‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 3)Chapitre 39 sur 111 · FUT · texte numérisé non relu

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la lyre à la flûte dans le dithyrambe à Timothée de Milet, sur lequel ont cours, comme nous le verrons, des récits fort analogues [cf. cyclicus chorus, p. 169-'}].

Mëlanippide le Jeune, contemporain de la première partie de la guerre du Péloponnèse, acquit comme son aïeul une grande réputation par son talent poétique81. « 11 fut l’auteur d’innovations nombreuses », nous dit Suidas58; mais peut-être cette assertion résulte-t-elle d’une simple confusion avec Mëlanippide l’Ancien, car on ne comprendrait pas pourquoi les poètes comiques, si sévères pour les novateurs, lui auraient épargné leurs critiques. Cinésias d’Athènes, qui vécut à la même époque, servit de point de mire aux railleries des comiques, qui l’accusaient d’avoir corrompu l’art musical 86. Aristophane fait allusion à d’autres auteurs de dithyrambes tels que Lamproklès et Kydias d’Hermione 87 . Il nous montre dans les mêmes vers le rôle important que jouaient les dithyrambes, comme toute espèce de poésie lyrique, dans l’éducation des jeunes gens à Athènes au vc siècle. On les apprenait par cœur dans les écoles; ils fournissaient matière à cette instruction littéraire et musicale que les enfants de bonne famille devaient recevoir et qui les préparait aux concours des grandes solennités religieuses58. Mais ces noms furent effacés par l’éclat que jetèrent les maîtres de l’école nouvelle 80. Les plus éminents furent Timothée et Philoxène.

Timothée de Milet (451-361 av. J.-C.) était le mieux doué des artistes de son temps. On lui reproche d’avoir été possédé de la passion de la nouveauté, d’avoir regardé avec mépris les œuvres de l’art antique60. Cette confiance enlui-mème aurait été encore surexcitée par l’universelle admiration qu’obtenaient ses productions. Il avait commencé par jouer de la cithare et composa d’abord des nomes, puis il s’exerça avec un succès égal dans tous les genres lyriques61. Il avait ajouté deux cordes à la lyre, et l’on raconte qu’étant venu à Sparte chanter à la fête de Déméter une ode en 1 honneur de Bacchus, les Lacédémoniens l’invitèrent à supprimer ces deux cordes. Un décret, dépourvu d’ailleurs de tout caractère d’authenticité, a conservé le souvenir de ce fait curieux, déjà rapporté au sujet de Phrynis et qu’explique l’obstination des Lacédémoniens à ne rien modifier dans les usages de leurs pères62. Timothée, en augmentant les ressources de la lyre, obéissait à la même pensée qui lui faisait introduire un élément dramatique dans le nome 63. La distinction ancienne des genres lyriques le touchait peu, et il était plutôt frappé par la richesse et la puissance du dithyrambe associé à la musique nouvelle. 11 est très malaisé d apprécier le mérite des innovations de Timothée d après les témoignages épars de critiques mal disposés ou ignorants. S’agit-il de la flûte? le poète Diphile accuse Timothée d’en tirer des sons qui rappellent le cri de l’oie6'*. Phérécrale parait surtout choqué de ses roulades, c est-à-dire du chant de plusieurs notes sur une seule syllabe68.

51 Xénophon le place comme le représentant de sou art dans la compagnie d Homère, de Sophocle, de Polvclète, de Zeuxis, Mernor. 1, 4, 3. — 65 'O; iv -y t»,v iiluçàpSu.v U«ivaTd|*n«e "lUn™. — 56 Meineke, Fragm. comic. I, p. 228 ; Bergk. Op. 1. Il, p. 1138 . 53 9. — 57 Aristoph. Nub. 966 et Schol. ad h. I. - 58 Cf. Grosberger, Erztehung wul Unlerricht in kl. Alterlh ., AViirzburg, 1875, II, p. 280. L auteur cite, a ce propos, une coupe du peintre üouris souvent reproduite ( Monum . dell Inst. IX, pl. 54; Ravet et Collignon, Céramique grecque, p. 1791, fig. 72; Duruy, Hist. des Grecs, I, p. 630), qui représente une classe avec le professeur assis et tenant un rouleau où se lit le commencement d'un hymne, peut-être d'un dithyrambe alors en vogue : MoT(7« pot 4p?\ E*dpavîç« tu>0» ««op* &UÎE1V. —69 Diodor. XIV, 46. — 60 Bergk, Op. I. Il, p. 540 et s. Timothée a écrit en effet : Où* àtlSw <«■ aakaii, ï'>? xpEÙTtrorvs o; ô Ztùî ?«<nXtüsl, rtaàXatS’ 3é Kfdvoj apysiv iitlvci Moüo* r.uluia. {FratJ. 12). Ce n'est en somme qu’un trait de la querelle des anciens et des modernes, ou un

