PRÊTRESSES
Hiérophantis.
Daduque féminin, dont on ignore le titre précis, probablement ^ SaSo vyoc.
(sans correspondant féminin).
Hiéreia tès Dêmêtros ou prêtresse éponyme.
Ces ministres supérieurs étaient choisis dans des familles déterminées d’Eupatrides ou de noblesse sacrée, I’hiérophantès dans celle des Eumolpides, I’uiérophantis probablement dans la même ou dans celle des Phillides. Les daduques [daduchus] appartenaient d’abord à une race qui prétendait descendre de Triptolème et dont les membres s’appelaient en général Callias et Hipponicos; à l’extinction de cette famille, ce fut celle des Lycomides qui reçut l’office de la daduchie. L’hiérokéryx se prenait dans le sang des Kérykés, la prêtresse éponyme primitivement chez les Phillides et ensuite chez les Eumolpides. [Elle représentait peut-être le culte plus ancien et avait droit d’offrir certains sacrifices à l’exclusion de l’hiérophante180. La famille qui fournissait ïépibomios serait celle des Kérykès, d’après M. Dittenberger181.]
Les ministres inférieurs se recrutaient aussi généralement parmi les membres des trois grandes races attachées spécialement au culte d’Éleusis et faisant remonter leur origine aux fondateurs des mystères ou aux héros autochthones qui avaient accueilli Déméteret reçu d’elle la révélation des rites secrets. On les connaît presque tous. L’iacchagogos, la kourotropiios et le daeiritês ou la daeiritis figuraient spécialement dans la pompe d’Iacchos. Le liicnophoros portait le van mystique ou le kernos. Les uydranoi purifiaient les candidats à l’initiation dans les lustrations par lesquelles commençait la fête. Les spondophoroi proclamaient la trêve sacrée qui devait permettre la paisible célébration des mystères. Les pyrphoroi apportaient et entretenaient le feu poulies sacrifices. Le uiéraulês jouait de la flûte pendant ces sacrifices et était le chef de la musique sacrée; il avait sous ses ordres les hymnodoi et les hymnêlriai. Les néokoroi entretenaient les temples et les autels, les phaidryntai les statues des divinités.
Les panageis formaient une classe à part, intermédiaire entre les ministres proprement dits du culte et les initiés ; ils avaient aussi un rôle actif dans la cérémonie. Enfin l’on comptait comme investis d’un véritable office religieux les myêthentes apji’hestias ou « initiés de l’autel » de chaque année, enfants choisis par la voie du sort dans les familles d’Eupatrides, qui accomplissaient certains rites expiatoires au nom et à la place de tous les autres initiés.
Les hiéropoioi officiels de la république athénienne,
chargés aussi de figurer dans d’autres cérémonies religieuses, avaient leur place dans les Éleusinies. [Les îEpotîoioI èy p-.uXîjç représentent le conseil des Cinq-Cents; ils perçoivent les prémices de blé et d’orge, achètent les victimes pour le sacrifice et veillent à la consécration des offrandes; ils étaient au nombre de dix182. Les inscriptions nomment aussi des UpoTtotol oî ’EXsuaivoflev ou ’EXeudivtojv. Étaient-ils pris parmi les habitants d’Éleusis, en vertu du contrat fort ancien d’après lequel, après la soumission de leur ville à Athènes, les Ëleusiniens stipulèrent qu’ils resteraient maîtres des initiations? Ou bien sont-ils les représentants officiels de la cité athénienne déléguée à Éleusis? La question est encore discutée183. Les ’E^tîtarai ’EXfUfrtvôOev semblent avoir succédé aux hiéropes pour remplir des fonctions analogues 1S4.]
La direction de toute la fête, au double point de vue de la police et de l’administration financière, appartenait à l’Archonte-Roi [archontes] 18C. C’était un dernier vestige de l’ancienne autorité religieuse des rois dans la célébration des mystères, autorité qui devait, du reste, être encore plus étendue et présenter un certain caractère sacerdotal. On en peut juger par le privilège que les Nélides et les Androclides, descendants des anciens rois d’Athènes, gardèrent sur le culte de Déméter à Ëphèse180 et sans doute aussi dans d’autres colonies ioniennes. Pour la gestion financière des fonds des Éleusinies, dans laquelle il avait à intervenir187, l’Archonte- Roi était assisté de quatre épimélêtai tôn mystêriôn élus par le peuple, un parmi les Eumolpides, un parmi les Kérykès et les deux autres sur l’ensemble des citoyens d’Athènes188. Ces épimélètes s’occupaient aussi des sacrifices189. Pour la police, l’Archonte la dirigeait exclusivement lui-même, avec l’aide de son parèdre190. Les Kérykès servaient d’agents sous sa direction 191 .
Les délits commis pendant la célébration des mystères, les contraventions aux règlements et même les accusations d’impiété touchant aux mystères, étaient déférés par l’Archonte-Roi au jugement des Eumolpides et des Kérykès constitués en iiiéra gérousia ou Sénat sacré 192. Pour les accusations d’une nature particulièrement grave, après un premier examen par cette juridiction, elles étaient ensuite portées par l’Archonte-Roi devant le Sénat des Cinq-Cents 193 [boule] ou dénoncées à cette assemblée par les ministres supérieurs du culte194. En vertu d’une loi de Solon, le Sénat athénien s’assemblait chaque année le lendemain du dernier jour des mystères, dans l’Éleusinion d’Athènes193, pour entendre le rapport de l’Archonte-Roi sur la manière dont la fête avait été célébrée et juger les affaires de contravention ou d’impiété qu’il pouvait avoir à soumettre à ce grand corps190. Enfin, quand les accusations étaient de
180 [Foucart, Bull, de corr. hell. 1889, p. 456.] —<81 [ Syllog . mscr.gr. p. 563, note 19.] — (182 Foucart, Bull. corr. hell. 1884, p. 205-206.] —[183 Voy. Foucart, Bull, de corr. Iiellén. 1880, p. 233, combattu par Nebc, Dissert. Bal. philolog. VIII, p. 114 et s., 125-131, et par Dittenberger, Sylloge insr. gr. 13, note 4. Cf. Doerner, De Graecorum sacrificulis qui îepoitoiot dicuntur ( 1885), et Schoil dans les Silzungberichte der bayer. Akad ., ( Philolog . hist. Classe , Munich, 1887).] — 184 [Nebe, Op. I. p. 136-139.] — 185 Lys. Contr. Andocid. p. 103; Andoeid. De Myst. 111. [Les testes et les inscriptions sur le rôle de ce magistrat dans les fêtes d’Éleusis sont réunis par Nebe, Dissert. Bal. philol. VIH, P- 1 1 ' et s. Voy. aussi Hauvette-Besnault, De archonte rege. p. 53 et s.; Foucart, Bull. corr. hell. 1889, p. 441], — 188 Strab. XIV, p. 633. — 187 [Cf. Nebe, Op. I. p. 118. Sur les revenus et les dépenses du Trésor sacré, id. p. 132-136.]
— 188 Demosth. Contr. Mid. p. 570; Harpocr. Suid. et Etym. Magn. s. ». ; Lenormant, Rech. archéol. à Éleusis, inscr, n* 1 . [Cf. Nebe, Op. I. p. 121-125.]
— 189 [Dittenberger, Sylloge user. gr. 374, note 6, 386.] — 199 Pollux, Onom.
VIII, 9, 92. — 191 F- Lenormant, Recherches , inscr. n° 26. Sur les Kérykès, voy. une étude de M. Dittenberger dans l 'Hermès, XX (1885), p. 1-40. — 192 Demosth. Contr. Androt. p. 601 ; cf. Meier, Att. Prozess. p. 117. [Cf. Nebe, Op. I. p. H8; Foucart, Bull. corr. hell. 1889, p. 441. D’après M. Curtius ( Athen und Eleusis dans la Deutsche Rundschau, XXXIX, 1884, p. 202-203), cette réunion des Ëumolp.idcs et des Kérykès aurait formé un çonseil sacré, unique organe de la commune cleusinienne. M. Haussoullier (Le dème d' Éleusis , p 5-7) combat cette opinion et établit une distinction essentielle entre l’assemblée des démotes ëleusiniens, convoquée par le démarque et traitant des affaires du dème, et l’assemblée des deux févr, jouissant de privilèges religieux, Eumolpides et Kérykès : cette dernière réunion avait lieu rarement, au lendemain des grandes fêtes, et jugeait des affaires concernant la cérémonie sacrée.] — 193 Demosth. Contr. Androt. p. 601 ; Ulpien. Schol. a. h. I. p. 208, éd. Wolf. — 194 Andocid. De myster. 110-116. [Cf. Foucart, Bullde corr. hell. 1880, p. 245.] —[195 Foucart, Bull. corr. hell. 1889, p. 439, alfuiro concernant la terre sacrée de l’Orgas.] — 196 Anuocid. De myster. HL
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nature à entraîner la peine capitale, le jugement en dernier ressort était réservé aux tribunaux héliastiques 197 [dikastai]. Mais s’il y avait flagrant délit d’impiété ou de profanation pendant la cérémonie même, le coupable, aussitôt arrêté, pouvait être conduit devant la réunion des Eumolpides et des Kérykès, jugé séance tenante et exécuté immédiatement sans appel I98.
La peine de mort était portée contre toute profanation des mystères. Les biens des condamnés étaient en outre confisqués199. La plus fameuse affaire de ce genre fut celle d’Alcibiade et d’Andocide. Ils se virent, à la suite du scandale du bris des Hermès, accusés avec un certain nombre de citoyens d’avoir, en état d’ivresse, parodié les mystères 200. Alcibiade aurait joué le rôle de l'hiérophante, en revêtant son costume. Suivant d’autres, c’est Andocide qui aurait tenu ce rôle, Polytion celui de daduque201, Théodore de Phégée celui d’hiérokéryx, tandis que les autres convives représentaient les mystes et les époptes 202. Alcibiade succomba sous cette terrible accusation et fut condamné à mort par contumace 203 ; les prêtres d’Ëleusis prononcèrent contre le contumax leurs imprécations solennelles. Conformément à l’usage, ils secouèrent, en se tournant vers le couchant, leurs robes teintes de pourpre204, en même temps qu’ils lançaient les paroles de malédiction. L’anathème fut gravé sur une stèle de marbre qu’on érigea dans Athènes 20S.
La loi athénienne avait pris soin, du reste, que des accusations d’une nature aussi grave et entraînant d aussi fatales conséquences ne pussent pas être intentées à la légère , elle frappait d atimia le dénonciateur qui n obtenait pas au moins le cinquième des suffrages des juges en faveur de son accusation 206. De plus, considéré lui-même comme ayant commis un acte d’impiété envers les grandes déesses, il lui était interdit d’entrer désormais dans leur sanctuaire mystique; il pouvait être mis à mort si on l’y surprenait. Ces dispositions étaient aggravées par la sévérité des prêtres, dont la vigilance épiait toute tentative de profanation sur ces mystères"07. Diagoras, que l’on accusait d’avoir révélé les mystères de Samothrace 208, qui raillait la sainteté de ceux d’Eleusis, de manière à détourner de 1 initiation "03, et qui avait tenu des propos particulièrement outrageants sur Iacchos 2l°, vit sa tête mise à prix par un décret spécial, gravé sur une table de bronze, lequel promettait un talent de récompense à son meurtrier, et deux à celui qui l’amènerait vivant211.
Un peu plus tard, 1 hiérophante Eurymédon porta contre Aristote une accusation d’impiété, pour avoir fait en l’honneur de sa femme un sacrifice funéraire avec les cérémonies usitées dans le culte de Déméter Éleusinienne212. En 200 avant J.-C., le Sénat de Romeaccueillait encore, comme un prétexte suffisant pour faire la guerre à Philippe V, la plainte des Athéniens contre le roi de Macédoine, qui voulait les punir d’avoir appliqué la loi rigoureusement à deux jeunes Acarnaniens cou¬
pables d’avoir pénétré, sans être initiés, dans le sanctuaire d’Eleusis 213. Mais c’était déjà un scandale pour les autres Grecs que ce règlement implacable, et l’on ne trouve pas que depuis lors il ait reçu d’application. Les mœurs réprouvant désormais la rigueur des condamnations pour impiété, elles tombèrent complètement en désuétude, et les lois au nom desquelles on les prononçait jadis ne furent plus qu’un thème pour les exercices de rhétorique dans les écoles214. Au temps de l’empire romain, il n’y eut pas de pénalité judiciaire pour cet eunuque fanatique d’épicuréisme qui, voulant prouver que les dieux n’existaient pas, pénétra en blasphémant jusque dans la partie du sanctuaire où l’hiérophante avait seul le droit de se tenir; d’après le récit d’Ëlien, contemporain du fait, on vit seulement un châtiment divin dans la maladie qui frappa ensuite ce personnage215.
Les simples délits portant atteinte au bon ordre de la cérémonie, les infractions aux règlements de police étaient passibles de fortes amendes. Ainsi les femmes riches d'Athènes avaient pris l’habitude de se faire conduire à Eleusis sur des chars à deux chevaux pour assistera la partie publique de la fête; quelques-unes faisaient scandale en cherchant à se dépasser et en s’injuriant mutuellement 21°. L'orateur Lycurgue, voulant y mettre un terme, fit passer un décret qui défendait aux femmes de se servir de chars dans les Ëleusinies, sous peine de 6000 drachmes d’amende; sa propre femme ayanl la première enfreint le décret, en sus du payement de 1 amende il donna lui-même un talent au dénonciateur 217. Le second procès d Andocide souleva la question de savoir si le fait de s’être présenté à la porte de l’Anactoron d’Ëleusis ou de l’Éleusinion d’Athènes avec un rameau de suppliant, pendant la durée des mystères, constituait, comme le prétendait le daduque Callias, un crime d’impiété emportant la peine de mort, ou bien, comme répliquait Céphale, un simple délit de police’ puni de mille drachmes d’amende218. Le tribunal saisi de l’affaire la décida en faveur de Céphale.
Dans tous les procès relatifs aux mystères d’Ëleusis, les tribunaux, même ceux des Héliastes, ne jugeaient pas seulement d’après les lois écrites de la République, mais aussi d’après des lois non écrites et traditionnelles qui constituaient la jurisprudence sacrée du sacerdoce d Eleusis "l0; ces xctrpia EùgoXitiSSjv furent plus tard consignés par écrit et Cicéron demandait à Atticus de lui en envoyer une copie d'Athènes 220. [Les Eumolpides avaient seuls le droit d’interpréter les lois sacrées d’Ëleusis, à l’exclusion de toutes les autres familles sacerdotales,’ meme des Kérykès 221]. Aussi la hiéra GÉRousiA.par son jugement en premier ressort de toutes les affaires de ce genre, faisait-elle en réalité une véritable instruction qui définissait la nature du crime ou du délit. De plus quand le procès arrivait devant les tribunaux de droit commun, les ministres supérieurs d’Ëleusis intervenaient avec un rôle analogue à celui du ministère public et dis-
M7 Voy. Sainte-Croix, Recherches sur les mystères., 2» éd. t. I, p. 2ô2.
X- ^yS'’ Cnntr ' Andocid. P- 108 (54); Tit. Liv. XXXI, 14. —139 p|ut abmd. 22. 200 Thucyd. VI, 28, 29, 60, 61; Maxim. Tyr. Dissert. XXXIX
‘.ot rT'n °e m’JSler ■ *2’ 13 ; Isocrat- De bi°- T' 348 1 Plut- Alcibiad. 212.’ Pi * jl\Pausan- I. 2, 4. — 202 Plut. Alcib. 19-22. — 203 Thucyd. VI, 61ut. Alcib. 22; Diod. Sic. XIII, 5; Corn. Nep. Alcib. 4; Justin. V, 1; cf! ' HeUenic- t, 4; Isocr. I. c. — 204 Lys. Contr. Andocid. p. 107 (51). - rn i,0,ra' Nep' Akib' 4' — 206 Andocid- De myster. 33. — 207 Thucyd. VI, 53. Atheuag. Lcg. 5 ; Lys. Contr. Andocid. 17, p. 103. — 209 Schoi. ad Aristoph.
Au.I073 2i0Anstoph./îau. 320.-211 Aristoph. Au. 1072-74 ; Schoi. a. h. I. ■ Lys Contr Andocid. 18 ; Joseph. Contr. Ap. 11,37; Suid. s. t,. A,„ïdfa;. 212 Dioeen
IMcr d V / 6t 5' “ 2'3 Tit’ UV’ XXXI' **■ - 2,1 Ch. Lenormant, Mém de
10 n i9i r» “T ’ 1M part" p- 362 et s- - 2,5 Aelian- *><*>».
L S h j Hercher; Suid. s. „. •I.çoyi.x,,, thrffc.,. - *U Aristoph. Plut ’xffl O pseudo-PIut. Vit. dec. 0 rat. Vil, 14-15; Aelian. Par.
^ 2,9 , ’ r t aT 7 ’ ld' P- 56S- ~ 218 Andocid. De myster. 110.
^s- Contr- Audood. 10; Plut. Alcib. 22. 220 Cic. Epist. ad Attic. I 9 - [Andocid. De myster. 116. Cf. Foucart, Bull, de corr.hell. 1880, p. 239.] '
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iinct de celui de 1 accusateur, pour réclamer l'application de la loi 222 ; c’est de cette façon que l’hiérophante intervint dans le procès des Hermocopides etledaduque dans le second procès d’Andocide. Quand les circonstances de 1 affaire auraient pu entraîner quelque révélation de nature à porter atteinte au secret des mystères, au lieu de donner le jugement en dernier ressort aux tribunaux héliastiques, on constituait des commissions spéciales, exclusivement composées d’initiés 223. [S’il s’agissait d’ordonnances (auYYpotçai) destinées à régler certains détails du culte ou à remettre en vigueur des usages tombés en désuétude, on nommait des commissaires spéciaux (<Tuydont le pouvoir était borné à la présentation d'un règlement sur un point déterminé22*. En certains cas plus graves, comme des litiges avec les peuples voisins, des invasions du territoire sacré, on avait recours au tribunal suprême, l’Aréopage 225.]
La jurisprudence traditionnelle d’Eleusis n’embrassait pas seulement les matières criminelles. Toutes les questions de droit touchant au service divin des mystères et aux devoirs, soit de l’Etat, soit des particuliers à cet égard, étaient jugées par la hiéra gérousia 226. De plus, on choisissait parmi les Eumolpides un exégète qui avait pour office de donner dans les cas ordinaires, sur les questions tranchées par cette jurisprudence, des décisions analogues aux responsa des jurisconsultes romains 221 [exégétês],
La hiéra gérousia jugeait aussi les questions d’état civil concernant les membres des familles sacerdotales éleusiniennes. Quand la phratrie à laquelle appartenait le daduque Callias eut refusé d’inscrire l’enfant qu’il avait eu de Chrysiade, ce fut ce Sénat sacré qui, sur l’appel de Callias, l’admit à jurer que ce fils était bien le sien 228.
Ce n’est pas, du reste, devant cette juridiction spéciale, mais devant l’assemblée du peuple et devant les tribunaux publics, que les titulaires des fonctions même les plus élevées de la hiérarchie sacrée d’Eleusis, ainsi que tous les membres des familles attachées à ce culte, Eumolpides, Kérykès et autres, étaient responsables de l’exercice de leurs fonctions sacerdotales et des actes irréguliers qu’ils pouvaient y commettre 229, en sorte que, suivant la remarque d’Ottfried Muller, les tribunaux populaires pouvaient décider en dernier ressort sur l’observation des rites d’Eleusis 230.
Mais l’ordre et le rituel des mystères, dans leur partie publique aussi bien que dans leur partie secrète, n’étaient livrés ni à la volonté mobile du peuple athénien ni au caprice des prêtres. Il existait des livres où se trouvaient consignées les règles à suivre dans ces cérémonies, livres dont la lecture n’était, comme de raison, permise qu’aux seuls initiés231. C’est vraisemblable-
222 [Cf. Foucart, Bull , de corr. hell. 1889, p. 440.] — 223 Andocid. De myster.
29 et 31 ; voy. Meier, Alt. Prozess. p. 66 et 133. — 224 [Foucart, Bull, de corr. hell. 1880, p. 248-253.] — 225 [Ibid. 1889, p. 439, 442.] — 226 Lys. Contr. Andocid. 54. — 227 Pseudo-Plut. Vit. dec. oral. VII, 30, p. 843 ; Corp. inscr. (jr. n° 392; [Foucart, Bull. corr. hell. 1883, p. 401; Dittenberger, Sylloge inscr. gr. 347, note 5.] — 228 Andocid. De myster. 126. — 229 Aeschin. Contr. Ctesiph. 18; Demosth. Contr. Neaer. p. 1384 et s. [Cf. Foucart, Bull, de corr. hell. 1880, p. 234.] — [230 D’après Nebe ( op . cit. p. 114-117) la part laissée au pouvoir des Eumolpides éleusiniens serait toute superficielle et décorative; en réalité, le peuple athénien avait main mise sur l’ensemble du culte et contrôlait les moindres détails.] — 231 Galen. De simpl. medic. VII, 1 ; voy. Maury, Histoire des religions de la Grèce , t. II, p. 337. — 232 Fabricius, Diblioth. graec. éd. Harles. t. III p. 553. — 233 Schol. ad Aristoph. Plut. 846; Av. 1073. — 234 Clem. Alex. Protrept. V, p. 56, éd. Potter. — 235 Strab. X, p. 472. — 236 Suid. s. v. SwTd^tjç.
— 237 Clem. Alex. Stromat. IV, 19, p. 619, éd. Potter; Suid. s. v. ’AçiyvJyir\.
ment dans ces livres qu’avaient puisé les auteurs qui écrivirent sur les mystères, quand la prescription du secret ne fut plus observée avec la rigueur primitive. Cléanthe 232 et Mélanthios 233 composèrent des ouvrages sur les mystères en général; Icésius23*, Démétrius de Scepsis 235 et Sotade d’Athènes 236 en avaient rédigé d analogues; Arignoté de Samos, pythagoricienne célèbre, avait écrit des traités spéciaux sur le culte mystique de Dionysos et de Déméter 237 ; enfin, sous le nom d’Eumolpe, les Orphiques publièrent un livre de prescriptions pour les Ëleusinies, qui n’avait pas moins de trois mille vers 238. Ce fut, du reste, sous l’influence de cette secte, que les rites de l’initiation commencèrent à être entourés d’un secret moins impénétrable.
Il est d’ailleurs probable qu’outre les livres secrets développant toutes les prescriptions de la liturgie mystique, il y avait à Eleusis un règlement sommaire des mystères, placé dans les enceintes sacrées à portée du regard des candidats à l’initiation, soit écrit sur une tablette, comme celle qu’on voyait à la porte du temple de Despoiné à Acacésion en Arcadie 239, soit gravé sur une stèle de pierre, comme le pélroma de Phénée2*0, ou comme 1 inscription que l’on a retrouvée à Andania en Messénio241.
IV. Les initiés et leurs obligations. — L’initiation d Eleusis était accessible aux femmes comme aux hommes. Originairement elle constituait un privilège exclusif des citoyens d’Athènes ; à l’époque de la guerre du Péloponnèse, elle était regardée comme un acte religieux presque obligatoire 242. Les étrangers et les enfants illégitimes, que leur naissance privait des droits civiques, étaient rigoureusement exclus des mystères 243. Il fallait donc qu’un individu né hors de l’Attique se fît adopter par un Athénien pour être admis à l’initiation 244, et la légende mythologique racontait qu’Hercule et les Dioscures setaient soumis à cette formalité 24S. La naturalisation produisait le même effet, et l’on prétend quelle fut accordée à Hippocrate 246 et à Anacharsis 247 pour leur permettre de se présenter aux mystères. Plus tard, la rigueur de ces préceptes se relâcha dans la pratique. La loi d’exclusion des étrangers, qu’on faisait remonter à Eumolpe 24S, fut toujours maintenue 249, mais on l’entendit comme faisant de l’initiation un privilège, non plus exclusivement attique, mais hellénique. L’exclusion des étrangers fut celle des barbares en général 260 et de plus, à la suite des guerres médiques, on en prononça une spéciale, et plus absolue encore, contre les Mèdes et les Perses251. Tous les Grecs étrangers à l’Attique furent admis dans le sanctuaire d’Eleusis à condition d’être présentés par un mystagogue athénien 252 [mystagogus]. Les isotèles étaient alors placés à ce point de
— 238 Suid. s. v. EfyoXitoç. — 239 paUs. VIII, 37, 1. — 240 PaUs. VIII, 15, 1.
— 241 Sauppe, Die Mysterieninschrift aus Andania , Gôttingue, 1860 ; [= P. Foucart, dans le Voyage archéologique en Grèce de Lebas et Waddington, 11° part. sect. V, n° 326 a.] — 242 Aristoph. Pax, 375. — 243 Euripid. /on, 1048 et s. Il en était de même aux Thesmophories ; Is. De Philoct. haered. p. 140. — 244 Julian. Orat. VII, p. 238, éd. Spanheim ; voy. K. F. Hermann, Lehrb. der gottesd. Alterth. d. Griech.
2e édit. p. 202, note 20. — 245 Pour Hercule, Apollod. II, 5; Schol. ad Aristoph. Plut. 846; Schol. ad Ilomer. Iliad. VIII, 368. Pour les Dioscures, Plut. Thés. 33; Schol. ad Aristoph. Plut. 846. — 246 Soran. Vit. Hippocrat. p. 2, éd. Charter.
— 247 Lucian. Scyth. 8. — 248 Porphyr. De abstin. carn. IV, 16. — 249 Lucian. Démon, vit. 34; Schol. ad Aristoph. Plut. 846 et 914. — 250 Liban. Orat. Corinth. p. 356; Cels. ap. Origen. III, 49. Voy. Hermann, Lehrb. d. gottesd. Alt. 2° éd. p. 202, note 20. — 251 Isocr. Panegyr. 157. — 252 Andocid. De myster. 1 32 ; Aristid. Panathen. XIII, 317, p. 296 Dindorf; voy. Ottfr. Muller, art. Eleusinien dans Y Allgemeine Encyclopaedie de Ersch et Gruber, p. 283.
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vue sur le même pied que les citoyens et pouvaient servir de mystagogues 26S. Le grand nombre d’exemples que I on connaît de Romains qui furent reçus sans difficulté à l'initiation prouve que plus tard encore, quand la puissance de Rome s’étendit sur la Grèce, on leur appliqua le privilège des Hellènes, cessant de les considérer comme barbares. Et c’est ainsi que Cicéron pouvait dire que les habitants des contrées les plus lointaines accouraient à Eleusis pour se faire initier 2S4.
Les esclaves, sauf les esclaves publics (S^oW) dont la condition sociale était plus relevée 235 , étaient formellement frappés d’exclusion 2B6, ainsi que les courtisanes251. Mais ces dernières défenses étaient constamment enfreintes. On laissait, en effet, les maîtres se faire suivre jusque dans le télestérion par l’esclave attaché à leur service personnel, et dès lors celui-ci avait le droit de se considérer comme initié 2B8. Quant aux femmes de mauvaise vie, il suffisait de la complaisance d’un mystagogue peu scrupuleux pour les introduire malgré les prescriptions contraires; les exemples de ce genre ne manquent pas 2B9.
La proclamation de l'hiérophante et du daduque, au premier jour de la fête, repoussait des initiations, avec les barbares, les homicides 260, volontaires ou non, du moins jusqu’à ce qu’ils eussent accompli les expiations auxquelles Hercule lui-même avait dû se soumettre261. Etaient également exclus tous ceux qui avaient encouru la peine capitale pour conspiration ou trahison 362. En revanche, les exilés, que ne frappait pas une condamnation de ce genre, pouvaient librement venir aux Ëleusinies, sans être inquiétés pendant tout le temps de la fêle 263. L’exclusion frappait encore les magiciens264, et celle qui les atteignait paraît dans la suite s’être étendue nommément aux épicuriens et aux chrétiens 265.
Excepté, du reste, dans le cas où il s’agissait de personnes que leur notoriété pouvait faire reconnaître à première vue par les ministres du culte, comme les citoyens condamnés pour haute trahison, ou comme Apollonius de Tyane, que l’hiérophante empêcha d’entrer en tant que suspect de magie, les défenses que nous venons d’énumérer étaient à l’état de recommandations dénuées de sanction directe et positive, par lesquelles on s’adressait à la conscience des candidats à l’initiation. C’était une autre forme de celles qui, dans la proclamation initiale, demandaient aux mystes la pureté des mains et de 1 ame, avec la qualité d’hommes civilisés, c est-à-dire de Grecs, attestée par le langage 266. 11 est certain qu’il n’y avait aucun examen tant soit peu détaillé, ni sévère, de tous ceux qui se présentaient en foule pour être admis aux Ëleusinies et qui venaient, hommes et femmes, de toutes les parties de la Grèce.’
On peut admettre 267 qu’on leur demandait de jurer qu ils étaient purs, ainsi que le faisait, dans les Anthes-
253 Demosth. Contr. Neaer.p. 251. -254 Cic. De nat. deor. I, 42.-255 [Initiation aux petits mystères de deux esclaves publics dans une inscription du ive sièclef oncart, Bull corr. hell. 1883, p. 304.] - 256 Voy. Maury, Histoire des religions de tv 11' *' 1 ’ P' 350- — 251 C'est ce que prouve notamment le célèbre plaidoyer de emos ene contre Neère. — 258 Corp. imer. graec. n» 71 ; Theophil. ap Schol. ad tJion.Grammat. p. 724; voy.Ott. Müller, art. Eleusinien, p. 283. -259 Demosth. Contr. -V 1352- — 260 Isocr- Panegyr. 157; Liban. Oral. Corinth. p. 356. — 261 Apoll. ’ i Oiod. Sic. IV, 14. — 262 Aristoph. Man. 362-380 ; Pollux, VIII, 90. — 263 piut’ e exü. p. 384, éd. Reiske. - 264 Philostrat. Vit. Apollon. Tyan. IV, 18 - 265 Lucien. Pseudomant. 38. - 266 Liban. Oral. Corinth. p. 356; Cels. ap. Origen. III de')l°r Lobeck'A!>laophamus, p. 15 et s. - 267 Maury, Histoire des religions — 369 P1' C6' *' p' 35,1 note 4' — 268 ùemosth. Contr. Neaer. 78, p. 1371 Plut. Apophthegm. Lacon. p. 217, 229; Lysand. 9; Antalc. 1. - 270 Aglao
téries, la femme de l’Archonte-Roi 26!. Mais il n’y avait et ne pouvait matériellement y avoir rien de plus; la confession n’était pas en usage dans les mystères d’Eleusis comme dans ceux de Samothrace 26°.
De ce qui vient d’être dit et des nombreux exemples que l’on cite de personnes indignes et incapables de l’initiation qui y furent pourtant admises par une complaisance répréhensible des mystagogues, il résulte que l’accès aux mystères d’Eleusis offrait dans la pratique d’étranges facilités, et que la masse des mystes présentait un pêle-mêle qui devait être quelquefois fort peu édifiant. Lobeck l’a sans doute exagéré 270, mais Ottfried Müller et Guigniaut, bien que très favorables aux Ëleusinies, sont obligés de l’admettre271. Déjà Diogène en faisait un grief très juste contre cette institution 272.
Ce qui resta toujours un privilège particulier aux Athéniens, ce fut la possibilité d’être initiés dès l’enfance, sur la présentation de leur père 273. C’était pour les parents l’occasion d’une fête de famille dans laquelle ils recevaient des présents de leurs amis et de leurs proches274. Le même usage existait dans les mystères de Samothrace 276. Aux Ëleusinies même, chaque année, un ou deux enfants, choisis par la voie du sort dans les familles d’Eupatrides 27\ étaient présentés officiellement par 1 Etat et avaient leur rôle déterminé 277 ; c’étaient les myêthentes aph’ hestias. Mais on ne pouvait recevoir dans l’enfance que le premier degré d’initiation aux grands mystères, pw]3t; ; pour être admis au second, à lepoptie, il fallait avoir atteint l’âge d’homme 278.
C’est ici le lieu de dire un mot des différents termes par lesquels on désignait les initiés. L’expression la plus générale et la plus compréhensive était celle de p.u<jTY)ç, qui s’appliquait à tous ceux qui avaient reçu un degré d’initiation quelconque, même à ceux qui avaient assisté à l’époptie, même aux mystagogues. Comme on n’était reçu aux Ëleusinies qu’après avoir passé par l’initiation préparatoire d’Agrae, ceux qui se présentaient aux grands mystères étaient déjà qualifiés de ués-rat dès le début des cérémonies, avant le spectacle nocturne qui constituait la pVtç proprement dite ; c’est ce que prouve le nom donné au second jour des Ëleusinies, "AhtSe [xÛotou.
Mais on prenait aussi [austt]? dans une signification plus restreinte et plus précise, quand on l’opposait à 5TO7rT7lî 279. La désignation consacrée des deux degrés d initiation, à Ëleusis même, était puriai; pour le premier et inome(u pour le second 280. Il en résultait que au sens spécial, désignait l’initié du premier degré^ tandis que le nom d’l7to7tTyiç281,ou le synonyme plus rare' e>poç 282, était réservé à celui qui avait reçu la seconde initiation283, catégorie encore plus haute et plus parfaite.
A 1 oiigine 1 initiation était absolument gratuite; mais cet état de choses cessa dans le cours du ive siècle avant l’ère chrétienne. Les finances publiques supportaient les
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7d TereUtiaw°’a<‘ W' 238 ’ Di°SeD' Laert’ VI> 39' ~ 273 AP°Uod. ap.'nonab ad Terent. Phorm. act. I, sc. i, 15; Himer. Orat. XXII 7- XXXIII 3 — 271 t
rent. Phorm. act. I, sc. ,, 13-15. - 275 Apollod. ap Donât. I. e. L 276 Rekker'
f “ P'|204’ *' V C"’ Leaormant a P“b!ié la Gazette arehéol.
1875 p. 13, pl m, une sccne ou .1 reconnaît les jeunes initiés de l'autel avec les mystagogues. Ma, s notre opmion est qu'il est très difficile d’admettre là une repré sen a ,on de scène religieuse, plutôt qu'une simple réunion dans la palestre.] - Porphyr. De abstm. carn. IV, 5. - 278 Himer. Orat. XXII, 7. - 279 [Ditlenberger, Sylloge inscr. gr. 384, 1. 50 = Corp. inscr. att. I, 1.]- 280 Lobeck Agiaopbam. p. 41. - 281 Procl. Theol. Platon. IV, 26; Himer. Orat. XXII 7!
