‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 3)Chapitre 62 sur 111 · X:: Lob:f ’ t°pw p · texte numérisé non relu

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ÙZ de VAcad~d / " “’ r’ U’ ln’ éd’ Polle'’’ Ch’ forment,

Mem. de l Acad des Inser. nouv. ser., t. XXIV, 1» part. p. 378 et s. - 96 Sur ces rapports, voy. Ch. Lenormaut et de Witte, El. des mon. céramogr. 111, p. 10Ï-10S.

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mophories avaient été importées d'Égypte en Grèce01. A Sais et sur d’autres points des bords du Nil, il y avait des mystères dont 1 institution offrait une certaine analogie extérieure avec ceux des contrées helléniques. Plus d un Grec, à la suite d’Hérodote, en remarquant toutes ces analogies, accepta l’idée que les initiations mystérieuses d Éleusis avaient eu leur berceau en Égypte08. Les Orphiques avaient beaucoup emprunté à cette dernière contrée; 1 histoire de leur Zagreus, qu’ils tendaient à appliquer à 1 Iacchos des mystères, n’était autre, en particulier, que celle de la mort d’Osiris, le dieu dans le culte duquel le blé, comme symbole de la vie future et de la science nécessaire au salut, jouait un rôle qui rappelait si étroitement les données des Éleusinies.

Malgré la faveur dont Onomacrite et les Orphiques jouirent auprès des fds de Pisistrate, ils ne parvinrent pas dès cette époque à faire pénétrer leurs doctrines et leurs légendes dans le sanctuaire mystique d’Éleusis. Aristophane, les tragiques et les autres écrivains de même date parlent souvent d’iacchos, mais on chercherait vainement chez eux une seule allusion qui puisse taire croire qu’alors au nom du Dionysos des mystères s attachait un mythe pareil à celui que prônaient les Orphiques. Au contraire, pour les auteurs postérieurs à Alexandre, pour les poètes comme Callimaque, Iacchos est déjà certainement le même que Zagreus. L’époque où eut lieu l’établissement et le triomphe définitif de l’orphisme, dans la partie secrète des Éleusinies, est circonscrite par cette observation dans des limites de temps assez étroites.

Dans la période historique que nous venons de déterminer, la transformation que subirent les mystères et

I introduction de nouveaux mythes dans le drame sacré furent puissamment favorisées par deux faits auxquels il ne semble pas que l’on ait attaché jusqu’ici l’importance qu’ils méritent.

Ce fut d abord le renouvellement du local où avaient lieu les initiations. L’ancien temple de Déinéter à Eleusis, de proportions fort restreintes, avait été brûlé par les Perses90. Pendant le temps qui suivit, les cérémonies mystiques durent avoir lieu dans un local provisoire et sans doute très imparfait. Sous l’administration de Périclès, Ictinos projeta la construction d’un TsXearvifiov ou sanctuaire des initiations 10°, de proportions énormes, permettant pour le drame mystique un développement du spectacle jusqu’alors inconnu (voy. plus loin sect. V).

II mourut sans l’avoir commencé, et le monument, édifié par Coroebos et par Métagère de Xypète, fut seulement terminé par Xénoclès de Cholarge101, succession d’architectes qui reporte certainement la dédicace du télestérion après la guerre de Péloponnèse. Il est probable qu’il y eut alors un règlement nouveau de la liturgie et particulièrement des spectacles des nuits mystiques, pour leur donner la splendeur que permettait le théâtre où ils allaient se déployer désormais. C’était une occasion naturelle pour des changements et des inovations que l’on

97 Herod. II, 171. — 98 f)iod. Sic. I, 29. [Les Romains, à la suite des Grecs, cherchèrent à établir des liens entre Triptolème et l’Osiris égyptien, tous deux inventeurs de l’agriculture. Cf. Servius ad Virgil. Georg. I, 19.] — 99 Herod. IX, 65.

— 100 Strab. IX, p. 395 ; Vitr. VII, 16. [Plutarque, Pericl. 13, nomme Coroebos comme le premier architecte ayant travaillé au sanctuaire éleusinien]. — 101 Plut. I. c.

