‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 3)Chapitre 68 sur 111 · E.MI · texte numérisé non relu

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monts, dont les principaux semblent dater d’Hadrien, en revanche le tunnel lui-même, qui est la partie essentielle, est bien l’œuvre, et l’œuvre exclusive, des premiers et antiques créateurs. Comme tous les travaux de ce genre, il présente de place en place des puits de curage et d’aération, espacés d’environ 35 mètres, d’où Nibby a supposé qu’il y en avait soixante-deux; la plupart sont

oblitérés. On trouve

également des cuniculi à 45°, pres¬

que tous bouchés aujourd’hui, ayant servi au creusement. La section moyenne du tunnel est d’environ 2 mètres de haut sur lm,20 de largeur. Les roches traversées sont presque uniquement des pépcrins, interrompus de temps en temps par des coulées de lave.

L’opération du creusement n’a pu se faire qu’en remontant, c est-à-dire partant de l’embouchure, et par tronçons, d un puits à l’autre, ce qui suppose un nivellement bien lait et une direction des plus justes. On a dû réserver d abord les deux tronçons les plus voisins du lac. Un long cuniculus oblique, dont les modernes ont revu les traces, écoula dans le tunnel, en arrière de ces tronçons, toute une tranche des eaux de la cuvette; puis le specus fut continué, toujours en remontant, jusqu’au-dessous de la bouche de cet ouvrage désormais inutile. Un puits vertical fut alors creusé jusqu’à la rencontre du specus , et il suffit d'abattre tranche par tranche le talus en dehors de ce puits, pour obtenir à chaque fois un nouvel écoulement des eaux, une nouvelle baisse de la surface. Enfin , quand

il ne resta plus qu’une faible hauteur de berge, on procéda, en dedans et à l’abri de sa partie antérieure, à la construction de l’orilice. Puis, par le m me moyen, avec la même prudence, perçant d’abord, démolissant ensuite le massif naturel réservé jusque-là, Fig. acso.

on jeta l’eau dans le

tunnel, et le réglage se fît par le moyen de vannes. Bien entendu, longtemps avant, l’orifice de sortie avait été muni des constructions nécessaires, et les vannes mises en place.

Fig. 2658. — Émissaire du lac d’AIbano : plan et section dans la longueur des constructions de la

bouche d’entrée.

Le specus est une simple galerie forée à même le rocher. Jamais on ne la retouché : les coups d’outil qui

I ont ouvert se voient encore sur les parois ; on se rend compte que le tranchant avait un pouce. Il n 'était pas possible à plus de deux fossores de battre ensemble en un même point. Lorsqu’on examine ce travail, dont la marche se suit sur le monument même, on remarque immédiatement combien il rappelle celui des cuniculi de drainage. Mais il fut bien plus difficile, et certainement très dangereux. 11 n’est pourtant pas moins réussi.

II demeure le chef-d’œuvre des anciens en matière d’émissaire; c’est un modèle que le plus brillant siècle de la civilisation romaine a en vain tenté d’imiter(fig.2658)

Les constructions de la bouche d entrée se composent d’un petit quai entourant un bassin antérieur, au fond duquel l’eau rencontrait une large pierre percée de trous, faisant office de gros filtre; la moitié de celte dalle est brisée, et remplacée par une grille. Au-dessus

était un pont porté sur trois piliers de pierre, et où passait le chemin du tour du lac. Un escalier menait latéralomentdans une vaste chambre, où était la vanne d’admission, et au fond de laquelle commençait le specus. A la bouche de sortie était un long conduit maçonné prolongeant le specus, soit sur terre soit à couvert, jusqu’à un point où les proportions devenaient plus larges et plus hautes : cette dernière partie subsiste. Là un système de vannes et de portes permettait, soit d’écouler l’eau dans un lit s’échappant à travers la campagne, soit do l’élever au niveau d’ouvertures ménagées dans la façade de cette chambre,

pour en faire la dis-

12 L’émissaire du lac de Nemi, que Caniua a aussi décrit, et celui du lac d’Aricie out été Pubjet d'un examen détaillé de la part de Facci, ingénieur de la Congre-

tributionjfig. 2051 L’émissaire du lac de Nemi12, que Westphal, probablement à tort, jugeait encore plus ancien que celui d’AIbano, parce que

Emissaire du lac d’AIbano : plan et section dans la longueur des constructions de la bouche de sortie.

sa création n’est même pas mentionnée dans les légendes romaines, lui est semblable, sinon qu’il est plus petit, plus court, qu’il n’a pas de constructions grandioses à ses bouches, et qu’il est d’un travail plus sommaire et

gation des eaux, en 1755. Son rapport est tout au long dans Fea, Varietà de notizie sopra Castel Gandolfo, Albano , Aricia, Nemi , Home, 1820, p. 26-36.

