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avec les Dionysies de la campagne. Elles en furent a la fois un développement et une conclusion. Après que les fêtes locales du vin avaient eu lieu dans les dèmes, une fête générale réunissait dans le Lénaeon les habitants de la campagne à ceux de la ville. On a vu que quelquesunes de ces fêtes particulières des dèmes avaient une légende : les Lénéennes, d’institution plus récente, n en avaient pas; mais il importe de constater qu elles a\ aient conservé le double caractère de ces fêtes, où la gaieté, qui dominait dans toutes, admettait, au moins dans certaines, un élément enthousiaste et pathétique.
Les Lénéennes formaient une fête distincte de toutes les autres où l’on honorait Bacchus. C’est ce qui a été bien élabli par Boeckh135. On ne doit les confondre ni avec les Anthestéries 140 ni même avec les Dionysies champêtres1 •’ ; on ne doit pas non plus les faire entrer dans un système qui réunirait les Dionysies champêtres, les Lénéennes et les Anthestéries *42. Tandis que les Dionysies champêtres se célébraient au mois de Posidéon, les Lénéennes avaient lieu en Gamélion 143, vers le solstice d’hiver. La date du mois est incertaine. Elles commençaient probablement le 20, suivant l’opinion de Boeckh. Le 19 avait lieu une cérémonie qui consistait à couronner de lierre l’image de Dionysos (xrrrâxjetç Aiovuuo’j) 1U, et qu il est naturel de rapprocher de la fête. De même le 20 Boédromion, dans les Éleusinies, était le jour consacré à Bacchus. Il est vrai qu’une inscription 146 mentionne au 21 Gamélion une vente publique qui coïnciderait avec les représentations dramatiques des Lénéennes. Mais, d’après d’autres inscriptions146, des séances du Conseil et de l’Assemblée auraient coïncidé avec les dates préférées par A. Mommsen, soit 8-13, soit 11-14, et la difficulté ne paraît pas moindre.
Nous sommes encore moins renseignés sur l’origine des Lénéennes que sur leur date. D’un mot d’Apollodore conservé dans Étienne de Byzance 147, on devrait conclure qu’il y avait un dème des Lénéens. Les Lénéennes auraient donc été primitivement la fête particulière des Lénéens. Mais T existence de ce dème est plus que douteuse. Les Lénéennes signifient la fête célébrée dans le Lénaeon, comme le prouvent les locutions que Ton rencontre souvent : Aiovucuwv twv lui Aïpnuw; ô twv Atovun'wv ccywv ô ett! Aï)va'w Xeyôg.Evo; ; liù Ayvxi'w oywv ; lut Ayv-xfw 148. Le Lénaeon était, nous dit-on149, une grande enceinte; elle faisait partie de Limnae, quartier primitivement suburbain, où était le plus ancien temple de Dionysos, et rentrait dans le domaine du dieu.
D’où vient le nom de Lénaeon? L’explication la plus répandue130, celle qui paraît avoir eu cours dans l’antiquité classique, le fait venir du mot qui signifie pressoir (î.vjvdç) 1 61 . Dionysos Lénaeos est considéré généralement comme dieu du pressoir ; c’est ainsi que l'entendait Virgile dans l’invocation qui commence la seconde Géorgique : « Hue pater, o Lenaee,... » et où il s’agit des vendanges. Line scholie des Acharniens (v. 202) indique, comme ori-
p. 235, 6; Hesych. v. Atjvouwv; Proclus ad Ilesiod. Op. v. 502. Preller (R. Eue. p. 1059), s’appuyant sur Proclus, pense que le mois Gamélion s’était appelé d’abord Lénaeon comme chez les Ioniens. Il est combattu par A. Mommsen, Hcort. p. 47. — 144 Corp. inscr. n° 523. — 145 Rangabé, I,p. 395, n° 348 (= Coip. inscr. attic ., I, n° 274). — 146 Corp. inscr. I, nos 124, 105, et d’autres. Voir toute la discussion dans A. Mommsen, Heortol. p. 334-337. — 147 s. v. Aqvaio; — 143 Corp. inscr. att. II 714; Schol. ad Arist. Ach. 504; Etym. Magn. p. 361, 69; Hesych. s. v. Atjvcr.cj ày »Jv; Schol. ad Aesch. De fais. leg. § 15. Voir Alb. Müller, Die griech. Bühnenalt. p. 3 18, n° G. — 143 Hesych. /. I. ; Pliot. 5. v. AVjvaiov. — 139 Gerhard, MythoL § 465 ; Welcker, Gôtterl. II, 648 ; III, 143 ; Preller, Real Encycl. II, p. 1059 sq. — 151 Diodor. III, 62; Schol. ad Hesiod. Op. v. 306; Apollod. ap. Steph. Byz. Aqvaio;.
gine du nom du Lénaeon, le fait qu’on aurait établi dans cet endroit le premier pressoir. Boeckh en fait le fondement d’une hypothèse’52. Les Lénéennes auraient été une fête instituée en commémoration de l’établissement du premier pressoir. On y pressait du raisin conservé, et l’excellent vin doux qui en sortait était offert en prix aux poètes. Cette liqueur était une boisson des dieux, de Y ambroisie : de là le nom donné aussi à la fête elle-même, ’4g6poai'a. Le choix du lieu pour ce premier pressoir pouvait avoir été déterminé par l’abondance de l’eau qui se trouvait dans cette région de Limnae, l’eau étant indispensable pour la fabrication du vin. O. Jahn153 pense que les Lénéennes doivent avoir été l’occasion d’une sorte de mise en scène de l’opération du pressoir. Il se fonde sur le grand nombre de monuments où on la voit représentée’54 A. Mommsen’55 pense, de son côté, qu’il peut bien y avoir eu sur l’emplacement du Lénaeon un pressoir commun ou public, qui serait devenu naturellement un centre de réunion pour la fête du dieu, appelée, pour cette raison, la fête près du pressoir, la fête du lieu où il était, la fête du Lénaeon ; ou plutôt, prenant le mot Xr,vo'ç dans le sens de cuve et invoquant une certaine analogie avec les usages des Grecs modernes, il supposerait volontiers qu’il y avait eu là une grande cuve commune qui, après avoir servi aux vendanges, aurait conservé une certaine quantité de vin doux laissée par les propriétaires de vignes. Au bout de trois ou quatre mois environ, ce vin modifié par la fermentation aurait été bu dans une fête, la fête de la cuve. Cette fêle ayant pris plus d’importance, la quantité de vin conservée dans la cuve serait devenue insuffisante pour ceux qui y prenaient part, il aurait fallu en faire venir du dehors sur des chariots, et c’est ainsi que se serait établie, à l’imitation des Anthestéries, cette coutume d’échanger du haut des chariots des plaisanteries et des brocards’56. Ainsi, par l’effet du vin fermenté, s’expliquerait l’ivresse inséparable de l’idée d’une fête bachique primitive; ainsi s’expliquerait aussi comment les bacchantes elles-mêmes sont désignées par le nom de Lénées (Arjvat).
A. Mommsen sent lui-même que ces explications ont un caractère trop particulier pour rendre compte de ce mot de Lénaeon, employé comme nom de mois sur tant de points de la Grèce. Il faudrait trouver une raison générale, fournie par un fait commun à tous les lieux où 1 on fait du vin. Partout on emploie le pressoir; mais comment a-t-on pu tirer du pressoir le nom d’un mois où, depuis longtemps, on a fini de presser la vendange?
Cette objection disparaîtrait, si l’on admettait l’étymologie proposée par O. Ribbeck151 qui dérive le mot Lénées (Aîivou, Xvjvîç) d’une racine signifiant saisir, et pense que ce nom est l’appellation précise des ménades poursuivant et saisissant les bêtes sauvages qu’elles déchirent. Les Lénéennes seraient donc la fête des Lénées, et il résulterait de leur nom qu’au moins à l’origine l’enthousiasme y dominait. Mais cela ne paraît pas s’accorder avec ce que nous savons de la fête aux temps historiques. ,
Les Lénéennes furent sans doute le résultat d un travail complexe qui rapprocha et confondit les idées et les mots, par des causes et des influences qui nous échappent; sans
152 De dise. Len. 10, 24, 23. - 133 Ann. de T In*t. 1862, p. ,i. - «■* Welcker, AlteDenkm, II, p. 113 sq.; Guigniaut, iW. * Vant. III, b P- !«■ -«**«*. P- 330 et s - 136 Suid. II, 2, 1017; Phot. Lex. p. 565 («b ÎVùxb «al t* *
lioiouv). 137 Anfânge und Entwickel. d. Dionysoscultus inAtt. p.13, n° 3. Suid.
doute aussi elles ne s'organisèrent complètement que sous Pisistrate. C’est pendant sa seconde tyrannie quelles prirent un accroissement considérable par l’introduction des représentations tragiques, en 536 av. J.-C. (ol. 61) ’68. Un fait qu’il importe de remarquer d’abord dans la constitution des Lénéennes, c’est qu’elles réunissaient les deux caractères du culte de Dionysos, la gaieté et l’enthousiasme sombre. La procession, puis plus tard la comédie et, en général, une bonne partie de la célébration lui donnaient le premier caractère. Le second aussi, bien que la fête ne fût en rien mystérieuse, y était fortement imprimé. Elle n’est cependant pas tout à fait sans relation avec les mystères mêmes. Dionysos Lénéen est associé, à Myconos, avec Zeus Chthonios et Gè Chthonié*59. Ce sont les épimélètes des mystères qui, à Athènes, s’occupent de l’achat des victimes pour les fêtes des Lénéennes160. Le caractère enthousiaste pouvait venir primitivement de ces Lénées dont il a été question plus haut et qu’il paraît difficile de séparer complètement de l’idée des Lénéennes. Il vint sans doute par transmission des dèmes où se célébraient les Dionysies rurales et principalement d’Icaria, où le dithyrambe s’élait particulièrement développé et où venaient de se produire les premiers essais tragiques de Thespis. On exécutait aux Lénéennes des dithyrambes, et il est à croire que, chantés au cœur de l’hiver, ils avaient, comme ceux de Delphes, un caractère plus pathétique que ceux des grandes Dionysies ou des Thargélies, chantés au printemps. C’est là qu’on représenta à Athènes les premières tragédies. Il y a enfin ce point capital que Dionysos Eleuthéreus, dont le caractère a été indiqué plus haut, était le dieu des Lénéennes, qu’elles se célébraient chez lui et que son prêtre occupait au théâtre la place d honneur. Au côté plus particulièrement religieux des Lénéennes se rapporte encore le fait quelles étaient du ressort de l’archonteroi. Il les dirigeait avec l’assistance des épimêlètes101.
La durée de la fête est incertaine. A. Mommsen lui attribue au moins quatre jours, sur lesquels il en réserve trois pour les représentations dramatiques, par analogie avec les grandes Dionysies. Le nombre parait avoir varié suivant les temps. 11 semble que dans la période qui précède l’institution de cette dernière fête et pendant une bonne partie du Ve siècle, deux jours aient dû suffire pour les représentations dramatiques. La durée des concouis a varié comme le nombre des pièces présentées16". Lest ce qu’indiquent des inscriptions, malheureusement peu nombreuses et mutilées, sans permettre de résoudre la question avec précision.
Le nom d 'ambrosia était-il appliqué à la fête tout entière ou au moins à un des jours dont elle se composait, comme l’admet Preller 1 63 ? Les scholies d’Hésiode 1 °\ sur lesquelles il se fonde, ne parlent que d’une fête célébrée dans le mois Lénaeon, et rien ne prouve qu’il s’agisse de l’Attique.
Les Lénéennes se composaient d’une procession, d’un sacrifice165, de concours dithyrambiques et dramatiques.
La procession avait lieu probablement le premier joui ainsi que le sacrifice. Elle se faisait dans 1 intérieur du Lénaeon. C’est sans doute la gaieté qui y dominait. Peutêtre, après le sacrifice, prenait-elle un caractère bachique qui la transformait en cômos, quoique nous n’ayons aucun
. V. eiiritt;- Cf. Marra. Par. ( Corp.inscr . gr. Il, 2374, 53, ep. 43). — <39 Dittenber- ■er, Sylloge inscr. 373, 1. 26. - l«° Corp. iriser, ait. Il, 741. - ; PoU. VHI, 90 ;
f. VIII, 89. 162 Voy. Alb. Muller, Griech . Bilhnenalt. p. 319, 327, 340. ea
ïncycl '. p. 1060. — 10'* Op. 506. - 166 Corp. inscr. gr. I, 157.
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renseignement sur ce point. Peut-être aussi était-ce alors qu’étaient lancées du haut des chariots les plaisanteries autorisées par l’usage.
Le vainqueur au concours dithyrambique recevait, indépendamment du prix, une couronne de lierre166, comme les vainqueurs des concours dramatiques.
Les représentations dramatiques consistèrent d’abord seulement en tragédies et en drames satyriques. La comédie n’était pas encore admise dans la ville. C’est sans doute pour cela que, dans l’ordre officiel qui nous est donné dans la loi d’Evégoros161, la tragédie précède la comédie aux Léne'ennes, tandis que le contraire a lieu aux Grandes Dionysies. La tragédie est donc en rapport direct d’origine avec la première de ces fêtes : elle y parut pour la première fois, et elle n’aurait pas eu d’autre occasion de se produire pendant la longue période qui s’étend depuis le début de Thespis en 536 jusqu’après les guerres Médiques, si l’on admettait que les Grandes Dionysies n’ont été instituées qu’après cette dernière date 168. Cependant l’examen des didascalies, des documents qui s’y rapportent et des inscriptions, amène M. A. Müller à remarquer que la fête des Lénéennes, éclipsée par sa brillante rivale, semble avoir été aussitôt dépossédée des représentations tragiques jusque vers la fin du v° siècle. Il est plus prudent de conclure avec Madvig169 que pendant cette période on n’y aurait pas donné de tragédies nouvelles. Agathon, d’après Athénée110, remporta aux Lénéennes sous l’archontat d’Euphémos (-417-6) la victoire dont il est question dans le Banquet de Platon. Aux tragédies s’étaient ajoutées les comédies, également représentées aux deux fêtes, depuis qu’à une époque inconnue, mais antérieure à 458, date d’une victoire de Magnés, elles avaient obtenu l’entrée de la ville et étaient passées sous la direction de l’Etat.
Si l’on ajoute foi à divers renseignements qui ne paraissent pas dignes d’une entière confiance, les tragédies des Lénéennes se donnèrent d’abord sur un échafaud construit dans l’ancienne agora, au sud-ouest de l’acropole, tout près du Lénaeon111. Sous les Pisistratides, quand on construisit une nouvelle agora au Céramique et que la vie se retira de l’ancienne, les échafaudages de spectacle furent transportés dans le Lénaeon lui-même112. Tout près de l’enceinte sacrée (itX/im'ov tou tepot») aurait été le peuplier noir, où l’on grimpait, dit-on, quand on n avait pas de place pour voir le spectacle. Le théâtre en bois, élevé pour chaque représentation au Lénaeon, s écroula en 478 (01. 70, 1) pendant une représentation où concouraient Pratinas, Eschyle et Choerilos113. On en construisit un en pierre, tout à côté du Lénaeon, sur la pente du rocher de l’Acropole. C’est le théâtre de Bacchus, achevé seulement sous l’administration de l’orateur Lycurgue, orné de nouvelles décorations au commencement de 1 empire, dont les restes considérables ont été complètement dégagés par les fouilles de 1862 [tueatrum].
