‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 3)Chapitre 88 sur 111 · L - 138 Bull, de corr. hell. VI, p. 25. - 12» Corp. snser · texte numérisé non relu

L - 138 Bull, de corr. hell. VI, p. 25. - 12» Corp. snser

-A J r 274 3 - 130 Archives de Vinlend. sacree a Délos, p. 4.

ligne 30, de 1 annee 374-8. — ... . , IV ufi et s. V. lTo-

131 En partie publiées dans le Bull. t. VII, p. ® ' ’, é d’après ces

molle, Irak, de Vin, end. sacrée, p. 15 et 127. V. von Schoelfer a « ^ ^

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134 C. inscr. gr. 2923.

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tion d’un mur; enfin à Rhodes136, où le peuple choisit deux épistates pour adjuger l’exécution d’une statue d’airain. Dans d’autres villes ces commissaires portèrent le titre d’ ÈpYETUffxâxat136 .

ÉPISTATES DES JEUX (smaToaau xcov àyiovwv). — A l’intendanpe des temples telle que nous l’avons vue exercée par des épistates, celle des jeux a dû être, au moins à l’origine, étroitement liée. Par bien des points aussi ces intendants se rapprochent des commissaires extraordinaires que nous avons étudiés dans le précédent chapitre. Il n’est donc pas étonnant que ces fonctionnaires fussent aussi nommés épistates. Platon, dans un passage des /.ois131, parle des fu[ji.vixwv a9Xiuv iTuoxaxai xa'i [SpaëeTç, et Pollux 138 et Ilésychius 139 déclarent, à l’unisson, que les PpaSa/rat étaient appelés épistates. Xénophon, lui aussi, compare l’autorité des éphores à celle des « épistates des jeux gymniques », qui, lorsqu’ils remarquaient quelque infraction aux règles, punissaient immédiatement et de leur seule autorité uo. Mais on parle de même d’épimélètes des jeux ou des fêtes [voy. ’Etu|J!eaï)tcù xwv éopxSv] , et il est difficile de voir si l’on a affaire ici à de véritables titres désignant des personnages revêtus de fonctions distinctes, ou si c’est là simplement une périphrase.

Les inscriptions plus précises ne nous signalent d’épistates que rarement, et à une époque tardive. Nous avons vu que, suivant M. Homolle, des épistates choisis pour la circonstance présidaient les fêtes de Délos. Une inscription de Cos 14‘, qui énumère des victoires remportées aux concours, se termine en mentionnant le président des jeux. Un décret honorifique de Per game 3 33 , probablement de l’année 239, nous fait connaître un certain Apollonios qui fut choisi comme épistate et agonothète pour une panégyris, et avait en cette qualité à recevoir les théories et les étrangers qui venaient à la fête. Quelques inscriptions enfin de l’époque romaine (une de Sparten3, une d ’IlioniU, une troisième de Thyatire)'i6 signalent des victoires remportées par des jeunes gens ou des enfants &Ttb 6TttffxotT7]v un tel. Il s’agit ici aussi sans doute du président des concours.

Avec l’emploi de directeur et de président des fêtes et jeux gymniques celui de surveillant des exercices ordinaires des jeunes gens a quelque rapport. Ilésychius explique encore épistate entre autres par iTcftpcmo;, StSàaxaXo?, et Eustathe UG, citant Aristophane de Byzance, dit que l’on prend ce mot aussi pour pædotribe. Dans ce sens exact aucun témoignage ne vient corroborer ces renseignements un peu tardifs, mais les inscriptions nous signalent à Sparte 147 et à Rhodes 148 un épistate des enfants (imatâxviç xîiv nouSujv), magistrat spécial auquel est commis le soin de surveiller l’éducation des jeunes gens. C’est là sans doute plus qu’un pædotribe, et ce personnage était probablement, comme l’épimélète des éphèbes à Athènes, au-dessus des maîtres particuliers. A Rhodes c’est dans

*35 Rev. arch. XI, p. 300. — 136 C. inscr. gr. 3491 (Thyatire); Sitzungsberichte der Berlin. Akad., 1889, p. 372-373 (Sardes). — 137 piato, Leg. XII, p. 949 A. — 138 Pollux, III, 145. — 139 Hesychius, s. v. pçaSeuTViç. Voir. agonotiiètes. — 140 Xenoph. Lacedaem. resp. VIII, 4. — 141 Bull, de corr. hell. V. p. 231 = Dittenberger, Syll. 400. — 142 C. inscr. gr. 3521. — 143 C. inscr. gr. 1429. Cf. ibid 1275. — 144 Ibid. 3621. — 145 Ibid. 3503. — 146 Eustath. Ad Odyss. 1827,44. De même l’Etymol. Maguum, s. v. lnuridr/iç. — 147 Voy. Foucart, Rev. arch. XI (1865), p. 224. — 148 Ibid. p. 218 et s. — 149 Le titre d épistate était fréquent à Rhodes; nous en avons déjà vu plusieurs exemples. Quelques inscriptions en signalent encore d'autres, dont les attributions ne peuvent être bien déterminées : Ross. Archæol. Aufsàtze, II, p. 599 ; Rev. urch. 1867, p. 218; C. inscr. gr. 2525 b. Voir Schumacher, De repub. Rhodio -

le cas que nous connaissons, à un officier, qui a fait ses preuves à la guerre, que l’on confie ce poste149.

ÉPISTATES EN ÉGYPTE ET SOUS [,’EMPIRE ROMAIN. — Le titre d’épistate paraît avoir été employé fréquemment, surtout à l’époque des successeurs d’Alexandre. Parmi les inscriptions que nous avons citées, un grand nombre remontent à cette époque. On rencontre plusieurs fois encore ce titre dans l’Égypte des Ptolémées160.

Suivant une inscription151, un certain Apollodoros, conseiller du prince, était, au temps de Ptolémée II Évergète, à la fois greffier et épistate de la cavalerie indigène (twv xaxoixojv ÎTrxéojv). Ainsi accouplé à greffier, épistate désigne ici vraisemblablement, plutôt qu’un commandant militaire, une charge d’intendant et d’administrateur du corps. De même on trouve un iiuGxérrt twv cpuAxxitwv 162 (sorte de gendarmerie cantonnée dans divers lieux de l’Égypte), chargé aussi, sans doute de la nourriture des troupes, de la distribution de la solde et autres fonctions de ce genre.

Le même titre d’épistate est parfois aussi, dans les inscriptions relatives à l’Égypte, employé isolément103. Letronne avait supposé qu'il s’agissait dans ce cas d’intendants des revenus publics ou d’inspecteurs des finances. Des papyrus du musée de Turin, publiés dès lors164, ont fait voir que c’étaient plutôt des magistrats chargés du soin de la justice. Il paraît y en avoir eu deux par nome; c’étaient des fonctionnaires considérables, car ils précèdent immédiatement par le rang le stratège, et sont généralement de l’ordre honorifique des Ttpôkot tptXoc ou des àpj([<îiofiaTotpûAaxEi;. Plusieurs fois ils ajoutent à leur charge celle de préposé aux revenus du nome.

A l’époque de l’empire romain, on trouve installé dans différentes cités de Grèce un épistate de la ville. Ainsi Cios 153 de Bithynie honore un Tiberius Claudius Julianus eùePYÉtyiv xal È7tt<7TaT7]v xîjç txcKu’K', Amastris de Paphlagon i e 1 oC un Tib. Claudius Lepidus, xov otp-/tEpE'a xoü Ilovrou, £7ugt«tt|v Sé [xîjjç [p.]r)[x]p[o7io'Xe(o; xoù njôvxou? A Corcyrew l’affranchi d’un empereur, qui est ÈmaT[âxïi<;]KEpxup«i'wv, fait une dédicace. Enfin sur une monnaie de Pergame'61, de l’époque de Sévère, on lit, d’après Eckhel, ’EucaTaxou Teg.. ’Avvéou.

C’était, on n’en peut douter, un haut personnage. Peutêtre le titre d’épistate correspond-il encore ici à celui d epimélète,qui, dans d’autres villes, désignait une sorte de gouverneur [voir Epimélètès tés poléôs ].

II. La préposition «cl, en prenant dans le mot composé le sens de à côté de, derrière, peut donner à épistate une signification toute différente de celle que nous venons de voir. C’est dans la langue militaire que le terme épistate paraît avoir été surtout usité dans cette seconde acception. Xénophon, dans deux passages de la Cyropédie 16°, parle déjà de protostates, épistates et parastates, pour désigner la position qu’occupent les hommes dans les rangs. Les épistates paraissent bien,

rum commentatio , Heidelb. 1886, p. 24-26. — 150 Voy. Letronne, Recherches pour servir à Vhist. d'Égypte , Paris, 1823, p. 311 et suiv. — 151 C. inscr. gr. 4698. Cf. une inscription de Salamine en Chypre, Ibid. 2625. — 152 C. inscr. gr. 4896 c. — ■ 153 C. inscr. gr. 4896 c. axçar»)Yo\ xa\ èicifrcàTat xal OïjSàçx011' e^c* » ibid. 4717 : xat 6 <tuyy&v*1? iiticrcàtiriç xal luT tûîv uoo<rô$wv tou 0>i6a;. Ibid. 4922 d} où un stratège parle de ses deux épistates de pliylai. — W+ Papy ri graeci musei Taurinensis Aegyptii , éd. Peyron, Turin, 1826. Les passages importants du texte se trouvent : Iro partie, p. 24 1. 2 ; p. 26, l. 24; p. 28, 1. 34 et 9; II0 part, p. 45, 1. 1; p. 65, 1. 2. Pour le commentaire, voir dans la lro partie aux p. 51 et 72. — 155 C. inscr. gr. 3726. — 156 C. inscr. gr. 4 1 49. — 157 C. inscr. gr. 1874. — 158 Eckhel, Doctrina numorum veterumy t. II, p. 470, 471. Cf. t. IV, p. 221. — 159 Xenoph. Cyrop. 111, 3, 59 et V III, 1, 10.

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d’après le premier de ces textes, être les soldats du second rang.

Arrien, dans sa Tactique !6C, donne sur l’emploi de ces différents termes techniques quelques détails assez précis, et ce qu’on peut lire dans Élien 161 ou dans Suidas lb2, n’y ajoute rien. « Celui qui est placé, dit-il, derrière lui, s’appelle protostate, et celui qui est derrière celui-ci, épistate. De sorte que tout le rang du lochos est composé de protostates et d’épistates alternativement. » Le premier protostate était donc le lochagos ; le dernier épistate, l’ouragos. Ces dénominations avaient de l’importance pour les évolutions et les changements. Le poste du premier épistate, placé immédiatement derrière le lochagos était important; le soldat qui l’occupait devait remplacer le capitaine, si celui-ci tombait dans la bataille 103. F. Ciiavannes.

EPISTOLAE SECRETAE. — Epistola , ItustoLii, ptëXiov, lettre, missive écrite. On appelait ainsi le contenant par opposition au contenu ( litterae ), cette distinction, du reste, ne fut pas toujours observée '. Chez les jurisconsultes, le terme epistolae désigne les codicilli testa mentarii 2.

Les lettres des anciens s’écrivirent d’abord sur des tablettes [tabellae] de bois, d’ivoire, de plomb, d étain, puis on employa les feuilles de palmier, peut-être celles de mauve, comme on le verra plus loin, le papyrus, le liber de certains arbres, la peau des animaux. Les tablettes servaient surtout pour les missives courtes. Après l’invention du papyrus, il semble bien que la plupart des lettres et notamment celles qui étaient un peu étendues, aient été écrites sur cette matière .

La forme des lettres dans l’antiquité ne parait pas avoir beaucoup différé de celle que nous donnons aux nôtres. Le nom de l’envoyeur au nominatif et la formule de salut, accompagnée du nom du destinataire au datif, se mettaient en tête de la lettre, qui se terminait généralementparle souhait de bonne santé : Vale{ siiTux£i,eppo*jo)\ La mention du lieu d’origine et la date étaient, comme de notre temps, tantôt mises tantôt oubliées. L’empereur Auguste se montrait, sous ce rapport, particulièrement méticuleux, il allait jusqu’à marquer l’heure du jour ou de la nuit3. Les anciens écrivaient généralement a pleine page parallèlement au plus petit côté de la feuille, comme cela se voit dans des lettres trouvées en Égypte. César au dire de Suétone®, fut le premier qui donna aux lettres officielles la forme d’un livre de notes ( memoriales Ubcllus ), c’est-à-dire qu’il plia la feuille de papier, probablement pour n’avoir pas à tracer de trop longues lignes. Avant lui, les consuls et les generaux écrivaient toujours au Sénat en travers de toute la feuille sans la

. . .. g c 749 21 et 22) étl. Didot, p. 268 et s.). — ICI Aelian.

100 Arrian. An tacti a § 6 7 1-, - ) J i, 123 : «A 5 ,Uv

jri et s. — 182 Suidas, eiturcuTTi,, i ai1- ^ ’

Tac*m • „ . tb uÉ-wuov irpii) TOOTŒittt o Sï itap eXOUTTOV

Lx $d;ia; toi» itçwrou £UY0U 163 Arrian, Tact. 12.

!“• t\8- “1824,Abrp 2e

Cf. Valckenæt, a “ P- P Wattenbach, Dos Schnftwesen

i«; Plia B»t. na , XII , - , 09 - 7 ^ fvatr. 9, 1 ;

im MUtelalter, P- 37, 44, 75 SU, > LXVUI, 46; Tibul. II,

Plaut. Pseudol. 10 et s.; Catul. XLIt, I * » - ’ u

G 45: Ov. Mctam. IX, 522 et s.; Ara amat. I, 437 et t A» • ’ ^ ”

’ . . 7 7 - V 13, 30; Plin. Epist. IÏI, 14,6; 1\ , 1 , > ’ ’ " ,

Tnst. IV , 7, , , 34 cf Les papyrus grecs du Musée

Vries. Op. Clf- P-0,0;; j!otkes \t Extraits des manuser. de la B.blioth.

tTxvi>rr>. », - 42 recto, p. v„ U sT«Î

^ 0-5».’ Voyez - lettres aat.es daus

plier ( transversa charla)'1. Les lettres, une fois écrites, étaient roulées de façon que le commencement se trouvât à l’ouverture du rouleau, puis fermées avec un fil de lin retenu par un cachet de cire; un point de couture assurait la fermeture de la lettre. On possède aussi des spécimens de lettres pliées8. Quant à 1 adresse ou suscription, on pouvait se dispenser de la mettre si 1 on faisait porter la lettre par un esclave, mais, lorsque le tabellarius en emportait plusieurs pour diverses personnes, il était nécessaire qu’il pût s’y reconnaître. Plutarque, dans la Vie de Dion, parle positivement d’une suscription visible à l’extérieur d’une lettre, les papyrus du Louvre nous en offrent aussi plusieurs exemples9.

De bonne heure on éprouva le besoin de mettre les lettres à l’abri des indiscrétions. Le plus ancien exemple de message secret se lit dans 1 Iliade : Proetos envoie Bellérophon auprès du roi de Lycie avec une tablette pliée (îriva^ 7rTuxToçj qui renferme des signes tunestes

(a'xtqc Xuypaj19. Bien qu on soit réduit à des conjectures sur la signification exacte de ces termes, il semble bien qu’il s’agisse ici de signes de convention. Dans les temps historiques on voit la correspondance secrète au service de la politique, de la guerre et des intrigues amoureuses. L’imagination des hommes s est donnée carrière et a inventé toutes sortes de moyens pour déjouer la curiosité, éviter la trahison ou la faciliter. La scytale («TxutàXïi) des Lacédémoniens, dont Plutarque et Aulu-Gelle nous ont donné la description, était un message politique officiel et secret1’. Les caractères que l’on traçait sur cette étroite bande de papier ou de peau (Plutarque dit p-.SXiov, Aulu-Gelle lorum) lorsqu’elle était enroulée autour d’un bâton d’une certaine grosseur, ne pouvaient être lus que par celui qui possédait un bâton de même calibre.