— 102 Sauppe, De inscr. eleusinia , p. 10. C’est celui auquel parait encore se référer Andocide, De myster. 116 ; cf. Sauppe, p. 1 1. [Sur la date de ce décret, Corp. inscr. attic., I, 1, voy. Nebe, Dissert. Phil. Hal. VIII, p. 75 et note 1.] — 103 Corp. inscr. gr. n° 71. — l°4 [Sous Périclès, les Athéniens rappellent à leurs alliés, par un décret,

préméditait peut-être depuis quelque temps. Déjà une première révision du règlement des mystères avait eu lieu après les guerres médiques102, par un décret dont nous possédons une partie103. Ce règlement s’appliquait sans doute à l’installation provisoire résultant des ravages des Perses 10t. L'achèvement du télestérion en appelait nécessairement un nouveau.

Vers la même époque, une race sacerdotale, qui y avait été jusqu’alors étrangère, fut introduite dans les rangs supérieurs du sacerdoce éleusinien. L’ancienne famille des daduques, qui prétendait descendre de Triptolème, s étant éteinte vers 380 av. J.-C., dans la personne du quatrième Hipponicos connu105, on confia l’office de la daduchie, le plus important de tous après celui de l’hiérophante, à la famille des Lycomides, qui avait jusque-là ses propres mystères dans le pastos de Phlya106 [daduchus]. C’est dire que, malgré l’analogie de ces mystères avec ceux d’Éleusis, ils avaient leurs usages, leurs traditions et leurs doctrines propres, qu’ils apportèrent nécessairement avec eux dans leurs nouvelles fonctions et qu’ils introduisirent dans les Éleusinies. Or, les Lycomides se prétendaient dépositaires des hymnes attribués à Pamphos, à Orphée 107 et à Musée ,08, qui depuis lors se chantèrent dans les cérémonies des mysr tères. Ils étaient donc affiliés à l’orphisme, possesseurs d une branche des poésies falsifiées qu’invoquait cette école pour attribuer une haute antiquité à ses doctrines. Il nous semble alors qu’on est en droit de considérer le moment où la daduchie leur fut confiée comme celui même où l’orphisme s’établit avec eux en maître à Eleusis. Et c’est précisément dans la période suivante que Démosthène 109 nomme aux Athéniens Orphée comme le fondateur des mystères d’Ëleusis, à la façon d’un homme qui exprime un fait généralement admis.

Dans le tableau des Éleusinies que nous allons essayer de reconstituer, nous devrons prendre les mystères sous leur forme définitive et dernière, après les innovations orphiques, puisque c’est la seule forme de cette grande institution sur laquelle nous possédions des renseignements assez complets pour permettre d’entreprendre un pareil travail. C’est pour cela que nous avons cru nécessaire d insister ici sur les époques antérieures et de préciser les phases successives qui amenèrent les mystères jusqu’à ce point de leur développement.

Considérés désormais comme l’institution religieuse la plus auguste et la plus sainte de la Grèce, les mystères d’Ëleusis ne subirent plus de modification sérieuse jusqu’à la fin du paganisme. Tout au plus, au temps de Lycurgue, de Démétrius Poliorcète et sous les Romains, ajouta-t-on quelques jours aux jeux gymniques et aux représentations théâtrales qui succédaient aux journées des initiations ,10. La splendeur et la gloire des Éleusinies survécurent à la puissance politique d’Athènes et même à l’indépendance de la Grèce. Les plus illustres des Romains et les empereurs même, comme Hadrien 1,1 , tinrent à honneur de s’y faire initier. [Même après que le carac-

l’obligation d'offrir aux divinités d’Éleusis les prémices du blé et de l’orge (Foucart, Bull, de corr. hell. 1880, p. 230; 1884, p. 202-216). Ce fait indique encore que le milieu du v” siècle vit un remaniement des lois concernant Éleusis. Cette loi subsistait encore au temps de Démosthène et survécut à la décadence politique d’Athènes; plus tard môme l’empereur Hadrien s’en souvint et essaya de la faire revivre (Nebe, Op. I. p. 77).] — 105 Bossler, De gent. attic. sacerd. p. 36. — 106 Plut. Themistocl. 1 ; Origen. (Hippolyt.) Philosophumen. V, 20. — 107 Paus. IX, 27, 2; 30, 6. — *08 Paus.

