‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 3)Chapitre 64 sur 111 · VÎN1VS HORT1NS · texte numérisé non relu

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cain (fig. 2644), d’Hortensius (fig. 2645) et de Cicéron 61. Ils ont ceci de commun avec les elogia des autres classes que le nom y est au nominatif. On ne mettait pas toujours dans les elogia autant de concision. Ils étaient quelquefois en vers. Sans parler ici des nombreuses épigrammes de ce genre qui figurent dans le recueil de l’Anthologie grecque [epigramma], il y a lieu de rappeler que plusieurs écrivains latins en composèrent aussi et qu’ils les publièrent réunis en volumes. Yarron, le premier, écrivit, vers l’an 39 avant Jésus-Christ, un ouvrage intitulé Portraits ( Imagines ) ; il y faisait la biographie de sept cents hommes illustres, choisis aussi bien dans l’histoire de la Grèce que dans celle de Rome ; en dehors du texte en prose, il donnait un portrait de chacun d’eux et, au-dessous, un elogium en vers GS. Atlicus publia sous le même titre un ouvrage tout semblable ; il est vraisemblable qu’il ne contenait que des portraits de Romains G9. Chacun des grands hommes de cette galerie était l’objet d’un elogium de quatre ou cinq vers, où étaient énumérés ses hauts faits et les magistratures qu’il avait remplies 10. Peut-être étaient-ce des elogia qu’écrivait Titinius Capito, l’ami de Pline le Jeune71. Symmaque le père, qui fut préfet de Rome en l’an 364, attacha son nom à un recueil imité de ceux de Varron et d’Atticus ; nous en avons conservé quelques fragments, qui se rapportent à des hommes célèbres du temps de l’auteur72. Certains manuscrits de date récente donnent73 une suite de vingtquatre elogia , qui avaient été destinés, comme l’explique le préambule, à prendre place dans la galerie d’une riche demeure sous des portraits de Romains célèbres ; ils se composent chacun de six hexamètres dactyliques. Un autre groupe, inséré dans l’Anthologie latine par quelques éditeurs modernes71, comprend huit elogia de quatre hexamètres dactyliques chacun. Les inscriptions latines ne nous fournissent qu’un seul elogium en vers 7S, qui puisse être rapporté à cette catégorie ; il était, dans l’antiquité, gravé sous un portrait de Miltiade; au-dessous du nom de ce personnage, et à côté d'une épigramme, écrite en grec comme le nom, on lit ce qui suit : « Qui Persas bello vieil Marathonis in arvis , Civibus ingratis et patria interiit. »

5° Elogia du forum d'Auguste 7G. — En l’an 2 avant J. -C., Auguste célébra la dédicace du temple qu’il avait voué à Mars Ultor, lorsqu’il livra bataille, dans les plaines de Philippes, aux meurtriers de Jules César. Devant le nouvel édifice s’étendait un forum, que l’empereur fit décorer d’œuvres d’art magnifiques. On y voyait, probablement au centre, la statue d’Auguste sur un quadrige ; une inscription placée au-dessous, énumérait ses succès militaires77. Tout le long des portiques qui entouraient le forum étaient rangées des statues en marbre 78, représentant les grands capitaines de Rome en costume de triom-

67 Corp. inscr. Icit. I, p. -81, El. XVI ù XIX — \l, 1265, 1309, 1325, 1320. Sous Je buste de Cicéron ou lit Al(arcus) Cicero an(norum) LXIIIf, ce qui veut dire qu'on l’a représenté tel qu’il était l’année de sa mort. Suivant Aldeuhoven, Archüol. Zeit. XLIII, liv. 3, l’inscription, qu’on avait crue contemporaine du buste, serait d'une époque postérieure, et même aurait été rapportée. — 68 Teulfel, Gesch.der Rom. Littct-atup. à* éd., § 166, 3.- 69 Teuirel, Ibid. § 172, 2 d. —70 Corn. Nepos, Altic. XVIII, 5. — 71 Plin. Epist. 1, 17, 3. — 72 Teuffel, l. c. § «5, 1. — 73 Antliol. lat. éd. Riese, n°* 831 à 855 ; Baehrens, Poet. lat. min. t. V (1883), p. 39G, LXXXI.

