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Fig. 2433. — Retour des Dioscures.
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ou au galop, sont blancs par la bride ou sont debout à côté d’eux 106; sur quelques monnaies frappées en Italie, on les voit galoper en sens contraire l06. 11 arrive aussi, dans la statuaire, que l’un ou l’autre des Dioscures est représenté debout, à côté d’une protomé de che-
souvent ils les conduisent
Fig. 2434. — Les Dioscures.
val qui symbolise, comme en abrégé, la monture du héros 107. Nous donnons ici comme spécimens la peinture du vase d’Exéldas, conservé au musée Grégorien, où l’on voit les Dioscures avec Léda (fîg. 2433) 108 ; les deux colosses du Monte- Cavallo à Rome, où Visconti a cru reconnaître des imitations des Dioscures d’IIégias, signalés par Pline 109 devant le templede Jupiter Tonnant (fîg. 2434) 110, et qui paraissent dériver d’originaux grecs antérieurs à l’époque alexandrine; enfin, une statue inédite du musée du Louvre (n° 416), ayant fait partie de la collection Campana, qui représente un Dioscure à côté d’une protomé de cheval (fig. 2435).
Les Dioscures sont aussi figurés sans leurs chevaux,
Fig. 2435.
Un des Dioscures.
groupés debout ou assis m, ou bien l’un assis et l’autre
debout 112, appuyés sur leurs lances ou tenant différents attributs 113.
Très souvent, sur les monnaies, on n’a représenté que les tètes des Dioscures ou leurs bonnets coniques surmontés d’étoiles114 (fig.
Le bonnet conique,
tu T Xoç , est la coiffure caractéristique des Dioscures 119 ; selon une légende, il représente la moitié de l’œuf d’où les Tyndarides sont nés 11G. On ne le voit pas sur les monuments archaïques, où les Dioscures sont généralement nus et sans attributs117; sur les vases, ils portent quelquefois le pétase, et non le pileus 118. Le pileus est une coiffure laconienne 1,9 et macédonienne 120 que l’on trouve également portée par des figurines de travail phénicien 121 ; il est probable qu’elle caractérisait les Gabires et qu’elle fut donnée comme un attribut presque constant aux Dioscures lors de la confusion, qui se produisit de bonne heure, entre ces deux couples de divinités 122. Pausanias 123 signale à Brasiae trois petites statues en bronze, portant des TtïXot, qu’il prend pour des Dioscures ou des Gorybantes. Comme il ne peut être question de trois Dioscures, il s’agit sans doute, dans ce passage de Pausanias, d’anciennes ligures représentant les Gabires.
L’art classique donne aux Dioscures le pileus, une cblamyde de pourpre124, une lance ou un javelot129;
in Karlsruhe , n° 209; cf. plus haut, note 101). Yoy. aussi une antéfixe en terre cuite, Campana, Opéré in plastic, pl. cv; Catal. of vases in Brit. Mus. n0B 425, 58 i; Bull. dell' Jnstit. 1847, p. 89 (on voit des dauphins sous les chevaux) et surtout sur les monnaies (Albert, Culte de Castor et Pollux, p. 137-149). — 104 "iitronxi |Aapp.atpovxE, Eur. Jph. Aul. 1154 ; cf. Ovide, Met. VIII, 373; Luc. Dial. Deor. 26. — 105 Bas-relief archaïque de Sparte, Mittheil. des d. Inst, in Athen, t. II, p. 313; Dioscures du Capitole, Clarac, Mus. de sculpt. t. V, pl. 812; colosses du Monte Cavallo (Quirinal) à Rome, Clarac, ibid. pl. 812 A; de même sur des bas-reliefs (Albert, Op. cit. p. 153-162; Jahn, Archüol. Au fs. pl. iv), des vases (de Witte, Descr. d'une coll. de vases, 1837, n° 119; Cabinet Durand, nos 369, 370, Musce Jatta, n° 499), des monnaies romaines (familles Memmia, Postumia; sur ces dernières pièces, les Dioscures font boire leurs chevaux ; monnaie de Géta frappée à Corinthe, Mionuet, Suppl. IV. 233, 72), des pierres gravées (Albert, Op. cit. p. 163-166). Cf. une anse de vase en bronze du Louvre, ou les Dioscures sont représentés debout près de leurs chevaux; Longpérier, Notice des bronzes, n° 434. — 106 Famille Servilia (Babelon, Moim. de la Rép. t. Il, p. 444); monnaie des Samnites de la guerre Sociale avec la légende italia (Albert, Op. cit. p. 140). — 107 Frôhner, Notice de la sculpture, n° 416; Dressel et Milchhôfer, Mittheil. des d. Inst. t. II, p. 345, n°* 87-89 ; Archàol. Zcit. 1854, p. 478; Clarac, Musée de sculpt. pl. 812, n° 2039. Nous avons découvert à Carthage une statue colossale de ce type, qui était placée à une extrémité de l’amphithéâtre de la ville; elle est aujourd’hui au musée du Louvre. Exceptionnellement, un des Dioscures conduit deux chevaux sur un vase de l’ancienne collection Castelluni (signalé par Albert, Op. laud. p. 121, n® 22). — 108 Monum. delV Instit. t. II, pl. 22 ; Duruy, Hist. des Grecs, I, p. 368. Un second vase d’Exékias représente le même* sujet; Brit. Mus. Vases, n® 584; Klein, Meister signât uren, p. 42, n® 4.
109 Plin. Hist. nat. XXXIV, p. 78. — no Loewy, Inschriften griech. Bild-
hauer, n° 494, avec bibliographie; Clarac, Musée, pl. 812 A. Le marbre parait être
grec, peut-être de Thasos. Les bras portent les inscriptions orvs fidiaf. (sic), opvs pb axitelis, qui datent de l’époque impériale; cf. Matz-Duhn, Bildwerke in Rom, I, p. 260. — 111 Bas-relief archaïque, Mittheil. des d. Inst, in Athen, t. VIII, pl. 18, 2. Les Dioscures assis se faisant face sont très fréquents sur les miroirs étrusques (Albert, Étude sur le culte de Castor et Pollux, p. 130; cf. Bull, de corresp. hellén. 1885, pl. ii, p. 239). On les trouve figurés de même sur les monnaies (Tripolis, Attuda, Sagalassus, Alexandrie, etc.). — H2 Lenormant et de Witte, Elite des monum. céramogr. t. II, pl. 49; Cabinet Durand, n° 25; Gerhard, Etrus/c. Spiegel, pl. ccliv A. Cf. les notes 124 et suiv. — H3 Dioscures armés de la lance, monnaie de Lacédémone, Duruy, Hist. des Grecs, 1887, 11, p. 438; de Corinthe (Sept. Sévère), Imhoof Blürner et Percy Gardner, Numism. commentary on Pausanias, pl. o, iv ; tenant des vases, de Witte, Cabinet Durand, n® 226; tenant des fioles d’huile et des strigiles, Jahn. Vasensammlung zu München, n° 810; tenant une patère, Longpérier, Notice des bronzes, n® 435, 436. — H'» Albert, Étude , p. 137 et s. — H6 Paus. III, 24, 5; IV, 27, 2; Catull. XXXVII, 2. Dans les mystères d'Audanie, en Messénie, le iïï>o; des Dioscures était la coiffure des initiés (Le Bas et Foucart, Voyage archéol. Inscr. t. II, sect. V, § vi, p. 169). — H6 Toj ioij t& V[|acto|ji.ov , Luc. Dial. Deor. 26 ; cf. Schol. Lycophr. 506 ; Gaz. archéol. 1877, p. 10; Carapanos, Dodone, p. 188. — H7 Mittheil. des d. Inst, in Athen, t. VIII, pl. 18, 2; t. II, p. 313, 316; cf. Furtwangler, dans le Lexikon der Mythol. p. 1172. — H8 De Witte, Cabinet Durand, n® 226; Collection Beugnot, n® 45; Descr. d'une collect. de vases peints, 1837, nos 119, 120. — HO Thucyd. IV, 3. — 12° Cf. Bull, de corrcsp. hellén. 1884, pl. xi, p. 34i. — 121 Perrot et Chipiez, Hist. de l'art, t. III, fig. 145, 342, 351, 398, etc. Cf. Heuzey, Catal. des figurines du Louvre, p. 196. — 122 Voir plus loin, notes 204 et s. — 123 III, 4, 5. — 12V Paus. IV, 27, 2; Justin. XX, 3. On trouve aussi, plus anciennement, le chiton. — 126 Paus. ibid.', Stat. Theb. V, 439; Luciau. Dial. Deor. 26.
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parfois l’un d’eux tient deux javelots120 ou bien ils sont complètement armés127. La sculpture hellénistique, à en juger par le petit nombre de monuments qui nous restent, prêtait aux Dioscures la nudité des athlètes128. Sur
les bas-reliefs et les monnaies qui les représentent à cheval, on voit leurs chlamydes flotter au vent 129 (fig. 243 G).
Fig. 2436. — Les Dioscures à cheval. ,, . .
Ilsdirigentaussi
à travers les airs un char d’or130 attelé de deux chevaux, nommés Phlogeus et Harpagus, üls de la harpye Podarge, suivant les uns131, Xanlhus et Cyllarus suivant d’autres132.
La plus ancienne représentation des Dioscures mentionnée par les textes est un symbole primitif de leur attachement fraternel : ce sont les Soxava Spartiates, objet formé de deux planches verticales réunies par deux traverses horizontales133. La même pensée paraît être exprimée sous une forme moins naïve dans un groupe archaïque en terre cuite trouvé à Cyzique : on y voit deux hommes assis, coiffés du pileus, l’un passant le bras autour du cou de son compagnon13''. On peut en rapprocher les terres cuites archaïques de Béotie qui représentent deux enfants coiffés du pileus et couchés ou assis dans le même lit138. Un autre symbole des Dioscures sont deux amphores, autour desquelles s’enroulent parfois deux serpents : on trouve les amphores avec serpents sur les monnaies de bronze Spartiates qui présentent au droit les Dioscures (fig. 24 3 7) 136 ; sur des monnaies d’argent de même provenance les 7iïXot des Dioscures, surmontés chacun d’une étoile, figurent à côté d’une amphore. Tarente, colonie de Sparte, grava sur ses monnaies deux amphores surmontées d’étoiles137. Les amphores, avec ou sans le serpent, et le serpent seul paraissent aussi sur les bas-reliefs laconiens 138. L’association du coq avec les Dioscures sur un bas-relief 139 et la présence du coq avec l’étoile sur des monnaies de Tyndaris en Sicile, où parais-
126 De Witte, Coll. Beugnot, n° 45 ; Descr. d'une coll. de vases , 1837, n° 1 10 ; Coll. Durand, n° 370 ; Stephani, Vasensammlung der Ermitage, n° 2188; Heydemann, Vasensaniml. in Neapel , n° 2202 ; Mus. Borb. Y, pl. 51 ; Atlas du Bull. arch. napol. pl. m; Arch. Zeit. 1846, pl.44. — 127 De Witte, Cabinet Durand, nos 232, 369, 371, 372. Un Dioscure tient une hache de guerre en or, Stephani, Vasensammlung der Ermitage, n° 1029 ; Arch. Zeit. 1863, p. 110. — 128 Cf. un beau bronze de Paramythîe, au Musée britannique ( Specim . of anc. sculpt. II, pl. 22; Roscher, Lexik. der Mythol. p. 1175); un autre d’Ithaque ( Catal . Pourtalès, n° 665). — 129 Monnaie de Sparte, Duruy, Hist. des Grecs, I, p. 296. — 130 "Iiîtuov £? jia, Eur. Hel. 1495 ; aàpjxaxo; Ivâ'jTwp, Pind. Pytli. Y, 10. — 131 Stesich. Fragm. 1. Phlogeus et Harpagus seraient des présents d’Hermès, Xanthus et Cyllarus d’Héra. — 132 Suidas, s. v. KùIXapo; ; Virg. Georg. III, 00 ; Val. Place. I, 426 ; Stat. Theb. VI, 327 ; Etym. Magn. p. 544, 54. Cf. Bergk, Poetae lyrici, t. III, p. 205; Kylaros (KrAAPOS;) sur le vase d’Exékias cité plus haut (voy. fig. 2433); Castor et Pollux en auriges de deux quadriges traînés chacun par deux chevaux blancs et deux jaunes, de Witte, Cabin. Durand, n° 692. — 133 Plut. De fratr. am. 1, p. 36. Selon Suidas et Y Etym. Magn. s. v., les Soxava étaient les tombeaux des Dioscures à Sparte; on a pu supposer que l’ancien symbole en bois imitait la porte de ce monument (Curtius, Peloponnesos, t. II, p. 316). Cf. Marx, Mittheil. des d. Inst, in Athen , 1885, p. 39. — 134 Arch. Zeit. 1865, pl. 199, nos 1 et 2. — 135 Mittheil. d. Inst, in Athen, 1885, pl. iv. — 13G Duruy, Ilist. des Grecs, 1886, I, p. 308, 310; Furtwhngler, Lexik. der Mythol. de Roscher, gravure à la page 1171. — 137 British Muséum Guide , pl. xxxtii, 12. Les deux amphores figurent au pied du lit où sont couchés les Dioscures dans un ex-voto en terre de Tarente, Jahrb. des d. Inst. 1887, p. 201. ■ — 138 Bas-relief de Vérone, provenant de Laconie, avec une dédicace aux Dioscures, Conze, Vorlegeblatter, Ser. IV, 9, 8 a; cf. Dütsclike, Bildwcrke von Oberi-
sentaussi les Dioscures140, semblent indiquer que cet oiseau
leur était consacré. Nous parlerons plus loin des étoiles, symboles des Dioscures identifiés aux Cabires. Le cy gne < t l’aigle, sur quelques monuments, rappellent les amours de Jupiter et de Léda141. On trouve aussi la fleur de lotus, soit dans le champ du vase us, soit dans la main de Léda qui la présente à l’un des Dioscures 143 (fig. 2433). Enfin, Castor et Pollux sont parfois accompagnés de chiens1“-Une gemme de Berlin, portant l’inscription Atdcxopot, qui représente les Dioscures jouant* aux osselets145, est probablement la reproduction d'un groupe de la statuaire qui fait penser, comme l’a remarqué M. Furtwaengler, aux pueri astragalizontes attribués par Pline à Polyclète 1 *°.
Les Açvins védiques sont des guerriers, en lutte continuelle avec les démons des ténèbres, protecteurs des hommes et guérisseurs de leurs maux147. Ces caractères sont aussi ceux des Dioscures grecs ; divinités lumineuses, ils apparaissent à l heure du péril et viennent au secours de ceux qui les invoquent sur terre et sur mer. La tradition, tant en Grèce qu’en Italie, les fait intervenir dans les combats, où ils assurent la victoire à la bonne cause 1*8. Ils récompensent le poète Simonide, qui les a célébrés, en le faisant sortir à temps d’un palais qui s’écroule sur le tyran Scopas149. Protecteurs des navires dans la tempête150, ils sauvent les vaisseaux des Argonautes151; en qualité de dieux marins, ils se sont bientôt confondus avec les Cabires de Samothrace, auxquels cette puissance tutélaire appartenait en propre. Comme les Açvins dans les Védas, les Dioscures sont médecins152. De même que les Açvins rendent à Viçpâla le pied qui lui a été coupé dans la bataille, les Dioscures guérissent merveilleusement Phormion, stratège des Crotoniates, de la blessure qu’il a reçue en combattant les Locriens163. On a allégué aussi qu’en Laconie et ailleurs le serpent, symbole des dieux guérisseurs, est parfois associé aux Dioscures154; mais il faut observer que le serpent symbolise également les divinités chthoniennes, au nombre desquelles étaient certainement, à l’origine, les Dioscures laconiens. Cependant les Dioscures paraissent aussi, sur un bas-relief du musée Pie-Clémentin, en compagnie d’Esculape et dTIygie 1B8. M. Myriantheus pense que les deux Asclépiades guerriers, Machaon et Podalire, ne sont autres, à l’origine, que les Dioscures Thessaliens 1BG.
talien, IV, n° 538; Roscher, Lexik. der Mythol. p. 1171; Dressel et Milchhofer. Mittheil. des d. Inst, in Athen, t. II, p. 389, 300, 394, nos 209-210 , 2 20. — 139 Dressel et Milchhofer, Mittheil. des d. Inst. t. II, p. 389, n° 209; Arch. Zeit. 1854, p. 478.
— 140 Mionnet, t. I, p. 327 ; Catal. of greek coins in the Brit. Mus. Sicily, p. 235.
— 141 Cf. un vase au Musée britannique, Catal. of vases, n° 425 et un bas-relief du Vatican, Visconti, Mus. Chiaram. pl. ix. — 142 Ibid. — 143 Monum. dell’ Instit. t. Il, pl. xxii. — 144 lbid.\ de Witte, Coll. Beugnot n° 50; Arch. Zeit. 1885, p. 270 (groupe en terre cuite archaïque trouvé à Bari, où l’animal placé auprès de chacun des Dioscures est peut-être un chien et non une panthère). Cf. Catal. vases in Brit. Mus. n° 424; les monnaies de la famille Autcstia, Babelon, Monn. de la Rêp. t. I, p. 144. — 145 Furt-wangler, dans le Lexikon der Mythol. de Roscher, p. 1174 (avec gravure). Une pierre toute semblable (peut-être identique), donnée comme provenant de Césarée en Cappadoce, est signalée dans le Catal. Pourtalès, n° 1051. — 146 Plin. Hist. nat. XXXIV, 55. — 147 Myriantheus, Die Açvins p. 105, 112. — 148 Theoer. XXII, 6; cf. plus haut, notes 53 , 54. — 149 Cic. De Orat. Il, 86, d’après Callira. ; Callim. 71; Quintil. XI, 2, 11; Val. Max. I, 8;
Aristid. Orat. IV, p. 584; Phaed. Fab. IV, 24; Ovid. Ib. 513, 514. 150 Ew-r;oe;
(vx’jtîoçwv vtùiv, Ilom. Hymn. XXXII, 7 ; cf. Theoer. XXII et s. — 151 Diod. Sic. IV, 43; Plut. Plac. Phil. II, 18; Sen. Quaest. nat. 1, 1. — 152 Cf. Myriantheus, Die Açvins, p. 112. — 133 Suid. et Ilesych. 5. v. d>op(xlwv. — 154 Monnaies de Laconie dans Pellerin, Recueil, I, 19, 1-3; Taylor Combe, Numm. Mus. Brit. tab. VIII, l. Cf. un bas-relief du musée Nani, avec un autel où s’enroule un serpent et de part et d’autre les Dioscures, Biagi, Monum. et mus. Jac. Nanii , 1787, p. 71. Cf. Myriantheus, Die Açvins , p. 114; Furtwangler dans Roscher, Lexik. der Mythol. p. 1170, 1 171. — 153 Mus. Pio Clem. n° 260. — 156 Myriantheus, Op. laud. p. 114; cf. Hom. 11. II, 729; IV, 193; XI, 833.
Ainsi la qualité dominante des Dioscures, c’est d’être les protecteurs des hommes, des dieux sauveurs, ctoxîipE;161, xn'ÂXiGTOt fftor^peç 158, iTUTÎipEî liuy Oovîcov àvOpioTitov *59, ayocôot ,co, àyaGoî 7r«pacT«Tai ,51, et aussi àvxxeç, avaxTEç, mot qui paraît avoir été primitivement synonyme de atoTrjpEç16'2. Le surnom de Oeo! fisyâXoi 163 ne leur a été donné que plus tard, par suite de la confusion entre les Dioscures et les Cabires [cabiri]. La piété populaire a fait d eux des modèles de justice et de courage164, comme les légendes ont célébré leur amour fraternel165. L’hospitalité est une des vertus chevaleresques dont ils ont la garde166. Ils punissent le Spartiate Phormion, chez qui ils se sont présentés comme des étrangers venant de Cyrène, parce qu’il a refusé de les recevoir dans la chambre qu’occupait sa fille : le lendemain la jeune fille avait disparu et l’on trouva dans son lit les images des Dioscures avec une table et un rameau de silphium 167. Ils récompensèrent Pamphaspour leur avoir donné l’hospitalité, et leurs bienfaits s'étendirent à ses descendants168.