1, 22, 7 ; IV. 1,5. — 109 In Aristogit. I, p. 772. — 110 A. Mommsen, Beortol. p. 232 et 267 ; [Foucart, Bull. corr. hell. 1884, p. 201.] — 1U [Corp. inscr. attic., III, 900.]

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tère fondamental de l’institution eut disparu, comme le prouve l’exemple typique d’Hadrien unissant le culte funéraire de sa femme Sabine aux cérémonies même des mystères “2, l’aspect extérieur du culte resta presque immuable.] En étudiant les détails de l’organisation des mystères, nous constaterons plusieurs faits qui sont de nature à faire croire qu’en présence des progrès du christianisme et pour les besoins de la lutte avec la religion nouvelle, on réforma certains abus qui s’étaient introduits et que l'on tendit à renforcer l’institution en lui donnant plus de rigueur. Dans la même lutte, le sacerdoce d’Éleusis s’appuya aussi sur le mouvement de la philosophie néoplatonicienne et sur sa tentative de régénération du polythéisme par un nouveau système de doctrines. Aussi voit-on à cette époque plusieurs philosophes de l’école platonicienne élevés à la dignité d’hiérophantes 113.

Les Romains de la fin de la République, comme Appius Claudius Pulcher (voy. plus loin le § V), avaient ajouté par des constructions coûteuses à la splendeur des édifices sacrés d’Eleusis. On fil de même à l’époque impériale. L’incendie du grand temple sous le règne d Antonin le Pieux, attribué aux chrétiens, fut rapidement réparé sous la direction du rhéteur Aristide ,u, qui exécuta des travaux somptueux, au nombre desquels il faut peut-être compter la réédification des Propylées de l’enceinte extérieure113.

La célébration des mystères se continua fort tard. Interrompue momentanément116, à la suite des édits rendus par Jovien contre les cérémonies du paganisme 1”, elle reprit après les constitutions par lesquelles Valens, cherchant à se procurer l’appui des païens contre les catholiques, permit la célébration des mystères, des jeux et des rites de toute sorte se rattachant à l’ancienne religion ,l8. On ne tint aucun compte à Eleusis de l’édit de Théodose prohibant l’exercice du culte païen119 et, malgré cet édit, les mystères furent célébrés encore avec éclat pendant quelque temps. Dans la décomposition de 1 Empire au me siècle, l’hiérophante était devenu le premier magistrat civil d’Éleusis, de même que le professeur public de philosophie fut jusqu’à Justinien celui d Athènes, après la cessation des archontes éponymes. Aussi était-ce un hiérophante qui avait repoussé les Goths d' la ville sacrée1-0, en 269, lors de leur première invasion, quand Athènes fut également sauvée par l’historien Dexippe121.

A la fin du iv° siècle de l’ère chrétienne la famille sacerdotale des Lycomides subsistait encore et se maintenait en possession de la daduchie122 [daddchus]. L’hiérophante qui initia le philosophe Maxime et Eunape, vers le milieu du ive siècle, était un Eumolpide123, mais le dernier de sa race. Après lui on se vit obligé de faire venir de Thespies, pour lui confier cette fonction, un chef des mystères mithriaques 12t, qui n’était plus même Athénien.

sui L “ ; Z i ’ ’ 899 ; Cf- Nebe’ 0p- 1 P- 78-l - 1,3 Vor.su, -tout à ce

su et la no te d Oleanus sur Philostrate (Vit. Sophist. [I, 20), p. 600. - m AristiJ

Eleusm. XIX, 454, p. 422 Diudorf; Schol. ad Aristid. III, p. 308, éd. Diudorf.