Habitués à voir le drame lyrique développer ses mélodies sans autre obligation que de demeurer d’accord avec le sens général des paroles, nous sommes trop portés à supposer que les critiques relevées dans les anciens visent des fautes graves de goût. Aristote nous dit bien : « Si Timothée n’avait pas existé, nous n’aurions pas l’art mélodique60 »; mais ce passage fait vraiment exception, et l’on rencontre surtout des protestations contre le dommage que les nomes de Timothée auraient causé à la métrique ancienne61. Plutarque, dans son traité sur la musique, si précieux, mais confus et plein de contradictions, en vient à regretter que l’on ait abandonné le genre enharmonique pour les genres diatonique et chromatique68.

Philoxène de Gythère (439-379), qui de la condition d’esclave s’éleva aux plus grands honneurs, est resté célèbre par l’audacieuse franchise avec laquelle il jugea les essais dramatiques de Denys le Jeune. Il composa vingt-quatre dithyrambes et une généalogie lyrique des Aeacides60. 11 nous est resté des fragments très étendus de son Banquet. Son chef-d’œuvre était le Cyclope, dont nous n avons plus que quelques vers. Le comique Anliphanès place Philoxène au-dessus de tous les poètes; il vante chez lui l’emploi des mots propres et des mots nouveaux, l’heureux mélange des changements de tons et des nuances musicales : « C’était un dieu entre les mortels, tant il connaissait bien la vraie musique »; puis il censure le mauvais goût des successeurs de Philoxène10. Alexandre le Grand se fit adresser en Asie, par Ilarpalos, les œuvres du grand compositeur11. Le jugement qu’Aristophane aurait, d’après Plutarque, porté sur Philoxène paraît en somme assez exact : « Il introduisit le mélos dans les chœurs cycliques », c’est-à-dire il fit disparaître toute différence entre le nome et le dithyrambe12. Mais cette sorte de syncrétisme se heurtait parfois à des obstacles insurmontables, et un jour qu’il voulut composer un dithyrambe dans le mode dorien, la force des choses le ramena tout naturellement au mode phrygien13. Aristoxène le musicien prétendait que l’influence de son éducation musicale, dirigée d’après les modèles classiques de l’époque de Pindare,lui avait rendu impossible de composer dans le goût de Philoxène et de Timothée, qui l’avaient séduit par le caractère dramatique et varié de leur musique14. La popularité des œuvres de Philoxène fut durable. « Chez les seuls Arcadiens la loi veut que les enfants soient accoutumés dès le premier âge à chanter des hymnes et des péans dans lesquels ils célèbrent les héros et les dieux honorés dans leurs divers pays. Puis, avant appris les nomes de Philoxène et de Timothée, ils servaient de chœur chaque année aux joueurs de flûte dionysiaques dans les représentations théâtrales, les enfants pour les concours réservés aux garçons, les adolescents pour les concours attribués aux hommes15. » Philoxène fut admis par les Alexandrins dans le canon des poètes16.

II est évident que la fidélité à la métrique ancienne était

mot de vanité poétique, tel que le vers d’Horace :« Exegi monumontum... »et la stance do Malherbe : « Apollou à portes ouvertes... » Bergk explique le caractère subjectif des œuvres de Timothée (SubjektivitSt) par la haute opinion que ce poète avait de son talent. — ta Suid. Cf. Alexandre l'Étolien dans Macrob. Saturnal. V, 22; Stepli. Byzant. s. v. M — 62 Cf. Bergk, Op. I. p. 540, 541. Il reproduit le texte de co document apocryphe dont l'auteur s'est amusé à rassembler toutes les critiques qjii avaient été laites à Timothée. — 68 Bergk, Op. I. p. 541, note 61. — 6V Athen. XIV, p. 657. Cf. Schmidt, Op. I. p. 98, note. — 65 Plut. De musica, c. 30. — 66 V. plus haut, note 53. — 67 Hephaest. Enchirii. p. 119, 9 ; Plut. De musica, c. 4. — 68 De

musica, c. 11. 69 Suid. s. v.; cf. Eudocia ap. Villoisou, Anecdot. gr. p. 428.

— 70 Athen. XIV, p. 643. — 71 Plut. Alexand. c. nu. — 72 Id. De musica, c. xxx.

