’elle avait sur le mont appelé ''Axpov un temple fondé suivant. la tradition par Mélampus après la purification des Prœtides 449. L’Artémis Orthia de Laconie avait près de la même ville un sanctuaire sur le mont Lyconé 430 ; dans la même région, près d’Epidaure, se trouvait sur un sommet le temple d’Artémis Kopu-jmx 431 . En Arcadie, il y avait sur l’Artémision, sommet de la chaîne du Ménale, un sanctuaire d’Artémis OîvoaTt; 432 ; près d’Orchomène, à mi-flanc d’une montagne, un temple d’Artémis Tpma 453. Sur le mont Cnacalos, on vénérait Artémis KvaxaXvjOta 434, près de Caphvæ ; sur le mont Crathis, près de Phénéos, Artémis Ilupiovtct. Ce nom venait de ce que les Argiens allaient chercher dans ce temple du feu pour le porter à Lerne 435. A l’Acropole de Patras on conservait une statue d’Artémis Laphria (fig. 2385), œuvre de Menæchmus et de Soidas de Naupacte, qu’Auguste avait fig- 2385. — Artémis enlevée, pour la donner à Patras, de la montagne de Calydon 43G. Artémis ’hauipla ou ’Iowpx régnait sur le mont ’lcruolptov, en Laconie 437. En Asie Mineure, Artémis était particulièrement honorée sur le Tmolus (Ar-

insc . gr. 1444. — 432 Apoll. Rhod. Argon. I, 312. — 433 paus. 1, 38, 6. — 43V p|ut. Quaest. gr. 47.-435 Corp. insc. gr. 2661 . Cf. Aesch. Sept, ad T/teb. 450.-436 Gerhard, Griech. Myth. 338, 6 g. — 437 Corp. insc. att. 268 ; cf. Paus. II, 30, 2. — 438 paUs. V, 15. 4. — 439 Callim. Hymn. Art. 38 ; Anthol. Pal. VI, 266. — 4V0 Corp. insc. gr. 2683; cf. Polyb. XVI, 12, 14. — 441 Anthol. Pal. VI, 199; Cornut. Denatur. deor. 34.

— 4 42 Soph. Oed. tyr. 161. — 443 Plut. Them. 22; Corp. insc. att. I, n°* 112, 113; Plut. De Herod. malign. 869 D. — 444 Paus. II, 21, 1. — 445 Paus. X, 38, 6. — 446 Etym. Magn. s. v. "Ap-cepu?. — 447 Polyb. XXXII, 25, 11. — 448 Ammiau. XXII, 8. — 449 Hesych. s. v. ’Axpta, axpov, àxpoû/Et — 450 paus. II, 24, 5; Le Bas et Foucart, Inscript, du Pélopon. 162 b, 162 c, 162 d; la forme locale du nom était Bwp-rî'a. — 451 Paus. II, 28, 2; Steph. Byz. s. v. — 452 Steph. Byz. et Hesych. s. v.; Callim. Hymn. Art. 224; Eurip. Herc. fur. 379. — 453 Paus. VIII, 5, Il ; 13, 1. — 454 paUs. VIII, 23, 3.

— 455 Paus. VIII, 15, 9. — 456 Paus. VII, 18, 9 et 10; Imhoof-BIumer et Percy- Gardner, Num. Comm. on Paus. p. 77, pl. q, 6-10. — 457 0. Millier, Dorier , I, 374, II, 50; Steph. Byz. s. v. 'Itxtnipiov; Paus. III, 12. 8; 14, 2; 25, 4.

DIA

DIA

témis T|WXta) 468, sur le Sipyle (Artémis KosSdxa) 489, etc.

Les villes maritimes où Artémis avait un culte sont aussi entrés grand nombre; citons en Grèce Munychie, l’un des ports d’Athènes 400 ; Trœzène, où l’un des premiers rois du pays, Saron, avait élevé un temple à Artémis 2apwvt; ou Sxpwvi'ot, près de la mer, au milieu des marécages ',l3, ; Naupacte, où elle portait le nom d’AîxoAfç, Étolienne 482, Mothone en Messénie 403, etc. Le nom d’Artémis ’Axxaia, déesse des côtes, qu’il faut rapprocher de celui d’Artémis IlapxXîa ù Chypre 46\ indique bien ce goût particulier pour la mer. Mais, de plus, Artémis a la garde spéciale des ports. Elle s’appelle Atfisvocy.OTTOç, Xigevsucrtv ittlaxomi;, <I>[Xopp,i5X£tpa, Aiusvïxtî 46S. Il s’ensuit naturellement qu’elle protège les navigateurs. A Rhodes, elle est Europia, qui donne les bonnes traversées 466, à Siphnos ’Ex6axx,ptaç, qui donne les bons débarquements 481 ; à Pagasæ on l’adorait sous le nom de Nvioairoo;, salut des vaisseaux 468. Sur des monnaies de Démétrias, ville des Magnètes, fondée par Démétrius Poliorcète, Artémis, l’arc à la main, est debout sur la proue d’un navire 489. Si elle est irritée, elle peut retenir les flottes au rivage, comme celle d’Agamemnon à Aulis, où le roi, du reste, lui avait élevé un temple et des autels 47°. Des monnaies de Leucade (fîg. 2386) portent l’efügie d’Artémis debout, ayant un croissant sur la tête, une biche à ses pieds, derrière elle une colonne surmontée d’un oiseau, et tenant de la droite un aplustre ; Artémis Mounychia, de Phygéla, a la tête ornée d’une proue, sur une monnaie de cette ville 411 .

Zeus, dans l’hymne de Callimaque, donne à sa fille beaucoup d’îles, où elle aura des autels et des bois sacrés. De fait elle avait un culte dans un grand nombre des Cyclades et des Sporades, à Délos (Artémis AvAtch, ’Opxuyix, KuvQta) 412, à Céos 473, Siphnos 474 (Artémis ’Exéaxïipta), Léros 478 (flap'itvoç), Pat.mos 470 (’EXasïiëoXoç, ZxuOi'a), Théra477, Astypalæa 478 (MEvSvjci'a) ; Anaphé 479 (ütoxcipa), en Crète 480 (Aixxvvva); à Rhodes et dans la petite île d’Icaria qui lui était consacrée tout entière 48‘, ainsi que la petite lie de Doliché 482, en face de la côte lycienne, et un îlot proche de Colophon 483, à Samos (Artémis Tauoo^ôXoç, Kanpocpâvoc, ’luëpaatv], Xr,(ii'xc) 48i, à Lesbos (Artémis 0£ppu'o<) 485 ; à Lemnos (Artémis Taupooi), à Andros 480 (TocusottoXoç), en Eubée, à Aulis, à Amarynthos 487 (Artémis ’AuotpuvSta, peut-être la même qu’Artémis ’Auapuata, en Attique), et au nord de l’île (Artémis Hposr.tox) 48B, à Egine (Artémis ’A-pai'oc, Aïyt vua) 489.

XIII. Artémis d’Ephèse. — Nous avons étudié les diverses attributions et les différents caractères de l’Artémis hellénique sans nous poser aucune question sur l’origine même d’Artémis ; ces attributions, ces caractères, nous les avons constatés et dénombrés sans nous de-

Fig. 2386. — Artémis marine.

mander si la déesse ne les a pas empruntés à des divinités étrangères. Les rapports étroits d’Artémis avec quelques divinités orientales semblent ne laisser aucun doute à cet égard. Mais il est arrivé qu’après avoir emprunté, sans doute, quelques-uns de ses caractères essentiels à des divinités asiatiques, Artémis à son tour, et à une époque bien postérieure, leur a donné quelques-uns de ses traits helléniques : un contact s’est établi de nouveau entre la Grèce et l’Asie, mais dans un sens inverse, et les Asiatiques ont assimilé certaines de leurs déesses avec la déesse hellénique qui, en quelque sorte, descendait d’elles. Actuellement, selon l’heureuse expression de M. Heuzey 49°, nous pouvons surtout nous rendre compte de celte « action en retour », c’est-à-dire de l’influence que le culte hellénique, depuis longtemps oublieux de ses origines, a exercée sur les cultes d’Asie. La religion a subi les mêmes lois, est passée par les mêmes étapes que les arts plastiques, et l’Artémis d’Ephèse, par exemple, ou l’Artémis persique, nous sont connues surtout et doivent être étudiées comme les descendantes, non comme les ancêtres de l’Artémis grecque.

Le temple de la divinité adorée à Éphèse sous le nom d’Artémis était un des sanctuaires les plus fameux de l’antiquité grecque. La nature de cette déesse, le culte qui lui était rendu, sont si différents de la nature et du culte de l’Artémis hellénique, qu’on est forcé d’admettre qu’Artémis a remplacé à Ephèse une divinité asiatique plus ancienne, et ce fait est du reste prouvé par la persistance de certains éléments tout à fait étrangers à la conception de l’Artémis hellénique, et qu’il est assez facile d’isoler. Dans le culte de l’Artémis hellénique, malgré les rapports et même la confusion de la déesse avec Ilithye, malgré son caractère de déesse mère et ses rapports avec Déméter et Dionysos, Artémis est restée avant tout une divinité chaste. Or, dans le culte de l’Artémis éphésienne, on trouve surtout des éléments orgiastiques. On connaît assez bien la composition du personnel de prêtres et d’hiéropes qui desservaient le temple; quelques-uns ont des noms purement helléniques, et l’on peut retrouver ces fonctionnaires dans presque tous les temples de la Grèce. Mais il en était d’autres dont le caractère, comme le nom, sont purement orientaux. Sous les ordres du grand prêtre, de l’àpyiépsu;, était placé tout un collège de prêtres appelés Mégabyzes, MEydêiiîoi ou MefaXêSutioi491. Ces prêtres, dont le nom est sans doute persique, étaient des eunuques. L’un d’eux était spécialement nommé MûÇoç. 11 faut probablement voir dans ces Mégabyzes les successeurs des prêtres de la déesse primitivement adorée à Éphèse. L’hypothèse la plus vraisemblable est qu’Artémis d’Éphèse était à l’origine la Grande Mère des dieux, dont le culte était si répandu dans toute l’Asie antérieure, depuis la Perse jusqu’à la Phrygie, ou bien quelque divinité du même cycle. Artémis d’Éphèse est appelée quelquefois pteyacXx), la grande 492, fj [^t'cxx] Qeà ’Apxep.i;493, ’E^lcou àvaaaa494, dénominations qui rappellent d’assez près celles qu’on donne

468 Athen. XIV, 38. — 459 Paus. VI, 22, 1. — 450 Paus. 1, 1, 4. — 461 Paus. II, 30, 7 ; 32, 10. — 462 Paus. X, 38, 12 ; Strab. V, 215. — 463 Paus. IV, 35, 8. — 404 Gerhard, Griech. Mxjth. § 338, 4f ; Cesnola, Cyprus , p. 429, n° 37. — 455 CalIIm, Ihjmn. Art. 39, 259 ; Anthol. Palat. VI, 105. — 406 Hesvch. s. v. — 467 Hesych. s. v. — 468 Apoll. Kh. I, 570. — 409 Mionnet, III, 143 , 59 9.- 470 Paus. I, 43, 1 ; IX, 19, 6; Strab. XIV, p. 639 ; Tit. Liv. XLV, 27; Corp. inscr. gr . 5 9 41. — 471 Duruy, Hist. des Grecs , 1S8G, 1. I, p. 17 ; Miiller-Wieseler, Denlem. II, pl. xvi, 175, 175 a; Arch. Zeit. 1869, p. 104. — 472 Voy. p. 131. — 473 Ant. Lib. I. — 474 Hesych. s. v. ‘ExSatripta. — 475 Ross, Inselreisen , II, p. 121. — 470 Ibid. Inscr. n“ 190; II, p. 137. — 477 Ibid. Inscr. u° 215. — 478 Ibid. Il, p. 01 ; Inscr. u» 158. — *79 Ibid. I, p. 78. — 480voy .

p. 116. — 481 Hesych. s. u. EO^oçIa; Strab. XIV, 639; Gerhard, Griech. Myth. § 334, 3 c, d. — 482 Callim. Hymn. Art. 187. — 483 Strab. XIV, 643. — 484 Herod. III, 48. 59; Steph. Byz. s. v. laoforiU; ; Hesych. s. v. Karfo?àTo;; Callim. Hymn. Art. 228. — 485 Voy. p. 140. — *80 Mitth. Deut. Arch. Inst. Athen, I, p. 240; cl. Ross, Inselreis, p. 20.— 487 Callim. Hym. Art. 192; Paus. I, 31,5; Strab. X, 448. — *88 Mitth. Deut. Arch. Inst. Athen, VIII, p. 7, 202. — *89 Voy. p. 147.

— 490 Catal. des figurines du Louvre, p. 38, 85, 240-241. 491 Strab. XIV, 641 •

Xenoph. Anab. V, 3, 6; Apostol. V, 44; Plin. XXXV, 93; Maury, Relig. de l'a Grèce, III, p. 157. — 492 Corp. insc. gr. 2963 c. — *93 Wood, Discov. at Ephesus, Insc. Theat. p. 24, etc. — 494 Corp. insc. gr. 6797.