Au même ordre d’idées se rattache le rôle des Dioscures
dans les théoxénies. Une stèle de Larissa, rapportée au Louvre par M. Heuzey 169, présente (fig. 2438) l’image d’une
157 Paus. II, 2, 9 ; Corp. inscr. attic. III, 195 ; Corp. inscr. grâce. 489, 1261 , 1421, 4042, 4458, 6800 b et souvent. — 158 Terpand. Fragm. 4. — 159 Hom. Hymn. XXXII, 6. Cf. Theoer. XXII, 6, 23. — 160 Aristoph. Lys. 1301 ; Eur. El. 994. — 161 Aeliau. Var. Hist. I, 30; Epict. Diss. II, 18 , 29. — 162 Paus. 11,36, 6; X, 38, 7 ; Corp. inscr. graec. 489 ; Rœhl, Inscr . antiquiss. 37,43 a; Plut. Thés. 33 ; Strab. V, p. 232, etc. Sur ôivaxi;, uvaxrs;, l’&vaxeTov, cf. Letronne, Annali dell' Inst. 1845, p. 302. — 163 Paus. I, 31, 1 ;
VIII, 21, 4. 164 Diod. IV, 7. — 165 Cf. plus haut, note 133 et l’histoire de Pollux
châtiant Eurymas qui a calomnié son père (Ilesych. s. v. Eùfùpa; ; Plut. De fralr am. 1 1 i. Théognis les invoque comme protecteurs de l’amitié (v. 1087); cf. Eratosth. Fpit. Catast. 10, p. 86, éd. Robert : çùa^c Xvla Si uitep^viyxav xâw Marc Aurèle et Lucius Verus se qualifient de nouveaux Dioscures pour exprimer leur uniou ; Annali dell’ Inst. 1841, p. 240 ; Corp. inscr. graec. n° 1316. — 166 Tuv&ctp{$at çUdüevoi, Pind. Olymp. III, 1,71. — 167 Paus. III, 16, 2; Suidas, s. r. 4>ofpIiav ; cf. Meineke, Fragm. comic. graec. 1. 11,2, p. 1228-1230. Le silphium était consacré aux Dioscures â Cyrène ; il figure sur les monnaies de cette ville avec deux étoiles, symbole des Dioscures. Cf. Miiller, Numism. de. l’Afrique, p. 111 ; Boeckh, Ad Pind. p. 135. — 168 pind. Nem. X, 93 ; Herod. VI, 127. — 169 Heuzey, Mission de Macédoine, pi. 25 et p. 419. L'existence de ces Çî'viot en Thessalie est indiquée par Polyen, Stratag. VI. 1, 3.
table chargée de mets auprès d’un lit de festin ; devant la table, un homme offre une libation sur un autel, tandis qu’une femme lève le bras droit vers le ciel, où apparaissent les Dioscures à cheval. Au-dessous d’eux plane une Victoire portant une couronne 17°. L’inscription est une dédicace aux Dioscures-Cabires, Osoî? gEyoïXot?. Le sacrifice qui leur est offert est une théoxénie : ils arrivent à travers les airs pour se rendre au festin171. Une représentation analogue se voit sur un vase attique trouvé à Camiros dans l’île de Rhodes (fig. 2439) m. Il est aussi question d’une
Fig. 2439. — Théoxcnie des Dioscures.
théoxénie des Dioscures dans une inscription de Paros173. Athénée 174 mentionne un poème de Bacchylide où il appelait les Dioscures au banquet, xaXôîv aÛToù; im ?e'v ta 175, et s’excusait de sa pauvreté qui l’empêchait de les recevoir dignement. On trouve à Ténos une société de Théoxéniasles, xoivov tmv Ssoqsvtaqrwv176. Diodore raconte 177 que les Locriens, ayantenvoyé à Sparte pour demander du secours, reçurent pour réponse qu’il fallait se concilier la protection des Dioscures. Les envoyés dressèrent sur leur navire un lectisterne, xXt'vr), où ils placèrent les images des Tyndarides. 11 y avait à Sparte et à Agrigente des banquets (iévta) en l’honneur d’Hélène et des Dioscures178. Les Athéniens dressaient des tables au Prytanée pour les Dioscures, comme pour des hôtes publics179. On y servait du fromage, un gâteau de farine d’orge, une assiettée d’olives mûres et une botte de poireaux; ces lectisternes existent aussi dans le culte cabirique 180 et, en général, dans les cultes des divinités chlhoniennes181. Gomme différentes traditions, que nous avons indiquées plus haut, mentionnaient des visites faites parles Dioscures à des mortels182, il est probable que ces théophanies, dont certaines familles
— 170 Ou voit de même, sur un vase de la collection Hamilton, une Victoire planant entre les Dioscures (Hirt, Bilderbuch , pl. xxvi, 14; Tischbein, Cab. Hamilton , t. IV, pl. 13) ; cf. Gerhard, Archüol. Zeit. 1848, pl. xxtv ; Collignon, Vases peints d'Athènes , uo 5i6. — t7l Cf. Denekcn, De Theoxeniis , Berlin, 1882. — 172 Froehner, Deux peintures de vases grecs de Camiros. 1871. L’original est au Musée Britannique. Cf. Newton, Transact. oftheroy. Society of lit. IX, p. 434; Heydemann, Arch. Zeit. 1872, p. 35. Pour des motifs analogues, cf. Jahrb. des d. Inst. 1887, p. 201 ; Coll. Sabouroff, introd. p. 27 et note 9; Mittheil. des d. Inst, in Athen , 1885, pl. iv, n° 2 (Dioscures enfants assis sur un lit, terre cuite archaïque de Béotie). — 173 Corp. inscr. gr. add. ‘ÏZIke. — 174 Athen. VI, p. 500 B. — 17S Bergk, Poetae lyrici, t. III, p. 579, fragm. 28. — 176 Corp. inscr. gr. n° 2388. Cf. Bull, de corr. hellén. X,' 1886, p. 425, tb xoivbv tiLv Aioffxouptafnmv. — 177 Diod. Sic. VIII, 32. — 178 Eurip. Del. 1668; cf. Dulin, Numism. Zeitschrift , 1876, p. 39 ; Pind. Ol. III, 70 et le scholiaste, avec le commentaire de Boeckh. — 170 Athen. IV, p. 137 E, d’après les TiTo>yot du comique Chionitlcs; cf. Scholl, Hermes , t. VI, p. 17 ; Heuzey, Mission de Macèd. p. 419. — 180 Corp. inscr. gr. n° 28S2. — 181 Furtwnngler, art. Dioslcuren dans le Lexikon der Myth. p. 1 1G7. — 182 Phormion à Sparte (cf. plus haut, note 167); Paraphas à Argos (Pind. Nem. X, 93); Euphorion en Arcadie (Ilerod. VI, 27).
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se faisaient un titre d’honneur183, ont été l’origine des j théoxénies dans les cultes locaux. La croyance aux théophanies des Dioscures et l’usage des théoxénies en leur honneur donnèrent même lieu à des stratagèmes. Pausanias 184 raconte que deux jeunes gens Messéniens, Parnormus et Gonippus d’Andanie, profitant d’un jour où les Spartiates célébraient la fête de Castor et Pollux par des festins et des jeux, se présentèrent tout à coup au milieu d’eux, vêtus de tuniques blanches et de chlamydes de pourpre, montés sur des chevaux magnifiques, coiffés de pilei et tenant une lance à la main. Les Spartiates, croyant que c’étaient les Dioscures, arrivés pour participer aux fêtes en leur honneur, se prosternèrent devant les deux Messéniens : ceux-ci firent un grand carnage de leurs adorateurs et revinrent sains et saufs à Andanie. Irrités de ce sacrilège, dit Pausanias, les Dioscures poursuivirent les Messéniens de leur haine et ne consentirent à leur retour dans leur pays qu’au temps d’Épaminondas. Nous savons aussi par Polyen 186 que Jason de Phères, ayant besoin d'argent pour solder ses troupes après une victoire , répandit le bruit qu’il devait son premier succès à l'intervention des Dioscures et qu’il avait promis de les inviter à son festin. On porta au camp des tables avec de la vaisselle d’or et d’argent, dont Jason se hâta de s’emparer pour payer ses troupes. Cette anecdote prouve aussi que la célébration des théoxénies ne comportait pas en tous lieux autant de simplicité qu’à Athènes.
Les Dioscures, en particulier Castor 18\ sont des divinités guerrières, dont les rois de Sparte, avant les guerres médiques, emmenaient les images sacrées en campagne181. Ils président également aux jeux188, qui sont l’image des combats ou qui y préparent. Hercule, admis dans l’Olympe, leur a confié la surveillance des jeux olympiques 189. Dans les concours que le fils d’Alcmène avait institués à Olympie, c’est Castor qui a le premier vaincu à la course et PoMuk au pugilat 10°. A Sparte les statues des Dioscures s’élèvent à l’entrée du stade 181 ; à Olympie leur autel se dresse à l’entrée de l’IIippodrome 19!; les vainqueurs aux jeux leur offrent des ex-voto 193. Ils sont amis de la chasse, et le nom de Castor est resté à une race de chiens dits castoridesm. La musique195, la danse, la poésie, ont en eux des protecteurs196. Ils ont appris aux Spartiates, après l’avoir apprise eux-mêmes de Minerve, la danse en armes 191 ; c’est à eux aussi que l’on attribue la danse guerrière dite caryatisiiS, et la marche
183 Des prêtres descendant des Dioscures sont mentionnés dans des inscriptions de Sparte, Corp. inscr. gr. nos 1340, 1353, 1355. Un certain Timocratès d’Argos se dit aussi leur descendant, Corp. inscr. gr. n° 1124. — *8V Paus. IV, 27, 1. — 183 Polyen. Strat. VI, 1, 3. Cf. Froliner, Deux vases de Camiros , 1871, p. 8. — 186 x».),- Pind. Ne in. X, 170; &oçuo-<tÔc yaV/toOihçYil-, Theocr. XXII, 136; cf. Apollod. III, 11, 2. — 187 llerod. V, 75. Cf. Paus. X, 9, 8. — 188 Tanta-, àytivwv, Pind. Nem. X, 97. Castor préside en particulier aux courses de chars, yç’JdàpnaTo,- Kaczwp ( Pyth . V, 10; cf. Isthm . I, 21). Voy. plus haut les notes 76, 101, relatives au coffre de Cypsélus. — 189 Pind. Olynip. III, 36; Nem. X, 53. — 190 Paus.
V, 8, 4. On disait aussi que les Dioscures avaient concouru à Hermione; Paus. II, 34, 10. — 191 Paus. Ml, 14, 7. Comme protégeant l’entrée dans la carrière, les Dioscures sont dits àsexr.p tôt; Paus. I, 31, 1; VIII, 21, 4. — 192 Paus. V, 15, 5.
— 193 Corp. inscr. gr. n° 1421; Roehl, Inscr. antiquiss. 37, 43 a (roue avec l’inscription -col fâvaxoi). — 194 Xen. De Ven. III, 1; Pollux, Onom. I, 39; Oppian. Cyneg. II, 14. — 195 KiOapt<rca\, àoi-^t, Theocr. XXII, 24. — 19G Cic. De Orat. II, 86; Val. Max. I, 8, 7; Theocr. XXII, 215. — 197 Athen. p. 184 C; Plat. De leg. Vil, p. 796 B ; Schol . Pyth. V, 128. — 198 Lucian. De Saltat. 10.
— 199 Plut. De Mus. 23 ; Schol. Pyth. V, 128. — 290 Cf. un bas-relief archaïque de Sparte, Mitth. des d. Inst, in Athen , t. VIII, pl. xvm, 2; le bas-relief de Larissa clans Ileuzey, Miss, de Maccd. pl. xxv ; un vase du Cabinet Durand (de Witte, n° 369). — 201 De Luynos, Choix de monnaies, pl. n, 6. Cf. des pièces
militaire des Spartiates, Kairrôpeio; vojxoç, passait pour 1 invention de Castor199.
En leur qualité de divinités agonistiques, les Dioscures paraissent avec la couronne et la palme 2(10 •' tantôt ils tiennent la palme et la couronne à la main, comme sur une monnaie d’or de ïarente (fig. 2410) '01 ; tantôt leurs pilei sont ornés de lauriers, comme sur les monnaies des Bruttiens, des Séleucides, etc.202. Sur quelques pièces de Tarente, on voit un cavalier plaçant une jriQj \j
couronne sur la tète d’un cheval ; d’autres \ __.[}) Jw fois c’est une Victoire qui couronne un cavalier ou un jeune homme qui conduit Monu['f-de Trente, un bige 203. La présence d’une étoile audessus du bige ou du cavalier semble prouver que le héros représenté est Castor, associé au cheval sur les monnaies de Tarente, comme le héros Taras au dauphin dans la série numismatique de la même ville.
Il a été question ailleurs de la confusion des Dioscures avec les Cabires [cabiri] 20L Contentons-nous d’en rappeler ici quelques traits essentiels. Comme les Cabires, Geot uEyâXoc, les Dioscures deviennent Jes protecteurs des marins en détresse 20S, qui promettent de leur sacrifier des agneaux blancs 206. Dans la tempête qui menace les Argonautes, lorsqu’Orphée invoque les dieux de Samothrace, le vent se calme soudain et deux étoiles brillent sur la tête des Dioscures201. On croyait reconnaître les Dioscures-Cabires dans les flammes phosphorescentes qui voltigent sur la mer par temps d’orage 208. Pendant la guerre du Péloponnèse, deux astres parurent à l’arrière du vaisseau de Lysandre et furent pris pour les Dioscures 209. C’est aux Dioscures que l’on attribuait le phénomène connu sous le nom de feu Saint-Elme210, nom qui est une corruption de celui d’Hélène, sous lequel on le désignait à l’époque byzantine211. La confusion entre les Dioscures et les Cabires devint complète à l’époque hellénistique et romaine, lorsque le culte des divinités de Samothrace prit une grande extension212. A la fin du ne siècle av. J.-C., les Cabires-Dioscures, Gsol [zs-faXoi Aidaxopot Kaêsipoi, ont un temple à Délos, où ils sont associés à Neptune, Poséidon Aisios 213. Pausanias211 signale l’analogie des Dioscures avec les Corybantes d’une part, les Curètes et les Cabires de l’autre; dans le dernier passage216, il s’agit de héros juvéniles appelés yAvax-oç dont on célébrait la fête, TcXer/j, à Amphissa en Locride.
Les étoiles qui paraissent au-dessus de la tète des Dioscures ou de leurs pilei 2i6, en particulier sur de nom-
de Séleucus II, British Mus. catal. Seleuc. pl. vi, 9; Miilingen, Ane. coins , I, 12 ; Percy Gardner, The types of greek coins , pl. xi, n° 38. — 202 Lexikon der Mytliol. p. 1177. Cf. Brit. Mus. Catal. Seleuc. pl. ix, 8, 10, 11 ; Percy Gardner, (Jp. I. pl. xi, n° 36. — 203 Brit. Mus. Catal. ltaly , p. 161, 162, 184. — 20V Cf. Lajard, Annali dell’ Inst. 1841, p. 224 et s. — 205 Eurip. Ilel. 140, 1495; El. 990, 1241, 1348; Or. 1636; Theocr. XXII, 8; Strab. I, p. 48; Hygin. Poet. Astron. II, 22 ; Hor. Carm. I, 3, 2; Artemid. II, 37. Cf. Gaz. arch. 1877, p. 82. — 206 Hom. Uymn . XXXII, 10. — 207 Diod. IV, 43; cf. Plut. Plac. Phil. II, 18; Sen. Quaest. Nat. I, 1. Sur une olla de Vulci, on voit les Dioscures à cheval volant au-dessus des flots de la mer ou sont figurés des dauphins ; au-dessus de leurs têtes brillent des étoiles {Arch. Zeit. 1847, p. 1). — 208 Plut. Plac, Phil. II, 18. — 209 Plut. Lys. XII, 1. — 210 Cf. Luc. Navig. 9; Hor. Carm. I, 12, 27. — 211 Lydus, De Ostentis, 5. — 212 Une sculpture rupestre d’Icohium porte l’inscription A tôaxopoi Sa- ;*oOoàxwv 0eo( ÈTîtçavt?; (Bev. archéol. 1887, I, p. 98). C'est peut-être un ex-voto à la suite d’une navigation périlleuse. — 213 Reinach, Bull, de corr. hellén. 1883, p. 335-341. — 21V Paus. III, 24, 5; X, 38, 7. — 215 X, 38, 7; cf. Marx, Mittheil. des d. Inst, in Athen , 1885, p. 85 et s., pl. iv. — 216 Lucian. Dial. Dcor. XXVI : -où ùioù to r,jmo}j.ov xa\ àirrîjo û-cç>àvo>. Cf. Musée de Mantouc , III, pl. xiv ; Milliu. Tombeaux de Canosa, pl. vu; de Witte, Catal. Dnrand , n° G92 ; Jahn, Vasensammlung in München, n° 810; Longpérier, Notice des bronzes, u° 435, et plus haut, notes 115 et s.
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breuses monnaies'211, symbolisent leur puissance protectrice comme dieux marins ; la tempête s’apaise lorsque les étoiles brillent au ciel. Valérius Flaccus les appelle
astro cornantes Tyndaridae218. Sur une monnaie d'Iléphæstia de Lemnos (fig. 2441) on voit les bonnets des Dioscures surmontés d'étoiles de part et d’autre d’un flambeau allumé : or, l'ile de Lemnos est un des centres les plus anciens du culte cabirique.
Il a été question à l'article cabiri (p. 7G9) de certains basreliefs où les Cabires-Dioscures sont associés à une figure féminine que F. Lenormant appelait Démêler219, tandis que d'autres archéologues y reconnaissent Hélène, la sœur des Dioscures (lig. 2442) 220 . Sur un bas-relief récemment
Monnaie d'Iléphæstia de Lemnos.
découvert à Carnuntum221, on voit les Dioscures à cheval de part et d autre d’une femme qui tient deux vases où s’abreuvent les chevaux. Au-dessus de chacun des cavaliers est un serpent ; dans le champ sont indiqués plusieurs bustes. La personnalité mythique de la figure féminine parait difficile à préciser222. Sur les vases peints et les miroirs étrusques, les Dioscures paraissent associés à Léda
217 Sparte (Duruy, tlist. des Grecs, 18S7, II, p. 308, 310); Cyrène (Millier, Numism. de l’Afrique, p. 51, 111); Tarente ( Brit . Mus. Cat. Italy, p. 160, 161, 162, 103) ; Bruttii ( ibid . p. 320); Locri (ibii. p. 360); Rhegium (ibid. p. 384); Syracuse [Ont. Mus. Calai. Sicily, p. 225) ; Tyndaris (ibid. p. 233, 236); Callatia en Moesie (ibid. Thrace, p. 22) ; Tomi (ibid. p. 54); Séleucus I (ibid. Scteucid. Kings, p. 5); Antiochus VI (ibid. p. 63); Antiochus Vit (ibid. p. 75); Autiochus X (ibid. p. 97); Démétrius Soter (ibid. p. 49). Cf. encore une intaille de Grande-Grèce, Gaz. arcli, 1881, p. 99 ; une fresque de Pumpéi, Mus. Borb. IX, pl. 36 ; des vases peints, M illin. Tombeaux de Canosa , pl. vu ; de Witte, Calai. Durand, n» 692 ; JahD, Vasensammlung, n" 810; un petit bronze, Lougpérier, Notice des bronzes, n" 433. Nous ne parlons pas ici des deniers romains, où l'étoile surmontant les Dioscures est très fréquente ; cf. Babelon, Monn. de la Rcp. rom. t. II, p. 392, 379, 444, etc. — 218 Val.
Place. V, 367 ; cf. Dio Clirysost. 64 (p. 330 R) - 219 Cf. Heuzey, Rev. archéol.
