‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 3)Chapitre 51 sur 111 · DUC · texte numérisé non relu

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cet empereur, ne lut rétablie qu’en 197 par Caracalla. Quand Pline sollicite de Trajan le double titre d’augure et de septemvir epulonum, il ne lui demande pas de créer en sa laveur une place nouvelle, mais simplement de le faire profiter d’une vacance 80. 11 y a donc tout lieu de croire le renseignement de Servius erroné. On a supposé une faute dans le texte : au lieu de LX il faudrait lire XVI 91 . Dion Cassius nous dit en effet que César renforça d'un membre les quindécimvirs comme les augures et les pontifes82. Ce fut sans doute un des articles de celte loi Julia de sacerdoliis dont il a été parlé plus haut. Mais l’expression employée par Servius « crevit numerus « s’applique mal à une augmentation aussi insignifiante, outre que l’erreur attribuée au copiste n’est pas très explicable au point de vue paléographique. Il parait plusjuste de supposer une confusion avec les haruspices qui précisément étaient au nombre de soixante, depuis qu’ils avaient été constitués par Claude en corporation officielle83. Les quindécimvirs étaient, comme il convenait à l’importance du collège, de très grands personnages, d’anciens consuls, d'anciens préteurs. Rarement on voyait parmi eux des jeunes gens, à moins que ce ne fussent des princes de la famille impériale8'*. Ils apparaissent avec le même caractère dans l’épigraphie du quatrième siècle83. Ils y sont même assez nombreux. L. Aurelius Avianius Symmachus, le père de l'orateur, le préfet de la ville en 364-363, fut quindécimvir 8S.

L’empire chrétien essayait donc ou affectait de tenir la balance égale entre les deux cultes, et l'antique collège sacris faciundis vivait à l'ombre de cette tolérance relative. Peut-être même dut-il à l’abstention dédaigneuse des empereurs une liberté d’action qu’il n’avait pas connue depuis longtemps, et d’autant plus large que les événements l'avaien t rendue plus inoffensive . Les livres sibyllins dormaient d’un sommeil qui ne fut pas souvent troublé.

Julien cependant était un païen trop zélé pour ne pas tenter de remettre en honneur cet oracle suranné. Il le fit consulter à propos d'un tremblement de terre survenu à Constantinople, à la veille de son départ pour la campagne contre les Perses, mais il ne poussa pas la déférence jusqu’à suivre des avis pusillanimes le détournant d’une entreprise aussi nécessaire que dangereuse 81. Enfin Claudien montre encore l’Italie, dans la terreur où l’avait jetée l’invasion des Goths vers 402, sollicitant « le lin qui garde dans ses plis fatidiques le dépôt des destinées romaines 88 ». C’est pourtant Stilicon, le héros de Claudien et le vainqueur de celte guerre, qui ordonna de brûler le vénérable recueil M. Cette exécution ne passa pas inaperçue. Elle transporta de joie les chrétiens ardents et porta un coup douloureux aux derniers sectateurs de l’ancienne foi. Elle fit pousser des cris de triomphe et de colère dont l’écho est arrivé jusqu’à nous. « Il n’y a plus, s’écrie Prudence, de fanatique essoufflé qui, l’écume aux lèvres, déroule les destins tirés des livres sibyllins, et Cumes pleure ses oracles morts90. »

80 Epiât. ad. Traj. 13. Voir Dessau, l. c. et Mommsen, Staatsr. Il, p. 1055, n° 5. Quami Dion Cassius nous dit, à propos du droit reconnu à Auguste de nommer autant de prêtres qu’il voudrait, que l’effectif des collèges fut augmenté de telle sorte qu'il lui devient impossible de rien dire de précis a ce sujet, il n’entend pas que cet effectif était devenu démesuré, mais simplement qu’il demeurait flottant. — 81 Mercklin, in Iahri’s Tarbüchern , t. LXXV, p. 634. — 82 XL1I, 51. — 83 Marquardt, Staatsverw. III, p. 360, u. 12 de la page 365. Sur le nombre des haruspices, Corp. inscr. lut. VI, 2161 ; Marquardt, O. c. p. 398, et Bouche-Leclercq, Bist. de la divin. IV, p. 112- 113. — «'* Vuir note 60. Le fils de Pupien revêtit le quindéciemvirat en 238 ap. J.-C-, avant d’avoir été questeur. Ilenzen, 6512. Cf.

