II. Instrument de torture 8. E. Saglio
RIGITUS, AocxrtAoî. — Le doigt, la plus petite mesure de longueur des Grecs et des Romains équivalant à 1/1 de la largeur de la main (hxYxkîtvi, SCÎpov, palmus ) et 1/6 de la la longueur du pied [pes]1. Au-dessous, on comptait par fraction de doigt2. E. S.
DIGMA [deigma].
DII. - — Nous croyons utile d’étudier ici les différentes catégories que l’antiquité latine établissait entre les divinités innombrables qui furent l’objet de son culte. Sans doute ces catégories sont toutes ou presque toutes soit l’œuvre de théologiens, et en particulier de Varron, soit le résultat des préjugés ou des superstitions populaires ; fort peu ont un caractère officiel, et il n’y a guère, semblet-il, que les du consentes qui aient formé un groupe publiquement reconnu et déterminé. Toutefois, ces divisions tiennent une trop grande place dans la littérature et les croyances pour qu’on ait à lesnégliger; en outre, quelquesunes de ces divisions, notamment celle des dieux en du certi, incerti et selecti, due à Yarron, correspondent à peu près exactement au développement historique de la religion romaine; enfin elles peuvent permettre d’étudier ensemble des divinités similaires, mais trop peu importantes pour mériter chacune un article spécial [du certi].
Du adventicii. — Cette expression, qui n’est connue que par un passage de Tertullien1, désigne vraisemblablement des dieux de petite importance, étrangers à Rome, mais adorés par les Latins et les Italiens séjournant dans la ville; leurs autels étaient groupés sur le mont Cœlius2.
Du anculi, deae anculae. — On appelait ainsi, d’après les lexicographes3, les petits dieux et les petites déesses attachés au service des plus grandes divinités, en qualité de ministri ou de ministrae. Nous retrouvons çà et là les traces de ces serviteurs célestes dans les écrivains et les documents latins, quoique sous un autre nom. Les actes des frères Arvales mentionnent des Virgines Divae et des Famuli Divi, dépendant sans doute de la déesse qu’adorait le collège, Dea Dia *. L’expression de famulus semble plus usitée que celle d ’anculus : Énée, apercevant un serpent, se demande, dit Virgile, si c’est le génie du lieu, ou le serviteur de son père divinisé,
Incertus , geniumne loci famu/umne Parentis 8.
De même, Valerius Flaccus regarde les serpents comme les « serviteurs des ombres », umbrarum famuli 6. D autres famuli de divinités avaient une personnalité plus grande : Adonis était le serviteur de Vénus, Virbius de Diane, Erichthonius de Diane7, Silène de Bacchus8.
Du aquili. — C’est-à-dire les dieux sombres et noirs. On donne quelquefois ce nom aux dieux des régions souterraines, DU 1NFERI 9.
Du caelestes. — Ce sont les dieux du ciel dans la grande division classique des divinités suivant leurs demeures : en haut, dans les régions du ciel, dii caelestes ou superi; en bas, dans les profondeurs de la terre au-des-
3 Augustin. De civ. Dei, IV, U. — 4Gell. Noct. ML V, jui, 5. — 5 Preller, Roem. Mylh. 3® éd. I, p. 186, 245 et s. Pott accepte la traduction antique de Diespiter par « père du jour ». — 6 Cf. Jordan, apud Preller, t. I, p. 248, n" 2. — Bibliographie. Preller, Roemische Mythologie, 3" éd. Jordan, t. I, p. 186, 245 et s.; Pott, Etymologische Forschungen, 2e éd. IIe p., nE divis. p. 942; Corssen, Auss proche uiid Betonung , 2® éd., t. II, p. 233.
DIGITALE. 1 De re rust. I, 53.— 2 Gloss, lut. gr. ap. Forcellini, s. v. ; Gloss, lat. qall. ap. Du Cange, Gloss, med. et inf. latin, s. v. ; « digitabulum, deel, a mettre ou doy pour queudre » : J. de Janna : « digitabulum instrumentum in quo digitus intromittitur, et digitale dicitur. » — 3 1j0nnin, Antiq. des Eburoviques. — 4 Grivaud de la Vincelle, Arts et métiers des anciens, pi. in. — 6 Synes,
Ep. 58; Gloss, gr. lat. ms. de Laon, dans les Notices des Ms. de la Biblioth. nationale, t. XXIX, p. 71.
DIGITUS. 1 Vitruv. III, 1, 8; Colum. De re rust. V, 1; Frontin, De aq. 24; Pollux, II, 157; Hieron, Geom. p. 47, 12; Iluschke, Gr. und rôm. Métrologie, p. 28, 74. — 2 Ralbus, ap. Gromat. net. éd. Lachmann, p. 94; Polyb. VI, 23, H.
DII. 1 Ad nationes, II, 9. — 2 Cf. Preller, Rôm. Myth . Il, 3® éd. p. t.>3, n. 1. — Dii anculi, deae anculae. 3 Paulus, p. 19. — * Henzen, Acta Arv., p. 145. — 5Virg.
Aen. V, 95. 6 III, 459. — 7 Servius, Aen. V, 95. — 8 Horat. Ars poet. 239.