DI A

à la Mère des dieux. Un texte important, aussi bien que l’existence et le nom des prêtres eunuques MeyâSuÇot, met en lumière le caractère orgiastique de l’Artémis d'Ephèse : elle est invoquée dans un hymne comme « paivoiSa, OiASa, çotëâîa, XuaaâSa, ménade, bacchante, prophétesse, frénétique495. » Strabon, qui parle longuement du culte éphésien, raconte que la congrégation des Curètes célébrait des festins et « accomplissait des sacrifices mystiques » en l’honneur delà déesse 496. On sait toutes les indécisions qui existent au sujet des Curètes [curetes]; mais leur origine phrygienne, leur confusion fréquente avec les Corybantes, Cabires, etc., leur importance dans les mythes et les cultes hellénisés de l’Asie 491, le rôle qu’ils jouent dans le cas qui nous occupe, le collège éphésien qui porte leur nom, sont un argument assez fort en faveur de notre hypothèse. Ajoutons que d’après une vieille tradition dont l’érudit Callimaque s’est fait l’écho, la première idole de la déesse aurait été dressée au pied d’un chêne par les Amazones guerrières 498 ; or, si l’on admet que le mot Amazone signifie femme au sein coupé (à privatif, gaÇô;, sein) 499, n’y a-t-il pas un rapprochement à faire entrecette mutilation des Amazones et celle des Mégabyzes? Elles ne s’expliquent l’une et l’autre que par la dévotion à une divinité orgiaque. D’autres arguments peuvent être tirés de l’élude des monuments figurés. Strabon raconte qu’il y avait à Éphèse plusieurs temples, les uns très anciens, les autres plus récents ; dans les premiers il y avait, de son temps encore, d’antiques statues qu’il appelle des Ço'ava600. Aucune image exacte de ces idoles de bois ne nous est parvenue, mais il est facile de se les représenter d’après les

statues plus modernes qui nous restent (Qg. 2387), ou d’après celles qui sont représentées sur les monnaies (üg. 2388) :

toutes affectent un type essentiellement différent des statues de l’Artémis hellénique "‘.D’abord, toute la partie inférieure du corps est enfermée, depuis la taille, dans une gaine cylindrique qui rappelle le fût d’une colonne ; le torse n’a pas non plus un aspect humain : il est couvert d’un grand nombre de mamelles (Artémis Ilol.ugaato,-)802 ; les bras se détachent du corps et les deux mains ne tiennent aucun objet, mais quelques statues antiques représentées sur d’autres monuments, sur des monnaies ou des pierres gravées, montrent que tantôt elles étaient soutenues par de longues tiges ou bâtons 503 dont une extrémité était posée sur le socle, près

495 Plut. De aud. poet. p. 22 a; Meineke, Anal. Alex. p. 226. — 490 Strab. XIV, 640 : « Kat Ttva; jAtxrnxàç ôuaîa; ê"iTt).tT. » — 497 Strab. X, 466; Paus. V, 7, 6, etc.; Roscher, Ausführl. Lexik. s. v. Dactyloi ; voy. dans le Dictionnaire l’article dactyli. — 498 Callim. Hymn. Art. 2 42 ; Dion. Perieg. 828 et s. — 499 Maury, O. I. III, 162; Roscher, Ausführl. Lexik. art. Amasoncs, p. 270 et s. ; ci. notre t. I, p. 221. — 500 Strab. XIV, 640 ; cf. Xenoph. Anab. V, 3, 12; Plin. XVI, 213 (40); Vitruv. II, 9, 13. Sur Ephèse et son culte, cf. Guhl, Ephesiaca. Berl. 1843; Falkener, Ephesus and the temple of Diana , Lond. 1862; A. Maury, Rclig. de la Grèce , III, p. 15 et s.; E. Curtius, Ephesus, Derl. 1874; Wood, Discover. at Ephesus, Lond. 1877. — 501 Menetreius, Symbolica Dianae Ephesiae statua , Rome 1688: Clarac, Musée de sculpt . IV, pl. 561 et s., u°» 1195, 1197, 1198 A, B, C, 1199;

des pieds, tantôt des bandelettes qui, selon Hésychius, s’appelaient des xXr|t§eç604 et qui probablement ont valu à la déesse l’épithète de IToXuOijcravoç 505. La tète est coiffée d’un haut modius; tantôt un voile s’adapte derrière le modius et tombe sur les épaules en affectant une forme de disque, comme une auréole; tantôt le voile est remplacé par un véri- Fig. *388. — Artémis d’Éphtae. table disque ; une sorte

d’égide couvre le haut du torse, depuis le cou jusqu’à la première ligne de mamelles. Enfin, fait très remarquable, la surface de la gaine est divisée en compartiments où se détachent en relief des animaux symboliques, lions ailés, taureaux ailés, béliers, griffons, abeilles; d’autres animaux de même nature grimpent le long des bras; d’autres occupent jusqu’au champ du disque, autour de la tête. Tout ce symbolisme montre une divinité de la nature, personnifiant surtout les forces vitales et nourricières de la terre. Vouloir pénétrer plus avant et désigner catégoriquement la divinité orientale qui est devenue l’Artémis d’Ephèse, comme on a tenté de le faire, semble fort téméraire. Cherchons seulement quels éléments helléniques sont venus s’ajouter à ces éléments orientaux.

Lorsque, sous Tibère, le sénat romain voulut restreindre le droit d’asile des temples dont les villes abusaient pour assurer l’impunité à une foule de criminels, les Ephésiens vinrent, les premiers de tous les Grecs, demander qu’on fit exception pour eux, parce que, contrairement à la tradition reçue, c’était à Ephèse, le sixième jour du mois Thargélion506, dans le bois d’Ortygia, sur le bord du fleuve Cenchrios, sous un olivier qui existait encore, que Latone avait enfanté Apollon et Artémis 507. La même légende est rapportée par Strabon 508. C’est le mythe hellénique purement et simplement transporté en Asie. Le fleuve Kenchrios correspond à l’Inopos de Délos, l’olivier au palmier, le bois d’Ortygia à l’ile même de Délos. On sait d’ailleurs que Délos a porté le nom d’Ortygia, île des cailles, et peut-être la confusion des deux légendes tientelle à cette simple homonymie. Quoi qu’il en soit, cette tradition, qui n’était pas la seule (nous avons vu que la fondation du culte est attribuée quelquefois aux Amazones), était accréditée depuis longtemps, corn me le disaient les Éphésiens au sénat romain. Elle l’était certainement au iv° siècle, puisque Strabon signale dans les temples récents d’Ephèse des œuvres de Scopas : Latone portant un sceptre, et Ortygia (devenue la nourrice d’Apollon et d’Artémis) tenant de chaque main un petit enfant 609. L’autel, ajoute Strabon, était couvert d’œuvres de Praxitèle et de Thrason 8I0, qui certainement considéraient Artémis comme une divinité héllénique. Du reste, à cette époque, le type lui-mème de la déesse telle que la représentaient les statues s’est modifié dans le sens hellénique.

Mus. Borbon. VII, 11 ; Visconti, Mus. Pio Clément. I, pl. xxxi ; Id. Opéra varie, II, pl. v; Guigniaut, Noicv. galerie mythol. pl. lxxxvi, 315; lxxxvii, 314; i.xxxvm, 316, 317 318; lxxxix, 320; Miiller-Wieseler, Ben/cm. I, 12, 13; Gerhard, Ant. Denkm. pl. cclviii ; Percy-Garduer, Types of gr. coins, pl. xv, 4; Barclay V. Head, Chronol. seguence of coins of Ephesus, dans Numism. Chronicle, N. S. vol. XX, pl. ix, 2-6; Pinder, Silber médaillons, dans les Abbandl. d. Berlin. Alcad., 1855, pl. v, p. 617 et s. Voy. aussi notre t. 1", p. 255, fig. 303. - 602 Gerhard, Griech. Mythol. § 341, 1 b. — 663 Sur ces attributs, voy. Arch. Zeit. 1857, p. 70. — 604 Hesych. s, 606 Meineke, Anal. Alex. (hymn. de Timothéos), p. 226 et s. • Hesych. s. v.

GOG Wood, Ephesus, Insc. gr. th. 1, col. II, 1. 3, 4; cf. col. IV, 1. 49. — 607 Tac.

Ann. III, 61. — 603 Strab. XIV, 0 3 9. — 603 Ibid., 640. — 610 Ibid. «U.

DIA

La forme typique du xoanon subsiste ; on ne pouvait oublier complètement que l’idole primitive était tombée du ciel, envoyée par les dieux eux-mêmes, SioTtexE'ç, et Artémis demeure la déesse nolugacxxoc; et Ho^uOiiaavoç. On emploie le bois et le marbre, ou des marbres polychromes, ou le bronze et le marbre8", comme dans l'antique statue, mais elle devient la divinité chasseresse et à ses côtés on place une ou quelquefois deux biches 813 ; des coins d’Éphèse portent aussi la biche seule comme symbole 813. Comme l’Artémis hellénique, l’Artémis Ephesia devient une divinité lunaire : le voile qui entourait la tête du xoanon , comme une gloire, devient véritablement l’astre des nuits. Peut-être Artémis ne fait-elle ici que rendre ce qu’elle a emprunté; du moins faut-il remarquer que, dans l’analyse que nous avons faite pour retrouver les éléments asiatiques de l’Artémis d’Bphèse, nous n’avons rien noté qui indiquât une nature lunaire. Dans le champ d’une pierre gravée où est représentée Artémis Éphésienne avec les deux biches, on voit le soleil à gauche et un croissant de lune à droite °14. Dans une liste d’ex-voto trouvée à Éphèse, il est fait mention d une Artémis AajxTtaSri^tJpo; en argent"18. Les inscriptions d époque romaine appellent la déesse Rejeta «baessopo? 81G, indiquant en même temps que la première confusion avec la déesse de la lumière, une seconde confusion simultanée avec l’Artémis de Crète, Britomartis ou Diktynna (p. 146). Sur les monnaies d’Éphèse on voit souvent le soleil ou les étoiles, ou la torche d’Artémis51'.

Le caractère de protectrice des villes, que nous avons noté chez l’Artémis hellénique, est nettement marqué par la transformation du inodius oriental, dont était coiffé le xoanon, en couronne de tours comme celle qui semble en Grèce réservée à Déméter, à Rome et à Cybèle "18. Artémis passait d’ailleurs, dans certaines légendes, pour avoir fondé Éphèse, et portait le nom d’’Ap/.yiYÉTi; 819. Une statue de la déesse, placée aux portes d’Éphèse, semblait défendre la ville; on l’appelait : v) 0sà 'ApxEgiç

7tpo ttoAewç 830. Sa protection s’étend surtout, comme celle de l’Artémis hellénique, sur les villes maritimes. Éphèse est près de la mer et jointe à la mer par des bassins et des canaux importants. Un collège de prêtres mentionné dans une inscription porte le nom de vauSxxoüvxE;821. Selon Gallimaque, la plus ancienne prêtresse de la déesse est une Océanide, Hippo 822 ; des oiseaux de mer lui sont consacrés; une légende faisait jouer un rôle important à un poisson dans la fondation de la ville et du sanctuaire d’Éphèse c“23. Chacun de ces points a été mis tour à tour en lumière par les mythologues qui ont voulu voir dans l’Artémis d’Éphèse tantôt une divinité purement lunaire, tantôt une divinité des eaux et des marais, ou qui ont cherché à établir un parallélisme absolu entre le culte éphésien et les cultes helléniques. C’est là une exagération, mais il est certain qu’à part les noms que nous avons cités et quelques points du rituel, le culte d’Artémis ’Exsaîa

su Plia. XVI, 213 (40). — 612 Miiller-Wieseler, Dcnkm. I, pl. il, n" 13; Clm. bouillet, Catal. des Camées de la, Bibl. nat. nos 1403, 1497 ; Wood, o. I. 10. 1. 21.

— 613 Barclay Head, Coinageof Ephcsus, pl. vi et s.; Liban. Or. t. II, p. GG6. — 614 Müller-Wieseler, l. L — 618 Wood, l. 1. 1, col. III, 1. 26 ; col. IV, I. 6. —616 Corp. insc. gr. 6707 Kaibel, Epig . grâce. 708). — 617 Mionnet, III, p. 215, 361, 400. — «18 Voy. sur cette transformation, Furtwàngler, Collcct. Sabouroff , pl. x*v. — 619 Wnnd , l. I. I, col. 1,1. 17. — 620 Corp. insc. gr. 20 6 3.- 621 76.3036. —622 Callim. Hijmn. Art. 239. — 623 Athen. VIII, 361. — 824 Corp. insc. gr. 2035. — 823 Ibid. 2087,1. 7.

— 62G Plut. An seni sit gcr. resp. 24; Corp. insc. gr. 3001-3003 ; Le Bas-Waddington, lnsc.d' Asie Min. 165. — 627 Corp. insc. gr. 2953. — 623 Paus. VIII, 13, 1 ; Hesych. s. v.

