‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 3)Chapitre 46 sur 111 · DH A · texte numérisé non relu

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dieu triomphant de la religion anthropomorphique [voy. apollo, I, p. 311, pytuo]. La version qui fait de Python un instrument de la vengeance de Junon, jalouse de Latone, est, comme on l’a montré, de date plus récente. Un autre détail de la même légende a une importance plus grande encore pour montrer le respect dont était entouré le culte du serpent, à l'âge primitif où se place

la formation de ces légendes : c’est que le dieu, tout vainqueur qu’il est, est obligé de se soumettre à une expiation pour effacer la souillure de ce meurtre et qu'il se réfugie dans la vallée de Tempé pour s’y purifier; d’après quelques mythographes, ce serait même la cause de sa servitude chez Admète51. Telle est, dans son antagonisme formel, l’opposition du serpent, fils de la Terre, et d’Apollon, fils de la lumière. Il est curieux de voir que par la suite les idées se modifient à ce point que le serpent figurera dans les représentations classiques du dieu comme un compagnon banal et tranquille, enroulé à ses pieds ou autour du tronc d'arbre auquel il s’appuie, parfois même buvanl dans une patère qu’il lui présente amicalement 5S. La réconciliation s’est opérée entre les deux principes ennemis, grâce à la diffusion des idées sur le pouvoir bienfaisant du serpent.

Dans les principaux mythes de l’âge héroïque en Grèce on trouve la trace de cette croyance aux serpents gardiens des lieux sacrés. Les légendes leur donnent alors l’aspect d’êtres fabuleux et redoutables, de taille gigantesque, au corps couvert d’écailles ou hérissé de plu-

i.l Baumeister, Dcnkmâler , fig. 109, 1 124 ; Duruy, Hist. des Grecs , I, p. 789. Voy. le ttict. I, p. 31 1 et note 1 2 ; Decharme, Mythologie de la Grèce, 2" édit. p.lOti.— t>8 Voy. fa note 110. —EU Bôlticher, Daumkultus, p. 208 ; Decharme, Mythologie de la Grèce , p. 519 ; Itosclicr, Lexikonder Mytholog. p. 2108, 2224,2243; Baumeister, Denkmüler , lig. 724. Nous renvoyons aux articles HEncm.Es, iiYunA. — (,fl Decharme, op. i., p. 531-533; Roscher, op. I, p. 2204, 2227,2244 ; Baumeister, op. /., lig. 745; cl'. Dali. arch. Nopal-

sieurs gueules menaçantes. Les aventures d'Hercule le mettent naturellement aux prises avec des monstres de ce genre. L'hydre de Lerne n’est pas seulement le symbole des émanations pestilentielles et malfaisantes qui s’échappent des marais ; elle est considérée aussi comme la divinité d’un lieu redouté, vaincue par le héros qui représente la marche triomphante de la civilisation 59. Tel apparaît aussi le fameux dragon des Ifespérides qui garde les pommes d’or de l’arbre merveilleux (fig. 2574) ; nous ferons remarquer que ce récit a son origine dans un mythe chaldéen r'0. La toison d’or de Colchide, enlevée par Jason et ses compagnons, est également gardée par un dragon de forte taille qu’on voit enroulé autour de l’arbre auquel est suspendue la dépouille du bélier de

qui met en fuite les serviteurs de Cadmos. Celui-ci arrive en personne, engage la lutte avec le monstre et le tue G2. Ici se placent deux détails qui mettent en relief la nature sacrée et chthonienne du serpent. Sur le conseil de Minerve, Cadmos sème dans un champ labouré les dents du dragon mort. De cette semence naît une race de guerriers armés qui s’enlretuent. Nous n’avons pas de peine à reconnaître dans cet épisode l’antique croyance de la Phénicie sur la race des Ophionides, mentionnée par Phérécyde de Syros, importée en Grèce et arrangée

N.S.,V, pl. 13;AnJiaii,1859,pl. GH; 1862, pl. Q; 1864, pl.U; 1868, pl. F. Sur le récit cli.aldéen, voy. Gaz. arch. 1879, p. 1 14-1 16. — 61 Decharme, p. 607, 608; Roscher, p. 528-538; Baumeister, fig. 981 ;voy. Duruy, Hist. desGrj , l, p. 101 ; MonumentideU' Inst.V , pl. 12; Ann., 1848, pl. G; 1849, pl. I*, et dans le Dict. t. I, p. 417, fig. 507. — 62 Decharme, p.570; Baumeister, fig. 822; Arch.Zeit.i&H, pl.12, n°2; Gerhard, Etrusk. und Campan. Vasenbilder , pl. C ; Duruy, Hist. des Gr I. p. 47. Voy. le Dict., t. I, p 775, lig. 921

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à la mode hellénique63. Suivant d’autres mythographes, c est à Jason que cette épreuve est imposée par le roi de Colchide et il en sort vainqueur de la même manière, sur les conseils de l’enchanteresse Médée ot. Le second épisode de la légende de Cadmos rappelle le dénoûment de la lutte entre Apollon et Python. Quoique vainqueur, le héros phénicien est obligé pour se purifier de subir une longue expiation : il se vend comme esclave pendant une période d une année ou même de huit années, et après ce temps il devient roi de Thèbes65. Une aventure plus obscure de Jason le met encore aux prises avec le dragon qui commence par le dévorer tout entier et dont il ne parvient à sortir qu’avec l’aide de Minerve 66 (fig. 2575), mytbe qui a sans doute été créé par analogie avec l’épisode d’Ilercule et d’Hésioné.

Toutes ces légendes rendent très manifeste la haute antiquité du culte du serpent envisagé comme genius l°d 1,7 ■ La foi grecque n’a pas renoncé à cette croyance, même après la disparition des grands monstres dont les héros avaient purgé la terre. Une fois la réconciliation

opérée entre les Olympiens et le serpent qui devient, comme nous le verrons, un de leurs attributs familiers, les religions locales conservent la trace de l'ancien naturalisme en plaçant auprès des autels, des citadelles, des sources et des fleuves, des génies bienfaisants et protecteurs qui apparaissent sous la forme de serpents. On sait que l'Acropole d’Athènes était gardée par le serpent familier de Minerve, qui disparut, au moment de 1 invasion des Perses, quand l’oracle conseilla aux Athé¬

niens de se réfugier sur leurs vaisseaux °8. Les monuments figurés, à partir du vr siècle, montrent à plusieurs reprises (flg. 2576) des reptiles conservant et protégeant les objets qui sont confiés à leur garde 69, ou même les animaux et les personnes qui se réfugient auprès d’eux 70

Fig. 2576. — Serpent protecteur d’un autel.