7V Riese n°a 850 à 863 ; Baehrens, l.c. p. «2, LXXXII. Riese doute de l’authenticité de l’une et de l'autre série. Cependant il ne les rejette pas absolument et il convient qu'on peut sans invraisemblance les attribuer au temps des Symmaques, sinon à Symmaque le père lui-même; Baehrens, qui les a publiées le dernier, est encore moins affirmatif que son prédécesseur. — 75 Corp. inscr. <jr. 6088 ; Corp. inscr. lat. VI, 1330 a. — 76 Borsari, Il Fora di Augusto, Atti dei Lincei, 1884; Jor-

phateurs 79 ; au-dessous de chaque statue on avait gravé un elogium contenant la biographie sommaire du personnage, addita erant gesta 80. Les auteurs mentionnent, dans le nombre, les statues d’Ënée et de Romulus, celles des rois d’Albe 81 , de Yalerius Corvus, tribun des soldats en 349 avant J.-C. 82 et de Scipion Émilien83. L’emplacement du forum d’Auguste est parfaitement déterminé; il est occupé aujourd’hui par l’église de l’Annunziata, jadis appelée Saint-Basile et unepartie du temple de Mars Ultor est encore debout. Nous possédons un elogium qui provient sûrement de cet endroit; c’est celui de C. Julius Caesar Strabo, oncle du dictateur, édile curule en 90 avant J.-C ; au moyen âge le marbre était enclavé dans un mur près de Saint-Basile84; Jordan l’a restitué au forum d’Auguste avec grande apparence de raison 8S. D’autres elogia , trouvés à Rome, paraissent provenir du forum d’Auguste ; il y en a deux, ceux du roi Fertor Resius et de Marius, qui, suivant Mommsen, ont été gravés en l’an 2 avant J.-C. ; deux autres, ceux de L. Albiniuset de L. Furius Camillus, sont d’une date moins certaine ; deux autres encore, ceux de M. Furius Camillus et de L. Papirius Cursor, semblent avoir été restitués au n0 siècle après un incendie ou après quelque autre accident survenu dans l’édifice ; mais il faut bien reconnaître avec Jordan qu’aucun des six n’a été trouvé dans le terrain du forum d’Auguste; s’ils en proviennent réellement, ils Ont été, au moyen âge, portés bien loin de leur emplacement primitif. En 1889 on a entrepris, sur l’emplacement du forum d’Auguste, des fouilles systématiques qui ne sont pas encore achevées au moment où nous écrivons : elles ont ramené ù la lumière six fragments d 'elogia, parmi lesquels on a pu reconnaître ceux d’un Ap. Claudius Pulcher, d’Ap. Claudius Caecus et de Sylla le dictateur86. Lorsque Auguste eut dédié la galerie de son nouveau forum, des villes d’Italie s’empressèrent d’en faire copier les statues et les inscriptions pour orner leurs places publiques. Nous avons en effet une série de sept elogia , qui ont été trouvés à Arezzo ; ils se rapportent à M. Yalerius Maximus, Q. Fabius Maximus, L. Aemilius Paullus, Ti.Sempronius Gracchus, L. Licinius Lucullus; deux autres, ceux d’Ap. Claudius Caecus et de C. Marius, reproduisent exactement des originaux trouvés à Rome; la rédaction est identique des deux parts. Des elogia , consacrés à Énée et à Romulus, ont reparu au jour au milieu des ruines de Pompéi. Des fouilles pratiquées à Lavinium nous ont rendu celui de Silvius, fils d’Lnée87; enfin Mommsen avait déjà publié son travail sur les Elogia dans le Ier volume du Corpus , lorsqu’on a retrouvé dans la même ville de Lavinium un marbre où on fit le nom de Lavinia, fille de Latinus et femme d Énée ; cette découverte suggère nécessairement une conclusion nouvelle : ou bien l’inscription de Silvius ne reproduit pas