•• Lenormant, Recherches archéologiques à Éleusis, p. 47 et s. — 116 Jhid p. 275 et s. 117 Socrat. III, 24; Theodoret. V, 20; Liban. Monod, p. 509; cl' Corn

Theodoret- v’ 21 ; Zosira- 1V- p- 730’ éd- d° p*-- 1,9 c°"-

eod. X\ I, t,t. I, De fide catholica, II ; tit. V, De haéreticis, VI. - 120 Corp insc gr. no 40t. - ,2, Treb.II. Poil. Gallien. 13; Corp. inscr. gr. „• 380. - J'cZ. rT si D° 372 ’ h1' P'euol'maQt’ Xech. archéol. à Éleusis, p. 167. — 123 Eunap

synJ'ZTr l S2’ “j B°isSOnade- - 121 Im ■ - 125 Garrucci, Les mystères du P tiygicti, dans le t. IV des Mélanges d‘ archéol. de Martin et Cahier.

Ce personnage apporta sans doute avec lui les rites auxquels il était attaché jusqu’alors et les installa à Eleusis (voy. ce que nous disons dans le § V de l’existence d’une fosse taurobolique dans le péribole sacré de Déméter). Les Ëleusinies, à ce dernier moment de leur existence, durent quelque peu ressembler à ces mystères syncrétiques révélés par les peintures d’une catacombe non chrétienne de Rome, où la légende éleusinienne de l’enlèvement de Proserpine s’associe au culte de Sabazios et à celui de Mithra126. Mais le nouvel hiérophante n’était pas depuis longtemps en fonctions lorsqu’en 396 Alaric envahit l’Attique avec ses Goths. On sait qu’il épargna Athènes ; mais à Eleusis les moines qui accompagnaient son armée obtinrent de lui la destruction complète des temples et des édifices où se célébraient les mystères 12G. On a retrouvé sous les décombres des grands Propylées les cadavres, reconnaissables à leurs armes, des guerriers goths surpris par l’écroulement de l’édifice 127. Après cette catastrophe, personne n’essaya de faire revivre les Ëleusinies.

II. Les grands et les petits Mystères. — Il y avait deux sortes de mystères de Déméter liés les uns aux autres, chez les Athéniens ; c’est ce qu’on appelait les petits et les grands mystères128, ou abusivement les petites et les grandes Ëleusinies. Ces deux fêtes mystiques correspondaient aux deux époques agricoles principales, mises en rapport avec les moments décisifs de l’histoire mythique des grandes déesses. Les petits mystères se célébraient, de même que les Anthestéries, dans le mois d anthestérion, le mois de la germination printanière, représentée mythiquement par le retour ou ascension (àvcmç) de Proserpine. Les grands mystères ou Ëleusinies proprement dites avaient lieu chaque année129 dans le mois de boédromion130, c’est-à-dire, à peu de chose près, à 1 époque des semailles131 : on y commémorait l’enlèvement de Proserpine et sa descente (xxGoSoç) aux enfers. Déméter, avec sa douleur et la recherche persévérante qu elle avait taite de sa fille, tenait le premier rang dans la fête d automne, tandis qu’à celle du printemps la

dévotion sepréoccupaitparticulièrement de Proserpine132.

Elle y apparaissait comme l’épouse de Dionysos 133, union mystérieuse qui faisait aussi le fond de la fête des Anthestéries [dionysia, p. 238]. Aussi disait-on que les petits mystères appartenaient à Proserpine et les grands à sa mère ; pourtant celle-ci n’était point étrangère à la fête du printemps134.