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moins beau. Mais il est foi't intéressant, en ce qu’il est lié au système de dessèchement de la Yal la Riccia.

Ce n’est qu’à sa bouche de sortie que, sur 2m,23 de haut, il atteint lm,41 de large ; partout ailleurs, c’est un boyau, large de 0m,75 à l’entrée. Comme ouvrage, rien n’est plus grossier; c’est une simple excavation dans le roc, nullement parée, assez inégale de section, et dans le radier mal dressé, ou fortement usé, de laquelle existent des flaques, que traverse le courant de l’eau emportée.

Cette eau, par un canal découvert, se rend dans la Val la Riccia, qui est l’ancien lac d’Aricie. Après un kilomètre de course, elle entre dans un cuniculus, où s’en jette un second, qui apporte les eaux du Fosso del Vico . Parce souterrain elle franchit la lèvre méridionale du cratère dont cette vallée est formée. Cet émissaire de la Val la Riccia, dont la longueur est de 500 mètres, et qui plonge sous le sol à G"1, 70, a toujours été entre tenu pour les besoins de deux gros moulins. Aussi est-il remanié, et ses neuf regards sont garnis de coupoles ; mais ce sont bien les putei d'un cuniculus fort antique, très semblable à l’émissaire de Nemi pour la rudesse du travail, pour les inégalités du radier et de la section, mais très semblable également aux drains-tunnels de la campagne, notamment par ses dimensions, qui sont de 2 mètres en moyenne sur 0m,45 à 0m,70 de largeur.

Toutes ces eaux forment le Rio di Nemi, qui se rend à la mer sous Ardée. Leur aménagement est des plus curieux. On y surprend le lien des deux systèmes, celui des émissaires, qui atteignent les cratères et éliminent les eaux profondes, et celui des cuniculi , qui drainent les collines latines et soutirent l’humidité des tufs. En effet, les eaux qui ont passé des Campi d’Annibale à la Val Molara, puis au lac de Nemi, puis au lac d’Aricie, ne viennent plus, grâce au premier, s'insinuer sous les tufs du pays des Rutules : un lac est desséché, l’autre est réglé, et leur double émissaire, recevant déjà un du deux cuniculi du haut pays, prépare l’œuvre de ceux de la plaine, qui en est entièrement garnie.

Dans de petites proportions, les environs de Giuliauello nous offrent le problème inverse, aussi élégamment résolu (fîg. 2GG0)13. Un cuniculus de drainage, après avoir

Fig. 2660. — Le lac de Giulianello et le cuniculus qui lui sert d'émissaire.

lait son office à l’égard d’une petite plaine et des collines adjacentes, et avant d’aller l’accomplir sous les collines inférieures, rencontre, dans une dépression intermédiaire, qu’il dessert, une soufflure volcanique où s’extravase un petit lac. Il s’y déverse, puis reprend les eaux à la queue de cette faible nappe, dont il devientle régulateur.

Janissaire du lac Fucin u. — Passant des émissaires

13 M. -H. de La Blanchère, Mélanges de l' École française de Home, t. II, p. 105-iOG et pl . r. — 14 Suet. Jul. Caes. 44 ; Claud. 20, 21 ; Strub. V, p. 240 ; Plin. Hist. ml. XXXVI, Ui, s. 21, § t] ; Tac. Ann. XII, 56, 57 ; Spartian. JJadr. 22 ; Jul. Obseq. De prodig. 83.

latins à l’émissaire du lac Fucin, exécuté sous les Césars, on ne change pas seulement de région de l’Italie, et aussi de région de l’histoire; on se trouve en présence, malgré l’énormité, d’un ouvrage moins intéressant. L’entreprise du Fucin n’a été qu’une affaire, qui pouvait modifier heureusement l’économie et la salubrité d'un canton du pays des Marses; elle n’est pas, comme la création des issues des lacs Albains, une part d’un grand fait historique. Le problème d’ailleurs se réduit au dessèchement d’une cuve lacustre. Mais ici l’opération nous est connue dans son détail, par des textes et des monuments, et par les restes de l’ouvrage. Comme chacun sait, Claude voulut reprendre les projets formés par César, en tête desquels figuraient l’évacuation du lac Fucin et le creusement du port d’Ostie. Son affranchi Narcisse se chargea du premier. Écartant les sociétés de spéculateurs qui se présentaient pour tenter l’entreprise moyennant concession des terres délivrées, il persuada à l’empereur qu’il valait mieux garder ces mêmes terres et exécuter tout en régie. Il voulait en réalité se réserver cette mission, où il ne vit qu’une occasion de rapines. C’est à lui, semble-t-il, que doit être imputé l’insuccès de cette œuvre, qui dura onze années, employa d’une façon continue trente mille hommes, coûta des sommes invraisemblables, et parut aux contemporains le travail le plus gigantesque qui eût jamais été rêvé.

