A ST
plan de l’exentrique sur celui de l’écliptique, et par la révolution des nœuds de l’excentrique sur ce dernier cercle.
XI. Astronomie planétaire. — Hipparque avait fait beaucoup pour l’astronomie planétaire; mais il avait reconnu qu’il ne possédait pas des données suffisantes pour constituer une théorie complète des mouvements des cinq planètes 30\ Ptolémée305 a accompli, avec plus de hardiesse que de succès réel, la tâche plus que difficile de représenter et de donner les moyens de calculer, pour le présent, le passé et l’avenir, les positions apparentes des cinq planètes vues de la terre, tout en gardant sa fausse hypothèse d’après laquelle elles tourneraient autour de la terre, tandis qu’elles tournent autour du soleil. Nous n’insisterons pas sur les détails plus ou moins inexacts de sa théorie des mouvements des cinq planètes : nous y retrouverions sous les mêmes noms et seulement avec des valeurs différentes, les restitutions de longitude, de latitude, d’anomalie, de position en longitude par rapport au soleil et par rapport aux étoiles fixes, les épicycles, les excentriques, les équants, tout cela avec des complications et des difficultés plus grandes, accrues par la fausseté de 1 hypothèse qui donne la terre pour centre approximatif aux révolutions planétaires plus ou moins excentriques autour d elle. Nous ferons seulement quelques remarques rendues nécessaires par certaines particularités propres à ces révolutions.
Considérant, avec Platon306, comme mouvement en avant le mouvement diurne d’orient en occident, Ptolémée nomme mouvements en arrière (&7roXs:{<J/siç, de {mofclitEGOou, rester en arrière), ce que nous nommons au contraire les mouvements directs du soleil, de la lune et des planètes d occident en orient, et il nomme mouvements en avant. itpoYirfaetç, ce que nous nommons les rétrogradations apparentes des cinq planètes d’orient en occident. Entre les mouvements directs et les mouvements rétrogrades, il y a les stations (stationes), que les Grecs nommaient ffTrjptyjW, parce que, pendant leurs stations, les planètes semblent fixées (è<roipiY|Asvoi), comme les étoiles fixes, à la sphère céleste, dont elles suivent le mouvement diurne d’orient en occident. Pour les apogées des cinq planètes dans leurs excentriques, il reconnaît 307 ce qu’il avait nié à tort pour l’apogée solaire, c’est-à-dire que ces apogées sont affectés, comme les étoiles fixes, par la précession des équinoxes, qui augmente, suivant lui, d’un degré en cent ans leurs longitudes. Pour le mouvement en longitude, c’est-à-dire parallèlement à l’écliptique, Ptolémée applique aux planètes inférieures (Mercure et Vénus) et aux planètes supérieures (Mars, Jupiter et Saturne) une même hypothèse générale et une même méthode, sauf une particularité propre à Mercure seul. Pour toutes les cinq planètes comme pour la lune, il y a l’épicycle et les deux excentriques, c est-à-dire le déférent et Yéquant. Pour Vénus, Mars, Jupiter et Saturne, les mouvements de l’astre sur l'épicycle et le mouvement du centre de l’épicycle sur le déférent, mouvement uniforme par rapport au centre de 1 équant, se font tous deux d’occident en orient et sont les seuls mouvements en longitude. Mais, pour Mercure, le centre du déférent est supposé 308 décrire autour du centre de 1 équant un petit cercle d’orient en occident. Cette in-
304 Ptolémée, IX, 2, t. II, p. 118-1 19 (Ilalma). Comparez IX, 3, p. 12! . — 303 Outre leS cmq derniers livres (IX à XIII) de lu Gr. comp. m. contenant lu théorie des cinq 1 T1 Plolémée’ Hypothèses des planètes, éd. Halma, Paris, 1820, in-4.
hmee, p. 40 B. - 307 Gr. comp. m . IX, B et 6, t. Il, p. IBS et 1G2 (Halma).
vention est d’autant plus bizarre, qu’elle ne concerne qu’une des deux planètes inférieures. Pour Mercure et Vénus, le mouvement le plus apparent, celui du centre de l’épicycle compté en arcs de l’équant, est principalement le résultat du mouvement annuel de la terre. C’est pourquoi Ptolémée le fait à peu près égal au moyen mouvement du soleil dans son orbite annuelle ; c’est dans les anomalies de longitude, représentées par le mouvement de l’astre sur la circonférence de l’épicycle, que se cachent les effets du mouvement vrai de ces deux planètes inférieures autour du soleil. Pour les trois planètes supérieures, au contraire, les mouvements principaux, représentés par l’excentrique et l’équant de Ptolémée, sont les mouvements vrais de ces planètes autour du soleil, et l’épicycle complète l’explication des anomalies du mouvement de ces planètes en longitude, anomalies qui résultent en partie des parallaxes produites par le mouvement annuel de la terre. Tant pour les latitudes que pour les longitudes apparentes des planètes, les efTorts de Ptolémée ont tendu à circonscrire les erreurs du calcul dans les limites des erreurs d’observation possibles avec les instruments imparfaits dont l’astronomie grecque disposait.
XII. Tables astronomiques, époques et ères. — Les observations astronomiques préparent et motivent les théories, qui elles-mêmes n’aboutissent à la pratique qu’à l’aide des tables (xavovsç). Les tables astronomiques supposent d'une part un tableau chronologique qui permette de fixer les dates d une manière claire, exacte et sûre, d’autre part des époques (iiro/af, points d’ arrêt) : le mot grec, qui n’avait pas d’équivalent en latin, n’avait pas le sens vague du mot français époque, désignant une certaine période de l'histoire. En chronologie, il signifiait la date précise et bien fixée d un événement important, et, quand on datait tous les événements d’après leur distance à une même époque déterminée, le mot signifiait ce que nous nommons une ère. Telle était pour les Grecs X époque de la irc olympiade et pour les Romains l 'époque de la fondation de Rome. Gomme terme d’astronomie, ce même mot grec ETzoypi signifiait quelque chose de plus : c’était la date précise de certaines positions des corps célestes par rapport aux cercles de la sphère. Pour éviter des complications de calculs, on faisait remonter, par un calcul rétrospectif, tous les principaux mouvements célestes à une époque commune, et l’on fixait les positions des astres pour cette époque, de manière que les calculs faits d’après les tables à partir de l 'époque fussent d’accord avec les plus anciennes observations recueillies, et donnassent en même temps les positions observées aux dates les plus récentes. Hipparque et après lui Ptolémée prirent pour époque le commencement de la première année de Nabonassar, roi de Rabylone, et dressèrent une table des règnes (xavtov f!a<n- Xecov ’m), c’est-à-dire des durées des règnes de Nabonassar et de ses successeurs babyloniens, des rois perses depuis Cyrus, des rois macédoniens d’Égypte depuis Alexandre, et des empereurs romains comme souverains d’Égypte, depuis Auguste jusqu’à la mort d’Antonin le Pieux. L’année employée dans ce canon chronologique est Vannée vague égyptienne de 365 jours, que l’astronome fait commencer à midi précis 310 sous le méridien d’Alexandrie ; les
'°.y‘ ci-dessug, § 9. — 308 Ptolémée, Gr. comp. m. IX, 6, p. 160-1GI, et Hypothèses, p. 48 (Halma). 309 }(<!. Halma, Chronologie de Ptolémée, 2° partie, p. 1-6, Paris, 1819, m-4. — 310 Biot; Chronol. astron. ch. ii, p. 272 IMém. de l Acad, des sc. t. XXU).
AST
mois employés sont les mois égyptiens de 30 jours avec les cinq jours dits épagomènes (lit ayôgevoi, ajoutés), qui complètent l'année vague. Le nombre des années de chaque règne est toujours entier ; car on l'ait remonter le règne au commencement de l’année vague de l’avéne. ment. Les règnes qui n’ont vu la lin d’aucune année vague sont omis, et dans chaque règne les mois de la dernière année inachevée sont supprimés pour être donnés fictivement au successeur. Les nombres d années depuis 1 èi e sont totalisés à la fin de la dernière année complète de chaque règne; mais un nouveau compte commence a l'avéncment de Philippe Aridée, premier successeur d Alexandre. Pour réduire la seconde ère à la première, il faut ajouter aux années écoulées de la seconde les 424 années depuis l'avénement de Nabonassar jusqu à la moit d’Alexandre. [Curonologia]. La place du commencement de la première année égyptienne vague de Nabonassar dans l’année tropique est fixée par les positions que Ptolémée indique dans ses tables pour le soleil à cette époque, savoir : longitude du soleil à partir du point équinoxial de printemps, 330° 45', et distance du soleil à partir de son apogée, 265" 13’ : ce qui donne 65° 30' pour la longitude de l’apogée solaire, supposée invariable et telle qu’Hipparque l’avait trouvée pour son temps. Poui déterminer, d’après les données de Ptolémée, la place du commencement d’une certaine année vague de l’ère de Nabonassar ou de 1ère d Aridée dans 1 annee tropique, il faut calculer le déplacement en multipliant par le nombre des années écoulées depuis Y époque l’excédant de l’année tropique sur l’année vague, excédant évalué par Ptolémée à ‘/t de jour moins c’est-à-dire à $>. C’est pourquoi Ptolémée311 dit que 300 années tropiques font 300 années égyptiennes (alyuTmaxà zir\) et 74 nychthemères (vuyjéifispa).
Les tables de Ptolémée, tant celles qu’il a insérées dans les différents livres de son grand ouvrage, que celles qu’il a publiées plus tard sous le titre de Tables manuelles 312 (Trpôyctpot xavôveç), indiquent d abord, en degrés et en di\isions sexagésimales du degré jusqu’aux sixtes inclusivement, les arcs de cercle que chaque astre, en vertu de ses mouvements moyens (géaui xmfaetç), c’est-à-dire supposes uniformes (ôg.aXat), doit parcourir en diverses périodes d années, en divers nombres d’années vagues égyptiennes simples, et en divers nombres de mois égyptiens vagues depuis 1 jusqu’à 12, de jours solaires équinoxiaux depuis 1 jusqu’à 30, et d’heures depuis 1 jusqu’à 24. Lorsqu'il y a des circonférences entières parcourues, elles sont retranchées, et les tables donnent seulement les excédants (È-ouGiai), qui marquent les lieux moyens gin ai (u*p oSot, passages moyens de l’astre en tel point). Mais, les mouvements n’étant pas uniformes, les lieux moyens diffèrent des lieux apparents (TtapoSot cpaivopievai), c’est à-dire des lieux observés (yeTY|pr,pévai) ou observables ; ces lieux apparents sont en même temps les lieux vrais (àxpiësî;), suivant Ptolémée et les autres astronomes anciens croyant à 1 immobilité de la terre ; tandis que, suivant les astronomes modernes, les. lieux vrais, différents des lieux apparents géocentriques, sont les lieux héliocentnques, cest-à-diie tels qu’ils paraîtraient s’ils étaient vus du centre du soleil. Pour passer des lieux moyens calculés aux lieux apparents et vrais suivant les anciens, il faut se servir des tables cl' anomalies, qui donnent les corrections à effectuer
AST
pour chaque arc de la révolution moyenne : les quantités de ces corrections sont les mêmes dans les arcs correspondants des deux moitiés de chaque circonférence, de l'apogée au périgée et du périgée à 1 apogée ; mais ces quantités, dont les maxima sont à 90° du périgée et de l’apogée, sont additives dans la première de ces deux moitiés, et soustractives dans la seconde, comme l’indique leur nom de prosthaphérèses (irpo<rOac&aipsff£tç, de itpoaOefftç, addition, et à'poupsctç, soustraction). Ainsi les lieux moyens, corrigés par les prosthaphérèses, donnent pour la date déterminée les lieux vrais des astres en longitude. De plus, les tables donnent les lieux vrais des astres en latitude, s’ils s’écartent de l’écliptique. Ces tables permettent de résoudre deux genres inverses de problèmes, savoir : 1°, étant données telles positions de tel astre, déterminer à quelle date précise ces positions ont existé ou bien existeront ; 2°, étant donnée telle date précise, présente, passée ou future, déterminer quelles ont été, sont ou seront à cette date les positions de 1 astre. Loisque ces positions étaient trouvées en longitude céleste, c’est-à-dire à partir du point équinoxial de printemps, si on voulait les avoir par rapport aux étoiles fixes, on partait des positions connues de ces étoiles à une certaine date, on calculait leur accroissement de longitude depuis cette date jusqu’à la date en question, à raison de 1° par siècle, quantité beaucoup trop faible, comme le faisaient Ptolémée et le second Théon d’Alexandrie; ou bien, ce qui était bien plus inexact encore, on négligeait la précession, comme le faisaient Adraste, Gcminus, Théon de Smyrne, Gléomède, Manilius, Pline, Firmicus, Martianus Capella et tant d’autres, ou même on la rejetait systématiquement, comme Proclus.
Pour le soleil, en tête des tables de Ptolemcc, sont marquées, à titre d 'époque, la longitude de 1 astre et sa distance à l’apogée au commencement de l’ère, et les tables donnent les mouvements moyens de l’astre en longitude, toujours en supprimant les circonférences entières et en ne notant que les excédants, pour des périodes de 18 ans depuis 1 de ces périodes jusqu’à 13, puis pour des nombres d'années simples depuis 1 jusqu’à 18, et ainsi de suite pour les mois, les jours et les heures. Avec ces tables et les deux données de Yèpoque, on trouve, pour une date quelconque dans l’ère, le lieu moyen du soleil tant en longitude qu’en distance à l’apogée, dont la longitude est faussement supposée invariable. Puis les tables des prosthaphérèses de longitude donnent la correction de longitude et par suite la longitude vraie du soleil, d’après la distance à l’apogée, affectée de l’erreur que nous avons signalée.
Pour la lune, outre la longitude de l’astre et sa distance à l’apogée, Yépoque comprend la distance de la lune au nœud ascendant de son orbite inclinée sur l’écliptique. De plus, la comparaison de la longitude de la lune avec celle du soleil vient compléter Yépoque, en montrant quelle était Y élongation {ànoyri) de la lune, c’est-à-dire sa distance angulaire au soleil pour le commencement de Père. En ce qui concerne la lune, le moyen mouvement de longitude, c’est-à-dire par rapport au point équinoxial de printemps, le moyen mouvement d’anomalie, c’està-dire par rapport à l’apogée lunaire reconnu mobile, le moyen mouvement de latitude, c’est-à-dire par rapport
SU Hypothèses, p. 44, éd. Halma, Paris. 1820, ia-4. — 3l2 Tables manuelles de
Ploiéince, avec les Commentaires de Théon, éd. Halma, Paris, 1822-1825, in-4.