— 629 Wood, Inscr. temp. of Diana, n”" 1, 8, 9, 15;/nsc. August. n” 2, v £ os o lo t

DIA

est, à partir de l’époque classique, surtout hellénique Le prêtre principal portait le nom d’archiprètre, <*py.1-pEu; S24, et sa charge était l’archiprètrise, âp/iepo-juvr, 11 dirigeait de nombreux collèges de prêtres et de prêtresses chargés de fonctions spéciales. Outre les Mégabyzes, dont nous avons parlé (p. 149), nous connaissons les gEÀXtEpai, prêtresses novices, les ÎÉpai, prêtresses, les Ttaptepat, ou prêtresses honoraires 526, les Upo-ofot °27 . On trouve énumérées toutes les charges particulières exercées lors des fêtes par des desservants spéciaux : les s<rxtdxopeç, chargés des festins religieux, avaient dans l’enceinte du temple une habitation réservée, laxiaxopcov 028 ; ces prêtres, suivant Pausanias, portaient le nom d ’Ecarjve;; suivant l’ Etymologicum Magnum, c’était le roi qui portait le nom d’H/univ, « tnto (Aexayop n xoü ae),taa(ôv ^actAeci)?, » (métaphore tirée du roi des abeilles). Mais il faut plutôt s’en rapporter à Pausanias, car on trouve le mot au pluriel dans des inscriptions. Les magistrats qu’il désigne semblent avoir une charge municipale ; ils inscrivent les proxènes dans les tribus à mesure qu’on crée des proxènes ; ils sont aussi chargés de sacrifices à Artémis 629. Le nom est très probablement d’origine persique. Citons encore les I7:t0ufjudxpoi ou encenseurs"30, les fspoïojpuxEç, hérauts sacrés531, les tEpo<xaî.irtyxx:d', ou trompettes sacrés 633, les 7:pb7roAoi, 0EO7rpo7roi, serviteurs de la déesse 833, les vEiaxopot, ou balayeurs des temples, chargés probablement de fonctions plus élevées que celles qu indique leur nom 634 [neocorus], les vEoiroîot, qui avaient l’administration civile et financière des temples et quelquefois, comme les Essènes, inscrivaient les proxènes dans les tribus 835 ; les tepoi fimcp^ot étaient ainsi que les tpvÀaxot ,3'’ des cavaliers préposés à la garde du temple; les xo<rp(x7)pEç et les xoxpixEipat veillaient à la garde-robe de la déesse et habillaient la statue aux jours de fête 837 ; cette charge était probablement héréditaire. Les Gxvj-rrxouyyi et àpyuGXifaxou/ot538, ou porteurs de sceptres, ne semblent pas avoir joué un rôle très important. Enfin, on entretenait, pour les fêtes, un grand nombre d’officiers ou de prêtres secondaires, ou même de baladins, comme les dcxpixoêîxat ou àxpoêâxat 83°, les acrobates, et les Geoàoyo!, théologiens, les <ntouSauÀat8l°, joueurs de flûte. Il est très probable que les prêtres d’origine et de nom oriental eux-mêmes ne ressemblaient plus, au moment de la grande faveur du temple d’Éphèse, à ce qu’ils étaient au début ; c’est ce que l’on peut inférer d’un passage de Strabon à propos des Mégabyzes 541 .

On sait qu’un mois tout entier, nommé Àrtémision 642 , était consacré aux cérémonies et aux fêtes en l’honneur de la déesse. Pendant ce mois, on proclamait une trêve sacrée, yApxEgtGiax^ xpfet? 5l3. Quelques sacrifices mystiques, quelques cérémonies qui ne se trouvent pas dans le culte d’Artémis hellénique, comme de grands banquets, comme la procession des Mégabyzes 644, s’effacent devant l’importance et la splendeur des grands jeux célébrés à l’Àrtémision sous le nom d ’ApxEgfGiTt, ’E^égix, oîxouu.evixc<, et qui ressemblaient de tous points aux grandes panégyries de la Grèce.

l<riTT|veù<j<r.;. — S30 Hesych. s. v. — 531 Corp. insc. gr. 2982, 2983, 2990 ; Wood, o. I. Insc. Aug. 6, 8, 18 ; Le Bas-Waddington, Insc. d’Asie Min. n° 132. — 532 Corp. insc. gr. 2983. — 533 Hesych. s. v. vewxôço;, Oewçof. — 53V Wood, o. c. Insc. gr. theat. n° 1, col. III, 1. 15; n° 6. — 535 Wood, Ephcsus , Insc. Aug. n° 8; Inscr. gr. theat. I, col. V, 1. 30; Insc. templ. of Diana , n°* 1, 2, 7, 10, 11, 12. — 536 Ibid. Insc. gr. th. I, col. VII, 1. 38. — 537 Ibid. Insc. of city and suburb. n° 14; Tombs and Sarcoph. n° lo; Corp. insc. gr. 3002, 3003. — 538 Le Bas-Waddiog-ton, Inscr. d’Asie Mineure, 161; Corp. insc. gr. 2937 a. — 539 Hesych. s. v. ; Corp. insc. gr. 2983; Wood, Ephcsus} Insc. gr. th. I, col. VII, 13. — 5V0 Corp. insc. gr. 2983. — 5V1 Strab. XIV, 641. — 5V2 Corp. insc. gr. 2)54 À ; Le Bas-Waddington, Inscr. d'Asie Min. 137. — 5V3 Le B.u-Waddington, Insc. d'Asie Min. 139. — 5VV Plin. xxxv. 93.

DI A

DIA

La double nature orientale et hellénique de la déesse éphésienne tit que son influence s’étendit à la fois sur l’Asie Mineure et sur tout le bassin de la Méditerranée, partout où abordaient les flottes et le commerce des Grecs. A Marseille, au témoignage de Strabon, il y avait un ’E'fsuiov ou temple d’Artémis Ephesia. Le culte avait été apporté par les Phocéens; suivant la tradition, l’idole venait directement du temple d’Éphèse 54°. Strabon mentionne aussi un sanctuaire d’Artémis Ephesia dans une île des bouches du Rhône 54G. Sur le promontoire de la côte d’Espagne appelé 'Haspo<Txo7tsïov, se trouvait aussi un Artémision ou Dianium très célèbre, dont les navigateurs se servaient comme de point de repère547. Enfin, à Rome même, sur l’Aventin, Strabon signale un xoanon d’Artémis en tout semblable à celui de Marseille 648. Une figurine de bronze, trouvée à Bordeaux et rappelant par son attitude une divinité qui se trouve sur un grand nombre de stèles découvertes à Marseille, et qu’on s’est accordé à regarder comme une Artémis sinon éphésienne, du moins orientale, permet peut-être de croire, ce qui n’aurait rien de surprenant, que le culte d’Artémis d’Ephèse s’est étendu jusqu’à Bordeaux 5l9. Nous croyons cependant, malgré de fortes autorités, que l’attitude de la figurine en question est trop différente de l’attitude de l’Artémis d’Ephèse pour qu’on puisse insister sur ce rapprochement 55°. C’est bien au contraire à l’Artémis éphésienne que ressemble une statue du musée d’Avignon, provenant de Marseille, dans laquelle on a récemment voulu reconnaître, à tort selon nous, Artémis Diktynna651.

XIV. Artémis Anaïtis, Persique , etc. — Si les origines d’Artémis ’E-iscîa sont assez difficiles à préciser, il n’en est pas de même pour tout un cycle de divinités asiatiques avec lesquelles on a plus tard confondu, comme elle, l’Artémis hellénique. On a remarqué que les étrangers avaient deux procédés bien distincts pour assimiler leurs divinités locales avec les divinités helléniques. Le premier consistait à rapprocher la divinité locale de la divinité hellénique dont la nature et le caractère avaient le plus de rapport avec elle, et à donner à la première le nom de la seconde ; dans l’autre cas, on donnait à la divinité locale le nom delà divinité grecque qui s’en rapprochait le plus; seulement le nom particulier du dieu devenait une épithète à forme grecque qui lui restait attachée après l’assimilation. C’est ce qui est arrivé pour une déesse persique que l’on trouve adorée en Asie et en Grèce sous le nom d’Artémis ’Avamç. Le nom persique est Anahila. Le culte I d’Anahita, d’après Bérose, fut importé par Artaxercès II | chezlesPerses, d'abord dans les trois capitales, Babylone, ( Suse et Ecbatane652 ; plus tard elle eut des autels à Per- I sépolis, Bactres, Damas (?) et Sardes. Anahîta est avant tout une divinité des eaux, mais aussi, comme la déesse d’Ephèse, elle symbolise la fécondité de la nature, elle préside à la multiplication de la race humaine, comme des troupeaux et de tous les animaux 5S3. Ce caractère nette-

54S strab. IV, 179. — 646 Id. IV, 184. — 847 Id. III, 159. — 648 Ici. IV, 180.

— 5'*9 M. Collignon, Actes de la Soc. archéol. de Bordeaux, VII, p. 55, pl. iv.

— ïiEiO Rev. archéol. 1863, p. 537; cf. Arch. Zeit. 1863, p, 137*; 1866, p. 303*, pl. b, n° 4. — Sol Rev. archéol. 1886, p. 257, pl. xxvi ; signalée déjà dans l 'Arch. Zeit . II, 365. — 552 Beros. cité par Clem. Alex. Protr. I, 5. — 853 Cf. Roscher, Ausführl. Lexih. s. v. anaïtis. Sur Anaïtis, voy. A. Maury, Relig. de la Grèce, III, 168 et s. ; Bull, de corr. hell. IV, 128; VIII, 378 ; XI, 05; Windischmanu, Abhandl. d. Bayr. A/cad., 1356, p. 85 et s. ; de Vogüé, Rev. arch. 1866, I, 441 ; rf. Foucart, Assoc. relig. chez les Grecs , ch. xii. — 55V Beros. ap. Agathias, 2, 24; Herod. I, 131; Rev. archéol. 1885, p. 105. — 555 Paus. III, 16 , 7. — 556 Roscher,

L l. p. 332 , 45. — 557 Foucart, Assoc. relig. p. 101 ; Koumanoudis, ’E-typ. 'EaXtjv. ù° 19. — 558 Cuningham, Numism. Chron. VIII, 1868, p. 283, pl. x, 8; cf. Droyscn, Uistoire de V Hellénisme, III. p. 355 (trad. Bouché-Leclcrcq). — 559 Arch. Zeit.

ment déterminé et les rites franchement orgiastiques du culte d’Anahita, beaucoup mieux conservés que les rites primitifs du culte d’Ephèse, ont fait que les asiatiques ont quelque peu hésité dans l’identification de cette déesse avec une divinité du panthéon hellénique. Quelques auteurs la confondent avec Aphrodite, d’autres au contraire avec Artémis. Un certain nombre d’inscriptions prouve que cette dernière confusion était la plus fréquente S54. Pausanias655 relate même que les Lydiens, chez qui le culte hellénisé d’ Anahîta était particulièrement développé, avaient imaginé une légende qui identifiait leur Artémis Anaïtis avec l’Artémis Taurique: Oreste et Iphigénie auraient transporté, non pas àBrauron, en Atîique (Artémis Ilrauronia), ni en Laconie (Artémis Orthia), mais en Lydie, où 1 on aurait changé l’épithète Tauptxri en ’Avou-nç, l’idole enlevée au temple de Tauride. C’était là un mythe forgé à plaisir, car le culte d’Artémis Anaïtis, culte oriental et orgiastique par excellence, n’a pas de rapport avec le culte hyperboréen, barbare et sanglant, de la déesse taurique. Cependant il est curieux de voir qu’en Asie Mineure, surtout dans les provinces occidentales, la croyance à l’identité d’Artémis Taurique et d’Anaïtis a amené une modification dans la forme de ce dernier nom ; on le trouve écrit Tarn; ««; peut-être d’ailleurs faut-il expliquer par le mot Tavai'ç, forme dialectale ou corrompue d’Anaïtis, le rapprochement entre Anaïtis et l’Artémis Taurique.

A côté d’Artémis Anaïtis on trouve aussi Artémis Ndva: la déesse Nanaï, dont le culte était ancien à Suse et en Babylonie peut être la même qu’Anahîta. On a trouvé au Pirée un ex-voto avec dédicace à Artémis Nana657.

C’est peut-être Artémis Anaïtis qu’il faut reconnaître sur une monnaie d’Agathoclès (ni0 siècle ap. J.-C.). Sur le revers, Zeus debout tient dans la main droite une Artémis tricéphale qui lève une torche d’un bras et tient de l’autre une lance macédonienne558. Elle est souvent représentée par des terres-cuites 659.