an, Topogr.d. Stadt. Rom., I2„ (1885), p. 442 et s.; Mommsen dans le Corp. inscr. il. I, p. 281. Cf. Corp. inscr. lat. VI, 1271 à 1327 ; X, 808 et 800; XI, 1826 à 1332 ; anciani dans le Bail, délia commissione archeol. comun. di Borna, 1889, p. 26 et i; 1890, p. 102. Notizie degli Scavi, 1889, p. 33 et 09.- 77 Augusti Res gestae, 1, 24; Vell. II, 39; llor. Carrn. IV. 14. — 7# Laraprid. Alex. 28; en bronze suivant ion. |,V, 10. —79 Dion. I. c. ; Suet. Aug. 31 ; Horat. Carrn. IV, 8, 13; bamprid. c, 80 l.amprid. I. c; ou encore acta d’après Ovide, Fast. V, 563. — 81 Uvid. c. Cf. Tacit. Annal. IV, 9. — 82 Oeil. IX, 11. — 83 Plin. H. nat. XXII, 6, 13. - 81 Corp. inscr. lat. I, p. 278, n? 4 — VI, 1310. — 85 Topogr. d. Stadt Rom., I’, 447, note 16. Si l’on admet que la galerie ne contenait que des généraux, v. les ajections auxquelles peut donner lieu Corp. insc. lat. I, Elogium xxiv (= Vf, >72) et p. 282, col. 2 en haut ; cf. Hirsehfeld, dans le Philoloyus, XXXIV ( 1 876), 85, note 1 et p. 86, note 2. — 86 Lanciani, Bull, comun. di Roma , 188^*, 74 et 77. — 87 Corp. insc. lat. 1, Elog. xxi et XIV, 2068.

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plus que celle de Lavinia un original du forum d’Auguste, ou bien la galerie réunie par cet empereur comprenait même des femmes, et à plus forte raison des grands hommes, qui n’avaient jamais eu aucun titre militaire. Cette seconde hypothèse paraît de beaucoup la plus probable; les deux inscriptions de Lavinium, suivant Dessau, dateraient du temps d’Hadrien 88. Ainsi à supposer que tous ces elogia proviennent bien, soit en original, soit en copie, du forum d’Auguste, nous aurions actuellement vingt-quatre documents de cette série. Ils embrassent une période qui va depuis les origines les plus lointaines de Rome jusqu’à L. Licinius Lucullus, consul en l’an 74avant J.-C. Comme l’a établi M. Lanciani, à la suite des fouilles récentes, les originaux de Rome formaient deux séries distinctes : ils étaient gravés les uns sur la plinthe même des statues, les autres sur des plaques de marbre appliquées au-dessous des niches qui renfermaient les statues; mais aucun ne s’est rencontré sur des bases massives. Tous ces textes ne sont pas également développés; mais tous sont conçus à peu près sur le même plan ; le nom delà personne y est mis au nominatif; ils mentionnent les magistratures curules, les magistratures non curules et les sacerdoces ; puis vient un sommaire des grandes actions du personnage, énumérées, s’il y a lieu, dans l’ordre des consulat!?; quelquefois on y a mêlé une appré- i ciation sur son talent et ses vertus. L 'elogium deQ. Fabius Maximus, le temporiseur, peut servir d’exemple : [Q{uintus) Fabius ], Q(uinti) f[Uius ), Maximus , dictator bis , eo(n)s{ul) V,censor, interrexlf, aed(ilis ) cur(ulis), q{uaestor)/I , tr(ibunus) mil(ilum ) //, pontifex , augur. Primo consulatu Ligures subegit,ex iis triumphavit. Tertio et quarto Hannibalem , compturibus victoriis ferocem, subsequendo coercuil. Dictator magistro equitum Minucio , quojus populus imperium cum diclatoris imperio aequaverat, et exercitui profligato subvenit et eo nomine ab exercitu Minuciano pater appellatusest. Consulquintum, Tarenlum cepit, triumphavit. Dux actatis suae cautissimus et rei militaris peritissimus habitus est. Princeps in senatum duobus lustris lectus est 89.

Ce qui fait pour nous l’intérêt de ces elogia , c’est qu’ils reproduisent souvent des traditions différentes de celles que Tite-Live a adoptées; ils ne respectent pas toujours la chronologie et brouillent l’ordre des événements. Mais il est manifeste que celui qui les a rédigés a eu sous la main des documents précieux qui nous font aujourd’hui défaut; il a dit consulter des annalistes plus anciens que lite-Live. Hirschfeld90 pense que sa principale source a été Valerius d’Antium.

Il y a lieu de distinguer des elogia qui ont été copiés sur les originaux du forum d’Auguste les inscriptions que certaines villes ontfait graver, sous l’empire, en l’honneur d hommes illustres du temps de la république, à qui elles attribuaient leur fondation. Celles-ci sont spéciales aux villes où on les a trouvées, et les noms y sont mis au datit ; elles doivent être rangées parmi les inscriptions honoritiques 91 .