AST
au nœud également reconnu mobile, et le moyen mouvement d’élongation, c’est-à-dire par rapport au soleil, qui se meut sans cesse, ces quatre mouvements moyens, dillérents entre eux par leurs vitesses, sont par conséquent représentés séparément dans les tables que Ptolémée a dressées pour les mouvements, moyens de la lune. Ensuite, quant aux mouvements vrais, les tables de la première anomalie, représentée par l’épicycle, donnent, pour les diverses élongations de la lune au soleil, les prosthaphérèses principales de longitude, nullcs dans les quadratures et atteignant leur maximum dans les syzygies. Puis Ptolémée indique le moyen de trouver, pour les positions de la lune ainsi corrigées incomplètement, les prosthaphérèses secondaires résultant de la seconde anomalie représentée par l’excentrique, prosthaphérèses qui, nulles dans les syzygies, ont leur maximum dans les quadratures. Mais, au lieu .de donner des tables spéciales pour la seconde anomalie comme pour la première, il donne des tables générales, comprenant toutes les prosthaphérèses nécessaires pour trouver d’abord les positions vraies de l’apogée de l’épicycle et de celui de l’excentrique, et pour trouver ensuite, par rapport à ces positions, d’une part les longitudes vraies de la lune avec toutes les corrections jugées par lui nécessaires, d’autre part les latitudes correspondantes, depuis la limite boréale (pôpstov rdp/q de la lune, maximum de sa latitude au nord de l’écliptique, jusqu’à sa limite australe (vox tov repa;), maximum de sa latitude au sud de l’écliptique. Ptolémée remarque qu’à cause de la révolution des nœuds les mêmes latitudes boréales et australes de la lune se produisent successivement dans tout le contour et dans toute la largeur de la bande zodiacale. Le calcul des élongations vraies de la lune d’après ces tables a permis à Ptolémée de dresser d’autres tables pour trouver les dates présentes, passées ou futures des conjonctions et des oppositions de la lune et du soleil. Ses mesures, très-imparfaites, des diamètres des deux astres et de leurs variations ; ses mesures, bien plus inexactes encore, des distances rectilignes variables de chacun de ces deux astres à la terre et du rapport du diamètre de la lune à celui de l’ombre du globe terrestre, et enfin ses tables des parallaxes du soleil et de la lune pour les diverses distances angulaires des deux astres au point vertical, lui ont permis de fixer approximativement, pour les éclipses de soleil et pour les éclipses de lune, les limites écliptiques (opot èxXst7mxot'), c’est-à-dire de déterminer, autour des nœuds, les écarts en longitude et en latitude au delà desquels il ne peut pas y avoir d’éclipses. Ensuite il a pu donner les moyens de déterminer, parmi les conjonctions et les oppositions rentrant dans ces limites, celles qui doivent être écliptiques, et il a dressé des tables qui permettent d’indiquer la grandeur de l’éclipse de soleil ou de lune, tant en doigts (SaxxuXot), c’est-à-dire en douzièmes du diamètre de l’astre éclipsé, qu’en minutes et secondes de degré.
Afin d’abréger, nous n’ajouterons rien sur les tables que Ptolémée a données pour les mouvements moyens des cinq planètes, pour les corrections de ces mouvements, et pour les mouvements vrais de ces corps en longitude et
S|3 OEuvrcs, p. 557-597, éd. Gregory, Oxford, 1703, in-fol. — 314 h. Estienne, lhes. ling. gr. sans citation d’exemples. — 315 Macrobe, In somn. Scip. U, 5, § 18- 19, t. I, p. 157-158 (Janus). Comparez Pline, XVII I, 33, s. 76, n» 326, t. III, p. 221 (Sdlig), et Servius, In Aen. 1, 131 (135). Pline (XVIII, 25, s. 58, n-» 218-219, p. 192) nomme aussi cardines les deux équinoxes et les deux solstices. — 316 pt<j
AST
en latitude. Les principes de ces tables sont les mêmes que ceux des tables pour le soleil et pour la lune, avec des applications un peu différentes.
XIII. Aspects, levers, couchers. — Les planètes n’ont pas d’éclipses semblables à celles de la lune, et leurs satellites, qui ont des éclipses semblables à celles du nôtre, étaient inconnus dans l’antiquité. Les anciens ignoraient aussi les phases des planètes, analogues à celles de la lune. Mais ils s’occupaient beaucoup des positions de tous les astres par rapport à l’horizon et les uns par rapport aux autres. La géométrie sphérique, par exemple dans les Phénomènes d’Euclide 313, avait suffi pour résoudre beaucoup de problèmes uranographiques. Mais, comme nous l’avons dit, ce fut la trigonométrie d’Hipparque, reproduite par Ptolémée, qui permit de transformer les unes dans les autres les positions célestes par rapport à l’équateur et les positions par rapport à l’écliptique, et de transformer les unes et les autres en positions par rapport à un horizon donné, et réciproquement. Sur l’horizon, l’on notait spécialement quatre points cardinaux nommés xc'vxpa314, cardines 315, et situés à des distances égales entre elles toutes les quatre, savoir : le nord, le sud, l’est et l’ouest. Sur l’équateur céleste et sur chacun de ses parallèles coupés par l’horizon, l’on notait aussi quatre points cardinaux nommés de même xsVrpoc 316, mais situés à des distances égales seulement deux à deux : ces quatre points étaient les deux intersections de ces cercles avec l’horizon et leurs deux intersections avec le méridien du lieu. Ces deux derniers points existaient seuls pour le cercle de perpétuelle apparition et pour les parallèles qui s’y trouvaient compris. Tous ces cercles parallèles à l’équateur étaient les cercles diurnes du mouvement apparent des astres d’orient en occident, mouvement considéré comme réel par presque tous les astronomes anciens. Les deux passages quotidiens, ascendant et descendant, des astres à l’horizon so nommaient l’un lever (dtvax dkr\, ortus), et l’autre coucher (Susiç, occasus ). Les passages au méridien, que nous nommons culminations inférieure et supérieure, se nommaient passages au milieu du ciel (usaoupavvjuaTot, (/.Ecoupocv-qasii;), l’un au-dessus de la terre (Gîtsp yyv), et l’autre au-dessous (ûtto yîjv). Les astres situés dans les cercles de perpétuelle apparition ou de perpétuelle occultation n’ont ni levers ni couchers, et leurs deux culminations se font toutes deux, pour les uns au-dessus de la terre vers le pôle nord, pour les autres au-dessous de la terre vers le pôle sud. Les positions des astres par rapport à l’horizon et au méridien d’un lieu étaient ce qu’on nommait leurs attitudes {c-/j\g. a-ncuot 317), ou leurs aspects (aspectus). Les passages à l’horizon avaient moins d’importance scientifique que les passages au méridien ; mais ils jouaient un plus grand rôle que ces derniers, tant dans la pratique vulgaire que dans l’astrologie, dont l’astronomie se fit la servante.
On étudiait aussi318 pour ce double objet les aspects ((7/v)txaTi<7ixot), des astres les uns par rapport aux autres, et surtout du soleil par rapport aux planètes et de celles-ci par rapport aux signes du zodiaque ; les distances angulaires (SidaraffEtî) variables des planètes aux étoiles fixes et des planètes entre elles, leurs appulses (ouvert; 31S>), ou
lémée, Gr.comp. m. VIII, 4, t. II, p. 98-99 (Halma); le même, Ccmp. math. (astrologique) en quatre livres, III, fol. 29 a, et fol. 30 a, Nuremberg, 1535, in-4 ; Proclus, sur la Comp. math, (astrol.) en quatre livres de Ptol. III, 4 et 5, p. 161 et 165, Leyde, 1635, in-18. 317 Ptolémée, Gr. comp. m. U. 4. — 313 ptolémée, Gr.
comp. m. VIII, 4 et 5 — 319 Posidonius dans Simplicius, Phys. U, p. 64 6, 1.40 (Aid.).
AST
AST
soudures apparentes (xo»a'«i<;S20, ffujupaffEi? 3sl, cuva^acpî 322 ), leurs occultations (sumpoiyO^detç), analogues aux éclipses de soleil, enfin et surtout les passages simultanés de deux astres à l’un des quatre points cardinaux du cercle diurne de chacun d’eux, savoir : les levers simultanés (luvotvctTcAcd OU mxpavaxoXaf), les couchers simultanés (auYxaxaSûffEt;), et les passages simultanés au méridien du lieu (cujAfxsff&upavifasK;).
Les astres qui, à. une certaine date, passent simultanément au méridien d’un même lieu, passent simultanément à tous les méridiens et ont alors les mêmes ascensions droites ; mais ces ascensions droites sont variables, d’une part pour les planètes, d’autre part aussi pour les étoiles fixes à cause de la précession. Ajoutons que les astres dont l’ascension droite est la même n ont pas la même longitude céleste, à moins qu’ils n’aient aussi la même déclinaison : ce qui impliquerait la coïncidence et 1 occultation d’un des deux astres par 1 autre. Quant aux asties qui passent simultanément à 1 horizon oriental ou occidental d’un lieu, ils ne passent pas simultanément au méridien et n’ont ni la même longitude ni la même ascension droite. La trigonométrie donnait les moyens de calculer les heures équinoxiales ou temporelles des levers et couchers diurnes de chaque astre, et des levers et couchers simultanés de deux ou plusieurs astres, pourvu que les longitudes et les latitudes célestes et par suite les ascensions droites et les déclinaisons de ces astres fussent connues, ainsi que la longitude et la latitude terrestres du lieu. On attachait spécialement une grande importance aux durées des ascensions simultanées (auvavacpopat) des arcs de l’équateur et de l’écliptique sur un même horizon donné, durées égales entre elles pour des arcs égaux de l’équateur, mais inégales entre elles pour des arcs égaux de l’écliptique, ou bien égales pour des arcs inégaux de ce dernier cercle 323. L’on obtenait ainsi la détermination du signe et du degré du zodiaque qui montaient sur 1 horizon en un moment donné, et cette détermination avait, oulre son usage astronomique, un usage superstitieux pour Yhoroscope [genethlialogia], en vue duquel aussi 1 on tenait grand compte des aspects du soleil, de la lune et des planètes dans le zodiaque au moment de la naissance d un enfant.
Parmi les aspects des étoiles fixes par rapport au soleil, on distinguait spécialement ceux qui consistent dans la simultanéité du passage de l’étoile à 1 un des quatre points cardinaux de son propre cercle diurne avec le passage du soleil soit au point cardinal correspondant du cercle diurne qu’il décrit à cette époque de 1 année, soit à 1 un des trois autres points cardinaux de ce cercle. Chacune de ces combinaisons est définie avec soin par Ptolémée 3 . Lorsque l’on considérait avec exactitude 1 instant du passage du centre du soleil au méridien ou à 1 horizon, les passages simultanés avec ceux des étoiles se nommaient <ruYX£vxp(oa£iç 32s- Chacun de ces aspects de chaque étoile fixe par rapport au soleil se produit à une époque annuelle différente suivant les latitudes terrestres ; mais, pour une
320 ptolémée, Gr. camp. m. VIII, 4, t. II, p. 98, 1. 3. — 321 Aristote, Météor. I, 6, p. 142 b, 1. 28, Berlin. — 322 stobée, Ecl. ph. I, 29, p. 578 (Heeren), et le faux Plutarque, Op. de philos. III, 2. — 323 Euclide, Phénom. théor. 8etsuiv.p. 572-597 (Gregorv) ; Hvpsiclès, Des ascensions, prop. 4 et suiv. p. 10 et suiv. Paris, 1657, in-4, et Ptolémée, Gr. comp. m. 11,7-12. — 321 Gr. comp. m. VIII, 5. 325 ptolémée, Gr.
comp. m. VIII, 5, t. II, p. 107. — 326 Th.-H. Martin, Mém. sur la période sothiaque, 2e partie, § 2 (Acad. d. inscr. sav. élr. t. VIII, lrc partie). — 327 Théophraste, Signes de la pluie, etc. ch. i, OEuvres, 1. 1, p. 782-784 (Schneider) ; Geminus, ch. xi ; Théon de Smyrne, ch. xiv, p. 178-180 ; Ptolémée, Gr. comp. m. VIII, 5. Comparez Autolycus, Levers et couchers (éd. Dasvpodius); Bremiker, De temporis e stellarum observatione definiendi ratione apud veteres usitalissima, Berlin, 1856, in-4, et Encke, Ueber die
même latitude, chacun de ces aspects est ramené à peu près à la même époque de l’année tropique, et il le serait exactement sans la précession des équinoxes, qui faisait, par exemple, que 1 année caniculaire de Memphis, régleo par un phénomène de ce genre, était un peu plus longue que l’année tropique vraie 326.
Les anciens apportaient une attention spéciale aux passages simultanés de chacune des étoiles les plus marquantes et du soleil à l’horizon. Pour les étoiles, c’étaient la des levers et des couchers annuels, qu’on nommait vrais {£kt\- Ocvat), par opposition aux levers et couchers annuels apparents (<paivôp.£vou), dont nous parlerons tout à 1 heure. Les Grecs nommaient quelquefois, et les Romains nommaient habituellement, ces levers annuels, vrais ou apparents (àvaxoX<xt,orft<s), comme les levers diurnes; mais, en général, les Grecs les nommaient imtokaî. Quant aux couchers annuels vrais des étoiles par rapport au soleil, ils se nommaient Sûc£tç, occasus, comme les couchers diurnes. On distinguait 327 pour chaque étoile deux levers et deux couchers annuels vrais. L’on nommait: 1° lever du matin (emcc |,:tT oM, ortus matutinus), le lever simultané avec le lever du soleil ; 2° lever du soir (ia-Kepla «tixoX^, ortus vespertinus), ou bien lever acronyque (<xxpôvu-/o; ou àxpôvuxxoç àvaxoX-q 3-s), c'est-à-dire lever à la limite de la nuit, le lever simultané avec le coucher du soleil ; 3° coucher du soir (âcTCpta 8u<nç, occasus vespertinus ), le coucher simultané avec le couchei du soleil ; 4° coucher du malin (!w a ouen occasus matutinus ), le coucher simultané avec le lever du soleil. Ces levers ou couchers annuels vrais des étoiles (dX-qOivai eittxoXai ou Sû<mç), que les modernes nomment levers ou couchers cosmiques, étaient assez faciles à calculer pour chaque lieu, mais ils étaient invisibles à cause de la lumière solaire.