CI. Preller, Rom. Mylh. I, p. 101. — Du aquili. 8 Martianus Capella, II, 164 ; cl. Arnob. III, i4.
du
sous du niveau du sol, les dii inferi ou inferm; entre eux deux, vivant sur la terre ou sur les eaux des mers, des fleuves et des lacs, les dieux terrestres, dii terrestres, que l’on appelle quelquefois, d’une expression ancienne et qui paraît empruntée à de vieux rituels, dieux intermédiaires, dii medioxumi 10. Cette division en trois groupes n’est pas seulement naturelle et logique, elle parait aussi antique et traditionnelle, car Tite-Live nous apprend qu’elle se trouvait dans une formule du collège des Fétiaux [fétiales] : « Ecoute, Jupiterettoi Janus, [et toi] Quirinus, et tous dieux du ciel ( caelestes ) , et vous, dieux terrestres ( terrestres ) , et vous, dieux d’en bas ( inferm ), écoutez11. »
Du certi. — L’expression de dii certi est peut-être une création de Varron : en tout cas, il est le seul, dans 1 antiquité, qui l’ait couramment employée, et, si elle se trouve dans d’autres auteurs, il est visible qu’ils la lui ont tous empruntée12. Varron appelait de ce nom les dieux « qui dès l’origine sont certains {certi) et éternels13 [sempiterni) » ; ces dieux président aux actes, aux faits, aux choses de la vie matérielle et morale : chacun d’eux a sa fonction propre, ils sont aussi bien proprii que certi et que sempiterni u.
Varron consacra aux dieux certains le xiv6 livre de ses Antiquités Divines. Il en fit là l’énumération, il donna leurs noms, définit leur caractère, fixa leurs attributs lo. Il les divisait en deux grandes classes : la première était celle des dieux qui président à la vie même de l’homme, depuis sa conception jusqu’au dernier jour de ses funérailles; la seconde était celle des dieux qui veillent aux choses matérielles nécessaires à l’homme, comme au blé et aux fruits dont il se nourrit, aux vêtements dont il se recouvre, aux villes où il habite, aux demeures qui l’abritent10.
L’œuvre de Varron, on le sait, est perdue. Mais on la connut, on l’étudia à fond jusqu’aux derniers temps de l’empire romain. Les Pères de l’Église la lurent avec un soin infini. C’est là qu’ils allèrent chercher de préférence, on peut même croire exclusivement, les notions religieuses qui étaient nécessaires à leurs œuvres de critique ou de polémique. C’est à Varron qu’ils demandèrent les noms et les attributs des divinités bizarres, étranges ou immondes dont ils voulaient se railler ou s’indigner au profit de la propagande chrétienne. Le quatorzième livre de Varron fut l’arsenal où les docteurs de la foi nouvelle trouvèrent souvent leurs meilleures armes.
Aussi est-ce presque uniquement grâce à Tertullien, Arnobe, Augustin, Lactance, que nous allons pouvoir reconstituer la liste des dieux certains de Varron. Aux noms de dieux fournis par eux et empruntés directement à 1 écrivain païen, nous ajouterons ceux des divinités qui par leur appellation ou leur caractère paraissent avoir fait partie du même groupe et qui ont été réunies, avec assez de raison, aux dii certi de Varron par Ambrosch et, d après lui ou après lui, par Preller et Marquardt.
Nous devons, commeVarron, les distinguer en deux classes.
I. Le groupe le plus nombreux de ces divinités est formé de celles qui présidaient à la vie de 1 homme , elles le prenaient, non pas seulement au moment de sa naissance,
Lin caelestes. 1° Seulement, du moins dans ce sens, chez Plaute, Cistell. Il, 36, et Varro. ap. Nouius, p. 141. - U Tit.-Liv. I, 32. Cf. Preller, Roem. Myth. 3« ed. p. p. Jordan, 1. 1, p.55. — Du cebti. 12 Même Tite-Live, VII, 17. Si Tite-Live emploie là d'à certi dans le sens de Varron. — « Servius, Ad Aen. VIII, 275. — U Servius, Ad Aen. II, 141 ; Araob. II, 65; cf. Censorinus, De die natali, 3. — « Aug. De cm. nei, VII, 17. — f6 Aug. De civ. Dei, VI, 9. — U Augustin, De c'a-. Dei.\l, 9. — 18 De civ. Dei , VII, 2 et 3 ; VI. 9. — 19 Macrob. Sat. îx, 16; Tertullian. Ad nat. II, tl ; a beo. ap. Lydus, De mens. IV, 1. - 20 De civ. Dei, VII, 2 et 3. - 21 L. I. Vil, 2, et 21; IV, 11; VI, 9 — » Tertull Ad nat. U, H ; Marliauus Capella, II, 149,
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mais, bien au delà, à l’instant précis où commençait l’acte qui devait l’engendrer: elles le conduisaten jusqu a la mort, en passant par la vieillesse et la decrepitude . Janus commençait la série, Nenia la terminait n.