Ainsi s’explique aussi que plusieurs villes grecques aient placé le serpent parmi les emblèmes gravés sur leurs monnaies71. Pline rapporte une histoire qui est évidemment fondée sur le caractère protecteur des reptiles attachés aux lieux où ils résident et dont ils se constituent les défenseurs : il dit qu’à Tirynthe on remarque une espèce de petits serpents qui sont inoffensifs poulies habitants du pays, mais dont la morsure est mor¬

telle pour les étrangers; il rapporte la même particularité au sujet des serpents vivant sur les rives de l’Euphrate ‘b On trouvera de plus amples détails sur ce genre de croyances locales au mot Genius.

Le serpent funéraire. — Nous devons rattacher au même ordre d idées le culte du serpent envisagé comme divinité funéraire. 11 est par excellence le gardien des sépultures, comme des autres lieux consacrés, mais ce caractère se complique ici d’un symbolisme plus profond. Fils de la Terre, sorti des entrailles de cette mère féconde73, ou né du sang de ses fils les Titans74, il a des attaches intimes avec les puissances chthoniennes et infernales. Il n’est plus seulement un instrument de punition et de supplice, comme aux mains des Furies; il participe au caractère auguste et grave des divinités des mystères et se fait leur ministre familier. Nous parlerons plus loin des nombreuses représentations où il figure aux côtés de Déméter Ëleusinienne. Dans l’antre de' lrophonios l’initié s'avançait les mains pleines de gâteaux de miel qu’il jetait aux reptiles dont la caverne était remplie ; dans ce lieu même un dragon passait pour rendre les oracles 7j. Le caractère d’omniscience qui est donné par la légende biblique au serpent de la Genèse a sa source dans la religion chaldéo-assyrienne et on en retrouve les traces dans les croyances helléniques, comme chez toutes les nations indo-européennes70. On sait que la même faculté est attribuée par l’antiquité aux mânes des morts : ils séjournent au sein de la terre et peuvent révéler aux vivants les secrets du destin. Il n’est donc pas étonnant que, de bonne heure, le culte du serpent ait pris une forme analogue au culte des morts et que l’un soit devenu le symbole de l’autre. Il en résulte que l’étude du serpent funéraire forme un chapitre important du sujet qui nous occupe et comme un corollaire aux précédentes explications sur le rôle du serpent gardien des lieux sacrés.

On a pensé que la faculté naturelle au reptile de changer de peau à certaines phases de son existence était devenue pour les anciens un symbole de résurrection, applicable aux croyances sur la mort et sur la vie future77. Il est possible que cette idée se soit mêlée au symbolisme funéraire des Grecs, mais elle est d’ordre secondaire, et la haute antiquité du culte du serpent comme genius loci justifie à elle seule son accointance avec le culte des mânes qui a de tout temps existé en Grèce. L’âme enfermée dans le tombeau reparaît aux yeux des vivants sous forme de fantôme, d’stotoXov, et aussi de serpent78. De là le grand nombre de monuments où figure cet animal à côté du mort hé.roïsé et assis sur un trône79, sous la table du banquet funèbre80, sur le

63 Decharmc. p. 570 ; voy. ci-dessus la note 17. — 6'»Decharme, p. 612. — 65 Ibid. p. 570. — 66 Welckcr, Alte Denlcm. III, pi. 24, n08 I et 2 (= Monumenti dell Inst. II, pl. 35; V, pi. 9, n° 2). — 67 Cf. Bütticher, Baumkultus , p. 204-205. — 68 Herodot. VIII, 41. — 60 Cf. Bütticher, l. c. ; voy. le Dict. 1. 1, s.v. ara, p. 352, fig. 42G (autel) ; Annali dell Inst. I835,pl. D; 1877, pl. W ; Micali, Storia degli popoli antichi , 1832, pl. 97, fig. 3; Panofka, Asklepios und Asklepiaden , pl. III, l(peintures de vases représentant les serpents gardiens des autels, des édicules, des sources) ; Müller-Wieseler, Denk. I, pl. 54, n°* 271, 272 (monnaies); Heuzey et Daumet, Mission de Macédoine , p. 326, n° 131 (relief) ; Guigniaut, Nouv. gai. myt. pl. xcv, n° 351 ; cf. Iteligions de l'antiquité , t. II, p. 770-77G (serpent gardien d'un théâtre) ; Dütschke, Antike Bildwerke, V, n° 233 (serpent près de la statue d'un dieu fleuve), etc. — 70CIarac, Muséede sculpture, pl. 147 (252), chasseurs poursuivant un gibierqui se réfugie sousuu arbre sacré défendu par un serpent ; Gerhard, Antike Bildwerke, pl. 7G, n° 1, femme réfugiée sous un arbre défendu par un serpent. Cf. Aelian. Hist. anim. XI, 33, histoire d'un serpent effrayant un homme qui voulait dérober un paon consacré à Zeus Polieus. Voy. aussi Plin VIII, 17, 22. — 71 Reg. St.

Poole, Catalogue of the greck Coins in the Brit. Muséum , Atlica, p. 30, n° 297; p. 70, n° 483; p. 78, n° 530; p. 82, n° 5G3 ; Corinth , p. 13, n°* 136-138; The Tauric. Chers, etc. p. 79, n° 21 ; Italy, p. 11 G, n° 243. — 72 p|jn. Hist. nat. \ III, 229. 73 Euripid. Phaeniss. 931, 935, &pâx<i>v yr,Yévïjç. Sur les repré¬

sentations de Gé avec le serpent, cf. Stephani, Compte rendu , 1860, p. 102. — 7V Voy. la note 32. — 75 Pausanias, IX, 39; Schol. Aristoph. Nub. 508; cf. Annali, 1829, p. 411-412. — 76 Cf. de Gubernatis, Zoological Mythology, p. 411, note 1.-77 Cf. Annali, 1864, p. 184. — 78 Cf. Lippert, Seelencultus , p. 37 et s. ; Beligion der européen Kulturvôlker, p. 41 et s. — 79 Aliltheilungcn d. deut Inst, in Athen, 1877, pl. 20; cf. II, p. 302, 307, 315, 319, 322, 375, 418, 444, 454, 461 et s.; III, 100; V, 188; VIII, p. 3G8, pl. 18; OuvarofT, Becherches sur Olbia, pl. 13 ; Baumeister, op. I. , fig. 343. Cf. le monument archaïque de Sparte, Annali, 1861, pl. C, et la stèle d’Orchomène, Mitlheil. d. d. Inst., I, p. 387 ; IV, p. 156. — 80 Le Bas et Reinach. Voyage archéolog . pl. 55, 101 ; Dütschke, Antike Bildwerke, IV, n° 541 ; V, n08 262, 285, 530 ; Gerhard, A ntike Bildwerke, pl. 315, n° 5.