Au contraire, il était facile de voir, mais difficile de calculer les levers ou couchers annuels que les modernes nomment hèliaques et que les anciens nommaient levers apparents (cpatvop-Evat èmxoXat ou àvaxoXou, ou bien en un seul mot œdcEiç), et couchers apparents (<patvô[j.evai Sucecç), ou apparitions du coucher (Suxixod cpaa-Eiç), ou bien en un seul mot disparitions (xpu^Ei; 329). Ces levers et couchers, essentiellement visibles, n’étaient possibles qu à condition que le soleil fût à un certain nombre de degrés et de minutes audessous de l’horizon, et ce nombre de degrés et de minutes dépendait de la latitude du lieu, de la transparence de l’air à l’horizon, de l’éclat de l’étoile et d’autres circonstances. Malheureusement, pour fixer les époques annuelles des levers et des couchers hèliaques, on consultait souvent moins l’observation présente et locale que la tradition, sans penser que, vraies pour une latitude, ces indications devaient être fausses pour une latitude différente, et que, vraies pour tel lieu à telle époque, elles devaient, suivant la remarque de Ptolémée 33°, devenir fausses pour ce même lieu par la précession des équinoxes. On distinguait deux espèces de levers et deux espèces de couchers apparents pour chaque étoile. On nommait 331 eojoc <pa<u;, ou bien ioia
Auf-und Untergaenge der Sterne und der Sonne bei den Alten ( Alead der Wissensch. von Berlin, Monatsberichte, mars 186 0). — 323 Théophraste, Signes de la pluie, ch i §2, t. I, p. 782 (Schneider); Paul d’Alexandrie, Apotelesm. au commencement, (Wittenbcrg, ’l586, in-8, ou bien 1588, in-4); Ptolémée, Comp. m. (astrol.) en quatre livres, I, fol. 26 fl, Nuremberg, 1535, in-4, et Proclus sur la Com. m. (astrol.) de Ptol. I 8, p. 31, Leyde, 1635, in-18. — 329 ptolémée, Gr.comp.m.yiU, 6 ; le même, Apparitions des fixes, à la suite de la Chronologie de Ptolémée, Paris, 1819, in-8 (Halma); le calendrier attribué à Géminus, même volume, etc. — 330 Gr. comp. m. VIII, 6, t. II,
p 112-113 (Halma). 331 Voy. surtout Ptolémée, Gr. comp. m. VIII, 6, et Geminus,
ch. xi. Comparez Ptolémée, Apparition des fixes, et les autres calendriers grecs, à la suite de Jean de Lydie, Prodiges, éd. Wachsmuth, Leipzig, Teubner, 1863, in-12.
AST
AST
£7UToX-rç ou TtpoavcrroX’}) (paivofxsvr,, le premier lever apparent, du matin, c’est-à-dire le premier lever visible de l’étoile avant le lever du soleil ; 2° êtntspîa <pa<uç, ou bien icnrepta innolv) cpatvor/év/i, le lever apparent du soir, c’est-à-dire le dernier lever visible de l’étoile après le coucher du soleil ; 3° Éwa xpu<|uç, ou bien £wa oûct; cpaivop.évv], le coucher apparent du matin, c’est-à-dire le premier coucher visible de l’étoile avant le lever du soleil ; 4° la^pia xpitytç, ou bien £G7r£ptot Séffiç (patvo (*evvi, le coucher apparent du soir, c’est-àdire le dernier coucher visible de l’étoile après le coucher du soleil. Sous l’équateur terrestre, pour toutes les étoiles, ces quatre phénomènes se succèdent dans cet ordre et à des intervalles de temps à peu près égaux. Hors de l’équateur terrestre, pourvu que la déclinaison de l’étoile, sa proximité de longitude avec le point solsticial le plus voisin, et la latitude du lieu d’observation, ne soient pas trop grandes, l’ordre des quatre phénomènes est le même ; mais l’inégalité des intervalles de temps entre eux augmente avec ces trois quantités, jusqu’à un point où l’un des levers de l’étoile arrive le même jour qu’un de ses couchers, et au delà duquel les quatre phénomènes se succèdent annuellement dans un autre ordre. Enfin, quand la distance polaire de l’étoile est égale ou inférieure à la hauteur du pôle sur l’horizon du lieu, l’étoile n’a ni levers ni couchers diurnes ou annuels.
Pour la lune, dont le mouvement d’occident en orient est beaucoup plus rapide que celui du soleil, le coucher héliaque du soir est, au contraire, le premier coucher visible après le coucher du soleil, et c’était l’observation de ce coucher qui, indépendamment de tout calcul de la conjonction vraie, marquait primitivement la néoménie , veou7)via, c’est-à-dire le commencement du mois lunaire. Ensuite vient le lever héliaque du soir, qui est le premier lever visible de la lune après le coucher du soleil ; puis le coucher héliaque du matin, qui est le dernier coucher visible de la lune avant le lever du soleil ; enfin le lever héliaque du matin, qui est le dernier lever visible de la lune avant le lever du soleil, et auquel succède bientôt la néoménie.
Pour les cinq planètes, les levers et couchers héliaqucs n’ont pas de places fixes dans l’année tropique, et n’avaient pas d’utilité pratique pour les calendriers des anciens. Mais l’astronomie savante, après avoir calculé les mouvements vrais des cinq planètes en longitude et en latitude, en concluait par la trigonométrie les instants de leurs passages au méridien et à l’horizon, et par suite les dates de leurs levers et couchers annuels vrais du matin et du soir 332.
XIV. Résumé historique et bibliographie. — Après cet aperçu des procédés et des résultats de l’astronomie positive et pratique des Grecs, il est utile de jeter un coup d’œil en arrière pour marquer les phases de son histoire353. Nous ne reviendrons pas sur l’histoire de la cosmographie primitive et des hypothèses qui lui ont succédé. Quant à
332 rtolémée, Gr. comp . m. XIII, 7-10. — ‘333 Comparez Cornewal Lewis, Tlistorical Survey of the astronomy of the ancients, Londres, 1862, in-S, et M. Iloefer, Uist. de Vastron. III, 1-13, et IV, 1, Paris, 1873, in-12. — 33^ Scs ouvrages astronomiques perdus nous sont connus surtout par Hipparque, Comin. sur les phénomènes (Uranol. de Pétau), et par le Papyrus astronomique ( Papyrus grecs du musée du Louvre, p. 7-7G, Paris, 1866, in-4, et pl. i-v de l’atlas in-fol.). Comparez Ideler et Letronne, Mémoires sur Eudoxe . — 335 Éd. de Dasypodius (Uauehfuss), Sphaericae doctrinae propositions , Strasbourg, 1572, in-8. — 336 Éd. de Buhle, avec les scolies grecques et les restes des trad. lat. antiques, 2 vol. in-8, Leipzig, 1793-1801 , ou éd. Didot. — 337 OEuvres, éd. Grégory, Oyford, 1703, in-fol., seule <3di lion complète. Les Phénomènes et d’autres ouvrages manquent dons
l’astronomie positive et savante des Grecs, au sortir de l’enfance, ses premiers progrès commencèrent avec Meton et son collaborateur Euctémon d’Athènes (ve siècle av. J. -G.), et ils se continuèrent avec Callippe d’Athènes et avec Eudoxe de Cnide (ive siècle), pour la mesure de l’année solaire et du mois lunaire, et pour le calendrier avec indication des levers héliaques des étoiles [calendarium]. Eudoxe y joignit l’étude de la sphère étoilée 33V. Après la fondation du Musaeum d’Alexandrie, Aristylle, Timocharis (commencement du me siècle) et d’autres astronomes grecs alexandrins firent des observations, qui s’ajoutèrent à celles des Babyloniens, récemment transmises aux Grecs. D’un autre côté, Au toi y eus de Pitane en Eolide (iv° siècle), dans ses traités de la Sphère en mouvement et des Levers et couchers des étoiles fixes 33S, et Aratus de Soles en Cilicie (me siècle), dans son poëme des Phénomènes 33e, résumèrent les connaissances de leur temps en astronomie. Deux grands géomètres, Euclide d’Alexandrie (du iv° siècle au m°), par sa Géométrie élémentaire encore plus que par ses Phénomènes 337, Apollonius de Perga en Pamphylie, mais habitant Alexandrie (fin du me siècle), par sa théorie géométrique des épicycles et des excentriques m, Ératosthène de Cyrène 339, directeur de la bibliothèque alexandrine, par sa mesure de l’obliquité de l’écliptique avec les armilles 34°, par ses travaux sur la géographie mathématique et par son poëme cosmographique intitulé Hermès, et Aristarque de Samos (me siècle), moins par son hypothèse astronomique vraie, mais restée stérile dans l’antiquité, que par sa méthode ingénieuse, quoique mal appliquée, pour calculer les grandeurs et les distances du soleil et de la lune 341 ; Archimède de Syracuse, par ses observations de solstices 342, plus que par la construction de ses sphères 343 ; tous ces savants du 111e siècle avant notre ère ont préparé l’œuvre du grand astronome Hipparque de Nicée en Bithynie, fixé à Bhodes (11e siècle) : par la création de la trigonométrie rectiligne et sphérique, par l'invention elle perfectionnement des instruments, par ses observations, par le parti qu’il a tiré des siennes et de celles de scs devanciers tant babyloniens que grecs, spécialement par sa Description des constellations ou Catalogue des étoiles fixes, ouvrage conservé, où les positions des étoiles sont marquées en longitude et en latitude célestes; par son ouvrage, également conservé, où il critique les sphères d’Eudoxe et d’Aratus 344 ; par le perfectionnement des sphères célestes, des planisphères et de la projection orthographique, et par l’invention de la projection stéréographique ; par la découverte de la précession des équinoxes, par les mesures de l’obliquité de l’écliptique, de la durée de l’année tropique, de l’inégalité du mouvement solaire, des moyens mouvements de la lune et des cinq planètes, de la première inégalité de la lune et de la quantité de ses parallaxes, par l’indication de la seconde inégalité lunaire, par ses méthodes, en particulier pour la prédiction des éclipses, et par ses ouvrages, malheureusement per-
l’édition de Pevrard. — 338 Dans un ouvrage perdu. V. Ptolémée, Gr. comp. m. XII, 1, t. II, p. 312 (Halma). — 339 Fragments recueillis par Bernhardy, Eratosthenica, Berlin, 1S22, in-S. — 3'.o Vov. ci-dessus, § 6. — 341 Tel est le titre de son ouvrage, publié par Wallis, Op. mathem. t. III, Oxford, 1699, in-fol. et avec des scolies plus complètes, par M. de Fortia, Paris, 18) 0, in-8, qui en a donné une traduction française. Paris, 1823, in-8. — 34â Hipparque dans Ptolémée, Gr. comp. m. lit, 2, t. I, p. 153 (Halma). — 343 Voy. ci-dessus, § 6. — 344 Le Commentaire (en trois livres) sur les Phénomènes d' Aratus et d’Eudoxe se trouve dans l’ Uranol. de Pétau (1630, in-fol.). Au même ouvrage est joint le Catalogue d'étoiles dans la collection de Vettori (Flo^ renie, 1567, in-fol.). Ce catalogue a été reproduit avec très-peu de changements par rtolcmée.