Dans la plupart des cas, surtout en guerre, les lettres secrètes s’envoyaient selon le hasard des circonstances et, pour les faire parvenir, il fallait, le plus souvent, avoir recours à des complices. On écrivait, par exemple, en écriture menue, sur du papier très mince, une missive que l’on dissimulait sous l’épaule d’une tunique repliée en cet endroit12 ; on en cousait dans des chaussures entre la semelle et sa doublure18, d’autres étaient transportées dans un chapeau ou dans un casque1', insérées dans le harnachement de tête des chevaux, sous les courroies qui retenaient le mors 15, dans des baudriers ou des fourreaux d’épées10. On en plaça, à l’occasion, au milieu d’engins et d’objets de toutes sortes, dans es paniers à provisions et jusque dans les cercueils avec les morts17. Un homme apporta un jour à Ephèse une lettre écrite sur des feuilles appliquées en cataplasme sur un

les Papyrus du Louera, pl. n- 18 bis, pl. «an, n. 42 ; jA vnr n- « * «• 0 suet. Jul Caes. 56. - 7 M. Wattenbach, Op. cü p. t *

écrivait toujours parallèlement au côté le plus étroit delà feu, lie, .1 y P® des documents anciens sur papyrus dont les lignes sont para le es au cote \ pl long Voyez un contrat publié par V. Hartel, W.ener Stud.eu, 1888. C LP* pyXs duLouvre, pl. «*», n» 42 recto. - 8 Cio. Ad Alt. XII 1, 2; ad Q.Jratu III, 1,17; Haut. Bacch. 700 et srnv. ; Ov. Tnst. IV 7, 7 , e nés,

a a Mare Cries. I, 6. Dans les Papyrus du Louvre le n* 4. (pl. "l";, Voy. Eggcr, ne yuelyues textes inédit, rouent retrouve* sur des papyrus yrecs, p. 7. Ou en signale d’autres dans les t papyrus de L y ;

Cf. Marquardt, - ^ w «ttlo - « Hom. 11. VI,

-"“p" ÛL L^d. 19; A Jj'ell. iVoct. att. XVli, 9; Scbol. Aristopb Au. ma - 19 Aeueas, Lt ru. poüorc, XXXI, H- « « »

themat veteres de Thévenot, p. 102; Aeneas, Op. cit. XXXI, 3.

Math. Y et. p. 102. - « Aeneas, Op. cit. XXXI 8. - « Stra.cy. , • •

2 et 111, 13,5; Amm. Marc. XVIII, 6, 17. - « D,o Cass. LXV, 18.

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ulcère qu’il avait à la jambe18. Le corps des animaux, soit morts, soit vivants, servit aussi à dissimuler la correspondance. On sait qu’Harpage prévint Cyrus de ses desseins en lui faisant parvenir un billet enfermé dans le corps d’un lièvre dont il avait recousu la peau avec grand soin10. Il y en avait qui, pour passer devant les postes, introduisaient le message dont ils étaient chargés dans l’anus des bêtes de somme20. On traça aussi des caractères sur le corps des hommes. Histiée de Milet, lorsqu’il jugea que le moment était venu de soulever l’Ionie, craignant qu'une lettre ne fût interceptée, imagina de raser la tête d’un homme dont la fidélité était certaine et de lui tracer avec une pointe rougie au feu son message sur le crâne; lorsque les cheveux furent repoussés, il envoya cet homme à Aristagoras sans autre commission que de l’inviter à lui raser la tête21. Les complices étaient q uelquefois aussi des soldats. Ainsi des cavaliers sortaientils en fourrageurs, l’un d’eux, qui portait une lettre fixée sous les bandes mobiles (Émo toi impuyta) bordant sa cuirasse, avait l’ordre de se laisser tomber de cheval et de se faire prendre vivant, pour pouvoir la remettre à qui de droit, une fois arrivé dans le camp ennemi 22. Afin d’éviter les indiscrétions et par mesure de prudence, les lettres pouvaient n’être pas remises directement par le porteur au destinataire, mais placées dans un endroit convenu où ce dernier les faisait prendre 23.

Comme il n’était pas toujours possible aux messagers de pénétrer dans les places assiégées, ni dans les camps retranchés, pour faire parvenir quand même les billets, on les attachait à des armes de jet, flèches, javelots, avec lesquelles on les lançait au delà des murs ou des retranchements21. Ce procédé fut employé par ceux qui voulaient répandre une nouvelle ou un bruit dans toute une place25 et par ceux qui préféraient se passer de messager. C’est ainsi que, d’après Hérodote, Timoxène s’étant entendu avec Artabaze pour lui livrer Potidée, ils étaient convenus entre eux de deux endroits, l’un dans la ville, l’autre dans le camp, où ils devaient se lancer des flèches portant un billet roulé près de l’entaille 26 .

Comme les matières dont on se servait le plus ordinairement, papier de papyrus ou parchemin, étaient assez fragiles et que divers accidents pouvaient les altérer ou effacer l’écriture, on écrivit aussi sur des lames très minces d’étain ou de plomb, qui parvenaient à destination roulées et attachées aux oreilles des femmes en guise de pendants, cachées dans des chaussures21, transportées même sous l’eau par des plongeurs. C’est ce dernier moyen qu’employa entre autres le consul Hirtius pour envoyer des nouvelles à Decimus Brutus, assiégé dans Modène par Antoine28.

Il était prudent, lorsque on ne pouvait se passer de messager ou qu’on n’en avait pas sur qui l’on pût absolument compter, de prendre des mesures pour qu’ils ne connussent pas la mission qui leur était confiée et transportassent les lettres secrètes sans s’en douter. Les lames

Aen. Ibid. 4. Casaubon pense qu’il s’agit ici de feuilles de mauve, (on en faisait en effet des cataplasmes pour les ulcères ; cf. Plin. U ist. nat. XX, 84, 224 et 228) et il cite à l’appui de son opinion un vers d’Helvius Cinna: Carmina ... in aridulo malvae descripta libella. — Cl Herod. I, 123 ; Justin. I, 5, 10. Cf. Frontm. Stratag. Il, 13,3. — 20 Frontin. Op. cit. II, 13,4. —21 Herod. V, 35; Aenas Op. cit. XXXI, 17 ; Aul. Gell. XVII, 9 ; Tzetzes, Chil. III, 511 ; IX, 227; Polyau. I, 24; selon ce dernier, Histiée avait écrit ’liuviov At:o3tv)tov. Cf. Ov. A rs am. III, 126. — 22 Aen. Op. cit. XXXI, 5. — 23 Aen. Ibid. 19. — 24 Plut. Cimo, 62; Caes. Bell. Gall. V. 48. — 28 Polyan. II, 29, 1. — 20 Herod. VIII, 128.

minces de plomb ou d’étain, dont il a été question plus haut, pouvaient être cousues dans les semelles des chaussures à l’insu du messager, qui portait ouvertement une autre missive. Pendant qu’il se reposait, le destinataire décousait les semelles, y plaçait sa réponse et renvoyait le porteur après les avoir recousues. Mais, pour n éveiller chez celui-ci aucun soupçon, il était indispensable de faire les coutures avec le plus grand soin et il ne devait pas toujours être facile de bien dissimuler le travail auquel on s’était livré 29. Démarate, pendant les guerres Médiques, voulant avertir les Lacédémoniens des préparatifs de Xerxès, s’avisa d’écrire sur une tablette dont il avait raclé la cire, cela fait, il l'enduisit à nouveau et la fit porter30. D’après Ënée le Tacticien, on écrivit aussi sur des tablettes de buis (miÇîov) avec une encre excellente wç PeXt((ttm) que l’on laissait sécher et qu on

recouvrait d’une couche de peinture blanche ; celle-ci s’enlevait ensuite avec de l’eau. Cette encre, qui résistait ainsi à l’action de l’eau, devait être une encre mordante très probablement à base métallique 31 . Le même auteur recommande, parmi les stratagèmes de ce genre, l’envoi d’un tableau votif à un sanctuaire dans le voisinage de la ville assiégée. On devait écrire sur le tableau, puis le blanchir, le sécher et sur la couche blanche dessiner ou peindre à nouveau n’importe quoi, pourvu que ce ne fût pas en noir. Celui à qui était destiné le message, après avoir reconnu le tableau à certains signes, l’emportait chez lui et faisait apparaître l’écriture en ehlevant la peinture au moyen de l’huile; ce qui nous fait supposer que le blanc dont on devait recouvrir l’écriture était un blanc résineux32. Le moyen suivant paraît plus pratique ; il consistait à écrire avec du noir à enduit (piXotvi xaxaxoXXw 33) ’ sur une vessie que l’on avait préalablement gonflée. Lorsque l’écriture était sèche, on dégonflait la vessie et on la faisait entrer dans un lécythe de grandeur convenable; elle était alors gonflée à nouveau de manière à occuper tout l’intérieur du récipient et emplie d’huile; on coupait ensuite la portion de la vessie qui dépassait le goulot du lécythe, contre lequel on ajustait le reste avec soin, puis on bouchait. Dans ces conditions, il était possible de porter ouvertement le lécythe au destinataire. Celui-ci n’avait qu’à vider l’huile, à retirer la vessie et à la gonfler pour prendre connaissance de la dépêche. Eu effaçant avec une éponge la première écriture, il pouvait renvoyer sa réponse par le même procédé '11.

Pour le transport des lettres on utilisa aussi les chiens, mais il ne semble pas qu’on les ait dressés spécialement en vue de ce service. On les emmenait en laisse de chez leur maître pour les y laisser retourner, le cas échéant, après leur avoir mis autour du cou un collier ou une courroie renfermant un écrit38. Les pigeons aussi servirent de messagers. Pendant le siège de Modène dont nous avons parlé, Décimus Brutus reçut et envoya des nouvelles au moyen de ces oiseaux30.

Cryptographie. — Quelques précautions que l’on prit, toute dépêche pouvant être livrée ou interceptée, on

Aen. Op. cit. ibid. IG. Cf. Schweighaeuser, Lexicum Hcrodoteum , II, p. 261, qui entend ici par les rainures dans lesquelles s’inséraient les plumes

et renvoie à Eurip. Orest. 274 ; ici, M. Weil no paraît pas partager l’opinion de Schweighaeuser. — 27 Aen. Op. cit., ibid. 3 et 4. — 28 Dio Cass. XLV1, 36; Frontin. III, 13,7. — 29. Aen. L. I. 3. — 30 Herod. VII, 239; Aen. Op. cit., ibid. 8; Justin. II, 10; Polyan. II, 20. — 31 Aen. L. I. 9. — 32 Aen. L. I. 10. — 33 Atramentum tectorium glutino admixto. Plin. H ist. nat. XXXV, 25, 43. — 31 Aen. L. 1.7 ; Phil. Byz. Math. vet. p. 102. — 3o Aen. L. I. 20. — 36 Frontin. III, 13, 8; Plin. üist. nat. X, 53, 110.

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chercha à assurer le secret de la correspondance en recourant soit a des alphabets étrangers, soit àdes systèmes de signes purement conventionnels (ouvOïigaTtxSl; ypocfetv37). César, en Gaule, écrivait àQuintus Cicéron en caractères grecs38. Dans un livre ou dans une longue missive qui ne renfermait que des choses indifférentes, certaines lettres étaient marquées soit d’un petit point, soit d’une barre, le lecteur n’avait qu a les copier et à les réunir pour trouver un sens39. D’autres convinrent de remplacer dans les mots les voyelles par un nombre de points correspondant à leur rang dans la série de ces lettres, c’est-à-dire a par un point, e par deux, tj par trois et ainsi de suite '*°. Ou bien on donna aux lettres elles-mêmes des valeurs de convention; le chiffre de César consistait à remplacer la lettre qu’il aurait fallu par celle qui, dans l’alphabet, occupait le quatrième rang après, par exemple A par D, B par E et ainsi de suite. On trouvait des passages écrits par ce procédé dans les lettres qu’il avait adressées à C. Oppius et à Balbus Cornélius41. Cicéron paraît avoir écrit des lettres de ce genre et être convenu de certains signes avec quelques-uns de ses correspondants 42. Les évêques des premiers siècles de l’ère chrétienne usèrent aussi entre eux de signes conventionnels pour se recommander des étrangers43.

Enfin Énée le Tacticien recommande comme très sûr, mais aussi comme très difficile, un procédé de correspondance qu’il paraît avoir imaginé. 11 consiste à percer dans un osselet vingt-quatre trous, six sur chaque face ; chacun de ces trous devant représenter une lettre de l’alphabet. Si l’on voulait écrire, par exemple le mot Al NE! AI ,on faisait passer un fil par le trou qui représentait l’A, puis on sautait les autres lettres pour faire passer par le trou de II le fil que l’on amenait ensuite à celui de l’N et ainsi de suite jusqu’à la fin. La missive ainsi constituée avait l’air d’un peloton de lil autour de l’osselet. La sortie du fil se faisant en ordre inverse, le lecteur devait écrire les lettres désignées par les trous à mesure qu’il l’en retirait; les mots se trouvaient nécessairement écrits à rebours. On pouvait opérer de même avec un morceau de bois long d’un empan ou avec un disque de bois que l’on perçait de vingt-quatre trous et même de quelques trous inutiles pour éloigner tout soupçon. Lorsqu’une lettre se répétait et qu’il fallait passer le fil deux fois par le même trou on le faisait tourner autour de l’osselet ou du morceau de bois ou bien on le passait dans un des trous inutiles avant de le faire rentrer dans celui de la lettre répétée44. Ce procédé paraît fort long et peu pratique.

Correspondance amoureuse . Encres sympathiques. — Le transport de la correspondance amoureuse se faisait par des moyens qui ne différaient pas de ceux que nous avons énumérés. Les femmes galantes, au temps de Juvénal 4o, avaient recours, pour faire porter leurs billets, aux débau-

37 Suidas, s. v. iruvOqjjLaTixôç ; Polyb. V III, 18, 9; 19,4 et 8. 38 Caes.

Bell. Gall. V. 48. D'autres disent en langue grecque. Cf. Dio Cassius, XL, 9; Polyan. VIII, 23. — 3» Aen. XXXI, 1 et 2. — *0 Aen. ibid. 18. - 41 Suet. J.

