EME
termes à la deuxième et à la quatrième mesures, ainsi que anacruse qui précède le premier temps fort. La différence essentielle consiste dans l’emploi du procéleumatiaue, que le poète-musicien grec a judicieusement évité.
Le fragment 16 de Tyrtée, confirmé par les historiens s, nous montre que Yembatêrion était chanté ou récité en chœurpar les guerriers, au moment de marcher au combat :
a'|f£T b> ÜTtapraç evottXo- xoïïpot, ttoti tàv ''Apewç xi'vaaiv.
Le roi donnait le signal d’entonner le « péan6 » qui n est pas ici différent de Yembatêrion. L’accompagnement instrumental, au moins à Lacédémone, était représenté par le son des flûtes7, plus anciennement par celui de la cithare ou de la lyre8. Il semble qu’on ait donné le nom générique de xasrôpetoç vo'goç à la mélodie type de Yembatêrion 9, probablement écrite à l’origine dans le mode dorien ; sans doute, comme dans la plupart des chœurs anapestiques, les paroles étaient simplement déclamées et fortement rhythmées par la cadence dupas; les flûtes seules exécutaient la mélodie.
Quoique Yembatêrion se récitât en armes, iv oirXoïç ,0, il ne faudrait pas en conclure que tout « air en armes », évtmXtov pÊXoç, fût un embatêrion ; plusieurs des airs désignés sous ce nom accompagnaient de véritables danses, (pyrrhique, caryatis, etc.), et non. des marches11; c’est à eux seuls que pouvait convenir le trimètre anapestique, appelé quelquefois Ivo'ttXi&î 12. Enfin, quant à l’opinion qui coniond les élégies de Tyrtée (déclamées aux repas et dans les concours) avec ses embatêria (récités au moment du combat), c’est une vieille erreur cent fois réfutée qu on s étonne de rencontrer encore dans des ouvrages très récents13. Th. Reinacu.
EMBLEMA [caelatura, t. Ier, p. 801, et musivum opus]. EMBOLIARIA. — Actrice employée spécialement dans un embolium. Pline fait mention d une emboliaria nommée Galeria Copiola, qui fut rappelée sur la scène dans sa cent quatrième année1. On a trouvé à Rome l’épitaphe d’une emboliaria nommée Phaebé, native du pays des Voconces, artis omnium erodita (sic), morte à l’âge de douze ans2. On connaît l’épitaphe d’une affranchie nommée Eucharis, morte à Rome, à l’âge de quatorze aus 3. Quoiqu elle ne soit pas qualifiée emboliaria , elle appartenait sans doute, comme Phaebé, à cette classe de comédiennes, et comme elle, elle est qualifiée docta , erodita omnes actes. Trois vers de son épitaphe contiennent des renseignements intéressants sur son art. Le dernier de ces vers confirmerait l’origine grecque de Y embolium ; c’est la défunte qui parle :
Docta erodita paenc musarum manu ,
Quae modo nobilium ludos decoravi choro Et graeca in scena prima populo apparui 4.
Existait-il des embolarii, c’est-à-dire des acteurs em-
6 Thucyd. V, 69-70, et le scholiaste sur ce passage. — 6 Plut. Lycurq. 22.
— 7 Thuc. V, 70; Polyb. IV, 20, 6; Athen. XIV, 626; Plut. De mus ica , 26;
Lyc. 21; Lucian. De saltatione , 10; Dio Chrys. XXXII, p. 380 R; Aul.-Gell.
I, 11; Polyaen. I, 10. — 8 Alcman. Fr. 35, Bergk. De même en Crète ; Athen.
XII, p. 517 A; XIV, p. 627 D; Plut. De musica , 26. — 9 Plut. I. c. et Lyc. 22;
Pind. Isthm. I, 16. — 10 Atheu. XIV, 630 F. — H Xenoph. Anab. VI, 1, 11;
voy. d’autres textes cités, art. dioscuri, p. 257. — 12 Schol. Aristoph. Nub. 651.