Walz *' 282 <fT!i‘,V’ 1 Sopat' DistincL P- «21, édit
Walz. 282 Suid. s. v. ’Eaoicïati. 283 Harpocr. s. y, -e™*™»,*™,.
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frais des Eleusinies; on chercha dans ces fêtes une source de revenus qui en couvrît les dépenses. En vertu d’une loi que proposa l’orateur Aristogiton, on ne fut plus admis aux mystères qu’en acquittant un droit au fisc 284. [Dans une inscription d’Eleusis, datant de l’an 329, on trouve mentionnés les frais de l’initiation aux petits mystères de deux esclaves publics pour la somme de trois drachmes 280.] Les rhéteurs prétendent que cette proposition fut d abord vue d’un assez mauvais œil et qu’elle exposa son auteur à une accusation d’impiété. Mais il est certain qu une fois établi, l’usage de payer pour être initié fut maintenu 286 jusqu’à la fin de la célébration des Eleusinies. Pour les myêtuentes aph’ uestias le droit devait être acquitté par l’Etat. S’il y avait dans le produit des recettes ainsi encaissées un excédent sur les frais des Eleusinies, les finances de la République en bénéficiaient 2S7.
Les initiés étaient soumis à diverses observances diététiques, soit avant, soit pendant les mystères. Ils devaient notamment s’abstenir de la chair des animaux, même des oiseaux domestiques 288, de poisson, du moins de certaines espèces 289, des fèves 290, des grenades et des pommes201. Les femmes qui fêtaient les Thesmophories se soumettaient à des privations et des jeûnes analogues 292. Ainsi qu’on l’a déjà remarqué 293, ces abstinences n’étaient pas fondées, comme chez les chrétiens, sur un principe de mortification : elles tenaient à certaines idées mystiques, attachées aux aliments dont 1 usage était défendu. Ainsi l’interdiction des grenades était rapportée à la légende qui disait que Proserpine goûtait ce fruit lorsqu’elle fut découverte par Ascalabos 204, ou bien à celle qui le faisait naître du sang de Dionysos-Zagreus répandu à terre 205 . L’origine de l’abstinence des fèves était de même nature [faba]. Quant aux poissons, on les interdisait aux initiés parce qu’ils étaient, en vertu de leur action aphrodisiaque, des emblèmes de génération et de fécondité 20G. « 11 n’est pas invraisemblable que quelques-unes de ces prescriptions aient été d’origine asiatique ou égyptienne, puisqu’elles sont tout à fait particulières aux religions de l’Orient. Comme les témoignages qui en établissent l’existence ne remontent pas à l’époque de Périclès, on peut croire qu’elles se sont introduites sous l’influence des doctrines svroégyptiennes 297. »
Les observances que nous venons d’indiquer devaient être les mêmes pour les prêtres d’Eleusis et sans doute encore plus rigoureuses. La chasteté absolue était même exigée de quelques-uns d’entre eux à partir de leur entrée en fonctions; c’est ce qui est probable pour l’hiérophante298 [hiérophantes] et certain pour l’hiérophantis 290 [üIÉROPHANTIS].
Mais la condition la plus absolue et la plus rigoureusement imposée aux initiés dans les mystères d’Eleusis
2tJ4Apsin. De art. rhetor. p. 691, éd. Aid.; voy. Meursius, Eleusinia , ch. vu. Cependant il semble être déjà question d’un droit d’une obole par tête dans Corp. inscr. graec. n° 71. — 28b [Foucart, Bull • corr . hell. 1883, p. 394.]
— 286 Schol. ad Apollon Rhod. IV, 704. — 287 Walckenaer, Annot. ad Euripid. Hippol. p. 164. — 288 Porphyr. De abstin. carn. IV, 16; [S. Hieronym. Aclv. Jovinian. Il, 14, 344.] — 289 Porphyr. I. c. ; Aelian. Eist. anim. IX, 65; Plut. De solert. anim. 35, 11. — 290 Pausan. I, 37, 3; VIII, 15, 1; Porphyr. I. c.
— 291 Porphyr. I. c. — 292 Clem. Alex. Protrept. II, p. 16, éd. Potter; Plut. De Is. et Osir. 69. — 293 Maury, Histoire des religions de la Grèce , t. J I, p. 358; voy. Guigniaut, Religions de l’antiquité, t. III, 3° part. p. 1172.
— 294 Apollod. I, 5, 3. — 295 Clem. Alex. I. c. — 296 Aelian. Hist. anim. X,
51 65; voy. Guigniaut, Relig. de l'antiquité, t. 111, 3e part. p. 1172. — 297 Maury, Histoire des religions de la Grece, t. II, p. 358. — 298 Anian. Epict. dissert.
était celle du secret. L’hiérokéryx, au début des cérémonies, le premier jour, dans une proclamation publique, recommandait aux mystes de retenir leur langue et présentait ce silence absolu comme une partie même de 1 initiation 30°. Un peu plus tard, au moment où les spectacles secrets de l’initiation allaient être montrés aux mystes, le mystagogue exigeait de ceux-ci le serment individuel du secret 801 . Telle était la rigueur avec laquelle ce secret était gardé, que Démosthène déclarait que ceux qui n’avaient pas été initiés ne pouvaient rien savoir des mystères par ouï dire 302. Et c’est à bon droit que, prenant les choses dans leur généralité, plusieurs écrivains ont affirmé que la loi du silence n’avait jamais été sérieusement violée. Il est vrai que le législation y veillait avec une sévérité terrible. La peine de mort, accompagnée de la confiscation des biens, frappait les révélateurs des mystères aussi bien que les profanateurs303. On ne devait pas seulement se taire, en présence des non-initiés, sur le sens et l’ensemble de la cérémonie, mais encore sur les moindres détails. Eschyle fut traduit en justice pour avoir dévoilé ou imité sur le théâtre certains détails des mystères ; il n’échappa au supplice que par le beau mouvement de son frère Amimas 304 , et il dut prouver de plus que, n’étant pas initié, il n’avait pas contrevenu à l’obligation du secret 305. Par ces raisons on conçoit facilement les réticences de tous les écrivains antiques au sujet des mystères, le caractère énigmatique et obscur de leurs expressions toutes les fois qu’ils sont obligés d’en parler 30G.
Ce qui rendait les accusations pour crime d’avoir révélé les mystères encore plus dangereuses, c’était la définition vague et élastique que la loi donnait de ce crime, en employant 1 expression ôgoXoYsïv 7i£pl twv p-uctt)ptwv 307. On pouvait incriminer autre chose qu’une révélation formelle faite à des profanes. De là le thème ancien 308 de composition oratoire qui se conserva traditionnellement dans les écoles des rhéteurs grecs, et même dans celles des latins 309, et qu’au vie siècle après notre ère Sopater310 développait encore pour l’usage de ses élèves : « La loi punit de mort quiconque aura révélé les mystères : quelqu’un à qui l’initiation s’est montrée dans un rêve, demande à l’un des initiés si ce qu il a vu est conlorme à la réalité ; l’initié acquiesce par un signe de tête, et c’est pour cela qu’il est accusé d’impiété. »
V. Les sanctuaires d'Eleusis et la Voie Sacrée. — Avant d’aborder la restitution des cérémonies qui composaient les Eleusinies, il est nécessaire d’esquisser le tableau des édifices sacrés d’Eleusis qui en étaienl le théâtre, d’après les indications des auteurs anciens et les vestiges encore subsistants. 11 y a eu trois explorations successives des ruines d’Eleusis aècompagnées de fouilles : la première, en 1814, par une commission
III, 21. — 299 S. Hieronym. Epist. CXXI1I, 905, ad Ageruch. de monogam. voy. Sainte-Croix, Recherches, 2° éd. t. I, p. 247; A. Mommseü, Heortologie, p. 237. — 300 Suidas, s. v. jAuinvîpta; Sopat. Distinct, quaest. 33C, p. 118, éd. Walz. — 301 Liban. Orat. XIX, p. 495. — 302 Demosth. Contr. Neaer. 79. — 303 Sopat. Distinct, quaest. 333,336, p. 110 et 117, éd. Walz; Alciphr. Epist. III, 72; voy. Petit, Leg. Attic. p. 33, éd. de Paris. — 304 Aelian. Eist. var. V, 19; Eustrat. ad Aristot. Et hic. ad Nicomach. III, 2. — 305 Arist. I. c. ; Clem. Alex. Stromat. II, 14, p. 461 Potter. — 306 \r0y. Meursius, Eleusinia , ch. x; Casaubon. ad Baron. Annal. Exerc. XVJ, p. 549. — 307 Andocid. De myster. 29; voy. Ch. Lenormant, Afém. de V Acad, des Inscr. nouv. sér. t. XXIV, lre part. p. 363. — 308 Ch. Lenormant, Ibid. p. 362. — 309 Cur. Fortunat, De art. rhet. I, p. 61, éd. Caperon; voy. Lobeck, Aglaophamus, p. 189. — 310 Distinct, quaest. p. 110-124, éd. Walz.
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d’architectes anglais, qu’avait envoyés la Société des Dileltanli et qui publièrent les résultats de leurs travaux dans le bel ouvrage des Antiquités inédites de l' Attique3" ; la seconde, en 1860, par l’auteur du présent article, aux frais communs des gouvernements français et grec312, [la troisième en 1882-1888 par la Société archéologique d’Athènes313].
Pausanias31'* dit : « A Eleusis, il y a un temple de Triptolème, un autre d’Artémis Propylæa et un de Poséidon Pater, ainsi que le puits appelé Callichoron, où, pour la première fois, les femmes d’Éleusis instituèrent les chœurs de chant et de danse en l’honneur de la déesse. Quant à la plaine dite Rharienne, on raconte que ce fut la première semée et la première à produire des moissons; c’est pourquoi il est établi que c’est l’orge qu’on y récolte qui sert à faire les gâteaux pour les sacrifices. On y montre l’aire et l’autel de Triptolème. Pour ce qui est à l’intérieur des murs de l’enceinte sacrée, un songe m a défendu d’en écrire, car à ceux qui n’ont pas été initiés et qui sont exclus de le voir il n’est pas même permis de s’en informer ni d’en entendre parler. » Le périégète ajoute un peu plus loin316 qu’en sortant d’Éleusis pour aller à Mégare on trouvait immédiatement le puits Anthion, auprès duquel les filles de Céléus avaient rencontré Déméter. Ce puits, de grande dimension, subsiste encore sur le bord de la route moderne de Mégare et sert aux habitants du village; on distingue autour les arasements d’un portique carré, ayant douze colonnes sur chaque côté et s’interrompant sur une de ses laces pour faire place à un petit sacellum que Pausanias dit avoir été consacré a Mélanire310. L’emplacement du temple de Poséidon est encore douteux317, mais le temple de Triptolème a laissé des vestiges certains, à l’endroit où s’élève une petite chapelle à demi ruinée dédiée à saint Zacharie; c’était l’entrée de la ville en venant d Athènes. On y a découvert le grand bas-relief qui représente Déméter remettant à Triptolème, en présence de Proserpine, le grain de blé qu’il doit semer318 [triptolemus], quelques fragments mutilés de l’architecture du temple et plusieurs ex-voto plus ou moins brisés où figurent Triptolème, assis sur un char ailé que traînent des serpents, entre les deux grandes déesses debout319. En avant du temple se dressaient deux torchères en marbre de l’Hymette, de 2", 50 de haut, imitant la lorme des flambeaux que les monuments de 1 art mettent souvent aux mains des déesses d’Ëleusis. Ces deux torchères subsistent encore dans la chapelle320.
Tai bonheur, tous les écrivains antiques n’ont pas gardé sur les édifices contenus dans les enceintes sacrées le même silence que le superstitieux Pausanias; on peut Jonc s aider de leurs témoignages pour l’intelligence des mines. Le grand temple où se célébraient les initiations était à mi-côte, sur le flanc sud-est de la colline où
311 ünediled antiquities of Attica, Londres, 1817, in-f. Traduit en français et accompagne de notes par Hiltorfr, Paris, 1832, in-f. - 312 Les résultats des °ui es de 1860 ont été exposés en détail avec des planches dans une série d’articles Y i s-S Pp* *a ^eme yènèrale de l’architecture et des travaux publics, années 1868 e /O. En outre, les inscriptions découvertes dans les excavations, avec leur commentaire, fournissent la matière d'un volume spécial : F. Lcnormant, Recherches
Zlteo °ÎTes à Éleusis> l8C2’ in'8- - 313 [ne»’"»'4 *îs *ez- iss», p. 84:
de M Ppn-r l8.84’ P’ G4; l88S’ P' 25; ,886’ p- 50 i 1887> P- 50; 1888, p. 23, rapports nlios; Bulletin de correspondance hellénique, 1884, p. 254; 1885, pl. i,
et 5 (Blavette); Ephéméris archéologique d'Athènes, années 1883-88 (inscriptions s a ues) , voy. aussi un plan dressé d’après les indications de MM. Blavette et oerp e d dans le t. II de YHist. des Grecs de Duruy, p. 64, et le résumé de M. Diehl ans ses Excursions archêol. en Grèce , 1890, p. 277-309.] — 314 I, 33, 6. — 315 J,
s’élevait la ville du temps des Pélasges et qui fut plus lard l’Acropole. Adossé au rocher, il avait sa façade tournée à l’est-sud-est (H du plan ci-joint, fig.2631)321. Une double enceinte ou péribole (Q, U, Y) enveloppait le temple, et deux propylées successifs (C, E), situés à l’angle nord-est, y donnaient accès. Ces propylées n étaient pas dans l’axe l’un de l’autre ; le plus intérieur amenait, non sur la façade, mais sur le flanc du grand temple, disposition évidemment intentionnelle, qui avait pour but, aux jours de grandes fêtes religieuses, lorsque les portes des différents propylées étaient ouvertes à deux battants pour le passage des processions, que les profanes non initiés et consignés à l’entrée ne pussent apercevoir de l’extérieur rien de ce qui se faisait dans le péribole le plus reculé, et à plus forte raison dans l’intérieur du sanctuaire. [Une balustrade ou grille, appuyée sur une base de marbre, reposait sur l’avant-dernière marche devant les colonnes extérieures des grands propylées; mais c’est sans doute une addition de date postérieure, car on remarque que les pieds des pèlerins avaient usé déjà les arêtes des gradins sur toute la longueur 322.]
En avant des grands propylées de l’enceinte extérieure, était une vaste place pavée, au milieu de laquelle s'élevait le petit temple d’Artémis Propylæa (A), d’ordre dorique, d’une architecture très fine et de la meilleure époque 323. [On ne peut décider s’il était construit in antis , ou avec quatre colonnes de face; ce qu’on est en droit d affirmer, c est que le vestibule antérieur a une largeur environ double du vestibule postérieur 32,‘]. Aux temps lomains, la place lut en outre décorée de deux autels monumentaux dédiés par les Achéens, de deux colonnes isolées surmontées de Victoires, enfin d’édicules d’ordre corinthien 325. Les propylées eux-mêmes, entièrement bâtis en marbre pentélique, reproduisaient trait pour trait le plan, les dispositions et les proportions de la partie centrale des propylées de l’Acropole d’Athènes 320. Des indications d’un caractère très positif prouvent que ceux dont on retrouve les débris avaient été bâtis seulement à 1 époque romaine et sous l’empire, mais ils avaient succédé à un édifice antérieur 387. A côté des propylées, on a retrouvé le logement des pylores ou gardiens des portes 328. En dedans de l’enceinte et sur le "flanc gauche des premiers propylées, les fouilles ont également fait découvrir une construction souterraine de la plus basse epoque 329, dont on ne peut expliquer la destination qu’en la considérant comme une fosse taurobolique, établie là quand les mystères mithriaques se greffèrent sur ceux d’Ëleusis, bien peu de temps avant la destruction du sanctuaire des grandes déesses par Alaric 330 En pénétrant parles propylées, précisément dans l’axe de cet édifice, on aperçoit en face de soi une grotte peu profonde, dans le pied du rocher dont le sommet portait
1870 p 49, n° 14 de la pi. ,. - 318 Gaz. des Beaux-Arts, t. VI, p. 69; Mon. indd. de l Inst. arch. t. VI, pl.xLv.Voy. le Dict, t. I, p. 1073, f,g. 1310. -319 Revue arcto . mars 1867, pl .v p. 161 et s. -320 BOtticher, Bericht ueber die Untersuch. au, 7°' P’ 226 et f’; P’ L™0™-'. *«■ de Varch., 1868, P. ,3. 7 ' de Corr’ helL ,883' P1' 'i cf- Ni..en, Rheinisches Muséum, 1885, p 346
et s.] -322 [Bull. de corr. hell. 1884, p. 263.] - 323 Antiquités inédites de VAthque, ch. V, pl. , a v, de la trad. franç. par Hittorf. [Le plan est en certains points inexact, remarque M. Blavette (BuU. corr. hell. 1884, p. 203).] 32! [Bull corr ■ri 1884, p. 263.] - 323 Varch 1868, p. 50 * P > GJ
I ' ?“7.C ; n’ P ■ ’’ de Varch. 1868, p. 53 et s. - 327 Rev. de Varch.
1868, p. 54 et s 3ab Rev. de Varch. 1868, p. 50 et s. - 329 Re0. de Varch, l868 p. 60 et s. - 330 Eunap. Vit. Maxim, p. 53, èd. Boissonado.
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un dernier temple dont nous reparlerons tout à l’heure : cette grotte présente des traces incontestables de consécration, et 1 on a découvert a l’entrée un puits profond, creusé dans le roc, surmonté d une margelle cylindrique
en marbre de l’Hymette, fort simple, mais dont les moulures accusent par la finesse de leur profil la belle époque hellénique. Des raisons topographiques, dont la principale se tire de l’hymne homérique à Déméter331,
Fig. 263t. — Flau des sanctuaires tfÉteusis.
ont conduit l’auteur des fouilles de 1860 à y reconnaître la fontaine Callichoros 332. En effet, la Callichoros était située juste au pied du rocher où avait été bâti le plus ancien temple. A côté, se trouve une autre grotte, plus large, mais également peu profonde, qui avait aussi un caractère sacré 333 ; c’est peut-être celle à l’entrée de laquelle se dressent Déméter et Coré dans les représentations du célèbre vase d’onyx dit de Mantoue 334.
Cicéron parle à deux reprises335 d’un propylée que fit construire à Eleusis son prédécesseur dans le gouvernement de la Cilicie, Appius Claudius Pulcher, frère du fameux démagogue Clodius. C’était celui de l’enceinte intérieure (E), ainsi que l’établit l’inscription dédicatoire latine découverte dans les fouilles 336. Cet édifice était de plus petite dimension que les propylées du premier péribole. En combinant les données recueillies par les architectes anglais 337 et celles qui proviennent des excavations plus récentes, on peut se faire une idée com-
331 V. 272. — 332 Rev. de Varchit. 1868, p. 97-109. [M. Blavette [Bull. corr. hell. 1885, p. 66) est moins affirmatif en ce qui concerne l'emplacement de cette fontaine. Cependant il signale sous le dallage qui fait suite aux propylées d’Appius Pulcher (E) la présence d’un tuyau de plomb qui aurait pu servir à conduire l’excédent d’eau de la fontaine dans l’égout romain qui passe à côté et se prolonge sous la place.] — 333 Antiq. inéd. de l'Attique , ch. t, pl. vi, fig. 1 de la
plète de la disposition du bâtiment et de son architecture, d’une élégance étrange, avec son entablement composite et ses chapiteaux corinthiens dont l’abaque est soutenu aux angles par des lions ailés et cornus. La frise, à triglyphes et métopes, présente une série de symboles relatifs au culte des grandes déesses 338 . [Ces propylées ont eu, à une certaine époque, trois portes; mais à l’origine, il n’y en avait probablement qu’une, car les deux passages latéraux sont exécutés d’une façon très maladroite 339. M. Julius a exprimé l’opinion que ces petits propylées existaient déjà à l’époque grecque et qu’Appius Pulcher s’est contenté de les restaurer et de les agrandir 340.]
A l’occasion des propylées d’Appius, il faut signaler une curieuse méprise des architectes de la Société des Diletlanti , qui a eu son écho jusque dans quelques-uns des travaux les plus savants dont les Éleusinies ont été l’objet311. On remarque sur leur plan deux longues
trad. franç. — 33'» Gerhard, Antike Bildwerke, pl. cccx, n05 3 et 4. — 335 Epist. ad Attic. VI, I, 26; 6, 2. — 336 Henzen, Bull, de VInst. arch. 1860, p. 225-233; F. Lenormant, Rech. archéol. à Éleusis, p. 390-397. — 337 Anliq. inéd. de l'Attique , ch. m. — 338 Rev. de l’archit. 1868, p. 101-108, pl. xix. — 339 [Bull. corr. hell. 1884, p. 263.] — [3^0 Mittheilungen des deut. Inst. 1877, p. 190.] — 341 C*u‘ guiaut, Relig. de V antiq. t, III, 3® part. p. 1130.
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rainures régulières et parallèles, taillées avec soin, disent-ils, dans le pavé en pente de l’entrée centrale. Ces mystérieuses rainures ont beaucoup préoccupé les savants et les architectes. On y a vu les traces d’une machinerie compliquée, destinée à épouvanter les initiés par des effets de fantasmagorie grossière, en leur faisant croire que la terre allait céder sous leurs pas. Mais le premier fondement de toutes ces hypothèses, les fameuses lainuies, n existent pas. 11 y a seulement dans le pavé deux sillons peu profonds, irréguliers et serpentants, dus manifestement à l’usure produite par le passage des eaux pluviales qui descendaient de l’intérieur de l’enceinte.
Le grand temple ou sékos (L) occupait une très notable partie du téménos enveloppé par le second péribole. De nombreuses édicules (P) se pressaient autour; on distingue encore les vestiges de quelques-unes, mais malheureusement aucun texte antique ne nous renseigne sur leur destination. Nous savons seulement qu’un certain nombre de corporations religieuses attachaient un très grand prix à posséder leur petit sanctuaire propre dans l’enceinte mystique, à côté de YAnactoron. C’est ainsi qu’une inscription 342 parle de l’autel et de la chapelle particulière que les Dionysiakoi technitai [dionysiaci artifices] y possédaient dans ces conditions. De plus, comme à l’Acropole d’Athènes, à Delphes, à Olympie, tout un peuple de statues et d’offrandes' de toute nature dédiées aux grandes déesses remplissait les parties du téménos où ne s’élevaient pas des édifices 3V3. En 1860, on a poussé des recherches dans l'intérieur de celle enceinte, partout où l’on pouvait espérer rencontrer 1 ouverture des souterrains admis par un si grand nombre d érudits, et l’on est arrivé à se convaincre pleinement de leur non-existence.
A très peu de distance après les propylées d’Appius, on remarque un morceau de rocher détaché en avant du promontoire qui domine toutes les enceintes et la grotte du puits Callichoron. C’est, sur ce rocher que s’élevait la statue colossale de Déméter, dont la partie supérieure, après être demeurée pendant des siècles gisante sur le sol, tout auprès, a été transportée en Angleterre et se voit dans la bibliothèque de Cambridge (fig. 2632) 3U. Le sommet du rocher a été, en elïet, coupé horizontalement de main d’homme pour porter la statue et on y voit une cavité circulaire, très profondément creusée, dans aquelle était encastré l'énorme tesson qui fixait le co- 0sse 3,° • Dans le fragment conservé, Déméter a la tête surmontée du calathus mystique, que décorent une sene de symboles sculptés en relief. Le gorgoneion placé sur sa poitrine la caractérise, ainsi que l’a remarqué M. Guigniaut 346, comme la déesse représentée sous sa urine sombre et terrible, en Déméter Achaea ou Affligée,
fiel R«t/“ea!lé’ Anl ’ hellén ■ n” 8,3 [= CorP ■ inscr- alL "• 628] ; F. Lenorroant, rharfl 4 ri. î-u 2°' ~ 343 /feu' ie ébahit. 1868, p. 145-151. — 3H Ge- Greelc màrblei‘ pl’ CCCTI' ""4 et 5; cf. Spoa, Voyage, II, p. 164; Clarke,
méd de l'Atlin ° ambr,iae' D- ‘v; Mus. Worsley, 1. I, p. 95. — 313 Antig.
1' 1230 3'f Ch‘ '’ P' lrad' f‘'anS' ~ 346 ndig ■ de l’autill- l- 3" part.
Hymn. m Cer. 303 et 301. - 313 ApolloJ. 1. 5, 1 ; Schol ad
2632. — r Stalue de Déméter à Eleusis.
Fig. 2633. — Frise de l'autel d'Eleusis.
retenant les germes confiés à la terre et en empêchant le développement, telle que l’hymne homérique nous la montre, assise dans son temple d’Éleusis, jusqu’à ce que Jupiter eût ordonné à Mercure de lui ramener pour un temps sa fille 347. Il est certain qu’on montrait dans l’enceinte mystique d’Ëleusis, non loin du puits Callichoron, un rocher consacré, appelé uyiX'x tyroç 7teTpa,
« la pierre triste 318 », où l’on racontait que Cérès était venue s’asseoir, absorbée dans la douleur de la perte de sa fille, pendant le temps qu’elle avait passé dans la demeure de Céléus 349. On faisait voir à Salamine une autre àyiWroî TcOpa, consacrée par la même tradition330, et Mégare se vantait de posséder également, sous le nom d’àvKxXviôplç 7T£ipa, une roche d’où Déméter avait appelé sa fille avec de grands cris de désespoir351. En rencontrant dans le téménos le plus saint d’Ëleusis, tout auprès du Callichoron, au pied du promontoire rocheux où s’élevait le plus ancien sanctuaire du culte mystique, un rocher isolé, consacré par la piété des adorateurs de Déméter et sur lequel on avait dressé un colosse de la déesse sous sa toime d « affligée », il est bien difficile de ne pas considérer ce rocher comme étant la « pierre triste » elle-même.
C’est en avant de la façade du grand temple, tout auprès de l’angle est de l’enceinte, qu’était situé352 l’autel monumental destiné aux sacrifices, dont il a été déjà question dans cet ouvrage [ara] et dont la frise portait
une série de symboles du culte de Déméter 353 (fig. 2633).
Venons maintenant au grand temple lui -même (H,L), dans lequel se célébrait la partie essentielle des mystères, les représentations des nuits sacrées.
Strabon 354 l’appelle {JLUfftlcr-qxdç, d’autres auteurs «Xsroipipov ou g=ya£ov, ce dernier mot plus spécialement applique aux temples de Cérès et de Proserpine355; mais le nom qu’on lui voit le plus habituellement donné est celui d «vaxTopov ou « palais » des Grandes Déesses. C’était le plus vaste des édifices sacrés de la Grèce, celui que ses dimensions rendaient capable de contenir le plus de monde dans ses murs. Strabon 358 dit qu’il pouvait renlermer la meme foule qu’un théâtre. Aristide, exagérant ces données, rapporte que toute la population d’Athènes
taUcm de* ceUe Di ^ ’ ’’ Hes*ch' s' »■ [V«y. pour la représen.
“ 97 O ,P err; a "T 2039 ’ Cl’ *«■ -, p.. 35.! - 34» V„.
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fiff o j. , . „ ’ ^ Anttq. mea. de l Attinue. ch. iv, pl. v,
- 333 Paus. IX, ' n m aTT' anh ■ P- 53 01 9- - 354 'V p. 395.
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eût tenu dans le temple d’Éleusis 337 ! En effet, l’aire que cet édifice occupait, facilement reconnaissable, surpasse les dimensions de tous les autres temples de la Grèce. Elle a 68 mètres de long et 54m,66 de large, c’està-dire 3716mc,88 de superficie, espace dont la cella tient 291om”,02, c’est-à-dire 53m,33 de longueur sur la même largeur deo4m,66. [Les fouilles de la Société archéologique, dirigées par M. Philios, ont permis de constater, d’après le rapporteur 338, que le s'ekos avait contenu 42 colonnes et que l’on distingue plusieurs époques successives dans les constructions : 1° un édifice primitif dont la date reste indéterminée ; 2° les substructions du temple détruit par les Perses; 3° la reconstruction du même sanctuaire, qui date sans doute du temps de Cimon ; 4° le nouveau temple élevé sous Périclès; 5° la construction du portique de Philon ; 6° la transformation de la partie extérieure du sèkos qui date probablement de l’époque romaine.]
Strabon 353 attribue à Ictinus la construction du temple d’Éleusis comme celle du Parthénon. Vitruve 360 rapporte qu’Ictinus avait faitcet édifice d’ordre dorique, mais sans colonnes à l’extérieur, et que ce fut sous l’administration de Démétrius de Pbalère que l’architecte Philon ajouta un portique en avant de la façade (F). Plutarque361 nous a conservé les plus précieux détails sur l’histoire de la construction du corps de l’édifice avant l’addition du portique de Philon ; il résulte de son texte que, si ce fut Ictinus qui conçut le plan de Y Anactoron d’Éleusis, ce ne fut pas lui qui l’exécuta. « Corœbos commençales travaux et éleva le premier ordre des colonnes intérieures avec leurs architraves. Après sa mort, Métagène de Xypète y ajouta la frise qui séparait les deux ordres et les colonnes supérieures ; enfin Xénoclès de Cholarge construisit le toit avec son ouverture centrale. »
L’édifice avait sa façade regardant la chaîne du mont Corydallos. Le fond de la cella était adossé au rocher (K) taillé perpendiculairement de main d’homme à cet endroit et formant, derrière le temple, une longue terrasse qui dominait l’ensemble du téménos. L’ anactoron n’avait pas de colonnes latérales et présentait sur ses flancs, comme sur sa face postérieure, un simple mur, revêtu intérieurement et extérieurement de marbre noir, couronné d’une frise dorique, à triglyphes et à métopes, en marbre pentélique. On possède tous les éléments de la restitution de la façade du temple (H) et du portique de Philon (F), entièrement exécuté en marbre pentélique 362 .
[Sur l’intérieur de la cella les connaissances sont aujourd’hui plus complètes qu’en 4814 et en 1860, où l’on n’avait pu faire aucun sondage dans le centre et dans la partie antérieure. Les travaux de la Société archéologique d’Athènes, si bien résumés et éclaircis par le plan dû à M. Blavette (fig. 2631), ont déblayé toute la partie .occupée par le sèkos et par le portique de Philon. On a constaté que l’édifice, avant l’addition du portique de Philon (309 av. J.-C.) n’avait ni portique, ni cella, ni opisthodome, ni rien qui rappelât l’ordonnance accoutumée d’un temple grec. Il se composait d’une immense salle, sans division intérieure, munie sur tout le périmètre intérieur de huit gradins taillés dans
367 Aristid. Eleusin. p. 259. — 368 [nça*Twi vî)î %.• 1884, avec une
planche. Voy. dans le plan de Y Bât. des Grecs de Duruy, t. Il, p. 64, l’indication des emplacements présumés des salles d'initiation successives.] - 369 L. c. 300 VII, Prefat. § 12, p. 178, éd. Schneider. — 361 Pericl. 13. — 362 Antiq. i„éd. de X Ai tique, ch. iv, pl. m et iv, de la trad. franç. Rev. de l'archit. 1868,
le roc (K); le plafond était supporté par six rangées de sept colonnes, chacune en pierre poreuse reposant suides bases cylindriques en marbre noir d’Éleusis 363. La plantation des colonnes offre quelque irrégularité dans les rangs qui vont de l’est à l’ouest, bizarrerie de disposition dont on n’a pas encore trouvé l’explication. La décoration intérieure n’a jamais été achevée, comme le prouve la présence des tenons destinés à disparaître au moment du ravalement définitif : il en est de même pour le portique de Philon, dont les colonnes ne sont cannelées qu’en haut et en bas. Au milieu de la salle une saillie du rocher (L) subsiste, haute deOm,28 ; elle supportait probablement un motif central. M. Blavette a démontré 36\ au moyen des nouvelles fouilles, que l’ouvrage des Dilettanti supposait à tort une erreur de Vitruve mentionnant l’adjonction d’un portique de douze colonnes en avant de la façade. Il n’y a pas non plus d’espacement anormal entre la colonne d’angle et celle de la façade principale, car on a retrouvé entre les deux la trace d’une autre colonne qui ne figure pas sur le plan de l’ouvrage anglais. Le même plan est encore inexact en ce qui concerne les portes de la salle : outre la façade principale, qui avait une porte à gauche et une à droite (H), et non pas une seule au milieu, chaque façade latérale portait une ouverture dans l’axe de l’avant-dernier entre-colonnement du fond (J, J). Enfin, contrairement à ce qu’avancent les Dilettanti3^ , le sol du sèkos n’est pas à un niveau plus bas que celui du portique ; au contraire, vers le fond, il est plus haut d’un demi-mètre. 11 ne peut donc plus être question de la crypte établie en sous-sol et destinée aux apparitions des pannychies, dont on fondait l’existence sur un texte d’Himérius mentionnant -roxcmo îeuevo; 36G. La différence des niveaux sur ce sol mouvementé dans toute la périphérie de l’enceinte sacrée suffit à expliquer ce terme.] La terrasse longue et étroite qui régnait derrière le temple et à laquelle donnent accès des escaliers (X,X) taillés dans le roc, en dehors du sèkos, n’offre aucune trace de constructions. A sept mètres environ au delà de l’angle nord de la cella d’Ictinus, cette terrasse aboutit à un perron de six marches qui conduisait à un dernier petit temple tétrastyle, occupant la plate-forme supérieure du promontoire de rochers qui dominait le puits Callichoron et la Pierre Triste. Ce temple (S), auquel a succédé une église dédiée à la Vierge, avait son entrée au sudouest, juste en face de la plus grande longueur de la terrasse. C’est là, d’après les expressions formelles de l’hymne à Déméter, qu’avait été construit le premier temple de la déesse, temple épargné par les Doriens dans leur invasion, suivant le dire du rhéteur Aristide, mais dévasté par Cléomène, roi de Sparte361, et brûlé par les Perses avant la bataille de Platées 368. En effet, cet édifice s’élevait sur un rocher projeté en avant, sous le mur de la ville pélasgique, qui devint plus tard celui de l’Acropole, et immédiatement au-dessus du Callichoron 369. Strabon 370, du reste, distingue soigneusement « dans l’intérieur du téménos mystique », comme deux monuments tout à fait séparés, le temple de Déméter Éleusinienne, c’est-à-dire l’ancien temple recon-
p. 243. 363 f Bull . de corr. hell. 1884, p. 256.] - 364 [Ibid. p. 258-259.] — 366An<iy. inéd. de t’ A t tique , ch. iv, p. 30, pl. in, fig. 7. de la trad. franç. P:ir Hittorf. — 366 Oral. XXIII, p. 780, éd. Wernsdorf. — 367 Herodot. VI, /5. 368 llerodot. IX, 65. - 369 Homer. Eymn. in Cer. 271 et 272; voy. Rev- ® l'archit. 1868, p. 99 et 247 ; [Bull. corr. hell. 1884, p. 262.] — 370 IX, p. 395.
