‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 3)Chapitre 38 sur 111 · IV. Cadran solaire plat et circulaire49 [uorologium · texte numérisé non relu

IV. Cadran solaire plat et circulaire49 [uorologium

E. Saglio.

DIS PATER. — Dis ou Ditis (car les deux formes se trouvent également au nominatif génitif1) est le

Fig. 2467.

Disque servant de cloche.

on disait Ditis au

nom d’une grande divinité infernale dans la religion romaine : comme l’indique le titre de pater qu’on lui donne constamment et qu’on ne sépare guère jamais de son nom, c’est une divinité indigène, nationale, et qui avait sa place dans la plus vieille religion latine. Dis vient de dives ,

« riche3 » : Dis pater, comme son homonyme grec Pluton, est le dieu riche par excellence, celui dont j.

l’empire est le plus vaste, s’accroît sans cesse et ne peut diminuer : c’est le maître du royaume des morts. Tandis que l’autre grande divinité des enfers, Orcus, a la mission de tuer les vivants, Dis pater gouverne les morts: l’un est le dieu du trépas, celui-ci est le souverain des enfers3, « les pâles royaumes de Ditis », dit Lucain4. Il a pour épouse Pro-

mcïstiç

serpine, et il gouverne ses États sans gloire et sans bruit.

De tous les grands dieux de Rome, Dis pater est peut-être celui dont il est le moins parlé, et auquel on a élevé le moins d’autels et dédié le moins d’inscriptions6 : soit que les Romains se soient représenté son existence comme immobile et immuable, soit qu’ils aient préféré s’adresser aux dieux Mânes plutôt qu’à leur chef, soit encore que les prêtres aient de bonne heure abandonné volontiers le vieux nom de Dis pater pour lui substituer celui de Pluton, la divinité similaire importée de Grèce. A l’époque classique, Pluton, en effet, a complètement détrôné Dis pater.

Toutefois, par suite d’un de ces retours archaïques qui ne sont pas rares dans l’histoire religieuse de Rome, on voit réapparaître le nom de l’antique dieu des enfers dans le panthéon syncrétique du iv° et du vc siècle de l’ère chrétienne : Dis joue le même rôle qu’autrefois, il trône dans les régions souterraines, comme roi et comme juge, et une peinture des catacombes de Rome(ûg. 2468) nous représente une femme amenée, pour être jugée devant Dis pater , par Alceste et par Mercure f’. Dans la mythologie bizarre du bas-empire, le dieu a pour compagne, non plus la Proserpine classique, mais une autre déesse dont nous ne savons

d’ailleurs que le

M/?'AÇ\JRA^ nom, Aéra Cura1,

déesse qui parait moins une importation du dehors qu’un emprunt à la vieille religion italique 8.

G. Juluan.

DISPENSA- TOR, littéralement payeur, dépensier, de dispensais , dispendere. On rencontre quelquefois dans les inscriptions dispesator *. Les antiquaires romains font remarquer que ce mot remonte au temps où l’on pesait la monnaie au lieu de la compter 2.

Le dispensateur était un esclave de la classe la plus distinguée, un ordinarius 3 [seuvus] . Dans les maisons où le personnel était au complet il dépendait du procurator , qui avait la haute main sur l’administration domestique4. Trimalcion a un procurateur qui reçoit les comptes, tandis que c’est un dispensateur qui fait les payements6. Il est plus difficile de saisir

24G8. — Teinture des catacombes.

47 Cic. Or. V, 2. — 48 Ep. Front, ad Marc. Caes. IV, 6. — 49 Vitr. IX, 9. — Tibliogbaphie. Burette, Sur l'exercice du disque, Mém. de l'acad. des inscr. t. III; Krause, Die Gymnasti/c und Agonistik der Uellenen. Leipz. 1841, I, p. 439-465; Grasberger, Erziehung und Unterricht im klass. Alterthum, Würzb, 1866, 1, p.327 et s.

DIS PATER. 1 Voy. les remarques de Jordan, 3° od. de Preller, Roem. Myth. II, p. 64, n. 7. — 2 Cic. De nat. deor. II, xxvi, 66; Varr. De ling. lat. V, 66, avec l’explication donnée de ce texte par Jordan, II, p. 65, n. 3. — 3 D’après Preller, II, p. 64, qui a sans doute raison. — 4 Phars. I, 455 : Ditisque profundi pallida régna ; Claudian. Rapt. Pros., I, 25, 264; II, 365. — 3 Corp. inscr. lat. VI, 137-139; V, 725, 773, 3725, 8970; III, 4395. — 6 Perret, Catacombes de Rome, I, pl. lxxii et

lxxiii; C. i. I. VI, 142 : il faut lire Aerecura ou Aeracura et non pas, comme ou le fait souvent, Abracura. — 7 C. i. I V, 725, 8970; III, 4395. — 8 Jordan. I. c. II, p. 65, n. 2, dit au contraire qu’ « elle est en tout cas étrangère ». Pour l’assimilation de Dis Pater avec un dieu gaulois (Caes. Dell. Gall. VI, 18), voy. A. d. Barthélemy, Revue celtique , I, 1870, p. r. ; A. Bertrand. Bull, de l' Acad, des Dis., 1887, p. 443.

D1SPENSATOR. 1 Corp. inscr. lat. VI, 8541 ; IX, 3448; X, 192, etc. — 2 Festus, p. 72; Varron, Ling. lat. V, 183; Plin. Hist. nat. XXXIII, 3, 13. — 3 Dig. XLVII, 10, 15; Suet. Galba, 12. — 4 Becker, Gallus, 112, p. 135. B Satyr. 30. Cf. Quintil. Déclamai. 345.

DIS

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la différence entre le dispensateur d’une part, Yactor et le villicus de l’autre. Le premier de ces deux agents parait appartenir, comme le second, à l'administration rurale, Yactor s’occupant des comptes et le villicus administrant le domaine Le dispensateur appartient plutôt à la famille urbaine7. Toutefois, nous voyons par un texte du Digeste que celte distinction n’est pas absolue 8. Il peut y avoir un dispensateur faisant partie de la famille rustique9. Dans ce cas il tient la place de Yactor10. 11 tient même celle du villicus dans les propriétés de moindre importance, où Yactor et le villicus ne font qu’un L’atriensis, dont il est question dans divers passages de Plaute, est sans doute le dispensateur sous un autre nom exprimant des attributions d’un autre ordre. C’est à l’époque où le train de maison est devenu plus considérable que ce serviteur s’est dédoublé et que Yalriensis a vu ses fonctions réduites à la garde du mobilier12. On ne confondra pas le dispensateur avec le negotiator, dont le titre nous laisse à peu près entrevoir les attributions. Une inscription nous apprend qu’elles élaient distinctes de celles du dispensateur, et en même temps qu’elles pouvaient au besoin s’y ajouter : « Flavia[nus] L(ucii) Aemil[ii] dispensai or), it[em\ ne,go[tiato)'] 13. » Au reste il ne faudrait pas s’exagérer la valeur de toute cette classification. Toutes les maisons n’étaient pas montées sur le même pied. Les rôles n’étaient pas distribués partout de la même façon. Les mêmes termes n’avaient pas toujours une signification exactement semblable. Ainsi le dispensateur qui, à la campagne, était mieux qu’un simple payeur et à qui incombait toute la gestion financière, n’avait pas .quelquefois en ville une responsabilité moindre. Il est probable que, dans ce cas, il tenait lieu du procurateur. Cicéron écrit à Atticus qu’il ne saurait débrouiller ses atfaires en l’absence du dispensateur qui en tient le fil : « Quod qui eas dispensavit neque adest istic, neque ubi lerrarum sit nescio u. » 11 doit faire allusion à son factotum et ami Tiron. Dans certaines maisons il y avait des dispensateurs particuliers pour divers services. Une inscription mentionne un dispensator) ad trichlinium 18 qui doit être une sorte de maître d’hôtel. Une autre un disp[ensator ) cellae Nigrinianae 10, dont on ne sait au juste comment définir les fonctions.

Cette division du travail se rencontre surtout dans le palais impérial, où elle est pratiquée sur une vaste échelle. Ce sont les dispensateurs impériaux qui forment la série la plus intéressante à étudier. On peut distinguer ceux qui sont employés à la cour et ceux qui servent dans les administrations publiques. Les uns et les autres s’intitulent très souvent dispensatores Augusli ou Caesaris toul court, de sorte qu’il faut deviner de quelles affaires ils étaient chargés. On trouve par exemple à Pouzzoles des dispensatores Augusti que leur résidence permet de classer parmi les dispensateurs de la flotte11. Mais on n’a pas toujours pour se guider un indice aussi sûr. Plusieurs anecdotes nous montrent l’empereur suivi de son dispensateur et puisant dans sa bourse pour ses libéralités. Le dispensateur, après avoir fourni l’argent, inscrit la

8 Gallus , p. 135-130. — 7 Di g. L, 10, 100. — a Ibid. —9 Corp. inscr. lat XIV, 2431 : « Eulyches Caes(aris ) n(ostri) scr(vus) Tryphonianus disp(ensator) vill[ae) Mamurranae. » — 10 Gallus , p. 137. — n Ibid. p. 130. Cf. Corp. inscr. lut. VI, 278. Le dispensator et le villicus distincts : « ...displfinsator) qui ante villicus hujus loci... » — 12 Gallus , p. 137-138. — 13 Corp. inscr. lat. VI, 3687. — 14 Ad Attic. XI, 1. C'est dans ce sens large que les Grecs traduisent dispensator par otxovii|j.os, Corp. inscr. lat. III, 333. — 10 Corp. inscr. lat. VI, 4885. — 18 Ibid 3739. 17 Corp. inscr. lat. X, 1730-1732. Voir 3346. — Macrob. Sa-