Janus, tant que dieu certain protecteur de la [Janus], est celui qui ouvre les voies à la formation d une existence humaine, aditum aperit recipiendo semin A côté de lui se trouve Consivius {Consevius), qui n est peutêtre qu’un dédoublement de Janus et qui, en tout cas, joue absolument le même rôle 19. A le.ur suite arnven Saturne . [saturnus], en qualité de dieu de la semence , e e cou > de Liber et de Libéra, qui veille à la régularité e fécondité de cette même semence chez 1 homme et femme21. L’enfant conçu appartient à de nouvelles divi nités : Fluonia (on écrit aussi Flumoma ou Fluvmm, le nourrit en retenant le sang dans le sein de sa mere^- ; - emona pourvoit également à sa nourriture ; Noua Décima veillent sur lui aux deux derniers mois de la gro. sesse. Puis vient l’enfantement21. Partula assiste aux premières douleurs25 ; Lucina dirige la naissance ’ ; Diespüer donne à l’enfant le jour, Vitumnus la vie, Sentinus sentiment27. Près de ces divinités, d’autres veillent aux moindres détails de la naissance : Prosa (ou Pomma ) e Postverta, autrement dit les deux Carmentae, s occupent de la sortie même de l’enfant, l’une s’il se présente par a tête, l’autre dans le cas contraire28 [carmenta] ; Lgena est adorée par les femmes, parce qu’elle est chargée de alveum conceptam egerere 29 ; Numeria est la deesse des naissances rapides39; Natio, peut-être celle des femmes fécondes31. Enfin Candelifera rappelle qu au moment de la délivrance on allumait un flambeau de cire 32.
Voilà donc l’enfant sorti sans danger du sein de sa mère. Mais les dieux ne l'abandonnent pas, et continuent à l’accompagner en bataillons serrés. On craint que Sylvain ne vienne tourmenter sa mère et ne pénètre dans la maison où elle repose : afin d’éloigner le sauvage esprit des bois, on lui rappelle la présence des hommes dans la demeure, d’abord en frappant le seuil de la porte d un coup de la hache du bûcheron, puis en le heurtant encore du pilon du meunier et enfin en le balayant avec le balai du moissonneur ; à chacune de ces pratiques et à chacun de ces instruments correspondait une divinité au nom significatif: Deverra , aubalai, Intercidona, à la hache, Pilumnus, au mortier33. Le dernier dieu avait un frère jumeau, Picumnus : ce couple avait son lit dressé dans la chambre conjugale, pour veiller de plus près sur le nouveau-né, et souvent on les regardait comme les dieux conjugaux pai excellence(du conjugales, dii infanlium) , comme les protec- r teurs et les gages des unions fécondes et des naissances heureuses31. La mère une fois rassurée contre le sauvage Sylvain, on s’occupait de l’enfant : on lui iaisait toucher le sol, et alors la déesse de la terre, Ops, était censée l’accueillir et le reconnaître35. Vaticanus ou Vagitanus lui ouvrait la bouche et lui faisait pousser son premier vagissement30, Levana le soulève de terre et le présente au père qui l’accepte et en prend possession37. Cunina protège son
Avnob. III, 30; Festus, Epil. p. 22. - 23 Tertull. De anima, 37. — » Aul.-Gelle III, 16, 10; Tertull. De anima, 37. — 23 Loc. laud. — 26 Aug. De cio. Dei, IV, 11 27 De civ. Dei, VII, 2; Festus, p. 305 b. — 28 Gell. Noct. att. XVI, 16,4; Tertull Ad nat. II, 11 ; Prosa est sans doute pour Prorsa : cf. Ritschl, Opéra, II, p. 34j et Jordan, ap. Preller, Mm. Myth. I, p. 406, n. 2. — 2ü Festus, p. 77.-30 Nonius p. 352, 59. — 31 Cic. De nat. Deor. III. 18, 47. -32 Tertull. Ad nat. II, ll.-33Aug De civ. Dei, VI, 9. — 34 Varro, ap. Nonius, p. 528, il ; Servius, Ad Aen. X, ,0 ; cl Preller, I, p. 375.— 35 Aug. De civ. Dei, IV, 11. — :)6 Aug. De civ. Dei, IV, 8 et 21 Gallius, XVI, 17 ; cf. Tertullian. Ad nat. II, 11.-37 Aug. De civ Dei, IV, 11.
berceau38. Rumina 1 habitue à la mamelle (que lesanciens appelaient ruma) 30. Nundina, la déesse du neuvième jour, rappelle que neufjours après sa naissance legarçon, purifié, ayant reçu son nom40 et les amulettes qui doivent le garder du mauvais œil, entre véritablement dans la vie : à côté de Nundina, Geneta Mana 41 et les Fées, Fata scribunda promettent à 1 enfant longue vie et heureuses destinées.