Caes. 56; Dio Cass. XL, 9; Au!. Gell. XVII, 9. — 42 Cic. AdAttic. XIII, 32,3; Ad. famil. XIII, 6, 2. — 43 Greg. Naz., d’après le Thésaurus graec. (édit. Didot), t. VIL 1393 c, où est encore cité Sozom. Tripartit. hisl. 6. — 41 Aen. L. I. 11, 12 et 13. — 48 Juv. Sat. XIV, 29 et 30; VI, 235. — 46 Ov. Ars amat. III, 621-626. Cf. uu passage de Turpilius, dans Nonnius Marcellus (édit. Quicherat), p. 627, 10. — 47 Ov. Ars amat. III, 627-630; Auson. Epist. 23, 521 ; Plin. Bist. nat. XXVI, 39, 62. Ovide ajoute failli et umiduli quae fiel acumiue Uni, mais le texte étant peu sûr nous ne nous sommes pas arrêté à ce vers. — 48 Phil. Byz. Math. vct. p. 102; cf. Graux. Ber. de Pliilol. 1880, p. 83. — BiDLioonAi'HiE. J. Marquardt. Itômischc Prioatalterthhmcr, t. Il, 2" cd., Leipzig, 1880; Th.

chés du plus bas étage ( cinaedi ), dont elles payaient les services. Mais ce genre de commission était surtout fait par des entremetteuses. Celles-ci cachaient les lettres dans leur sein sous la bande ( fascia , strophium ) qui soutenait leur gorge, elles les passaient sous leur robe liées à leur mollet, sous leur pied dans leur chaussure, ou enfin se laissaient écrire sur quelque partie du corps46 Les anciens, pour les correspondances secrètes, usaient aussi des encres sympathiques. Ils traçaient avec du lait frais ou avec le suc légèrement visqueux d’une espèce d’euphorbiacée, le tithymale, des caractères invisibles et les faisaient apparaître au moyen de la cendre ou de la poudre de charbon, qui adhérait à la matière grasse ou visqueuse laissée sur le papier par le liquide dont on s’était servi47. Outre ce procédé, dans lequel il n’y a qu’une action mécanique, dès le n° siècle avant l’ère chrétienne, on en connaissait un autre qui consistait en une véritable réaction chimique ; on écrivait sur un feutre neuf ou sur une peau avec une infusion de noix de galle concassées, dont les traces étaient rendues visibles au moyen d’une éponge imbibée d’une solution de sulfate de cuivre48 [atramentum].

Pour la correspondance officielle des empereurs avec les généraux, les gouverneurs, etc. voyez ab epistulis.

Alfred Jacob.

ÉPISTOLEUS (’EtuotoÀeu; 1 OU ’ETrtaTolaayopo; 2). — Cet officier tenait le second rang dans la marine des Spartiates, telle que nous la voyons organisée au v° et au iv° siècle ; il était donc le lieutenant du commandant en chef, le navarque3. 11 ne paraît pas avoir été choisi ou désigné par lui, mais autant au moins qu’on peut le conjecturer des termes très vagues dont se servent les auteurs anciens, il devait être nommé par le peuple et imposé à son supérieur4. Malgré cette communauté d’origine, l’autorité de ces deux officiers généraux n’étant pas égale, aucun conflit n’était possible entre eux. Ils pouvaient très bien n’appartenir ni l’un ni l’autre par la naissance à la classe des ogotot, et leurs fonctions paraissent avoir été accessibles à tous les Spartiates sans exception8, puisque Lysandre put revêtir les deux.

L’épistoleus était désigné probablement vers l’équinoxe d’automne, c’est-à-dire au commencement de l’année Spartiate, en même temps que son supérieur hiérarchique 6. Mais parfois il entrait de fait en charge avant lui, puisqu’il partait de suite pour le théâtre des opérations, tandis que le navarque pouvait être retenu à Sparte par des circonstances indépendantes de sa volonté7. Il semblerait qu’il n’était nommé que pour un an, car chaque navarque avait son épistoleus8 et cependant plusieurs passages des auteurs anciens ne permettent pas de se prononcer avec certitude sur ce point. En effet, en 388 nous voyons l’épistoleus de l’année 389, Gorgopas, chargé après le départ de son chef Hierax d’une mission très

Birt, Bas antike Buchwesen in seinem Verhàltniss sur Littcratuv , Berlin, 1882.

ÉPISTOLEUS. 1 Xen. Bell. I, 23; II, I, 7; IV, 8, Il ; V, I, 5, 6; Plut. Lys. 7, 2; Pollux, 1, 96. — 2 Xen. Bell. VI, 2, 25. — 3 Poil. 1, 96. — 4 Xen. Bell. II, L 7; Plut. Lys. 7, 2; Diod. Sic. XIII, 100; Thuc. VIII, 6, si l'on veut voir dans Chalkideus uu épistolous, comme le suppose Beloch [Bit. Mus. XXXIV, p. 121), ce qui est loin d'ètre prouvé. Si c'est par erreur que Peisandros est désigné comme navarque (Xen. Bell. III, 4, 29; Diod. Sic. XIV, 83), comme le prétend Beloch sans preuves concluantes (I. c. p. 125) et s’il faut le regarder comme un épistoleus, ce passage n’infirmerait eu rien notre hypothèse, puisque nous voyons par ce qui procède que la nomination de Peisandros par Agésilas est uu fait isolé. — 6 Beloch, l. c. p. 129. Cf. plus haut, note 4.-6 Beloch, l. c. p. 119. — 7 Thuc. VIII, 6; Plut. Lys. 7, 2 ; Xen. Bell. II, 1, 7 ; il se peut cependant qu’Araltos se soit embarqué avec Lysandre, cf. Diod. Sic. XIII, 100. — 8 Xen. Bell. V, t, 5 et 0 et passim.

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importante par le nouveau navarque Antalkidas, qui avait pourtant avec lui son lieutenant Nikolochos ; il pourrait donc bien avoir conservé en partie ses fonctions9. Ainsi il n’y avait pas de loi qui interdît de nommer deux fois le même épistoleus 10, comme cela paraît avoir été le cas pour le navarque 11 .

Lorsque son supérieur était à la tête de l’escadre, le rôle de l’épistoleus était relativement effacé; comme les autres officiers, il était à la disposition de son chef qui l’employait comme bon lui semblait; c’est lui qu’on chargeait très probablement des ordres à transmettre12, ainsi que des missions délicates ou secrètes, d’où le nom d’èiricTToXia'idpo; sous lequel il était aussi désigné. Mais il sortait de son effacement lorsqu’il était appelé à diriger des expéditions lointaines ou des opérations militaires importantes, à la tête d’une division plus ou moins nombreuse de la flotte13. Parfois il prenait le commandement effectif de toutes les forces navales, c’était le cas si le navarque venait à être blessé ou tué à l’ennemi ; ainsi en 410 après la mort de Mindaros, nous voyons Hippocrates lui succéder, prendre toutes les mesures que nécessitaient les circonstances et se hâter d’informer les éphores de la situation difficile où se trouvait la flotte lacédémonienne u. Ëtait-il blessé lui-même et par suite hors d’état de prendre à son tour la direction des opérations, c’était l’un des triérarques qui le remplaçait13.

Il arrivait souvent que l’épistoleus était promu aux fonctions de navarque, c’est peut-être ce qui arriva à Lysandre en 404-403, malgré la loi que nous avons mentionnée plus haut et qui l’avait empêché les deux années précédentes de prendre le commandement en chef10. En tout cas nous voyons Pollis et Nikolochos, qui étaient ÈTTiaroÀeïç, le premier en 393-392, le second en 387-388, commander la flotte comme navarques l’un en 377-376 11 et l’autre en 376-375 18. D’autre part nous avons un exemple d’un ancien navarque acceptant d’être nommé épistoleus, c’est celui de Lysandre en 406-405 ; il est vrai que ce fut dans des circonstances toutes particulières et qu’Arakos ne commandait la flotte que de nom19; on comprendrait mal autrement qu’après avoir eu en main un pouvoir aussi étendu que celui de navarque, un homme eût pu se résigner à accepter plus tard un poste, qui, si honorifique qu’il pût être, n’en était pas moins le second en rang. Adrien Krebs.

EPISTOMIUM (’Emaxoguov *). — Robinet, et plus exactement la clef cylindrique percée de part en part qui le ferme et qui retient ou laisse échapper à volonté l’eau d’un conduit ou le liquide contenu dans un vaisseau. Des clefs semblables servaient à régler la distribution des eaux chez les Romains2. On en a retrouvé quelques-unes bien conservées. L ’ episiomium que l’on voit (fig. 2695) pro-

9 Xeu. Hell. Y, 1, 6sq. — 10 Xen. Hell. II, 1, 7; IV, 8, U, où le oZ est bien significatif. Lysandre paraît avoir été épistoleus deux ans de suite, à moins qu’il n’ait été renommé navarque en 405-404, ce que rien ne permet de supposer; cf. Beloch, 1 c. p. 123. — il Plut. Lys. 7, 2; Diod. Sic. XIII, 100; Xen. Hell. II, 1, 7. Cf. FIcischanderl, Die Spart. Verfassung bei Xenophon , p. 63. — 12 Thuc. VIII, 107. — 13 Xen. Hell. I, 6, 26; V, 1, 5 et 6. — 14 Poil. 1, 96; Xen. Hell. I, 1, 23; VI, 2, 25. Cf. cependant Diod. Sic. XIII, 08, d’après lequel le navarque Kallikratidas aurait désigné lui-même l’officier qui, en cas de mort, devait lui succéder dans le commandement de la flotte, cet officier n’était pas l’épistoleus. — 16 Xen. Hell. IV, 8, 11. — IG Diod. Sic. XIV, 10, ou nous voyons qu’après avoir terminé la guerre du Péloponnèse les Spartiates nommèrent Lysandre navarque et lui ordonnèrent de se rendre dans les villes de la Grèce pour y établir des harmostes, ce serait donc en 404-403. — 17 Xen. Hell. IV, 8, 11 et V, 4, 61 ; cf. Diod. Sic. XV, 34, 18; Xen. Hell. V, I. 6 et V, 4, 65. — 19 Cf. plus haut, note 11. — Bibliographie. G. Gilbert, Handbuch. d. griech. Staatsaltert. I, p. 65 et 83; K. F. Thumser, in Ilermanii’s

vient du palais de Tibère à Capri et est actuellement au musée de Naples 3 ; un autre (fig. 2696) appartient actuellement au musée archéologique de Florence. La tête porte

Fie. 2695.

Clefs de conduits.

Fig. 2696.

Fig. 2697. — Robinet.

Robinet.

une anse dans laquelle on peut introduire une barre ou levier pour faire pirouetter la clef sur son axe. La clef d’une fontaine de Pompei (fig. 2697) est surmontée de même d’une anse ou anneau rectangulaire D’autres plus petites et qui n’ont pas besoin d’une prise aussi puissante sont pleines. Telle est la

clef qui fermait des conduits d’eau à Aventicum (Avenches) en Suisse s. Un robinet trouvé à Windisch (Vindonissa), dans le canton d’Argovie6, a la forme d’un coq (fig. 2698), restée commune jusqu’à nos jours pour les instruments de ce genre.

Tous ceux qu’on vient de citer sont en bronze.

Sénèque1 dit que de son temps le luxe était poussé à un tel point

dans les bains de Rome, même pour les classes inférieures, que l’on n’y voyait que des robinets d’argent.

E. Saglio.

EPISTRATEGOS (’EiuaTpfnyyoç). — Titre donné en Égypte, sous le régne des Ptolémées et pendant la domination romaine, au gouverneur général de la Thébaïde. Sa résidence officielle était Thêbes; mais il faisait des tournées dans les différentes villes de sa province. Il avait sous ses ordres des stratèges1. Lui-même, d’après une inscription dont le sens a été discuté, pouvait cumuler les titres d’fjucTfaTviYoi; xai G-rpaTïiYo? 0Y]ëai3oç2. Son autorité s’est étendue jusqu’à la mer Rouge 3. En dépit de l’apparente importance de ces fonctions, il est probable

Lehrbuch d. griech. Antiquit. 6e éd. I, p. 254; IL Droysen, Ibid., II, 2e part.p. 301 ; Ad. Bauer, Die Kriegsaltert. dans Iwan Mueller, Handbuch d. klassisch: Allertums-Wissenschaft , vol. IV, p. 225; G. Weber, De Gytheo et Lacedaemoniorum rebus navalibus, p. 81 sq., Heidelberg, 1833; Jul. Belocli, Die Navarchie in Sparta, dans Rhein. Muséum f. Philologie, XXXIV, p. 118 sqq., surtout 129 et 130; Br. Fleischanderl, Die Spartanische Verfassung bei Xenophon, p. 74, Leipz., 1888.

EPISTOMIUM. 1 Sur la lecture epilonium, qui paraît fautive, voy. H. Etienne, Thésaurus ling. gr. s. v. 'Eitiaxépuov, et Schneider ad Varr. R. rust. III, 5, 16. — 2 Ulpian. Dig. XIX, 1, 17, 8; cf. Varr. 1. 1. Voy. Lanciani, Memor. delV Acad.dei Lincci, IV, 1883, p. 410 et pl. x (conduits d’eau Ostie). —3 Mazois, Ruines de Pomper , II, pl. ni ; Overbeck-Mau, Pompei , 4e éd. 18S4, p. 2i0. — 4 Mus. Barbon. XII, pl. xiii. — 6 Mitthcilungen d. antiq. Gesellschaft in Zurich , XVI, pl. iv, 5. — 6 Ib. XV, pl. xi, 30. — 7 Ep. 86,5.

EPISTRATEGOS. l Letronne, Oeuvres choisies, I. p. 502. — 2 Ibid. Cf. Corp. inscr. gr. nos 4897 b , 4905. — 3 Corp. inscr. gr. 4751.

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qu’elles avaient surtout un caractère honorifique4. Strabon, parlant de la réorganisation de l’Égypte par les Romains, dit qu’on laissa dans les provinces aux épistratèges, nomarques et ethnarques, le soin des affaires de peu d importance (irpayixcmov où usyxÀcov siut7T<XT£Ïv) 6. D’ailleurs, pour plus de sûreté, le poste d’épistratège fut toujours occupé, à très peu d’exceptions près6, par des Romains1. E. Pottier..

EPISTULIS (ab). — On appelait ainsi le bureau de la correspondance impériale, et aussi les fonctionnaires attachés à ce bureau. Il constitue avec les autres bureaux (' officia ou scrinia) a libellis , a cognitionibus, a rationibus un ensemble qui équivaut à peu près à nos ministères. Ces directions diverses sont issues de la même évolution politique, et présentent par conséquent un développement analogue, mais il est nécessaire de les étudier à part, dans leur domaine respectif. C’est ce que nous allons faire pour le département ab epistulis , en examinant successivement les origines de ce bureau, la qualité des employés de tout ordre qui le composent, la nature de leurs attributions, et enfin la transformation et la décadence de l’institution.

I. Des origines du bureau ab epistulis. — On a comparé le fonctionnaire appelé ab epistulis à l’épistolographe des monarchies gréco-orientales, mais, à dire vrai, l’assimilation est purement extérieure. L’histoire du bureau de la correspondance impériale ne trahit aucun emprunt ii l’hellénisme. Dans son organisation première, comme dans ses développements ultérieurs, il porte une empreinte spécifiquement romaine. Cornélius Nepos', racontant la vie d’Eumène qui, de secrétaire de Philippe, devint un des principaux généraux et successeurs d’Alexandre, fait cette remarque que, chez les Grecs, cette charge était beaucoup plus honorée que chez les Romains. « Chez les Grecs, dit-il, on n’y admet que des personnages de haute naissance et connus pour leurs talents, parce qu’ils doivent entrer, pour leur part, dans toutes les décisions prises par le roi. Chez nous, au contraire, on traite ces hommes comme des mercenaires, ce qu’ils sont en effet. » Cornélius Nepos vivait dans les dernières années de la république et les premières de l’empire. 11 fait allusion à la corporation des scribae qui rentrait dans la corporation plus vaste des appariteurs [apparitores] ou officiers subalternes des magistrats. On sait que ces agents touchaient un salaire, ce qui était considéré comme un signe d’infériorité, et, de plus, bien qu’ils fussent et dussent être citoyens, ils étaient rarement choisis en dehors des affranchis, ou tout au moins des classes les plus humbles do la société 2. La situation des secrétaires de l’empereur ne fut pas, dans les premiers temps, beaucoup plus relevée. A la vérité l’historien Trogue Pompée rapporte que son père, après avoir fait la guerre sous César, était devenu son secrétaire, son garde du sceau, et le directeur ou, pour mieux dire, l’intermédiaire de ses relations diplo-

4 Letronne, l.c. — B XVII, 13, p. 798.— 0 Letronne, l. c. ; Miller, Bull, de corr. /tell, IX, 1885, p. 141-144. — 7 Letronne, Op. I. II, p. 127 et 193. Cf. l'Index du Corp. inscr. gr . s. v. f-t'7ïGàt/;vo;.