[Une inscription récemment découverte à Éleusis montre

qu à une certaine époque, probablement au mG siècle avant notre ère, l’usage s’établit de procéder deux fois dans l’année à la cérémonie des petits mystères. On pense que cette modification eut pour but de permettre aux étrangers, qui habitaient loin de l’Attique et qui voulaient se faire initier, de ne faire qu’une fois le \oyage d Athènes, au lieu d’être obligés de venir au

Varchit. ms, p. 13. - 128 [Cf. Nebe, Op. I. p. 94-95 T* Z T 7

, L j ^ jj. aj. laTcço, Avjav (Auo-xqpta, Ta Iv

^ par °pposi,ioa k !*■»*%«, 'ew^v, t* PtIÜ« i 7 ’23 He;0d- VIlr' 63' - ,3° P‘“‘- Al». «. -131 Plu.. Remet,, 26 ; Plut, ap Procl m Hesiod. Op. et d. 389; Guigniaut, Mêm. de VAcad. des W. uouv. sér. XXI,

. ParDP'22 et s--,Éehg. de l'antiq. III, 3» part. p. 1113et s — 132 Schol. ad Aris-

Ü.133s?“l'p : ?ea (Hippolj,‘-) Éhilosophutnen. V, 8, p. 116, éd. Miller,

steph. Byz. s v. Ayç»; Nouu. Dionys. XXVI, 307 ; Guigniaut, Relig. de l’antiq.

delZT P' l 61 S‘ “ B6kker’ AneCd0t >’ P' 326’ - - "Are- [Strube (RU-

dckreis von Eleus.s, p. 50) u'admet pas la séparation des deux déesses dans les myj eres Agrae et il pense que la triade éleusinienne y gardait son unité entière.]

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printemps pour les petits mystères et en automne pour les grands. Dans ce cas, la répétition des petits mystères devait avoir lieu en automne, peu de jours avant la célébration des grandes Éleusinies. Il n’est pas probable que cette double initiation aux petits mystères eut lieu chaque année ; c’était plutôt une sorte de session supplémentaire pour les initiés étrangers ([ni avait lieu périodiquement tous les cinq ans, quand revenait la 7r£VT£Ty]p{ç des Éleusinies 136.]

Preller,3b et Gerhard137, frappés de l’analogie de la donnée religieuse des Anthestéries et des petits mystères [dionysia, p. 239], ont cherché à confondre ces fêtes. Mais une inscription postérieurement découverte 138 a démenti la théorie des deux savants que nous venons de nommer139. Les petits mystères avaient lieu à la fin du mois d’anthestérion, probablement le 20 et le 21 un, tandis que les Anthestéries se célébraient auparavant, du 11 au 13 du même mois141. Les Anthestéries correspondaient aux Thesmophories comme les petits mystères aux Éleusinies ; il y avait là deux groupes parallèles, constituant également la fête de printemps et la fête d’automne, la fête de la végétation et la fête des semailles. D’institution distincte, ces deux groupes représentaient à l’origine l’indépendance réciproque du culte de Déméter à Athènes et du même culte à Eleusis, au temps où les deux cités étaient religieusement et politiquement séparées142.

Les petits mystères avaient pour théâtre la localité d’Agra ouAgrae143, sorte de faubourg d’Athènes, situé audelà de l’Ilissus, tout auprès de la fontaine Callirhoé 144. On y voyait un temple de Déméter et de Perséphoné, et un autre de Triptolème 145, lequel subsista jusqu’au temps de Stuart146. Le nom d’Agra, donné à la colline qui dominait toute la localité et s’appelait d’abord Hélicon 147 semble, d’après la forme habituellement employée

pour désigner les petits mystères (xà Iv ’Aypotç, forme analogue à celle que prend quelquefois la dénomination même du lieu, xb x/;ç '’Aypaç), provenir de l’appellation d’une

divinité; et en effet nous savons qu’Artémis Agraea ou Agrotera avait là son sanctuaire 148, tout comme Poséidon Héliconios y avait son autel149. C’est exactement la même association de dieux et de cultes que nous retrouverons à Eleusis (voy. le § V). Au reste, la situation du temple de Déméter à Agrae était semblable à celle du temple Ëleusinien 1S0, et il semble que l’on ait cherché en cet endroit à créer une petite Eleusis suburbaine, copiant celle où se célébraient les grandes initiations. Le nom de Phéréphatta était spécialement donné à Proserpine

dans le culte d’Agrae151,

comme celui de Coré à la

déesse d’Eleusis. Aussi le prêtre du principal temple d Agrae est-il appelé t£p£Ù; Av5p.r)xpoç xal «bsppEœdxxï); sur son siège d’honneur au théâtre de Bacchus162.

