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de Lucanie offre la représentation d’un homme nu et barbu, avec de longues ailes, prêt à s’envoler, auprès
duquel on lit l'inscription • ikapos, et un relief
de lampe en terre cuite, de travail médiocre, montre un personnage ailé (Dédale ou Icare) s’élevant dans les airs, tandis qu’un homme barbu (Minos) le regarde s’enfuir et fait un geste de surprise; en dessous, dans la mer, un pêcheur dans sa barque est en train de prendre un poisson 44
(fig. 2283) : c’est exactement la scène que décrit Ovide45. Dans ce qui précède nous avons laissé de côté les tra-
44 Pour le vase cf. Gerhard, Hyperboreisch. rômische Studien I, p. 173, n° 9; Corp. inscr. gr. 7754; pour la lampe, cf. Arch. Zeitung, 1852, pl. 39, 2. M. Stephaui [C. rendu de Saint-Pétersb. pour 1863, p. 185, note 3) interprète comme épisodes de l’histoire de Dédale et Icare des reliefs d’un sarcophage romain qui ont été expliqués tout différemment par Panofka ( Arch . Zeit. 1850, pl. 17, n° 2) ; celui-ci y voit des scènes relatives aux mythes de la naissance de Pandore et d'Aphrodite. Citons encore un vase peint emprunté à quelque comédie satyrique représentant peut-être Iléphaistos avec le surnom de Acu&oûo;, ou, suivant M. Kuhnert (J. c., p. 197), Dédale lui-même luttant devant Héra assise contre Euenalios (Lenormant et de Witte, Élite céramograph. I, pl. 36; Wieseler, Theatergebâude , pl. ix, 14 ; Catalog. of vases in Brit. Mus. n° 1433). — 45 Ovid. Metavn. VIII, 226. Cl. Baumeister, Denkmàler des klassischen Altertuhnis , p. 403. — 46 Monnaie de Cuossos, en Crète, du Cabinet des médailles de Paris. On connaît deux autres monuments qui reproduisent le Labyrinthe, à peu près sous la même forme : un graffite de Pompéi avec l’inscription : hic habitat Minotaurus {Mus. Borbonico , XIV, pl. a; Niccolini, Case e Munumenti di Pompeji, Casa di Lucrezio, p. 12, pl. i, 6) et une belle mosaïque récemment trouvée à Brindisi ( Revue archéologique, août 1884, p. 107). Le rôle architectural de Dédale serait propre, d’après
ditions antiques qui ont trait à la vie artistique de Dédale, à son génie et à ses œuvres : c’est là que nous chercherons à dégager, s’il est possible, la réalité historique du personnage. Il est à la fois architecte et sculpteur. Il construit le Labyrinthe dont le revers des monnaies anciennes de Cnossos donnent une sorte de plan (fig. 2284) 40 ; la Kolyrnbethra, canal qui faisait écouler le fleuve Alabon dans la mer, en Sicile; des bains à Sélinonte; les fondations du temple d’Aphrodite sur le mont Éryx ; celui d’Apollon à Cumes ; il fortifie la ville d’Agrigente. 11 invente lui-même les outils et les procédés dont il a besoin pour son art : la scie, la hachette, le fil à plomb, la vrille, la colle de poisson47. On remarquera que tous ces instruments se rapportent au travail du bois, et non pas de la pierre ni du marbre. Le bois est, en effet, mentionné plus souvent comme la matière employée par Dédale pour ses statues 48. La pierre t3, l’or50, l’argent et le bronze 51 sont quelquefois nommés; pour les métaux précieux, il s’agit sans doute d’un simple revêtement, appliqué sur le bois, méthode dont l’usage a été extrêmement répandu [caelatura, p. 780 et suiv.]. Ces renseignements correspondent à ce que nous savons sur les commencements de la sculpture en Grèce [sculptura] et sur l’emploi fréquent du bois pour les premières idoles, peut-être même préféré à la pierre à l’origine comme étant plus facile à tailler et à façonner 5L Un autre caractère des œuvres de Dédale, qui est en même temps celui de toute la période archaïque, c’est qu’il ne fait guère que des statues de divinités. Ilygin dit : « Daedalus , Eupalami filius, deorum simulacra primus fecit 33 ». On signale, en effet, de lui une statue d’Hercule à Thèbes et à Pise, de Trophonios à Lébadée, d’Artémis Britomartis à Olous, d’Athéné à Cnossos, d’Aphrodite à Délos, d’Hercule à Corinthe et en Messénie, d’Artémis en Carie64. On remarquera que les représentations d’Hercule sont plus fréquentes que les autres : la place qu’occupe le mythe du héros en Crète et ses rapports avec Minos luimême56 expliquent cette préférence. Nous ne devons pas oublier cependant que Dédale n’avait pas entièrement dédaigné les représentations des mortels66; d’après une tradition recueillie par Virgile, il aurait voulu retracer l'histoire de la chute de son fils dans un relief doré; mais la douleur du souvenir lui en ôta le courage57.
Il y avait peut-être des représentations empruntées à la vie ordinaire sur un bas-relief de Dédale qui ornait un
M. Kulmert, Daulalos, p. 186, 190, 191, à la légende sicilienne. Sur le labyrinthe, cf. p. 221, 222. Pline, Hist. nat. XXXVI, 19, dit que Dédale en aurait emprunté le modèle aux monuments égyptiens. Sur les œuvres architecturales de Dédale, cf. surtout Diodor. Sic. IV, 30, 78 ; Brunn, Gcschischte der gr. Künstler , I, p. 18-19. — 47 PÜn. Hist. nat. VII, 198; Senec. Ep. 90, 14. — 48 Hesych., s.v. ■rc^av-so-., statue d’Hercule; Aristot. De anima , 1, 3, Aphrodite. Cf. Brunn, Gescbichte der gr. Künstler , I, p. 20. — 49 Apollodor. II, 6, 3, Artémis Movoyurirrivifi ; Pausau. IX, 40, 2, le chœur, relief fait pour Ariane. M. Brunn n’admet pas l’emploi du métal, à proprement parler, dans les œuvres de Dédale, l. c. p. 20 , 22. — 50 Callistrat. Soph. Descript. stat. 8 ; Virgil. Aeneid. VI, 32. — 51 Aristot. De anima, I, 3 ; Dio Chrysost. Orat. 37, 9. — 52 Cf. Collignon, Manuel d'archéologie grecque , p. 100 ; Waldstein, Revue archcol. 1881, II, p. 323; Homolle, De antiquissimis Dianæ simulacres deliacis , p. 75; Klein, Die Daedaliden dans les Arch. Epigraph. Mittheilungen aus Oesterreich , 1881, p. 94-99. — 53 Hyg. Fab. 274. — 54 Cf. Overbeck, Schriflquellen , n°* 99 et suiv.; Brunn, Geschichte der griech. Künstler, I, p. 15-18. — 55 Apollod. II, 5, 7. — 56 Steph. Bvz. s. v. ‘HXe*tç>ï£e;, signale dans ces îles deux statues de Dédale et Icare; cf. Aristot. De mirabil. 81. Mais rien ne prouve que ce soient des œuvres faites par Dédale; cf. Brunn, l. c., p. 17. — 57 Virgil. Aeneid. VI, 31-33.
Fig. 2284. — Le Labyrinthe 9ur une monnaie de Cnossos.