EPISTULIS (ah). 1 Eumen. 1. — 2 Mommsen, Staatsrecbt, l2, p. 331-339. — 3 Justin. XLIII, 5. 4 Z. c. — 8 Sans doute le Cn. Pompeius qui fut employé comme interprète par César dans la guerre des Gaules, Bell. galt. V, 3G. J. Becker, Philologus, VII, p. 389-391 ; ef. JNipperdev, Ibid. Il, p. 305. — 0 Vit. Ilorat. — 7 Corp. insc. lut. VI, 8590. Cf. Suet. August. 07 « Thallo a manu, quod pro opistola prodita deuarios quingenlos accepisset, crura elTregit. » L’a manu (-?>.; y.iïpa, Corp. inscr. gr. 3308 d addenda) était un secrétaire. Il s'agit ici d'un esclave ou d'un affranchi. — 8 Voir la série des ab epistulis dans Friedliinder, Darstellunge n ans

matiques; «... epistularum... et legaiionum simul et anuli curam habuisse3 ». Ces attributions sont précisément celles que nous verrons conférées plus tard aux secrétaires des empereurs. Trogue Pompée était d’une excellente famille du pays des Voconces. Son aïeul avait reçu de Pompée, pendant la guerre contre Sertorius, le droit de cité. Il avait un oncle paternel qui avait commandé une cohorte dans la guerre contre Mithridate 4. Il est à croire que son père n’avait pas servi avec un grade inférieur. Mais l’exemple donné par César en choisissant pour secrétaire un homme de cette condition ne fut pas suivi. Nous mentionnerons ici, en passant, la proposition faite par Auguste à Horace. Suétone nous apprend qu’il lui offrit l’office de la correspondance « officium epistolarum 6 ». Il ne semble pas toutefois qu’il faille entendre par là un poste public. La lettre que l’empereur écrivit à Mécène à ce propos, et dont le même Suétone reproduit un fragment, nous donne de cette situation une autre idée. Auguste, souffrant et trop chargé d’occupations, ne peut plus suffire à sa correspondance avec ses amis. Il demande à Mécène de lui prêter Horace pour l’y aider. Il voulait donc en faire son secrétaire privé. 11 était luimême un lettré trop délicat pour asservir cette plume de poète à la prose administrative, et nous voyons d’ailleurs que pour cette besogne il s'adressait moins haut. Horace, fils d’affranchi, mais non affranchi lui-même, était audessus d’une fonction considérée comme toute domestique. Une inscription nous fait connaître un certain Ianuarius, esclave d’Auguste et se disant « ab epistulis 7 ». Il est vrai qu’on peut se demander s’il était le chef du service, ou simplement un des employés en sous-ordre. Nous verrons en effet que ces derniers ne sont pas toujours reconnaissables à l’indication de leurs attributions spéciales. Mais ce qui est certain, c’est que les chefs euxmêmes n’étaient jamais pris que parmi les affranchis do l’empereur8. Alors même qu’il en fut autrement, quand l’usage se fut introduit de les emprunter à l’ordre équestre, ils ne dépouillèrent jamais entièrement ce caractère, ni eux ni la plupart dos préposés aux divers départements de la chancellerie impériale. Le directeur des finances ou a rationibus est le seul qui soit qualifié procurateur. Les autres sont toujours considérés comme occupant des officia palatina pour lesquels ce titre n’est point de mise9. Plus tard, dans le courant du mc siècle, on imagina pour eux celui de magister 10 qui resta en vigueur dans la période dite du Bas-Empire.

II. Du bureau ab epistulis depuis Claude et de la qualité des employés qrd le composaient . — L’empire à ses débuts est comme un être en voie de formation qui petit à petit se crée ses organes à mesure qu’il prend conscience de ses fonctions. C’est du règne de Claude que date la grande importance et l’on peut dire la création de la chancellerie ou des ministères impériaux. Jusqu’alors les empereurs, plus ou moins fidèles aux ménagements

der Sittengeschichte Roms , ô° cd. I, p. 180-102. Nous renvoyons à ce catalogue et aux renseignements dont il abonde, une fois pour toutes. — 9 Sur l’inscription de Titiuius Capito, Corp. inscr. lat. VI, 708, voir Otto Hirschfeld, Untersuchunyen aufdem Gcbiete der rômischen Yerwaltungsgcschichte, I, p. 201, note 1- — 10 Vua Alex. Sevcri , 32. Il se peut que dans ce passage l’auteur de la biographie anticipe en employant un terme en usage de son temps. Numisius Quintianus, dans une inscription datée de 239, sous Gordien III, s’intitule encore ab epistulis latinis (Corp. inscr. lat. VI, 1088). Le titre de magister n’est peut-être pas antérieur a Dioclétien ou Constantin. Voir sur cette question, Cuq, Le magister sacrarum cognitionum,. Bibliotli. des écoles franc. d’Athènes et de Home, fasc. XXI, p. 134-136.

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observés par Auguste, n’avaient pas osé faire trop ouvertement de leur maison le siège du gouvernement. Sans doute ils étaient les maîtres, et personne ne s’y trompait, mais du moins ils n’avaient pas organisé autour d’eux, avec cette ampleur et cet esprit de suite, cet ensemble de services qui devait embrasser et absorber toute l’administration du monde romain. Le règne qui vit se produire ces innovations marque donc un moment décisif dans le développement de la centralisation monarchique, et prend dans l’histoire une place tout à fait hors de proportion avec l’action personnelle du souverain. Ce n’est pas à Claude en effet, c’est à ses affranchis, à Narcisse, à Pallas, et à leurs collaborateurs qu’il faut attribuer la hardiesse de cette initiative, et, quoi qu’on puisse penser de ces personnages, de leur valeur morale et des moyens où ils sont descendus, on sera d’accord pour reconnaître la portée de l’œuvre réalisée par leur énergie et leurs talents fl. Il était inévitable que des serviteurs entrés si avant dans l’intimité du prince finissent parle dominer en flattant ses faiblesses ou ses vices, et de là à transformer en pouvoir effectif leur influence occulte, il n’y avait pas loin. Un pareil rôle convenait à des hommes qui ne pouvaient puiser dans la conscience de leur infériorité sociale des sentiments bien élevés, tandis que, d’autre part, les dédains de l’aristocratie sénatoriale ne devaient pas les rendre très chauds pour le maintien de ses privilèges. Si l’on ajoute qu'ils trouvèrent en Claude, et après lui, en Néron, les maîtres les mieux faits pour servir leurs ambitions, on aura expliqué, en partie, la pensée qui les anima et le succès de leur entreprise. Mais il y avait à ce mouvement des causes plus profondes, indépendantes du caractère des empereurs et des habiles qui savaient en tirer parti. La preuve en est que l’œuvre des affranchis de Claude survécut, non seulement à ses auteurs, mais au règne même de cette caste, tant elle répondait bien aux tendances fondamentales et invincibles du régime. L’hostilité, latente ou ouverte, de l’empereur et du Sénat, était une des fatalités de l’empire. La concentration de toutes les fonctions gouvernementales entre les mains d’un seul était le terme nécessaire de la révolution qui, commencée dès avant Actium, se poursuivit et s’acheva longtemps après. Si ce travail se fit tout d’abord par les soins et au profit de la domesticité impériale, c’est que l’empereur, à l’exemple des particuliers, préposait à sa maison ses affranchis et ses esclaves. Ainsi l’État se confondit avec le patrimoine du prince ; les directions administratives nouvellement créées se trouvèrent assimilées à des charges de cour, et cela d’autant mieux que l’indignité des titulaires s’effaçait dans la majesté du chef qu’on sentait derrière eux. C’étaient les instruments qu’une volonté toute-puissante et sacrée pouvait à son gré utiliser ou briser.

La direction ab epistulis n’apparaît pas sous Claude pour la première fois, comme celles a libellis, a cognitionibus, a studiis. Comme la direction a rationibus12, elle existait auparavant, au moins nominalement. On en a vu plus haut un exemple du temps d Auguste. On peut en ajouter quelques autres qui paraissent contemporains de Tibère13. Mais, de même que la direction a rationibus, entre les mains d’un homme comme Pallas, ne tarda pas

11 Voir sur ce point Hirsclifeld, O. c, p. 28G et s. — 12 Hirschfeld, O. c. p. 30-31 . " 13 Corp. inscr. lat. VI, 8000, 8601, 8603 ; V, 063, 064 b. — 1» Hirsclifeld, l. c. - 15 Hirsclifeld, O. c. p. 203. — IG Dio Cassius, LX, 10. — U Tacit. Annales,

à déborder au delà des limites d’un office privé14, de môme avec Narcisse, Ti. Claudius Augusti libertus Narcissus, la direction ab epistulis acquit toute l’extension qu’elle devait garder par la suite. Peut-être même est-il permis d’affirmer que jamais ces emplois ne furent aussi importants qu’à l’origine. Si nous parcourons la série de ceux qui les ont remplis, nous ne rencontrons, à l’exception dupremier, aucun noméclatant.Cesontdesfonctionnaires qui donnent l’impulsion à la machine administrative, mais qui, en dehors de leur spécialité, ne paraissent pas, autant que nous en pouvons juger, avoir exercé une action sensible sur la marche générale du gouvernement et la direction de l’histoire111. On comprend qu’il n’en ait pas été de même des fondateurs de l’institution. Nous n’avons pas à retracer la vie de Narcisse. Les historiens, qui nous étalent ses immenses richesses et nous présentent par le détail les intrigues de sérail où il fut mêlé, ne peuvent s’empêcher d’attester son dévouement à son maître, dévouement qu’il poussa jusqu’à la mort. Rappelons seulement la mission dont il fut un jour chargé par Claude. Elle n’avait rien de commun avec les attributions d’un chef de la correspondance, et montre par là même la confiance illimitée dont il jouissait auprès de l’empereur. Les légions s’étaient révoltées en Bretagne ; Claude l’envoya pour apaiser le mouvement. Mais les soldats n’avaient pas l’habitude d’être harangués par un affranchi. La présence d’un tel ambassadeur au tribunal où siégeait d’ordinaire l’illustre consulaire Plautius leurfitl’effetd’un outrage. Elle suffit pour relever le prestige du général et rétablir son autorité méconnue 16. Narcisse reçut, après le meurtre de Messaline et pour avoir été le principal auteur de sa perte, les ornements de la questure17, qui furent suivis, nous dit Suétone, de ceux de lapréture18. Tacite a beau dire que cette distinction était peu de chose pour son orgueil « levissimum fastidio ejus 19 ». Elle n’était pas alors prodiguée comme elle le fut plus tard20, et elle excita un vif émoi dans les rangs du Sénat. Cinquante ans plus tard environ, nous retrouvons l’écho de ces protestations dans les lettres de Pline, non pas, il est vrai, à propos de Narcisse, mais à propos de Pallas, qui avait été honoré de même21. Les haines provoquées par la fortune et l’arrogance des affranchis ne trouvèrent pas, dans l’effondrement de la dynastie julienne, les satisfactions qu’elles avaient pu espérer. Ils avaient été associés aux crimes et aux hontes du régime déchu; ils en avaient fait leur chose, et il semblait qu’ils dussent disparaître avec lui. Il y eut bien quelques etîorts pour les éliminer de l’administration publique et les confiner dans le service du palais. Tacite dit de Yitellius : « Ministeria principatus per libertos agi solita in équités romanos disponit 22 ». Mais Suétone nous apprend que Domitien se borna à un partage entre les affranchis et les chevaliers : « Quaedam ex maximis officiis inter libertinos equitesque romanos communicavit 23 ». En fait, et pour nous en tenir au bureau ab epistulis , nous voyons que, jusque vers le milieu du h8 siècle, ceux qui le dirigent sont pour la plupart encore empruntés à la classe où l’on avait coutume d’aller les chercher autrefois. On comprend fort bien que les empereurs, quelle que fût leur origine ou leur politique, y aient regardé à deux fois avant de remercier ces

XI, 38. — 18 Clciud., 28. — 19 L. c. — 2(1 Bloch, De decrctis functorum marjistratuum ornamentis , Taris, 1883. — 21 VIH, G. — 22 Histor , I, 58. — 23 Dmni tian. 7.

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auxiliaires entièrement, à leur dévotion. Ne suffisait-il pas de les contenir dans les limites de leurs attributions pour effacer les mauvais souvenirs des règnes précédents? Il semble même, à considérer certaines inscriptions où se trouve retracée la carrière de quelques-uns d’entre eux, que les successeurs de Narcisse étaient alors, au moins par leurs antécédents, d’assez minces personnages. On n’en sera pas trop surpris pour le règne de Yespasien. Suétone nous apprend que Titus fut le vrai secrétaire de son père et qu’il concentra entre ses mains tout le service de la chancellerie : « recepta ad se prope omnium officiorum cura** ». Les chefs de ce service, ainsi suppléés, pouvaient sans inconvénient manquer de prestige. I. Flavius Aug- (usti) l(ibertus) Epictetus, dont le nom montre assez qu’il appartenait aux Flaviens, avait été, avant de passer à la direction de la correspondance, a copiis militaribus, employé à 1 intendance militaire. C’était un poste honorable, et même un poste de confiance, mais qui n’avait rien de brillant. Auparavant il avait fait partie de la corporation des appariteurs en qualité de lictor curiaius 2S. Les lictores curiati étaient au nombre de trente, attachés chacun à une des trente curies [curia], chargés de les convoquer, et, à l’époque où nous nous plaçons, de les représenter dans les comices dérisoires où elles ne figuraient plus que de cette manière [comitia]. Ils étaient en même temps employés aux sacra publica populi romani , et à ce titre dépendaient du Pontifcx maximus 26 [pontifes] qui était alors l’empereur. Est-ce dans l’exercice de ces dernières fonctions que notre homme avait eu occasion d’approcher du prince et de se pousser dans sa faveur? On aurait peine à croire que, parti de si bas, il ait pu monter si haut, et l’on serait tenté de voir en lui, au lieu d’un chef de service, un expéditionnaire subalterne si une autre inscription n’offrait à la même époque l’exemple d’une carrière à peu près semblable. Il s’agit de Fortunatus Aug(usti), l(ibertus), que la suite de l’inscription nous autorise ù appeler de son gentilicium Flavius27. Il s’intitule verna paternus, ce qui veut dire sans doute qu’il était né esclave du père de son patron. On sait que les esclaves nés dans la maison ou vernae formaient la catégorie la plus considérée28. Ce patron n’était autre que l’empereur Titus ou Domitien, dont il était devenu secrétaire après avoir été Faccensus de Vespasien. On désignait ainsi, déjà au temps de la république, une sorte de licteur suppléant qui, précisément parce qu’il était d’ordinaire l’affranchi du magistrat dans le service duquel il figurait, était plus avant dans sa confiance que le reste du personnel22. Mais auparavant il avait été lui aussi licteur curiate et il était resté viateur [viator] honoraire de la décurie consulaire et prétorienne30. 11 avait donc lui aussi fait ses premiers pas dans l’ordre des appariteurs31. Ce qui paraît bien prouver qu’il n’était pas un subalterne, c’est que l’inscription qui nous le fait connaître est dédiée par lui à son frère Ëpaphrodite, également affranchi d’Auguste et intitulé aussi ab epistulis tout court. Or cet Épaphrodite est vraisemblablement le