AST
AST
dus 345 à l'exception des deux qui viennent d’être nommés, 1 Hipparque a fait faire à l’astronomie ancienne d’immenses progrès; sincère et modeste, il a signalé lui-même les points douteux et les lacunes de son œuvre ; il a préparé ainsi les progrès qu'il n'a pas pu achever. Mais, dans l’antiquité il n’a guère eu de successeurs dignes de lui. Pendant les trois siècles entre Hipparque et Claude Ptolémée, nous rencontrons quelques observations astronomiques employées par ce dernier : par exemple une observation faite en Bithynie par Agrippa 346, sous Domitien ; une observation faite b Rome par Ménélas d’Alexandrie 3‘7, sous Trajan, quatre observations faites, on ne sait où, sous Adrien, par Théon l’ancien 3'8, lié avec Ptolémée, auquel il avait communiqué d’autres observations 349. A ce même intervalle de temps appartiennent beaucoup de traités élémentaires, les uns perdus, les autres conservés, les uns sortis des écoles philosophiques, comme ceux des péripatéticiens Sosigène (ioc siècle av. J.-C.) 358 et Adraste (ier ou ne siècle ap. J.-C.) 35\ des platoniciens Dercyllidès (ior siècle ap. J.-C.) 333 et Théon de Smyrne (n° siècle ap. J.-C.) 353, et du stoïcien Posidonius (ier siècle av. J.-C.) 354, dont les traités de météorologie, c’est-à-dire d’astronomie, sont la source principale du Manuel astronomique de Cléomède 355 ; les autres, étrangers aux sectes philosophiques, comme le traité élémentaire de Geminus de Rhodes (icr siècle av. J.-C.)33\ écrivain grec malgré son nom latin, et comme les petits traités plus géométriques qu’astronomiques de Théodose de Tripolis (iet siècle ap. J.-C.) 397, de Ménélas (iet siècle ap. J.-C.) 338 et d’Hypsiclès (ne siècle ap. J.-C.) 339. Mais tous sont restés en arrière des découvertes d’Hipparque, et aucun n’a reproduit une notion essentielle, due au grand astronome, celle de la précession des équinoxes. Au 11e siècle, Claude Ptolémée, né à Ptolémaïs dans la Thébaïde et fixé à Alexandrie 36°, a mieux profité des travaux d’Hipparque. Dans sa Grande composition mathématique en 13 livres 36‘, il cite expressément comme faites par lui-même plusieurs observations, dont
3S5 Un ouvrage d’Hipparque en douze livres sur les droites inscrites dans le cercle, c’est-à-dire sur la trigonométrie, est cité par Théon ( sur Ptolémée, Gr. comp. m. t. I, p. 110, Halma). Ptolémée nous fait connaître son traité du déplacement des points solsticiaux et équinoxiaux (Gr. comp. m., III, 2, p. 152, et VII, p. 10); son traité de la grandeur de l’année (III, 2, p. 163, et VII, 7, p. 13), et son traité des jours et des mois intercalés (III, 2, p. 163). Galien (Des jours criliques, III, t. III, p. 445, Bâle) cite son traité de la grandeur du mois. Pappus ( Collect . malh. VI, 57, p. 228, Bologne, 1660, in-fol.) cite son traité de l’ascension des douze signes. Pappus, (ib. VI, 38, p. 211, et sur Ptolémée, V, p. 256, Bâle), Théon de Smyrne ( Astron . ch. xxxix, p. 320) et Chalcidius (Tn Tim. ch. xc, p. 202 b, Fragm. philos, gr. t. II, Didot) citent son traité des grandeurs et des distances du soleil et de la lune ; Théon de Smyrne (Astron. ch. xxxvnt, p. 314), Chalcidius (In Tim. ch. lxxxvii p. 202 a) et Suidas, son traité du mouvement mensuel de la lune en latitude. A ch i liés Tatius (ch. ix, p. 139, üranol. de Pétau) le cite comme auteur d'un traité sur les éclipses. Strabon cite souvent la critique qu’Hipparque avait faite de la géographie mathématique d'Ératosthène. Bans d’autres ouvrages, dont Ptolémée, Théon de Smyrne (Astr. ch. xxvi, xxxii, xxxiv et lui), Pline (II, 12, s. 9, n° 54) et d'autres auteurs se sont servis sans en donner les titres, Hipparque avait traité de l'application des excentriques et des épicycles à la théorie des mouvements du soleil et de la lune et au calcul des éclipses, et il y avait consigné de nombreuses observations du soleil, de la lune et des planètes. — 3»6 ptolémée, Gr. comp. m. VII, 3, p. 22. — 317 Ib. p. 25. Comparez Pappus, Collect. math. VI, 56, p. 228, et Proclus, Sur le premier livre d’Euclide, p. 345 (Friedlein). — 318 ptolémée, Gr. comp. m. IX, 9, X, 1 et 2 ; t. II, p. 176, 193-194, 195 et 196 (Halma). — SW Ib. p. 193 et 196. — 330 Sosigène avait écrit une critique de l’hypothèse astronomique d'Aristote (Proclus, Eypotyp. p. 111, éd. Halma, et Simplicius, Du ciel, p. 219 a, p. 224 b et p. 228 a, éd. Karsten), et trois traités sur la longueur de l'année (Pline, XVIII, 25, s. 57, no. 2H-212, t. III, p. 191, éd. Sillig). Il s’était occupé aussi des mouvements des planètes (Pline, II, 18, s. 6, n» 39, t. I, p. 113). Il avait réformé le calendrier romain sous Jules César (Pline, l. c. et comparez Suétone, César, ch. xl, et Macrobc, Salurn. I, 14)- — 351 11 avait écrit un traité sur le soleil (Achillès Tatius, ch. xix, p. 139, Uranol. de Pétau), et un manuel d’astronomie (Théon de Smyrue, Astr. ch. i, p. 138, et ch. xxxix, p. 322), suivi par Théon de Smyrne dans la majeure partie de son ouvrage astronomique (Astr. ch. I-xvn, xn et xx, xxn, xxiv, xxv, et môme eu
la plus ancienne 361 est de l’an 127 de notre ère, et dont la plus récente 363 est de l’an 141 : du reste, il a suivi constamment la doctrine d’Hipparque, en y apportant quelques perfectionnements, surtout théoriques, et en y ajoutant la formule de la seconde inégalité de la lune, trouvée par lui d'après les indications d’Hipparque, et en complétant la théorie des cinq planètes. Après cet ouvrage de sa jeunesse, il n’a plus fait, comme astronome, que se résumer lui-même dans ses Hypothèses™, dans son Inscription de Canobe 3e3, dans son Tableau des règnes 36e, dans ses Tables manuelles 367 et dans son traité des Apparitions des fixes 368, appendice peu scientifique de son grand ouvrage, dont ses traités de ! Analemme 369 et du Planisphère 3,0 sont des compléments plus utiles, mais sans grande importance. Ses autres ouvrages ne concernent pas l’astronomie. Au lieu d’écrire son traité astrologique intitulé Composition mathématique en quatre livres et l’abrégé qu il en a donné sous le nom de Fruit 37t, il aurait mieux fait de revoir sa Grande composition astronomique, ne fùt-ce que pour y tenir compte de la réfraction astronomique, étudiée par luimême dans le Y° livre de son Optique m. Son grand mérite, rendu plus sensible par la perte des ouvrages d’Hipparque, est d’avoir réduit en système les découvertes de l’astronomie grecque à la veille de sa décadence, et de les avoir transmises d’abord aux Arabes et ensuite aux peuples modernes. Son grand tort est de n’avoir fait entrer dans ses ouvrages que quelques-unes des observations qu’il avait à sa disposition, et de les avoir sinon altérées, du moins choisies en trop petit nombre, en vue de leur accord avec ses théories inexactes, et en écartant toutes celles qui auraient pu le gêner ; c’est d’avoir simulé, en faveur de ces mêmes théories, des observations qu’il ne peut pas avoir faites, par exemple ses observations prétendues de longitudes d’étoiles, qui ne sont que des positions calculées sur le catalogue d’Hipparque d’après la fausse hypothèse de Ptolémée, qui réduit la précession à 4° par siècle ; c’est d’avoir simulé ou altéré les observations sur
grande partie ch. xvm, xxi, xxm, xxvi et xxviii-xxxix). Comparez ib. p. 77-79. — 332 xl avait écrit un traité sur le mythe astronomique du dixième livre de la Itép. de Platon, traité reproduit en partie par Théon de Smyrne (Astr. ch. xl et xli), et dont un autre passage a été conservé par Proclus (Sur la Hep. dans Mai, Class. auct. t. I, p. 362). — 333 Astr. éd. Martin, Paris, 1849, in-8. — 33» U avait écrit un ouvrage intitulé Météorologiques et comprenant l'astronomie et la météorologie (Simplicius, Phys. II, f. 64 b, Aid., et lliogènc de L. VII, 144). Comparez Balte, Posidonii Ilh. reliquiae, Levde, 1810, in-S, p. 58-76, et Th.-H. Martin, éd. de l 'Astr. de Théon de Smyrne, p. 65, 116 et 121. — 353 MétéOT. éd. Balte, Leyde, 1820, in-S. 356 Dans l’ Uranol. de Tétau, Paris, 1630, in-fol. — 337 Nous avons de lui trois livres Sur la sphère (éd. gr.-lat. de Jos. Hunt, Oxford, 1707, in-8), deux livres Sur les jours et les nuits, et un livre Sur les habitations, c'est-à-dire sur les climats (dans Dasypodius, Sphaer. doctr.prop. gr. lat. Strasbourg, 1572, in-8). — 358 Nous avons de lui un ouvrage en trois livres Sur la sphère (h la suite de Théodose, Sur la sphère, éd. Jos. Hunt, Oxford, 1707, in-8). — 33'J Nous avons de lui un traité Des ascensions des signes du zodiaque sur l’horizon d'Alexandrie (éd. Mentelle, Paris, 1C57, in-8, à la suite de l’Optique de Damien, fils d'IIcliodore, éd. Bartholin).
360 c’est à cause d’un mot arabe mal lu que de Claude Ptolemée on a fait
Ptolémée de Péluse. V. Schocll, Ilist. de la litt. gr. t. V, p. 240-247, Paris, 1824, in-8. C’est aussi de l’arabe que vient le nom d ’Almageste donné au grand ouvrage astronomique de Ptolémée. —361 Éd Halma, 2 vol. gr. in-4, Paris, 1813 et 1816. — 382 XI, 15, t. II, p. 268. - 363 IX, 7, t. II, p. 167. — 36» Hypothèses de Ptolémée, et Hypotyposes de Troclus, éd. Halma, Paris, 1820, in-4, Oc partie, p. 41-5b. — 363 Ib. p, 57-62. — 336 Éd. Halma, dans la 2« partie de sa Chronologie de Ptolémée, Paris, 1819, in-4. — 367 Éd. Halma, avec le Commentaire de Théon sur ces Tables, 3 vol. iu-4, Paris, 1822-1825. — 368 Éd. Halma, Chronol. de Ptol. 2» partie. — 369 Trad. lat. de Commandim, Home, 1562,
petit in-4. 370 Trad. lat. de Commandini , Venise, Aide, 1558, petit in-4.
371 xexle grec, avec trad. lat. à la suite, par Joachim Camerarius, Nuremberg,
1535, petit in -4. 372 En cinq livres, dont le premier est perdu, et dont tes quatre
derniers conservés dans une traduction latine d’une traduction arabe, sont inédits, mais ont été analysés par Dclambre, Astr. anc. IV, 14, t. II, p. 411-431, et plus complètement par Venturi, Commentarj sopra la sloriae le teorie dell’ ottica, art. 3, p. 31-62, 'et appendice, p. 225-242, Bologne.
AST
AST
lesquelles il a fondé sa détermination de l’apogée solaire, lorsque, par une erreur de 5°, il a prétendu avoir retrouvé, après trois siècles, cet apogée à la même longitude qu’il ipparque avait bien déterminée pour son temps, tandis que cette longitude s’était accrue à la fois par la rétrogradation des points équinoxiaux et par le mouvement propre de l’apogée solaire.
Après Ptolémée,on trouve deux observations d’éclipses, toutes deux de l’année 364 de notre ère, citées par le second Tbéon d’Alexandrie (iv° siècle) 373, et sept observations faites de 475 à 510, savoir : deux par Héliodore 374 et cinq par l’Athénien Thius 375. Mais ce qui domine après Ptolémée, ce sont les commentaires et les résumés : par exemple, les Commentaires de Théon et de Pappus (iv° siècle) sur la Grande composition mathématique 376, et celui de Théon sur les Tables manuelles 377 ; un traité de la sphère composé dans la première moitié du iv° siècle par Achillès Tatius 378, et dont des extraits nous restent sous le titre A' Introduction aux Phénomènes d'Aratus 379 ; le petit poëme du faux Empédocle sur la Sphère 380 ; l’opuscule sur les Constellations (xaTacrtEpcffi-wi) 381 ; le petit traité de la Sphère par Proclus (v° siècle) 382, et son Exposé (hypotyposes) des hypothèses astronomiques 383, résumé de la doctrine de Ptolémée, excepté en ce qui concerne la précession des équinoxes, niée par Proclus, et le petit traité de Jean Philopon (vii° siècle) sur l ‘ Usage de l'astrolabe 384. Des travaux de ce genre ont continué de se produire chez les Grecs pendant toute l’époque byzantine 385.
Quant aux Romains, ils n'ont pris qu’une part insignifiante aux progrès de l’astronomie. Agrippa, qui observait en Bithynie sous Domitien 386, n’était probablement Romain que de nom, comme les astronomes grecs Geminus et Proclus (Proculus). Quelques observations ont été faites en Italie, mais sans doute dans la Grande Grèce et certainement par des Grecs, par Eudoxe de Cnide, par Métrodore de Chio (iv° siècle av. J. -G.) et par Conon de Samos (m° siècle av. J.-C.) 387. D’autres observations ont été faites à Rome même, mais par le Grec Ménélas (ier siècle ap. J. -G.) 388. Les Romains ont fait quelques emprunts, mais peu intelligents, à l’astronomie grecque, dont ils n’ont jamais approfondi les théories. Ils apprirent des Grecs la construction des cadrans solaires 389. Ils apportèrent de Syracuse, à titre de butin, les sphères du Grec Archimède, et ils en firent faire une imitation par le Grec Posido-
313 Comm. sur la Gr. comp. m. de Ptol. VI, p. 293 (284), et 340 (332), éd. de Bàlo (dont la pagination est fausse depuis la page 276 numérotée 267). Théon ne dit pas avoir fait ces observations lui-même. — 374 Dans Halma, Ckronol. de Ptol. 2e partie, après le Tableau des règnes , p. 10-11. Cet Héliodore, qu'il ne faut pas confondre avec un astronome homonyme du vhi» siècle (Codin, Origines de Constantinople , p. 43 B de Venise, p. 54 de Paris), est peut-être le même que l’opticien Héliodore de Larisse. Comparez Th. -H. Martin, Recherches sur Héron, p. 52-56. — 373 pans Halma, l. e. p. 11-12. — 376 Divres I, JI, IV, milieu du V', livres VI à IX, livre X, moins la fin, livres XII et XIII, éd. gr. de Bâle, 1538, in-fol. Le reste manque. Théon est remplacé par Pappus pour le commencement et la fin du V» livre, et par Nicolas Cabasilas (xiv« siècle) pour le III» livre. Les livres I et II de Théon ont été publiés avec trad. fr. par Halma, Paris, 1821, in-4. — 377 Éd. Halma en trois vol. in-4 (1822-1825), rare. — 378 Suidas, au mot ’AyiXAeu;, et Julius Firmicus, Matheseos lib. 111 (Al. IV, 10), fol. XLVI v» a , Venise, 1497, in-fol. Suidas a tort de confondre 1 auteur du traité de la sphère avec le romancier homonyme, qu’il nomme à tort Statius. — 379 Dans 1 ’Uranol. de Pétau, p. 121 etsuiv. Paris, 1630, in-fol. — 380 Dans I abricius, Biblioth. gr. t. I, p. 478-479 (anc. éd.). Dans cette œuvre d’un grammairien de bas étage et de basse époque, on remarque, par exemple (v. $4), un jeu de mots absurde entre le mot Tuüço;, Taureau, nom d’une constellation zodiacale, le mot, donné faussement comme ancien par le versificateur, oùçvç, urus, aurochs, taureau saunage, mot de grécité assez basse, qu’on ne trouve que là et dans une épigramme d’Hadrien ( Anlhol . pal. VI, 332, v. 3), le mot ionien <fùjo;, limite, et le mot poétique ooçoç, gardien. — 381 Éd. Schaubach, Gocttingen, 1795, in-R. Cet opuscule en mauvaise prose grecque est une contrefaçon du Poeticon astronomicon, extrait d un ouvrage d’Hvgin. V. Bernhardy, Eratosthenica, p. 114-134, Berlin,
nius 39°. Certains Romains 391 empruntèrent à la Grèce et transportèrent dans leur calendrier des indications de levers héliaques d’étoiles, mais sans tenir suffisamment compte des différences de latitude. Cependant Jules César, aidé par le Grec Sosigène d’Alexandrie, essaya de marquer dans l’année tropique, pour le climat de Rome, les dates des levers et des couchers héliaques des principales étoiles 392, et Pline 393, qui a suivi ces indications du calendrier de Jules César 394 pour le Latium, a rapporté au climat de chaque auteur les indications du même genre contenues dans les parapegmes grecs ; mais il n’a tenu aucun compte des changements -produits par la différence des époques. Quant à la précession des équinoxes, cause de ces changements, Pline, malgré son admiration pour Ilipparque, l’a ignorée, et il ne paraît pas que, depuis l’époque d’Hipparque, auteur de cette découverte, jusqu’à la chute de l’empire d’Occident, aucun Romain en ait pris connaissance.