L enfant grandit. Pendant quelque temps, il semble que les dieux s occupent moins de lui et l’abandonnent aux soins de sa seule nourrice. Mais le voilà sevré. Alors viennent de nouvelles divinités autour de lui. Deux lui apprennent à manger et à boire, l’une qu’on appelle Educ.a , Eclula, Edulia, Edusa, ou même Vida; l’autre, à laquelle on donne tour à tour les noms de Potica, Potua ou Potmai- (qui semble bien son vrai nom). Cuba le suit quand il quitte le berceau pourle lit 4S. Ossipago ou Ossipagina durcit ses os44 et Carna ses muscles46. Il ne craindra pas de tomber, quand il s’essayera à marcher : Statinus> Statilinus et Statina l’aideront à se tenir debout46; Abeona et Adeona, à aller et venir, sous la protection immédiate des bras de sa mère47; Iterduca et Domiduca, à faire ses premiers pas hors de sa demeure48. L’âme de 1 enfant se forme en même temps que son corps, mais avec l’assistance de nouveaux dieux, de Farinus, qui lui délie la bouche et lui inspire les premiers sons w, de Fabulinus, qui lui enseigne les premiers mots60, de Locutius, qui lui apprend les premières phrases61. Puis naissent tour à tour 1 intelligence, la volonté et le sentiment : l’intelligence, avec Métis, Mens Bona, la déesse de la raison et surtout du bon sens °2, Catius, le dieu de l’habileté 63, Consus, celui des sages résolutions, Sentia, la déesse des bons avis 84. La volonté se forme avec Volumnus, Volumna ou Voleta, qui semblent jouer le même rôle, de divinités inspiratrices des résolutions66, Stimula, qui excite et entraîne 66, Peta, qui préside peut-être à la première manifestation extérieure de la volonté5', Agonius, Agenoria, Peragenor, qui veillent à l’exécution de l’acte voulu68, Strenia, qui communique le courage pour triompher des obstacles69, Pollentia et Valentia, qui continuent son œuvre 60, Praestana ou Praestilia, qui font enfin accomplir l’acte résolu61. Les sentiments naissent avec Lubia ou Lubentina, et Liburnvs , les divinités du plaisir 62, Volupia, la déesse de la volupté 63, Cluacina, qui appartient à ce même groupe et qu’il faut peut-être regarder comme la déesse des passions brutales64, Venilia, celle des espérances qui viennent se réaliser66, et son opposée Paventia ou Paventina, celle des craintes et de la peur66. Enfin quelques divinités au nom plus connu et aux destinées plus brillantes achèvent la transformation morale et physique de l’enfant, et font de l’adolescent un jeune homme : Numeria lui apprend à compter67, C amena à chanter68 : l’une est comme la divi-
38 Lactant. I, xx, 36 ; Aug. IV, 8, 11, 21, 34 ; Varro ap. Nonium, p. 167, 32. — 39 Aug. De cio. Dei, IV, 11 ; VII, 11; Varro, De re rust. II, H, 15; ap. Nonium, p. 167.
— 40 Macrob. I, xvi, 36. — 41 Plin., Hist. nat. XXIX, 58 ; Plutarch. Quaest. rom. 53. Cf. Zweta ieff, Tnscr. Ose. n°9; S. Bugge, Zeitschr. fur vergl. Sprachf. V, p. 10.
— 42 Aug. De cio. Dei , IV, 11 et 34 ; VI. 9; Tertullian. Ad nat. II, 11 ; Varro ap. Nonius, p. 108 [480] ; Arnob. III, 25 ; Donat. Ad Terent. Phorm. I, 1, 25; cf. Preller, II, p. 211, n. 2. — 43 Donat. I. Z. — 44 Arnob. III, 30; IV, 7 et 8; Martian. Cape!.
II, 149. — 43 Macrobe, xn, 31; cf. Merkel, Ovid. Fast. p. cxciv et s. — 46 Varro ap. Nonius, p. 532; Aug. De cio. Dei , IV, 21; Tert. De an. 39; Ad nat. II, 11.
— 47 Tert. I. I. ; Aug. De cio. Dei , IV, 21 ; VII, 3. — 48 Tert. I. I. ; Aug. De cio.
Dei , VII, 3. — 49 Tert. Z. Z. — 30 Varro ap. Nonius, p. 532. - 31 Tertull. Z. c. ;
cf. Preller, II, p. 212, n. 1. — 32 Aug. De civ. Dei , IV, 21 et VII, 3; cf. Preller,
II, p. 366. — 33 Au g. IV, 21. — 64 Aug. De cio. Dei, IV, 11 Tertull. Ad nat. II,
1 1. — 63 Aug. Z. Z. ; Tertull. Z. Z. — 56 Aug. De cio. Dei, IV, 11 et 16. — 67 Arnob. IV, 7 et 8. — 58 Aug. De cio. Dei , IV, 11 et 16 ; Tertull. Z. Z. Festus, p. 10. — 69 Aug .
Dll
nitë des sciences, l’autre comme celle des arts. Minerva achève l’œuvre de Mens, en fortifiant la mémoire69: Juventas, la Jeunesse, et b ortuna Bavbata, la Fortune barbue, amènent le corps de l’adolescent au seuil de la virilité70.
La théologie des anciens ne nous permet pas un seul instant de repos dans cette longue énumération. L’homme est en âge maintenant de prendre femme et de procréer. Voici de nouvelles divinités qui se présentent à lui, les dieux du mariage {d'd nuptiales), chargés de veiller à tous les détails légaux, moraux et physiques de l’union, depuis les plus extérieurs jusqu’aux plus intimes. A leur tète et présidant, semble-t-il, à l’ensemble du mariage, Junon, invoquée en cette circonstance sous le nom de Juno Juga ou Pronuba’11 . Auprès d’elle ou plutôt après elle, nous rencontrons Afferenda, ainsi nommée parce qu elle s occupe de 1 apport dotal 72 ; Domiducus (ou Domiduca ou Iterduca ), Bomitius et Manturna, trois divinités qui se suivent, l’une l’autre, la première pour conduire la nouvelle épouse vers le toit conjugal, la seconde pour la décider à y entrer, la troisième pour l’obligera y demeurer73. Unxia rappelle que le seuil de la maison est oint de parfums, en signe de bon présage74. Les deux époux sont en présencesur lelit nuptial. Cinxia dénoue la ceinture de la mariée76, Virginiensis préside à la première atteinte portée à sa pudeur virginale 16,Jugatinus l’unit à son époux77. Alors viennent un certain nombre de divinités que saint Augustin appelle infâmes et obscènes, et dont on ne pourrait définir la fonction qu’en recourant au latin des Pères de 1 Eglise : ce sont avec Venus 18 et son corrélatif Mutunus Tutunus, que l’on rapprochait du Priape grec7’, Subigus 80, Prema 81 , Pertunda 82, Perfica 83.