2V Titus, 6. — 25 Corp. inscr. lat. XIV, 2840. — 26 Mommsen, Staatsrecht, P, p. 37 3-374. — 27 Corp. inscr. lat. VI, 1887. — 28 Marqmirdt, Privatlehen, I, p. 164. — 28 Mommsen, Staatsr. 12, p. 341-343. — 30 Ibid, p. 344-347. - 31 II est assez

curieux de constater cette sorte de prédilection des Flaviens pour les secrétaires sortis do l’ordre des appariteurs, si l’on se rappelle que Vespasien, étant préteur, avait épousé Flavia Domitilia, fllle de Flavius Liberalis, un simple « scriba quacstorius ». Suet. Vespas. 3. — 32 Antiq. jud. I, Proem. 2; Contre Apion. II, 41, V, la, 78. M. Renan ( Évangiles , p. 210) le confond à tort avec l’Épapbrodite de

même auquel l’historien juif Flavius Josèphe a dédié ses ouvrages et qui l’a encouragé à les écrire. Josèphe nous dit que, dans une carrière traversée de beaucoup do vicissitudes, il a rempli des emplois importants. Il loue son esprit libéral, curieux, sa sympathie pour les études historiques32. Ces paroles ne peuvent guère s’appliquer à un scribe de condition inférieure, et d’un autre côté, nous verrons que les goûts littéraires sont une particularité et souvent même constituent le titre essentiel des secrétaires impériaux. On peut se demander si les doux frères se sont succédé à la tète du bureau ou bien s’ils ont été préposés concurremment, l’un à la section de la correspondance latine, l’autre à celle de la correspondance grecque, puisque, comme nous aurons à le montrer, ce partage a existé dès l’origine, mais l’absence de toute indication spéciale pour l’un comme pour l’autre rend la deuxième hypothèse peu plausible. Il nous est difficile de savoir si T. Flavius Aug(usli) lib(ertus) Euschaemon est devenu ab epistulis après avoir été procurateur pour la capitation des deux drachmes imposée aux juifs33, ou inversement. Ce qui paraît certain c’est que cette procuratèle, une des plus infimes parmi les fonctions ainsi qualifiées, ne pouvait guère être considérée comme un avancement. Parmi les secrétaires de cette période, entre la mort de Néron et le règne d’Hadrien, nous n’en trouvons encore que trois nés ingénus et deux appartenant notoirement à l’ordre équestre. Le premier nous est signalé par Plutarque. Il invoque dans le récit des derniers moments d’Othon le témoignage de Secundus qui fut, dit-il, secrétaire de cet empereur, « 2s*oCv5o; 6 ^/jxcop lui twv £7tc(7toXwv yEvogsv o; n ». Cette manière de désigner Secundus : « 6 ^-q-rojp » nous prouve qu’il était au nombre des orateurs connus de ce temps, et dès lors il doit être identique à Julius Secundus, un des interlocuteurs du Dialogue des orateurs , que Tacite vante, avec M. Aper, comme une des gloires du barreau 35. La qualité des personnages figurant dans ce dialogue suffit pour nous assurer que Secundus appartenait, par sa naissance comme par ses relations, à la meilleure société de Rome. Vitellius, en confiant à des chevaliers quelques-uns de ces ministeria ordinairement occupés par des affranchis, n’avait donc fait que suivre l'exemple déjà donné par Othon30. Le second est un certain Dionysios d’Alexandrie, fils de Glaucos, qui vécut, nous dit Suidas, dans les années allant de Néron à Trajan. Comme il enseigna à Alexandrie, et que, au lieu du nom d’un patron, on donne celui de son père, on peut supposer qu’il n’était pas affranchi de l’empereur, mais de naissance libre37. Le troisième est Cn. Octavius Titinius Capito, un des amis de Pline le Jeune, protecteur des lettres, et lui-même lettré distingué, « inter praecipua saeculi ornamenta numerandus 38 ». Sa carrière, que nous connaissons par une inscription contemporaine de Trajan, entre 98 après Jésus-Christ et 102, fut des plus honorables 30. Il débuta, comme tous les jeunes gens de famille équestre et sénatoriale, par le service des armes. 11 fut préfet de cohorte, puis tribun

Néron, continué par Domitien dans son poste a libcllis, et plus tard mis à mort par les ordres de ce prince. Friedlander démontre, par la date de la publication de la biographie de Josèphe, que l'identification n’est pas possible. Voir la série des a libellis, p. 178. — 33 Corp. inscr. lat. 8604. — 34 Otho, 9. — 35 Dial. orat. 2. H est encore question de lui dans Quintilien, X, 1, 120. 3, 12; XII, 10, 11. V. Mommsen, Cornélius Tacilus und Cluvius Bu fus,, dans Herniés , IV, p. 322, i. — 3G Note 22. — 37 Suid. s. v. Aiovüertoç. Voir plus loin pour ce personnage. — 38 Epist. VIH, 12. Cf. I, 17; V, 8. — 39 Corp. inscr. lat. VI, 798.

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légionnaire, et obtint des récompenses militaires. Il remplit ensuite les fonctions de ab epislulis sous Nerva et sous Trajan, après les avoir remplies en premier lieu sous un empereur que l’inscription ne nomme pas, mais qui ne peut être que Domitien, dont le nom était omis à dessein sur les monuments40. Il s’était donc maintenu sous trois règnes consécutifs dont les deux derniers sont caractérisés par une réaction violente contre le précédent. Le fait est d’autant plus remarquable qu’il s’agit d’un emploi qui l’obligeait à vivre à la cour, et pouvait lui faire endosser une part de responsabilité dans les actes d’un prince justement voué à l’exécration publique. C’était évidemment un de ces fonctionnaires précieux qui s’acquittent consciencieusement de leurs devoirs sous tous les régimes et assurent le jeu régulier de l’administration sous les plus mauvais gouvernements. Comme pour lui témoigner sa faveur au lendemain de la révolution qui avait renversé son premier maître, Nerva lui conféra les ornements de la préture, et plus tard nous voyons qu’il s’éleva jusqu’au poste de préfet des vigiles. Quelque important que fût ce poste, il l’était moins assurément que celui de chef de la correspondance, mais on sait que le rang hiérarchique des fonctionnaires impériaux ne se mesurait pas nécessairement à leur influence réelle.

Titinius Capito, par la suite de sa carrière, appartient plutôt à la série des ab epislulis qui se sont succédé depuis Hadrien. C’est Hadrien en effet qui fit faire le pas décisif à la réforme ébauchée par Othon et Yitellius et poursuivie depuis avec des alternances diverses. Son biographe dit de lui : « Ab epislulis et a libellis privais équités romanos habuitli », assertion qui n’est d’ailleurs ni exacte ni complète, car il n’est pas le premier qui ait confié ces charges à des chevaliers, et ces charges ne sont pas les seules d’où il ait exclu les affranchis. Ils furent également et dans le même temps éliminés des offices a studiis'' 2 et a rationibus 43 . L'office a cognitionibus est le seul pour lequel nous n’avons pas de preuve qu’il ait été avant Septime Sévère réservé à l’ordre équestre 44. Mais nous n’avons pas non plus de preuve du contraire, en sorte qu’il est prudent de ne rien affirmer. Ce n’est pas que le système établi par Hadrien n’ait souffert des exceptions. En dehors de la hiérarchie sénatoriale, aucune règle ne pouvait enchaîner le libre choix de l’empereur. Mais ces exceptions, somme toute, ne sont pas bien nombreuses. Nous n’avons à nous occuper ici que des chefs du bureau ab epislulis. Sur vingtcinq titulaires environ qui nous sont connus depuis Hadrien jusqu’à l’ère ouverte par Dioclétien, on n’en voit que deux qui soient des affranchis impériaux. Ce sont : « L. Aurelius Aug{ustï) l(ibertus) Secundinus , ab epistulis latinis 48 », et « M. Aurelius Alexander Aug[usli) lib(ertus ) ab epislulis graecis 46 ». Le gentilicium Aurelius nous invite à les placer sous les derniers Antonins, à moins qu’ils ne soient contemporains de Caracalla, Iléliogabale, ou Sévère Alexandre. On n’ignore pas en effet que les successeurs de Septime Sévère ont emprunté à la dynastie précédente ce nom rendu populaire par ses vertus. M. Friedlaender soupçonne qu’ils

'*0 Mommsen, Res gestae divi Augusli, 2" éd. p. 179. — M Vita Badriani, 22.

42 Cuq, Le conseil des empereurs , p. 371. — 43 Ibid. p. 395; Friedlander, O. c. série des a libellis. — 44 Cuq, O. c. p. 377 ; Hirschteld, O. c. p. 209. — *5 Donati, p. 309, 4. — 4b Corp. inscr. lat. 8 6 0 6, — 47 Vita Veri, 8 ; Friedlander, O. c. I, p. 190-191. — 48 Dio Cass. LXXV II, 13. — 49 Hirschfeld, O. c. p. 291-293.

pourraient bien avoir été attachés à Verus, dont Capitolin signale la partialité scandaleuse pour les affranchis : « libertis inhoneslius induisit 47 ». Au m® siècle. Marcius Agrippa, ab epistulis de Caracalla, était d’origine servile, mais non affranchi du prince48. Le principe posé par Hadrien fut donc, tout compte fait, respecté. Quant à la pensée dont cet empereur s’inspira, elle procède d’une vaste réforme sur laquelle il n’y a pas lieu d’insister ici. Mais il ne suffit pas de dire que le progrès des idées monarchiques ayant rehaussé le prestige des emplois du palais, ces emplois purent être considérés désormais comme publics, et à ce titre, confiés à des chevaliers. La mesure dont il s’agit a une autre portée. L’organisation de la carrière équestre, à tous les degrés et dans tous les domaines, a été une des grosses préoccupations et peut être la grande affaire d’Hadrien40. Son but était d’opposer un contrepoids aux fonctionnaires sénatoriaux, restés les premiers en dignité, mais depuis longtemps et de plus en plus menacés dans leur prétention exclusive à diriger l’État. Les chevaliers, beaucoup plus que les affranchis, étaient propres à servir ce dessein. Ils avaient la considération qui manquait à ces derniers. Ils formaient une noblesse, la seconde de l’empire, ne le cédant qu’à la noblesse sénatoriale. De plus ils n’offraient pas à l’empereur une moindre sécurité que les affranchis eux-mêmes. Ils ne constituaient pas un corps comme le Sénat. Ils n’avaient pas, comme lui, une tradition de nature à entretenir des velléités séditieuses. N’ayant rien perdu à l’établissement du régime impérial, ils n’avaient rien à regretter de la république. Enfin leur avancement n’était soumis à aucune des règles qui s’imposaient pour celui des sénateurs et pouvaient, jusqu’à un certain point, le soustraire à l’arbitraire. C’étaient de parfaits fonctionnaires, entièrement dans la main du souverain. Ajoutons avec M. Cuq 80 que le nouveau recrutement n’eut pas pour effet de fermer irrévocablement aux affranchis les situations où ils avaient trôné autrefois. Pour rentrer dans la place, H leur suffisait de ne plus mériter leur nom. La qualité de chevalier n’était plus alors le privilège de la fortune. C’était une distinction honorifique que l’on obtenait de la faveur impériale51. Rien n’empêchait donc les empereurs de nommer chevaliers les affranchis qui justifiaient du cens requis, et l’on voit en effet qu’ils l’ont fait plus d’une fois 62. Pour n’en prendre qu’un exemple, ce Marcius Agrippa qui, d’ancien esclave, était devenu a cognitionibus et ab epistulis sous Caracalla, avait été certainement promu à la dignité de chevalier. La suite de sa carrière, où il s’éleva bien plus haut, le prouve surabondamment s\ Peut-être en trouverions-nous plus d’un comme lui, dans la liste de ses collègues, si nous étions mieux renseignés sur leur compte.

Une autre innovation qui paraît être due à Hadrien, c’est le démembrement du bureau de la correspondance en deux services désormais indépendants, le service de la correspondance latine (ab epistulis latinis) et le service de la correspondance grecque (ab epistulis graecis). De tout temps ces deux sections avaient coexisté. Le dua-

— KO Le mcigister s acrarum cognitionum, Biblioth. des écoles françaises d’Athènes et de Rome, fasc. XXI, p. 115-116. —51 Gaius, Digest. XXLV, 1, 42; Ulpian. Fragm. VII, 1, De jure donationum ; Dosithée, Sentences d’Hadrien, G. Voir Belot, Hist. des chevaliers rom. II, p. 377-378. — 52 Suet. Galba. 14; Corp. inscr. lat. VI, 1847, — 53 Rio Cass. LXXVIII, 13. Voir plus loin.

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Iisme de l’empire, dualisme mal recouvert par l’unité polilique et administrative, l’antagonisme profond, irréductible entre les deux civilisations orientale et occidentale, rendait ce partage nécessaire. M. Foucart a démontré que déjà, au temps de la république, les sénatusconsultes intéressant un pays ou une ville du monde hellénique étaient traduits à Rome même, par les soins des magistrats compétents, sans doute des questeurs, dans ce grec vulgaire, qui ne se parlait précisément nulle part, mais avait cours partout, à travers toutes les variétés dialectales B\ La même pratique devait s’imposer au bureau de la correspondance impériale, du jour où il fut constitué55. Les inscriptions nous font connaître quatre aflranchis des Flaviens dont trois ab epistulis lalinis so, et le quatrième ab epistulis graecis 57, ce dernier dans une position qui paraît avoir été subalterne58. Mais la preuve qu’à cette époque la direction de tout le service était concentrée entre les mains d’un seul chef, nous la trouvons dans la Silve de Stace, adressée à T. Flavius Abascantus 59. Nous y voyons que Abascantus, directeur de la correspondance sous Donatien, était en relations avec tout l’empire, avec les pays grecs50 aussi bien qu’avec les pays latins. Il en était de même sous Claude, sans quoi on ne s’expliquerait pas la grande situation de Narcisse. Tacite nous dit qu’elle était supérieure encore à celle de Pallas et de Callisle51. Or Dallas était à la tête de la direction a rationibus 62, Calliste de la direction a libellis 83 , et il est évident que Narcisse n’aurait pu être placé au même rang que ces deux personnages, ni, à plus forte raison, au-dessus, si, au lieu d’être, lui aussi, un chef de service, il avait été un simple préposé à un bureau spécial. Ce qui permet d’affirmer que les deux bureaux ont été, plus tard, rendus indépendants l’un de l’autre, c’est qu’on ne rencontre plus guère, dans les inscriptions de la fin du 11e siècle ou dans celles du m°, de fonctionnaires ab epistulis dont la compétence ne soit déterminée, et par conséquent limitée, par l’addition de F adjectif graecis ou lalinis. Sans doute il y a des exceptions, mais alors l’omission du qualificatif ordinaire s’explique par un excès de brièveté dont il y a maints exemples dans le langage épigraphique, î\ moins qu’il n’y ait eu concentration momentanée du service dans les mêmes mains. En tout cas, ces exceptions sont trop peu nombreuses pour entamer les conclusions résultant de l’ensemble des textes. Par le fait, on n’en voit actuellement que deux. Ce sont les inscriptions de Sex. Quintilius Crescens Volusianus « ab épistaxis) divi Antonini , ab [ep]istul[is) Aug(ustorum duorum M) », et de T. Varius Clemens « ab epistulis Augustor(um duorum 55) ». Les deux documents sont à peu près contemporains. Les deux Augustes mentionnés dans l’un et dans l’autre sont Marc-Aurèle et Verus. On pourrait donc avoir quelque raison de reporter au terme de la période antonine le dédoublement du service de la correspondance. Mais, d’autre part, il semble résulter de l’inscription de Quinctilius, ab epistulis lalinis sous An-

