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ou son pouvoir ou par quelque crime d'une haute gravité ; on reprochait à Caligula d’avoir désigné des condamnés pour le supplice de l’amphithéâtre, sur une liste qu'on lui présenta, sans consulter leur elogium, c'està-dire qu'il négligea d’user de son droit de grâce, en s’éclairant par la lecture du dossier de ces misérables ; il s'en rapporta, sans y regarder de plus près, à la décision des juges ,39. Chez Constance II il y avait un parti pris de ne jamais faire grâce lorsque le condamné avait été convaincu du crime de lèse-majesté ; en pareil cas il ne lui arriva jamais de reviser la sentence, que, suivant l’usage on faisait passer sous ses yeux ( oblalo de more elogio) ; clémence assez commune pourtant même chez des empereurs inexorables110. Les gouverneurs de provinces et leurs légats, jugeant au criminel, rendent aussi des elogia ; lorsque Septime Sévère était légat en Afrique, un de ses concitoyens du municipe de Leptis, obscur plébéien, le voyant passer au milieu de ses licteurs, avec les insignes du pouvoir, accourut pour l’embrasser comme un vieux camarade ; Sévère le fit bàtonner, tandis que le crieur public, récitant à haute voix la sentence (elogium), disait : « Un plébéien ne doit pas embrasser mal à propos un légat du peuple romain 14!. » Lorsque le mot elogium a, comme dans les exemples que nous venons d’énumérer, le sens de verdict, on dit d’un condamné qu’il subit sa peine, qu'il est frappé sub elogio. Le motif principal de l'arrêt, au lieu d’ètre publié par le crieur. pouvait être affiché au-dessus de la tête du patient: en pareil cas, un seul mot tracé sur un écriteau suffisait pour faire connaître son elogium U2.
Aux jeux de Flore [floralia], qui se célébraient chaque année du 30 avril au 3 mai, au milieu d’un grand débordement de licence" populaire, on donnait des représentations de mimes; l’usage voulait qu’à la fin du spectacle les actrices qui y avaient figuré fussent mises à nu lorsque la foule l’exigeait. Le crieur public proclamait alors à haute voix les noms, l’origine de chacune d’elles, et aussi son elogium''3, c’est-à-dire très probablement un sommaire de son dossier. Ces infortunées étaient en général des courtisanes de bas étage ; comme telles elles étaient infâmes et devaient être inscrites sur les registres de la police.
Du sens de verdict, sentence, condamnation, on est passé au sens moral de flétrissure, qui se rencontre fréquemment chez les écrivains de basse époque m; ils se servent encore du mot elogium au figuré pour désigner l’ensemble des péchés commis par un homme pendant sa vie U5. On trouve jusque dans un document de 894 l’expression: ùifami salis elogio notarcM. G. Lafaye.
EM ANC1 PATIO. — Ce mot, qui est formé de emancipare , « faire sortir en mancipant », désigne l’acte par lequel l’enfant soumis à la patria potestas en est libéré volontairement par le père de famille. L’émanci-
139 Suet. Calig. 27. — i'»° Amm, Marcell. XIV, 5# — ÏM Spart. 5e y. 2. — l'*2 On lit dans une ancienne traduction latine des Actes grecs de Sainte Thècle : « Erat eulogium ejus sci'iptum sacbilegivm. » Grabe, Spicil. I, p. 108. Le Blaut, Assoc. des études gr. 1877, p. 266, Les Actes des martyrs , Suppl, aux Acta sincera de dom Ruinart, Mèm. de l'Acad. des Inscr. et B.L., t. XXX, p. 172. Il n’est pas douteux qu 'eulogium, qui traduit aWC* du texte grec, doit être corrigé en elogium. On a là un des premiers exemples de la confusion qui s’est établie à la fin de l’empire entre ces deux mots ; elle est probablement la cause du changement de sens qu 'elogium a subi en passant en français (V. Ducange, Gloss. Elogium et Eulogium, 9). — 1^3 Tertull. De testimon. anim. 4. — Tertull. Scorp. 8, Apolog. 15, Resurr. 4 et 34, De coron. 5, Ad nat. I, 10, Adv. Marc. 1, 22, v. Rônsch (H.) Dos neue Testament Tertullians (1871), p. 715; Cod. Theod. V, i, 4. — 145 Arnob. IV, 36 et V, 26.