1873, t. II, p. 40; Foucart-Le Bas, Inscr. du Péloponnèse, p. 165 A. — 220 Annali dell Inst . t. XXXIII, tav. D, fig. 2 ; cf. Rev. arch. 1873, t. II, p. 40 ; Heuzey, Le cours de l’Èrigon, p. 47, et plus haut, note 76. — 221 Archaeolog. epiijraph. Mittbeil. aus Ocsterreich, 1887, t. XI. p. 14. — 222 L'association des Dioscures à une divinité mithriaque est loin d’être établie : cf. Lajard, Annali dell’ Inst. 1841, p. 224 et s.; Monumenli , III, pl. 36, n" 2. — 223 Monum. dell’ Inst. Il, pl. 22 (Roscher, Lcxi/con der Mythol. p. 1174); Bullett. dell Instil. 1829, p. 19; Arch. Zeit. 1852, p i77, 224 Catal. of vases in Prit. Mus. n” 528, 555; Annali dell’ Inst. 1837,
p 235. 225 De Witte, Cabinet Durand, nos 309, 361. 371, 372, 373, 405 ; de Witte
et Lenormant, Elite des monum. céramogr. t. II, pl. 49; Gerhard, Etrusk. Spiegel, pl. cci-cciv. Les Tvndarides avec leur sœur figuraieot sur le coffre de Cypsèlcî Taus. V, 19, 2. Dipoinos et Scyllis les avaient représentés à Argos avec leurs femmes et leurs (ils; Paus. II, 22, 5. Cf. Arch. Zeit. 1851, p. 334; 1868, p. 39 (sarcophage ; 1867, p. 85; 186S, p. 60 (vases). — 226 Bullett. archeol. napol. III, 5, 6; IV, 6. — 227 Gerhard, Etrusk. Spiegel, pl. ect, cevm, ccclv. — S28 Gerhard, loc-
et à Tyndare 223, à Léda seule221, à Hélène'225, à Médée225, h Ménélas ou à Paris221, àProméthée 228, peut-être aussi à Clytemnestre 229 ; parmi les divinités, à Minerve 23°, à Mercure231,à la Victoire 232, à Vénus233, à Losna (Luna)23’*, à l’Aurore235, au Soleil levant 236. Nous ne parlons pas ici des autres personnages, tels qu’Amycus, Aelhra, les Leucippides, les Apharides, etc. , qui figurent dans les monuments relatifs aux différents épisodes de l’histoire légendaire des Dioscures que nous avons résumés plus haut.
Culte des Dioscures. — Le centre le plus ancien du culte des Dioscures est le Péloponnèse, en particulier la Laconie, la Messénie et l’Argolide. La tradition les faisait naître à Pephnos231 ; leur demeure souterraine était àThérapnae 238, qui possédait un temple des Dioscures et une image de Mars rapportée par eux de Colchide 239. Amyclée aussi s’honorait de leur présence, d’où leur épithète ’Agux),aîoi2'*“. Sparte, séjour des Tyndarides 2U, montrait le tombeau et le sanctuaire de Castor242, le sanctuaire et la source sacrée de Pollux, 243, la maison des Dioscures 244, un sanctuaire où ils étaient adorés avec les Charités243. Comme Zeus et Athéna, ils avaient leurs autels à Sparte avec le surnom d’àgêouXtoi 246 ; ils dominaient l’entrée du stade comme àcpexYqptot 247. La victoire de Pollux sur Lyncée était rappelée par un trophée près du temple d’Esculape 248. Messène, relevée par Épaminondas, sacrifie tout d’abord à Jupiter Ithomate et aux Dioscures, dont elle s’était autrefois attiré la colère'249. Pausanias vit à Messène des images des Dioscures enlevant les Leucippides 230 ; il signale, dans la plaine de Stényclaros, un poirier sacré où les Dioscures s’étaient assis et près duquel Aristomène, qui s’en était approché malgré la défense d'un devin, perdit son bouclier231. Les fêtes des Dioscures étaient célébrées à Sparte par des danses militaires et des jeux, tant dans la ville que dans les camps 232 ; une inscription d’époque romaine 253 mentionne une prêtresse à'(<»'io(j£-zU t £>v oegvoxa-tmv AtoaxoupÉwv. A Argos, où un temple des Dioscures renfermait leurs statues, œuvre des vieux sculpteurs crétois Dipoinos et Scyllis 234, on montrait le tableau de Castor, surnommé pitjap/aysTa ç, c’est-à-dire demi-dieu, suivant la légende qui faisait de Pollux seul un olympien 233. D'autres témoignages attestent l’ancienneté et la diffusion du culte des Dioscures en Argolide 256. 11 a laissé également des
cit. pl. cxixvui ; Arch. Zeit. 1849, p. 10t. — 229 De Wilte, Coll. Reugnot, u° 50; Cabinet Durand, n» 3 7 3. — 230 Do Witte, Cabinet Durand, n” 25 ; Jalm, Yasensammlung in München, n” 810; Gerhard, Etrusk. Spiegel, pl. ccuv, cclv, us ; cf. Paus. III, 24, 5. — 231 Gerhard, Etrusk. Spiegel, pl. cclii. — 232 Cf. plus haut, uote 203. — 1-3 Gerhard, Etrusk. Spiegel, pl. cciv, lu, lvi. — 234 Gerhard, Etrusk. Spiegel, pl. clxxi. — 236 De Witte, Catal. Durand, n» 232. — 23C Ibid. n" 1350; cf. plus bas, fig. 2448. Dioscures associés à Arès, Arch. Zeit. 1858, p. 156 ; ù Hercule, ibid. 1865, p. 125; à Saturne, ibid. 1850, p. 150 (relief funéraire de Carthage); à Talos, ibid. 1848, p. 369, pl. 24; à Thésée, ibid. 1851, p. 334 (cf. plus haut, notes 70-88). — 237 cf. plus haut, note 37. — 238 piud. Nem. X, 105; Jsthm.
| 4-2. 2.79 Paus. 111, 19, 7; 111, 20, 2; Herod. VI, 61. Cf. Arch. Zeit. 1858, p. 156.
— 240 Corp. inscr. gr. u° 6860 b; Piud. Pyth. I, 126 ; Theocrit. XXII, 122 ; Anthol. Palat. 219. — 241 Aristoph. Lys. 1301 ; Theognis, v. 1087. — 242 Paus. III, 13, i. 243 Paus. III, 20, 1. — 244 Paus. III, 16, 2. — 246 Paus. III, 14, 11. — 246 Paus. III, 13, 6. Les statues des Dioscures figurèrent à côté de celles des divinités supérieures, dans l'ex-voto des Spartiates après la bataille d’Aegos Potamos (Paus. X,
g gj 247 paus. III, 14, 7. — 248 Paus. III, 14, 7. Dioscures sur les monumeuls
fi vu rés de Sparte : Mittheil. des d. Inst, in Athen, II, p. 313 ; Annali dell’ Inst. 1861, pl. n, 2; Arch. Zeit. 1054, p. 478. Cf. plus haut, notes 138, 139. — 249 Paus. IV 27. 6: cf. IV, 26, 6; IV, 27, 1. — 259 Paus. IV, 31, 9. — 2S1 Paus. IV, 16, 5.
252 Plat. De leg. p. 796 b; Paus. IV, 27, 2. — 263 Corp. inscr. gr. 1444.
— 264 C'étaient des groupes représentant les Dioscures avec leurs fils et les Leucippides; Paus. 11, 22 , 5. — 265 Plut. Quaest. gr. XXIII. — 266 Antiques xoana du sculpteur Hermon i Trézène, Paus. il, 31, 6; Imhoof-Blümer et Percy Gardner, Numism. commentary on Pausan. pl. w, vu. Sanctuaire des Dioscures sur la route d' Argos à Lerne, à Asina, Paus. Il, 36, 7 ; ex-voto aux Dioscures découverts à Argos, Arch. Zeit. 1882, p. 383; Inscr. antiquiss. n”s 43 a, 37; Corp. inscr. gr. n° 1124; Paus. II, 34, 10.
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traces en Arcadie (Mantinée 287, Clitor 258), en Achaïe289, à Amphissa en Locride200, et en Béotie261.
En Attique, où l’introduction du culte dorien des Dioscures, sous le nom d’àvaxxEç et awTïjpei;, était attribué à Ménesthée 282, l’adversaire légendaire de Thésée, Castor et Pollux sont adorés sous le nom d’avaxe; 263, awrîipe "A vaxe xat AioVxops264, [0eoi] èpétJTtot265 et peut-être [Osot] 'pwoijjopot 26°. Ils possédaient à Athènes un temple fort ancien 287 où ils étaient représentés debout, à côté de leurs ûls juchés sur leurs chevaux 288 ; Polygnotey avait peint l’enlèvement des Leucippides, etMicondes épisodes de l’expédition des Argonautes. Un des sièges du théâtre de Dionysos est réservé au tepeùç ’Avdxwv xat vjpwoç ’E^tTeyfou 269 ; il n’a pas encore été possible de déterminer qui est ce héros Épitégios dont le culte paraît ainsi associé à celui des Dioscures 21°. On a récemment découvert à Rome, sur l’Esquilin, un beau bas-relief de style attique représentant les Dioscures assis, appuyés sur leurs lances, à côté de leurs chevaux, et recevant une procession de suppliants (ûg. 2443) 27 L Les Dioscures étaient vénérés comme puyaÀot Osoî à Céphalae et ils passaient pour avoir été initiés aux mystères d Eleusis -‘3, tradition à laquelle certaines peintures de vases font peutêtre allusion274. Le même culte se retrouve à Cythère ■1j, à Corcyre (ïtrrwvïaot au mont Istoné)218, en Épire-17, à Toroné en Ghalcidique 278, dans les monts Acrocérauniens219, à Érythrée 28°, à Cyzique 281 et dans plusieurs îles de l’archipel, où ils sont généralement confondus avec les Cabires283. En Grande-Grèce, les Dioscures sont particulièrement en honneur à Agrigente 283, à Sélinonte 284, à Tyndaris, colonie messénienne 288, à Tarente 288, etc. De Lacédémone et de Théra, leur culte avaitpasséàCyrène28', où l’on célébrait des Atoaxoupta institués par Battus et où s’élevait un sanctuaire des Dioscures près de la rue qui conduisait au temple d’Apollon 288. L’image et les attributs des Dioscures paraissent sur les monnaies de Cyrène 289.
257 Paus. VIII, 0, 2. — 258 Paus. VIII, 21, 4 ; cf. un bas-relief trouvé à Tripolitza, Mittheil. des d. Inst, in Athen, t. IV, p. 144. — 253 Bois sacré de Pharae, Paus. VU, 22, 5 ; cf. un bas-relief de Patras, Mittheil. des d. Inst. IV, p. 126. — 260 Paus. X. 38, 7. — 261 Terres cuites archaïques de Béotie représentant les Dioscures (?) enfants, Mittheil. des d. Inst, in Athen, 1885, pl. iv, p. 85-86. Ils figurent aussi dans un fronton de terre cuite provenant de Tanagre, Curtius, Giehelgruppen ans Tanagra, 1878. Dédicace archaïque aux Dioscures découverte à Thespies, Bull, de corr. hellén. t. IX, p. 403. — 262 Ælian. Var. Hist. IV, 5; Schol. Lycophr. 504. On célébrait à Athènes des ’Avàmia (Hesych. Harpocr.) avec des courses dans le stade (Lysias ap. Dion. Hal. xeçï tîjç Ar,|x. Seivet. Or. att. ed. Turic. II, p. 206). Ct. Corp. inscr. gr. n° 82. — 263 Corp. inscr. att. t. I, n«> 34, 20 6 , 210. — 264 Corp. inscr. att. t. III, n° 195. — 265 Theodoret. Therap. VIII, p. 115, éd. Sylhurg ; cf. Schüll, Hermes, t. VI, p. 18. — 266 Corp. inscr. att. III, n»s 10, 1841 (isjtù; <h»jo- (oôçuv). Scholl a supposé avec vraisemblance ( Hermès , t. VI, p. 18) qu il s agissait des Dioscures. — 267 Paus. I, 18, 1 ; Thucyd. VIII, 73. — 268 Sur les représentations des Dioscures en compagnie de leurs familles, cf. Cavedoni, Bull. delVInst. 1843, p. 40-4 1.
— 2G9 Corp. inscr. atlic. III, n° 29 0. — 270 Dioscures sur une monnaie d’Athènes, Duruy, Hist. des Grecs, t. I, p. 368. — 271 Bull. arch. co mmunale di Borna, 1887, pl. v, p. 73-76 (Visconti). — 272 paus. I, 31, 1. — 273 Xen. Hell. VI, 3, 6; ApolloJ. II, 15, 12 ; Diod. IV, 14, 25 ; Plut. Thés. 30, 33 ; Corp. inscr. atlic. III, n» 900. Cf. Stephani, Compte-rendu pour 1859, p. 90; Lobeck, Aglaophamus, p. 1239 et s.
— 27', Strube, Bilderkveis von Eleusis, p. 24 et s.; Wieseler, Dcnlcmiiler , pl. x.
Théopompe, dans un fragment des Philippiques conservé par Suidas 29°, raconte qu’un jour où Phormion célébrait les théoxénies, les Dioscures vinrent 1 inviter à se rendre à Cyrène auprès du roi Battus. Il se leva de taide, une branche de silphium à la main. Nous avons dit que le silphium, à Cyrène, était consacré à Castor et à Pollux 291 , il a également été question plus haut de la célébration des théoxénies. Dansune colonie dorienne du golfe Céramique, Kedreae, on a trouvé la mention d’une société de Dioscuriastes, toxoivov twv Atodxoupta^Twv 292. Le culte des associations de ce genre ayant généralement pour objet des divinités étrangères 293, il s’agit ici sans doute des Cabires identifiés aux Dioscures. S. Reinach.
Rome. — On a vu par ce qui précède comment le culte des Dioscures, apporté par des colonies doriennes, s’est introduiten Sicile et dans l ltalie méridionale. Tarente, colonie lacédémonienne, est dans la Grande- Grèce, comme Sparte l’était en Grèce, le centre de leur culte, qui de là, peu à peu, va remonter vers le nord. Mais avant de pénétrer dans le Lalium et à Rome, il était déjà installé en Étrurie.
I. De même que ITtalie méridionale, l’Etrurie semble avoir connu de très bonne heure le culte des Dioscures. De plus, les légendes mythologiques relatives à ces dieux ont dans ce pays un caractère et une origine helléniques, comme celles qui viennent d’être signalées pour la Grande- Grèce et la Sicile. Ainsi, Diodore de Sicile raconte 294 qu’une fois maîtres de la Toison d’or, Jason, Castor, Pollux et leurs compagnons, avaient remonté le Tanaïs jusqu’à ses sources; que là, ayant tiré leur navire à terre, ils l’avaient transporté à bras jusqu’à un autre fleuve tombant dans l’Océan. Ils avaient alors suivi les côtes, franchi le détroit de Gadès, mouillé dans l’ile Oethalie et abordé enfin en Étrurie, dans un port qui prit le nom de Télamon, un des Argonautes. Pendant cette longue et merveilleuse traversée, Castor et Pollux n’avaient cessé, suivant la tradi-
n° 112 et p. 150 (initiation d’HercuIe et des Dioscures?); Lenormant et de Witte, Elite des monum. céramogr. t. III, pl. 63, 71 ; Duruy, Hist. des Grecs, t. I, p. 781 ; Brit. Mus. Vases, n° 1331. Dioscures consultant l’oracle de Delphes, vase peint, Arch. Zeit. 1853, pl. 59. — 275 Mittheil. des d. Inst. t. V, p. 231. — 276 Corp. inscr. gr. n° 1874; Thucyd. Ht, 75; cf. Arch. Zeit. 1846, p. 378, pl. 48, n» 4. — 277 Corp. inscr. gr. 1824. — 278 Thucyd. IV, 110. — 279 Heuzey, Miss, de Macéd. p. 407. Eu Thessalie, Bev. arch. 1862, II, p. 324; en Macédoine, Corp. inscr. gr. 1972.
— 280 Dittenberger, Sylloge inscr. gr. n» 370. — 28.1 Arch. Zeit. 1865, p. 65 et pl. 99 (groupe en terre cuite où Gerhard reconnaît les Dioscures). — 282 Corp. inscr. gr. 2165 (Ténèdos) ; Ross. Inscr. ined. n” 179 (Calyranos) ; cf. plus haut, notes 204 et s.
— 283 Piud. Ol. III, 1. — 284 Inscr. antiguiss. n” 515. — 285 JYumism. Zeitschr. 1876, p. 39. — 286 Cf. plus haut, notes 201, 202, 217 ; Jahrb. des d. Inst. 1887, p. 201 ; Luynes, Choix de médailles, pl. n, 6; Duruy, Hist. des Grecs, I, p. 345. Il y a beaucoup d’ex-voto aux Dioscures dans le dépôt de terres cuites découvert à Tarente ; cf. Lenormant, Gaz. arch. 1881, p. 164; Kekulé, Terracotten von Sicilien, p. 40, fig. 82 (terre cuite de Palerme). — 287 Pind. Pyth. V, 10 et le scholiaste. — 288 Cf. Thrige, Bes Cyrenensium, p. 290-291 ; Müller, Numism. de l’Afrique, p. 111. — 289 Miiller, Num. de l’Afrique, n“ 76-77, 153-154, p. lit. — 290 Suid. s.v. ■hoopiuv ; cL Meineke, Fragm. comic. gr. t. IT, 2, p. 122 8-1220. — 291 Cf. plus haut, note 167. — 292 Bull, de corr. hell. 1886, p. 425. Culte des Dioscures à Olymos en Carie, Le Bas et Waddington, Voy. arch., Inscr. d’Asie Mineure, n» 331. —293 Cf. Koucart, les associations religieuses, Paris, 1874. — 294 IV, 56; cf. Apollou. Rhod. Argonaut. IV, 284.
DIO
tion, de rendre à leurs compagnons et aux étrangers de nombreux services, redressant partout les torts, secourant les faibles, châtiant les méchants et sauvant, dans une tempête, le navire Argo. Aussi Glaucus, le dieu marin, après avoir, pendant deux jours et deux nuits, suivi les voyageurs à la nage, avait-il prédit aux jumeaux qu’ils seraient, partout où ils iraient, adorés comme des divinités bienfaisantes.
Il est inutile d'insister sur ces traditions mythologiques; mais il est permis de supposer que le culte des Dioscures fut répandu dans cette partie de l’Italie par une influence venue de Grèce, vers la seconde moitié du ive siècle, et pendant le troisième siècle avant J.-C., de la même façon sans doute que celui des Cabires, auxquels les Dioscures sont associés et même identifiés sur plusieurs miroirs étrusques 293, dette association n’a rien qui doive surprendre. En Grèce, on a vu que les Dioscures et les Cabires, communément appelés 'Avoue;, — wTvjpe;, €hol pevâXot, se partageaient l’honneur de protéger les marins pendant les orages ; on donnait indistinctement les noms des uns et des autres au phénomène électrique du feu Saint-Elme. De même, ces grands dieux se confondaient aussi comme divinités astronomiques. Ils personnifiaient le feu céleste, les étoiles fixes qui brillent dans le ciel, comme ils personnifiaient le feu terrestre ou marin, les astres mobiles qui voltigent sur la mer. Cela est si vrai, que les Orphiques, que Nigidius, qu’Ampélus, attribuent indifféremment aux Dioscures et aux Cabires la constellation des Gémeaux 296. Si donc Castor et Pollux apparaissent sur les miroirs étrusques en compagnie des Cabires, c’est parce qu’ils sont comme eux la personnification du feu sous ses différentes formes, du feu dont la source est au ciel. Et là, comme partout ailleurs, on retrouve l’inspiration de la Grèce et de l'Orient.
