‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 3)Chapitre 53 sur 111 · I)UU · texte numérisé non relu

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lant dans sa demeure même, c’est-à-dire dans le temple qui en était une annexe, le recueil dépositaire des destinées de Rome, proclamait hautement que désormais elles étaient identiques à ses destinées propres et à celles de sa dynastie. En l’an 32 ap. J.-C., sous Tibère, le quiiulécirnvir Caninius Gallus fit proposer au Sénat, par l'intermédiaire du tribun de la plèbe Quintilianus, et réussit à lui faire accepter un nouveau livre sibyllin. Tibère n’aimait pas les excès de zèle, en cette matière moins qu’en toute autre. Il se méfiait assez justement des manifestations intempérantes de 1 esprit prophétique. Il trouvait qu’elles étaient propres à troubler les esprits et qu’elles pouvaient, à l'occasion, couvrir des insinuations malveillantes contre sa personne et son gouvernement.

Il avait été fort irrité, treize ans plus tôt, en 19, de certaines prédictions lancées au moment de ses démêlés avec Germanicus. Il avait profité de cette circonstance pour renouveler l’exécution ordonnée sous le règne précédent, et en augmentant de quelques textes inoffensifs le recueil officiel, il a,vait acquis le droit de supprimer les autres ll2. Il tança vertement les auteurs de la proposition et le Sénat même qui l'avait votée. Il rappela les ordonnances d’Auguste et blâma la marche suivie en cette affaire. Avant de la porter devant le sénat, il aurait fallu s’être assuré de l’approbation du collège. Tacite nous dit qu il lui renvoya le document en question, mais il ne nous apprend pas quel est le parti auquel on s’arrêta définitivement 113. Il y a tout lieu de croire qu’il fut conforme aux intentions défavorables si clairement exprimées par le maître.

L’histoire des accroissements du dépôt sibyllin est close à celte date, non qu’il n’ait pu encore être amplifié par la suite, mais s’il le fut, nous n’en savons rien. Sur la forme des libri fatales et sur leur contenu, nous ne pouvons que recueillir les données assez peu cohérentes échappées aux indiscrétions du collège. Servies, citant Varron, nous dit qu’ils consistaient en feuilles de palmier m. On se servait sans doute des palmiers de 1 Ali ique et de la Sicile. D’un autre côté, Claudien 1,5 et Symmaque110 nous apprennent que l’on employait le lin. Il se peut que cette matière ait été substituée à l’autre lors de la transcription ordonnée par Auguste, ou peut-etre lorsqu’on reconstitua la collection entière après l'incendie du Capitole. Symmaque met à part les carmina Marciana, qui auraient été confiés à des écorces d arbre . Enfin Servies distingue dans les oracles une partie îédigée en signes1'8, mais il n’ajoute rien qui puisse nous aider à entrevoir le caractère de celte notation. Comme les livres sibyllins venaient pour la plupart de la Grèce, il était naturel que la partie écrite le fôl en grec119. C est pour cette raison que, dès le principe, on adjoignit a a commission duumvirale deux esclaves de nationalité hellénique du concours desquels elle ne pouvait ni ne devait se passer120. Pourtant la langue latine n’était pas exclue. Le recueil du devin Marcius était rédigé en latin. On le

voit par les extraits qu’en donne Tite-Live 111 . U parait évident qu’il en était de même des prophéties de la sibylle Tiburtine. Et rien n’empêche de croire que celles de la nymphe Begoe fussent en étrusque. Le vers était de règle pour ce genre littéraire. Les textes sibyllins étaient donc versifiés 122, et Tibulle nous dit qu’ils l’étaient en hexamètres123. Il veut parler probablement des textes grecs, les plus nombreux. M. L. Ifavet a restitué en vers saturnins les deux carmina Marciana'2' . Cicéron donne un détail curieux. 11 remarque en souriant que les vers improvisés par la sibylle dans le délire de 1 enthousiasme dénotent un esprit singulièrement maître de lui-même, cai on y rencontre ce raffinement que Ion appelle aciostiche, c’est-à-dire que la suite des premières lettres de chaque vers reproduit le premier vers du morceau 12'. Denys d’Halicarnasse confirme ce renseignement en faisant observer que, dans la compilation exécutée api es la destruction du premier dépôt, les acrostiches permettent de reconnaître les parties interpolées120. On se demande, il est vrai, comment avec ce critérium les interpolations ont été possibles. Cette difficulté a conduit à une autre interprétation du texte de Denys. Denys aurait voulu dire que les morceaux interpolés se reconnaissaient à ce qu’ils étaient acrostichés, mais dans ce cas il faudrait rejeter l’affirmation de Cicéron et c’est à quoi l’on ne se résoudra pas volontiers 127.