Quelle qu’ait été l’admiration des Romains pour la science universelle de Varron et pour ses ouvrages astronomiques en particulier 395, ce ne fut pas lui, mais le Grec Sosigène, que Jules César appela à son aide pour réformer le calendrier romain, et une nouvelle réforme fut nécessaire sous Auguste, parce que les Romains n’avaient pas su comprendre et appliquer l’intercalation quadriennale d’un jour 396. Rome ancienne a produit des astrologues, tels que Tarutius Firmanus, qui tira l’horoscope de la ville éternelle 397, et Nigidius Figulus, qui tira l’horoscope d’Auguste 398 ; elle a produit des traités d’astrologie, soit en vers, comme celui de Manilius (sous Auguste) 3", soit en prose, comme celui de Julius Firmicus (iv° siècle) 400 ; mais rien n’indique qu’elle ait jamais produit aucun ouvrage astronomique de quelque valeur. On vantait beaucoup Sulpicius Gallus (n° siècle av. J.-C.) comme disciple do l’astronomie grecque401. Cependant, sur les distances de la lune et du soleil à la terre, ce n’était ni à son illustre contemporain Hipparque de Rhodes, ni à Aristarque de Samos, qu’il s’en rapportait, mais c’était à Pythagore, c’està-dire à l’enfance de la science grecque : il y avait, suivant Sulpicius, 126,000 stades (23,285 kilomètres) de la terre à la lune, et le double (46,570 kilomètres) de la terre au soleil 402. Avec des notions aussi fausses, il avait bien pu écrire un ouvrage sur la cause des éclipses 403, mais il ne pouvait pas calculer d’avance les éclipses de lune et de soleil, comme
1822, in-8. — 382 \ ia suite des Hypothèses de Plolémée, éd. Bainbridge, Londres, 1620, in-4. — 3S3 Exp. d. hypothèses astr. à la suite des Hypothèses de Ptolémée, éd. Halma, Paris, 1820, in-4. — 384 Éd Hase, Bonn, 1839, in-8. — 383 y. M. Ho fer, Hist. de l'astr. III, 14, p. 239-240, Paris, 1873, in-12. Aux auteurs qu'il cite, ajoutez Héron le Jeune (x» siècle), Géodésie, chap. xi (astronomique), p. 236-251 (éd. Vincent) ; Psellus le Jeune (xie siecle), Des quatre sciences math. Bâle, 1556, in-8, 4e partie ( Astron .), et Enseignements de tout genre, ch. lxxxviii-ciu (dans Fabricius, Biblioth. gr. t. V, p. 132-142, anc. éd.), et les chapitres astronomiques (ch. xxivxxx) de l’Abrégé de physique de Nicéphore Blemmide, p. 255-366, éd. AVegelin, Augsbourg, 1605, in-8, ou bien col. 1213-1300, éd. Migne [Patr. gr. t. CXL1I, Paris. 1S65, gr. in-8). — 386 Voy. plus haut. — 387 ptolémée. Apparitions des fixes, p. 53 (Halma). — 383 y0y. plus haut. — 389 pline, VII, 60, n°s 212-215, t. II, p. 67-68 (Sillig); Censorin. De die natali, c. xxm, et Vitruve, IX, 8 (9). — 390 y0J. pias haut, S 6. — 391 Voy. p. ex. Columelle, De re rust. ( Scriptores rei rusticae, éd. Schneider).
— 392 Pline, XVIII, 25, s. 57, n»» 207-217, t. III, p. 190-192 (Sillig). — 393 pline, XVIII, 25-33, s. 57-74, n«» 207-320, t. III, p. 190-219 (Sillig). — 394 c’est ce calendrier que Lucain ( Pharsale , X, 187) nomme annus Caesaris , et qu’il compare au
calendrier d’ Eudoxe ( Eudoxi fiastibus). — 393 a. Gellius, N. A. IX, 14. ;96 Ma-
crobe, Salurn. I, 14 ; Pline, XVIII, 25, s. 57, n°* 211-212. — 397 Cicéron, Div. II, 47. - 398 Suétone, Octave, ch. xciv. — 399 Astronomicon libri V, éd. Lemaire {Poet. lot. min. t. A I). *00 Matheseos libri XII, Yeuise, 1497, in-4. L’édition de Pruckner
(Bâle, 1533, in-fol.) compte huit livres, parce que le Proemium y est compté comme premier livre. — «I Cicéron, O/fi. I, 6 -, De Rcp. I, 14-16 ; Pline, II, 12, s. 9, etc.
— 402 Pline, II, 21, s. 19, n<> 83, t. I, p. 129 (Sillig). — *03 pline, II, 12, s. 9, n» 53, t. I, p. 118 (Sillig).
AST
AST
on prétendit plus tard qu’il l’avait fait Pourtant une éclipse de lune contribua beaucoup à sa renommée. Les auteurs les plus dignes de foi et les plus rapprochés de son temps 405, suivis en cela par la majorité des écrivains anciens qui ont mentionné ce fait 40e, se bornent à dire que, le lendemain de l’éclipse, pour rassurer des soldats romains effrayés de ce prodige, il les harangua et leur expliqua la cause physique du phénomène. Mais, au bout d un siècle, on commença à ne plus parler ni de la frayeur des soldats, causée par ce phénomène imprévu, ni de 1 explication donnée le lendemain par Sulpicius ; mais à dire qu il avait prédit l’éclipse la veille 407 . Hipparque aurait pu faire cette prédiction ; mais il est très-douteux que jamais un citoyen de l’ancienne Rome ait su calculer d avance une éclipse 408. Pline 409 parle de l’astronomie grecque avec une admiration emphatique, mais en des termes qui prouvent qu’il ne la comprend pas bien, par exemple lorsqu’il confond des expressions d’astrologie avec des expressions astronomiques 41°, ou lorsqu il mêle à des lambeaux de la science grecque de fausses notions empruntées à la cosmographie populaire 4U. Quelques écrivains romains, par exemple Hygin 413, Vitruve 41î, Manilius 4l4, Pline lB, Censorin 416, Macrobe 417, Martianus Capella 418, Chalcidius 4I9, ont traité en passant quelques questions astronomiques, mais en suivant les Grecs pas à pas, sans se hasarder au delà des premiers éléments delà science, et non sans commettre des fautes.
En somme, si toutefois on peut dire qu’il y ait eu une astronomie romaine, elle n’a été qu’un écho très-faible et très-infidèle de l’astronomie grecque. Th. -II. Martin.
ASTYDROMIA (AaTuSpôjjuoc). — Fête célébrée à Cyrène en commémoration de la fondation de la ville *.
ASTYNOMOI. — Magistrats, qui, comme les agoranomoi, peuvent, à beaucoup de points de vue, être comparés aux édiles de Rome, et que l’on rencontre dans beaucoup
40» Cicéron, Cato major, c. xiv. — 403 Cicéron, De Rep. 1 , 15, et Polybe, fragments du livre XXIX, 6, § 8-10, t. Il, p. 44-45 (Didot). - 406 Voy. Plutarque, Paul-Émile, ch. xvn ; Quintilien , Inst. or. I, 10, § 47; Justin, XXXIII, 1; Yalère-Maxime, VIII, 11, Rom. § 1. — 407 Tit. Liv. XLIV, 37; Pline, II, 12, s. 9, § 53, t. 1, p. 118 (Sillig) ; Froatin, Stratag. I, 12, § 8. Comparez Jean de Lydie, Prodiges, ch. ix, p. 15-16, éd. Friedlein, Leipzig, Teubner, 1863, iu-S. — 408 On risquait moins en calculant rétrospectivement l'éclipse de Romulus (Cicéron, De Rep. I, 15); car on n’avait pas à craindre d etre démenti par l’événement. Comparez Th.-H. Martin, Sur quelques prédictions d’éclipses mentionnées par des auteurs anciens, g 4 { Revue archéol. 1864). — 409 II, 8, s. 6 ; II, 12, s. 9 ; II, 13, s. 10 ; II, 21, s. 19 ; II, 22, s. 20 ; II. 23, s. 21 ; II, 26, s. 24. — 410 H, 16, s. 13, n°» 64- 65, t. I, p. 121-122 (Sillig). Là il confond les apsides astronomiques ( périgée et apogée) avec les exaltations (Wi^ava) et les déjections (uni vi^ara), augmentations ou diminutions imaginaires de la puissance astrologique de telle planète, suivant le signe du zodiaque où elle se trouve. — 411 Voy. ci-dessus, § 3. — 412 Poeticon astronomicon libri IV (OEuvres, éd. Scheflcr, Hambourg et Amsterdam, 16/4, in-12). Ce sont des extraits abrégés d’un ouvrage d Hygin, contemporain d Auguste. Le quatrième livre est surtout astronomique. Les trois premiers sont moins astronomiques que mythologiques. Une autre rédaction du troisième livre s’est conservée sous le titre i De imaginibus coeli, éd. Hasper, Leipzig, 1861, in-8. — 413 De architectura libri X, dont le neuvième livre est astronomique, éd. Schneider, Leipzig 1807-1803, 3 vol. in-8 (époque d’Auguste). — 414 Astronomicon libri V, dont le premier livre est astronomique et les suivants sont astrologiques (même époque). — 415 Hist. nat. II, 1-26, s. 1-24 (éd. Sillig, Hambourg et Gotha, 1851-1858, 8 vol. in-8, texte très-amëlioré). — ‘16 De die natali, éd. Havercamp, Leyde, 1743, in-8 (m* siqcle). — *17 In somnium Scipionis, t. I des OEuvres, éd. Janus, Ouedliufmrg. 1848-1852, 2 vol. in-8 (v' siècle). Les deux Excerpta mathematica anonymes (t. I, p. 218-226), appartiennent à l’astronomie du moyen âge. — ‘18 De nuptiis philologiae et Mercurii et de septem artibus liberalibus libri IX, éd. Kopp, Francfort-surle-Mein, 1836, 2 parties, in-4, liv. VIII, De astronomia (v* siècle). — 419 Commentarius in Timaeum Platonis, éd. Mullacb, Fragm. philos, gr. t. II, 1867, Didot (iv* siècle); partie astronomique, ch. lviii-cxxv, p. 195 a-ï 1 0 è, où il y a des pages entières traduites de l’ Astronomie de Théon de Smyrne, que le plagiaire s’est biCD gardé de nommer. — Bibliographie. Les ouvrages des astronomes anciens et les principaux textes anciens concernant l’histoire de l’astronomie ont été cités dans les notes. Il en est de même des principaux écrits modernes concernant des points spéciaux de l’histoire de l’astronomie grecque et romaine. Il nous reste à indiquer
d’États grecs. Nous constatons notamment leur présence à Ancyre, Athènes, Cnide, Eumenium, Héraclée de Rithvnie, Olbia, Rhodes, Sinope, Ténos Teuthrania, etc.
Aristote nous indique quelles étaient en général leurs attributions : ils veillaient à ce que, dans la ville, toutes les propriétés, appartenant soit à l'État, soit aux particuliers, fussent en bon ordre ; ils faisaient consolider et réparer les édifices qui menaçaient de s’écrouler ; ils présidaient à l’entretien et à la réfection des voies publiques ; ils faisaient respecter les limites des propriétés et prévenaient autant que possible les contestations qu’un déplacement de bornes aurait suscitées 2. Platon est d’accord avec Aristote : dans sa république idéale, les astynomes auront la police des édifices, des voies publiques et des autres choses du même genre ; ils empêcheront les hommes et les animaux de causer du dommage, et maintiendront le bon ordre dans la ville et dans les faubourgs 3. Ailleurs le philosophe ajoute : « Trois astynomes se partageront entre eux les douze parties de la cite ; ils entretiendront les rues et les grands chemins qui conduisent de la campagne à la ville ; ils obligeront les citoyens à se conformer aux lois dans la construction de leurs édifices ; ils auront la haute direction du service des eaux 4. » Toutes ces attributions offrent beaucoup de similitude avec celles des à<7Tuvo[/.ixo{, décrites par Papinien dans un texte grec reproduit par le Corpus juris civilis B. Notons enfin que le nom et la fonction des astynomes figurent souvent sur des briques et sur des anses d’amphore, sans qu’on puisse dire exactement à quel titre 8.
A Athènes, à l’époque classique, il y avait dix astynomes désignés chaque année par la voie du sort, à raison d un par tribu 7. Cinq exerçaient leurs fonctions dans la ville ; les cinq autres se tenaient au Pirée 8. Un local spécial,
1 àffxuvô[j.iov, leur était altecte .
Pour résumer d’un mot leurs attributions, nous dirons
les histoires modernes de cette astronomie, ou du moins les principales d entre elles, savoir : Weidler, Historia astronomiae, ch. v à vu, p. 65-202 (Wittenbcrg, 1741, in-4), ouvrage surtout biographique et bibliographique, complété par la Bibliographia astronomica du même auteur (Wittenbcrg, 1755, in-12); Heilbroner, Ilistoria matheseos universae, Leipzig, 1742, in-4, I. 4-19, p. 54-401, ouvrage surtout biographique et bibliographique, où les astronomes sont mêlés avec les autres mathématiciens; Costard, The history of astronomy, Londres, 1767, in-4, p. 1-156 ; Bailly, Histoire de l’astronomie ancienne jusqu.' à la fondation de l école d Alexandrie, Paris, 1775, in-4, ouvrage plein des hypothèses chimériques de l’auteur ; le même, Histoire de l'astronomie moderne depuis la fondation d’ Alexandrie, 3 vol. in-4, Paris 1779-1782, livres I-IV, t. I, p. 1-212 et 443-578; Montucla, Histoire des mathématiques , 2' éd. complétée par Lalande, Paris, 1799 1802, 4 vol. in-4, part. I, livres III-V, 1. 1, p. 102-350, où les astronomes sont mêlés aux autres mathématiciens; Schaubach, Geschichte der griechischen Astronomie bis auf Eratosthenes, Goettingen, 1802, in-8 ; Vince, Complété story of astronomy , formant le tome III® de son System of astronomy, Cambridge, 1797-1808, 3 vol. in-4 ; Bossut, Histoire des mathématiques (2 vol. in-8, Paris, 1818), période I, ch. v, t. I, p. 71-172 ; Delambre, Histoire de l’ astronomie ancienne, 2 vol. in-4, Paris, 1817, ou plutôt analyses des principaux ouvrages anciens sur l’astronomie ; Whewcll, History of the inductive sciences , 2' éd. 3 vol. in-8, Londres, 1847, t. I, p. 121-248 ; sir George Cornewall Lewis, An historical survey of the astronomy of the ancients, London, 1862, in-8, ch. î-iv, p. 1-255, et M. Ferdinand Hoefer, Histoire de l’astronomie, Paris, 1S73, in-12, p. 1-252. Ajoutons ici un ouvrage théorique, mais où l’histoire de l’astronomie grecque et romaine trouve d’amples et utiles matériaux : Riccioli, Almagestum novum, tome 1 en deux volumes in-folio, Bologne, 1651. U faut consulter en outre Ideler, Historische Untersuchungen über die astronomischen Beobachtungen der Alten (Berlin, 1806, in-8); le même, Handbuch der mathematischen und technisclien Chronologie, 2 vol. in-8 (Berlin, 1825-1826), t.I, p. 226-476 ; Biot, Résumé de chronologie astronomique(t. XXII des Mémoires de l’Académie des sciences, p. 209-476, Paris, 1849, in-4), et Biot, Traité élémentaire d’astronomie physique, 3e édition très-augmentée, ouvrage inachevé (5 vol. in-8, Paris, 1841-1857), dont certains passages concernent l’astronomie grecque. ASTYDROMIA. 1 Suid. I, p. 361 ; cf. Lobeck, Aglaophamos, p. 596. ASTYNOMOI. 1 Frôhner, Inscr. gr. du Louvre, n. 82-86, — 2 Politic. VI, 5, 3. — 3 Leg. VI, D. p. 354. — ‘ lb. p. 358. — 5 L. 1, D. De via publica, 43, 10 ; voir cep. Platner, Process und Klagcn, II, p. 339. — « Dumont, Inscr. céramiques dé la Grèce, p. 141. - 7 Drmosth. C. Timocr. § 112, R. 735. — 8 Harpocr. s. v. vô;a o; ; voir cep. Petit, Leg. alti p. 337. — 9 Plat. Leg. XI, D. p. 464.