L’Artémis Persique, Ilepconj ou ITepci'a, dont le culte est signalé en Lydie par Pausanias B6°, est très probablement, comme on l’a déjà dit, la même qu’Artémis Anaïtis. Des représentations de cette déesse ont été reconnues sur divers monuments antiques ; ils sont des plus intéressants. La déesse y apparaît presque toujours avec des ailes, mais non pas peut-être dans les images les plus anciennes 6C1. Sa nature de divinité nourricière, présidant à la fécondité des êtres vivants, est nettement déterminée par le cortège d’animaux qui ne la quitte pas. D’ordinaire elle tient par les pattes de derrière ou parle cou deux petits lions suspendus contre elle, comme dans des terres-cuites trouvées en Italie562. Quelquefois les lions sont remplacés par des cygnes ou des bouquetins; l’applique de bronze d’un vase trouvé à Grækwyl, en Suisse (fig. 2386), la représente debout, ayant sur la tète un oiseau, à droite et à gauche des serpents dont le corps s’allongeait au-dessus des ailes et s’adaptait à l’embou-

(terre-cuite de Tarse) 1853, p. 305 ; Heuzey, Figurines en terrc^cuite du Louvre , pl. ii, fig. 4; iv , fig. 7; ix, fig. 4, 5; Catalogue , p. 38, 44; Lenormant, Gdz. archéol # 1876, pl. v et vi ; Pottier etReinach, Nécropole de Myrina, I, p. 155, 262. — 560 Pans. V, 2, 7 et III, 16, 6; cf. Tacit. Ann . III, 62; voy, aussi Diod. Sic. V* 77. — 501 Elle est sans ailes dans les monuments suivants : terres-cuites, Arch. Zeit. 1854, pl. lxii, 1; 18G6, pl. a; pierre gravée* Milchhofer, Anfânge der Kunst in Griechenland, Leipz. 1883, p. 86. — 562 Vases à reliefs et terres=cuites : Dorow* Voyage dans Vanciennc Ètrurie , pl. n ; Micali, Antichi monum. pl. xvn, 5; Scroux d’Agincourt, Fragm. antiques en terre-cuite, pl. xxi, 7 ; RaouPRochette, Notice sur les fouilles de Capoue, Paris, 1853, p. 64 et s.; cf. Novi, Descrizionc monu mente vico di Diana Tifatina, Naples, 1 86 î , p. 38 ; Minervini, Bullet. arch. Napolit 1859, pl.xiv, p. 187 ; Gerhard, Arch. Zeitung, 1854, pl. lxii, 2 ; lxjii, 8 j Müllcr- Wie^ seler. Denkm. I, pl. lvii, 281, 282; Archacologia, t. L, pl. ix* Lorid.. 837.

DIA

clnire du vase. Sur chacun d’eux un lion est accroupi, la déesse tient d’une main un lièvre, la tête en bas, de l’autre

un autre lièvre, mais la tête en haut; deux lions sont accroupis à ses pieds, à droile et à gauche, et la touchent d’une de leurs pattes levée 663 . Une autre représentation des plus intéressantes se trouve sur un fragment de col de vase archaïque provenant de Théra604 (fig. 2390), où Artémis Persique est très reconnaissable à ses ailes et au lion passant qu’elle tient d’une main par la tête, de l’autre par la queue (comparez la fig. 2372); dans le champ se trouvent des ornements géométriques de

style oriental, comme la croix gammée. Ce vase , de fabrication grecque , prouve que le type d’Artémis Persique a dû arriver en Grèce par les îles, ce qui est confirmé par la découverte à Délos de l’Artémis ailée de Mikkiadès et Archermos (voy. p. 133). Cette statue a tout à fait le type et l’attitude d'Artémis Persique figurée sur les monuments publiés par Gerhard. Il en est de même de l’Artémis archaïque qui forme le pendant d’un collier d or provenant de Gamiros665 (voy. t. Ier, p. 789, fig- 935). En Grèce même, on a retrouvé des représentations d Artémis Persique, par exemple sur une brique estampée recueillie à Mycènes 666, où la déesse, comme sur certains cylindres babyloniens, tient par le col, de chaque main, un grand oiseau ressemblant à une oie, et surtout sur une plaque de bronze à reliefs (fig. 2391) provenant des fouilles d Olympie 567 . La plaque est divisée en quatre parties : sur une première ligne on voit trois oiseaux ; sur une seconde deux griffons ailés, de style oriental, affrontés; sur une troisième bande, un peu plus large, un homme courant et poursuivant un Centaure qui fuit en se retournant; enfin, audessous de ces trois tableaux, dans un quatrième plus grand du double, Artémis, dont le corps est de face et la figure de profil, munie d’ailes recoquillées, tient de chaque main,

563 Arch. Zeit. 18o4, pl. mu, 1 ; Diclionn. archéol. de la Gaule , pl. à la p. 461 (= A. Bertrand, Mélanges d' archéol. celtique et gauloise , p. 342 ; Rev. archéol. XXX, 1875, p. 178; Lindenschmit, Alterthüm. unsern heidn . Vorzeit, II, v, pl. ii). — 564 Gerhard, Arch. Zeit 1854 pl. lxi. — 565 Arch. Zeit. XXI, 25‘, note 54; Rev. archéol. 1862, II, p. 267; Al. Bertrand, Dictionn. archéol. de la Gaule , p. 463; (= Id. Arch. celtique et gauloise , p. 347) cf. Jahrb. d. deutsch . arch. Instituts , 1887. pl. vhi. — 566 Arch. Zeit. XXIV 257, pl. a 1 ;

DIA

par une patte de derrière, un petit lion. Citons encore une représentation grecque d’Artémis Persique sur le vase

Fig. 2301. — Artémis Persique.

François 568. Enfin un curieux cylindre babylonico-persique, dont le style est très récent (fig. 2392), montre que les Orientaux acceptèrent très facilement l’assimilation d’Artémis et d’une de leurs déesses locales, Anaïtis ou toute autre, dont la nature avait avec la première quelque rapport, et que l’influence hellénique modifia à son tour le type oriental. En effet, on voit sur ce cylindre Artémis en costume persique, longue robe flottante et très ornée, et haut diadème, mitre ou modius: elle est debout sur un

Fig. 2392. — Artémis. Cylindre babylonien.

lion couché ; elle porte un arc, un carquois et des flèches ; derrière elle est un palmier et, au-dessus de sa tète, une

étoile639. On reconnaît tous les traits de l’Artémis hellénique, divinité de la lumière et de la chasse,' et le souvenir du mythe qui la faisait naître au pied d’un palmier. Il est très probable que l’Artémis ailée du coffre de Kypsélos, dont les ailes avaient si fort embarrassé Pausanias610, n’était autre chose que l’Artémis Persique légèrement modifiée. Elle tenait d’une main une panthère, de l’autre un lion.

Enfin il est vraisemblable d’admettre que les diverses divinités adorées en Asie Mineure sous le nom d’Artémis ne sont que des personnifications locales de la même divinité persique ou de la déesse d’Épbèse. Artémis Asuxo2>puv(vri 671 (aux sourcils d’argent) qui avait un temple magnifique à Leucophrys, près de Magnésie du Méandre, temple dont une frise a été transportée en partie au musée du Louvre, était sans doute la même qu’Artémis d’Éphèse ; elle avait aussi un sanctuaire à Milet 672 ; son culte était ancien en Crète 673 et en Phrygie674. Callima-

cf. Dumont, Céramiq. de la Grèce propre , I, p. 177 ; Milchhôfer, An fange der griech. Kurist, p. 86. — 567 Ausgrabungen zu Olympia , III, pl. n, in; Bdtticher, Olympia , 2e édit. p. 185, fig. 37; Duruy, Hist. des Grecs , Paris, 1887, I, p. 509. — 568 Monum. ined. IV, pl. lvi, lvii, lviii. — 569 Gerhard, Arch. Zeit. Denlcm. und Forsch. 1854, pl. lxiii, 4. — 570Paus. V, 19, 5. — 571 Strab. XIV, 647 ; Tac. Ann. III, 62 ; Arch. Zeit. 1854, 492 (sur un vase de Nola). — 572 Appian. Bell. civ. 5, 9. — 573 Corp. insc. gr. 2561 b. — 574 Xèuoph. Hellcn. III, 2, 19; Corp. insc.gr. 2914.

DIA

ni a

Fig. 2394.

Artémis de Pergae.

que semble l’avoir désignée sous le nom de çsps'Çwo? xoW vierge qui donne la vie"3. A Athènes 57G, Artémis Leuco-

phryéné avait une statue d’airain consacrée par les fds de Thémistocle; il s’en trouvait aussi une à Amyclée, œuvre de Bathyclès, sculpteur magnésien.

Sur les monnaies de Magnésie elle est représentée absolument comme Artémis d’Éphèse (fig.

L’Artémis de Pergae, en Pamphylie, Artémis Ilepyaîa, avait une grande réputation à cause de son oracle ; elle était représentée sous la forme d’une pierre conique (fig. 2394) qu’on prétendait tombée du ciel 678 et desservie par un prêtre suprême nommé à vie et par des prêtres mendiants; son temple avait droit d’asile, comme celui d’Éphèse. Elle était aussi vénérée à Halicarnasse 679, à Lindos et dans toute la Pamphylie 68°.

Artémis KoXo7]v-4681 avait un temple près du lac Gygæos, dans la ville qui prit plus tard le nom de Koloé, aujourd’hui Ivoula, centre commercial important au nord de Sardes dans un district montagneux , où les inscriptions montrent la persistance singulière des cultes orientaux. Dans ce sanctuaire, selon Strabon, avaient lieu des danses où des corbeilles (ou des singes suivant la lecture qu’on adopte du texte, qui est en cet endroit défectueux) jouaient un rôle important.

En Lydie on adorait Artémis TfitoXi'a 582 ; les jeunes filles formaient en son honneur des chœurs de danses. De la région du Sipyle était originaire le culte d’Artémis KopSâxa que nous avons déjà signalé en Élidé ; les danses qui avaient valu celte épithète à Artémis avaient été transportées d Asie, selon Pausanias, par les compagnons dePélops S83.

A Thyatire, on honorait Artémis Bopeinp/yî684; à Bargylia (Carie), Artémis MuvSt'aç 685 ; en Mysie, Artémis ’Aurupr^ 388.

Le caractère orgiastique de ces cultes donne beaucoup de force à l’assimilation que nous avons proposée de toutes ces divinités asiatiques avec l’Artémis Persique.

Diana. — Comme certaines divinités asiatiques prêtèrent quelques traits de leur nature à l’Artémis hellénique, comme à son tour Artémis absorba plus tard certaines divinités d’Asie, de même, au contact de la Grèce et de l’Italie, il se fit une assimilation rapide entre Artémis et Diane, divinité italique; mais la confusion a été si complète, l’influence grecque si décisive, qu’il est bien difficile de retrouver dans la déesse hellénisée les caractères originaux de la Diane primitive.

875 Dillhey, Anal. Callim. 7, H. — 876 Paus. I, 26, 4; cf. Imhoof-Blumer et Percy- Gardner, o. I. p. 139. — 877 Paus. III, 18, 6; Buonarroti, Medaglioni ant. pi. TI| 3 ; Mionnet, III, p. 137 ; Eclhel, Doctr. num. II, p. 527 ; Guigniaut, Nonv. galerie myth. pi. Liiivm, 319; Müller-Wieseler, Denkm. I, 14. — 678 Hesych., Suid., Phot. s. V. ; Strab. XIV, 667 ; Callim. In Dian. 187; Cic. In Verr. I, 20; III, 21 ; Corp. insc. gr. add. 4342 b; Corp. insc. gr. 2656 ; Waddington, Inscr. de l’Asie Min. 1373 ; Bull, de corr. hell. X, p. 159 ; Keil, Sylloge insc. boeot. dans Jahrb. f. Philol. suppl. IV, p. 618; Dittenberger, Hermès , XVI, p. 671 et s.; Mionnet, III, p. 464, n» 100; 466, n” 113; Suppl. VII, p. 37, n» 54; p. 43, 44, n“* 74, 78 ; Waddington, Voyage en Asie Min. au point de vue numismatique, p. 94; Gerhard, Antik. Bildw. pi. 307, 308 ; Id. Akad. Abhandl. pi. Lit, 2, 3; Pinder, Abhand. d. Berlin. Akad. 1855, pl. t, 11-14; Percy-Gardner, Types of Gr. Coins , pl. iv, 3; Arch. Zeit, 1847, pl. xxu. — 879 Corp. insc. gr. n” 2656. — 680 Maury, Bel. de la Grèce, III, p. 181 ; Foucart, Rev. archéol. 1867, II, 25. — 581 Strab. XIII, 626 ; Arch. Zeit. 1853, p. 150. — 682 Athen. XIV, 38. — 683 Paus. VI, 22, 1. — 68V Eckhcl, Doct. mm. III, 121;

Si l’on en croit les grammairiens, il faut reconnaître dans le mot Diana la même racine di qui se trouve dans le mot At o'ç, génitif de Zséç, dans les mots latins deus, dius, divus, Jovis ( Djovis ), Diespiter, dies. Diana ne serait que la forme féminine de Djanus [Janus) et désignerait une divinité féminine de la lumière, la Lune, comme Janus en désigne une forme masculine, le Soleil. C’est l’opinion acceptée par Preller68'. Selon d’autres, Diane est simplement la déesse du « jour pur 888 ». Cicéron disait : « Diana dicta quia noctu quasi diem effîceret 889 » ; mais on sait ce que valent les étymologies anciennes.