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autel consacré à Poséidon; on y voyait des àvSpiâvTsç, des i lions et des sangliers 68 : remarquons que la présence des animaux rappelle le système de décoration adopté aussi par les peintres de vases de l’époque archaïque. Était-ce aussi une représentation empruntée à la vie réelle que le fameux yopôç, fiue Dédale fit à Cnossos pour Ariane59? On pourrait le croire, puisque Homère en parle et dit expressément que le chœur de jeunes gens et de jeunes filles ciselé sur le bouclier d’Achille était tout semblable à celui de Dédale60. Mais on conteste, d’après les expressions mêmes du poète, qu’il s’agisse ici d’une œuvre d’art (oldv tôt’ £v'i Kvtûffw EtjpsiV) AaioaXo; V)<tx.v|<t£v /. a AA t T /, o x a txtp AptaSvv)), et l’on se demande s’il ne parle pas simplement d’un chœur de danse, inauguré par Dédale pour célébrer la victoire de Thésée sur le Minotaure, ou même d’un simple emplacement, d’une orchestra pour danser61? En dernier lieu, nous rappellerons une œuvre consacrée à Athènes, dans le temple de Minerve Poliade, qui prouve que l’artiste ne dédaignait pas les travaux plus humbles que la sculpture : c’était un simple siège sans dossier et pliant (8£<ppoç ôidaotaç)62; mais il est possible qu’il ait été décoré de reliefs ciselés.
Nous avons de nombreux renseignements, mais qui semblent contradictoires, sur le style et sur l’aspect général que présentaient les œuvres attribuées à Dédalp. Plusieurs textes anciens 63 leur donnent le nom de Ço'ava, terme qui s’applique en particulier aux statues primitives, formées d’un bloc de pierre ou d’un simple tronc d arbre dégrossis, surmontées d’une tête humaine et pourvues de bras collés contre le corps [xoanon] u. C'est le caractère que devaient offrir les statues de Dédale, étant donnée la haute antiquité où la légende le place et, en effet, Pausanias décrit son Aphrodite Délienne comme un petit Çôccvov dont le bas se terminait en gaine tétragonale, c’est-à-dire sans pieds, mais dont les mains étaient visibles65 ; le ÇAxvov d’Hercule, à Corinthe, était nu 66 : ce sont les seuls détails que nous ayons sur l’aspect des statues qu on lui attribue. Par contre, les auteurs anciens insistent à l’envi sur l’admiration générale que ses œuvres avaient excitée . elles paraissaient si vivantes qu’il semblait qu’on les vît parler, regarder, se mouvoir et courir 61 : la légende, renchérissant sur ces éloges, affirmait qu’on avait dû les enchaîner pour les empecher de se sauver
L’histoire de la statue d’Hercule n’est pas moins instructive pour l’histoire de ces merveilleux débuts. La légende raconte que cette image ressemblait si bien à Hercule et paraissait si vivante qu’une nuit Hercule, se trouvant en sa présence et croyant avoir affaire à un adversaire digne de lui, lui lança une pierre69. Si Dédale avait produit un si merveilleux effet, c’est que le premier de tous, il avait séparé les deux jambes et placé l’une d’elles en avant, dans l’attitude de la marche (èv èutr^slict toù ^aSÎÇeiv), écarté
les bras du corps et donné un regard aux statues ,0. Qui ne voit que ces louanges hyperboliques et ces progrès merveilleux, réalisés par Dédale, sont en contradiction singulière avec les précédentes descriptions et tout ce que nous pouvons supposer d’une plastique primitive, à l’époque de Minos et de Thésée! Nous possédons des statues archaïques qui datent tout au plus du vne et du vi0 siècle av. J.-C., c’est-à-dire d’une époque plus récente que le Dédale légendaire de six ou sept siècles, et qui pourtant reproduisent encore la forme du üdavov avec le corps en gaine, les pieds réunis, les bras collés au corps ’.
11 ne faut donc pas nous laisser abuser par les témoignages des auteurs: il faut conclure, comme l’ont fait MM. Brunn et Homolle 72, que l’imagination populaire avait réuni sur le nom d’un seul artiste ce qui appartenait à un grand nombre et que cette série de progrès ne représente pas une vie d’homme, mais plusieurs siècles.
De la même manière s’expliquent les nombreux voyages de Dédale en Crète, en Sardaigne, en Sicile, en Italie, en Attique, en Béotie, dans le Péloponèse, même en Carie et en Égypte : sa personnalité historique s est évanouie et fondue dans une sorte d’épopée qui en fait, suivant l’heureuse expression de M. Brunn13, une sorte d Ulysse artistique, mêlé à une foule d’aventures tragiques, ballotté de rivages en rivages par sa destinée, inventif et rusé comme lui. La légende attique en fait uniquement un sculpteur; la légende sicilienne ne cite de lui que des œuvres architecturales. Il y a eu évidemment, comme Ta montré M. lvuhnert, combinaison des légendes nées sur différents points et se rapportant à des personnages différents : les Attiques, en accaparant à leur profit le glorieux nom de Dédale, ont concentré le tout sur son nom. L’écart de vérité que se sont permis les anciens en faisant rentrer Dédale dans le cycle des artistes historiques est rendu plus sensible encore par les noms des disciples qu’ils rattachent à son école. Pausanias rapporte une tradition qui faisait des sculpteurs Dipoinos et Skyllis des élèves ou même des fils de Dédale et d’une femme de Gortyne1,‘. Or, nous avons quelques dates précises pour l’histoire de ces artistes, qui vivaient dans la première moitié du vT siècle ", tandis que le protégé de Minos devrait être placé- à une époque antérieure à la guerre de Troie. Si 1 on peut croire à un Dédale historique, il serait originaire de Crète et aurait vécu au vne siècle ; à cause de son habileté on lui aurait prêté les aventures du héros mythologique, antérieur à Homère. Smilis, dont on Tait un contemporain de Dédale 7\ ne peut pas avoir vécu avant la 30e olympiade (380 av. J.-C ). Il en est de même pour Endoios d’Athènes et Cléarchos de Rhegion, élèves de Dédale, dont le premier même l’aurait accompagné dans son exil en Crète17. Nous trouvons encore le nom d’Onatas op-
53 Overberck n" 105, 15. Palaephatus, De incredibil. 22, mentionne aussi comme œuvres de Dédale des guerriers combattant, des chevaux courant et un navire battu par la tempête ; cf. Overbeck, n" 130. - 63 Overbeck, n°> 110-115. - 60 Hom. Ihad, XVIII 590 ; Overbeck, n” 110. M. Kuhnert, l. c. p. 207. considère ces deux vers
comme dus à une interpolation ultérieure. Mais l’œuvre Cretoise a du exister (p. -16, 219) et sous forme de groupe, représentant les jeunes gens elles jeunes A les voues au Minotaure. Ce est représenté sur le vase publie par U Rayet l (note 32)
si Cf. Brunn, l. c. p. 17-18; Waldstein, Demie archeologiq. 1881, II, p. 3-3, cite l'opinion de M. Petersen pour qui le 7.096; est l’endroit ou 1 on dansait. — 6- Oveibeck n° 106, 16. On a pense que c'était un meuble de brome, mais sans raison suffisante- cf Brunn, Gesch. der gr. Iiünstler, I, p. 16. — 63 Pausan. IX, 3. 2 . «01 m a- -à liL l, aW, » Cf- IX, 40, 3 et 4 ; II, 4, 5. - « Cf. Homolle, De an-
quissimis Dianæ simulée, ■ is, p. 72, 79, où il montre que le travail de la pierre et celui du bois ont produit chacun deux genres de Ç6«.v« d’aspect different, es uns en orm , de base tétragonale, les autres ronds, les uns en forme de colonnes, les autres de
planches. V. plus haut les articles augot lithoi, p. 413, et juktylu, p. 64- - «5 Pausan IX, 40, 4. Cf. Waldstein, l. c. p. 328. - GG Paus. II, 4, 5. - 67 D101I Sicul. IV, 76; Schol. Euripid. Hecub. 838 ; Schol. Lucian. Philopseud. 19 Scliol. Plat. Èuthyphr.; p. 278, Didot ; Palaephat. De incredibil. 22; The.nist Omt XXVI p 316 a; Callistrat. Stat. 8. Cf. Petersen, cité par Waldstein, l. c 68 Plat Menon, p. 97; Schol. Plat. ai. h. ioc., p. 302, Didot; Zenob. Provcrb III 7- Hesvch s. n. AouSiW. - 69 Apollod. et Hesych. I. c. ; Overbeck, Schnft 'il n- 102, 117. - 76 Schol. Plat. Menon, l. c. ; Schol. Lucian. Philops. 19 Diod. Sicul. IV, 76 ; Palaeph. De incred. 22 ; Suidas, s. v. AtuSAl.™ Tzetz
Chii I 539 ; Philostrat. Imagin. I, 16; Themist. Orat. XXVI, p. 316 a. — 71 • PaJ
exemple l’Artémis de Dèlos, Bulletin de Correspond, hellénique , 111, 1879 pl. 1 (Homolle); la Juuon de Samos, ibii., IV, 1880, pl. 13 et 14 (Girard). - 72 Brunn, Geschichte der gr. Iiünstler , I, p. 21-22 ; Homolle, De antiq. Dianae sxmxd. p. 68. 69. - 73 Brunn, 1. c., p. 22. - 74 Pausan. H, 15, 1 . - 75 Cf. Brunn, l. c P- « ; Overbeck, Sclxriftgxœll. , p. 55. - 76 Pausan. VII, 4, 4. - 77 ld. I, 26, 4; III, 17, 6.