Plusieurs des savants qui ont traité des elogia relatifs

88 Corp. inscr. lat. XIV, 2067 et Hirschfeld, l. c. — 89 Corp. insc. lat I, Et°g. xxix = XI, 182 8. — 90 Philologus, l. c. Sur le rédacteur présumé des elogia, voy. Borghesi, Œuvres, III, p. 10, dont l’opiaiou a été suivie par Bunseu, Descr. urb. Rom. 1119, p. 151 et par Niebuhr, Hist. Rom. II, p. 518, note Ci et III, p. 77, note 122. V. d’autre part Mommsen, Corp. insc. lat. I, p. 282; Cardinal], Iscr. Velit. p. 78 ; Meyer, Zeitschr. für Alterthumsw. II, 1835, p. 1044 ; Becker, Ant. Rom. 1, p. 56, n“ 96; Zell, Elog. Rom. p. 41; Hildesheimer (H.),

De libro gai inscribitur de viris illustribus urbis Roniae quaestiones historicae ,

à des personnages de l'ère républicaine se sont montrés fort défiants sur la question d’authenticité ; Mattéi allait même jusqu’à les déclarer tous apocryphes. La question est aujourd’hui tranchée et il est inutile d’y revenir; les elogia insérés dans le Corpus ne sont plus suspects à personne. Néanmoins les doutes auxquels ils avaient donné lieu s’expliquent par la grande quantité de pièces analogues qui ont été fabriquées dans les temps modernes avec des lambeaux d’auteurs anciens92.

La liste des portraits dont on décora le forum d’Auguste ne fut pas arrêtée une fois pour toutes en l’an Savant J.-C. Mais les honneurs du triomphe, décernés par le Sénat, comportèrent toujours, sous Auguste et sous les princes qui suivirent, la dédicace d’une statue couronnée de lauriers ", que l’on dressait sur cette place 9t. Il en fut ainsi jusqu’en l’an 113. Par conséquent des elogia durent être rédigés au furet à mesure, sur le modèle des anciens, pour les statues nouvelles. Mais il est probable que ni la statue, ni l 'elogium n’étaient mis en place du vivant du personnage que l’on voulait honorer. En l’an 23, on ajouta à la galerie la statue d’un ami particulier de Tibère, qui venait à peinede mourir, Lucilius Longus93. Juvénal parle d’une inscription qui mentionnait les titres d’un général contemporain de Domitien ou de Trajan 9G. Deux elogia de cette série sont parvenus jusqu’à nous; l’un est celui d’A. Cornélius Palma, légat de Syrie, vainqueur des Arabes en 107 91 ; l’autre celui de Licinius Sura, légat de Belgique, qui, à la même époque, s’était distingué dans les guerres de Dacie 9S. Ici, comme dans les elogia privés du même temps, le nom«de la personne n’est plus au nominatif, mais au datif ; à la fin est indiqué le lieu où on a érigé la statue. Ainsi se termine l 'elogium de Palma (le

début est perdu): [A[ulo) Cornelio Patmae . ob quas res

cum decrevisset] senatus supplicationes dis immorlalih(us) i[psi aute]m, a[u}c[lore\ imp(eratore) Caes{are) Nerva Trajano Aug(usto) Germ{anico ) Dacic(o), senatus ornament(a) triumphal(ià) décrivit) statuamq(ue) in foro Aug{usti ) ponendam censuit.

6° Elogia du forum de Trajan. — En l’an 113, Trajan dédia le forum auquel son nom est resté attaché et dont la colonne Trajane était un des principaux ornements99. L empereur avait voulu ouvrir un nouvel espace pour y dresser les monuments de son principat, que le forum d’Auguste, encombré d’œuvres d’art depuis un siècle, ne pouvait plus contenir; il en conserva du reste le plan, à peu de chose près. Au centre on voyait sa statue équestre avec une inscription sur le piédestal. Il fut décidé qu’à l’avenir on rangerait tout autour les portraits des généraux et des magistrats, qui se rendraient dignes de cet honneur par des services éclatants. Il est probable que des distinctions triomphales [ornamenta], que l’on voit tomber en désuétude à ce moment-là même, ce fut la seule qui subsista. Nous avons un grand nombre d 'elogia qui ont été gravés pour le forum de Trajan depuis l’an 113 jusqu au milieu du ve siècle; la plupart proviennent de ses ruines. On y trouve mentionnés non seulement

Berlin, 1880, p. 6 et 36. —91 V. par exemple, Corp. inscr. lat. I, p. 277 ; II, 3836 et X, 5782. — 92 On en trouvera la liste dans Corp. insc. lat. I, p. 282, col. 2 et VI, pars quinta (falsae) 1.-93 Tac. Ann. IV, 23; Hist. I, 79; Agric. 4U;riiu. Epist. II, 7 ; Corp. inscr. lat. VI, 1444 - 94 Dion. LV, 10; Tac. Ami. XV, 72 et IV, 15.