pation avait lieu au moyen d’une fiction fondée sur une disposition de la loi des XII Tables, ou plutôt sur une ancienne coutume consacrée par elle, savoir, que si le père de famille vendait trois fois son fils, une fois seulement sa fille ou ses petits-fils, il perdait sur eux la puissance : Si pater (ilium ter venumdabit , filius a pâtre liber esto. La fiction consista à opérer pour la forme les ventes solennelles ou mancipations, et les affranchissements. Prenons le cas le plus compliqué, celui du fils : le père mancipe son fils à un tiers, qui, par suite de la convention faite entre eu ^(contracta fiducia), l’affranchit aussitôt ; le fils retombe ainsi sous la puissance de son père, qui aussitôt le mancipe une seconde fois au même acheteur fictif ou à un autre ; mais il était d usage que ce fût au même 1 ; l’acheteur l’affranchit encore, et le fils retombe encore sous la puissance de son père ; celui-ci le mancipe pour la troisième fois, et alors, aux termes de la loi des XII Tables, la puissance paternelle est épuisée. Mais le fils est in mancipio , il faut qu’il soit affranchi, et si l’acheteur étranger l’affranchissait lui-même ; il aurait sur lui les droits du patron. On jugea plus convenable de les donner au père, et pour y parvenir, la dernière vente se fit encore contracta fiducia, c’est-à-dire avec la condition convenue qu’au lieu d’affranchir lui-même le fils, l’acheteur étranger le revendrait ( remanciparet ) au père, qui alors l’affranchirait et acquerrait sur lui les droits du patron pour la tutelle et la succession. Cependant il est certain que toutes les émancipations n’avaient pas lieu avec cette dernière clause de fiducie, puisque le préteur, dans son système de succession nommé possession de biens [reres], a prévu les deux cas du père affranchisseur et de l’affranchisseur étranger.
Le fils ne pouvait être émancipé malgré lui 2 ; mais il suffisait qu’il ne conLredit pas, et dès lors l 'infans pouvait être émancipé sans consentement réel. Le père ne pouvait être contraint à émanciper son fils, sauf quelques cas exceptionnels et qui ne datent que de l’empire. Ainsi Trajan força unpère qui maltraitait son fils àl’émanciper3; et une constitution de Théodore et de Valentinien'* soustrait à la puissance paternelle la fille que son père prostitue malgré elle.
A moins que le père n’ait expressément réservé le pécule, le fils émancipé l’emporte avec lui 6, et en acquiert la propriété par usucapion.
Tout ce que nous avons dit du fils s’applique à la fille et aux petits-enfants, avec cette exception qu’une seule émancipation au lieu de trois suffit pour les émanciper. Le père de famille peut émanciper les petits-enfants en gardant leur père sous sa puissance, ou le fils en gardant les petits-enfants, et dans les deux cas l’émancipation brise entre eux les liens de la parenté civile. L’émancipation s’appliquait aussi à la femme tombée in manum de son mari ou d’un tiers par coemptu 6.
Ii6 Actes du synode de Flavigny dans Ducange, Gloss, s. v. — Bibliographie.
MorceUi (Steph. Ant.) De stilo inscr. lat. liber I, ed. altéra, caput y, p. 256-278, Patavii, 1819 ( Oper . epigr. vol. I) ; Zell (Karl) Die rômischen Elogien, Stuttgart, 1847; Mommsen (Th.) Corp. inscr. lat. vol. I (1863), p. H à 21, 277 à 292 et p. 5641 Willmanns, Exempta inscr. lat. Berl. 1873, t. I, p. 144 à 146 et 175 à 193‘ t. u, p. 682 à 686 et 696 ; Hirschfeld (Otto), Das elogium des M. Valerius Maximus, dans le Philologus XXXIV (1874-75), p. 85; Hildesheimer (H.) De libro de viris illustribus urbis Bomae, Berlin, 1880, «p. 36; Saalfeld (E. A), Tensaurus italograecus , Wien, 1884, au mot Elogium.
EMANCIPATIO. 1 Gaius, 1, 132. — 2 Paul. II, Sent. 25, § 5. — 3 L. V, Si a par. guis manum. sit. XXXV111, D. 10. — » L. VI, De spect. et scen. et tenon. XI, Cod. Just. 40. — 6 Frag. Vat. §§ 225, 261. — 6 Gai. Comm. I, 136 et 137.