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struit, et le guaTtxoç arixo'ç ou Anactoron , projeté par Ictinus. Ce temple de Déméter, distinct de l’Anactoron, ne peut absolument être que celui qui couronnait la plate-forme
culminante.
A Athènes même, il y avait un temple qui jouait un grand rôle dans les fêtes des mystères ; on l’appelait « l’Éleusinion de l’Asty », Iv aaxet ’EXeucmov 371, ou bien « l’Éleusinion sous la ville », to EXsualvtov to &7to t9] 7ro Aet 372. Il était situé au bas de l’Acropole, et en même temps à l’extrémité de l’agora opposée à celle où se terminait la rue des Hermès 373. Son emplacement précis est fort difficile à déterminer dans letat actuel et dépend de l’obscure question du site de l’Agora 374. Le tombeau d’Immarados, fils d’Eumolpe, se montrait dans l’enceinte de l’Éleusinion d’Athènes.
La route qui menait d’Athènes à Eleusis était jalonnée de sanctuaires sur tout son parcours et participait de la sainteté de la ville à laquelle elle aboutissait ; on l’appelait par excellence en Grèce la « Voie Sacrée 378 ». Les autres voies sacrées, comme celle de Delphes, devaient être désignées par des épithètes spéciales. Polémon le Périégète avait consacré un ouvrage entier à décrire les édifices qui bordaient cette voie et à raconter les traditions qui s’y rapportaient376. Pausanias y emploie deux chapitres. Un certain nombre d’érudits modernes se sont occupés des vestiges antiques qui subsistent encore aujourd’hui sur la route d’Athènes à Eleusis et ont essayé de les rapprocher des indications de Pausanias et d’autres auteurs317.
La voie partait de la porte Dipyle 378, appelée aussi Thriasienne379 et Porte Sacrée 380. Immédiatement au sortir de la porte était le tombeau d’Anthémocrite, héraut mis à mort par les Mégariens au début de la guerre du Péloponnèse, quand il leur apporta la défense de mettre en culture les champs sacrés d’Eleusis appelés hier a orgasUi. On a retrouvé tout un ensemble de monuments funéraires importants qui bordaient la route après la sortie du Dipylon382. Traversant ensuite le bourg de Skiron , auquel se rattachait le souvenir d un devin nommé Skiros, venu de Dodone à Eleusis et tué dans les rangs des Ëleusiniens lors de leur guerre contre Ërechthée384, et où se célébrait la fête des skirophoria 388, la Voie Sacrée gagnait le bois des oliviers, si poétiquement décrit par Sophocle 386, qui le met en rapport avec les traditions du culte éleusinien. Elle y rencontrait d’abord le dème des Lakiades 387, avec le téménos du héros éponyme Lakios 388, puis un autel de Zéphyre 389, et arrivait à l’endroit que marque aujourd'hui l’église de Saint-Sabas 33\
. LpS’ Contr ■ Andoc,d ■ *! Xenoph. De re equeslr. I, 1; Corp. insc. gr n 71 ; [Corp. viser, ait. I, 1.] - 372 *ai«ue, t. II, p. 238 [= Corp. inscr. ait. III 5]; A. Mommsen. Heortol. p. 227. - 373 Xenoph. Bipparch. III, 2; ÏOy. Ch. Lenormant, Mem. de VAcad. des Inscr. nouv. sér. 1. XXI, 1» part. p. 1 11. 371 Leake JfT; ofAth. 2» éd. p. 296; F. Lenormant, Rech. archéol. p. 401 ; A. Mommsen , p- 249' tUa savaDt ‘•usse> M. Novosadskiî, a cherché à prouver que c< eoipie se trouvait du côté septentrional de l'Acropole ( Journal Ministerstva Naloi naoo, 1885, n” 7, article signalé par la Revue des Revues, 1887, p. 339). Wachs-
a,,, u S‘ad‘ A‘hen' 1874’ *’ p' 297-304) le Place au Pied »ord-est da l'Acropole.’ Harpocr. s. v. -Itf» M;] Paus. I, 36, 3. — 376 Harpocr. ibid. — 377 Dodwell t0Ur <U °reeCe' ‘‘ P' 169 et s- 1 GeI1- «merary of Greece, p. 30 ; Uned. 2* rrl” .«T’ P’3 Ct S-;.KruslJ' HelUu, s- ». P- 168 et s.; Leake, Demi of Attica • p. 40 et s.; Hanriot, Rech. sur les dèmes, p. 46-51 et 110-118; Preller De d'a. acra Eleus'nia, I et II, Dorpat, 1841, in4»; F. Lenormant, Monographie voie acree Eleusinienne (le t. I®1, seul a paru), Paris, 1864, in-8°. — 378 piut *£"'!** XVI’ 25, 7; Lucian- Scyth. 2, Navig. 17; Tit. Liv. XXXI, 24 I -te a . n, 30 ; HarP°cr- s- »■ ’Av«Epd»jivo{. - 380 Plut. Syll. 14. - 381 PaUs . ’ ’ ut' Pericl- 30. — 382 Cari Wescher, Rev. archéol. nouv. sér. t. VIII
D 97,|",Î/Stnc4’ 89'92’ 331'357’ P1- *»> xv; Rhousopoulos, ‘E^p. ln. 1862 -, - -301, pl. xLiu et xliv; A. Salinas, I monumenti sepolcrali scopert,
laquelle a succédé au temple consacré à Déméter, Coré, Poséidon et Athéné dont parle Pausanias391. Ce temple avait été bâti sur le site de la maison du héros Phytalos, que 1 on prétendait avoir hébergé Cérès pendant ses courses à la recherche de sa fille et avoir reçu de la déesse, en récompense de son hospitalité, le premier plant de figuier. On montrait encore à cet endroit le figuier donné par Déméter, d’où le lieu avait reçu le nom de « Figuier Sacré, » ‘Iepà loxri 392. Ce n’était pourtant pas la famille des Phytalides, prétendant descendre de Phytalos, qui desservait le temple, car elle avait été attachée au culte d’Égée, père de Thésée 393. Le sanctuaire du Figuier Sacré était le siège des sacra gentilitia des Géphyréens 39\ venus de la Béotie en Attique et descendants, d’après Hérodote, des compagnons de Cadmus 395. La Déméter du temple était appelée Géphyraea 396 ; on y conservait un palladium tombé, disait-on, du ciel sur le pont du Céphise 397.
Le pont lui-même, théâtre des géphyrismoi, était situé à peu de distance. La tradition le disait bâti d’abord par les Géphyréens 398, mais il avait été refait magnifiquement au me siècle avant l’ère chrétienne par un certain Xénoclèsde Lindos 399, probablement le même que le Rhodien anonyme dont Pausanias 400 signale le vaste tombeau un peu plus loin, sur la Voie Sacrée. Entre le figuier sacré et le pont était le lieu nommé Echo401, d’après les cymbales mystiques, -/^iov402 [ecueion], que les ministres sacrés d Eleusis y faisaient retentir au retour de la procession des mystes à Athènes403.
Un peu au delà du Céphise athénien venait l’autel de Zeus Meilichios ,0*, où Thésée avait été purifié par les enfants de Phytalos du meurtre des brigands et en particulier de celui de son parent Sinis408, puis un petit temple consacré à Iacchos Kyamitès 406, au dieu déchiré par les Titans dont le sang avait fait naitre la fève 407. Les réticences superstitieuses de Pausanias au sujet du mythe essentiel de ce temple en prouvent l’importance mystique [faba], A partir de cet endroit la route s’élevait pour atteindre le défilé du mont Corydallos 408.
Nous attachant exclusivement aux lieux sacrés qui bordaient la voie, nous ne nous arrêterons pas aux deux sépultures monumentales que Pausanias signale à l’entrée du défilé 409. Un peu plus loin, dans sa partie culminante se trouvait un temple d’Apollon, temple considérable auquel a succédé le monastère de Daphni410. Ce temple était d abord, suivant ce que nous apprend Pausanias 4,1 dédié à Apollon seul. Il n’avait aucune relation avec là religion d’Eleusis et il se rattachait directement au culte
Monographie de la Voie Sacrée, ch. , - 383 Paus. ,/ 36, 3.’ 38 '4 S'teph Bvz ' ;8fr;.A1;iphr’ EpisL “■ 23‘ - 388 F- Wmant,- Monographie ch
'T 77^’ 671;7°6' “il87/’ Len°rmant' graphie, ch. 388 Pau"; à ’392 «il i!*.S' £" 90 Lenorman,i Monographie, ch. iv. 391 n 37
• - Alhen. III, 6, p. 74; Plut. Sympos. quaest. VII, 4, 4; Eustath ad Hoœer’
Odyss. a, p. 1964; Fhot. Hesych. et Etym. Magn. -ltL rj 393 w T Thés. 23. - 391 Preller, De Via Sacra In fs- F I . i Plut'
p. 245-254. - 39b Herod. V, 57, 61. - 396 E’tym M7n s Tr ’ M°m^aph'e' ad Virg. Aeneid. II, 165; Interp. Mai a IL,!' 337 Serv.
(III 21) 398 F 1 . , : Lsd- De anno et mensib. VIII, p. 45
ï\î ' “ . \ L,en0rmant’ Monographie, p. 248 et s. 399 AnthoI Palat IX, 147, Brunck, Analect. t. I, p. 138, n» 62; vov Preller n» vi c *’
F. Lenormant, Monographie, p. 234. — 400 I, 37 4 401 À 1 “ aCra’ ’ p' 1 1 ’
•EW. ta. n- 4 0 9 7.-402 F. Lenormant, Monographie p *78 e7“'’ i^Sch l“‘ ‘d Aristoph. Acharn. 708 — 404 pa„« r q7 o . J 1 ,P‘ et s* ~ 3 SchoL ad
VOS paus 7 406 p 7 p ’ ’ • v°y- I' • Lenormant, Monographie, ch. y.
Pana. 1. c. - 406 Paus. c. Pseudo-Plut. Vit. dec. oral. p. 837 Hesych 4 „ Ku«|«iT7|S ; Toy. F. Lenormant, Monographie, ch ti — 407 uanrv u ., 7 . '
gions de la Grèce t III n «Q • F T JL l J Wi aur- ’ Hlsto^e des reli-
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P- 446-451 460 479 vio p r ’ ’ ’ °^- Lenormant, Monographie ,
P 451, 460-472. -410 F. Lenormant, Monographie, ch. n„. 411 j, 37. G.
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national des conquérants ioniens pour l’Apollon Patroos412, culte que ceux-ci avaient installé dans l’Acropole d’Athènes, où ils l’avaient enté sur les vieux cultes pélasgiques des Cécropides. Le dieu y était seulement associé alors à Minerve, la compagne habituelle d’Apollon Patroos et sa mère dans les mythes spéciaux à cette forme d’Apollon413. Plus tard le sanctuaire du mont Corydallos fut agrégé à la religion d'Ëleusis. Déméter et Coré y devinrent, à côté d’Athèné, les compagnes associées d’Apollon414, ce que facilitèrent certainement les analogies que l’on tendit à développer entre Apollon Patroos et Dionysos ou l’Iacchos des mystères415. Au reste, l’association d'Apollon aux grandes déesses est le point caractéristique du culte triopien ’16, 1 une des lormes les plus importantes de la religion de Déméter ; le nom de Triopas417, qui se fit, lui et sa descendance, fondateur du culte de la déesse à Argos418 et à Cnide419, indique un rapport certain avec l'Attique.
En descendant le défilé dans la direction de la baie d'Ëleusis, on rencontrait un temple d’Aphrodite 420, dont on voit aujourd’hui encore les décombres, avec les restes d’une muraille d'un style aussi primitif que celles de Tirynthe, signalée déjà par Pausanias comme étant en avant du temple421. Le rocher auquel était adossé le sanctuaire est rempli de niches pour les offrandes votives422, dont quelques-unes accompagnées d’inscriptions 423. Débouchant ensuite au bord de la mer, la Voie Sacrée tournait à droite et longeait le rivage jusqu’à ce qu’elle atteignît les Rheitoi , 'Peitoî424. On appelait ainsi deux petits lacs salés, alimentés par des sources situées au pied du Corydallos, qui se déversent dans la mer; comme le niveau de leurs eaux change plusieurs fois par jour, à cause du caractère intermittent des sources, on croyait à une communication mystérieuse entre ces lacs et l’Euripe 425. On leur attribuait un caractère de sainteté toute particulière; l’un était consacré à Déméter et l’autre à Coré 426 ; les prêtres d’Ëleusis seuls avaient le droit d’en pêcher les poissons.
Les Rheitoi dépassés, l’endroit précis où la Voie entrait dans la plaine Thriasienne est appelé par Pausanias 427 « le palais de Crocon, » héros donné pour mari à Sæsara, fille de Céléus, et qui, d’après le périégète, jouait un rôle spécial dans les traditions du dème urbain des Scambonides. C’était l’ancienne frontière des royaumes mythiques d’Athènes et d’Ëleusis. La plaine Thriasienne devait son nom au dème de Thria, qui en occupait le centre 42S. La Voie Sacrée, dans cette plaine qu’elle traversait jusqu’à Ëleusis, se tenait à peu de distance du rivage de la mer et rencontrait encore trois lieux consacrés, dont les deux premiers ont laissé des vestiges reconnaissables 429. C’étaient l’héroon d’Eumolpe, recouvrant, disait-on, sa sépulture 430, celui d’Hippothoon 431 , héros éponyme de la tribu Hippothoontide à laquelle
412 Harpocr. s.v. ’A^dXXwv na-cpwo;. — 413 Plut. Alcib. 2; Cic. De nat. deor. III, 22 ; Harpocr. I. c. — 414 Paus. I. c . — 415 F. Lenormant, Rech. archéol. à Éleusis, p. 254-258. — 416 Ottfr. Millier, Die Dorier, t. 1, p. 400; Prolegomena zu einer Mythologie , p. 161 et s. ; Boeckh. Not. in Schol. ad Pindar. p. 314; F. Lenormant, Monographie , p. 503 et s. — 417 Hellanic. ap Athen. X, 9, p. 416; Steph. Byz. s. v. Tptôirtov ; Diod. Sic. V, 57 et 61 ; Append. ad Anthol. Palat. 50, v. 5. — 418 Paus. II, 22, 2. — 419 Diod. Sic. V. 56; Herodot. I, 174. — 420 Paus. I, 37, 7. — 421 Leake, Demi, 2e éd. p. 146. — 422 [Le Bas et Reinach, Voyage en Grèce, Itinéraire, pl. vm, p. 28 du texte.] — 423 Corp. insc. gr. n°* 507-509: — 424 Paus. I, 38, 1 ; II, 24, 6; Thücyd. II, 19; Phot. et Etym. Magn. s. v. — 425 Pausan. I. c. — 426 Hesych. s. v. Ttitol; voy. Preller, De Via Sacra, II, p. 10. — 427 38, 2. — 428 Leake Demi,
2e édit. p. 150; Hanriot, Recherches sur les dèmes, p. 1 1 1.- 429 F. Lenormant,
appartenait Eleusis, enfin celui de Zarex 432, qu’on disait avoir été instruit dans la musique par Apollon luimême 433. On atteignait ainsi la petite rivière du Céphise éleusinien, sur laquelle l’empereur Hadrien fit construire, l’année de son initiation, un pont monumental 434, enfoui maintenant en grande partie dans le sol 435. C’est au passage de ce Céphise que se trouvait le lieu nommé Erinéos, où la tradition locale d’Ëleusis plaçait la descente aux enfers de Plulon enlevant Proserpine 430, et aussi la victoire de Thésée sur le brigand Procruste 437. Quelques pas encore, et l’on arrivait à l’entrée de la cité d’Ëleusis, à la porte voisine du temple de Triptolème. Les champs de Rharos, si fameux dans la légende éleusinienne, avec leur « aire de Triptolème 438 », s’étendaient immédiatement sous les murs de la ville, du côté du nord.
VI. La fêle publique des Eleusinies. — On distinguait dans Les mystères d’Ëleusis quatre actes successifs : 1° la purification, xâGapstç ; 2° les rites et sacrifices qui préludaient à l’initiation, aûaTaatç ; 3° l’initiation proprement dite, teXêtyî ou puï]<jiç; 4° l’époptie, înorndu. 439. Nous avons déjà dit que la gûr,< jiç et l’È7roTiTEi'a constituaient deux degrés obtenus par des moyens analogues, par 1 assistance à des spectacles interdits aux profanes, et qu’on ne pouvait les recevoir qu’après un an au moins d’intervalle. Les trois premiers actes étaient, au contraire, continus : la xtxOapaiç et la cuaxa ut; constituaient la partie publique de la fête des Éleusinies, à laquelle tout le peuple pouvait assister, la pûïjaiç la partie secrète, renfermée dans les enceintes sacrées d’Ëleusis et réservée aux seuls mystes. Après qu’elle était terminée, la fêle publique reprenait pendant quelques jours marquée principalement par des solennités agonistiques et par le retour des mystes à Athènes.
La fête des Éleusinies était annoncée par l’envoi des spoNDOpnoROi chargés de proclamer la trêve sacrée 440. En effet une trêve analogue à celle des jeux olympiques protégeait la libre circulation des mystes. Dans la guerre avec les Lacédémoniens qui précéda la paix de Trente ans, cette suspension d’armes sacrée fut assurée par un traité entre les belligérants, dont le texte nous a été conservé par une inscription 441 ; il y est dit qu’elle devait s’étendre du 15 gamélion au 10 élaphébolion pour les petits mystères et du 15 métagitnion au 10 pyanepsion pour les grands. Pendant la guerre du Péloponnèse, après l’occupation de Décélie, la trêve mystique ne fut pas respectée par les Spartiates et, devant les menaces de leurs coureurs, on dut pendant plusieurs années renoncer à faire aller par terre la procession des mystes d’Athènes à Éleusis442.
[Dans la journée du 14, jour qui ne fait pas partie des Éleusinies proprement dites, les éphèhes, convoqués officiellement par leur cosmète et partis d’Athènes le 13, allaient prendre à Ëleusis certains objets sacrés, îepâ,
Rev. archéol. nouv. sér., t. X, p. 88-98. — 430 Paus. I, 38, 3. — 431 paus. I, 38, 4.
— 432 Ibid. — 433 Cf. Schol. ad Lycophr. Cassandr. 580. — 434 Euseb. Chron. p. 382, éd. Mai. —435 F. Lenormant, Rev. archéol. nouv. sér. t. X, p. 93-94; Rev. de Varchit. 1870, p. 145 et s. — 436 Paus. I, 38, 5 ; voy. Stophani, Compte rendu de la commiss. archéol. de Saint-Pétersbourg pour 1859, p. 49.-437 Paus. I, 38, 5 ; Plut. Thés. Il ; Hygin. Fab. 138. — 438 Paus. I, 38, 6 ; Chronique de Paros, Fragm. hist. gr. éd. Didot,
I, p. 544. Cf. Foucart, Bull, de corr. hell. 1884, p. 199. Une inscription récemment découverte a fait savoir que cet emplacement sacré fut loué, moyennant redevance au temple de Triptolème, à l’orateur Hypéride; ibid. 1884, p. 194 ; Haussoullier, Le dème d'Éleusis, p. 8.] — 439 Hermias Schol. in Plat. Phaedr. XXX, p. 158, éd. Astius; Olympiod. ap. Lobeck, Aglaoph. p. 41. — 440 Aeschin. De fais. leg. p. 45, 133.
— 441 Corp. inscr. gr. n° 71. — 442 Xcnoph. Hellen. I, 4, 20 ; Plut. Alcibiad . 34.
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qui devaient figurer dans le cortège officiel4'*3 : il s’agit sans doute du calathos et de la ciste renfermant les objets mystiques, ou plutôt encore des idoles sacrées représentant Déméter et sa fille. La procession faisait halte, au retour, près du Figuier Sacré u\ C’est à tort qu’on a voulu placer cette cérémonie au 16 boédromion, ou même au 18 et au 19445 : l’inscription citée dit formellement, iva TÎ)i TtrpâSt It. \ Séy.u TOzpïTtÉpil-ojoiv xà ÎEpà |J.ey pl TOÏÏ ’EXeUCTIVIOU TOU UTO TV] t 7côXet . ]
Le premier jour des Éleusinies était le 15 du mois de boédromion 446. Il était appelé iYupjjio'ç, « rassemblement441, » parce que les mystes s’y rassemblaient, sous la conduite de leurs mystagogues qui devaient diriger leur conduite et tous leurs mouvements pendant la durée des cérémonies 448, comme ils les avaient préparés à l’intelligence de ce qu’ils allaient voir [mystagogus]. Ce rassemblement se faisait avec un certain tumulte, que l’on semble même avoir affecté, par contraste avec la tenue grave et silencieuse que les mystes gardaient ensuite 449. Le lieu de la réunion paraît avoir été le portique appelé Poecile 43°, car c’est là qu’avait lieu ce qu’on appelait nia proclamation » TtpôopviTiç ou npo'ppvioiç. L’Archonte-Roi, chargé de la police de la fête, y prenait d’abord la parole pour intimer l’ordre de se retirer à tous ceux qui se trouvaient sous le coup de poursuites ou de condamnations pour crimes entraînant incapacité de prendre part aux mystères451. L’hiérophante et le daduque faisaient ensuite la Ttp'ppv]Tt; proprement dite 4S2, dans laquelle ils proclamaient les conditions exigées pour l’admission aux mystères 453, avec l’exclusion des barbares, des homicides et des impies 454, et recommandaient aux mystes d’avoir les mains et Pâme pures, de même que leur langage attestait leur qualité de Grecs
et d’hommes civilisés 455. Chaque inystagogue répétait ces recommandations au groupe de ses mystes 456. Enfin l’hiérokéryx annonçait l’obligation du secret absolu, ordonnant aux candidats à l’initiation de ne pas révéler les mystères et les engageant à garder le silence, à ne pas même prononcer d’exclamations461. On publiait aussi dans ce jour un programme des cérémonies 458, dont il était donné connaissance aux mystes et que les mystagogues devaient particulièrement savoir à fond pour en rappeler les dispositions à ceux qu’ils guidaient.
La seconde journée de la fête est fixée d’une manière positive au 16 boédromion par la victoire navale que Chabrias remporta à Naxos, après avoir choisi ce jour sacré pour livrer bataille avec la protection des dieux 459. On appelait cette journée gutrrat, « à la mer les
mystes 460 », parce que les candidats à l’initiation se rendaient en troupe au bord de la mer pour se purifier en se baignant dans son eau, que l’on considérait comme possédant une vertu lustrale toute particulière 461 ; chacun d’eux y portait avec lui et y lavait dans les flots le jeune porc qu’il devait sacrifier le lendemain 462. C’est là évidemment que le ministre spécial des purifications, appelé hydranos463, remplissait son office. Les initiés étaient alors revêtus d’une simple peau de faon ou nébris 464, usage emprunté au culte de Dionysos : Arignoté, dans son ouvrage sur le culte de Déméter, avait disserté sur le sens de ce rite, appelé vE6pc<jgô;. [Ce costume est nettement indiqué dans un relief sculpté sur un vase de marbre trouvé à Rome : on y voit différentes scènes relatives aux mystères, un initié ou un mystagogue debout devant les grandes déesses, la xâeapatç avec l’élévation du van mystique [vannus] au-dessus de la tète de l’initié voilé, enfin le sacrifice du porc (fig. 2634) 46\
Fig. 2634. — Initiation aux mystères et sacrifice du porc mystique.
Le dernier personnage placé à droite porte la nébris. Le même motif est reproduit sur un bas-relief du musée de Turin 466.]
On a disputé467 sur le lieu où les^mystes se rendaient,
443 [ Corp . inscr. att. III, 5; cf. Nebe, Dissert. Halenscs phil. VIII, p. 97; Dittenberger, Syll. inscr. gr. 360, note 4J. — 444 [Phil. Vit. Sophist. II, 20, p. 262.] — 445 [Preller, De Via Saci'a Eleusinia, I, p. 14; A. Mommsen, Heortol. p. 252.] — 446 Plut. Alex. 31; cf. Camill. 19; voy. A. Mommsen, Heortol. p. 223. — 447 Hesych. s. v. — 448 A. Mommsen, Heortol. p. 245 et s.
— 449 Plut. De virtut. progress. 10. — 450 Schol. Aristoph. Ban. 369. — 451 Pollux, Onom. VIII, 90. — 452 K. F. Hermann, Lehrb. d. gottesd. Altertli. d. Griech. 2e éd. § 55, 13. — 453 Schol. ad Aristoph. Ban. 3 6 9. — 454 Isocrat. Paneg. 157; Lucian. Démon, vit. 34; Pseudomant. 38. — 455 Cels. ap. Origen. 111, 49.
— 456 Liban. OraU Corinth. p. 3 5 6. — 457 Sopat. Distinct, quaest. p. 118,
à cause d’un passage de la Vie de Phocion par Plutarque, où il est question d’un myste se baignant avec son porc dans le bassin Cantharos au Pirée 468. Mais on n’a pas suffisamment remarqué que le passage de Plutarque ne
éd. Walz. — 458 Procl. in Plat. I, Alcibiad. p. 10 et s. éd. Cousin. [Nebe Op. I. p. 98, conteste que l’on sache rien de précis sur les cérémonies ayant lieu le 15]. — 459 Polyaen. Straiag. III, 11, 2; Plut. Phoc. 6; De glor. Athen. 7. — 460 Polyaen. I. c. ; Hesych. s. v. — 461 Lobeck, Aglaophamus , p. 1020-1024. — 462 Plat. Phoc. 28. — 463 Hesych. s. v. — 464 Harpocrat. s. v. veoçiÇwv. — 465 [Lovatelli, Un vaso cinerario , pl. 2-3 ( Bullet tino délia commis si one arch. coinm. 1879) ; voy. le t. I du Dictionnaire, fig. 1311.] — 466 [Ibid. pl. 4-5, n° 9; Mus. Veron. pl. 211, n° 3.] — 467 Guigniaut, Belig. de l'antiq. t. III, 3° part. p. 1181; A. Mommsen, Heortol. p. 247. — 468 Plut. Phoc. 28.
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se rapporte pas à des circonstances paisibles et normales, d’où l’on puisse inférer ce qui se passait dans une célébration régulière des Ëleusinies. 11 s’agit d’un fait arrivé quatre jours avant l’entrée des troupes d’Antipater à Athènes, quand l’armée macédonienne marchait sur la ville, sans respect pour la trêve sacrée. Rien de plus naturel que de penser qu’une raison de prudence et de force majeure avait empêché cette année-là d’envoyer les mystes au lieu ordinaire de leurs ablutions, et qu’on les avait fait aller simplement au Pirée, sous la protection des Longs-Murs. En temps normal, nous le savons d’une manière positive, c’est par la Voie Sacrée que les mystes s’en allaient à la mer 469, et c’est dans les Rheitoi qu’ils se purifiaient par des ablutions”0. C’est là, sur la plage au sable fin de la baie d’Eleusis, qu’au jour de la cérémonie sacrée Phryné se montra une fois aux regards émerveillés de la foule, sous l’aspect de Vénus Anadyomène"1. 11 est probable que chacun ne se purifiait pas de la même manière, mais que le nombre et le mode des ablutions variait, suivant les indications des mystagogues, d’après les fautes dont le myste reconnaissait avoir à se laver472.
C’est évidemment le même jour des purifications, soit en allant aux Rheitoi , soit en en revenant, qu’auprès de l’autel de Zeus Meilichios, sur la Voie Sacrée ”3, quelquesuns des mystes 474 se soumettaient à une purification spéciale et particulièrement compliquée qu’on appelait dios kodion (fig. 2450). [11 y a sans doute une allusion à ce rite dans le groupe central de la figure 2634, où l’on remarque à terre une corne de bélier immolé sur laquelle l'initié paraît poser le pied, pendant que le prêtre procède à la xâôapaiç au moyen du van mystique ” On disait que cette cérémonie avait été pratiquée pour la première fois, par les enfants de Phytalos, pour purifier Thésée du meurtre des brigands 476 ; il est donc possible quelle fût réservée à ceux qui avaient à se laver de la souillure d’un meurtre excusable avant de pouvoir se présenter à l’initiation.
Le 17 était la grande fête publique dans la partie de la solennité qui avait Athènes même pour théâtre. Ce jour-là, l’Archonte-Roi477, offrait « à Déméter, à Coré et aux autres dieux, pour le Sénat et le peuple, et pour le bien des femmes et des enfants 478, » le grand sacrifice public appelé 2wnrçpt«, qui avait lieu également lors des petits mystères 479. Le lieu de ce sacrifice était l’Éleusinion d’Athènes480. Les villes étrangères y envoyaient des représentants481. Après le sacrifice public venait le sacrifice privé. Chacun des mystes immolait, sans doute dans l’enceinte de l’Éleusinion, le porc mystique, yiïooc puaxtxoç 482, qu’il avait lavé avec lui la veille dans la mer. [La déesse elle-même est représentée souvent avec cet attribut caractéristique, comme on peut le voir en partîtes Etym. Magn. 5. i). «ç* Mo;. - 470 Preller, De Via Sacra Eleusinia, 11, p. 10. fNebe Op. I . p- 99, indique aussi les Rheitoi comme lieu probable des purifications], - 471 Athen. XIII, p. 690. - 472 A. Mommsen, Heortol. p. 248.
473 F. Lenormant, Monographie de la Voie Sacrée, p. 313.— iT* Rinck, Relig.
d Hellen t II p 365. — 476 [Lovatelli,' Un vaso cinerario, p. 9, dans le Bullett'ino délia comm. arch. 1879, pl. 2-3]. Pausan. I, 37, 3. - 477 Lys. Contr.
Andocid. 4. A. Mommsen, Heortol. p. 241, 250, pense qu’à lepoque classique les épimélètes offraient de leur côté, sans l’assistance du Roi, un sacrifice analogue.
— 478 Rhangabé, Ant. hellén. n» 793; Le Bas, Voyage en Grèce, Inscr. Attique, n, 400. - 473 ’Eoiip. àn. n» 3651; ’Ec,ïf. iUrp- ivfct. 2* série, fasc. 1 , n» 3 ; F Lenormant, Rech. archéol. à Eleusis, p. 63 et s. — 480 Lys. Contr. Andoc. 4; Andocid. De myster. 132; Corp. inscr. gr. n- 71. - «1 A. Mommsen, Heortol.
250. — 482 Schol. ad Aristoph. Acharn. 747 et 764; Pac. 374; Ran. 338.
— *83 Heuzey, Figurines du Louvre, pl. 18 6is,n»2; Arch. Zeitung. 1864, pl. 141 ;
Fi". 2635. — Démcter Éleusinienne
culier dans une terre cuite trouvée par l’auteur dans 1a, nécropole d’Ëleusis (fig. 2635) 483.] Un grand nombre de terres cuites antiques reproduisent ce motif 484 ; l’immolation du porc, appelée Qûa486, est retracée dans une série de bas-reliefs et de peintures (voy. 1. 1, fig. 13 1 0) 486. Le même jour, les particuliers offraient également un porc comme sacrifice domestique 487 . « Auguste et vénérée Déméter, » s’écrie Xanthias dans les Grenouilles d’Aristophane 488, au moment où va paraître le chœur des mystes, « quelle délicieuse odeur de porc rôti je respire! »
Le 18 et le 19 étaient de nouveau des jours ouvrables pour ceux qui ne participaient pas à l’initiation de l’année, et l’on possède des décrets qui en sont datés 480. Le 18, les particuliers faisaient chez eux une offrande de fruits à Dionysos et aux autres dieux430. Comme on l’a déjà remarqué 491, cette offrande domestique devait, aussi bien que le sacrifice du 17, correspondre à celles que les mystes faisaient le même jour.
Une offrande de ce genre s’accorde très exactement avec la définition que l’on donne du mot lepEta 492 et Philostrate 493 compte précisément les Upeïa comnœ un des premiers actes des mystères.
Nous n’hésitons donc pas à penser, avec Preller, que la journée du 18 leur était consacrée. [Les statuettes de terre cuite qui figurent des femmes accompagnées du porc et portant la scaphé pleine de fruits 494 font peut-être allusion à cette cérémonie (fig. 2636).]
C’est Preller 495 qui a le premier déterminé le véritable emploi de la journée du 19. On y célébrait les épidauria, institués, suivant la légende, en faveur d’Esculape, venu d’Ëpidaure trop lard pour avoir pu participer aux cérémonies des jours précédents. Philostrate dit qu’ils succédaient aux tepeïa 496. L’objet de cette partie de la fête démontre suffisamment par lui-même qu’on devait y recommencer des purifications, de même qu’on y offrait un second sacrifice, ôuaia Semépa. Mais la partie principale des Épidauria consistait dans un grand sacn-
aux divinités Eleusiniennes.
cf. Rev. de l’archit. 1870, p. 56], — 484 Gerhard, Antilce Bildwerke, pl. xeix; Panofka, Terracotten des kocnigl. Muséums zu Berlin, pl. tvn, n” 1; Caylus, Recueil d'an'iq. t. Vf, pl. xxxvn. — 486 He- sych. s. v. — 486 Panofka, Cabinet Pourtalès, pl. xvni ; [Bull. de[l. comm. arch. 1879, pl. 1-5; Heydemann, Griech. Vusenbilder, pl. si, 3]. - 487 Corp. insc. gr. n» 5 2 3. — 48» Ran. 337-339
— 489 A. Mommsen, Heortol. tabl. I, p. 95; [Corp. inscr. att. 11, 314, 330. Cf. Nebe, Dissert. Hal. philol. p. 100-101.] — 490 Corp. inscr. gr. n» 523 [= Corp. inscr. ait. III, 77.] — 401 Guigniaut, Relig. de l’antiq. t. III, 3e part. p. 1185.
— 492 Moer. Voc. attic. s.v. LçsTo». — 493 Vif. Apollon. Tyan. IV, 18. — 494 [Rossbach Griech. Antiken des arch. Mus. in Breslau, pl. i, n" 2; cf. Dumont et Chaplain, Céramiq. de la Grèce propre, II, p. 228, n- 23 et 40.] - 495 Zeitschr. f. d. Alterthumswissensch. de Darmstadt, 1835, n» 105; article Eleusmm dans la Real Encyclopaedie de Pauly, p. 97. [Nebe, Op. I. p. 100, place aussi les Epidauria à la date du 19.] — 496 Pbilostrat. Vif. Apollon. Tyan. IV 18.