96 Tac. Ann. IV, 15. 96 Sat. I, 130. Suivant Weidner, ad h. I. ce serait Ti

Julius Alexander. —97 Corp. inscr. lat. VI, 1386. — 98 Corp. inscr. lat. VI, 1444. — 99 V. Jordan, Topogr. d. Stadt. Rom, I, 2, p. 453 et s. Voir surtout les notes 2 et 36.

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des généraux et des magistrats, mais encore des hommes de lettres, entre autres Claudien. Le plus ancien, celui de M. Claudius Fronto, a été gravé entre 170 et 172 100 ; le plus récent, celui d’Auxentius, entre 441 et445 101 . Mommsen pense que jusqu’au temps de Dioclétien (284) on a toujours attendu qu un citoyen fût mort pour lui rendre cet hommage102; on ne saurait douter en effet que plusieurs des elogia du forum de Trajan ontété rédigés après la mort des personnagesqu’ilsmentionnent103. Dans tous, le nom est au datif. A l’énumération des charges civiles ou militaires sont souvent jointes des appréciations, qui deviennent de plus en plus verbeuses à mesure que l’on approche du bas-empire. En général le lieu oti devra être élevée la statue est expressément déterminé. Un elogium du ive siècle nous apprend qu’outre une statue sur le forum de Trajan, le personnage honoré en aura une seconde h Constantinople ; sur le piédestal on gravera une pièce, qui sans doute n'est autre que Yelogium luimême, adposità oratione, quae meritorum ejus ordinem ac seriem contineret 104. Un autre marbre reproduitin extenso, au-dessous des noms et des litres, un édit rendu en 431 par les empereurs Théodose II et Valentinien à l’effet d’élever une statue à. Nicomachus Flavianus, ancien consul, mort depuis de longues années103. L 'elogium de Claudien, rédigé entre 400 et 402, est ainsi conçu; le nom, au génitif, est détaché en tête de l’inscription, puis répété au datif, suivant l’usage du temps : Cl(audii ) Claudiani, v(tri) c(larissimi). Claudio Claudiano , v(iro) c(larissimo), tribuno et notario, inter ceteras vigentes artes praegloriosissimo poetarum, licet ad memoriam sempilernam carmina ab eodem scripta sufficiant, adlamen, testimonii gratia ob judicii sni fidem , d(omini ) n(oslri) Arcadius et Honorius, fdicissimi ac doclissimi imper a tores, senatu petente, statuam in foro divi Trajani erigi collocarique j usser uni. Eîv ivt BtjjytXîoio voov xat poïïaav 'Ou. /(ou KXauSiavov 'PwpYi xai (iactXrjç

Éôsaav ,06.

II. Article testamentaire. — Ce sens est au moins aussi commun que le précédent et ne peut faire l’objet d’aucun doute. Une inscription de Brescia101 nous apprend qu’un habitant de cette ville a ordonné par testament à ses héritiers de lui élever un tombeau ainsi qu’à ses affranchis ; il avait ajouté à ses dispositions dernières un article spécial, qui était reproduit sur l’épitaphe ( deinde hoc elogium breve ), mais qui nous est parvenu en trop mauvais état pour qu’on en puisse déterminer exactement l’objet. L’exemple le plus connu est celui que nous offre le testament de Mécène : il y recommandait Horace à Auguste par un article spécial [tali elogio ) en ces termes : Horali Flacci , ut mei , memor esto 108. Dans bien des cas, comme dans celui-ci, l’article était favorable à la personne qui s’y trouvait désignée lno. Mais souvent aussi Yelogium contenait un blâme ou une plainte et avait pour but de justifier une exhérédation. Cicéron discute Yelogium d’un testament, où un père expliquait qu’il avait déshérité son fils, parce que celui-ci s’était

<00 Corp. inscr. lat. VI, 1377. — *01 Ibid. 1725. Les autres dans l’ordre chronologique sont : Ibid. 1599, 1497, 1549, 1566, 1683, 1721, 1729, 1764, 1736, 1783, 1710, 1727, 1749, 1724, 1789 ; Wilmanns, 636 à 648.— 102 Staatsrecht. 13, p. 451, note 1. — 103 V. Corp. inscr. lat. VI, 1377, 1783, etc. — 104 Corp. insc. lat.