Au delà du mariage, nous rencontrons beaucoup moins de dieux autour de la vie humaine, soit que les théologiens aient supposé qu’elle pouvait se suffire à elle-même, soit, plutôt, que les Pères de l’Église aient jugé les dieux qui venaient ensuite moins dignes d’attention et de polémique et aient à dessein négligé de nous conserver leur nom. Çà et là, nous trouvons seulement quelques rares divinités présidant à différentes circonstances delà vie de famille : Tutanus et Tutilina, qui protègent dans la nécessité84, Viriplaca, que les époux adoraient aux jours de désunion ou de fâcherie 86, Orbona, qu’ils prient lorsqu’ils sont privés de leurs enfants86.
C’est ici, sans aucun doute, que nous devons placer les dieux qui donnent à l’homme honneurs, richesses, bonheur ou santé : Mena, qui veille aux accidents réguliers de la femme87 ; Fessona, la déesse de ceux qui sont fatigués, Pellonia, qui est chargée d’écarter les ennemis de chacun 8S, Quies, au soin de laquelle est confié son repos89, Rediculus, peut-être à l’origine le dieu du retour90. La fortune matérielle est placée sous l’invocation générale des
De civ. Dei, IV, 11. — 60 Liv. XXXIX, 7, 8. — 61 Arnob. IV, 3; Tertull. I. U
— 62 Aug. De civ. Dei, IV, 8 et 11 ; Tertull. Z. I. ; Arnob. IV, 9. — 63 Aug. IV, S.
— 64 Aug. IV, 8 ; cf. Preller, I, p. «9.— 6B Aug. IV, 11 ; Tertull. Z. I. — »o Aug. IV, U ;
Tertull. Z. Z. — 67 Aug. De civ. Dei, IV, 11. — 68 X. Z. — 69 Aug. VII, 3. 70 Aug.
IV, U ; Tertull. Z. Z. — 71 Festus, p. 104; Virgil. Aen. IV, 160. — 72 Tertull. Z. Z.
— 73 Aug. De civ. Dei, VI, 9; Martian. Capel. II, 149. — 74 Martian. Z. Z. — 75 Martian. I. I. — 76 Aug. De civ. Dei, VI, 9. — 77 X. I. — 78 Aug. De civ. Dei, VI, 9, t. I, p. 264, 24 de l’éd. Dombort. — 79 Lactant, I, xx, 30; Aug. De civ. Dei, IV, Il ; VI,
9; VII, 24 ; Tertull. Ad nat. 2, 11 ; Apol. 23; Arnob. IV, 7 et H ; Festus, p. 154 b. Cf. Jordan ap. Preller, II, p. 218, n. 2. — 80 Aug. VI, 9.— 81 X. Z. 82 Arnob. IV,
7 ; Aug. Z. Z. — 83 Arnob. IV, 7 et il. — 84 Varro ap. Nonius, p. 47. — 83 Valer.- Maxim. II, i, G. — 86 Arnob. IV, 7. D’autres expliquent Orbona comme la déesse qui ferme les yeux des morts; cf. Tertullian. Ad nat. II, 23; Preller, II, p. 219, n. 3.
— 87 Aug. VII, 2. —88 Aug. IV, 21.-89 Aug. iy, 16 et 21 ; T.-L. IV, 41. - 90 pljn.,
X, 122 ; Festus, p. 2S3.
du
du
dieux du gain, dii Lucrii et sous l’invocation particulière de Pecunia, d 'Argentinus, d ’Aesculanus, les dieux de la monnaie, de l’argent et du bronze91, A' Arculus,\e dieu des cassettes92. Saint Augustin s’étonne, à ce propos, qu’il n’y ait pas de dieu Aurinus pour l’or, puisque l’argent et le bronze ont leur divinité. 11 est bien facile de répondre à saint Augustin : les divinités dont il s’occupe sont les plus vieilles divinités de Rome et du Latium, celles des temps primitifs. Or Rome n’a connu sous l’ancienne République que la monnaie d’argent et de bronze : l’or n’a été réellement introduit qu’en 217, et encore n’est-ce que sous César qu’il est entré dans le monnayage officiel et la vie courante, et, à ce moment, il y avait beau temps qu’on ne songeait plus à accroître le nombre de ces dieux obscurs et démodés. Plaçons à côté des dieux des richesses Honorinus, celui des honneurs et des charges politiques93.
Le dernier groupe par lequel Varron terminait cette longue nomenclature était celui des divinités de la mort. Au moment suprême, en effet, l’homme retrouvait, moribond, autant de dieux à son chevet, qu’enfanl il en avait eus autour de son berceau : Caeculus éteignait la lumière de ses regards94, Viduus séparait l’âme du corps93, Alors ou Morta achevait l’œuvre de mort96, Libitina suivait les funérailles 97, Nenia accompagnait les dernières plaintes funèbres98.
A Nenia s’arrêtait certainement, dans le livre de Varron, la liste des divinités assignées à l’homme, liste qui commençait à Janus.
II. La seconde série des divinités certaines renfermait, dit saint Augustin en se servant des expressions mêmes de Varron, « celles qui concernaient non pas l'homme même, mais les choses qui sont à l’homme, comme la nourriture, le vêtement et tout ce qui est nécessaire à la vie99 ».