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fiee à Esculape 497, dieu mort et ressuscité comme Iacchos'*98 lise célébrait probablement dans un des temples qu’Esculape avait à Athènes même'*99 et des canéphores y figuraient600. Les épimélètes des mystères y prenaient part501. Cette fête d’Esculape, suivant la remarque très juste de Preller, dut prendre place dans les Éleusinies quand les cultes d’Épidaure firent alliance avec ceux d’Eleusis, dans une circonstance racontée par Hérodote502, aune époque assez reculée de l’histoire grecque.
Le même jour, le cosmète des éphèbes recevait, sans doute de la part de l’Archonte-Roi, la notification officielle d’avoir à rassembler ceux-ci en armes pour accompagner la grande procession du lendemain 503. [D’après une inscription attique, les éphèbes partaient dès le 19 504 : il semble qu’il y ait là une contradiction avec les textes des auteurs qui fixent au 20 la procession. La solution de la difficulté a été indiquée par plusieurs érudits qui admettent que la procession tout entière partait le 19, mais vers la fin de la journée, après la célébration des Épidauria; elle n’arrivait à Eleusis que dans la nuit avancée, c’est-à-dire à la date du 20 505.]
En effet, la journée du 20 de boédromion, qui était celle du cortège d’Iacchos 6oe, ouvrait une nouvelle période de la fête, qui se transportait d’Athènes à Eleusis. C’est ce jour-là même ou le lendemain que la victoire de Salamine avait été remportée 507, et on disait qu’au lever du soleil deux hommes, égarés dans la plaine de Thria déserte, avaient vu les dieux faire la procession dont les hommes étaient empêchés, les Barbares occupant l’Attique 508. Son objet était la conduite de la statue d’Iacchos d’Athènes à Eleusis, entourée des prêtres et des mystes, auxquels se joignait une foule immense de peuple 509. Il pouvait y avoir le jour d’Iacchos des actes de procédure pour des affaires touchant aux mystères510, mais la vie civile était suspendue pendant cette journée511, officiellement fériée, comme aussi le 21.
La procession partait de l’Éleusinion, traversait l’Agora dans sa plus grande longueur en chantant des hymnes à Iacchos512, gagnait la rue des Portiques S13, par où commence l’itinéraire de Pausanias en entrant dans la ville, et allait chercher la statue du jeune dieu dans le temple qu’on appelait Iaccheion 5U. Auprès de 1 laccheion, et tout à côté de la porte Piraïque, se trouvait le IIofi7ieTov, ou édifice destiné à la préparation des processions sacrées515. Les mystes devaient s’y rendre et y organiser définitivement leur cortège, car Pausanias remarque que l’on préparait en ce lieu toutes les grandes pompes reli-
4&7 Philostrat. I. c. — 498 Pausan. 11, 26, 8. — 499 A. Mommsen, ffeortol. p. 72.
— 500 F. Lenormant, Iîech. archéol. à Éleusis, p. 261 ; A. Mommsen, ffeort. p. 251. — 501 Le Bas, Voyage , Inscriptions , Attique, n° 362; ’E&ï|[a. àpx- n°
F. Lenormant, Recherches, inscription n° 44 [= Corp. inscr. attic. III, 916, 921; cf. Id. II, 453 6.]; Rhangabé, Ant. hellén. n° 552; cf. Mommsen, ffeortol. p. 252. — 502 V, 82. — 503 <i>i7a<n:wç, t. II, p. 238 [= Corp. inscr. att. III, 5.]
— 50V [Ibid. 1. 16.] — 505 [Dumont, Ephébie attique , I, p. 265 ; A. Mommsen, ffeortol. p. 226; Dittenberger, De atticis ephebis, p. 62, note 5; Nebe, Op. I. p. 102-103. Mais, d’après ce dernier, M. Mommsen aurait tort de faire partir la procession le 19, avant midi, car, même en tenant compte des arrêts le long de la Voie Sacrée, le cortège serait arrivé avant le 20 à Eleusis.] — 506 Plut. C ami II. 19; Phoc. 28. — 507 Polyaeu. Stratay. 111, H, 2; Plut. Camill. 19.
— 508 Herodot. VIII, 65; Plut. Themistocl. 15. Ce miracle devient encore plus merveilleux chez le rhéteur Aristide, Eleusin. p. 418, éd. Dindorf. — 609 Plut. Alcibiad. 34; Schol. ad Aristoph. Ran. 326. — 610 Andocid. De myster. 121. — 511 A. Mommsen, ffeort. p. 95. [Pour cette raison, M. Nebe {Op. I. p, 1 05) pense que M. Koehler a eu tort de restituer le mot £o]t|[<&ço|aiojvo; EÎxa<7-:]tT dans un décret du Corp. inscr. ait. II, 303]. — 512 Hesvch. s. v. Atayôfaç. — 513 Voy. Preller, De Via Sacra, I, p. 6. — 514 Plutarch. Aristid. 27; Alciphr. Epist. III, 59. — 515 Paus. I, 2, 4.
616 Schol. ad Aristoph. Ran. 401. — 517 Tit. Liv. XXXI, 24. — 518 Voy. I’ • Lenormant, Monographie de la Voie Sacrée, p. 20. — 619 1, 36, 3. — 620 H
gieuses « aussi bien celles qui avaient lieu annuellement (comme les Eleusinies) que celles qui se célébraient à un plus long intervalle (comme les Panathénées) ». De cet endroit la procession des initiés gagnait le Céramique B1*, non pas probablement par la rue principale entre l’Agora et la porte Dipyle511, mais par quelque rue parallèle aux remparts 518, et sortait enfin de la ville par la porte à laquelle nous avons, comme Pausanias j19, commencé notre description de la Voie Sacrée.
La statue d’Iacchos, portée dans la procession 520, était sans doute conforme au type de la figure de marbre, exécutée par Praxitèle521, que l’on voyait dans le temple même où l’on allait la chercher 522, à celui que reproduisent le symbole accessoire d’un tétradrachme d’Athènes 523 et une pierre gravée524 [iaccuus]. C’était un bel enfant, couronné de myrte et tenant une torche à la main S25. C’est pour cela que le chœur des mystes, dans Aristophane'’25, l’appelle (fum^opoi; ccar.jp 521 . Conduit par le iacchagogos J'!i, qui semble avoir eu la direction de toute la procession, le jeune dieu était escorté de deux prêtresses, la daeiritis et la kourotrophos 529, cette dernière tenant le personnage de sa nourrice. On portait auprès de lui le liknos ou van sacré [vannus], qui lui appartenait spécialement 630, ou peut-être le kernos, qui paraît avoir tenu une place spéciale dans les Eleusinies. On portait aussi, dans un sac de riches étoffes531, ses jouets d’enfant, osselets, ballon, sabot, pomme, toupie, miroir et poupée de laine, suivant l’énumération de Clément d’Alexandrie 532, jouets dont on faisait des symboles augustes et qui avaient un rôle dans la légende orphique de la mort de Zagreus 533.
A l’imitation du dieu, chacun des mystes tenait un long flambeau allumé; c’est ainsi que nous les voyons dans un dessin malheureusement très incorrect que Spon 534 nous a conservé d’un piédestal colossal dédié à Éleusis par l’hiérokéryx Numérius Nigrinus 535, sur les quatre faces duquel se développait l’image de la procession. Le flambeau revient à chaque instant comme un des principaux symboles du culte éleusinien, soit aux mains du daduque et de la prêtresse homonyme, soit en attribut des divinités. Ici, porté par tous les mystes, on y attachait surtout l’idée de purification 536 que le mythe d’Eleusis met en action dans l’histoire de Démophon53’. La procession d’Iacchos étant considérée comme le début des mystères proprement dits, c’est en ce jour que les mystes prenaient leur habit d'initiation, qu’ils dédiaient ensuite en offrande aux Grandes Déesses 538. Sainte-Croix539, suivi depuis par beaucoup d’autres 54°, a supposé gratui-
nous est impossible d’admettre avec Gerhard {Ueber den Bilderkreis von Eleusis, 2e mém. p. 540, note 213) qu’un enfant vivant en faisait le personnage. — 521 Voy. Friederichs, Praxiteles, p. 12; [Overbeck, Geschichte der Plastik, 3e éd. I, p. 379; Schriftquellen, n°* 1195-1197.] — 522 Paus. I, 2, 4; cf. Cic. In Verr. IV, 60, 135.
— 523 Beulé, Les monnaies d’Athènes, p. 202. — 524 Gerhard, Antike Bildwerke, pl. cccxi, n° 3 ; Ueber den Bilderkreis von Eleusis, 3e mém. pi. v, n° 4. — 525 Aristoph. Ran. 397-413 , 330, 350. — 626 Ibid. 342. — 527 Sur ce titre et les idées auxquelles il se rattache, voy. F. Lenormant, Monographie de la Voie Sacrée, p. 515; Gerhard, Ueber den Bilderkreis von Eleusis, lor mém. p. 282, note 66. — 528p0llux, Onomast. I, 1,
35. 529 Pollux, l. c. — 530 Virgil. Georg. I, 166 ; voy. Stephani, Compte rendu de la
commiss. archéol. de Saint-Pétersbourg, 1859, p. 46. On voit la forme de ce vau dans notre fîg. 2634. — 531 a. Mommsen, ffeortol. p. 253. — 532 Protrept. II, p. 15, éd. Potter. — 533 Orph. ap. Clem. Alex. I. c. ; Lobeck, Aglaoph. p. 701. — 634 Voyage, t. II, p. 283 ; Wheler, Travels, p. 429. — 535 Corp. inscr. gr. n° 389. — 536 Lucian. Necyom. 7 ; Serv. ad Virg. Aeneid. VI, 740 ; voy. Stephani, Compte rendu de la commiss. archéol. de Saint-Pétersbourg, 1859, p. 43; Gerhard, Ueber den Bilderkreis von Eleusis, 1er mém. p.282, note 08; Botticher dans le Philologus, XXV, p. 22. [Les (AUffriitoXot Sarôt; sont mentionnées dans les inscriptions; Corp. inscr. att. III, 172, 1393.] — 637 Hom. ffymn. in Cer. 234 et s. — 538 Schol. ad Aristoph. Plut. 846.
— 539 Recherches sur les mystères, 2e éd. 1. 1, p. 283. — 540 Guigniaut, Religions de l'antiquité, t. 111, 3° part. p. 1171 ; Maury, ffist. des relig. de la Grèce, t. II, p. 337.
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tement et bien à tort qu’ils étaient revêtus de l’ancien costume des Athéniens d’avant les guerres Médiques, tel que le décrit Thucydide s4‘, avec la longue tunique et les cheveux relevés en crobyle par des cigales d’or. Même sur le mauvais dessin de Spon, on distingue très bien que dans le bas-relief de la procession ils étaient vêtus d'une tunique courte, descendant seulement à mi-jambe et serrée à la taille par une ceinture. Tous étaient couronnés de myrte 342. [Nous pensons que l’on peut considérer le costume du troisième personnage reproduit à la figure 2634 comme l’habit de cérémonie d'un mystagogue ou de quelque autre personnage important dans la procession des initiés. La même tunique à franges est donnée au prêtre qui préside au sacrifice du porc mystique 343.]
Les éphèbes escortaient en armes la procession, formant comme une garde d’honneur 5U. La libéralité d’Hérode Atticus leur permit de porter dans cette solennité des chlamydes blanches543. On y voyait aussi figurer un détachement des hoplites conduits par leur stratège 64°. Mais tout cet appareil militaire ne fut en usage que dans les bas temps. Autrefois la procession se faisait sans escorte, et ce fut une nouveauté lorsqu’Alcibiade employa des soldats pour en couvrir la marche contre les Lacédémoniens établis à Décélie 347.
La procession était bruyante et d’un caractère orgiastique. Les mystes y chantaient l’hymne appelé lui-même totxyo; 348, qu’ Aristophane a imité dans sa comédie des Grenouilles, ce qui prouve que toute cette partie de la fête, à laquelle le public se portait en foule, n’était point soumise à la loi du secret. Ils interrompaient leurs chants de temps à autre en poussant de grands cris d’invocation (ïaxyot xai (Joaf 349), dont les principaux étaient ’laxye, w 'Iax/y 530, ou encore éltlsZ xope StgopsE 331 , par allusion aux représentations d’Iacchos qui unissaient la nature de taureau à celle d’homme 362, ou bien au caractère androgyne qu’on prêtait fréquemment à ce dieu 333 [iAccnus].
A chacun des sanctuaires situés sur la Voie Sacrée, la procession s’arrêtait pour offrir des sacrifices et des libations, chanter des péans et exécuter des danses religieuses (yopeïai) 334. M. A. Mommsen011’ a essayé très ingénieusement de restituer les principales de ces stations ; seulement c’est à tort que, comme d autres du reste336, il place dans ce jour les géphyrismoi, qui avaient lieu certainement plus tard, au retour des mystes vers Athènes 337 . La seule circonstance des stations de la route qui soit précisée par les écrivains anciens se passait, suivant toutes les vraisemblances, au lieu dit le palais de Crocon, à l’entrée de l’ancien territoire d'Éleusis 338.
EU J. c. - 642 Schol. ad Aristoph. Ran. 333. — “3 [CI', aussi les plaques de terre cuite publiées par M«" Lovatelli, Bull, délia comm. arch. 1879, pl. 4-5, n»> 3 et 8.] - 544 laser, éphébiques : Corp. inscr. gr. n° 118; ’EW. in. n“ 4041, «42, 4097, 4098, 4104 et 4107; voy. Dittenberger, De ephebis atticis, p. 62; [Dumoat, Ephébie altique, I. p. 265.] - 645 [Plulostrut. Vit. Sophist. p. 237, iv; Corp. inscr. ait. III, (132] 1 846 F. Leuormant, Rech. archéol. à Ëleusis, inscription n° 24; cf. Pittakis, L'ancienne Athènes, p. 40. - 647 Plut. Alcibiad. 34; Xenoph. Hellen. I, 4.
548 Herod. VIII, 65; Arrian. Exped. Alex. II, 16. — 519 Plut. Themistocl. la;
cf. Etym. Magn. et Hesych. s. v. vla.v/oç. — 660 Aristoph. flan. 316-317. 6al Firmic. Matera. De error. profan. relig. p. 43; voy. Lobeck, Aglaopham. p. 24. 562 Gerhard, Anlike Bildmerke , pl. cccxiv, 1 ; Arehaeol. Zeilung, t. IX, pl. sxsin ; cf Gerhard, Ueber den Bilderkreis von Eleusis, 2» mém. p. 540, note 215. 553 F, Leuormant, Monographie de la Voie Sacrée, p. 380 ; Gerhard, Ueber den Bilderkreis von Eleusis, 2" mém. p. 540, note 216. — 664 Plut. Alcibiad. 34. Inscr. éphébique : *ai™?, t. Il, p. 23 8. - 565 Heortol. p. 254-255. - 650 Guigmuut, Relig. de Vantiq. t. III, 3» part. p. 1188; [Diebl, Excursions archeol. en Grèce, P 093 ] - 667 Schol. ad Aristoph. Acharn. 708. - 558 O. Muller, art. Eleusimen
Les membres de la famille sacerdotale des Croconides 559, qui s’attribuaient une origine mythique éleusinienne 561’, mais dont le nom provenait évidemment de ce rite (du verbe xpoxo'w), attachaient à chacun des mystes des bandelettes teintes en safran au poignet droit et au pied du même côté361. Il semble que l’on regardait ces bandelettes comme préservant du mauvais œil562.
Naturellement, avec toutes ces stations, la procession n’avançait que très lentement. 11 faut quatre heures à un homme à pied, marchant d’un bon pas, pour aller d’Athènes à Éleusis; le cortège d’Iacchos [parti d’Athènes dans l’après-midi du 19, comme nous l’avons indiqué plus haut], n’arrivait à Éleusis qu’à une heure avancée de la nuit [c’est-à-dire le 20], à la lueur des milliers de flambeaux que portaient les mystes 563. Les édifices sacrés eux-mêmes étaient illuminés, et certaines traces des dispositions pour cet objet se remarquent encore parmi les débris du temple de Triptolème 664. On ignore absolument le cérémonial qui marquait à ce moment l'entrée d'Iacchos dans le sanctuaire où allaient bientôt se faire les initiations.
La journée du 21 s'ouvrait par le sacrifice solennel offert au nom de la République, à l’intérieur des enceintes sacrées 563, sur le grand autel, par les uiéropüioi officiels. Une inscription d’ancienne date, antérieure au siècle de Périclès, donne la composition de ce sacrifice ■jCI' : une chèvre à Gê Kourotrophos, à Hermès Enagonios et aux Charités, une chèvre à Artémis, une chèvre à Triptolème, une trittye composée d’un taureau, d’un bélier, et d un verrat 567 à Iaechos et aux Grandes Déesses. Sauf 1 addition du personnage tout local de Triptolème, c est la même réunion de divinités qu’on invoquait dans les Thesmophories 368. [Une inscription d’Éleusis plus récemment connue, du ive siècle, indique quelques modifications dans le choix des victimes et dans 1 attribution aux divinités : une trittye d’animaux aux cornes dorées, dont le premier sera un bœuf, pour chacune des deux déesses; une victime adulte pour Triptolème, pour le dieu et la déesse, pour Euboulos; un bœuf aux cornes dorées pour Athéna; mais il n’est pas spécifié que ce sacrifice ait lieu à l’occasion des grandes Éleusinies369.] Le sacrifice qui suivait la procession dans les mystères d Andania, en Messénie, imités de ceux d’Éleusis, se composait d une truie ayant mis bas, immolée à Déméter, d une truie vierge de deux ans pour les Grands Dieux, d un bélier pour Hermès, d’un verrat pour Apollon lvarnéos et d un mouton pour Hagné 570. D’autres sacrifices suivaient celui-ci, sur le même autel. Ainsi les éphèbes immolaient dans le péribole du temple 371 deux vaches512, et après ce sacrifice dédiaient à Déméter et à Coré une
dans l'Allgemeine Encyclopaedie d'Ersch et Gruber, p. 273; Schoemann, Alteith. t. Il, p. 317; A. Mommsen, Heortol. p. 256. — 659 Harpocrat. Phot. et Suid. s. v. 660 Voy. Bossler, De gent. Attic. sacerd. s. v. — 661 Phot. s. v. *fo*oû»; Lex. rlietor. ap. Bekker, Anecd. gr. p. 273. - 662 0. Jahn, Ueber d. boesen Blick, dans les Bericht. d. Saechs. Gesellsch. 1855, p. 42; A. Mommsen, Heortol. p. 256. [C'est sans doute à cette superstition qu’est due la présence de la mince bandelette qui entoure souvent la cheville droite des éphèbes dans les peintures de vases; Bnumeister, Denkmaeler des klassischen Alternons, fig. 1877, 1881.] -663 Aristoph. Ran. 344. — 564 Voy Boetticher, Bericht ûber die Untersuchungen auf der A kropolis von Athen, p. 226 et s. - 665 >E w. iM. n° 4104. - 666 -E?w. &w. n” 3798 ; F. Leuormant, Rech. archéol. à Eleusis, inscr. n" 25[= Corp. inscr. att. I, 5.] — 567 F. Leuormant echerches p. 81 et s. — 608 Aristoph. Thesmoph. 296-300 ; F. Leuormant, Recherc tes, p. 77 et s. - 660 [Bull. corr. hell. 1884, p. 204.] -670 Sauppe, Die Mysterieninschnft ans Andania, p. 23, 1. 70 de l'inscription. [= Le Bas et Foucnrt, Voyage en Grèce, Inscription, sect. V, p. 172, § 12.] — 571 Inscriptions éphébiques : ’EW. A?ï- n"’ ' ’
4104 ; <t>iktvTu(, 1. 1, p. 56 ; [Corp. inscr. att. II, 466-469. Cf. Dumont, Ephébie attxque, I, p. 266.] — 672 'E?>ip 4px- n" 4104; [Dumont, op. t., p. 266.]
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phialé d’argent ™. Les cités alliées faisaient célébrer par leurs ambassadeurs des cérémonies analogues51'*. Diverses corporations religieuses, comme les dionysiaci artifices 675, offraient aussi des sacrifices, ceux-ci dans leur petit sanctuaire particulier.
Les taureaux destinés à être immolés étaient amenés en liberté près de l’autel, et les éphèbes luttaient avec eux 570 pour les dompter et les contenir devant le sacrificateur. Le même usage s’observait encore à Eleusis, pour le sacrifice de la fête des proérosia 677. C’étaient là ces combats de taureaux que l’on signale dans les fêtes d’Eleusis et dont les émigrés d’origine athénienne avaient transporté l’habitude à Ëphèse818. Devant le temple de Triptolème, contenant la statue du héros, à Agrae, Pausanias signale un taureau de bronze amené, dit-il, pour le sacrifice 519.
[Dans les sacrifices éleusiniens mentionnés par les textes épigraphiques, il est question de gâteaux sacrés, TtsXavoç, npoxwvta, que l’on offrait aux déesses et aux héros locaux; ils étaient faits avec l’orge des prémices prélevées sur les récoltes de la confédération attique580.]
Le 21 voyait ainsi les sacrifices, Outrt'at, que l’on distinguait des puanipta, ou mystères proprement dits, parmi les actes accomplis à Eleusis581, distinction faite aussi à Andania 582. Mais c’était en même temps la première des journées qu’on appelait par excellence puaTYipidmÎEç guipai 383, initiorum dies, dit Tite Live 58'*. Sopater 685, avec plus d’exactitude encore, se sert de l’expression vuxteç p unTtxai, car c’est dans la nuit qu’avaient lieu les initiations 386. M. A. Mommsen587 a très justement admis qu’il fallait compter trois journées ou trois nuits mystiques, les 21, 22 et 23 boédromion. Nous partageons entièrement sa manière de voir, non pas tant comme lui à cause des trois nuits que duraient les mystères du devin Alexandre 388, imités dans une certaine mesure de ceux d’Eleusis, que parce qu’il faut aller du 15 au 23 pour compléter le nombre sacramentel de neuf journées, qui tient au fond même du mythe d’Eleusis et qui devait nécessairement servir de cadre aux mystères 589, puisque c’était le temps que Déméter avait passé à la recherche de sa fille. Cependant M. A. Mommsen 390 a très bien établi aussi qu’il n’y avait que deux nuits d’initiations proprement dites, le 22 et le 23, l’une pour la pu'ï|atç, l’autre pour rÈTroirtEiï. Ceci reconnu, l’emploi de la soirée et de la nuit du 21 est certain et s’impose nécessairement. C’est ce que Fulgence appelle Ictmpadum dies™', la soirée où les mystes, désormais seuls, partageaient le deuil de Cérès et commémoraient en les imitant ses courses désolées après l’enlèvement de Proserpine. Portant de nouveau des flambeaux, à l’exemple de la déesse 592, ils allaient sans doute visiter les lieux témoins de sa douleur, peut-être l’Érinéos, certainement la Pierre Triste et
618 àçy . nos 4041, 4098, 4104; [Dumont, Op. I. p. 267.] — 074 [Corp. inscr. att. Il, 442.] — 676 Rhangabé, Ant. hellèn. n° 813 ; F. Leuormant, Recherches, inscr. nû 26.
— 076 n°* 4041, 4097, 4098, 4104; voy. Curtius, Goetting. Gel. Anzeig.
1860, p. 336; üiltenberger, De ephebis alticis, p. 62; [Dumont, Op. I. p. 267; Nebe, Dissert. Hat. phil. VIH, p. 1 10]. — 677 'Ec^a. n“40H et 4104. — 678 Artemid. Onirocrit. I, 8. — 679 paus. I, 14, 3. — 680 [Bull, cor . hell. t8S4, p. 205. |
— 081 Rhaugabé, A fit. hellèn. n° 813; F. Leuormant, Recherches, inscr. n° 26; voy. A. Mommsen, Heorlol. p. 229. — 682 Sauppe, Mysterieninschrift ans Andania , p. 49 [ =: Le Bas.Foucart, Voyage arch. en Grèce , inscript, section V, P- 162, § 12.] — 583 Rhangabé, l. c. ; F. Leuormant, l. c. 1. 13 de l’inscription.
— 684 XXXI, 14. — 586 Distinct, quaesl. p. 121, éd. Walz. — 586 Cf. Kuripid. ion, 1074 et s.; Aristoph. Ran. 371; Cic. De leg. Il, 14, 33. — 687 lleortol. p. 229. — 583 Luciau. Pseudomant. 38. — 689 Guigniaut, Relig. de Vanliq. t. III, 6l part., p. 11S9. [M. Nebe combat vivement cette opinion mise en vogue par
le puits Anthion. Mais il était défendu aux initiés d’imiter l’attitude de la déesse assise 593.
Cette soirée de deuil se terminait, comme les courses même de Déméter, en buvant le cycéon mystique 59t. Les mystes rompaient ainsi le jeûne qu’ils avaient gardé toute la journée, comme les précédentes et qu’ils devaient encore observer le 22 et le 23. En effet, le jeûne de la déesse ayant duré neuf jours 593, ils devaient jeûner le même temps 59C. Leur jeûne était, du reste, semblable à celui des musulmans pendant le ramadhan : ils ne prenaient aucune nourriture tant que le soleil était sur l’horizon, mais seulement au lever des étoiles, cette heure étant celle où la déesse avait mangé de nouveau pour la première fois 597. La durée de neuf jours pour le jeûne des initiés d’Eleusis est encore confirmée par la comparaison avec les neuf nuits de continence parfaite imposées aux femmes romaines dans la célébration des fêtes de Cérès 598.
L’acte de boire le cycéon avait dans les Éleusinies le caractère d’un véritable sacrement 5", ainsi que le prouvent les nombreuses peintures de vases (voy. tome Ier, lig. 1298) où les Grandes Déesses versent ce breuvage à Triptolème, comme signe, de son initiation 600 [triptolemus]. Nous pensons qu’il précédait la 7tocpâ3o<rt; t«v tsptov 601 . On appelait ainsi, par une expression consacrée et rituelle, la collation qui se faisait dans tous les mystères de certains objets sacrés et secrets, cachés aux regards des profanes et dévoilés aux initiés comme des symboles particulièrement vénérables. Les mystes les touchaient ou les baisaient, goûtaient à quelques-uns d’entre eux 002 et en recevaient certains, qu’ils conservaient en souvenir de leur initiation, loin de tous les yeux, enveloppés dans une toile de lin 603. Dans chaque espèce de mystères, ces objets étaient différents ; à Eleusis c’étaient ceux que contenaient le calathos et la ciste et que Clément d’Alexandrie 601 énumère ainsi : des gâteaux de sésame et de farine de blé, des tourtes et des galettes avec de nombreuses protubérances à la surface, des grumeaux de sel, des grenades et de jeunes pousses de figuier (xpoîcat), des férules, des branches de lierre, des gâteaux au fromage et des coings, sans oublier le serpent familier de Bacchus qui se blottit au milieu de. tous ces objets. Les mystes goûtaient à quelques-uns des gâteaux sacrés après avoir bu le cycéon, comme le prouve la célèbre formule mystique qui réunit les deux actions en une seule cérémonie : <> J’ai jeûné, j’ai bu le cycéon, j’ai pris dans la ciste et, après avoir goûté, j’ai déposé dans le calathos; j'ai repris dans le calathos et remis dans la ciste G05. » [Nous sommes fort tenté de voir une allusion à cette cérémonie dans une peinture de vase conservée au musée de Naples et interprétée, à tort., selon nous, comme une représentation des sacri-
Meursius et qui ne s’appuie, selon lui, sur aucune raison solide ; Dissertationes Halenses philolog. VIII, p. 93.] — 590 Heortol. p. 261 et s. [Nebe pense que sur le moment et la durée des initiations il n’y a absolument rien de certain ; Op. I. p. 111]. — 591 Fulgent. I, 10; voy. Prcller, art. Eleusinia, p. 100; A. Mommsen, Heortol. p. 260. — 592 Stat. Sylv. IV, 8, v. 51. — 593 Clem. Alex. Protrept. Il, p. 16, éd. Potter. — 59V Homer. Hymn . in Cer. 210 ; Clem. Alex. Protrept. II, p. 18, éd. Potter; Arnob. Adv. gent. V, 26; voy. Sainte-Croix, Rech. sur les mystères, 2° éd. t. I, p. 317; A. Mommsen, Heortol. p. 260. — 59b Hymn. 47 et s. — 596 V0y. Guiguiaut, Relig. de l'antiq. t. III, 3e part., p. 1189. [Voy. la note 589.] — 597 Ovid. Fast. IV, 535. — 698 Ovid. Metam. X, 43. — 699 Guigniaut, Relig. de l'antiq. t. III, 3® part., p. 1209. — 600 Ch. Lenormant et de Witte, Él. des mon. céram. t. III, pl. xlvii, l-lii, liv-lix, lxi, lxii, Lxin B. — 601 Lobeck, Aglaoph. p. 39. — 602 Guigniaut, Relig. de l'antiq. t. III, 3e part., p. 1209; Maury, Hist. des relig. de la Grèce, t. II, p. 335. — 603 Apul. Apolog. p. 140. — 604 Protrept. Il, p. 19, éd. Potter. — 60 fo/bid., p. 18.
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fîces à Hécale et des repas offerts aux pauvres dans les rues d'Athènes °06. Le mot myxta [i] 607 qui accompagne le tableau (fig. 2637) ne saurait être « une invention ca-
Fig. 2637. — Repas des inities daus les mystères d'Fleusis.
pncieuse de l’artiste », comme le prétend M. Lübbert : il donne, au contraire, le sens très clair du sujet. Un couple de mystes, homme et femme, couronnés de myrtes, est assis devant une table chargée de mets ; à leurs pieds, le calathos rempli de pains. Un prêtre ou un mystagogue passe devant eux, tenant l’outre de vin ornée de rameaux en signe de consécration religieuse ; il leur tend la coupe contenant le cycéon qui rompt le jeûne mystique. Dans le fond une édicule, portée surunecolonnette, figure d'une façon conventionnelle le temple lui-même ou bien les nombreuses chapelles élevées autour du sanctuaire. L’arbre indique que la scène se passe dans le péribole du temple 608.] D'autres textes disent aussi que l’on goûtait des grains portés dans le kernos001.
La formule sacramentelle, telle que nous venons de la rapporter, a donné lieu à une infinité de conjectures, les uns 6,0 y ont vu une sorte de mot de passe que les mystes devaient prononcer pour être admis ; mais Lobeck011 n’a pas eu de peine à démontrer, par un exemple positif012, qu’on y entrait sans qu’il fût rien demande. D’autres613 ont pensé que c’était une des paroles explicatives prononcées par l'hiérophante au moment d un des actes du drame, ce qui n’est pas non plus admissible,
GOG [Lübbert, Annali dell’ Inst. 186b, p. 84, pl. f. Stephani, Compte rendu de Saint-Pétersbourg, 1868, p. 160, y a vu Uéméter et Coré servies par un mys a- „0„ue n 607 [On n’objectera pas que celte scene, faisant partie des rites secrets d’initiation, ne pouvait figurer sur un objet d’art industriel Le repas des mystes et le cycéon ne sont pas soumis à la loi du secret, comme le prouvent les allusions des auteurs et les représentations si nombreuses de Triple > cm® recevant le cycéon des mains de Déméter dans les peintures de vases.] - Uem. Alex. Protêt II p. 18; Arnob. Ado. gent. V, 26; cf. Lobeck, Aglaoph. p. 2d et 27. 609 Athen’. Xi, 52, p. 476. - GiO Sainte-Croix, Rech. sur les mystères, 2- ed t ! p 302. - Gll Aglaoph. p. 25. - «2 Tit. Liv. XXXI, 14. - GU Ch. Lenormact. Me'Z'dc VAead. des laser, nouv. sér. t. XXIV, ir- part p 423 et s. - G.* Ado. <ienl V *6 015 Liban. Orat. Corinth. p. 356; voy. Lobeck, Aglaoph. p. 90. 1 CiG a'. Mommsen, Eeortol. p. 230, note 2. - «7 SopA.Bislinet. quaest. p. 118 éd Walz. - 618 Aristoph. Rail. 373; Schol. ad v. 35b; Herodian. III, 8, I, c
> r „ s.itoï. nr n° 401 — 619 Himer. Orat. Mil, p. 512. p oy l*x Wivvuya, dans Corp. viser, gr. n «a.
Fig. 2638. — Frise de l’autel de l’Éleusinîon, à Athènes.
car la phrase est certainement dans la bouche du myste, et non de l’hiérophante. Il n’y avait pas lieu de recourir à toutes ces hypothèses, car Arnobe 611 dit en termes formels que chacun des mystes répondait par ces paroles à la question du prêtre au moment de la napâSotni; twv tspôiv ( quae rogati sacrorum in cicceptionibus respondelis).
Avec la irapâootn; twv îeptôv on était déjà dans la partie secrète des mystères. C’est donc avant qu’il faut placer nécessairement le seul acte par lequel on cherchât, du moins pour la première initiation, à distinguer les mystes des profanes, la question que chaque mystagogue adressait individuellement à ceux qu’il amenait, demandant s’ils avaient mangé des aliments défendus615. Peut-être à ce moment y avait-il une nouvelle proclamation, t. poppvjc tç , pour éloigner les barbares et les impies; mais cela n’est pas bien établi016. Du moins il paraît probable que l’hiérokéryx prenait la parole encore une fois pour recommander aux mystes un silence absolu pendant les cérémonies611.
Nous consacrons une section particulière aux renseignements que les écrivains anciens fournissent sur les deux nuits des initiations proprement dites, remplies par les spectacles mystiques, le 22 et le 23, vravvu ygSsq 618 ou Trxvvu^îç au singulier °19, désignant plus spécialement la seconde nuit, celle de l’époptie. Les mystes s’y présentaient couronnés de myrte et tenant à la main un bâton de forme particulière, sorte de thyrse très court 62°. Ainsi sont représentés Hercule et les Dioscures, sur un vase de l’ancienne collection Pourtalès 6al, Hercule seul sur un vase de Panticapée (fig. 2630) 622. Le même attribut, groupé avec les pavots de Coré 623, figure au nombre des symboles principaux du culte mystique sui la frise du grand autel d’Éleusis (fig. 2633) 621 et sur l’autel de l’Éleusinion d’Athènes (fig. 2638) La véritable explication de ces objets a été donnée par M. Ste¬
phani620, qui y a
reconnu le bacchos021 ; la ressemblance
de cet attribut sacré avec une torche est indiquée par un témoignage ancien 028. Ce pouvait être aussi un simple rameau 6S0, et c’est ainsi que sur le célèbre vase à reliefs de Cumes (fig. 2639) 030 Céléus ou Eubouleus porte, en guise de bacchos , un rameau d arbre.