'ô'* Rapport sur un sénatus-consulte inédit de l’année 170 avant notre cre relatif à la ville de Thisbé, Archives des missions scient, et litt. 2° série, t. Vil, 2° livr. 1872, p. 323-325. — 55 On a trouvé à Rome une inscription qui paraît être de l’époque d’Hadrien, mentionnant un M. Ulpius, lequel avait été librarius (copiste) arabicas et avait fait partie d’une expédition en Syrie. Y avait-il des services secondaires pour d’autres langues que le grec et le latin? Voir Egger, Mémoires d'histoire ancienne, p. 222 ; Duruy, Hist. des Romains, V, p. 537 ; De Sacy, Mémoires de l'Acad. des Inscr., t. V, p. 316-317. — 56 Corp. inscr. lat. VI, 8610, 8911 ; Mu-

tonin le Pieux00, que la séparation était dès cette époque •consommée. C est ainsi qu on a cru pouvoir en attribuer l’initiative à Hadrien07, de tous les empereurs de ce temps le mieux désigné pour cette mesure par l’intensité et la nature de son activité réformatrice. Elle ne s était pas manifestée seulement, en ce qui concerne les offices de la chancellerie, par la substitution des directeurs de dignité équestre aux affranchis. La réorganisation du consilium PRiNCiris sur des bases plus larges, cl 1 extension de sa compétence à des matières plus variées n ont pu manquer d’agir indirectement sur la plupart de ces services, en multipliant le nombre des affaires qui leur étaient respectivement réservées. Bien que cette assemblée ne fût encore qu’un cénacle de jurisconsultes une sorte de conseil d’Etat uniquement appliqué aux questions judiciaires et sans autorité pour intervenir dans le gouvernement, on conçoit néanmoins que la nouvelle impulsion donnée à ses travaux ait dû avoir son contrecoup dans les bureaux ab episUdis 9S. Celui qui les dirigeait n’était pas, comme ses collègues a cogniiionibus et a libellis , appelé à prêter son concours pour la préparation des arrêts, mais il était vraisemblablement chargé de les expédier aux intéressés. En tout cas, sa participation aux délibérations du conseil, ainsi que celle de tous les chefs des offices, est assez démontrée par l’obligation qui leur était imposée d’assister aux séances. Nous avons, dans le code Justinien, un texte nous représentant Caracalla faisant son entrée dans la salle et salué par les membres présents, au nombre desquels les principales officiorum sont mentionnés expressément08. Il n’y aurait donc rien d’impossible à ce que le démembrement du secrétariat impérial eût été une conséquence de la reconstitution du consilium par Hadrien, sans compter le surcroît d’occupations imposé au service par les tendances générales de ce règne, un de ceux qui ont le plus fait pour serrer les ressorts du gouvernement et multiplier, en les accélérant, les communications du prince avec les parties les plus reculées de l'empire70. La mesure n’eut aux yeux et dans la pensée des contemporains qu’un caractère tout administratif, mais il est permis à l’historien, qui prévoit la suite des événements, de la considérer encore à un autre point de vue. Il peut y reconnaître un premier symptôme, encore léger et inaperçu, de la dissociation future du monde romain, un premier effet de la force répulsive qui finira par entraîner, chacune de son côté, les deux parties artificiellement soudées dans un même groupement politique. Un point à noter, c’est la situation plus relevée du chef de la correspondance latine. Rien déplus naturel. Le latin était la langue officielle. L’empereur correspondait en latin avec les gouverneurs et les généraux dans toutes les provinces. Il est probable que, dans ses rapports avec l’Orient, il n’employait le grec que lorsqu’il s’adressait aux particuliers, ou bien aux corps locaux ou régionaux.

La dignité inférieure de Yab epistulis graecis résulte

ratori, 901, 3. — 57 Orelli, 1727. Henzen, p. 154. Corp. inscr. lat. VI, 5, 3247. Cf.

« M. Ulpius Aug(usti) l(ibcrtus) verna ab epistulis latinis. » Orelli, 2997 et « M. Ulpius Aug(usti) l(ibertus) £ros ab epistulis graecis » Corp. inscr. lat. VI, 8607. — 58 Voir plus loin. — 59 V, 1. — 60 Vers 99. « Mille etiam praenosse vices, an merserit agros Nilus...» — Cl Annales, XI, 38. — 62 Friedlander, O. c. I, p. 172. — 63 Ibid, p. 177.

— 64 Corp. inscr. lat. VIII, 1174. — 65111, 5215. — 66 Corp. inscr. lat. VI, 1564. V. plus loin. — 67 Hirschfeld, O. c. p. 204 ; Friedlander, O. c. I, p. 110, etc. — 68 Sur ces questions, voir Cuq, Le conseil des empcj'curs. — 69 IX, 51 , 1. — 70 Vov. cursus fubucus.

des recherches suivantes, qui ont pour objet de déterminer la situation des chefs de la correspondance dans la hiérarchie équestre. On a remarqué plus haut que le cursus des chevaliers n’était pas fixé aussi rigoureusement que celui des sénateurs. Il y a moyen pourtant d'établir des degrés dans cette multitude de fonctions qui leur étaient confiées. M. Otto Hirschfeld a essayé de classer les différentes procuratèles suivant le traitement qui leur était affecté, c’est-à-dire suivant la somme de considération dont elles jouissaient11. Les offices du palais, bien qu’ils ne fussent pas, à parler strictement, des procuratèles, sauf l’exception de l’office a rationibus, tenaient leur place dans la série. Elle était assez élevée. Elle devint même de premier rang. M. Hirschfeld estime que les secrétaires impériaux étaient, au cours du n“ siècle sur le pied des procurateurs ducenarii ou rétribués à deux cent mille sesterces. On sait que les procurateurs se distribuaient en quatre catégories : les trecenarii, à trois cent mille sesterces, les ducenarii à deux cent mille, les centenarii à cent mille, les sexagenarii à soixante mille. Plus tard les ab epistulis, ou du moins les ab episiulis lalinis , prirent rang au sommet, parmi les Irecenarii 12. Il ne sera pas inutile d’insister sur les faits qui conduisent à ces conclusions, mais on fera bien tout d’abord de se représenter la méthode qui s’impose en ces recherches. Elle est, il faut l’avouer, assez défectueuse. Il arrive quelquefois que les textes nous donnent le traitement affecté à telle ou telle procuratèle, mais ces bonnes fortunes sont rares. C’est en combinant ces maigres renseignements avec les données fournies par la succession des fonctions dans les cursus équestres que l’on s’efforce d’assigner à chacune sa place dans l'ensemble, sans toutefois y réussir complètement, car cette succession n’est pas toujours régulière, et l’importance même de certaines fonctions a varié suivant les époques. Sex. Caecilius Crescens Volusiauus, ancien praefectus fabrum, a rempli ensuite la charge de advocatüs fiscï, charge qui est souvent le point de départ d’une carrière administrative. Puis il a été procurateur du vingtième des héritages [vicesima hereditatium], et enfin ab epistulis de l’empereur Antonin13. D’après M. Hirschfeld, le procurateur du vingtième des héritages était encore cenlenarius au 11e siècle14. En passant de cette fonction à l’autre, Sex. Caecilius Volusianus a monté d’un échelon. En effet la preuve que le secrétariat impérial était rétribué pour le moins à deux cent mille sesterces, nous l’avons par l’inscription de T. Varius Clemens15. T. Varius Clemens, ab epistulis des deux Augustes Marc-Aurèle et Verus, a exercé, avant d’être appelé à ce poste, des fonctions importantes. Il a été, pour ne parler que de ses procuratèles, successivement procurateur de la Cilicie, de la Lusitanie, de la Maurétanie Césarienne, de la Rétie, et, en dernier lieu, de la

Hirschfeld, O. c. p. 240-280, Die procuratorische Carrière ; cf. Liebenam, Die Laufbalin der Procuratoren bis auf die Zeit Diocletions , Jena, 1886.

— 72 Hirschfeld, O. c. p. 259-260. — 73 Corp . viser, lat. VIII, 1174. — 74 O. c. p. 263. — 7b Corp. inscr. lat. III, 5215. — 76 Hirschfeld, O. c . p. 261, n. 2.

— 77 Ibid. n. 1. — 78 Ibid. p. 260, n. 5 et 6. — 79 La Rétie a été, jusque sous Marc-Aurèle, une province procuratorienne (Marquardt, Staatsverw. I2, p. 289). Le procurateur y était en même temps gouverneur. Dès lors on comprend fort bien que sa situation ait été équivalente à celle des procurateurs de provinces plus considérables, ces derniers n’ayant que des attributions financières (Hirschfeld, O. c. p. 260). Varius Clemens a été procurateur de la Rétie avant que cette province fût administrée par un légat. En effet il a été en dernier lieu a b epistulis de Marc-Aurèle et de Verus, qui ont régné conjointement depuis l’avènement du premier Auguste (161) jusqu’à la mort du second (169). Entre cette fonction et celle de procurateur

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Belgique v compris les deux Germanies. i.c procurateur de la Cilicie était sexagenarius 10 ; celui de la Lusitanie cenlenarius 71. Ceux de la Maurétanie Césarienne, de la Rétie et de la Belgique avec les deux Germanies étaient ducenarii 1S. Ce n’est pas une raison pour croire que la fonction ab epistulis , à laquelle Varius Clemens fut appelé ensuite, fût, en ce qui concerne le traitement, d’une catégorie supérieure, pas plus que la fonction du procurateur de la Belgique n’était d’un autre ordre que celle de procurateur de la Rétie19. Il pouvait y avoir transfert sans avancement, et même l'on pouvait avancer sans être nécessairement pourvu d’appointements plus forts. Puisqu’il n’y avait, à notre connaissance, que quatre catégories pour tous les emplois de la carrière équestre, ou du moins pour les procuratèles, il fallait bien que chaque catégorie comprît un assez grand nombre d'emplois, et parmi ceux qui se trouvaient sur le même plan, il y en avait forcément qui, sans être mieux payés, n’en étaient pas moins considérés comme plus avantageux ou plus flatteurs. Or, s’il est démontré par l’inscription de Varius Clemens que la charge ab epistulis était au nombre des ducénaires , nous ne sommes nullement autorisés à conclure du même texte qu’elle appartînt à une catégorie plus élevée. Il y a plus. Nous pouvons affirmer le contraire, pour peu que nous nous reportions à l’inscription de Sex. Caecilius Crescens, dont il a été question avant cette dernière. Car Caecilius Crescens, procurateur du vingtième des héritages, c’est-à-dire procurateur centenarius, et devenu ensuite, sans transition, ab epistulis d’ Antonin, n’a pu d’un seul bond atteindre le traitement maximum de trois cent mille sesterces, en sautant par- dessus la classe intermédiaire des ducenarii. S’il en est ainsi, on pourra se dispenser d’invoquer l’inscription de Quinctilius so, qui fut, à l’époque antonine, probablement soys Marc-Aurèle ou Commode81, ab epistulis lalinis après avoir été procuralor summarum ralionum. M. Hirschfeld croit que cette dernière fonction, au lieu d’être identique à la fonction irécénaire du procuralor a rationibus , lui était inférieure, mais comme il entreprend de le prouver en partant de ce principe que la fonction ab epistulis , postérieurement remplie par le même personnage, n’est elle-même que ducénaire 82, nous chercherions en vain dans ce document un argument qui ne fût pas un cercle vicieux. Nos informations sont plus pauvres pour le in° siècle. Les textes épigraphiques se font plus rares, et les historiens ne sont ni aussi précis ni aussi complets. Dion Cassius nous fait connaître awee quelque détail la carrière de ce Marcius Agrippa, dont nous avons déjà parlé pour signaler le contraste entre son éclatante fortune et l’humilité de ses débuts 83. Mais enlre les grandes fonctions où il est arrivé plus tard, et celle ab epistulis qu’il a remplie sous Caracalla, nous ne saisissons pas la transition. II est le même, sans

de la Rétie se place la procuratèle de la Belgique. Par conséquent il est vraisemblable que Varius Clemens a été procurateur de la Rétie sous Antonin ou au commencement du règne de Marc-Aurèle. Ce qui confirme cette supposition, c’est que, avant d’avoir été procurateur de la Rétie, il l’avait été de la Maurétanie Césarienne, qui était elle aussi une province procuratorienne, et le resta fort tard (Marquardt, Ibid. p. 483). Il n'est pas probable que la procuratèle do la Rétie ait été moins importante que celle qu’il avait gérée antérieurement. — 80 Corp. inscr. lat. VI, 1564. — 81 11 a débuté par être attaché à Cornélius Repentinus, préfet du prétoire sous Antonin le Pieux, et a fini par être admis dans le Sénat au rang des prétoriens, par la faveur d’Antoninus Augustus, après avoir été auparavant ab epistulis latinis. Depuis Antonin le Pieux jusqu’à Caracalla, les seuls empereurs appelés Anlonins ont été Marc-Aurèle et Commode. — 82 P. 34- 35. — 83 LXXVIII, 13.