Il ne semble pas, d’ailleurs, que ce que l’on connaît des plus anciens cultes de Diane en Italie, hors de Rome et à Rome, s accorde bien avec les hypothèses de la philologie. Yarron ne dit pas quelle était la nature de la Diane Sabine dont le roi Tatius transporta, avec quelques autres, le culte à Rome 000 ; nous n’avons pas de renseignements plus précis sur la Diane qui avait un sanctuaire à Anagnia, dans le pays des Berniques 831 . Mais dans ces temples principaux Diane apparaît plutôt comme une divinité de la nature, en particulier des montagnes et des bois : on a retrouvé des traces 592 de son sanctuaire, célébré par Horace 503, sur les flancs du mont Algide ; le mont Corné, près de Tusculum, lui fut aussi consacré dès une très haute antiquité. Le temple de Diane Aricina, le plus important comme le plus fameux, était situé dans la partie la plus boisée des monts Albains, à gauche de la route qui descend d’Aricie 598 ; on l’appelait Nemus™*, la forêt, et ce nom est resté au petit lac de Némi, où se mirait la déesse 696. C’est par induction seulement que nous pouvons dire que, dès l’origine, le culte de Diane Aricine était un culte barbare, car les légendes qui s’y rattachent ne nous sont parvenues que fortement hellénisées. Strabon rapporte une tradition qui rapprochait Diane Aricine d’Artémis Tau r o pôle 697 ; c’est qu’un sanglant usage, noté aussi par Ovide 698, voulait que pour obtenir le sacerdoce du temple d’Aricie, on tuât le prêtre en exercice; aussi ce prêtre restait-il toujours en armes, prêt à se défendre contre toutes les surprises. Mais ce qui contribue à rendre plus obscure encore l’intelligence de ce culte, c’est qu’il y était joint le culte de Yirbius [virbius]. Virbius, à l’origine, était-il une divinité italique, personnifiant le Soleil 699 ? Toujours est-il que suivant une tradition accréditée depuis longtemps, acceptée par Virgile et Ovide, on reconnaissait en lui le héros grec Hippolyte : Hippolyte, déchiré par ses chevaux, fut ressuscité par Pæon et par Diane, et la déesse le cacha dans ses bois impénétrables d’Aricie, lui donnant le nom de Virbius, pour qu’il fût méconnaissable, même à ses chevaux; du reste, aucun chevaine pouvait pénétrer dans le domaine sacré. Hippolyte devint ainsi un des dieux secondaires 600. Le nom de Virbius rappelle celui

Corp. insc. gr. 3 477 , 3 507. — 885 Arch. Zeit. 1847, pl. xxh, n» 28; cf. Eckhel, Doct. num. II, p. 579. — 686 Strab. 119, 12; 5 24, 41. — 887 Preller, Rôm. Mythol.

3" éd. rev. par H. Jordan, 1881 ; voy. les observations de ce dernier, t. I, p. 313, trad. franç. (Les dieux de l'ancienne Rome, p. 125, 204, 205). — 588 Birt dans Atisfùhrl. Lexik. de Roscher, p. 1003. — 689 Cic. De nat. deor. II, 27. — 690 Varro,

De ling. lat. V, 74. - 591 Tit. Liy. XXVII, 4. - 592 Abeken, Mittelitalien, p. 215.

— 693 Hor. Carm. I, xxi, 6; Curai, saec. y. 69. — 69» piin. Hist. nat. XVI 91

— 895 Strab. p. 199, 1. 40. — 596 Ovid. Hast. III, 265; VI, 735 ; Metam. XV,’ 537 et s.; Stat. Silo. III, i, 55; Sil. liai. Punie. IV, 364; Vitruv. IV, vm; Strab. p. 199 : vt, S Aç-ciplfftov S xuKoSoi Ne‘|*o; ; Servius, Ad. Aen. VII, 516. Sur l'emplacement du temple, cf. Rosa, Ann. dell’ Inst. 1856, p. 5, pl. n; Henzen Bullet. 1870, p. 53; Hermès, VI, p. 6 et s. — 697 Strab. p. 199. — 598 Ovid! Hast. III, 275. — 699 Roscher, Ausführl. Lexik. p. 1006. — 800 Virg. Aen. VII, 760 et s.; Serv. ad h. I.; Ovid. Metam. XV, 544; Fast. III, 269; VI, 747 - Stat' Silo. III, I, 57 ; Paus. Il, 32, 1.

DI A

des Vires, nymphes des bocages verdoyants, compagnes et servantes de Diane601 ; le nom et le culte de la Nymphe Égérie, la conseillère de Numa, se rattachent aussi aux noms et aux cultes de Diane et de Virbius, puisque la nymphe était elle-même une divinité des eaux et des bois 602. Mais les divers éléments de la religion d’Aricie n’en sont pas moins fort disparates, et les cérémonies mômes qu’on y célébrait ne sont pas très claires. Les femmes surtout invoquaient Diane Aricine et, leurs vœux exaucés, venaient de Rome, la nuit, portant des torches, consacrer des offrandes 603. Diane d’Aricie était d’ailleurs tout naturellement devenue une Diane chasseresse ; aux Ides d’août, sa plus grande fête, alors que le lac reflétait l’éclat des torches, Stace nous dit quelle récompensait ses meilleurs chiens, fourbissait ses flèches, laissant une trêve aux bêtes farouches 60i. On voit par cette analyse que rien ne semble autoriser à reconnaître une déesse de la lumière dans la déesse d’Aricie, la Diane italique dont le culte réunissait très anciennement autour d’un foyer commun les peuples Latins. Il passait pour avoir été fondé par Manius Egerius de Tusculum, leur dictateur 605.

Diane Tifatina, dont la religion était aussi fort prospère en Campanie, n’est pas non plus une divinité d’essence lumineuse. Elle règne dans une forêt606, sur le mont Tifata, près de Capoue. Tifata, selon Festus, est le synonyme d ’ilicata, unbois d’yeuses 601. Le temple était très fréquenté, comme en font foi les inscriptions, sous l’Empire et aussi sous la République; on sait que Sylla, qui avait battu C. Norbanus près du mont Tifata, témoigna sa reconnaissance à la déesse qui l’avait protégé par le don de vastes domaines, de champs et de sources d’eaux salutaires. Des inscriptions sur la porte du temple et dans le temple rappelaient cette générosité °08. Diane Tifatina fut peut-être à l’origine une déesse locale ou nationale des Campaniens, mais nous ne la connaissons qu’hellénisée. On a retrouvé l’emplacement du sanctuaire, qu’occupe maintenant l’église des Rénédictins, S. Angelo, de Formies; les inscriptions, assez nombreuses et de basse époque, s’adressent à Diane chasseresse 609. Une peinture à fresque du me siècle, trouvée en 1877, conservée au musée de Capoue, montre la déesse debout, en costume de chasse, ayant près d’elle une biche 61°. Des antéfixes de terre-cuite la représentent, selon F. Lenormant, « comme unejeune femme, déesse ou amazone, couverte de vêtements si collants qu’elle semble quelquefois nue, chaussée de bottines, les cheveux longs et tombant épars sur les épaules. Elle a derrière les épaules un carquois retenu par un baudrier qui passe obliquement sur sa poitrine. Sa main gauche tient un arc, et la droite la bride du cheval lancé au galop sur lequel elle est assise du côté du montoir; au-dessous du cheval est figurée une oie » (fig.2395)011. Cette oie612 indique sansdoute que DianeTifatina, de même qu’Artémis, protégeait le gibier et les animaux en général, et ce détail permet de rapprocher cette

601 Gruter, Insc. 1011 ; cf. Orelli, 2324; Corp. insc. lat. V, 5648; Cassiod. Orthogr. 6 (= Gramm. Lat. VII, 181); Fest s. ». Querquetulanae. — 602 Virg. Aen. VII, 775 ; Ovid. Fast. 111, 265 et s.; Sil. Ital. Punie. IV, 371. — 603 Ovid. Fast. III, 272 et 3.; Stat. Silo. III, I, 55; Grat. Falisc. 4S3 ; Propert. II, 32, 0; Orelli, l. c. 1453, 1455, 1456; Corp. inscr. lat. III, 1773; Tomasini, De. donariis, c. n. — 601 Stat. I. c. — 605 Cato, Orig. p. 40, 12, éd. Jordan (= Priscian. IV, p. 129; VII, p. 337); Fest. s. v. Manius Egcri; cf. Jordan ad Cat. p. xli, 12 ; Ilcloch, Pas Italische Bund , p. 179 ; Gilbert, Gesehichte und Topogr. der Stadt Rom i m Altertkum , Leipz. 1885, p. 22. — 606 Sil. Ital. Punie. XIII, 219. — 607 Festus, s. ». — 608 Vell. Paterc. II, 25; Plutarch. Sylla , 6; Mommsen, Insc. Reg. Neapolit. 3575; Corp. inscr. lat. I, 569; Novi, Iscriz. mon. e vico di Diana Tifat., Naples, 1861. — 600 Insc. Reg. Neap. 3920,

terre-cuite d’une autre de même provenance qui se trouve au musée de Capoue, représentant une femme ailée, vêtue d’une tunique à petits plis, de style archaïque et tenant par

les pattes de devant deux lions ou panthères qui retournent la tète613. Nous avons vu que l’Artémis Persique tient souvent, non seulement des quadrupèdes, mais des oiseaux à long col, des cygnes ou des oies.

A Rome même, Diane avait plusieurs temples d’importance inégale. Une simple mention nous fait connaître le temple du Yicus Cvprius614. Du sanctuaire situé dans le Vicus Patricius, entre le Yiminaletl’Esquilin, nous savons seulement que les hommes en étaient exclus, parce que, disait la légende, un homme voulut faire violence dans le sanctuaire même à une femme et fut déchiré par les chiens de la déesse616. Ces chiens étaient-ils consacrés à la divinité lunaire ou à la chasseresse? Un troisième temple, sur le Cœliolus, était très vaste et très vénéré : il fut restauré par L. Pison616 ; c’était aussi un sanctuaire des familles latines qui y célébraient leurs gentilicia à date fixe, c’est-à-dire aux ides d’août, comme sur le mont Corné à Aricie et sur l’Aventin ( anniversarii , dit Cicéron617). Le même caractère est plus marqué encore dans le culte de la Diane de l’Aventin, Diana in Aventino, qui était le plus important; elle présidait, à l’origine, à une confédération de peuples latins et protégeait la ville de Rome qui en devenait la capitale. Les historiens 618 s’accordent à faire honneur à la politique de Servius Tullius de cette fondation. Le temple de l’Aventin fut bâti à frais communs par Rome et ses alliés; il devait être un lieu de refuge : chaque année les peuples associés s’y rassembleraient pour leurs sacrifices privés et publics et pour le commerce ; toutes discussions entre quelques-uns d’entre eux seraient soumises à l’arbitrage des autres. La loi de fondation ( lex arae Dianae in AventinoM), gravée sur l’airain, existait encore au

3633, 3634; Nissen, dans Hermès , I, p. 156. — 610 Lenormant, Gaz. archcol. VII, p. 82; voy. d’autres peintures où Diane était représentée en chasseresse* Minervini, Di alcune antich. in Tifata, dans les Commentât, in honorem T. Monimsenii , p. 660. 611 Lenormant, L. I. pl. xiv. — 612 Cf. Stephani, Compte *

rendu pour 1863, p. 94; Muller-Wieseler, Denkm. II, n°* 175, 175 a. — 613 Fernique, liev. archéol . 1877, 2, p. 120. Voy. plus haut, note 609. — 614 Tit. Liv. I, 48, 6. — 615 Plutarch. QuaCst. Rom. III. — 616 Cic. JResp. Harusp. 15* — 617 Cic. I. I. ; cf. Gilbert, O . I. II, p. 24. — 618 Varro, De ling. lat. V. 43; Tit. Liv. I, 45 ; Dion. Halic. IV, 26; Corp. inscr. lat. III, 1933; mais voy. la discussion de ce texte par Gilbert, II, p. 229 et s. — 619 Elle est ainsi désignée dans la lex de l’ara Narbonensis et dans celle de l’ara de Jupiter de Salone : Orelli, 2489 (= Willmanns, Exempla, 104: Corp. insc. lat. III, 1933); Festus, s. v. Nesi.

DI A

temps d’Auguste ; elle fut vue par Denys d'IIalicarnasse. Ïite-Live paraît dire que le culte fut réglé sur celui d’Artémis Éphésienne, dont la renommée était grande 62n. L’idole de la déesse ressemblait du reste à l’idole d’Éphèse621. La Diane qu’on voit au revers d’un denier d’Hostilius Saserna 622, debout, les jambes rapprochées comme dans une gaine, coiffée d’une haute couronne ou d’un calathus, une lance à la main, un cerf courant auprès d’elle, en donne peut-être l’idée (fig. 2396). Les grandes fêtes de Diane de l’Aventin 023 étaient fixées aux ides d’août, anniversaire de la fondation du temple, comme celles de Diane Aricine ; elles étaient célébrées surtout par les esclaves, hommes et femmes, sans doute parce que Servius Tullius, Fig. 2306. — Diane. eS(qave naissance, avait reçu ce jour-

.là la liberté, et qu’on donnait en cet honneur congé aux esclaves, peut-être aussi par suite d’un rapprochement entre le mot qui signifie esclave en latin, servus, et le nom du cerf, cervus , consacré à Diane 62L A ces fêtes aussi, les femmes, esclaves ou libres, se lavaient la tète et se purifiaient625. C’est peut-être le lieu de signaler ici le collège des adorateurs de Diane et d’Antinoüs, dont on a retrouvé les actes à Lanuvium, car il était composé de petites gens, et en particulier d’affranchis et d’esclaves; ce collège se constitua sous Hadrien, en 136. Diane fut choisie comme protectrice des associés, sans doute parce que de tout temps, à Rome, elle avait été invoquée par les esclaves, et aussi parce que, absolument hellénisée depuis plusieurs siècles, elle avait pris comme Artémis un caractère funéraire. On sait que les adorateurs de Diane et d’Antinoiis s’associaient pour

assurer leurs funérailles 626. Ainsi Diane Aventinensis , si l’on s’en rapporte à l’histoire de la fondation de son temple, était une divinité d’origine orientale et surtout une divinité politique; nulle part nous ne trouvons la déesse de la lumière.