S’il est vrai que l’on entrait sans mot de passe ni signe de reconnaissance à la gûï)ciç proprement dite, et que bien des fois des gens indignes purent s’y glisser, il n en était pas de même pour ri-Mitrei'a,. réservée à un plus
— 020 [L’extrémité de ce bâton est visible dans notre fig. 2634, tenu par le personnage qui fait face aux déesses : il est indiqué très nettement dans d’autres monuments analogues publiés par la comtesse Lovatelli, Bull, délia eomm. areh di Borna, 1879 pl 4 5 n°s 3 7 8 ] — 621 Panofka, Cabinet Pourtalès, pl. xvi; Ch. Lenoi mont et de Witte, El. des mon. eéram. t. III, pl. «m. - 622 Co^r^udela commise. arehéol. de Saint-Pétersbourg, 1859, pl. n ; Gerhard, Büderkreis von Eleusis, 1er mém. pl. n. - <*> Guigniaut, Belig. de Vantig. t U 2" part. P- 6 et 662; Beulé, Les monnaies d’Athènes, p. 329. — G2’> Uned. ant. of Attica, c i. > , ni VII n» 1. - 625 Stuart, Antiq. of Athens, t. I, ch. i, pl. n; I. Lenormant, Rech.' arehéol. à Éleusis, p. 397. - 626 Compte rendu de la eomm. areheol. de Saint-Pétersbourg, 1839, p. 91. - 627 Schol. ad Aristoph. Equit. 409. - 628 Lex.c. rhetor. ap. Bekker, Aneed. gr. p. 224. [Cf. daus le Bull. dell. eomm. areh 8 , ni ,v-v les n». 2 et 4 avec les n"» 3 et8.]-G29 Schol. ad Aristoph. Le.; voy. Lohecx, Aglaoph. g. m.-WBull. areh. napol.nmv. sér. t. III, 1854, pl. v, ; Compte rendu de Saint-Pétersbourg, 1862, pl. ... ; Gerhard, Büderkreis von Eleusis, 3° mém. pl.
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petit nombre d’individus, que beaucoup se dispensaient d’acquérir, et où l'on ne fut admis, du moins à partir d’une certaine époque, qu’après un assez long stage d’épreuve (voy. plus haut, § III). Il est aujourd’hui certain qu’on n’y entrait que sur la présentation d’une tessère spéciale. Déjà un passage de Julius Firmicus Malernus631 signalait l’emploi de signes de ce genre dans
certains mystères : Libet nimc explanare guibus se signis vel guibus symbolis in ipsis superstilionibus miseranda hominum turba cognoscat. Mais fallait-il appliquer ce texte aux mystères d’Éleusis? C’est ce dont on pouvait douter jusqu’au moment où un monument signalé par M. Albert Dumont 6=2 est venu trancher la question dans un sens affirmatif. C’est une tessère ronde de plomb, trouvée
Fig. 2639. — Déméter et
autres divinités réunies à Eleusis.
en Attique, qui porte l’épi et le pavot, symboles de Déméter et de Coré, avec les quatre lettres EriO'F, lesquelles ne peuvent s’expliquer que par le mot irndila ou s7toij/iç. D’autres tessères analogues633, avec les mêmes symboles ou la tète de Cérès, ou celle d’Athéna, présentent les lettres aa ou aaa, dans lesquelles il faudrait reconnaître le nom du Sa SoZyoç. Ceci serait de nature à faire croire que ces tessères, spéciales à l’époptie, étaient distribuées au nom et par les soins du daduque. En effet, une phrase de Sopater 631 montre ce ministre du culte mystique comme chargé spécialement de reconnaître les individus qui doivent être admis comme époptes : « Daduque, je le considérerais plutôt comme épopte que comme myste (SaSoü^oç oè tovtov 6; Itotctyiv gâkLov rj gw7Tï]v opCi) », dit-il en parlant du jeune homme quia vu tous les mystères en songe et qu’il s’agit de conduire ensuite réellement à l’initiation. Le daduque était donc l’introducteur officiel des époptes, et c’est pour cela que Tertullien 636 résume les deux côtés principaux
De error. profaii. relig. p. 36; cf. Plaut. Mil. glorios. IV, 2, 25. — 632 De plumbeis apud Graecos tesseris , p. 96. — 633 Ibid., p. 97. [Cf. Engel, Dali, corr.
de ses fonctions en l’appelant deductor et illuminator.
Clément d’Alexandrie 636 et le Scholiaste de Platon 631 rapportent une autre formule symbolique en usage dans certains mystères; elle offre une certaine ressemblance avec celle que nous avons tout à l’heure rapportée au moment de la it«pâSo<rtç twv îepCiv : « J’ai mangé dans le tympanon, j’ai bu dans la cymbale, j’ai porté le kernos, je me suis glissé sous le pastos » (lx TugTtavou Ixayov, ex xup.SâXou Emov, ÈxEpvo'p&pV|<Ta, tmô xôv tocgtov utuSuov). Le Scholiaste de Platon qui, bien que de date assez basse, était fort au courant des choses attiques, attribue formellement ces paroles sacramentelles aux mystères d’Éleusis. Clément d’Alexandrie les met en rapport avec les scènes de drame mystique qu’il dit avoir fait partie de ces mystères et qui, en effet, avaient leur place dans la nuit de l’époptie ; mais il fait à cet endroit une comparaison avec ce qui se montrait aussi dans les mystères phrygiens de Sabazios et son texte est rédigé de telle façon qu’on ne sait pas auxquels, dans sa pensée,
hell. 1884, p. 8, pl. 2,n° 42.] — 634 Distinct, quaesl. p. 121, cd. Walz. — 635 Apolog. p. 198. — 636 Protrept. lï, p. 14, éd. Potter. — 637 p. 123, éd. Ruhnken.
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appartenait la formule. Lobeck 638, avec le ton tranchant qui est habituel à sa critique, tourne en dérision ceux qui ont pu croire qu’il s’agissait ici d’une formule des Êleusinies, en s’appuyant sur cette raison que tous les symboles qui y sont mentionnés appartiennent exclusivement à la religion phrygienne de Cybèle. 11 est facile de réfuter son argumentation, car les symboles en question sont aussi proprement éleusiniens 639. La cymbale, sous le nom sacramentel d'ÉcuEiON, jouait un rôle capital dans le culte mystique de Déméter; le kernos était un des attributs essentiels de ce culte, encore plus que de celui de Cybèle. Enfin l’on verra à la section suivante qu’à un certain moment des scènes représentées dans l’époptie on dressait le pastos ou lit nuptial. La question de l’attribution de la formule que nous venons de porter resterait néanmoins obscure et difficile, si elle n’avait reçu un jour très nouveau grâce à la publication du texte du traité de Julius Firmicus Maternus sur les Erreurs de la religion païenne , pour la première fois donné conformément aux manuscrits, publication faite à Vienne par M. Halm. L’apologiste chrétien cite en effet une sorte de formule ou de mot de passe (c’est ainsi qu’il semble la présenter), qui ressemble par plusieurs de ses expressions essentielles à celle que nous avons empruntée à Clément d’Alexandrie et au Scholiaste de Platon; il dit qu’elle était usitée dans des mystères, qu’il ne précise pas d'ailleurs, et la rédaction en avait été fort altérée par les premiers éditeurs. Mais la vraie leçon, fournie par les manuscrits, est absolument claire et atteste son origine aussi nettement que possible : « J’ai mangé dans le tympanon, j’ai bu dans la cymbale, je suis devenu myste d’Attis » (èxxujjntavou pÉopwxa, e* xuuêâXou 7tÉmoxa, yé-^ova p.u<jxr)ç "'Atteoj; cl°). Voilà la vraie formule des mystères phrygiens, sur le caractère de laquelle la mention d’Attis ne laisse pas de doute. Celle de Clément d’Alexandrie et du Scholiaste de Platon en est certainement différente, quoiqu’en ayant avec celle-ci les deux premières phrases communes ; le nom d’Allis est absent et ne la reporte plus aussi formellement à la Phrygie ; offrant des divergences de rédaction très considérables, mentionnant d’autres symboles, il est probable qu’elle appartenait à d’autres mystères. Rien ne s’oppose donc plus réellement à ce qu’on admette la pleine exactitude du dire du Scholiaste, qui affirme qu’elle appartenait aux Êleusinies, ce qui paraît aussi le plus conforme à la pensée de Clément d’Alexandrie, dont le témoignage est si important en pareille matière, puisque, avant de devenir chrétien, il avait été lui-même initié. L’analogie de cette formule éleusinienne avec la phrygienne s’explique naturellement par l’analogie très réelle qui existait entre le spectacle de l’époptie et les données fondamentales des mystères de sabazios, par les emprunts directs faits à la Phrygie que les Orphiques avaient introduits dans
638 Aglaoph. p. 24 et s.— 630 Voy. Cl). Lenormant, Mém. de l’Acad. des viser, nouv. sér. t. XXIV, 1" part., p. 370 et s., 430 et s. — 640 Fjrmic. Matera. De error. profan. relig. 18, éd. Halm. — 641 XI, 52, p. 476.-642 Plut. Quaest.Symp. Il, 2.— 643Demosth. In Phaenipp. 12, p. 1042; voy. A. Mommseu, Heortol. p. 95.— 644 A. Mommsen, p. 231. — 645 Schol. ad Tind. Olymp. IX, 150, p. 228, éd. Boeckh; Schol. Oerman. ad Pind. Olymp. IX, p. 47, éd. Mommsen ; Corp. inscr.gr. n» 1068 ; Rhangabé, Ant. kellén. n° 968 ; ’E=r,n. 4pz. n» 3046 ; voy. A. Mommsen, Heortol. p. 263 et s. ; [Corp. inscr. att. III, 663,916. 1168. M. Foucart est beaucoup moins affirmatif sur la périodicité des jeux. Il pense, d’après une inscription trouvée en 1884 à Eleusis [Bull, corr. Bell. 1884, p. 200), qu’ils avaient lieu seulement deux fois dans l’espace de cinq ans, une Tptetr.plî et une xm.Tïipf;. D’après le même texte épigraphique, les concours éleusiniens, à la fin du iv" siècle, réunissaient la triple série des exercices
le sanctuaire d’Éleusis avec la légende de leur zagreus.
Mais là ne se borne pas la difficulté. D’après la scène à laquelle le père de l’Église d’Alexandrie la rapporte, la formule en question aurait appartenu àl’époptie. Dès lors, il est difficile de ne pas la considérer comme le pendant plus symbolique et plus mystérieux encore de celle de la p.ur,<jiç : «J’ai jeûné, j’ai bu le cycéon, etc. » Celle-ci n’était pas un mot de passe; nous l’avons montré. Il devient donc plus douteux que celle de l’époptie en fût un, comme Firmicus Maternus l’affirme de celle des mystères phrygiens. 11 est plus vraisemblable d’admettre que les deux formules parallèles, qui sont toutes deux dans la bouche de l’initié, se prononçaient dans des circonstances pareilles, 1 une à la piuvjaiç, l’autre à 1’e7cotcte!o<. Y avait-il donc, outre le spectacle mystique, une Txapâ- Joai; -twv tEftüv particulière à l’époptie? La chose n’est pas invraisemblable, puisque cette nupclSotriç était un acte essentiel de toute initiation. 11 serait même possible de conclure d’un passage d’Athénée641 qu’elle consistait à goûter des grains symboliques contenus dans le kernos. Et ceci achèverait de restituer aux Êleusinies le mot ÈxEpvotpôp'qaa, par suite toute la formule à laquelle il appartient, telle qu’elle se lit dans Clément d’Alexandrie et chez le Scholiaste de Platon.
Nulle part il n’est question de l’emploi des journées qui s’intercalaient entre les nuits mystiques. Il est en effet probable que l’on n’y faisait rien de particulier et que les mystes les donnaient au repos, puisqu’ils veillaient toute la nuit.
Le 24 boédromion, la partie secrète des Êleusinies, les initiations étaient terminées; la fête redevenait publique et panégyrique, comme elle avait commencé ; des banquets, des jeux, diverses réjouissances égayaient la solennité °42. [Nous indiquons plus loin que ces jeux n’avaient pas lieu chaque année aux Êleusinies, mais seulement la troisième et la cinquième année de chaque période de cinq ans (7tsvTSTY|pîç). Il s’ensuit que dans les années de fêtes moins solennelles, le retour des mystes à Athènes pouvait avoir lieu dès le 24.]
Les mystes restant seuls à Eleusis pour les nuits des initiations, le 23 était un jour ouvrable à Athènes613, et sans doute aussi le 22. Le 24 était, au contraire, de nouveau un jour férié 6U. C’est à cette date, en effet, que l’on célébrait les jeux appelés Éleusinia 015 ou demetria810. On disait que c’étaient les plus anciens des jeux041; la chronique de Paros648 en place l’institution cent ans avant la guerre de Troie, sous le règne de Pandion, un peu moins d’un siècle après l’établissement des mystères par Eumolpe. Le prix consistait en une mesure d’orge649 récoltée de l’année dans le champ sacré de Rharos cso. Les éphèbes prenaient part aux luttes des jeux éleusiniens631, et c’est ainsi qu’Euripide y fut couronné quand son âge n’avait pas permis de l’admettre aux jeux
gymniques, hippiques et musicaux, ces derniers comprenant sans doute les tragédies, M. Nebe admet aussi, d’après les inscriptions, une triétéris et une pentétéris pour la célébration des jeux ( Dissert . Halenses philolog. VI U, p. 81), mais avec cette restriction que si ces années-là les jeux devaient être plus pompeux et plus solennels, cela n’empêchaît pas les représentations d’avoir lieu chaque année.]
6V6 Schol. ad Pindar. éd. Boeckh, l. c. ; ’E^yha. àpy. nos 4098, 4105, 4107 ; [Corp.
inscr. att. II, 444-446, 451, 466-468; Corp. inscr. gr. 1068. Sur les jeux éleusiniens, voy. la dissertation de Nebe, Dissert. Halenses philolog. VIII, 1887, p. 79-92.] — 6V7 Aristid. Eleusin. p. 417, éd. Dindorf; Hellad. Chrestom. ap. Meurs. Opp. t. VI, p. 324; Schol. ad Pindar. éd. Boeckh, l. c. — 6V8 L. 30 ; [ Fragm . hist. gr. éd. Didot, II; Aristot. Frag. 282.] — Schol. ad éd. Pindar. Boeckh, l. c— 650 Aristid. I. c. ; [Foucart, Bull, de corr.hell. 1884, p. 199-200.] — 651 Corp. inscr. gr. n° 1068.
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olympiques632. [Sous Hadrien la basse adulation des Athéniens fit créer des fêtes en l'honneur d’Antinous,
’Avicvosia èv ’EXEUsTvt G"3.]
C’est aussi parmi les réjouissances de la journée du 24 qu’il faut placer, avec M. A. Mommsen 664, le combat simulé qu’on appelait ballêtys653, cérémonie qui avait beaucoup d’analogie avec les jeux gymniques, mais à laquelle on prêtait une signification symbolique profonde. H V est déjà fait allusion dans l’hymne homérique à Déméter636.
Au temps de Démoslhène631 il n’y avait à ce moment des Ëleusinies qu’un seul jour de fêtes et de jeux, et dès le 25 boédromion les affaires de la vie civile reprenaient leur cours, sans doute pendant que les initiés revenaient processionnellemenl à Athènes. A l’époque macédonienne, nous avons un décret du 26 668. Peutêtre, quand il fut rendu, y avait-il à la date du 25 un second jour de réjouissances, consacré aux représentations théâtrales 669. Ces représentations étaient données par la corporation des dionysiaci artifices dont le siège était à Athènes et qui possédait un sanctuaire propre à Eleusis 660. Elles avaient lieu dans le théâtre661 dont on voit encore les vestiges sur le flanc de l’Acropole qui regarde la mer; le stade d’Eleusis était entre ce théâtre et le rivage662. Nous savons qu’on y jouait de préférence les tragédies d’Eschyle 663, à cause de leur caractère éminemment religieux. [On y proclamait, selon l'usage, les noms des citoyens qui avaient bien mérité du dème éleusinien et qu’on honorait d'une place particulière au théâtre 664.] Il y avait des représentations analogues à Andania, en Messénie, lors des mystères, et on purifiait le théâtre en aspergeant les bancs du sang de trois jeunes porcs immolés 663. 11 est probable qu’on agissait de même à Eleusis, d’autant plus qu’à Athènes on purifiait ainsi les bancs de l’assemblée populaire sur le Pnyx avec le sang de victimes sacrifiées 666.
Plus tard, à l’époque à laquelle remonte une inscription d'Eleusis 661 dont la date est malheureusement douteuse, mais semble par des raisons sérieuses pouvoir être rapportée aux années qui suivirent immédiatement la prise d’Athènes par Sylla 668, on ajouta encore deux journées de jeux et de spectacles, c’est-à-dire le 26 et le 2 7 660. La fête continua dès lors à se célébrer avec cette prolongation. Nous avons un décret du temps d’Hadrien, rendu le 28 boédromion, à Eleusis °70, par une (iouX-ï) îepâ, qu’on a généralement prise pour le Sénat des Cinq-Cents, mais
652 Aul. Gell. Noct. att. XV, 20. — 653 [ Coi'p . inscr. ail. 111, 1129, 1147, 1223. Cf. Nebe, Op. I. p. 84.] — 654 Heortol. p. 265. — - 655 Athen. IX, p. 406.
— C5G V. 265 et s. — 657 In Phacnipp. 12, p. 1042. — 658 Boeckh, Studien , p. 28.
— 659 A. Mommsen, Heortol. p. 266. — 660 Rhangabé, Ant. hell. n° 813; F. Lenormant, Recherches , inscr. n° 26. — 661 ’Exrj •*. &?■/. n° 4082; F. Lenormant, Recherches , inscr. n° 47; \Corp. inscr. att. II, 628; cf. 574.] — 662 F. Lenormant, Rev. de l’archit. 1870, p. 53. — 663 Schol. ad Aristoph. Ran. 913. [M. Nebe doute, contre l’opinion de M. Foucart, qu’il y ait eu des représentations tragiques, Op. I. p. 90-91.] — 66V [Bull. corr. hell. 1879, p. 121 ; cf. 1881, pl. ix, p. 195.] — 665 Sauppe, Die Mystericninschrift aus Andania, p. 23, 1. 70 de l'inscription; [Le Bas-Foucart, Voyage en Grèce , Inscr. sect. V, p. 172, § 12. cr. Bull. Inst. 1884, p. 38, sur les tessères théâtrales trouvées en Italie et portant l’inscription ’E\euad[vta] . — 666 Pollux, Onomast. VIII, 9, 104; Schol. ad Aristoph. Acharn. 44; Ecclesiaz. 128; Hesych. s. v. x«0a?|xa; Suid. et Uarpocrat. s. v. xaOàpaiov; Lexic. rhetor. ap. Bekker, Anecd. gr. p. 269; voy. Lomeier, De veter. lustrât, p. 264; Preller, Demeter und Persephone , p. 358.
— 667 Rhangabé, Ant. hellén. n° 813; F. Lenormant, Recherches, inscr. n° 26.
— 668 F. Lenormant, Recherches , p. 117. — 669 A. Mommsen, Heortol. p. 267.
— 670 [Corp. inscr. att. III, 2; cf. Nebe, Op. I. p. 1091. — 671 Inscr. dans le 4>ikl<nwç, t. H, p. 239. — 672 Harpocr. p. 161 de l’éd. Bekker, d’après un seul manuscrit. — 673 A. Mommsen, Heortol. p. 2 62. — 67V Schol. Aristoph. Acharn. 708; Strab. IX, p. 400; Hesych. v. yEsupi; et yeçuo taxai ; Ammon. De differ.
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qui n’est peut-être pas aulre que la hiéra gérousia des familles sacerdotales éleusiniennes. Quoi qu’il en soit, il résulte de ce document qu’alors il y avait le 28 une séance d’un Sénat politiqueou sacerdotal à Eleusis même, sans doute dans le (JouXsuTvjftov qui était auprès des enceintes sacrées de cette ville671. On y passait donc encore le matin de ce jour, et le retour à Athènes n’avait lieu que dans le courant de la journée.
11 était précédé de la cérémonie des ^po/atpiriT/îpia 612, dont on ignore les rites, mais qui avait le caractère d’un adieu à Coré, quittant sa mère à ce moment, par l’ordre de Zeus, pour retourner dans le sombre empire de son époux infernal m.
C’est en procession que les initiés revenaient à Athènes, avec les prêtres. Mais ce retour, qui avait lieu d'abord le 25 et plus tard le 28, était, au moins dans une partie de son parcours, désordonné et bruyant. La populace, sortie d’Athènes, venait, le visage couvert de masques, attendre la procession au passage du pont du Céphise athénien, près de l’endroit appelé Écho, et l’accueillait par des injures et des plaisanteries grossières 674. Les initiés répondaient avec vigueur, et il s'engageait là des luttes bouffonnes à coups de langue, mêlées d’intermèdes comiques, où le vainqueur recevait pour prix une bandelette613. C’est ce qu’on appelait gépiiyrismoi 676.
Mais à l’arrivée aux portes d’Athènes se passait une dernière cérémonie religieuse, d'un caractère à la fois funèbre 677 et agraire 678, qui ramenait la fête mystique des Ëleusinies, pour son dernier acte, à la gravité de son institution. On remplissait d’eau (le sens du mot TtXîi[j.a l’indique d’une manière absolue) deux vases de la forme appelée plémocuoé ; on les posait sur le sol, l’un du côté de l’orient, l’autre du côté de l’occident, pour les dieux des vivants et des morts; puis on les renversait à terre en guise de libation, en prononçant une formule mystique 67\ qui paraît 680 avoir été ue, xôe,
« féconde, enfante081, » ou plus complètement ue, *<k, Ü7t£pxue, « féconde, enfante et réenfante ». On a trouvé cette formule gravée sur la margelle d’un puits sacré en avant de la porte Dipyle 682. Ceci nous parait déterminer à quel endroit avait lieu le rite des plémochoés. Terminant, avec l’ensemble des mystères, la procession du retour des initiés, il formait à la porte d'Athènes le pendant de ce qu’avaient été les Ttpo-/aipr,Tiipta avant de quitter Eleusis 083. Le cycle de la légende de Cérès et de sa fille était clos, pour se rouvrir à Agrae le printemps
verb. 111, 13, p. 128. — 675 Aristoph. Ran. 38 4-3 9 3. — 676 Voy. F. Lenormant, Alonogr. de la Voie Sacrée, p. 237-245. — 677 Sainte-Croix, Rcch. sur les mystères, 2° éd. t. I, p. 336; Guigniaut, Relig. de l'antiq. t. III, 2° part. p. 788; 0. Muller, art. Eleusinien , p. 281. — 678 Rinck, Relig. d. Hellen. t. II, p. 392. — 679 Athen. XI, 93, p. 496. — 680 A. Mommsen, Heortol. p. 262. — 681 Origen. (Hippolyt.) Philosoph. V, 7, p. 104, éd. Miller; Procl. In Tim. p. 293. — 682 F. Lenormant, Monogr. de la Voie Saci'ée, p. 86. Voici le texte complet de l’inscription, dont un fragment nous avait échappé quand nous l’avons publiée daus cet ouvrage : O nAN OMHN XAIPETE NrM<l>AI TE KÏ’E mEPKÏ'E. [L’interprétation qu’a donnée l’auteur de cette inscription, l. c., surtout daus la première partie de sa restitution, nous parait difficilement admissible. On y reconnaitrait plutôt une invocation à Pan, réuni aux nymphes et au dieu Mèn dont le culte s’était répandu en Attique à l’époque romaine {Corp. insc. att. III, 73, 74, 140).]
683 [L’auteur a suivi l’opinion de M. Maury {Hist. des relig. II, p. 330) qui place
cette cérémonie à Athènes. M. Mommsen, au contraire, se fonde sur le texte d’Alhénée (XI, 93, p. 496) pour dire que la cérémonie des Plémochoés avait lieu à Eleusis même (èv ’E'AEUffïvi); Hcorlol. p. 231. Cependant il ne repousse pas absolument l’avis précédent. Au contraire, M. Nebe ne doute pas qu’il ne faille placer ce rite à Eleusis, immédiatement après la fin des jours d’initiation et avant les jeux, quand ils avaient lieu, Dissert. Halenses philolog. VIII, p. 111. Boetticher avait aussi indiqué Athènes comme lieu de la cérémonie; Philologus, XXIV, 1866, p. 234.]
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Fig. 2640. — La plémoclioé.
suivant. [On connaît des monnaies d’Éleusis où est conservé le souvenir de cette cérémonie; d’un côté, la tête de Déméter, de l’autre la plémochoé entourée d’épis et de blé 681 (fig. 2640). La plémochoé figure aussi parmi les motifs décoratifs qui ornent l’autel de l’Éleusinion d'Athènes (fig. 2638).]
La séance du Sénat des Cinq-Cents dans l’Ëleusinion d’Athènes pour entendre le rapport de l’Archonte-Roi sur la célébration des mystères, ordonnée par Solon685, avait lieu au lendemain de cette dernière cérémonie [c’est-à-dire à une date variable, suivant que les jeux avaient eu lieu ou non cette année-là].
[A propos des fluctuations de date concernant les derniers jours des Ëleusinies, il est important de remarquer que la description dont on vient de lire les détails ne s’applique en réalité qu’à la pompe la plus solennelle des mystères d’Ëleusis. S’il est exact, comme on l’a dit plus haut, que la fête était annuelle, il n’en est pas moins vrai qu’on ne donnait pas chaque année aux concours et aux jeux, à la partie publique de la cérémonie, un développement également grand. C’est ce qu’ont établi, au moyen des inscriptions, M. Foucart 686 et M. Nebe 687. La grande fête n’avait lieu que chaque troisième et chaque cinquième année (rptsTrifu'î et itevrEwripiç). Cette observation est confirmée par un texte de Pollux où l’on voit que des hiéropes athéniens étaient délégués officiellement pour célébrer des sacrifices tous les cinq ans (t&ç Ouaî'xç xà; TrsvraeTïipiSaç) à Ëleusis 688 : ainsi, même la TptETYipi's ne comportait pas autant de solennité que la TOVTETviptç. On s’explique ainsi le terme de piqalai ’EXeuat'vta que l’on rencontre dans une inscription de l’époque impériale689 : il s’agit là de la solennité complète, avec tous les concours et tous les sacrifices publics. Il s’ensuit naturellement que la fin des mystères ne tombait pas tous les ans à la même date. Dans les années de fêtes moins solennelles, la procession des initiés devait rentrer à Athènes, aussitôt les nuits mystiques terminées, c’està-dire le 24 ou, après des jeux peu importants, le 25].
VIL Les spectacles des nuits mystiques. — S’il est une chose bien démontrée depuis les travaux de Lobeck, repris
et remis à un plus juste point de vue parOttfried Millier, Preller, Ch. Lenormant, Gerhard et Guigniaut, c’est que les mystères d’Éleusis, et en général tous les mystères de la Grèce et du monde romain [mysteria], n’étaient pas, à beaucoup près, soit dans le fond, soit dans la forme, ce qu’on imaginait au temps de Warburton, Meiners, Sainte-Croix et Creuzer. Il n’y avait aucun enseignement dogmatique, aucune révélation faite au myste de croyances doctrinales formelles, différentes de la religion publique et supérieures à celles-ci. Il y avait simplement des rites et des spectacles d’une nature symbolique, destinés à éveiller des impressions religieuses dans l’âme des initiés, à ils faire pénétrer plus avant
68V [Duruy, Bist. des Grecs, II, p.587. V. aussi Beulé, Monn. d'Athènes, p. 344.]
68S Andoc. De myster. III. — 686 [Bull. corr. hell. 1884, p. 200.] - 687 [Dissert.
Halenses philologicae, VIII, p. 93 et s. M. Nebe admet cependant qu’il pouvait avoir des jeux et des concours chaque année, mais beaucoup moins importants les première, deuxième et quatrième années, tandis que M. Foucart semble pencher pour restreindre les concours aux grandes fêtes des troisième et cinquième années.] 688 [Poli. VIII, 107. Cf. aussi Arist. Eleusin. p. 420, éd. Dindorf.] — 689 [ Corp . inscr. ntt. III, 663.] — 6»» Orat. p. 48, éd. Petau. — 691 De defect. orac. 22; cl. De Is et Osir. 63. — 692 De us. part. VIII, 14. — 693 Guigniaut, Delig. de l antiq. t 111 3' part. p. 1213 et s. — 69V Le passage emprunté par Synésius à Aristote
dans la science des choses divines. Mais partout, l’enseignement demeurait étroitement attaché aux cérémonies mêmes et il en ressortait immédiatement pour ceux qui savaient comprendre. Il n’en formait pas une partie distincte, destinée à donner le mot d’une énigme longtemps promenée devant les yeux.
« Aristote, dit Synésius 690, est d’avis que les initiés n’apprenaient rien précisément, mais qu’ils recevaient des impressions, qu’ils étaient mis dans une certaine disposition à laquelle ils avaient été préparés. » Plutarque, à son tour, s’exprime ainsi : « J’écoutais ces choses avec simplicité, comme dans les cérémonies de l’initiation (*a()oÎ7rep sv teXetî] xal gu-qaEi), qui ne comportent aucune démonstration, aucune conviction opérée par le raisonnement691. » Il faut encore citer le passage où Galien 692, opposant l’observation de la nature à la contemplation des mystères, caractérise le mode d’instruction et la portée de ceux-ci : « Prête-moi donc ton attention plus encore que si, dans l’initiation d Ëleusis ou de Samothrace, ou de quelque autre mystère sacré, tu étais tout entier aux actes accomplis, aux paroles dites par les hiérophantes, ne regardant pas comme inférieure cette autre initiation (l’étude de la nature), ni comme moins capable de révéler, ou la sagesse, ou la providence, ou la puissance du créateur de l’univers. » Et un peu plus loin : « Car chez tous les hommes, pris soit par nations, soit individuellement, qui honorent les dieux, il n’est rien selon moi de comparable aux mystères d’Éleusis et de Samothrace. Et cependant ces mystères ne montrent ce qu’ils se proposent d’enseigner que dans une espèce de demi-jour (àuuSpd), tandis que tout dans la nature est d’une clarté parfaite (èvapyr,). »
Ces témoignages formels montrent bien clairement quel était l’état de l’initié en présence des spectacles proposés, des rites accomplis, des paroles symboliques proférées, soit dans la première, soit dans la seconde initiation, soit dans la (xuiiïiç, soit dans 1 siro-itTEta. « Ce n'était point 693 un enseignement direct, rationnel, logique; mais c’était un enseignement indirect, figuré, symbolique, qui n’en était pas moins réel. D’ailleurs il avait pour soutien une véritable préparation ou instruction préalable, communiquée par le mystagogue 69> » [mystagogus].
[L’enseignement moral qui s’adressait directement aux initiés était d’ordre très général; il se résumait en quelques principes simples et concis, qui frappaient les regards des spectateurs quand ils s arrêtaient devant les inscriptions renfermées dans le temple et contenant les lois anciennes du culte éleusinien. C’est du moins ce que l’on peut inférer d’un texte de saint Jérôme 69N rapportant qu’au temps du philosophe Xénocrate trois des lois attribuées à Triptolème subsistaient encore dans le temple et proclamaient ces trois préceptes : lionorandosparentes, venerandos deus, carnibus non vescendum 69I’J-
ait formellement allusion. Cf. aussi Plutarch. De h. et Osir 68 - * !>*• linian II 14 344 ] — 696 [Dans un ouvrage recent, M. Erwm Rohde, See l UmterblMeitsglau.be der Griecken (Friburg, 1890), a traité de renseignent donné dans les mystères d'Éleusis. La doctrine de l’immortalité de 1 ame eta. , ou lui, sous-entendue et ne faisait l’objet d'aucune démonstration aux myst ■ tait le postulat fondamental de la religion tout entière. Les symboles pre ente les représentations dramatiques avaient pour but de faire comprendre ititude à laquelle devaient parvenir après la mort les fîmes des mi i s. me doctrine morale révélée dogmatiquement ne peut être admise, auc üen n’y faisant allusion.]
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Clément d’Alexandrie 607 résume d’ailleurs en quelques mots ce qu’on peut dire de plus exact sur les Éleusinies : « Ce n’est donc pas sans raison que, dans les mystères des Grecs, ont lieu d’abord les purifications, analogues aux ablutions chez les barbares. Viennent ensuite les petits mystères, renfermant un certain fondement d’instruction (SiSa<rxaÀ£«) et une préparation à ce qui doit suivre. Quant aux grands mystères, dans toute leur teneur il ne reste plus rien à apprendre ; il n’y a qu’à contempler et à concevoir en esprit la nature (des objets que l’on montre, Ta «txviigeva) et les choses (qui se font, xà Spwgsva). »
11 n’y avait pas à Eleusis d’autre révélation que celle dont le mode et la nature ressort clairement des témoignages que nous venons de rassembler. Comme tous les cultes de l’antiquité, les mystères éleusiniens étaient fondés sur l’adoration de la nature, de ses forces, de ses phénomènes, conçus plutôt qu’observés, interprétés par l’imagination, non par la raison, traduits en figures et en histoires divines par une sorte de poésie théologique, qui allait d’une part au panthéisme, d’autre part à l’anthropomorphisme. La nature et l’enchaînement de leurs rites et de leurs spectacles se rattachaient à des croyances précises, qui tendaient à effacer les distinctions des personnages divins de la mythologie poétique et populaire, de manière à conduire à ce que l'on a appelé jzuimxi) Ssoxpauia 098 et à ramener ces dieux, exotériquement si individuels, à des abstractions plus générales. Mais la forme sous laquelle on y présentait ces croyances était telle que, parmi les anciens eux-mêmes, les uns ont pu y trouver une sorte de philosophie de la nature, de physiologie m , les autres en faire sortir 1 évhémérisme 700 et avec lui l’athéisme.