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posé à l’école des sculpteurs ot àn'o AcaoâXou 7S, ce qui montre la persistance d’une certaine école de Dédale jusqu’au v° siècle 79.
En somme, il reste peu de chose pour conserver à Dédale quelque réalité historique. Son nom même est un symbole : il personnifie le travail et l'industrie ingénieuse (racine oaA, Sod-SaX-oc, SodouXX<>), fabriquer, Sou- S'Aim) 80 ; le nom de son père (Eùi:aÀa(/.oç) indique l’ouvrier dont les mains sont habiles 81. Mais si cette personnalité appartient surtout à la mythologie, elle occupe pourtant une grande place dans l’histoire de l’art par les monuments quelle a inspirés, par l’activité artistique qu’elle révèle aune époque très reculée, par les relations qu’elle établit entre la Crète et la Grèce, par la façon dont elle résume et concentre en elle toute une série d’obscures générations d’artistes qui ont préparé la voie aux génies du Ve siècle. Le tableau que décrit ou qu’imagine Philostrate exprimait la vénération et la reconnaissance de toute l’antiquité pour cette figure, en donnant à ses traits une expression d’intelligence et de sagesse surhumaine82 (ûtc-
pGO'fOV TE xal EVVO'JV pxéiriüv). E. PoTTIER.
DAEIRA [DAEIRITES].
DAEIRITES ou DAEIRITIS. AastpiTY];, OGceipÏTiç. — Ce titre sacerdotal est cité seulement par Pollux *, dont les manuscrits se partagent entre la forme féminine et la forme masculine2. En tous cas, d’après la manière dont Pollux enregistre ce titre à côté de celui de I’iacchagogus, il est évident qu’il s’agit d’un prêtre ou d’une prêtresse qui figurait également dans la procession des mystes conduisant la statue d’Iacchus d’Athènes à Eleusis 3 [eleusinia]. Le nom même du daeirites ou de la daeiritis, et cette dernière leçon semble la plus probable, indique un personnage spécialement attaché au culte de Daeira4, antique divinité chthonienne adorée à Eleusis 3 et identifiée plus tard avec Coré 6. La légende populaire faisait de Daeira la fille d’Okeanos et la sœur de Styx 8; unie à Hermès elle serait devenue mère du héros éponyme Eleusis7; ou bien encore elle est la gardienne de Coré dans les enfers9. Lorsque l’on sacrifiait à Daeira, la prêtresse de Déméter devait être absente, et il lui était interdit de goûter à la chair de la victime 10. Il résulte du témoignage formel d’Ælius Dionysius, cité par Eustathe, que le personnage de Daeira jouait dans les mystères un rôle qui est assez peu clairement déterminé. F. Lenormant.
DAEMON, Aatjxiov. — Il n’y a point de terme, dans la langue religieuse et philosophique des Grecs, qui soit plus
78 ld. V, 25, 12. — 79 Pour l'explication de ce texte de Pausanias, et’. Klein, Die Daedaliden , dans les Arch. Epigr. Mittheil. Oesterreich , 1881, p. 90-91. M. Klein pense que le terme ol àr.6 AaiSaXou désigne une école différente de 1 école éginétique et de l’école attiqne, probablement l’école de Sicyone, dont les représentants Dipoinos et Skyllis sont donnés précisément comme les fils de Dédale; de plus, dans la famille de Polyclète, le célèbre sculpteur de Sicyone, on voit reparaître le nom de Dédale. Les Attiques, de leur côté, auraient fortement combattu cette prétention et toutes les légendes créées sur l'origine attique de Dédale, sur sa généalogie, sur ses relations avec Thésée, les pièces de Sophocle et d Euripide sur ses aventures, seraieut des tentatives pour rattacher le nom de 1 illustre artiste a l'histoire d’Athènes. Voy. la critique de l’opinion de Klein par L. von Urlichs, Beitrage sur Kunst geschichte , 1885, p. 3. Cf. Kubnert, l. c. p. 210-213, qui y voit une école crétoise représentée par Endoios, Aristoklès, Dipoinos, Skyllis, Cheirisophos, Chersiphron. — 80 Cf. Pott, Zeitschrift fur vergleichende Sprache , VI, p. 30; Curtius, Gricchisehe Etymologie , 1879, p. 232; Roscher, Lexicon d. gr. u. rom. Mytholog., p. 934. — 81 Cf. Brunn, L c. p. 14. — 82 Philostrat. Imag. I. 16. — Bibliographie. Brunn, Geschichle der griechischeu Künstler , I, p. 15 et s.; Overbeck, Schriftquellen sur Geschichte der bildenden Künste , nos 74-142; Mercklins, Abhandlungen ûber die Talossage, dans les Schrifte der Petersburg. Akademie , 1851; Petersen, Kritische Bemerkungen sur aeltesten Geschichte der gr. Kunst, Ploer., 1871 ; Kôrte, Die Kreter des Euripides , dans les Eistorische und philologische Aufsütse E. Curtius gewidmet j pi 201 et s. ; Klein, Die Daedaliden ,
iit.
complexe, dont l’interprétation dépende davantage d un milieu, d’une époque ou d’un système déterminés. La multiplicité, la variété des acceptions diverses de ce mot, étudié dans toutes ses nuances, est telle, qu on peut dire sans exagération que l’esprit hellénique s y reflète en quelque sorte avec toutes ses qualités de pénétration philosophique, d’imagination poétique, soit riante, soit sombre; il lui a confié ses inventions sur l’action de la divinité dans le monde, sur la nature et la destinée de l ame humaine, sur la part du surnaturel dans la vie ; après en avoir fait le terme le plus auguste du langage, il l’a laissé déchoir de degré en degré, jusqu’à n’ètre plus que le symbole du mal sous ses diverses formes. Si différentes cependant que soient les significations que ce mot revêtit à travers les âges, elles dérivent toutes logiquement de l’acception primitive qu’il a chez Homère et chez Hésiode.