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A cause des ventes solennelles, l’émancipation, exigeait' la présence de l’émancipé. Une constitution de l’empereur Anastase ' permit d’émanciper l’enfant absent, mais consentant, au moyen d’un rescrit du prince qu’on déposerait entre les mains du magistrat compétent. Enfin Justinien, supprimant toutes les anciennes formalités, réduisit 1 émancipation à une simple déclaration devant le magistrat7 8, dont l’effet fut de conserver au père les droits du patron, comme dans l’ancienne émancipation contracta ficlucia.
L émancipation une fois accomplie ne peut être rescindée. Cependant les empereurs chrétiens, Constantin d abord en 340°, puis en 367 Valentinien10, permirent de priver du bénéfice de l’émancipation les émancipés ingrats. F. Baüdry.
EMBAPHION (’Ei.i.ëa<ptov). — Nous ne connaissons pas d’une façon précise la forme de ce vase. Pollux, à deux reprises 1 , parle des Ipëâyia comme de récipients qui servaient aux usages de la table, et il les classe parmi les ustensiles destinés à contenir les épices, les condiments, l’huile et le vinaigre, comme l’oxis et I’oxybaphon. C’était donc un vase de petites dimensions et un texte d’Hérodote'2 vient à l’appui de cette opinion, quand il raconte qu a Sais, en Égypte, on allumait en guise de lampes dans une certaine fête locale une quantité d’èjxêdtpta remplis de sel et d huile. Hésychius3 paraît leur attribuer une capacité plus grande et les compare à des écuelles profondes (À.o7cdoeç £Sa0Eiai) ; mais la suite du texte indique que le lexicographe se fonde simplement sur l’étymologie (à-co xoù fantuv sv pdQs:) pour donner cette définition.
E. PoTTIER.
EMBAS. ’Egêdç (r) ou 6). — Espèce de chaussure employée chez les Grecs. Les embades sont de deux sortes, des chaussures d’usage journalier et des chaussures réservées à des acteurs de théâtre ; on conçoit, en principe, que la forme ne soit pas absolument la même dans les deux cas.
I. Epëctç est souvent un terme très général, comme le mol chaussure en français. Aristophane, par exemple, l’emploie fréquemment ainsi1, et le plus souvent il est difficile de dire s’il fait allusion à des chaussures de forme spéciale ; ce sont dans tous les cas des souliers peu élégants, de qualité fort ordinaire, car ils sont portés par les pauvres 2, des souliers faits pour laisser les pieds à l’aise, car ils sont généralement attribués à des vieillards3. Du reste, à côté de ces embades communes, on peut signaler des embades fort riches. Lucien dit que les chaussures d’un rhéteur doivent être « les embades de Sicyone, en beau feutre blanc 4 » ; nous connaissons aussi la description d’une « embas avec des retroussis tout brillants d’or 5 », d’em-
7 L. V, De émane, lib. VIII, Cod. Just. 49. — 8 L. VI, eod. — 9 Frag. Vat.
§ 248. — 10 De ingrat, liber. VIII. Cod. Just. 50. — Bibliographie. Scheltinga, De émane. Francf. 1730, et ap. Fellenberg, Jurisp. II, p. 459-538; Unterholzner, Von den Formen der Manumissio pervindict. und der Emane., in Zeitschrift für gesch. Rechts Wiss. II, p. 157-64; Zimmern, Rechtgesch. Heidelberg, 18 29, I, p. 823-827; Bocking, Institut iotien , Bonn, 1853, I, § 58; Marezoll, Précis d’un cours sur l'ensemble du droit privé des Romains , traduit en français par M. Pellat, Paris, 2° éd. 1852, § 181, p. 469; Du Caurroy, Inst, expliq. 8° éd. Paris, 1851, 1, n08 197 et s.; Ortolan, Explicat. hist. des Inst, de Justinien, 6° éd. Paris, 1858, II, n°s 166 et s. p. 129 et s.; de Fresquet, Traité élémentaire de droit romain, Paris, 1855,
I, p. 149 et s.
EMBAPIllON. 1 Onomast. VI, 85; X, 86. — 2 II, 62. — 3 S. v. Le mot est mis au féminin, èjx6acpiai ; mais c’est probablement une erreur de manuscrit.
EMBAS. 1 Aristoph. Vesp. 104; Ecoles. 507, 850, etc. — 2 Aristoph. Ecoles. 633 ;
Il s agit d un homme a gros souliers, e^wv, opposé à un noble et à un riche.