VI, 1698. — 105 Corp. inscr. lat. VI, 1783. — 106 Corp. inscr. lat. VI, 1710.

— 107 Corp. inscr. lat. V, 4445. — 108 Suet. Vit. I/orat. sub init. — 109 Cf. Senec. Excerpta controvers. 11, 7. — HO Cic. Pro Chient. XLVIII, 135. Voy. encore Petron. Sat. 53; Dig. XXXII, 37, 2 et Quintil. VU, 4, 20; Declam. Il, 15 init. Saint Augustin dit encore ( Sermo de vita et moribus clericorum) : « Ambos exheredavit, ilium cum laude. istum cum elogio. » — m Quintil. Declam. CCCXXV,

déshonoré, en se laissant corrompre à prix d’argent au cours d’un procès110. L’e/oÿium pouvait encore avoir pour but de transformer un héritage en fidéicommis Dans ce cas, comme dans le précédent, on disait : adjicere testament elogium1'*-. Non seulement l’acception défavorable du mot n’est pas rare, mais même les exemples en sont plus nombreux113; d’où l’expression elogium gravissimum, employée par Apulée pour désigner un article ajouté par une femme à son testament, pour déshériter son fils qui lui avait donné de graves sujets de mécontentement 1U. Sous le bas-empire le sens s’est étendu; elogium n’a plus désigné seulement un article testamentaire, mais le dernier, celui qui fait autorité, et par suite les volontés suprêmes d’un mourant, enfin le testament lui-même ; c’est en ce sens que le Code Justinien emploie 1 expression condere ultimum elogium , ultima elogia lls. Elogium était encore en usage à la fin du xivt siècle avec le sens général de testament110.

HL — Sous l’empire, elogium désigne aussi certains actes de la procédure criminelle. Ce sens n’apparaît pour la première fois qu’au temps d’Hadrien ; le plus ancien exemple nous est fourni par Suétone 117 ; il est vrai qu’il se rencontre dans un texte relatif à Caligula ; mais il est possible que ce soit un anachronisme de l’écrivain. Au contraire cette acception est commune après lui.

1° Rapport de police. — Sous l’empire, lorsque le système inquisitoire se substitua, dans la procédure criminelle, au système accusatoire118, tout magistrat, chargé de juger au criminel, dut exiger des fonctionnaires de la police placés sous ses ordres, qu’ils lui lissent des rapports sur les affaires de sa compétence. Cette tâche, dans les pays d’Orient, était confiée à un officier de police d’un rang supérieur, qu’on appelait l’e?privtxpx»iî [irenarciia]. Suivant toute probabilité il y en avait un dans chaque ville ; il centralisait les renseignements que lui fournissaient ses agents et les transmettait aux magistrats, qui devaient instruire et juger l’affaire, mais non sans avoir lui-même au préalable fait comparaître et interrogé le prévenu. Il devait, dit le Digeste, tâcher de savoir de lui les noms de ses complices, ceux des receleurs, qui avaient pu lui prêter leur aide. 11 rédigeait alors un procès-verbal, qu’il transmettait, clos et scellé, au magistrat instructeur; ici ce magistrat était le gouverneur de la province. La pièce rédigée par l’irénarque s’appelait elogium"''. C’était une feuille120, dont le modèle avait été sans doute arrêté, une fois pour toutes, par la chancellerie impériale, et sur laquelle l’officier de police n’avait qu’à répondre par des indications très succinctes à des formules invariables. S’il s’agissait, par exemple, d’un meurtre, il devait dire, à la suite des noms du prévenu : 1° quem occiderit ‘ 2° quo lempore ;

3° quo loco; 4° quo telo ; 5° quoi plagis ; 6° quibus insidiis;

7° quibus spotiis; 8° quibus sociis ; 9° quibus receptoribus ; et, en cas de récidive, quotiens cacdem egerit 121 . L 'elogium était obligatoire dans les affaires d’homicide, d’attentat

sub init. — H2 Quintil. Declam. II, 15. — H3 V. encore Dig. XXVIII, h, 14, § 2 et XXXVII, x, 1, § 9. — U4 Apul. Apolog. 99. — H6 Cod. Justin. III, xxvm, 33, 35,