dépense sous un chapitre déterminé19. On se demande quel était au juste le titre de ce serviteur, et si l’on trouve à l’identifier avec quelqu’un de ses collègues, parmi ceux que les inscriptions désignent plus clairement. La question peut paraître prématurée pour les premiers temps de l’empire. A cette époque l’administration de la maison impériale était très simple et le personnel peu nombreux. Le dispensateur d’Auguste, celui qui dans l'historiette racontée par Macrobe19 verse une si belle somme au poète grec famélique, ne diffère peut-être pas de l’affranchi de Tibère qualifié a rationibus dans une inscription de Rome20. On voit en effet, par un texte du pseudo- Quintilien, que le dispensateur était supra raliones positus-' et, d’autre part, on sait que la grande importance et l’éclatante fortune de ce titre a rationibus ne datent que du règne de Claude et de la toute-puissance de Pallas22. Quoi qu’il en soit, si Ton pose la même question pour les temps postérieurs et s’il s’agit du dispensateur de Galba ou de Yespasien, on sera tenté de le reconnaître dans le dispensator castrorum 23 ou fisci castrensis 24 . On a vu ailleurs ce qu’il faut vraisemblablement entendre par là [castrenses]. Le mot castra étant employé dans le sens de maison de l’empereur, et non pas seulement de maison militaire, le fiscus caslrensis serait la caisse qui alimente les dépenses de la cour, et le dispensator fisci castrensis celui qui la gère sous la haute surveillance du procurator caslrensis, ou rationis, ou fisci cas- Irensis 25 . On peut penser aussi, puisqu’il s’agit des dépenses personnelles de l’empereur, au dispensator rationis prioalae 2G. Il est vrai qu’il n’existe pas avant Seplime Sévère. C’est Seplime Sévère en effet qui imagina la ratio privala pour reconstituer, au profit de sa dynastie, l’avoir personnel de l’empereur, lequel avait fini, sous son ancien nom de pairimonium, par devenir une sorte de domaine de la couronne. Mais c’est le patrimoine qui auparavant équivalait à cet avoir27, et de même que le procurator rationis privatae est assisté d'un dispensateur, on peut supposer que ce collaborateur ne fait pas défaut au procurator patrimomi. Toutefois il est à remarquer qu’aucun texte ne nous révèle l’existence d’un dispensator patrimomi centralisant les revenus de cette administration, et d’ailleurs les deux inscriptions qui nous font connaître chacune un dispensator rationis privatae ne sont ni l’une ni l'autre originaires de Rome, mais simplement de deux villes italiennes28, de sorte que rien ne démontre qu’il ne s’agisse pas tout simplement d’une administration locale. M. Otto llirschfeld conclut de ces faits et des analogies qu’ils présentent avec l’administration du fisc, que la caisse centrale du pairimonium, pas plus que celle du fisc lui-même, n’était confiée à des subalternes 29. S’il en est ainsi, on est amené à voir dans le dispensateur attaché à la personne du prince, tel que les textes cités plus haut 30 le mettent en scène, un agent d’ordre tout à fait secondaire. On l'identifierait volontiers avec le domus Augusli dispensator nommé dans une inscription de Sparte, si la provenance même de ce document ne semblait devoir faire écarter

turn. II, 4, 31 ; Suct. Galba; 12, Vespas. 22. — 19 / . c 20 Orelli, 2931. 21 De-

clam. 3 53. — 22 0. Hirschfeltl, Untersuch. aufdem Gebiele der ràmisch. Verwaltungsgeschichte, p. 30-31. — 23 Corp. inscr. lat. VI, 8620. — 24 Ibid. 8516. 1517.

2o Hirschfeld, O. c. p. 197, etc. Une opinion toute contraire est soutenue par Mommsen, Slaatsrecht , 112, p. 782, n° 1 . Il croit que le mot castra désigne exclusivement la maison militaire, en dehors de Rome. — 26 Corp. inscr. lat. V, 77Ô2 ; IX. 1 13i. — 21 Sur ces questions, Hirschleld, O. c. p. 23, etc. — 23 Corp. inscr. lat. V. 7752, Gènes; IX, 1131, Aeclanum. — 29 o.c. p. 3! et 42. — 30 Voyez la note 18.

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cette hypothèse31. Il faut signaler maintenant quelques dispensateurs en sous-ordre dont les attributions sont nettement limitées et qui ne représentent bien évidemment qu’une très faible partie de ce personnel, car on peut croire qu'il n’y avait pas un service dans le palais qui n’eût ses fonds spéciaux et un de ces fonctionnaires pour les manier. 11 n’est pas toujours facile de les rattacher à l’administration dont ils dépendent. Il paraît probable pourtant que le dispensator ab loris3-, pour le service de la table, et le disp[ensalor ) a jumenl[is) 33 pour les écuries, les bêtes de somme, puisaient à la caisse du dispensator fisci castrensis. De même le dispensa tor)... ab aedificis volup taris 3i, pour les maisons de plaisance impériales, devait fournir aux frais du disp(ensator) villUie) Mamurranae 36, du disp[ensator) hortorum Atlicianorum 30, du disspe[nsator) (sic) [ hortorum ] ? Aure[lianorum\ 31 , du d[ispen]sa[lo]r horto[rum) [T]itianor(um)n, et, s’il est vrai, ils devaient être, comme le disp[ensator ) ab aedificis voluptaris lui-même, sous les ordres du procurator voluptatum. On serait ainsi conduit à les subordonner tous au procurator patrimonii ou, plus tard, au procurator rationis privatae, si les propriétés en question rentraient dans la for- ! tune privée de l’empereur. Celle fortune, sous l’une et l’autre dénomination, palrimonium ou res privata, ne se bornait pas à Rome ni même à l’Italie. Elle embrassait dans les provinces de vastes domaines et de puissantes exploitations. On doit donc trouver des dispensateurs de cet ordre sur tous les poinls du monde romain. S’il faut en croire une inscription qui nous donne un disp[ensalor ) p(atrimonii )? r{egnï) N[orici )39, il y en avait un par province à la tête du service. Mais il faut dire que ce texte, dont la lecture ne paraît même pas très assurée à M. Mommsen, est unique dans son genre, et d’ailleurs se rapporte à une de ces provinces procuratoriennes qui étaient considérées comme autant de domaines de l’empereur J0. 11 serait téméraire d’en tirer une conclusion générale. On peut pourtant rapprocher de ce document un autre provenant de la ville d'Hispalis, dans la Bétique. C’est un monument dédié à un dispensateur de la caisse du patrimoine : « ... Felici dispens{atori) arce (»ic) patrimonifii) 41... » M. Hubner le classe sous la rubrique « artes et officia privata 42 », sans doute parce que la mention ordinaire Augusti ( dispensator ) ou servus Augusti fait défaut; mais, d’autre part, V area patrimonii ne peut guère se dire de la fortune d’un particulier; aussi M. Ilirschfeld n’hésite-t-il pas à conclure qu’il y avait dans les provinces deux caisses centrales, l’une pour le lise, l’autre pour le patrimoine 43. On sait que la plupart des entreprises minières relevaient du patrimoine, quand elles ne ressortissaient pas au fisc. On est donc autorisé à nommer ici le dispesator (sic) aurariarum Delmatarum connu par une inscription de Salone44, et avec lui le disp(ensator ) Aug(usti) no(slri) résidant à Ampelum, dans la Dacie, et que l’on peut pour cette raison rattacher à l’exploitation

31 Corp. inscr. lat. III, 493. — 32 Corp. iriser, lut. VI, 8655 a. — 33 Ibid. 8863. — 34 8065. Le texte dit voluntaris. M. Hirschfeld a corrigé heureusement voluptaris , O. c. p. 185, u° t. Cet esclave s’intitule le dispensator maternus.

Cela veut dire qu’il avait appartenu d’abord à la mère de l’empereur. Voir Wiimanus, 381. — 35 Corp. inscr. lat. XIV, 2431. — 3C Corp. inscr. lat. VI, 8667. — 37 Cité par Hirschfeld, O. c. p, 24, n. 1. — 38 Corp. inscr. lat. VI, 8675. — 39 Corp. inscr. lat. III, 4828. Le disp(ensator)... regn[i ) Noric(i) (ibid. 4797) est peut-être un dispensateur du fisc. Voir plus loin. — 40 Marquardt, Staatsverw. 12, p. 554. — 41 Corp. inscr. lat. II, 1198. — 42 Index. — 43 O. c. p. 43. Ou ne saurait invoquer à ce propos le d[isp(ensator)] rationis provinciae) P(annoniae)} Corp. inscr. lat. III, 4049. Ratio sans l'épithète privata ne peut

des mines d’or de celte province 48. D’autres dispensatores Augusti, dispersés dans les provinces, dans la Mauritanie46, dans l’Eubée47, dans la Phrygie 4\ doivent être également commis à la gestion de la fortune impériale. On peut attribuer les mêmes fonctions au disp(ensalor ) région ( uni ) Padan[ae ) Vercellensium, H avennalium 49. Ces deux territoires qu'on ne rencontre nulle part ainsi groupés et qui chacun relèvent d’une des onze régions établies par Auguste, Verceil de la onzième et Ravenne de la huitième80, représentent peut-être un district de l’administration du patrimoine. On hasardera la même conjecture à propos du disp(ensator) reg(ionis ) Thitg(gensis) dans la province d’Afrique Jl. Enfin, pour revenir à Rome et en finir avec ce qui concerne, de près ou de loin, le service personnel du prince, il reste à mentionner les spectacles et les jeux, que l’on peut considérer comme y étant annexés 82. Les inscriptions relatives à celte institution nous donnent un dispensator ludi magni 83, dépendant du procurator ludi magni, qui est préposé à une des quatre écoles de gladiateurs entretenues par l’empereur84; un disp(ensalor) summi choragi 88, pour le matériel théâtral dont l’empereur laisail également les frais; un dispensator rationis ornamentorum 5C, pour le costume des acteurs ; tous deux dépendant du procurator summi choragi [ciioragium].

Nous arrivons aux dispensateurs employés dans les administrations publiques, bien qu’au fond celle distinction, appliquée à ce qui relève du patrimoine et du fisc, soit plus conforme aux idées des modernes qu’à la théorie du gouvernement impérial. En dehors du trésor sénatorial ou aerarium, dont les recettes et les dépenses allèrent se réduisant sans cesse, il n’y avait pas un revenu de l’État qui n’appartînt à l’empereur et pas une charge qui ne fût pas supportée par lui, si bien que la différence entre la fortune publique et sa fortune privée, entre le fisc et le patrimoine, était purement formelle et entièrement illusoire. C’est pourquoi on a vu plus haut le fisc entrer pour une si large part dans les frais de la cour ( fiscus castrensis) ; c’est pourquoi aussi nous voyons le fisc administré, à l’égal du patrimoine, comme la fortune d’un particulier. Ce qui caractérise en effet cette administration, c’est son personnel tout domestique, c’est-à-dire les titres de ses agents empruntés à la vie privée. Ni les procurateurs, qui sont les intendants de l'empereur, ni les dispensateurs, qui sont tout simplement ses esclaves, ne se rencontrent dans le service de V aerarium. Cette fois encore les documents ne nous font connaître qu’un très petit nombre de ces derniers; mais il n’est pas douteux que sur ce terrain, comme sur l’autre, ils ne formassent une armée. Chaque province impériale et même sénatoriale 81 avait sa caisse, son fscus provinciae rattaché à la caisse centrale, au fisc de Rome et géré par un procurateur ( procurator Augusti provinciae ). Ce procurateur était assisté d’un dispensateur, comme il résulte formellement d’une inscription dédiée au disp(ensator ) ad fiscum gallicum provinciae Lug-

guère s’entendre que du fisc. D’ailleurs la ratio privata date de Septimo Sévère (voir plus haut), et cette inscription parait antérieure à la division de la province de Pannonie en Pannonie supérieure et Pannonie inférieure, division qui fut effectuée par Trajau (Marquardt, Staatsverw. 12, p. 292-293). — 44 Corp. inscr. lat. III, 1997. — 45 Ibid. 1301. Voir Hirschfeld, O. c. p. 85, note. — 45 Corp. inscr. lat. VIII, 9755. — 47 III, 663. — 48 354. — 49 Corp. inscr. lat. V, 2385.