ASY
ASY
fju ils étaient chargés de la police générale de la cité. C était pour ce motif qu'ils devaient veiller à la propreté des rues; aussi les xoTrpoXo'yot ou balayeurs étaient placés sous leurs ordres. Le maintien des bonnes moeurs et de la décence publique leur était confié par la môme raison ; voilà pourquoi les textes nous les montrent investis d’un droit de contrôle sur les joueuses de flûte ou de harpe qui se montraient dans les rues 10, et chargés d’admonester les citoyens qui paraissaient hors de leurs maisons dans des toilettes excentriques prohibées par les lois somptuaires M. Le titre flatteur de TiaxÉpsç 1% 7tôÀ£wç, qu’on leur décernait quelquefois 12, était sans doute une allusion à leur qualité de défenseurs de la morale publique.
Les historiens du droit attique donnent encore aux astynomes athéniens, comme aux astynomes en général, la mission de veiller à l’entretien des édifices publics et à la distribution des eaux dans la ville. Nous ferons remarquer toutefois qu’il y avait à Athènes des commissaires spéciaux, tels que les xziymoioi, les ôSo-rcotol et autres iTrtffTocTxi oy)g.oi7it»)v Ipycov, -qui semblent avoir été institués pour débarrasser, soit ordinairement, soit exceptionnellement, les astynomes d’une partie de leurs attributions régulières I3. Aristote dit même que ce morcellement des pouvoirs de 1 astynomat était habituel dans les villes populeuses u. Il est aussi vraisemblable que le service des eaux, à raison de son importance, était confié à des magistrats particuliers, les £7TîXTccTctt xwv ôoaxwv, qui pouvaient y donner tous leurs soins et qui étaient indépendants des astynomes 1S.
Un texte d’Isée parle d’un testament qui avait été déposé dans lacTuvo'puov 16. Mais il s’agit là d’un dépôt volontaire fait par le testateur à cause de la confiance que lui inspiraient les astynomes, et non pas d’une attribution régulière de ces magistrats 17 . Les testaments pouvaient être conservés par le testateur ou remis par lui entre les mains d'un simple particulier 18. E. Caillemer.
ASYLIA (’AxuXia). — On peut distinguer, en Grèce, deux sortes d acuXta : 1 une était un privilège accordé à certaines personnes ; 1 autre, un privilège attaché à certains temples.
I. — L’àauXia, lorsqu’elle était accordée à un individu, mettait celui-ci, quant à sa personne et quant à ses biens, à l’abri de toute entreprise hostile de la part des habitants du pays qui avait concédé le privilège. Lors même que la guerre éclatait entre ce pays et la nation à laquelle appartenait l’acuXoç, lors même que les États belligérants délivraient des lettres de marque [sylè] et autorisaient les courses ou les expéditions de partisans, l’oEauXoç n’avait rien à craindre. Son nom rappelle précisément qu’il était protégé contre les corsaires l.
L’àffuMoc appartenait de plein droit aux athlètes pendant toute la durée du voyage qu’ils faisaient pour se rendre aux jeux solennels et pour en revenir a. Les am-
10 Harpocr. Il l)iog. Laërt. VI, g 90, D. 184. — 12 Schol. in Demosth. U. 735,
10, D. p. 726. — 13 Voir Pauly, Real-Encyclopüdic, I, 2c édit. p. 1943. — 14 Politic. "'l. S, 3 ; cl. Poilus, VIII, 113.— 1S Voir Bachr, sur Hermann, Staatsalterthümer,
5c édit. p. 573. — 16 De Cleonymi hered. §§ 14, la, 25, D. p. 23S. — 17 Schoemann, Ad Isaeum, p. 184. — 18 is. De Philoct. hered. §§ 7 et 31 ; De Astyph. lier. §g 5, c,
18. - Bibliographie. Meier, Attische Process, 1824, p. 93-96 ; Schubert, De Romanorum aedilibus, 1828, p. 81-93 ; Biickh, StaatshaushaUung der Athener, 2e édit. 1831, 1, p. 285 ; Westermann, in Pauly, Deal-Encyclopaedic, I, 2c édit. 1866, p. 1942 et s.; Schoemann, Griechische Alt ert humer, I, 3e édit. 1871, p. 440 et suiv. ; Hermann S t aat sait ert humer, 5c éd. 1S74, § 150 ; cf. C. E. Wendt, De politia Athemensium, Erlangen, 1798, et Baumstark, De curatoribus emporii et mutodicis, 1828, p. 44.
ASYLIA. l Jaenisch, De asylis Graec. p. 10 et s. — 2 p]ut. Aratus, c. 28.
— 3 Tissot, Des proxénies grecques, p. 71 et s. — 4 p0llux, VIII, 139. — iJEggcr"
bassadeurs l’avaient également en verfu de leur titre.
Elle était souvent octroyée, par décrets individuels, aux personnes étrangères qui avaient rendu des services au pays : c’était alors une distinction honorifique, une espèce de décoration. Les cités la décernaient fréquemment aux proxènes, que rappellent assez bien ceux qui, avec le titre d’agents consulaires, veillent à l’étranger sur les intérêts de nos compatriotes 3.
On la voit aussi accordée, pour favoriser l’exercice de leurs charges, à des hérauts \ à des artistes dionysiaques 5, à des ouvriers employés aux travaux d’utilité publique, etc.
Nous pourrions même citer des cas où l’àauXfa fut concédée, non pas seulement à quelques individualités, mais à un pays tout entier. Une riche série de documents authentiques, provenant des archives de Téos 6, montre que cette ville avait obtenu d’un grand nombre d’autres villes la déclaration que la cité et le territoire de Téos seraient sacrés et inviolables et que tous les Téiens auraient à jamais pleine sécurité tant sur terre que sur mer. Notons aussi, comme une espèce d’àuuXi'a, la protection, qui, sous le nom de trêve sacrée (exs^etpta), était accordée à l’Élide pendant la durée des Jeux Olympiques7, et que l’on trouve également mentionnée à l’occasion des fêtes d’Éleusis 8, des Jeux Néméens, Isthmiens, etc.
II. — Le respect qui s’attachait aux temples des dieux protégeait contre toute atteinte, non-seulement les objets consacrés au culte, mais encore les personnes qui se trouvaient dans l’enceinte religieuse. Les malheureux, qui, à tort ou à raison, étaient l’objet de persécutions, cherchèrent à bénéficier de cette inviolabilité en se réfugiant dans les temples. Des monuments de toute espèce offrent des représentations nombreuses de fugitifs assis sur l’autel ou embrassant la statue de quelque dieu. On en pourra voir plus bas des exemples (et ci-dessus p. 351, fig. 42, ainsi qu’aux articles orestes, cassandra, palladium, etc.).
Il est vraisemblable que, dans les temps anciens, la plupart des sanctuaires jouissaient du privilège de mettre a l’abri des poursuites les personnes qui s’étaient placées sous la tutelle de la Divinité. Mais les abus étaient inévitables. Accorder à tous sans exception, innocents ou coupables, la même faveur, c’était rendre vaines les lois pénales et encourager au crime les méchants par la perspective d’une impunité facile à obtenir. Aussi le droit d’asile fut réglementé, et, à l’époque classique, il n’appartint plus qu’a un petit nombre de temples9.
On doit bien se garder, en effet, de confondre à cette époque 1 ixExet'a et l’affuXi'a. L’Ixctsi'x appartenait indistinctement à tous les sanctuaires, c’est-à-dire qu’un malheureux, innocent ou coupable, lorsqu’il se voyait poursuivi, Pouvait se réfugier dans le premier temple qu’il rencontrait, lors même que ce temple n’était pas un asile. Était-il un de ces suppliants iepot xe xal otyvol, dont parle Pausa-
Études histi sur les traités publics, 2e édit. p. 287 et suis. ; Foucart, De collegiis scenicorum artificum, 1873, p. 43 et s. - 6 Egger, /. c. p. 260 et s Les Él0'iiens conférèrent l’imlla à tous les Céiens par un décret conservé dans le Corp. insc. gr. nl>23o0. Ipeulé, Études sur le Péloponèse , 1855, p. 271 et s. — 8 Corp. insc'. gr. n- 71, I, p. 108. - 9 En présentant, pour 1 époque classique, le droit d’asile comme un reste d un droit plus général, qui, à l’origine, appartenait à presque tous les temples, et qui, par suite d’abus, fut restreint à quelques sanctuaires plus renommés que les autres, nous nous écartons d’une opinion qui a d’éminents défenseurs et d après laquelle les véritables asiles seraient de date relativement récente. Plusieurs auteurs pensent que, jusqu’au m- et peut-être même jusqu’au i,« siècle avant notre cre, « nihil aliud fuit in civitatibus graecis supplipibus nisi omnium sacrorum propria sanctitas. » voir Waclismuth, ffellen. Alterthumskunde, 2« édit. 1, p. 335, note 31, et Foerstcr, De asylis Graccorum, p. 39.
ASY
ASY
nias 10 dignes par leur innocence d'une sollicitude particulière, il était protégé contre des persécutions ultérieures par la sainteté du lieu. Était-il coupable, il différait habituellement l’heure de son supplice ; car, si l’exécution eut lieu quelquefois dans le temple lui-même ", ce fut lit cependant une exception, et l’opinion publique s’y montrait J défavorable. Mais le coupable n’était pas protégé par une impunité, tout au plus l’abri que le dieu lui donnait était pour lui un titre à la clémence 12.
Dans les temples qui jouissaient de 1 «suM'a, il en était autrement. Les criminels, ceux mêmes qui avaient été condamnés au dernier supplice ”, échappaient a toute peine tant qu’ils demeuraient dans l’enceinte consacrée. Euripide s’élevait avec raison contre cette faculté accordée à tous indistinctement, innocents ou coupables, acquittés ou condamnés, de se placer sous la sauvegarde de la Divinité ; il aurait voulu que cette faveur ne pût être réclamée que par les innocents 14. Mais ses objections n avaient pas semblé décisives. Le peuple ne voyait rien de surprenant dans ce fait que les temples mettaient obstacle à l’exécution des lois. À ses yeux, c était le dieu qui prenait le condamné sous sa protection, et la justice humaine devait s’incliner quand la Divinité intervenait pour arrêter son action 1S.
La distinction que nous venons d’exposer entre l’àaiAîa et 1’ ix£Ts(a doit certainement être admise en principe; mais on se heurte à de grandes difficultés, lorsqu’on essaye de déterminer quels étaient les temples qui méritaient, a proprement parler, le titre d’asiles. 11 est, en effet, malaisé de reconnaître, dans les récits des historiens anciens, si tel temple a joui véritablement de l’àduMa, ou s’il était resté dans le droit commun de Fus-csia. Peut-être les anciens eux-mêmes étaient-ils souvent embarrassés pour résoudre cette question. Car la plupart des temples qui réclamaient le droit d’asile ne produisaient pas des titres précis et se bornaient à invoquer la tradition. Lorsque des doutes sérieux existaient et qu'il devenait nécessaire de les dissiper, on s'adressait aux amphictyons16, qui, après un examen approfondi, tranchaient la difficulté n.
On cite habituellement comme asiles proprement dits les temples suivants 18 :
Dans l’Attique, 1° le temple élevé en l'honneur de Minerve sur l’acropole d’Athènes, et l’on invoque en faveur de cette opinion les faits qui suivirent la conspiration de Cylon '9. Cependant, Fœrster, après un examen attentif des récits d'Hérodote 20 , de Thucydide 51 et de Plutarque ”, déclare qu’il ne résulte pas des détails consenés par ccs historiens que le temple de Minerve ait joui de prérogatives supérieures à celles de tous les temples; il croit que les complices de Cylon n’y trouvèrent pas une protection plus grande que celle que leur eussent offerte les temples de Mercure, de Neptune ou de Diane 23. Les objections de Fœrster ne nous paraissent pas décisives. Si le refuge
10 vil, 25, 1. — 11 Xcnoph. Hist. graeca, IV, 4, 3. — 12 Voir Thucyd. IV, 98; L'>ias, C. Eratosth. § 98, I). 150; Lycurg. C. Leocrat. g 93, D. 17; Xcuoph. Agésilas, 11 ; Histor. grâce. 11,3, 52; Diod. Sic., XIII, 29 ; XIV, 4. — « Polyb. IV,
35. 14 Ion , 1315-1322. — 15 V. Andocid. De myster. § 139, D. 71. — 16 Schne-
mann, Griech. Alterth. 2« édit. II, 33. M. Schoemann va même plus loin, p. 203, eu reconnaissant aux amphictyons le droit de concéder VamUa. En sens contraire Jaenisch, p. 17. — 11 Tacit. Annal. IV, 14. — l8 Voir une longue énumération dans rauly, Àealencyclop. I, 2* éd. p. 1946 et s. — « Jaenisch, p. 21. - 20 V, 71.