§ 3, et 37, § 1. Ibid. VI, li, 1, § 14. Le prétendu texte tiré des Facetiae de Tacite, où le mot aurait le sens d 'hérédité, est de l’invention de Fulgence, qui le rapporte Expos, serm. antiq. p. 782. V. Tcuiïel, Gesch. d. rom. litt. § 339, 2. — 11° Testament de 1145, chartes de 1365, 1380, dans Ducange, Gloss, med. et infini, latinxt. s. v. — U7 Suet. Calig. 27. — H8 V. M crise (R.) De la procédure criminelle à Rome depuis l'établissement de l'empire jusqu'à la mort d’Alex. Séoère (1883), p. 59. — U® Dig. XLVIII, 3, 6. — 120 Scisso elogio , TertuM. Ad Scapul. 4,

— 121 Tertull. Ad nat. I, 2; De idol. 1 ; Apolog. 2.

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aux mœurs, de lèse-majesté, de concussion, de sacrilège, et aussi dans les affaires de vol, qui, à la fin de l’empire, ressortissent à la juridiction criminelle123. Rien ne pouvait dispenser l’officier de police du devoir de rédiger l 'elogium, pas même un aveu complet du prévenu123. S'il avait recueilli des observations particulières, qui ne rentraient point dans les cadres fixés d’avance, mais qu’il jugeait utiles pour éclairer la justice, il les ajoutait à la suite, adscribebat m. L 'elogium ne devait jamais tenir lieu d’un arrêt et transformer le prévenu en condamné; mais, en fait, c’est ce qui arriva quelquefois. Des officiers de police, peu soucieux de leur devoir, interrogeaient le prisonnier à la légère et certains magistrats non moins coupables s’en rapportaient aveuglément dans leurs arrêts à l 'elogium qu’ils avaient reçu comme s’il eût constitué, à lui seul, une preuve suffisante de culpabilité ; deux abus, qui, se greffant l’un sur l’autre, pouvaient déconsidérer l’œuvre de la justice. A plusieurs reprises, des empereurs et des gouverneurs de province furent obligés d’intervenir pour rappeler les officiers de police à l’observation des lois dans cette matière et les gouverneurs eux-mêmes eurent quelquefois besoin que l’empereur leur donnât un avertissement semblable. On nous cite, entre autres, un rescrit d’Hadrien et un édit rendu par Antonin lorsqu’il administrait la province d’Asie. Il était enjoint aux gouverneurs de ne pas s’en tenir aux renseignements contenus dans l 'elogium, mais de faire subir au prévenu un nouvel interrogatoire, comme s’ils n’avaient rien reçu ; ils devaient même mander l’irénarque et comparer les résultats de l’instruction avec Velogium rédigé par lui ; s’ils constataient qu’il y avait apporté tous ses soins, ils devaient le féliciter ; s’ils y trouvaient des traces de négligence, ils devaient simplement noter que son rapport était mal fait; mais s’ils y relevaient des fautes attestant qu’il avait dirigé l’interrogatoire dans un esprit de malveillance, ou qu’il avait altéré sciemment la vérité, ils devaient le punir sévèrement123. Les premiers chrétiens que la police déféra aux tribunaux comparurent toujours accompagnés d’un elogium. Tertullien se plaignait que, faute de preuves, cette pièce fût rédigée d’une façon beaucoup plus sommaire que ne l’exigeait la loi ; comme on ne trouvait aucun crime qualifié que l’on pût reprocher aux fidèles, l’officier cjui avait présidé à l’arrestation se contentait d’inscrire sur Velogium : christianus , ou encore hostis publicus , dénomination vague, dans laquelle on pouvait toujours enfermer, sous couleur de lèse-majesté, les accusations mal définies 126. L’apologiste chrétien va même encore plus loin : de son temps la procédure inquisitoire l’avait emporté d’une façon à peu près définitive ; il soutient qu’il est inique de l’appliquer à ses coreligionnaires, parce que le délit qu’on leur impute ne rentre pas dans la catégorie des affaires qui doivent être instruites et jugées suivant ce système. Telle avait été du reste la manière de voir de l’empereur Hadrien; il l’avait lui-même exposée dans une lettre adressée en 124 à C. Minucius Fundanus, gouverneur de la province d’Asie m. Q. Servilius Pudens, consul en 166,

122 Tertull. Ad Scapul. 4; De idol. 1 ; Apolog. 2 et 44. — *23 Tertull. Ad nat. h Apolog. 2. — 12V Tertull. Apolog. 44. — 125 Dig. XLVI11, ni, 6. — 126 Tertull. Ad nat. 1, 2, Apolog. ï et 44. — 121 V. Renun, L'Église chrétienne, p. 32.