— &0 Marquardt, Staatsverw. 12, p. 221-223. — 51 Ephem. epigr. V, p. 312, n° 430. — 52 Hirschfeld, O. c. p. 175-186. — 53 Qrelli, 2916. — 54 Hirschfeld, O. c. p. 179. — 55 Fabretti, 41, 223-295, 253 ; Hirschfeld, O. c. p. 183, n. 2.

— 56 Corp. inscr. lat. VI, 8950; Hirschfeld, l. c. — 57 Marquardt, Staatsverw. 12, p. 555.

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dunensis 68. 11 faut sans doute lui assimiler le dispensator rationis provinciae Pcinnoniae 59 et peut-être le dispensator regni N or ici™, lin général il semble ijue tous les dispensateurs de provinces, dont les fonctions ne sont pas autrement spécifiées, rentrent dans cette catégorie °‘. On trouve aussi dans les provinces des dispensateurs attachés à la perception des impôts. lin Afrique, un dispensator a tribulis résidait dans la capitale, à Carthage62. C’est une question de savoir dans quelle mesure le fisc bénéficiait du tribut dans les provinces sénatoriales; une autre, par qui le tribut était perçu. M. Hirschfeld croit que ce soin revenait au questeur, auquel cas le dispensateur aurait dépendu de ce magistrat63. M. Mommsen pense au contraire que la levée des impôts dus soit au fisc, soit même à Yaerarium, et tant dans les provinces sénatoriales que dans les provinces impériales, est confiée au procurateur de la province64. Notre dispensateur serait dans ce cas sous les ordres de ce fonctionnaire, ha dispensator rationis extraor(dinariae)provinc(iae) Asiae, dont l’inscription a été trouvée à Éphèse 66, pose une question difficile. Qu’était-ce que cette ratio extraordinaria ? M. Hirschfeld la distingue du fiscus Asiaticus dont l’administration était installée à Rome; mais quand il considère cette caisse provinciale comme destinée à recevoir les autres revenus fiscaux en Asie, il n’explique pas l’épithète extraordinaria 66. Peut-être s’agit-il d’une contribution extraordinaire imposée à l’époque des Sévères dont ce monument parait être contemporain. Le gouverneur, légal ou proconsul, n’étant pas administrateur financier, n’avait pas de dispensateur. Du moins on ne lui en connaît point. 11 en était autrement du commissaire délégué dans la province, à intervalles plus ou moins éloignés, pour y procéder à l’opération du cens, bien qu'il n’eût pas plus que le gouverneur des finances à administrer. On rencontre un dispensator ad census provinciae Luy dunensis 61 . Le disp[ensalor ) portas Ilipensis , qui reconnaît pour son chef le pçpc(urator) proviinciae ) Baeticae 6S, n’a rien à voir avec la surveillance du port. 11 est attaché à la perception du droit de douane, du portorium™ . Un rlisp(ensator)vigesimae heredit{atium) ne donne lieu à aucune observation. 11 fait partie du bureau central à Rome’10. Le displmsalor ) rationis monate (sic pour monetae11), sous les ordres d’un procurator monetae , qui date deTrajan 7î, faisait, suivant M. Hirschfeld, le compte de l’or et de l’argent employés pour la fonte des monnaies impériales13. Le disp(ensalor) operum publicorum'"' ou, plus exactement, dispensator rat(ionis) aed(ium) sacr(arum ) et oper(um) publiçor(um) 15 relève de la grande curatèle des travaux publics instituée par Auguste. Un curieux document, qui nous fait pénétrer dans le détail de cette administration, nous sert à déterminer la place que cet agent y occupait. C’est une inscription du temps de Septime Sévère qui nous donne, au sujet d’une affaire, du reste assez mince, tout un spécimen de correspondance administrative16. On y voit que la gestion financière, à cette époque du moins, appartenait au procurator operum, mais sous la haute surveillance des deux rationales, c’est-à-dire, suivant l’opinion qui paraît la

58 Corp. inscr. lut. VI, 5107. Fiscum Gallicum parce que le procurateur résidant ù Lyon administrait à la fois la Lyonnaise et l’Aquitaine. — 89 V. note 43. — 60 V. note 49. — 61 Disp[ensator) provinciae) [ S(ardiniae )] Corp. inscr. lat. X, 3588. Disp(ensator) p(rovinciae) P(annoniae) S(uperioris) Corp. inscr. lat. III, 3960. Disp[ensator) Dclmatiae. Disp{ensator) Moesiae, Ibid. 1194. Dispens(ator) Moes(iae) infer[ioris) Ibid. Addit. ad n° 754. [Qui dis]pensavi[t in provin]cia Asia Ephem. epigr. IV, p. 38, n° 69. Dispensator Bispaniae citerions , Plin., H. nat. XXXIII, 52, 1. — 62 Corp. inscr. lat. VIII, 1028. — 63 O. c. p. 16-17. — 64 Staatsr. 112, p. 965, n° 1. — 65 Corp. inscr. lat. III, 6575. — 66 O. c. p. 14-15. — 67 Boissieu,

plus probable, du procurator a rationibus , chef suprême du fisc, et du procurator summarum rationum, son adjoint. Le dispensateur qu’on vient de citer était donc employé dans les bureaux du procurateur, et les fonds qu il maniait provenaient du fisc. Toutefois M. Hirschfeld croit qu ils pouvaient provenir tout aussi bien de la ratio prit ata, laquelle aurait été placée sous le contrôle indirect des rationales , et il invoque à l’appui des raisons dans lesquelles on n’a pas à entrer ici71. Le même savant nomme, à propos

du dispensator operum publicorum, un dispensal(or) Capi-

tolin, dont l’emploi reste assez énigmatique. Il pense que lorsqu’on mettait en train quelque grande restauration ou quelque construction nouvelle, on instituait à cet effet une caisse spéciale, et il voit dans le dispensateur du Capitole un agent préposé à une caisse de ce genre. De plus, comme la femme de cet homme a nom Julia, c est-à-dire est très vraisemblablement une affranchie de la famille des Jules, il conjecture que celte inscription pourrait bien dater du temps d’Auguste et contenir une allusion à la restauration du Capitole entreprise par le premier empereur et dont il est question dans le monument d’Ancyre 19. Une administration comme celle de l’annone [annona] ne pouvait manquer de requérir un grand nombre de dispensateurs. Les textes en mentionnent quelques-uns sous des dénominations diverses : dispensator fisci frumentarii, dispensator annonae, dispensator ad frumentum ou a frumenlo. Le fiscus frumentarius fait face aux dépenses de l’annone proprement dite el des frumentation.es. En d’autres termes il pourvoit à l’approvisionnement de la capitale en blé comme aux distributions mensuelles et gratuites, car, bien que 1 approvisionnement et les distributions soient deux opérations distinctes, on ne voit pas qu’il y ait eu pour y pourvoir deux caisses séparées. Il semble résulter au contraire d’un passage d’Hérodien80 que les deux services vivaient l’un et l’autre sur un fonds commun, et ce qui confirme cette opinion, c’est d’abord la mention d’un fiscus stationis annonae qui paraît identique au fisc frumentaire81, et c’est en second lieu qu’on ne trouve point pour ce fisc d’administrateur, de procurateur spécial- Il relevait donc directement à\xpraefeclus annonae 82 placé à la tête del’annone dans le sens le plus large, et par conséquent chef immédiat du dispensator fisci frumentarii 83. On comprendra maintenant l’identi.té du dispensator annonae et du dispensator ad frumentum, identité attestée par les deux inscriptions où Abascanlus, esclave de l’empereur, prend indifféremment l’un et l’autre titre84. Le personnel ad frumentum nu a frumenlo, placé sous les ordres du procurateur a frumenlo et dispersé sur tous les points de l’empire, à Rome, en Italie, dans les provinces, avait sans doute des emplois variés, mais on peut dire, d’une façon générale, qu’avec les fonds tirés du fisc frumentaire il achetait, expédiait, recevait les blés, soit pour la distribution gratuite, soit pour la vente à bon marché, c’est-à-dire soit pour la frumentatio, soit pour l’annone. Quant au personnel annonae, qui du reste est rarement mentionné, il y a tout lieu de croire qu’il ne différait pas, sous un autre nom, du

Inscr. de Lyon, p. 610. — 68 Corp. inscr. lat. II, p. 1085. — 69 Hirschfeld, O. c. p. 142 et n° 3. — 70 Wilmanus, 1384. — 71 Corp. inscr. lat. VI, 8454. Cf. 239. — 72 Hirschfeld, O. c. p. 92-93. — 73 O. c. p. 93, n. 1. — 74 Corp. inscr. lat. VI, 8478. — 75 Wilmanus, 1370. — 76 Wilmanns, 2840. — 77 Sur tout ceci Hirschfeld, O. c. p. 157-159. — 78 Corp. inscr. lat. VI, 8687. — 79 O. c. p. 158, n° 4. — 80 VII, 3, 8. — 81 Coip. inscr. lat. VI, 9626 ; Marquardt, Staatsverw. 112, p. 133 ; Hirschfeld, Die Getraideverwaltung . Philologus, 1870, p. 71. — 82 Marquardt, l. c. ; Hirschfeld, O. c. p. 70-71. — 83 Corp. inscr. lat. VI, 554, 634. — 84 Corp. inscr. lut. XIV, 2833. 2834 ; Hirschfeld, Die Getraideverw. p. 72.

