‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 3)Chapitre 32 sur 111 · DU · texte numérisé non relu

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alternativement, de deux années l'une, le tiron exigé. Les moins aisés se formaient en sociétés composées d’autant de membres qu’il était nécessaire pour représenter annuellement le capital imposable à trente-six sous d’or, et fournissaient un homme chacun à leur tour.

Les choses se passaient de même si, au lieu d’un homme, on versait l’argent équivalent, c’est-à-dire que, suivant sa fortune, on devait en tout ou en partie les trente-six sous d or exigés par la loi, proportionnellement à son revenu. Cet argent servait à acheter des tirons.

L’obligation du service militaire pouvant se transformer, à la volonté du prince, en une somme d’argent à payer, il y avait là un moyen tout trouvé pour lui de remplir le trésor, même quand il n y avait pas lieu à recrutement236. Les empereurs tirèrent souvent parti de celte ressource, qui ne nous semble pas extraordinaire, à cause des exemples que 1 histoire a fournis depuis, mais qui était entièrement en désaccord avec les anciennes idées romaines.

Somme toute, au bas-empire, l’ancien dilectus était devenu un impôt direct.

Citoyens soumis au dilectus. — Une certaine classe de personnes était obligée au service personnel, sans aucune exception; c étaient les fils de vétérans. En échange des privilèges accordés à leurs pères, l’État les revendiquait comme soldats23'. Ils devaient se présenter aux agents de recrutement à partir d’un certain âge qui, après avoir varié de dix-huit a vingt-cinq ans, fut fixé à seize ans par Constance 23S. Les décurions devaient les surveiller, les obliger à entrer au service, et s’ils ne voulaient pas, ou ne le pouvaientpas, par suite d’incapacités corporelles, les soumettre aux charges municipales 239. C’est ainsi qu’étaient traités ceux qui se mutilaient en se coupant un ou plusieurs doigts pour échapper à l’obligation qui leur était imposée 24°. Mais cette peine fut jugée insuffisante; car Valentinien et Valens, après l’avoir d’abord renouvelée 2il, l’aggravèrent terriblement ensuite, puisqu’ils condamnèrent les coupables à être bridés vifs212. Théodose, plus indulgent, se contenta de déclarer que leur infirmité volontaire ne les exempterait pas du service, mais qu’ils ne pourraient parvenir aux dignités militaires 2U.

D’autres catégories de citoyens devaient, non point servir eux-mêmes, mais fournir des recrues, à raison même de leur qualité et de leur fortune ( indictio tironum ) : 1° les sénateurs de Rome 211 ; 2° les personnes revêtues de titres honorifiques qui n’avaient pas rempli auparavant la fonction donnant droit à ce titre ( honorarii ) 2,5 ; 3° les principales et les décurions 246 ; 4° les officiales judicum 217 ; 3° les sacerdotes païens des provinces, sauf ceux d’Afrique 248, qui furent exemptés de cette charge depuis Lan 428; 6° tous ceux qui possédaient quelque bien et figuraient au cens 249.

23C Aram. Marcel. XIX, 11, 7; XXXI, 4, 4; Synesius, Epist. 79; Novell. Valentinian. III, 5, 3, éd. Haenel; Cod. Theod. XI, 18, 1, etc. — 237 Cod. Theod. VII, 22, surtout 1. 7 et 9 : Sciant veterani... liberos suos... offerendos esse militiae.

— 238 On constate les variations suivantes ; Dix-huit ans : Vita Profit, 16; Cod. Theod. XII, 1, 7 (an. 320); XII, 1, 9 (an. 331). Vingt-cinq ans: Cod. Theod. VII, 22, 2 (an. 326); XII, 1, 8 (an. 329). Seize ans: Cod. Theod. VII, 22, 4 (an. 332); XII, 1, 35 (an. 343). Quinze ans : Vita S. Martini , Patrol. lat. XX, p. 161.

— 239 Cod. Theod., VII, 22, 4 et 5. — 240 Ibid., VII, 22, 1. — 241 Ibid. , VII, 13, 4.

— 242 Ibid., 5. — 213 Ibid., 10. — 2H Cod. Thood. VII, 13, 7; 13 ; 14; Symmach., Epist. VI, 58, 62, 64. — 245 Cod. Theod. VI, 26, 3 ; VI, 27, 13; VII, 13, 15; cf. 18 et 20; XI, 18, 1 ; XII, 1, 2. — 2*G Ibid. VII, 13, 7.-247 Ibid. VII, 13, 20. — V* Ibid. 13, 22. — 249 Ibid . VII, 13, 7. — 230 Ibid. Vil, 13, 13 et 14; Symmach. Epist. VI, 62. — 231 Ibid. VII, 13, 2 et 9; cf. Veget. I, 2 et 3. — 232 Novell. Valent. VI, 5, 3.

— 233 Synesius, Epist. ad Anastasium, 79. — 234 Le sens du mot prototypia a donné lieu à des discussions. La difficulté vient de ce que, dans la loi 7 du Code Théodosien (VII, 13), les leçons des manuscrits sont différentes, la première partie seule du mot, proto, étant certaine. D’un autre côté on retrouve ce terme dans deux

Les difficultés qu’on éprouvait pour trouver des lirons à présenter au recrutement et les ennuis que cette recherche entraînait engagèrent les sénateurs à solliciter de l’empereur la permission soit de fournir un homme, soit, s’ils le préféraient, de verser une somme correspondante à sa valeur ; elle leur fut accordée par Arcadius et Honorius240. Il ne semble pas que d’autres aient jamais joui de de la même faveur.

C’était l’empereur lui-même qui décidait s’il fallait demander aux contribuables des conscrits ou de l’argent. Dans certaines provinces, dont les habitants étaient supposés avoir moins d’aptitude au service militaire261, on exigeait le plus souvent du numéraire, adaeratio tironum 252, aurum tironicum*03 . Avant que le prix d’un tiron n’eût été réglé par la loi de 375 rapportée plus haut, la somme à exiger en pareil cas était estimée par des agents appelés prototypi 2jl. La prototypia était une charge municipale inférieure 25°. Mais cette estimation donnait lieu à de grands abus; comme le reconnaissent les empereurs Valentinien, Valens et Gratien dans leur constitution :proto\lypiae] munus quod provinciarum interna depascitur. Il n’y avait qu’un moyen de les faire cesser, c’était de fixer un tarif, ce qui fut fait. Ce tarif subit, au reste, des variations suivant les circonstances et les besoins du trésor; on demandait tantôt trente-six sous d’or2s6, tantôt vingt 267, tantôt trente 26s. On réclamait toujours une petite somme en plus, pour l’habillement et l’armement des hommes. L’impôt était versé entre les mains de collecteurs spéciaux, nommés temonarii ou capitularii [aurum tironicum] 259.

Au contraire, quelques positions entraînaient avec elles pour leurs titulaires l’exemption de l’impôt militaire. Le code théodosien contient un titre spécial consacré à ces immunités 2C0. Elles s’appliquaient à des personnages rangés parmi les illustres , les speclabilcs ou les clarissimi, et faisant partie de la haute domesticité de l’empereur261, à savoir : les préfets du prétoire, les maîtres de la milice, les comtes des domestiques, les praepositus et primicerius sacri cubiculi, le castrensis, le cornes sacrae vestis, les cubicularii du prince, le maître des offices, le questeur du palais, le cornes sacrarum largitionum , le cornes reiprivatae, le primicerius nolariorum, les consistoriani comités, les magistri scriniorum, les tribuni et notarii, les comités arebiatrorum, les comités stabuli, le fonctionnaire nommé cura palatii, les scholares, les proximi scriniorum et les autres employés des scriniaK2, les comités dispositionum 26S, les decuriones pcilatii 264, le magister admissionum, les autres hauts domestiques de l’empereur ayant rang de comte ou assimilés ( caeterae similes comitum laboribus principis sociae dignitates 265), les tribuni et praeposili militares 2C0.

Ces fonctionnaires étaient exempts de toute taxe de

autres constitutions : Cod. Theod. VI, 35, 3 « Quibus omnibus condonamus ne exactorum turmarinrum.... curam subeant vel obsequium temonariorum vel prototypiae (an. 319). a Ibid. XI, 23, 2. « Rrototypiasetexactiones incapitationeplebeiacurialium munera et quidem inferiora esse minime dubitatur (an. 362). » Dans ces deux lois, surtout dans la première, le contexte semble prouver que la prototypia se rapportait à une opération du recrutement, et le rapprochement des expressions temonarii et prototypia, que cette fonction avait trait à la levée de X aurum tironicium. Nous avons adopté l'interprétation de Godefroy (ad. Cod. Theod. XI, 23, 2), qui semble la plus vraisemblable. Il faut pourtant avouer qu’il n’y a là qu’une probabilité.

— 258 Cod. Theod. XI, 23, 2. — WG Ibid. VII, i3, 7. — 251 Ibid. 13. — 268 Ibid. 20.

— 289 Cod. Theod. \ II, 13, 7 ; Symmach. Epist. X, 9. Le mot temonarius semble pris plutôt dans le sens d’agent recruteur dans un texte rapporté par Ruinart, Act. martyr., p. 300 ; le fait auquel il est fait allusion dans ce texte est de l’an 295.

— 2 G0 Cod. Theod. XI, 18 (an. 412). — 261 Ibid. VI, 35, 3 (an. 319). — 262 Cf. Ibid. VI, 26, 14 (an 407), 15 (an. 4 1 0). — 263 CL Ibid. VI, 26, 14. — 264 Cf. Ibid. VI, 23, 2 (an. 423). — 205 Cf. Ibid. VI, 27, 13 (an. 403). — 266 Cf. Ibid. VII, 13, 18 (an. 407).

recrutement, non seulement pendant la durée de leurs fonctions, mais encore lorsqu’ils étaient sortis de charge. Toutefois il fallait qu ils eussent véritablement rempli ces fonctions ; il ne suffisait pas qu’ils eussent été décorés du titre correspondant 267.

II laut ajouter à cette longue liste les médecins et professeurs de la ville de Rome, à qui l’on accordait cette faveur, pour qu ils pussent se livrer plus facilement aux études libérales 8, elles bourgeois et corporati de Rome, qui étaient réservés à la défense des remparts et des forts de la ville 269.

Opération du. recrutement. — La levée était ordonnée par l’empereur, qui fixait le contingent dont il avait besoin; l’ordre en était intimé aux préfets du prétoire 270 pour que « ad omnium provinciarum nolitiam pragmaticis edictis perveniri facerent 271 ».

Gomment se faisait alors la répartition de la taxe militaire entre les différents possessot'es ? Probablement de la môme façon que se répartissait l’impôt 272 ; c’est-à-dire que le nombre des tirons à fournir était divisé par les principales et les décurions d’après les registres du recensement, et cette liste de répartition était déposée au tabularium delà cité où les agents de recrutementla trouvaient 273.

Les possessores imposés avaient alors à présenter un homme. Ils ne pouvaient le choisir dans certaines catégories que la loi déclarait impropres au service. Étaient exclus : 1° les esclaves 2n. Le principe de l’exclusion des esclaves est formellement établi encore à cette époque. On ne les enrôlait que dans des cas exceptionnels analogues au tumultus de la république 27°. Sous Justinien, pourtant, l’esclave qui s’était engagé sans l’assentiment de son maître pouvait être réclamé ; mais s’il avait été présenté par lui ou que celui-ci eût consenti à son engagement, il devenait libre et restait sous les drapeaux 27G. En fait on tournait la difficulté en enrôlant les colons. Sauf dans des cas spéciaux où l’on trouvait nécessaire de protéger ou de relever l’agriculture en souffrance, il était permis à un maître de présenter pour le service un de ses colons; on les refusait, au contraire, lorsqu’ils s’offraient volontairement, ce qui eût été, pour eux, un moyen de se soustraire à leur condition 271 [aurum tironicum, coloni];

2° les cabaretiers et garçons de tavernes 278 ; 3° les cuisiniers272; 4° les boulangers 280 ; o° peut-être les ouvriers employés dans les gynécées ou ateliers impériaux281;

C° les décurions des municipes 282 ; 7° les juifs 283. Les uns, cabaretiers, garçons de tavernes, cuisiniers, étaient exclus de l’armée à cause de leur indignité et de la bassesse de leur métier, les juifs à cause de leur religion, les autres à cause des services qu’ils rendaient dans leur profession. Quant aux décurions, on sait qu’ils étaient attachés à leur dignité sans en pouvoir sortir ; ce n’était point par faveur qu’ils étaient dispensés d’entrer dans l’armée, mais uniquement pour ne pas affaiblir la matière imposable.

Tous les habitants de l’empire qui n’étaient compris dans aucune de ces catégories et qui étaient valides 281 étaient aptes au service et pouvaient, en conséquence, être présentés par les possessores.

267 Cf. Ibid.W II, 13, 15 et 18. — 268 Cf. Ibid. XIII, 3, 10 et 10.— SCO Noy. Theod.

43 , 2. — 270 Voir les lois du Cod. Theod. Vil, 13. — 271 Novell. Valent. XLI, 3.