Hercule, racontait la tradition, se présenta un jour à Athènes pour être initié aux Éleusinies; mais à cette époque la coutume était de ne point y admettre d’étrangers. Les Athéniens, ne voulant pas éconduire leur bienfaiteur, imaginèrent les petits mystères, qui pouvaient être conférés à tout le monde153. [C’est le sujet de la peinture d’un vase trouvé en Crimée (flg. 2630) : on y voit le héros reçu par les principales divinités du mythe Ëleusinien, Déméter, Coré avec sa torche et le petit Iacchos tenant une corne d’abondance, par assimilation avec le dieu nXouxwv dont nous avons parlé plus haut, Triptolème et Dionysos, puis Aphrodite avec Ëros à ses pieds, que la religion du IVe siècle adjoint par habitude à Dionysos et qui s’introduit

même officielle -

ment parmi les divinités Éleusiniennes, enfin une figure de femme assise qui est peut-être Peitho, puis le da- Ducausdeboutet tenant deux torches enflammées154. Les Dioscures [dioscuri] furent comme Hercule initiés aux mystères d’Agrae 1B5.] On pourrait conclure de ces légendes que les mystères d’Agrae étaient, dans l’origine, destinés aux étrangers plutôt qu’aux nationaux 156. Mais plus tard ils furent considérés comme une purification et une consécration préalable qui préparait aux grands mystères, comme un premier degré d’initiation 157. Quand

Initiation d Hercule aux Mystères d’Agrae.

135 [ Éphéméris archéol. 1887, p. 185-186 (Philios).] — 136 Demeter und Persephone, p. 121, 229 et 390; art. Eleusinia dans la Beal-Encyclopaedie de Pauly, p. 94 et s. — 137 Ueber die Anthesterien , p. 192. — 138 ’Etciy?. ‘EU-qv. àvt'xâo-roi, 2e série, fasc. 1, n° 3. — 139 F. Lenormant, Rech. archéol. à Éleusis, p. 67. — 140 A. Mommsen, HeortoL p. 373-377. [On n’est pas sûr de la date du jour; cf. Foucart, Bull. corr. hell. 1883, p. 394, note l.J — 1*1 A. Mommsen, Op. I. p. 345. — 142 [O. Boetticher et A. Nebe, Dissertât iones Halenses philolog. VIII, p. 74, note 2, rapportent la fondation des Petits Mystères à l’époque où Athènes soumit Éleusis. Cf. Strube, Bilderkreis von Eleusis , p. 51.] — 143 Plut. Demeir. 26; Clitodem. ap. C. Millier, Fragm. hist. gr. I, p. 359; Dionvs. Perieg. 424; Ilinier. ap. Phot. Bibliolh. p. 1119; Steph. Byz. s. v. "Aypa ; Eustath. ad Homer. lliad. B, 852, p. 361 ; Polyaen. V, 17. — 144 Leake, Topogr. of Àlhens , 2e éd. p. 250. — 145 Paus. I, 14, 1 ; cf. Suid. Hesych. et Etym. magn. s. v. "Aypa. [Ûn a contesté l’exactitude de la mention faite par Pausanias et on a même

prétendu que le temple d’Agrae n'a pas existé, attendu qu’il n’est nommé dans aucun autre auteur ni dans aucun texte épigraphique. Cf. l’opinion de Ungcr et Nebe dans les Dissertationes Halenses philolog. 1887, VIII, p. 74, note 2.] 146 Antiq. of Athens , ï, n. — 147 Clitod. ap. C. Ai ü lier, Fragm. histor. gr.

I» p. 359. — 148 Bekker, Anecd. I, p. 326. — 149 Clitod. I. c. — 150 A. Momm¬

sen, Beortol. p. 378. — 151 Forchammer, Kiel. Stud. p. 362; A. Mommsen, J* c. — 152 ‘EpY)(A. àp /. 1862, n® 139. — 153 Sehol. ad Aristoph. Plut. 1014.