Lors du grand lectisterne de 399, Diane est associée à Latone et à Apollon [lectisternium] 627 ; la religion officielle admettait donc dès ce moment l’identification complète de Diane avec Artémis. La littérature accepta facilement cette confusion, ou plutôt elle la favorisa. Toujours

620 Tit. Liv. I, 45. — 621 Strab. IV, 180. — 622 Cohen, Monn. de la Répu. blique rom. Hoslilia, 3; Babelon, Monn. de la Rép. rom. I, p. 553. — 623 Plut. Quaest. rom. 100; Martial. XII, 67; Corp. insc. lat. I, (Fasti Amit. et Philocali), p 34S, 390. — 621 Festus, s. v. Servurum clies festus. — - 62u Plut. Quaest.

est-il qu’au siècle d’Auguste les poètes, comme les prêtres, ne mettent aucune différence entre les deux déesses. Catulle avait chanté Diane, fille de Latone et de Jupiter, née à Délos; déesse des jeunes garçons et des jeunes tilles; reine des montagnes et des fleuves: secourable aux femmes en couches, comme Ilithya, sous le nom de Lucina ; Lune, reflet du soleil, comme Séléné, sous le nom de Trivia ; Lune favorable aux fruits de la terre; Diane, enfin, protectrice du peuple Romain 62S. C’est bien la même déesse grecque, à qui Auguste 629 donne une place à côté de son frère, Apollon Palatin, sous le nom de Diane Victrix, la même qu’invoque le chant séculaire d’Horace, chant destiné à une grande fête religieuse officielle. Ces litanies sont celles d’Artémis : Diane sœur d’Apollon ; Diane chasseresse, reine des forêts ; Ilithya, ou Lucine, ou Genitalis (le nom même est indifféremment grec ou latin); Diane Lune; c’est la déesse aux trois formes, comme il dit ailleurs630. Il suffit de signaler cette identification; sauf dans les Fastes d’Ovide, où le poète cherche à rajeunir la religion etla mythologie nationales, elle est partout complète,

et pour toujours, depuis YÉnéide de Virgile jusqu’au poème cynégétique de Gratius Faliscus631.

Comme la littérature, l’art ne connaît qu’Artémis. Les peintres et les sculpteurs, grecs pour la plupart, n’avaient aucune raison de modifier les types de cette déesse qu’avaient inventés les peintres et les sculpteurs de leur patrie, et qu’acceptaient très simplement les Romains. En première ligne vient Diane chasseresse, en costume d’amazone, telle que l’avaient conçue Scopas, Praxitèle et Timothée, caractérisée par ses armes, l’arc et le carquois,

roman . 100. — 626 Boissier, Religion romaine d' Auguste aux Antonins, t. II, p. 274 et s. — 627 Tit. Liv. V, 13; Diou. Halic. Fragm. XII, 9. — 628 Catul. Carm. XXIV.

G29 Cf. t. Ior, art. apollo, p. 318. — 630 Hor. Carm. Saec. 15; Od. III, xxii ; cf. Varr. Ling. lat . Vt 74. — 631 Ovid. Fast. III, 255; Grat. Falisc. Cyneg. passim

DIA

DIA

par le chien, ou la biche 632. Sur deux cistes gravées de Préneste du ni0 et du 11e siècle av. J.-C., monuments de 1 art italien, mais où l’art grec a mis son empreinte, la déesse est représentée en chasseresse, l’arc à la main; sur 1 une des deux cistes on lit à côté d’elle le nom latin Diana (fîg. 2397); sur 1 autre, elle tient dans sa main droite un jeune porc 633 (flg. 2398). Un remarquable miroir de la collection Castellani fl3‘ offre 1 image de Diane, désignée cette fois par son nom grec, ADTVMEts (à rebours). Dans sa main gauche elle a une fleur; de la droite elle saisit le bois d’un cerf sur lequel elle est assise; à côté court un autre cerf; un troisième, plus petit, et un faon paissent dans le bois où la scène est placée (fig. 2399). Au revers de deniers romains dont la face porte la tète de Rome ou celle de Junon, on voit Diane debout sur un char attelé de deux cerfs 63S.

Les statues mêmes qui avaient dans les sanctuaires de Diane la place importante n’ont pas de trait qui les distingue de l’Artémis grecque. Citons deux statues de Diane trouvées à Gabies; l’une d’elles, actuellement à Munich, que caractérisent ses longs vêtements, son voile, sa couronne, le jeune faon que la déesse tient d’une main, tandis que l’autre était sans doute armée de l’arc, était certainement une image destinée à un temple 636 (fig. 2400); ensuite, de nombreuses représentations de Diane Lucifère 637, et enfin de Diane Trimorphe, triformis 638, triplex °39, trivia 64°, identifiée à Hécate. Quand on étudie la série des représentations de Diane, dans 1 ouvrage de Clarac par exemple, il est très difficile de dire lesquelles sont grecques, lesquelles sont romaines, ou pour mieux dire gréco-romaines641. P. Paris.

DIAMARTYRIA. — [dire, paragraphe].

DIANOMAI. — [diadoseis].

DIAPASMA (Atcnracga). - — Les parfums préparés à sec ou diapasmata sont opposés par Théophraste 1 et par Pline2 aux unguenta , fabriqués à 1 aide du mélange de 1 huile ou d’un autre corps gras [ünguentum]. On faisait ainsi

632 Clarac, Mus. de sculpt. pl. îy, n" 1278 f, 1209 d, 1203, 1214, 1218, 1246 a, 1246 b, etc. — 633 Raoul-Rochette, Monum. inédits , pl. tvm ; Gerhard, Etrusk. Spie- !/el, pl. xvi ; Monum. delV Inst. 1873, pl. ltiii. - 634 Calai, de la coll. Castellani , u" 187. 636 Mommsen, Hist. de la monn. rom. trad. de Blacas, pl. xxvi, 2; xxxi,

0; Cohen, Monn. de la Bépubl. pl. i, Aelia,3; pl. vu, Axsia, 1 et 2; xliii, Imert. 10. — 636 Clarac, III, pl. 566, n» 1246; Müller- Wieseler, Denkm. II, 168; Brunn, Beschreibung der Glyptothek zu München, 3° éd. 1873, n" 93. Pour l’autre Diane de Gabies, au Louvre, cf. Clarac, pl. 285, n» 1208 ; Bouillon, Musée,

1. 1, 21; Visconti, Monum. Gabini, pl. vi; Ici. Mon. Borghesiani, pl. x. — 637 Monn. de la famille Claudia, Morell, pl. n, 1 ; Cohen, Monn. de la Rép. pl. xu, Claudia 6 ; Babelon, Monn. de la Rép. I, p. 355; cf. Ib. p. 111; Clarac, IV, 1204, 1205’ 1206; voy. aussi les exemples cités note 173. — 638 Corp. inscr. lat. II, 2260.'

639 Corp. insc. lat. VI, 511. ■ — 640 Ennius, ap. Varr. Hist. lat. VII, 16; Virg. Aen. VII, 516; Catul. XXXIV, 15, etc.; Henzen, Inscr. 3708. — 641 Clarac, I\ , pl. 561 a 579. — Bibliographie. Outre les ouvrages cités dans les notes sur des points spéciaux de la mythologie et du culte, voy. principalement : Spanheim, Observ. m Callimachi Hijmn. in Dianam, Utrecht, 1697, et à la suite de l’édit. d'Ernesti, Lugd. Bat. 1761; Voss, Mythol. Briefe, III, Konigsberg, 1794; Creuzer, Symbolik undMythol. II, p. 515 ets. ; 578 et s. ; IV, 712ets. ; Guigniaut, Les religions de l'antiq.

■ , 3» part. p. 291, 454 ets., 995 ets., avec les planches de laiVouu. galerie mythol.; Schwenck, Etymol. mythol. Andeutungen, I, 218 et s., 263, Elberfeld, 1823 • Gerhard Gnech. Mythol. §§ 328-346, 982; Preller, Griech. Mythol. I, p. 237 et s’, 3" édit’ rev par Plew, Berl. 1872; Id. Rom. Mythol. I, p. 312, 3« éd. rev. par H. Jordan’

, ’ 1881 j Br™n’ Gricch ■ §§ *19 et s. et Vorschule der Kunstmyth.

p . 08-55, Gotha, 1854; Wclcker, Gricch. Gôtlerlehre, I, p. 500 et s., II, p. 385 et s.

des poudres et des pastilles pour l’usage de la médecine* et surtout de la toilette4, par exemple pour combattre l’excès de la transpiration ’’ ou pour corriger la mauvaise odeur de l’haleine6. E. S.

DIAPSËPHISIS (AtatJ^swtî). — L’usurpation du titre de citoyen paraît avoir été très fréquente à Athènes, si fréquente que, lors de l’une des révisions générales de la liste des citoyens, il fut reconnu que quatre mille sept cent soixante personnes sur dix-neuf mille environ, c’est-à-dire plus d’un quart, étaient illégalement inscrites. Isocrate remarquait, en effet, que, à certaines époques, pendant que les cimetières publics se remplissaient de la dépouille mortelle des citoyens, les registres des phratries et ceux des dèmes se couvraient de noms de personnes qu’aucun lien sérieux ne rattachait à la cité 1 . Plusieurs dèmes s’étaient même fait une réputation malheureuse par la facilité avec laquelle ils inscrivaient sur leurs registres des personnes justement suspectes d’extranéité. Tels étaient notamment le dème de Potamos et celui d’Halimus2.

Pour réprimer autant que possible de tels abus, le peuple athénien ordonna, de temps à autre, que, dans chaque dème, le Xyjljtap^txôv Ypap.aateïov, c’est-à-dire le registre contenant les noms des citoyens, fût l’objet d’un examen attentif, tendant à faire disparaître tous ceux qui y avaient été injustement portés. C'est à cet examen que les Athéniens avaient donné le nom de Atadoj^ujiç3.

Deux de ces révisions générales nous sont assez bien connues.

La première, qui eut lieu sous l’archontat de Lysimachide (445-444 av. J. -G.), fut motivée par l’envoi qu’un Psamitik, qui régnait dans quelque coin du Delta d’Égypte, fit aux Athéniens de trente ou quarante mille médimnes de blé [Voy. diadoseis]. Les renseignements nous font défaut sur la procédure de cette révision. Nous n’avons pas, en effet, de texte qui nous autorise à affirmer que l’enquête fut dirigée par les démotes, réunis sous la présidence du démarque. Nous ne pouvons pas non plus dire avec certitude qu’elle fut confiée à des magistrats spéciaux analogues aux Zi^rai'4. Nous avons seulement de bonnes raisons pour ne pas croire, comme M. Haussoullier5, que les Héliastes furent appelés à statuer sur toutes les inscriptions suspectes. Il ne faut pas oublier qu’il y eut quatre mille sept cent soixante usurpateurs expulsés; or, à moins de supposer que toutes les contestations furent couronnées

' txiumui. aer Aunsr §§ dbd-365; Muller-' Wie-

seler Denkmülcr der allen Kunst, I, 10-14, pl. xi, 42; xm, 46 ; xv.n, 95 ; xxv. 1-3 b; XL, y, 206; xlv, 210; ™, 281, 282 etc.; II, pl. xv-xv„ ; O. Muller, Die

rV’,V: P’ 371 ; 11 (IndeI)’ 2e éd- BrcsIau> *844; A. Maury, Hist. des

Rink dTbTI' "n S” "’ 2,5 ; IU’ 135 61 3’ et P*3*™. Paris, 1857- Uo9 Rmk, Die Relu/, der Bellen. passim, Zurich, 1854-1856 ; Stoll, art Artémis

dans la RealencyclopOdie de Pauly, I, 2- éd. 4866; Schreiber, art. Artémis et Birt art. Diana dans Roscher, Ausführl. Lexik. der griech. und rom. Mythol • echarme, Mythol. de la Grece antique, c. vi, p. 135 et s., 2” éd. Paris 1886- Loi Ignon, Mythol. figurée de la Grèce, c. y, Paris, 18S3 ; Lenormaut et de’ Witte’

f toi ZTk k7” *’ “ 'AP°ll0a e‘ Dia“e> 1 de C1«“. * sculpt. ivl

pl. o60 A a 578; K. h. Hermann, Gottesdienstl. Alterth. der Griech ed Heidel

Le,pz^t864; Mitscherlich,ZIeZ)ifl,ia50si„’<a,Gôtting,t821 ; Clans, 2kD°taï'niiquto

dSsmT iUrn BrlaU’ 1881 : B- Gr°SSe’ * Lma< Lubeck, ,881 ’

DIAPASMA. 1 De odor. p. 183. — 2 H nat XIII 3 a p î » .

