‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 3)Chapitre 80 sur 111 · I. Les ÉPIMÉLÈTES DANS LA CITÉ · texte numérisé non relu

I. Les ÉPIMÉLÈTES DANS LA CITÉ

A. Épimélètes chefs de services civils. — 1° hpimelelcs ton ephêbon (ô xwv I®rj6wv é7tip.sXv)Tri;). Eschine iaj porte que les lois de Solon remettaient à une magistrature spéciale (ipjrf) le soin de surveiller l’éducation des jeunes Athéniens. Quelle est cette magistrature? Dans un passage de Dinarque12 il est parlé de l’ép.mélie des éphèbes (f) xwv lyifi wv ÈTagE^Eia). A-t-on la le titre exac. d’une charge, et Athènes comptait-elle parmi ses dignitaires un épimélète des éphèbes, comme Rhodes avait un épistate des enfants (Itu<jtcétviç xwv TraîSwv 13 ? Uu bien n’a-t-on qu’une expression commode pour désigner une fonction dont pouvaient être investis certains citoyens ou que certains magistrats joignaient à des attributions différentes? Jusqu’ici le doute était permis; un examen attentif du discours de Dinarque contre Philoclès faisait même « hardiment nier l’existence d’épimélètes particuliers aux éphèbes « » et assigner un pouvoir de plus aux stratèges. Mais aujourd’hui Aristote1'1 tranche définitivement la question en déclarant qu’au ivc siècle un epimelète présidait le collège éphébique.

La nomination de cet épimélète ne se fait pas à la légère. Déjà les dix sophronistes, qui commandent chacun aux éphèbes d’une des dix tribus, sont choisis par le peuple sur une liste qu’ont dressée, après avoir prêté serment, les pères des éphèbes : ils sont parmi les meilleurs et les plus capables de leur tribu (PeXxîotou; *at ÈTnxïiSEioxâxouç) et ont quarante ans accomplis10. L’épimélète, chef de tous les éphèbes11, doit présenter des garanties au moins égales. Il est, de plus, élu parmi tous les Athéniens. Platon, qui semble présenter dans les Lois une image assez iidèle de l’institution éphébique, parle à plusieurs reprises d’un magistrat qu il nomme 6 xîjç nat^Eiaç ÉTUjjiEXïixrjî18 et qui a tout 1 air d être empinnté a la réalité. Cet épimélète, et Platon ici invoque « les lois » (xaxot voptouç), ne doit pas avoir moins de cinquante ans ; il doit être père de famille ; il doit être « le citoyen le meilleur en tout » (apnrxoç sîç 7râvxa) ; car « il faut bien se dire... que cette charge est, entre les charges les plus élevées de l’État, de beaucoup la plus importante ». Ce n'est point là un principe purement idéal ; en voici le commentaire historique : le seul épimélète des éphèbes dont le nom nous ait été conservé fut dans sa vie dix fois stratège et trois fois hipparque19.

muud, De republica Rhodiorum comment. Diss. iuaug. Halis Saxonum, 1882,

p 40-41. 14 Paul Girard, L'éducation athénienne au v" et nu iv' siècle av. J.-C.

Paris, 1889, p. 43. Cf. Dittenberger, De ephetis atticis, p. 13, n» 12; A. Dumont, Essai sur Véphébie attique , t. I, p. 18, n. 3. L'opinion contraire a été soutenue par G. F. Schoemaun, Griech. Alterth. trad. Galuski, t. I, p. 579, et Loi-. Grasberger, Erziehung und Unterricht im klassischen Alterthum, t. I, p. 282; t. III, p. 477, 480. — 16 Aristot. De Alhen. doit. § 42, p. 198. Le doute émis par J. van Leeuwen, dans la Mnémosyne, t. XIX (1891), p. 178, ne se justifie pas. — '6 Aristot. I. c. Cf. Ibid. § 56, p. 141 ; Aeschin. C. Timarch. g 11, p. 2. — n Au lieu de lit! itivt* ©[uVJkaêôvTeç..., il faut lire Ut nàvtixs [ffuLjkafiôvrtç... — 18 Plat. Leg g. 1. VI, p. 765- 766; 1. VII, p. 801. — '9 Dinarch. 1. c.; Demosth. Epistolae, III, p. 1482; Dionys. Halic. De Din. jud. 10.