— 154 [ Atlas du compte rendu de Saint-Pétersbourg, 1859, pl. 2; Strube, Op. /.

p. 54.] — 155 [Panofka, Collection Pourtalès , pl. 16; Strube, Op. I , p. 51, 55.]

— 156 K. F. Hermann, Lehrb. der gotterd. Alterth. 2e éd. p. 398 ; [Nebe, Dissert. Halenses philol., p. 73; Strube, Bilderkreis von Eleusis , p. 50-51.] — 157 Clem. Alex. Stromat. I, p. 325, éd. Potter, avec la note 2; cf. p. 564; Sehol. ad Aristoph. Plut. 846; Sehol. ad Plat. Gorg. p. 289, éd. Bekker; Philoophum ., V, S, p. 164 Schneidewiu.

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Démétrius Poliorcète arriva à Athènes, il demanda d’être admis aux Ëleusinies et de recevoir d’un seul coup l’initiation entière, depuis les petits mystères jusqu’à l’époptie, ce qui était doublement contraire aux règlements sacrés, d abord parce qu’on n’était à l’époque des fêtes ni d’Agrae ni d’Éleusis, puis, ajoute Plutarque, « parce que, les petits mystères se célébrant en anthestérion, les grands en boédromion, l’époptie ne pouvait avoir lieu qu’un an au moins après l’initiation aux grands mystères 158 ». La basse flatterie des Athéniens, malgré l’opposition du daduque Pythodore, donna satisfaction au désir de Démétrius, en attribuant successivement au même mois, celui de munychion, les noms d anthestenon et de boedronnon. « Cette exception, remarque à juste titre Guigniaut ’89, et bien d’autres qui suivirent, au temps des Romains, ne font que prouver l’existence de la règle antique, par sa violation même, dans la décadence des institutions politiques et religieuses d Athènes. » L usage n’en subsista pas moins pour le plus grand nombre, et même à l’état de règle générale, de ne se présenter à l’initiation des Éleusinies du mois de boédromion qu’après avoir passé par les petits mystères d’anthestérion 16°. C’est pour cela que, dès le début de la tête, dans les journées préparatoires elles-mêmes, le candidat à l’initiation d’Ëleusis

était appelé myslès ; il était déjà un initié par la vertu des cérémonies d’Agrae’6’.

Un ne sait rien de précis, comme l’a dit Guigniaut162, sur les rites et les cérémonies dont se composaient les petits mystères et c’est fort arbitrairement 163 que Sainte- Croix en a tracé le tableau. Il est fait mention seulement, d une manière positive, d’une purification ou lustration accomplie sur les bords de l’Ilissus <6t. [M. Yisconti a cru en retrouver l’image sur un bas-relief recueilli dans les jardins de Salluste ; il représente une femme vêtue que paraissent plonger dans un bain deux autres femmes’ 65 ; mais le sens de cette sculpture est douteux.] Preller a conjecturé ’66 que la fête était du genre orgiastique et mimique ’67, comme les fêtes dionysiaques en général qu elle se célébrait en partie la nuit, et qu’enpartie aussi elle se rapportait au culte des morts168, ce qui larapprocrierait d autant plus des Anthestéries.

Il, est certain que l’initié rapportait des mystères 1 giae un certain bagage de science religieuse, qui le mettait en état de comprendre les symboles et les spectacles qui plus tard se déroulaient sous ses yeux dans les grandes Ëleusinies ’69. Mais comment se donnait cet enseignement? Résultait-il uniquement des formules symboliques prononcées à certains moments de la fête par les ministres du culte, acteurs du drame mimique comme cela avait aussi lieu dans les grands mystères? u bien proVenait-il des communications particulières ai tes au myste par le mystagogue qui le dirigeait