Cf. Isae. Fragm. 7, éd. Didot. — 3 Aristoph. Plut. 759; Vesp. 274-75, 246, 1157;
bades de pourpre et d’or °, d 'embades brodées d'or 7, etc.
Quant à la forme, l’ E tymologicum magnum 8 nous fait entendre que c’était là une chaussure dans laquelle on entrait le pied (obrà toü igêotlveiv tou; ttoSc*;) et non une simple semelle ou une sandale ; on l’attachait avec des lanières, ou des cordons, car un personnage de Ménandre disait : « En attachant mon embas droite, je cassai la courroie9 ». Nous avons vu de plus que les embades étaient ornées d’une sorte de revers, ou de retroussis, car on ne voit pas quel autre sens pourrait avoir le mot 7tT£ptj; qui marque ce détail10. Il faut donc se représenter Y embas comme une botte lacée à revers; ce revers nous semble d’aijjeurs tout à fait caractéristique de V embas ; c’est lui seul qui la distingue de Fendromis, chaussure qui pour tout le reste a avec elle la plus grande analogie, si bien qu’une confusion s’est faite dans les auteurs de basse époque entre les deux objets, sinon entre les deux termes, et que, sur les monuments figurés, Diane par exemple porte indifféremment Yendromis ou Y embas 11 .
Les renseignements qui précèdent permettent de reconnaître facilement les embades aux pieds des personnages figurés sur les monuments, et ces mo numents, à leur tour, nous apprennent plus d’un détail intéressant sur la forme et l’ornementation des embades. Tantôt la chaussure, assez basse, est simplement lacée par devant comme un brodequin , avec un revers plat et tout uni (fig.
2646) 12 ; tantôt elle monte , usqu’au milieu du mollet13 (fig. 2647) ou plus haut encore (fig. 2649) 14 ; le lien est plus entrelacé, compliqué de nœuds, de tours qui encerclent la jambe (fig.
2648) 15 ; le revers au lieu d’être uni, se découpe en pointes, en dents, en festons de nombre et de longueur variable, qui flottent tout autour, et souvent semblent faits d’une autre étoffe ou d’un autre cuir que le pied et la tige10. Ces ornements sont parfois d’un très heureux effet et montrent que Y embas pouvait devenir une chaussure très élégante (fig. 2649) n. Il est à noter (et on le voit dans cette
Nub. 719. - 4 Lucian. Rhct. praec. 13 : « ij ipO*, £„uuvi«, toï; Xlu«oT;
- 6 Orph. Arg. 591 ...-EpSicS* vranvopÈ,,,,
— « Lucian. Bacchus, 2. - 7 Athen. V, p. 200 D. - 8 Etym. Magn. s. v. -sfl6à;.
— 9 Ap. Clem. Strom. 7, 842 : Txoidupivos Ti[5 iejia; ySip ip6iSo; TÔv tpi.ta
— 10 Voy. note 5. — 11 Voy. Clarac, Musée de sculpl., pl. 280, 500 B. 501, 5040 a 580 ; Raoul Rochette, Monum. inédits, pl. 26 B ; Monum. de la Soc. des études grecq. 1875, pl. su ; Antich. di Ercolano, VI, pl. xm. 12 Mus. Bon¬
bon. VII, pl. X (chasseur). — 13 Annal de Vlnst. arch. 1851, pl. Q, R; Newton, drabelsin the Levant , I, pl. xv. Voy. supra les lig. 2373, p. 143t 2572, p. 405, et les vases peints indiqués note 11 ; Mus. Borbon. IV, pl. ; Arch. Zeitung , 1846, pl. 44-45; Gerhard, Trinkschalen u. Gefâsse, pl. 22. — 14 Gerhard Etrus/c u Icampan. Vasenb. pl. d, u° 2* Id. Trinksch. u. Gef. pl. ,v-v; 25» Versammi deutsch. Philolog., Halle, 1868, p. 103; voy. le Diction, des antiq.t. 1, fig. 227.
15 Mus. Borbon. IV, pl. 3. — 10 Voy. les exemples indiqués note 13.
— 17 Gerhard, E truste, u. kampan. Vasenb. pl. a, n» 2; Mus. Borbon IV ni 3-
VII, pl. 10. ’
Fig. 2646. Fig. 2647.
Embades.