21 J )25. 22 Solon, 12 ; cf. Schol. Aristoph. Equit. 445, et Paus. VII, 23, 3.
23 De asylis, p. 31-33. — Jaenisch, l. c. p. 23. — 25 V. cep. Paus. I, 20, § ,. — 26 Pour le Theseion, voir Etvm. magu. s. v. er.jcïov, et Plut. Thés. 36 ; pour le temple des Erinuves, Schol. Aristoph. Thcsm. 224; <*. Paus. VII, 25, g 1 et s
choisi par les Cyloniens ne leur eût pas assuré l’impunité, on ne s’expliquerait pas pourquoi les magistrats se décidèrent à négocier avec eux et h contracter des engagements pour les décider à sortir du temple. Il est vraisemblable toutefois que le sanctuaire de Minerve perdit plus tard le privilège de l’àuuXta 24 ; car on n’en trouve plus de mention bien formelle dans l’histoire d’Athènes 2o. 11 faut peut-être en dire autant du Theseion et même du temple des Eiinnyes ou Euménides; à l’origine, ils étaient des asiles 6, a l’époque classique, ils avaient perdu ce caractère et seivaient tout au plus de refuge, ordinaire ou extraordinaire 27, aux esclaves maltraités par leurs maîtres A 2° Le temple de Diane à Munychie. Mais les textes que l’on invoque pour démontrer l’àatAta de ce sanctuaire nous semblent faire seulement allusion à 1 t/.£T£ia2J. Ils nous apprennent que les citoyens, qui se croyaient injustement soumis aux charges de la Hiérarchie, pouvaient, en attendant que leurs réclamations fussent jugées, trouver dans le temple de Diane un refuge momentané contre les mesures de répression dont ils auraient été l’objet de la part des apostoleis 80.
On cite encore quelquefois le sanctuaire d Amphiaraüs àOropos; mais le seul texte invoqué à 1 appui du dioit d’asile de ce temple 31 n’est pas décisif 32.
En Laconie, le temple de Minerve Chalciœkos à Sparte. L’asvMa de ce sanctuaire est prouvée par le jugement que les anciens portèrent presque unanimement sur la conduite des Spartiates à l’égard de Pausanias, qui y avait cherché un refuge 33. Fœrster croit cependant que 1 on donne à ce fait une importance excessive, et il conteste l’àffuXta en se fondant sur ce que l’orateur Lycurgue approuvait l’acte des Spartiates3*; approbation qui serait inexplicable si ceux-ci avaient véritablement violé un asile35. Mais Polybe déclare expressément que ceux qui se réfugiaient dans le temple de Minerve Chalciœkos y étaient en sûreté, lors même qu’ils auraient été condamnés a mort 36, et son témoignage est confirmé par 1 histoire d’Agis : Léonidas, malgré sa méchanceté, n’osa pas attenter à la vie de ce jeune prince tant qu il resta dans 1 intérieur du temple de Minerve 37.
Le temple de Neptune à Ténare était le lieu de refuge habituel des esclaves, des hilotes et des périèques s\ tandis que les personnes de condition libre se réfugiaient dans le sanctuaire de Minerve Chalciœkos. Cette affectation spéciale est démontrée par l’histoire de Pausanias 39 ; le messager de ce prince, étant à Lacédémone, ne serait pas allé demander protection au temple de Ténare, si cette protection lui eût été fournie par le temple de Sparte 40.
En Argolide, nous citerons le temple d'Esculape à Épidaure 41 , le temple de Junon à Argos ‘2, les temples de Cérès Chthonia et de Proserpine à Hermione t3, le temple de Neptune à Calaurie. Fœrster a cependant soutenu que ce dernier n’était pas un asile 41 ; mais Strabon le qualifie de
27 V. infra. - 28 Jaenisch, l. c. p. 23-27. - 28 Demosth. Decorona, § 107, R. 262 ; Schol. h. I. D. p. 595. Un texte de Lysias, C. Agoralum, § 24 et suiv. D. 153, n est pas plus probant; voir Jaenisch, p. 27. - 30 Foerster, l. c. p 36 et suiv. - « Du*. Laërt. II, 142. — 82 Jaenisch, l. c. p. 34; Schoemann, Gr. Alterth. 2« édit. II, p. 202. - 33 Thucvd. I, 128 et 134 ; Diod. XI, 45. - 3» Lycurg. C. Leocr. §§ 128 et s. D. p. 24. — 38 L. c. p. 34-36 ; cf. Schoemann, Gr. Alt. 2< éd. t. II, p. 203, noté 1 36~p0lyb. IV, 35, 3, D. p. 227. — 37 Plut. Agis, 16 et 19 ; cf. Jaenisch,
28 - 38 Xhucyd. I, 133; Diod. XI, 45; cf. Corn. Nepos, Pfusan. IV, 4. — 39 Thuc I 128. — w Jaenisch, p. 29 ; V. toutefois Schoemann, Gr. Alt. 2« édit. U 202. l’« Plut Pomp. 24. - H Eod. I. - « phot. Lexic. s. ». 'Epiu™,, éd. 1823*, p. 15 ; cf. Zenob. Prov. II, 22, et Plut. Pomp. 24 ; A. Maurv, Hist. des relig. de la Grèce, II, p. 70. — w De asyl. Graec. p. 39 et suiv.
ASY
îspôv «ctAov et parle de 1 «cuXt'a qui y était attachée ‘^Plutarque le mentionne dans l’énumération des asiles qui furent pillés par les pirates ; enfin Démosthène y chercha un refuge. Archias, qui n’hésita pas à recourir à la violence contre les autres orateurs réfugiés dans le temple d’Ajax à Égine, n’osa pas user de contrainte contre Démosthène 46 ; il se borna à faire des efforts pour décider le fugitif à sortir spontanément de sa retraite 47.
APhlionte, le temple consacré primitivement à Ganymède et plus tard à Hébé. Les personnes qui s’y réfugiaient y trouvaient l’aSîta, et Pausanias vit suspendues aux arbres du bois sacré, comme hommages à la Divinité, les chaînes des prisonniers qui y avaient recouvré la liberté48.
Mentionnons encore les sanctuaires suivants, bien que, pour beaucoup d’entre eux, il soit permis de soutenir que les textes font seulement allusion à l’txsTeia : en Arcadie, le temple de Diane à Lysa entre Clitor et Cynætha49;le temple de Minerve Aléa à Tégée80; le temple de Jupiter sur le mont Lycée 81 ; — en Achaïe, le temple de Neptune à Hélice 52 ; — dans l’Isthme, le temple de Neptune 53 ; — en Béotie, le temple de Minerve Itonia àCoronée54; — en Acarnanie, le temple d’Apollon à Actium 83 ; — puis le temple d’Apollon à Leucade66, le temple de Junon à Corcyre 87, le temple d’Apollon à Délos 5\ le temple d’Esculape à Cos 59, les temples de Junon et de Diane cà Samos 60, un autre temple à Samothrace61, celui de Junon à Lacinium dans la Grande-Grèce 62 ; enfin en Asie Mineure les temples de Claros, près de Colophon, Didyme, etc....
Nous avons dit que TàtruXt'a pouvait être réclamée, nonseulement par les innocents qui cherchaient à se dérober à d’injustes persécutions, mais encore par les criminels, même par ceux que les tribunaux compétents avaient reconnus coupables des plus grands forfaits et qu’ils avaient condamnés au dernier supplice 63. Nous devons noter cependant que, d’après la législation d’Athènes, il était naturel de refuser aux condamnés à mort le bénéfice de l’àauXt'a, puisqu’il leur était interdit de pénétrer dans les temples. Peut-être même tous les condamnés, qui, par suite de leur condamnation, étaient exclus des temples, étaient-ils par cela même exclus du droit d’asile, et, si l’un d’eux, après avoir commis un nouveau crime, avait voulu, malgré son indignité, se réfugier dans un sanctuaire, il aurait pu être arraché de l’asile et subir sa peine ®\
La protection résultant de 1 inviolabilité du sanctuaire ne pouvait être réclamée que pendant le temps que le réfugié passait dans l’enceinte consacrée (7tsptëoXoç). Cette enceinte était plus ou moins étendue suivant les localités. Souvent, d’illustres personnages , afin de témoigner au dieu leur respect, profitaient de leur séjour dans le voisinage du temple pour en reculer les limites. C’est ainsi qu’Alexandre, Mithridate et Antoine augmentèrent successivement la circonférence du terrain privilégié qui entourait le temple de Diane à Éphèse, l’un des plus fameux de l’antiquité 63.
43 VIII, G, 14. — 46 Pomp. 24. — 47 plut. Demosth. 28 et suiv. ; cf. Jaenisch, p. 30 et suiv.; Schoemann, Griechische Alterthümer, 2» édit. II, p. 202. — 48 pans. jj) ^ g 4; cf. Thuc. IV, 133, et Paus. II, 17, 7. — 49 pulyb. IV, 18, § 10. — 50 raUs. Ill’ 5, 6 et III, 7, 10 ; Plut. Lysand. 30 ; Xenoph. Hist. gr. III, 5, 25.— 51 Thuc. V, IG.
— 52 Paus. VII, 24, 6 et suiv. — 53 plut. Pomp. 24. — 6V Plut. Agésilas, 19 ; mais ce texte se rapporte seulement à lumia. V. Schoemann, Gr. Alt. II, 2» éd. p. 20 i.
— 55 piut, Pomp. 24. — 56 Eod. I. — 57 Thuc. III, 81. — «S Tit. Liv. XXXV, 51.
— 59 Tac. Ann. IV, 14. — «0 plut. Pomp. 24; Herod. III, 48 ; Tac. Am. IV, 14.
— O Plut. 1. 1.; Tit. Liv. XLV, 5. — 62 plut. I. I. - 63 p0lyb. IV, 35. — 64 Westermann, Iieal-Encycl. I, 2» édit. p. 1946. — 65 strab. XIV, 1, 23.— 66 plut. Solon, 1?.
67 Ileredot. I, 26. — 68 Thuc. III, 104. — 69 Eurip. Androm. 257 ; Herc. fur. 244 !
ASY
L’histoire légendaire d’Athènes nous offre un fait qui autoriserait à croire que les réfugiés continuaient à jouir de r«<ioXt* en dehors du 7tepî6oXo;, pourvu qu’ils restassent unis à l’asile par un signe matériel et visible. D’après Plutarque, les partisans de Cylon, quand, sur les instances de Mégaclès, ils se décidèrent à sortir du temple de Minerve, voulurent conserver le droit d’asile. Pour cela, ils attachèrent une corde à la statue de la déesse et marchèrent en déroulant cette corde entre leurs mains. Ce fut seulement après la rupture, accidentelle ou préméditée, du lien que ces malheureux furent massacrés par les Alcméonides 66. Cette anecdote peut être inexacte ; mais elle n’a rien d’invraisemblable, et d’autres faits attestent l’importance que les Grecs attachaient à l’existence d’une connexité apparente. Lorsque Crésus assiégea Éphèse, les assiégés ne se bornèrent pas à consacrer leur ville à Diane , dont le sanctuaire était éloigné de sept stades (environ treize cents mètres) 67 ; ils rattachèrent matériellement Éphèse au temple à l’aide de câbles tendus entre l’autel de la déesse et les murs de la ville. De même, quand Polycrate, tyran de Samos, voulut consacrer à Apollon Délien l’île de Rhenea qu’il venait de conquérir, il fit établir une chaîne reliant cette île à Délos 68.
L’àcjuXi'a ne fut pas toujours respectée, et les historiens citent beaucoup de cas dans lesquels, malgré la sainteté de l’asile, on atteignit le réfugié, soit directement, soit indirectement. Quand on n’osait pas lui faire ouvertement violence, on employait des moyens détournés; on environnait le temple de troncs d’arbres auxquels on mettait le feu pour contraindre le malheureux à se rendre ou à périr dans les flammes 69 ; on enlevait le toit du sanctuaire pour exposer le réfugié aux injures du temps ; on murait les portes pour le faire mourir par la famine, sauf à les ouvrir, par scrupule de conscience, lorsque la mort était imminente 70. Dans d’autres cas, l’outrage à la Divinité était manifeste: ainsi les Lacédémoniens massacrèrent des hilotes qui s’étaient réfugiés dans le temple de Neptune à Ténare71. Mais ces faits étaient flétris par l’opinion publique qui les regardait comme des sacrilèges, et, lorsque des malheurs atteignaient plus tard les auteurs de ces violences, la foule y voyait une punition infligée par les dieux justement irrités 72.
III. — Lorsqu’un maître excédait le droit de correction que la loi lui reconnaissait sur son esclave, et lui infligeait de mauvais traitements hors de proportion avec ses fautes, l’esclave pouvait, comme l’homme libre, demander protection aux dieux et se réfugier dans leurs temples 73. Il y avait même des sanctuaires spécialement affectés aux esclaves : le Theseion à Athènes74, le temple de Neptune à Ténare73, le temple d’Hercule à Canope7®, le bois sacré d’Apollon Ivarneios près d’Andanie77; mais souvent, contraint par la nécessité, l’esclave cherchait un asile dans le temple le plus rapproché de lui. A Athènes, par exemple, nous voyons des esclaves, qui, au lieu de fuir jusqu'au
cf. Plaut.iI/08fc/I. V, I, 65, et Budens, III, 4, 63. — 70 Thuc. I, 134; cf. Herod. III, 48.
— 71 Thuc. I, 128 ; cf. III, 81 ; Herod. V, 46 ; VI, 91 ; Paus. I, 20, § 7; VII, 24, § 6, etc.
— 72 Thuc. I, 128; Paus. VII, 25, g 3, etc.; cf. Maury, l. c. II, p. 74. — 73 Eurip.
Suppl. 267 : '%£! xaraoufiiv SoüXo; gojioùç dsûv ; ï<m SoùXç. çeùïijjo; 268 ; cf. Plut.
De superstitione, c. 4, Didot, p. 197. — 74 plut. Thés. 36; Aristoph. Equit. 1311 ; Poil. VU, 13. — 75 Thuc. I, 133 ; Diod. XI, 45 ; C. Nepos, Paus. 4, 4. — 76 Herod. II,
1 13 ; Foerster, De asyl. Gr. p. 41 et suiv. — 77 Lebas et Foucart, Inscr. du Péloponnèse, no 326 a, g 16. M. Iiüchsenschiitz, Besitz und Erwerb, p. 152, cite encore le temple d’IIébé à Phlionte ; mais les textes que nous avons indiqués note 48 prouvent seulement que ce temple était un asile et ne permettent pas d'affirmer qu’il fût particulier aux esclaves. Voir pour la Sicile, Diod. XI, 89.
ASY
ASY
Theseion, se sont mis à l’abri du temple desErinnyes18, ou sont montés sur l’autel de la Mère des dieux79. Quelquefois même, une simple couronne, posée sur leur front, leur imprimait une sorte d’inviolabilité religieuse. « Je vous persécuterai, dit l’esclave Carion à son maître Clirémyle, et vous ne pourrez pas me battre, grâce â ma couronne de laurier 80. »
11 existe un certain nombre d’ouvrages de la sculpture antique, qui représentent des acteurs dans des rôles d esclaves fugitifs 81 : on les voit assis sur un autel, quelquefois portant sur leur tête une couronne, d autres fois la tenant à la main. Nous reproduisons un bas-relief en terre cuite de la collection Campana, au musée du Louvre (fig. 389), dont le sujet est une scène de comédie : un es-
Fig. 589. Esclave réfugié sur un autel.
clave s’est réfugié sur un autel, à l’intérieur d’un temple; deux personnages sont avec lui; il paraît vouloir échapper à la poursuite du plus éloigné 82.