En tête on trouvait les dieux des fruits de la terre, dieux qui suivaient le développement du grain de blé depuis les semailles jusqu’à la récolte, comme d’autres accompagnaient l’homme de la naissance à la mort. Les mêmes divinités inauguraient cette série : Janus et Saturnus, grâce auxquels la terre s’enlr’ouvrait et recevait la semence100. Puis venait Sator, qu’on ne distingue pas très bien de<Saturnus101, Seia, Semonia ou Fructiseia, qui nourrit le blé dans le sein de la terre i02,Segetia ou Segesla, quilenourrit à sa sortie du sol 103. Une déesse destinée à une plus grande célébrité, Proserpina, n’était à l’origine, dans cette série, que la déesse de la germination104. Nodulus présidait au développement des tiges105 ; Volutina donnait aux épis l’enveloppe protectrice 106 ; Patelana ( Patallana ) et Patella ou Patana permettaient à l'épi de s’ouvrir au dehors 107 ; Panda (ou Pandina, Empanda, Panlica ), la déesse des épis ouverts et développés, était une des principales divinités de ce cycle et était regardée par beaucoup comme l’analogue de la grande Cérès108. Hostilina (de l’ancien mot hostire, qui correspondait à aequaré) donnait aux épis la même hanta Aug. IV, 21. — 92 Festus, p. 16. — 93 Aug.IV,21. — 95- Tertull. Ad nat. U, 25.
— 95 Id. Cypriau. De idol. van. — 9GAul. Gell III, xvi, il; Tert. I. L; Cicer. N. Deor. III, xvii, 44. — 07 Arnob. IV, 7; Aug. De civ. Dei , VI, 9. — 98 Exorsus a Jano ..., clausit ad Neniam, Aug. De civ. Dei , VI, 9. — 99 Z. I. — 100 Aug. De cio. Deiy VII, 13. Jauus n’est point nommé, mais sa présence en cette circonstance est judicieusement conjecturée par Preller et Marquardt. — 101 Servius, Georg. I, 21.
102 Macrob. I, 16, 8 ; Aug. De civ. Dei , IV, 8. — 1°3 Aug. I. I. Macr. I. I. ; Plin. H. n. XVIII, 8. — 104- Aug. I. L; Arnob. III, 33. — 105 Aug. I. L; Arnob. IV, 7 et 11.
— 106 Aug. I. I. — 107 Aug. /.. L; Arnob. IV, 3; Patarui dans l’inscr. d’Agnone; Mommsen, Unteritalisch. Dialekt, p. 128 et 135. — 108 Arnob. IV, 3 ; Varro ap. Nonius p. 44; Servius, Georg. I, 7, ou il faut lire Pandam au lieu de Panem; Varro, Vit. p. II. 1. — *00 Aug. IV, 8. — no Aug. I. I. — m Aug. L l. ; Servius, Georg. I, 315.
teur109. Puis venaient Flora, la déesse delà floraison des blés; Lactans elLacturnus, les dieux des jeunes épis encore lactescents111; enfin Matuta, qui leur donnait la dernière maturité112. Pendant que ces divinités suivent la lente transformation du blé et la protègent directement, d’autres la facilitent incidemment : Sterquilinius engraisse la plante à l’aide du fumier : c’était un dieu fort important, quoiqu’on ne s’entendît pas sur la manière dont on devait écrire son nom, qui nous a été transmis de différentes façons ( S 1er cutus et Stercutius, Stcrculus et Sterculius, Sterces1 ). Robigus et la déesse Robigo avaient, à côté de Sterquilinius, un autre rôle fort important : ils défendaient le blé contre la rouille : aussi ces divinités, sauvegardes de la richesse des laboureurs, avaient-elles un bois sacré à cinq milles de Rome, et la fête qu’on y célébrait le 2o avril, les Robi;/alia, était une des grandes fêtes populaires du printemps 1 1 f . Une place inférieure semble avoir été assignée à Picumnus et à son jumeau Pilumnus, que nous avons déjà vus près du berceau du nouveau-né et que nous retrouvons dans la liste des dieux des champs, celui-là pour engraisser les moissons comme Sterquilinius, celui-ci, que nous devrions mentionner plus tard, pour broyer le grain116. Spiniensis écarte les ronces et les épines116. Grâce à toutes ces divinités, le blé, enfin mûr, peut être livré à la main du moissonneur.
La série des dieux de la moisson comprend Runcina, que l’on invoque soit quand les blés sont enlevés du sol, soit, plutôt, quand ils sont débarrassés des mauvaises herbes et de la stérile ivraie117; Messia, qui veille à la coupe des blés mûrs118; Tutilina, qui les protège et les conserve à l’abri après la moisson119; Noduterensis, sous la protection de laquelle on bat le blé dans la grange120; Pilumnus enfin, qu’il faut replacer ici, à son vrai rang. Le blé une fois broyé, la série des divinités de ce groupe se trouve naturellement close.