II charge évidemment les couleurs du tableau. Les quindécimvirs avaient beau se porter les héritiers de la sibylle virgilienne. C’étaient des gens rassis qui n’imitaient pas ses fureurs. De son côté Rutilius Namalianus, qui n’était qu’un Gaulois, mais qui parle en Romain de la vieille roche, ne peut se consoler de ce qu’il considère comme un malheur public. Écrivant après la disgrâce et la mort de Stilicon, il l’accuse dans son invective, non seulement d’avoir ouvert Rome aux barbares, mais de l’avoir voulue d’avance enchaînée et désarmée.

Ipsa satellitibus pellitis Roma patebat

Et captiva prius quam caperetur erat.

Nec tantum gcticis grassatus proditor armis,

Ante sibyllinae fata cremavit opis91.

Compétence. — La compétence du collège était très vaste et très variée. Tite-Live la représente assez bien sous son double aspect quand il appelle les décemvirs sacris faciundis les interprètes des oracles de la Sibylle et des destinées du peuple romain, les ministres du culte d’Apollon et de plusieurs autres cérémonies « carminum Sibyllae ac fatorum populi hujus interprètes, antistites eosdern Apollinaris sacri caerimoniarumque aliarum °2. » Pour ramener cet aperçu général à une classification plus méthodique, on peut dire que le collège créé par Tarquin réunissait des fonctions que les Romains, en principe et malgré certaines confusions et certains empiètements inévitables, s’attachaient à partager entre plusieurs corporations ou plusieurs hommes alors qu’il s’agissait du culte national. En d’autres termes, les quindécimvirs étaient des devins comme les augures, des prêtres comme les flamines, des administrateurs comme les pontifes. Ce développement de leurs pouvoirs, plus ou moins conforme aux intentions du fondateur, était en germe dans leur institution même. Il ne s’est pas opéré au hasard, ni par l’intervention de volontés extérieures. Il a suivi une marche logique, une évolution naturelle, et en quelque sorte nécessaire, et c’est ce qu’il importe de bien démontrer.

L’office propre du collège et le point de départ de ses attributions ultérieures est la garde et l’interprétation des livres sibyllins. Le temple de Jupiter Capitolin, devenu le centre religieux de la Rome nouvelle, les avait reçus en dépôt et les conservait à l’abri de tout regard indiscret, enfouis sous le sol et enfermés dans une cas- , sette de pierre 93. Ce dépôt primitif ne tarda pas à s’enrichir d’acquisitions nouvelles. Le monde ancien, le monde étrusque et en particulier le monde latin retentissaient de voix prophétiques. Les unes s’étaient fixées sur les villes assez avisées pour leur offrir un asile H. Les autres, à l’état errant, semblaient enquête d’une hospitalité qu’elles se chargeaient de récompenser par d’utiles révélations. Les Romains, trop superstitieux pour les repousser toutes indistinctement, et en même temps trop sensés pour ne pas limiter leur superstition même, se

Annali iell’ Instit. 1863, p. 277. — 88 Orelli, 1900, 2351, 3185, 3191. — 80 Corp. insc. lat. VI, 1698 ; Symmacb., éd. Seeck, pl. ni. Quelques inscriptions pourtant signalent dans cotte période des quindécimvirs qui paraissent n’avoir pas exercé de fonction publique. Ce sont de simples clarissimes, Orelli-Ilenzen, 2264, 604

87 Amm. Marc. XX1IL 1. —88 Bell, gaetic. 230. — «9 Rutilius Namat. Biner. Il,

51, in Wernsdorf, Poet. lat. min. V, 1, p. 563, exc. 8. — 90 Apotl i. 439. — 91 L. c.

Voir Beugnot, Histoire de la destruction dupaganisme, II, p. 30. — "X, 8. — 93 üionys. IV, 62. — 91 La ville de Véies, par exemple, avait comme Rome ses libri fatales, qui contenaient le secret de sa destinée, T. Liv. V, 15; Cic. De divin.

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