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personnel ad frumentum**. Les dispensateurs connus sont les suivants, D’abord Abascantus, dont les deux inscriptions sont originaires de Préneste et qui faisait peut-être partie de l’administration urbaine. On rencontre au temps d’Hadrien un disp(ensator) a frumehto Puteolis et Ostis, pour Ostie et Pouzzoles86. 11 relevait du procurator p or tus Osliensis, à partir d’Hadrien procurator annonae ou ad annonam Ostiis, chargé de la surveillance des arrivages dans le grand port voisin de Rome. On voit que cette surveillance s’étendait à la station moins importante de Pouzzoles. Le dispensateur placé sous ses ordres avait sans doute à faire le compte des navires et du fret81. Le clisp[ensator) frument(i ) mancip{ali$) dont l'inscription a été trouvée à Rome et peut, à cause du nom de la femme Fl(avia) Corinthias, être rapportée à l’époque des Flaviens 88, a suggéré deux explications différentes. Pour M. Hirschfeld, le frumentum mancipale est l’impôt en nature prélevé sur les provinces sénatoriales par l’intermédiaire des publicains et reçu au nom du fisc par le promagister 80 et 1 e dispensator frumentimancipalis 90 . Pour M. Marquardt, ce blé a été tout simplement acheté par des spéculateurs ayant passé avec l’État un contrat dont l’exécution est contrôlée par les employés qui reçoivent livraison de la marchandise. Il remarque que, si le frumentum mancipale eût été cet impôt en nature, on aurait conservé pour cette redevance les anciens noms decuma et decumani9' . L’objection n’est pas décisive. Il y a même un fait qui paraît venir à l'appui de l’hypothèse contraire. C’est que l’inscription de Vibius Salularis, promag(ister ) frumenti mancipalis, a été découverte à Éphèse92, dans la capitale de la province sénatoriale d’Asie, la plus largement mise en coupe par les fermiers du temps de la république. Au reste M. Ilirschfeld se trompe sur ce personnage. Rien n’autorise à croire qu’il ait exercé ses fonctions à Rome, et le titre qu’il porte n’est pas celui d’un agent impérial. C’est celui que portent les sous-directeurs des compagnies de publicains en résidence dans la province exploitée93. L agent impérial, c’était le dispensator frumenti mancipalis. C’était lui qui contrôlait et recevait le blé expédié par les soins du promagister, soit à titre de contribution, soit après achat. Il y avait des dispensatores a frumento dans les provinces. Une inscription de Cius en Bithynie est dédiée à Flavia Sophe par son mari [ ge]nialis Caesaris Augus(tï)\se\rvos verna dispen{sator) [ad] frumentum... otxo[vô]p.ou iitï -rôti (Tatou9’... » On a trouvé à Metz un monument consacré pour le salut de l’empereur Pertinax et de sa famille par son esclave Oceanus dispens{ator ) a frumento 96. M. Léon Rénier voit dans ces fonctionnaires des commissaires des vivres pour les armées 98. M . Marquardt, qui se rallie à celte opinion, cite à l’appui la correspondance de Pline avec Trajan. Précisément elle roule sur l’administration de la Bithynie, où Pline était gouverneur et où résidait le premier de nos deux dispensateurs a frumento. Pline, qui disposait de quelques cohortes, complète l’escorte de Maximus, procurateur et affranchi de l’empereur, délégué en mission extraordinaire pour aller acheter du blé dans la Paphlagonie. Mais il ne résulte nullement de sa lettre et de la réponse de 1 rajan

85 Hirschfeld, Die Getraideverw. p. 71-73. — 8(1 Corp. inscr. lat. X, 1562.

87 Hirschfeld, Die Getraideverw. p. 77 ; ld., V nlersuch. p. 139. 88 Corp. inscr.

lat. VI, 8853. - 89 Corp. insc. lat. 111, 6065. - 0» Die Getraideverw. p. 69. — 91 Staatsverw. 112, p. 134, n« 2. — 02 Corp. insc. lat. III, 6065. — 93 Belot, Chevaliers romains, II, p. 165. .- 91 Corp. inscr. lat. III, 333. - 95 Rémer, Mélanges d’èpigraphie, p. 171 et s. — 96 L. c. — 97 Epist. X, 36 et 37; Marquardt, Staatsverw. 12, p. 354 et n° 6. - 98 Sur le personnel de 1 annone dans

que ce blé ait été destiné aux troupes97. Quant à Oceanus, s’il est vrai qu’il a dû être nommé à son poste en même temps que son maître arrivait à l’empire, il ne s’ensuit pas qu’en l’envoyant à la frontière, Pertinax ait eu pour unique souci de confier à un homme à sa dévotion le soin d’approvisionner l’armée de Germanie. Ce court document n’en dit pas si long. Les dispensateurs a frumento seront donc pour nous, jusqu’à nouvel ordre, de simples agents de l’annone civique98. Ce n’est pas qu’il n’y eût des fonctionnaires de ce nom employés dans l’armée, mais alors leurs attributions toutes militaires sont nettement spécifiées, sans l’addition a frumento, et l’on n’a pas plus de raisons pour les supposer chargés du service des vivres que de celui de la solde. Une inscription de Pouzzoles donne un disp(ensalor) classis de l’époque de Trajan99. 11 est attaché à la (lotte de Misène et n’est sans doute pas seul de son espèce, car, ainsi qu’on l'a remarqué plus haut, la même localité fournit d’autres monuments où les dispensatores Augusli, pour n’ètrc pas autrement caractérisés, n’en doivent pas moins être assimilés au précédent100. 11 faut sans donle ranger dans la même classe l’inscription suivante trouvée à Gaète : « Laconae vern(ae ) clisp(ensalori) gui vixit ann[os ) LXV1 et est conversatus summa sollicitudine in diem quoad vixit circa tutelam praetori Amazonicus Aug[ustorum duorum) lib(er tus), procurât [or], p[atri)...10' ». Le fait que le fils est affranchi impérial prouve que le père était dispensateur de l’empereur. On sait d’un autre côté que la flotte de Misène était qualifiée praetoria [classis]. Nous n avons donc là qu’une périphrase pour dispensator classis. Les données sont plus difficiles à débrouiller en ce qui concerne l’armée de terre. Plusieurs textes nous font connaître des dispensateurs institués en vue d’une guerre déterminée. Pline l’ancien cite un esclave de Néron dispensateur pour la guerre d’Arménie102. Dans une inscription de Rome figure un dispesator Aug(usti) primae et secund(ae) expeclitionis Germianicaè) felic{is)lM. Dans une autre d’Altinum un Auglusti) nlpstrï) disp[ensator) rat[ionis ) cop(iarum) exped(itionum) fel(icium) II et III Germ(anicarum )10\ titre qui ne diffère du premier qu’en ce qu'il est plus complet. Diverses questions se posent à propos de ces trois personnages. D’abord on voudrait savoir quelle était au juste leur place dans la hiérarchie, si c’étaient des subalternes, ou des chefs de service. Nous sommes fort mal renseignés sur l'intendance chez les Romains 108. Nous constatons pourtant quelle pouvait être confiée à des fonctionnaires d’un rang supérieur à celui de nos dispensateurs. Sans même parler du praefectus vehiculorum pour la voie Flaminienne, la grande voie de communication entre la capitale de l’empire et les pays transalpins et dont l’administrateur, pour celte raison, était chargé de veiller au transport de l’empereur et des troupes de sa suite, nous connaissons, par une inscription d’Espagne, un praepnsitus copiarum expeclitionis Germanicae secundae, personnage équestre, ancien tribun légionnaire et préfet de cohorte, admis plus tard dans le sénat et devenu un des grands généraux du temps de Marc Aurèle et de Septime Sévère106. Il est clair que, même avant sa grande fortune, et alors qu’il n’était que

les provinces, voir Hirschfeld, Getraideverw. p. 79 et s. — 99 Corp. inscr. lat. X, 33 46. - 100 Voir note 17. — <01 Corp. insc. lat. X, 6093. — '02 II. nat. VII, 39, 128. — 103 Corp. inscr. lat. VI, 8541. — '04 V, 2155. — '05 Voir une note de Mommsen, Staatsr. 112, p. 989, n. 3 et Hirschfeld, Untcrsuch. p. 101-103. — '00 Tib. Claudius Candidus, Corp. inscr. lat. II, 4114. Cf. l’inscription de Timésithée : a ...exactori reliquorum annon(ae) sacrae expeditionis,.. « Wilmanns, 1293. Sur le sens de celte ciprcssion, copia, copiae, voir l’article i conis siilitaridus.

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chevalier, il ne pouvait être subordonné à un dispensateur de condition servile. Mais il se peut aussi qu’il n’y eût pas de règle fixe pour celle branche de l’administration et qu’en certaines circonstances un dispensateur parût suffisant. Sur ce point, comme sur beaucoup d’autres, nous sommes réduits aux conjectures. On ne voit pas bien non plus en quoi ce dispensateur se distinguait des affranchis impériaux a copiis mililaribus 107. Enlin on se demande comment le même service était assuré en des circonstances normales. L’épigraphie africaine fournit trois inscriptions relatives à des dispensateurs de la troisième légion Augusta 108 ; mais il faut attendre qu’on ait fait la même découverte pour d'autres corps de l’armée avant d’affirmer, avec M. Rénier, qu’ils étaient chacun munis de ce rouage103. Il faut se souvenir que cette troisième légion présente une particularité qu’on ne rencontre dans aucune autre et qui reste encore à expliquer : seule entre toutes elle s’est adjoint un personnel d’affranchis et d’esclaves impériaux dont nos dispensateurs font sans doute partie et dont la présence à Lambèse soulève une difficulté se rattachant à la question si obscure et si controversée du fiscus castrensis . Pour M. Hirschfeld, dont l’opinion sur ce point a été reproduite plus haut, la solution pourrait être, si nous le comprenons bien, la suivante. Le texte capital est un monument élevé par la familia rationis castrensis à Seplime Sévère, en l’an 203 110. On en conclurait que cet empereur est venu en Afrique cette année, y transportant cette domesticité de cour. Peut-être a-t-il voulu, en l’installant auprès de la légion africaine, faire de cette troupe un corps privilégié, une sorte de garde impériale, honorant en elle la province dont il était lui-même sorti111. Ce n’est là, comme on le voit, qu’une hypothèse, et singulièrement fragile, à laquelle M. Mommsen faitdes objections qu’on regrette de ne pas voir plus développées 112. 11 ne saurait convenir ici d’entrer plus à fond dans le débat. On en a dit assez pour montrer quel est l’intérêt de la question, et quelle réserve elle comporte tant qu’on ne disposera pas pour la résoudre de documents nouveaux.

