‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 3)Chapitre 34 sur 111 · DI · texte numérisé non relu

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contribué aussi à l’organisation des Apaturies [apatuiua.] i

Son admission complète était la pensée fondamentale de l’autre grande cérémonie de la fête des Choës, le mariage de Dionysos'10. Bien qu’ici en particulier il ne soit pas facile de retrouver et de distinguer les éléments primitifs et les conceptions diverses, il est clair que l’on fêtait surtout la réception solennelle du dieu dans la cité.

L antique statue en bois (Ijôtxvov) de Dionysos Éleuthéreus était tirée du vieux temple de Limnae et transportée dans un petit temple du Céramique extérieur. C’est de là qu’elle partait pour faire son entrée dans la ville et revenir au temple de Limnae, où elle était censée être introduite pour la première fois. Elle s’avançait en grande pompe, suivant les rites de la cérémonie nuptiale, portée sur un char, accompagnée d’un brillant cortège. A côté d’elle était assise la femme de l’archonte-roi, qui figurait l’épouse.

Que représentait la femme de l’archonte-roi, la reine? Sans doute la cité. Sous le régime démocratique, l’archonte -roi, par une sorte d’héritage de la monarchie, présidait à certaines cérémonies religieuses traditionnelles et les accomplissait au nom de l'Etat. C’était aussi au nom de l’Etat que la reine accomplissait les rites des Anthestéries; l’auteur du discours contre Néère le répète avec insistance1". Personnifiant la ville et le pays, elle s’unissait au dieu de la fertilité, au dieu du vin, au dieu éleuthérien qui agite et calme les âmes. C’est la forme du contrat qu’Athènes conclut avec Dionysos pour l’année qui se renouvelle.

Les explications mythologiques doivent être rejetées ou mises tout à fait en seconde ligne. On a supposé que la reine représentait Ariane 112 ; ce qui ne paraît pas admissible. O. Müller 113 pense que l’épouse de Dionysos est Coré, remontant du monde infernal et ranimant la nature. On ne peut affirmer que cette conception soit complètement étrangère aux Anthestéries. L’union des deux divinités de la végétation à la fête du printemps parait en soi une idée naturelle, et nous savons que Dionysos avait un rôle dans les mystères d’Agrae, dont la célébration était très voisine de celle des Anthestéries et dont la tille de Déméter était la déesse principale. Cependant ce qui paraît dominer dans la partie symbolique et mystérieuse des Anthestéries, organisées comme elles l’ont été sans doute vers la fin du vic siècle et le commencement du vc, c’est la théogonie orphique, où Perséphoné est, non pas l’épouse, mais la mère de Dionysos-Zagreus, comme A. Mommsen l’a remarqué. Un témoignage nous apprend qu’à l’époque impériale, il est vrai, la récitation des poèmes orphiques accompagnait au théâtre des danseurs qui représentaient des Heures, des Nymphes, des Bacchantes. Mais l’orphisme paraît dans les rites principaux qui sont accomplis, aux meilleurs temps d’Athènes, par la reine et par les Gérares (yspapaî). Ce dernier nom désigne quatorze femmes qui assistent la reine dans ses fonctions religieuses. Elles ont été choisies par l’archonte-roi "5. La reine, avec le ministère du héraut sacré, leur fait prêter dans le vieux temple de Limnae un serment dont la formule est conservée sur une antique stèle qui se dresse près de l’autel. La main

HO Hesych. Atovùeeu yà|Ao; ; Demosth. C. Ncaer. 110; Pausan. I, 20, 2; 0. Jahn, Annal, de VInst. 1862, p. 73. — m 73,75. Voir pour les autres détails, 73-70, 110.

— 112 Voir K. F. Hermann, Gottesdienst. AlterthÜmer , 58, 13. — H3 Allgcni.-Eneycl . 1, 33, p. 200 ; Etrüskcr , II, p. 100, éd. Deecke ; Gerhard, Ueber die Anlhesterien , in Abhandlung. der Berlin. Ahad.emie, 1858, p. 169 ; mais cf. Strubc, Bilder/creise von Eleusis, p. 64 et s.; Mommsen, Ileortologie, p. 359; Voigt dans le Lexikon de Roscher, p. 1073. — l*4 Philostr. Vitu Apollon. IV, 21. — nsPollux