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EMB
figure) que les artistes qui sculptaient ou dessinaient des embades négligeaient fréquemment de figurer les
semelles.
Quelques monuments nous montrent des formes de l’embas que les textes ne laissent pas soupçonner. Cette chaussure peut devenir une véritable botte molle, sans lacet, comme en portent par exemple des cavaliers de la frise des Panathénées (fig. 2650) 18.
On peut de même reconnaître des embades aux pieds de deux personnages, Thalthybios et Diomède, sur un cratère de Hiéron (fig. 2651) 19 ; leur chaussure est très basse, s’arrêtantau-dessousdu mollacet y est réduit à
• Embades.
let; le
un simple nœud de cordon, et il
Fig. 2050.
y a comme deux revers se recouvrant en partie l’un l’autre.
La variante la plus importante, comme la plus curieuse, est celle de Vembas qui laisse à découvert les doigts du pied, et qui est, comme on voit, un compromis entre la crepida et Vembas vulgaire .Cette chaussure est portée par Diane, dans une statuette de bronze elle se retrouve aux
trouvée à Herculanum (fig. 2652) 20 pieds du dieu Faunus21, d’un autre personnage que re
Embades.
présente un bronze étrusque22; on la voit sur une peinture de Pompéi (fig. 2653) 23, sur des vases peints 2*, etc. ; cette forme devait donc être d’un usage assez répandu.
Vembas était certainement d’origine étrangère. Hérodote, parlant d’un Babylonien, dit qu’il portai Ides souliers de son pays, semblables aux embades béotiennes23. Si le mot embas a ici un sens précis et n’est pas simple synonyme du mot général ÉmôSrijjia, il eût été plus juste, croyons-nous, de retourner la proposition. Pollux dit formellement que c’est une invention des Thraces26, mais nous pensons plutôt à une provenance asiatique, d’abord parce que les chaussures lâches, enveloppant tout le pied, montantes, semblent les chaussures ordinaires, non des rois, mais des hommes du peuple et des guerriers assyriens et chaldéens21, tandis que les Grecs avaient une préférence marquée, du moins à l’origine, pour le type des crépides, élégantes et légères, c’est-à-dire poulies semelles tenues par un entrelacement de courroies. Mais la meilleure raison est que le dieu Dionysos, dont le caractère oriental est évident, nous est décrit deux fois comme chaussé d 'embades de pourpre et d’or, et justement alors qu’il part pour l’Inde ou qu’il en revient28. Il est alors naturel de voir des embades dans les chaussures que porte souvent Dionysos dans les œuvres de la sculpture ou les peintures de vases. Nous citerons par exemple une statue du musée Britannique29, une statue du musée du Capitole 30 et le Dionysos Bassareus d’un vase de la collection de Luynes31. Par une analogie toute naturelle, la chaussure du dieu devait être souvent attribuée aux personnages de son cortège; le bacchant dont nous donnons ici l’image (fig. 2654) 32, nous semble porter de hauts brodequins lacés, ornés d'un revers dentelé, qui répondent assez exactement à l’idée que nous nous sommes faite des embades.
II. Une question délicate se pose au sujet des embades de théâtre. Il est certain qu’une chaussure de ce nom servait à des acteurs, mais servait-elle aux acteurs tragiques ou aux acteurs comiques?