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doute, que Marcius Agrippa, préfet de flotte à la fin du règne de Caracalla, et un des principaux auteurs de la conjuration où ce prince a trouvé la mort81. Si cela est, on ne saurait considérer ce changement de situation comme un avancement sérieux. Nous ne sommes pas très exactement renseignés sur la place des préfets de la flotte dans la hiérarchie. 11 parait seulement quelle n’a pas été tout d’abord des plus éminentes. M. Hirschfeld 8:i ne croit pas que les préfets même des flottes italiennes aient pris rang, dans le cours des deux premiers siècles, au dessus des centenarii. 11 est vrai que, dans la suite, le préfet de la flotte de Misène est qualifié de perfeclissimc , mais le premier exemple de ce fait n'est pas antérieur à la période des Gordiens (238-244) 8 . C est à la même époque que nous voyons le même titre attribué pour la première fois à 1’ ab epistulis lalinis 81 . Il n’était pas encore prodigué, comme il le fut dans la deuxième moitié du me siècle et depuis. Il était réservé aux plus hauts fonctionnaires équestres, à l’exception du plus haut de tous, le préfet du prétoire qui était éminenlissime, et peut-être du préfet de l’Égypte, sur lequel les documents font défaut, en tout cas au préfet de l’annone, au préfet des vigiles, aux préfets des flottes italiennes, ou du moins au préfet de la flotte de Misène, et enfin aux directeurs du fisc (a raiionibus ) et des services de la chancellerie88, qui nous apparaissent ainsi singulièrement rehaussés, sinon pour l’influence et l’importance réelle, au moins pour la considération officielle. On voit arriver l’époque du Bas-Empire où il n’y aura rien audessus des grandes situations dans la maison impériale. Il y a donc lieu de supposer que le titre de perfectissime, dans la première moitié du mc siècle, impliquait les appointements les plus élevés. Nous avons du reste, pour une date, il est vrai, un peu plus récente, l’exemple du magister memoriae 89. Le rhéteur Eumène qui, avant d’être appelé par Constance à la direction des écoles d’Autun, avait rempli cette charge auprès du même prince, nous apprend qu’il touchait en cette qualité trois cent mille sesterces90. Nous verrons qu’à la même époque le magister epistolarum , avec des attributions déjà réduites, n’était pas cependant moins estimé. Il est donc à croire qu’il n’était pas non plus moins bien traité

Considérons maintenant la série des ab epistulis graecis. Faut-il ranger dans cette catégorie Q. Julius Vestinus qui fut secrétaire d’Hadrien? L inscription grecque, de provenance romaine, qui le concerne9 ne le spifcifie pas, et il était d’ailleurs d’origine occidentale, et même gauloise, s’il faut voir en lui, comme il est permis un fils ou un petit-fils de ce Viennois, Q. Vestinus, qui fut l’ami de Claude et dont il est question, en termes si flatteurs, dans le discours trouvé à Lyon M. Mais le même personnage était devenu préfet d Egypte sous Néron 94, et il semble que sa descendance s est tout à fait acclimatée et hellénisée dans ce pays. Q. Julius Vestinus est un lettré grec. Suidas le compte parmi les

sophistes et nous apprend qu’il est l’auteur d’un abrégé du lexique de Pamphilos, illustre grammairien alexandrin du icr siècle après Jésus-Christ05. Il a été grand prêtre d’Alexandrie et de toute l’Égypte, administrateur du musée de cette ville, procurateur dos bibliothèques de Rome, chef du bureau a studiis sous Hadrien90, ab epistulis du même empereur. Tel est l’ordre suivi dans l’inscription qui nous fait connaître sa carrière, mais il est difficile de décider si cet ordre est direct ou inverse, en d’autres termes si les fonctions énumérées le sont en commençant par la plus modeste et la première en date, ou par la plus haute et la dernière. Lelronne se prononce pour l’ordre inverse91. Il suppose que la double fonction exercée en Égypte l’a été en dernier lieu. Ainsi Vestinus n’aurait pas été appelé d’Égypte à Rome. 11 serait rentré de Rome en Égypte pour s’y reposer, comme dans une demi-retraite, dans les loisirs studieux qu’il devait à la bienveillance de l’empereur. Il semble, dit Letronne, qu’à cause de sa prédilection pour l’Égypte, Hadrien aimait à y placer les gens qu’il affectionnait ou qui avaient rempli auprès de lui des places de confiance. En faveur de cette opinion il invoque l’exemple de C. Avidius Heliodorus, un autre secrétaire d’Hadrien, devenu lui, préfet d’Égypte98, et aussi celui d’un anonyme, contemporain de Vestinus99, et dont la carrière offre avec celle de ce dernier certaines analogies, si bien qu’on a cru pouvoir les identifier. 11 est prouvé aujourd'hui que l’identification, bien que proposée par Borghesi 10°, est fausse. Une inscription grecque, se rapportant au même personnage, et qui se complète aisément avec l'inscription latine, a été récemment découverte et publiée. Elle donne, non pas le nom tout entier, mais la désinence du cognomen , et cela suffit pour établir qu’il ne s’agit nullement de Vestinus ,ot. L’hypothèse de Borghesi est donc écartée, et les analogies même, à y regarder de près, ne sont pas aussi complètes, entre les deux carrières, qu’on l’a pensé. Cette fois c’est bien d’un ab epistulis graecis qu’il est question. Le texte est formel. Il est ainsi conçu : «... procurateur de l’empereur Hadrien pour le diocèse d Alexandrie, procurateur des bibliothèques grecques et latines, secrétaire pour la langue grecque, procurateur de la Lycie, de la Pamphylie, de la Galatie, de la Paphlagonie, de la Pisidie, du Pont, procurateur des héritages et procurateur de la province d’Asie 10'2, procurateur de la Syrie... » Ici l’ordre suivi n’est pas douteux. C’est l’ordre direct. Les dernières procuratèles mentionnées, celles de la Syrie, de l’Asie, sont au nombre des grandes procuratèles provinciales. M. Hirschfeld n’hésite pas à les classer parmi les ducenariae 103. U range parmi les centenariae les procuratèles de la Pamphylie, de la Galatie, mentionnés précédemment104. Et enfin-les procuratèles mentionnées en premier lieu, la procuratèle pour le diocèse d’Alexandrie et celle des bibliothèques se placent dans les plus modestes. Elles ne doivent pas s’élever au-dessus des

„ ,, B n Cf p. 124-123. — 8G Corp. inscr. lat.

84 VilaCaracallae , 6.-85 U. c. p. 263 -ot- u. f

x 3336. 87 Corp. inscr. lat. VI, 1088. Ea 230.- 88 Hirschfeld O. c p. 274- 75,

t 89 Sur ce fonctionnaire, voir pins loin. - 9» Pro instaur schohs, 11. - « H.r-

schfeld O. c. p. 260, n. 1. - 99 Corp. inscr. gr. 5900-1085, nouv ed. du Corpus

t, ÈnscriptLes graecae Sictiiae.

dan,

.. no n 1-4 Borehesi (V, p. 15) croit que le secrétaire d Hadrien était (ils de l'ami’ de Claude, mais la distance entre les deux régnes paraît un peu grau e.

-94 Ail mer, O. c. Il, add. p. 12. - 9b Où^r».,. V. Ersch et Grutier ,En njcl 3- sect. ino mrt d 94i et S. — M C’est ainsi qu'il faut traduire in\ xîjç iwitfeiaç Aùpiavou, et non précepteur d'Hadrien. - 97 Ilcch. pour servir à l’histoire de l'Egypte pendant la domination des Grecs et des Romains, p. 251-252. — 9! I Sur ce Pers“°“° ’ voir plus loin, note 120. -99 Corp. inscr. lat. III, 431. - «0 V p. 10. - m Bl ’ de corr hell. 1879, p. 25 7-259. - 102 Sur le sens de la copulative et dans ce! expression « proc(urator) hereditatinm at proe(urator) pro[vin]eiae Asiae » c est-adlre sur le rattachement de la procuratèle des héritages a U procura de , d. » P vince d'Asie, v. Hirschfeld, O. c. p. 59, n.2, 103 0.£. p. 260, n. «.-«• P- *«•

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sexagenariae1^ . Les fonctions par où s’ouvre l’énumération épigraphique sont donc aussi celles par où notre personnage a débuté dans la carrière, et ainsi la charge ab epistulis graecis venant s’intercaler entre celles d’administrateur des bibliothèques et de procurateur de la Lycie, de la Pamphylie, ne peut pas être de beaucoup supérieure à la première ni inférieure aux autres. Elle doit être centenaria au maximum. Nous voilà très loin de la situation de T. Varius Clemens lorsqu’il fut, à la même époque, ab epistulis latinis , après avoir passé par les procuratèles de la Belgique, de la Rétie, etc. 106. Ajoutez qu’on ne connaît point jusqu’à présent de secrétaire pour la langue grecque portant le titre de perfectissime. On remarquera maintenant que l’ordre de gradation descendante proposée par Letronne pour l’inscription de Veslinus107 ne se soutient plus guère, puisque cette opinion était fondée principalement sur une analogie dont on vient de démontrer la fausseté. Au contraire et inversement, puisque notre anonyme a été ab epistulis graecis après avoir exercé les fonctions de bibliothécaire, on peut croire qu’il en a été de même pour Yestinus, si, comme il est probable, celui-ci a été chargé de la correspondance grecque, et ainsi, ce n’est pas l’ordre indirect, c’est l’ordre direct qui résulte de la comparaison pour l’inscription de ce dernier. En rapprochant les trois inscriptions relatives à M. Aurelius Alexander Aug(usti) lib(ertus) 108, on arrive à reconstituer son cursus antérieurement à la fonction ab epistulis graecis qu’il a exercée, comme on peut le croire d’après son nom, sous les derniers Antonins ou les derniers Sévères. Ce cursus est fort humble, do sorte que le terme ne peut pas non plus avoir été fort élevé. Aurelius Alexander a été, pour commencer, chef des courriers du bureau pour l’impôt du vingtième sur les héritages « pr[ae)p[ositus) tabell[ariorum) st[ationis ) vicesimae her[editatium) 109 », après quoi il a passé au service de la correspondance latine, en qualité d’employé principal, proximus li0, puis enfin nous le voyons directeur de la correspondance grecque111. Il y a pourtant une autre inscription concernant un ab epistulis graecis qui le montre dans une situation plus avantageuse. C’est une inscription bilingue relative à un certain T. Claudius Vibianus Tertullus qui passe immédiatement après à la charge a rationibus , puis à celle de préfet des vigiles112. Le a rationibus était, suivant M. Ilirschfeld, placé au-dessus de ses collègues, et il devait, dès le 11“ siècle, toucher le traitement de 300 000 sesterces113. 11 semble donc qu’à une certaine époque le chef de la correspondance grecque ait remonté dans la hiérarchie. Mais le fait peut être accidentel, et d’ailleurs la date de l’inscription n’est pas facile à déterminer. Claudius Vibianus ayant été secrétaire de deux Augustes, elle no peut pas être antérieure à Marc-Aurèle, mais elle peut tout aussi bien être postérieure, et même de beaucoup. Cet exemple, ajouté à celui de Varius Clemens114, prouve que le partage du pouvoir entre deux ou plusieurs Augustes n’en traînait pas le dédoublement du ser-

10ijP. 263. — îOGNote 75. — 107 Notes 92 et 97. — *08 Corp.inscr. lat. VI, 8606 ; XIV, 2815; Henzen, 6568. — 109 Henzen, 6568. — H0 Corp. inscr. lat. XIV, 2815. *— 111 VI, 8606. — H2 Corp. inscr. lat. III, 6574. — 113 O. c. p. 259. — H4 Note 75. Voy. encore Calvisius Statianus, ab epistulis latinis Auguslorum. Corp. inscr. lat. V, 3336. — H5 Le discours Pro instaur. scliolis , qui nous donne ce renseignement, a été prononcé en 296. — 146 Corp. inscr. lat. VI, 1607. Cf. Vita Veri , 4: « orationem pulcherrimam, ...sive per se, sive per scriniorum aut dicendi magistros parasset. »

H7 Corp. inscr. lat. VI, 1564, Voir Ilirschfeld, O. c. p. 34, n. 1. — 118 Momm-

vice de la correspondance, pas plus du reste que des autres rouages du gouvernement. Les Augustes gouvernaient conjointement, et leurs actes leur étaient communs. Il en fut autrement dans le système de Dioclétien, quand les Augustes et, sous eux, les Césars eurent chacun une partie de l’empire à administrer. Dans ces conditions, ils avaient chacun leur chancellerie distincte. Nous savons qu’Eumène avait été magister memoriae de Constance avant 296, c’est-à-dire au temps où Constance n’était encore que César118. Pourtant nous avons un exemple et peut-être deux de fonctionnaires ab epistulis attachés à la personne d’un César dans le courant du ii° siècle. L. Domitius, ancien accensus velatus , ancien préfet de cohorte et d’aile de cavalerie, est devenu ab epistulis de L. Aelius Caesar, le fils adoptif d’Hadrien, après quoi il a été nommé procurateur de la monnaie et procurateur de la province de Dalmatie110. Si l’on peut se fier à la restitution proposée pour l'inscription de Quinctilius 117, il aurait été, après avoir rempli la procuratèle de la Macédoine, et avant d’exercer les fonctions de juridicus d’Alexandrie, ab epistulis de M. Aurelius Caesar, le futur Marc-Aurèle. Comme le César du 11e et du m0 siècle, jusqu’à Dioclétien, n’avait officiellement aucune part dans le gouvernement118, son ab epistulis ne peut guère être considéré que comme une sorte de secrétaire de ses commandements privés. Il était comme de juste, inférieur en dignité au secrétaire d’Auguste. Les fonctions de procurateur de la monnaie, celles de juridicus d’Alexandrie, auxquelles furent appelés, au sortir de leur charge, les deux secrétaires de César, ne sont pas rétribuées à plus de soixante mille sesterces 110. La carrière ultérieure des secrétaires impériaux variait naturellement suivant leurs aptitudes et les circonstances. Il en est qui se sont élevés jusqu’aux grandes préfectures équestres. On a cité C. Avidius Ileliodorus qui est devenu préfet de l’Égypte sous Hadrien et sous Antonin le Pieux120. 11 dut recevoir le laticlave, lui, ou son fils Avidius Cassius qui, étant gouverneur de Syrie et placé par la confiance de Marc-Aurèle à la tête des provinces et des armées de l’Orient121, osa prétendre à l’empire et paya sa rébellion de sa vie. Tarrutenius Paternus, ab epistulis latinis de Marc-Aurèle 122, devint préfet du prétoire sous Commode, et, sous le même prince, fut admis dans le Sénat avec la dignité de consulaire (adlectus inter consulares 123). L’admission de Paternus dans le Sénat n’était qu’une disgrâce déguisée, un moyen pour l’enlever à un poste beaucoup plus important que tous ceux auxquels les sénateurs pouvaient prétendre, mais la même promotion était pour d’autres, montés moins haut, une faveur insigne, par exemple pour Quinctilius qui fut promu au rang des praetorii par Antonin, le même dont il avait été le secrétaire pour la langue latine 12t. Il faut citer encore Marcius Agrippa, ab epistulis de Caracalla, dont Macrin fit un consulaire et un gouverneur de la Pannonie et de la Dacie123. Ce sont des cas exceptionnels qu’on se gardera bien de généraliser.

sen, Staatsr. 112, p. 1084-1085. — 119 Ilirschfeld, O . c. p. 263. — 120 Corp.insc. lat. III, 6025; Letronne, Recherches pour servir à l'histoire de VÈgypte, p. 249 et s. — 121 Marquardt, Staatsverw. I2, p. 421 et note 3. — 122 Dio Cassius, LXXI, 12. — 123 Vita Commodi, 4; Dio Cassius, LXXII, 5. Voir sur ce personnage, Bloch, De decretis functor. magistratuum ornamentis , p. 135, n° 47 et Remarques à propos de la carrière d' Afranius Rurrus dans Y Annuaire de la Faculté des lettres de Lyon, 1885, p. 10. — 12V Notes S0 et 81. — 125 Dio Cassius, LXXVIH, 13.

On a même remarqué que si les ab epistulis pouvaient arriver aux grands emplois de l’ordre équestre, ils y arrivaient plus rarement que leurs collègues a libellis 120 . Mais les données sur lesquelles nous opérons sont trop peu nombreuses et le hasard a trop de part dans les découvertes pour qu’on puisse attribuer à cette observation une véritable valeur.