73 Aristot. Polit, nu, 7. — 71 Plut. De musica, 31. — 75 Atheu. XIV, p. 626, cf.

Polyb. IV, 20. — 76 Tzetzès, ut?! Siaooçojv xoiqxùiv, v. 140 et s.

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devenue superflue. Denys d’Halicarnasse résume à cet égard l’opinion de ses contemporains sur l’histoire de la poésie lyrique. A la simplicité concise d’ Alcée et de Sappho avaient succédé l’ampleur et la variété deStésichore et de Pindare. Mais les poètes dithyrambiques employèrent dans un même chant les modes dorien, phrygien et lydien, mélangèrent dans leurs mélodies les genres enharmonique, chromatique, diatonique, et usèrent à leur gré des rythmes.

« Ainsi firent Philoxène, Timothée, Téleslès, car chez les anciens le dithyrambe était régulier71 ».

Le nom de ce Télestès est souvent associé à ceux de Timothée et de Philoxène sans que nous puissions juger s’il était digne de cet honneur. Après eux le dithyrambe partagea la destinée commune de la littérature grecque. Plus que tout autre genre il avait représenté par son alliance avec la danse l’idéal de Part hellénique, l’union harmonieuse de la poésie et de la beauté plastique. C’est ce qui explique comment il put se soutenir à côté des genres dramatiques lorsqu’ils s’en furent distingués et que la tragédie, le drame satyrique, la comédie, lui disputèrent le talent des auteurs, les récompenses des concours et la faveur du public. L’histoire du théâtre proprement dit montre que d’Eschyle à Euripide, d’Aristophane à Ménandre, la part faite à l’enthousiasme et à l’imagination va toujours en décroissant. Le dithyrambe maintenait la tradition de l’union de l’inspiration lyrique et de l’élément dramatique. On applaudissait encore à la représentation des œuvres de Timothée et de Philoxène, quand depuis longtemps le chœur comique se taisait et que la muse tragique était devenue stérile. Mais, si le dithyrambe était Part national par excellence, il est naturel qu’il ait été atteint profondément par les conséquences de la conquête macédonienne. Il a de plus à supporter la concurrence d’un genre mieux approprié au goût littéraire du temps: la comédie nouvelle va devenir le divertissement ordinaire d’un peuple qui n’avait plus qu’à se préparer a subir la domination romaine. On pourrait donc s arrêter à la victoire que Thrasyllos de Décélie remporta en 319 av. J.-C. avec un chœur d'hommes18. Le poète comique Diphile était mort l’année précédente, et la première comédie de Ménandre, Orgé, qu’il donna à 1 âge de vingt et un ans, est de 321. Cependant, si l’on perd la trace du dithyrambe, à partir de cette époque, dans 1 histoire littéraire, il n’en faut pas conclure qu il disparaît. 11 a perdu toute originalité comme genre poétique, et c est pourquoi les auteurs ne s’occupent plus de lui, mais il survit par la force de la tradition religieuse. En effet, les inscriptions attestent une survivance remarquable du dithyrambe pendant la période gréco-romaine. A 1 époque d Attale Ie , roi de Pergame (fin du ni0 siècle), on représenta à Téos un dithyrambe, intitulé Proserpine, composé par Nicarehos de Pergame, chanté avec accompagnement de cithare par Demétrios de Phocée19. Le même artiste était aussi

V De eomp. verb. c. 19. - ™ laser, gr. 1, p. 347. - 7» Lo Bas et Wacldington, Inscript. d’Asie Mineure, 93. — 80 Bull, de coït, hellén. IV, p. 177. 81 Corp.

inscr. ait. III, Addend. 68 b. - 82 Ibid. 34 «. - *3 lierai Od IV 2 0 On

peut considérer comme des imitations littéraires du genre, Od. II, 19 et III, -o. Voy. aussi Senec. Trag. Oedip. v. 403-508. - » De Oral, lit, 48, 185. Dans le traité De optimo gener. orat. [mit.) la phrase « quo magis est trnctatum » ou « quod magis, etc. » parait altérée. Cf. le Thésaurus ling. Lut. s. v. Dithyrambicus ; on propose de corriger « quod minus est tractatum a Latinis. » - 8» Sur celte question difficile et controversée, v. Westphat dans Rossbach et Westphal, Metnk der Griechen, 12, p. 704; Christ. Metrilc, p. 615; Fétis, Histoire de la Musique, III, p. 307-347. Ce dernier arcepte seulement que les instruments ajoutaien 1 110 es

d’ornements à lamélodie chantée par le chœur. - Bibliogbafh.ii. Beal Ennjclopœdie

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