— 2'2 Cf. Révillout, De romani exercitus delectu , p. 40. — 273 Cod. Theod. VIII, 15,

5; XI, 7, 1 ; XII, 1, 117. — 271 Cod. Theod. VII, 13, 8 et II. Joh. Chrysost. Homil. ad eos gui conventum Ecclesiae deseruerunt, III, p. 70, éd. Migne : Oùid; AyuvgtxM S0ÏX05. — 275 Cod. Theod. VII, 13, 16; Nov. Theod. 20. — 276 Cod. Just. XII, 34, fi et 7. — 277 Cod. Just. XI, 47, 19; XII, 34, 3. Cf. de Serrigny, Droit public et administratif romain, I, p. 324 et 325. — 278 Cod. Theod. VII, 13, 8. — 279 Ibid.

— 280 Ibid. — 231 Veget. I, 7. Mais on ue sait pas si l'auteur exprime une opinion

Les agents de recrutement se nommaient à cette époque turmarii ,8i. Ils faisaient subir aux conscrits, soit volontaires, soit fournis par les imposables, un conseil de révision. Ce conseil devait se passer en présence même de décurions, afin de leur permettre de vérifier l’origine des lirons qui se présentaient et de s’assurer qu’ils ne tenaient point à l’ordre des curiales-™. La curie avait intérêt, plus encore que l’État, à ce qu’aucun de ses membres ne pût en sortir et s’affranchir par là des charges qui seraient entièrement retombées sur les membres restants.

L examen que les turmarii faisaient subir aux hommes qui se présentaient à eux ou leur étaient présentés était de deux sortes, moral et matériel. 11 fallait d’abord rechercher quel était l’état social des conscrits : « Statim de natalibus ipsius ac de omni vilae condicione examen habeatur, disent Gratien, Valentinien et Théodose 287, ita ut domum, genus non dissimulet et parentes...; ita enini fiel ut... ad militiam nullus spiret, nisi quem penitus liberum aut genere aut vitae condicione inquisilio tam cauta deprehenderit. Cette loi est éclaircie par la suivante 288 : Quisqtiis cinguli sacramenta desiderat in ea urbe qua nalus est, vel in qua domicilium conlocat, primitus acta conficiat et se ostendat non pâtre, non avo esse municipe, penitusque ab ordinis necessitatibus alienum 289. Grâce à cet examen, on empêchait les hommes exclus par la loi du service militaire d’entrer dans l'armée, et si les possessores voulaient tromper l’Etat en présentant des incapables, on pouvait leur appliquer la peine qu’ils encouraient 290.

L’examen physique portait sur trois points, l’âge, la taille et la conformation des conscrits. L’âge exigé pour 1 entrée au service à cette époque est dix-huit ans révolus231. La taille était fixée à cinq pieds, sept pouces; elle était donc un peu inférieure à celle qu’on exigeait précédemment 292. De plus, les conscrits devaient être suffisamment bien conformés pour supporter les fatigues du service militaire. Nous avons déjà parlé de ce détail à

piupos aes nis cie vétérans. Lorsque les conscrits étaient reconnus bons à être pris comme soldats, ils étaient marqués aux mains, aux bras ou ailleurs 299, du nom de l’empereur (nomine imperatoris signantur 2n), probablement avec des pointes de feu ( victura in cute puncta, dit Végèce), puis ils prêtaient, comme jadis, serment de fidélité au prince. Mais le christianisme étant devenu la religion officielle, le serment exigé différait de celui qu'on faisait prêter sous les empereurs païens. Végèce nous a conservé, sinon la lettre, au moins l’esprit de ce serment 295 : Jurant autem per Deum et Christum et Sanctum Spiritum, et per majestateni imperatoris quae secundum Deum generi humano diligenda est et colenda. — On avait trouvé ce moyen de concilier l’ancien serment au génie de l’empereur et les exigences de la foi nouvelle — ... Deo enim vel privatus vel militans servit, cum fideliter eum diligit qui Deo régnât auctore. Jurant autem milites omnia se strenue facturos, quae praeceperit imperator, nunquam deserturos militiam nec mortem rccusaturos pro romana republica.

S’il faut en croire Végèce, les tirons étaient formés .

qui lu, est personnelle ou s'il fait allusion à uu fait certain. - 282 Cod Theod Vil -, 2; VII, 13, 1 ot XII, i, passim. Vingt-huit lois de ce titre excluent les décurioni

d m p™.6 !! T’,“' JuSt’ X11> 34’ 2’ 4- ~ 283 Cod. Theod. XVI, 18, 24.

“ Cod’ r,ieo(1» VII. 1. "• — 285 Ibid. VI, 35, 3. — 286 Ibid. VII 2 1 13 1

- -87 Cod. Theod. VII, 2, 1 (an. 383). - 288 Ibid. 2 (an. 385). 289 C t.' Ibid VII*

’ ™ 290 Ibid- VU' *3' S' - 291 Cud' Th<*>“- VU, 13, l(an. 353); XII, 1 58

an. 364). - 292 Ibld. 3 (an 367). 293 Aetius, VIII, 12 ; Cod. Theod. X, 2» 4- cf

oh. Chrysost. Ad Corinth. 2, hom. 3 ; Veget. I. 8. - 294 Ambres De obitu vàlcnfiniam, II, 1" partie, p. 13/7, od. Mignc. — 293 Veget. Il,

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comme auparavant en détachements où on les exerçait de toutes façons au maniement des armes ; on ne les aurait incorporés dans les légions ou les corps auxiliaires qu’au bout de quatre mois au moins396.

Il semble, en outre, ce que nous avons déjà noté plus baut pour certains corps, que les soldats reçussent un nom romain en entrant à l’armée 391.

Levées extraordinaires. — En cas de danger exceptionnel on appelait aux armes tous les habitants d’une partie de l'empire, libres ou esclaves. C’est ce qui paraît s’être produit notamment lors de l’invasion de Radagaise et des Scythes en Italie -98. D autres fois, et sans doute également dans des cas pressants, la levée, au lieu d’être ordonnée par l’empereur, était faite sur l’initiative des maîtres de la milice, des ducs ou des comtes; pour compléter les troupes qu’ils commandaient, ils envoyaient des agents recruteurs dans les provinces voisines. Mais ce procédé donnait lieu à de graves abus; une loi de Zénon y mit fin 299.

Soldats établis sur la frontière . - — - Les frontières de l’empire étaient occupées à cette époque par des soldats laboureurs, limitanei, riparienses, qui avaient pour mission de défendre le pays contre les invasions 300 [beneficium]. Pour ces sortes de soldats il n’y avait pas de dilectus proprement dit; ils étaient soldats de père en fils. Quant à l’âge où ils commençaient à servir et aux quelques détails qu’on pourrait souhaiter sur leur enrôlement, ils nous échappent absolument, faute de documents.

Garde impériale. — Nous savons également fort peu de chose sur la garde impériale. Elle comprenait trois groupes ( scholae ) bien nettement classés : 1° les soldats ( scholae armaturae ); 2° les écuyers ( scutarii ), cuirassiers ( elibanarii ), archers {sag il tarif ; 3° les protectores domestici. Nous ignorons totalement ce qui concerne le recrutement des deux premières classes301. Nous sommes un peu mieux renseignés au sujet des protectores domestici. Ce corps, le plus haut placé de tous ceux qui forment la garde, était composé, depuis Constantin, de deux manières302 : une partie, les protectores, suivant l’opinion de M. Mommsen303, était prise parmi de simples soldats appartenant à des troupes privilégiées, les Joviani 301, les lanciarii 303, les scutarii306, la vexillatio Fesianesa (qui est d’ailleurs complètement inconnue 307), soit parmi les principes des offices des ducs 308 ; l’autre partie, les domestici, également suivant M. Mommsen, se recrutait parmi les fils ou les parents des protectores mêmes 309, ainsi que parmi les jeunes nobles qui obtenaient cette faveur; c’était pour eux un moyen de faire dans ce corps une sorte d’école militaire

29G ld. II, 5 ; cf. I, 8 et sqq. — 297 Cf. Certamen S. Mercurii, 25; Nov. Sui'ius. p. 524. — 298 Cod. Theod. VII, 13, 16; cf. le commentaire de Godefroy à ce sujet

— 299 Cod. Just. XII, 36, 17. — 300 \ita Alexandrie 58 ; Vita Probi, 16 ; Cod. Theod. VII, 15 ; cf. le commentaire de Godefroy, Cod. Just. XI, 60 ; cf. aussi Ephem. epigr.

I V, p. 510 et s. ; Kuhn, Die stâdtische und biirgerliche Verfassung des rom. Reichs ;

1, p. 138. — 301 Cf. sur ces scholae Godefroy ad Cod. Theod. VI, 13; Kuhn, Op. cit. p. 140-141. — 302 Cf. Cod. Theod. VI, 24, 3. — 303 Mommsen, Eph. epigr.

V, p. 131 ; cf. Jullian, De protectoribus et domesticis Augustorum, qui voit dans les domestici la garde à cheval, dans les protectores la garde à pied. — 304 Corp. inscr. lat. XII, 673. — 305 Eph. Epigr. IV, 911 ; Corp. inscr. lat. III, 6194. — 306 Lactant. De mortib. pcrsecut. 19. — 307 Corp. inscr. lat. III, 371 ; cf. Symmach. Epist. III, 67. — 308 Ammian. Marcell. XVIII, 5, 1. — 309 Cod. Theod. VI, 24, 2.

— 310 Ammian. Marcell. XIV, 10, 2; XXI, 16, 20 ; cf. Ann. Rhen. 1877, p. 86. Voir sur ce sujet tout le développement de Mommsen, Eph. Epigr. V, p. 135 et s.

— 311 Constant. Porphyrog. vExût<jiç Tîj; ^aaO.elou Tâl-eoi;, 86; cf. Jullian, Notes sur l'armée romaine au iv® siècle (Extrait des Annales de la Faculté des lettres de Bordeaux , 1884), p. 77 et s. — Bibliographie. Le Beau, De la manière dont on levoit les soldats pour composer la légion ( Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres , t. XXXII), p. 318 et s. ; Des qualités requises pour le service légionnaire (Ibid. t. XXXV), p. 189 ; Du serment militaire, Ibid. p. 224. Période républicaine. J. -J. Muller, Die Aushebung und das Verhàltniss der Legionen zu den Tribus ,

qui les préparait à obtenir un grade dans l’armée active310.

Les protectores étaient choisis, probablement sur leur demande, par l’empereur, qui, à partir peut-être de Constantin, décerne lui-même un diplôme au nouveau protecteur311.

Flotte. — On n’a aucune donnée sur le recrutement des soldats de la flotte au bas-empire. R. Cagnat.

DIMACIIAE (Atgd/at). - — Corps de cavalerie créé par Alexandre le Grand et dont l'effectif varie suivant les historiens1. Les Dimachae combattaient à pied et à cheval, comme nos modernes dragons. D’après Pollux3, ils étaient accompagnés de servants auxquels ils remettaient leurs chevaux, quand ils combattaient à pied; leurs armes étaient plus légères que celles des hoplites et le harnachement de leurs chevaux plus lourd que celui des chevaux appartenant aux autres corps. D’après Arrien3, les Dimachae étaient simplement des hoplites montés. Ifésychius, qui définit le motStudyat par le mot ây.cKi:oi l, semble contredire Pollux qui donne à ce dernier mot une signification toute différente. S. Dosson.

DLMIDIA SEXTULA. — Monnaie de compte romaine valant de l’once ou rJ-t de l’as [as]. F. Lenormant.

DINOS [crater].

DÏOBOLIUM (Aïojëolvov, SnoëoXtov, diobolum) . — Pièce d argent de 2 oboles ou du tiers de la drachme1 [dracitma]. Coupe de monnaie fort usitée chez les Grecs.

Un diobole était la somme que l’on donnait, à Athènes, aux citoyens assistant à l’assemblée du peuple, comme indemnité du temps enlevé à leur travail 2.

Il existe une monnaie de convention, de plomb, frappée pour l’usage intérieur du Sérapéum de Memphis, qui porte la légende oboaoi b et passait, par conséquent, dans les transactions du marché du Sérapéum, pour un diobole3. F. Lenormant.

DIOBOLON [draciima].

DIOIKÈSIS (Ato(x7]<7tç). — I. Le titre de ô lui Tvj Stotxviaei a été donné par les Athéniens, pendant la seconde moitié du ive siècle et pendant la première moitié du me, à l’un des plus hauts fonctionnaires de leur république. On peut, sans rien exagérer, le comparer à notre ministre des finances.