Lorsque les Dioscures ne se confondent pas sur les miroirs avec deux des frères Cabires297, et ne jouent pas un
rôle très actif, soit dans le meurtre du jeune dieu par ses frères 298, soit dans sa résurrection 2", soit enfin dans son
293 Gerhard, Etrv.sk. Spiegel, pl. lvi, ccl», cclvh, etc.; Arch. Epigr. Mitthcilungen aus Oesterreich , 1880, p. 47-48; cf. Martha, Bullet. de corr. hellén. 1885, p. 239. — 296 Orph. Hymn. xxxi ; cf. Sext. Empir. p. 558. — "7 Micali, Storia d. ant. pop. ital. pl. xlvii ; Gerhard, Etr. Sp. pl. lvi, n” 1. — 298 Jd. ib. - 299 Gerhard, Etr. Sp. pl. lvii. — 300 Id. ibid. pl. cclxix. • — 301 Ibid, lix, 2 et 3 ; xlv, t. Cf. cclviii, 1 et 3; ccliv, 1 et 2 ; cxxaviii, cclii, ccxxxvii. — 302 lnghirami, Monum. etr. II,' p. 366 et s. ; Bull, dell' Inst. arch. 1839, p. 35 ; Gerhard, Etr. Sp. ccn, ccm. gcclv Creuzer, Symb. IV, olxxi ter. — 303 Gerhard, Etr. Spieg. ccclv; Lanzi,
mariage (fig. 2444) 30°, ils sont représentés tantôt avec des divinités qui semblent avoir comme eux et les Cabires un caractère cosmique, Apollon (Aplun), Vénus (Turan), Minerve (Menfra), Prométhée (Prumathé) 301 ; tantôt en compagnie de personnages plus ou moins mêlés à leur vie légendaire, comme Hélène, leur sœur, Ménélas, Paris, Méléagre 302 ; tantôt enfin dans les scènes où ils ont montré leur courage et leur bienfaisance, comme dans la lutte contre Amycus 303. Mais le plus souvent les deux frères figurent seuls vis à vis l’un de l’autre. Ils sont assis ou debout, ou bien appuyés sur leurs boucliers. Quelquefois aussi l’un est debout et l’autre assis. C’est le costume qui varie le plus. Ici les deux frères sont entièrement nus; là ils sont vêtus de la tunique courte, de la chlamyde,d'une peau de bête, ou d’une armure complète, cuirasse, jambières, casque. Quelquefois nu-tète, ils sont le plus souvent coiffés du pileus, ou du pétase, ou bien ceints d’un bandeau. Leurs pieds sont nus ou chaussés de sandales; ils sont imberbes tous les deux, ou tous les deux barbus; d’ordinaire un seul est représenté avec de la barbe. Leurs attributs sont très variés. Après l’épée, la lance et les étoiles, il faut citer des fleurs, des candélabres, des amphores, des triangles, des barres transversales qui les unissent par la tête ou par la poitrine. Enfin ils sont souvent en compagnie d'animaux, tels que chiens, hiboux, cygnes, biches 301, etc. Comme l’a fait remarquer M. Lcnormant [cabiri, p. 772], les miroirs étrusques sur lesquels figurent les Dioscures soit seuls, soit en compagnie des Cabires, sont postérieurs à ceux où les Cabires sont représentés seuls, « et l’habitude prise de représenter ces derniers sous la forme des Tyndarides eut une large part à la croyance romaine d’après laquelle le Palladium et les Dioscures-Pénates auraient été les divinités de Samothrace portées à Troie par Dardanos, puis transférées en Italie par Enée après la chute de Troie. »
En Etrurie, ce n'est pas seulement sur les miroirs que les Dioscures sont représentés : on les retrouve aussi seules cistes et sur quelques autres objets de bronze, des trépieds notamment 303. Une ciste de Préneste nous montre les deux jeunes dieux debout à côté de leurs chevaux. L’inscriplion castor, gravée en lettres étrusques, ne laisse aucun doute sur l’identité de l’un des personnages 30°. L’autre est représenté de la façon la plus certaine sur la célèbre ciste Ficoroni, qui nous fait assister à l’un des épisodes les plus importants de la vie des deux Tyndarides. Pollux attache à un arbre Amycus qu’il vient de vaincre au combat du ceste. Au-dessus plane une Victoire avec une couronne et des bandelettes. A droite, Minerve, Apollon et un guerrier, probablement Castor, assistent à la scène. Derrière Pollux, on aperçoit le Génie de la Mort figuré à la manière étrusque, avec de grandes ailes, et le pied posé sur un rocher, dans l’attente de la proie qu’il va saisir et emporter. A côté de lui est un Argonaute; plus bas, un personnage couché et, tout près, les vêtements et les chaussures des combattants 307.
IL Avant d’être connu et accepté des Romains, le culte
Saggio, II, xi, 6; Annal, dell * Inst. arch. 1869, p. 198 et Mon. IX, pl. vii.
— 30V Consulter Gerhard, Etr. Spiegel. passim ; lnghirami, Mon. etr. passim; Revue archéol. juin 1882, p. 321; Maurice Albert, le Culte de Castor et Pollux en Italie , ch. vm, et Catalogue , Introd. à la 2° série , et nos 41 à 67. — 303 Voy. trois trépieds en bronze trouvés à Vulci, Monum. dell’ Inst. arch. II, pl. xlii.
— 306 Ann. dell’Inst. arch. 1870, p. 344 ; Monum. IX, pl. xxv, nos 1-3. — 307 O. Ja lui Die Ficoronische Cista; Gerhard, Etr. Sp. pl. n ; Bronsted, Ficoron. Cista , 1847. Vov. à l'article adgonautae (fig. 505) tout le développement du sujet.
des Dioscures élait établi dans certaines villes du Latium, à Tusculum notamment, où un temple leur avait été construit à une époque très reculée, puisqu’il se trouvait dans la citadelle même, c’est-à-dire dans la partie la plus ancienne de la cité primitive 308. Si l’on songe que Tusculum renfermait des traces nombreuses et manifestes du passage des Grecs 309, qu’elle avait été, d’après le témoignage d'Ovide 310 et de Festus 3U, bâtie par des mains argiennes, on ne s’étonnera pas que le culte des Dioscures, sans doute apporté dans cette région par des colons venus d’Argos, apparaisse là encore avec un caractère tout à fait hellénique. En effet, dans les honneurs qu’ils rendent à ces dieux, les habitants de Tusculum ne s’écartent guère des traditions grecques. Chaque année, régulièrement, ils leur dressaient un lectisternium et leur offraient un repas. En même temps, leur pulvinar était orné de bandelettes et de couronnes, stroppus, et fleuri de bouquets de verveine, struppi, d’où le nom de Struppearia, donné à ces cérémonies 312. Il y a un rapport évident entre le festin offert à Castor et à Pollux par les habitants de Tusculum, et ceux que ces mêmes divinités recevaient tous les ans à Athènes, à Cyrène et à Agrigente. Les cérémonies latines des Struppearia ne sont autre chose que les cérémonies grecques des Théoxénies.
On peut déterminer avec précision l’époque de l'introduction des Dioscures à Rome. Lors de leurs premières relations avec l’Italie méridionale, les Romains connurent ces dieux, et c’est pendant la guerre du Latium qu'ils les adoptèrent définitivement. Au milieu de la bataille du lac Régille (257 de Rome), postérieure de quelques années et très semblable à celle du fleuve Sagra, dont les épisodes merveilleux avaient au plus haut point frappé l’imagination des Romains, le dictateur Aulus Postumius avait fait vœu, s'il triomphait, d’élever un temple à Castor et Pollux, ces dieux vénérés de Tusculum, ville latine ennemie de Rome, et que Rome n’avait pas encore adoptés313. Le dictateur suivait ainsi la coutume romaine, qui consistait à invoquer la principale divinité de l’ennemi et à la décider, par des promesses et des vœux, à abandonner le peuple qu’elle protégeait314. Peu d’instants après cet appel, Castor et Pollux, vêtus de chlamydes de pourpre et montés sur des chevaux blancs, étaient apparus à la tête de la cavalerie romaine, et leur intervention avait décidé de la victoire. Le même soir, la bataille gagnée, deux jeunes guerriers s’étaient montrés tout d’un coup au Forum, avaient fait boire leurs chevaux et lavé leur visage en sueur à la
fontaine de Juturna; puis ils avaient annoncé au peuple romain réuni autour d'eux la victoire remportée le jour même. C’est cette victoire et l’apparition des deux jumeaux divins que rappelle cette médaille de la gens Postumia (fîg. 2445) qui représente sur l’une des faces Castor et Pollux debout, la lance à la main, près de leurs chevaux qui boivent 318. Quinze ans après cette victoire, le vœu d’Aulus Postumius était acquitté : la
Fig. 2445.
Les Dioscures à la Fontaine Juturna.
dédicace du temple des Dioscures, bâti au centre du Forum, élait faite en 270 aux Ides de Juillet310, et une cérémonie religieuse, la Transvectio equitum, était instituée, qui devait perpétuer le souvenir de la bataille du lac Régille et de l’assistance divine accordée aux Romains dans cette mémorable journée 317 . Depuis cette époque, le 15 juillet de chaque année, les chevaliers montés, comme les Dioscures, sur des chevaux blancs et, comme eux, vêtus de robes de pourpre, se réunissaient à la porte Latine; puis, de là, rangés en bataille, ils pénétraient dans la ville, descendaient vers le Forum, s’arrêtaient devant le temple de Castor et de Pollux, allaient au Capitole rendre grâces à Jupiter, le père des Dioscures, et enfin redescendaient au cirque, où se célébraient des jeux solennels.
Désormais Castor et Pollux font partie du panthéon romain. Mais ils restent à Rome ce qu 'ils étaient en Sicile, dans l’Italie méridionale, en Étrurie et dans le Latium, c’est-à-dire des dieux grecs. Sans doute ils pourront dans la suite subir certaines métamorphoses et s’unir même à de vieilles divinités latines. On les verra, par exemple, se confondre avec les Pénates : ainsi, dans un petit temple du mont Vélia, se trouvaient deux antiques statues de jeunes gens armés de la lance que tout le monde disait être Castor et Pollux, et qu'une inscription appelait les dieux Pénates de l’ancienne Rome318. De même, sur certaines monnaies, les têtes accolées des dieux Pénates seront directement empruntées au type des têtes accolées des Dioscures318. Mais à l’origine ils sont des dieux purement grecs. Ils ne perdent que leur nom de Dioscures , qu’on ne retrouve chez les auteurs latins que très rarement, et toujours sous la forme grecque, écrit en lettres grecques, Atouxoüfoi 320. Ils s'appellent maintenant Castor et Pollux321, ou Castores 322, noms qui indiquent clairement leur origine hellénique. On a supposé à tort que Castor, en étrusque Kaslur ou Kasturu, venait de castus et de candere ; Castor et Castores viennent de KâirTOjp et de tm KâsTwps; Varron le dit expressément : Castoris nomen graecum 323. De même, Pollux ne dérive pas de pollucere, mais de 77o7uSeuxy)i; 324. Pour saisir la liaison entre ces deux mots, en apparence assez différents, il faut se rappeler que la primitive forme latine de Pollux est Polluces™ , en étrusque Polloces ou Pultuke. Or, Potiuces qui se rapproche déjà plus que Pollux de TO>o>Seijxir]ç, vient du grec par l’intermédiaire de l’étrusque : VU est tombé (. Poldeukès ) et il y a eu transformation du D en L ( Pol leukès, Polloces ou Polluces, Pollux 326).
Par leurs attributs, leur costume, l’attitude qu’ils ont sur les différents monuments figurés de l’Italie, les Castors romains vont rappeler, non moins que par leurs noms, leur origine hellénique. Comme en Grèce, ils seront armés de la lance, coiffés du pileus, le bonnet lacédémonien 3ai, et vêtus de la chlamyde attachée sur l’épaule et retombant sur le dos 328. Cette chlamyde sera même sur quelques monuments teinte en rouge 329, et nous savons par Pausanias que le vêtement des Dioscures grecs était la chlamyde de pourpre330. Commeen Grèce, cesdieux seront représentés tantôt galopant, tantôt debout à côté de leurs chevaux. C’est dans ces deux attitudes qu’on les retrouve
308 Cic. De Divin, t, 43, 98 ; Canina, Descriz. del antico Tusculo, 2' part. p. 75.
— 309 Winckelmann, Monum. ined. n° ICI ; Journ. des Savants, octobre 1848.
— 310 Fastes, IV, 71. — 311 S. v. Tvscui. — 3)2 Festus, s. v. stroppus et struppi. — 313 Tit. Liv. II, 19 et 20; Dion. Halic. V, 13; Plutarch. Paul. Aem. 25; Florus, 1,2, 4; Cic. Ce nat. deor. III, 5. — 314 Schwegler, Rom. Gesch. II, p. 201.
— 313 Babelon, Monn. de larépub. rom. I, Introd . p. xx-xxi; II, p. 378-380. — 31C Tit. Liv. II, 42.-317 Dion. Hal. VI, 13. Plia. Hist. nat. XV, v, 1 ; Val. Max. II, 2, 9, etc.
— 318 Dion. Halic. 1, 68; Cb. Visconti et R. Lanciani, Guide du Palatin , p. 23.
, — 319 Babelon, Mon. de la Rép. I, p. 154, 503, p. 155 , 24. — 320 Cic. De nat. deor. III,
XII, 53. — 321 Orelli, lnscr. lut. n»< 1564, 1571, 1993, 2443, 4195, 5085, 5734, 5755 6126, 7319. — 322 Id. ibid. 4235, 5663 , 5735. — 323 De ling. lat. IV, 10. — 324 Ibid.
— 325 On le trouve ainsi écrit dans Plaute, Bacch. IV, 58. — 326 Philol. Anzeiger. t. XI, IVe et Ve livr. 1881, p. 2 2 2. — 327 Rucian. Dial. deor. XXVI. —328 Winckelmann, Mon. ant. ined. II, 75. — 329 Ann. dell’Inst. arch. 1841, p. 239. — 330 Paus. IV, 27, 1.
DIO
DIO
le plus souvent sur les monnaies romaines, dont une série très importante au point de vue de l'histoire générale de la numismatique, comme au point de vue plus particulier du culte des Dioscures, reproduit le type de ces dieux.
C’est 231 ans après la bataille du lac Régille, en l’an de Home 486 (268 av. J.-C.) que Castor et Pollux font leur première apparition sur les deniers d’argent de la république. L’influence de la Grèce se retrouve ici manifeste. Tandis que la face de la monnaie représente la tête de la déesse Roma, le revers reproduit, avec de légères variantes, le type des Dioscures adopté pour les monnaies grecques de l'Italie méridionale, pour les pièces d’argent du Bruttium et les pièces de bronze de Pæstum, de Lucerna, de Rhegium331, etc. (cf. la fig. 2436). Tantôt Castor et Pollux sont représentés armés delalance et galopant à droite, la chlamyde flottant sur les épaules, et le pileus surmonté d’une étoile (fig. 2446)
Les Dioscures sur un denier.
(familles Aelia,Decia, Cupiennia 332, etc.), tantôt ils sont debout à côté de leurs chevaux, comme dans le groupe fameux du Capitole (famille Memmia 333); souvent aussi, toujours à l’imitation des monnaies grecques, leurs deux tètes seules, surmontées d’une étoile, sont représentées accolées (familles Fonteia., Cordia, Sulpicia, Tibia331, etc.). Ce sont là les trois types principaux; mais les variantes sont nombreuses. Nous avons signalé plus haut une monnaie de la famille Postumia représentant Castor et Pollux faisant boire leurs chevaux à la fontaine de Juturna 338 ; une autre, de la famille Sulpicia, les montre debout sans leurs chevaux 336, une autre encore galopant en sens contraire avec leurs lances tournées vers le sol, ou poursuivant des fuyards 337. Pendant cinquante ans, ce sont eux qu’on retrouve toujours sur les monnaies d’argent : ils forment le type officiel. Puis, à partir de l’an de Rome 637 (217 av. J.-C.), ils sont souvent remplacés sur les deniers elles quinaires par le bige deDiane ou celui de la Yictoire 338 : le sesterce seul conserve leur type (fig. 2447). Mais sous l’empire ce
coin même disparaît. Les bustes des empereurs remplacent à la face la tête de la déesse Roma, et si les Castors se retrouvent encore quelquefois au revers, c’est parce qu'ils personnifient certains membres de la famille impériale. Ainsi une monnaie de Tibère représente Néron et Drusus, fils de Germanicus, sous l’aspect des Dioscures à cheval 339. Sur une monnaie impériale de Tripolis, les deux bustes étoilés de ces dieux ne sont que les images de Commode et d’Annius Vérus. C’est avec Castor, qui préside les jeux équestres, que s’identifient Gallien, Postumius, Commode, Géta, qui se fait représenter assis et un sceptre à la main, tandis que Castor [castor], appuyé contre son cheval, se lient debout devant
Fig. 2447.
Les Dioscures sur un sesterce.
l'empereur 340. Le souvenir des Dioscures confondus avec les fils de Gallien se retrouve encore sur une monnaie de Gallien Maximien : les deux jeunes princes sont figurés dans 1 attitude et avec le costume des deux jumeaux divins341. Il serait facile de multiplier ces exemples qui montrent combien le type des Dioscures, quand d’aventure il se retrouve sur les monnaies impériales, s’éloigne du type primitif des deniers de la république. Pourtant vers la fin de l'empire le type ancien reparaît quelquefois, notamment sur les monnaies de Maxence. L’une d’elles représente Castor et Pollux, debout en face l’un de l’autre, et tenant chacun leur cheval par la bride 342. Une autre, plus curieuse encore, parce qu elle est un retour marqué vers les anciens coins et qu elle donne à ces dieux une place dans l’histoire des temps les plus anciens de Rome, antérieurs meme à la bataille du lac Régille, montre Castor et Pollux en compagnie de la louve qui allaite Rémus et Romulus 3’3. Ces deux dernières monnaies sont romaines, et c’est ce qui double leur intérêt; car sur les monnaies des provinces impériales le type traditionnel des Dioscures se conserva beaucoup mieux et beaucoup plus longtemps qu’en Italie. D’Auguste à Claude le Gothique on retrouve partout, et particulièrement en Asie, des monnaies représentant sous leur forme hellénique les Dioscures. En Judée, en Phrygie, à Tripolis, à Scyros, etc., on îeconnaitles tetes accolées de ces dieux sur des monnaies d Auguste, de libère, de Domitien, etc.; ils apparaissent tout entiers, tantôt à cheval et tantôt à pied, sur des monnaies frappées en Pisidie, en Troade, en Carie, en Mysie, surtout à Alexandrie, à l’effigie de Nerva, de Trajan, d’Hadrien, d’Antonin, de Faustine 344, elc. Jusque dans l'Inde, sur une monnaie d’Antalcidès 345, on retrouve les bonnets des Dioscures; sur une monnaie de Claude le Gothique ces mêmes dieux apparaissent encore debout, tenant leurs chevaux par la bride et la tête surmontée d’une étoile.
Si depuis la première moitié du m° siècle av. J.-C. jusqu’à la fin de l’empire les monnaies répandent partout le type des Dioscures, les temples, les ex-voto et les inscriptions propagent de leur côté dans tout le monde romain le culte persistant de ces dieux. De tous les sanctuaires qui leur furent élevés, le plus important et le plus magnifique est celui du Forum qui, promis par Aulus Postumius en 255, fut consacré par son fils en 270, puis rebâti par Tibère en 759, enfin réparé par Domitien, et dont trois colonnes subsistent encore à droite de la basilique Julia, en face du temple d’Antonin et de Faustine 346. L'importance de cet édifice que Cicéron appelle celeberrimum clarissimumque monumentum 347, la vénération dont il était l’objet, nous sont attestées par un grand nombre d’écrivains 348 . C’est de là en quelque sorte que les Dioscures, venus à Rome comme dieux grecs, repartent comme dieux latins pour rayonner dans tous les sens. Partout où pénètrent les armées romaines, ils pénètrent aussi, en Italie d’abord et en Sicile, où des temples leur sont consacrés à Tusculum 348, Ostie 380, Coré361,
331 B&belon, Op. cit. Iiitrod. p. xvm-xx. — 332 Ibid. I. p. 30, n° 45 et p. 39, 40. 48, 53-5o, 59, 108-111, etc. — 333 Ibid. 11, p. 213. — 334 Ibid. I, p. 383, 503; II, p. 575. — 335 Ibid. I, p. 379, 5, 6 ; cf. Introd. p. xx-xxi. — 336 Ibid. II, p. 476, 10. — 337 Ibid. II, p. 444. 1. — 338 Ibid. Introd. p. xxi ; cf. p. 38. — 339 Cohen, Monu. impériales , t. I, pl. 8, n°* 1 et 4. — 340 Ibid. t. III, p. 473, n° 124. — 341 Ibid. t. V, pl. 16, n° 4. — 342 Ibid. t. VI, pl. i, 35, et p. 31, nos 232-237. — 343 Ibid. t. VI, n° 36. — 344 Mionnet, Dcscr. de médailles antiques , passim, et surtout t. V, p. 518, VI, p. 113, IV, p. 332, II, p. 223, III, p. 374; Supplém. IX, p. 161 ; VI, p. 531. Cf. la superbe monnaie d’or d’Eucratidès, roi de Bactrinne (155 av. J.-C.), au cabinet des
médailles; Chabouillet, Rev. numism. 1867, pl. xii. — 345 Mionnet, loc. cil. Suppl.