Les villes, les corporations pouvaient avoir aussi leurs dispensateurs. Nous trouvons à Asculum un Rufus col[pmac ) clisp{ensalor) arce summar(um) 113, à Pola, sous une forme plus concise, un Valerianus summaru(m) dispensat{or) 114 . Le mot summae ( rationes ) ne veut pas dire ici trésor impérial. Il s’agit des finances de la ville 115. Enfin une inscription de Rome nous fait connaître un dispensateur des decuriales geruli 116, classe d appariteurs servant de messagers li7. Il faut mettre à part l’inscription suivante originaire de Salone : « T[ito) Flavio l(iti) fiüjo), Tro[mentina tribu), Agncolae, decur(ionï) col(oniae ) Safonitanac), aedili, II vir[o) jure dic[undo ), dec[urionï) col(oniae) Aequitatis, Il vir[o) q(uin)q[uennali), disp(ensatori)? municipi Riditarium), pracflccto ) et palron[o ) coll{egii) fabr(um ) » etc. 118. Ces fonctions de dispensateur, attribuées, non seulement à un homme libre, mais à un personnage considérable, à un magistrat, constituent une anomalie telle que M. Mommsen se refuse à l’expliquer. Il aime

101 Orelli, 2922, 3505. — 108 Corp. inscr. lat. VIII, 3288, 3289, 3291. — 100 O. c. p. 177. 110 Corp. inscr. lat. VIII, 2702. — m Untersuch. p. 199, n. 1.

— 112 Ephem. epigr. V, p. 117. — U3 Corp. inscr. lat. IX, 737. — H'* V, 83.

— 115 Hirschfeld, Untersuch. p. 34, n° 3. — ■ ü6 Corp. inscr. lat. M, 360.

— 117 Mommsen, Staatsr. 12. p. 352. — H» Corp. inscr. lat. III, 2026. Cf.

V,7372. 119 « Disp... quid sibi velit malo fateri nescire me quam cogitare de

dispensatoris officio notissimo, sed servili. » — i2° Muratori, 883, 6 ; Orelii, 4002. - 121 Corp. inscr. lat. VIII, 10572. - 192 111 , 2082. - 123 Orelli,

mieux laisser en suspens la lecture de l’abréviation disp, plutôt que d’y reconnaître le titre d’un de ces dispensateurs qui font le sujet de cet article"5. C’est qu’en effet, il n’en est pas un, au service de l’État ou des particuliers, qui ne soit de condition servile. Ce point, qui a pu etre contesté autrefois 120, ne l’est plus et ne saurait l’être devant la multiplicité et l’unanimité des témoignages. On en voit dont les fils sont citoyens romains121. On en voit meme un dont le fils s’est élevé au décurionat 122. Mais on n’en voit aucun qui, dans l’exercice de sa fonction, ait été autre chose qu’un esclave. Les textes qui avaient pu faire croire le contraire ont été mal compris. L inscription de C. Memmius C. f. Gai. Lupercus dispensator annonae est fausse123. L’inscription de L[ucius) Iunius Silani Uibertus ) Paris dispensât or), calator augurlum ) 122 signifie que cet homme a été affranchi après avoir été dispensateur, puis est devenu serviteur du collège des augures [calator]. La formule « qui dispensavit 125 , qui fuit dispensator 120 » exprime plus clairement encore un fait du même genre. Elle ne s'applique jamais qu’cà des individus pourvus des trois noms qui caractérisent l’homme libre, mais avec un cognomen qui trahit le plus souvent, par son apparence exotique, leur émancipation récente127. Non que les dispensateurs fussent des agents d’ordre inférieur et médiocrement considérés. C’étaient au contraire des hommes de confiance, pris le plus souvent parmi les esclaves les plus estimés, ceux qui étaient nés dans la maison du maître, les vernae 128. Ils épousaient des femmesde condition libre 229 et étaient riches. Quelques-uns, les mieux pourvussans doute, l’étaient énormément. On comprend en effet que ces charges, et surtout les plus importantes, dans les provinces comme à la cour, fussent une source de gros bénéfices, légitimes ou non. Aussi étaient-elles fort demandées, et très certainement ceux qui les échangeaient contre la liberté ne souhaitaient cette faveur qu’après fortune faite. Othon, qui avait obtenu une situation de ce genre pour un esclave de Galba, lui extorqua, pour prix de son intervention en cette affaire, un million de sesterces, et il n’est pas probable que l’heureux titulaire, ayant accepté d’avancele marché, le trouvât trop onéreux130. Vespasienfit mieux que Galba. Un de ses esclaves préférés sollicitait une place de dispensateur pour un camarade qu'il recommandait comme étant son frère. L’empereur fit appeler le candidat et le nomma surle-champ, mais en se faisant remettre à lui-même la somme promise au répondant en cas de succès. Puis, ce dernier étant revenu à la charge : « 11 faut, lui dit-il, te trouver un autre frère. J’ai découvert que celui-ci était le mien131. » Pline l’Ancien rapporte ce fait d’un dispensateur de la guerre d’Arménie qui se fit affranchir par Néron moyennant treize millions de sesterces, et sans doute ne se dépouilla pas pour cela. Ce qui l’étonne, ce n’est pas qu’un dispensateur ait pu trouver cette somme, c’est que la liberté d’un esclave ait pu être mise à un taux aussi élevé132. Le faste de ces hommes répondait à leur opulence. Le même Pline cite un dispensateur de l’Espagne citérieure qui possédait un plat d’argent de cinq cents livres133. Des inscrip-

4002; Mommsen, Insc. rcrjn. Neap. 156. — 124 Corp. inscr. lat. VI, 7445. Voir 0327.

— 125 Corp. inscr. lat. VI, 9327, 9348; Ephem. epigr. IV, p. 38, n° 69. — 126 Corp. inscr. lat. VI, 9353. — 127 VI, 9327, 9353. Voir Mommsen, VI, 9327. — 128 Coip. inscr. lat. II, 1085; 111, 333, 6575 ; V, 2385; VI, 8687 ; VIII, 3288, 3289, 3291; XIV, 3567, 2426 et s. — 129 Dispensateur privé, VIII, 10572; dispensateurs impériaux, III, 334; V, 7752, 2385; VI, 8687 ; XIV, 2431 ; Orelli, 2916; Wilmanns, 1370 et s.

— 130 Suet. Otho, 5. — 131 Vespas. 23. — 132 H nat. VII, 39, 128. — 133 XXXIII,

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lions en grand nombre nous montrent que les dispensateurs même privés avaient leurs vicarii, c'est-à-dire leurs esclaves à eux, qui étaient, leur propriété au même titre que leur peculium 13*. A plus forte raison ceux qui appartenaient à l’empereur138. Si l’on veut se faire une idée de ce qu’était leur train de maison, il faut lire l’inscription consacrée à un dispensateur du lise dans la province Lyonnaise, mort pendant un voyage à Rome, par le personnel qu’il avait emmené à sa suite. 11 ne se compose pas de moins de seize personnes : un homme d’affaires negot(iator), un régisseur ou économe sump(tuarius), trois secrétaires a manu, un médecin medic[us), deux argentiers ab argcnt(o), un valet de garde-robe ab veste, deux valets de chambre a cubic(ulo) ou cubicu(lcirius), deux valets de pied pediseq{uus), deux cuisiniers cocus, enfin une femme qui est sans doute une contubernalis. Et notez qu’une partie de sa maison était restée à Lyon, ainsi qu’il ressort du texte même de l’inscription 336. Comment donc se fait-il que des personnages de cette importance aient dû être nécessairement de condition servile, alors que d’autres fonctionnaires, auxquels ils ne le cédaient en rien, comme les labularii™ , pouvaient être pris parmi les affranchis? M. Mommsen a trouvé sans doute la raison de cette singularité quand il estime que les Romains, hommes d’ordre et de prévoyance, confiaient leurs deniers à des esclaves, afin que le maître pût, en toute occasion, mettre à la question le dépositaire infidèle et lui infliger le dernier supplice l38. G. Bi.or.ii.

niSTATERUM (Acrrâxïipov). — Pièce d’or grecque du poids de 2 statères 1 [stater], coupe monétaire très rare que l’on ne rencontre guère que dans la série des monnaies primitives des villes d’Asie Mineure [draciimaJ, dans celle des rois de Perse, sous Artaxerxe Mnemon [daricus], dans celle d’Alexandre le Grand, dans celle des Lagides [pentecontadraciimum] et dans celle de Carthage.

F. Lenohmant.

DITHYRAMBUS (At9ôp ag6o;). — Le Dithyrambe1 est essentiellement le genre lyrique consacré à Bacchus. S’inspirant du caractère enthousiaste des cérémonies dionysiaques, cultivé partout où Bacchus était honoré, unissant, dans une forme propre à frapper l’imagination et à émouvoir les sens, les ressources de la poésie, du chant et de la danse, il a, par ses transformations successives, exercé une influence incontestable sur le développement de la poésie grecque et de l’art musical à partir du vic siècle. Le nom lui-même est un surnom de Dionysos 2

13’, Un dispensateur privé avec trois vicarii, Corp. inscr. lat. 1198.— <35 VI, 64. 8478, 8863, 8950, 8516. Un dispensateur impérial qui a des affranchis, VI, 8520. — 136 Corp. inscr. lat. VI, 5197. La procuratèle de la Lyonnaise dont ce dispensateur dépendait était la plus haure des procuratèlcs provinciales. Hirschfeld, Untersuch. p. 260, n. 6. — 137 Hirschfeld, Untersuch. p. 277. — 138 Corp. inscr. lat. V, 83. — Bibliographie. Forcellini, Latin, lexicon , s. v. Dispensator; Graevius, Thés, antiquit. Roman. XI, p. 564; Marquardt, Dos Privatleben der Rômer (Uandb. der Rômisch. Allerthümer) Leipzig, 1886, p. 155 ; Rômische Staatsverwaltung, passim, et l. c. -, Friedlander, Darstellungen ans der Sittengeschichte Roms , 5« éd. Leipzig, I, p- 112; Becker, Gallus, nouv. éd. par Gi'ill, Berlin, II, 1881, p. 136-137 ; Otto Hirschfeld, Untersuchungen auf dem Gebiete der RômisChen Verwaltungsgeschichte, I, Berlin, 1877, p. 278 et passim, l. c. ; Léon Rénier, Mélanges d’épigraphie, Paris, 1854, p. 171 et s.

DISTATERUM. 1 Pollui, IX, 62.