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Comme les autres magistrats d'Athènes, l’épimélète des éphèbes était soumis au contrôle de l’assemblée, qui exerçait son droit une fois par prytanie. Comme les autres magistrats, il pouvait etre destitué par la voie do 1 aTio^EtpoTovta. Mais à son égard le peuple était particulièrement scrupuleux. On pouvait avoir démérité comme épimélète des éphèbes et être encore jugé digne d’autres fonctions. Témoin ce Philoclès contre qui s’élève Dinar que et qui semble bien avoir été encore stratège après s être vu enlever la direction de la jeunesse20.

Aristote, qui énumère avec ampleur et précision les fonctions des sophronistes, garde le silence sur celles de 1 épimélète. Il se contente de dire qu’à l’opposé des sophronistes, qui n’ont affaire qu’au dixième des éphèbes, il étendait son autorité sur tous, ètù Travxaç. Il fallait bien, en effet, un administrateur général, pour que les dix sections d’éphèbes, avec leur sophroniste, leur personnel de pédotribes et de didascales, n’eussent pas 1 une à 1 égard de l'autre une indépendance qui eût vite dégénéré en incohérence et en anarchie. Il ne faut donc pas se représenter l’épimélète des éphèbes comme un fonctionnaire subalterne, occupé à visiter les gymnases pour veiller sur les locaux et le matériel, propriété de 1 État21. Il n arien de commun avec l’épistate de l’Académie (inKJTaTTg -ni; ’AxxSvigia;) 22 ni avec les futurs épi mélètes des gymnases (IiugeXvjTat Ttov Yugvaxtwv)23, l’épimélète du Lycée (ÈiugeXriT^ç Auxaou) 21 et l’épimélète du gymnase du dieu Hadrien (sTtipeXxjxi); yu!j.vWou xal <rxo5ç Oeoo ’ASptavou) 23. Il est au premier rang. Il ressemble bien moins à un inspecteur des édifices publics ou à un directeur honoraire de gymnase26 qu’à un grand maître de l’éducation nationale.

C’est précisément sous ces traits que se présente à Athènes le cosmète [Epiiebi, p. 626], Mais le cosmête n’apparaît dans les inscriptions éphébiques qu'à partir de l'an 31 7 27, et le dernier document qui fasse allusion à l’épimélète des éphèbes est de 32i28. Dans cet intervalle on a dô modifier l’organisation des collèges de jeunes gens. Les sophronistes, lespédotribes, les didascales, etc., ont subsisté ; mais l’épimélète a trouvé un successeur. Évidemment, il y a eu plus qu'un changement de nom, et la transformation profonde de l'éducation athénienne au ine siècle [educatio] en témoigne assez. Mais la nature de la nouvelle magistrature, sa durée, les formes selon lesquelles elle est conférée par le peuple, la considération dont elle est entourée ne la distinguent pas de l’ancienne. Aussi peut-on conclure rétrospectivement de l’une à l'autre, à condition de s’en tenir aux généralités; on peut dire de l’épimélète comme du cosmète : « C'est un haut directeur qui veille à toutes les affaires importantes du collège, chef de tous les maîtres spéciaux, délégué direct du peuple, futur stratège et futur archonte... 11 représente dans le collège l’esprit même de la république 29 ».

20 Dinarch. I. c. § 2, p. 108. — 21 Cf. Schocmaun, I. c. ; Grasbergcr, Op. cit. t. 111, p. 480, croit, comme Schocmann, qu’il y avait un certain nombre d’épimélètes, et il les compare aux épimélètes des artistes dionysiaques. — 22 Hyporid. C. Deinosth. fragm. 110, col. c, 1. 22-24 ( Orat . atlici , éd. Didot, t. Il, p. 404). — 23 Corp. in 8 Ci', yr. n° 353, I. 12. — 24 Corp. inscr. att. t. III, i, n° 89. Cf. Hesych. s. v. àçyjla;. — 25 Ibid. n° 10. — 2G A. Dumont, Op. cit. t. 1, p. 203 : « Les épimélètes des gymnases sont nommés par les inscriptions, mais sans que nous puissions démontrer qu’ils eussent des rapports suivis avec le collège. » — 27 Corp. inscr. att. t. II, i, nos 465, 466, 467, 468, 469, 470, etc. Le premier document l ittéraire qui fasse mention du cosmcte a pour auteur Télés. Cf. Schoemanu, Grasberger, l. c. ; P. Foucart, dans le Bull, de corr. hell. t. Xlll (1789, p. 523-256.