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tumulus qui recouvre la sépulture 81 (fig. 25 77), ou enroulé autour d’un arbrequi abrite le héros cavalier82, etc. Les dieux prenant la forme de serpents. — La victoire

de l'anthropomorphisme n’aboutit pas du premier coup à une suppres sion totale des élémentsprimitifs qui constituaient la religion naturaliste. Dans Homère les deux types de divinités coexistent encore l’un à côté de l’autre ; le poète en a tiré de merveilleux effets dans la peinture du Scamandre, moitié dieu et moitié fleuve, roulant ses ondes impétueuses à la poursuite d Achille éperdu. Le vieillard Océan, mis en scène par Eschyle, pleure avec ses filles sa puissance perdue, et dans ses plaintes on sent encore le souvenir très vivace du culte des phénomènes naturels. Les Olympiens vainqueurs ne dédaignent pas de se servir des armes du parti vaincu. Ils dépouillent parfois leur nature surhumaine pour revêtir des formes terrestres et animales. Les nombreuses transformations de Jupiter en oiseau, en quadrupède, montrent que la scission n’est pas définitive entre l’élément anthropomorphique et le panthéon naturaliste.

I) autres créations attestent encore mieux ce caractère : ce sont les êtres qui participent à la fois de la nature humaine et de la nature animale. Le serpent joue un rôle important dans ces compositions fantastiques. Au premier rang il faut placer les géants anguipèdes [gigantes], vaincus par Jupiter; les monuments qui les représentent avec leur double forme sont très nombreux83. Mais il est plus curieux de constater cette dualité chez les personnages mythiques qui se rattachent aux divinités olympiennes elles-mêmes. Le fils de Minerve, eiuchthonios, revêt dans la légende attique trois aspects: enfant gardé par des serpents, enfant au corps terminé en serpent, enfin serpent tout entier81, cécrops, le premier roi d’Athènes, est souvent représenté (fig. 2578) sous les traits d’un homme anguipède86. Les métamorphoses de dieux en serpents sont fréquentes : Jupiter lui-même revêt cette forme pour s’unir à Proserpine86; tiiétts, pour échapper aux étreintes de son ravisseur Pélée, use des

81 Monument i dell' Inst. VIII, pl. 5, lh ; Gerhard, Trinkschhl. und Gefacsse , II,

I. 10 ; American Journal of arch. I, pl. 12, fig. 3. — 82 Dütschke, ()p. I. , IV, nos 740, 769 ; V, n° 499 ; Clarac, Mus. de sculpt. pl. 147 (252); Winckelmann, Monument i inédit i , pl. 72; cf. Bull, de corr. hell. 1880, p. 285. 286; Arch. Zeitung , 1881. p. 273, 274. La figure 76, 2, des Ant. Bildwerke de Gerhard réunit cette représentation avec celle du banquet funèbre. Sur le serpent comme emblème funéraire, voy. Stephani, Ber ausruhende Heraklès^ p. 63 et s.; Pervanoglou, Die Grabsteine der alten Griech. p. 82 ; Ravaisson, Gazette arch. I. p. 53. — 81 Voy. le livre de Maximiliau Mayer, Die Giganten und Titanen in der antiken Sage und Kunst , Berlin, 1887. — 84 Cf. Stephani, Compte rendu de Saint-Pétersbourg. 1872. p. 46.

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mêmes artifices que les divinités naturalistes, telles que proteus et aciiéloüs ; elle prend toutes sortes d’aspects terrifiants, entre autres celui d’un dragon furieux87. Le roi héros de Salamine, Kychreus, est changé en serpent et adoré par les Athéniens sous cette forme88. Le héros de l'Elide, Sosipolis, subit la même métamorphose83.

On sent sous ces légendes persister de vieilles traditions orientales, comme plus tard pour le Zeus miliciiios du Pirée, qui n’est autre que Baal-Milik importé de Phénicie en Grèce et adoré sous forme de reptile90 (fig. 2579). On voit que le culte du serpent survit pendant une longue période au changement apporté dans la religion grecque par le panthéon olympien. Il retrouve, en quelque sorte, par intermittences, son antique autorité; il force les nouveaux dieux à reconnaitre sa puissance sur les âmes humaines et à lui emprunter son crédit. 11 y a là une série de légendes qui forment l'âge intermédiaire entre le règne du serpent considéré comme divinité indépendante et son état subalterne à l’époque classique, où il n’aura plus qu’un rôle d’accessoire et d’attribut symbolique.

Le serpent comme attribut des divinités. — 11 est facile de voir que dans les représentations consacrées par l'art, à partir du ve siècle, le serpent n’est plus qu’un être inférieur, soumis aux divinités olympiennes ou même aux demi-dieux dont il consent à se faire le ministre familier et docile. Mais

indifféremment et dans le choix qu'il fait de ses nouveaux maîtres on retrouve assez facilement quelque trace de son ancienne nature. Envers les uns il a des raisons de sympathie, attendu que ces divinités personnifient comme lui les forces mystérieuses et secrètes de la terre; avec les autres il montre un esprit de conciliation, car ce sont d’anciens ennemis qui l’ont vaincu et dont il accepte la domination. Les divinités des mystères ont droit tout d’abord à accueillir comme un attribut naturel l’ancien

et les textes cités, p. 50 ; Le Bas et Reinach, Voyage archcolog. en Créée, pl. 28 ; Roscher, Lexikon, p. 1303 et s. ; Baumeister, Denkmtiler, fig. 530 ; vov. le üict. t. I, p. 987, fig. 1279. — 85 Stephani, l. c., p. 44-45. — 80 Caltimnch. Fragm. 171 ; Clem. Alex. Protrept. Il, p. 13; Etyniol. Magn. s. u. Z«yfii;r Ovid. Mctam. VI, 114 ; cL Gazelle archéol. 1879, pl. 3 et p. 25 ; Heuaey, Mission de Macédoine, p. 217; Panofka, Collection Pourtalès, pl. 20 et p. 24-25 ; St. Poole, Catalogue of the greek Coins in the brit. mus. Crete and Aegcan islands, p. 73, n° 1 . — 87 Raumeister, op. !.. fig. 1881 ; Inghirami, Galleria omerica, pl. 234; Millingeu, Ancicnt ined. mon.. II. pl. a. n" 1. — 88 Heydemann, Iliupersis, p. 12. - 89 Pausnn. VI. 20. — 90 Pull. de corr. hell. 1883, p. 507 et s. ; comparez Cesnola, Cyprus , p. 144.

Fig. 2578. — Cécrops anguipède.

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dragon, gardien des secrets de la terre. Aux mains de la triple Hécate il apparait comme un instrument de punition, à côté du fouet, des torches et des épées91.

Déméter [cérès] le garde auprès d’elle sous un aspect plus inoffensif, enroulé auprès de son trône92 ou autour de sa torche93, ou familièrement posé sur ses genoux n, plus souvent encore attaché à son char93 (fig. 2580) dont elle fait plus tard présent à triptolémos pour aller enseigner aux hommes les bienfaits de l’agriculture 0B. Ce dragon d’Eleusis n’était autre, d’après les mythographes, <|ue le roi Kychreus, héros de Salamine dont nous avons mentionné plus haut l'histoire97. Uneaventure semblable unit le serpent à Athéné [minekva] ; nous avons dit qu’il représentait Erichthonios lui-même sorti du sein de Gô et recueilli par la déesse qui lui donne asile sous son bouclier,

aprèsl’indiscrète curiosité des filles de Cécrops 98.