Les fonctions ab epistulis exigeaient une plume élégante et alerte. Elle ne trouvait pas seulement à s’exercer dans la rédaction des dépêches. Elle pouvait être mise en réquisition pour une besogne plus confidentielle et plus délicate. Le biographe d’Aelius Yerus nous raconte qu’on lisait encore de son temps une belle harangue que ce prince devait adresser à son père adoptif Hadrien et que la mort l'empêcha de prononcer. On ne sait, ajoute 1 historien, si ce morceau était son œuvre, ou s’il l’avait fait composer par ses secrétaires ou ses maîtres d’éloquence « per scriniorum aut dicendi magistros127 ». Aelius Verus n’était qu’un César, mais il n’y avait pas de raison pour que les Augustes fussent à l’abri des mêmes soupçons. Les textes ne manquent pas qui nous montrent les empereurs recourant au talent d’autrui pour suppléer à leur insuffisance oratoire, ou simplement parce que les loisirs leur faisaient défaut128, et bien qu’il ne soit pas dit expressément qu’ils aient fait appel à leurs ab epistulis , on peut croire qu’ils ne s’en sont pas privés. On ne sera donc pas surpris de voir se succéder, dans ce poste, des littérateurs de renom. Il n’est pas jusqu’aux cognomina de certains affranchis, d’ailleurs parfaitement obscurs, qui ne soient significatifs à cet égard, en ce sens qu’ils attestent leur culture littéraire et l’objet ordinaire de leur activité. Ce sont T. Flavius Aug(usti) l(ibertus) ffermes ab epistulis graecis129, T. Flavius Aug(usti) l(ibertus) Ilias ab epistulis latinis 13°, et avant eux, T. Claudius Aug(usti) l(ibertus) Philologus ab epistulis131. Ce dernier était, comme l’amontré Borghesi, élève du grammairien Pudens, lequel avait été affranchi par M. Aemilius Lepidus, un des grands personnages du règne d’Auguste, et était devenu intendant ou procurateur de sa sœur Aemilia Lepida. Claudius Philologus lui avait dédié une inscription qui nous fournit ces renseignements132. Voici maintenant des noms plus connus. Nous avons rencontré déjà l’orateur Secundus et Dionysios d’Alexandrie133. Il fut, nous dit Suidas, le maître du grammairien Parthenios, l’élève du philosophe stoïcien Chaeremon auquel il succéda en Egypte dans la direction de son école. On a des raisons de l’identifier avec l’auteur de la 7iepcviy'/]<jtç ou description géographique publiée sous le même nom131. A Rome, il fut non seulement secrétaire impérial, mais aussi procurateur des bibliothèques. On a déjà pu remarquer que le service des bibliothèques était confié

126 Cuq, Le conseil des empereurs, p. 388. — 127 C. 4. — 128 Tacit. Histor ., 1,90; Pronto, Ad Verum, p. 180 et 181 ; Vite Antonini Pii, 11. Voir Eggcr, Mém. d'hist. anc. et de philol. p. 245-247. — 129 Corp. inscr. lat. VI, 5, 3247; Ovelli, 1727 ; Henzeo. III, p. 154. Comme l'inscription dit qu'il est mort a dix-huit ans, il est probable qu'il n'a été qu’employé subalterne. — 13° Muratori, 901, 3. - - 131 Corp, inscr. lat. VI, 8601. Mentionnons ici Burrus qui, à ce que nous apprend Josèpbe, fut ab epistulis graecis de Néron après avoir été son rcaiSayovio! ( Antiq . jud. XX, 8, 9). Il ne peut pas être question ici du fameux Afranius Burrus dont la carrière est maintenant connue (Corp. inscr. lat. XII, 5842) et qui n a jamais été ab epistulis. Le Burrus de Josèphe a été sans doute un affranchi et un des maîtres en sous ordre de Néron. L’homonymie avec le préfet du prétoire Afranius Burrus doit être purement fortuite. — 132 Borghesi, V, p. 296-297. — 133 Suidas, s. v. teovünix.

131 Muller, Geogr. minores, p. xvi. — 135 Notes 92 et 99. — 136 Noie 96. 137 Le

conseil des empereurs , p. 373-375. — 138 V. plus haut et notes 38 et 39. - 139 Plus

haut et note 92. — 140 Plus haut et note 99. — 141 Note 120. - 142 Dio Casslns,

volontiers à d’anciens ou de futurs ab epistulis 13s. On en peut dire autant de la direction a studiis 130 laquelle rentrait également dans leurs aptitudes, si, comme le croit M. Cuq 137 l’a studiis avait pour fonctions de recueillir les précédents à invoquer pour la solution des questions de droit et autres soumises à l’empereur. Sous Domitien et Nerva nous trouvons Titinius Capito138. Sous Hadrien, Julius Vestinus 130 ; l’anonyme dont les fonctions de bibliothécaire attestent suffisamment la compétence en matière d’érudition140; le futur préfet de l’Égypte, C. Avidius Heliodorus141, un ancien centurion, mais en même temps un rhéteur ou qui avait des prétentions à l’être, puisque son ennemi et confrère Dionysios de Milet lui écrivait : « L’empereur a beau te combler d’honneurs et d’argent; il ne fera pas de toi le rhéteur que tu n’es pas l42. » Mais le plus illustre des secrétaires d’Hadrien est C. Suetonius Tranquillus *43. Nous n’avons ni à retracer sa carrière ni à énumérer ses ouvrages. Signalons seulementson traité De institutione officiorumw' qui fut provoqué peut-être par la réorganisation des services du palais sous Hadrien145, et rappelons aussi qu’on lui reproche d’avoir porté dans la biographie des Césars la sécheresse du langage des affaires. Les Vies des sophistes, par Philostrate, écrites vers le milieu du m" siècle, fournissent un notable appoint à notre catalogue des ab epistulis, et plus particulièrement sans doute des ab epistulis graecis, car c’est à cette direction que les sophistes, originaires pour la plupart des provinces de l’Orient, devaient être appelés de préférence. Nous renvoyons pour plus de détails à l’ouvrage en question et nous nous bornons à mentionner rapidement les personnages suivants : — Celer, auteur d’un traité de rhétorique, contemporain du rhéteur Dionysios de Milet146, identique probablemen t à Caninius Cel er, un des maîtres de L. Verus, le futur collègue de Marc-Aurèle ’41. Se fondant sur cette double donnée chronologique, Friedlaender est disposé à voir en lui un secrétaire d’Hadrien 148. — Alexandre de Séleucie. Il fut député par sa ville auprès d’Antonin. Secrétaire de Marc-Aurèle149. — Adrien de Tyr, secrétaire de Commode150. — Antipater d’Hiéropolis, secrétaire de Septime Sévère, précepteur de ses deux fils Caracalla et Geta151. — Maxime d’Aega, auteur d’une Vie d’Apollonius de Tyane 1S3. Pour ces deux derniers le nom du prince qu’ils servirent reste inconnu. Ajoutons Cornelianus que nous connaissons par le rhéteur Phrynichos. Il fut ab epistulis graecis de Marc Aurèle et Commode 154. Ajoutons enfin, pour descendre plus bas, l’historien et rhéteur Eutrope, épistolographe de Constantin ,55. On ne sera pas surpris de voir tous ces gens d’école arrivés à cette situation politique. Il faut considérer que ce temps a été l’àge d’or de la rhétorique et de ceux qui

LXIX, 3. — 143 Le biographe d’Hadrien l'appelle mayister epistolaruni (M), en quoi il anticipe sur la langue de son temps. — *44 Cité par Priscien, Inslit. gramm. VI, 8, p. 697, éd. Putsch. — 145 ReilTerscheid, Sueton.reliq. p. 465. — l'»GPhilostr. Vitac sophist. éd. Kayscr, II, p. 37. — 147 Vita Veri, 2. — 148 O. c. — 149 Vitac sopli. p. 76-77. — 160 P. 89-94. Suidas (’ASçia'J&î) dit qu’il fut àvxiYçaçeùç xôv lsiazo\>ov toü Ko*a|a65ou, identique au rhéteur mentionné pa Galien, De progn. ad Eptgr. éd. Kuhn, XIV, 627. — 161 Vitae soph. p. 108-109, Ab epistulis graecis. Voir Galien. De theriac. ad Pis. p. 458, éd. Kuhn, XIV, p. 218. — 162 Vitae soph. p. 125-126. — 163 Philostr. Apoll. Tyan ., éd. Kayser, I, p. 11. — 164 C’est à lui, comme le montre la préface du recueil, qui lui est dédié, que Phrvnichos s’adresse en ces termes : « <rù üi paaiXocô; Itciutoaeù; èicisavéïç * Eclog. p. 225, éd. Lobeck. Cf. Bpi" tome, p. 418 : « àTcooavOêvxa uttb xôîv paatXEwv iTvto-xoXîa ». Comme Plirymchos vivait au temps de Marc-Aurèle et Commode (au dire de Photius, éd. Lobeck, p. v), e.’est à ces deux empereurs qu’il doit faire allusion. — 166 Codinus, De orig. Constata tinop.. in Corp. script, hist. Byz. p. 18.

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l’enseignaient. Entre la valeur réelle de cette littérature de décadence et le prix où la mettait l’opinion, le contraste est singulier. Jamais peut-être les lettres n’ont été ainsi réduites à un jeu d’esprit puéril ; jamais elles n’ont été plus aimées. C’était bien alors que l’éloquence, ou ce qui en tenait lieu, menait à tout. Pour ceux qui la professaient et la pratiquaient en même temps, ces fonctions de secrétaire impérial étaient, non pas seulement la consécration officielle, mais la récompense légitime de leur renommée. Voyez les compliments de Phrynichos à son ami Cornelianus. « Les empereurs l’ont jugé digne des plus grands honneurs. Ils lui ont confié l’administration de toutes les affaires grecques. Ils l'ont placé à côté d’eux comme un gardien, lui donnant le titre de secrétaire, mais en réalité faisant de lui leur collaborateur, suvepyov. » Quelle que fût en réalité l’influence de Vab epistulis, il y a peut être quelque exagération dans ces paroles, mais ce qui est curieux ce sont les titres de Cornelianus à cette fortune extraordinaire. Ce sont des titres purement littéraires, des qualités d’orateur et d’écrivain qui, d’après Phrynichos, l’ont signalé à l’attention de l’empereur. Son élocution est d’une pureté antique. Personne, comme lui, depuis Démosthène et son école, n’a réduit la rhétorique à cette forme sévère. Il a introduit l’hellénisme et l’atticisme dans la maison impériale, maître d’ailleurs et modèle, non seulement pour la diction, mais aussi pour les dons extérieurs, regard, voix, attitude156. D’autres textes nous montrent l’importance extrême qu’on attachait à Informe dans les lettres émanées du palais. Philostrate loue Antipater d’avoir, comme un excellent acteur de tragédie qui sait bien son rôle, parlé un langage digne de l’empereur. Son style était clair, élevé; l’expression en rapport avec le fond ; avec cela cette aimable brièveté qui est un ornement pour une lettre157. Le même Philostrate a publié contre Aspasius une sorte de diatribe où il critique durement son style. Il reproche à ses lettres, écrites au nom de l’empereur, d’être à la fois trop ornées et obscures. Ce n’est pas là, dit-il, le langage qui convient à un souverain. Quand le souverain parle, sa parole doit être aussi claire que la loi dont elle est l’organe158. On pourrait examiner, à l’aide des documents fournis en assez grand nombre par les textes épigraphiques et autres, dans quelle mesure les secrétaires impériaux se sont inspirés de ces conseils excellents. On constaterait dans leurs productions l’influence des altérations du goût public. Mais c’est une étude qui nous mènerait fort loin de notre sujet.

Los chefs de la correspondance avaient sous leurs ordres un personnel qui paraît avoir été composé exclusivement d’esclaves et d’affranchis. C’est à l’une ou à l’autre de ces deux classes qu’appartiennent les membres de ce personnel qui nous sont connus. 11 faut dire que nous en connaissons fort peu et que nous serions embarrassés pour tracer un tableau tant soit peu complet de cette hiérarchie subalterne, avec la variété des titres et des fonctions. Le premier de ces employés, comme le prouve son nom, est le proximus. Un nommé Bassus Aug(usti) lib(ertus), affranchi de Claude puisqu’il a un fils

*GG p, 379 } £d. Lobeck. — 157 Vitae sophist. p. 109. — 1&8 F. 126. *— IM Corp. inscr. lat. VI, 8608. — 1G0 O. c. p. 203, n. 1. — 161 Marquardt, Slaatsv. Il2, p. 257. — 102 Corp. inscr. lat. XIV, 2815. — 103 Sur les appointements des proximi, voir plus loin. — 16'* Corp. inscr. lat. VI, 8612. — 165 Ibid. 8613. ~~ 1GG Ibid. 8597. CT. Vita Severi Alexandri : « ... Rcfegentibus cuncta librariis et iis qui scrinium gerebant. « — 108 Hist. du Languedoc , 1, Freuves, p. 10, n. 50. — 106 Corp. inscr. lat. VI, 8597. — 170 Voir note 129. M. Cuq suppose, avec raison,

qui porte le genlilicium Claudius, a été proximus ab epistulis graecis'*9 . M. Hirschfeld it0 pense qu’il a dû être préposé, sous la haute autorité de Vab epistulis , à la section de la correspondance grecque. L’inscription nous apprend qu’il a été aussi procurator traclus carthaginiensis , c’est-à-dire intendant des domaines de l’empereur sur le territoire de Carthage101. Comme le monument élevé à Rome est funéraire, on doit supposer que cette deuxième fonction est la première en date, et que Bassus est mort alors qu’il était attaché au service de la correspondance. Un autre proximus est Aurelius Alexander, prox(imus) ab epistul(is ) lat{inis) 162. Cet employé est le seul dont la condition d’affranchi ne soit pas formellement énoncée. Mais la nature de son gentilicium et de son cognomen, jointe àl’analogie, rend cette qualité infiniment probable. On peut inférer aussi de son genlilicium qu’il vivait sous les derniers Antonins ou les derniers Sévères. La section ai epistulis graecis était alors détachée. On ne saurait donc répéter au sujet de cet individu l’hypothèse émise par M. Hirschfeld au sujet de Claudius Bassus. 11 n’était pas le chef de cette section, mais le sous-chef163. Viennent ensuite les adjutores. Les deux que nous connaissons, tous deux ab epistulis latinis, sont de tout jeunes gens. L’un est qualifié de juvenis 1G'“. L’autre est mort à dix-huit ans 105 . Leur âge, à défaut d’autre raison, suffirait à prouver qu’ils étaient placés au-dessous des proximi. Le gardien du portefeuille ( scriniarius ) devait avoir une situation plus relevée. T. Claudius divi l(ibertus), Erastus, scriniarius ab epistulis 166 , était un personnage. Il menait un certain train, puisqu'il avait lui-même des affranchis des deux sexes. Il y a des ab epistulis qui s’intitulent ainsi tout court, mais qui, étant donné leur condition servile, ne risquent pas d’être confondus avec les directeurs. Il est difficile par exemple de voir autre chose qu’un employé subalterne dans cet esclave dont la carrière est retracée ainsi : « Caesaris minis ter, Caesaris corpore custos, ab epistulis , a cyatho, castellarius aquae Claudiae, verna? a veste regia, a suppellectile, dispensator Aug[usti ) n(ostri)lM. » A plus forte raison quand il s’agit d’un esclave mort très jeune, comme Libanus, Caesaris verna, ab epistulis , mort à seize ans 169. De même il n’est pas possible que Flavius Hernies Aug(usti) lib(ertus), ab epistulis graecis , qui mourut à dix-huit ans, ait été préposé en chef au bureau de la correspondance grecque, bien que ce bureau ne constituât pas encore un service indépendant. Il va sans dire que chaque bureau de la chancellerie avait ses copistes ( librarii ) 111 . C’étaient des calligraphes dont l’habileté, à en juger par un mot de Plutarque, était proverbiale 172. Sur l’effectif de ce personnel, nous n’avons qu’une donnée qui ne remonte pas au delà du règne de Julien et n’est pas d’ailleurs spéciale au bureau de la correspondance. Libanius signale la réforme suivante parmi celles qui marquèrent l’avènement du nouvel empereur : il renvoya un grand nombre de scribes inutiles qui avaient abusé de leur position pour se livrer à de scandaleuses exactions173.

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