Grandes Dionysies ou Dionysies urbaines (Aiovuskx xà pcyd^a, xà ev àaxet, xà àxxtxoc, ou simplement Atovuata). C est la moins religieuse des fêtes de Dionysos, en ce sens qu’elle laisse moins de place aux sentiments violents ou profonds excités par le dieu, et qu’elle a moins de racines
16C Ephem. arch. 1862, n» 219. — 161 Demostli. Mid. c. 10. L'authenticité de cette pièce a été démontrée par Foucart, Revue de philol. 1877, p. 168 et s. — 168 Mommsen, p. 60; Ribbeck, p. 27; A. Müller, p. 311. — 169 Cf. Madvig, Bemer/cungen ùber die Fruchtbarkeit des dram. Poesie bei den Athen. und ihre Bedingungnen in Kleine Philol. Schr. p. 440 et s. ; Kôhler, Mitth. d. arch. Inst. 111 1878), p. 133; Schmerl, Quibus Atheniensium diebus festis fabulae m scaenam
dans le passé. Aucune légende religieuse ne s y rattache- Mais c’est la plus brillante de toutes ces fêtes. Elle ne le cède pas aux Éleusinies, la grande fêle mystérieuse, ni aux Panathénées, la grande fête delà cité : elle représente particulièrement l’éclat de la prospérité athénienne. C est le premier magistrat de 1 État, 1 archonte éponyme, qui en a la haute direction.
Son institution est de date récente. On 1 a fait descendre jusqu’au temps de Cimon, et cette opinion a été récemment adoptée par A. Müller ,n. Il est probable quelle remonte plus haut, jusqu’à Pisistrate 115 ou au moins aux Pisistralides. C’est le temps des grandes innovations religieuses, surtout au profit du culte de Bacchus en Attique. En l’absence de toute preuve directe, il n’est pas indifférent de remarquer que les dithyrambes des Dionysies urbaines ont sans doute existé avant 1 expulsion des Perses. Le fragment de la pièce composée par Simonide en l’honneur des victoires dithyrambiques de la tribu Acamantide paraît se rapporter à des dithyrambes du printemps, c est-à-dire exécutés aux grandes Dionysies. Or Simonide avait lutté avec Lasus d’Hermione, dont le nom nous reporte au vie siècle. La longue vie du premier de ces poètes s’étend, il est vrai, jusque vers 469 ; ce qui ne permet pas de fixer avec certitude la date de son dithyrambe avant la seconde guerre Médique. Il est dépendant assez naturel de supposer que la tradition de ces dithyrambes du printemps, qui répondaient si bien à des idées essentielles de la religion de Bacchus, remonte plus haut, et jusqu’à Lasus, qui inaugura à Athènes les concours dithyrambiques [ditiiyrambus] . Mais, si la fondation des Dionysies du printemps date delà fin du vie siècle, elles ne prirent leur importance qu’au moment où s’établit l’hégémonie d’Athènes. Alors la puissante république les transforma et en fit la plus magnifique occasion d’étaler le spectacle de sa grandeur devant les alliés qui apportaient à ce moment leurs tributs.
Les grandes Dionysies se célébraient probablement dans la première moitié d’Élaphébolion. Leurs limites sont marquées par deux fêtes, les Asclépiéia, dont nous avons la date précise, le 8 Élaphébolion 116, et les Pandia, dont la date est incertaine, mais qui paraissent, au moins dans la pensée première de la fête, avoir dû coïncider avec la pleine lune et s’être placées vers le milieu du mois. Cependant il n’est pas facile de déterminer exactement la durée des grandes Dionysies. Si l’on met les Pandia juste à la pleine lune, c’est-à-dire au 14, on tombe sur la date positivement assignée par Thucydide117 à une assemblée importante, celle où fut ratifiée la trêve de 423, conclue avec les Lacédémoniens pendant la guerre du Péloponnèse, et de prime abord il n’est guère vraisemblable que les deux faits aient eu lieu le même jour. Cette objection n’arrête pas A. Mommsen118, et il pense que la ratification du traité se fit dans l’assemblée qui se tenait régulièrement après les Pandia 119. Le sacrifice avait lieu d’abord, puis le peuple se réunissaitau théâtre. A. Mommsen ne tient pas plus de compte d’une autre objection. D’après un texte de loi cité dans la Midienne 18°, l’assemblée se tenait le lendemain des Pandia : il regarde, après d’autres, cette pièce comme une interpolation'; mais comme
commissae sint , Breslau, IS79, p. 5 et s. — 170 V, p. 217 a. — 171 Photius, p. 82; Eustath. Od. III, 350, p. 1472, 4. Voir pour tous ces détails Ribbeck,p. 22 et s.; A. Müller, p. 82 et s. — 172 Suidas et Hesychius, «lyElfou 6t«, t-i A v- a [ ^ ;
Phntius, p. 162; Bekker, Anecd. gr. p. 278. — 173 Suidas, Elpirrlva;. — 174 Griech. Biihnenatterth. p. 311. — 175 Mittelhaus, De Baccho Allico, p. 54. — 17G Aesch. C. Ctesip/i. 67.- 177 IV, 11». — 178 p. 3S9 et s.— 179 Demosth. Mid. 9. — ISO Ib. 8.
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il n y a pas d’ailleurs de raison qui autorise à en nier authenticité, il vaut mieux accepter ce témoignage jusqu à nouvel ordre. Faut-il admettre pour cela que l’assemblée se tenant le 14, les Pandia se célébraient le’ 13 et que les Dionysies se terminaient le 12 ?
Mais voici une nouvelle difficulté : du 9 au 12 il n’y a que quatre jours, et cet espace est insuffisant. Les représentations dramatiques ne peuvent pas prendre moins de trois jours, les trois derniers; il faudrait donc que dans le premier eussent trouvé place tous les autres actes de la lete, la procession, le concours dithyrambique elle cômos; ce qui parait beaucoup, même en calculant la longueur des jours, qui était plus grande aux Dionysies qu’aux Lénéennes, et en tenant compte de ce fait qu’une des cérémonies s accomplissait pendant les premières heures de la nuit à a clarté des torches. De plus, un texte de Plaute 181 attribue six jours aux Dionysies, et si l’on comprend dans le nombrele 8 Elaphébolion, où avait lieu, avec les Asclépiéia, le Proagon, espèce d'introduction à la fête dionysiaque, on n arrive encore qu’au chiffre de cinq. Enfin, comme on le verra plus loin, trois jours n’auraient pas suffi pour les représentations dramatiques. Il en fallait quatre. Par conséquent, les fêtes, en y comprenant les Asclépiéia, duraient du 8 au 14; les Pandia se célébraient le 15 et l’assemblée régulière se tenait le 16. L’assemblée que Thucydide place le 14 et qui avait un objet tout particulier était une assemblée extraordinaire. Resterait à expliquer comment le peuple put être convoqué en assemblée le dernier jour des concours dramatiques. Ce serait un point particulier de la question générale sur la manière dont la vie politique pouvait continuer malgré les fêtes; ce qui était indispensable, surtout en temps de guerre. De nouvelles découvertes épigraphiques aideront peut-être à dissiper ces obscurités.
Les différentes parties des grandes Dionysies viennent d être énumérées : le proagon, la procession, le concours dithyrambique, le cùmos, les représentations dramatiques.
Proagon (npodytuv) . — Après la célébration des Asclépiéia où nous savons seulement qu’on chantait un péan 183 et qu’on faisait au nom de l’État un sacrifice en l'honneur d Esculape 18i, sans doute pour demander la santé de la cité au moment où l’année se renouvelait avec l’arrivée du printemps, la foule se rendait au Proagon.
Qu’était-ce que le Proagon ? On a tenté diverses explications l8*. Le document le plus explicite est une scholie d Eschine ,8° où il est dit que, quelques jours avant les grandes Dionysies, avaient lieu dans l’Odéon un concours des tragédiens et une exhibition des pièces qu’ils devaient représenter au théâtre, tûv Tpayo>SS>v dywv xal £7u'oEt?tç <5v jaeMougi 0ûa|A'ATcjv aytovi^eaSai iv tG Osarpco, et que les acteurs paraissaient sans masques et sans costumes. Ces renseignements ont besoin d’être contrôlés et interprétés. Ils renferment d’abord, semble-t-il, une inexactitude : le Proa- I gon, à moins de reculer la date des Pandia et d’admettre que 1 assemblée où fut conclue la trêve de 423 se tint un jour de représentations dramatiques, doit se placer la veille des Dionysies proprement dites, et non quelques jours auparavant. Maintenant qu’est-ce qui est indiqué par les mots <xywv et in toeiÇtç ?
181 Pseudol. 321.— 182 Aelian. ap. Suid. I, 1, p. 796, éd. Bernhardy. —
183 Aesch. Ctesiph. 67 ; Corp. inscr. gr. 157; Rangabé, Antiq. hellen.p. 501, n° 842, fragments des comptes de Lycurgue relatifs à la vente des victimes. Cf. Paul Girard, L’Asclépiéion d'Athènes, p. 50. — 181 Voir l'énumération détaillée et la discussion dans Alb. Miiller, Die grieeh. Dühnenalterth. p. 363 et s. — 185 Cte- • tiph. 67. — 186 Itkcin. Muséum, XXXV11I, p. 231 et s. — 187 SchoJ. Arist. Vesp. I
De quel genre de concours et d’exhibition peut-il être question ? Evidemment on ne doit songer à une répétition, ni de toutes les pièces destinées aux représentations, ce qui est matériellement impossible en un seul jour, ni d’une pièce de chaque trilogie, ce qui, pour Eschyle, eût détruit en grande partie l’intérêt dramatique, d’autant plus que les costumes et l’illusion scénique étaient supprimés. Il n est pas vraisemblable non plus que le public ait eu à juger, non pas la valeur dramatique de représentations tronquées, mais le talent, le débit, le chant des acteurs et des choreutes dans une espèce d’épreuve préliminaire. L explication la plus plausible est donnée par Rhode 186. Le Proagon, premier acte de la fête, qui précédait 1 ’Agon, le concours tragique, et lui servait d’introduction, était à la fois une annonce des pièces qui devaient être jouées, et une présentation au public de chaque troupe tragique et de chaque poète. C’était une annonce (<ntayye)ua), une proclamation du titre des tragédies et du nom des poètes, qui devait se renouveler plus simplement au théâtre m. A l’Odéon, le poète, ses acteurs et son chœur s’avancaient devant le public, revêtus, non de costumes de théâtre, mais d’habits de fête, et la tête couronnée ,88. Il i herchait à se concilier ainsi la faveur se ses juges ; de là le sens figuré que prend le mot ■Kpnâyw 189. C’est dans ce genre d exhibition, qui faisait l’objet principal du Proagon, que parut Sophocle après la mort d’Euripide 13°, et qu'Agathon eut 1 occasion de montrer en face du public cette intrépidité dont Socrate le félicite dans le Banquet de Platon 1S’ .
Alb. Miiller pense que le Proagon avait lieu dans l’ancien Odéon, et non dans l’édifice construit par Périclès, dont la forme circulaire se serait moins prêtée au genre de spectacle qu on oflrait au public. C était une fête importante, qui demandait les soins de l’agonothète et pouvait être pour lui, quand il avait réussi, un litre à la reconnaissance publique, comme en témoigne une inscription du commencement du 111e siècle av. J.-C. 193. Cette inscription et une phrase de Platon 193 montrent qu’il y avait d autres proagons que celui des Dionysies. Il y en avait sans doute avant les Lénéennes; il devait aussi y en avoir avant les Panathénées, car il semble que dans la pensée de Platon il s’agisse surtout des concours gymniques, et les deux fêtes dionysiaques n’avaient que des concours musicaux, au sens grec, c’est-à-dire de musique et de poésie.
Procession (IIo|A7nj). — La procession des Dionysies paraît avoir été une reproduction partielle de celle des Anthestéries. De même la statue de Dionysos Éleuthéreus était tirée d’un temple de Limnae et transportée à un autre sanctuaire du dieu m, voisin de l’Académie. De là il revenait en grande pompe au Lénaeon pour présider à sa fête. La procession était magnifique; toute la cité, les prêtres, les magistrats, les chevaliers, les citoyens, rangés par tribus, les éphèbes, y prenaient part. On y voyait des canéphores, portant dans des corbeilles d’or des prémices de toute sorte195; elles étaient choisies parmi les vierges d’Athènes par l’archonte éponyme 196. Les offrandes précieuses envoyées par les alliés et les colonies, des objets d’or, les nombreuses victimes fournies par l’État 197 pour le sacrifice, défilaient dans le cortège. Des inscrip-
1109. — 188 Vit. Euripid. p. 135, 42 Westerm. — 183 Harpocr. p. 157, Bekker, note; Demosth. Anirot. 59. — 190 Vit. Eurip. I. I. — loi P. 194 A. — 192 Corp. inscr. att. II, 307. — 193 Legg. VII, p. 796 D. — 191 paus. I, 29; Pbilostr. Vit. Sophist.
II, 15. — 195 Schol. Aristoph. Ach. 242; Ephemer. arch. 1862, n“ 180. — 136 Corp. inscr. att. II, n” 420 ; Bull, de corr. hellën. III, p. 63. — 197 Corp. inscr. gr. n» 157 • Rangabé, II, p. 501, n” 842.
lions 198 mentionnent un beau taureau et une pliiaie d’or o fferts par les éphèbes. S’autorisant sans cloute d’une phrase de Plutarque 19s, Mommsen suppose qu’aprèsle cortège officiel et régulièrement ordonné, venait à pied ou en voiture une foule bigarrée, avec des masques et des costumes. Mais il n est pas certain que Plutarque parle des grandes Dionysies. Il y avait dans la marche de la procession des évolutions et des haltes auprès de différents autels ou édifices sacrés ; particulièrement sur l’agora, où des chœurs dansaient près de l’autel des douze dieux 200. La plus importante de ces haltes, peut-être au point d’arrivée, avait lieu près d’un autel à feu, sur la plate-forme duquel se dressait la statue de Dionysos. C’est là sans doute qu’on sacrifiait les victimes, avec un hymne et des prières. C’était une des cérémonies les plus importantes de la fête, à en juger par les termes d’Alcipbron dans la lettre qu’il prête à Ménandre 201. M. Foucart, dans son interprétation de la loi d Evégoros 202, le seul document qui nous donne 1 ordre des actes accomplis dans les grandes Dionysies, place 1 autel, non pas dans le Lénaeon, mais à l’Académie, et suppose que l’hymne était chanté par les enfants, qui sont mentionnés sans aucune explication dans la loi. Cette dernière hypothèse semble autorisée par une inscription trouvée dans les ruines du théâtre de Dionysos à Athènes 203, qu explique un rapprochement avec deux inscriptions de Stratonicée et de Téos201. Mais il est peut-être plus naturel de rapporter la mention des enfants à l’exécution des dithyrambes. Il semble aussi qu’il vaut mieux mettre l’autel au Lénaeon 200, car des témoignages nous apprennent que les éphèbes partaient de l’autel après avoir sacrifié leur victime, pour transporter le dieu au théâtre, le soir, à la clarté des torches 200. C’était un acte distinct de la procession et qu’on se représente mieux accompli tout entier dans le voisinage du théâtre.