— 13 Athénée, XIV, p. 030 F, paraît déjà faire la confusion. Le texte de Philochorus
(fr. 56 Millier) qu’il cite ne peut se rapporter qu’aux élégies. — Bibliographie.
Otfr. Muller, Die Dorier , liv. IV, ch. vi, § G; Bergk, Griech. Literalurgesckichte,
ployés spécialement dans les embolia! II est permis do le supposer d’après une inscription de Pompéi8 et il paraît probable aussi que cet enfant de douze ans nommé Septentrio, qui charma les habitants d’Antibes (Antipoli in theatro biduo saltavit et placuit) \ était un emboliarius. II. Tüédenat.
EMBOLIUM (’EgêôXtov, ’Etckto'Siov). — On appelait ainsi des intermèdes ou représentations indépendantes de la pièce principale qui devait être jouée. Ces intermèdes avaient pour but de prolonger le spectacle quand la pièce jouée n était pas assez longue; ils servaient aussi, et c’était leur principale utilité, à diviser la pièce en plusieurs parties, pour délasser les spectateurs qu’une attention trop soutenue aurait fatigués et aussi pour permettre aux acteurs de se reposer un peu.
Le nom embolium ne nous renseigne pas sur la nature des représentations qui remplissaient ces intermèdes. Ils étaient, sans aucun doute, des plus variés et consistaient en chants, danses, déclamations, revues grotesques, morceaux de musique, etc. Dans un de ses discours, Cicéron, jouant sur le mot embolium , dit de Clodius que omnia sororis embolia novit , lui qui fut histrion, acteur, bouffon, et s’introduisit dans l’assemblée des femmes^ déguisé en psaltria L Ce texte nous permet de préjuger quel genre de comédiens on entendait dans ces embolia. De même Cicéron écrit ailleurs2 qu’il se propose d’intercaler, dans le livre qu’il prépare (sans doute l’histoire de son consulat) un mirificum igêdX tov, dans lequel on verra Apollon parlant dans le conseil des dieux. Apulée donne la description détaillée d’une représentation scénique à Corinthe3. On devait jouer le Jugement de Pâris; avant la pièce, une troupe de jeunes garçons et de jeunes filles, d’une grande beauté et richement parés, exécutent, en décrivant les plus gracieuses figures, la pyrrhique des Grecs. C’était un embolium.
L 'embolium, son nom l’indique assez, était un emprunt fait à la scène grecque par la scène romaine [emboliaria], II. Thiîdenat.
EMEBI l US. — Le participe du verbe emereor, employé avec le mot miles ou employé tout seul d’une manière absolue, s’applique au soldat qui a accompli son temps do service ; un miles emeritus ou un emeritus est un soldat licencié, un vétéran. Rien n’est plus fréquent que ce litre dans les inscriptions militaires. Pour la durée du service, pour Yemerilum , c’est-à-dire pour la prime que recevait le soldat congédié, et pour les différentes formalités relatives à la délivrance du congé, nous renvoyons aux articles diploma et missio.
On trouve aussi le mot emeritus pris dans le sens 1 d’affranchi, c’est-à-dire d’esclave qui a fini son temps d’esclavage, par analogie avec le miles emeritus qui a fini son temps de service1. Cependant cette traduction présente quelques difficultés dans l’interprétation d’une inscription romaine2, ainsi conçue : Aurélia Augg. lib.
EMBOLIARIA. 1 Hist. nat. Vif, 49, 5.-2 Corp. insc. lat. t. VI, n° 10127.
— 3 Corp. insc. lat. t. VI, n° 10096. — 4 Vers 11-13. — 5 Corp. insc. lat. IV, 1949; cf. O. Jahn, Berichte d. Sûchsisch. Gesellschaft der Wissenschaft. zu Leipzig , 1857, p. 193. — 6 Corp. insc. lat. t. XII, n° 188.
EMBOLIUM. 1 Cic. Pro Sext. LIV, 116. — 2 Ad Quint, fr. III, 1, à la fin.
— 3 Metam. 1. X, 29.