Quelques historiens font remonter cette magistrature jusqu’au Ve siècle. Ainsi Boeckh, trouvant dans Plutarque la qualification, donnée à Aristide, d’£Ttt|AEXï]Tr)<; tîi* xotvwv 7rpoGoo(ov *, nous présente Aristide comme l’un des prédécesseurs de Lycurgue dans l’intendance des revenus publics2. Mais il est généralement admis aujourd’hui que Plutarque a dénaturé le véritable titre financier d’Aris-

Philologus , XXXIV, p. 104, 126; W. Soltau, Ueber Eustehung und Zusammensetzung der alterômischen Volksversammlungen , p. 335 et s., Berlin, 1880, in-8°; L. Klopsch, Der dilectus in Rom bis zum Beginn der bürgerlichen Unruhen , Itzehoe, 1879, in-4°; Robiou, Le recrutement de l'état-major et des équipages dans les flottes romaines au temps de la république , Rev. Arch. (nouvelle série), XXIV, p. 95 et 108. Période du haut-empire. Ch. Révillout, De romani exercitus delectu et supplemento ab Actiaca pugna usque ad aevum Theodosianum , Parisiis, 1849, p. 15,32; Th. Mommsen, Die Conscriptionsordnung der rômischen Kaiser zeit, dans YHermes, XIX, (1884), p. 1, 79, 210, 234; Robiou, Le recrutement de l'état-major et des équipages dans les flottes romaines au temps de l'empire, Rev. arch. (nouvelle série), XXIV, p. 142 à 156. Période du bas-empire, Godefroy, Paratitlon ad Cod. Theod. VII, 13, p. 257 et s.; Le Beau, Op. cit. p. 345 et s.; Naudet, Des changements apportés dans toutes les parties de l'administration de lzempire romain, etc., II, p. 173 et s. ; Serrignv, Droit public et administratif romain, I, p. 318 et s. ; cf. Rev. hist. du droit, 1882, p. 301 et s.; Révillout, Op. cit. p. 33 et suiv.

DIMACHAE. 1 Quint.-Curt. V, xm, 8 ; Arrian, Anab. III, 21, 7. — 2 Pollux, Onom.

I, 132. — 3 Arrian. I. I. — 4 Hesych. s. v. Aijjiàyat; Pollux, I, 131.

DÏOBOLIUM. 1 Pollux, IX, 63. — 2 Aristot. ap. Pollue. I. c. ; Athen. III, p. 117; Aristoph. Ran. 141. — 3 Rev. num. 1861, p. 407 et s.

DIOIKÈSIS. 1 Plut. Aristid. 4. — 2 Staatshaushalt. der Athener, 3® éd. I,

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tide3. C’est Aristide qui a organisé l’administration financière de la ligue maritime de Délos; il a même dirigé cette administration avec une équité qui lui a valu le surnom de juste 4. Mais il n’a pas eu les mêmes attributions que l’orateur Lycurgue.

Müller-Strubing s’est cru autorisé à conclure d’un passage des Chevaliers d’Aristophane 3 que Cléon a été investi d'une sorte de trésorerie générale des finances0. Le texte cité par lui n’a pas la portée qu’il lui attribue. Le poète nous montre seulement le peuple, personnifié sous les traits du bonhomme Demos, prêt à révoquer des fonctions d’intendant (xagtaç, liti'xpoTro;), qu’il lui a précédemment confiées, un de ses esclaves qui a cessé de lui plaire7.

11 faut arriver jusqu’au milieu du ive siècle pour trouver une mention de l’ô lui xîj oiotxijce!.

Fraenkel estime qu’on peut donner ce titre à Aphobètos, Lun des frères d’Eschine. Aphobètos fut élu £7rigeXv|T^ç litl tr]v xotv/jv Siotxrjoiv 8, et cette élection, d’après les calculs de Fraenkel, eut lieu en l’ol. 107,3 (350 av. J.-C.)9. Mais, si l'on rapproche le litre donné à Aphobètos par son frère d’un autre texte d’Eschine relatif à l’intendant du théorique10, il est très permis de croire que le vrai titre d’Aphobèlos était, non pas ô in t Tvj Sioix-^gei, mais bien 6 int t b Oetottxov11. L’hésitation est au moins permise sur celte date de 330. Elle l’est, à bien plus forte raison, pour la date de 334, proposée par von Wilamowitz 12 et par Droege *3, et pour la date de 378, proposée par Fellner u. Dans une inscription de l oi. 109,2 (343-342), on trouve encore la mention de l’ô èitl r'o Oeoipixov 1S, et nous ne croyons pas que ce magistrat ait coexisté avec l’ô lit! Tvj SiotxvjdEi.

Ce dernier n’a dû apparaître que vers l’époque où Démosthène fit rapporter la loi votée en 350 sur la proposition d’Eubule, loi antipatriotique, qui défendait, sous peine de mort, de demander que l’argent des fêtes fût employé à des dépenses militaires. Non content d’avoir obtenu l’abrogation de cette loi, Démosthène fil décider que tous les excédents des recettes sur les dépenses annuelles cesseraient d’être attribués à la caisse du théorique ou distribués au peuple, et qu’ils seraient mis en réserve pour former une sorte de trésor de guerre. Ces réformes furent adoptées en l’ol. 110,2 (339), et la réorganisation financière qui les suivit motiva sans doute la création d’une sorte de ministère, présidant à toute l’administration des finances (Sio£xv)<teç), surveillant l’encaissement de toutes les recettes, et ordonnançant, en faveur des différents services publics, les sommes nécessaires à leur fonctionnement16. Le chef suprême de cette administration fut l à etÙ xyj ôtotxvjffEt .

Pour occuper dignement des fonctions si élevées et si importantes pour la bonne direction de la République, il fallait offrir des garanties d’intelligence, de capacité financière et de probité ,7. Les Athéniens ne voulurent pas livrer au hasard d’un tirage au sort la désignation d’un tel magistrat. Comme les chefs militaires, stratèges et autres, le ministre des finances d’Athènes fut toujours un fonctionnaire élu (^etpoxovrjxdç) 18.

3 Fraenkel, sur Boeckli, foc. cil. note 209. — 4 Diod. Sic. XI, 47. - 6 Equit. 9+7 et s. 6 Aristophanes, p. 135 et s. — 7 Voir Gilbert, Beitraege zur innern Geschichte At/iens, 1877, p. 90 et s. Cf. Fraenkel, sur Boeckh, Staatshaush.

3e éd. note 277. — 8 Aeschin. De male gesta leg. § 149, D. 89. — 9 Fraenkel, l. c. ~ 10 Aeschin. C. Clesiph. §25, Didot, p. 10t. — U Gilbert, Handbuch der gnech. Staatsallerlh. I, p. 231. — 12 Hernies , XIV, p. 150. — 13 De Lycurgo Atfien. pecuniarum publicarum administratore, 1880, p. 29 et s. — 14 Geschichte der ait. Finanzverwaltung, p. 51 et s. — 16 Corp. insc. att. Il, n° 114. — 10 Schoemanu-

A la différence de la plupart des autres magistrats, dont les pouvoirs étaient annuels, l à sVt x^ Stotxvjaet était nomme four un temps assez long; on avait voulu lui donner tout le loisir de bien se familiariser avec les détails multiples de son administration. Ses fonctions avaient la durée d’une pentétéride 19, expression qui a induit en erreur quelques historiens. 11 faut bien se garder de traduire par période de cinq années; une pentétéride ne se composait que de quatre années entières. Une inscription de l’olympiade 111,2 (335-334) dit expressément que les comptes d’une administration correspondent à une xsxpasxîa50. Le commencement de la cinquième année marquait le point de départ d’une nouvelle période. Boeckh a établi qu’il y avait concordance entre l’année des grandes Panathénées (la troisième de chaque olympiade) et l’entrée en charge de l’ô £7rt x9j ôioix’/jcst 21 . Il prenait, dit Boeckh, possession de ses fonctions au commencement de l’hiver de l’année pendant laquelle ces fêtes devaient être célébrées. Nous ferons seulement remarquer que le compte sur lequel raisonnait Boeekh est un compte rendu, non pas, comme il le croyait, par le ministre des finances, mais bien par une commission spéciale, dont nous avons parlé au mot dermatikon.

Pour empêcher qu’un citoyen ne se fit, grâce à des réélections successives, une situation vraiment prépondérante dans la République, il avait été décidé que l’ô êxxt xyj ôiotxvjdEt sortant de charge ne serait pas rééligible 22.

Le plus illustre des ministres des finances d’Athènes, au ivc siècle, est l’orateur Lycurgue, fils de Lycophron, dont l’honorabilité, le zèle et la compétence sont attestés par de nombreux témoignages. Il parvint à élever notablement le chiffre des recettes annuelles et à établir sur des bases inaccoutumées le crédit de la République. Par suite de sa bonne administration, Athènes eut une flotte de quatre cents vaisseaux; elle agrandit ses arsenaux et ses magasins militaires; elle augmenta ses fortifications et ses moyens de défense, tout en consacrant de fortes sommes à des embellissements et à la construction d’édifices tels que le théâtre de Dionysos, le stade panathénaïque, et le gymnase du Lycée.

Ce fut très probablement en l’ol. 110,3 (338) que Lycurgue entra officiellement en fonctions 23. Régulièrement son ministère aurait dû finir en loi. 111,3 (334). Mais les Athéniens, pour ne pas se priver des services d’un tel administrateur, éludèrent la loi en lui donnant deux fois pour successeurs des personnes sous le nom desquelles il continua à diriger les finances, ses amis ou ses parents. C’est peut-être à cette époque qu’il faut placer l’élection de son (ils Ilabron, qu’une inscription nous montre en charge lors de la réfection des remparts de la cité21. On peut donc dire que le ministère de Lycurgue dura, en fait, sinon en droit, douze années, de 338 à 32G, années pendant lesquelles la République jouit d’une prospérité aussi grande que le permettaient les circonstances extérieures 25.

A une date encore indécise, mais que l’on peut approximativement désigner, le ministre des finances fut remplacé par un collège de magistrats appelés oî in\ xtj otot-

Galuski, Antiq. grecques. I, p. 478; Gilbert. Handb. der SlaatsaU. I, p. 231 et s. — 17 Cf. Aristot. Politica, VI, 1, 8. — 18 Pseudo-Plut. X Orator. Lycurg. § 3,

I). 1025. — 19 Pseudo-Plut. I. c. — 20 Corp. inscr. attic. II, I, n° 162. — 21 Stautshaush. dei Ath. 3e éd. II, p. 100 et s. Voir toutefois Fraenkel, sur Boeckh, note 272.

I seudo-I lut. I. c. 23 E. Curtius, Histoire grecque , V, p. 490, trad. Bouché- Leclercq. — - * C. insc. ait. II. 1, u° 167. — 25 Nous possédons plusieurs documents relatifs a I administration de Lycurgue ; voir notamment C. insc. ait. II, t, n» 102, p. 66 et 411, et II, 2, n'” 739 et s., p. 98 et 510.

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lorrst. Pendant la pentétéride qui va de l’ol. 120,3 à loi. 121,3 (208 à 294), il n’y a toujours qu’un seul ministre. Le décret pour Hérodore, décret dont M. Rangabé a précisé la date (ol. 121,2) 2G, parle de l'ô Iitl xîj Scotx^si 27. Au contraire, pendant la pentétéride qui va de l’ol. 123,3 à l’ol. 124,3 (28G à 282), on trouve un collège de ministres des finances. Les décrets rendus sous l’archontat de Diotimos (ol. 123,3), en l’honneur de Spartokos et d’Audoléon, mentionnent les ol èrct Tvj Stotxijast28. Le changement s’est donc produit soit en l’ol. 121,3, soit en l’ol. 122,3, soit en l’ol. 123,3. L’abondance des monuments de cette période 89 permettra quelque jour de préciser davantage.

Athènes revint bientôt à l’unité d’administration. Une inscription, de peu de temps postérieure à l’année 272, ne parle plus que de 16 iiù xîj ototxvjaei 30. Il est vrai qu’un autre magistrat, le xaula? xîov axpaxiioxizcov, ne tarda pas à hériter d’une notable partie des attributions du ministre des finances. Une inscription nous montre ce xagîa; associé au collège des ot sVt xvj ocoixv’cst 31 ; on le voit ensuite occupant leur place et seul chargé de pourvoir aux dépenses ordonnées par la Réptiblique 32. E. Caii.lemer.

DIOECESIS (Atotxvjsiç). — ■ D’une manière générale, les Romains appelaient de ce nom une circonscription administrative de l’empire et, plus particulièrement, une subdivision de l’ordre judiciaire, le ressort d’un magistrat chargé de rendre la justice, l’étendue d’une juridictio. A l’origine, cette expression ne s’employait guère, dans le langage officiel, que pour les provinces helléniques, et sous la forme grecque de Sioi'xxiutî. C’est ainsi qu’on la rencontre dans les deux premiers cas suivants :

I. Par excep lion, elle désigne le territoire d’une ci té, autrement dit le district des juges municipaux. Le grec Stotxvja tç correspond dans ce cas à l’expression latine de regio1.

IL Presque toujours, elle s’applique à une subdivision judiciaire de la province; ces districts avaient un chef-lieu dont ils portaient le nom : le gouverneur s’y rendait à certains moments de l’année pour y tenir des assises et y juger les affaires du ressort. C’est ainsi que Cicéron nous apprend dans ses lettres qu’il avait à juger dans trois diocèses de la province d’Asie, ceux de Cibyra, Apamée et Synnada2. Cette province, qui renfermait plus de onze diocèses3, est du reste celle où l’expression de dioecesis semble avoir pris naissance4. Partout ailleurs les Romains employaient les expressions de conventus juridici [conventus]. Plus tard, le mot de dioecesis fut usité, même officiellement, dans les régions occidentales. En Afrique, par exemple, les inscriptions nous apprennent qu’il y avait plusieurs diocèses, chacun sous la dépendance d’un légat du proconsul, celui d’IIippone, celui de Carthage, et sans doute celui d’Hadrumète5.