Le lac Fucin, entouré de montagnes, ne pouvait être déversé par un canal à ciel ouvert. Entre lui et le fleuve Liris s’élève le Monte Salviano et s’étendent les champs Palentins. Il fallut percer un tunnel à 100 mètres environ sous cette plaine, à 300 mètres sous le sommet du mont, sur 5395 mètres de longueur. On a lieu de penser que le fond du lac était, à cette époque, de 19 à 20 mètres plus élevé que le fond du lit du Liris. Sur ces données, un ingénieur, dont l’histoire n'a pas conservé le nom, dressa un plan qui témoigne d’une grande science et d’un esprit juste et hardi. Le projet est aussi remarquable que l’exécution fut piteuse. On peut assez facilement en reconstituer les grandes lignes.

Le fond du lac devait demeurer à 1 état de bassin fixe, vraisemblablement garni d’un quai et de vannes d’admission, pour recevoir les torrents affluents, sans doute canalisés. Il eût présenté une surface égale au tiers de l’étendue primitive. A lm, 207 du fond de ce bassin, à 18m,20 au-dessous de la campagne, s’ouvrait le tunnel émissaire. Le fond du Liris est à 12“', 642 au-dessous du débouché de ce même tunnel, à 21m,087 au-dessous de l’entrée. Le radier devait donc avoir une pente totale de 8m,444 uniformément répartie, soit environ 1 m ,30 par kilomètre. Les nivellements avaient été très bien F‘s' 266'' 7 feell0,n nor'

male du tunnel.

faits. La section type du tunnel, qui eût dû être partout maintenue, était d’une forme très simple, et suffisante pour le besoin (fig. 2GG1). L’emplacement était bien choisi, et le tracé est le même qui a servi pour l’émissaire par lequel le lac a été desséché avec plein succès aux frais du prince Torlonia'3.

— Lelac Fucin aété souventétudié, d’autant que l’entreprise de son desséchementa été plusieurs fois projetée ou reprise, parTrajan, par Hadrien, par Frédéric 11, parles Bourbons. Mais aujourd’hui il est inutile de recourir à aucun des ouvrages dont il est

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L’œuvre d'ailleurs ne présentait pas de difficultés insurmontables. Plus profond que l’émissaire d’Albano,

l’aération de la mine et l’extraction des matériaux. C’était là un travail immense, mais qui n’avait rien d’impossible. On est toutefois confondu en remarquant que les Romains n’ont pas imaginé un seul perfectionnement à la technique, à l’outillage des plus antiques fouisseurs. Ils ne s’avisèrent môme pas de faire des manèges pour la manœuvre de leurs bennes, tandis que, depuis l’aurore des temps, les paysans d’Afrique et d’Assyrie s’en servent pour puiser de l’eau. Une centaine de bœufs ou de chevaux auraient produitplus de travail que leurs milliers de malheureux. Une de leurs bennes, un grand seau cylindrique, a été retrouvée dans un puits. Un bas-relief montre l’appareil qui servait à les faire courir : « Deux tambours sont fixés autour d’axes verticaux ; sur l’un et l’autre sont adaptés horizontalement, mais enroulés en sens contraire, deux cordages qui sont passés sur des poulies, grâce auxquelles, dès que le tambour se meut, l’un monte et l’autre descend; deux travailleurs font tourner la machine (fig. 2002) 10 ». Mais toutes ces imperfections, causes de dépenses exagérées, ne sont pas des causes d’insuccès. Quant à la fouille elle-même, un accident la contraria, un éboulement terrible, suivi d’une effrayante irruption d’eaux. Cela même n’arrêta pas la marche ;l’éboulement fut muré, tourné courageusement par une galerie nouvelle, à 90 mètres de profondeur; et l’ouvrage, déformé en partie, n’en lut pas moins poursuivi. La pratique des Romains pouvait donc donner du problème une solution, quelque peu enfantine, et par-dessus tout très coèteuse, mais certaine.

Fig. 2662. — lîas-rclief trouvé près du lac Fucin. Extraction des déblai:

mais moins long que celui du Copaïs, specus pouvait se creuser par les moyens déjà connus. Quarante puits et un nombre plus grand encore de cuniculi assurèrent

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