EMEMTUS. 1 Le titre emerita appliqué à une affranchie doit être retranché d’une inscription de Grenoble, où la leçon véritable a été ainsi rétablie [Corp. inscr. lat., XII, 2230) : Partegoria {p)ro(pt) e(r) mérita ejus pairono,a\i lieu de la lecture fautive (Wilmanns, Exempta, 1483) : Patagaria emerita patrono . — 2 Corp, inscr. lat. VI, 8519.
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fiomtas ex cmeritis... Comment concilier les deux litres de cette Aurélia Bonitas, qui se dit coup sur coup Augustorum liberta et ex emeritis ? Il est difficile de voir là une simple répétition de mots. Borghesi a émis l’hypothèse, à propos de cette inscription, que, de même que les soldats congédiés avec Vkonesta missio recevaient la prime dite emeritum , ainsi Aurélia Bonitas reçut, en récompense de ses services, non seulement la liberté, mais encore un cadeau pécuniaire. En ce cas, ex emeritis pourrait se traduire par « inscrite sur la liste des pensions» ou par quelque expression analogue3.
G. Lacour-Gayet.
EMISSARIUM. — Canal d’écoulement, souterrain ou à ciel ouvert, naturel ou artificiel, déchargeant une cuvette quelconque, un étang, un lac. Le plus souvent les émissaires naturels sont superficiels; parfois on a pu se contenter, comme déversoirs artificiels, de canaux de cette même espèce, qui n’ont été, très fréquemment, que le lit primitif arrangé : tels l’Arrone épanche le lac de Bracciano, et la Marta le lac de Bolsena. Mais, la plupart du temps, les bassins lacustres ou palustres que les anciens ont dû pourvoir d’une fuite sont entourés de reliefs assez forts, et il a fallu recourir à des creusements de tunnels : tel celui qui existe en Afrique, à l’ouest de Itusicade (Philippeville), près deStora. Ce sont là proprement les emissaria, dont la création a été l’un des plus grands efforts techniques des Hellènes et des I laliens. Dans ce sens, les écrivains grecs emploient parfois le mot întovogo; [aquaeductus, p. 337], bien qu’il corresponde plutôt à cuniculus, et s’applique, comme ce dernier, égalemcntaux galeries de mine; le terme otopuyvi, plus général encore, désigne toute percée souterraine.
De toutes les espèces de cuniculi , c’est aux égouts ou cloacae que les émissaires sont le plus assimilables. L’usage de ces égouts en tunnels n’a pas été connu uniquement des populations italiennes. Nous savons par Diodore1 que, vers 480 av. J.-C., Phacax établit à Agrigonte, pour drainer le sous-sol de la ville, des souterrains qui ont toujours duré, travail grossier, mais très curieux. Mais l’exemple le plus remarquable que la Grèce puisse montrer, celui qui rappelle le plus les célèbres monuments de ce genre qui existent en Italie, c’est l’ensemble, non moins fameux, de travaux qui régissait le lac Copaïs.
Emissaires du lac Copaïs2. - — Le Copaïs, dont une compagnie française vient d’exécuter le dessèchement, occupait, au centre de la Béotie, environ 25000 hectares. C’est un bassin entièrement fermé, à côté duquel, vers 1 est, se trouvent deux autres lacs, l’Hylice et le Paralimnc, beaucoup plus petits et plus creux. Les monts Sphingion, Ptoon, Messapion divisent ces trois nappes et les séparent du détroit de l’Euripe. Le fleuve Céphise traverse le Copaïs, au nord, près d’Orchomène, dans la partie la moins profonde ; la plus grande dépression est du côté du sud. Ce qui caractérise ces lacs, c’est qu’ils sont étagés : le Copaïs, que des atterrissements ont exhaussé depuis les temps antiques, est à 100 mètres d altitude, l’Hylice à 52, le Paralimne à 36. Étant donné 1 espace très court qui les sépare les uns des autres et tous de la mer, ce fait a beaucoup d’importance. D’autre