I. Le daemon chez Homère. — D'une manière générale, le daemon dans l’épopée primitive désigne la divinité en tant qu’elle exerce sur l’humanité une action ou bienfaisante ou funeste. est la personnalité divine, conçue à l’image de l’homme, douée d’organes, de passions, de besoins comme lui 1 ; Saij/.ojv suggère l’idée d’une puissance secrète, indéfinissable, à laquelle tous les dieux participent et par laquelle ils font sentir leur supériorité à l’homme.
Il se comporte vis-à-vis de 6eo; comme numen vis-à-vis de persona divina2, avec cette différence que le numen des Latins est toujours une influence vague et impersonnelle, tandis que le Saqxtov d’Homère est cette même influence entrevue, pour chaque cas particulier, avec une forme personnelle et arrêtée. Par un de ses aspects le mot Saquov suggère l’idée plus récente de providence 3 : c’est quand il s’applique à une intervention favorable des dieux. « Puisse un démon te ramener dans la patrie ! » dit à Amphinomus un des prétendants. « Un démon a calmé les flots », dit Ulysse à propos d’une navigation heureuse L Tel est encore le sens de l'expression : aùv 8a£[j.ovi, qui se rencontre seulement dans l’Iliade 3.
Toutefois les passages d’Homère où SaîyMv suggère l’idée d’une intervention favorable des dieux sont des exceptions ; ceux où il implique le sens d’une action funeste sont beaucoup plus nombreux, surtout dans l’Odyssée °. On l’y rencontre souvent avec les qualificatifs tjTuyspôc, /aA£To;, xaxôç, ou des déterminations analogues : « le dessein funeste d’un démon » ; « un démon tramait des desseins funestes7 ». Un démon mauvais fait souffler le vent contraire qui arrête Ulysse ou le ramène chez Ca-
dans les Archaeologisch. epigr aphische Mittheilung en aus Oesterreich , 1881, p. 90 et s. ; C. Robert, Archaeologische Zeitung , p. 1 et s. ; Schreiber, article Daidalos , dans Aus fiihrliches Lexicon sur griechischeu und rô7nischen Mythologie de Roschor, p. 934 et s. ; Bauraeister, Denkmüler des Iclassischeyi Altertums, p. 403 et s. ; Waldstein, Dédale et V Artémis de Délos, dans la Revue archéologique , 1881, II, p. 321 et s. ; ou est donnée en note une bibliographie du sujet; Homolle, De antiquissimis Dianae simulacris deliacis, Paris, 1885, p. 50, 52,68, 69,73,75, 79, etc. ; E. Kubnert, Daidalos , Leipzig, 1886, dans le xve Supplementband der Jahrbücher fur classische Philologie. Il n’y a rien à prendre pour le sujet dans Falkener, Doedalus or the causes and principes of the excellence of greek sculpture , Londres, 1860.
DAEIRITES. 1 Onomast. I, 1, 35. — 2 V. L. Dindorf, dans le Thesaur. ling. graecac, d’H. Estieune, éd. Didot, t. II, p. 848. — 3 A. Mommsen, Eeortologie, p. 254. — 4 Corp. inscr. gr. u° 157 ; Rhangabé, Ant. hellén. n° 842. — 5 Ilinck, Die Religion der Hellen. t. 11, p. 339. — 6 Tzetz. ad Lycophr. Cassandr. v. 710; Schol. ad Apollon. Rhod. III, 847; Orph. Eymn. XL, 16. — 7 Paus. I, 38, 7,
— 8 Pherecyd. ap. Eustath. ad Uom. lliad. Z, p. 648. — 9 Eust. I. c. — 10 Ib.
DAEMON. 1 11. XXIV. 259 ; Od. VI, 46 et passim. Cf. Ukert, TJeber Doemonen , etc.
p. 140. — 2 Cf. Virg. Aen. VI, 50 : afflata est numinc qttandojam propiore Dei ; Ov. Am. III, 9, 17. Pour numen, v. Preller, Roem. Mythol. 3e éd. I, 57etsuiv. — 3 Lehrs, Populâre Aufsâtse, p. 147. —4 Od. XVIII, 146; XII, 169. Cf. III, 26. — 5 II. XI, 192; XV, 403. — 6 Une vingtaine de fois environ, contre trois cas ou le sens est favorable.
— 7 IL XV, 418, 468 ; XXI, 93 ; Od. XII, 295 ; VII, 248 ; XIX, 201 ; IX, 61 ; XVIII, 255, etc*
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lypso 8 ; un démon encore fait tomber des mains de Teucer lare au moment où il va frapper Hector9; c est linteivention d’un démon qui dessèche la terre devant les yeux de Tantale et fait disparaître le mirage d’un succulent repas10. Le démon obscurcit l’intelligence et l’abuse sur le sens vrai des choses11; il anime d’une force irrésistible le combattant qui bondit sur l’ennemi dans la bataille pour lui donner la mort12; il personnifie cette mort même au point d’en exprimer franchement l’idée 19 . Dans un passage de l’Odyssée, d’ailleurs isolé, le démon s’oppose aux dieux, comme l’auteur d’une maladie qui frappe le père de famille, tandis que les dieux l’en délivrent u.
Cette signification défavorable attachée à l’action du daemon, éclate surtout dans 1 adjectif ocuuovio;10; chez Homère, cet adjectif est toujours au vocatif et appliqué à des personnes humaines, par exception a des divinités dans des circonstances qui les mettent de plain pied avec des mortels 16. Il convient à tous les êtres humains, placés dans une situation singulière, par l’action mystérieuse et le plus souvent funeste des dieux. L’homme est oacgovio; quand il est ainsi frappé par une puissance surnaturelle, sans que l’on puisse au juste attribuer ses épreuves à l’intervention d’un dieu déterminé. Mais il n’est jamais daemon lui-même ; Homère a pu dire d’Hector 17 : « Il passait pour un dieu (Oedç) parmi les hommes ». Il n’aurait pu dire : Hector passait pour un daemon. C’est ainsi encore que nous rencontrons fréquemment 0eoeîxAoç, îadQsoç, etc., et d autres déterminations semblables ; mais il n’y a point de compose de Satp-wv qui mène à une idée analogue ; à 1 exception de oat'fjiôvio;, dont le sens est tout différent, nous ne trouvons chez Homère que ôÀêioSat'fztov, appliqué à un homme qui est un favori des dieux, un enfant gâté du destin
Mais de ce que le mot Sxîfuov personnifie le plus souvent l’action divine sur les mortels, il s’ensuit qu il se substitue sans peine au mot (ko;, c’est-à-dire à la personnalité divine elle-même. Dans un grand nombre de passages, Saigwv n’est qu’un synonyme de 6eo; ; et sauf une nuance, qui pour les modernes esta peine sensible, on peut mettre Ceo; partout où Homère a mis Satg.wv; sans restriction aucune quand Safgwv est au pluriel 19. Nous avons déjà dit que la substitution inverse ne serait pas possible toujours, aatinov au sens de Oed; s’emploie au pluriel, tout comme numina, surtout à partir d’Auguste, est pris simplement pour du2'1. Les démons, en tant que dieux, sont multiples; mais a tendance du mot à affecter, surtout la forme du singulier chez Homère, est telle, qu’un grand nombre d’interpretes y ont vu une sorte de profession de monothéisme instinctif21, un hommage inconscient à la force cachée qui se manifeste dans les phénomènes de la nature et dans la destinée de l’homme. Les commentateurs ont remarque que le mot ne se rencontre pas encore chez Homère • c’est Safpiv qui le plus souvent en tient lieu, là surtout ou il est dit des puissances divines quelles filent les destinées des mortels23. En dépit de ces apparences abstraites, le
Sat'gwv n’en est pas moins, aux yeux d Homère, une réalité concrète, une puissance expressive, qui ne porte pas en elle-même son caractère distinctif et invariable, mais dont les traits se déterminent suivant les circonstances où le poète la fait agir.