DlTllï R AM BUS. 1 Proclus donne une assez houne définition ( Chrestom . c. 14) :

a tffViv ovv ô [asv 4lÛÛ KEXlviqEEVo; val cokv t'o ÈvOouffiû^E; pETa yoyttaç Epaaivwv,

ti- uà8ïl x<XTavliluaï(â|AEvo; T à. jià'Aiç-a oIxEÏa T,r, Oec~, , xo.\ ffEVooRTOU |AÈv xa\ vol; puûjAoï;

*oà d-koe<TCESai; xni; aeEeviv. - — 2 Euripid. Bacch. 526 ; Atllen. I, p. 303 ;

XI, p. 465 A. — 3 Etym. Magn. s. v.; Schol. Pind. Ol. XIII, 26; Plat. Leg. III, p. 700 B; Schol. Plat. p. 158; Schol. Apoll. Rhod. IV, 1131; Tzetz, Lyœphr. I, p. 252 Millier ; Procl. Chrestom. p. 382. Cf. Roscher, Lexilc. der Mythol. p. 1075 (Voigt), p. 1188 (Stoll). VEtymol. de Voss lait dériver le mot de SôSi pàwa, excla-

qui a pris une constitution propre et caractérise un genre de poésie ; la même observation s’applique aux mots Paian, Linos, Hymenaios. Mais le surnom lui-même a été interprété de différentes manières. L’étymologie proposée par les anciens estSi-Oûpa, la double porte, soit par allusion à la double gestation du dieu dans le sein de sa mère Sémélé et dans la cuisse de son père Jupiter, soit parce qu’il avait été nourri à Nysa dans une caverne ayant deux ouvertures3. Les grammairiens modernes y cherchent une racine comme OpGuëo; — Gôpoêo; ; en effet, Bacchus porte aussi le surnom de Opi'auêo;4. Plus tard les poètes et les artistes, s’inspirant sans doute de la personnalité de plus en plus importante du genre dithyrambique , en ont fait à leur tour une individualité distincte de Dionysos et lui ont donné les traits d’un satyre, compagnon du dieu8. Il est ainsi ligure deux lois, avec son nom inscrit à côté de lui, sur des peintures de vases 8 (üg. 2469).

A l’origine nous trouvons une légende. D’après Iléro dote7, les Corinthiens et les Lesbiens racontaient qu Arion de Méthymne, poète et musicien célébré (ûn du vn° siècle av. J. -G.), aurait été porte par un dauphin au cap Ténare, et qu’à la suite de cette aventure merveilleuse il aurait inventé le dithyrambe, lui aurait donné ce nom et l’aurait fait exécuter à Corinthe. Puis vient un long récit du voyage d’Arion en Italie, de son retour, de la manière dont il fut sauvé par le dauphin, etc. D’autres témoignages attribuent également à Arion l’invention du chœur cyclique qui était chargé de l’exécution du dithyrambe8.

L’interprétation de la légende rapportée par Hérodote ne laisse pas que de présenter des difficultés. La plupart des historiens de la littérature grecque ont une tendance à considérer l’innovation d’Arion comme une simple transformation d'un genre aussi ancien que le culte même de Bacchus9. Le poète aurait seulement réglé d’une façon détinitive et conforme au goût grec les chants dionysiaques. A l’appui de cette opinion, on peut citer le pas-

mation de Zeus sur le point d’accoucher. — * Atlien. I, p. 30 11 ; cf. Etym. Magn. p. 455, 16; Bergk, Lyr. graec. Fragm. adesp. 109. Comp. le latin Thyrambus. — 5 Acsch. Fragm. 317 H crm. ; cf. Plut. Ei apud Delph. 9.-6 Gerhard, Ant. Ilildwerlce , I, pi. 17 (= Wclckcr, Aile Dcnkm. 111, pl. 10, 2); Heydemann, Salyr. und Bakchennamen, p. 21, 36. Voy. dans l’art, uaccuus (p. 625, fig. 705) une figuro d’homme, nu, portant le thyrse, interprétée comme la représentation deDithyrambos. Une autre peinture de vase, publiée par R. Rochette (Choix de peintures, p. 73, 76 et s.), a été expliquée par Wclcker ( Annali dtlV Inst. 1850, p. 253) qui y voit la naissance du Dithyrambe; mais son opinion est fort discutable. — 7 Herod. I, 23, 24. Cf. Plut. Sept. sap. coiw. 18 ; Front, p. 262. Hérodote ajoute qu'au cap Ténare on voyait une petite statue en airain représentant Arion monté sur un dauphin, ce qui est confirmé par le témoignage de Pausau. III, 25, 5. Cf. Aelian. Nat. an. XII, 45; Aul. Gell. N. Alt. XIV, 19, etc. Des monnaies de Méthymne ont conserve le souvenir de cette légende. L’hymne attribué à Arion (Aelian. I. I. et Cramer, Anccd. Oxon. III, p. 352) n'a rien d'authentique. Bergk ( Griech . Literaturgeschichte, t. II, p. 240, u° 135) estime que le monument dont il vient d'être parlé ne se rapportait point à l'aventure d’Arion, mais représentait tout simplement un enfant sur un dauphin, peut-être Mélicerte. Sur les nombreux monuments de ce genre, voy. Pottier et Reinach, Nécropole de Myrina , p. 496-498. - 8 Aristote cité par Proclus, Chrestom. p. 419 (Leipzig, 1832) ; Schol. Aristoph. Av. 1403; Schol. Pind. Olymp. XIII, 25; Suidas, s. n. 'Apiüiv. — 8 Cette idée est ancienne. Cf. Proclus, p. 419 ; Athen. XIV, p. 625-626.

DIT

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sage de Suidas : « On dit qu’il inventa le genre tragique, que le premier il organisa un chœur, lit chanter le dithyrambe, lui donna ce nom et introduisit des Satyres parlant en vers)0. » Dans la pensée du grammairien tragique et dithyrambique sont termes synonymes et nous en verrons plus loin la raison; il ne songe évidemment qu’au chœur cyclique [cyclicus chorus], car le chœur, pris dans une acception générale, est aussi ancien que la poésie grecque ; mais du reste de son témoignage on peut conclure que les chants que les villageois, déguisés en satyres, faisaient entendre dans les fêtes champêtres de Bacchus, devinrent un genre littéraire grâce au génie d’Arion.

Le succès du genre nouveau fut rapide. D’après Hérodote, « les Sicyoniens rendaient un culte au héros Adraste et célébraient ses souffrances par des chœurs tragiques. Ils honoraient donc Adraste et non Dionysos. Clisthène, tyran de Sicyone (début du vi° siècle), rendit les chœurs à Dionysos et attribua le reste de la cérémonie à Mélanippos1 1 . »

11 est certain que l'histoire de la poésie grecque nous donne l’emploi, avant Arien, des éléments qui sont réunis dans le dithyrambe. L’usage du chœur, dansant et chantant au son de la lyre ou de la flûte, est fort ancien. L’innovation n’aurait donc consisté qu’à consacrer la poésie lyrique grecque au culte de Bacchus, et le dithyrambe n’aurait dû son succès qu’au caractère passionné de ses chants et à la popularité toujours croissante du culte dionysiaque.

Cette opinion a néanmoins rencontré des contradictions. D’après les uns1*, c’est en Phrygie qu’il faut aller chercher les origines du dithyrambe comme des chants phalliques et de la tragédie elle-même. D’autres13 interprètent la légende d’Arion comme prouvant que le dithyrambe a pris naissance en Italie, dans la Grande-Grèce et que de là il a été importé à Corinthe. L’influence de la civilisation gréco-italienne sur les progrès de la Grèce proprement dite n’est plus mise en doute, et, si cette dernière hypothèse a le tort de ne pouvoir être étayée par des témoignages catégoriques des anciens, elle n’est nullement en désaccord avec ce que nous savons des origines de la comédie grecque [comoedia]. L’on a d’ailleurs remarqué1* que le culte des héros se célébrait avec un éclat particulier dans les villes de la Grande-Grèce. Aristote rapporte que dans la seule ville de Tarenle on offrait des sacriüces aux Atrides, aux Tydides, aux Eacides, aux Laertiades et aux Agamemnonides. Achille y avait un temple. Philoctète était honoré à Sybaris. Le souvenir d'Epéus était conservé à Métaponte, celui de Diomède en Daunie. Ce culte des héros impliquait des cérémonies qui avaient pour principal ornement les chants des poètes. N’est-il pas vraisemblable que l’éclat des fêtes héroïques dont Arion avait eu le spectacle dans la Grande-Grèce lui ait suggéré l’idée d’en transporter quelque chose dans le culte d’un dieu qui était le premier et le plus merveilleux des héros16?

10 Suid. I. I. Cf. Atlien. XIV, p. 639. — H Ilerod. V, 67. Cf. J. Girard, Le sentiment religieux en Grèce., p. 371 et dionysia, p. 233. — 12 Jacobs, Quaest. Sophocl. p. 69, 72 ; Menke in Lydiaeis (Berlin, 1843), p. 46. — 13 Cette opinion est soutenue, avec un appareil considérable de textes et de rapprochements divers, par Schmidt, Diatribe in Dithyrambum poetarumque dithyrambicorum reliquias , Berlin, 1845, cap. v. De pair ia dithyrambi , p. 153-196. — 14 Bode, Geschichte der gr. Dickt. t. II, 2e part. p. 67 et s. Cf. J. Girard, Op. I. p, 229. — l& J. Girard, Op, l. p. 371. — 16 Scliol. Piud. Olymp. XIII, 25. -- 17 Atlien. XV, p. 628. Il est vrai que Schmidt (Op. I. p. 158) croit qu’Athéuée avait écrit ou aurait dû écrire Antiluque. Cf. Callim. Fragm. 223. — -3 Roscher, Lexik. der Myth. p. 1076. — 19 Iliad. XXIV, 721 et s. — 20 Scliol. Pind. 01. IX, iuit. ; Archiloch. Frag. 119; cf. 77. — 21 A l’àge de quatre-vingts ans (Olymp. 75, 4) il conquit encore le prix du dithyrambe. C’était la cinquante-sixième victoire qu’il remportait

Thèbes et Naxos, lieux particuliérement consacrés à Bacchus, disputaient à Corinthe 1 honneur d avoir été le berceau du dithyrambe, et Pindare a donné tour à tour raison à ces prétentions contradictoires10.