La statue qui figurait dans ces diverses cérémonies était consacrée au Dionysos d Éleuthères. Mais il y en avait deux dans ce cas, toutes deux à Limnae, chacune dans son temple : quelle était celle que l’on choisissait? A. Mommsen dit avec vraisemblance que ce ne pouvait être l’antique idole en bois, le xoanon, qui était dans le plus vieux temple, puisqu il nous est positivement affirmé que ce temple ne s’ouvrait qu’une fois par an, aux Anthestéries. C’était donc 1 autre statue, faite en or et en ivoire, œuvre d’Alcamène207, qui d’ailleurs convenait mieux à la magnificence déployée aux grandes Dionysies.
Une fois installé dans son théâtre, Dionysos y recevait encore des libations 208 et assistait aux différents concours qui avaient lieu en son honneur. Les premiers étaient les concours dithyrambiques [dithyrambus, cyclicüs chorus]. H y avait celui des enfants et celui des hommes 209. C’est» aux grandes Dionysies que fut exécuté le dithyrambe de Pindare dont nous possédons un beau fragment, tout pénétré du souffle embaumé et de la lumière du printemps, brillante image des sentiments de la foule qui, sans aucun mysticisme, s’abandonnant aux impressions présentes de
108 Eph. arch. nos 4097, 4098. — 199 De cupid. dioit . 7. — 200 Xenoph. Hipparch. ÏII, 2. — 201 Alciphr. II, 3, 16. — ■ 202 Revue de philologie , 1877, 2“ liv. p. 177 et s. — 203 Corp. inscr. att. Il, 420. — 204 Le Bas et Waddington, Inscr. d'Asie Mineure , 519-520, 88. — 205 D'après une inscription éphébique, l'autel est dans le temple, èv tçî îepfi; Corp. inscr. att. 11,467. — 206 Corp. inscr. att. II, 470-471.
— 207 Paus. 1, 30, 8 et I, 20, 3. M. Voigt, Lexikon der Myth. de Roscher, considère comme invraisemblable qu'on ait pris la statue d’Alcamène, à cause de la fragilité des œuvres cliryséléphantines. Il suppose que c’était un autre Çdavov de bois, différent de celui d’Éleuthères. Mais de celui-là nous n’avons pas connaissance.
— 208 Plut. Cim. 8 : ...w; vtvofuaiJuva; <ritov$àç. — 209 Voir la loi d’Evégoros, où
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la nature, reconnaissait la puissance du divin fils de Sémélé. De celte fête musicale paraît être venu ce surnom atlique de chanteur (MeXttousvoc) donné à Dionysos, qu' nous a été conservé par Pausanias210 et qui se retrouve sur deux trônes du théâtre d’Athènes211. C'était une fort belle fête pour laquelle le goût des Athéniens s’accrut de plusenplus212. Au quatrièmesiècle, Démosthène 213 rappelle comme un fait notoire que les frais delà chorégie sont plus élevés pour les dithyrambes que pour les tragédies; ce qui s’explique d’abord par le nombre des choreutes à équiper et à entretenir et par le temps nécessaire pour les exercer.
D’après l’ordre indiqué par la loi d’Evégoros, aux dithyrambes succédait un cômos, qui se rattachait probablement à des banquets où se célébraient les victoires dithyrambiques. Pendant toute cette fête de Bacchus, on mangeait et on buvait. Les spectateurs arrivaient au théâtre « repus et abreuvés, et la tète ceinte de couronnes, et pendant toute la représentation on leur versait du vin et on leur donnait des friandises211. » Sous l’empire, Atticus, pendant une halte de la procession au Céramique, fit servir du vin à toute la foule des citoyens et des étrangers, étendus sur des couches de lierre215.
Représentations dramatiques. — Les représentations dramatiques duraient au moins pendant trois jours 216. Au quatrième siècle, le rapport du théoricon (1 drachme217) avec le prix d’entrée du théâtre, tel qu’il nous est donné par Démosthène 218 (2 oboles), amène à ce nombre. Plutarque219 raconte qu’un des deux acteurs célèbres qui portèrent le nom de Polus joua, à l'âge de soixante-dix ans, dans huit tragédies en quatre jours. Mais il faudrait savoir si ce fut au théâtre d’Athènes pendant les Dionysies. Au v° siècle, trois poètes, pour la tragédie et pour la comédie, étaient admis à concourir. Chaque poète tragique présentait une trilogie, ou plutôt, en comptant le drame satyrique, une tétralogie. Les juges assignaient les rangs dans chacun des deux concours et désignaient le vainqueur. Ces faits sont donnés par les didascalies bien comprises 22°. Au commencement du ive siècle, la transformation de la comédie, en supprimant les chants du chœur et diminuant la durée de la représentation, conduisit à augmenter le nombre des concurrents. Quatre poètes sont nommés dans la didascalie du Plutus d’Aristophane (ol. 97, 4 = 389/8) ; bientôt on en admit cinq, et ce nombre se retrouve encore au second siècle 221 . Ces faits se rapportent aussi bien aux Lénéennes qu’aux grandes Dionysies.
Le temps apporta aussi des changements aux concours tragiques. Le système de la tétralogie eschyléenne fut bouleversé. Des didascalies conservées par des inscriptions222 nous apprennent que vers le milieu du ive siècle au moins de 342/1 à 340/39, on joua un seul drame satyrique au commencement du concours, qu’en l’année 342/1 on donna trois trilogies de tragédies nouvelles, et que, l’année suivante, chacun des trois poètes ne fit représenter que deux tragédies. De plus, au même temps,
1 habitude était établie de jouer avant les tragédies nou-
ucrg» {jnnem.
AAAl V ,
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v . • ' — r - vraisemblablement le texte en aio-j-
tant après ot Cf. Corp. inscr. att. Il, 553, liste de vainqueur*
au* concours dithyrambiques des Dionysies. — SlO I, S, 5 ; 3 1 6. - 211 Corn, inm-
Afh "'t?4,’,*"- ~ 212 AtUei1' V’ P' 181 C' ~ 213 Mid' ,56' - 214 Philoch. ap' Athen. XI, 13, p. 464 F. - 2,5 Philostr. Vit. Sophist. II, 13. 216 Voir l'indication des diverses opinions et de leurs auteurs dans K. Fr. Hermann, 59, *4 et dans A Muller, p. 320, note 2. - 217 Zenob. p,.ov 27 218 Co). 2g
7 An Seni’ etc" 3- 7- P- 785 c- - 220 A. Miiller, p. 320 et s. - 221 Corp' tnscr. att II, 9 72-975. - 222 Corp. inscr. att II, 973 Cf. Ilomolle, Bull. * corr. hellén. IV, p. 183 et s.
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velles une ancienne tragédie d’Euripide ou de Sophocle. De même, mais plus tard à ce qu il semble, on reprit, avant le concours des poètes comiques, une ancienne comédie de Ménandre ou de Philémon. On en trouve le témoignage dans des inscriptions du second siècle 223.
11 est assez difficile de déterminer dans quel ordre avaient lieu les représentations des tragédies et des comédies et comment elles se répartissaient entre les jours attribués aux concours dramatiques. Sauppe m, après d autres, et, à sa suite, Mommsen, pensent que, pendant chacun des trois jours de représentations, on donnait, le matin, une trilogie dramatique, et, l’après-midi, une comédie. Mais cette disposition contredit formellement le témoignage de la loi d Evégoros, confirmé par des inscriptions de la première et de la seconde moitié du ve siècle, ainsi que du iv° siècle et du second 226. La comédie y est placée avant la tragédie, comme aux Dionysies du Pirée. Il faut s’en tenir à ce témoignage, comme l’ont fait Boeckh ~-r>, Otfr. Müller 227, d’autres et, tout récemment, Alb. Müller 228. Seulement, s’il n’y avait que trois jours de représentations et que le premier fût pris par la comédie, il laudrait mettre deux tétralogies dans un seul des deux autres jours, ce qui paraît matériellement impossible. Il semble donc qu’il vaudrait mieux attribuer quatre jours aux concours dramatiques des grandes Dionysies.
Ce sont les tragédies qui contribuèrent le plus à l’éclat de cette grande fête. Au iv° siècle, c’était le moment de la représentation des tragédies nouvelles, ainsi nommées par opposition avec l’ancienne tragédie que l'on reprenait d abord, qui était choisi pour la proclamation des couronnes décernées par le peuple 229, comme celle qui donna lieu au procès de Ctésiphon. Cette proclamation se faisait avant le concours. De même, c’était devant cette foule d’Alhéniens et d’étrangers, réunis pour assister aux drames tragiques, que paraissaient, au moins au ve siècle, les fils descitoyens tués àla guerre, que l’Étatavaitnourris jusqu’à l’âge de 1 éphébie. Ils se présentaient, à la voix du héraut, revêtus de l’armure complète que la cité leur octroyait avant de les livrer à la vie et àses devoirs, et allaient prendre les places qui leur étaient réservées 23°.
Probablement le soir du dernier jour des représentations dramatiques, les juges prononçaient leurs décisions.
Le surlendemain, après les Pandia, une assemblée du peuple, réunie au théâtre, entendait les plaintes auxquelles la célébration de la fête avait pu donner lieu et décidait, à mains levées,
223 Corp. inscr. att. II. 975. — 22V Dans les Berichte d. le. Sachs. Gesellsch. d. Wiss . 1855, p. 18-21. — 225 Corp. inscr. allie. II, 971, fragm. a, bt d, e. — 226 Ueber die Lenüen, p. 79 et Corp. inscr. gr. I, p. 353 et s. — 227 Gesch. d. gr. Litt. II, p.
32 et s. — 228 p. 322. — 229 Plato, Menex. p. 249; Isocr. De pace, 82; Aeschin. Ctcsiph. 154. — 230 Proclamations de couronnes aux Dionysies : Corp. inscr. altic.
J, 59; II, 311, 312, 331, 4G7, etc. — 231 Aeschin. Ctesiph. 232. — 232 Corp. insc. att. Il, 114 B; Ibid. 307, 420. On remettait aussi à cette date des délibérations relatives à la politique de la ville; Ibid. I, 40. — 233 Voir surtout Sauppe, Berichte der le. Sachs. Gesetlsehaft d. Wissensch, 1855, p. 1 et s. ; E. Petersen, Ueber die Preisrichter der Grossen Dionysien zu Athen , Progr. Dorpat, 1878 ;
s il y avait délit et si l’on pouvait poursuivre ; ce qui donnait à la poursuite devant les tribunaux une grande force en la revêtant d’un caractère politique et religieux. Au nombre de ces plaintes se trouvaient peut-être celles qui pouvaient amener la condamnation des juges des concours eux-mêmes 231 , s’ils étaient convaincus de s’ètre laissé corrompre. Ce qui paraît plus vraisemblable, c’est que dans cette assemblée tenue après les Dionysies se rendaient les décrets qui conféraient des éloges, des couronnes et même des statues au Conseil, à l’agonothète, aux épimélètes 232.
Les juges étaient désignés par le sort 233, mais avec certaines garanties. Les membres du conseil des Cinq Cents, assistés des chorèges234, choisissaient avant le commencement de la fête, dans chacune des dix tribus un certain nombre de citoyens regardés comme capables de remplir cet office. Les noms étaient enfermés dans des urnes, une pour chaque tribu, scellées par les prylanes et par les chorèges, et placées à l’Acropole sous la garde des trésoriers 23C. Le jour des concours, l’archonte tirait de chaque urne un nom pour chacun, en sorte que ces dix noms représentaient toutes les tribus et, par conséquent, toute la cité. Les juges ainsi désignés s’engageaient par serment à juger conformément à leur conscience 236. Des places leur étaient réservées, et après le concours, chacun, au milieu des cris et des injonctions passionnées de la foule, écrivait sur une tablette le rang qu’il assignait aux concurrents. Puis un second tirage au sort désignait parmi eux les cinq juges définitifs dont le suffrage décidait 237, et le nom du vainqueur était proclamé. Sans doute il était couronné sur la scène par l’archonte. Il recevait une couronne de lierre 233.
Une épigramme de Simonide 239 parle de cinquante-six trépieds qu’il avait remportés comme prix de ses victoires dithyrambiques. D’après le marbre de Paros 240, primitivement le prix de la tragédie était un bouc, et celui de la comédie un panier de figues et une amphore de vin. Des inscriptions du ve siècle et des siècles suivants prouvent qu’un trépied était décerné au chorège vainqueur, qui prenait soin de le placer à ses frais, quelquefois dans
un beau monument, comme celui de Lysicrale, soit dans la rue des Trépieds, voisine du théâtre, soit dans un emplacement ménagé sur le rocher même de l’Acropo le (zaraToijui'), audessus du dernier rang de sièges des spectateurs. Les trépieds donnés en prix sont souvent figurés sur les vases peints: on y voit aussi les taureaux que chaque tribu offrait et qui étaient destinés au sacrifice (fig. 2428) 241 .
A. Müller, Griech. Bülmenall. p. 369 et s. — 234 Lysias, IV, 3. 233 Isocrat.
XVII, 33 et s. — 236 Aristoph. Eciï. 1160; Demosth. ilid. 17, 65. — 237 Lysias,
1. I. ; Zenob. Cent. III, 64; Plat. Legg. Il, p. 659 A; Aelian. V. hist. II, 13; Suidas’ s. v. 1» iitvn xpi-cSv yo» a»i. — 238 Alciphr. Ep. II, 3, 10 ; Athea. VI, p. 241. F. Welcker (Al te Denkmüler , I, p. 479) et Keil ( Mélanges gréco-romains, 11, p. 87) pensent que la couronne de lierre était l’ornement des poètes et des exécutants, et non pas la récompense du vainqueur. — 239 Anthol. Pal. VI, 213; Welcker ( Annales de l’Institut arch. p. 156) propose avec raison, semble-t-il, vu«s au lieu de T«ùfoe;. — 240 Corp. inscr. gr. 2374, 43, 58 ; 39, 54. — 241 Gerhard, Auserlesene Vasenbilder, pl. ccxliii; Welcker, Annali, 1857, p. 156.
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Quelquefois la Victoire est représentée auprès du trépied quelle consacre, ou elle amène un taureau devant Dionysos (fig. 2429). Les poètes vainqueurs recevaient-ils de 1 Etat une somme d’argent, comme prix de leur victoire, ainsi que 1 affirme A. Millier? Ce qui parait mieux prouvé, c’est que des honoraires étaient attribués à tous les concurrents243. L’État payait sans doute aussi les acteurs des concours dramatiques 244 et les joueurs de flûte. Puisque c’était lui qui les fournissait aux poètes, il ne semble pas que cet ordre de dépenses ait dû regarder les chorèges.
De plus, on décernait des prix aux acteurs. Le protagoniste vainqueur est nommé dans un fragment de didascalie qui remonte à l’année 422/4 24S. L importance des acteurs, dès le vc siècle, s’accrut encore naturellement après la disparition des maîtres de la tragédie. C’étaient eux qui renouvelaient l’intérêt des a iciennes pièces, en les reprenant, et qui faisaient le succès des nouvelles. Ils étaient mandés par les rois comme Philippe II de Macédoine, appelés par les villes qui voulaient donner plus d’éclat à la célébration du culte de Bacchus ou même d’autres divinités, et recevaient des sommes considérables. Puis vinrent les associations d’artistes dionysiaques [dionysiaci artifices], dont on peut suivre l'histoire jusqu’au vi° siècle après J.-C. 246, et où l’on reconnaît encore mieux à quel point la décadence de la poésie réduisit les poètes à un rôle subalterne par rapport aux exécutants, acteurs et musiciens.