Ainsi l’épopte lui-même n’arrivait à « connaître, comme le dit Sopater701, qu’une partie du secret des mystères » (yviovaî xi tiov dnroppvyciov). La tradition doctrinale qui donnait la clef des symboles, des cérémonies et des mythes dans leur ensemble, était conservée comme un privilège incommuniqué par les ministres supérieurs du culte, en particulier par l’hiérophante [hiérophantes]. « Tous ne connaissent pas, dit Théodoret 702, ce que fait l’hiérophante ; la plupart ne voient que ce qui est représenté. Ceux qui s’appellent prêtres accomplissent les rites des mystères, et l’hiérophante sait seul la raison de ce qu’il fait et la découvre à qui il le juge convenable703. » Nous savons positivement que pour l’hiérophante et le daduqueil y avait à leur entrée en fonction une véritable ordination, accompagnée d’une nouvelleet particulière initiation, que l’on qualifie de « dernier terme de l’époptie », téXoç ènomslon;10'' ; c’est ce que l’on appelait aviSea; xa't uTEpuâTiov |jr£9e<xiç, parce que le signe en consistait à ceindre le front du nouvel hiérophante ou du nouveau daduque du diadème de pourpre et de la couronne de myrte qu’ils portaient en permanence [daduchus, hiérophantes] . C’est bien évidemment dans cette initiation suprême qu’ils recevaient la tradition doctrinale, avec le pouvoir d'initier les mystes. Il
691 Stromat. V, p. 689, éil. Pottor. — 698 Damasc. ap. Phot. Bibliolli. CCXLII, p. 552. — 699 Cic. De nat. deor. I, 42. — ™ Cic. Tusculan. I, 13. — 191 Distinct, quaest. p. 121, éd. Walz. — 102 Therap. I, p- 18, 36; p. 19, 18 (p. 412, t. IV de ledit. Schulz; p. 49 et 51 de l’éd. Gaisford). — IM Cf. encore Theodoret. Serm. I De fide, p. 482, t. IV de l’édit. Schulz. —101 Théo Smyrn. Mathem. I, p. 18, éd. Bull; [p. 15, éd. Hiller.] — 1“6 Marchai, Notice en réponse d un passage concernant l'unité de Dieu dans tes Recherches sur les mystères des
paraît qu’à partir d'une certaine époque au moins, les hiérophantes, développant la tradition, furent conduits graduellement à une explication naturaliste de toute la mythologie, liée à une notion d’unité divine d un caractère panthéistique 705. Mais la doctrine ésotérique de l’hiérophante (Upoipavxixôç Xnyo;), restreinte presque à lui seul et au daduque, se trouvait par là même exposée h bien des variations sous l'inlluence des opinions personnelles de ces ministres supérieurs des initiations. Aussi est-il certain qu’elle se modifia profondément a plusieurs reprises dans le cours des siècles. C’est par là que s’explique la façon dont l’orphisme pénétra dans le sanctuaire d’Éleusis, s’y installa en maître et y fit longtemps prévaloir ses doctrines. Plus tard, à l’époque de la lutte contre le christianisme, on vit, comme nous l’avons déjà dit, plusieurs philosophes néo-platoniciens parvenir à la dignité d hiérophante. Ils y impatronisèrent avec eux les idées nouvelles au moyen desquelles on prétendait rendre la vie au paganisme expirant, et ils durent en plus d’un point modifier la tradition doctrinale, en substituant à la vieille théologie les spéculations de leur école philosophique.
11 faut maintenant essayer de déterminer, d’après les indications des anciens, en quoi consistaient ces spectacles nocturnes qui formaient toute la révélation des mystères d’Éleusis 7or’. Preller707 a résumé les principaux éléments qui les composaient, hymnes, danses sacrées, scènes mimiques, apparitions subites accompagnées de paroles solennelles (fijoe *.;) et de prescriptions (napayfiXjAxxa) prononcées par l’hiérophante. C’est ici, du reste, qu’il est nécessaire de se reporter aux détails que nous avons donnés dans la section V sur la disposition du télestérion ou attacloron, pour se rendre compte de ce que les lieux où se passait la représentation mystique y permettaient comme développement de spectacle et de mise en scène. [Nous avons vu que les gradins destinés aux spectateurs occupaient sur huit rangs de profondeur tout le pourtour de la salle; la scène devait donc être placée dans le milieu, à la façon d’un hippodrome ou d’un cirque plutôt que d'un théâtre. Notons cependant une difficulté assez grave pour l’installation d’un spectacle au milieu de la salle, difficulté non encore résolue : c est que les 42 colonnes soutenant le plafond devaient singulièrement gêner les regards des spectateurs. 11 est établi également, contrairement à tout ce qu’on avait imaginé sur ce sujet, qu'aucune crypte, aucun dessous de théâtre, aucune trappe ne pouvait prêter à des effets de machinerie fantastique.]
Un précieux témoignage de Porphyre 708 détermine les personnages qu’à un certain moment de la représentation de l’époptie tenaient, dans la pantomime mystique, tous les ministres les plus élevés, l'hiérokéryx et l’épibomios avec l’hiérophante et le daduque. On signale un autre épisode où l’hiérophante et l’hiérophantis jouaient un rôle personnel 709. 11 y avait donc des acteurs vivants qui étaient les prêtres; mais peut-être y avait-il en même temps et à côté des figures artificielles de plus grande
anciens par Sainte-Croix , dans le Bull, de VAcad. royale de Belgique, 1851, t. XVIII, n° 1. — 7ûG Voy. Ch. Lenormant, ASém. de l'Acad. des Inscr. nouv. sér. t. XXIV, lr0 part. p. 352-377. — 707 Article Eleusinia dans la Bealencyclopaedie de Pauly, p. 106 et s. — 708 Ap. Euseb. Praepar. evang. III, 12. [L’hiérophante représentait le Créateur, le daduque le soleil, l’épibomios la lune et l’hiérokéryx Mercure]. — 709 Aster. Encom. in SS. AJ art. dans la Biblioth. Patr. auct. t. Il, I p. 193 ; cf. Tertull. Ad nat. II, 7.
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dimension. Sopater110 parle, en effet, de « figure ou fantôme » ti), à propos des visionsolTertesdans les
nuits d’initiations. C’est l’expression qu'emploie Proelus 11 lorsqu il parle des diverses formes que prennent les dieux dans leurs apparitions. Lorsque Platon712 fait allusion aux spectacles qui avaient lieu dans les mystères, il se sert des mots EÜSaîgovot (pagocTa, et l’on sait que l’adjectif sMaiuwv, comme le substantif abstrait eô$ai|*ovta, est caractéristique de l’initiation éleusinienne (voy. la section VIII de cet article). L’auteur de YÉpinomis'”3 parle dans la même intention, mais en termes plus généraux, « de ce qu’il y a de plus beau à voir au monde ». La même largeur vague d’expression se retrouve dans les puamà Osâixata de Dion Chrysostome 7U, et Plutarque712 laisse encore place au doute lorsqu’il indique les Ispi Seixvuusvoc 716. Mais quand Aristide717 rappelle les appvjTa epâaixara d’Éleusis, quand Himérius718, par une allusion empruntée à Platon, applique l’expression de Ô£Ïa tfâffjxara aux spectacles sublimes dont le souvenir suit les âmes vertueuses à leur rentrée dans le corps des hommes, lorsqu’un morceau que Stobée715 donne pour emprunté à Thémistius, mais que la critique a restitué à Plutarque 720, désigne directement des ayta ctavracpiara comme propres aux mystères, tout montre qu’il y avait de véritables apparitions de figures, représentant sans doute les divinités chthoniennes721. Platon fournit encore une confirmation frappante à l’appui de cette opinion. « De combien, dit-il dans le Phèdre 722, l’époptie dont les âmes bienheureuses jouiront dans le ciel ne sera-t-elle pas supérieure aux spectacles d’Éleusis ! Les apparitions, tpaagaTx, y seront entières, 6XoxXïipa (donc, dans les mystères, on ne montrait souvent qu’une partie des figures, ou bien elles restaient dans la pénombre, faiblement éclairées); elles seront simples et claires, om'Xa (donc les apparitions éleusiniennes devaient être quelquefois compliquées et obscures à l’intelligence); elles seront immuables, àpsgvi (donc, à Eleusis, elles étaient en mouvement et se succédaient les unes aux autres). [Mais il est impossible de préciser et de dire quelle forme revêtaient ces apparitions, quels personnages ou quelles machines en tenaient lieu, comment elles pouvaient se montrer subitement aux yeux des initiés 723].
Dion Chrysostome 724 parle de la voix qu’entendait l’initié en même temps qu’il contemplait les spectacles mystiques. Plutarque 725 vante « la solennité des paroles sacrées et des apparitions saintes ». Galien126 associe ce qui se fait dans les mystères (7rpoç toïç SpwuÉvotc) avec ce
710 Distinct, quaest. p. 339, (p. 123, éd. Walz.) — 711 J» Plat. Rcspu.ll. p. 380.
- 712 Phaedr. p. 250. — 713 p. 986. — 714 Orat. XII, p. 387, éd. Reiske.
— 715 De profect. virtut. sent. 10, p. 81, éd. Reiske. — 716 Cf. encore Andocid. De myster. 31. — 717 Orat. XIX, p. 416, éd. Dindorf. — 718 Eclog . XXXII, p. 304, éd. Wernsdorf. — 719 Florileg. 120, IV, p. 107, éd. Meiueke. — 720 Wyttenbach, Fragm. VI, 1, t. V, p. 722; cf. Lobeck, Aglaoph. p. 61. — 721 [On a pu 3’imaginer autrefois que ces apparitions surgissaient du sol par une trappe (cf. Ch. Lenormant, Mèm. de V Acad, des Inscr. nouv. sér. t. XXIV, lro part, p. 372); mais les renseignements fournis par les dernières fouilles mettent à néant, comme nous l’avons vu, cette invention. Nous en dirons autant de la catégorie des peintures céramiques que l’on a voulu rapporter aux représentations des mvstéres et où l’on voit des grandes figures de divinités s’élever de terre en présence d’assistants étonnés ou effrayés (voy. Ch. Lenormant, Op. I. p. 344-352; Lenormant et de Witte, Elite des mon. céram. IV, pl. 35). Une seule raison empêcherait d’admettre ces interprétations. Comment l’art industriel aurait-il pu reproduire à loisir et répandre partout les représentations de scènes qu’on disait les plus mystérieuses et les plus secrètes de toutes? Une telle divulgation eut été criminelle et sacrilège au premier chef. Pour l’explication plus judicieuse de ces sujets, voy. Heuzey. Monuments publiés pan VAssoc. des études grecques, 1885-88, p. 25-41, pl. 7 ; Froehner. Annali delV Inst. 1884, p. 205 et s., pl. m.] — 722 p. 250.
que disent les hiérophantes (IsyopGoiç uirô mv tEocxpâvTuv). C’est sans doute pour cela que la qualité de la voix (s-j-ptovi'a) était exigée chez l’hiérophante d’Éleusis121. L auteur des Philosophoumena 728 parle d’un symbole l’épi de blé, en disant qu’on le montrait en silence dans l’époptie, notant ainsi une circonstance qui lui semblait inusitée dans le spectacle. Mais nulle part l’étroite connexité du spectacle et de la parole, la relation nécessaire de ces deux moyens de révélation n’est établie aussi clairement et avec une aussi grande abondance de preuves que dans le morceau rhétorique do Sopater 725. 11 résulte du témoignage de cet écrivain que les paroles énigmatiques de l’hiérophante accompagnaient toujours les scènes mimiques et les apparitions, souvent simultanées. Dans l’espèce de plaidoyer supposé, le jeune homme qui a rêvé n’a joui que du spectacle et, pour comprendre le sens de ce qu’il a vu, il lui manque la parole de l’hiérophante.
Mystes et époptes, à l’une ou â l’autre des nuits mystiques, se rassemblaient le soir en dehors du téleslérion et attendaient l’ouverture des portes dans une profonde obscurité 730. L’attente pouvait être longue et il en résultait sans doute une disposition à la terreur religieuse dans les âmes capables d’impressions vives ; mais, au delà de ces données, il n’y a certainement plus que de l’exagération dans le langage des rhéteurs731. On a supposé à tort que les initiés, dans leur attente, faisaient un chemin considérable, que le daduque, avant de les amener dans la salle inondée de lumière, les obligeait à passer par des grottes où étaient figurés les supplices de l’enfer 732 et comme, après les fouilles anglaises à Éleusis, il avait été question d’une crypte située au-dessous de la grande salle de l’anactoron, cette circonstance a paru donner une nouvelle force à l’opinion que nous venons de rappeler. Mais nous avons montré que l’examen du local repousse toute induction de ce genre.
L’idée si généralement répandue chez les modernes qu’on plaçait sous les yeux des initiés d’Éleusis les supplices du Tarlare et les délices des Champs Ëlysées, ne repose, du reste, sur aucun texte positif, ni même sur aucun indice quelque peu probant. Lobeck a fait victorieusement justice des arguments de Warburton et de Sainte-Croix à ce sujet. Guigniaut 733, qui tient pour l’opinion en question, invoque seulement certaines peintures de vases734, un passage de Lucien 735 et « le chœur même des mystes avec la procession d’Iacchus qu’Aristophane, dans ses Grenouilles , a transportés aux enfers, aux portes du palais de Pluton 736. » Mais en admettant
— 723 [Ch. Lenormant {Op. I. p. 357) a essayé, sans raison probante, de rattacher au même ordre de représentations les images de la triple Hecate dont on connaît quelques spécimens sur des petits bas-reliefs attiques ; Archaeol. Zeitung, 1857, pl. 99; Le Bas et Reinach, Voyage en Grèce , Mon. figurés, pl. 112. Voy. une nomenclature et une bonne étude sur ce genre de sculptures par M. Petersen, Archaeol. epigraph. Mitthe.il. ans Oesterreich , IV, p. 140 et s. ; V, p. 1 et s.]
— 724 Orat. XII, p. 387, éd. Reiske. — 725 Ap. Stob. Florileg. 120, t. IV, p. 107, éd. Meineke. — 726 De us. part. VII, 14. — 727 Philostr. Vit. Sophist. II, 20, p. 262 ; Brunck, Analect. t. III, p. 315. — 723 V, 8, p. 115, éd. Miller. — 729 Distinct, quaest. p. 338; (p. 120-124, éd. Walz.) — 730 Themist. Orat. V, p. 84; XX, p. 287, éd. Dindorf. — 731 Vov. Ch. Lenormant, Op. I. p. 417. Plutarque, De virt. progress. 10, parle du trouble qui régnait parmi les initiés et des cris qu’ils jetaient en se poussant tumultueusement, mais ce passage doit plutôt s’appliquer à r&yupjAÔ; de la première journée des Éleusiuies. Dans un autre texte du même auteur (Stob. Florileg. 120, p. 107 Meineke) il est question de détours fatigants, d’une marche dans les ténèbres où I on frissonne de crainte et d’horreur. — 732 Sainte-Croix, Rech. sur les mystères, 2e éd. t. I, p. 353-364. — 733 Relig. de l’anliq. t. III, 3e part, p. 1211 ; cf. Mèm. de l'Acad. des Inscr. nouv. sér. t. XXI, 2° part. p. 58. — 734 Gerhard, Archaeol. Zeitung, 1843-1844, pl. xi-xv; Guigniaut, Op. I. p. 93-111-
— 735 Catnpl. 22. — 736 Vov. Fritzsche, De carminé Aristoph. mystico, Rostock,1840«
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même dans les compositions céramographiques citées un caractère mystique quelconque, leur rapport avec les Eleusinies et les représentations qu’on y plaçait sous les yeux des initiés n’est nullement démontré. Quant au dialogue de Lucien, il ne prouve absolument rien137. Deux personnages, descendus aux Enfers, se trouvent plongés dans une profonde obscurité. « Dis-moi, Cyniscos, toi qui as été initié à Eleusis, ceci ne ressemble-t-il pas à ce qui s’y passe? » — « Oui, répond Cyniscos, tu as raison; mais voila une femme qui vient à nous pour nous servir de daduque; elle a l’air terrible et menaçant : ce doit être une furie. » La ressemblance avec Eleusis se borne aux ténèbres et à l’apparition du daduque qui les dissipe. Mais il est impossible de voir dans une simple comparaison, qui veut être plaisante, une allusion aux scènes des Enfers qu’on aurait présentées aux initiés. Reste le chœur des Grenouilles d’Aristophane. Il nous semble que la hardiesse du poète démontre précisément le contraire de ce qu’on a voulu en conclure. Si le spectacle des Enfers avait été placé sous les yeux des initiés dans les mystères, une allusion aussi directe aurait été considérée comme portant atteinte au secret, et le comique se serait vu en butte aux mêmes dangers qu'Eschyle. Sans doute, on promettait aux initiés une béatitude parfaite et spéciale dans l’autre vie. Mais cette promesse, qui se trouve déjà dans les derniers vers de l’hymne homérique à Cérès, était publique. Quand les écrivains tels que Pindare™ et l’auteur de VAxiochos 739 décrivent le séjour délicieux où se rendront les âmes des initiés, ils n’ont rien de l’embarras qui arrête en général les Grecs quand ils vont toucher à un sujet couvert par la loi de secret des mystères et appartenant à la partie réservée des initiations. Nous ne croyons donc pas qu’aucune scène de la vie après la mort, soit des Enfers, soit des Champs Ëlysées, ait jamais fait partie des spectacles mystiques d’Eleusis.
Nous ne croyons pas davantage qu'il y ait eu, dans les représentations d’Eleusis, des alternatives subites de lumière et de ténèbres; on a abusé, pour établir cette supposition, des expressions de Dion Chrysostome740 (axdtouç te xat cftotoç ÈvaXXà; yevofjtivojv), quand cet auteur décrit la rapidité avec laquelle les mystes passaient de 1 obscurité du dehors à la clarté brillante qui régnait ^dans 1 intérieur du télestérion 741 ; l’alternative qu’exprime 1 adverbe ivo.Yki\ n'avait lieu sans doute qu'une seule fois 742.
Somme toute, la description la plus exacte paraît être celle de Claudien 743, en tenant compte, bien entendu, du langage poétique. Effectivement les mystes, rassemblés en dehors de la salle, voyaient d’abord la lueur causée par 1 illumination intérieure se répandre à travers I o7raïov de la toiture ( claram dispergere culmina lucem)\ on entendait en même temps le bruit des préparatifs du spectacle, un peu enflés seulement par le poète [h epidis delubra. moveri sedibus ); enfin les portes soufraient, et le daduque se présentait ses flambeaux à la
mai n (sanctasque faces atlollit Eleusis). Il introduisait les mystes, et le premier objet qui frappait l'attention de ceux-ci à l’intérieur du télestérion était la statue de Déméter, qu’on venait de parer de vêtements et de bijoux, en ravivant ses couleurs 744. Là se trouvaient réunies toutes les séductions des yeux qu’énumère Plutarque 745, « illumination merveilleuse, décoration élégante du local, chants et danses qui tempéraient la majesté des paroles sacrées et des apparitions saintes ».
Peut-on essayer de déterminer, d’une manière générale, — car on ne saurait naturellement prétendre entrer dans le détail — ce que retraçaient ces spectacles dans les deux nuils entre lesquelles il faut répartir les rares indications littéraires qui nous soient parvenues à cet égard ? Il paraîteertain que dans une des nuits des initiations on représentait, sous forme mimique, tout le mythe de Déméter et de sa fille, à partir de l’enlèvement de Proserpine. « Déo et Coré, dit Clément d’Alexandrie749, sont devenues un drame mystique; Eleusis éclaire à la lueur des torches du daduque l’enlèvement de Coré, les courses errantes et le deuil de Déo. » Plusieurs circonstances de ce drame sont indiquées épisodiquement par les Pères de l’Eglise qui attaquent les mystères. Saint Astérius 747 parle de la « descente ténébreuse », xô xaxaêdutov t o sxotetvov, ce que l'on doit entendre peut-être, avec M. Stephani 748, de la caverne par où descendait Plulon enlevant Proserpine. Les Pères de l'Église affirment aussi qu’on représentait la scène de baubo 749 dans toute son indécente grossièreté 730, mais on ne peut guère imaginer qu'un semblable personnage fût rempli par une prêtresse [et l’on ne doit d’ailleurs admettre qu’avec beaucoup de précautions les textes d’adversaires déclarés du paganisme qui faisaient arme contre leurs ennemis de tous les récits plus ou moins calomnieux qu’on répandait dans le monde chrétien sur les cérémonies de la religion grecque; c’étaient des représailles naturelles contre ceux qui accusaient les chrétiens d’immoler des enfants nouveau-nés. Savons-nous si la première de ces accusations n’était pas aussi absurde que la seconde?]
Le drame mystique ne devait pas se terminer au retour de Coré. Claudien 751 signale en termes très clairs la scène culminante qu’il prend comme type du spectacle, l’apparition de Triptolème dans son char attelé de serpents sifflant, la triple Hécate sortant de terre et le jeune Iacchos s’avançant couronné de lierre.
Cette réunion d’iacchos et de Triptolème, les deux nourrissons de Déméter, l'un divin, l’autre humain, dans une même scène, se trouve sur un monument que nous avons déjà cité, sur le vase de Panticapée 752 (fig. 2G30). On a pu y reconnaître de préférence une allusion aux petits mystères, parce qu’on y voit figurer Hercule, tenant le bacckos , en qualité d'initié. Ce personnage et celui de Dionysos, qui lui fait pendant, pour indiquer l’union des Dionysies et des Éleusinies, sont évidemment étrangers au drame même de l’initiation : mais le reste de la composition semble retracer avec exactitude le groupe de
731 Ch. Lenormant, Op. I, p. 416. - 738 Olymp. Il, 64 et s. éd. Boeckh. “ 1311 P. SI3, éd. Bekker. — no Orat. XII, p. 387, éd. Reiske. — ni Themist.
1 aj‘ P* » Orat. XX, p. 287, éd. Dindorf. — 742 C’est à tort que Sainte- Croix appelle cette illumination çwvayuyia. Ce passage allégué de Jamblique [De myster. Aeyypt. III, 14) n’a rien II faire avec les Éleusinies. — 713 De rapt. Proserp. 1, 7-tl. — 741 Tllemist. Orat. XX, p. 288, éd. Dindorf. — 740 A p. Stob. Floriley. 120, p. 107 Meineke. — 746 Protrept. II, p. 12, éd. Potter. 7+7 Encotn. in SS. Mart. dans la Biblioih. patr. auct. t. II, p. 193. — 748 Compte
rendu de Saint-Pétersbourg , 1839, p. 49. — 749 ciem. Alex. Protrept. II, p. 17-18, éd. Potter; Arnob. Adv. gent. V, ’p. 176 et 178, éd. Maire; Epipltan. Ado. barres. 111, 11. Cf. Psellus dans les notes de la 2* édit, de Sainte-Croix, t. I, p. 374.
— 700 Voy. dans le Dict. article baubo, fig. 808. — 701 De rapt. Proserp. I, 12-17.
— 752 Compte rendu de Saint-Pétersbourg , 1859, pl.ii; Gerhard, Bilderkreie von Eleusis , l#r mem. pi. n. [Voy. aussi une intéressante réunion de divinités élcusiniennes sur une hydrie attique plus récemment découverte; Monumenti delV Inst., XII, pl. 33.]
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divinités, tel qu’il devait s'offrir aux regards des mystes. Entre les deux Grandes Déesses, Déméter, assise en reine et en mère, et Coré, jeune et charmante, appuyée sur une stèle, tenant un long flambeau, s’avance l’enfant Iacchos, portant la corne d’abondance comme nXouxoSôxriç (lenis procedit lacchus). Au-dessus, on voit Triptolème dans son char ailé, prêt à partir pour porter dans toute la terre, avec le secret de la culture, des épis de blé qu'il tient à la main. Il ne manque, pour compléter la description de Claudien, que le mannequin colossal de la triple Hécate s’élevant dans le fond. A droite du groupe des Grandes Déesses se tient Eumolpe en daduque, portant les flambeaux, vêtu du costume thrace qui indique son origine, mais le front ceint des insignes caractéristiques de sa fonction [daduchus]. Après lui vient Aphrodite assise, ayant auprès d’elle Éros ; une femme également assise, lui fait pendant de l’autre côté et représente peut-être sa suivante Peitho. C’est le cas de se souvenir de ce que dit Thémistius 753 du spectacle qui ravissait les initiés ; « Vénus s’y montrait à coté du daduque, et les Grâces prenaient part à l’initiation. »
Que le drame mystique des aventures de Déméter et de Coré constituât le spectacle essentiel de l'initiation, c’est ce dont il nous semble impossible de douter. Mais on y représentait aussi des mythes plus compliqués, plus étrangers à la religion publique, des mythes auxquels on attribuait un sens plus profond et faisant pénétrer davantage dans la conception de la nature intime des dieux. Peut-être ces spectacles plus mystérieux étaient-ils réservés aux initiés du degré le plus élevé. De là le nom d’ÈTOTîreta, et surtout celui plus significatif d’aô- To|i'a 75\ qui indique si clairement que les époptes étaient censés voir en face les dieux dans leur essence même.
C’est chez Clément d’Alexandrie756 qu’il faut chercher une indication sur la nature de ces légendes mystiques où l’on voit la légende de Bacchus orphique se greffer sur celle de Déméter et de sa fille. Il raconte d’abord avec une indignation véhémente « les mystères de Déo, « en prévenant ses auditeurs que s’ils sont initiés, ils n’en reconnaîtront que mieux le ridicule des folies auxquelles il fait allusion : c’est l’union de Zeus avec Déméter, nommée Brimo dans cette circonstance, les résistances de la déesse, les violences impies du dieu et ses ruses cyniques ; puis, Coré étant née de Déméter, c’est l’union incestueuse du même Zeus changé en serpent avec sa fille qui enfante un fils à figure de taureau. Commence alors l’histoire de ce nouveau dieu, le Dionysos Zagreus, déchiré en morceaux par les Titans, la punition des meurtriers foudroyés par Zeus, l’ensevelissement de la victime sur le Parnasse par les soins d’Apollon. Le tout est mêlé de comparaisons et de rapprochements avec les mystères d’Attis en Phrygie, ceux de Sabazios, etc.
Il y a là, de la part du Père de l’Église, un artifice de rédaction, facile à percer à jour si on lit d’ensemble toute cette partie du second chapitre de son Prolreplique.
Il attaque, en efTet, des mystères considérés comme
753 Orat. XX, p. 288, éd.Dindorf. — 75V Voy. Meursius, Eleusinia, ch.xi. — 755 Protreptm II, p. 13-15, éd. Potter. — 756 Ch. Lenormant, Mêm. de l'Acad. des Inscr. t. XXIV, lre part. p. 3 8 0. — 757 Aglcioph. p. 24. — 75H Voy. Ch. Lenormant, Op.
I. p. 378-385. — 759 Voy. sur ce nom, Guigniaut, Relig. de l'antiq. t. III, p. 617,
637 et 1107. Depuis l’hymne homérique à Déméter jusqu’aux inscriptions les plus
augustes et vénérables entre tous dans le monde hellénique et, pour les discréditer, il montre qu’ils reposent sur les mêmes conceptions que les mystères asiatiques, méprisés parle monde grec, qu’ils offrent sous des noms différents les mêmes mythes ; il les confond avec intention les uns et les autres d’une manière presque inextricable 7 J\ Mais quels mystères a-t-il principalement en vue dans son invective? Malgré le dédain dont Lobeck767 accable ceuxqui peuvent partager une semblable opinion, il nous paraît indéniable que ce sont les Ëleusinies768. Il aflecte d’employer pour Déméter le nom essentiellement éleusinien de Déo 7ti9, qui a toujours été absolument étranger à la religion de la Phrygie. De plus, dans la péroraison qui termine le morceau : « Toutes ces cérémonies, dit-il, sont bien dignes de la nuit et du feu, dignes du magnifique ou plutôt de l’extravagant peuple des Ërechthéides. » Puis, avant de s’écrier : « Hiérophante, éteins ton flambeau; daduque, rougis devant la lumière que lu portes! » ce qui ramène formellement a Eleusis, il mentionne « les mystères du dragon » (roû dpaxovroç ti guffTYipta). Or, qu’est-ce que ces mystères du dragon, si ce n’est ceux où Jupiter, transformé en serpent, s’unissait à sa fille Proserpine?
Les témoignages ne manquent pas, du reste, pour établir que, dans la dernière période des Ëleusinies, une des nuits mystiques voyait se développer le spectacle du mythe complet d’Iacchos-Zagreus, tel que le raconte Clément d’Alexandrie, depuis l’union incestueuse de Zeus jusqu’à la sépulture du jeune dieu. C’est à cela que faisaient allusion saint Grégoire de Nazianze 76°, quand il flétrissait les spectacles révoltants qu’on voyait dans les mystères, et plus tard saint Jean Chrysostome ‘01, quand il parlaitdes unions contre nature qu’on y présentait aux initiés. Tatien762 est bien autrement formel en disant : « Jupiter s’unit à sa fille, et cette union est féconde. J’en ai pour témoin Eleusis et le dragon mystique. » M. Maury763 accepte l’idée que les passages de Théodoret704 et de Firmicus Maternus766 sur des mystères où l’on représentait la légende de Zagreus ne sont autres que les Ëleusinies, modifiées sous l’influence de 1 orphisme. L’auteur des P/iilosophoumena 708 décrit, dans la nuit d’Ëleusis, l’hiérophante célébrant les grands mystères au sein d’une lumière éclatante et s’écriant de sa voix la plus forte : « La déesse vénérable a mis au monde l’enfant sacré ; Brimo est mère de Brimos.» Ainsi, voilà dans la partie la plus secrète des initiations éleusiniennes ce nom de Brimo, dont le récit de Clément d’Alexandrie explique la valeur mythique. Le scholiaste de Platon 767, comme nous l’avons montré dans la section précédente, attribue formellement aux Ëleusinies la formule symbolique « j’ai mangé dans le tympanon, etc. », que le Père alexandrin lie à la légende religieuse qu’il rapporte. Tous ces faits, en se groupant, achèvent de démontrer, contrairement à Lobeck, que l’invective de Clément d’Alexandrie a trait réellement à l’époptie.
Toute cette légende, d’ailleurs, était certainement étrangère au fond primitif des mystères d’Éleusis. Le
récentes d’Éleusis, on le trouve toujours spécialement attaché au culte mystique de cette localité. — 760 Orat. ado. Julian II, 31. — 761 Orat. de S. Babyla et contr. gent. 13, p. 234 Didot. — 762 Orat. ad Graec. 13. — 763 Bist. des relig. de la Grèce , t. III, p. 330. — 76V i)e fid. Serin. I, t. IV, p. 482 de l’éd. Schulz. — 765 De error. profan. relig. 6. — 766 V, 8, p. 115, éd. Miller. — 767 P, 123, éd. Ruhnken.
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mythe de Zagreus est un emprunt que les Orphiques firent à la Phrygie et à la Syrie 763 et ils ne l’introduisirent à Eleusis qu’à une époque relativement basse-, comme nous avons essayé de l’établir dans la section I. C’est alors que ce mythe put devenir un spectacle spécial à l’époptie et que l’on porta, pour pouvoir l’y représenter, le nombre des nuits mystiques ou à deux. En effet, si la distinction des mystes et des époptes existait déjà antérieurement à la guerre de Péloponnèse 760 et du temps d’Alcibiade770 , différents indices sont de nature à faire penser qu’il n’y avait alors qu’une 7tavvu/îç. Et c’esfrainsi qu’ Alcibiade put être accusé d’avoir, en parodiant les mystères dans une nuit d’orgie, donné aux convives réunis dans le même souper, aux uns le rôle de mystes, aux autres celui d’époptes. La séparation complète de la pûri<n; et de rÈnoTiTsia en deux cérémonies différentes ne se montre à nous qu’au temps de Démétrius Poliorcète771, c'est-à-dire au temps même où l’identification d’Iacchos et de Zagreus devint complète.
Astérius772 signale avec indignation dans les mystères d'Eleusis larencontre de l’hiérophante et de l’hiérophantis seul à seule. 11 ne s’agit pas là de l’union de Proserpine avec son époux infernal, comme l’ont pensé quelques érudits, mais plutôt de celle de Déméter avec Zeus, puisque Tertullien773 nous parle du rapt de l’hiérophantis représentant Cérès, et Cérès résistant à cette union, comme l’indique aussi Clément d’Alexandrie : Cur rapitur sacerdos Cereris , si non taie Ceres passa est ? C’est cet hymen qu’imitait le devin Alexandre dans ses nouveaux mystères, en plaçant une scène mimique du même genre dans la dernière nuit des représentations dont il avait calqué le plan général sur celui des Éleusinies774. C’est alors sans doute qu’On dressait devant les yeux des époptes le lit nuptial que les Valentiniens avaient transporté dans leurs assemblées nocturnes775, ou ils copiaient tant de choses des mystères d’Eleusis 770. Nous avons parlé de la formule mystique où se trouvent les mots uuo xôv 7co«7tov ùuéSuov, qui font directement allusion à ce lit nuptial, mais on ne peut pas décider avec certitude si celte formule appartenait aux Sabazies ou aux Éleusinies. En tout cas, il est réel que l’hiérophante s’enfermait seul avec l’hiérophantis pour donner aux spectateurs l’illusion de l’union conjugale entre le dieu et la déesse et, bien que celte épisode fût sans doute un pur simulacre, une sorte de symbole conventionnel777, la hardiesse d’un tel rite suffirait à légitimer les protestations et les révoltes des Pères de l’Église chrétienne. [Mais, commenousl’avonsdit plus haut, les témoignages des Pères de l'Église peuvent passer pour suspects, étant le résultat de polémiques violentes et de luttes passionnées où l’on accueillait, de part et d’autre, pour
168 Voy. Maury, Hist. des relig. de la Grèce , t. Il, p. 365 ; t. III, p. 327.
169 Corp. inscr. gr. n° 71. — 770 Plut. Alcibiad. 22. — 771 Plut. Demetr. 26.
772 Encom, in SS. Mart. dans la Biblioth. Pair. auct. t. II, p. 193. — 773 Ad
rat. II, p. 57. — th Lucian. Pseudom. 39 — 776 Euseb. Hist. eccles. IV, 11.
' 776 Tertull. Adv. Valent . 1. — 777 Serv. ad Virg. Aeneid. VI, 661; Schol. ad
Pers. Sat. V, 145 ; S. Hieronym. Adv. Jovinian. 320 ; Epist. CXXIII, 905. — 778 [In Verr. II, 5, 72; Leg. II, 14, 36.] — 779 V, 8, p. 115, éd. Miller. — 780 [On a voulu voir une reproduction de co dernier spectacle mystique dans une peinture de vase italo-grec (voy. le Dict. t. I, p. 1066, fig. 1308 ; cf. Miuervini, Monumenti inediti di Raffaele Barone , pl. xxi et xxn; Guigniaut, Al cm. de l'Acad. des Inscr. nouv. sêr. t. XXI, 2° part. p. 111-113; F. Lenormant, Gaz. archéol. 1879, p. 32 et s. Puruy, Hist. des Grecs , I, p. 775, note 3). Quelque ingénieuse que soit cette explication, nous avons cru devoir la laisser de côté, car elle soulève beaucoup d objections. Les personnages qui se pressent autour de l’édicule renfermant la moisson d épis ne peuvent point passer pour des divinités éleusiniennes, ni pour
exalter le christianisme comme pour l'attaquer, toutes sortes de faits non prouvés. Aucun texte d’auteur païen ne fait allusion à des spectacles impurs, présentés aux initiés des Eleusinies. Certains détails peu décents existaient dans la légende de Déméter; on a pu en conclure trop précipitamment qu’ils étaient représentés en acte dans les nuits mystiques. Le témoignage d'un esprit éclairé et impartial tel que Cicéron, parlant des mystères de Cérès comme d’une école de civilisation et de moralité 778, est de nature à faire planer quelque doute sur la justesse des accusations portées contre les Eleusinies.]