On sait que l’application du mot cothurne aux souliers tragiques est de date récente, peut-être d’invention romaine [cothurnus] ; avant de chausser des cothurnes, les acteurs portaient des chaussures appelées tantôt ÈgêotTai, tantôt epêaSe; ; les deux termes sont aussi souvent employés l’un que l’autre, et l’on serait tenté de les croire synonymes33. Mais aux textes qui semblent établir cette synonymie on en oppose d’autres, où il est dit formellement que les sont réservées aux acteurs
tragiques et les Ègê axai aux acteurs comiques31, et d’autres encore où la distinction est faite dans le
18 D’après le moulage à l’École des Beaux-Arts ; Cf. Ane. marbles in British mus. } pl. 17; Michaelis, Parthenon, pl. 9, 10, 13; Baumeister, Denlcmüler . pl. xxxv. Comp. une statuette de Vulcain au Musée britannique, Specim. of anc. sculpt. I, pl. 47. — 19 Monum. dell'Instit. VI. pl. 19. — 20 Antich. di Ercolano , VI, pl. 12. — 21 Annali dell'Tnst. 1866, pl. n, — 22 Gerhard, Akad. Abhandl. pl. xxxv. — 23 Monum. del l'Instit. VII, pl. 22. — 24 Bull. arch. napolit. I, pl. 7. — 25 Herod. I, 195 : uiro^Yj^axa eyrw viiu^inçia fcapait^ijaria x-7j<rt poiwxiïjo-i èjJiSiifft. — 26 Pollux. Onom. IV, lia : ’E|Ji6à$e$... ôpaxtov Si tô eôpY)|xa. t
Il n’est pas sans intérêt de faire remarquer ici que les rapports de Dionysos avec la Thrace et avec la Béotie ont été très particuliers (voy. bac- J
-crus, p. 591 et 592). Il y a dans ce fait, peut-être, plus qu’une simple coïuci- ■
dence avec les textes d’Hérodote et de Pollux. — 27 Voy. par exemple Perrot et Chipiez, ffist. de l'Art, t. II, Assyrie, fig. 43, 115, 156, 157, 211, 212, 233, 234, 237, 254, pl. x etc. — 28 Lucian. Bacchus, 2 ; Atheu. V, p. 200 D. — 29 Voy. suprà , fig- 715 Clarac, Mus. de sculpt. n° 1614. — 30 Clarac, Mus. de sculpt. n° 1596 ; cf. 1595 D, 1596, 1615, 1625 A. — 31 Voy. bacchus, p. 629, fig. 712. Cf. une statuette de terre cuite représentant Bacchus enfant (Stackelberg, Graeber der ffellenen , pl. 51).
— 32 Foggini, Mus. Capitol. IV, pl. 231; Visconti, Mus. Pin Clem., IV, pl. xx.
— 33 Tous les textes sont réunis dans Schneider, Das attisclie Theaterwesen, Weimar, 1835, p. 162 et s. — 34 Pollux, IV, 18, 115 : Ka\ xà uito$-q|iat« xôOoçvot |xJv tôt xpaYtxà kol\ èp. IjiGâtat Si ta xuiiuxà; VU, 22, 85 ; è|xGàtat Si efAota toT( •’wjaivoT;
ûito&qjxaffiv.
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inverse 35
rie sorte ciue les Èu.êdx ai seraient les
snns mvciov, , i
chaussures tragiques, et les les chaussures comi-
ues. On aura beau faire, croyons-nous, on n’arrivera nas à effacer des contradictions qui sont dues d abor à la similitude des deux termes (surtout à des cas comme le génitif pluriel, lg.6âTwv, È[j.ëdSwv, et l’accusatil pluriel.
lp6éS*f), qui sont dues aussi, peut-être, à ce qu’il n’y avait pas une grande différence de forme entre ria?â; et l’I|*S«T»i«, et que, lorsque l’on ne se piquait pas de langage rigoureusement précis, on employait indifféremment l’un ou l’autre mot. Quoi qu’il en soit, il nous est difficile de ne pas admettre que les embades ont été portées par les acteurs tragiques, car il est plus d’un texte où le mot, appliqué certainement à des acteurs tragiques, est précédé de l’article féminin ou d’une épithète au féminin36, et dans ce cas il est impossible de corriger en la forme correspondante du mot egêarni;, qui est masculin; aucune définition de lexicographe ne peut prévaloir contre cette remarque.