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2 Epiméletes Ion kvênon (6 xCiv xpr’vwv E’TugEXriTrjç) .

« L Attique,dit Plutarque 3ü,n’a pas de ces fleuves qui ne tarissent jamais : on y trouve très peu de lacs et do fontaines, et presque partout on n’y a d’autre eau que celle des puits creusés à la main. » Athènes même n’a pas d autres ressources naturelles en eau que le filet qu’épanche goutte à goutte la Clepsydre et la source de Callirhoé convertie en fontaine31. Dans un tel pays et dans une telle ville, l’aménagement des eaux, la dérivation des sources, la construction et l’entretien des aqueducs et des réservoirs sont plus que des commodités à offrir aux particuliers; ce sont des nécessités d’ordre public. Athènes y avait pourvu [aquaeductus]. On savait déjà par quelques notes de lexicographes qu’il avait existé une administration athénienne des eaux, une apyn eVi xîjç ÈTtigeXEÎaç üSaxoç32. Une inscription récemment recueillie 33 et la découverte de l’ouvrage d’Aristote sur la constitution athénienne34 nous renseignent sur le directeur de cette administration.

U portait, au iv° siècle, ce titre d’épimélète des fontaines (ô xôiv xpijvwv EirtpEXïjr/îç, atpEÔslç sut xàç xpijvoe;, ot àtl ^Etpoxovougsvot e't! xàç xpvjvaç), qui nous était déjà connu33, sans qu’on sût à quelle ville appartenait le magistrat ainsi désigné. Peut-être s’appelait-il au commencement du ve siècle épistate des eaux (à ôSdxwv ëiu<7txx7]ç) 3r’ ; peutêtre aussi cet autre nom est-il une invention de Plutarque, aisément satisfait d’un à-peu-près. De toute façon, ce qu’on sait sur cet épimélète et sur cet épistate permet de supposer qu’ils sont identiques37. Dès lors, leur fonction doit passer pour l’une des plus antiques d'Athènes et l’une de celles qui ont duré le plus longtemps.

Au iv° siècle38, c’était une magistrature permanente39, une ipyri. Elle était trop importante et exigeait des connaissances trop spéciales pour être tirée au sort. Parmi toutes les charges périodiques, celles qu’Arislole appelle xàç xàç 7X£pl xijv ÈyxuxXiov 8ioi'xr]<riv, elle était la seule,

avec la direction du fonds des stratèges et celle du théorique, qui fût donnée à l’élection40. Il est, d’ailleurs, facile d’estimer le prix qu’on y attachait, si réellement I hémistocle n a pas dédaigné d'y consacrer son activité 4I.

Comme c’était le mérite technique qui devait l’emporter, et non l’habileté polilique, il était inutile de. changer l’épimélète ou de renouveler ses pouvoirs chaque année. Il était nommé pour quatre ans, de Panathénées en Panathénées42. Il inaugurait donc ses fonctions la troisième année de chaque olympiade, du 23 au 28 d’hécatombéon.

Pour connaître ses attributions, nous devons nous borner à énumérer les faits et gestes de ce Pythéas qui était épimélète des fontaines en 333. « 11 a jusqu’à présent achevé la construction à neuf de la fontaine sise près du sanctuaire d’Ammon et aménagé la fontaine du temple d’Amphiaraos ; il s’occupe en ce moment même des aqueducs et des conduits souterrains43. » Mais le

— 28 C’est le discours cité de Dinarque contre Philoclès. — 29 A. Dumont, Op. cit. t. 1, p. 166, 168. — 30 Plut. Themist. 31. — 31 Tliuc. Il, 15. — 32 Hesych. s. v. *pr,vàYY r, (lire *pïjvâpyv)). Cf. Poil. VIII, 113 : îjv... xoCt *pv)vo?uXâxiov àpyvî ; Pilot, p. 351 : xpïjvoçuiXa^- ïjv 8è xal àp^vj tiç 'A0tiv/)<rtv. — 33 *Eç»jja. àpyaioX. 1889, p. 13-16, n° 28.

— 34 Aristot. De Athen. civit. § 43, p. 110. — 35 Aristot. Polit. VII (VI), v, 3.