Une exception à cette règle, — que le diocèse est uniquement un district judiciaire, — semble être fournie par une inscription de Cirta, mentionnant un procurator dioeceseos regionis Hadrumetinae Tkevestinae 6 : voilà un procura to>\ c’est-à-dire un fonctionnaire de l’ordre financier, dont le ressort se nomme dioecesis, et non pas, comme

2» Antiq. hellén. t. II, n° 443, p. 121. — 27 C. insc. att. II, 1, n° 300. — 23 C. insc. att. II, 1, nos 311 et 312. M. Fraenkel, sur Boeckh, notes 156 et 281, date ces décrets de 123,2, et restreint par là à deux seulement les trois dates que nous indiquons. — 29 Voir C. insc. att. II, 1, n0J 309, 31 G, 327, etc. — 3° C. insc. att. II, 1, n° 331. — 31 C. insc. att. II, 1, n° 327. — 32 C. insc. att. II, I, n05 4 20, 423, 425.

DIOECESIS. 1 Gic. Ad fam. XIII, 53; Dio Clirys. II, p. 285, 208 R.; Libanius,

I, p. 102 R. — 2 Cic. Ad fam. XIII, G7, 1. — 3 Cf. Marquardt, Staatsverwaltung,

2° éd. t. I, p. 3 40 et s. — 4 Cf. Cic. I. I. et Ad fam. III, 8 ; Strab. XIII, p. 629 ;

c’est l’usage, tractus ou regio. Mais celte inscription, loin d’infirmer, semble plutôt confirmer notre règle : car dioecesis, dans ce texte, est visiblement opposé à regio : le mot s applique seulement à Hadrumète, tandis que regio ne concerne que Tébessa, qui est le chef-lieu d’une circonscription financière.

1 1 L Au commencement du ive siècle ou à la fin du me, quand on créa des ressorts judiciaires intermédiaires entre ceux des gouverneurs ou provinciae et des préfets du prétoire ou praefeelurae , on se servit, pour les dénommer, de l’expression de Sioi'xïiut; ou de dioecesis'1 : elle entra alors complètement dans le langage officiel, aussi bien en Occident qu en Orient, pour désigner le district du vicaire du préfet du prétoire [vicarius, praefectus praetorio]. La première mention de ce mot employé dans ce sens se trouve dans la liste des provinces dite liste de Vérone, qui est du temps de Dioclétien8. C. Jullian.

DIOGÉNEIA (AtofÉveia). — Dans les inscriptions attiques du début du ii° siècle av. J. -G., on trouve la mention d’un certain Diogénès, évergète d’Athènes, en l’honneur duquel on célébrait des fêtes appelées Aicysveia, et auquel se rattache la fondation d’un gymnase public, le Atoysvetov. Parmi les sièges d’honneur qui occupent un des premiers rangs devant l’orchestre du théâtre de Bacchus, à Athènes, on en remarque un qui porte le nom de ce Diogène, évergète d’Athènes L Toutes ces dignités attestent l’importance considérable du personnage. M. Kohler2 et M. Dumont3 ont réussi à l’identifier avec un phrourarque du Pirée, qui joua pendant les guerres de la Ligue achéenne un rôle assez obscur, mais qui s’acquit la reconnaissance éternelle des Athéniens par une trahison qui rendit à la ville sa liberté. Après la mort d’Antigone Gonatas, le chef de la Ligue, Aratus, tourne tous ses efforts vers la délivrance d’Athènes et déjà, à ce moment, nous trouvons mêlé à ces événements le nom de Diogénès. Aratus ayant été. battu par Bithys, général de Démétrios, roi de Macédoine, qui succédait à son père Antigone, le phrourarque du Pirée envoie des messagers à Corinthe, alors au pouvoir de la Ligue, pour sommer la garnison d’évacuer la ville4, sommation qui resta sans effet. Environ dix ans plus tard, en 229, nous retrouvons le même officier commandant les garnisons macédoniennes du Pirée, de Munychie, de Salamine et de Sunium6. Démétrios vient de mourir et la Ligue reprend courage. Aratus s’abouche avec le phrourarque et obtient qu’il livre aux Athéniens les places qu’il commandait pour la somme de 150 talents, dont 20 furent fournis sur-lechamp par Aratus6. Les plus grands honneurs furent la récompense de cette trahison. Une inscription attique mentionne un certain Euryclide qui avec son frère Micion fournit l’argent pour une couronne destinée aux soldats qui avaient, avec Diogénès, livré la place7. Nous avons vu comment le commandant macédonien put jouir en paix du fruit de sa trahison et de quelle considération les Athéniens l’entourèrent. M. Koehler a fort ingénieusement rapproché de ces faits une épigramme du Corpus qui met sur le même rang d’ancêtres l’orateur Lycurgue et Dio-

Dio Clirys. II, p. 195; Aelius Arist. I, p. 527 ; Dindorf, Corp. insc. (jr. 3902 b.

— 3 Corp. inscr. lat. t. VIH, p. xvi ; Revue historique , t. XIX, p. 344. — 6 Corp. inscr. lat, t. VIII, nB 7039. — 7 Seeck, éd. de la Nolitia dignitatum, p. 247. Le ms. porte diocensis. — 8 Mommsea, Corp. insc. lat. t. VIII, p. xvi.

DIOGÉNEIA. 1 Corp. insc. att. III, n° 299. — 2 Hermès , VII, 1873, p. 1 et s.

— 3 Essai sur VÈphèbie attique , I, p. 45 et s. — 4 Plut. Aratus , 34. Cf. Droyseu, Hist. de /’ Hellén. trad. Bouché-Leclercq, III, p. 467. — & Dittenberger, Sylloge inscr. gr. n° 180, p. 280, note 5; Koehler, op. I. , p. 3 et s. — 6 Plut. Aratus, 34: Paus. II, 8, 5. Cf. Droysen, op. I ., p. 487. — 7 Corp. inscr. att. II, n° 379.

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génès « honoré sur la terre atlique8 » ■ il en conclut que les descendants du phrourarque avaient continué à vivre à Athènes et s’étaient alliés à la famille de l’illustre orateur.

Le Diogéneion, fondé en l’honneur de l’évergète macédonien, était un yuavasiov où les jeunes gens athéniens recevaient une instruction libérale : on y enseignait les lettres, la géométrie, la rhétorique et la musique9. On le trouve mentionné très souvent dans les textes éphébiques, jusqu’à la fin du second siècle ap. J. -G. i0 *. Le personnel des professeurs devait être nombreux ; pourtant on ne trouve cité dans les catalogues éphébiques qu’un xeut po^XaS; eut Aïoyevet'ou " et un autre fonctionnaire qui s’appelle simplement £7ti AïoyEveiou. Ce dernier est-il une sorte de directeur ou de surveillant général? 11 ne semble pas que ses fonctions soient d’un ordre bien relevé, car il est toujours placé à la lin de la liste des fonctionnaires éphébiques ou parmi les derniers noms, à côté de l’oitXo|/.c</oç 12, des ypap.|j.aTsïç ,3, du XEUT popuXal; et du xocj/âpio; 14, du laTpôç13, etc. M. Dumont le considère comme une sorte d’épimélète spécial 16. 11 pouvait être nommé à vie, oià (Mou 17.

Les élèves qu’on instruisait dans ce gymnase sont appelés ot Trspl tô AoyévEtov. M. Dumont a remarqué que dans les catalogues éphébiques ils sont toujours mentionnés après les éphèbes, ot <juvéï,7]?ot 18. Ils sont certainement Athéniens et distincts de la liste des étrangers qui est placée à part. De plus ils sont, en moyenne, deux fois plus nombreux que les îyifioi, c’est-à-dire les jeunes gens de dix-neuf à vingt ans. De ces deux faits, M. Dumont conclut que les ot 7iEpl AtoyévEiov sont les entants qui n ont pas encore l’âge voulu et qui se préparent à entrer dans le collège éphébique : de là leur nombre plus grand et leur condition hiérarchiquement inférieure. Le passage dans le AtoysvEtov constituait donc, en quelque sorte, le noviciat de l’éphébie19. Dans ce cas, nous pouvons nous expliquer le petit nombre de fonctionnaires mentionnés spécialement pour le AtoysvEtov. Ce sont sans doute les professeurs des éphèbes qui vont faire dans le gymnase inférieur des leçons plus élémentaires, et le Atoys'vEiov n’a besoin que d’un ou deux surveillants attitrés, comme le xEdTpo'puXa; et le ejri AtoyEvEtou.

C’est dans ce gymnase qu’avaient lieu les fêtes des AtoyEveta. Le collège des éphèbes y faisait chaque année des libations et le sacrifice de deux taureaux, comme aux Éleusinies, ce qui était une marque de grande piété 20. Nous possédons une épitaphe versifiée en l’honneur d’un fils de cosmète qui négligea de se couvrir suffisamment pendant une de ces cérémonies et mourut d’un refroidissement21.

Dans le Diogéneion on plaçait un double des inscriptions éphébiques, comme dans l’Éleusinion et dans un sanctuaire placé près du Bouleutérion 22. E. Pottier.

DIOGÉNEION (AtoyÉvEiov). — Gymnase où les enfants

8 Boeckh, C. inscr. gr. I, n° 666. — 9 Plut. Quaest. conv. IX, 1. Cf. Dumont, op. L, p. 46, note 1. — 10 C. inset', ait. III, 1, n°* 5, 741, 751, 1145, 1160, 1184, 1197, 1199, 1202, 1218, etc. M. Dumont a rcuni dans le t. II de YÉphébie attique tous les textes relatifs aux questions éphébiques. — H C. inscr. att. III, 1, n° 1177.

— 12 Ibid. n° 1093. — 13 Ib. n° 1121. — 14 Ib. n°s 1133, 1135, 1171, 1177. — 13 Ib. n° 1199. — 16 Op. L, p. 47. — 17 C. inscr. ait., l. c., n° 1176. — 18 Op. I., p. 47-50.

— 19 Op. L, p. 50. — 20 Dumont, Op. L, I, p. 289-290; C. inscr. ait. III, 1, n°* 5, 741, 1184. — 21 Boeckh, C. inscr. gr. I, n° 427. — 22 Dittenberger, Hermès , 1, 18G6, p. 406; cf. C. inscr. att. III, 1, n° 5.

DIOGÉNEION. 1 Onom. X, 14, 60. — 2 Hist. nat. XXXVI, 5, 38, éd. Teubner; cf. Dumont, Essai sur VÉphèbic , I, p. 46, note 1.

DIOGMITAE. l Waddington, Inscr. d’Asie Mineure, V, 992; Aram. Marc. XXVII,

9 ; Basilic. LVI, 10, Martyr. Polycarp. 7, éd. Dressel. — 2 Capitolin. M. Ant. phil. 21.

DIOKLEIA. 1 Schol. Theocrit. Idyll. XII, 28-30; Schol. Aristoph. Acharn.llb.

— ■ 2 Theocrit. Idyll. XII, 30-32. Cf. J. Girard, De Megarcnsium ingenio, Paris,

recevaient leur éducation, à Athènes, avant d entrer dans le collège des éphèbes. Voy. diogéneia.

Pollux1 mentionne une sorte de clepsydre, à Athènes, qui portait aussi ce nom et qui était l'œuvre d un certain Diogénès, qu’on peut identifier peut-être avec le statuaire contemporain d’Agrippa, dont parle Pline2. E. Pottier.

DIOGMITAE (Auoy|AÏTai). — Ce nom (dérivé de oiwy f»ç, poursuite) fut donné, sous l’empire, à une sorte de milice, imparfaitement armée, dont l’entretien était à la charge des villes et placée sous les ordres du chef de la police municipale, pour faire un service de gendarmerie1. Par exception, sous Marc-Aurêle, on voit des diogmitae, pourvus d’un armement régulier, renforcer l’armée décimée par la peste2. En temps ordinaire les villes n’avaient pas à fournir de semblables troupes à l’empereur. E. Saglio,

DIOGLEIA (AtoxXeia). — Fête nationale des Mégariens célébrée en l'honneur du héros Dioclès. Les scholiastes de Théocrite et d’Aristophane1 nous apprennent que Dioclès était un Athénien, réfugié pour des causes que nous ignorons à Mégare, qu’il adopta pour patrie. Dans un combat, s’étant placé à côté d’un éphèbe qu’il aimait, il le couvrit de son bouclier contre les ennemis qui l’assaillaient et mourut lui-même percé de coups. Les Mégariens, en souvenir de ce dévouement, firent de Dioclès un demi-dieu, lui élevèrent un monument et instituèrent des jeux où avait lieu un concours particulier : les jeunes gens se disputaient entre eux à qui donnerait le baiser le plus doux. C’est ainsi qu’à chaque printemps nouveau les Mégariens honoraient AtoxXéoc xôv yiXÔTraiSot 2. Ces fêtes devaient être aussi accompagnées de jeux gymniques3. Elles avaient certainement une grande importance à Mégare; un scholiaste les met sur le même rang que les Pythiques et les Eleusinies4. L’époque où vivait Dioclès appartient aux âges héroïques. C’est Alkathous, ûls de Pélops [alkathoia], qui institua les jeux en son honneur5 et l’on pense que c’est ce même Dioclès qui s’empara avec les Mégariens d’Eleusis, d’où il fut chassé par Thésée et les Athéniens 6. E. Pottier.