Le texte le plus ancien où le dithyrambe soit cité comme un chant consacré à Bacchus est un court fragment conservé sous le nom d’Archiloque, poète de quarante ans plus ancien qu’Arion17 (début du vn° siècle). Il est écrit en vers tétramètres. Le caractère vraiment nouveau du dithyrambe d’Arion aurait donc consislé dans l’emploi du rythme antistrophique qui était en usage depuis Stésichore, et du chœur cyclique. D’après M. Voigt18, le dithyrambe le plus ancien diffère de la lyrique ordinaire en ce qu’il introduit dans la composition de l’hymne deux parties : 1° un coryphée, èçapywv, qui raconte les aventures du héros ou du dieu ; 2° un chœur donnant les répliques, Itfûfmov. Cette introduction du chœur et du chant en partie double caractérisait l’innovation d’Arion dans la poésie lyrique. Il n’avait d’ailleurs qu’à puiser aux sources de la poésie grecque pour y trouvEr le chant dialogué, les parties alternées ; c’est un très ancien usage des thrènes funéraires, comme on le voit déjà dans l'Iliade 1 a. D’après Ératosthène, dans un hymne d’Archiloque composé en l’honneur d’Hercule, on trouvait déjà le chant dialogué entre l’Içap/oç et le chœur, liu gvtaÇwv ô tmv xwpaaTÔîv yo poç 20. Il en résulterait qu’on a pu mettre sous le nom d’Arion, comme il arrive souvent, toute une série d'innovations tentées par ses prédécesseurs et aboutissant enfin à une forme régulière et définitive.

Trois poètes donnèrent au dithyrambe toutson développement artistique et littéraire, et l’amenèrent au point qu’il ne pouvait dépasser sans paraître déchoir. Simonide de Céos (559-469 av. J.-C.) composa de nombreux dithyrambes, et fut le plus souvent vainqueur dans les concours institués pour ce genre poétique21. Lasus d’Hermione (fin du vie siècle) fut surtout auteur de dithyrambes. Suidas prétend qu’il eut le premier l’idée des concours, dyôivsç [cyclicus chorus] qui furent institués à Athènes pour les chœurs cycliques22. Il est possible que la faveur dont Lasus jouissait auprès d’Hipparque ait ainsi profité au genre où il excellait, mais il est surtout célèbre pour les modifications qu’il introduisit dans la partie musicale proprement dite, modifications qui eurent des conséquences pour d’autres genres que le dithyrambe23. Lasus appartenait à l’école des musiciens argiens, qui occupait alors le premier rang. 11 étudia la théorie de son art et composa un traité sur la matière, le plus ancien dont il soit parlé14. Il apporta divers perfectionnements à l’exécution du dithyrambe, au point de passer pour l'inventeur du chœur cyclique26. Il aurait modifié l’ordonnance des rythmes en usage, augmenté le nombre des flûtes, donné plus de variété et de vivacité à la mélodie20. Pindare (522-442 av. J.-C.) acheva son éducation musicale à Athènes sous la

avec un chœur d’hommes dans un concours public (Anthol. pal. VI, 213; Bergk, Op. I. II, p. 360). Bergk (p. 366) explique ainsi la perte des hymnes, des péans, des dithyrambes de Simonide : « Ces travaux de Simonide furent plus tard en moindre estime parce que d autres poètes avaient produit daus le même genre des œuvres plus parfaites. » Le cas est cependant a peu près le même pour tous les lyriques grecs, sauf Piudare, et encore que nous reste-t-il de lui comparativement à son œuvre entière? — 22 Bergk, Op. I. p. 377, n* 152. — 23 Tlut. De Musica , c. 7.

Bergk, Op. I. t. II, p. 377-378. Cf. Aristoxène, Éléments harmoniques , p. 4, trad. Ruelle. — 25 Schol. Aristoph. Au. 1403. — 26 Plut. De musica , 29. Le mot Xa<Ti(j|i.aTa employé par un comique est-il une allusion aux modulations nouvelles introduites par Lasus? Hésychius (s. v.) semble entendre ce mot de la subtilité des pensees w; cto^ut-ou toü Aiaou xal uepnrXôxou, ce qui est conforme au témoignage de Suidas : i:p<uTo;... tou? Içkttixoü; tlai\'(fiaa.xo Aoyouç.

DIT

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direction de Lasus, d’Apollodore et d’Agathoclès, les musiciens les plus distingués du temps. Sur les onze livres qui formaient ses œuvres, les deux premiers contenaient des hymnes, des péans, des dithyrambes37.

Cette époque marque l'apogée du dithyrambe comme genre littéraire. 11 est regrettable que de tant d’œuvres où l’art hellénique eut un moment sa parfaite expression, il ne l’este que des fragments. « Le dithyrambe est comme la forme poétique des Orgies thraces ou phrygiennes, ou bien encore des Triétéries du Cithéron. En même temps, par sa richesse expressive, il donne toute leur expansion aux sentiments d’émotion sympathique qu avaient éveillés chez les Grecs les vicissitudes delà nature, et auxquels les chants populaires n’avaient prêté qu’un langage insuffisant. C’était aussi comme interprète de ce genre d’émotions, principalement de celles qui se rapportaient aux révolutions du soleil, que pendant les trois mois d hiver le dithyrambe résonnait à Delphes, à la place du péan, comme accompagnements des sacrifices [dionysia, p. 231]. Chez les Athéniens l’hiver n’était pas de même la seule saison accordée au dithyrambe ; à 1 approche du printemps revenaient les fêtes de Bromios et les luttes des chœurs mélodieux et la bruyante harmonie des flûtes28. » Le dithyrambe était destiné à se transformer rapidement. Si l’on admet qu’il fut purement lyrique à l’origine, on sera néanmoins obligé de reconnaître qu’il avait fait de bonne heure une part à l’élément épique. Parti du culte des héros, il avait rencontré en chemin la personnalité de Bacchus et s’était si bien incorporé à elle, qu’on ne concevait plus le chant dithyrambique sans le récit des aventures du dieu. On dit que Lasus donna le premier l'exemple de s’écarter des légendes proprement dionysiaques. On devait arriver plus tard à un tel point que les auditeurs surpris s’écriaient : N’y a-t-il donc rien pour Bacchus39? La tragédie athénienne apparaît au moment de la perfection du genre dithyrambique. Elle constitue le développement indépendant de ce qu’il y avait de vraiment dramatique dans le dithyrambe. On peut supposer, en effet, que le chœur cyclique chantait en se mouvant autour de l’autel de Dionysos des hymnes où se succédaient des parLies lyriques et des récits épiques, ces derniers débités par le chef du chœur. Il suffit que cette succession, ou ce mélange, devînt un dialogue entre le coryphée et les choreutes pour que l’ensemble prit un caractère definitivement dramatique; Yi&pyw du dithyrambe devient lw»xpmfc de la pièce. Telle est l’origine de la tragédie "' [tragoedia]. La partie gaie delà fête, les saillies du chœur déguisé en satyres ou du joyeux xiôp-oç qui célèbre le vin, les chants phalliques, donnent au contraire naissance au drame satyriqueetàla comédie [satyricon drama, comoediaJ.

On a considéré comme une altération grave du genre l’importance plus grande que la musique prend dans le dithyrambe à partir de Lasus. On accuse les concours qui,

surexcitant la production poétique, provoquaient une émulation excessive entre les artistes, si bien que l’art finissait par dépendre du jugement de la foule. L’on va volontiers au-devant des goûts du public et, pendant que l’on cherche à enchaîner l’attention en s’adressant aux sens plutôt que par le fond vraiment poétique de l’œuvre, on détruit d’abord le rapport primitif des deux arts. La poésie se subordonne à la musique, et la musique, pour obtenir la faveur et l’approbation, devient 1 esclave du public. On a été jusqu’à comparer le nouveau style de la musique grecque à la « musique de l’avenir »**.

Le dithyrambe était avant tout un chant, et une fois la part faite à l’élément épique par la création des genres dramatiques, il devait subir I influence des progrès de la science musicale. Celte transformation, qui portait atteinte à des habitudes anciennes, paraît avoir particulièrement choqué les esprits conservateurs dont Aristophane et Platon reflètent habituellement l’opinion. Les grammairiens ont reproduit des jugements dont les motifs leur échappaient et Plutarque en est encore a se lamenter sur la corruption de la musique ancienne. Les Grecs ne connaissaient point d’autre musique que la leur, et l’on ne doit pas être surpris que bien des gens n aient pu se rendre compte de l’impossibilité où l’on s’était trouvé, de s en tenir à des mélodies qui avaient eu quelque agrément, mais qui étaient surannées. La musique est un art où la part du progrès d’ordre purement scientifique, ou technique, est toujours très grande, et les changements les plus importants s’y font accepter avec une soudaineté dont les autres arts n’offrent guère d’exemple.

Les réformes de Lasus n’avaient point tellement influé sur la partie lyrique du dithyrambe que la poésie ne restât encore au premier rang32. Avec l’époque suivante apparaît un changement complet dans les rapports des deux arts associés. L’histoire de la musique grecque concourt à l’explication de ce fait remarquable, et nous avons montré dans un article précédent [cyclicus chorus, p. K593] que par sa nature même la double flûte, qui accompagna dès l’origine les chœurs dithyrambiques, était appelée à développer de plus en plus ses sonorités et à empiéter sur le rôle des chanteurs.

Les changements subis par le dithyrambe furent de plusieurs sortes. A chaque genre lyrique répondait d'abord un mode musical déterminé. La nouvelle école fit usage de tous les modes indistinctement, des genres enharmonique, chromatique, diatonique33. Dès l’âge de Lasus et de Pindare la distribution du chant en strophes et antistrophes qu’Arion avait empruntée à Stésichore ne paraît plus avoir été respectée34. Le nombre des flûtes est augmenté36. « Autrefois, disent les spectateurs ennemis des nouveautés, la flûte accompagnait le chœur, aujourd hui c est le chœui qui accompagne la flûte36. Cette boutade, rapportée par Pralinas, est empreinte d’une évidente exagération, mais

27 Bemk Op. I. II, P- 521.-28 J. Girard, Op. Z. p. 381, 382; cf. Plutarch. Z?i amd Delph. ; Aristoph. Nub. 311; Schol. ad h. I. Denys d’Halicarnasse nous a conservé fe commencement d’un très beau dithyrambe de Pmdare en 1 honneur de Bacchül et de Sémélé, De composit. uerb. c. 22. - 29 «Ml., ,* “

Prcverb V 40. - 30 Aristot. Poet. 4. Cf. Diog. Laert. III, 50. - Bergk, Op l.

H p 408 499 et notes. Il cite et commente Plut. De mus,ca , c. 12 puis il ajoute . «Man hai den neuen Stil der griechischen Musik Zukun tsmustk bcnannt; der Poésie bat er keine Keime neuen l.ebens, sondern nur Unl.e.l gebracht. » C .est aile Lien loin 0. Müiler, i la fin de son développement sur le dithyrambe {Hist. de la b« n cb x.vx), croit, iui aussi, à la corruption de la musique par les poetes de cofe dithyrambique. -32 0. Müiler, Z. Z. - 33 Diony, UnU.Decompos J, •

c « Cf. Bergk, Op. Z. 1. II. P- 531, 532. - 31 Bergk, Op. 1. p. 52a, 526. - Plut.