IL Le Daemon chez Hésiode. — Chez Homère les dieux seuls participent à la puissance démonique ; il semble qu’Hésiode la communique également à l’homme, et c est, en effet, ce qu’affirme le plus grand nombre des commentateurs : il serait plus exact de dire qu Hésiode a ouvert les voies à ceux qui, plus tard, au lieu de rattacher les démons aux dieux, ont admis que, dans certains cas, ils avaient une origine humaine. Ce qui appartient en propre à Hésiode, c’est d’avoir appelé démons des êtres intermediaires entre les dieux et les hommes, et de les avoir chargés, dans l’organisation du monde, de fonctions qui, chez Homère, sont uniquement dévolues aux dieux. L épopée primitive attribuait aux dieux et aux hommes une oiigine commune 21 ; elle ne reconnaissait entre eux d’autre différence de nature que l’immortalité ; mais déjà pour Homère l’humanité est déchue de sa condition première ; les dieux, pour surveiller les actions des hommes, descendent sur la terre sous la figure d’étrangers 25. D’autre part, les Phéaciens de l’Odyssée qui entretiennent un commerce immédiat avec les dieux et possèdent des prérogatives suinaturelles 26 ; Leucothéa, devenue déesse marine après avoir été de la race mortelle 27 ; Ménélas, qui, une fois mort, va habiter dans les plaines de l’Élysée sur les confins de la terre, sont des êtres privilégiés qui, sans appartenir au monde des dieux, sont cependant supérieuis à celui des hommes. C’est cette conception qui se retrouve dans le mythe des âges d’Hésiode 28, où il est question de daemones, et dans un passage de la Théogonie, où Phaéthon est appelé démon divin 29 . Ces êtres démoniques sont ceux de l’âge d’or, qui, sur la terre, « vivaient semblables aux dieux, exempts de soucis, ignorant le travail et la douleur; ils ne connaissaient point la vieillesse énenante, mais, doués d’une vigueur toujours égale, ils se divertissaient dans des festins, loin de tous les maux... et quand la terre les eut cachés dans son sein, ils devenaient, par la volonté du grand Zeus, démons illustres, répandus sur la terre, gardiens des hommes mortels ; ce sont eux qui observent les actions bonnes ou mauvaises et, enveloppés d’un nuage, s’en vont à travers le monde, distribuant la richesse ; car telle est leur fonction royale. » Les êtres ayant appartenu à la race d’argent, sans être appelés démons, ont de même un caractère surnaturel ; ils deviennent, après leur trépas, mortels bienheureux, mais souterrains 30. Si l’on remarque qu’à ces deux générations fabuleuses, les héros qui conquirent Troie ou combattirent sous les murs de Thèbes ne succèdent pas immédiatement, mais qu’ils en sont séparés par la race tout aussi fabuleuse issue du frêne et bardée d’airain, on en peut conclure que les démons issus de la race d’or et les gardiens des mortels
8 Od. 111, 166 ; XIX, 201. - 9 II. XV, 407. - « Od. XI, 587. - 11 0d; jX’ • V 901 , *■ XII 40- XVI, 104. - 12 n. XVI, 786 ; cf. V, 438, 459, 8S4,
\Vl" 705 etc. — 13 II. VIII, 166 : r.ioo; toi dit Hector u D.omMe.
n Od V 306. — 18 Cf. Naegelsbach, Hom. Theol. I, 47 et les lexiques. ,c Zeus vis-à-vis d’Héra, II. I, 561 ; IV, 31; Hélène, en parlant a Aphrodite, ih m 399 17 II. XXIV, 258. - « II. III, 182. Hésiode emp ois une seule fois; Op. et d. 626; Flach rejette le vers comme apocryphe. •
"m 420 ; V, 438, etc. ; Od. II, 134, III, 166, etc. - 20 Pour les dieux inférieurs d’éiù chez Varrou, cf. Censor. De d.n. 3. Serv. ad Virgil. Georg. I, -1 , Aug. Cu V. VII 9 - 21 V. entre autres, O. Millier, Prolegom. p. 245 ; Gerhard, Mythol. I, 3 2 et Neuhaeuser, De Uraecorum daemonitms, p. 1 1 et s. - -2 Laur. Lyd.
mn*. P- 44. Cependant Pausanias, IV, 30, dit quHoinère est 1. 1 premier qui en ait fait mention. Elle est dans les Hymnes, Ad Demet. 420. - 23 II. XXIV, 5 5, fld I 17 III 208, etc. Cf. Od. XVI, 64: 4; y*? »*»**•«* u UP‘
etd.lOS et ' Fragm. 89. Cf. Pans. VIII, 2. - 25 Od XVII, 486, et XVI 16, 26 Od V 201- VII 318; XIII, 70; VIII, 247 et s. Cf. Preller, Gr.Myilu 1, 517. - 27 Od. V, 334. Pour Ménélas, v. Od. IV, 561. - 28 Op. et d. 109 et S. — sa Theoa. 091. — 30 Op. et d. 1*1 : Skojc«*ioi xcéUovTtti.
Nous croyons que le passage gagnerait beaucoup à être lu comme le propose NVelcker (Gr. Goet. I, 733) : fiXexf, «w|tSv qui correspondrait alors exactement a ie7.0o.io. au vers 123. Nous renvoyons d’ailleurs pour tousses details concernant ces vers a l’excellent chapitre que leur consacre cet auteur, p. 731 et s.
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placés sous terre, n’ont jamais été des hommes au sens vrai du mol, mais qu’ils sont « les éléments du monde dans une conception morale et religieuse 3i. » Nous voyons d’autre part, par les fonctions dévolues à ces êtres intermédiaires, qu'ils n’ont de commun avec l’humanité que leur premier nom. « Ils sont au nombre de trente mille sur la terre fertile les Immortels que Zeus a donnés pour gardiens aux hommes mortels ; ce sont eux qui, enveloppés d’un nuage, et errants par toute la terre, observent les actions justes et les œuvres criminelles ; et parmi eux figure Dicé, la fille de Zeus, vierge illustre et vénérable pour les dieux qui habitent l’Olympe32. » On peut lui adjoindre Némésis et Aïdôs, qui, se voilant de leurs blancs vêtements, quittent un jour la terre souillée de crimes et retournent parmi les dieux 33. Phaéthon, appelé par le poète démon divin, lorsque Aphrodité l’eut ravi à la terre et en eut fait le gardien de son temple, c’est-à-dire du ciel, et les Nymphes filles de Zeus, à qui Hésiode a également donné le nom de démons, en leur attribuant une durée limitée 34, appartiennent à la même conception mythique. Les démons, pour Hésiode, ne sont donc autre chose que des êtres intermédiaires entre les dieux et les hommes, personnifiant tantôt les vertus et les qualités morales, tantôt les forces cosmiques, celles-là surtout qui sont en quelque sorte mêlées d’une façon intime à la vie des mortels. Au-dessous des démons figurent les héros qui sortent de l’humanité et touchent aux temps historiques d’une part, à la période fabuleuse de l’autre ; enfin viennent les hommes. Et c’est ainsi que Plutarque a pu dire d’Hésiode que, le premier, il a systématiquement classé tous les êtres doués de raison : les dieux au sommet ; au-dessous d’eux les démons, puis les héros, qui comprennent les demi-dieux, et enfin les hommes 36.