DIOMÉDÈS (Atofxvjoriç). — L Diomède, fils d’Arès et de Kyréné, roi des Bistones, de Thrace, dont les cavales sauvages se nourrissaient de chair humaine et qui fut tué par Hercule [hercules].

IL Diomède, fils de Tydeus, roi d’Étolie, et de Déïpylé, fille du roi d’Argos, Adraste *, dont il devint le successeur. 11 prit part à la guerre des Epigones qui saccagèrent la ville de Thèbes2, et fut ensuite un des héros de l’expédition de Troie, où il conduisit les guerriers d’Argos, de Tirynthe, d’Hermione, d'Asiné, de Trœzène, d’Eiones, d’Épidaure, d’Égine, de Masès, avec quatre-vingts vaisseaux3. Ses exploits et ses aventures ont été célébrés par les poètes 4 et souvent représentés dans les monuments5, et particu-

1854, p. 73. — 3 Cf. Boeckh, dans son édit, de Pindare, Explicat. ad Pind. Olymp. Vil, 86, p. 176. — 4 Schol. Pind. Olymp. XIII, 155 (éd. Boeckh, p. 288). — 5 Schol. Aristoph. l.c. — 6 Plut. Thés. 10; cf. Stoll, Dioklcs dans Aus fur liches Lexikon der Mythol. de Roscher, p. 1021.

DIOMÉDÈS. 1 Apollod. I, 8, 4 et 6. — 2 Hora. Iliad. IV, 406; Eustath. p. 489, 38 ; Apollod. III, 7, 3. — 3 Iliad. II, 559 et s. — 4 Vov., indépendamment d’Homère, Dictys, 11, 48; IV, 3; V, 4 ; VI, 2 ; Apollod. I. I. ; Leschès ap. Pausan. X, 27, 1 ; Pind. Ncm. X, 7 et 12 et Schol.; Quint. Smyrn. I, 76; VI, 64; IX, 333; Sophocl. Phil. 416, 570, 592; Lacaedem. et Ion (cf. Welcker, Oriech. Trag. 745, 948 \Epische Cyclus, 11, 242); Conon, 34; Lycophr. 999 Tzetz. ; llygin. Fab. 97, 102,108, 113, 175. — 6 Pausan. 1, 11 in fine et 22, 6; II, 20, 5; V, 22; X, 10, 2 et 27, 1; Overbeck, Bildwerke d. troisch. Heldenkreis, p. 287 et s., 397, 407, 412, 427, 541, 574, 578 et s., 584; Gerhard, Auserles. Yasenbilder, 111, 192; Trinkschal. und Ge fasse, pl. a, r; Monu.m, de l’Inst. arch. VI, 19, 21 ; Annal. 1875, 265; Bulle! . 1873, 42; Arch. Zeitung, 1874, 91, 116; 1877, 21, pl. v; 1880, 40; 1881, 150, 179; O. Jahn,

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lièremenl l’enlèvement du Palladium, auquel était attaché le sort d’Ilion, sujet que l’art rendit très populaire [palladium]. Mais nous avons à nous occuper ici, non du personnage homérique, mais du héros divinisé à qui furent rendus des honneurs divins.

A son retour de Troie, réduit à fuir loin de sa patrie et de sa femme infidèle, jusqu’aux rivages de l’Italie, Diomède avait fondé, d’après la légende, en Apulie, chez les Dauniens, un nouveau royaume, où il vécut jusqu’à l’âge le plus avancé6. Dans une des îles voisines du cap Garganum, auxquelles fut donné son nom ( Diomedeae insulae, aujourd hui isole di Tremitï), on montrait son tombeau et à côté son temple entretenu par ses anciens compagnons changés en oiseaux ( diomedeae aves, ipuSioî), qui conservaient après leur métamorphose des mœurs humaines7. Il est permis de croire, avec Weleker, Preller et d’autres mythologues, que la fable et le culte de Diomède étaient ici substitués à ceux d’un ancien dieu pélasgique, de nom et d attributs semblables, comme lui navigateur et se plaisant aux chevaux. Ce culte se répandit, d’un côté sur le rivage de 1 Adriatique, dans le pays Ombrien, chez les Vénètes, qui sacrifiaient à Diomède des chevaux blancs jusqu’à Timavum au fond du golfe de Tergeste8 ; d’un autre h fié chez les Peucétiens, dans 1 Apulie, et même dans le Samnium. Arpi (’'ApYoçtWiov), Sipontum, Brundusium, Bénévent, Equus Tuticus, Venusia, Canusium, Venafrum l’honoraient comme leur fondateur9. Les Grecs de Thurium, ceux de Métaponte, lui élevèrent aussi des autels10. On peut d’ailleurs chercher les traces de son culte dans la Grèce propre. D'après Pindare, Athéna, sa constante protectrice, lui a donné l’immortalité, dont il jouit à côté des Dioscures11. Le bouclier merveilleux dont elle lui avait fait présent était conservé à Argos; le jour de la fête d’Athéna, il était promené en procession et lavé en môme temps que l’image de la déesse dans les eaux de l’Inachus ,2. A Salamis de Cypre, Diomède avait un sanctuaire dans la même enceinte qu’ Athéna et Agraule, où on lui offrit longtemps des sacrifices humains13. E. Saglio.

DIOMEIA (Atôjxetot). — Fête célébrée à Athènes en l’honneur d’Hercule. Son nom venait de celui de Diomos, éponyme du dème Diomeia et fils de Collytos, lequel avait donne son nom au quartier voisin L On racontait qu’Her ■ cule avait été l’hôte de ce dernier et qu’il s était pris d’affection pour Diomos. Après l’apothéose d’Hercule, Diomos fut le premier qui lui sacrifia sur le foyer paternel. Pendant le sacrifice un chien survint, qui dévora les viandes sur l’autel et disparut aussitôt. Diomos consacra à Hercule le lieu où ce fait s’était passé et qui fut appelé KuvoaapYsç, le Cynosarge, nom qu’on faisait dériver tantôt de la couleur

A, ch. Beitrüge, 393; Philo!. I, 46; Mittheil. d. deutsch. Instit. in Athen. Il, pl. j.. Jour n. of Philology, 1877, pl. a; Helbig, Wandgemülde , 296 et s., 1.304.’

— 6 Voy. les récits différents au sujet de sa mort ou de sa disparition chez Anton Liber. 37; Lycophr. 602, 618 Tzetz. ; Strab. VI, p. 284; Serv. Ad Aen. XI, 271.

— 7 Strab. V, p. 214; Plin. H. nat. X, 126 (44); Augustin. Civ. D. XVIII 16 ■ cf Schol. Pind. Nem. X, 12; Virg. Aen. X, 271, et Serv. ad h. I. ; Ovid. Met. XIV 467 et s. ; Lycophr. 592 et s. Tzetz. — 8 Strab. V, p. 214, 213; Scylax, p. 6 Iluds. ;’

Plin. III, 120 ; Steph.s. v. 'Axf ; cf. Jordan, ap. Preller, liôm. Myth. Il, note, p. 306 3“ éd. - 9 Schol. Pind. I. I. ; Strab. VI, p. 284; Virg. Aen. VIII, 9; XI, 243 et s., et Serv. ad. /.; Justin. XII, 12 ; Heyne, Exe. ad Aen. XI ; Klausen, Aeneas und die Penaten, II, p. 1172 et s. ; Mommsen, Unterilal. Dialekl. p. 91. — 10 Schol. Pind.

I. I. — n lb. et Nem. X, 7. — 12 Callim. In. lav. Pallad. 35; Schol. Ib. 1.

— 13 Porphyr. Deabst. anim. II, 54.

DIOMEIA. I Schol. Aristoph. Ach. 603 ; Hesych. s. v. Aio|*st,-. — 2 Steph. Byz., Pliot., Suid., Etym. M., s. v. Aiojao;, Aïo’peia, Aio;x£T;, KuvôaapyE;; Schol. Arist. Ban. 631; Schol. ; Paus. I, 19, 9. — 3 Gôttling, ( iesamm . Abhandlungen, II, p. 165 (= Beriehte d. Sdchs. Gesellsch. d. Wissenschtift. 1854, p. 20); Dcttmer, De Hercule Attico, Bonn,

1869; Rinck, Religion der Hellenen, II, 179. Voy. aussi 0. Jahn, Nuove memor.

blanche, tantôt de la rapidité du chien, le mot <*pYo'ç ayant ces deux significations3. G’est au Gynosarge, devant la porte Diomeia3, que l’on célébra depuis des jeux en l’honneur d Hercule. On y voyait une quantité de bouffons de profession (YeXbnoTtotoi'). Ils formaient une corporation appelée les Soixante (oî l' jxovra) et jouissant d’une grande réputation au temps de Philippe de Macédoine, qui leur envoya un talent pour avoir un recueil de leurs plaisanteries4. E. Saglio.

DIOMOSFA (Attouoai'a). — Dans la procédure attique, nul n était admis à agir en justice, soit en demandant, soit en défendant.1, s’il ne commençait par prêter serment que ses allégations ou ses moyens de défense étaient sincères. D après les grammairiens les plus autorisés, on appelait TipomiAcma le serment du demandeur, è;oJ(Wx le serment du défendeur qui opposait une fin de non-recevoir (icapa- Ypa-fo), et àvThigodla le serment du défendeur qui opposait une défense au fond (avriYpa^). Les rnotsSiwgoatx, àfjKpoi^oaia et aiAiaopxia, comprenaient les deux serments, celui du demandeur et celui du défendeur2.

Celte terminologie rigoureuse a-t-elle été fidèlement respectée dans la pratique? il est permis de répondre négativement; car quelques-unes de ces expressions, Trpotogtwi'a, àjAcpojjWx, àgcptopxia, ne paraissent pas avoir été employées par les orateurs; nous ne croyons pas qu’on les ait rencontrées dans les discours qui sont parvenus jusqu’à nous.

D autres ont été détournées de leur sens grammatical3.

Ainsi le mot si l’on en juge par un passage

d’Aristophane4, désignait le serinent prêté, non pas par un défendeur qui voulait corroborer une fin de non-recevoir, mais bien par un citoyen qui alléguait une excuse pour se soustraire à une charge dont il était menacé 8. Schomann l’emploie même dans une troisième acception, en l’appliquant au serment exigé des témoins qui refusaient de déposer, sous ce prétexte qu’ils n’avaient aucune connaissance des faits litigieux6.

Le mot Siwpom'a, ou tout au moins le verbe Sto'.uvuaôxi, est fréquemment appliqué par les orateurs aux serments Prêtés, non plus par les plaideurs, mais par les témoins, [AapTupobVTwv xai StoavuaÉvwv 7, et même à tous les serments, quels qu’ils soient \

^ C est surtout a 1 occasion des affaires d’homicide (tpo'vou Sixat) que l’on rencontre le mot Sttoptoi »'«, et il s’applique bien alors, suivant la définition des grammairiens, aux serments de 1 accusateur et de l’accusé9. Le cérémonial et la formule de cette Siugoon'a nous ont été conservés par les orateurs l0. L accusateur (6 âuoxiov) et l’accusé (à (psuytov) prêtaient serment, debout, sur les entrailles d’un bouc, d un bélier et d un taureau (rpixTiiç, Tpcrnia), victimes im-

, ’ 1 ' 1 . . "c uiumus au cuite ae z,eus t’o-

heus. — 4 Athen. VI, p. 276 a; XIV, p. 614.

DIOMOSIA. I Philippi, Areopag und Epheten, 1874, p. 89, a essayé de soutenir que, dans les procès ordinaires, autres que les fov.*at Si™,, le serment n’était pas impose au défendeur. Pour le réfuter, il nous suffit de citer ls%, De Dicaeonenis hereditate, § 16, Didot, 268 ; De Astyphili hereditate , §§ 1 et 34, I). 298 et 303 • cf Lipsius, Attache Process, p. 827. - 2 Pollux, VIII, 55 ; Bekker, Anecdote, I 184 9, et 311, 23 [voir amphiohkia, I, p. 240.] - 3 Dans plusieurs passages des orateurs] le mot ivTwpovia, qui ne convient qu’à un serment prêté en réplique à un autre serment (Lys, as, C. Panclconem, § 13, D. 199), s’applique aux serments des deux parties. Voir les textes cités dans la note 1, et Demosth. C. Macart. § 3 Reiske 105.*;- ‘ f Cfesias- )026- -S Voir VIII, 55; cf. Lipsius, A ttische Process,

p. 8o4. - Antxq. grecques, trad. Galuski, II, p. 338. - 7 Demosth. C. Eubulid. §§ 22, 39, 44, K. 1305, 1310 et 1312; cf. Antiphon, De caede Herodis, §§ 12 et 15, D. p. 26; Lysias, De vuln. ex industr. § 4, D. 114; Aeschin. De male gesla légat.