De mus. 29. — 30 Atlien. XIV, p. 017 : Toi; aùkrivil,- pi] iruvatiîtT» lot; jrojoTî

au TOÎ.Î xopon, ouyùS.iv loi; «üXv|toïç. Denys d'Halicarnasse (De comp. verb. c. 11), après avoir parlé de l'accent tonique grammatical et du rythme dans le langage ordinaire, continue ainsi : « I.a musique instrumentale et vocale... veut que I on subordonne les mots au chaut et non le chant aux mots. » Et il cite comme exemple des vers d’Euripide où la mélodie est en désaccord avec l’accent grammatical et la quantité. « Il en est de même pour les rythmes... La diction rythmique et musicale modifie les syllabes en les abrégeant ou en les allongeant, de maniéré souvent à intervertir leurs qualités; car ce n’est point d'après les syllabes quelle rè°de la durée (des sons), mais elle règle les syllabes d’après ses durées » Sur ce passage de Denys d'Halicarnasse, voy. E. Ruelle, Annuaire de V Association des études grecques, mi, t. XVI, p. 96. Cl. Marius Victorinus, in Putsch, Gramm. lat. p. 24S1,

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elle exprime bien dans quel sens les changements s'effectuaient. Le poète tend déjà à devenir ce qu’est le librettiste moderne, un simple auxiliaire du compositeur. La variété des rythmes devient chose accessoire, c’est la mélodie qui doit interpréter les sentiments, et il faut reconnaître que les combinaisons les plus ingénieuses des poètes métriciens devaient paraîtrefroidcs, comparées aux effets si puissants et si variés de la phrase musicale31. Il est probable qu’entre cette forme du dithyrambe et la tragédie proprement dite les ressemblances étaient nombreuses, que çà et là le chef du chœur se séparait de ses compagnons pour engager un dialogue avec eux38. Le fond où puisaient les deux genres était le même, les légendes anciennes sur les héros et les dieux. Mélanippide le Jeune composa une Proserpine et un Marsyas; Cinésias et Télestès, un Asclépios ; Philoxène et Télestès, un Hyménée; Timothée, la Naissance de Dionysos; Mélanippide, des Danaïdes; Timothée, une IS'iobé, un Ajax furieux, un Ulysse, un Nauplius; Télestès, une Argo. C’est par exception que Timothée a traité dans les Perses un sujet historique39.

Si nous nous plaçons au point de vue des anciens, nous reconnaissons que pour eux les traits distinctifs du nouveau dithyrambe étaient la mimique, Yanabolé, la paracatalogé. Ils résultent de l’abandon de la forme anti-strophique. La danse, il est vrai, est en elle-même un moyen d’expression et Ton ne peut douter que les chants de chœur cyclique n’aient été accompagnés dès l’origine de gestes et d’attitudes en rapport avec les paroles ; mais la variété et la vérité de l’action étaient gênées par le retour régulier des mêmes combinaisons rythmiques. La vivacité des passions qu’exprimait le dithyrambe devait rendre cette gène plus lourde. On s’en affranchit, et les anciens ont noté que le dithyrambe renonça à la forme anti-strophique du jour où il prit un caractère mimique plus marqué ,0. La succession des strophes et des anti-strophes fit place a 1 cincibolé, forme qui conciliait l’emploi des mètres lyriques et de l’allure libre de l’épopée. La différence de l’anabolé et de la strophe ressort très clairement du passage où Aristote veut définir la période. Celle-ci, comme la strophe, est un système dont les parties se font équilibre, où le commencement fait pressentir la fin ; elle ne doit être ni trop courte ni trop longue. Le style non périodique au contraire et l’anabolé n’ont d’autre mesure que le développement de la pensée. La période trop longue tourne à 1 anabolé et mérite ainsi des critiques semblables à celles que Démocrite de Chios adressait à Mélanippide (né en S19 av. J.-C.) pour composer des anabolés au lieu d anti-strophes . Cette liberté du rythme eut pour conséquence une variété très grande dans la musique et 1 orchestrique du dithy rambe, et elle resta aux yeux des anciens le trait caractéristique du genre'’2.

37 Plutarch. Demusica , c. 21 : ol |Uv T&î vüv TAo|itXit! (les mss. donnent to;>, „t Si çUifHiu.. - 38 Bergk, Op. I. t. II, p. 533, 534. 11 ajoute en note les détails suivants : « Dans Philoxène le Cyclopo paraissait en costume de berger avec une besace (Aristoph. Plut. 298). Dans un dithyrambe d'Anaxandride un messager se présentait à cheval (Athen. IX, p. 374). » C’est dans une certaine mesure un retour au rpayuô; /opô; d Arion. 33 Bergk, l. I. p. 5-5. Cf. une inscription de Téos qui mentionne un drame satyrique intitulé les Perses dont l’auteur était Anaxion de Mytilène (De Bas et Waddington, Inscript. d’Asie Mineure, 91). - 40 Aristot. Problem. XIX. - « Aristot. Rhetor. 111, 9. Cf. Suidas, s. 0. MiXavucirl*,;. Aristophane, Au. 1372 et s., tourne en ridicule les anabolés de Cinésias (cf. Pac. 831), mais dans la même pièce il ne ménage guere la géométrie de Méton, v. 992 et s. Il y avait une rivalité toute naturelle entre les auteurs de dithyrambes et les poètes dramatiques proprement dits. — 42 Horat. Od. IV, 1, H. — 43 Plutarch. De musica, c. 28. Cf. Aristot. Probl. XIX, 6. — 44 Bergk, /. I. p. 536 et les notes. Dithyrambe devint synonyme d’emphase; cf. Dionys. Halle. Ad Pomp. 2. De lé le proverbe : xat 5t9upôix3uv voù. i'xsi; Ikâvvova ; Schol. Aristoph.

Krexos, contemporain de Mélanippide, introduisit à son tour dans le dithyrambe l’usage de la paracataloge [chorus,

p H231, ou simple récitation de quelque partie du poeme .

Cette modification était rendue nécessaire par l’étendue des

œuvres que le chœur cyclique devait désormais exécuter.

Ainsi constitué le dithyrambe n’éprouva pendant une longue et brillante période que des changements peu importants, et, à y regarder de près, les critiques dont 1 est souvent l’objet visent plutôt le genre Im-meme que telle de ses époques. Par suite de son caractère lyrique et de sa liberté d’allures, il avait une tendance à l’emphase d’autant plus apparente que la sobriété attique devenait de plus en plus la règle.

Pindare avait donné l’exemple d’un style hardi et riche en métaphores. On n’accuse pas les principaux de ses successeurs d’avoir manqué de goût : c’est aux poètes les moins distingués de l’école nouvelle que Ton reproche d’avoir été tour à tour d’une enflure maniérée, d’une subtilité obscure, d’une platitude risible41.

Phrynis de Mitylène (456-419) 45 traita le nomos dans le goût des poètes dithyrambiques et provoqua par certaines innovations les critiques des poètes comiques. Il aurait eu le tort d’amollir le chant par des inflexions efféminées et peu naturelles. Le comique Phérécrate 1 accuse d avoir préparé, par les changements qu il avait introduits dans l’art musical, les excès de Timothée’0. Si Ion considère l’ensemble des jugements portés sur ce poète, on voit qu’il est toujours cité comme un novateur audacieux. Tantôt on rappelle que l’art de la lyre avait gardé toute sa simplicité depuis Terpandre jusqu’à lage de Phrynis *7, tantôt on prétend que le premier il amollit la musique, xv)v àpixovtxv sxXaiev Itù to paMay.oiTspov 48. Un raconte qu’il avait ajouté à la cithare une huitième et une neuvième corde, et qu’étant allé à Sparte, les éphores lui demandèrent s’il fallait couper les deux premières ou les deux dernières. L’éphore Ecpreprés aurait opéré lui-même ce retranchement49. On dit que des sept cordes il osa tirer douze harmonies Tout cela ressemble assez à des réminiscences vagues de réformes dont on n aurait plus conservé le vrai sens. Le reproche d’enflure et de recherche, que nous trouvons dans Plutarque 5l, n’est pas en désaccord avec les vers où Aristophane accumule les mots expressifs, pour faire ressortir le contraste entre la gravité de la musique ancienne et les inflexions molles et peu naturelles que Phrynis avait introduites62. Phrynis aurait commencé par jouer de la flûte avant d’apprendre la lyre63. Ce passage de l’instrument propre du dithyrambe à un instrument d’un caractère tout autre expliquerait comment Phrynis aurait été amené à demander à la lyre des effets nouveaux, à augmenter ses ressources, et à transformer le genre lui-même du nomos. D’autres attribuent l’union de

Av. 1393. — 45 D'après le scholiaste d’Aristophane, Nub. 971, il remporta le premier le prix de la lyre à Athènes aux Panathénées sous l’archontat de Callias (Olymp. 81, 1). Premier se rapporte évidemment à un premier succès et a été mal entendu par le scholiaste. — 46 Plutarque, De musica , 30, nous a conservé un passage très curieux du poète Phérécrate où la Musique se plaint devant la Justice de tous les torts que lui ont faits Mélanippide, Phrynis et Timothée. — 47 plat. De mus. 6. Cependant Terpandre lui-même avait donné l'exemple de délaisser l’ancienne lyre à quatre cordes pour la lyre à sept cordes. Voy. les deux vers conservés dans Strabon, XIII, p. 618. — 48 Schol. Aristoph. Nub. 971. — 49 Cette légende est rappelée trois fois dans Plutarque : dans le traité Quom. q. profect. virt. p. 289, dans la Vit. Agis , c. x, et dans les Lacon. Apophth . p. 149. — 50 Pherecr. ap. Plut. De musica , c. 30. — 51 Tî> troSaobv lîtçixtôv, Agis , c. x. — S%Nub. 971 et s. — 53 Schol. Aristoph. Nub. 971. Malgré ses sévérités, Phérécrate ne peut s’empêcher de rendre justice à Phrynis : ù yâç -et xàvqixaj-cev aüûiç àv£).a 6ev, et Aristote ( Metaphys . I, p. 393) nous dit : eî jaev yàç TijjiôQeoç jxyj lyÉVETO, noXXijv oLy jJLtXoïïofav ovx tf^o[JiEV, et &ê |V>i d>çùvviî, Ti[aô6eoî oùx &v Iyiveto.

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