VIII, p. 483. — 346 Pour tout ce qui concerne ce temple, voy. Le culte de Castor et Pollux , par Maurice Albert, ch. iv. Cf. Bull ’ de IV Inst. arch. 1871, p. 130, 257-272.
— 347 Cic. In Verrem, II, 1, 49. — 343 Cic. loc. cit.; App. Bel. cio. I, 25 et 54; Ascon. in Cicer. Pro Scauro, 46; Tit. Liv. LXI1, 8 ; Plut. Sylla, 8, 33; Cato minor , 28, 32, etc. — 349 Cic. De divin. I, 43, 88; Corp. insc. lat. XIV, 2576.
— 350 Amm. Marc. XIX, p. 173; Ann. delV Inst. arch. 1857, p. 325-331; Rev. arch. 1877, p. 234; Ephem. Epigraphica , III, 4, p. 319. — 351 Corp. insc. lat.
IX, 6505 et 6506.
Larinum 382, Asisium 363, Capoue364, Naples 355, Pompéi 386, Agrigente 381 ; puis dans les provinces, en Grèce, à Sparte 38\ en Épire, en Dalmatie, en Transylvanie 359 ; en Afrique, à Constantine 36°, Sétif361, Philippeville 382 ; en Espagne363, en Gaule, à Lutèce 304, Vienne368, Epamanduodurum 366, Divodurum361, Annecy 36s, où ils ont un temple, etc. Les monuments de tout genre offerts aux Dioscures dans toutes les parties du monde ancien montrent combien ces dieux, à toutes les époques, depuis la bataille du lac Régille jusqu’à la tin de l’empire romain, furent puissants et populaires. Leurs attributions, aussi nombreuses que leur culte est répandu, le montrent encore mieux.
La première de toutes, c’est d’être dans les combats les protecteurs de l’armée et plus particulièrement de la cavalerie romaine. C’est là leur premier caractère, leur caractère officiel. Depuis la bataille du lac Régille jusqu’à la fin de l’empire, depuis l’époque où le duumvir Aulus Postumius leur dédie un temple, jusqu’à celle où Domitien le fait restaurer369, ils sont les dieux toujours présents et les messagers toujours rapides de la victoire. En effet, dans la plupart des guerres que Rome soutient avant que sa domination soit partout établie et acceptée, Castor et Pollux apparaissent au milieu des combattants, assistent à la bataille et en assurent le succès. C’est à eux que T. Quinctius Flamininus, après la défaite de Philippe de Macédoine, témoigne sa reconnaissance : il leur dédie dans le temple de Delphes deux boucliers d’argent310 et consacre, sur les monnaies de sa famille, le souvenir du secours que lui avaient apporté, pendant la bataille, ses deux divins alliés371. On y voit représentés les Dioscures à cheval et, sous les pieds de leurs chevaux, un bouclier macédonien. L’intervention de ces dieux se renouvela souvent dans la suite, à Pydna par exemple312, puis dans la guerre des Cimbres et des Teutons 373, et plus tard encore à Pharsale 374. Le souvenir de la bataille du lac Régille persiste toujours très vivant dans les imaginations pieuses des vainqueurs reconnaissants.
Mais en même temps que des dieux guerriers, Castor et Pollux sont pour les Romains, comme pour les habitants de la Grèce et de la Grande-Grèce316, des divinités maritimes. La renommée qu’ils avaient dans toute l'Italie méridionale comme protecteurs des marins était bien vite, comme l’histoire de leur apparition au fleuve Sagra, parvenue jusqu’à Rome, qui ne manqua pas de reconnaître officiellement les nouvelles attributions de ces dieux. Les textes, les inscriptions, les bas-reliefs, montrent quelle confiance avaient en eux les marins et les voyageurs. Ce sont eux qu’on invoque avant le départ 376 ; c’est à eux qu’on s’adresse pendant la tempête371; c’est à eux enfin que l’on rend grâces au retour, après une navigation périlleuse. Ostie devint naturellement le centre du culte maritime de ces dieux. C’est là qu’on le trouve d’abord
352 Id. IX, 724. — 3S3 Bull, dell 3 Inst. arch. 1839, p. 146. — 354 Coi'p. inscr . lat. IX, 3778; X, 3781. — 355 Aujourd’hui église de San Paolo Maggiore. — 350 Sur uue fresque, Museo Borbon. IX, pl. 36 ; Helbig, T Vandgemtilde Campaniens , n° 963 * — 357 Serra di Falco, Antichità di Sicilia. III, xxxvi. — 358 Corp. insc. lat. III, 493. — 359 76. I, 623; III, 1287, etc. — 360 76. VIII, 6940. — 361 Arch. des miss, scientif. 3e série, t. II, p. 407. — 362 Corp. insc. lat. VIII, 8103. — 363 /6. II, 2100, et Orelli, Inscr. 1569. — 364 Clarac, Descript. des antig. du Louvre, n° 720 ; S. Rcinach» Catal. du mus. de Saint-Germain, p. 23, n° 354. — 365 Orelli, Inscr 5272 ; Allmer, Inscr. ant. de Vienne , t. II, p. 291. — 366 Bev. arch. 1882, p. 26 5. — 367 Dom François et dom Tabouillet, Hist. de Metz, I, p. 72. — 368 Allmer, loc. cit. III, p. 335. Parmi les terres cuites découvertes dans l’Ailier, on trouve aussi des représentations des Dioscures. Voy. S. Reinach, loc. cit. p. 117. De même les monnaies gauloises faites à l’imitation des deniers de la république romaine portent souvent d’un côté la tête de Rome, de l’autre Castorct Pollux achevai. Id. ibid. p. 180. — 369 Anonyme d’Eccardo, Curia-
établi, là qu’il subsista le plus longtemps. Dans la seconde moitié du iv° siècle après J.-C., pendant une tempête qui empêchait les vaisseaux chargés de blé d entrer dans le Tibre, le préfet d’Ostie, Terlullus, monte au temple que les Dioscures avaient dans la ville et leur offre un sacrifice . aussitôt le vent tombe, la mer se calme et les vaisseaux entrent triomphalement au port 378. Au reste, cette autorité qu’on donne à ces dieux sur les flots n a pas une origine et un caractère purement mythologiques : elle se manifeste par des signes visibles, par la présence de ces étoiles qu’Horaceappelle c/arum sie?us, lucida sidéra, al/jastella3'', et qui ne sont autre chose que ces flammes phosphorescentes qu’on voit souvent courir sur la mer par les temps d’orage. Nos matelots aujourd’hui les appellent feux Saint-E Ime ; les Romains les appelaient Castor et Pollux.
« Dans les grandes tempêtes, dit Séneque, on aperçoit deux étoiles se poser sur les antennes des navires : les marins croient reconnaître Castor et Pollux qui viennent à leur secours 380. » •< J’ai aperçu, dit un témoin oculaire, les Dioscures, étoiles brillantes, qui remettaient dans le droit chemin le vaisseau battu par la tempête381. » C’est à ces feux follets, assimilés à des astres mobiles, que Castor et Pollux durent leur caractère astronomique; c’est ainsi que vers la fin de l’hellénisme ils devinrent pour les Romains, comme pour les Grecs et comme pour nousmêmes aujourd’hui, la constellation des Gémaux 382.
Comme c’est par mer surtout que l’Italie trafique, Castor et Pollux, par cela même qu’ils sont les dieux des navigateurs, deviennent ceux des commerçants et les protecteurs naturels des vaisseaux qui exportent ou importent les marchandises. Bientôt même, grâce à leur présence sur les deniers d’argent de la république (486) 383, grâce à la protection toute particulière dont ils honorent les équités, cette classe qui en temps de paix se livrait surtout au commerce et fournissait des banquiers, des publicains, des entrepreneurs de transports, de travaux publics, des fermiers des impôts384, etc., grâce enfin à la situation de leur temple en plein forum, à l’endroit où se trouvait la Bourse de Rome 385, ils deviennent d’une façon générale les dieux de toutes les transactions commerciales, industrielles et financières, les dieux de la bonne foi. Depuis le cinquième siècle de Rome jusqu’à la fin de l’empire, ils ne cessent de présider et de protéger les affaires d’argent. Ce sont eux que tous prennent à témoin et veulent avoir comme garants de leur intégrité. C’est au pied de leur temple que s’établissent les banquiers et les changeurs 386, que se font les ventes et les achats d’esclaves 387, sur les murs qu’on affiche les lois financières, dans l’intérieur, sous la garde de ces très sûrs dépositaires, qu’on entasse les traités, les testaments, les pactes de toute sorte, les objets précieux et l’argent monnayé : et ad vigilem ponendi Castora nummi 388. De là l’importance religieuse des serments
sum urbis , p. 187. — 370 Plut. Flamin. 12. — 371 Dabelou, Monn. de la rép. rom., II, p. 392. — 372 Cic. De nat. deor. III, 5 ; cf. Plut. Paul. Aem. 24, 25. — 373 Florus, III, 3, 20. — 374 Dio Cass. XLI, 61. — 375 Voy. dans Paus. II, 1, 7, la description d’une statue qu’Hérode Atticus fit faire ;■ l'imitation du Zeus olympien de Phidias. Sur la base, on voyait de chaque côté les Dioscures, ozi 5^ çwrqçE; *cù ou-cot vewv xal àvOoù>itwv EÎai vau-:i),)>ojxi'vwv. — 376 Hor. Od. I, III. — 377 I, xvu, 10. — 378 Amm. Marc. XIX. p. 27 2-273. — 379 Od. I, ni, 2 ; I, xii, 27- 23 ; IV, vm, 34-32. — 330 Quaest. nat. I, ï, 2. — 381 Maxim. Tyr. Dissert. XV, p. 59, (éd. Didot). — 382 Aratus, ‘I» a i v 6 p. e v a, vers 147, trtid. par Cic. v, 331 ; cf. Hygin. Astron. liv. III au mot gemini.
— 383 Voy. Maurice Albert, Le culte de Castor et de Pollux en Italie, ch. vi.
— 384 Equités romani, milites et nëgotiatores (Tit. Liv.) — 385 Près du Janus meclius, rendez-vous des marchands, et près des veteres tabernae, boutiques des usuriers ; voy. Bull, de l’Inst. arch. 1850, p. 114. — 386 Cic. Pro P. Quintio, IV, 17.
— 337 Scnec. De consi . sup. XI 11. — 383 Juvcn. Sut. XIV, 268-62.
DIO
Edepol et Mecastor 3". Pouvait-on mieux protester de sa bonne foi qu'en invoquant les dieux qui la personnifiaient, ou le temple qui semblait en être le sanctuaire favori?
On a vu la réputation que les Dioscures avaient en Grèce comme cavaliers et conducteurs de chars. Cette antique renommée se répandit naturellement en Italie. Comme les poètes grecs, les poètes latins, Virgile 390, Horace391, Ovide 392, Valérius Flaccus 393, chantèrent à l’envi les exploits équestres des deux jeunes héros et les Romains, en les adoptant comme dieux, le*ir conservèrent la réputation qu ils avaient conquise pendant leur vie mortelle : ils devinrent les protecteurs divins des jeux du cirque. On les associa à tous les dieux qui présidaient aux exercices équestres, aux courses de quadriges et de chevaux de selle, et ils eurent plus spécialement sous leur protection le desultor, dont la besogne consistait à sauter alternativement d'un cheval sur un autre391. Leurs statues figurèrent au milieu de celles qui, le jour des jeux, étaient solennellement portées du Capitole au cirque Maxime, et, dans l'arène même, de petites édicules leur furent élevées près du mur qui divisait en deux l'Hippodrome. Ce fut en leur honneur et en souvenir de leur origine qu’à partir
de l’année 578 on se servit d’œufs pour indiquer le nombre de tours que faisaient les chars autour des metae [circüs]. Sous l’empire, ils eurent des fêtes équestres qu’on célébrait deux fois l’an, le 8 avril en mémoire de leur natalis, et aux ides d’août dans le cirque Flaminius 395. C’est à l’entrée de ce cirque que devaient se trouver les deux groupes colossaux qui les représentent 396 et qui sont aujourd’hui placés au haut des degrés conduisant au Capitole. Les chevaux, les attributs des Dioscures, les oreilles brisées qu’a, comme pancratiaste, celle des deux statues qui représente Pollux, tout indique bien que l’artiste a voulu montrer les jumeaux dans leur rôle de dieux de l’arène. Quant aux deux autres groupes en marbre de Monte- Cavallo 397 , ils représentent également, comme on l’a dit plus haut(fig. 2434), les Dioscures dans l’attitude de deux héros ou de dieux dompteurs de chevaux.
Sans perdre aucune des attributions qui viennent d’être signalées, Castor et Pollux prennent, sous l’empire, à partir du second siècle de notre ère, un caractère nouveau et très élevé : ils deviennent des divinités funéraires 398. Les Romains, qui sur les sarcophages exprimaient le plus souvent l’idée de la mort au moyen de scènes et de héros
Fig. 244$. — Les Dioscures accompagnant le char de Phœbus et celui de la ISuit. Sarcophage romain.
mythologiques, n’eurent garde d’oublier les Dioscures, dont la légende se prêtait merveilleusement à des interprétations funéraires. Les aventures des deux héros, la chasse du sanglier de Calydon et la mort de Méléagre, l’enlèvement des Leucippides, le meurtre de Castor par Idas, la vie alternative des deux frères qui se succèdent au ciel et dans les enfers, se présentaient d’elles-mêmes à la pensée du sculpteur comme de poétiques personnifications de la mort et du voyage des âmes de cette vie à l’autre. Aussi ne faut-il pas s’étonner de retrouver les Dioscures sur tant de monuments funéraires. Tantôt ils sont représentés dans une scène de leur vie héroïque 399 (voy. plus haut, fig. 2431); tantôt, placés devant le char de Phœbus et derrière celui de la Nuit (fig. 2448) 40°, ils figurent le matin et le soir et
389 Aul. Gell. XI, ti. On écrivait Edepol (e drus Pollux) ou Aedepol (per nedera Pollucis). — 309 Georg. III, 89. — 381 Sal. II, i, 26; Od. 1, ai, 25.
— 302 Fast. V, 700. — 393 Argon. IV, 252-324. — 391 Hygin. Fab. VIII.
— 395 Corp. I, 377. — 396 Winckelmann, Mon. ined. Il, 79. — 397 Clarac, Mus. de sculpt. V, p. 50 pl. 812, n° 2043. — 398 Bull, des anliq. de France , 1879, p. 52 ; Bull, dell’ Inst. arch. 1868, p. 102; 1869, p. 65; Amiali, 1869, p. 82.- 399 Clarca, Mus. de sculpt. II, p. 206, pi. 198; n” 703 ; Visconti, Mus. Pio Clcment.
personnifient par conséquent la naissance et la mort, puisque dans toutes les langues la vie humaine se compare à une journée; tantôt enfin, comme sur le tombeau de Vibius 401 et sur un autre trouvé à Rome près du pont Milvius 402, ils apparaissent seuls : aucune autre divinité, aucun attribut spécial n’explique ni ne justifie leur présence. C’est que leurs images ont par elles-mêmes une signification si évidemment funèbre que tous reconnaissent
dans ces deux jeunes gens, debout aux angles des sarcophages, des divinités funéraires. C’est grâce à ce nouveau caractère qu’ils continuent à vivre sous les empereurs chrétiens 403 : Constantin lui-même leur élève encore à Constantinople des édicules et des chapelles 404, et les chrétiens n’hésitent pas à ensevelir leurs morts dans des tombeaux sur
IV, 44; R. Rochelle, Mon. ined. pl. lxxv. — 400 Id. ibid. lxxii; Bouillon, Dosreliefs. , pl. 17; Mabillon, Iter Italicum, p. 233, etc. — 401 S. Bartoli, Sepolcri antichi, pl. xliv. — 402 Cabot, Stucs sculptes existant sur un tombeau antique, p. 3, pl. II, — 403 Voy. Arch. Zcitunq , 1875, pl. 12 un diptyque en ivoire, de Trieste; dans le bas sont représentés Europe et le taureau ; dans le haut, les Dioscures s’embrassant. — 40V Zozim. II, 32 ; cf. Duruv, Hist. des Domains, VII, p. G8 et note 4.
DIP
DIP
les parois desquels les Dioscures figurent non plus comme dieux païens, mais comme symboles poétiques de la destinée humaine, de la vie et de la mort 406 (fig. 2449). Bien plus, le moyen âge adoptera quelques-unes des légendes relatives à ces dieux, et les confondra même avec certains saints. C’est ainsi que des Dioscures représentés par le groupe célèbre du Quirinal 406, on fera, grâce à une inscription gravée sur le piédestal, deux saints, saint Praxitèle et saint Phidias 407. C’est ainsi qu’au xie siècle encore l’intervention merveilleuse des Castors au lac Régille se renouvellera, à peine modifiée, au profit des chrétiens. En 1098, à la bataille d’Antioche, les soldats du Christ virent apparaître et combattre à leur tête saint Georges et saint Démétrius, montés sur des chevaux blancs 408. De même, en Angleterre, les habitants d'Hexham, menacés par les Écossais, virent apparaître sur des chevaux blancs lancés à toute vitesse saint Wittfred et saint Cuthbert, deux véritables Dioscures chrétiens 409. Ainsi, à dix-huit cents ans de distance, l’apparition du lac Régille se renouvelait en Grande-Bretagne, au profit d’un peuple chrétien. M. Albert.
DIOS KODION (Aiôç xmùov). — Rite particulier de purification usité dans les cérémonies préparatoires des Éleusinies1 [eleusinia, sect. VI], dans les pompaea, en l’hon¬
neur de Zeus Mémactès2, le vingt-cinq du mois de Mémactérion3, et dans les skirophoria4. On immolait comme victime expiatoire à Zeus Meilichios 5 un bœuf par chaque individu que l’on voulait purifier. La peau de la victime, appelée Aiô; xtaSiov, d’où le nom s était étendu à toute la cérémonie0, était placée à terre par le ministre du sacrifice et l’homme soumis à la lustration s’y tenait debout sur le pied gauche7. On peut rapprocher de la cérémonie altique celle qui avait lieu à Magnésie : dans la fête de Zeus Actaeos, les premiers citoyens de la ville montaient par la plus forte chaleur du jour au temple du dieu, portant sur eux des toisons de victimes fraîchement immolées (xcooia TpiTcoxa xaivâ8). F. Lenormant.
M. Lenormant, depuis la rédaction de cet article, a décrit la peinture d’une belle hydrie à figures rouges, actuellement dans la collection de l’hôtel Lambert, qui, d’après lui, reproduit le rite du Atôç xtoSiov 3 (fig. 2450). On y voit un éphèbe nu, accroupi, le corps posant sur le pied gauche, à côté d’un grand plat. Cinq femmes s’avancent à droite et à gauche, portant des torches allumées, des vases pour la purification ; d’autres vases sont placés sur un réchaud et sur un grand récipient. L’éphèbe agenouillé serait Thésée qui institua ce cérémonial et s’y soumit le premier, après avoir tué les brigands qui désolaient la Grèce. Le pied
gauche de l’éphèbe est, en effet, placé sur un objet tacheté, qu’on interprète comme la peau de la victime immolée; mais il est de très petites dimensions et peu distinct. M. de Witte a donné son plein assentiment à l’explication de M. Lenormant10. E. Pottier.