Dans le mythe raconté par les Orphiques, Zagreus, après son ensevelissement, ressuscitait triomphant. Nous ne pensons cependant pas que cette résurrection fût représentée directement dans l’époptie d’Eleusis. Les initiés, qui dans le mythe de Déméter avaient vu le dieu enfant revenir des Enfers aux bras de Coré, n’avaient plus besoin d’apprendre qu’il ne resterait pas toujours dans la demeure des morts. C’est, croyons-nous, sous une forme symbolique que s'offrait alors aux époptes la résurrection, la palingénésie du dieu dans lequel ils trouvaient l’emblème de l’immortalité qui leur était promise. A la scène de la sépulture de Zagreus devait succéder immédiatement le dernier spectacle offert aux initiés, ce que l’auteur des Philusophoumena 779 appelle « le plus grand, le plus merveilleux et le plus parfait mystère de l’époptie », l’épi de blé, présenté en silence à la foule assemblée. Le symbole essentiel et fondamental du culte de Déméter revenait ainsi comme le terme suprême de la contemplation mystique, présenté sous son sens le plus élevé, résumantet éclairant toutes les scènes précédentes 780.
VIII. Les mystères et l’autre vie. — « Le sens mystique des cérémonies sacrées, dit Strabon781, est un hommage à la divinité, dont il imite la nature qui se dérobe aux sens. » Fit Diodore de Sicile782 : « On dit que ceux qui ont participé aux mystères en deviennent plus pieux, plus justes et meilleurs en toutes choses. » Enfin, plusieurs siècles auparavant, Andocide disait aux Athéniens ses juges : « Vous êtes iuitiés et vous avez contemplé vos rites sacrés, célébrés en l’honneur des deux déesses, afin que vous punissiez ceux qui commettent l’impiété et que vous sauviez ceux qu’on accuse injustement783. »
Si les Pères de l’Église ont été justement révoltés de l'indécence de certains symboles ou de certaines scènes présentées aux regards des initiés, d’un autre côté, étant donnée la société antique et ses croyances, on doit accepter l’exactitude de ce que disent tant de philosophes et de grands esprits du paganisme au sujet de
des prêtres jouant ce rôle, encore moins pour des spectateurs initiés, car ils sont à demi nus et portent des guirlandes, des couronnes, des phiales, des rameaux d’arbre. 11 est visible que ces assistants apportent leurs offrandes à l’édicule qui, pour nous, n’est autre chose qu’un monument funéraire dans lequel l’image ordinaire du défunt est remplacée par une floraison de plantes, symbole de résurrection. Ce qui le prouve, c'est que sur plusieurs autres vases de la même catégorie on voit dans l’édifice funéraire non pas des épis, mais des plantes, des fleurs quelconques (Genick, Griech. Keramik, pl. 12; Gerhard, Apul. Vasenbitder, pl. 12). Il est possible que cette idée de résurrection exprimée par la vie végétative émane de la doctrine des mystères. Mais, quant à voir dans la peinture du vase Barone une reproduction de la scène d’initiation aux Éleusinies, c’est, à notre avis, une exagération très grande. Pour les autres peintures de vases qu’on a voulu, mais à tort, rapprocher des mystères d’Éleusis, voy. le livre de Christi, Painted gree/c vases and lheir probable connection with tlie shows of tlie Eleusinian and other mysteries, 1825.] —781 X,p. 467. —782 V,49, 6.-783 Andocid. De tmjsler. 31.
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l'heureuse influence des initiations d’Éleusis. Surtout, ce qui reste l’honneur etl’incontestable mérite des mystères d’Éleusis, c’est l’affirmation énergique, qui s’y maintint depuis le premier jusqu’au dernier jour, de la vie divine après le trépas et de l’immortalité de l’âme humaine181.
Dans le Rituel funéraire égyptien, l’homme, au moment de sa mort, est représenté comme un grain qui tombe dans la terre, afin de puiser dans son sein une nouvelle vie 785. Sans qu’il faille pour cela en chercher l’origine sur les bords du Nil, la symbolique des mystères d'Éleusis était la même186, et la fable de Proserpine est aussi bien l'image de la destinée de l’homme après la mort que celle de la reproduction de la vie végétative par la semence confiée à la terre. Mais dès que l’on s’élève audessus de l’idée grossière et primitive d’une palingénésie purement terrestre, d’un retour à l’existence de ce monde, l’immortalité, la vie par delà la tombe se présente à l’esprit de l'homme avec des peines et des récompenses, des élus et des damnés. 11 était naturel qu’en proclamant l’existence de l’autre vie, les mystères affirmassent leur pouvoir de donner la béatitude à ceux qui participaient à leurs purifications et à leurs rites.
Ce sont là les « belles espérances » (xaXoc'i IXtuSe; 787) qui accompagnaient dans la tombe les initiés de Déméter. L’auteur de l’hymne homérique s’écrie en finissant : « Heureux celui des hommes qui a vu ces mystères; mais celui qui n’est point initié, qui ne participe point aux rites sacrés, ne jouira point de la même destinée après sa mort dans le séjour des ténèbres 788. » Sophocle 189 dit de même : « O trois fois heureux ceux des hommes qui descendent dans l'Hadès après avoir contemplé ces spectacles ; seuls ils ont la vie ; quant aux autres, il n’y a pour eux que des souffrances. » Platon790 nous représente celui qui n’a pu être initié croupissant dans le bourbier des Enfers, tandis que celui qui a été purifié et initié jouit, dans l’autre vie, de la société des dieux. Suivant YAxiockos 191, les initiés devaient avoir la première place dans l’empire de Pluton. Les Athéniens, pour engager Diogène à se faire initier aux mystères, lui assuraient que ceux qui avaient accompli ces cérémonies sacrées présidaient, après leur mort, sur les autres hommes dans les Enfers192. Plutarque dit aussi: « Mourir, c’est être initié aux grands mystères... Toute notre vie n’est qu’une suite d’erreurs, d’écarts pénibles, de longues courses par des chemins tortueux et sans issue. Au moment de la quitter, les craintes, les terreurs, les frémissements, les sueurs mortelles, une stupeur léthargique viennent nous accabler ; mais dès que nous en sommes sortis, nous passons dans des prairies délicieuses, où l’on respire l’air le plus pur, où l’on entend des concerts et des discours sacrés, enfin où l’on est frappé de visions célestes. C’est là que l’homme, devenu parfait par sa nouvelle initiation, rendu à la liberté, vraiment maître de lui-même, célèbre, couronné de myrte, les plus augustes mystères, converse avec des âmes justes et pures et voit avec mépris la troupe impure des profanes, ou non initiés, toujours plongée et s'enfonçant
78* Cic. Leg. Il, 14, 36. — 78S Lepsius, Das Todtenbuch der Aegyptier, ch. 85 I. 47-48 ; cf. ch. 83, I. 2. -- 786 Ch. Lenormant et De Witte, Él. des mon. céramogr. t. III, p. 106. — 787 Isocr. Panegyr. 59 ; Philem. Fragm. 90. — 788 Bymn. in Cer. 480-482. — 789 Ap. Plut. De aud. poet. 4, p. 25-26 Didot. — 790 Phaed. p. 69 c, p. 194, del’éd. Bekker. — 791 P. 196, éd. Bekker. — 792 Diog. Laert. VI, 12, 39; vop. ce qui est rapporté dans le même auteur au sujet d’Antisthène, VI, 1, 4. 793 plut. Fragm. de anim. ap. Stob. Florileg. 120, 28 (t. V, p. 9, éd. Didot).
d'elle-même dans la boue et dans de profondes ténèbres793. » Aristophane, dans ses Grenouilles , n’est pas moins explicite, qu’il fasse parler Hercule 794 ou le chœur des initiés jouissant de la béatitude dans les Enfers195.
Cette béatitude est celle qui est promise aux justes (StxKtot), aux saints (oatot), aux bons (^p-qarot 19°). Mais ne nous exagérons pas la sign ification morale de ces dernières expressions, employées par des écrivains qui se font l’écho des mystères. Les qualifications que nous venons d’énumérer appartiennent de droit aux initiés, que les cérémonies sacrées et le spectacle des choses divines ont purifiés, justifiés, rendus parfaits; l’immortalité bienheureuse leur est définitivement acquise par le seul fait d’avoir participé aux mystères. Si l’on a, sous l’influence des doctrines éleusiniennes, ajouté Triptolème après Éaque aux juges des Enfers 797, ce n’est pas tant pour prononcer une sentence que pour reconnaître les siens et pour leur assurer le sort qui leur a été promis. L’effet de l’initiation est exactement la grâce inamissible de certaines sectes chrétiennes, avec ses dangereuses conséquences morales, qui portent si profondément atteinte à la responsabilité humaine et à la justice de la rémunération dans l’autre vie. Diogène comprenait bien l’écueil d’une telle doctrine, quand il disait ne pas pouvoir admettre que le sort du brigand Patécion, parce qu’il avait été initié, pût être meilleur dans l’autre vie que celui d’Épaminondas, qui ne l’avait point été 798.
Plutarque nous a dépeint sous quels traits on se figurait la béatitude des justes, c’est-à-dire des initiés. Le chœur des mystes, chez Aristophane, décrit aussi ces jardins délicieux, où régnent tous les plaisirs, et sur lesquels s’étendent encore avec complaisance Pindare799 et l’auteur de YAxiochos 800. Il y a là un thème de description consacré, qui est devenu plus tard un lieu commun poétique et que Virgile a repris pour ses Champs- Elysées, mais qui à l’origine était intimement lié avec la doctrine mystique et y occupait une place essentielle.
Polygnote, dans les scènes des Enfers qu’il avait peintes à la Lesché de Delphes, avait retracé le supplice de ceux qui avaient méprisé les mystères d’Éleusis et négligé de s’y faire initier 801 ; ils portaient de l’eau dans des vases brisés ou en versaient, comme les Danaïdes, dans un pithos sans fond. L’idée essentielle de ce supplice est facile à pénétrer et, sans aucundoute, était empruntée à quelqu’un des préceptes (TrapocYY£,VaTO!) énoncés dans les mystères mêmes 802. C’est celle du plérome ou de la plénitude de science et de perfection, donné comme le résultat de l’initiation. L’on discerne ainsi où les gnostiques ont été chercher leur notion du plérome ’, qui existait déjà avant eux, puisque saint Paul y fait clairement allusion 803. C’est en vain que ceux qui sont restés étrangers aux mystères s’efforcent d’atteindre à l’état parfait exprimé par ce mot. Leur âme, avide de connaissances et de biens imaginaires, est comme le tonneau des Danaïdes qui ne se remplit jamais. Mais si le vase brisé ou sans fond, ne pouvant plus contenir
— 79V Ban. 154-158. — 795 Ibid. 448-459. — 796 Plat. De Republ. II, p. 363.
797 Plat. Apol. Socrat. p. 41 ; Cic. Tusculan. I, 41 ; Bullet. de l’Inst. arch.
1851, p. 40. — 798 Plut. De audiend. poet. 4; Diog. Laert. VI, 2 , 39. — 799 Olymp. II, 64 et s., éd. Boeckh. — 800 p. 515, éd. Bekker. — 801 Paus. X, 31, 9 et 11 ; voy. Welcker, dans les Mém. de V Acad, de Berlin , 1847, p. 124. — 802 Cb . Lenormant, Mém. de l’Acad. de Belgique , t. XXXIV, p. 128 et s. — 803 Epist. ad Coloss. I, 19.
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l'eau, est le symbole de l’âme non initiée qui ne peut point parvenir à la béatitude, le vase entier, qui ne laisse pas échapper le liquide qu’on y dépose, doit être naturellement celui de l’âme initiée, en possession de la science religieuse, et par conséquent de l’âme arrivée après la mort à ce bonheur dont l’initiation donnait la garantie.
En somme, malgré l’emploi de certains symboles grossiers, qui choquaient moins les anciens que nous, les Éleusinies peuvent être considérées comme une des fêtes les plus graves et les plus morales du paganisme et c’est avec raison que le culte de Déméter, fondement de ces mystères, passait encore aux yeux des plus sages Romains 801 pour un agent puissant de civilisation et de progrès social. F. Lenormant. [E. Pottier].
ÉLEUTHÉRA AGORA (’EXeuOspa àyopa, liberum forum , par opposition à àvayxoda <xYopâ). — On appelle ainsi la place publique où se réunissent les assemblées délibérantes et où s’élèvent les édifices occupés par les magistrats; les boutiques, les femmes, les marchands, les non citoyens en sont exclus. Une pareille séparation existait dans plusieurs cités grecques (Athènes*, Sparte'2, Cyzique3, Thessalie 4) et même, s’il faut en croire Xénophon5, chez les Perses [agora, I, p. 150-1], Th. Reinach.
ELEUTHÉRIA (’EXsuSÉpta). — Nom commun à plusieurs fêtes commémoratives, célébrées par diverses villes de la Grèce et aussi par de simples particuliers, sous des prétextes différents qui répondaient tous à une idée d’affranchissement*. La plus célèbre de ces fêtes fut celle qu’Aristide institua, d’après un oracle de la Pythie, dans l’assemblée générale de tous les Grecs, au lendemain des guerres médiques2. Le lieu choisi fut l’agora de Platées ; on y éleva un autel à Zeus Eleuthérios , ou libérateur: le sacrifice solennel n’y devait avoir lieu qu’après extinction de tous les foyers publics et privés et renouvellement du feu au foyer commun de Delphes. Ce sacrifice tombait au seizième jour de maimactérion ; les Platéens étaient chargés d’y pourvoir, mais la Grèce entière y envoyait des députations de magistrats et de citoyens. Une procession solennelle précédait le sacrifice qui était suivi de libations aux morts
soi Cic. In Verr. II, 5, 72 ; Leg. II, 14, 36. — Bibliographie. Meursius, Eleusinia sive de Cereris Eleusinae sacro et festo, Leyde, 1619 (Gronovius, Thésaurus, VII, p. 138); Forelius, De mysteriis Eleusiniis , Upsal, 1707; OuvarofT, Essai sur les mystères d'Éleusis, Saint-Pétersbourg, 1812; 2° éd. en 1815; 3° en 1816; Sainte-Croix, Rech. sur les mystères du paganisme, tro éd. Paris, 1784; 2° éd. Paris, 1817 ; Creuzer, Symbolik und Mythologie, 1. VIII, sect. il, ch. i et ni; t. II, 2° part. p. 654-713, 752-820, tr. Guigniaut; Lobeck, Aglaophatnus , sive de iheolo giae mysticae Graecorum causis, Koenigsberg, 1829 ; Ottfried Müllcr, Prolegomena zu einer wissenschaftlichen Mythologie ; article Eleusinien dans YAllgemeine Encyclopaedie d’Ersch et Gruber, sect. I, t. XXXI II ; Preller, Demeter und Persephone, Hamburg, 1837 -, De Via Sacra Eleusinia disp. I et II (Ausgevahlte Aufsâtze par Koehler, p. 117-136, Berlin, 1864) , articles Eleusinia, Mysteria et Orphica dans la Real Encyclopaedie de Pauly; Griechische Mythologie, t. I, p. 588-629 ;Welcker, Raub der Kora, dans la Zeitschrift fur alte Kunst, t. I ; Griechische Goetterlehre, t. I, p. 385-400; t. Il, p. 467-570, 629-643; Guigniaut, Relig. de l’antiq. t. III, 3° part. p. 1089-1245; Mèm. sur les mystères de Cérès et de Proserpine et sur les mystères de la Grèce en général , dans les Mém. de l" Acad, des Inscr. nouv. sér. t. XXI, 2° part.; Nitzscli, De Eleusiniorum ratione publica, Kiel, 1843; Gerhard, Prodromus mythologischer Kunsterklaerung , lr0 liv. des Antike Bildwerke, p. 44-116; Griechische Mythologie, 1. II, § 400-437; U cher die Anthesterien und das Verhaeltniss des altischen Dionysos zum Koradienst, dans les Mèm. de l’Acad . de Berlin pour 1858 ; Ueber den Bilderkreis von Eleusis, trois mém. dans le recueil de l'Acad. de Berlin pour 1862, 1863, 1864 (Akademische Abhandlungen, II, p. 314-506); Maury, Hist. des relig. de la Grèce antique , t. Il, p. 315-379; Ch. Lenormant et de Witte, Élite des monuments céramogr., t. III, p. 97-190, ch. x, pl. xxxvi i-lxxi ; Ch. Lenormant, Mémoire sur les représentations qui avaient lieu dans les mystères d'Éleusis, dans les Mém. de V Acad, des Inscr. nouv. sér. t. XXIV, lr0 part. ; Stephani, Comptes rendus de la comm. impér. archéol. de Saint-Pétersbourg pour 1859 et 1862; F. Lenormant, Bech. archéol. à Éleusis, Recueil des inscript. ; Monogr. de la Voie Sacrée Éleusinienne (le t. Ier seul a paru) ; The Eleu-
de la journée de Platées, puis du lavage et de Ponction de leurs tombes par la main de l'archonte. On célébrait ensuite des jeux gymniques, qui, au temps de Pausanias, avaient lieu tous les cinq ans. Dans la pensée des organisateurs, cette fête devait être celle de tous les Grecs sans distinction et rappeler les heureux efforts d’union qui avaient assuré l'indépendance nationale. Mais, comme elle était issue de circonstances spéciales et transitoires, elle ne jeta point de racines dans la foi populaire Platées était situé en un point où les intérêts rivaux d'Athènes et de Thèbes ne devaient pas tarder à se heurter; c’est pourquoi la fête devint assez vite purement locale, comme les érotidia que Thespies, non loin de là, célébrait avec un appareil analogue1.
Syracuse institua de même des Êleuthéria , après la chute du tyran Thrasybule b ; le nom de Zeus Eleuthérios figure sur des monnaies de cette ville 6.
A Samos, il y avait des Eleuthéria en l'honneur d’Éros, considéré comme le dieu qui préside à l'union des cœurs devant l'ennemi et qui inspire les résolutions généreuses.
Après la mort de Polycrate, un confident, que le tyran avait institué son héritier, voua à Zeus Eleuthérios un autel avec une enceinte sacrée, offrant aux Samiens la liberté si, avec le sacerdoce de ce culte, ils voulaient bien lui assurer une forte somme ; Hérodote vit encore cet autel dans un des faubourgs de la ville 8. Les Eleuthéria rappelant cet événement ne doivent pas être confondus avec la fête du même nom en l’honneur d’Éros.
D’autres villes helléniques avaient établi des fêtes de ce genre, lorsqu’elles obtenaient l’exemption de quelque tribut onéreux9. De la même pensée procédaient les Eleuthéria privés, que l'on fêtait quand on passait de la servitude à la liberté, puis au jour anniversaire de cet événement10. En Grèce, le vocable de Zeus Eleuthérios et le culte qu’il suppose sont antérieurs aux fêtes connues de ce nom. Pindare invoque ce dieu comme le père de la T ujpq SoVreipa 11 ; Simonide l’avait salué dans un poème sur la mort de Mardonius *2. C’est à Zeus Eleuthérios que fut voué le bouclier du jeune Cydias, tombé dans la lutte contre les Celtes de Brennus *3.
sinian Alysteries ( Contemporary Review , may 1880); A. Mommsen, Heortologie , Antiquarische Unlcrsuchungen ueber die staedtischen Feste der Athener, p. 62-75, 222-260, 373-378; Strube, Bilderkreis von Eleusis , Leipzig, 1870, avec un Supplément par Brunn, Leipzig, 1872; W. Mannhardt, Alÿthologische Forschungen, p. 204 et s., Strassburg, 1884; Baumeister, Denkmâler des klassischcn Altertians, p. 476- 478 ; Nebe, Dissertationes Halenses philologicae (De mysteriorum eleusiniorum tamporc et administ ratione publica), t. VIII, 1887, p. 67-140; IL Sauppe, Altica et Eleusinia , Gôtting. 1880; Wargha, Ueber die Eleusinischen Myslerien auf Grund der Originalquellen (en hongrois), 1882; E. Curtius, Alhen und Eleusis ( Deutsche Rundschau, 1884, p. 202 et s.) ; B. Haussoullier, Le dème d'Éleusis ( Annales de la Faculté de Bordeaux , 1886) ; Cb. Diehl, Les fouilles d'Éleusis (Exclusions archéol. en Grèce , 1890, p. 277 et s.)
ÉLEUTIIÉRA AGOUA. t Sauf pour les votes d’ostracisme, voir Curtius, Aitische Studien , II, 30. — 2 Plutarch. Lycurg. 6; Pausan. III, 12, 10. Cf. Gilbert, ffandbuch griech. Staatsalterth., I, 54. — 3 *Ev Tîj &v$pV}a d^opa; Boeckh, Corp. inscr. gr. 3657. — 4 Arist. Polit. VII, 11. 2. — 5 Xenoph. Cyrop. I, 2, 3. Cf. Brisson, De regno Persarum , II, 76.
ÉLEUTHÉRIA. 1 La forme ordinaire est ’EXeuOepia ; on rencontre aussi 'EXeùOÉpeia dans une inscription trouvée à Mégare ; voy. Boeckh, I, p. 564, 1,3. — 2 Plut. Arist. 19, 20; Alalign. Herod. 42; Diod. Sic. XI, 29; Paus. IX, 2, 6; Strab. IX. p. 632; Corp. inscr. gr. 1068, 1430, 1431 ; Diltenberger, Sylloge inscript., 398. — 3 Wachsmuth, Gricch. Alterth. II, 473. — 4 Schol. Pind. Ol. 8 (7, 154). — 5 Diod. Sic. XI, 27. — 6 Eckhel, Doctr. num. I, 243; Torremuzza, Sial, popul. nummi veteres, 82, 10, 11, 101, 13, 14, 15.— 7Athen.XIII, 12, p. 561 et sq. — 8 III, 142. — i'Henioch.ap. Stob. Flor. Il, 105. — 10 Eumath. 10, p. 401 ; Ib. il, p. 406. Cf. Plaut. Pers. I, 1. 29 : « basilice agito eleutheria ». II y avait à Athènes un portique de Zeus Éleuihèrios voué par les affranchis; Paus. I, 3, 2 ; X, 21, 5 et 6. Le scholiaste du Pseudo- Platon, Eryx , init., dit que ce dieu est vénéré aussi, outre Syracuse et Platées, à Tarente, en Carie, etc. Cf. Harpocr. Suid. Ilesycb. s. v. — Il Ol. XIII, 1 ; cf. Eurip. Rhes. 358; Xenoph. Oecon. 7, 1. — 12 Paus. IX, 2, 5. — *3 Id. X, 21, 3.
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On trouve le nom d'Èleuthèria employé par les auteurs grecs qui ont écrit sur les choses romaines, pour traduire soit le nom de la liberté personnifiée [libertas] soit celui des fêtes appelées liberalia. J. -A. Hild.
ELEUriIERÔLAKONES (’EXeuôepoXâxiüve;). — Confédération des cités maritimes de la Laconie que les Romains avaient affranchies de la domination de Sparte, après la défaite de Nabis en 195 et qu’ils avaient placées sous la protection des Achéens1. Les membres de la confédélation s appelèrent d abord AaxsSaigxmot, comme le prouvent plusieurs inscriptions et une monnaie de Kvparissia-. Quelques stratèges de cette période sont connus. Auguste réorganisa la confédération qui prit le nom de Laconiens libres et qui dura pendant toute l’époque impériale. Les villes qui la composaient étaient au nombre de 'ingt-quatre du temps de Strabon; Pausanias n’en comptait plus que dix-huit3. La confédération n’a pas d histoire et n’a joué aucun rôle important dans les événements. Les inscriptions ont fait connaître les traits principaux de son organisation. Le magistrat éponyme était un stratège annuel ; il y avait une assemblée fédérale (auveSptov) et une caisse commune. Les décrets étaient exposés dans le sanctuaire de Poséidon au cap Ténare *. Chacune des villes conservait son autonomie municipale et frappait monnaie. Les principaux magistrats étaient les éphores annuels, dont le nombre variait de trois à cinq ; on trouve aussi un conseil composé de synèdres annuels, et des assemblées du peuple, ct7t£XXat 5. P. Foucart.
ELEU 1 IIERON PHTHORA (’EXsuôÉpwv a/Sopct). — La séduction d un jeune garçon libre tombait, d’après la législation athénienne, sous le coup de la Ypa‘fz) ’Kpouqoiqeia.ç dont la peine était la mort'. Le châtiment était moins sévère (chose singulière) si au lieu de la persuasion on avait employé la violence : il consistait en une amende double de celle qui frappait le viol d’un esclave2. Quant au crime IXeuÔépwv tpOopâ, il n’est mentionné que dans un texte de loi inséré dans le discours d’Eschine contre Timarque et ainsi conçu : « Les maîtres des écoles ne les ouvriront pas avant le lever du soleil; ils les fermeront avant le soleil couché. Lorsque les enfants sont dans l’école, aucun adulte ne peut y entrer sous peine de mort, excepté le fils du maître, son frère et son gendre. Les gymnasiarques ne permettront aux jeunes gens, pour aucune raison, de se mêler avec les enfants aux fêtes d’Hermès. S’ils en laissent pénétrer quelques-uns dans le gymnase ou s’ils ne les en chassent, on leur appliquera la loi concernant la corruption de l’enfance libre, evo^oç la- rojrto rapl ~r,ç rüiv IXsuftépiov cpOopaç vopio3. » Toüt ce texte de loi est manifestemeut apocryphe et les commentateurs n’auraient pas dû s’y tromper. Parmi ses dispositions les unes sont une simple paraphrase des
ÉLECTHÉROLAKONES. 1 Tit. Liv. XXXIV, 35, 36; XXXVIII, 30, 31. — 2 Corp. inscr. gr. 1395; Foucart, Inscr. du Péloponnèse , 228 a ; 255 d; Bull. Inst. arch. 1861, p 111. — 3 Strab. VIII, 5, 5; Pausan. III, 21. — 4 Corp, inscr. gr. 1335; Inscr. du Péloponnèse , 255 a et 6. — 3 Ibid. 261 ; Mittheil. Inst. Athen. t. II, p. 442 ; cf. t. III, p. 163; Foucart, Inscr. du Péloponnèse , p. 111 et s.; Gilbert, Handbuch griech. Staatsalt. t. I, p. 29.
ÉLEUTHÉRON PIITHORA. 1 Aeschin. Timarch. 14. Cf. Plat. Thæet. 6 p. 150 A. Rapprocher, à Rome, l’anecdote contée par Plutarque, Marcellus, 2. — 2 Lysias,
De caede Eratoslh. 32. — 3 Timarch. 12. — 4 Plat. Lysis, p. 206 D : àva|AE|Aiy|*evoi.... eîoAv oï te veavio-xoi *a\ oî raT^e;. — 5 Tim. 19. — Biuliographie. Meier, Schoeraann, Lipsius, Der attische Prozess , Berlin, 1883, p. 411 ; Thonissen, le Droit pénal de la république athénienne, Bruxelles, 1875, p. 331; P. Girard, L’éducation athénienne , Paris, 1889, p. 39, note 3.
ÉLEUTHÉROPRASIOU DIRE. 1 Pollux, III, 78 : xa\ $ixy| Si xaxà tÛv àvSpaTto- •jiotwv è/.fjOepo-paatou. — 2 Ajouter à la bibliographie donnée dans cet article :
précédentes allusions de 1 orateur à certains règlements destinés à empêcher le contact dangereux des enfants et des adultes ; les autres sont inventées de toutes pièces et probablement erronées : c’est ainsi que nous savons positivement par Platon qu aux fêtes d’Hermès les adolescents se réunissaient avec les enfants* ; il y avait sans doute à ce sujet des règlements de police (Èschine lui-même l’indique8), mais l’interpolateur en ignorait le contenu et l’a maladroitement suppléé. Dans ces conditions il convient de rayer la <p0opà sXEuSépuiv de la liste des délits en droit attique. Tu. Reinach.
ÉLEUTHÉROPRASIOU DIRE ( ’EXEu9epoitpâ(riov Sixvj). — C est le nom sous lequel le grammairien Pollux désigne 1 action appelée ailleurs àvSpaitoôtffpoù Ypa®1!1, ou plutôt l’un des cas d’application de cette action, celui où il s’agissait de la vente comme esclave d’un homme [andra- PODISMOU GRAPHE2]. Th. ReinaCII.
ELICATOR ('rSpo5xo7K)ç). — Étymologiquement et, d’après le Glossarium, Yelicator devait être un chercheur de sources* [aquilex]. Si ce nom désignait aussi des employés du service des eaux ou des ouvriers spéciaux, il était, en tout cas, très peu usité, car on ne le rencontre pas ailleurs que dans le Glossarium. H. Thédenat.
EUX (’Avcomr) o/etoü). — Conduite d’eau*. On appelait elices les rigoles que font les agriculteurs pour amener l’eau dans leurs champs ou pour l’en faire sortir2. L’auteur d’un ancien glossaire, publié par le cardinal Maï, donne cette définition du mot elices : Fontes guae ex se aquam eliciunt3. H. Thédenat.
ELOGIUM. — Ce mot n’a jamais eu par lui-même le sens de louange , comme le français éloge ; quelquefois il doit être traduit, au contraire, par grief , accusation , condamnation'... Mais il est assez difficile de saisir un lien entre les diverses acceptions qu’il présente dans l’usage classique et de décider quelle est celle qui a donné naissance aux autres. L’étymologie, eu effet, est des plus obscures ; jusqu’à Mommsen on la cherchait généralement dans la langue grecque 2. Le premier il s’est efforcé de montrerqu’il fallaitlademander au latin; pour \melogiurn vient d 'elegere, comme fors de fera, sors de scro et toga de tego ; par conséquent on aurait désigné par là toute pensée choisie dans un grand nombre, toute expression qui rendrait une idée, ou une suite d’idées sous une forme brève et rapide, telle qu’une sentence , une formule , un extrait , un sommaire... etc 3. Celte hypothèse a été combattue par Curtius * ; suivant lui l’étymologie grecque est seule plausible ; mais il faut écarter des mots comme èXXo'yiov ou exXoy eïov, qui semblent avoir été inventés pour les besoins de la cause ; reprenant une idée, qui avait été déjà mise en avant par Saumaise et par Orelli 8, mais sans être appuyée d’une démonstration, Curtius tire la forme elo-
Meier, De Lycurgi vita , p. xxxix sq ; Meier, Schomann, Lipsius, Der attische Prozess, p. 275 et 458, Berlin, 1883 ; Thonissen, Le droit pénal de la république athénienne , Bruxelles, 1875, p. 296.
ELICATOR. 1 Glossarium latino-graecum , éd. Labée, Paris, 1679, p. 64. Cf. Gloss. Graeco-lat. p. 192; ùSçoa*6noi : aquilices, elicatores.
ELIX. 1 Glossarium latino-graecum, éd. Labée, Paris, 1679, p. 64. Cf. Gloss, graec. lat. ibid. p. 12. Il n’existe pas d’autre exemple du mot elix au nominatif singulier. — 2 Plin. Hist. nat. XIX, 59, 1; Colum. II, 8; Paul. Diac. elices.
— 3 Classic. auctorum de Vaticanis codic. edilorum, t. VIII ; Lexicon velus e membranis nunc primum erutum, curante A. M. p. 193, col. 1, Rome, 1836.
ELOGIUM. 1 V. ci-dessous les § II et III. — 2 Morcelli, De stilo inscr.
I, p. 256-278 et Rost, Opuscula Plautina (1836), t. I, p. 93 et s. — 3 Corp. inscr. lat. I, p. 277. — 4 JJeber die Etymologie des Wortes Elogium, daus les Berichle der sàchsischen Gesellschaft der Wissenschaflen, 1864, p. 4 et s. — S Ad Cic. Tusc. p. 341. Voy. aussi L. Havet, Revue de Philologie, 1882, p. 204.