Si Athènes, aux époques classiques, fut moins prodigue d argent et d’honneurs pour ceux qui prenaient part aux concours dionysiaques, cependant elle conservait aussi dans ses monuments épigraphiques le souvenir de leurs efforts et de leurs succès. Les chorèges vainqueurs, en consacrant le trépied, prix de leur victoire, inscrivaient d abord le nom de leur tribu avec la désignation particulière Trai'owv ou dvSpô Sv, si c’était un concours dithyrambique, puis leur propre nom et celui du maître du chœur, le didascalos. Telle était la matière de l’inscription et tel était l’ordre des noms au ve siècle 3”. Au siècle suivant, le chorège est nommé avant sa tribu, et deux noms nouveaux paraissent, celui de l’archonte et, plus fréquemment, celui du joueur de flûte. Celui-ci, à partir de la seconde moitié du iv° siècle, prend le pas sur le didascalos et même sur l’archonte 248 [cuoregia]. Ce sont des conséquences du changement des mœurs politiques et du développement de la musique.
De même, pour les concours dramatiques, les didascalies [didaskalia], officiellement rédigées par les soins de l’archonte, perpétuèrent la mémoire des poètes, de la date
2'»2 D’Hancarville, Vases d’Hamilton , II, 37; voy. au mot choregià, fig. 1422, la Victoire consacrant un trépied à la base duquel est inscrit le nom de la tribu victorieuse AKAMANTIS ENIKA 4>TAE, et les autres exemples réunis par Welcker, Annal. 1857, p. 158 et s., et Milchhofer, Archâol. Zeitung, 1880. p. 182. — 243 Schol. Arisloph. Han. 367; Eccl. 102; Hesych. s. v. (xta-Oôç. Cf. Madvig, Kleine p/iil. Schrift. p. 449. — 244 Conjecture de A. Müller, p. 344. — 245 Corp. inscr. att.
II, 971, fr. b. — 246 Voy. surtout Foucart, De collegiis scenicorum artificum apud Graecos; Lüders, Die dionysischen Kilnstler; Reisch, De musicis graecorum certaminibus capila quatuor ; A. Müller, p. 392-414. — 247 Corp. inscr. att. I,
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et du nom de leurs œuvres, et du rang qui leur avait été attribué par les juges. Les stèles où étaient gravées ces inscriptions étaient placées dans l’enceinte sacrée de Dionysos249. Il est probable que cet usage s’établit pour les Lénéennes aussi bien que pour les grandes Dionysies.
Il a été dit plus haut que les grandes Dionysies étaient placées sous la direction supérieure du premier magistrat de la cité, l’archonte éponyme [archontes]. C’était à lui que les tribus proposaient les citoyens qu’elles jugeaient aptes à remplir les fonctions de chorèges 250 : il les Fig. «iss. nommait pour la fête
suivante dans le mois qui venait après la dernière fête célébrée 251, et il assignait
I un d eux à chacun des poètes admis à concourir. C’était lui aussi qui autorisait les poètes à présenter des pièces au concours. D après les expressions consacrées, ceux-ci lui demandaient et il leur accordait un choeur (yopôv at-eTv, yo pov oiSdvat) probablement après communication des pièces présentées. Assez longtemps d’avance pour que les études pussent être suffisantes, il présidait au tirage au sort des joueurs de flûte pour les dithyrambes et des protagonistes pour les représentations dramatiques 263. Il résulte d’une expression des lexicographes qui parlent du tirage au sort des protagonistes, que ceux-ci, avant d’étre attribués aux poètes, étaient choisis après une épreuve dont les protagonistes proclamés vainqueurs aux Dionysies étaient exemptés pour l’année suivante.
L archonte était assisté par les épimélètes [épimèlétés].
II y en avait deux de chaque tribu ; ils étaient désignés parle vote à mains levées 254. Dans le discours de Démosthène contre Midias (§ 13), on voit qu’ils s’occupaient avec 1 archonte du choix des chorèges. Pendant la fête elle-même, leurs fonctions paraissent s’étre particulièrement exercées dans 1 organisation de la procession et du sacrifice. Plus tard, on retrouve le titre d epiméléte donné à 1 administrateur général que le collège des artistes dionysiaques d Athènes élisait tous les ans. On voit que les attributions de 1 epiméléte étaient principalement financières, mais que cependant il était aussi chargé d’accomplir des actes religieux au nom de l’association 26S, et qu’elle avait soin de choisir pour cette fonction supérieure un personnage dont la fortune et la générosité pussent être profitables à ses intérêts.
Il a existé encore dans les concours dionysiaques un autre magistrat important, c’était 1 ’agonothète Tagonothetés] 2oC. Ce nom paraît si étroitement lié à l’institution même des concours, qu’on est surpris de ne pas le rencontrer plus tôt chez les Athéniens. Il ne paraît qu’à partir de 1 administration de Démétrius de Phalère, vers
i3\™r' V°y: S' Rem“ch’ Traüé dtépigraphie grecque, p. 404 et l'art, chomgia - *“Corp. inscr. gr. 224; cf. A. Muller, p. 338, note 2. - 2*9 Corn inscr au
.’ M‘“heU- des ardl ■ !nstit- <» Athen, III, p. U2 et , 129
Va , ' § ,3' ~ SM II «d Demos, h. Mid. p. Vo
PhoTsuM Hp’ T 5,3 ; PaÆ’.893; Suid’ *••**'*-“■ - 2“ ^mos, h /w!
Demosth Mid T- 15 *' ~ ^ ÉPhemer- arcl>- l862, n° 180 ;
307, 3.4, 331, 379; cf. A. Müller, p 340. ’ P’ 3Û2’
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la fin du ivc siècle ou le commencement du iu°. On voit par les inscriptions que, par suite de la diminution du nombre des citoyens assez riches pour se charger de la chorégie, c est 1 État qui alors fut amené à se faire chorège [choregia], Lagonothète était son délégué; il était élu pour un an et chargé de pourvoir à l'équipement des chœurs et a d autres frais, d’organiser les concours et de faire les
sac* *6ces traditionnels dans les différentes fêtes. La partie financière de sa charge l’obligeait naturellement à une reddition de comptes.
Les inscriptions nous permettent de constater l’existence des Dionysies, en dehors de l’Attique, à Abdère 287, Amorgos 288, Astypalae 289, Chios 26°, Gnide 261, Corcyre 262, Cos-03, Delphes28*, Délos 26S, Imbros 26°, Erythrae d’Asie Mineure 267, Lemnos 268, Lesbos 269, Naxos 270, Opus271, Pergame 272, Phigalie 273, Ptolémaïs d'Égypte27', Smyrne 278, léos 276, etc., et il est certain que tous les grands centres grecs avaient institué des fêtes de ce genre. Les succès dramatiques d Athènes eurent pour effet de multiplier les théâtres et les représentations dans toute l’étendue de la Grèce
et des pays où pénétrait l’influence grecque. Ces représentations devinrent 1 élément nécessaire de beaucoup de fêtes, même en dehors du culte de Bacchus. Quant aux grandes Dionysies elles-mêmes, comme elles s’étaient développées, peut-être même étaient nées sous l’empire d une pensée d ostentation plutôt que d'une pensée religieuse, elles étaient
destinées à se prêter aux innovations et aux fantaisies les moins propres à édifier des fidèles. Déjà au vc siècle, Nicias, dans une de ses somptueuses chorégies, imaginait de faire paraître sous le costume de Dionysos un jeune esclave d’une beauté remarquable, dont la vue excita les transports des Athéniens 277. Il mettait ainsi la procession dionysiaque au service de ses intérêts politiques : elle devint, à la fin du siècle suivant, une forme d’impudente flatterie. LesAthéniens, pour recevoir dignement Démétrius Poliorcète, formèrent des chœurs de danse et le saluèrent dans un ithyphallos où ils le chantaient comme le seul dieu réel 278. C’était un mélange de la procession dionysiaque et de la procession des Éleusinies. Les rythmes, les chants, les costumes, les mythes consacrés à Dionysos et à ses fêtes étaient devenus une matière banale, prête pour les cérémonies de toute nature; elle était particulièrement propre aux étalages de magnificences. Athénée nous a conservé la description détaillée des merveilles de la procession dionysiaque dans la grande procession qui eut lieu à Alexandrie, par l’ordre de Ptolémée Philadelphe 279. L’entrée d’Antoine à Éphèse,
après la bataille de Philippes, fut une sorte de pompe bachique, où il représentait lui-même le dieu s’avançant au milieu de bacchantes, de satyres et de son cortège habituel 28°. Dans une inscription éphébique d’Athènes281, il est appelé nouveau Dionysos, et il est probable que sa fête, les Antoniée s (’Avrom'sia), qui était célébrée par les éphèbes le 17 Anthestérion, n’était pas sans analogie avec certaines parties de la fête dionysiaque des Anthestéries, ou tout au moins quelle avait elle-même un caractère dionysiaque. La célébration des fêtes régulières continua du reste pendant longtemps; mais on ne peut douter que le changement des mœurs et des conditions politiques ne leur ait fait subir d'importantes modifications.
Un très grand nombre de monuments représentent Dionysos entouré de la troupe des satyres, des silènes, des bacchants et des bacchantes et de tous ses suivants ordinaires •*-. On sait que tous ces déguisements étaient pris par ceux qui participaient aux fêtes283, pour imiter, non seulement aux grandes Dionysies, mais aussi aux Léneenneset aux Anthestéries le îspoç xCiuoç 281 et le tliiase du dieu [thiasus]. Sans doute on ne peut donner ces monuments, où la fantaisie des artistes s’est donné libre carrière, pour des images exactes des fêtes, mais ils conservent certainement le souvenir de ce qui s’y passait en réalité. C’est lecômos qui estordinairement rappelé sur les vases peints, avec une grande variété de costumes et d’attributs 286, tandis que dans les œuvres de la sculpture la procession bachique a toutes les apparences d’un triomphe. Dionysos y paraît sur un char, ayant auprès de lui Ariadne, Sémélé ou Nysa; des ménades ou d'autres femmes y figurent aussi sur des chars; on y voit des masques tragiques et comiques, qui semblent destinés à rappeler les représentations dramatiques 28G. Enfin, comme dans la pompe ordonnée par Ptolémée Philadelphe, on y voit parfois des éléphants, des chameaux et d’autres animaux exotiques, des captifs d’Asie ou d’Afrique, des objets précieux de toutes sortes simulant les dépouilles de peuples vaincus. Ces représentations paraissent avoir été en faveur sous les successeurs d’Alexandre : on affectait alors d’assimiler les conquêtes des héros macédoniens à celles de Bacchus dans l’Inde 287.
Jules Girard.
DIONYSIACI ARTIFICES (Ot7T£piTov Aiovutov virât). — On appelle ainsi les compagnies qui se formèrent vers le temps d’Alexandre et qui réunirent les artistes sous le patronage de Dionysos. Les textes et surtout les inscriptions font connaître un certain nombre de ces compagnies
257 Bail. corr. hell. 1880, p. 51. — 258 Corp. inscr. gr. 2263 c. — - 259 Ibid. 2484. — 2C0 Bull. corr. hellén. 1881, p. 306. — 261 Bull. corr. hellén 1883, p. 485. — 262 Corp. inscr. gr. 1845, 1. 17. — 263 Bull. corr. hellén. 1881, p. 203, 213.
— 264 Ibid. 1881, p. 306. — 266 Ibid. 1883, p. 105; 1885, p. 147.- 266 .Ibid. 1883, p. 163. — 267 Dittenberger , Sylloge inscr. 160 , 190 \Ball. corr. bell. 1879, p. 391. — 268 Bull. corr. hellén. 1885, p. 54, 60. — 269 Ibid. 1883, p. 38; Archiv. zeit. 1885, p. 143. — 270 Bull. corr. bell. 1878, p. 587. — 271 Bhein. Muséum , t. XXVII, p. 612-
— 272 Corp. inscr. gr. 3538 ; cf. Paus. X, 18, 15. - - 273 Dittenberger, Sylloge, 392. — 274 Bull. corr. hellén. 1885, p. 135, 141. — 275 Cf. Hermann, Goltesd. Alterth. § 66, note 9, pour les villes d'Asie, — 276 Bull. corr. hellén. 1881, p. 231. — 277 plut. Nie. 3.
— 278 Athen. VI, 62, 63. — 279 Athen. V, 27 et s. — 280 Plut. Ant. 24. — 281 Corp. inscr. ait. t. Il, n° 481, 1. 23. — 282 O. Millier, Handbuch. d. Archüol. 390, 3 et s. ; Welcker, Gr. Gôlterlelire , III, 150. — 283 Philostr. Vit. Apoll. IV, 21, p. 73 Kaysor; Plato, Leg. VII, p. 815 c; Diodor. IV, p. 147, 148 ; Ulpian ad Demosth. p. 688 ; Lucian. De sait. 79; Artemid. II, 37. — 28* Alciphr. II, 3, H. — 285 Dubois-Maisonneuve, Introd. à Vétud. des vases , pl. x; Tischbein, Collecl. d' Hamilton, I, 45, etc. O. Muller, Handb. 390, 6. — 286 Zoega, Bassiril. antich. II, lxxvi ; Visconti, Mus. Pio Clem. IV, 22, 24; V, 7; O. Millier, l. L;Benndorf, Arch. Zeitung , 1800, p. 158, pl. 186; Campana, Ant. opéré inplastica , pl. 35-37. — 287 Voy. t. I, p. 614, fig. 693 et la note 733. — Bibliographie. Fréret, Mêm. sur le culte de Bacchus [Acad, des ( Inscript . t. XXXIII); Bückh, Abhandlung . der Berlin. Akademie, 18 J 6, p. 47 et s = Klcine Schriften , t. V, p. 1 et s.); Gail, Recherches sur le culte de Bacchus en.
Grèce , Paris, 1821 ; Rolle, Recherches sur le culte de Bacchus, Paris, 1824; Maguin, Les origines du théâtre antique , p. 30 et s., 107 et s., 118 et s. ; C. W. Schneider, Das Attische Theaterwesen, Weimar, 1835; Preller, Dionysia , dans la Real Encyclopàdie de Pauly, t. II, Stuttgard, 1842; Id. Griechische Mythologie , 3° éd. 1872, I, p. 550 et s.; Welcker, Theognidis reliquiae, Francfort, 1126; Id. Nachtrag zur Aeschylische Trilogie, Francfort, 1826; Id. Griech. Gôtterlehre , Gotling, 1857- 1863, II, 643 et s.; III, 141 et s. et passim ; Creuzer-Guigniaut, Relig. de Vanliq. t. III; Ottfr. MUller, Handbuch der Archàol. der Kunst. 3e éd. 1848, §§ 384, 390 ; A. Maury, Relig. de la Grèce antique, Paris, 1857. II, p. 186 et s. ; K. F. Hermann, Gottesdienst. Alterth., Heidelberg, 1858, §§ 57, 58 et 67, n. 9; Éd. Gerhard, Griech. Mythol ., Berlin, 1854, t. I, §§ 438-466 ; Id. Ueber die Antheslerien in Abhandl. der Berlin. Akademie, 1858 (= Akadem. Abhandl. Berlin 1808, II, 148 et s.) ; Petersen Griech. Mythol. in Allgem. Encyclopédie d’Ersch et Gruber, t. LXXXII, 1864,p. 284 et s.; Id. Der Delphisch. Festcyclus des Apollounddes Dionysos , Hamburg, 1859; Ed. Duméril, Hist. de la comédie , I, p. 239 et s., Paris, 1869; A. Mommsen, Heortologie , Leipz. 1864, p. 44, 323-373 ; Id. Delphika , Leipz. 1878, p. 112, 263, 275 ; O. Ribbeck, Anfànge und Entwic/celung des Dionysoscultus in Attika , Kiel, 1869; Rapp, Die Mànade im griech. Quitus , in Rheinisches Muséum fur Philol. 1872, p. 1 et 562; 0. Gilbert, Die Festzeit der attisch. Dionysien, Gdtting. 1872; Voigt et Thraemer, art. Dionysos dans Roscher, Lexikon der griech. und rôm. Mythol. 1885; Alb. Muller, Die Griechischen Bühnenallerth. in Lehrbuch der griech , Antiquitâten de K. F. Hermann, Freiburg, 1886, III, 2.