Quant au mode de consultation, nous sommes réduits aux conjectures- Le seul fait positif, à savoir que les quindécimvirs n’approchaient de leur trésor que les mains voilées128, est insignifiant. Varron 129 et Tibulle130 se servent de l’expression sortes pour désigner les oracles sibyllins. Ce terme, s’il est pris à la lettre, fournit une indication. Les sortes étant un procédé divinatoire très répandu en Italie et même ailleurs. 11 avait ceci de particulier que, sollicitant l’écriture et non la parole, il provoquait la réponse, non pas par interpellations, mais au moyen d’un acte mécanique131. On a retrouvé, danslesenvirons de Padoue, quelques tablettes de bronze sur lesquelles sont inscrits des sorts 132, et l’on sait que ceux de Préneste étaient agités au fond d'un coffret avant d en être tirés133. H est probable que la consultation sibyllines inspirait des mêmes principes, appliqués au matériel dont elle disposait. Niebuhr suppose que l’on ouvrait au hasard un des livres en prenant pour la réponse cherchée le passage ainsi amené sous les yeux du consultant u*. On sait que de tout temps cette façon de faire parler les textes sacrés a été en honneur auprès des dévots. M. Delaunay croirait plutôt que les livres étaient battus et mêlés comme on faisait à Préneste, attendu qu’ils formaient des paquets de feuilles détachées dont chacune portait une sentence indépendante et très courte Dans l’une et dans l’autre hypothèse, il reste bien des points de détail obscurs. Klausen a essayé d’en éclaircir quelquesuns130. 11 imagine deux systèmes dans lesquels I acrostiche figure comme l’élément principal. Mais il paraît inu-

112 Dio Cass. LV11, 18. - *« Ann. VI, 12. - *'* Ad.Acn. III, «4, VI, 74. - 11S B. Get. 232. - i« Epi.,. IV, 34. - 1*7 L. c. - *•• L. c. - «• Klausen uni

die Penaten , I, p. 230, - «0 Zonaras, VII, H ; D.onya. IV, 62 - - XXV !..

12-2 Cic. De divin. I, 2 ; II, 54 ; Lactant. lnstit. I, 6; Suidas, S.SeUa. - 123 ”,

S 10 Cf la prédiction dite sibylline rapportée par Dion Cassius, I.VII, 18, et les fragments sibyllins. Les oracles attribués à la Sibylle n'étaient pourtant pas toujours en hexamètres. Voir un oracle donné par une inscription de Thrace Dp hem.

■ar m p 236. — 124 De saturn. Latinor. versu, p. 415. — '-5 Cic. De dimn. IL li. Le 'texte ne paraît pas très clair : « ... exprime versu cujusque sentent, ae

primis litteris illius sententiae carmen omnc praetexitur. » » «8 tV, 62 : «... 1»

„ 127 Bouché-Leclcrcq, Hist. de la divin. IV, p. 20o, n 1 , SSL H., »• 30.. »•*; Fabricius Bi W « -

,. ] c 30 8 4 - 128 Vopisc. Aurel. 20. — *2» Lact. Instxt. I, 6. — ta» Voy. II,

3 09’ - IM Bouché-Ledercq, O. c. IV, p. 145, etc.; Fernique, Etude sur Prefeste p. 88. - «2 C. insc. lat. I, 1438-1454. - 133 Cic. De dm. Il, Ai.- M Btm. GesÀ l, P- 561. - 135 Delaunay, Moines e, Sibylles, p. 157-158. - «6 Aeneas und die Penaten, 1, p. 255.

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