‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 3)Chapitre 9 sur 111 · DAT · texte numérisé non relu

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circulation métallique en Grèce et en Asie Mineure. C’était, en effet, surtout pour le commerce extérieur et pour les provinces occidentales de leur empire que les Perses frappaient leurs monnaies. On voit par le rapport formel de Slrabon1 que l’usage n’en entra jamais complètement dans leurs mœurs. « Les Perses, dit ce géographe d’après Polycritus, conservent en vaisselle la plus grande partie de l’or et de l’argent, et n'en réservent que fort peu pour la monnaie; le premier emploi de ces métaux leur semble plus approprié à des présents et plus commode pour la conservation dans les trésors; quant à la monnaie, ils en proportionnent l’émission aux dépenses, et n’en frappent qu’au fur et à mesure des besoins. » Le rapport des espèces monnayées au reste des métaux précieux qu’Alexandre trouva,- selon Diodore 8, dans le trésor des rois de Perse à Suse, confirme l’assertion de Strabon : il y avait plus de quarante mille talents d’or et d’argent non frappés, tandis que les dariques d’or ne s’élevaient qu’à neuf mille talents. L’énoncé de Diodore rectifie ici celui de Plutarque 9, suivant lequel Alexandre aurait trouvé à Suse plus de quarante mille talents d’argent monnayé. On voit, au contraire, par ce que rapporte Hérodote 10 de Pythias le Lydien qui, du temps de l’expédition de Xerxès, possédait en espèces 4 millions de dariques, combien la monnaie des Perses était multipliée dans la patrie de Crésus. Les armées dirigées vers la Grèce emportaient aussi des sommes immenses destinées à séduire les citoyens les plus importants des différentes républiques, et cet emploi des richesses du Grand Roi continua d’ètre un de ceux qui nécessitèrent, sous les différents règnes, les plus importantes émissions monétaires.

La plupart des dariques d’or qui nous sont parvenues au travers des siècles ont dû être frappées sous les règnes de Darius, fils d’Hystaspe et de Xerxès, sous lesquels la fabrication semble en avoir été ininterrompue, tandis que les successeurs de ces princes n’ont émis de pièces de ce genre qu’à des occasions exceptionnelles. Le nom de Sapetxoç aiaTvjp vient de ce que le fils d’Hystaspe fut le premier à faire frapper des monnaies d’or au sagittaire, ainsi que nous 1 apprend Hérodote11 * * V, dont le témoignage est pleinement confirmé par les monuments. Suidas dit bien, il est vrai, que les dariques furent ainsi nommées, non d’après le père de- Xerxès, mais d’après un Darius plus ancien. Mais

dans l’histoire de Perse nous ne rencontrons pas de Darius avant le fils d’Hystaspe et le début du monnayage des sagittaires n’est certainement pas antérieur à ce prince. La tradition conservée par Suidas devait probablement son origine à l’existence d’un monnayage persan antérieur à Darius. Nous avons encore ‘quelques pièces d’or et d’argent de ce monnayage, dont le siège dut être en Lydie

sous Cyrus et Cambyse, et qui forme la continuation de celui des rois indigènes 12 (fig. 2293). Les pièces en question sont déjà dans l’or du poids des dariques, et dans l’argent du poids de la drachme babylonienne. Mais au lieu d avoir pour type la ligure du roi en archer,

Fig. 2293. — Monnaie lydienne.

1 XV’ P- 735‘ “ 8 XV]I, 66. — 9 Alex. 36. — lo VU,. 28. — 11 IV 166 Cf

Mommsen, Gesch. des rom. Mûnzw. p. 11. - <2 F. Lenormant, Catalogue Bahr

p. Io0, Mommsen, Hisl. de la monnaie rom. trad. de Blacas, t. I p 7 13 Ch’

tenormant, Reo. num, 1856, p. 17. 14 D. de Luyues, Choix de méd. grecques

V • in, ii° 15; Ch, Lenormant, Reo. num. 1656, p. 15. — 15 Conon , 10. — 16 y, p! euormant, Essai sur le class. des monnaies ■ des Lagides, p. 160 ; Brandis, Bas

elles portent deux têtes de lion et de taureau affrontées. Le lion et le taureau constituent le type des monnaies qu’on a appelées, du nom du roi Crésus, des créséides.