3 Bart. Borghesi, Œuvres complètes , VIII, p. 433-434.
EMISSARIUM. 1 lliod. XI, 23. — 2 Strab. IX, p. 403-407 ; Paus. IX, 24, § 2 ; 38, § 1 , Diod. IV, 18 ; Diog. Laert. IV, 23 ; Polyaen. I. 3, § 5 ; Steph. Byz. s. v. ’ET-eucriç, AO^vai. 3 Voir la Notice sommaire, publiée par la compagnie française pour
part, ils ne sont pas privés de déversements naturels. Les montagnes calcaires qui les ceignent sont traversées de nombreuses cavernes, dans lesquelles les eaux de la plaine trouvent des chemins analogues aux « pertes » de certaines rivières. Ce sont les xaraëbOp'x, dont il existe quatre lacis principaux. L’un file au nord par les monts Opuntiens, et gagne la mer près d’Opunte, desservant le nord de la plaine. Le second, qui emporte surtout le Céphise, vient déboucher près de Laryinna. Le troisième, qui épanche le Copaïs seul, arrive entre Anthédon etPhocae. Le quatrième enfin, qui embrasse les trois lacs, finit entre Anthédon et Khalia. Grâce à cette disposition, le Copaïs, sujet à de fortes crues par l’apport de nombreux torrents, n’était un lac, anciennement, que dans sa partie méridionale ; sur tout le reste s’étalait un marais pestilentiel. On n’a jamais pu exploiter cette vaste plaine, ni l’habiter en peuplement serré, avant d’avoir pris des mesures pour l’assécher et la défendre. C’est à quoi il était pourvu par l’entretien des xavaSoftpa, par l’établissement de chaussées, et surtout par le creusement de deux émissaires, suppléant à l’incertitude de l’écoulement naturel.
Étant donné que le Copaïs n’a presque pas de profondeur et occupe un très vaste espace, que l’Hylice et le Paralimne sont de petites dépressions très creuses, à un niveau fort inférieur, la science moderne a opéré le dessèchement du premier en le vidant dans les deux autres, et en versant ceux-ci dans la mer3. Les anciens peuples eurent la même idée : un passage souterrain, courant sous le plateau d’Acracphiae, sur une longueur de plus de 3 kilomètres, amena dans l’Hylice le tribut du Copaïs. Mais ils n’allèrent pas plus loin et laissèrent aux catavothres du Paralimne le soin d’emporter ce liquide à l’Euripe; l’IIylice ayant environ 2000 hectares, le fond de sa cuvette étant à 50 mètres au-dessous du radier de l’émissaire, et le Paralimne se trouvant dans des conditions analogues, il n’y avait pas grand danger, si les catavothres fonctionnaient bien. Mais, pour une raison qui nous est inconnue, au lieu d’un débouché unique, on en avait établi deux. Le tunnel d’Acraephiae ne déversait que le lac méridional, dit proprement Copaïs; la partie septentrionale, que l’on appelait Céphissis, c’est-à-dire le marais où vaguait le Céphise, que le catavothre de Larymna évacuait assez mal, reçut aussi un émissaire. Cet ouvrage est plus grand que l'autre : il a environ 6 kilomètres et demi; c’est la plus longue galerie que nous aient laissée les anciens; il se termine par une cascade dans le lit issu du grand catavothre. Comme nous ne pouvons plus reconnaître, dans la plaine Copaïque exhaussée par trente siècles de colmates, le tracé précis des canaux qui saisissaient l’eau des torrents pour les mener aux tunnels, nous ne saurions apprécier les raisons qui déterminèrent les peuples à ne pas faire tout converger dans la région la plus basse, vers un unique évacuateur. Mais on ne doit pas admettre, comme certains l’ont pensé, que le souterrain d’Acraephiae soit postérieur à celui du nord-est et ait été créé pour suppléer à son insuffisance ; nul n’a jamais pu espérer, en effet, que celui-ci desséchât tout l’espace; c’est plutôt l’autre qui
le dessèchement et l’exploitation du lac Copaïs, Paris, Chaix, 1886, à l'occasion de l’inauguration du canal émissaire de Karditza. On y trouve une carte au de la contrée, avec le profil des terrains et des cuvettes lacustres suivant la ligne des émissaires,