sur la corbeille qui lui servira pour les offrandes, chacune jure qu’elle est pure et chaste et s’engage à célébrer, selon la coutume des ancêtres, régulièrement aux temps fixés, les Théognies et les Inbacchies, c’est-à-dire les rites qui se rapportent à la seconde naissance et à la glorification de Bacchus dans la fête de Zeus en Maimactérion et dans les grands mystères116. Aux Anthestéries, les Gérares accomplissent avec la reine des cérémonies mystérieuses dans l’intérieur du temple, qui ne s’ouvre dans toute l’année que pendant cette fête; elles en accomplissent aussi d'autres au dehors, qui se rapportent, comme les premières, à la mort de Bacchus : elles sacrifient à quatorze autels, dressés sans doute en souvenir des quatorze morceaux du corps de Zagreus que s’étaient partagés, en le déchirant, les sept Titans et leurs sept sœurs in. Ces cérémonies extérieures, et sans doute aussi celles de l’intérieur du temple, avaient lieu le 13 Anthestérion, dernier jour de la fête, jour des Chytres.

Les chytres devaient leurs noms à une espèce de vase de terre, analogue à nos marmites [ctiytra], qui servait à la cuisson des aliments. Elles succédaient immédiatement au banquet du jour précédent, qui probablement avait lieu le soir. Aristophane parle du cômos aviné des saintes Chytres1'* : ce cômos servait sans doute de conclusion au banquet, qui se prolongeait pendant toute la nuit. Mais les Chytres avaient surtout un caractère funèbre. Suivant la légende inventée pour expliquer le nom de la fête et le rite caractéristique"3, après le déluge de Deucalion, les survivants avaient offert à Hermès infernal le reste de leurs provisions cuit dans un vase de terre (yurpa). De là l’usage, au jour anniversaire, de faire cuire dans des marmites des semences de toute sorte, qu’on offrait exclusivement à Hermès infernal et à Dionysos et dont personne ne goûtait. Ce rite, accompli dans toutes les maisons, se complétait par I’iiydropiioria, fête funèbre en l’honneur des victimes du déluge 12°. C'était sans doute particulièrement ce jour-là qu’on croyait que les âmes des morts remontaient des enfers 121 .

En outre on élevait quatorze autels : c’était la cérémonie appelée Hidrysis (iSpuaiç) 122, et les Gérares y offraient à Dionysos les sacrifices funèbres dont il a été déjà question. Elles étaient elles-mêmes quatorze et représentaient les sept Titans et les sept Titanides qui avaient surpris et déchiré Bacchus enfant. Ainsi Dionysos avait remplacé les morts en général et les puissances infernales qui présidaient à la fois à la paix des morts et à la fécondité de la terre; c’était sa mort qu’on pleurait, etc’était la théologie orphique qui était mise en action dans les cérémonies du culte. Le jour des Chytres, avait aussi lieu ce qu’on appelait le Périschoinisma (mpKryylviayx) : on entourait d'une corde les temples, qui restaient fermés. C’était, paraît-il 123, la coutume pour les jours néfastes. Elle devait s’étendre aux trois jours des Anthestéries ,2i.

Les détails manquent pour reconstituer complètement et suivant l’ordre des cérémonies la fête des Chytres. On voit parle ton de la lettre de Ménandre dans Alciphron 125 et par certaines expressions que l’on rencontre ailleurs 12G,

VIII, 108. — 116 A. Mommsen, Heart. 359 **, 318 et s.; mais cf. Ici. Delphi Ica f p. 2G5 et s. — H7 Lobeck, Ar/laoph. 557, 505; Mommsen, Heort. 373. — H8 Ban. 218. — H9 Theopomp. apud Schol. Aristoph. Ban. 218; Acharn. 1076. — 120 Etym. magn. p. 774; Flut. Syll. 14; À. Mommsen, p. 365. — 121 Hesych. II, p. 600. Cf. Photius, I, p. 286, éd. Naber. — 122 Alciphr. II, 3, 11. — 123 Pollux, VIII, 141. — 12V Hesych. I. I. — 12o Alciphr. I. I. — 126 Athcn. IV, 5, p. 130 e ; Aelian De nat. anirn. IV, 43.