§ 1.16, D. p. 91. - 8 Demosth. C. Timoth. § 67, R. 1204. - 9 Antiph. Super Choreuta, § 16, D. p. 42 ; Lysias, C. Theomn. I, § 11, D. p. 134; Demosth. C. Aristocr. b§ 69 et 71, R. 643. — 10 Voir A. Philippi, Areop. und Eph„ Op. L, p. 87 à 93.

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molées par des sacrificateurs officiels, à des époques déterminées par les lois religieuses*1. Le serment était suivi d imprécations contre la partie qui se parjurait, contre sa postérité et contre sa maison n.

Platon, dans son Traité des lois, critique avec vivacité l’usage de déférer le serment aux parties sur les points en litige. « Cet usage était, dit-il, bon au temps de Rhadamanthe, à cette époque de ferveur religieuse où tous les hommes croyaient à l'existence des dieux. Mais, lorsqu’il y a des gens qui soutiennent qu’il n’y a pas de dieux, lorsque beaucoup d'autres sont convaincus que les dieux ne se mêlent pas des choses d’ici-bas, lorsque la majorité croit que les dieux, satisfaits par quelques petits sacrifices ou par de basses adulations, dispensent volontiers les criminels des supplices dus à leurs crimes, il faut que les lois changent. La méthode suivie par Rhadamanthe n’est plus de saison, puisque les sentiments ne sont plus les mêmes au sujet des dieux... Il ne faut admettre le serment que là où il n'y a rien à gagner en se parjurant. Dans tous les cas où il y a un grand avantage à nier une chose et à la désavouer, on devra se contenter des voies ordinaires de la justice... 13 ». Eschyle, dans ses Euménides, avaitexprimé la même opinion, lorsqu’il avait montré Athéna, imposant, d’une part, aux juges un serment, comme garantie d’une bonne administration de la justice u, et, d’autre part, nettement hostile aux serments que l’on voulait exiger des plaideurs 1 La victoire du droit ne peut pas dépendre d’un serment que l’homme injuste prêtera sans hésiter, tandis que sa formule absolue fera peut-être condamner le coupable malheureux et de bonne foi, qui, par crainte du parjure, refusera ce serment16.

Celte obligation imposée par les lois d’Athènes, non seulement au demandeur, mais encore au défendeur, de jurer qu'il a pour lui la conscience de son bon droit, est invoquée par M. Philippi 1 7 comme l’un des meilleurs arguments pour démontrer que les Athéniens n’étaient pas un peuple jurisconsulte (die Alhener hein Rechtsvolk ivaren). E. Caillemer.

DJONÈ (Ahovt)). — Déesse épouse de Zeus, dans la religion primitive de la Grèce, particulièrement à Dodone 1 , qui en était le centre antique et vénéré. Son nom même a été considéré comme une forme féminine de celui du dieu (ZeÙ;, Atôç) de même qu’en latin Juno se rapproche de Jovis ou Biovis'1. Il faut remarquer toutefois que dans les poèmes homériques Dionè est une divinité différente de Hcra ou Junon et qu’elle lui est même opposée3.

Dès les temps homériques il y avait d’ailleurs à Dodone, comme on le voit par un vers de l’Odyssée1, une divinité

associée au Zeus pélasgique. Cette divinité ne peut être une autre que Dionè, que l’on trouve constamment unie avec lui dans la religion de Dodone, partageant5 son temple et ses honneurs (uvvvaoî), rendant avec lui des oracles et dont on rencontre l’image sur les monnaies de l’Épire, tantôt0 accolée à la sienne (fig. 2417), tantôt7 seule et parée du voile des épouses, de la Stéphane ou du calathos, et tenant

un sceptre (fig. 2418). Elle a pu être assimilée par les mythologues à Iléra, dont elle occupe ainsi la place 8 ; mais les anciens ne paraissent pas l’avoir confondue avec celleci. Ils reconnaissaient plutôt en Dionè la Terre, l’antique Gaïa fécondée par l’élément humide 9. Comme Zeus est surnommé Naïo;, elle est aussi appelée Nâïa ou Nâta A?a, dans les formules des oracles et dans les autres inscriptions retrouvées à Dodone, et ce nom 10 indique la même signification. Hésiode range Dionè 11 parmi les Océanides, filles d Océan et de Thétis; des écrivains postérieurs, parmi les Titanides, filles de l’Éther, d’Uranus ou de Kronos et de Gaïa 12; d’autres ont fait d’elle une Néréide 13 ou une Hyade, mère ou nourrice de Dionysos11. Le nom de Dionè se lit sur quelques vases peints 15 où il désigne une des femmes qui entourent ce dieu (voy. t. Ier, p. 682, et p. 62G, fig. 707). Toutes ces généalogies dérivent de la conception primitive et pélasgique.

Homère place Dionè dans l’Olympe; elle est, dans Y Iliade, la mère d’Aphrodite16, avec laquelle on l’a même plus tard identifiée ”, et l’on est forcé d’admettre que le culte de la déesse orientale de la fécondité est venu se fondre dans le culte pélasgique de la terre féconde 18. La colombe, oiseau sacré de la déesse asiatique, était déjà 1 oiseau prophétique de Dodone [oraculum]. Les prêtresses et prophétesses de Dioné s’appelèrent les Colombes, neXetaSE;. C est tout ce que l’on peut dire de certain au sujet de ce nom, dont l’interprétation a déjà occupé les archéologues de l’antiquité19. Les Péléiades étaient au temps d'Hérodote au nombre de trois. Les inscriptions nomment un naïarque (vouap^oç) 20 et, auprès de lui, un prostate (ou administrateur) du bien de Zeus Naïos et de

11 Dem. C. Aristocr. §§ 67 à 71, R. 642 et s. — 12 Antipli. De caede Her. §§H et 88, D. p. 25 et 37; Dem. In Euerg. § 70, R. 1160. — 13 Plat. Leg. XII, 948, D. p. 485. — 14 Aescliyl. Eumen . 483 et s. — 15 Voir Schômann, Antiq. gr. trad. Galuski, t. II, p. 680 et s. — 16 Aeschyl. Eumen. 429 et s., notamment 432.

— 17 Areop. und Eph., p. 88.

DIONÉ. 1 Apollod. ap. Schol. Hom. Od. III, 91 ; Etym. M. s. v. Auivïj. — 2 G. Curtius, Grundzüge d. gr. Etymol. 5e éd. p. 236; Lobeck, Pathol, serm. gr. p. 32; Buttmann, Mythologus , I, 23; Preller, Gr. Myth. 3e éd. I, p. 99; Roscher, Studien zur vergleich. Mythol. II, p. 24; mais voy. aussi Welcker, Gôtterlehre , I, p. 352.

— 3 Iliad. V, 370 et 418 ; Bymn. ad Apoll. Del. 93. — ’* XVI, 402 : 0e5v t’.BûpcOa pouXà;. — 5 Strab. VII, p. 329; Demosth. In Mid. 53, p. 277 Didot ; De falsa leg. 299, p. 229 D. ; Epist. IV, 2 ; Hyperid. Pro Euxen. XXXV, 12 et s. ; Apostol. I, 3, 1 ; Carapanos, Dodone , pl. xxiv et s. — 6 Mionnet, Descr. II, p. 47, Suppl. III, pl. 359 ; Cadalvène, Choix de mêd. p. 139; Lenormant, Noue, galcr. myth. pl. v, 7 ; Müller- Wieseler, Denkmüler d. ait. Kunst , II, pl. i, 6 a ; Percy Gardner, Types of gree/c coins, pl. xii, 44 et 18. — 7 Lenormant, Nurn. des J'ois grecs , pl. xxii, 2 et s. ; Muller- Wieseler, Den/cm. 1, pl. liv, 262; Roscher, Ausfàhrl. Lexic. d. Mythol. 1». 1029; cf. Id. Stud. zur vergleich. Mythol. p. 25. — 6 Voy. Buttmann, Welcker, Roscher, l. I. Apollodore, seul des anciens, rapproche Dioné de Héra. — 9 Etym. M. s. v. Aiiévïj ; Pausan. X, 12, 5 ; Welcker et Preller, l. I. ; Bouche-Leclercq, Hist. de la

divination, p. 291. — 10 De vàw (homer. valu) couler ; cf. Curtius, Op. I. p. 319; Schol. Hom. II. II, 233 ; Carapanos, O. I. p. 133, note 1. — H Theog. 337, 35 3. — 12 Hy*. Fab. imt. ; Apollod. I, 1, 3; cf. Orac. Sibyll. III, 121, et Philo ap. Muller, Frag, hist. gr. III, p. 658. — 13 Apollod. 1, 2, 7. — 14 Pherecvd. ap. Schol. Iliad. XVIII 426; Eurip.ap. Schol. Pind. Pyth. III (177); Hesych. 5. n. Bà*Xov 15 De

Laborde, Vases de Lamberg, I, pl. Lxv;Collect. de Lucien Bonaparte, Réserve étrusq. p- 13. n° 46 ; O. Jahn, Vasenbilder, Hamb. 1839, pl. n ; Welcker, Allé Denkmüler , III, pl. xiu, p. 136; Arc h. Zeitung , 1853, p. 400, n* 10 ; Mus. Borboti. XII, pl. xxi Heydemann, Satyr und Bacchennamen , Halle, 1880, p. 39. 16 U , y, 312, 330' 370, 381, 422; cf. Apollod. I, 3, 1 ; Hygin. Div. gen. XII, 2; Eur. Hel. 1098 ; Theocr! XVII, 36. -17 Theocr. XVII, U6 ;Bion, I, 93 ; Virg. Ecl. IX, 47; Serv. ad h. l.eiAd Aen. III, 466; Ovid. Fast. II, 461 ; Am. III, 3 ; Pervig. Vener al. Flacc. Arg. VII- 187 ; Suid. .1. 11. Aiu.ai»; Clera. Rom. H omit. IV, 16; V, 13. — 18 Welcker,/. /. /Bouché Leclercq, p. -.93 et s. 19 Les noms lûXstat et iu 7e[àîc;, que l’on rencontre chez Homère, désignent les pigeons sauvages, gris ou noirs et distincts de la coloml.e blanche et domestique venue d’Asie. Voy. Hehn, Kulturp/lanzen und ffausthiere, t" ed. 1874, p. 298 [voy. columoihum] ; Herodot. II, 55; Soph. Trach. 171; Lucian . Amor. 31 ; Schol. Hom. Od. XIV, 327 ; XVI, 234; Strab. VII, frag. 1 ; Paus. VII, 21 , l ; Schol. Lucan. Phars. VI, 427 ; voy. Welcker, Gôtterlehre, t. I, p. 357; Bouché-' Leclercq, Op. L, p. *82 et s. - 23 Carapanos, Dodone, p. 56.

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Dionc21, qui s’enrichissait par les dons des particuliers et des États. Les Athéniens, qui furent toujours dévots aux divinités de Dodone, envoyèrent encore aux derniers temps de leur liberté, avec d’autres présents, une magnifique parure pour la statue de Dioné22. A Athènes même on a retrouvé des traces de son culte 23. E. Saguo.

DIONYSIA (Atovûita). — Les Dionysies ou fêtes de Dionysos ont existé dans tous les lieux où le dieu a été honoré, c est-à-dire dans tout le monde grec. On sait que la religion de Dionysos [bacchus], originaire de la Thrace, dont il était une des principales divinités, fut transportée par les tribus méridionales de ce pays dans la région du Parnasse et de 1 Hélicon. De là elle se répandit, d’abord chez les races éoliennes et ioniennes, qui l’admirent plus facilement, puis chez les Achéens et les Doriens, où elle eut à triompher d’une hostilité plus vive. Un travail mystérieux d'association, d’un côté avec Zeus et Apollon, de l’autre avec Déméter et Cora, amena Dionysos à s’établir glorieusement à Delphes même, le grand sanctuaire dorien, puis en Atlique, vers le commencement de la période la plus brillante d’Athènes. Par suite de progrès plus ou moins anciens et de nature diverse, son culte fut en honneur, pendant toute la durée des temps helléniques, dans le Péloponnèse, vers l’est, dans les îles de la mer Égée et sur les côtes de l’Asie Mineure, vers l’ouest, en Sicile et dans le sud de l’Italie, d’où il s’étendit jusqu’en Étrurie et jusqu’à Rome.

Dans la multiplicité des aspects de Dionysos il y en a deux principaux qui

déterminent le caractère de ses fêtes : c’est un dieu des mystères et un dieu de la campagne. Il peut être les deux à la fois, et l'on ne doit jamais oublier ses rapports originels et persistants avec la vigne et avec le vin; mais une preuve que la distinction est très ancienne, c’est que dans Homère le côté agraire est presque complètement effacé, tandis que le seul passage explicite où il soit question de Dionysos le présente au milieu de la célébration d’un culte enthousiaste1. C’est ce culte qui paraît remonter le plus haut; c’est lui surtout que les Thraces semblent avoir apporté du Pangée et de l’Olympe dans l’intérieur de la Grèce.