Buttmann 33 et d’autres mythologues après lui, remarquant qu’on chercherait vainement chez Homère une conception analogue à celle des daemones d’Hésiode, lui attribuent une origine orientale. Il n’est pas contestable en effet que les fervers (anges gardiens) du parsisme ( fra vashi 31), les pitaras, ancêtres déifiés et les spoças 38, génies de Varouna qui, dans le Rig-Véda, surveillent les infractions à la justice, ont avec les démons du mythe des âges une grande ressemblance ; de même les dii mânes de l’antique religion de l’Italie. Mais on aurait tort d’en conclure, comme Welcker l’a démontré, que les démons d’Hésiode sont autre chose que le développement d’une antique croyance, commune à toute la race aryenne. Tandis que les Achéens, les Ioniens et les Doriens, hommes d’action et d’aventures, ont laissé cette tradition à l’arrière-plan, de leurs fables, les Éoliens, bergers paisibles et laboureurs besogneux, à qui la Grèce doit d’autres mythes semblables, ceux de Prométhée, de Pandore, d’Ogygès, etc., ont exprimé ainsi avec une sorte de prédilection la croyance à la décadence du monde, et aussi la théorie d’une certaine immortalité méritée par les âmes héroïques. Il en est résulté la définition plus exacte d’une classe de divinités intermédiaires ; Homère les connaissait déjà, mais il en
31 J. Girard, Sentiment religieux , p. 222. — 32 Op. et d. 249 et s. : üWtoi Zr;vb; oùlaxs; Mjii-wv est à rapprocher des vers 141 et 123 ; au lieu de &0i«atoi, il y
a tm/Oimoi et u-o^Dovioi. Maxime de Tvr, Dissert. XIV, 6, a écrit irçonokoi çûlaxE;. .
33 Ib. 200. 31 Frcigm . 158 ; chez Plut. Or. def. tl. Cf. le passage, Op. et d. 102, sur les fléaux innombrables qui par la faute de Prométhée se répaudeut sur la terre. Ces fléaux ont le caractère non seulement démouique, mais encore satanique. Ou en peut dire autant de la description des Parques (Kijpe;), dans le Bouclier , 249 et s. — 35 Or. defect. 10. Cf. ib. 38 et 39. — 3C Mythologue, 11, 21 ets. Demèrac Rankc, Uesiodei.ee/te
avait laissé indécises et la généalogie et la nature : telles sont, par exemple, les Prières de l'Iliade, filles de Zeus, qui réparent les désastres causés parmi les mortels par Até 33 ; telle est Até elle-même, 7rpssSa Ai ô; ôuyârqp 40, et Ossa, Aiôç àyyeXo; 41 , dont les fonctions rappellent de tous points celles qu’Hésiode prête à ses démons. Il y a cette grande différence entre Homère et Hésiode que ce dernier rattache davantage ces personnifications à la race des mortels ; c’est que pour lui les hommes sont déchus et les dieux relégués au loin. Mais, même chez Hésiode, les héros seuls sortent directement de l’humanité réelle; seule la personnalité des héros est réelle et historique ; celle des démons est fantastique, idéale et en fait divine.
III. Le Daemon up otoXo;. — Le rôle de ces démons dans l’organisation du monde est d’assister les dieux à titre d’auxiliaires et de ministres. Les Grecs leur ont donné, pour exprimer celte fonction, le nom de xpoTtoXot, dont l’origine est incertaine, et que Platon explique par ol ê- njjLsvoi ôsoï; oatgovêç 42. Phaéthon, dans la Ttiéogonie, est un 7rpo7ioXcç d’Aphroditè ; de même Dicé, dans les Œuvres et les Jours, est ttaoitoXo; de Zeus ; Lucien dit d’une divinité de ce genre, attachée à la personnalité de Zeus : onaooç tiç 8 a£[/.wv ir 7ogsvoî43. Il ne faut pas confondre ces divinités subordonnées avec les 0eoi Ttâpsiîpoi, les cuu.6wu.oi ou cuwiot, quisont associés au culte d’une divinité principale, sans être expressément invoqués dans les prières et pour les sacrifices 44. La classe des démons npo'-noXoi est particulièrement nombreuse, et ils n’ont pas été moins vivants dans l’imagination des Grecs que les grands dieux. Quelques-uns d’entre eux sont aussi anciens que les dieux euxmêmes ; d’autres sont le produit de la réflexion qui, détaillant les forces de la nature physique et les sentiments de l’àme humaine, les personnifie successivement dans quelque être de nature démonique, sauf à le rattacher au culte de la divinité principale d’où ils étaient issus. Deux raisons les multiplièrent à l’infini : la première est la nature même de l’imagination hellénique, qui revêt de contours arrêtés tout ce quelle enfante dans le domaine des conceptions morales et religieuses. La seconde est le développement d’une sorte de pessimisme qui se figure le monde comme déchu, et les dieux relégués au loin, dédaignant toujours davantage d’intervenir personnellement dans les choses mortelles. En se pliant à la fantaisie, aux faiblesses, aux besoins et aux passions de chacun, ces êtres intermédiaires offraient à la piété individuelle un appui plus immédiat, les ressources d’une communion plus intime 45.
Ce furent en premier lieu les prérogatives et les surnoms des dieux qui, se détachant de leur personne, étaient personnifiés à leur tour et devenaient des démons, ministres de leur puissance. Tels sont Péon, Thémis, Némésis, Opis, Agyieus, Aegeon, Glaucus, les Heures, les Parques, les Muses, les Charités, les Eilithyies, d abord personnifiées en nom collectif, puis recevant des noms et des caractères distincts. L imagination des foules morcelle ainsi 1 être d’une divinité, trop complexe pour qu’elle en em-
Studien, p. 26 et s., et Creuzer, III, 1" part., p. 42. — 37 D. Haug. cité par Welcker, I, 733 et s. — 38 R. Roth, Zeitschrift der deut. Morgenl. (iesellsch. 6, 72. — 3D II. IX, 502. 40 II. XIX, 86 et s. — 41 Ji. ir 95, Cf. pour Hesîod. Op. et d. 76 4.
-*2 Leg. VIII, p. 848 D. Homère [Od. IV, 486) donue à Protée, qu’il appelle d'ailleurs immortel, le titre de ministre de Poséidon : IW:îduvo; JaoJnù;. Le même poète a, pour désigner les serviteurs d'une maison, le mot : ànoiaolo 5(Od. X, 348). — 43 Demosth. Encom.SO. — 44 Cf. Welcker, Gr. Goet. III, p.5.— 45 Cf. Ckert, Op. cit., p. 147.
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brasse à la fois tous les aspects. Welcker remarque qu’il y a là plus qu’un jeu d’esprit et qu’un procédé poétique ; ces personnifications sont si bien adaptées à leur objet, qu’on y reconnaît l’évolution progressive du sentiment religieux ; grâce à son caractère imagé, elle enrichit et embellit la langue. Ces personnifications se partagent les emplois divers et les actions des grands dieux ; elles servent à orner leur culte. Elles sont comme les rameaux issus spontanément d’un tronc vigoureux, et les anciens mythologues, pour les désigner, emploient l’expression générale : oî xcepl, ot itep'i xrjv Aijpi)xpa, Safgwv twv àgtç'i Atôvu îov, Tcepl xr,v ’Acppoo(xï]v. Le plus souvent ces Ttpo'ittAot sont au nombre de trois, ou de trois fois trois ; quelquefois aussi au nombre de cinq ou de sept. Les chiffres pairs sont plus rares 46.