que c’était une fête solennelle, où il y avait beaucoup pour le spectacle, et qui intéressait vivement les Athéniens. Les thesmothètes y figuraient couronnés de lierre127. Y exécutait-on des dithyrambes? Cette opinion a été soutenue128; mais elle ne s’appuie sur aucune preuve. Le texte d’Aristophane 129 qui est invoqué comme argument mentionne un cûmos et non un dithyrambe. La discussion est plus autorisée au sujet des concours des Chytres (yuTptvot «xY^veç) , dont il est question dans Philochorus 130 et dans l’auteur de la Vie des dix orateurs 131. Il est dit par ce dernier que Lycurgue fit rétablir par une loi le concours au sujet des comédiens, qui était tombé en désuétude (tov T.sfi twv xcoumowv «ywva). Le mot grec xwgwîô; signifie aussi poète comique, et, comme l’auteur ajoute que les concours avaient lieu dans le théâtre, on en a conclu qu'il s’agissait de représentations de comédies. Une phrase dans Diogène de Laërte 132 attribue aux Chytres et aux Panathénées des représentations dramatiques; mais elle est généralement considérée comme apocryphe. En réalité il s'agit d’un concours entre des acteurs comiques 1 Il semble, d’après les derniers mots de la phrase de la vie de Lycurgue, qui sont très obscurs, que les vainqueurs étaient désignés pour prendre part aux représentations des Grandes Dionysies, qui avaient heu le mois suivant. Celte dernière fête, il est vrai, est d’origine plus récente (pie les Anthestéries ; mais il résulterait seulement de cette observation que le concours entre les acteurs comiques n’avait pas existé primitivement, et qu’on l'aurait institué au temps où la comédie devint florissante. Un fait mentionné par Pollux 131 paraît se rapporter à ce genre de lutte préliminaire.

Comme il a été indiqué plus haut, le Bacchus des Chytres était en relation avec les Petits Mystères, les mystères d’Agrae [eleusinia] qui se célébraient dans le mois Anlhestérion133 et fêtaient le retour de Coré sur la terre. Un auteur136 appelle les Petits Mystères « une représentation de la destinée de Bacchus ». Sans doute il s’agissait de sa seconde génération. Neuf mois après, le 20 Maimactérion, aux fêles mystérieuses de Zeus Maimactès, sa seconde naissance avait eu lieu, le vin doux s’était déjà transformé par la fermentation, les souffrances du dieu avaient pris fin, et bientôt allaient venir les réjouissances des Dionysies rurales.

Les Anthestéries, fêle nationale attique et ionienne, se célébraient sur plusieurs points occupés par les Ioniens ou soumis à l'influence athénienne. L’existence en est attestée à Téos, à Cyzique, à Marseille. Thémistocle institua à Magnésie un sacrifice en l'honneur de Dionysos Lhoopotès et la célébration de la fête des Choës137. Un banquet analogue, à celui des Choës fut magnifiquement organisé à Alexandrie, par la reine Arsinoé, sous le règne de Ptolémée Philadelphe l3S.

Lénéennes (Arjvata). — Les Lénéennes, par leur origine et par leur nature, paraissent avoir été en rapport étroit

Alcîphr. I. I. — 128 G. M. Schmidt, Diatribe in dithymmbum , p. 200 sqq. V. Leufsçh in Philol. XI, p. 733; A. Mommsen, ITeort . p. 368. — 123 Ban. 203 sqq. — 130 Apud Schol. Aristoph. Ban. 218. — 131 P. 811. — 132 III, 56.

— 133 Boeckh, De discrim. Len. 21 ; K. Fr. Hermann, Gottesd. Alt. 58, 6 ; A. Mommsen, Hcort. p. 3GS ; Rohdc, Scaenica , in Rhein. Mus. XXV 111, p. 287, pense que l’idée d'un concours d’acteurs tragiques n’a rien d’invraisemblable. — 13'* IV, 8S.

— 135 A. Mommsen, ffeort. p. 373 sqq. — 136 Steph. Bvz. p. 10, s. v. "Ay^a.

— 137 Possis ap. Athen. XII. 45, p. 533 d. — 138 Atlien. VII, 2, p. 276 c. — 133 Vom Unterschiede der Attischen Lenüen, Antheslerien nnd lundlichcn Dionysien.

— 140 Rinck, Rel. II, p. 82 sqq. — 141 Frilzsche, De Lenaeis. — 1*2 O. Gilbert, Die Festzeit der Attischen Dionysien, Gotting, 1872. — 143 Bekker, Anecd. gr.

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