DIPANAMIA (Atiravafua). — Ce mot composé de At- Tto(va[).oç, comme Ac-TtdAîta, s’applique aune fête rhodienne, qu’on suppose célébrée en l’honneur de Zeus, dans le mois Panamos; elle n’est d’ailleurs connue que par une inscription d’époque romaine *. E. Pottier.
DIPIITIIER A (AnpSépa). — Peau d’animal, cuir, et par
40b Bull, dell' Inst. arch. 1844, p. 12 ; Le Blant, Étude sur les sarcophages chrétiens d'Arles, XXXI, 38, pl. xxm ; Gaz. arch. 1878, pi. i, p. 1 et s. — 406 Clarac, Mus. de sculpt. V, p. 50, pi. 812 , 2 0 43. — 407 Urlichs, Codex urbis Romae, p. 122; Journ. des Savants, 1888, p. 163-164. — 408 Histor. des croisades, III, p. 15!.
— 409 Montalombert, Les moines d'Occident, IV, 375. Bibliographie. Preller, Griech. Mythol. 3» éd. Berlin, 1875, II, p. 91 et s.; id. Itôm. Mythologie, 3' éd. Berl. 1883, II, 300 et s. ; Weleker, Griech. Gôtterlehhre, Gütting. 1857-1863, I, 101 et s.; II, 416 et 3.; K. O. Müiter, Handbuch der Archüol. der Kunst, 3« éd. Breslau, 1848, § 414, 5 ; A. Maury, Religions de la Grèce antique, Paris, 1857, I, p. 207 et s.; Myriantheus, Die Açvins oder die arischen Dioskurcn, Munich, 1876; Decharrae, Mythol. de la Grèce antique, 28 éd. Paris, 1886, p. 650 ; Maurice Albert, Étude sur le culte de Castor et Pollux en Italie, Paris, 1884; Furtwængler, art. Dioskuren , dans le Lexikon der Mythologie de Roscher, p. 1154-1177, Leipzig, 1885.
DIOS KODION. 1 Suid. s. v. Aiiç «ù5io» ; Miel). Apostol. Proverb. VII, 10.
— 2 Eustath. ad Homer. Odyss. XXII, 481, p. 1995; Pbot. s. ». ui* ; voy.
extension objets fabriqués de cette matière [cilicium, coriuji].
1° Couvertures de cuir, servant de toiture ou de tentes. Deux généraux d’Alexandre, Perdiccas et Cratère, transportaient en voyage des couvertures de ce genre, assez vastes pour couvrir un stade (Sttpôépat aTaoiafat), à l’abri desquelles ils se livraient aux exercices gymnastiques1. Les Platéens utilisent les StcpQepai, pendant le siège de leur ville, pour mettre leurs gens à l’abri des traits des Lacédémoniens2. Les soldats de Cyrus, dans l’expédition des Dix-Mille, se servent aussi de ces peaux comme de couvertures et, pour passer l’Euphrate, ils en fabriquent des
Preller, Demeter und Persephone , p. 248; A. Mommsen, Heortol. p. 317 et s. — 3 Corp. inscr. gr. n° 523. — 4 Mich. Apostol. l.c. — 5 Sur le caractère infernal de ce dieu, voy. Ch. Lenormant, Nouv. gai. mythol. p. 39; F. Lenormant, Monogr.de la Voie Sacrée Éleusinienne , t. 1, p. 314 et s. — G Phrynich. cité par Bckker, Anecd. gr. p. 7; Lexic. rhetor. ibid., p. 242; Eustath. I. c.;Mich. Apostol. I. c.; Hesych. et Suid. s. v. — 7 Polémon le périégète avait consacré un livre spécial à ce rite éminemment symbolique; Hesych. I. c. ; Athen. XI, p. 478 ; voy. Preller, Polem. fragm. p. 140. — 8 Dicaearch. dans les Fragm. histor. de Müller, 11, p. 262. — 9 Contemporary Review , 1880, p. 137. — 10 De Witte, Descr. desantio. de l'hôtel Lambert , 1886, p. 68, pl. 22; Duruy, Hist. des Gi'ecs , I, p. 786.
DIPANAMIA. l Ross, Inscr. gr. 111, p. 30, n° 277 ; cf. Hermann, Lehi'bucli der gott. Alterth. p. 472, 16 ; Abhandlungen derkônig. Gesellsch. zu Gôttingen, 1845, II, p. 214. On se demande s’il n’y a pas quelque erreur dans cette inscription, amenant une confusion entre le mot Panamos et l’épithète beaucoup plus usitée de Zeus Panamaros. DIP11T1IERA. 1 Athen. XII, p. 539 c. — 2 Thucyd. II, 75.
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outres remplies de foin sec qu’ils lient entre elles pour en faire des radeaux 3.
2° Le même mot désigne des sacs en cuir dont les soldats se servaient en campagne pour mettre des provisions et au besoin des projectiles \ Pour les bourses ou sacocbes de cuir en général, voy. pera, pasceolus, marsupium, etc.
•3° La matière sur laquelle on écrivait les livres était de deux sortes : le papyrus, formant un véritable papier [cQARTA, papyrus], et la peau préparée, d’où est né le parchemin [membrana, liber]. Aussi nomme-t-on quelquefois Ot<p0spai les livres écrits sur parchemin 5. Le mot fut même détourné de son sens primitif et appliqué par Plutarque a des tablettes à écrire en métal (sv S^ôs'paiî yaW;) G. Dans une inscription grecque du Bas-Empire, le mot oiiûs'pat est assimilé à [SiSAt-x, -/d prxt et ypa^avETa 7. Certains peuples, comme les Ioniens, ont toujours désigné leurs livres sous ce nom, parce que le papyrus fut longtemps rare chez eux et qu ils n ont employé pour l’écriture que des rouleaux de peaux 8. G est sans doute pour la même raison que les Chypriotes appelaient chez eux le maître d’école, St^Qepa- Xotcpoç . Le membranarius s appelle en grec occp0£po7roioç.
A0 Les Stiôspat ou StœfkpioEç font partie des oirXa d’un navire, à côté des Séppeiç [voy. cilicium] 10. Ces couvertures de cuir devaient servir à calfeutrer les joints ou bien à ser\ir d abri contre la pluie11. Pendant longtemps les habitants de la Lusitanie se servirent de Sef.0£piva irXoTa 12 et, du temps de Strabon, les bateaux tout entiers en bois étaient encore chose rare chez eux 13.
5° Vêtements de peaux de bêtes, en particulier de peaux de chèvres, tandis que la pvqXtuTvi est faite de peaux de moutons14. Les StyOspïi servaient principalement aux gens de la campagne, aux bergers, aux esclaves, aux hilotes de Sparte, et correspondent au cilicium des Latins [voy. aussi mastruca, riieno] lfi. Pollux les définit uxuTivat !iQ9)ts; et dit qu’elles étaient munies d’un capuchon [cucullus] 16. De là vient le nom de ScsÔEpt'att que portent dans le théâtre grec les esclaves et les gens de la campagne17; parmi les rôles de femmes on compte aussi la SitpOsptTtç 18. D’après Plutarque, le costume spécial aux dieux Lares était la SujOEpa en peau de chien l9.
M. de Longpérier a rapproché fort heureusement ce passage d’une statuette de bronze du musée du Louvre20 qu’il explique comme un dieu Lare, vêtu de cette tunique particulière, tenant de la main gauche une patère et élevant de la droite un rhyton terminé en corps de chien (fig. 2451). E. Pottier. DIPLOMA. — Ecrit plié en deux, de manière à pouvoir
3 Xenoph. Anab. 1, 5, 10; cf. II, 4, 28; III, 5, 8. — 4 Ibid. V, 2, 12. — 6 Herodot.
\ , 58 ; Diod. Sic. II, 32 ; Zenob. IV, 1 1 ; Diogenian. III, 2, daus le Corp.parœmiogr. gr. éd. Leulsch et Schneidewin. — G Plut. Quaest. hell. p. 297 F. — 7 Dittenberger, Corp. inscr. att. III, 48. — 8 Herodot. I. c. — 9 Hesych. s. v. — *0 Pollux, I, 93, 120 ; X,
134. — il Antliol. Palat. IX, 546. — 12 II s’agit peut-être simplement de radeaux faits avec des outres en cuir, comme ceux que décrit Xénopbon, Anab. II, 4, 28 (aytSicu £i:pOsfivai) ; cf. III, 58; Arrian. Peripl. p. 16, éd. Huds. (u/tSi </.i ÆcpjAàTtvciu è!j àuxwv).
— 13 Strab. III, p. 155 C, 25. — H Ammon. p.43: AixO-'pa jaIv yio cdyùîv, Si
zpooaTwv. — 1S Aristoph. Nub. 71 et Schol. ; Vesp. 444; Plat. Crit. p. 53; Athen.
X, p. 414 E; XIV, p. 657 D; Lucian. Tim. 8; Columel. I, 8, 9; Propert. V, 1, 12.
— IG IV. 119; VII, 70; X, 131, 175. — 17 Varro, De rc rust. II, H, 11 : « In tragaediis senes (servi? dit M. Bliimner, Technologie und Terminolog . I, p. 254, note 2)
être fermé et scellé. Ce mot a été surtout 1 employé en parlant d actes de 1 autorité publique.
I. Permis donnant droit d’user, pour un parcours déterminé, des moyens de transport de l’ÉtatïcuRSus publicus, p. 1647 et 1652],
IL Livret composé de deux plaques de bronze et portant 1 extrait d une loi par laquelle l’empereur conférait certains privilèges à des soldats qui avaient obtenu leur conge dans des conditions honorables ( honesta missio).
1° Pour faire connaître ces diplômes et expliquer la nature des privilèges qu’ils conféraient, il est utile de donner ici le texte de l’un de ceux que nous possédons2 :
« Imp(erator) Caesar, Divi Nervae f(ilius), Nerva Traianus Aug(ustus), Germanicus, Dacicus3, etc., equitibus et peditibus qui militaverunt in alis quattuor et cohortibus decem et unam (sie)quae appellantur IHispanorum Auriana'% etc., et sunt in Raetia sub Ti. Iulio Aquilino, quinis et vicenis plunbusve stipendiis emeritis, dimissis honesta missione, quorum nomina subscripta sunt, ipsis, liberis posterisque eorum civitatem dédit et conubium cum uxoribus quas tune habuissent cum est civitas iis data, aut si qui coelibes essent, cum iis quas postea duxissent, dumtaxat singuli singulas, p(ridie) k(alendas) Iul(ias), C. Minicio Fundano, C. Vettennio Severo co(n)s(ulibus). Alae I Hispanorum Aurianae, cui praeest M. Insteius, M. f(ilius), Pal(atina tribu), Coelenus. Ex gregale Mogetissae, Comatulli f(ilio), Boio, et Verecundae, Casati filiae, uxori eius, Sequanae, et Matrullae, filiae eius. Descriptum et recognitum ex tabula aenca, quæ fixa est Romae, in muro post templum Divi Aug(usti), ad Minervam. »
C est, on le voit, le texte d’une !ex data. Il commence par 1 énumération complète des noms et titres du magistrat, qui est l’empereur. Viennent ensuite : la liste des corps de troupes auxquelles appartenaient les soldats bénéficiaires de la loi; l’indication du lieu où se trouvait l’armée dont ces corps faisaient partie (ici c’est la Rhctie) ; le nom de celui qui en avait le commandement (c’est Ti. Iulius Aquilinus); l’attestation que les soldats ont fait le temps d*e service légal et ont obtenu leur congé ( quinis et vicenis pluribusve stipendiis emeritis, dimissis honesta missione) ; la mention des privilèges concédés (j’y reviendrai tout à l’heure), la date de la loi par les noms des consuls, avec indication du mois et du jour (30 août 107).
Jusqu’ici, la loi portée en faveur d’un assez grand nombre de soldats a été intégralement transcrite sur le diplôme. Mais, à l’endroit où nous sommes arrivés, au lieu de copier la liste complète annoncée plus haut ( quorum nomina subscripta sunt), on s’est borné à en extraire le nom du soldat libéré auquel était destiné le diplôme. C’est un barbare, un Boïen, nommé Mogetissa, fils de Comatullus, ex-simple soldat de Vala prima Ilispanorum Auriana commandée par M. Insteius Coelenus; suivent les noms de sa femme et de ses enfants, appelés à par-
al) hac pelle voeantur âioOspiai et in comoediis qui in rustica opéra morantur. » La correction proposée par Blümner est fort vraisemblable, d’après le texte de Pollux,
IV, 137 « tv. Û£pa~ôvTwv Ttpôcrwita âioOspiaç ». Cf. ibid. 117, 140, — 18 Pollux, IV, 138.
— 19 Plut. Quaest. rom. 51. — 20 Notice des bronzes antiques, p. 103, n° 464.
On peut voir un autre exemple de la diphthera daus une seconde statuette de bronze du Louvre, représentant Aristée (t. Ier, p. 424, fig. 519).
DIPLOMA. l Mais non pas exclusivement: Voy. Macrob. Sat., I, 23, 14; Senec. Bene/., VII, 10, 2. — 2 L. Renier, Recueil de diplômes militaires, n° 49. — 3 Suit l’énumération des surnoms, titres et magistratures de l’empereur, que nous avons supprimée pour plus de brièveté. — * Suit l’énumération des quatre ailes et des onze cohortes auxquelles appartenaient les soldats appelés à bénéficier de la loi.
Fig. 2431.
Lare vêtu de la diphthera.
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tager les privilèges qui lui sont concédés, dans une mesure que j'indiquerai, Enfin le texte nous apprend que la table d’airain sur laquelle est gravée la loi dont le diplôme porte l’extrait est fixée à Rome, in muro posl templvm Divi Augusti, ad Minervam.
Ce texte suffit à démontrer combien les diplômes sont
riches en renseignements de toutes sortes : sur la litulature impériale, sur les différents corps d armée, sur leurs cantonnements et sur leurs chefs, sur les dates consulaires, sur l’onomastique barbare, etc.
Les privilèges accordés par les diplômes sont de deux sortes : la civitas et le conubiurn. La civitas est le droit
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Fig. 2452. — Diplôme militaire.
de cité. Le conubiurn est un privilège en vertu duquel les anciens soldats qui l’obtenaient pouvaient, s’ils étaient célibataires (si qui coelibes essent ), contracter, même avec une pérégrine ou une Latine, un mariage régi par le droit civil romain, entraînant tous les effets attachés aux iuslae nuptiae ; si, au contraire, ils avaient, antérieurement à leur libération, épousé une Latine ou une pérégrine ( uxores quas tune habuissent ), si même ils avaient vécu avec une concubine ( mulieres quas secum concessa consuetudine vixisse probaverint 8), ce mariage ou cette union irrégu-
5 Corp. inscr. lat. t. 111, p. 896, n° 53, 1. 9 et s.
lière pouvaient, en vertu du conubiurn concédé, être transformés en iust.ae nuptiae avec les droits inhérents.
La situation des anciens soldats diplômés était, on le voit, meilleure que celle des autres citoyens, et les femmes barbares qu’ils épousaient devenaient citoyennes romaines; aussi la loi limitait sagement l’usage de ce' privilège à un seul mariage ( dumtaxat singuli singulas), pour éviter que les anciens soldats, jouissant du droit de faire citoyennes des femmes barbares, fussent tentés de se livrer à un trafic que la facilité du divorce aurait rendu possible.
Ici, pour en finir avec le conubiurn, se pose une ques-
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tion : les soldats obtenaient pour eux, s’ils ne l’avaient pas encore, et pour leur femme et leurs enfants, le droit de cité (liberis posterisque eorum civitatem dédit et conubium cum uxonbus). La situation des enfants à naître après l’obtention du conubium est claire : ils sont fils de citoyens romains; mais quand les anciens soldats usaient du droit de conubium pour transformer en iustae nuptiae une union contractée avant 1 obtention du conubium, quelle était la situation des enfants nés de la première union? En un mot, le conubium avait-il pour eux un effet rétroactif et se trou • i aient-ils, par le fait même, comme engendrés ex duobus civibus romanis ? Les auteurs sont presque unanimes à répondre affirmativement. Cependant aucun texte juridique n’autorise à admettre cette rétroactivité, et les diplômes n étendent aux enfants déjà existants que le privilège de la civitas. C est ce que M. Mispouletdémontreavecjustesse, à mon avis du moins, dans un excellent mémoire sur le mariage des soldats romains, où il traite longuement des privilèges conférés par les diplômes militaires6. Toutefois il est permis de supposer, et cela n’a rien de contraire au droit romain, puisqu’il existe des précédents, que les privilèges du conubium durent être plus d’une fois étendus aux enfants, par une disposition spéciale7.
2° A qui étaient délivrés les diplômes? Les soldats gratifiés d’un diplôme appartenaient tous, d’après les quatrevingt-un diplômes que nous connaissons, à l’un des corps de troupes suivants : la marine, les légions prima et secunda adiutrices, les ailes et les cohortes auxiliaires, les garnisons de Rome. Pourquoi n’a-t-on pas de diplômes accordés à des anciens légionnaires? On sait, en effet, que les deux légions adiutrices, formées en 68-69 avec des soldats de la flotte non citoyens romains, doivent, au moins à l’origine, être assimilées, par leur composition, avec les corps de troupes auxiliaires. Les anciens soldats, sortis des différents corps de troupes, auraient donc obtenu le privilège extraordinaire du conubium, et, seuls, les anciens légionnaires en auraient été exclus ! Il semble, au contraire, qu’ils devaient être les premiers à en bénéficier. Wilmanns cherche à expliquer ce fait en disant que les Romains ne voyaient pas d’un bon œil les unions entre les soldats citoyens et les habitants des provinces8; cette opinion pourrait être prise en considération s’il n’existait pas des diplômes attribués à des corps de troupes composés, comme les légions, de citoyens romains.
On n’a, en fait, trouvé aucune explication qui puisse donner la solution de cette difficulté. Le hasard seul a-t-il voulu, quelque surprenant que cela puisse paraître, qu’aucun diplôme de légionnaire ne fût découvert? 11 faudrait, dans ce cas, ne pas se hâter de rechercher l’explication d’un fait qui peut ne pas exister et attendre qu’une découverte heureuse nous mette entre les mains le diplôme d’un vrai légionnaire. C’est peut-être ainsi que la question sera résolue un jour.
6 Le mariage des soldats romains, dans la Revue de philologie, t. VIII (1884), p. 113, et Études d’institutions romaines , Paris, 1887, p. 227. — 7 Cf. Bulletin critique, t. VI (J 885), p. 189. — 8 Die Lagerstadt Afrikas, dans les Mémoires philologiques en l’honneur de Th. Mommsen. Cf. ma traduction, Étude sur le camp et la ville de Lambèse, Paris, 1884, p. 24. — 9 Th.
Al. Platzmann, Suri* romani testimoniis de militum honesta missione quae in tabulis oeneis supersunt illustrati specimen, thèse, Leipzig, 1828. — 10 Paul., Sentent. I. V, tit. XXV, 6: <« Àmplissimus ordo decrevit, eas tabulas, quae publiai vcl privati contractus scripturam continent, adhibitis testibus ita signari ut, in summa raurginis ad mediam partem perforatae, triplici lino constringantur, atque impositae supra linum cerae signa imprimantur, ut exteriori scripturae ûdem interior servet. »> Cf. Sueton. JVero, 17 : « Adversus falsarios tune primum repertum, ne tabulae, nisi pertusae ac ter lino per foramina traiecto, obsignarentur. » — ll Cf.