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et leur résidence : 1° Athènes — 2° L’Isthme et Némée 2 ; une partie de la compagnie ainsi désignée était établie à Argos3, une autre à Opunte en Locride4. — 3° Thèbes5; cette compagnie se rattacha, pendant un certain temps, à celle de l’Isthme et de Némée6. — 4° Téos, siège de la compagnie de l’Ionie et de l’Hellespont7 ; après avoir été transportée successivement à. Ephèse, à Myonnésos, à Lébédos 8, elle révint à Téos. ■ — 5° Cvpre 9. — 6° Alexandrie 10. — 7° Ptolémaïs dans la Thébaïde “. — 8° Syracuse12. — 9° Rhégium13. — 10° Néapolis14.
Organisation. — Chacune de ces compagnies réunissait tous ceux qui prenaient part aux àyüvsç gouaixot. D’après les actes des compagnies et les catalogues de jeux 16, on voit que sous le nom d’artistes dionysiaques étaient compris : 1° des poètes épiques, tragiques, comiques, lyriques, auteurs de drames salyriques, d’hymnes ou de dithyrambe#; 2° des acteurs pour la tragédie, la comédie, le drame satyrique, des choreutes ou danseurs pourles différents chœurs, des instructeurs pour les drames (&no8iStx<Txa>o ; Tpaytxôç à Athènes) et pour les chœurs (yop.oStSâaxaXo;) ; 3° des musiciens ou chanteurs, rhapsodes, citharèdes et citharistes, joueurs de flûte de divers genres, qui accompagnaient les chants ou les chœurs cycliques ou les drames et souvent composaient la musique, des joueurs de trompette; 4° des costumiers et décorateurs ((yaTiogtaOaî, cxsuotoioi).
On trouve dans la compagnie de Téos les auvayamaxai formant une classe spéciale16; on n’est pas d’accord sur ceux que désigne ce terme. Il est certain toutefois qu’ils faisaient partie de la compagnie. D’autre part, il y a, dans la liste de Ptolémaïs, à la fois un acteur tragique et des synagonistes tragiques 17 ; il semble donc qu’il faut regarder les uuvayomuTai' comme les acteurs qui jouaient les seconds et les troisièmes rôles.
Les gens de service (&7t7ip£<nat), que les compagnies entretenaient pour les divers besoins de la mise en scène et des représentations, étaient des esclaves 18.
Les artistes dionysiaques étaient tous des hommes libres et possédaient le droit de cité dans leur patrie 19 ; ils le conservaient alors même qu’ils l’avaient quittée pour venir s’établir dans la ville qui était le siège de la compagnie. Chacune de ces compagnies formait comme un petit état autonome, se gouvernant suivant ses lois et s’administrant librement. Le principe du gouvernement était l’égalité de droits pour tous les membres de la compagnie, qu’ils fussent poètes, acteurs, musiciens ou synagonistes. Par exemple, l’un de ces derniers fut choisi par les artistes de Téos comme l’un des trois ambassadeurs qu’ils envoyèrent à Iasos20; un autre synagoniste, de la compagnie de Ptolémaïs, présida aux grandes fêtes religieuses et son nom figure en tête de la liste21. Le pouvoir appartenait à l’assemblée qui était composée de tous -les membres de la compagnie. L’assemblée rendait la justice, ratifiait les lois, négociait avec les villes, nommait des ambassadeurs et leur donnait des instructions, élisait des magistrats, sta-
DIONYSIACI ARTIFICES. 1 Corp. insc. att. II, 551, 532. — 2 Corp. msc. gr. 1689, 3068 c; Foucart, De scen. artif. p. 27; C. inscr. att. II, 552; ?E©y||a. ’Açy. 1884, 218. — 3 Le Bas et Foucart. Inscr. du Péloponnèse, 116 a. — 4 ‘Eç^. \Ap/., 2° série, 1874, n° 443. — 5 Le Bas, Inscr, de la Grèce du Nord, 505. — 6 Bull, de corr. hellèn. IV, 335. — 7 C. inscr. gr. 3067, 3068 A, B, 3082; Le Bas et Waddington, Inscr. d’Asie Mineure , 281. — 8 Strab. XIV, i, 29. — 9 C. inscr. gr. 2619, 2620; Le Bas et Waddington, Inscr. d' Asie Mineure, 2793-4. — lOAthen. V, 27. — il Bull, de corr. hellén. IX, 132. — 12 Otto Lüders, Dionys. Künstler, p. 184. — 13 C. inscr. gr. 5762. — 14 Orelli , Inscript, lat. 2542; cf. Senec. Ep. 76; Plutarch. Brutus , 51. — 16 Voir les textes réunis par Foucart, De scen. artif. p. 65-73, et une liste de la compagnie de Ptolémaïs, Bull, de corr. hellén.
tuait sur les questions financières, votait des récompenses ou des honneurs 22.
Comme dans la plupart des cités grecques, les prêtres et les magistrats étaient élus pour une année seulement, mais rééligibles. L’éponyme de la compagnie était, en général, le prêtre de Dionysos; dans les jeux, il siégeait à côté des prêtres et des magistrats de la cité23. Pendant son sacerdoce, il continuait à exercer son art. Ainsi, aux Sotéria de Delphes, le prêtre des artistes, Philonidas, joue dans une comédie comme protagoniste 2* ; à Téos, le prêtre Démétrios remporte la victoire au concours des citharèdes25.
Il est plusieurs fois question dans les inscriptions des magistrats (àp y-A) des compagnies; nous connaissons quelques-uns d’entre eux : l’agonothète à Téos, le trésorier et le secrétaire à Argos, l’épimélète à Athènes. Il y aurait peu d’intérêt à entrer ici dans le détail de leurs fonctions [agonothétès, grammateus, épimélétès]. Ce qu’il faut remarquer, c’est que ces prêtres et ces magistrats agissaient en vertu de leur charge, conformément aux lois et décrets de la compagnie; mais, pour toute affaire non prévue, ils devaient en référer à l’assemblée. A leur sortie de charge, celle-ci pouvait leur décerner comme récompense un éloge, une couronne, parfois un portrait ou une statue26.
Ces compagnies, suivant l’usage grec, décernaient à des étrangers le titre de proxènes; ceux-ci donnaient l’hospitalité aux artistes dionysiaques qui passaient par leur ville et se chargeaient de la défense de leurs intérêts auprès de leurs concitoyens27. On trouve aussi, dans la liste de Ptolémaïs, plusieurs bienfaiteurs honorés du titre de ï-tloTs/ytrai 28.
Chacune des compagnies avait sa caisse administrée par un trésorier ou un épimélète; elle possédait des biens meubles et immeubles, en particulier un TÉp.6voç ou enceinte sacrée dans laquelle s’élevait son temple. C’était là que se tenait l’assemblée, que les artistes dionysiaques se réunissaient pour célébrer leurs banquets et leurs cérémonies religieuses. Le culte, en effet, tenait une grande place dans leur existence et ils semblent avoir tenu à justifier le titre qu’ils prenaient de compagnie sacrée. Dionysos recevait naturellement les plus grands honneurs : procession solennelle au théâtre, le jour de sa fête, sacrifices tous les mois29. Il y avait aussi des victimes immolées à d’autres dieux, aux Muses, à Apollon Pylhien. La compagnie de l’Ionie et de l’Hellespont envoyait des théores au sanctuaire de Samothrace 30. Celle d’Athènes possédait à Eleusis une enceinte sacrée et son autel particulier; pendant les mystères, elle célébrait en son nom des cérémonies en l’honneur de Démëter et de Coré31.
Représentations. — L’objet principal de ces compagnies était d’assurer la célébration des jeux musicaux en l’honneur des dieux. Il n’était guère de cité grecque qui n’eût son théâtre et ses fêtes solennelles; mais bien peu auraient été en état d’entretenir le nombre d’artistes nécèssaires. il y eut alors deux manières d’y pourvoir. Pour les jeux les
IX, p. 133. — 16 Corp. inscr. gr. 3068 b. — n Bull, de coït. hell. IX, p. 133.
— 18 Le Bas et Waddinglon, Inscr. d’Asie Min. 281. — 19 Foucart, De scen. artif. p. 11. — 20 Le Bas et Waddington, Inscr. d’Asie Mineure, 281, 1. 35.
— 21 Bull, de corr. hellén. IX, p. 133, 1. 27 et 42. — 22Foucart, O. I. p. 14-18; Bull, de corr. hell. III, 352; C. inscr. att. II, 611, 626. — 23 Foucart, p. 49; Arch. Mittheil. Athen , VII, p. 318. — 24 Weschet et Foucard, Inscr. de Delphes, n° 3, 1. 2 et 49. — 25 Le Bas et Waddington, Inscr. d’Asie Min. 93. — 26 Foucart, p. 21-27. — 27 C . inscr. gr. 5672; Foucart, p. 27; Bull, de corr. hellén. IX, p. 133. — 28 Bull, de corr. hellén. IX, p. 133, 1, 39. — 29 Le Bas et Foucart, Inscr. du Péloponnèse, 116 a. — 30 Conze, Reise auf den Inscln des Trak. Meeres, p. 65. — 31 C. insc. ait. II. 628.
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plus célèbres, qui attiraient les concurrents par la gloire attachée aux couronnes ou par la valeur de leurs prix, il y avait de véritables concours. Les diverses compagnies ou même les artistes isolément venaient disputer la couronne. Mais c était le plus petit nombre. La plupart des 'illes traitaient avec une compagnie qui s’engageait, moyennant une somme fixée, à leur envoyer le nombre d artistes nécessaires; c’était alors une représentation plutôt qu’un concours. Les inscriptions de la ville de Iasos nous ont conservé un traité de ce genre. Après un échange d ambassades, comme entre deux états, la compagnie de 1 Ionie et de l’Hellespont s’engagea à envoyer à. Iasos deux tragédiens et deux comédiens, c’est-à-dire deux chefs de li oupe avec leurs acteurs, un chanteur s’accompagnant sur la cithare, un joueur de cithare ; en plus, les gens de service, machinistes et décorateurs. Ils devaient célébrer les jeux en 1 honneur de Dionysos à l’époque fixée et en se conformant aux lois de la ville33. La redevance à payer à la compagnie était probablement couverte par les donations des chorèges, citoyens ou métèques, qui les annonçaient un an d’avance [cuoregus]. A Délos, c’était le trésor sacré qui fournissait l’argent pour payer les artistes; il y avait meme dans le budget des hiéropes, chargés de 1 administration des revenus du temple, une somme fixée d’avance pour cette dépense 33. A Corcy re, deux particuliers léguèrent une somme placée à intérêt qui devait produire tous les deux ans cinquante mines, environ 5,000 francs, pour louer, à la fête des dionysia, trois joueurs de flûte, trois troupes de comédiens et de tragédiens, et pourvoir en outre à leur entretien pendant leur séjour34. Parfois aussi les compagnies, par piété pour le dieu ou par égard pour une ville amie, prêtaient gratuitement leur concours; c’est ce que fit, par exemple, la compagnie de l’Isthme et de Némée pour la fête des Soteria à Delphes38. Je ne sais s’il y avait des affiches pour annoncer les noms des artistes; mais, les fêtes terminées, les noms de tous ceux qui avaient figuré dans ces représentations sacrées et, même parfois, jusqu’aux costumiers, étaient gravés sur les stèles qui conservaient le souvenir des jeux; c’était moins par vanité que pour bien constater l’acte de piété accompli envers le dieu.
Les artistes dionysiaques étaient donc presque toujours en route, allant de jeux en jeux et parcourant successivement toutes les cités grecques. Ils allaient même fort loin de la ville où résidait leur compagnie, et il ne semble pas que chacune d’elles se bornât à la région où elle était établie. Nous voyons par exemple que la compagnie de l’Ionie et de l’Hellespont envoya ses artistes aux Sotéria de Delphes, aux Héracleia de Thèbes, aux Mouseia de Thespies30.
Il serait intéressant de connaître le répertoire de ces artistes. Ce qu’on peut constater, c’est qu’ils reprenaient les anciennes pièces épiques, lyriques ou dramatiques, d’auteurs célèbres et qu’ils en jouaient aussi de nouvelles. Dans les catalogues de jeux, on trouve en particulier la distinction entre les tragédies et les comédies anciennes et les nouvelles. Les fragments de didascalies, trouvés à Athènes, montrent qu’au ne siècle on jouait encore les pièces de la comédie nouvelle37, en même temps que les pièces de poètes contemporains, maintenant tombés dans l’oubli. Il est intéressant de voir que la production poé-
32 Le Bas et Waddington, Inscr. d'Asie Afin. 581.— 33 Bull, de corr. hcllcn. II, p. .*>71. — 31 C. inscr. gr. 1845. — 3ô ’E=r,n. 'A(ï. 1884, p. 218. — 36 C. inscr. gr. 6307, 3058 a. — 37 C. inscr. ait. II, 975. — 38 C. inscr. gr. 30 67. — 39 Le Bas et
tique ne cessa pas en Grèce et en même temps que la connaissance des chefs-d’œuvre fut répandue dans toutes les parties du monde hellénisé par Alexandre et ses successeurs. Ce double résultat fut atteint, en grande partie, grâce à 1 organisation des compagnies des artistes dionysiaques qui réunissaient des poètes de tout genre et des interprètes toujours prêts à représenter convenablement leurs œuvres dans les parties les plus éloignées du monde hellénique.
Privilèges. — Le caractère sacré que les représentations scéniques ou musicales avaient eu dès l’origine [dionysia], caractère que marqua le patronage de Dionysos aussi bien que le zèle des corporations pour le culte, assura aux artistes dionysiaques la faveur des dieux et une condition privilégiée. Dans une inscription de Téos, les artistes rappellent qu ils ont été honorés par les dieux, les rois et tous les Grecs, et que pour se conformer aux oracles d’Apollon Pythien, les Grecs leur ont accordé l'inviolabilité et la sûreté38. La loi étolienne reconnaissait cette inviolabilité des artistes39. Deux décrets des Amphictyons nous ont conservé 1 énumération de ces privilèges : « Que les artistes d Athènes possèdent la sûreté et l’immunité, que nul ne puisse mettre la main sur un artiste, ni en paix ni en guerre, ni sur terre ni sur mer, mais qu’ils jouissent de 1 immunité et de la sûreté que tous les Grecs leur ont précédemment accordées ; que les artistes soient exempts de tout service militaire sur terre ou sur mer, afin qu’ils s’acquittent, aux temps fixés, de tous les honneurs envers les dieux dont ils sont chargés, sans trouble, et consacrés au service des dieux; que nul ne puisse mettre la main sur un artiste ni en paix ni en guerre, ni prendre sur lui des gages, à moins qu’il ne soit le débiteur, pour une dette privée, d’une ville ou d’un particulier40. »
A ces privilèges déjà si considérables et dont quelquesuns, comme 1 inviolabilité et l’exemption du service militaire, existaient déjà du temps de Démosthène 41, vint s’ajouter la protection des successeurs d’Alexandre. Les rois de Pergame avaient accordé de telles faveurs à la compagnie de Téos que les artistes leur rendirent les honneurs divins et que les artistes prirent le nom d’Attalistes42. Les Ptolémées permirent aux compagnies de Chypre et de Naucratis d’associer leur patronage à celui de Dionysos43.