Oribas. X, 33. - 4 Lucian Amor 39- PI , , ~ *’ Aeg’ VII> 13 !

„ Ëtucian. Amot. 39, Plutarch. Mor. p. 990 b. — 5 Dioscor I

’ P m* H- nat ’ XXI’ 19> 73 î P1ut- Mor. p. 060 e. — 6 Martial 1 8S

DIAPSËPHISIS. 1 Isocrat. De Pace, § 88, Didot, p, 413, -Yuarpocr s „

nZZt n?0"- 5’ Suidas, cod. verb. éd. Ber-

C.Timarch. 7 7 D . p m -i Phtner' ‘VeT"' ’’ f ^ Sch°Iia in l8o0 p u t . ’ uner.Beitraegezw Aenntniss des attischen Rechts,

BritZ ~ Z mUnic‘Pale en étique, 1884, p. 36. V. aussi Ad. Philinpi *“ eiller Geschichte des attischen B ilrgerr édités, 1870, p. 34 et s. ’

de succès, il faut admettre que le nombre des procès fut plus considérable que le nombre des expulsions. Combien de temps les Héliastes auraient-ils mis à juger cinq ou six mille actions en justice?

La seconde révision générale parvenue à notre connaissance eut lieu sous l’archontat d’Archias6, non pas, comme l’ont dit plusieurs historiens, de cet Archias qui fut éponyme en 419, mais d’Archias II, qui donna son nom à l’année 346-345 7 . Il ne peut y avoir sur ce point aucune hésitation8, puisque ce fut à l’occasion de cette Sta’jojæisi; que furent composés le discours de Démosthène contre Eubulide, et probablement aussi les discours d’Isée pour Euphilétos et contre Bœotos9.

Nous ne connaissons pas bien les raisons particulières qui décidèrent un Athénien, nommé Démophilos10, à prendre l'initiative de la révision des registres civiques. M. Ernest Curtius croit qu’il fut inspiré par le désir de débarrasser la ville d’étrangers sans conviction et peu sûrs, ainsi que d’opérer en général un relèvement de l’esprit public11. Dans un tout autre ordre d’idées, Westermann rattache la mesure à la confiscation des biens de Diphilos, dont la fortune s’élevant à cent soixante talents devait être distribuée entre les citoyens12. Quoi qu’il en soit, le peuple décida que, dans chaque dème, une enquête aurait lieu, par les soins des habitants du dème, pour savoir si tous ceux qui étaient inscrits sur les registres civiques étaient ou non citoyens légitimes 13.

Voici, d'après les discours des orateurs14, quelle fut la procédure suivie dans la Statj/qtpio-iç de 346. Au jour fixé, soit par le décret du peuple athénien, soit par le démarque, pour le commencement de l’enquête, les membres du dème se réunissaient dans le lieu habituel de leurs séances, sous la présidence du démarque15. L’importance de la réunion avait sans doute paru garantir d’une manière suffisante l’assiduité des démotes, car nulle peine n’avait été édictée contre les absents. Nous lisons dans Démosthène que les vieillards du dème d'Halimus, ayant un long trajet à faire pour retourner chez eux, se retirèrent avant la fin de l’enquête, et l’orateur ne leur fait pas un crime de cette retraite prématurée, si nuisible qu’elle eût été à son client16.

Tous les démotes prêtaient serment de voter conformément à la justice, abstraction faite de tout sentiment d’amitié ou de haine17.

Le Nr] E t oc py txov ypctp.uaTEÏov, sur lequêl étaient inscrits les noms de tous les citoyens composant le dème, était alors ouvert 18, et, sur l’invitation du démarque, un greffier ou un héraut appelait successivement tous les noms portés sur le registre.

Sur chaque nom, un vote avait lieu au scrutin secret. Les membres du dème étaient invités à dire si, en leur âme et conscience, l’appelé était réellement citoyen ou bien s’il avait usurpé le droit de cité.

Le plus habituellement il n’y avait pas de discussion préalable au vote. Personne ne demandant la parole, le démarque invitait les démotes à déposer immédiatement

6 Harpocrat. s. v. AUW.suri;. — 1 Voy. de Bruyn de Neve-Moll, De coniitione peregrinorum (ipud Athenienses , 1839, p. 51. — 8 Denys d Halicarnasse dit expressément que l’enquête eut lieu sous celui des Archias qui succéda à Thémistocle; Oratores attici, li, p. 450, Didot. — 9 Cf. Aeschin. C. Timarch. § 77, D. 43. — 10 Aeschin. C. Timarch. § 80, D. p. 44. — H Hist. gr. V, p. 327. — 12 Plutarch. X oratores, Lycurg. § 34, D. p. 1027. — 13 Dion. Halic. Argum. Isaei orationis pro Euphil. D. p. 318. — 1* Demosth. C. Eubul. R. 1298 et s.; Aeschiu. C. Timarch. § 77 et s., D. p. 43; Isae. Pro Euphil. D. 318 et s. — 19 Quelques historiens disent que les démotes étaient présidés par un membre du sénat. Eubulide, qui présida l’assemblée du dème d [lulimus, était tout a la fois démarque et

leurs suffrages dans l’urne et dépouillait le scrutin. Il était naturel de prévoir alors une réponse affirmative, et cependant Eschine nous apprend que beaucoup de personnes furent rayées de la liste, sans qu’aucune objection à leur maintien eût été formulée avant la mise aux voix19. Une radiation opérée dans de telles conditions n’avait, dit l’orateur, presque aucune chance d’être réformée en cas d’appel; car elle prouvait, par elle seule, qu’il y avait eu bien réellement usurpation du droit de cité.

Les votes défavorables étaient ordinairement précédés d'un débat contradictoire. L’un des membres du dème, à l’appel du nom suspect, demandait la radiation20 et justifiait sommairement sa demande. La personne mise en cause se défendait en faisant entendre des témoins, en produisant des actes écrits, en évoquant le souvenir des services rendus par ses parents, etc. C’était seulement lorsque cette discussion était close que le démarque recueillait les suffrages.

Il n’y avait qu’une seule urne pour toutes les opinions émises21 ; il fallait donc que chaque vote eût un signe distinctif, permettant de reconnaître s’il était favorable ou défavorable.

Quelques grammairiens nous disent que les démotes exprimaient leur avis en écrivant sur des feuilles d’arbre ; c’est même, ajoutent-ils, de ce mode d’expression des suffrages, connu sous le nom de cpAAcxfopi'a, que sont venus les mots èx<pu)vÀo:popî)sat pour désigner l’expulsion d un membre du dème, et Iras'pjXXo'popYipwvo; pour désigner l’expulsé lui-même22. D’autres grammairiens disent que pour le vote on employait des fèves, blanches si le vote était favorable, noires s’il était défavorable 23. Ces deux modes ont-ils été employés simultanément ou bien l’ont-ils été successivement? La vérité est que les orateurs se servent toujours de l’expression jdjpov Soüvou ou j-q^i'ÇedOat, qui semble une allusion à l’emploi de cailloux, entiers ou perforés TtXqpq;, |qcpo; TETpuTtqjjsvq). Si les votes eussent été écrits sur des feuilles d’arbre, le dépouillement du scrutin n’aurait pu avoir lieu que pendant le jour, et cependant Démosthène parle d’un scrutin dépouillé après le coucher du soleil, au milieu de l’obscurité 24.

Malgré l’obligation imposée aux démotes d’émettre un vote individuel et secret sur chacun des membres du dème, la Sta'j/qœtcre; se faisait assez rapidement. Démosthène nous apprend que, dans le dème d’Halimus, l’un des moins peuplés, il est vrai, l’assemblée statua, en très peu de temps, sur soixante inscriptions25; l’opération, pour le dème tout entier, put être terminée en deux jours. Dans les dèmes plus nombreux, les votes et les scrutins exigés ne pouvaient pas être aussi rapides, et l’assemblée des démotes dut être maintes fois prorogée pour mener à bonne fin l’enquête.

Les résultats de la StaAvfyujtç de 346 furent-ils bien conformes à l’équité? N’y eut-il pas dans les enquêtes une trop large part faite, non seulement aux préjugés, mais encore aux mauvaises passions, aux vengeances personnelles, aux rancunes privées ? Les orateurs citent des

sénateur ; mais ce fut évidemment comme chef du dème qu’il dirigea la ÆiaJ/ïptirtî »

— 16 Demosth. C. Eubul. § 10, R. 1302. — 17 Demosth. C. Eubulid. § 63, R. 1318

cf. §§ 9 et 26, R. 1301 et 1306. — 18 Sous ce prétexte que le registre civique devait se trouver chez le démarque, quelques auteurs disent que la avait

lieu dans la maison de ce magistrat. Est-il besoin de montrer l’impossibilité de réunir dans une demeure particulière les membres de dèmes tels que celui d’Acharnes? — 19 Aeschin. C. Timarch. § 78, D. p. 43. — 20 Cf. Aeschin. De fais, légat. § 182, Didot, 95. — 21 Demosth. C. Eubul. § 13, R. 1302. — 22 Pollux, Onomast. VIII, 18; cf. III, 57. — 23 Ulpian. Scholia in Demosth. 747, 3, éd. Didot, p. 731.

— 2V Demosth. C. Eubul § 13, R. 1302. — 23 Demosth. C. Eubul. § 10, R. 1302.

DIA

DIA

personnes dont le maintien ou la radiation sur les registres furent paye's à prix d’argent26. Ils parlent de irères germains, c est-à-dire ayant le même père et la même mère, dont les uns furent exclus du droit de cité pendant que les autres en conservèrent la jouissance ; ils racontent que des fils furent déclarés citoyens, tandis que leur père était rejeté comme étranger27. Même en faisant la part des exagérations que comporte un plaidoyer, il lautbien reconnaître qu il y eut des radiations injustes.

Les victimes de l’injustice n’avaient pas, d’ailleurs, été livrées sans défense au bon plaisir des dèmes. Lorsque, les démotes ayant répondu négativement à la question posée par le démarque, une personne avait été exclue du droit de cité, 1 appel était possible devant une juridiction offrant plus de garanties d impartialité. Mais l’emploi de cette voie de recours n’était pas sans dangers et il fallait être bien convaincu de 1 excellence de sa cause pour en user . Des textes, dont 1 autorité a été contestée, mais ne paraît pas sérieusement contestable29, disent, en effet, que celui qui s inclinait devant la décision du dème était seulement exclu de toute participation au droit de cité ; il pouvait même continuer à résider à Athènes, à la condition de se soumettre aux charges imposées aux étrangers, tandis que celui qui interjetait appel s’exposait, en cas d insuccès, à perdre, outre la qualité de citoyen, la liberté. Ses biens étaient confisqués au profit du trésor public et il était vendu comme esclave30.

L’appel était formé devant les thesmothètes et jugé par les héliastes. L’opinion d’après laquelle les Nautodikai auraient été compétents31 est inadmissible pour la Œ-un; de 346, par l’excellente raison que, à cette époque, on ne trouve plus aucune trace de l’existence de ces magistrats. Ce sont les juges ordinaires32, c’est-à-dire les héliastes, qui, sous l’hégémonie des thesmothètes, jugent tous les procès dont, au Ve siècle, la connaissance appartenait aux Nautodices.

L intimé était le dème, représenté par le démarque ou pai quelqu un de ses membres. Il eût été, à première vue, naturel que 1 appelant prît le premier la parole devant les héliastes, et cependant nous savons par Démosthène que lesjuges entendaient d’abord le représentant du dème. Poui justifier cette singularité, on peut dire que, si l’appelant avait dû parler le premier, il aurait été obligé de réfuter les raisons pour lesquelles la radiation avait été prononcée, raisons encore inconnues des juges, peut-être même inconnues du plaideur, lorsque la radiation avait eu lieu sans discussion préalable 33. C’était au représentant du dème à exposer d’abord pour quels motifs un nom inscrit sur le registre civique avait été efTacé, sauf à l’appelant à montrer ensuite que la radiation n était pas légitime.

Du discours d’Isée pour Euphilétos, il résulte que la sentence des démotes, avant d’être déférée aux héliastes, pouvait être soumise à l’appréciation d’un arbitre 34. On enseigne généralement que l’arbitre dont parle l’orateur est un arbitre public [diaitétai]. Deux objections, l’une et

20 Demosth. C. Eubul. § 60, R. 1317; Aesch. C. Timarch. § 114, D. 49.

Demosth. C. Eubul . g 58, R. 1316. — 28 L’appelant était-il obligé (le déposer le nafaSdW. 7 Meier, De bonis damnat. p. 90, répond affirmativement, tandis que la réponse de Neve-Moll, De peregr. condit. p. 56, est négative. Le silence des textes ne permet pas de résoudre la difficulté.