En Thessalie on ne trouve guère à le signaler que sur un point de l’Achaïe Phthiotique. Diodore2 parle des rites orgiastiques célébrés par les nourrices du dieu sur le mont Drios. Mais en Béotie les fêtes sombres et exaltées de Dionysos se multiplient. À Orchomène se célèbrent les Agrionies [agrionia], fêtes d’un caractère primitivement sauvage et sanguinaire, en rapport avec une légende des

21 Ib. p. 50. — 22 Hyperid. I. I. Voy. les autres textes cités, note 5. — 23 Autel devant le temple d'Athéné Polias, Corp. insc. att. I, 324; siège d'un prêtre au théâtre, Ib. III, 333.

DIONYSIA. 1 IL VI, 132 et s. Cf. XIV, 328, où il parait être fait allusion aux joies du vin; Hesiod. Op. 612. — 2 V, 50. — 3 Quaest. gr. 38; Sympos. VIII, init.

4 Hesych. s. v. — 5 Pausan. IX, 20, 4. — 6 Puus. IX. 8, 1. — 7 Paus. VII, 20, 1. — 8 Aelian. Var. hist. III, 47 ; Porphyr. De abstin. II, 56. Voy. la coupe de la col-

230 — ni O

Fig. 2419. — Mènades célébrant les triétérides.

filles de Minyas analogue à celle d'Agavé et de Penthée. Encore au temps de Plutarque un prêtre poursuivait l’épée à la main les femmes de la race des Minyades et pouvait tuer celle qu’il réussissait à saisir3. Il y avait aussi des Agrionies à Thèbes4, à Argos, et probablement encore dans d’autres villes. Une fête mystique célébrée par les femmes à Tanagre s’en rapprochait8. Des victimes humaines avaient de même été sacrifiées au dieu, au moins à l’origine, à Potniae en Béotie 6, à Patrae7 dans la Péloponnèse, dans les îles de Chios, de Lesbos, de Ténédos, de Crète 8.

Ce sont les triétérides thébaines [triétérides] qui dans les traditions religieuses et littéraires de l’antiquité représentent principalement le culte orgiastique de Dionysos9. Elles se célébraient dans les replis du Cithéron, surtout pendant la nuit, à la clarté des torches. Les femmes seules y prenaient part; couronnées de lierre, revêtues de nébrides, la chevelure flottante, agitant des thyrses et frappant sur des tambours, elles se livraient à des danses et à une agitation furieuse sur la montagne, en invoquant le dieu à grands cris. La poésie et l’art ont souvent traité, en l’embellissant et avec une liberté croissante, un sujet si favorable aux effets plastiques. Dans le bas-relief qui est ici reproduit (fig. 2419) 10 on voit des Ménades dansant; plusieurs d’entre elles tiennent dans leurs mains des couteaux et desanimaux qu’elles ont mis en pièces; celle qui est au milieu dans la gravure parait être l’imitation d’une œuvre célèbre de Scopas11, qui donna à ce type sa plus belle

expression; les autres femmes, dans le basrelief, portent des couronnes et des thyrses et conservent, une certaine gravité dans leur vêtement et leur attitude , qui contraste avec les mouvements désordonnés des bacchantes dans la plupart des scènes semblables représentées par la sculpture et par la peinture [maenades, tiiiasus].

Les actes les plus saints et les plus secrets de ces fêtes enthousiastes s’accomplissaient la nuit12. C’était vers le solstice d’hiver13, pendant les nuits les plus longues et les plus froides de l’année. On y faisait des sacrifices avec des rites particuliers, auxquels servaient divers objets mystiques. Nous ne pouvons déterminer ces différents points avec précision. Indépendamment de l’insuffisance des témoignages, ces cultes mystiques de Dionysos ont varié suivant les lieux et les temps ; ici plus sauvages, là plus adoucis, ils ont subi l’influence des religions voisines ou analogues, par exemple de cybèle, de sabazios, de zagreus, le dieu Cretois adopté par l’orphisme. Ce qui paraît vraisemblable, c’est que ces rites divers se rap-

lection de Luynes, Gaz. arch. 1879, pl. iv et v. — 9 Euripid. Bacch. passim ; cf. Preller, Real. Encycl. II, p. 1064 sqq. — 10 Zoega, Bassirilievi antichi, pl. lxxxiv; cf. ib. xix et lxxxiii; Glarac, Musée de sculpt. pl. 126, n° 118, 135, n° 135. — H U. Millier, Handbuch, § 125, 2; Urlichs, Scopas , p. 60 et s. — 12 Eurip. Bacch. 485; Plut. Quaest. rom. 112; Q. Conu. IV, 6, 10 et VI, 7, 2; Serv. Ad Acn. IV, 303. — 13 Ovid. Fast. I, 393; Hermann, De anno delphico , p. 7 ; Petersen, dans le Philologus , XV, p. 77 ; A. Mommsen, Dclphika , p. 263 et s.

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portaient à deux idées mystiques principales, qui ellesmêmes relevaient d’une idée commune. Dionysos était considéré comme le dieu de la nature, de la végétation, pendant sa période annuelle de mort, c’est-à-dire pendant l’hiver : il la représentait dans sa souffrance et dans sa mort, il mourait, il disparaissait lui-même. Les rites étaient en partie la reproduction des différentes légendes. Le récit le plus explicite est donné par un écrivain chrétien du iv° siècle, Julius Firmicus Maternus u. 11 est intéressant d’y voir combien la mythologie orphique avait pénétré dans les triétérides crétoises. On y représentait la mort de Bacchus enfant. On arrachait avec les dents la chair d’un taureau vivant; on remplissait de lamentations furieuses la solitude des forêts; on portait en procession la ciste où Pallas avait caché le cœur de son frcre déchiré par les Titans; on imitait avec le son des llùtes et des cymbales celui des jouets qui leur avait servi à tromperie jeune dieu. Le Dionysos thébain d’Euripide déchire des boucs et mange leur chair crue 16. C’est l’omophagie telle que nous la montre la peinture d’un vase de l’ancienne collection Blacas, actuellement au Musée Britannique (fig. 2420) 1C. On y voit Dionysos, debout devant un autel,

tenant dans ses deux mains les morceaux d’un faon lacéré ; il est entouré de Satyres et de Ménades.

11 y a à distinguer les traditions barbares ou mythologiques, conservées dans certaines contrées ou recueillies par les poètes, des rites imitatifs accomplis aux temps historiques dans la Grèce civilisée. Cependant les transports faisaient réellement partie de toutes ces fêtes. Les femmes, à qui la célébration en était exclusivement confiée, étaient les Bacchantes, héritières des anciennes Ménades, les Thyiades , comme on les nommait à Delphes, les Lénées, nom d’origine arcadienne; mots qui expriment tous clairement, sauf le dernier, le caractère d’emportement violent et d’enthousiasme du culte qu’elles rendaient. Le dieu luimême, auquel s'adressent leurs invocations passionnées, c’est Bacchos, Baccheus, Baccheios, Bacchios, c’est-à-dire le dieu des transports. Plusieurs points importants paraissent bien établis, surtout par les études de A. Rapp17. Au moins dans la Grèce propre, dont il faut distinguer la Macédoine et l’Epire, les Thyiades étaient en nombre restreint, désignées dans les différentes villes pour cet emploi, réunies en collège ou formant une théorie d’où les vierges étaient exclues; enfin, d’après les témoignages historiques qu'il

faut bien séparer des fictions de la poésie et de l’art, l’enthousiasme des Bacchantes était beaucoup plus réglé qu’on ne le suppose communément. Les Bacchantes en Macédoine s’appelaient Clodones et Mimallones , en Thrace Bassarides. Chez elles la fureur bachique atteignait le dernier degré. Au témoignage de Plutarque ,8, toutes les femmes de ces pays en étaient possédées, et Olympias, la mère d’Alexandre, se distinguait entre toutes par sa passion. Au milieu des évolutions des thiases qu’elle organisait, on voyait sortir du lierre et des vans mystiques de grands serpents apprivoisés qui s’enroulaient autour des thyrses et des couronnes.

Dans la Grèce propre, avec les triétérides thébaines, les plus célèbres étaient celles de Delphes. Elles ont été souvent chantées par les poètes19. La troupe des Thyiades, composée de femmes d’Athènes et de Delphes, parcourait avec des torches la région du Parnasse voisine de la grotte Corycienne, souvent dans la neige, pendant les nuits glacées d’hiver. Elles appelaient à grands cris Bacchus enfant, porté dans le van mystique, et elles imploraient son réveil 20, c’est-à-dire le réveil de la nature endormie et morte. A Delphes même, le collège des Purs ( Oatoi) offrait un sacrifice au tombeau de Bacchus, qui

était dans le temple d’Apollon. A ce moment, sans doute, retentissait le dithyrambe, le chant de Dionysos, qui dans ce partage du culte entre les deux divinités remplaçait, nous dit-on21, le péan pendant les trois mois d’hiver [dithyrambus].

Les triétérides dionysiaques étaient célébrées dans beaucoup de villes grecques 22. Il semble naturel de supposer quelles existaient partout où un culte enthousiaste et sombre du dieu nous est indiqué par des rites et par des noms particuliers. Ainsi, pour le Péloponnèse, les noms de Baccheios à Sicyone et à Corinthe, de Nyctélios à Mégare, de Mélanaigis à Ilermione, sous lesquels Dionysos était honoré, sont par eux-mêmes significatifs. 11 en est de même de la fête très importante des Thyia en Élide, où les lemmes appelaient le dieu-taureau qui précipite sa marche furieuse-3, de la fête nommée Skiéria qui se célébrait à Aléa, en Arcadie, et qui comprenait parmi ses rites une flagellation de femmes 2\ de la fête nocturne célébrée à l’aliène, en Achaïe, en l’honneur de Dionysos Lampter 25. Argos, qui était, avec l’Élide, le principal siège du culte enthousiaste de Bacchus dans le Péloponnèse, célébrait des agrionies, où la légende remplaçait les trois Minyades d Orchomène par les trois Proetides et attribuait au devin

1,f De error. prof. rel. ap. Lobeck, Aglaoph. p. 570. — IB Bacch. 137. — - 16 Panofka, Musée Blacas , pl. xm. — 17 Dans le Philologus , 1872, p. 1, 562 et s. Voy. aussi Weniger, Collegium der Thyiaden , Eisenack, 1876, et A. Mommsen, Delphi/ca, p. 264 et s. — 18 Alex. c. 2. — 19 Soplï. Antig. 1126; Gurip. lphig. Taur. 1243; Phoen. 233; Ion , 714, 1123; Bacch. 306, etc.; cf.

\°'gt dans Roscher, Lexikon der Mylh., art. Dionysos, p. 1043. - 20 Plut Is

21° Pl *aî\De Bacc'l0J Do'‘n- 1865; Weniger, Collegium der Thyiaden.

- Plut. Et ap. Delph. - 22 Diod. IV, 3. 23 Paus. V, 16, 5; VI, 26, 1 • Ilut. Qu, gr , 36 ; cf. Welcker, Gôlterlehre, II, p. 593. - 24 PaU3. VIII, 23, l!

— 2o paus. VU, 27, 1. ’ ' *

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Mélampus un rule capital. La même ville consacrait encore à Dionysos deux autres fêtes qui paraissent avoir été orgiasliques. L une, à 1 embouchure de l’Érasinus, portait le nom caractéristique de Tyrbé 26 ; l’autre, près de Lerne, marquait fortement dans ses rites et ses symboles, dans des mystères où se trouve aussi la trace des rapports du dieu avec la grande déesse d’Éleusis27, le caractère de Bacchus, considéré comme dieu de la vie animale et végétale. C’est ce qu’exprimaient des rites phalliques en rapport avec l’obscène légende de Prosymnos et un genre particulier d’invocation adressé à Dionysos Bougénès. Les Argiens 1 appelaient au son des trompettes; ils l’invitaient a sortir des marais de Lerne, des eaux sans fond, où ils avaient précipité une brebis noire pour fléchir Hadès Pylaochos, le gardien de la porte des enfers 2S. Sparte ellemême admit le culte orgiastique de Bacchus, si l’on en croit le témoignage de Virgile29, et le Taygète vit les transports des vierges lacédémoniennes.

On ne peut oublier dans la liste des fêtes dionysiaques celles qui se célébraient à Delphes tous les neuf ans et qui portaient les noms d’iiÉROïs et de charila 30. Peut-être faudrait-il y joindre les haloa, célébrées à Éleusis et probablement ailleurs, qui, d’après A. Mommsen, avaient trait à la seconde naissance de Bacchus. Ce savant pense même’1 que ce nom a été communément donné enAltique, et par extension dans d’autres pays grecs, aux triétérides.

Toutes ces fêtes étaient des formes mystiques des Dionysies. Les énumérer toutes, si nous étions en état de le (aire, ce serait suivre dans une grande partie de son développement la religion de Bacchus. On les retrouverait dans les îles de la mer Égée, où partout la culture de la vigne était florissante; particulièrement à Naxos, grand centre dionysiaque, célèbre par la légende d’Ariane, une des patries prétendues du dithyrambe, où l’on mentionne une statue de Dionysos Baccheus en bois de vigne ”, et à Rhodes, où Dionysos Thyonidas était honoré avec des rites phalliques dans des fêtes brillantes”. En Asie Mineure elles s’unirent avec les cultes mystiques de Mysie, de Bithynie, de Phrygie et de Lydie.