Le taux de la darique d’or ne resta pas invariablement fixé au poids originaire de 88r,576, mais il s’abaissa dans la décadence de la monarchie achéménide. Les doubles dariques du commencement du règne d’Artaxerxés Longue- Main pèsent 16sr,700 et celle de l’an 22 du même prince ■168r,500 13, ce qui donne une darique simple, d’abord de 88r,330 puis de 88r.250, inférieures, l’une de 220 centigrammes et l’autre de 326 centigrammes, au taux premier. Il est vrai que dans les dernières lueurs de prospérité dont jouit l’empire de Cyrus, au moment où il allait disparaître, la monnaie fut ramenée à son poids normal. 11 existe une darique, évidemment frappée dans les premières années de Darius Godoman, laquelle est de 88r,570 14.

Toutes les fois que les auteurs anciens ou les textes épigraphiques mentionnent les dariques, ils parlent uniquement de monnaies d’or. Plutarque est le seul écrivain qui se serve de l’expression de dariques d’argent15; encore est-ce par cataehrèse, en étendant aux pièces d’argent le nom des pièces d’or, dans un passage qui ne peut avoir aucune autorité numismatique. C’est donc d’une manière tout à fait abusive, et sans justification dans les textes anciens, que les érudits modernes ont appliqué le nom de darique, non seulement à l’or royal des Perses, mais encore aux pièces d’argent marquées du type du sagittaire qui ont le poids- d’une- drachme babylonienne de 58r,5(J0. Ces dernières monnaies s’appelaient chez les Perses et chez les Grecs des- dcles [siclus], nom que fournissent Xénophon, Hésyehius, Photius et les inscriptions d’Athènes, et que l’on aurait dû leur conserver.

Les numismatistes contemporains ont attribué également ce nom- de dariques à d autres monnaies d’argent des rois de Perse, de dimensions et de types très divers, dont les unes ont pour unité la drachme babylonienne ou sicle de 3°r,500, d autres la drachme phénicienne de 3sr,o40, d’autres enfin la drachme asiatique de 38r,250.

Ces pièces se divisent en cinq séries principales dont les types sur les plus grosses monnaies sont : lre série : Le roi dans son char; Ri. Muraille crénelée; — 2e série : Tète d Hercule ; RI. Galère ; — 3° série : Figure de Dagon tenant un dauphin ; R. Galère et hippocampe ; — 4e série : Le roi dans son char; R. Galère sur les flots; — 5e série : Le roi monté sur l’hippocampe, ou bien un tjauphin;

R. Chouette avec le fouet et le crochet16. Elles ont été frappées à des époques très diverses, qui se répartissent dans toute la durée de la monarchie persane, et dans des contrées différentes les unes des autres, la lr0 série probablement en Égypte, la 4“ pour la solde des équipages de la flotte, les 2L, 3° et 3e dans les villes de la Phénicie, une autre série encore dans l’île de Cypre. Jamais dans 1 antiquité ces pièces ne se sont appelées dariques. Une telle application du nom exclusivement réservé aux sagittaires d’or de même poids que le sta-tère attique est souverainement impropre et nous espérons quelle finira par disparaître de la science. F. Lenobmant.

DA 1 El AI, Aary]Tou. Lorsqu’une chose, quelle qu’elle

Milnz. Mass und Gewichtswesen in Vorderasien , p. 424-427, 5J 2,-515. Biblio¬

graphie. F. Lenormant, Essai sur le classement des monnaies d’argent des Lagides , appendice, \asquez Queipo, Essai sur les systèmes métriques et monétaires des anciens peuples t. I; Th. Mommsen, Geschichte des rom. Münzwesens, part. I,

§ 1 et 2, Brandis, Das Münz-Mass-und Gewichtswesen in Vorderasient Berlin, 1866; F. Lenormant, Revue numismatique, sept.-oet. 1867.

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