158 Plut. Demetr. 26 : Harpocr si,- & •

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[mystagogus] ? C’est ce que l’on ignore absolument et ce qui ne sera probablement jamais éclairci. [On pourrait supposer que cet enseignement préliminaire portait simplement sur les divers épisodes du mythe de Déméter et de sa fille Coré. Les candidats à l’initiation étant très souvent des illettrés, des gens du peuple, il était naturel qu on les mît d’abord au courant du drame sacré, afin que la vue même des mystères, dans la dernière phase de l’époptie, fût compréhensible à leur intelligence et éveillât en eux des émotions religieuses, capables de iaire naître ensuite des réflexions intimes et morales.] Le passage de Plutarque sur Démétrius Poliocrète, que nous citions tout à l’heure, établit qu’outre les petits mystères d’Agrae, il y avait, à Ëleusis même, dans les grands mystères, deux degrés d’initiation, qui ne pouvaient être reçus qu'à un au d’intervalle I7°. Ce second degré constituait ce qu on appelait ïépoptie, inonnîo:, ETto|{a, ou l’autopsie, «àzoÿia Nul doute qu’à cette gradation si bien établie ne correspondît une sucession de rites, de pratiques, d’instructions et de révélations quelconques, tendant de plus en plus vers ce but élevé, vers cette sorte de perfection religieuse qui est l’idée même de la teXêtt], mot qui exprime à la fois l’ensemble des mystères et le dernier résultat de l’initiation m. Il est surtout positif que l’époptie consistait dans un spectacle particulier, dans une partie du drame mystique, représentée sans doute pendant une nuit spéciale où les mythes du premier degré n’étaient pas admis173.

Il va sans dire que tous ceux qui se faisaient initier aux petits mystères n’étaient pas nécessairement initiés aux grands, et que l’initiation à ceux-ci n’entraînait pas non plus, de toute nécessité, la seconde initiation owxspa fnW7\ qui était l’époptie. Beaucoup la négligeaient ou ne l’attendaient point; beaucoup aussi ne la recevaient que tardivement, après des formalités et des delais prescrits dans certains cas et qui dépendaient plus ou moins des prêtres d’Ëleusis. C’est ce que signifient les expressions de Plutarque178, « après un an au moins » (jouXaytixov evtautov SiaXtirovreç). Quand Tertullien parle du qumquennium 176, il semble bien, quoique Lobeck rejette ce témoignage 177, qu’il fasse allusion à un stage imposé aux initiés d’Ëleusis avant d’atteindre le dernier degré de 1 époplie ,78. °

'paiements des mystères. — La hiérarchie sacerdotale attachée au sanctuaire d’Ëleusis et à la célébration des mystères était fort nombreuse Des articles spéciaux du Dictionnaire sont consacrés à chacun des prêtres qu elle comprenait. Nous nous contenterons mi de présenter une sorte de tableau d’ensemble, sans entier dans le détail de chaque fonction

Au sommet de la hiérarchie nous trouvons d’abord eux séries parallèles de prêtres et de prêtresses 179 qui ne s occupaient pas spécialement des initiés de ’leur

Apoll. Tyan. IV, 18, .56) comme une allusion à „n stage 2 „ (™'

aurai! imposé au célèbre thaumaturge venu à Athènes vers i l sTde qUW

pour être reçu aux mystères. L'hiérophante ayant refusé de^'nd „ suspect de magie, le prophète annonçaqu'il serait initié L ' ^me,lre comra« dont il dit le nom et qui fut en effet en eh par U“ au,re hiérophante

de période de noviciat’ouSiaut c«e 'Z 11 a P« U

rïaOS,/'^!^emei'ne RtleHc^°Pae^tc de^Ersch* et°Gruber^^278)*d^r

grands mystères n'auraient peut-être été célébrés à l'o apreS ‘aqUelie

comme , es Panathénées et plusieurs autre."?^^^” V" ^ a“S’ qu a 1 epoque classique les grands mystères avaient ]' ? & . qU‘ Certa‘°’ C'est

l’avons dit d'après un texte formel d’Hérodote (.VIII , ™ C°mrae n°“8

archéol. àEleusis, p. 191, 1 ’ 0:U-J — 1,8 h. Lenormant, Hech.

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propre sexe, mais dont l’office s'appliquait à la généralité de l’initiation des hommes et des femmes :

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