Les artistes dionysiaques n’eurent pas à souffrir de la conquête romaine. Bien qu’à Rome le métier d’histrion fût infâme et entraînât la dégradation, les Romains traitèrent les artistes dionysiaques suivant les idées grecques. Voici une lettre adressée, au temps de la république, par un général romain à la compagnie de Thèbes : « Je vous accorde, en considération de Dionysos et des dieux et aussi de la profession dont ils sont les patrons, d’être exempts des prestations et des logements militaires et de n’ètre soumis à aucune contribution d’aucun genre, vous, vos femmes et vos enfants jusqu’à leur majorité44. » Plusieurs généraux romains témoignèrent une grande faveur aux artistes dionysiaques. Ils accoururent de toutes les parties du monde héllénique aux jeux que Paul-Emile célébra à Amphipolis, après la défaite de Persée48. Ils s’étaient rendus en grand nombre en Italie pour les jeux que donnèrent à Rome Fulvius Nobilior et Scipion l’Asia-
Waddington, Inscr. d’Asie Mineure , 85. — 40 C. inscr. ait.. Il, 551.— 41 In Mid. 58, 59.-42 C. inscr.gr. 30 69, 307 0, 3 071. — 43 C. inscr. gr. 2619, 2620; Bull, de corr. hellén. IX, p. 132. — 44 Mitlheil. Athen. III, p. 140. — 4b T. Liv. XLV, 32.
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tique46. Quelques-uns des généraux triomphateurs ne voyaient dans la présence des artistes grecs qu’un moyen de rehausser la magnificence des jeux qu’ils donnaient au peuple romain. Polybe a raconté une scène d’impudente bouffonnerie dans laquelle les artistes dionysiaques menés à Rome se moquèrent de l’ignorance du préteur Anicius et du public 47.
Sous l’empire, les corporations dionysiaques continuèrent à prospérer. L’établissement de jeux grecs à Rome par Néron et Domitien leur valut probablement la faveur de ces empereurs. Mais ce fut surtout sous les Antonins qu’ils atteignirent au comble de la prospérité. Toutes les corporations se réunirent en une seule compagnie placée sous le patronage de l’empereur associé à Dionysos. Voici le titre qu’elle prit : 'II tepà 'ASptavvi, AvTcovstvz) , 8uus)ax7), 7r£pi7roÀiffT txy] , pteyd)?] cuvoSoç twv duo TT); otxoupEvviç TCpt tov Atovuaov xal AOtoxpocxopa Kaiaapx T. AiXtov 'Aoptavov ’AvTtovstvov ZEjjatj-ïov XEyvcrwv48.
Individuellement, les artistes n’étaient pas moins honorés. Un grand nombre d’inscriptions de cette époque attestent que les cités leur élevaient fréquemment des statues; les villes s’empressaient de leur conférer le droit de cité, le titre de sénateur; beaucoup d’entre eux avaient été faits citoyens romains. Jamais les jeux, où ils pouvaient gagner la gloire etl’argent, n’avaient été aussi nombreux49. En voici un exemple : « La ville de Smyrne à son compatriote G. Julius Julianus, tragédien, vainqueur aux jeux célébrés pour la troisième fois (à Sparte) en l’honneur de Jupiter Uranios, aux jeux Pythiens et Actiens, dans les jeux de l’Asie et de la Crète, 340 fois vainqueur dans d’autres jeux triennaux et quinquennaux, gratifié du droit de cité dans toute la Grèce, la Macédoine et la Thessalie60. » Une ville élevait une statue à un citharède « couronné dans tous les grands jeux du monde entier depuis le Capitole jusqu’à Antioche de Syrie 61 ». La dernière inscription où soit mentionnée la compagnie universelle des artistes dionysiaques date du règne de Caracalla52, mais il est probable qu’elle dura autant que l’empire romain. P. Foucart.
DIOPTRA [astronomia, t. I, p- 489].
1JIORTIIOTÈRES (AiopôcoTïjpE;). — Titre donné, dans un décret de Corcyre, aux membres d’une commission, qui, de temps à autre, était instituée pour réviser et pour réformer la législation en vigueur (SiopQwat; rôiv vopwv)1. On peut rapprocher de ce décret le passage de Plutarque dans lequel on lit que les Athéniens nommèrent Solon xrj; nohxaaç oiop0wxr)v xal vouoâÉxr |v 2. E. Cailt.emer.
DIOS lîOUS (Aiôç pou;). — Le taureau de Zeus, fête Milésienne, dont on ignore les détails*. Une inscription qui
46 T. Liv. XXXIX, 22 ; XLI, 28. — 47 Polyb., XXX, 13. — 48 Bull, de cor», hellén.
I X y p. 126. Cf. Corp. insc. gr. 6785; Le Bas et Waikiington, Inscr. d’Asie Min. 1619. — 49 Voy. Foucart, chap. x. — 60 Le Bas et Foucart, Inscr. du Péloponnèse , 179 a. — 61 C. inscr. gr. 3425. — 62 C. inscr. gr. 6829. — Bibliographie.
P . Foucart, De collegiis scenicorum artificum apud Graecos, Paris, 1873 ; 0. Lüders, Die dionysischen Künstlcr, Berl. 1872; Aem. Reiscli, De musicis Graecorum certaminibus , Vienne, 1885.
DIOHTIIOTÈRES. 1 Coi'p. inscr. gr. II, n° 1845, lig. 147 et s. — 2 Solo,
DIOS BOUS, i Ilesych. I, p. 1004. Cf. Hermann, Lehrbuch der gottesdienstl. Alterth. p. 464, note 12. — 2 Corp. inscr. gr. 2858.
DUJSCURl. 1 Aïoo-xôçw, Aïotrxôpoiv, etc. Eur. Or. 459 ; Aristopli. Pax , 285; Eccles. 1069; Athen. XIV, p. 642 A; Luc. Gall. XX; Dial. Mer. XIV; Corp. inscr. attic . III, 195; Mittheil. des deulsch. Inst. t. VII, p. 359. — 2 Phrynichus, p. 235.
— 3 Corp. inscr. gr. nos 1261 (Sparte) ; 1826-27 (Corcyre) ; 2374 e (Paros) ; Mittheil des deutsch. Inst. t. VII, p. 359 (Orchomène) ; Ditteuberger, Syllogc inscr. gr, n° 370 (Erythrée). — 4 Inscription de Sellasie, Roehl, Inscr. antiquiss. 62 a.
— B Plin. ffist. nat. X, 43; Serv. Ad Georg. 111, 89; Ilor. Carm. III, 29, 64.
relate une (üo7]yia, à Milet, fait peut-être allusion à celte cérémonie2. H.
DIOSCURI. — Les Dioscures, fils de Jupiter, Atduxoupot, plus correctement Atduxopot ou Aioaxdp» au duel* ; c’est la forme sans u que préfère Phrynichus2 et qui prédomine dans les inscriptions de bonne époque 3. Atdo'xoupot est plus fréquent dans les textes littéraires : on trouve aussi en Laconie Atôoxwpot 4. En latin, on a le pluriel Casiores 6. Le nom de Dioscures était particulièrement appliqué à Castor et à Pollux, Kdaxwp, IlokiSsuxvi;, mais il était aussi porté par d’autres couples analogues, par exemple les deux fils d’Antiope, Amphion et Zéthus6, qui sont appelés, comme les Dioscures, aeuxo7tw),w 7 et ne sont autres que les Dioscures thébains. Le nom Koérxiop a été rattaché à une racine xxS signifiant briller 8, celui de IloXuoeûxv); à une racine 5sox, Ssux, de signification analogue9; on l’a aussi expliqué par le vieux mot étolien Seüxq; équivalant à yl.uxu; *°, mais toutes ces étymologies sont fort incertaines. La forme primitive de Atoaxopot est Atfô; xoïïpoi, fils de Jupiter, ou Atôç xoupoi **. Le singulier Atoc-xopo; est inusité *2. Les Dioscures sont aussi nommés TuvcxptSat *3, TtvoaplSat *4, Tyndaridae *6, c’est-à-dire « fils de Tyndare » : ce dernier nom est à l’origine un surnom de Jupiter, de la racine xu5 signifiant frapper 16 . Quand le surnom fut oublié, on fit de Tyndare le père putatif des Dioscures, Tuvoa'pEw TtaiSe; *7, et l’évhémérisme des temps postérieurs représenta Tyndare comme un roi de Sparte, auquel les Dioscures auraient succédé *8.
Analogies orientales. — Il existe dans le panthéon védique un couple divin dont l’analogie avec les Dioscures a été signalée de bonne heure : ce sont les Açvins, c’est-àdire les cavaliers 19 (sanscrit açvas, cheval). Plusieurs hymnes du Rigvéda sont des invocations aux Açvins considérés comme les jumeaux puissants du ciel, divo napâtâ, fils de Vivasvat(le ciel) et de Saranyû, qui les ont procréés sous forme chevaline. Les savants indous et les mythologues modernes, tout en rapportant la conception des Açvins à des phénomènes lumineux, ne sont pas d’accord pour en préciser la nature. On y a vu successivement le jour et la nuit, l’étoile du matin et celle du soir, la double constellation des gémeaux, les dieux du crépuscule, représentants des ténèbres qui cèdent et du jour qui point, couple formé par le dernier instant de la nuit et le premier du jour. Cette explication, déjà proposée par Goldstücker, a été récemment développée par M. Myriantheus. M. Rergaigne se demande si le couple lumineux des Açvins ne personnifiait pas aussi, dans les Yédas, l’opposition d’un dieu opérant dans le ciel et du feu du sacrifice opérant sur la terre20. Il remarque d’ailleurs à ce sujet :
— 6 Jo. Malul. p. 234, 19; Etym. Magn. p. 277, 7 Cf. Arch. Zeit. 1833, p. 72.
— 7 Eur. Berc. fur. 29; Phoen. 609; Hesych. s. u. Cf. Myriantheus, Die Açvins,
München, 1876, p. 48-49. — 8 Pape, Oriech. Eigennamen , t. 1, p. 635; Curtius, Griech. Etym. p. 138. — 9 Pape, Griech. Eigennamen, t. II, p. 1224. Cf. Schumann, Griech. Alterthümer, t. II, p. 509, note 1. — 10 Schol. ad Nicaudr. T/ier. 625. Cf. Pape, s. v. ; Curtius, Griech. Etym. p. 492. — lt Iloin. Bymn. XXXII, i, 9; Ilesych. Miles. Fr. 4, 37; Pherec. in Schoi. Od. XIX, 513. — 12 Etym. Magn. s. v. — la Hom. Bymn. XVII; Arist. Lys. 1301; Eur. Et. 1295; Roehl, Inscr. antiquiss. 515 (à Sélinonte). — 14 T,viaf(i«, St5UInoi, Roehl, Inscr. antiquiss. 62 a; cf. Bull, de corr. hellén. II, p. 365. — 15 Ov. Fast. V, 700; Metam. VIII, 301. — IG Curtius, Griech. Etym. p. 226, 227. — 17 Paus. III, 13, 2. Cf. Schoi. ad Odyss. XI, 298 : To»v ni, i.î,,-, Jè TavJip!». 18 paus.
111, 1, 5. — 19 Lassen, lndische Alterthumskunde, t. I, p. 762; Benfey, Glossar. des Sdma-Véda, s. v. Açvin; Weber, lndische Studien, t. V, p. 234; Max Millier, Lectures, p. 543; Myriantheus, Die Açvins oder arische Dioskuren, Munich, 1870 (cf. sur ce livre, Bergaigue, Bévue critique, 1877, n» 36, p. 129-131). Cf. Maury, Belig , de la Grèce, t. I, p. 208 ; Gubernatis, Mythol. zoolog. t. 11, p. 333,
— 20 Bergaigue, Revue crit. 1877, t. II.
DIO
« Que le fonds commun de croyances conservé par les divers peuples indo-européens après leur séparation ait comporté la formation d’un couple mythique tel que celui des Açvins dans l’Inde et celui des Dioscures en Grèce, c’est ce qui peut être admis sans difficulté. A ce point de vue, il est très légitime de rapprocher les traits analogues de l'un et de l’autre mythe et d’en expliquer la concordance par l’identité des croyances primitives. Mais il y a loin de là à admettre l’existence, dans la période indoeuropéenne, d’un mythe exactement délimité et définitivement fixé. » Nous nous associons entièrement à ces réserves.
Dans le Zendavesta, les Açvins paraissent sous le nom de Aspîna yâvîno, « les deux jeunes Açvins21 ». Nous savons par Timée 22 que les Celtes avaient un culte particulier pour les Dioscures, qui passaient pour être nés de l’Océan. Les images de Castor et Pollux sont représentées sur un autel découvert à Paris à côté de divinités celtiques23. Tacite dit que les Germains adoraient un couple analogue sous le nom d ’Alcis n. On a aussi identifié aux Dioscures les clêwa deli de la mythologie lithuanienne, qui sont comme eux des héros cavaliers83.
Naissance des Dioscures. — Les Dioscures sont fils de Léda et de Tyndare 20, ou de Léda et de J upiter 27 ; ils sont jumeaux28. Pollux est fils de Jupiter, seul immortel; Castor, son frère puîné, est fils de Tyndare, frère de Clytemnestre et mortel 29. Léda s’est unie dans la même nuit à Jupiter métamorphosé en cygne, dont elle a eu Pollux et Hélène, et à son époux Tyndare, père de Castor30. Léda met au monde un œuf31 d’où sortent les Dioscures et leur sœur Hélène32. D’après la tradition la plus ancienne, Hélène seule naît d’un œuf, produit des embrassements de Jupiter et de Némésis : cet œuf est l’objet des soins de Léda 33. Ailleurs, il est dit que cet œuf de Némésis contient les Dioscures avec Hélène 3l. Les Dioscures viennent au monde sur le flanc du mont Taygète 38, ou à Amyclae 30, ou dans une petite île voisine de Pephnos sur la côte occidentale de Laconie, qui avait autrefois appartenu aux Messéniens : de là Mercure les amène à Pellane, résidence de Tyndare37.
Histoire légendaire. — Comme les Dioscures appartiennent au plus ancien fonds de la mythologie hellénique, leur nom s’est trouvé mêlé à beaucoup de traditions locales; plus tard, à l’époque de l’evhémérisme, on a fait
21 Myriantlieus, Op. laud. p. 43-44. — 22 Timae., ap. Diod. Sic. t. IV, p. 56.
— 23 Mowat, Bullet. épigraph. I, p. 118. Le passage de Timée a échappé au savant éditeur des inscriptions de Paris. — 21 Tac. Germ. XLIII, 15; cf. le commentaire de Schweizer Sidler sur ce passage et Myriantlieus, Op. I. p. 52.