Une peinture de vaseattique offre (fig. 2581) la représenta lion encore unique d’une Minerve traînée sur un char attelé de deux serpents, sans doute par imitation du char do Déméter ". Le serpentaux pieds d’Athéné tenant une phiale doit indiquer en même temps son caractère de divinité guérisseuse, comme dans les figures d'Esculape et d’Hygie100. Si eacciius l’admet au nombre de ses attributs101 et si les compagnes ordinaires de ses orgies sacrées, les Ménades, en font leur ornement et leur jouet favori102, c’est évidemment une conséquence du caractère mystique de la religion dionysiaque, aussi bien que de ses origines orientales103: ce n'est pas l’ivresse vulgaire et dangereuse du vin qu’il représente, mais le délire sacré des prêtresses secouées par la puissance prophétique du dieu, le mystère de la végétation et de la sève jaillissant des entrailles du sol, l’omniscience du grand dieu d Eleusis, époux de Curé.

01 Arch. Zeitung, 1837, pl. 09; Stackelberg, Graeber der llcll. pl. 72, fig. (i. — 03 Voy. le Dict. I, p. 1038, fig. 1294. — "3 Arch. Zeitung, 1832, pl. 38, n“ 2 ; 1863, pl. 177; Annali , 1861, pl. S. — 91 Voy. le Dict. 1, p. 1070, fig. 1311. Cf. d’Agincourt, Recueil de fragments de sculpt. pl. VIII, n° 4. — '■>■> Hymu. orph. XL, 14. La figure est faite d'après un denier romain de la famille Volteia : Colion, Méd. consul ., pl. XLU, n” 3. Cf. Kékulé, Terracolten von Sicilien, p. 21, fig. 43. Les représentations sont nombreuses sur les sarcophages romains, dont nous parlerons plus loin, note 148. — OS Cf. Stephani, Compte rendu, 1S59, p. 77 et les textes cités, p. 99, etc.; Ib., 1862, pl. iv; Baumeister, op. I., fig. 520 ; Arch. Zeit. 1865, pl. 204; Monumenti dell’ Inst. IX, pl. 43; Gerhard, Trinkschalen und Gefaesse , pl. AB; Duruy, Ilist. des Grecs, I, p. 33, 770, 775, 781. Voy. le Dict. I, p. 1077, fig. 1323. — 07 Strab. IX, 393; Steph. Byz. s. v. KujfiToc itayo;. Voy. le Dict. I. p. 1069. — 08 Cf. Stephani, Gp. L, 1872, p. 43, 47, 49 et s.; Annali, 1861, pl. OP; Baumeister, op. I., fig. 1457, 1458; Roscher, Op. I., p. 683, 084, 690, 098 ; Arch. Zeit. 1807, pl. 224, n° 2, etc. — 99 Dumont et Chnplain, Les céramiques de la Grèce propre, 1, pl. 10. — ion Stephani, Compte rendu, 1868, p. 160; cf. Preller, Criée h. Mgtholog. 1, p. 159. — 101 Monumenti dell 1 Inst, VI, pl. 0; voy. le Dict. I. p. 622, 633, s. v. DAGC.il us. — 102 Monumenti, X, pl. 23 ; XI, pl. 24. 50; Baumeister, Op. L, fig. 928; Bulleltino arch. Nnpnl. N. S. III, pL 2, n». 5 Voy. ci-dessus l’article divuiatio, fig. 2482. Le serpent à grosses joues, itapd»; iï?i; était considéré comme inoffensif : on s’en servait dans les bacchanales; Demnslh. p. 313, 23; Arisloph. Plut. 690 et Schol. ad. h. loc. C'est peut-être à cet usage que se rap-

La ciste sacrée où sont renfermés les reptiles bachiques confirme le caractère tout religieux de ce genre de représentation 11U. Mieux que partout ailleurs le rôle pacifique et bienfaisant du serpent est marqué dans les représentations du dieu guérisseur par excellence, Esculape [aesculapius] et de sa fille hygieia. On a remarqué que le reptile lui est attribué comme symbole de la divination et de la science médicale100. La recherche des simples, l’emploi du suc des plantes et même des poisons dans les potions données aux malades ont contribué, en effet, à placer près du père de la médecine l’animal qui passait pour connaître tous les secrets cachés au sein de la terre, fils de la terre lui-même. Mais il faut tenir compte, en outre, de l'assimilation faite par les Grecs avec le Cabire phénicien Eschmoun, dont nous avons parlé plus haut100. Le serpent jouait certainement un rôle important dans lis scènes de guérison miraculeuse dont les Asklépieia étaient le théâtre et dont Aristophane a retracé les différents incidents avec une verve amusante : les serpents familiers du dieu, nourris dans le temple, rampaient la nuit autour du lit des suppliants et leur attouchement, au milieu des rêves excités par une imagination surchauffée, donnait aux malades l’illusion d’une véritable guérison apportée par le dieu lui-même101. Les Romains, comme nous le verrons bientôt, attribuaient tant de pouvoir à ces serpents guérisseurs qu’ils envoyèrent une ambassade tout exprès pour en rapporter un d’Epidaure. Nous voilà bien loin des dragons monstrueux et farouches de l’âge mythologique : la transformation du reptile en un genius bienfaisant devient de plus en plus sensible. Elle n’est pas moins typique dans les représentations classiques d'Ai’OLLO. Le vainqueur de Python semble avoiroublié sa lutte contre le redoutable gardien de Delphes; il vit paisiblement avec le serpent qu'il compte au nombre de ses attributs familiers108. On le lui dédie sous forme d’ex-voto dans son temple de Délos109. On le voit même buvant familièrement dans une patère que lui présente le dieu assis110; mais Apollon est dans ce cas assimilé à un dieu guérisseur, congénère d’Esculape111. Pour terminer la revue des divinités qui admettent auprès d’elles le serpent comme symbole, nous citerons mars 11 2, avec lequel il a de très anciennes attaches, ce dieu étant père du dragon de Thèbes mis à mort par Cadmos113, Hermès [mercurius], inventeur du caducée qui le fait surnommer owoü^oç 1U, agatiiodaemon *15, dont la nature essenlielle-

porte une curieuse peinture de vase du musée de Trieste, Il Mr.se o Civico di atitichita, Trieste, 1879, pl. 3. — 103 Voy. le Dict. I, p. 598, 622, s. v. nicciius. 104 Voy. le Dict. I, p. 1205, s. v. cista mystica. — 10» Voy. le Dicl. I, p. 124-126, fig. 160-164 ; Roscher, Lcxihon, p. 632-636 ; Duruy, Ilist. des Grecs, II, p. 406, 407, 460, 474; Hisl. des Romains, II, p- 357. — '00 Voy. ci-dessus, notes 18-19.