Les autres groupes des dieux qui présidaient aux choses de la terre semblent avoir renfermé un nombre d’individus proportionnellement bien inférieur; peut-être cependant doit-on croire que les Pères de l’Église se sont moins arrêtés sur eux que sur les autres et ont préféré emprunter leurs citations et leurs arguments aux dieux de la vie et de l’agriculture. C’est ainsi que les forêts n’ont que deux dieux, Silvanus (et encore je ne sais jusqu’à quel point on peut l’admettre dans cette nomenclature)121 et Nemestrinus 122. Il y a deux déesses également pour les fruits, Puta133 et Pomonaxr* , une seule pour les fleurs et les prairies, Flora , qu’il est peut-être inutile de nommer ici de nouveau. Je n’en trouve qu’une seule pour la culture de la vigne, et encore bien incertaine, Meditrina,2S . L’élève des abeilles était confiée à la déesse du miel, Mellona ou Mellonian6. Il y avait pour l’élève des bestiaux trois divinités, dont l’authenticité comme dii certi n’est pas cependant entièrement certaine : Pales, la divinité des brebis et des
— 112 Les mss. portent Matuta et non Matura , Aug. IV, 8, éd. Dombart. — 113 Tertull. Apolog. 25; Ad nat. II, 9; Aug. De civ. Dei, XVIII, 15; Prudent. Pei'ist. II, 449; Plin. XVII, 50; Lactant. 1, 20, 36; Macrob. I, 7, 25; Servius, Aen. X, 76; Isidor. Orig. XVII, i, 3. Cf. Preller, II, p. 11. — 114 Varro. De ling. lat. VI, 16; Festus, p. 267; Servius, Geoi'g. I, 151 ; Aul.-Gell. V, 12. Cf. Preller, II, p. 44.
— H3 Servius, Aen. IX, 4. — U6 Aug. IV, 23. Un seul ms. porte Spinensis.
— H7 Aug. IV, 8; cf. Preller, II, p. 225. — H8 Tertull. De spect. 8. — 119 Tertull. I. I. ; Varro. De ling. lat. V, 163; Macrob. I, xv*i, 8, la mentionne sans la nommer.
— 120 Arnob. IV, 7 et 1 1 ; JVoduterensis est la leçon des mss. des éditeurs corrigent en Terensis. — 121 Cf. Aug. De cio. Dei , VI, 9. — 122 Arnob. IV, 7. — 123 Z. I.
— 124 Cf. Preller, I, p. 451. — 125 Cf. Preller, I, p. 107. — 126 Aug. De cio. Dei > IV, 34; Arnob. IV, 7, 8 et 12.
du
un
agneaux, Bubona , celle des bœufs 127, Epona, celle des chevaux 128.
Nous connaissons en outre un certain nombre de dieux préposés au solde la terre en tant que destinés à l’habitation et à la marche des hommes, surtout des Romains : Ascensuset Clivicola rappellent les montées et les sentiers en pente si nombreux dans la Rome primitive129; Jugatinus 130 et Montinus 131 , les sommets et les plateaux des monts de la Ville Eternelle naissante; Collatina protégeait ses collines, Vallonia ses vallons, Rusina la campagne environnante. 132 La maison du Romain avait pour elle, aussi, tout un cortège de divinités protectrices. Sur le seuil, nous trouvons Jana, comme nous avons déjà rencontré Janus sur le seuil de la vie humaine et de la vie végétale 133 ; Arquis préside aux voûtes 134 ; les portes appartiennent à Furculus, les gonds à Cardea, la pierre même du seuil à Limentinus I35, qui a auprès de lui Lima sa compagne136. A l’intérieur de la demeure, nous rencontrons au foyer Lateranus, le dieu du feu domestique137. Enfin, et c’est par elles que nous terminerons cette série si longue, les Actes des Frères Arvales [arvales] nous font connaître quatre divinités qui veillaient au détail de certaines cérémonies sacrées, Adolencla, Cotnmolenda et Coinquenda, Deferunda, pour la construction, l’abatage et le débit, le transport des arbres du bois sacré condamnés à périr ou frappés de la foudre 138.
Telle était, plus complète peut-être à certains égards qu’il ne l’avait donnée lui-même, la liste des divinités certaines, éternelles et définies, dressée parVarron ou suivant ses principes. On peut se demander quelle place ces divinités occupent dans l’histoire de la religion romaine, et quelle confiance ou quelle sorte d’autorité méritent le catalogue, les définitions et le classement imaginés par l'écrivain latin.
Le catalogue paraît avoir été emprunté, en grande partie, aux anciens livres religieux des pontifes, les indigitamenta. Ces livres ne donnaient pas seulement le nom des divinités et la formule des prières qui devaient leur être adressées, mais aussi l’explication des noms de ces divinités, et par suite la définition de leur rôle et de leurs attributs139. De fait, quoi qu’on en ait dit, il n’y a guère de divergence dans la manière dont les différents auteurs parlent et traitent des dii certi de Varron ; et Varron ne semble pas avoir eu de doute au sujet de la nature de chacun d’eux : à part quelques exceptions, dontil faut rejeter peut-être la cause sur les auteurs intermédiaires, chacune de ces divinités a son attribution bien nette et bien définie, ce qui doit nous faire croire qu’elle est empruntée à un livre de formules rigoureuses et immuables, comme devait être le recueil des lndiyitamenta. Sans doute, Varron aura ajouté à la liste qu il trouvait dans ce livre des dieux qu’il aura crus omis et qui parleur caractère se rapprochaient des vieilles divinités pontificales : il doit y avoir dans cette nomenclature plus d’une divinité étrangère au vieux rituel ou même à la religion des Romains : quelques grandes déités, comme Minerve, Junon,Diespiter, ont peut-être été introduites artificiellement dans la suite des divinités de la vie humaine ou de la vie végétale. Quelques personnalités augustes moins importantes, telles qu’Egeria ,
Aug. IV, 24 et 34. — 128 Tertull. Ad nat. I, 11 ; Apolor/. 16. — ISO Tertull. Adnat. Il, 15. — 131 Aug. IV, 8. — 120 Arnob. IV, 9. — 121 Aug. IV, 8; nous avons donué à ces dernières divinités un sens ou plutôt un domaine essentiellement romain, et nou pas général. — 133 Tertull. Ad nat . H, 15. — 33 * L. I. 133 Aug.