— 25 Mannhardt, Ethnol. Zeitschr. 1875, p. 309. On retrouve dans la mythologie des peuples sauvages certaines divinités analogues aux Dioscures grecs. « La même ressemblance entre les légendes grecques et australiennes apparaît pour la constellation de Castor et Pollux. Dans les deux pays, ils ont été des hommes. En Australie, Turri et W angel sont des jeunes hommes qui poursuivent Purra et le mettent à mort. Chez les Boschimans, Castor et Pollux, au lieu d’être des hommes, sont deux épouses de la graude antilope indigène. » (Andrew Lang, La mythologie , trad. Parmentier, Paris, 1886, p. 172-73). Nous signalons ces rapprochements à titre de curiosité, mais sans leur attribuer la même valeur que les folkloristes. — 20 Hom. Od. XI, 298-305; II. III, 238. Cependant, dans Homère, Hélène, sœur des Dioscures, est fille de Jupiter (II. III, 426; Od. IV, 184, 219). — 27 Hom. Hymn. XVI, XXXI (éd. Gemoll); Theocr. XXII, 1 ; Hesiod. ap. Schol. Pind. Nom. X, 150; Eur. Or. 1689; Pind. Pyth. XI, 94; Hygin. Fah. 14, 155 , 224. — 28 Pind. Ol. III, 6t (^i^ujjLvot) ; Eur. El. 1238 ($hrru;(oi) ; Theocr. XXII, 5 ; Roehl, Inscr. an ti quiss. 62 a.
29 Pind. Nem. X, 150; Theocr. XXII, 176, 183 ; XXIV, 130; Hygin. Fah. 77;
Apollod. III, 10, 7; Cypr. fragm. 5, ap. Clem. Alex. Protrept. p. 26. — 30 Apollod. III, 10, 7. — 31 On racontait une histoire semblable touchant la naissance des Molionides, àpçottfou; yEYai"Taî £V <"ei? “PTU?£V> Ibycus ap. Athen. p. 57 F, 58 A.
— 32 Schol. Lycophr. 88, 511 ; Schol. Callim. In Pian. 232; Schol. Od. XI, 298; Ausone, Epigr. 56; Serv. Ad Aen. III. 328. Voy. les Dioscures naissant de l’œuf, sur un miroir d’Orvieto, Gaz. archéol. 1877, pl. 3. Cf. un vase peint de Saint-Pétersbourg. Vasensammlung, n° 2188 et le Compte rendu de Saint-Pétersbonrg, p. 1861, p. 136 sqq. — 33 Apollod. III, 10, 7; Hygin. Astr. II, 8. Cf. Paus. I, 33, 8, et, pour
effort pour concilier les diverses légendes et pour les combiner, de sorte que les récits les plus complets sont formés d’éléments disparates. Rappelons brièvement les fables où ils ont joué un rôle secondaire, avant de passer aux trois épisodes principaux de leur histoire.
Sur un beau vase de Milo, actuellement au musée du Louvre, les Dioscures à cheval combattent avec les dieux contre les géants38. Parmi les épisodes figurés sur le coffre de Cypsélus 30, Pausanias mentionne une course de chars, conduits par Pisus, Asterion, Pollux, Admète et Euphémus; ce dernier remporte la victoire. Au lieu de Pollux, on trouve Castor, KAMTOP, sur une amphore de Caeré 40 qui représente le même épisode. Quelques fragments d Alcman font allusion à un combat entre les Ilippocoontides et les Dioscures, qui exterminèrent leurs adversaires41. Ils paraissent dans le récit de la chasse de Calydon [meleager] à côté des Apharides Idas et Lyncée42. Ovide les fait figurer au premier rang des chasseurs43, et Scopas les avait représentés dans le fronton du temple de Minerve à Tégée, où il avait sculpté une scène de la chasse44. Dans l’expédition des Argonautes [argonautae], Pollux triomphe d’Amycus, roi des Bébryces, au combat du ceste46. Les Dioscures apaisent un orage46, fondent la ville de Dioscourias en Colchide 47, rapportent de ce pays une image d’Arès et le culte d’Athéna Asia48.
Sur une magnifique amphore de la collection Jatta, on voit Castor et Pollux soutenant dans leurs bras le géant Talos qui expire, empoisonné par un breuvage de Médée 49. La scène se passe dans l’ile de Crète, où la légende place le géant Talos, qui meurt pour s’être opposé au débarquement des Argonautes80.
Castor et Pollux détruisent la forteresse de A3 ou AS; sur le Taygète, au-dessus de Gythium, d’où leur surnom de AaTupacu 81 . Les Dioscures auraient aussi combattu Agamemnon pour protéger leur sœur Clytemnestre 82. Ils vinrent au secours des Locriens, qui avaient imploré l’aide de Lacédémone contre les Crotoniates. Pendant le combat, qui se livra à la rivière Sagra, un aigle, messager de Jupiter, planait au-dessus des Locriens : aux ailes de l’armée combattaient deux héros vêtus de pourpre, couverts d’armures éclatantes, montés sur des chevaux blancs, qui disparurent tout de suite après le combat63. Cette légende
ces différentes versions, Heyne, Observ. ad Apollod. biblioth. p. 285. — 3V Auson. Epigr. 56. — 35 Hom. Hymn. XVI et XXXII; Pind. Isthm. I, 45. — 30 Theocr. XXII, 122; Virg. Georg. III, 89. — 37 Alcman ap. Paus. III, 26, 2; Paus. IV, 31, 9. Castor et Pollux prenant congé de Tyndare sont représentés sur deux amphores d’Exékias (voy. fig. 2433 et note 108). On doit peut-être reconnaître le même sujet sur une coupe de Kakrylion, B rit. Mus. Vases , n° 827; cf. ibid. nos 528, 555, 562. — 38 Monum. publiés par l’Assoc. pour Veneour. des études gr. n° 4 (1875), pl. i et ii. — 39 Paus. V, 17, 9. — *0 Monum. dell'Inst. X, pl. 4, 5; Furtwaengler, Antiquarium , n# 1655. — 41 Bergk, Poetae lyrici graeci , 4” éd. t. III, p. 28 et s. — 42 Apollod. I, 8, 2; Hygin. Fab. 173. — 43 Ov. Metam. VIII, 300. — 4V Paus. VIII, 45, 4. Castor et Pollux, attaquant le sanglier, sont figurés sur le \ase François ,* cf. Monum. dell’ Inst. IV, pl. 54, 55, 59 ; coupe de Glaukytos à Munich, 0. Jahn, Vasensammlung , n° 333; Gerhard, Auserl. Va- 5en6.pl. 235-236 \ Apul. Vasenb. pl. 8-10; Furtwangler, Antiquarium, n° 3258; amphores attiques, Gerhard, Etrusk. Campan. Vasenbilder, pl. x, 1-3; Furtwangler, Antiquarium, n° 1705. — 45 Apollod. I, 9, 20; Hygin. Fab. 17; Apollon. Rhod. II, Init. ; Theocr. XXII; cf. Annali dell' Inst. arch. 1869, p, 198; Monu~ menti, t. IX, pl. vu. — 46 Diod. IV, 43; Plut. De plac. phil. II, 18 ; Sen. Quaest . Nat. I, 1. — 47 Strab. XI, p. 496; Hygin. Fab. 275 (Dioscorida) ; P. Mêla, I, 19; Justin. XLIII, 3; Plin. VI, 5. — 48 Paus. III, 19, 7; 24, 7. — 49 Archaeol. Zeit. 1846, pl. xliv, xlv, p. 313; 1848, pl.xxiv; atlas du Bullett. archcolog. napolitano, pl. ni et pl. vi ; Baumeister, Denkm. des kl. Alt. p. 1722, fig. 1804; p. 1723, fig. 1805. — 50 Apollodor. I, 9, 26; Schol. Apoll. Rhod. IV, 1638. — 51 Steph. Byz. s. v. A à ; cf . Pape, Griech. Eigennamen, s. v. Aairspo-ai; Myriantlieus, Die Açvins, p. 108. — 62 Eur. Iph. Aul. 1153. — 53 Cic. Nat. deor. II, 2, 6, III, 5, 13; Justin. XX, 3, 4; Diod. Exe. Vatic. VII-X ; Suidas, s. v. A\'t\Haxa.~a tôîv Edy pot. Cf. Myriantheus, Die Açvins, p. 110.
a pu donner naissance à celle de l’intervention des Dioscures en faveur des Romains à la bataille du lac Régille 6t.
Les fils d’Apharée, Idas et Lyncée, dont les noms ont été expliqués par des racines indo-européennes en rapport avec l’idée de lumière ( vid et /m/c), ne sont peut-être que les Dioscures messéniens, opposés aux Dioscures de Laconie Castor et Pollux66. Comme les Dioscures, auxquels ils étaient apparentés, ils avaient pris part à l’expédition des Argonautes et à la chasse de Calydon56. Un jour, les Apharides et les Dioscures emmenaient des troupeaux dont ils s’étaient emparés en Arcadie. Idas, chargé du partage, décida que la moitié du butin appartiendrait au premier qui aurait mangé un quartier d’un taureau qu’il avait coupé en quatre” ; le second recevrait l’autre moitié. Comme il réussit à manger avant les autres non seulement son quartier, mais celui de son frère, Idas, avec Lyncée, poussa tout le troupeau vers la Messénie. Les Dioscures les suivirent, reprirent le troupeau avec d’autre butin et épièrent les ravisseurs. Lyncée, dont la vue était perçante, aperçut Castor et Pollux (ou Castor seulement) dissimulés dans le tronc d’un arbre. Un combat commença68, au cours duquel Idas tua Castor et Pollux tua Lyncée : mais Idas, après avoir tué Pollux d’un coup de pierre, fut frappé de la foudre par Jupiter, qui enleva Pollux au ciel 59. La scène de ce combat était la Laconie ou la Messénie 60 ; Ovide la place à Aphidna61. Des récits différents sont donnés par Pindare62 et par IJygin °3. Suivant Pindare, Castor venait d’enlever le troupeau d’Idas : Lyncée l’aperçut du sommet du Taygète et appela son frère. Ils fondirent ensemble sur Castor et le tuèrent. Pollux accourut et les mit en fuite, mais ils s’arrêtèrent près du tombeau d’Apharée, et là, saisissant une statue d’Hadès 6’’, ils la lancèrent contre Pollux. Celui-ci, brandissant un javelot, perça le flanc de
Lyncée, tandis que la foudre de Jupiter consumait Idas. Pollux accourt auprès de Castor expirant. Jupiter lui laisse le choix entre l’immortalité et le partage de la vie avec son frère : Pollux passera la moitié de sa vie dans la nuit du tombeau et le reste du temps dans l’Olympe. Pollux, n écoutant que son amour fraternel, accepte ce dernier parti : aussitôt Castor ouvre de nouveau les yeux à la lumière Cj.
Une tradition postérieure 66, ou plutôt la combinaison de deux traditions, mettait la lutte des Dioscures et des Apharides en rapport avec l’enlèvement des Leucippides. Cellesci, appelées Phébé et Hilaire («Potpvi, 'Ua'eipa), noms dont la signification lumineuse est évidente, étaient les filles du roi messénien Leucippe ou, suivant d autres, d Apollon °7. Mais Leucippe est identique à Apollon, comme Tyndare à Jupiter. Les Leucippides étaient fiancées à Idas et à Lyncée, neveux de Leucippe : Phébé était prêtresse de Minerve, Ililaïre de Diane. Les Dioscures enlevèrent les jeunes filles à leur banquet de noces et furent bientôt attaqués par les Apharides. Suivant le récit d’Hygin 68, Castor tua Lyncée; Idas cessa le combat et s’occupa de rendre les honneurs funèbres à son frère. Castor voulut l’en empêcher, disant que Lyncée s’était laissé vaincre comme une femme : làdessus, Idas perça de son épée le flanc de Castor ou le tua sur le bûcher de son frère. Pollux accourt, tue Idas et ensevelit Castor; puis il obtient de Jupiter départager avec son frère la vie et la mort. D’après Théocrite, les Dioscures ont enlevé à la fois les Leucippides et les troupeaux des Apharides. La première rencontre a lieu près du tombeau d’Apharée. Lyncée engage un combat singulier avec Castor : il est tué, mais Idas, témoin du combat, s’élance sur le vainqueur, qui est sauvé par la protection de Jupiter. Idas, frappé de la foudre, est consumé. Il y a encore d’autres variantes sur lesquelles il est inutile de nous
arrêter. Pollux eut de Phébé Mnesileus, Mnesinous ou Asinous; Castor eut d’Hilaïre Anogon, Anaxis ou Aulothus 60.
S'*Cic. Nat. Deor. II, 2, 6; III, 5, Il ; cf. Preller, Mm. Mythol. p. 661. — 38 Myriantheus, Op. laud. p. 48. — 66 Apollod. I, 8, 2; Ov. Metam. VIII, 305; Apoll. Khod. I, 151 ; Orph. Argon. 178. — 67 Apollod. III, H, 2. — 68 Comparez l’hydrie publiée par le duc de Luyues, Description des vases peints , pl. ix et x, où Miucrve occupe le milieu de la scène. — 5® Apollod. III, n, 2; Ov. Fast. V, 700 et s. La source la plus ancienne est un fragment des Cypriaques, dans le schol. de Pind. Nem. X, 114 ; cf. Schol. Lycophr. 511 ; Tzetzès, Chil. II, 710. — 60 Boeckh, Explic. Pind. p. 472. — 61 Ov. Fast. V, 609; cf. Steph. Byz. "AyiSvix. — 62 Pind. Nem. X, 112-132. — 63 Hygin. Fah. 80. — 6V Cette statue d'Hadès placée sur le tombeau d’Aphacée est justement rapprochée par M. Furtwaengler ( Lexilc . dcr Mythol. p. 1160) de certaines sculptures Spartiates récemment découvertes (cf. Arch. Zeit. 1881, pl. 17, 3). Dans Apollod. III, 11, 2, il est question d'une pierre seulement
L’enlèvement des Leucippides a souvent été représenté par l’art : Pausanias mentionne un bas-relief de Gitiadas
ou d un cippe, itÉTça fi ÀtOivîj èx to*j ’A-iapéinç Tasou, dit le schol. de Lycophron). — 65 Même récit dans Apollodore, III, il, 2. Pollux, tué par Idas et enlevé au ciel par Jupiter, refuse l’immortalité. Cf. Virg. Aeneid. VI, 121. On a rapporté à ce rachat de Castor par son frère une peinture d’un vase de Canosa dont la scène est aux Enfers ( Annali dell' Inst. 1337, p. 235). — 6ü Theocr. XXII, 137; Lycophr. 535 et s. et le scholiaste; Ov. Fast. V, 699; Hygiu. Fab. 80; Schol. Pind. Nem. X, 112; Schol. Iliad. III, 242. Heyne rapporte à cet épisode des Leucippides les tragédies perdues qui étaient intitulés Les Dioscures , par Patrocle de Thurium et Sophocle le Jeune ( Observât . ad Apollod. Biblioth. p. 29 0). — 67 Cypriaques citées par Paus. III, xvi, 1. — 68 Hygin. Fab. 80. — 69 Tzetzès, Ad Lycophr. 511. Les Dioscures, comme les Açvins védiques, s’unissent à l’Aurore; cf. Myriantheus, Die AçuinSy p. 50, 51.
les deux quadriges est 1 image archaïque d’une déesse, peut-être l'Artémis Limnatis de Messène. Peitho (nEi®ù) s’éloigne en courant, pendant que Agavé (ArAïH) 13 court vers Jupiter (lEïz), assis le sceptre à la main. Près d’un autel, devant le groupe, est assise Aphrodite (a<i>poaith); devant elle est agenouillée Chryséis (xpyseix). L’aurige du quadrige de Castor s’appelle Chrysippe (xpyliiiiioz). La scène de l’enlèvement est beaucoup plus mouvementée
Fig. 2431. — Enlèvement des Leucippides. — Sarcophage romain.
bparte et une peinture de Polygnote dans un temple d’Athènes où cette scène était figurée 10. Parmi les monuments qui subsistent71, un des plus intéressants est la peinture d'une hydrie signée meiaiax eiioihxen au musée Britannique , composition dont nous reproduisons ici le registre supérieur (fig. 2430). On voit, dans deux quadriges, Pollux et Hilaïre, d’une part (iioayaeykthj:, eaepa), Castor et Ériphyle de l’autre (kaiitsïp, epi*yah). Entre
sur un sarcophage du Vatican74 (fig. 2431), dont les motifs sont peut-être empruntés à des peintures. Entre les deux ravisseurs on aperçoit les compagnes des Leucippides qui s’enfuient; sur la droite, Philodikè, la mère des jeunes filles, et leur père Leucippe; sur la gauche, deux guerriers combattant, où l’on a voulu reconnaître Lyncée s’efforçant de retenir son frère Idas, mais qui représentent plus vraisemblablement, comme en raccourci, la lutte des compagnons des Dioscures contre ceux des Apharides. On a découvert à Dodone75 une plaque de bronze du plus beau style, décoration d’un géniastère de casque, qui représente le combat de Pollux et de Lyncée ; ce dernier est déjà terrassé et le Dioscure, reconnaissable à son casque conique, s’apprête à lui porter le dernier coup (fig. 2432).