107 Aristoph. Plut. 620-627. M. 1’. Girard, L'Asclépieion d'Athènes, l’aris, 1882,

p. 73, pense que l'intervention miraculeuse des deux serpents dans la guérison de Dlutus est une invention de pure poésie. Mous croyons plutôt que le poète a mis en muvre un détail réel des scènes d’incubation, car il était facile aux prêtres de faire servir les serpents dont le temple était l'asile sacré (voy. AitscuLAnus, p. 125) à un des subterfuges dont la religion antique était coutumière. Il faut noter de plus la ressemblance des ex-voto consacrés à Esculape avec les banquets funèbres représentés sur les reliefs uniques: le serpent y figure de part et d’autre, au point d'amener parfois une confusion complète entre Esculape et le mort héroïsé ; voy. Wclcker, Allé Denlcmâler, II, pl. im, 24; cf. Poltier et Rcinach, Lu Nécropole de Myrina, p. 435

et s. lOSMon. V,pl.28; Millier- VVieseler, Denlcmâler, 11, pl. ll,n0,124, 127 ; pl . 12,

n” 137 ; pl. 13, n" 143; Clarac, Musée de sculpt., pl. 207 (920, 921), 269 (9091, 476 B (9U5 C), 482 B (933 A), 484(934), etc. Voy. le Dict. I, p. 317, 319, 320, 389, fig. 371, 378, 381, 474.— ")0 Bull, corr.hell., 1882, p. 127. - -H0 Voy. la noie 58. — H' Voy. le Dict. 1, p. 321. — 112 Arch. Zeitung, 1858, pl. 1 12, u" 2 et 3. — H3 Voy. la note 62; cf. Roscher, Lexikon, p. 483. — H'* Hymu. orph. 27,3 ; cf. Hesych. s. v. Ae<ix»vi«. — H6 Duruy, Histoire des Grecs. I, p. 246 II. p. 658. Voy. le Dict. I, p. 131, fig.173.

Fig. 2380. — Le char de Cérès.

Fîg. 2581. — Le char de Minerve.

DRA

DK A

ment pacifique atteste fortement le nouveau caractère prêté au serpent, les dioscuki, qui doivent cet attribut à leur assimilation avec les Cabires phéniciens 116 et à leur rôle de divinités funéraires in. Parmi les personnages héroïques il faut citer Médée, qui, eu qualité de magicienne, s’enfuit dans un char attelé de dragons, semblable à celui de Déméter ll8. Comme on le voit, le cycle auquel appartient ce symbole de la primitive religion est assez restreint. Les représentations classiques ne le prêtent ni à Jupiter, ni à Junori, ni à Vénus110, ni à Bros, ni à Diane, ni à Vulcain, etc. C'est surtout aux divinités chthoniennes, aux puissances souveraines des enfers et des morts qu’il se rattache, mais avec un caractère tout particulier de protection bienfaisante que n’avaient pas connu les religions orientales. En même temps on voit que la puissance du dragon, en s’adoucissant, s’affaiblit : réconcilié avec les dieux et avec les hommes, il perd en honneur et en crédit ce qu'il a gagné en sympathie. Un le relègue parmi les accessoires du panthéon grec. Nous allons voir que cette décadence s’accentue encore pendant la période romaine, au point de devenir un simple signe d’avertissement sur les murailles qu’on veut faire respecter.

Étrurie. — Les représentations du serpent dans les monuments étrusques n’indiquent pas un culte particulier du reptile ni des idées bien originales sur sa nature. Les

Etrusques, en cette circonstance comme en beaucoup d’autres, ont pris de toutes mains à l’art hellénique. Ce qu’on peut dire, c'est que le caractère naturellement sombre et tourmenté de leur religion leur inspiraitquelque prédilection pour les images où le serpent joue un rôle d’épouvantail. Aussi voit-on souvent dans les mains de leurs génies funèbres (fig. 2582) s’agiter des reptiles menaçants au-dessus de la tête des victimes vouées à la mort128; ailleurs, tranquillement enroulés sur les lianes du sarcophage ou sur les murs de la chambre sépulcrale qui contient le cercueil, ils semblent avoir pris possession du mort et veiller sur leur conquête *21. Pour le reste nous ne trouvons que des souvenirs plus ou moins fidèles de traditions grecques ; les figures sont

2582. — C baron étrusque.

même souvent copiées sur des modèles helléniques. Telles sont les représentations d’Apollon et Diane tuant à coups de flèches le serpent Python122, les légendes d Arehémoros et de Cadmos122, les Ménades brandissant des reptiles124. Une grande plaque en terre cuite peinte, conservée au Louvre, montre au pied de l’autel d’une déesse un serpent qui rampe125 et qui rappelle visiblement ses congénères de Grèce, gardiens des temples et des lieux sacrés. Le dragon menaçant des ennemis et considéré comme présage de mort a sa place également sur les miroirs étrusques120. D’autres miroirs sont ornés de génies anguipèdes qui paraissent n’avoir qu’un but décoratif et qui sont empruntés aux Typhons, Nérées et Géants de la Grèce 127.

Home. — Dans les monuments de l'époque romaine il faut distinguer ceux qui ne font que continuer la tradition hellénique avec des formes copiées sur des types connus et ceux qui procèdent de croyances plus particulièrement indigènes. Des premiers nous dirons peu de chose, attendu qu’ils n’ajoulent rien de nouveau aux précédentes observations. Dans la plastique romaine nous retrouvons les êtres fabuleux, à moitié hommes et à moitié serpents, comme les géants anguipèdes 128, le char ailé de Déméter ou de Triptolème et celui de Médée1211, le serpent à côté de Minerve, d’Apollon ou de Bacchus et de son lliiase138. Auprès de ce dernier le symbole qui apparaît le plus souvent est la ciste sacrée, renfermant les serpents familiers nourris par les prêtresses du dieu131. Le même attribut est donné exceptionnellement à la triple Hécate 132. Le serpent d’Esculape et d'Hygie est l’objet, comme nous l'avons dit, d’un culte tout particulier qui se développe surtout à partir du ni? siècle avant notre ère, depuis l’ambassade envoyée tout exprès à Épidaure pour rapporter un des reptiles familiers du dieu guérisseur133. Différentes légendes s’ôtaient formées sur le séjour de l’animal sacré à Home. Les serpents dits Epidaurii pullulèrent au point que les habitants en furent incommodés134. Aussi les images qui les représentent sont nombreuses sur les monnaies comme sur les reliefs de l’empire138. A ce culte on rattache une incarnation nouvelle du dieu-serpent, qui est d’origine purement romaine, mais qui procède des plus anciennes traditions orientales et helléniques. Sous le règne d’Antonin le Pieux, un devin nommé Alexandre d’Abonotiehos proclama qu'Esculape s’était révélé à lui sous forme d’un dragon à tête humaine (fig. 2583) : ulykon était le nom de cette récente incarnation du dieu130., Un assez grand nombre d’inscriptions et de monnaies attestent la prompte diffusion de ce nouveau culte jusqu’au règne de Gordien le Pieux *37.