Le prototype d’un grand nombre d’entre eux est Hermès, le dieu des services spontanés et gratuits 47 ; c’est lui qu’Homère charge de conduire Priam au camp d’Achille ; c’est lui qui porte un message à Calypso, qui tue Argus pour le compte d’Héra, qui sert de guide à Ulysse, qui mène Héraclès aux enfers ; son caducée est une vraie baguette magique avec laquelle il charme et endort : tîj x’àvSpwv opuiaxa flsXyEt48. Les •Kpono^ot sont particulièrement nombreux autour des divinités mystérieuses et chthoniennes ; dans la légende de Dionysos ils offrent à l'art et à la poésie un long cortège de figures gracieuses et riantes, tandis que celle de Démëter, de Cora et d’Hadès est l’occasion d’un grand nombre de personnifications sombres et terribles. On y voit se multiplier les êtres démoniques à face sinistre ou mélancolique : les Songes, Ilypnos, Thanatos ; ce dernier employé d’une manière si heureuse par Euripide dans le drame d’Alceste. Les passer tous en revue reviendrait à faire l’historique d’une bonne partie du polythéisme grec. Il est parlé dans des articles spéciaux de ceux qui ont pris une place importante dans les croyances et dans l’art. Bornons-nous à remarquer que c’est parmi les personnifications démoniques du cortège de Dionysos et de Déméler qu’il faut chercher surtout les SatfAovsç xaOapatot, d<YVÏxat,cpui;iot, àicoito'(*w.toi, dont le culte, inconnu d’Homère et d’Hésiode, prit, à partir du vmG siècle, une importance considérable 49. Quel que soit leur caractère, riant ou sombre, quelle que soit leur action, bienfaisante ou funeste, toutes ces figures démoniques dérivent du mythe des âges et rappellent, les unes les gardiensterrestres («tiyôo'viot cpuXaxEç) des mortels, les autres les esprits souterrains(&7to)(0dviot p.<xxapsç), qu’Hésiode avait définis. Mais elles ne forment pas à proprement parler une classe à part ; elles se confondent avec les dieux; elles ne sont que la monnaie des grandes divinités; tant que nous demeurons dans les limites de la religion populaire, les démons chez les Grecs sont d’essence divine et non humaine, leur personnalité est fugitive, non permanente, dans un grand nombre de cas.
C’est aux 8af|zoveç 7tpÔTtoXoi que se rattachent d ailleurs un grand nombre de personnifications poétiques, voisines des abstractions personnifiées, qu’emploie à profusion la poésie latine chez Martianus Capella, chez les poètes latins du moyen tige et chez les troubadours leurs successeurs. Il y en a chez Homère, comme Phobos et
46 Les Heures, les Parques, les Charités, les Muses, les Eilithyies, les T I, ri es, les Praxidicés, les déesses du tonnerre (Brontè, Astrapè, Céraunoboles), les Nymphes cabiriques, les Cabires de Lemnos, les Cyclopes, etc., sont trois, ou trois fois trois. Les Hyades et les Dactyles sont cinq ; les Héiiades et les Atlantides sont sept. II y a deux Némésis à Smyrne, etc. — 47 Cf. Naegelsbach, Borner. Théologie. II, 24. — 48 11 XXIV, 343; Od. V, 28; X, 29) et pass. Cf. Welcker, Op.
Deimos, Éris, Enyo, Cydoimos, Alcé et Iocé, Phyza, sans oublier Até, les Prières, Ossa, dont il a déjà été question ; chaque fois que le poète les emploie, le caractère spécial de son imagination les doue d’une personnalité qui, pour être fugitive, n’en est pas moins expressive et vivante. Chez Hésiode ces figures, en se multipliant, perdent de plus en plus de leur réalité : la plupart oscillent entre l’allégorie et l’image, entre l’être et la personne. Les poètes de l’âge suivant continuent dans cette voie. Pour ne pas multiplier les exemples, qu’il nous suffise de citer Théognis, nommant l’Espérance et le Danger de redoutables démons 50 ; Euripide, qui dit de l’Ambition qu’elle est le pire des démons61, et enfin un fragment de Ménandre, où Zï|Xoxuw'a est critiquée à titre de Safu.mv vs'oc ou Satgtov Gso'ç °2.
1Y. Daemon et Tyché. — Le démon, personnifiant l’influence divine sur la destinée de l’homme et les choses mor- • telles, est dans un rapport étroit avec toutes les divinités que le sentiment religieux des Grecs charge en général d’en expliquer les mystères, c’est-à-dire en premier lieu avec Moira et Tyché 63. Les anciens avaient déjà remarqué que Tyché est inconnue d’Homère; elle apparaît pour la première fois avec le caractère démonique dans la Théogonie d’Hésiode 64. En revanche, l’épopée homérique est dominée par la figure aussi grandiose qu’indécise de Moira. C’est que Moira personnifie la destinée régulière qui attribue à chaque être une place fixe dans l’ordre universel ; elle répond à la vivacité du sentiment primitif qui voit dans l’organisation du monde l’accomplissement d’une volonté supérieure, d’une loi inévitable. Tyché, au contraire, personnifie la destinée variable, incertaine, capricieuse ; elle s’impose d’autant plus aux imaginations, que la croyance à la justice et à l’ordre divins s’affaiblit davantage. Quant au Satgwv, il représente la destinée dans ce qu’elle a d’inéluctable, d’absolu, et par suite de funeste. Plus le sentiment religieux baisse, plus l’importance de la Moira diminue, tandis qu’on voit grandir celle de Tyché, et Daemon, à côté de Tyché, prendre une expression plus vague. Chez Homère, le Daemon partage avec la Moira l’administration des choses humaines; il en exprime surtout, nous l’avons vu, le côté redoutable, et le plus souvent suggère une impression pénible. Filant la destinée des mortels, il finit par s’identifier avec elle ; c’est dans ce sens qu’Hésiode dit à Persès 66 : Aoctgovi S’oîoç É^aOa, xo auEivov, c’est-à-dire : « Quel que soit ton sort, que tu sois riche ou pauvre, etc., c’est le travail qui est le meilleur parti. » Plus tard nous trouvons Daemon et Tyché employés de concert dans les expressions bien connues : xaxà Sai'piova xaî y.a-.b. auvxuyfav, 6 oatpcov xat -fj xu /t\ 66. Un vers d’Euripide y associe Moira : ~0 iro'xvta g.oïpa xal iôyr\ oatjxwv x’È(j.ôç, dit Agamemnon forcé de sacrifier sa fille; et Clytemnestre lui répond, associant à la destinée du roi la sienne propre et celle de sa fille : Kduo; ye. xîjç Y sîç xpttôv SucrSatgo'vwv 67 . Dans tous ces passages et dans d’autres semblables, oalucov conserve toute l’énergie de sa signification homérique, celle d’une influence personnifiée, à laquelle l’homme tenterait vainement de se soustraire. Plus tard, au contraire, le mot Safjxwv se vide en quelque sorte du caractère divin qui le détermine; il équivaut à xu-/ri,
Cit., I p. 345. — 49 Sur ces démons, v. Lobeck, Aglaophamus , 806 et s. — 60 Theog. 637. — 51 Phen. 532. — 62 p. 52, édit. Heer. Aristophane a raillé ces sortes de personnifications en forgeant ( Ecoles . 317) un dieu Koirpeafço. — 63 Cf. Lehrs, Popul. Au fs. 175 et s. — 64 Theog. 300. — 55 Op. et d. 314. — 56 Aristoph. Av. 544. Lys. 13, 63 et passim. — 67 Iphîg. AuJ. 113G et s.
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casus; eùtu^ç, SvaTu/rj; sont à peu près identiques à eùSat'pmv et SucSaîpwv. D’autres adjectifs composés, comme xaxoSaîpwv, (Üapuoati^ojv, indiquent également que le simple Safpwv tend à devenir l’appellation d’une puissance indifférente. C’est ainsi que l’emploie Aristophane lorsqu’il fait dire à un esclave : « Le Daemon ne nous laisse même pas disposer de notre corps 58. » Ici daemon signifie simplement : malchance. L’expression peut tomber plus bas encore : Pausanias l’emploie en parlant d’animaux avec le sens de casus 69.