ont dû peut-être d’être admises dans ce cycle par suite d’une fausse interprétation donnée à leur nom. D’autres enfin semblent bien étrangères à Rome et importées après coup dans la religion italique, comme Epona, qui est bien une divinité essentiellement celtique. Mais il ne serait pas impossible, dans beaucoup de ces cas, de disculper Varron et de mettre ces erreurs, ces intrusions ou ces transformations de sens sur le compte des Pères de l’Église ou des auteurs modernes. Dans l’ensemble, on peut dire que tous ou presque tous les dieux certains de Varron sont empruntés aux recueils pontificaux : du reste, son respect et son amour pour ces vieux rituels ont dû le décider à s’écarter d’eux le moins possible, à ne rien déranger dans leur texte, leur liste, leurs formules. Les dieux certains de Varron doivent donc être regardés comme les dieux inscrits dans les plus antiques recueils pontificaux, ceux que la tradition regardait comme l’œuvre du roi Numa.
On pourrait croire encore que la plupart de ces divinités sont des créations philosophiques ou religieuses, que ces noms doivent être regardés moins comme désignant des personnages divins, que comme des épithètes attachées à telle action ou telle influence de la divinité : Viturnnus n’est pas le nom d’un dieu, mais le Dieu delà vie, la qualification d’un attribut divin, le pouvoir de donnerla vie. En d’autres termes, toutes ces divinités ont été imaginées après coup par les pontifes, conformément à leurs principes théologiques et métaphysiques. Je ne puis le croire. 11 semble bien, au contraire, que ces dieux aient réellement existé dans les croyances des Romains, qu’ils ont eu leurs jours de popularité et de gloire, qu’ils ont eu leur personnalité, acceptée et adorée de tous, autrement que dans les livres de prières. On y a cru. Ce qui le montre, c’est qu’un certain nombre d’entre eux se retrouvent sur les plus vieilles inscriptions de l’Italie : au fur et à mesure que ‘les découvertes épigraphiques nous font pénétrer plus avant dans la vieille religion italienne, c’est en présence des dieux certains de Varron quelles nous replacent. De beaucoup de ces divinités, nous savons qu’elles avaient leurs petits sanctuaires à Rome, vieux et délaissés sans doute à l’époque classique, mais encore conservés; quelques-unes même possédaient leurs images dans le cirque. Plusieurs avaient vu leurs fêtes se conserver jusque sous l’empire, notamment celles qui présidaient à la vie des champs, dont le culte, cher surtout aux gens de la campagne, avait par suite eu plus de ténacité et offert plus de résistance. Il convient donc, semble-t-il, de voir dans ces dii certi de Varron les plus vieilles divinités, les déités primitives de la religion italienne.
En somme, c’est en présence de l’antique croyance du peuple romain que ces listes de divinités nous ont placés. Le moment de grande popularité de ces dieux doit être antérieur à la fin de la seconde guerre punique. Nous avons remarqué qu’il n’est fait aucune mention du dieu de l’or, et que cependant l’or a été usité à Rome dès l’an 217 avant J.-C. Au temps des guerres d’Hannibal, on aimait encore les dieux, même officiellement, et quelques-uns d’entre eux, comme Tutanus et Rediculus, ont joué leur rôle dans la seconde lutte contre Carthage.
Toutefois la fin du me siècle avant notre ère marque
IV, 8; Tertull. De idol. 15; Arnob. IV, 9, 11, 12. — 130 Arnob. IV, 9 (les mss. donueut Lima). — «7 Arnob. IV, 6. — «8 Corp. inscr. lat. VI, 2090. — 139 Indigilamenta... nomma deorum et rationei nominum continent. Servius, Geory. I, 2i.
mi
dii
bien la décadence définitive des dii certi , qui ne durent plus avoir dès lors qu’un nombre limité d’adorateurs. Les écrivains de l’époque classique les connaissent à peine;et si les auteurs contemporains d’Auguste, comme Yarron, s’en sont occupés si longuement, si les actes du Collège des Arvales en mentionnent un certain nombre, et non des moins étranges, c’est par suite de ce mouvementde réaction qui entraînaitalorslesphilosophesde Rome etles politiques du gouvernement deux ou trois siècles en arrière, vers les pratiques anciennes, les souvenirs du passé, les croyances primitives, c’est qu’alors il paraissait de l’intérêt de tous de remettre en honneur tout ce qui rappelait l’antique Italie.
Du communes. — Virgile se sert de l’expression de dii communes ou de deus communis pour désigner celles des divinités qui sont communes à deux peuples et que par suite ils peuvent invoquer également dans les traités etles stipulations140. On peut rapprocher de cette expression celle dii quos omnes colunt d’une inscription de Padoue 141.
Du COMPITALES [LARES, COMPITALIa].
Du complices. — Arnobe désigne 142 de ce nom les dii