116 Voy. la note 21. — 117 Voy. le Dict. II, p. 264, note 398. — H8 Cl. Baumeister, Op. L, fig. 980, 982; Arc/i. Zeitunif, 1867, pl. 224, n° I. — 1 49 On connaît une statue de Vénus au bain, dite de l’Ksquilin, avec un serpent enroulé autour du vase à parfum ; mais ou prétend l’expliquer comme une image de la courtisane Riiodopis avec l’uracus égyptien figuré à ses pieds; Gazette arch. 1877, pl. 23, p. 146 et s. — 120 Cf. Roscher, Lexikon , p. 887, 1808; Monumenti , II, pl. 5; IX. pl. 15, nus 1 et 5; Annali , 1879, pl. V; Arch. Zeitung, 1863, pl. 180; Martha, L'art étrusque, fig. 2G8, p. 394. Voy. le Dict. II, p. 18, fig. 2286. — 424 Schreiber, Bilderatlas, pl. 98, n° 8; Monumenti , I, pl. 42, n° 6. — 422 Gerhard, Etrus- Jcische S piegel, pl. 291 A. — 123 Ibid. pl. 358; Monumenti, VI, pl. 29; Dütschke, Anti/ce Rildwerlce , V, n° 421. — 1 — V Gerhard, Op. I., pl. 96. — 42° Monum. 1859, pl. 30, vi. — 126 Gerhard, Op. pl. 348, 353, 425. — 427 Ibid., pl. 30; Monumenti , II, pl. 60; IX, pl. 56, n° 2. Voy. le Dict. I, p. 187, fig. 226. — >28 Cl. Ovid. Trist. IV, 7, 17; Macrob. Sat. 1, 10. Voy. Monumenti, II, pl. 4; Baumeister, Op. I., fig. 638. — 420 Baumeister, Op. I ., fig. 459 I), 461 ; Annali, 1873, pl. ef . Miiller-Wieseler, Den/emàler , I, pl. 69, n° 380; II, pl. 9, nos 102, 106, 108, 195; pl. 10, nos 112, 113, 114, 117; Monumenti dell Inst. 111, pl. 4 ; Babelon, Monnaies

de la République, II, p. 218, 545. 566 ; Uuruy, Hist. destGrccs, I, p. 105. Voy. le Dict. I, p. 1053, fig. 1300; p. 1055, fig. 1301. Pour Médée, cf. Clarac, Mus. de scidpt. pl. 204 (211); Annali, 1869, pl. au, etc. — 4‘30 Monumenti, VI, pl. 18; Cohen, Monnaies impériales , VI, pl. 20, n" 14; Babelon, Op. II, p. 567 ; Dütschke, Antike Bildwerke,\, uü 294; cf. III, n° 516; Clarac, Op. pl. 138 (138); Baumeister, Op. I., fig. 1397, etc. — 131 Aspeliu, Antiquités du Nord Finno-ougrien , 1877, p. 139. fig. 605; Cohen, Op. t., I, pl. 2, n° 3 ; Baumeister, Op. I.. fig. 477 492 ; Monument i . III, pl. 59; Gerhard, Etrusk. Spieg., pl. l,nos 1 et 2; Lasinio, Ilaccolla disarcofaghi , pl. 50, 60, 117-118, 127. Voy le Dict. 1, fig. 1545, 1546, 1558, 1559, 1561, 1562, 1563. — 132 Baumeister, fig. 705. — 133 Voy. l’article aesculaimus, t. 1, p. 125 et note 49, 50 ; cf. Frochucr, Les médaillons de l'Empire romain, p. 53. — 13V Pliu. Hist. nat. XXIX, 4, 22. Voy. le Dict. t. I, p. 695, s. v. ubstiae. — 135 Cohen, Op. I .. II, pl. 9, n° 51 ; III, pl. 13, n° 158; Duruv, Hist. des Romains , III, p. 706, 728; Mommsen, Inscript, regni Neapolitani , 2586, etc. Voy. le Dict. I, p. 125, fig. 161-164. — 130 Cf. Gazette arch. 1878, p. 179 et s.; 1879, p. 184; cf. Renan, Marc Aurèle, p. 50. — 137 Baumeister, op. t., fig. 1157; Duruy, Hist. des Romains, V, p. 162, 164; Corp. insci'. lat. III, uus 1021, 1022; Ephemeris epigraph. II, 4, p. 331.

DR A

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Mais le serpent représentait très anciennement en Italie les génies protecteurs des lieux, des familles et des individus [Genius, juno]. 11 devient plus lard, comme en Grèce, un symbole de protection bienfaisante, donné pour attribut à bona dea138, au dieu champêtre et protecteur , .. r. . des récoltes, silvanus 13\ à for-

rig.2o83. — LcüieuGlykoii. , ,A

TUNA1+0, etc.

Cependant la crainte qu’inspire l'animal persiste par la force des faits et par les résultats pernicieux de scs morsures. Pline donne des recettes variées pour la guérison des plaies venimeuses111. On trouvera aussi de curieux renseignements en ce genre dans les fragments du poète Nicandre, auteur des 0-qptaxâ11-. A l’exemple des Grecs et des Étrusques, les Romains n’oublient pas de compter le reptile au nombre des attributs qu’ils donnent à leurs créations infernales, telles que le génie à tête de lion, Aion, au corpsentouré d’un serpent1” (fig. 2584); mais on peut aussi penser qu’il aétéformé à l'image des divinités égyptiennes et que, dans cette personnification de l’immortalité, le serpent symbolise seulement la durée, le cours du temps, sous une forme déjà employée par les artistes de la vallée du Nil. Le caractère redoutable et dangereux est plus marqué dans les re-

Fig. 2584. — Le dieu Aiuu.

présentations de némésis avec le serpent m.