On s appuie d ordinaire sur l’antiquité et sur la fréquence de l’emploi de ôxt'pwv au sens de destinée, -pour le rattacher étymologiquement au radical da, dare, oat'scv, oaivopt, ooKjaaOat lj0. On dit alors que Sai'pcov est identique à Satrugwv et on rappelle que, chez Hésiode, les démons , sont appelés TrWoSo'rai, qualificatif dont on rapproche celui de ekiüv donné aux dieux par Hésiode et une fois aussi par Homère 01 . Cette étymologie a pour elle de faire rentrer oodpwv, personnifiant la destinée invincible, dans la catégorie des divinités primitives dont le nom implique l’idée de partage, telles que Moira et Némésis. A ce titre, elle nous semble préférable à celle que l’antiquité elle-même avait adoptée et que 1 on trouve définie pour la première fois dans le Cratyle 62; Soup wv, suivant Platon, serait identique à ôavjpoiv ; ce nom aurait été donné aux hommes divinisés de 1 âge d or : otc ©povtpot xoa SaTjpovsç vjaav. L’homme vertueux après sa mort, ajoute le même auteur, devient démon, xaxa T7jV TÎjç çpovVjcrctoç E770.ivuii.tav. Cette étymologie, justifiée par un fragment d’Archiloque, lequei se prêté d’ailleurs à une autre interprétation 63, a le grave inconvénient d expliquer le mot ca'pwv par des idées qui n’y étaient pas contenues à l’origine. Il est plus vraisemblable que cette personnification du sort qui s’impose à tous les hommes de par la volonté des dieux dérive de la notion du partage qui est au fond de toutes les conceptions primitives touchant l’organisation de l’univers. Il est vrai que Welcker ne retient 1 identité de Saipwv Saepptov, Saviptov que comme une preuve de la spiritualité dont les Grecs ont pénétré leurs dieux à figure humaine 6L Ils ne les ont pas conçus, dit-il, à la façon des sauvages de l’Afrique, divinisant leurs chameaux, leurs lamas ou tout autre être bienfaisant; pour les Grecs, le divin réside dans la nature spirituelle, dans la vis abdita quaedam, qui se manifeste par les phénomènes de la nature et par les événements de l’histoire. C’est cette force intelligente qu’ils auraient appelée du nom de Sat'go.v, et de ce sens primitif serait dérivé celui d’être intelligent et sage qu’il possède chez Hésiode et qui domine chez les philosophes.
Quoi qu il en soit de cette discussion où chacun peut prendre parti suivant ses préférences, que l’on fasse prédominer dans le mot daemon la notion de partage ou celle de clairvoyance, il exprime surtout, durant la période classique, celle de la destinée inéluctable, et il n’y a point
ra^p!,? 6 69 3' ^ Pour le même sens de casus X 29 3
- 0 Curl.us, Grundzüge , etc. p. 57 7; Neuhaeuser, Op. cil. p. 7- Tournier' P' 3- ^ J» Schol. //. I, 222, qui cite Alcman : Sf n.v JZ
r7'T! ~ 61 Hes- Theo«- 46 ■> °P- eld~ *■, h™, il XXIV
-. Cf. fans. VIII, 9, t. - 62 Plat. Crat. p. 398 B; Schol. II. \ »»’ . Hesjchms, au mot Etym. Mag. = «àToilS**™,-. - 63
T“: * “!. i“‘l*0ïtî eV‘ •«X’Iî. cllcz P^t. Thés. 5. Goettling explique de
1 ; • à*1!1™ mitivai. Il faut abandonner eu tout cas l’étv
molog.e qui rattache comme divus au radical J,f , citée par Curtius p 57-
et defeudue par nous naguère, Étude sur les Démons, p. 26. - U Griech Gnet \ 38 et t' ", 66 Esch' *« i Herod. V, 87 e, passim. - 6, Cf. Herod I 32 ■
; w Xen. Cyr. V, 1, 28 : Ulj “ j
■V*‘ M u,1“î r».e8a.. Dionys. Hal. III, 21, emploie le
d’expression plus forte dans la bouche des Grecs pour en rendre l’idée. Il la personnifie d’une manière générale; mais il sert aussi à donner un corps à la puissance mystérieuse qui règle le sort des nations sur les champs de bataille K. L’envie des dieux, cette singulière influence qui, aussi bien chez les historiens que chez les poètes, cherche à rendre compte des revers extraordinaires frappant les rois et mettant aux prises les peuples 60, suggère souvent le mot daemon et toujours en implique l’idée. L esprit vengeur qui, au sein des familles héroïques, engendre les meurtres, liant la peine au crime, l’expiation à la faute, et fait le plus souvent de l’expiation un crime nouveau jusqu’à l’apaisement de la justice divine, est appelé par Eschyle Sxîgwv yzwaç ou àXa’aToip 67. Ce démon des vengeances héréditaires et des crimes inoubliables au sein d’une même race est l’âme de la trilogie connexe. Lorsque le forfait à expier est du ressort des Érinyes, c’est-à-dire quand il s’agit de venger les lois saintes qui régissent l’organisation de la famille, le démon tragique s’incarne dans les Érinyes, qui sont alors appelées àXdtr- •ropsç C8. Le démon qui châtie l’ambition de Xerxès est simplement une puissance funeste faisant rentrer dans l’ordre et dans la mesure le souverain qui a empiété sur les dieux; Alastor ou le démon des familles est un justicier divin qui venge la morale outragée 69. Apaisés par 1 expiation, 1 un et 1 autre rentrent dans le repos et se transforment, le cas échéant, en divinités secourables et bienfaisantes, comme les Euménides dans la conclusion de V Ores de.
Enfin le démon personnifie la destinée individuelle, heureuse quelquefois, le plus souvent misérable. Ce sens est fréquent chez les tragiques postérieurs à Eschyle, tandis que le démon des familles, sous l’influence d’une morale plus humaine, s’efface de plus en plus de leurs drames. Lorsque OEdipe a découvert le mystère de sa naissance et de son mariage, le chœur gémit sur l’instabilité du bonheur chez les hommes : « Tov oôv -roi Trxpx'oeiyij.’ Èywv, tov «tov Salpovx, tov oov, w tXSjmv OîStroSx, f.poTiov oCSÈv pxxxpiÇco™. Électre déplorant la ruine de ses espérances, alors qu elle croit tenir dans ses mains les cendres de son frère, s en prend au démon funeste qui s’est acharné sur Oreste et sur elle : 6 SuotujG); oatpuov ô aoç te xâuô; 7I. Comme il s’identifie avec un individu, le démon, chez le même homme, se limite à un certain temps ; de là l'expression : ô Trxpcov âxîptov 7A Lehrs insiste avec beaucoup de raison sur les difficultés qu’offrent des expressions de ce genre pour la traduction dans les idiomes modernes 73. Acdatov étant toujours une puissance agissante et personnelle, on 1 affaiblit en le rendant par le terme abstrait de destin qui répond surtout à Tyché et seulement aux temps de la décadence du sentiment religieux. Il y a d’ailleurs chez les tragiques un certain nombre de passages où Socf-
B11, ] p * ‘ J . ’ sa sœur apres le triomphe
sur les Coriaces; ef. Paus. II, 33, 3, à propos de la destinée d'Homère et de I emosthene : « Ailleurs (VII, 14, 4) : cdo.o; tx tou îx.udv.ou.