L’adoption de 1 ’embas par les acteurs s’explique du reste tout naturellement parce fait que Dionysos passait pour aimer cette chaussure ; mais il y a des doutes sur la forme qu’elle pouvait avoir. Peut-être faut-il prendre au pied de la lettre ce que dit Pollux37, que les embades ressemblent pour la forme à des cothurnes bas (xoOôpvoiç Ta7Tctvoïç). Les archéologues qui ont étudié les cothurnes ont noté que la hauteur des chaussures tragiques varie beaucoup dans les diverses représentations d’acteurs ou de Muses, et que sur la même scène un acteur peut avoir des semelles très épaisses, un autre des semelles moindres. C’est le cas sur une peinture du musée de Naples (fig. 2655) 38. « On est amené à se demander, dit à ce propos M. Pottier, quelle était la signification des cothurnes moins élevés portés par certains acteurs. 11 est assez naturel de croire que les acteurs d’ordre secondaire, serviteurs, messagers, paysans, se distinguaient ainsi des per- Fig. 2655. sonnages qui te¬
naient les rôles principaux39. «Cela est juste, sans doute, mais nous irons plus loin, et, avec Geppert nous admettrons que le cothurne était réservé aux personnages importants, de haute race, tandis que les étaient
portées par les messagers, les esclaves, et autres gens du commun. Seulement, nous compléterons cette indi cation comme il suit : à l’origine, les chaussures poitant le nom d’ègêctSeï; ou luSâtai avaient une semelle
35 Amm. De diff. vocab. p. 40; Ptol. Ascal. § 52, (1e la Bibl. gr. de Fabncms, t. VI, p. 150. Voy. pour toute cette question Dierks, De tragic. histrion, halntu scm. Gœlting. 1883, p. 40-50 ; Geppert, Die altgr. Buhne, Leipz. 1843, p. 272 ; . c inei er, Dits att. Theaterm. p. 162 et s.; Sommerbrodt, Scaen. Bcri. 1876, p. 102 et s.; e l’art, cotburnus, p. 1544. — 36 Lucian. Pscudol. : wu»ï; h »•> s d uu
tragédien) ; Aman. Epiât. 1, 20, 43 ..Av ifiM w^l*6iS«s
ittîm. — 37 Pollux, Onom. Si lii«v x.Ooçvoi; tureivoî; ■«*>. — 38 Wlesc er’
assez peu épaisse; elles ressemblaient à celles dont nous avons vu Dionysos chaussé; peu à peu on augmenta l’épaisseur de ces semelles (on sait qu’une réforme de ce genre est attribuée à Eschyle), qui atteignirent a la fin des proportions exagérées et même ridicules : Yembas devint le cothurne. Mais, sous cette nouvelle forme, il ne fut donné qu’aux personnages principaux; pour les personnages secondaires, il garda ou à peu près a forme primitive. Du reste, la règle pouvait souffrir des exceptions ; le cothurne à haute base de bois, tel que nous le montrent tant de représentations d’acteurs ne fut pas le seul en usage pour chausser les héros et les rois: voici par exemple (fig. 2636) un pied d’acteur que
étaient, ausommet delà tige, ornées de revers. P. Paris.
EMBASIKOITE [arystichos],
EMBATE1A [EXOULÈS DIKÈ],
EiMBATÊRION (’E^êaTYipiov ptéXoç). — On appelait ainsi les airs de marche militaires. 11 est probable qu’il en existait chez beaucoup de peuples grecs, mais les plus célèbres, les seuls qui eussent une véritable valeur poétique et musicale, étaient ceux de deux poètes doriens : Tyrtée à Lacédémone etlbycos chez les Crétois. Ce dernier n’est connu que de nom (il est sans doute différent du fameux poète de Rhégium1) ; nous sommes un peu mieux renseignés sur les embalcria de Tyrtée, dont il subsiste deux courts fragments2. Ses vers respiraient le patriotisme et l’ardeur guerrière. Ils étaient écrits dans le mètre anapestique3, le rhythme naturel de la marche; tantôt il employait le tétramètre catalectique ( melrum laconicum , messeniacumi), tantôt le dimètre catalectique. Cette dernière combinaison présente une remarquable analogie avec le rhythme de notre Marseillaise , comme on peut s’en assurer en écrivant l’un au-dessous de l’autre, en notation moderne, le fragment 15 de Tyrtée.
'AyET’ to ÜTtapTaç luâvôpou — Koupot TtaTeptov 7ioXtaxav
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et le début de l’hymne de Rouget de Lisle :
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On remarquera surtout la coïncidence des deux grandes
Theatergeb. und Denkm. Gotting. 1851, pl. .x, 1. - 39 Art. w»»». p. 1547. - 40 Geppert. Die altgr. Bühne , p. 272. - « Voy. fig. 2025, 2026, etc. -42 Zahu, Die Schônsten Ornam. und Gemâlde von Pompei, etc., Berl., 1844, pl. 97.
EMBATÈlUON. 1 Hesych. 5.O. tSuxxr,9. Kç,)Ttv ’I*umî IpSat/.jiov r.oui««-
,sv„;. 6 «Su» *. -* Fr. (Di- Chrysost. Il, p 31 A Rc.ske) et 16
(Mari us Victoriuus, p. 77, sans nom d’auteur). - 3 Pollux, IV, 10, 78 , Cic. Tuse. Ui 16. 4 Victorin. p. 77; Hephest. p. 25, Gaisford.
EM B