Sa puissance fatidique, due aux relations qu'il avait avec le monde souterrain, n’est pas moins bien connue des Latins : il a dans l’art divinatoire [divinatio] une valeur toute particulière pour les présages1”. Dans le culte mithriaque qui, originaire de Perse, est importé à Rome àlepoque dePompée et prend unegrande extension sous l’Empire, il figure régulièrement comme attribut aux côtés du taureau que sacrifie le dieu oriental [mituras, taurobolium] et représente la puissance souterraine et chlhonienne en contraste avec le génie solaire Ces monuments attestent que les antiques traditions relatives au serpent genius loci et gardien de la terre ne sont pas perdues, et nous en trouvons encore la preuve dans les représentations oii le reptile apparaît s’enroulant autour d'un arbre sacré. On en voit un ici (fig. 2585) d'après une peinture de Pompéi, promené

138 Voy. le Bict. I, p. 695 et 726 ; Botticher, Te/ctoni/c der Rellenen, IV. p. 390, n” 361. Sur les représentations du serpentauprès des divinités romaines, voy. Preller, Rômische Mytholoy. 3" éd. I, p. 87, 116, 151, 277, 385; II, p. 196, 237, 241, 251. — 139 Annali, 1866, pl. LM, n" 1. — 1W Roscher, Lexikon , p. 1334; Bull. arch. Napolit. N. S. III, pl. 7, n0 1 . — m Plin. Hist. tint. XXIX, 4 et s. Le nom de serpent reste une injure; Plaut. Mure. IV, 4, 21 ; Uorat. Epiât. I, 17, 30. — 142 Gazette arch. 1875, p. 126, pl. 32, n* 1. — 113 Lajard, Recherches sur le culte de Hithra, pl. 70 ; Iloscher, Lexikon , p. 195; Bnumeister, op. I.. p. 32, fig. 34; Müller- Wieselcr, Op.

H, n» 967 ; Diitschke, Antike Bildwerlce, III, n“ 367 ; Clarac, Musée de sculpt. pl. 559,560 (1192, 1193), 562 B (1193 A), etc. — 144 Miillor-Wieseler, Op. !.. II, pl. 74, n» 952. — 145 Cf. Plin. Bist. nat. VIII, 153. Voy. le récit de la fondation de Nicomédie dans Libanius, Orat. t. II, vi, p. 203; cf. Gazette arch. 1879, p. 185, 186.

— 140 Bnumeister, Op. I., p. 924, 925, fig. 996; Clarac, Mus. de sculpt. pl. 203 (59), 204 (57, 58), 558 A à 500; Annali, 1864, pl. F et N ; Ballet, municip. di Borna, 1872-73, pl. 3 ; 1874, pl. 20; Lasinio, Raccolta di sarcof. pl. ivi, 36; Diitschke, An-

dans une procession 1 “ . La même idée explique, comme sur les monuments grecs analogues, la présence du serpent sur des cippes et reliefs funéraires de l’époque romaine 118 (fig. 258G). Enfin les esprits s'accoutument à y voir un animal domestique et tran quille, le symbole des génies tutélaires de la personne et du foyer.

Dans les carrefours, les chapelles et les cuisines de Pompéi, les images des dieux Lares sont souvent accompagnées d'un ou de deux grands serpents1” (fig. 2587). De degré en degré ils descendent plus bas encore et un vers de Perse nous lait savoir que, pour protéger les murs extérieurs d’un édifice contre les souillures des passants, on peignait deux serpents indiquant que l’endroit devait être respecté ”°.

Pour compléter cet aperçu il n’est pas inutile de jeter un coup d’œil sur le culte du serpent en dehors de Rome , dans les provinces d Italie. A Lanuvium, le serpent est honoré comme protecteur de la virginité”1, idée qui se rattache aux croyances grecques sur le rôle de protection étendu par le serpent sur les personnes et sur les choses”2. Sur les bords du lacFucin, les Marses s’étaient acquis une grande réputation de magiciens par la façon dont ils savaient apprivoiser les serpents et jouer avec eux, leui déesse angitia passait pour leur avoir enseigné l'art de les rendre inoffensifs ”3. Cet art était devenu d’ailleuis de notoriété publique sous l’Empire, car on sait

tike Bildwerlce, V, n" 213 ; cf, Monumenti, 111, pl. 36, nns 2 et 3; IV, pl. 38, n» 1.

1,7 Helbig, li a ndr/em tilde, 1479; Giornal. d. snaoi Pompéi, 1868, pl. vi, 1869, p. 187 ; Matz et Dulin, Antike Bildwerlce, II, n" 3308 ; III, n” 4055. — 148 Vicione! Ripatransone, Fermo, 1828, pl. iv; C. inscr. lat. IX, 3336 ; Ih. VIII, 7326 ; Bull, de corr. hell. 1885, p. 26; Matz et Dulin, Gp. I., III, n°*3864, 3936, 3952, 3990 ; Diitschke Op. I., III, n«» 279, 435; IV, n" 502. Cf. VI, g. Aeneid. V, 84 et s. - 149 Helbig,’ Wandgem., 29, 30, 37 et s. ; Gaz. arch. 1 880, p. 1 0 ; Monum., III, pl. 6 ; Annali., 1872, pl. B, C, ü; Bnumeister, Op. I., fig. 888. Vuy. le Dict. 1. 1, p. 347, fig. 408p. 1430, fig. 1888; p. 1581, fig. 20 96.- 150 rers. Sat. I, 113; cf. O. Jahn, Ad Pets. p. 11 1 ; bnumeister, Op. I., p. 593. Cf. Plin. XXIX, 4, 20. Au musée de Naples, peinture; imprécation entre deux serpents coulre ceux qui souilleraient la muraille. — 161 pr0pert. V, 8, 3 ; A cl. Nat. anim. XI, 16 ; cf. Buettiger, Pleine Schriften, I, p. 178 ; PrcIler, Rüm. Myth. 3» éd. Il, p, 276, 277. - 162 Voy. note 70. - 163 Gazette archéol., 1883, p. 224; cf. Strab. XIII, p. 588; Plin. VII, 15; Aelian. XII, 39. Les Psylles, peuple de la Cyrénaïque, avaient la meme réputation; Plin. VII, 14; XXI, 78^

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que Tibère faisait ses délices d’un reptile qu’il nourrissait lui-méme et que dans le lit de Néron enfant on vit

un serpent qui passa pour le génie protecteur du jeune prince 15L Les femmes , au temps de Martial, mettaient desserpentsen collier autour de leur cou et prétendaient se rafraîchir ainsi à leur contact l;>:\ Ces usages tien nent en Italie, comme en Grèce , à la parfaite innocuité de certaines espèces,

les plus répandues dans ces contrées180, et confirment les explications que nous avons données plus haut sur la transformation du serpent, être pernicieux, en animal familier et bienfaisant : elle repose uniquement, à ce qu’il nous semble, sur des faits d’histoire naturelle.