Un autre exploit mythique des Dioscures est la délivrance de leur sœur Hélène, enlevée soit par Thésée et Pirithoüs, soit par les Apharides76 : suivant cette pre- .mière version, Thésée gardait Hélène dans la forteresse d'Aphidna en Attique et refusait de la livrer à ses frères. Les Dioscures ravagèrent l’Attique 77 ; pendant que Thésée était avec Pirithoüs aux enfers, ils prirent Aphidna78 et enlevèrent Hélène avec la mère de Thésée, Aethra79. Puis ils installèrent Ménesthée sur le trône de l’Attique 80. Ménesthée introduisit dans ce pays le culte des Dioscures81; Aphidnos les avait adoptés pour qu’ils pussent être initiés aux mystères éleusiniens. Cette légende comporte des variantes nombreuses. Tyndare a livré lui-
10 Paus. III, 17, 3; I, 18, 1. La même scène est signalée par Pausanias sur le trône (le l'Apollon d’Amyclée, Paus. III, 18, 11. - 71 Winckelmaun, Moimm. ined. I, pl. 62 (sarcophage de la villa Medici) ; Bursian, Archaeol. Zeit. 1852. pl. IL, 1, p. 433 ; Jahrb. des d. Inst. 1886, pl. x, 2, p. 271 sq. ; 'Estin- 1885> pl. 5, 1 a; Calai. Jatta (Naples, 1869), n» 1096 ; Chabouillet, Catal. des Camées , n° 2808 ; cf. M. Albert, Le culte de Castor et Pollux , p. 137 et s. — 72 Gerhard, A/cademische Abhandlungcn, pl. xm, p. 177-191 ; Klein, Die griechischen Vasen mit Meistersignaturen, Wien, 1887, p. 203, ou l'on trouvera les autres références bibliographiques. Ce vase est probablement imité d’une peinture de Polygnote ( Classical Reuiew , 1888, p. 123). — 73 Aglaia selon Jahn, Arch. Aufs. p. 132. .— 7V Mus. Pio Clem. t. IV, pl. 44; Baumeister, Denlcmtiler, fig. 499. — 76 Carapanos, Dodone, pl. xv et la notice de M. Ileuzey, p. 187. Cf. le bas-relief publié par Zocga, Bassirilievi, t. I, pl. lï. — 76 Plut. Thés. XXXI; Apollod. III, 10, 7; Lucian. De saltat. 40; Paus. I, 17, 5; 41, 3-4. Sur le coffret de Cypsèle, les Dioscures étaient figurés de part et d'autre d'Hélène, aux pieds de laquelle était Aethra; Paus. V, 19, 2. Un vase (de Witte, Cabinet Durand , n» 372) montre Castor et Pollux ramenant Hélène voilée (cf. ibid. nos 309, 361, 371, 405, etc.). Cette inter-
mème Hélène à Thésée, de crainte que l’Hippocoontide ,
Fig. 2432. — Combat de Pollux et Lyncée.
Enarsphoros ne lui fît violence 82 ; Castor est blessé à la cuisse droite par Aphidnos, roi d’Aphidna83; Titacus,
prétation est d’ailleurs peu certaine; on pourrait reconnaître plutôt dans cette scène Acamas et Damophon ramenant Aethra. Cf. Furtwangler, Antiquarium, n° 1731, qui hésite entre ces deux explications. Hélène entre les Dioscures parait sur le sarcophage de Képhisia ; Urlichs, Beitràge , pl. xvi ; cf. Benndorf, Arch. Zeitung, XXVI, p. 39; Roseher, Lexikon (1er Mythol. p. 195, et sur une monnaie de Termessos, ibid. p. 1972. Cf. plus bas, notes 219, 220. Sur des vases où figurent Paris et Hélène, on voit quelquefois deux éplièbes interprétés comme les Dioscures : Stephani. Vasensamml. der Ermit. nos 1924, 1929. Les Dioscures fopt bon accueil à Paris quand il vient en Grèce à la cour de Ménélas ; plusieurs vases peints les montrent assistant à l’enlèvement de leur sœur par le prince troyen ; Stephani, Compterendu de la comm. arch. de Saint-Pétersb. p. 1861, p. 126, 132. — 77 ’Albivaç au lieu d’ 'Activa; dans Paus. I, 41, 4; Schol. II. III, 242; cf. Bergk, Poetae lyrici , t. III, p. 19; Heyne, Ad Apollod. biblioth. p. 237. — 78 Alcman. Fragm. 13 ; Paus. I, 41, 4; Hellanic. Fragm. 74; Schol. II. III, 242; Apollod. 111, 10, 7. — 79 Aelian. Var. Iiist. IV, 5 ; Paus. I, 17, 5. — 80 plut. Thés. XXXIII. — 81 Lycophr. 499. — 82 Plut. Thés. XXXI. — 83 Schol. 11. III, 212; Hyg. Astr. II, 22; Avien. 370; Schol. Geriy. Arat. p. 50.
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ancêtre des Tilacides, livre Aphidna aux Dioscures 84 ; les habitants de Décélie ou Décélus lui-même, ou Académus, révèlent aux. Dioscures qu’Hélène est enfermée dans Aphidna 88, en suite de quoi les Spartiates accordent des privilèges à ceux de Décélie et respectent leur ville pendant la guerre de Péloponnèse86. Thésée est présent à la bataille contre les Dioscures87; ceux-ci tombent dans le combat 88. De bonne heure cette légende fut confondue avec celle de l’expédition contre les Apharides ; on plaça même à Aphidna la scène du combat entre les Apharides et les Dioscures 89.
La participation alternative à la vie et à la mort, consentie par Pollux en faveur de son frère, a pris dans la littérature grecque et romaine une signification toute morale; mais il est évident qu’à l’origine il n’y a là qu’un mythe naturaliste, qui remonte, en dernière analyse, à la succession de la lumière et des ténèbres. Nous avons donné plus haut la version de Pindare 90 . Il est question de la même légende dans YOdijssée S1. Dans l'Iliade 92 il est dit qu’à l’époque de la guerre de Troie ils mènent une existence souterraine, tou; -^ti xaTs^ev aîa iv AocxeSatgovi. La tradition, avec
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le temps, devint plus précise : les Dioscuressontàla fois mortels et immortels; ils sont morts et ils vivent 93, ils sont toujours séparés, puisqu’ils vivent chacun alternativement un jour, ce qui semble fort ridicule à Lucien 94 . Pausanias 98 signale à Sparte le tombeau de Castor et rapporte que les Tyndarides ne furent élevés au rang des dieux que quarante ans après leur combat contre les filsd’Apharée.
La tradition plaçales Dioscures déifiés parmi les étoiles96, mais ce n’est qu’à une époque postérieure qu'on les identifia à la constellation des gémeaux 91. En somme, il y a pour le moins trois légendes : 1° les Dioscures sont un couple chthonien ; 2° les Dioscures sont un couple lumineux alter-
84 Sleph. Byz. s. v. TntutlSiu; Herod. IX, 72. — 8S Ibid..-, Plut. Thés. XXXII.
— 86 Herod. /. c. Pour la même raison, selon Plut. Thés. XXXII, les Spartiates auraient respecté l'Académie. — 87 Plutarque, Thés. XXXII, révoque en doute cette tradition du poète Héréas. On voit, sur un vase du musée de Naples (Bull, dell' Instit. 1850, p. 14-16), Castor luttant contre Thésée, et Pollux contre Tirithoiis. Cf. Gerhard, Etrusk . Spiegel , pi. lviii; Pyl, Arch. Zeit. 1851, p. 334.
— 88 Eur. Hel. 138. — 80 Ov. Fast. V, 690; Steph. Byz. s. v. ”A y.Sva. — 00 Pind. Nem. X, 112 et s. La vie et la mort alternatives des Dioscures sont clairement indiquées dans la même ode, v. 103 (pE-aneiSôpiEvot 8T*et)Aô.£ âizÉpav) ; cl. Pyth. XI, 94, où leurs demeures successives sont Thérapnae et l’Olympe. — ot Hom. Od. XI, 301-304. Cf. Alcman. Fr. 5 (Bergk, Poetae lyrici, t. III, p. 16), suivant lequel la demeure souterraine des Dioscures était à Thérapnae en Laconie (llarpocr. 95, 20; Suid.
s. v. Otfànvai; Paus. III, 20, 1; Schol. Pind. Jsthm. I, 43). Pindare nomme aussi Thérapnae comme la demeure des Dioscures, Nem. X, 103 ; Pyth. XI, 94. — 92 Hom. 11. III, 243. — 93 Lycophr. 565; Eur. Bel. 138; Virg. Aen. VI, 121. — 9’. Lucian. Dial. Deor. 26. — 98 Paus. III, 13, 1. Cf. Clem. Alex. Strom. I, p. 382 ; Cic. Nat. Deor. III, 5. — 96 Eur. Hel. 138; Schol. Eur. Or. 1637; Eratosth. Epit. C-alast. X, p. 86 (éd. Robert) ; Ov. Fast. V, 692; Serv. Ad Aen. VI, 121. — 97 Hygin. Poet. a str. II, 22 ; Schol. ad Eurip. Or est. 465. Cf. Preller, Griech. Mythrjl. 3° éd.
t. II, p. 100. — 98 Hom. II. III, 237; Od. XI, 300; cf. Bymn. XXXIII, 3; Cypr. fragm. 9, 6; Apollon. Argon. I, 146; Theocr. XXII, 2, 34 (odoXônwXo;) ; Hor. Sat. II, 1, 26; Cann. I, 12, 25; Ov. Fast. V, 700; Simonid. Fragm. 8 (= Bergli,
nant; 3° ils forment un couple lumineux inséparable. La tradition la plus ancienne est celle à laquelle V Iliade fait allusion : elle appartient peut-être à une mythologie prédorienne, que les conceptions aryennes, analogues au couple védique des Açvins, ont modifiée dans la suite. Il faut encore remarquer le caractère essentiellement dorien du couple des Dioscures : non seulement leur culte se rencontre surtout dans les villes doriennes, comme Sparte et Tarente, mais la légende a fait d’eux les ennemis de Thésée, héros attique et ionien qu’ils combattent. On les trouve mêlés aux traditions doriennes du nord de la Grèce, telles que la chasse de Galydon, l’expédition des Argonautes. Leur introduction dans le culte attique, attribué à Ménesthée, n’appartient pas, semble-t-il, à une époque très ancienne.
Attributs, surnoms et symboles des Dioscures. — La poésie épique la plus ancienne a fait effort pour marquer la personnalité des deux frères : Castor est un dompteur de chevaux, Pollux excelle au pugilat :
Koccrropa 9’fauié5ap.ov xal tcù? àya6ôv rio).uÔEÜXÊa 98.
L’art antique a quelquefois indiqué la même différence ", en donnant à Polluxl’apparence d’un lutteur 100 ; quand Castor et Pollux sont représentés ensemble, il y a aussi, mais rarement, quelques différences de détail entre les deux frères101. Mais il ne paraît pas s'être établi à cet égard de règle ni de traditions fixes.
Dans la statuaire de l’époque hellénistique, où leur type a été constitué^les Dioscures sont des adolescents imberbes dont les traits ont une expression un peu rêveuse102. Dans les peintures de vases, ils ne sont reconnaissables qu’à leurs attributs.
Les Dioscures sont l’un et l’autre des dieux cavaliers, et c’est surtout à cheval que la littérature et l’art les représentent 103. Leurs chevaux, qu’ils montent au pas
Poetae Lyrici , III, p. 390, Pollux tcùS à-yaOt!;). — 93 Cf. Plut. l'ib. Gracch. 2. — 100 Dans le groupe du Capitole (Clarac, Musée, pl. 812, n° 2045), Pollux a les oreilles gonflées du pancratiaste. Dans la statue du Louvre qui passe pour représenter Pollux (Cl-arac, Mus. pl. 327, n° 2042), les cestes, comme les bras, sout l’œuvre du restaurateur. — 101 Sur le coffret de Cypsèle (Paus. Y, 19, 2), un des Dioscures était barbu, l'autre imberbe (cf. Curtius, Giebelgruppen aus Tanagra, 1878, p. 46, qui rapproche à cet égard des Dioscures les génies ailés Hypnos et Thanatos). Sur le vase de Milo ( Monum . publ. par VAssoc. p. VEnc. des ét. gr. 1875) un des Dioscures monte un cheval blanc, l’autre un cheval dont la robe n’est pas indiquée (trait noir sur fond rouge). Une peinture de vase du musée Blacas (Pauofka, Musée Blacas , p. 82, pl. 28) prête à l’un un pileus blanc, à l’autre un pileus noir. Sur un vase du Musée britannique ( Tj'ansactions of the royal Soc. 2e sér. t. IV, p. 289), un des Dioscures monte un cheval noir, l’autfe un cheval blanc. Cf. Arch. Zeit. 1853, p. 134; 1854, p. 255. Sur quelques miroirs étrusques, un des Dioscures est ailé [Arch. Zeit. 1865, p. 124). — 102 Furtwàngler, dans Roscher, Lexilcon der Mythol. p. 1175. — 103 Tayéwv littgiiToçe; titttwv, Hom. Hymn. XVI, 5: Ibid. XXXIII, 18. Cf. Alcmau. Fragm. 12 (itiuXtov îirKôxai <x6z o t) ;
Pind. Olymp. III, 39 (suitcuoi); Pyth. I, 66 (XeuxôruD.oi) ; Theocr. XXII, 24; Justin. XX, 3. Les Dioscures à cheval figuraient sur le troue de l’Apollon d’Amyclée, Paus. III, 18, 10; ils sont fréquemment représentés aiusi sur les yases (Furtwanglcr, Vasensammlung zu Berlin , n° 3258; de Witte, Collection Beugnot, n° 45; Stephaui, Vaseiisammlung der Ermitage, n° 19; Viunefeld, Vasensaminlung
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