Cf. Plat. Legg. 1. VI, p. 758. — 30 Plut. Themist. 31. — 37 p0U. VIII, 113 : I*i|aï- Xr.Tr,; Ttç... Iy^v£-C0> exaXeïto iz’ îiita p. — 38 Le décret de T’EœvijA. àpyaioX.

I. c., rendu sous l’archontat de Nicocratès (333/332), n’est antérieur que de quelques années à Ja noXrreîa d’Aristote. — 39 ’Eçyua. Æp^ato X. I. c. 1. 23. — 40 Ibid ; Aristot. I. C. — 41 Plut. I . c. — 42 Aristot. I. C. — 43 ’Eçtjja. v. p ) a i o X, l. C., I. 14-18.

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décrel honorifique dont il fui jugé digne le loue encore de « remplir avec honneur et distinction les autres devoirs de sa charge 44 ». Sur ces « autres devoirs » un mot, un seul, nous fournit une indication. On vante en Pythéas la « justice » dans l’exercice de ses fonctions (àpexïiç â'vsxa xaî Stxaioffûvv); xvjç 7repl xvjv iizmeXdav xwv xpijvwv) 46. Or, nous dit Plutarque46, Thémistocle, alors qu’il était épistate des eaux, avait fait faire et avait consacré dans un temple une statue en airain de deux coudées, une vierge hydrophore, en prélevant une somme sur les amendes infligées à quiconque était pris à détourner l’eau publique dans des canaux particuliers47. L’épistate des eaux semble ainsi avoir été chargé, au v° siècle, d’assurer l’exécution des lois de Solon relatives à l'usage des eaux48. Ces lois subsistaient toujours au ivc siècle, et Platon cite avec admiration et énumère avec complaisance ces « antiques et belles lois sur les eaux destinées à l’agriculture49 ». Il est donc permis de supposer que Pythéas, épimélète des fontaines, faisait entrer dans sa! juridiction administrative les mêmes affaires pour lesquelles, un siècle et demi auparavant, Thémistocle, épistate des eaux, prononçait de si fortes peines pécuniaires. Pour l’aider dans l’accomplissement de ses diverses fonctions, il devait avoir sous ses ordres les gardiens des fontaines (xpvjvotfuXaxeç) 60.

Tous les ans l’épimélète des fontaines était tenu de rendre des comptes. Le décret rendu en l’honneur de Pythéas fut voté le 9 de métageitnion 51, c’est-à-dire immédiatement après ces derniers jours d’hécatombéon qui marquent pour l’épimélète le terme d’une année accomplie. Il rappelle la reddition des comptes qui venait d’avoir lieu52, et représente l’épimélète comme ôtant toujours en charge53. Cette reddition des comptes annuelle suffit pour qu’on accorde des distinctions à l’épimélète encore investi de ses fonctions. Il peut donc recevoir quatre fois la récompense de ses services. Pour Pythéas au moins, cette récompense est belle : c’est une couronne en or de mille drachmes et la transcription d’un éloge magnifique sur deux stèles, qui s’élèveront dans ces temples d’Ammon et d’Amphiaraos témoins de son 7,èle64. Si les épimélètes des fontaines obtenaient de grands honneurs, c’est qu’en vérité leur œuvre fut belle et féconde55. Dans cette Athènes dépourvue d’eau, dans cette Attique âpre et sèche, ils surent multiplier les puits et les citernes ; ils surent aller chercher les ruisseaux en formation sur les flancs du Parnès, du Pentélique et de 1 Hymette, pour les mener par une canalisation souterraine au grand réservoir qui les distribuait partout; ils ont su approvisionner d'eau leur patrie plus de deux mille ans après leur mort.

■ — S* ’Eoïi|t. àpyaioX. I. c. 1. 4-5. — S2 Ibid

• èEwtxo5ô(XTjxey xat... xaxeffxtûaxev xa'u.

44 Ibid ■ >• 12-13. — « Ibid. 1. 21-22. — 46 riut. I. c. — M Est-ce lu uue tradi lion de cette magistrature, tradition qui expliquerait eu partie pourquoi Car antique rappelait souvent le type de l'hydrophore (cf. A. Cartault, Terres cuite grecques, Paris, 1800, p. 77-70)? — 48 Plut. Sol. 23. — 49 Plat. Legg. 1. Vlll p. 844. — bo Ilesvch., Phot. I. c.

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