Dans l’ordre industriel on peut suivre la même marche. Quand les potiers décorent les vases primitifs de Rhodes ou d’Athènes d'un corps de serpent enroulé sur 1 anse ou peint sur l’argile, on peut croire qu’à cette époque ils ont la pensée de reproduire un animal symbolique qui garde le breuvage contenu dans le vase ou qui représente le principe funéraire dans un objet destiné aux sépultures1". Les Phéniciens avaient déjà imaginé pour la décoration de leurs grands vases de métal des têtes de dragons dressées tout autour du rebord 1S8. De même, sur nombre d’amulettes et d’ex-voto, cet ornement est dû à l’idée qui place une puissance prophylactique dans la figure de l'animal né du sein de la terre et confident de ses secrets, ou bien une vertu d'incantation et de magie fascinatrice189. Mais rapidement le symbole religieux dégénère en molif décoratif; sans perdre peut-être absolument toute sa valeur, il va en s'affaiblissant et en se transformant. Quand on fait des bagues et des bracelets, des broches ou des colliers en serpents 100 [dracontarium], quand on en décore les incrustations de bois de lit1*1, des casques102, des chapiteaux de colonnes103, il

Suet. Tib. 72; Tarif. Annal. XI, il ; cf. Corp. inscr. lat . VI, 143. On peut rappeler aussi les récits légendaires au sujet do la naissance d’Auguste (Suet. Aug. 94; Dio. XLV, I) et plus ancieuucmeut de Scipion (Liv. XXVI, 19; Gell. VI, 1). — lîio Mart. VII, 87. Voy* le Dict. t. I, p. 695, s. v. bestiae. — 156 Vov.

1 article desttae, t. I, p. 695. rline dit qu’en général le serpent n’est pas venimeux, sauf à certaines époques (XXIX, 4, 22). — - loi Jahrbuch des dent. Inst. 1886, p. 96, 135; 1888, p. 357 ; Arch. Zeit. 1881, pl. 5; Petrie, Nau- Icratis , II, pl. 10, nc 1 ; cf. Helbig, Das homerische Epos, 1884, p. 282, 283. — 158 Monument /, X, pl. 33. — 159 Baumeister, Op. I., fig. 75 ; Arch. epigr. Mittheil. ausOest. II, pl. 3 et 4 (mains votives de bronze). Voy. le Dict. t. I, p. 1241, Hg. 1616 (clous magiques); p. 10, tig. 21, 22, 23 (amulettes gnostiques); cf. Gazette arch., 1878, p. 40. — 160 Voy. le Dict. t. I, p. 294, fig. 345, 346; p. 436, fig. 527; Stephani, Compte j'endu de Saint-Pètersb. 1869, pl. i, nos 16, 19, 20; 1870-71, p. 217; 1873, pl. m, n° 7; cf. le motif curieux du serpent tirant lui-même une flèche sur un arc, ibid, 1861, p. 147, pl. vi, n° 8. Les colliers et chaînettes portent parfois le nom de $pgugvtêç à cause de cette forme particulière

y a lieu de croire que le sens prophylactique n’est pas absolument absent, car l'habitude des anciens est de mêler l’idée religieuse aux moindres détails de la vie familière et de se soustraire par toutes sortes de moyens aux mauvaises influences ambiantes : toutefois il faudrait se garder d’y attacher un symbolisme rigoureusement observé. La part qu'il faut faire au sentiment plus simple du décor et de l'ornementation est déjà considérable. A cet ordre d'idées il faut rattacher le nom de vase Spocxiov, qui rappelle sans doute une sorte derhyton décoré à la base d’une tête de serpent101 et le draco des Latins, qui est aussi un récipient pour l'eau 10;i.

Pour l’enseigne militaire en usage dans les armées romaines nous renvoyons à l’article signa nilitakia.

Il nous reste à dire quelques mots sur les différentes formes que l’antiquité a prêtées aux serpents. En dehors des espèces de taille gigantesque et des petites races dont nous avons parlé, les auteurs mentionnent des particularités monstrueuses, comme les serpents ailés, originaires d’Arabie, dont l'Egypte était infestée à certaines époques, au dire d'Hérodote 10G. Cicéron et Pline en parlent également 107 ; ce dernier décrit aussi des reptiles à pieds palmés108. Ces variétés bizarres ont sans doute inspiré aux artistes les combinaisons d'êtres ailés au corps de serpent qui sont devenues le dragon classique. Le dragon marin, draco marinas, avec sa langue fulgurescenle, ses crêtes ou cornes sur la tète103, prêtait également à des représentations où l’imagination ajoutait aux observations fournies par la nature. Nous avons cité, à ■ propos de l'épisode d'Andromède et Persée, le monstre appelé x7jToç170. Les représentations des dragons marins (fig. 2588) sont nombreuses sur les vases et les reliefs qui figurent Persée et Andromède, Phrixos et Hellé, ou les Néréides portant les armes d’Achille 171 ; ils figurent aussi jusqu’à la fin des temps antiques parmi les œuvres de bijouterie 172.

Conclusion. — Le culte du serpent a traversé, on le voit, bien des phases diverses. Tour à tour redoutable ou familier, honoré comme un dieu ou réduit au rôle d’attribut, souverain incontesté de vastes espaces ou amulette portative, il a été mêlé à la plupart des mythes religieux de l’antiquité, il a intrigué par ses allures rampantes et sa puissance occulte l'imagination de tous les peuples. 11 serait curieux de suivre son histoire dans le monde moderne et de montrer qu'il n'a

(Luciun. Amor. Il; Aniholoq. Pa/at. VI, J0C>). Les bracelets sont dits titixàçiuoi oçets (Philostrat. Ep. 40; llesych. s. u. "Oçeiç: Pollux, V, 99). Lu lutin serpentum. Isidor. XIX, 31. Voy. aussi une inscription « Deo Aesculupio, torquem aureum ex dracunculis duobus » ap. Don. Inscript, cl. I, nu 91. — ICI Monumènti, VIII, pl. 27 (lit d'Achille sur uu vase à figures rouges). — 162 Müllcr- Wieseler, Den/cmàler, 1, pl. 51, uos 226 a, 227 a. — 1G3 Gazette arch. 1880, pl. 35, 36; 1881, pl. 23 (chapiteaux historiés de Vienue). — 16V Krausc, Angeiologie, p. 359. — lGo Senec. Quaest. nat. III, 24. — 1GG Ilerodot. Il, 75; III, 109; Aristot. Anim. hist. 1, 5. On le voit représenté sur quelques monuments égyptiens; cf. Gazette arch. 1878, p. 40. Sur les formes monstrueuses du dragou, cf. Longpérier, Œuvres , III, p. 148. — 1G7 Cic . Nat. dcor. 1, 36; Plin. Hist. nat. XII, 85. — 1G8 pliu. XI, 257. — 169 Id. IX, 27 ; XXXII, 17. Cf. Athen. VII, 28, p. 287 B; Aclian. Nat. anim. XIV, 15; XVI, 8, ô'?£t; OaXdxTiot. — 170 Voy. la note 44; cf. Mon. VI, pl. 10 (ciste étrusque). — 171 Annali, 1860, pl. n; Mon. IX, pl. 38 ; Bull. arch. Napol. N. S. Vil, pl. 3; Baumeister, Op. lig. 787 ; Chirac, Mus. de sculpt. pl. 208 (195). — 172 Vov. uotc 160. Duruy , Hist. des Rom. VI, p. 413 ; Lindeuschmit, Die Aller th. unserer heidn. Vorzcit, II, 4, pl . 5, n° 5.

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