128 Le fait doit dater du temps où Pudens gouvernait la Crète et la Cyrénaïque; v. Corp. inscr. lat. Vlll, 5354. — 126 Tertull. Ad Scapul. 4. — 130 Dig.

se prévalait encore de cette autorité dans une affaire qui lui fut soumise 128 ; il refusa de juger un chrétien traduit â son tribunal sur un simple rapport de police ; il déchira Velogium et déclara que l'affaire n’irait pas plus loin tant qu’on n’aurait pas produit un accusateur l2J.

La tradition constante de la jurisprudence sous l’empire fut qu’un gouverneur jugeait tous les crimes commis dans sa province, quel que fût le lieu de naissance du prévenu. Toutefois, dans certains cas, il pouvait renvoyer l’affaire devant le gouverneur de la province oii le prévenu était né ; alors il faisait suivre Velogium , rédigé par l’officier de police qui était responsable de l'arrestation 130 . Si le prévenu était un soldat accusé de désertion, le gouverneur le renvoyait avec Velogium de la police au général dont il dépendait et qui seul avait qualité pour le juger; mais si le déserteur avait commis un crime dans la province où on l’avait arrêté, il n y avait pas lieu de faire suivre le dossier, le gouverneur jugeai l’affaire et le condamné subissait la peine au lieu de la capture 131 . Dans tous les cas où on faisait suivre le dossier d’un prévenu renvoyé à la juridiction compétente, cet acte de procédure s’appelait mittere , ou remiltere aliguem ad alium cum clogio.

Elogium désignant un rapport de police parait avoir été absolument synonyme de notoria [notoria] ; un vieux glossaire le définit : texlum malorum gestorum, quod notoriam dicunt 132. Par suite il a pris quelquefois, au figuré, dans le latin de la basse époque, le sens général d'accusation 133.

2° Verdict. — Le verdict que rend l’empereur en son conseil, jugeant au criminel, est quelquefois appelé elogium ; le mot paraît ici tout à fait synonyme d ejudicium ou sententia. Ainsi Alexandre Sévère, en arrivant au pouvoir, dispersa les eunuques dont Héliogabale avait rempli sa cour suivant l’usage des monarques d'Orient; il les donna à ses amis , c’est-à-dire aux membres mêmes du conseil [amici augusti] ; dans la séance où ils furentjugés en vertu des lois sur les mœurs, Sévère rendit un elogium , portant que si leurs nouveaux maîtres avaient à se plaindre d’eux ils pourraient les faire périr sans avoir besoin d’y être autorisés par un jugement exprès; c’était une dérogation exceptionnelle à une constitution d’Hadrien 1H. Elogium s’applique encore aux sentences prononcées par l’empereurdans les autres affaires qui lui sont directement soumises, comme les cas de sédition135 et de lèse-majesté136, que la peine à subir soif la mort ou la torture. A partir de Dioclétien, lorsque l’empire fut partagé entre plusieurs collègues, chacun d’eux eut le droit de juger au criminel; en 354 le césar Gallus rendit un elogium, où il condamnait à mort, en masse, les citoyens les plus notables d’Antioche ; leur crime avait été de protester contre un abaissement arbitraire de tarif au moment où une disette était imminente 137. Les etogia pouvaient émaner de diverses juridictions criminelles autres que celle de l’empereur138; mais par quelque tribunal qu’ils eussent été rendus, ils étaient régulièrement portés à la connaissance du prince lorsqu’ils contenaient une condamnation motivée par un complot contre sa vie

XLVIII, ni, il. — 131 Diij. XLIX, xvi, 3. — 132 Gloss. Parisin. p. 125. — 133 Tertull. lïcsurr. 21; Adv. A lardon. II, 10; De anim. 17; Apolog. 24, etc. — 13V Lampr. Alex. Seo. 34. — 135 Amm. Marcell. XV, 5. — 136 Aram. Marcell. XIX, 12. — 137 Amm. Marcell. XIV, 7. — 138 Vulcat. Gallican. Avid.

I Cass. 13.

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