3“ Description des diplômes. Les diplômes militaires étaient, avons-nous dit, des livrets composés de deux plaques de bronze. Ces deux feuillets étaient généralement disposés conformément au modèle ci-joint que nous donnons (fig. 2452) d’après un diplôme de la bonne époque 9 pouvant servir de type. Il est daté du 7 mars 71.
Les deux feuilles dessinées ici représentent le diplôme ouvert. Deux anneaux passés dans des trous, ménagés à cet effet, reliaient les deux plaquettes et, faisant office de charnières, permettaient de les ouvrir ou de les fermer sans les séparer. L extrait de la loi, gravé dans le sens horizontal, occupait la face intérieure des deux feuilles. Chacune des deux plaques était, en outre, percée de deux autres trous qui se superposaient exactement quand le diplôme était fermé. C’est dans ces trous qu’on passait le triple fil 10 de métal qui devait être noué et scellé, comme l’exigeaient les.lois, par sept témoins 11 dont les noms étaient gravés de chaque côté du fil, sur une des surfaces extérieures du diplôme. Dans la partie inférieure de la figure 2452 on voit, encore en place entre les noms des témoins, un fragment du triple fil qu’on a brisé en ouvrant le diplôme. Sur la face extérieure, opposée à celle qui portait les signatures, on reproduisait le texte gravé à l’intérieur, afin qu’on pût en prendre connaissance sans ouvrir le diplôme. Ce texte extérieur était généralement inscrit dans le sens vertical.
4° Quand le diplôme était prêt, on réunissait les témoins, on leur faisait constater l’identité du texte original de la loi et des deux copies gravées sur le diplôme ( des criptum et recognitum ex tabula aenea), puis on fermait le diplôme, on passait dans les trous ménagés à cet effet le triple fil de métal, et on le nouait12; enfin chacun des témoins apposait son cachet sur le fil, en face de son nom.
Quand l’ancien soldat, bénéficiaire du diplôme, avait à faire établir son état civil dans le lieu où il fixait sa résidence, il présentait son diplôme au magistrat compétent. Celui-ci, après avoir reconnu l’intégrité des cachets apposés à Rome par les témoins, et du fil qui liait le diplôme, rompait les cachets et le fil, et pouvait ainsi vérifier si le texte extérieur était bien conforme au texte intérieur, et par conséquent n’avait pas été altéré [ut exteriori scripturae fidem interior servet) )3.
111. Les médecins grecs appelaient AurXwpa un double vase dont l’un, rempli d’eau, était placé sur le feu, tandis que le vase intérieur contenait la substance que l’on devait faire chauffer « au bain marie ». Cet ustensile était employé pour certaines préparations pharmaceutiques Il devait avoir beaucoup d’analogie avec le vase représenté à l’article calda (t. I6r, p. 821, fig. 1026), sauf cette différence toutefois, qu’il était, sans aucun doute, fabriqué de façon à pouvoir supporter l’action de la flamme et à offrir au feu une surface plus considérable. Ces vases s’appelaient aussi diplangium i6. H. Tiië[)enat.
Paul. loc. cit. ; Gaius, Instit. 1. I, 29 : Quibus modis Latini ad civitatem perveniant. Parmi les conditions requises, il faut le témoignage d’au moins sept témoins, tous citoyens romains. — 12 Cf. Christ cité par Mommsen, Corp. inscr. lat., t. X IX , p. 86b, n° 24. — Paul. loc. cit. — ■ h Galen. n e ffuvOtffïu); çap;/.axi'iv tùîv xv.xà toTtou;, I. VII, c. n ; Œuvres, t. XIII, p. 36 Kiihn. Cf. Scribonius Largus, Compositioncs medicae , c. lxxiii. — 15 Theod. Priscian, I, 19. — Bibliouhapuie.
Je n’énumère pas les mémoires particuliers mais seulement les recueils généraux de diplômes, et les notices les plus riches en renseignements. Séguier, dans Mém. de V Acad, de Turin, 28 série, t. XI, p. 53 et s. Marini, Atti dei fratclli Arvali , t. II, p. 448 et sy., Rome, 1795; Vernazza, Mém. de l’Acad. de Turin, t. XXIII (1817), p. 128 et s.; Th. AI. Platzmann, Juris romani testimoniis de militum honesta missione quae in tabulis aeneis supersunt illustrati specimen , Leipzig, 1828; Gazzera, Nolizia di alcuni diplomi imper iali di congedo
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DIPOLEIA, DIIPOLIA (AtiroXeïa, Atnra^ta, AntôXta1). — Fête célébrée à Athènes, le 14 Skirophorion, jour de la pleine lune du dernier mois attique2, en l’honneur de Zeus Polieus3. La cérémonie comprenait deux parties. La première avait un caractère agreste et champêtre ; les offrandes sanglantes des victimes n’y avaient aucune part et elle se rattachait à un culte très ancien de Jupiter protecteur des moissons. La seconde, appelée plus spécialement BouçoW, consistait dans le sacrifice d’un bœuf sur l’autel et se compliquait de certaines pratiques bizarres qui avaient un sens expiatoire ; ce cérémonial s’était greffé à une époque plus tardive, quoique encore fort ancienne, sur le culte primitif de Zeus Polieus et en avait modifié la nature. Dans la suite des temps, l’habitude des sacrifices étant devenue prépondérante, ce sont les Boucpôvta qui constituent la partie essentielle de la fête, tandis qu’il est facile de démêler qu’auparavant ils ne formaient qu’un accessoire, une sorte de corollaire à la cérémonie joyeuse et pacifique des AnroMa. Les lexicographes emploient de préférence le mot Bou*o'vca et paraissent avoir oublié la priorité du mot AmoXeïa pour désigner l’ensemble de la fête.
On croit que dans la période la plus ancienne la fête se célébrait, non pas sur l’Acropole, mais dans la plaine qui s’étend au pied de la citadelle, sur l’emplacement du Pnyx et qu’on déposait les prémices de la moisson sur un autel de Zeus Hypatos4. Quand le rite sanglant des Bouyovca s’adjoignit au cérémonial usité, on aurait fait usage d’un second autel consacré à Jupiter, non loin de l’autre, pour immoler et dépecer la victime, car le premier devait rester pur de toute souillure6. Mais celle conjecture ne s’appuie sur aucun texte précis. A l’époque classique la fête avait lieu sur l’Acropole, auprès de l’autel de Zeus Polieus0. Là s’élevait une statue du dieu de style archaïque, brandissant la foudre1, et plus tard, au ivc siècle, une autre statue faite par le sculp'teur Léocharès8 que Pausanias put voir encore9. Cet autel était situé vers le côté Est du Parthénon10. On admet que sur l’Acropole aussi deux autels distincts étaient nécessaires pour la double cérémonie des AmoAeta et des Boucpôvta, que l’un était l’autel de Zeus Ilypatos, situé près de l’Erechtheion11 et où s’accomplissaient les rites primitifs, que l’autre était l’autel de Zeus Polieus dont nous venons de parler12.
Le lieu de la scène étant connu, voici dans quel ordre
militare , Turin, 1831 ; Cardinal], Diplomi impcriali di privilegi accordati ai militari , Vclletri, 1835; Arneth, Zioôtf rômische Militür-diplome , Vienne, 1843; Mommsen, Cotp. inscr. lat. t. III, p. 843 et sv. ; Renier, Recueil de diplômes militaires,- lr0 livr. Taris, 1876. Dans ÏEphemeris epigraphica, t. V (1884), p. 101 et s., Mommsen a dressé la liste de tous les diplômes militaires connus, au nombre de 77 ; cette liste doit être complétée par les trois diplômes publiés dans YEphemeris epigraphica , t. V, p. 611, 615 (cf. 652), 617, et par le diplôme d’Oltina publié dans les Mittheilungen aus Œ sterreich- üngarn , t. XI (1887), p. 24, n° 15, ce qui porte à 81 (juillet 1888) le nombre de ces monuments. Parmi les dissertations voy. surtout Marini, loc. cit.‘, Borghesi, Intorno ad un nuovo diploma militare dell' imperalore Traiano Decio , Œuvres, t. IV, p. 277 et sv. ; R. Mowat, Bulletin épigraphique, t. II. p. 271-277; t. III, p. 20-24, 247-248; t. IV, p. 302; Mispoulet, Le mariage des soldats romains, dans la Revue de Philologie, 1881, p. 1 13 ; et 1 étude magistrale de Th. Mommsen, dans le Corp. inscr. lat. t. III, p. 902 et sv.
DIPOLEIA, DIIPOLIA. l On ne compte pas moins de douze orthographes différentes pour ce nom. CT. Band, De Diipoliorum sacro Atheniensium, p. 9-10. — 2 Schol. Aristoph. Pax, 419; Etymolog. Magn. p. 210, 30, s. v. pou?ôvia. La date donnée par les Anecdota de Bekker, p. 238 (16 Skiroph.) est erronée; le passage parait d ailleurs corrompu. Cf. A. Momriasen, Heortologie , p. 449; Band, op. L, note 6. Sur la place du mois Skirophorion dans le calendrier attique, voy. dans le Dictionnaiic, l’article calendarium, I, p. 825. — 3 Schol. Aristoph. L c. ; Paus. I, 24, 4; Hesych. s. v. AmcôXeia. — 4 Band, op. I. p. 64. — 6 Ibid. p. 65. — 6 Suidas, I, 1, p. 1029, édit. Bernh. ; Paus. I, 24, 4. — 7 Cf. 0. Jaliu, Nuove Memorie dell' Instituto, 1865, p. 16 et s., pl. 1. — 8 Ibid. p. 21 et s. — 9 Paus. I, 24, 4. Band dit (op.
I. note 8) que la base de cette statue est celle qu’on a trouvée à l’est du Parthénou et qui représente sur quatre faces Héphaistos, Poséidon (c’est plutôt Dionysos),
se déroulaient les différentes phases de la cérémonie 1° Les Dipoleia, scène de fête champêtre et agreste. Placé près du premier autel, le prêtre de Zeus Polieus faisait, offrande des prémices de la moisson, sous forme de grains de blé mêlés à des grains d’orge, et de gâteaux de farine13. Ces objets étaient déposés sur une table d’airain placée sur l’autel même ou à côté14. S’il y avait une libation, elle devait être d’eau pure, car le vin était proscrit des cérémonies en l’honneur de Zeus Hypatos16. Ces rites accomplis et les prières étant prononcées, le prêtre se retirait à l’écart comme si la solennité était terminée16. Mais ce n’était que le premier acte, et la seconde partie commençait.
2° Les Boutpôvca, sacrifice expiatoire et commémoratif. Des serviteurs du temple, sans doute les Aairpol dont nous verrons le rôle plus loin, apportaient une hache et un couteau. Des jeunes filles allaient puiser de l’eau dont on se servait pour aiguiser ces instruments17. A ce moment, se présentaient d’autres gens affectés spécialement à cet office, les Kevxptâîat ls, qui avaient fait sortir les bœufs réservés pour les sacrifices publics, enfermés dans le Bouxotaïov19, et les avaient amenés sur l’Acropole. Ils poussaient une de leurs bêtes du côté de l’autel où se trouvaient déposées les offrandes. L’animal, friand de ces aliments, ne manquait pas d’y porter la dent. Aussitôt le prêtre, appelé Boutpo'voç ou BouTÔ7toç à cause de ce rite80, accourait en toute hâte et, comme sous l’empire d’une vive irritation causée par la vue de ce sacrilège, il saisissait la hache entre les mains de ceux qui l’aiguisaient et en déchargeait un grand coup sur la tête du bœuf qui tombait ensanglanté. Le prêtre, feignant d’être saisi d’horreur à la vue du sang répandu, jetait la hache loin de lui et s’enfuyait. Les Aaerpot, relevant la victime, l’achevaient avec le couteau sur le second autel de Zeus Polieus, la dépeçaient et en faisaient cuire la chair pour la distribuer aux assistants21.
Ce cérémonial bizarre était suivi d’autres pratiques plus étranges encore. Comme pour réparer le meurtre commis, on prenait la peau du bœuf immolé, on la bourrait de foin et on remettait la bête sur ses pieds. Puis, l’attelant à une charrue, on la transportait devant le tribunal22 qui se tenait près du Prytanée et qui jugeait les meurtres, même commis par les objets inanimés23. En effet, le coupable principal étant en fuite, on mettait en cause tous ceux qui avaient assisté ou participé à ce prétendu sacrilège.
Athéné et Hermès (cf. Wolters, Gipsabgüsse antiken Bildwerke, a° 421 ; Monumenti dell' Inst-, VI, pi. 45). Le style eu est archaïsant. Mais il est difficile de regarder cette attribution comme sûre. — 10 Band, p. 14 et note 8; Mommsen, op. I. p. 440.
— H Paus. I, 26, 6. — 12 Band, p. 66 ; Mommsen, Le. Surl’ideutité de Zeus Polieus et de Zeus Ilypatos, cf. Band, p. 30, 67; Mommsen, p. 450, note 2. — 13 Paus. I, 24, '4 ; cf. VIII, 2, 3 et 1, 26, 6 ; Schol. Aristoph. Nub. 983 ; Porphyr. De abst. II, 30 ; Hesych. et Suidas, s. v. pouçovia. Sur les différentes sortes d'offrandes, cf. Band, p. 1 9, note 1 4.
- 14 Porphyr. l.c. -16 Paus. 1,26, 6. Band (p. 19) croit qu'on se dispensait’dc foute libation; mais rien ne le fait supposer et c’eût été contraire au cérémonial usité. —
16 Peut-être se plaçait-il alors sur le siège de marbre dont on a retrouvé un fragment à l' Acropole avec l’inscription îtf foc (Soùtou ; cf. Band, p. 16 et 67 'D'après Keil, Phil. Suppl. Il, 631, ce siège aurait fait partie des fauteuils d’honneur placés au théâtrecf. Mommsen, p. 451 et note 2. - 17 Porphyr. op. L, II, 29, 30. Band (p. 20, note 16) pense que les serviteurs étaient pris dans la foule des assistants pour que le peuple eût l’air de participer lui-même au drame qui allait se passer. Il indique aussi le lieu où les jeunes filles allaient puiser l’eau. Le défaut de cette excellente dissertation est de vouloir trop préciser des détails qui nous sont restés inconnus. — 18 Porphyr. I. c. Il, 29. L étymologie est évidemment «vuoov, nom par lequel on désignait communément 1 aiguillon dont se servaient les laboureurs pour pousser leurs bœufs. Cf. Band, p. 21 et note 17. — 19 Cette enceinte se trouvait près du Prytanée; cf. Band, p. 21 ’ note 1S. On a voulu en voir la représentation dans une peinture de vase (Gerhard' Auserlesene Vasenbilder. IV, p. 9, pl. 242, 3) ; mais rien n’est moins sûr. - 20 paUs
, 24, 4 ; Porphyr. op. I. II, 30. - 21 Sur le rôle des cf. Band, note 20, et dans
le Dictionnaire, art. coena, I, p. 1270; coqdus, I, p. 1501. — 22 Porphyr. L c. Cf. Band, p. 23; Mommsen, p. 431 ; 0. Jahn, Nuove Memorie , p. 5. - 23 paUs. I, 28, 11. Sur cette juridiction, cf. Hauvette-Besnault, De archonte rege, p. 97-98.
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Tous les assistants rejetaient la faute les uns sur les autres, si bien qu’on arrivait à déclarer seule coupable la hache qui avait frappé le bœuf. Elle était solennellement condamnée à être précipitée dans la mer24.
Les détails mêmes de ce cérémonial montrent combien d est ancien. Au temps d’Aristophane, on en parlait déjà comme d’un rite tout à fait archaïque 2S. Certaines familles sacerdotales conservaient comme un privilège précieux, qui attestait 1 antiquité de leur race, le droit de fournir les principaux acteurs du drame sacré. C’est ainsi que le Bout'jttoç ou Bouaôvo; était recruté parmi les membres de la famille des 0auXwvi8ai26. Ce rôle leur était dévolu parce que leur ancêtre 0aûXwv était, d’après la légende, le prêtre de Zeus qui, dans un réel mouvement de colère, avait frappé Près de l’autel le premier bœuf qui avait osé toucher aux offrandes27. Mais celte action était mise aussi sur le compte d autres personnages, comme Sopalros, qui s’exila volontairement en Crète 28, et Diomos, un des premiers adorateurs d’Hercule29. Enfin, d’après une quatrième version, le sacrifice du premier bœuf à Jupiter aurait été promis par Minerve elle-même à son père, s’il voulait lui assurer la victoire en votant pour elle dans sa contestation avec Neptune au sujet de la possession de l’Attique30. Dans ce dernier trait on reconnaît, comme dans beaucoup d’autres légendes, l'effort du patriotisme passionné des Athéniens pour rattacher à leur principale légende les origines de leurs cérémonies religieuses et pour attribuer à une intervention divine la fondation de leurs rites nationaux.
Si l’on essaye de démêler ce qu’il y a au fond de ces explications contradictoires, on arrive à reconstituer d’une façon au moins vraisemblable la formation historique du mythe. L’adjonction des Bousovta aux AnroXeïa repose évidemment sur un sacrilège, volontaire ou non, qui a troublé accidentellement le caractère pacifique et innocent de la fête primitive. Il a fallu réparer cette atteinte à la pureté du culte ; une partie de la cérémonie a pris alors un sens proprement expiatoire et l’usage s’en est perpétué à travers les siècles. Rien n’est plus conforme à l’histoire des rites de l’antiquité, et en particulier de l’Altique31. Or nous savons que le culte le plus ancien de l’Altique, établi par Cécrops, répudiait l’emploi des victimes immolées32. Le meurtre d’un bœuf, en particulier, devait être considéré à cette époque comme un véritable crime. Un des plus anciens héros de l’Attique, Bou^uy?);33, passait pour avoir appris aux hommes à atteler les bœufs à une charrue. Il est, comme Triptolème, un des protecteurs de la vie agricole et il avait édicté une loi prononçant des malédictions contre quiconque tuerait un bœuf de labour34. Ces traditions nous donnent une idée de la vie patriarcale et agricole des Attiques au premier temps de leur histoire. Pausanias place sous le règne d’Erechlhée le premier sacrifice d’un bœuf sur l’autel de Jupiter33. C’est dire que
24 Paus. I, 24, 4; 28, 11; Porphyr. De abst. Il, 30; Aeliau. Var. hist. VIII, 3. La phrase de Pausanias (I, 28, H. àstiOiq *pi8e\t) semble indiquer que l’instrument est absous et renvoyé de la plainte; mais elle est en contradiction avec ce que disent les autres auteurs. Cf. Mommsen, p. 452 et note 1. D’après Élien. /. c., c’est le couteau des Aarcpot (pa/aCpa) qui est jugé et condamné. Cf. Band, note 21 ; il faut peut-être lire dans Pausanias àetlO-q t; Oâïa>j<j av (cf. I, 3, 1). — 23 Aristoph. Nub. 984. — 26 Hesych. s. v. 0aiA«ûvi$at. — 27 Suidas, s. v. ©aûXwv ; Hesych. s. v. pouxûirov. Cf. O. Jaliu, op. I. p. 12; Band, p. 16 ; Mommsen, p. 451, note 1. — 28 Porphyr. De abst. II, 29 et s. Cf. O. Jahn, p. 8-9. — 29 Porphyr. Z. c. 10; Suidas, s. v. KuvoixapY*;* Cf. O. Jahn, p. 10. — 30 Hesych. s. v. Atb; Gàxot. Cf. O. Jahn, p. 13. — 31 Comparez, par exemple, le cérémonial de la fête des Oscophories, qui a son origine dans un accident relatif au retour de Thésée à Athènes ; Plut. Thés. 22. — 32 Paus. VIII, 2, 3 ; cf. I, 26, 6. — 33 D'autres mettent cette histoire sur le compte d’Épiménide ; Serv. Ad Virgil. Georg. I, 19. Cf. O. Jahn,
l’usage d’immoler des victimes remonte à une époque encore
très reculée en Attique. Mais rien n’empêche d’admettre que l’institution des Bou-^dvia fut causée, dans la première période, par un fait accidentel qui détermina la fondation d’une cérémonie expiatoire annexée à la fête primitive. C’est cet incident dramatique dont les rites des BouboW retraçaient tous les détails et qu’ils continuèrent à reproduire, même à l’époque où le sacrifice d’un bœuf cessa d’être regardé comme un sacrilège.