— 29 Demosth. Arg. Orationis C. Eubul. R. 1293 ; Bekker, Anecd. gr. I p. 201 et 440 ; cf. Plut. Pericl. 37. - 30 Dion. Halic. Argum. Tsaei oral, pro Euphil. Didot, Orat. allie. I, p. 318. — 31 Schuurmans-Stekhoven, De

l’autre très graves, peuvent toutefois être faites contre cette opinion. On sait, d’abord, qu’il n’y avait lieu à l’arbitrage public que lorsqu’il s’agissait d’actions privées33; or il paraît difficile de voir une action privée dans un appel qui expose le plaideur au danger d’une confiscation de ses biens et d’une vente comme esclave. De plus, 1 orateur nous dit que l’arbitre, chargé d’examiner le litige pendant entre Euphilétos et les habitants du dème d Erchia, resta saisi de l’affaire pendant deux années ; or les fonctions des arbitres publics duraient seulement une année. Schomann a essayé de répondre à ces deux objections. L action, suivant lui, était bien réellement une action privée36; car la personne rayée du registre appelait en justice les démotes pour obtenir la réparation d une injustice dont elle se croyait victime, elle se plaignait donc d une atteinte portée à son droit particulier ; la République n était en rien lésée37. Est-il possible que les Athéniens se soient placés à un tel point de vue? L’exclusion injuste* d’un citoyen n’est pas seulement dommageable à 1 exclu ; elle cause aussi un grand préjudice à i Etat. Cela est si vrai que 1 action fondée sur l’extranéité, la hvlctf rpap5, était incontestablement une action publique. Schomann trouve d’ailleurs naturel que l’arbitre, appelé à juger une affaire pendant l’année de ses fonctions, ait gardé compétence pour statuer, même après l’expiration de l’année et lorsque ses pouvoirs avaient pris fin 38. Cette prorogation semblait si peu naturelle aux Athéniens que, pour l’éviter, ils suspendaient, pendant les derniers mois de l’année, le cours normal de la justice. On échapperait aux difficultés que nous venons de signaler en supposant qu’Euphilétos et les membres du dème d’Erchia, avant d’aller devant le tribunal des héliastes, soumirent leur différend à un arbitrage conventionnel. Cette solution, qui met à la place d un arbitre public un arbitre privé, peut, nous le reconnaissons volontiers, donner prise à quelques critiques; mais elle se concilie mieux que l’opinion de Schomann avec les principes généraux du droit athénien.

Le nombre des citoyens exclus des dèmes par l’effet de la révision de 346 fut-il proportionnellement aussi grand qu’il l’avait été un siècle plus tôt ? Nous ne pouvons le dire. Nous savons seulement que les exclus, of

formèrent, en restant dans la cité, une sorte de groupe artificiel, qu’Hypéride distingue de celui des métèques; cet orateur leur fit une place à part dans l’énumération des personnes auxquelles, le lendemain de la bataille de Chéronée, il proposa de concéder les droits de citoyen 39.

A côté des Sta^tVetç générales, ordonnées par décret du peuple athénien et applicables à tous les dèmes de 1 Attique, on trouve des Sia^fcei; particulières, spéciales à un dème et ordonnées par l’assemblée de ce dème Telle est celle qui eut lieu, longtemps avant la grande enquete de 346, dans le dème d’Halimus 40. Le démarque de ce petit dème informa, un jour, ses concitoyens que leur registre civique avait péri ; il les invita, non pas à le

uivt u/n unie.

icvuyn. 104D, p. 20.

leur des si,,. • ■ rn û , ’, xolvov comme le dit l'au-

ieur aes Aixwv ivoga-tn (Bekker, Anecd. I, p. 1861 33 „ n„i 1 h,„ • • ■

aut iudiguiu^ dit (Won, Pro P. Quinlio, .1, § 8. - 3'.isae.

§ 36 cr M — 36 v°y. les textes cités dans l'article dixitktai, note 49 37 cl r Schoemann, Attisch. Process, éd. Lipsms, 1887, p 990'

-37 Sckoemaun, Tsaei Orat. 1831, p. 479. - 38 Tbid. p. 4SI. - 39 Suidas , v

imTim. ardy’ P’ 562’ - 40 Dem0sth' C' E“M- §§ 26 et 60, R.'

DIA

DI A

reconstituer purement et simplement, tel qu’il était avant sa destruction, mais plutôt à le rétablir en votant les uns sur les autres, otou}.7]cpî<7a<70ca rapl auTwv, c’est-à-dire à profiter de l’occasion pour reviser la liste des démotes et pour en éliminer les intrus. Cette Gtoc'j"î<?'(7lç était complètement facultative, et il n’y a pas de motif sérieux pour la qualifier, avec M. Haussoullier u, de oca^ifytctç IIàvâyxviç. La proposition du démarque fut adoptée, et dix des membres du dème, environ un dixième du total, furent exclus. On peut croire que l’opération n’eut pas lieu avec une parfaite loyauté ; car neuf des exclus, qui avaient interjeté appel, obtinrent, par décision judiciaire, la réformation de la sentence des démotes : nouvel exemple de la partialité qui souvent présidait à de telles enquêtes. E. Cailleher.

DIAPYLION (AtontuXiov). — Nom sous lequel, d’après Hésychius *, était désigné l’un des impôts perçus à Athènes. L’étymologie indique qu’il s’agit d’un impôt perçu aux portes de la ville. « Quum aliquid*po?,fi’s efferretur aut per eas inferretur (SA ttuXSv) 2. » Comme rien ne nous autorise à croire qu’il y eût un péage exigé des personnes qui entraient dans Athènes, nous sommes enclin à établir un rapprochement entre le StaxuXtov et nos droits d’octroi.

Nous n’avons, pour nous renseigner sur le mode de perception de cet impôt, qu’une historiette mise sur la scène par le poète comique Leukon 3 ; mais elle nous prouve d’abord que, comme pour nos octrois, le tarif variait suivant la nature des objets importés, et, en second lieu, qu’il y avait à Athènes des fraudes analogues à celles que nos tribunaux essayent de réprimer. Un paysan, qui voulait introduire du miel dans la ville, imagina, pour ne payer que la taxe afférente aux céréales, de recouvrir d’orge les outres qui contenaient sa marchandise. Malheureusement pour lui, au moment où la fraude avait déjà réussi et où il était entré dans la ville, l’âne qui portait le fardeau s’abattit. Les employés de l’octroi, voyant le paysan dans l’embarras, accoururent pour l’aider à relever son orge ; ils découvrirent la ruse et confisquèrent le miel.

Nous ne pouvons dire avec certitude si le droit d’octroi était distinct des droits de marché [agoraia télé], ou si, comme le disent quelques historiens, il se confondait avec eux 4. Nous sommes cependant porté à croire que les deux droits étaient tout à fait indépendants l’un de l’autre. Les denrées importées directement de l’extérieur dans la demeure d’un particulier payaient seulement le oianuXtov ; celles qui étaient portées sur le marché acquittaient tout à la fois le SiaituXtov et les àyopaîa x£h\ B. Les agents de perception, suivant toute vraisemblance, n’étaient pas les mêmes pour les deux droits. Il n’était pas non plus nécessaire de constater le payement du Smnu- Xtov par la délivrance de tickets analogues à ceux que

41 La vie municip. en Atlique, p. 52 ; M. Haussoullier s’appuie sans doute sur ce que ces mots sont employés par Démostbène, C . Eubul. § 26, R. 1306; mais il en exagère la signification. — Bibliographie. M.-H.-E. Meier, De bonis damnai- Berlin, 1819, p. 77 à 94; H.-M. de Bruyn de Neve-Moll, De peregr. apud Athen. condit. Dordrecht, 1839,p. 49 à 56 ; J. -H. Schuurmans Stekhoven, De civium atticor. recoqn . sive Aiai|niylff.t, Leyde, 1846, in-8°, 31 pages; B. Haussoullier, La vie municipale en Atlique, Paris, 1884, p. 34 à 53.

DIAPYLION. 1 S. v. AukiiASv, édition Alberti, p. 963 et note 3. — 2 Voir Hesych., loco citato. — 3 Zenobius, Proo. 1, 74. — 4 Boeckh, Staatshaus. der Athen. 3® édition, p. 394 ; Biichsenschiitz, Besitz und Enoerb., p. 557 . G. Gilbert, Handbuch der Staatsalterth. 1, p. 334. — 6 Voir supra, t. I, p. 155.

6 Voir Benndorf, Beitraege zur Kenntniss des attischen Theatcrs, p. 50 ;

cf. Bulletin de correspondance hellénique, VIII, pl. i, n»> 23-26. — 1 E. Curtius,

l’on remettait aux débiteurs des dyopaTa te'Xï) et dont quelques-uns sont arrivés jusqu’à nous8.

On trouve encore, à l’entrée de plusieurs cités anciennes, de petits postes, qui ne pouvaient pas servir à la défense militaire, et qui étaient probablement destinés à abriter les percepteurs du StaTuûXtov 7.

L’auteur des Économiques attribués à Aristote8 parle d’un autre Siot7ruXtov, qui fut perçu par un lieutenant de Mausole nommé Kondalos. Quand un soldat était mort et que son cadavre était transporté de la ville au lieu de sépulture, une drachme devait être payée à Kondalos au moment où le convoi traversait la porte de la ville. Cette taxe, dit le Pseudo-Aristote, avait le double avantage de procurer à Kondalos une ressource financière et de le renseigner sur les décès des soldats, ce qui empêchait les officiers de dissimuler les vides existant dans leurs corps de troupes. Le SkxtojXiov n’est plus ici un droit d’octroi ; c’est bien réellement un péage. E. Caillemer.

DIARIUM. — I. Journal tenu par un personnage, une famille, une administration, un collège [commentarius].

IL Ration journalière des esclaves [servus] ; des soldats

[CIBARIA M1LITUM, STIPENDIUm].

DIASIA (Auma). — C’est une des plus anciennes fêtes grecques de l’Altique. Elle eut dans l’origine beaucoup d’importance1, mais le développement du culte de Dionysos, des grandes fêtes des Lénéennes et des] Anthestéries, placées à une époque voisine, contribua certainement à en diminuer le prestige à l’époque classique. Elle avait lieu le 23 du mois Anthestérion (14 mars) et était célébrée en l’honneur de Zeus Meilichios2 [meiliciiios] ; les sacrifices offerts à cette divinité, qui avait un caractère chlhonien et mystérieux, se faisaient après le soleil couché et même pendant la nuit3.

Ces cérémonies avaient leur place dans le culte public et privé. La fête publique comptait au nombre des Ttarpun Ouciat4. L’archonte roi accomplissait le sacrifice, probablement sur l’autel commun d’Hestia(È7tl Tvjç xoivîjç iaxlctq) placé dans le Prytaneion5. On sait que chaque maison particulière de quelque importance avait aussi son autel d’Heslia [ara, domus] et c’est là que le chef de la famille devait procéder aux cérémonies du même genre en l’honneur de Zeus Meilichios c. Le sacrifice public était suivi de cérémonies religieuses auxquelles toute la population de l’Attique était conviée et qui, d’après un texte de Thucydide qu’on a malheureusement des raisons de croire interpolé, avaient lieu en dehors delà ville (eçco t9); TtoXsw;)7. On présume que l’emplacement choisi était le bord de l’ilissus, à proximité du temple de Jupiter Olympien 8.

Quel était le caractère de ces cérémonies ? Thucydide dit que tous les assistants n’offraient pas des sacrifices tspsTa, mais des Ougaxa Èm/oipca9. Le scholiaste explique tEpsta par 7rpdëaTa, c’est-à-dire des bestiaux de tout genre et plus spécialement des moutons ou des brebis 10.

Der Wegebau bei den Griechen , 1855, p. 82. — 8 H, 2, 14, édition Didot, I, p. 643.

DIASIA. t Thucyd. I, 126 : At<ÿ.<ria, a •/aleïtai Atb; eopxyj ME).t£tou [AE-ffu"*!. Voy. toute l’histoire de Cylon dans ce chapitre de Thucydide. Cf. Schol. Aristoph. Equit. 443. — 2 Schol. Aristoph. Nub. 407. M. Oskar Band, Die attischen Diasien, p. 10, croit pouvoir en fixer l’époque avec plus de précision encore, du coucher du soleil du 13 mars à celui du 14. M. A. Mommseu ( Heortologie , p. 19 et 379) pense qu’à l’époque la plus ancienne, les Diasia étaient fixées à une autre date dans le mois Anthestérion. — 3 Paus. X, 38, 4. — 4 Band, l. c. p. 10. — & Plutarch. Quaest. conviv. VI, 8, 1. Cf. Hauvette-Besnault, De archonte rege , p. 65. — 6 Aristoph. Nub. 407. — 7 Thucyd. I, 126. Cf. Mommsen, op. I. p. 384-385; O. Band, op. I. p. 4; M. Mommsen, op. I. p. 381, pense que la mention eçu» xrjî iïoXew; se rapporte à une époque postérieure à Cylon. — 8 Mommsen, op. I. p. 379-380; O. Band, Op. I. p. 11. — 9 Thucyd. I. c. — 10 Schol. Thucyd. eod. loc.

Page 1