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glum du grec IXeYsïov et il entend par là une épigramme composée d’un distique. Ce n’est pas ici le lieu d’exposer les preuves par lesquelles cette étymologie peut être justifiée au point de vue de la linguistique ; mais il importe de retenir de l’argumentation de Curtius qu 'elogium se rencontre déjà chez Plaute6, et que le passage de cet auteur, où on le relève pour la première fois, se prête fort bien à l’interprétation proposée, au lieu qu’il en comporte difficilement une autre. Un personnage, à qui on veut donner comme servante une fille qu’il trouve trop jolie, la refuse en ces termes : « Les amoureux viendraient faire leur carillon devant ma porte ou la charbonneraient partout d’inscriptions galantes; impleantur meae foreis etogiorum 7 carbonibus. » L’épigramme, on le sait, était un des genres les plus populaires de la littérature grecque; elle servait à exprimer les idées et les sentiments les plus divers ; il suffit, pour s’en convaincre, de parcourir VAnthologie. Partout où la civilisation hellénique avait pénétré, des inscriptions, sous forme d’épigrammes, se lisaient sur les temples, sur les tombeaux, sur les œuvres d’art de toute espèce. Est-il vraisemblable que les Romains, qui empruntèrent aux Grecs la plupart des mots de la langue savante, leur aient laissé IXe yeîov, qui désignait un genre littéraire plus répandu qu’aucun autre? Il semble au contraire qu’il ait été un des premiers parmi ceux auxquels ils devaient accorder droit de cité. Il est vrai qu’on trouve dans les écrivains à partir du temps d’Auguste la forme elegi , elegeia , elegia; mais elle désigne généralement l’élégie savante et de longue haleine, telle ijue l’ont traitée Tibulle, Properce et Ovide, et non cette épigramme vulgaire, composée de quelques vers, parfois même d’un seul distique, qui couvrait les murailles des villes grecques. Comment aurait-on attendu si longtemps pour donner un nom chez les Romains à cette poésie légère, et quel était ce nom, avant le siècle d’Auguste, si ce n’était pas elogium ? Curtius a donc été amené à conclure qu 'elogium est une forme latinisée d’IXsYffov, qui a été en usage assez longtemps avant qu 'elegi, elegeia et elegia fussent mis en circulation par les lettrés ; du reste elle ne s’appliquait pas au même genre que ces mots plus récents ; néanmoins, à partir du temps d’Auguste, on a souvent pris la forme vulgaire pour la forme savante et réciproquement; ainsi s’expliquent les variantes, auxquelles cette confusion a donné lieu dans plus d’un texte classique8. Mais tandis que la forme savante restait toujours appliquée dans le langage à un genre littéraire, le sens d 'elogium s’est modifié ; IXsyeïov, qui désignait à l’origine le distique composé d’un hexamètre et d’un pentamètre, a fini par être employé aussi bien lorsqu’on voulait parler d’une couple d’hexamètres 9 ; il en a sans doute été de même d 'elogium. Puis on a été plus loin ; le mot s’est appliqué à de courtes pièces de vers, admettant des mètres de toute espèce, et même à des morceaux en prose de quelques lignes, où l’on enfermait la matière ordinaire d’une épigramme. Plus tard encore il arriva sans doute que la variété, qui faisait chez les Grecs un des charmes
r' hlercat. 409. — 7 II est vrai que les manuscrits donnent elegeorum. Elogiorum est une correction de Turnèbe, adoptée par Ritschl (éd. de Plaute) et par Curtius (C c.) ; Fleckeisen (JVeue Jahrbücher für classische Philologie , t. XCilï, 1866, P- 3 et s.) défend la leçon des manuscrits. — 9 V. par exemple Plaut. I. c.; Cic. Cat. ,3 ; Tuscul. I, 117. — 9 Dio Chrys. IV, p. 183 R. V. aussi l’épitaphe d’Homère dans le Pseudo-Herodot. Vita llomeri. — 10 Le premier exemple est de Pasquier, Lettres , t. I, p. 558. En 1546, Paul Jove avait publié un ouvrage iutitulé Elogia oit orum illustrium . — il Fleckeisen, Jahrbücher , l. c.; Bréal et Bailly, Dictionnaire étymologique latin , s. v. ; Sommerbrodt ad Cic. Cat. 73; Jordau (H.) Vindiciae
du genre, s’effaça de plus en plus, et comme les Romains, qui en goûtaient avant tout l’utilité pratique, Pavaient consacré principalement à célébrer leurs grands hommes, le sens de louange , qui, à l’origine, ne convenait qu’à une seule classe d 'elogia, resta désormais attaché à ce mot et l’emporta sur tous les autres. Encore ce changement ne se produisit-il qu'à une époque postérieure aux temps antiques ; car, même dans la basse latinité, nous voyons subsister toutes les nuances du sens primitif. Il faut aller jusqu’au xvic siècle pour trouver le mot éloge avec le sens qu’il a conservé dans notre langue ,0. L’explication de Curtius a été acceptée sans difficulté par plus d’un érudit11 ; elle est repoussée cependant parDüntzer, comme inconciliable avec les lois de la phonétique 12. Il a été surtout frappé d'un fait, qui n’avait pas échappé à Curtius ; c’est que le sens A" elogium s’est étendu au point que, dans certains textes, il semble désigner d’une façon générale toute expression de la pensée 13 ; Curtius citait à ce propos parabola , qui a donné parole , et rpayouSia, qui dans le grec moderne s’applique à toute espèce de chanson. Düntzer pense que ce sens est le primitif, bien loin d’être un sens dérivé, et il considère elogium comme une forme plus ancienne A'eloquiurn. Il s’accorderait donc en un point avec Mommsen: c’est que le mot vient du latin, et non du grec.
I. inscription. — Quoi qu’il en soit de la question d'origine, on ne saurait douter que de bonne heure les Romains aient donné le nom A'elogia à des inscriptions, et à des inscriptions de nature très diverse. Le passage de Plaute, reproduit plus haut, fait penser à des inscriptions en lettres cursives, contenant une plaisanterie plus ou moins triviale, comme celles que les oisifs ont tracées avec une pointe sur les murs de Pompéi. Caton 14 appelle elogia les inscriptions que l’on voyait en Grèce sur les monuments élevés à la gloire de Léonidas et de ses compagnons; il est vraisemblable qu’il désigne surtout par là des épigrammes funéraires semblables à cellesde Y Anthologie !5, où est célébré le beau trépas du héros Spartiate, et dont la plus connue est celle que Simonide de Céos, le maitre du genre, avait composée pour être gravée aux Thermopyles. On lisait à Rome, près de la porte Capène, sur le tombeau d’A. Atilius Caiatinus (consul en 258 avant J.-C.), une inscription en vers saturniens, qui perpétuait le souvenir de ses vertus; pour Cicéron, c’est un elogium I6. Ce témoignage de l’orateur et d’autres encore montrent clairement qu’il applique le mot à certaines inscriptions funéraires17, mais non à toutes indistinctement. Il s’en sert aussi pour désigner un distique élégiaque de Solon, qui n’est pas une épitaphe ls. Ainsi dans sa pensée elogium doit représenter une épigramme, quels qu’en soient le sujet et la destination. L'auteur du Culex imagine que sur la tombe où est enfermé le moucheron, le berger reconnaissant trace un elogium l9. Enfin Suétone raconte que lorsque Drusus mourut (en l’an 9 av. J.-C.), Auguste le célébra dans un elogium en vers, qui fut gravé sur son monument funèbre : elogium lumulo ejus versibus a secompositis exculpsil™. Mais le même historien, dans un autre
sermonis latini antiquissimi, p. 19; Saalfeld, Tensaut'us italo-graecus, s. v ., etc.
— 12 Zeitschrift für vergleischende Sprachforschung , XVI (1 867), p. 275 et s.
— 13 Ainsi antiquarum elogia litterarum dans Arnob. V, 26 et maledictionis elogia , Ibid. IV, 36. — 14 Dans Aulu-Gelle, III, 7, 19 ou O ri g. IV, frugm. 7. Cf. Tertull. De testirnon. anim. 4.-1$ Antholog. Pal. VII, 242, 249, 250, 253, 301, 436, 437, etc.
— 16 Cic. Cat. XVII, 61 et De fin. II, 35, 116; Ritschl, Rhein. Mus. nouv. sér. IX, 7 ; L. Havet, De salurnio latinorum vei'su , p. 222 et 417. — 17 In Pison. 29, sub fin.; Tuscul. I, 14, 31. — 18 Cic. Cat. XVII, 73, Tuscul. 1, 49, 117. — 19 Culex , 410.
— 20 Suet. Claud. 1. V. encore Calpurn. Flacc. Declam. 17.
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passage, appelle elogmm une inscription votive; lorsque a iguia, dit-,1 eut découvert la conspiration formée par
™ , 'Ul 6piduS’ et <ïu’il eut enveloppé ses propres sœu,s, Agrippine et Livilla, dans l’accusation intentée à e personnage, il consacra les trois épées, préparées
2m ^ narr Veng6Ur °n y aj°utant une inscription : ldd!° el°f° - Ce même encore employé par
;.uetone dans une autre acception ; parlant de Galba et de origine des Sulpicii, il s’excuse de ne pas énumérer parce qu .1 lui faudrait trop de temps, toutes les inscriptions placées sous les portraits des ancêtres de l’empereur : imagines et elogia uniuersi generis exsèqui longum est 22 eut-être a-t-il eu sous les yeux des documents analogues en écrivant la biographie de Yitellius 23. Si l’on rapproche ces témoignages les uns des autres, on voit que le mot <'. °qium pouvait désigner également bien : \ “ une inscription griffonnée sur un mur; 2» une inscription funéraire; d une inscription votive ; 4» une inscription placée sous un portrait pour indiquer les noms et les titres du personnage représenté. Cependant on ne saurait admettre qu elogmm ait jamais été, d’une façon absolue, synonyme de titulus. 11 faut donc avouer que si les philologues ont des raisons pour repousser l’étymologie proposée par urtius, le sens général d 'épigramme convient parfaitement pour rendre compte de ces différents emplois.
Aujourd’hui le mot elogium est reçu dans la langue des épigraphistes ; en l’adoptant, ils en ont déterminé l’application comme il suit :
1° Elogia funéraires . — Sous la république romaine, quandun membred’unefamille noble mourait, on lui composait une épitaphe, où l’on énumérait, à la suite de son nom, les charges qu’il avait remplies. A l’origine elle était rédigée tout entière au nominatif et les magistratures curules étaient seules indiquées ; c’est là la forme la plus ancienne des elogia ; ils étaient extrêmement brefs et pour les personnages même les plus illustres se composaient à peine de quelques mots. Nous avons une série très complète A' elogia funéraires dans les inscriptions que renfermait le caveau des Scipions, près de la porte Capène, où on les a retrouvées au xvnc et au xviii' siècle2'. Ils se répartissent sur une période qui va de l’an 290 environ jusqu’à l’an 130 avant notre ère. Un des premiers en date, celui de L. Scipio, consul en 239, est ainsi conçu 25 : <. L[ucio\ Cornelio 26, L[ucii] f[ilio ], Scipio, aicliles, cosol, cesor. » Cet elogium et celui de L. Scipio Barbatus, père du précédent (fig. 2641), n’ont pas été gravés dans la pierre, mais simplement tracés en rouge avec un pinceau immédiatement après le décès. Plus tard, vers 1 an 200 peut-être, on a gravé au-dessous de l’un et de 1 autre une pièce de six vers, dans le mètre saturnien, où l’on a enfermé un sommaire des hauts faits accomplis par les deux Scipions; dans celui du consul de 239 on a répété, en modifiant l’ordre historique, pour obéir aux nécessités de la mesure, les magistratures déjà indiquées plus haut dans l’épitaphe; on a complété cette courte biographie par une appréciation morale sur les vertus du personnage. L ensemble est ainsi conçu : « Honc oino
21 Suet. Calig. 24; Saalfeld, l. c., entend par là la sentence rendue contre les conjurés et rapporte ce texte au sens indiqué ci-dessous, § III. — 22 Suet. Galba , 3.
23 Suet. Vitell. i,Exstat Q. Eulogii... etc. Les manuscrits donnent extatque elogi . M. Hertz, De historicorum roman, religuiis guaestiones, Breslau, 1871 , p. 10). — 24 E. Q. Visconti, Monumento degli Scipioni , Rom. 1785 = Id. Opéré \ arie, éd. Labus, Milan, 1827, I, p. 1-70, pi. i-vii ; Mommsen, Corp. insc. lat. I, p. 11-12; VI, 1284-1294. — 25 Visconti, Op. Varie, 1, pl. m, p. 19; Corp. inscr.
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ptoirume cosentiont R[omane] - Duonoro optumo fuise mro [viroro] - Luciom Scipione. Filios Barbati , — Consol censor, aidilis hic fuet a{pud vos]. Hec cepil Corsica Alenaque urbe [pugnandod], - Dedet tempestatebus aide mereto[d]\ Mommsen pense que ces elogia en vers,
qu. appartiennent au second âge du genre et qui en marquent déjà la transformation, ont été introduits par imitation des épigrammes funéraires si communes en pays grecs. Il est remarquable que Yelogium deCaiatinus, consul en 2 o 8, qu’on pouvait voir près de la porte Capène, tout auprès de celui de Scipion, consul en 259, débutait en termes presque identiques. Voici les deux premiers vers, tels que les donne Cicéron2» : « Unum hune plurimae consentiunt genles — Populi primarium fuisse virum 29. » Il faut rapporter à la même classe plusieurs petites pièces de vers latins, composées en l’honneur de poètes qui ont vécu au ii° siècle avant Jésus-Christ 3°. Aulu-Gelle, qui nous les a conservées31, les appelle des épigrammes et croit qu’elles ont été écrites par ces poètes mêmes pour être placées, après leur mort, sur leur propre tombeau; mais il est prouvé quelles ne sont pas de leur main 32 ; ce sont de véritables elogia tout à fait comparables à ceux des Scipions ; nous en avons un sur Naevius en vers saturniens, un sur Plaute en hexamètres dactyliques, un sur Ennius en versélégiaqueset un sur Pacuvius en iambiques sénaires. A l’époque républicaine on a encore rédigé des elogia pour des personnages de bien moindre importance, qui ne s’étaient distingués ni dans les hautes fonctionsde I État, ni dans les lettres ; nous en connaissons un qui est consacré à un riche affranchi 33. Ce qui les caractérise tous, c est que le nom de la personne y est toujours au nominatif. Suivant Mommsen, ceux des magistrats, qui avaient rempli des fonctions curules, n’auraient jamais été exposés en public avant Auguste ; car nous voyons que ceux des Atilii et des Cornelii, par exemple, étaient enlermés à l’intérieur d’un caveau34. Au temps de l’empire, les elogia furent gravés sur la paroi extérieure des tombeaux, le long de la voie publique, de sorte qu’ils pouvaient être lus par tous les passants ; en outre, le nom de la personne y est mis au datif ; dès lors, toutes les inscriptions funéraires, qui contiennent l’énumération des titres du défunt et un éloge de ses vertus, peuvent s’appeler indistinctement elogia 35.
2° Elogia dans le domicile particulier d'une famille
lat. I, p. 16, o. 30 et 3. — VI, 1283. — 2fi Cornelio est une vieille forme (Ut nominatif. — 27 Corp. inscr. lat. I, 32 = VI, 1287. — 28 De fin. II, 35 , Cato maj. XVII, 61. — 22 D'après L. Havet, De Saturnio latinorum versu, p. 417.
— 30 V. Teulfel, Geschichte der rôm. Litteratur, 5e éd, § 115, 2. — 31 I, 24, 3 et 4. — 32 0. Jahn, Hermès, 11, 242. — 33 Corp. inscr. lat. I, 805 = X, 6488.
— 31 Mommsen, ad Corp. inscr. lat. I, 639. — 36 V. Wilmanns, Exempta inscr, lat. t. II, p. 682, Elogia mortuorum.
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n ob/e36. A l’origine les grandes familles nobles de Rome
ne gardèrent d’autres témoignages biographiques sur leurs ancêtres que les documents qu’elles recueillaient dans leurs archives privées; ces commenlarii gentilicii indiquaient les noms des anciens membres de la gens, les liens de parenté qui les avaient unis les uns les autres, les hautes charges qu’ils avaient remplies dans l’État et les services qu’ils lui avaient rendus. Lorsque leurs descendants voulaient se renseigner sur leur carrière, c’était à cette unique source qu’ils, allaient puiser et ils s’en contentaient. Il vint un jour où on imagina de tirer de l’obscurité des archives ces généalogies glorieuses; alors chaque famille noble dressa la sienne et reçut de la loi le privilège héréditaire d’en conserver le tableau exposé, sous une forme saisissante pour les yeux, dans l'endroit le plus apparent de la maison. On rangea les portraits des ancêtres le long des murs de l’atrium, en les reliant les uns aux autres par des lignes tracées au pinceau, qui figuraient les liens de parenté. Au-dessous de chaque portrait fut placée une inscription; on l’appelait titulus imaginis [imago, titulus], mais aussi elogium 31 . Dans les premiers temps elle devait ê.tre très brève; elle indiquait d’abord les noms propres au nominatif, puis les charges curules, qui constituaient les titres mêmes de la noblesse de la gens. L’épitaphe de L. Cornélius Scipio, consul en 250 avant Jésus-Christ, en reproduit la teneur ordinaire. Du reste, en général l’inscription, quand on la traçait aussitôt après le décès, ne devait être qu’une copie de l’épitaphe. 11 faut noter toutefois que dans plusieurs épitaphes des Scipions la biographie du mort a donné matière à une courte pièce de vers; Mommsen pense que c’est là une coutume qui s’introduisit au me siècle sous l’influence des mœurs grecques, mais que les elogia les plus anciens, placés sous les portraits de l’atrium, ne comportaient pas de développement poétique. S’il s’était écoulé un long intervalle de temps depuis le décès, la matière de l 'elogium était empruntée aux commentarii gentilicii', c’était un extrait de documents plus étendus; d’où l’hypothèse qu 'elogium viendrait d 'elegere. Lorsqu'il y avait lieu, on ajoutait aux noms propres un surnom qui rappelait une victoire38, et aux charges curules les grands sacerdoces, le pontificat et l’augurat39. Peu à peu on donna plus de développement à ces inscriptions; on y fit entrer même les magistratures non curules, et cette coutume prévalut si bien qu’à la fin de la république certaines familles, en composant des inscriptions de toutes pièces pour des ancêtres morts depuis trois ou quatre siècles, et sur lesquels elles n’avaient que des renseignements insuffisants, y appliquaient abusivement la nouvelle forme de rédaction. Tite-Live parle d’un texte de ce genre qu’on voyait de son temps chez les Minucii, sous le portrait d'un membre de la famille40; on y lisait qu il avait été tribun du peuple (en 439 av. J.-C.). L’inscription était deux fois fautive; d’abord parce qu’elle contenait une erreur de fait, qui est relevée par l’historien, et aussi parce qu’à une époque plus ancienne le tribunat n’y aurait même pas été indiqué; c’était, pour employer l’expression de Tite-Live lui-même, un faims
36 Sur ce qui suit v. Mommsen, Corp. insc. lat. I, p. 277 et Staatsrecht, 13, P- 445, n. 2; Marquardt, Privalleben der Rômcr, p. 243, n. 2. — 37 Suet. Galba, 3. 38 Ovid. Fast. I, 591; Claude, Discours de Lyon, II, 25. — 39 Liv. X, 7, 11.
Liv. IV, 16, 4. — 41 Tac. Ann. XVI, 7. ûuci est la leçon des manuscrits. Beklter et Ernesti avaient corrigé à tort : dux. — 42 Piin. H. nat. XXXV, 3, 12.
43 Pestus, p. 209. — 44 Conjecture de Jordan, Abhandlung in der Koenigsberg-
imaginis titulus. Sous l’empire, les elogia de cette catégorie prirent encore une forme nouvelle; le nom de la personne y fut mis, non plus au nominatif, mais au datif comme dans les dédicaces; en outre on y introduisit des détails biographiques, des appréciations morales ; la rédaction en devint plus verbeuse. Au temps de Néron, C. Cassius Longinus fut accusé d’avoir, dans l’atrium de sa maison, le portrait de son grand-oncle, le meurtrier de César, avec une inscription ainsi conçue : Duci partium.1'' . Des elogia exposés dans la demeure des particuliers il n’est rien resté et il ne pouvait rien rester; car ils ne devaient pas être gravés dans le marbre, mais bien tracés au pinceau sur le mur, comme les lignes qui allaient d'un portrait à l'autre pour figurer les liens de parenté des anciens membres de la gens.
3° Elogia dans divers monuments sacrés ou publics. — Des elogia de famille purent être d'abord reproduits dans des monuments sacrés ou publics, mais à titre purement privé. Appius Claudius Caecus, qui fut consul en l’an 313 avant Jésus-Christ, en donna le premier l'exemple ; ayant élevé un temple à Bellone, au Champ de Mars, il le décora de boucliers, où les membres de la gens Claudia étaient représentés et désignés chacun par une légende explicative42; mais Pline, qui rapporte le fait, a soin de dire : in sacro vel publico dicare privatim primus insti luit. Sauf cette condition essentielle, la loi, pendant la période qui suit, n’interdisait pas à un magistrat d’ajouter son portrait et son elogium à ceux de ses ancêtres dans un monument public, ni même de les y placer seuls ; ainsi L. Papirius Cursor et M. Fulvius Flaccus s’étaient fait peindre, revêtus du costume des triomphateurs, dans un temple qu’ils élevèrent sur l'Aventin à Consus et à Yertumnus après des expéditions heureuses (272 et 264 av. J.-C.)43; à coup sûr un elogium placé sous leurs portraits devait mentionner leurs noms et leurs titres u. De même lorsque M. Valerius Maximus Messalla fit représenter ses exploits sur les murs de la curie Hostilia, après avoir battu Hiéron et les Carthaginois (263), il est bien probable qu’il ne négligea pas d’expliquer par une légende les diverses parties du tableau, tabulant rerum ab se ges~ tarum ’*3. C’est ce qui doit nous faire comprendre comment le premier Africain put avoir son portrait au Capitole dans le sanctuaire de Jupiter; il l’y plaça sûrement lui-même 46 ; mais il y avait des précédents, et du reste Valère Maxime fait bien ressortir le caractère privé de cette dédicace, quand il raconte que la gensCornelia, à chaque deuil qui la frappait, allait chercher le portrait du grand homme au Capitole; elle était la seule dans Rome pour qui le temple de Jupiter fût comme un atrium, instar atrii ”. M. Claudius Marcellus, le vainqueur de Syracuse, avait fait restaurer et agrandir le temple de l'Honneur près de la porte Capène; après sa mort, son fils l'avait dédié solennellement; plus tard encore son petit-fils, consul en 166, plaça dans l’édifice leurs statues à tous trois avec un elogium ainsi conçu : Très Marcelli novies consules. Le dernier Marcellus avait été consul trois fois, tandis que son père ne l’avait été qu'une seule, de sorte qu'il reportait sur lui, par piété filiale, une partie de ses propres honneurs48.
Gratulationschrift xum Institutsjubilaeum, 1879. — 45 Schol. Bob. in Vatinium , p. 318; Plin. Hist. nat. XXXV, 4, 22; Jordan, Topogr. d. Stadt Boni im Alterth. I, 2, p. 330, note 19 ; Momras. Staatsr. 13, p. 447, note 4. — 46 Mommsen en a douté, Boom. Forschungen\ II, 503. Mais Jordan le maintient, Topogr. I, 2, p. 57, note 60, et tout prouve qu’il a raison — 47 Val. Max. VIII, 15, 1. — ^8 Ascon. In Pison.
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Il est évident que le droit d’exposer des elogia dans nn lieu public dut être soumis aux mêmes règlements et passer exactement par les mêmes phases que le droit d’y exposer les portraits pour lesquels ils étaient faits. Par conséquent, les témoignages qui s’appliquent aux uns s’appliquent aux autres [imago] ‘®. Il n’est pas vraisemblable que la loi ait jamais reconnu ce droit à personne jusqu’à l’an 114 avant Jésus-Christ. En 114 en effet, on commença à émettre une nouvelle série de monnaies, où les magistrats monétaires furent autorisés à faire figurer soit des symboles rappelant l'origine et les grandes actions de leur famille, soit les portraits des personnages les plus illustres qu’elle avait autrefois donnés à l’État. Quelques-uns de ces types sont accompagnés de légendes au nominatif, absolument comparables à des elogia ; ainsi le portrait de Marcellus, le vainqueur de Syracuse, se voit (fig. 2642) sur un denier frappé en 48 par un
de ses descendants ; à
côté on lit : Marcellus consul quinquies 40 ; un autre , au temps de Pompée, rappellera en ces termes qu’un de ses ancêtres a institué (vers 210) les fêtes de Cérès . Memmius aedilis Cerialia primus fecit 41. Lépide, le futur triumvir, fait graver, en 61, cette légende autour du portrait d’un de ses ancêtres, qui en l’an 200 avait été nommé tuteur du roi d’Égypte Ptolémée V Êpiphane : Marcus Lepidus , tulor regis senalus consulta, pontifex maximus B2. 11 suffit de comparer ces légendes aux plus anciens elogia recueillis dans le premier volume du Corpus pour s’apercevoir que la similitude est complète , c est donc en 1 an 114 au plus tôt que les magistrats ont dû commencer à dresser sur les places publiques des statues à leurs ancêtres, en inscrivant un elogium sur le piédestal. Pendant la période qui s’ouvre alors et qui se termine avec la chute de la république, ces sortes de textes ont dû être singulièrement multipliés dans Rome. Il y avait surtout un endroit où on en avait accumulé un grand nombre : c’était le Capitole ; il y en avait tout autour du Grand Temple83. La galerie commençait aux rois et s’arrêtait à César; il n’est pas douteux que le piédestal de chaque statue portait un elogium ; nous en connaissons quelques-uns. Le même Marcus Lepidus, dont il est question plus haut, avait, à l’âge de quinze ans, dans une expédition à laquelle il prenait part, tué de sa main un ennemi en combat singulier et sauvé un citoyen ; un sénatus-consulte, rendu sans doute au temps de Sylla ou de Pompée, lui décerna une statue équestre, qui lui fut élevée au Capitole ; l 'elogium est reproduit sur un denier de son descendant le triumvir : Marcus Lepidus , annorum XV, progressas hostem occidit, civem servavit 5‘. Q. Marcius Rex, étant préteur en 146, avait amené sur le Capitole l’eau qu’on désigne encore aujourd’hui à Rome sous le nom d’Àcqua Marcia ; on lui éleva en ce lieu même une statue équestre avec un elogium, qui est reproduit en
partie sur un denier de L. Marcius Philippus, tribun du peuple en 49 (fig. 2643) 44. Q. Caecilius Metellus Pius Scipio, consul en 52, fit placer dans la galerie du Capitole les statues équestres et dorées des Metelli ; Denys d’Halicarnasse vit encore l’inscription gravée sous la statue de L. Caecilius Metellus, consul en G8 40 ; mais, dans la rédaction des elogia, Pius commit une erreur, qui divertissait fort Atticus et Cicéron, tous deux très soucieux du respect que l’on doit à la vérité historique ; il mit 1 elogium de Scipion l’Africain sous la statue de Scipion Sérapion, consul en 138, et vice versa47; ce qui prouve que ces documents, rédigés par séries, longtemps après la mort des personnages à qui ils s’appliquaient, ne pouvaient, pas plus que ceux des atrium, être consultés sans précaution. 11 est probable que plusieurs des légendes que nous lisons sur les monnaies du temps de Sylla et de Pompée reproduisent en tout ou en partie des elogia composés pour d’autres statues de la même galerie qui ne nous sont pas connues par les textes. Tous les elogia qui viennent d’être cités ont un caractère commun : ils ont été composés plus ou moins longtemps après la mort de la personne qui s’y trouvait mentionnée et les éléments en étaient puisés dans les archives publiques ou privées, voire même dans les ouvrages d’histoire, lorsque ce n était pas simplement une reproduction des elogia qui tapissaient l’atrium d’un particulier. Toutefois, en parcourant la série des monnaies frappées à la fin de la république, entre 414 et 44, on peut constater que si beaucoup de monétaires choisissent des légendes relatives à des ancêtres éloignés, il y en a d’autres qui se font gloire des titres et des services de leur propre père ; en pareil cas la recherche n’était pas longue à faire et il est certain qu on a dû arriver peu à peu à composer des elogia , à titre public, pour des personnages récemment décédés, comme le troisième Marcellus l’avait fait pour son père à titre privé. Enfin, de même que le monétaire, indépendamment du type où il reproduisait d’anciens elogia, gravait son nom au droit de la pièce, de même des magistrats, qui exposaient en public les portraits et les elogia de leurs ancêtres, y joignaient leurs propres noms; et même bien souvent ceux-ci devaient être le principal ; les autres n’étaient destinés qu’à en rehausser l’éclat en les entourant comme d’un cortège choisi. Q. Fabius Maximus Allobrogicus, consul en 121 avant Jésus-Christ, avait élevé sur la voie Sacrée un arc, où il avait placé les statues de Paul Emile et de Scipion Ëmilien, ses ancêtres naturels, dont il s’était cependant séparé en passant chez les Fabii par adoption. Vers l’an 56, son petit-fils, Q. Fabius Maximus, édile curule, restaura le monument ; il saisit cette occasion pour graver son nom entre ceux de Paul Émile et de Scipion ; ainsi ce personnage, qui a joué dans l’histoire un rôle des plus effacés, se grandissait aux yeux de ses concitoyens par le voisinage des deux fameux capitaines de la gens Aemilia48.
W Mommsen, Staatsr. 13, p. 447 et s. — KO Mommsen, Hist. de la monnaie rom. trad. de Blacas, t. II, ch. 9, n° 308; Babelon, Dcscr. des monnaies de la républ. rom. I, Claudia, 11. — 61 Mommsen, Ibid. n° 296 b; Babelon, lb. II, Memmia , 9. — 62 /b. n° 281 ; Babelon, I, Aemilia, 23, 34. — 63 V. Jordan, Topogr. d. Sladt. Rom. I, 2, p. 58, note 61. — SI Val. Max. III, 1,1; Mommsen, l. c. n° 281 ;
Cohen, Monnaies de la rcp. rom. pl. i, Aemilia , nos 4, 5, 6, 7 et 8; Babelon, Descr. des monn. de la rcp. rom. I, Aemilia, 22. — 66 Mommsen, Ibid. n° 295; Cohen, Ibid. pl. xxvi, Marcia, 8; Babelon, Ibid. II, Marcia, 28. — 66 Dionys. Il, 66. — 67 Cic. Ad Alt. VI, i, 16. — 68 Corp. inscr. lat. I, p. 178 et 278 ; El. I, II, III = Corp. inscr. lat. VI, 1303 et 1304.
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Mais que Yeloyium fût consacré à des faits anciens ou récents, à un mort ou à un vivant, il se distinguait toujours d’une inscription honorifique par un trait essentiel : c’est que le nom de la personne, comme dans l’atrium, était mis au nominatif et non pas au datif59. C’est ce que nous pouvons voir par les inscriptions de l’arc Fabien, qui sont parvenues jusqu’à nous; elles peuvent être considérées comme le type des elogia gravés à la fin de la république. Au milieu de l’entablement de l’arc on lisait ces mots : [Q{uinlus)] Fabius , Q(uinti) f[ilius), Maxsumus, aed(ilis) cur[ulis) ; sous la statue de Paul Émile : L(uchts) Aem[il]ius , L{uciï) f{ilius), Paullus , co[nsul bis], cens(or), augur , tr[i]umphavil ter ; sous la statue de Scipion Émilien : P(ublius) Cornélius , Paulli flglius), Scipio Africanus, co(n)s(ul) bis, cens(or), augur, triumphavit bis. 11 est à remarquer qu’en réalité Paul Émile ne triompha que deux fois, mais il fut trois fois salué du titre d’imperator ; Fabius s’en est autorisé pour ajouter un peu à sa gloire; nous avons là un exemple des libertés que prenaient les descendants d’un grand homme lorsqu’ils rédigeaient son elogium; comme dit Tite-Live, augebant titulum imaginis poster i co.
Nous avons conservé un certain nombre d 'elogia du même genre qui ont été gravés au temps de l’empire en l’honneur des grands hommes de la république. Tel est par exemple celui qu’on lisait au Forum sur la colonne rostrale de Duilius. 11 fut rédigé sous un des premiers empereurs, peut-être sous Claude, dans un style et avec une orthographe d’un archaïsme voulu pour perpétuer le souvenir de la victoire navale remportée par Duilius sur les Carthaginois en l’an 260 avant Jésus-Christ. Il est possible que ce document reproduise en partie un original plus ancien ; mais si on fit pour Duilius immédiatement après son triomphe un elogium public, il fut assurément beaucoup plus bref et dut, comme ceux des Scipions, tenir tout entier dans quelques mots 01 .
Certains elogia , qui mentionnent d’anciens membres des familles Julia, Octavia, Livia et Claudia , doivent provenir d’un sanctuaire consacré à la maison impériale ; d’autres, trouvés en divers endroits de Rome et de sa banlieue, appartiennent aux familles Aemilia, Caecilia, Cornelia et Valeria52. Le nom de la personne y est mis au nomi-
&9 On connaît, it est vrai, deux inscriptions honorifiques de l'époque républicaine (Corp. inscr. lat. I, 538, 539 — V, 873, XI, 1339) où le nom de la personne est au nomiuatil, mais c’est là une exception très rare et qui ne s’est pas reproduite plus tard. — 60 Tit. Liv. XXII, 31 ; Mommsen ad Corp. inscr. lat. I, p. 278, I. — 61 Corp. inscr. lat. I, 195 = VI, 1300. — 62 Corp. inscr. lat. I. c.
natif ; toutes les charges qu’elle a remplies, même les magistratures non curules, sont indiquées sans exception. Comme ces elogia ont été rédigés pour des galeries de portraits, il est arrivé que plusieurs ont été trouvés en nombre et par séries dans le même endroit. Ce qui les caractérise encore, c’est qu’ils ont la forme d une biographie sommaire, complétant les titres par 1 énumération des faits les plus importants qui ont signalé la carrière du personnage. On peut citer comme exemples ces deux elogia gravés sur le même marbre pour des portraits de la gens Claudia; l’un mentionne un consul de l’an 184 avant Jésus-Christ : \P(iiblius) Claudius, Ap{piï) flilius), P(ublii) n[epos), Pulcker. Colono]s adscripsil Cales, co{n)s{ul) cwu [ L(ucio ) Porcio, triumvir coloniam deduxit Graviscam. L’autre mentionne un consul de l’an 92 : [C(aiMs) Claudius, Ap[pii) flilius ), C(aii) n[epos), Pulcher,] q{uaestor ), triumvir a{uro), a[rgento), a{ere) fl{ando ) f{eriundo), aed(ilis ) cur[ulis), judex q[uaestionis) vene/icUs, pr[aelor) repelundis, curator viis sternundis, co[n)s{ul) cum M{arco) Perpena 63. Le droit d’exposer en public le portrait et l 'elogium d’une femme ne dut être reconnu par la loi qu’à la fin de la république Gi. En tout cas, sous l’empire il n’était plus contesté ; nous avons un elogium relatif à Cornélie, mère des Gracques ; il a été rédigé au icr siècle de notre ère pour une statue de cette femme célèbre, qu’on voyait alors à Rome sous le portique d’Octavie 65.
4° Elogia placés sous des portraits dans des musées et des bibliothèques. — Les Romains empruntèrent aux Grecs l’usage de placer dans les musées et les bibliothèques les portraits des grands hommes. Le plus souvent c’étaient des bustes ou des hermès en marbre,
comme ceux qui ont été retrouvés dans les fouilles et qui décorent aujourd’hui les galeries d’antiques dans les divers musées de l’Europe. Les épigraphistes rangent au nombre des elogia les inscriptions qui se lisent audessous de ces portraits. La plupart de ceux qu’on a exhumés à Rome ou dans ses environs, sous les ruines des édifices somptueux habités jadis par de riches et puissantes familles, sont rédigés en grec 0G. Cependant on en possède quelques-uns dont le texte est en latin, par exemple ceux qu’on voit gravés sous les portraits de Scipion l’Afri-
V il XV et Adi. p. 504 = VI, 1279, 1281 ù 1283, 1310, 1311, 1312. V. en outre Corp. inscr. lat. VI, 3826. — 63 Corp. inscr. lat. I, p. 279, aos ix et x = VI, 1283.
— 61 Mommsen, Staatsrecht , I3, p. 448, note 2. — 65 Corp. inscr. lat. VI, 10043 ; Min. Hist. nat. XXXIV, 6, 31. Cf. Mommsen ad Ephem. Epigr. III, p. 2.
— 66 Corps, inscr. gr. 6017, 6023.