L’usage de sacrifier un grand nombre de victimes, une fois passé dans les habitudes de la religion attique, avait-il modifié sur ce point le cérémonial de la fête? Certains lexicographes parlent, à propos des BouscW, du sacrifice d’un grand nombre de bœufs, toXXo! [Hoe;36. 11 est probable qu’il s’est établi quelque confusion entre les Boui'ovia proprement dits et la fête des Aiawnjpix qui avait lieu le même jour, le 14 du mois Skirophorion, en 1 honneur de Zeus Soter et d’Athéna Soteira37. Nous savons par les textes et par les inscriptions que le dermatikon, résultant de la vente des peaux de bœufs, s’élevait pour ces fêtes à des sommes importantes, qui indiquent un nombre de victimes très considérable 38. Il ne me paraît pas possible d’assimiler ces sacrifices dispendieux au cérémonial si simple des Dipoleia, qui, de l’aveu de Pausanias, avaient gardé jusqu’à son temps les mêmes rites39. D’ailleurs les AtccoTvjpta se célébraient sur un emplacement tout différent, peut-être dans la aroà lÀEuOÉpio;40; il n’y a donc pas lieu de croire que les deux fêtes aient pu se confondre.
Jusqu’à la fin, les Dipoleia ont dû garder leur caractère de fête agreste. Elles faisaient suite aux siurophoria (12 du mois Skirophorion) et aux arrhépiioria (12 ou 13 Skirophorion), deux solennités qui se rapportaient aussi aux travaux de l’agriculture et qui avaient quelque lien avec les mystères41. Nous ne chercherons pas si le sacrifice du bœuf à Zeus Polieus était destiné à implorer de la divinité le bienfait de la pluie et de la rosée abondante42 ou pour le remercier de la récolte déjà faite43. Il nous suffit d'avoir montré le sens primitif et rustique de cette fête.
Les monuments
, Fig. 2453. — Le Bouplionos.
figures ne nous renseignent guère sur les Dipoleia. Certaines allusions qu'on a voulu voir dans des peintures de vases sont au moins
p. 9. Il me semble difficile de croire qu’il s’agisse d’Épimênide de Crète, personnage à peu près historique qu’on ne peut pas placer à l’époque où se sont formées ces légendes. — 34 Cf. Roscher, Ausführliches Lexi/con der Mythologie, p. 839, s. v. Buzyges; Band, op. I. p. 48-52; 0. Jahn, op. I. p. 6 et note 4; Boetticher, Philologus, 1865, p. 394, 395; Monatsbericht d. le. A/cad. d. Wissenschaft. zu Berlirn , 30 oct. 1876. — 33 Paus. I, 28, 10. — 36 Etym. Magn. p. 210, 30 ; Bekker, Anecd. p. 221, 21. — 37 Cf. Mommsen, Heortologie , p. 452, 453; Band, p. 23, note 20. — 38 Ibid.] Corp. inscr.gr. 1, n° 157 (= C. inscr. Attic. II, n° 741; Dittenberger, Sylloge inscr. n° 374, 25); C. insc. Attic. II, n° 162 c, 13. Cf. dans le Dict. l’article dermatikon et Martha, Les sacerdoces athéniens, p. 123, 124. — 39 Paus.
I, 28, 11. — 40 Mommsen, op. I. p. 454. — 41 p. 440-448; Band, op. I. p. 33. Peut-être la phrase de Pausanias, I, 24, 4, fait-elle allusion aussi à un caractère mystique des Boucpôvia? Ce n’est pas l’opinion d’O. Jahn, p. 8. note 3. — 42 0. Jahn, p. 7. — 43 Band, op. I. p. 33, 34; vov. le tableau, p. 45; Mommsen, op. I. p. 454.
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très douteuses '*'*. Il n’y a qu’une représentation qu’on puisse rapporter avec certitude à cette fcte, mais elle est importante. C’est la figure du Bou-iôvoç ou Bo^riiro; sur un calendrier liturgique trouvé à Athènes'*8 (fig. 2453). Le prêtre barbu'est couronné, vêtu d’une courte tunique qui ne cache que les jambes et chaussé d’endromides ; il tient des deux mains la hache qu’il élève au-dessus de la tête d’un bœuf placé à sa gauche et figuré en petites dimensions ; au-dessus, dans le champ du tableau, on aperçoit le signe du Cancer. E. Pottier.
DIPTYCHON. — - Neutre de l’adjectif Si7itu/oç, plié en deux, de Si [; et titiWoj. II se dit, au singulier et au pluriel, d’une sorte de carnet formé par deux tablettes qui se ramènent l’une sur l’autre et sont rattachées par des anneaux ou une charnière. La face intérieure est enduite de cire, de manière à recevoir l’empreinte du stylet. Les Grecs disaient Ss'Xxot, 7 n'vaxe;. En latin classique : labellae, pugillares , codices, codicilli. On trouvera ailleurs [tabulae, liber] ce qui est relatif au matériel de l’écriture chez les anciens. Quant au mot diptyque, qui 11e se rencontre guère que dans les auteurs de la basse époque, il s’emploie souvent pour désigner une classe spéciale de monuments, la seule dont il sera question ici : ce sont les diptyques de luxe qui se donnaient en cadeau. Ils paraissent, en raison de leurs dimensions, avoir été moins propres à l’usage que les diptyques ordinaires L
Un spécimen de ceux-ci, trouvé sur l’Esquilin, permet d’apprécier la différence. Les deux tablettes dont il se compose mesurent 6 centimètres de large sur 19 de haut.
Les diptyques dont nous avons à parler sont plus grands du double environ.
La hauteur moyenne en est de 30 à 39 centimètres ; la largeur de 10 à 15. Une autre différence consiste naturellement dans la richesse de la matière et de l’ornementation. Il est vrai que le diptyque de l’Esquilin est en ivoire, comme la plupart de ceux que nous appelons de luxe.
De plus, les anneaux qui rattachent les tablettes sont en argent, mais aussi il appartient à un clarissime, Gallienus Concessus, ainsi que nous l’apprend l’inscription gravée sur la surface extérieure 2 (fig. 2454). En revanche cette surface est unie, ainsi que l’autre, tandis que, sur nos diptyques,
Fig. 2454. — Diptyque.
4* Gerhard, Auserles. Vasenb. IV, p. S. L’inscription sur vase iinolu (Corp. tnscr. gr. IV, n° 7638) est une lecture très incertaine. — 48 Le Bas, Voyage arckéol. en Grèce , Monum. figurés, pi. un; Boetticher, Der anti/ce Festlcalender an der Panagia Gorgopi/co zu Athen ( Philologus , t. XXII, 1805, p. 385-436). Ce calendrier est reproduit en entier à la fig. 1030 de notre tome I. — Bidliogbaphie. A. Mommsen, Deortologie, Leipzig, 1861, p. 440-456; 0. Jalin, Giove Polieo in Atene , dans les JVtiove Memorie dell' Instituto, Leipzig, 1865, p. 3-14; Boetticher, Philologus, t. XXII, 1865, p. 412-414; 0. Band, De Diipoliorum sacro Atheniensium , Ilalae Sax., 1873.
DIPTYCIIOIV. 1 Meyer, Zwei antilce Elfcnbeintafeln der h. Staatsbibliothek in Innehen , dans les Abhandl. der philosoph. philolog. Classe der Bayer. Akademie der Wissenschaften, XV, i, p. 4. - 2 Dullctt. délia commissione areheol. nninwipale, 1874, p. 101-115. . — 3 Voy. le catalogue dressé par Meyer, O. c. p. Gi-82. v II peut être utile de signaler ces dernières: une tablette du dipjque du consul Félix, voy. ie catalogue des diptyques consulaires l’article
elle est rehaussée de sculptures en relief, également intéressantes par le choix des sujets et le travail artistique. Ce sont, il est vrai, des œuvres de décadence. On y trouve la décoration compliquée qui est dans le goût byzantin, avec une exécution lourde et souvent maladroite. Mais ils apportent des renseignements précieux sur une des branches de l’art cultivées à cette époque. La série qu’ils composent est assez nombreuse. Elle compte, pour le moment, quatre-vingt-douze feuillets ou tablettes, accouplées ou détachées, mutilées ou intactes, dispersées dans les musées ou les collections particulières3, plus quelques-unes dont on a la description, mais dont la trace est perdue'*. Le moyen âge a sauvé ces pièces de la destruction en les utilisant pour recouvrir des manuscrits. L’Église même qui, pour inscrire ou préserver ses catalogues sacrés, se fit confectionner des diptyques avec motifs religieux h l imitation des profanes, se servit plus d’une fois de ces derniers, qu’elle avait sous la main. Cette appropriation nouvelle nous est révélée généralement par des surcharges sur les faces intérieures. C’est ainsi qu’un diptyque consulaire, actuellement à Y Archiginnasio de Bologne, autrefois à la collégiale de Saint-Gaudence de Novare, donne une liste de soixante-neuf évêques de cette ville8. Le diptyque du consul Clementinus porte des formules liturgiques0. Celui de Boèce a reçu une peinture représentant d’un côté la sépulture de Lazare et sa résurrection, de l’autre les figures en pied de saint Jérôme, de saint Augustin et de saint Grégoire le Grand 7. On a cru voir dans un diptyque conservé au Trésor de Monza la preuve que 1 on modifiait quelquefois les ornements de la surface extérieure, avant de détourner l’objet de sa destination primitive pour l’employer au culte, mais l’exemple invoqué n’est pas convaincant. Le diptyque dont il s’agit montre de chaque côté un personnage revêtu de la trabée 8 et jetant la mappa. L un tient d’une main un sceptre terminé par une croix. On remarque sur sa tête la tonsure cléricale. Au-dessus une inscription nous apprend que nous avons sous les yeux l’image de saint Grégoire. Le personnage qui lui fait pendant n’est autre, d’après l’inscription qui le surmonte, que le roi David9. L’abbé Mai tigny 10 croit avec Gori 11 que c est la un diptyque consulaire transformé. Un examen plus minutieux démontre à Pulzsky 12 et h Meyer13 qu’il n’en est rien et que le monument a été fabriqué tel quel, au ve siècle, un peu après le pontificat de Grégoire. Le mélange des attributs consulaires et ecclésiastiques s’expliquerait par la gloire mondaine de la famille Anicia, dont l’évèque de Borne était sorti. Il est fait allusion aux honneurs exercés par cette famille dans l’inscription même14.
Ce diptyque de caractère mixte est le seul de son espèce. Nous passons maintenant à ceux qui sont purement pro-
Consdl (I1.S.GN.S nu consulat), p. 1474, n» 2; une tablette du diptyque du consul Asturms, Ibid, n" 3 (c est par erreur qu’au catalogue des diptyques consulaire» ce diptyque a etc donné comme complet); une tablette du diptyque du con«ul Smd.us, n* 6 Les tablettes correspondantes existent; «ue tablette du diptyque
1-3 et 183-184, Feuille de diptyque consulaire conservée au musée du Louvre et ÎT.Z consulaires de Limoges ; un fragment d’une tablette
dun diptyque du consul Auastase, n° 17. Voy. Héron de Villefosse, ibid., p 184
,00 sT.’lT r°' WiY' Thesaurus veterum diptyehorum, II, p. 192-
00 -. G N 13 Gori, I, p. 256-260. 7 N» 5, Gori, I, p. 109-202. 8 M. Meyer
celle d * r“ °.e p..30*' P°Urtant celll! tral,6e ne ressemble pas tout à fait à celle des consuls. Elle se rapproche de la pénule ou chasuble. - 9 N» 37 du
J[ j]UI] ® „/l’Cr' ’° D,cli°nn. des antiq. chrétiennes, hiptyqucs, p. 206.
' ’ “ 1 “ “ Catalogue of the Ferjeuary ivoi'ies , p. 23. — 13 p. 31.32
— !» rulzsky, l.c.
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fanes. Ils peuvent se partager en plusieurs catégories. La plus importante est celle des diptyques consulaires, qui ont été étudiés à propos des insignes du consulat (t. Ier, p. 1474etsuiv.). On ignore à partir de quelle époque l’usage s’était établi pour les consuls d'offrir ces cadeaux à leurs amis et même à l’empereur, le jour de leur installation. Le premier diptyque consulaire daté est de l’an 406 ap. J. -G., tandis que le dernier est celui de Fl. Basilius Junior, qui a été précisément le dernier particulier élevé au consulat en Orient, l’an 541. Cet usage a donc duré autant que le consulat lui-même et, pour la date initiale, une ordonnance du Gode théodosien nous apprend qu’il faut la reporter au moins dans la deuxième moitié du ivc siècle. Cette ordonnance, qui est de l’an 384, nous apprend en outre que les consuls n’étaient pas les seuls dignitaires qui eussent pris •l’habitude de fêter leur avènement par des libéralités de ce genre. Elle interdit, en effet, à tout autre qu’aux consuls ordinarii de donner des diptyques en ivoire : « lllud etiam constitutione solidamus, ut, exceptis consulibus ordinariis, nulli prorsus alteri auream sportulam , diptyca ex ebore dandi facultas sit : cum publica celebrantur officia, sit sportulis nummus argenteus, alia matena diptgeis ,6. » Il suffit de regarder ce texte d’un peu près pour s assurer que l’interdiction qui s’y trouve formulée ne concerne pas seulement les consuls suffecti par opposition aux ordinarii, mais en général tous les magistrats : « cum publica celebrantur officia. » Cette interprétation est confirmée par une lettre de Symmaque où l’on voit que les questeurs, à leur entrée en charge, distribuaient des diptyques aussi bien que les consuls16. Il résulte de la même lettre que la loi somptuaire de l’an 384 ne fut guère observée. Symmaque écrit à son frère Flavianus en 393-4 pour lui envoyer, ainsi qu’à d’autres personnes, des diptyques en ivoire, au nom de son fils qui vient d obtenir la questure. Au reste, tous les monuments que nous allons avoir à décrire sont en cette matière, non pas seulement les diptyques dits privés, c’est-à-dire ceux que leur inscription ou le caractère de leur décoration ne permet d’attribuer à aucun magistrat et qui, par conséquent, doivent avoir été fabriqués pour le compte de particuliers, — ceux-là ne sont pas visés par la loi de 384, — mais même ceux qui peuvent ou doivent être attribués à des magistrats autres que des consuls. Les seuls diptyques en os qui aient été conservés sont précisément des diptyques consulaires au nombre de quatre17, et sur ces quatre il y en a un qui est notoirement, l'inscription en témoigne, d’un consul ordinarius 18. Ainsi les consuls ordinarii eux-mêmes restaient libres de mesurer à l’importance du destinataire la richesse de leurs dons. Il était naturel que les diptyques offerts à l’empereur fussent d’un plus haut prix. Celuique Symmaque lui envoie au nom de son fils a autour de 1 ivoire une bordure en or19. On a vu ailleurs20 que les diptyques réservés pour cette destination étaient taillés quelquefois sur un plus grand patron, avec une décoration en plusieurs compartiments, généralement en cinq, et où domine le portrait de l’empereur. On en trouvera un nouvel exemple plus loin21. Mais il n’y a pas là de règles absolues. Les diptyques de grande dimension ne semblent pas porter de traces d’une garniture en or, et inversement un diptyque de
,5X1 9, 1. - II, 81, édit. Seek. - » N°5 19, 20, 28, 313 du catalogue de ,. U le n* 28. — iu L. c. « Auro circurndatum diptychum misi. »
J 20 voy. le t. I du DM., p. 1475. - 21 N“ 58. - 22 N* 47. - 23 N° t. - » P. 5. - 23 Corp. insc. lot. VI, 1703. - 2= Voy. t. I, p. 1481; Meyer, p. 2o-26.
Monza22, où ces traces sont visibles, ne diffère ni pour la dimension ni pour le système de la décoration des diptyques en ivoire simple. Enfin le diptyque du consul Probus (voy. t. Ier, p. 665, fig. 775), où ce dernier a substitué l’image de son maître à la sienne, avec une dédicace expressive, ressemble pour le reste aux autres diptyques consulaires23. Longtemps on a appelé consulaires des diptyques qui n’avaient aucun droit à figurer dans cette catégorie. C’est M. Meyer qui a procédé à une classification plus rigoureuse, fondée d’une part sur une lecture plus attentive des inscriptions qui illustrent quelques-uns de ces monuments, de l’autre sur une analyse plus exacte des insignes des consuls et des autres dignitaires. La série des diptyques consulaires se trouve donc limitée à ceux qu’une désignation précise, ou, à défaut de cette indication, le type des figures, autorise expressément à qualifier ainsi. On en a donné la liste dans un précédent article (l. Ier, p. 1474). Quant aux autres, on les citera ici d’après le catalogue de Meyer, sans s’astreindre toutefois à l’ordre qu’il a suivi. On renvoie du reste à ce catalogue pour de plus amples détails et pour la bibliographie. Le n° 42 présente un cas embarrassant. Il est représenté à la bibliothèque de Brescia par un feuillet unique. Du haut d’une loge trois personnages en trabée contemplent une course de chars dans un cirque. Celui du milieu a la trabée brodée, le sceptre et la mappa (ûg. 2455). Ce qui empêche M. Meyer de classer ce diptyque parmi les consulaires, c’est le fragment d’inscription LAMPAD10RVM dénotant une formule qui n’est pas la formule ordinaire. Il incline à croire que le personnage qui porte le nom de Lampadius ne donne pas les jeux à titre de consul24. Il rappelle à ce propos une inscription de Rome relative à un certain Lampadius qui a fait réparer l’amphithéâtre entre 442 et 450 25. Mais d’un autre côté la figure centrale est bien d’un consul, et il y a un Lampadius qui a exercé le consulat en 530 avec Orestes. 11 se pourrait qu’il eût voulu associer sa famille à l’honneur qui lui revenait, et c’est pour cette raison qu'il se montrerait ainsi entouré. De toute manière, ce diptyque, s il est consulaire, s écarte sensiblement du modèle consacré, tant pour 1 arrangement de la scène que pour la teneur de 1 inscription.
On rapprochera de ce monument un autre feuillet conservé au musée Mayer à Liverpool(n° 41) et qui représente une scène analogue (fig- 2456). Mais il est difficile de voir dans cette pièce une moitié de diptyque consulaire. Dans le bas des gladiateurs luttent contre des élans. En haut trois personnages regardent revêtus de la trabée. Celui du milieu tient une patère. Aucun attribut ne permet de reconnaître en lui un consul. Sa trabée sans broderies, comme celle de ses voisins, est la même que portent les sénateurs de distinction 26. Le personnage de gauche a en main la mappa que Lydus compte parmi les insignes consulaires27, et que les consuls tiennent en effet toutes les fois qu’ils sont représentés présidant aux divertissements du cirque38. Mais la mappa à elle seule ne peut suffire pour caractériser un consul, car elle servait pour donner le signal du départ à tout magistrat qui célébrait des jeux29. D’ailleurs un consul eût-il été relégué à cette place secondaire?
21 De man. I, 32. - 28 Voy. t. I, c.bcus, p. 1195, et consul, p. 1477. - 29 Juven XI, 191-193 : « ••• Interea Megalesincae spectacula mappae Idaeum solemne, colunt. similisque triumpho Praeda caballorum praetor sedet... »; Martial. XII, 29, :
« Cretatam praetor quuni vellet mittere mappam. »
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Fig. 2455. — Diptyque de Brescia.
près identiques, représentent simplement des gladiateurs luttant contre des lions. Il n’y a aucune raison pour rapporter ce diptyque à un consul plus qu’à n importe quel magistrat. On n’ignore pas du reste qu’il y avait des jeux j célébrés par des particuliers 3“.
Les n0s43 et 44 sont plus explicites et étalent eux-mêmes leur état civil en toutes lettres. Malheureusement le premier, qui se borne à un feuillet conservé au musée de
30 Voy. Ludi. — 31 P. 35.