De même, dans l’ouest, le culte mystique de Dionysos dut se propager en suivant le mouvement de la colonisation. Il pénétra ainsi à Corcyre, en Sicile, dans l’Italie méridionale, en Campanie, en Étrurie, et jusqu’à Borne, où ses excès furent réprimés par le sénatus-consulte sur les Bacchanales rendu en l'année 186 av. J.-C. [bacchanalia].

Aux fêtes enthousiastes de Dionysos Baccheios se liait et s’opposait à la fois le culte de Dionysos Lysios, le dieu qui délivre, soulage et calme. Ce nom, qu’on a quelquefois entendu dans un sens politique ou moral n, avait une signification religieuse : il exprimait la délivrance de la fureur dionysiaque, l’apaisement des âmes qui en étaient possédées. A Thèbes, le temple de Dionysos Lysios, élevé près des portes Proetides, ne s’ouvrait qu’une fois par an”. De Thèbes, son culte s’était transporté à Phlionte, à Sicyone, où il donnait lieu à une procession nocturne”, et à Corinthe. Le même sens paraît devoir être attribué aux noms Meiliehios à Naxos, Sautés à Trézène et à Lerne, Êleu-

t hère us à Eleuthères, Èleuthéros à Platée et Épéleutkéros a Naupacte. La légende du Dionysos Éleuthéreus, c’est-àdire simplement du Dionysos d’Éleuthères, est significative. Le dieu apparaît revêtu d’une peau de chèvre noire (Mélanaigis) aux filles d’Éleuther ’7. Elles se moquent de ce costume et il les punit en les livrant à un égarement qui ne prend fin que lorsque leur père, obéissant à un oracle d’Apollon, a fait accepter le culte de Dionysos Mélanaigis et accompli des rites de purification. Bacchus apaise donc, par le ministère de son prêtre, les transports furieux qu’il a excités. Éleuthères, situé dans un défilé du Cithéron, était le siège d’un culte enthousiaste de Dionysos, où le symbole phallique était admis”, et qui se terminait sans doute par une cérémonie de purification dans le sanctuaire du dieu libérateur. Ce culte de Dionysos Éleuthéreus mérite une attention particulière à cause de ses rapports avec le théâtre athénien à son origine.

Dionysos, dieu de la vie, préside à la végétation; il est particulièrement le dieu de la vigne et du vin. Cette conception entra pour beaucoup dans la pensée et dans les rites de ses fêtes orgiastiques ; mais il était naturel qu’elle eût son expression particulière dans des fêtes agraires, nullement sombres, au contraire joyeuses, en rapport avec la culture de la vigne et la fabrication du vin. Ces fêtes, célébrées à la campagne, pénétrèrent aussi dans les villes. 11 y avait des fêtes du vin, nommées Théodaisia ”, à Mitylène; on y distribuait du vin dans un banquet. 11 y en avait à Andros, où le vin coulait d’une source merveilleuse 40, à Cyrène 41, en Crète 42. La dorienne mais voluptueuse Tarente était, nous dit Platon4’, tout entière ivre pendant les Dionysies. A Mycone, une inscription44 prescrit pour le douzième jour du mois Lénaeon un sacrifice à Dionysos Lénéen. La fêle argienne appelée Tyrbé, qui a été mentionnée plus haut comme ayant peut-être un caractère orgiastique, justifierait encore mieux son nom, si on l’expliquait par le bruit et les danses folles de ceux qui célébraient la fête du vin45.

La partie la plus caractéristique de ces fêles, rurales ou urbaines, qui avaient lieu dans presque toute la Grèce, consistait en phallophories, c’est-à-dire en processions où 1 on portait le phallus, symbole de la force productrice.

A la campagne, le cortège joyeux, formé des et

réunissant toute la famille, hommes et femmes, maîtres et

20 Paus. II, 24, 6. — 21 Paus. II, 37, 2; Kaibel, Epigr. 821, 822; ci. Keil, P/iilol. Supplern. 2, p. 588; Pollux, IV, 104; Athen. XIV, p. 618 c. — 28 Plut. Qu. conv. 4, 6; Is. Os. 35 et 36; Schol. Pind. 01. 7, 60; Poil. IV, 86. — 29 Georg. II, 486; cf. Paus. III, 20, 3. — 36 Plutarch. Qu. gr. XII. — 31 Dclphica, p. 275. — 32 Athen. III, 14. — 33 Hesvch. s. v. — 3'* Voy. Welcker, Nachtr. zu Aeschyl. Trilogie , p. 195, n° 40, et Griech. Gotterlehre, II, 578; Voigt, dans Lexik. d. Mythol. de Roscher, p. 1062. — 35 Paus. IX, 16, 6. — 36 Paus. II, 7, 6. — 37 Suidas, s. v. Aié-

vu <tov; Hygiu. Fub. 228; 0. Ribbeck, Anfunge und Entwickslung des Dionysos cultus in Atlica , p. 9. — 38 Schol. Aristoph. Ach. 243. — 39 Voy. une inscription dans le Ballet, de corresp. hellén. IV, p. 424, 426. — 40 Piju. II, 23, 1 ; cf. 31, 13; Paus. VI, 26, 1. — - 41 Hesych. s. v. OeoSalaiog Aiâvuoo; ; Suidas, ’AffxuÆpôjAta. — 42 Corp. iriser, gr. n° 2554. 43 Plat. Legg. I, 637 b. — 44 Dittenberger, Sylloge

inscript. n° 373. — 45 Poil. IV, 104: xupSaffia... opÿrïjjAa Æi0upa|Ji6ixdv ; Athen. XIV, p. 618 c . ffu.vvoijpoq TûpSa; est le nom d’un Satyre, Mon. delV Inst. Il, pi. xxxviii.

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esclaves ''S s’avancait vers l’autel ou le temple de Dionysos (fig. 2421). Des jeunes filles [canépiiohae] portaient sur leur tète dans des corbeilles les ustensiles du sacrifice et des gâteaux pour les offrandes; on apportait aussi des vases pleins de vin, des paniers de figues, des pommes; on conduisait la victime, un bouc. La marche était accompagnée par les chants phalliques en l’honneur de Phalès, le gai et licencieux compagnon de Dionysos, personnification du phallus. Il faut se figurer, en outre, des bouffonneries de toute sorte, favorisées par des déguisements et des costumes, des plaisanteries tirées de la fêle, des échanges de railleries entre les acteurs et les spectateurs. Ainsi était reproduit d’une manière grotesque le thiase de la mythologie [thiasus], c'est-à-dire la troupe des suivants de Bacchus, satyres, ménades, etc. (fig. 2422) 41. Il ne faut pas

douter que les sujets bachiques représentés sur un si grand nombre de monuments, où l’on voit des satyres, des silènes, des nymphes, des ménades, etc., ne rappellent ce qui se passait en réalité dans les Dionysies. Les auteurs nous apprennent que ceux qui prenaient part aux fêtes revêtaient tous ces déguisements 48. Ces bouffonneries grossières, phallophories, danses et chants licencieux, n’ont jamais cessé de faire partie du culte attique dont elles sont une partie essentielle 49. Après le banquet, suite naturelle du sacrifice, le cortège revenait, excité par le vin, plus hardi et plus agressif. C’était proprement le cômos. Les phallophories pénétrèrent dans les villes. Elles existaient dans un grand nombre d’entre elles au temps d’Aristote 60.

C’est d’un développement des chants phalliques et du cômos, suscité par la licence d’une révolution démocratique vers la 45e olympiade, que naquirent à Mégare les premières ébauches de la comédie grecque61. Susarion passait pour les avoir transportées vers la 50e olympiade dans le dème attique d’Icaria [comoedia].

Une autre ville dorienne, Sicyone, était célèbre par l’éclat de ses phallophories. Un témoignage explicite62 les montre en possession du théâtre au me siècle, dans un temps où le drame avait achevé son développement. On y voit décrit le costume des phallophories et des ithyphalles avec la marche de la fête ; on y trouve des chants traditionnels, et le souvenir du Tôthasmos , c’est-à-dire de ces apostrophes mordantes et souvent obscènes adressées aux

40 Herodot. Il, 4S, 49; Harpocr. p. 143; Plut. De cupid. dioit. 8; Aristoph. Ach. v. 241 sqq. La peiuture d’où est tirée la fig, 2421 décore une amphore du musée de Munich (O. Jaliu, Beschreibung , n° 77 ; Micali, Monum. ined. Flor. 1844, pl. xLiv, 1). Dans l'original, que ne reproduit pas en entier la planche de Micali, on voit, outre le bélier, un bouc destiné an sacrifice, et un autel près duquel uue femme est debout. — 47 Gerhard, Antike Bïldwerke, pl. lxxii. — 43 Plat0, Leg. VII, 815 c; Diodor. IV, p. 147, 148; Philostr. Vit. Apoll. IX, 21; Lucian

spectateurs, dont l’ancienne comédie attique avait conservé aussi la tradition.

Sicyone n’avait pas obtenu une moindre célébrité par l’importance qu’y avait prise dans les l'êtes de Bacchus le dithyrambe, le chant particulièrement consacré à ce dieu [ditiiyrambus, tiîagüedia]. Hérodote 66 nous fait connaître à la fois le caractère dramatique que le dithyrambe avait déjà avant la tyrannie de Clisthène au vie siècle, et la passion qu’excitaient ces sortes de représentations, qui formaient sans doute dès ce temps la partie principale de la fête. II nous apprend aussi que le dieu admit au partage de son culte un héros, d’abord Adraste l’argien, puis le thébain Mélanippos. Enfin Hérodote désigne les choeurs cycliques du dithyrambe par le nom de tragiques, qui nous reporte en même temps au dithyrambe d’Arion et à la tragédie. Avec Sicyone, il faut rappeler, comme sièges de fêtes brillantes où l’on chantait des dithyrambes, Naxos, Thèbes, Corinthe, qui se disputaient l’honneur d’avoir inventé ce genre de poésie. A Corinthe avaient été exécutés les dithyrambes d’Arion ; au nom de cette ville il est naturel de joindre celui de Phlionte, qui lui était unie ainsi qu’à Sicyone par le rapport des cultes dionysiaques et qui fut la patrie de Pratinas, célèbre par ses drames satyriques.

Dionysies attiques. De toutes les fêtes de Dionysos, les plus importantes, de beaucoup, furent les fêtes athéniennes. Leur développement coïncide avec celui de la puissance d’Athènes; elles furent le témoignage le plus éclatant de sa prospérité et de sa grandeur politique, et c’est grâce à elles que les œuvres qui ont fait sa gloire poétique purent se produire.

Cependant le dieu ne fut pas admis de bonne heure dans la cité, et il dut se contenter, pendant longtemps, des humbles fêtes de la campagne. Les dèmes de la Diacrie, particulièrement favorables à la culture de la vigne et voisins de la Béotie (Sémachidae, Icaria, Phlya, Oenoé, Marathon, etc.), reçurent d’abord le nouveau culte et se distinguèrent, surtout les deux premiers, par leurs fêtes. Une légende6* qui fait de Sémachos l’hôte de Dionysos, sous le règne d’Amphictyon, et où le dieu fait cadeau de la nébride aux filles de celui-ci, qui deviennent les prêtresses du nouveau culte, autorise à penser que les triétérides orgiastiques pénétrèrent très anciennement dans le dème de Sémachidae. Sans doute aussi ce dème fournit un contingent à la troupe des thyiades athéniennes envoyées au Parnasse.

Icaria avait une légende analogue à celle de Sémachidae66. De même, dans une très haute antiquité, sous le règne de Pandion, Dionysos, arrivant en Attique, avait pour hôte l’éponyme du dème, Icarios, et reconnaissait son hospitalité par un présent. De même aussi à ce présent est attachée l’idée de rites et de fureurs orgiastiques. Le meurtre d’Icarios par les bergers ivres, la mort d’Érigone qui cherche son père et se pend de désespoir quand la chienne Maira lui a montré le cadavre, l’égarement des jeunes filles qui vont elles-mêmes se pendre dans le bois, enfin le sacrifice et la fête expiatoire prescrits par l’oracle d’Apollon, tous ces détails de la légende éveillent l’idée de cultes analogues à ceux de Dionysos Baccheus et de Dio-

De sait. 79. - 43 Corp. inser. attic. I, 31; II, 321; Ditteaberger, Sylloge mser. 12; et. Pollux, IV, 100; Heraclit. Fragm. 127. — 50 Poet. IV. — 51 Aristot. Poel. III; Plu!. Quaest. gr. p. 293 d. — 52 Sem. Del. apud Athen. XIV, 10. — 53 V, 07. — 54 Philochorus apud Steph. Byz. SWaZlSou et apud Kuseb. CUr. p. 30.-53 Hesych. s. v. I, p. 180; Apollodor. III, 14,7; Eratosth. ap. Schol.

niai. XXII, 29; Nonn. Dionys. XLV1I, 34-264; cf. Osanu iu Ver A. d. Casseler Philologenaereins, 1843, p. 17 siq.

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