L'inviolabilité de l’esclave n’était pas toujours de longue durée. 11 était facile au maître, Clirémyle en fait la remarque, d’arracher à l’esclave sa couronne et de le corriger ensuite avec usure83. Si le fugitif était dans un temple, on le décidait quelquefois, par adresse ou par menaces, à sortir du refuge. A Andanie, le prêtre était appelé à juger les griefs de l’esclave contre son maître, et, s’il ne les trouvait pas suffisants, il ordonnait que le malheureux fût rendu à son propriétaire84. Enfin, lors même que l’esclave avait obtenu le pardon le plus complet, rien ne lui garantissait qu’il ne serait pas châtié, plus rigoureusement encore qu’autrefois, dès qu’une occasion favorable s'offrirait au maître de se dédommager de l’impunité actuelle83. La loi athénienne, préoccupée de ce danger, permit à l'esclave réfugié dans un temple d’exiger, au moins quand ses plaintes étaient bien fondées86, que son maître le mît en vente (Ttpaciv ocîteïv) 8‘. Faute de détails sur 1 exercice de ce droit, nous ne pouvons pas indiquer avec certitude comment il fonctionnait; mais on admet généralement J que le maître pouvait être actionné en justice lorsqu il refusait de consentir à la vente, et les tribunaux 1 obli- j geaient à se dépouiller au profit d’un tiers de sa qualité de maître88.
IY. — Quand les Romains furent maîtres de l’Asie Mineure, beaucoup de cités prétendirent qu’un droit d’asile
78 Aristoph. Equit. i311. —79 Aeschin. C. Timarch. § 60, D. p. 40. — 80 Aristoph. Plut. 20-21. — 81 Monum. Matteiana, I, pl. cm ; Ficoroni, De larrns scen. et fig. corn. pl. xvm, n. 61 ; Yisconti , Mus . Pio-Clement . III, pl. 28 ; Clarae, Musée de sculpt. pl. 873 et 874 A et B; Ane. Alarbl. in British Mus. X, pl. xliii ; Wicseler, ùenkmâler des Bûhnenwesens, xi, n. S-ll ; xn, n. S. — 88 Vov. à ce sujet, Wieseler, Annal, de V Inst, de corr. archéol. 1859, p. 389, pl. O. — 83 Aristop. Plut. 22-23.— «» Inscription citée note 77- ligne 83 — 83 piaul. Moslcll.X ,2, 57. — 86 Schoemann, Gr.Alt.
était attaché aux sanctuaires édifiés sur leur territoire. A l’appui de leurs prétentions, les unes invoquaient d’anciennes légendes, tandis que les autres se fondaient sur des titres de date relativement très-récente ; mais les affirmations de la plupart d’entre elles étaient en réalité très-contestables 89 . Les Romains ne cherchèrent pas d’abord à dépouiller les temples du privilège de l’àcuMa ; ce privilège pouvait même, à un moment donné, avoir pour la république des avantages, et les sanctuaires privilégiés servirent quelquefois de refuge aux citoyens romains contre les persécutions et les vexations des provinciaux. Mais aussi, grâce à cette tolérance, les temples devinrent, en quelque sorte, des repaires, dans lesquels les esclaves rebelles, les débiteurs insolvables, les criminels notoires venaient impunément braver leurs maîtres, leurs créanciers, ou la justice.
Le scandale fut si grand que l’empereur Tibère, en l’an 22 de notre ère, prescrivit au sénat de vérifier et de contrôler les allégations des cités. Les villes furent invitées à envoyer à Rome des députés chargés de faire valoir et d’appuyer les titres sur lesquels reposait leur droit d asile.
Quelques-unes, reconnaissant que leurs prérogatives étaient usurpées, y renoncèrent volontairement. D autres acceptèrent un débat contradictoire, fort séiieux, qui dura assez longtemps pour que le sénat finît par se décharger sur les consuls, en se réservant seulement le jugement des questions litigieuses.
Le résultat de l’enquête ne fut pas, comme le dit Suetone 90, l’abolition de tous les asiles, mais la limitation du nombre des villes favorisées et l’obligation pour elles de se renfermer rigoureusement dans les limites tracées pai le titre constitutif, que le sénat confirma.
Parmi les temples qui purent attacher à leurs murs une plaque d’airain, reproduisant les termes du scnatus-consulte qui consacrait leurs prétentions, figura en première ligne le temple de Diane, àÉphèse01. Le droit d’asile de ce temple remontait à la plus haute antiquité, suivant la tradition, les dieux eux-mêmes en avaient bénéficie, et Apollon y avait trouvé un abri contre la colère de Jupiter après le meurtre des Gyclopes. Ce privilège avait été reconnu et proclamé à toutes les époques; Hercule, maître de la Lydie, l’avait accru; les dominations persane, grecque et romaine l’avaient respecte. Alexandre et Mithridate avaient étendu la circonférence de l’enceinte favorisée ; Antoine l’avait doublée de telle façon qu’elle comprenait une portion de la ville ; Auguste l’avait enfin ramenée à ses anciennes limites. C était, dit Plutarque , le refuge préféré des débiteurs insolvables. — Le temple de Diane Leukophryne, à Magnésie, avait été élevé â la dignité d’asile par Scipion, après sa victoire sur Antiochus, et par Sylla, après ses triomphes sur Mithridate93. — Le temple de Vénus à Aphrodisias, les temples de Jupiter et d’Hécate à Stratonicée, avaient été dotés par César du droit d’asile, en récompense des services qu’ils avaient rendus à sa cause, et par Auguste en reconnaissance de la fidélité qu’ils avaient gardée aux Romains lors d’une incursion des Parthes94. — Le temple de Diane, à Hiéro-
2« édit. II, p. 20 3. — 87 Pollux, VII, 13 ; cf. pour Rome, Gaius, I, 53. — 88 Büchscnschütz l. c. p. 153. Voir toutefois Meier et Schoemann, Attische Process, p. 403- 405. — 89 Voir sur ce point Tacit. Ann. III, 60 et suiv. — 90 Tib. 37. — 91 Tac. Ann. III, 61. — 92 Jje vit. ciere alieno , III, § 3, D. p. 1010; cf. Strabo, XIV, 1, 23, î). p. 547 ; App. De bello Mithr. 23, D. p. 220. — 93 Tac. Ann. 111, 62. — 9'. Corp. inse. gr. n ” 2715 et 2737 ; peut-être le titre reproduit sous le n° 27(5 a-t-il été rédigé à l'occasion de l’enquête ordonnée par Tibère ; Boeckh, l. c. 11, p. 484.
ASY
ASY
Fig. 590. Temple Je Diane à Perge, en Pamphylie.
Dans les temps anciens, les États comme des hôtes inviolables les étrangers, qui
césarée, faisait remonter son privilège à Cyrus ; M. Perpenna, P. Servilius Isauricus et d’autres généraux romains avaient, non-seulement proclamé la sainteté de cet asile, mais encore étendu sa protection à une enceinte de deux mille pas95. — Citons encore les temples de Vénus àPaphos et à Amathonte, le temple de Jupiter à Salamis de Gypre90, les temples d’Esculape à Pergame97 et à Cos98, le temple de Junon â Sarnos ". — D’autres sanctuaires, tels que le temple de Vénus Stratonice à Smyrne109, le temple do Neptune à Ténos, les temples d’Apollon et de Diane à Sardes et à Milet, furent moins heureux, parce que leur droit d’asile ne reposait que sur de vagues et obscures traditions 101 . Il faut probablement en dire autant du temple de Bacchus à Tralles 102, du temple de Diane Leukophryne à Milet103, du temple d’Apollon et de Diane à Daphné , près d’Antioche, en Syrie104, et de beaucoup d’autres, élevés dans des villes qui avaient fait graver sur leurs monnaies le mot ootuXov 105 : on en voit ici un exemple (fig. 590).
V. — A propos du droit d’asile, disons quelques mots de l’extradition.
recs accueillaient après avoir
commis un crime dans leur pays, s’étaient dérobés par la fuite au châtiment106. Livrer un fugitif au souverain ou aux tribunaux d’une autre nation était regardé comme un acte d’impiété, que les dieux ne manqueraient pas de punir.
Plus tard, l’extradition eut des partisans. Peut-être l’exemple des pays étrangers, avec lesquels la Grèce était en relations habituelles, et qui, de temps immémorial, extradaient les criminels, ne fut-il pas sans influence sur les Grecs. Nous possédons un document diplomatique, contemporain de Moïse, qui renferme le texte d’un traité entre Ramsès II et le prince de Cheta, et on y trouve plusieurs clauses relatives à l’extradition. Chaque souverain s’oblige à ne pas recevoir les habitants de l’autre pays qui seraient tentés de venir s’établir chez lui, et il promet de faire reconduire les fugitifs dans leur pays d’origine 107. Les deux princes s’engagent toutefois à traiter les extradés avec indulgence et à ne pas leur appliquer toute la rigueur des lois 108.
Quoi qu’il en soit, la légitimité de l’extradition était encore douteuse au temps de Cyrus. Un fait rapporté par Hérodote le prouve suffisamment109. Le Lydien Pactyas, qui avait soulevé ses compatriotes contre Cyrus, s’était réfugié à Cymé pour échapper aux vengeances du roi de Perse. Mazarès, lieutenant du roi, ayant demandé que le fugitif lui fût livré, les Cyméens voulurent, avant de répondre, connaître l’avis des dieux. Ils consultèrent l’oracle des Branchides, qui répondit que l’extradition était possible. La majorité allait obéir, quand un simple citoyen, Aristodicus, cédant à des scrupules de conscience, proposa de soumettre l’affaire à un nouvel examen. Il se ren dit aux Branchides et interrogea de nouveau l'oracle, qui
répondit, comme la première fois, qu’il fallait livrer Pactyas aux Perses. Aussitôt Aristodicus, faisant le tour du temple, chassa de leurs nids les petits oiseaux qui s’étaient établis dans le sanctuaire, et, comme le dieu lui reprochait son impiété, il s’excusa en disant qu’il mettait en pratique le conseil que l’oracle venait de donner aux Cyméens. « Si je vous ai ordonné, répliqua le dieu, de livrer Pactyas, c’est pour que vous périssiez promptement en punition de votre faute. Vous ne deviez pas mettre en doute les droits d’un suppliant, et vous avez commis un acte impie en venant consulter l’oracle pour savoir si un fugitif pouvait être livré à ceux qui le réclament. » Les Cyméens, placés entre leur devoir et la colère de Cyrus, envoyèrent Pactyas à Mitylène; puis, apprenant que les Mityléniens, moins scrupuleux, allaient se soumettre aux injonctions de Cyrus, ils firent enlever et conduire le malheureux àChios. Les habitants de Chios, qui prouvèrent dans d’autres circonstances leur insouciance pour les droits des suppliants 110, livrèrent Pactyas et reçurent le prix de leur bonne volonté pour les Perses 111 . Mais ce qui montre que leur conduite était peu honorable, même à leurs propres yeux, et qu’ils croyaient avoir encouru le mécontentement de la Divinité, c’est que, pendant longtemps, ils s’abstinrent d’affecter aux sacrifices les revenus de l’immeuble que Cyrus leur avait donné.
On finit par reconnaître que cette impunité offerte à de grands coupables pouvait avoir des inconvénients, et que le refus d’extradition devait être limité aux fugitifs qui n’avaient pas commis de crimes trop odieux. Athènes, qui s’enorgueillissait de respecter soigneusement le droit des suppliants malheureux112, avait reconnu dans ses lois le droit à l’extradition. Quand un citoyen d’Athènes avait trouvé la mort sur un territoire étranger, elle exigeait que le meurtrier fût poursuivi devant les tribunaux du pays. A défaut de poursuite, elle demandait l’extradition (-poaé- Taçev IxSotivou), et c’était seulement lorsque l’État étranger refusait de livrer le coupable quelle autorisait les parents du mort à user de I’Androlepsia 113. Puisque les Athéniens réclamaient l’extradition de certains criminels, il est probable qu’ils l’accordaient eux-mêmes dans quelques cas. Nous devons toutefois ajouter que les Athéniens se montraient indulgents pour les homicides, qui, sans attendre leur jugement, quittaient le sol de l’Attique et se rendaient en pays étranger. Non-seulement ils ne réclamaient pas leur extradition 114 , mais encore ils avaient édicté des mesures destinées à les protéger contre les violences dont ils auraient pu être les victimes us. « On ne reçoit pas en ennemis, dit Lycurgue 116, les meurtriers, qui, fuyant leur pays, viennent demander un refuge. »
VI. — Le droit d’asile, qui occupe, comme on vient de le voir, une si grande place dans l’histoire de la Grèce, ne paraît pas avoir été admis par les Romains. On ne trouve dans leur langue aucun terme correspondant à l’acuXi'a des Grecs, et une remarque faite par Tite-Live à propos de l’asile de Délos in, prouve que cette institution était complètement étrangère aux mœurs de Rome 11S.
Sans doute, en Italie comme en Grèce, il dut arriver
95 Tac. Ann. III, 62. — 96 Eod. I. — 97 Tac. Ann. III, 63 ; cf. Appian. De Bell. Mithr. 23, D. p. 220. — 98 Tac. Ann. IV, 14. — 99 Eod. I. — 100 C. insc. gr. n° 3137, ligne 12. — 101 Tac. Ann. III, 63. — 102 C. insc. gr. n° 2919; voir Bocckh, II, p. 584 et s. — 106 Appian. Bell. civ. V, 9, D. p. 517. — 104 strab. XVI, 2, D. p. 639.— 105 Mionnet, t III, p. 466, n. 1 1 1 et s., 1 1 9 ; suppl. t. VII, p. 56 et s. 1 39 et s.; cf. t. II, p. 59 ; t. V, p. 271, p. 319, 378 ; suppl. t. VII, 139, 152, 154, etc.; Spanheim, De praest. mtmism. diss. IX ; Rasche, Lexic . rei numanae , t. I, col. 120S ; Maury, Reliy. de la G/àce, 11,
р. 75. — 196 Foerster,i)e asylis, p. 27. — 107 Voir la trad. de M. de Rougé, art. 32 à 36, dans Egger, Études hist. sur les faites publics, 18G6, p. 248 et s. — 108 Art. 44 à 47, l.
с. p. 250 et s. — 109 i, 154-160. — H® Rangabé, Antiq . hellén. II, n° 472. — m Paus. IV, 35, § 10. — il2 Demosth. Epist. III, § 3, R. 1477. — 113 Demosth. C. Aristoci'. §§ 83 et s. R. 648. — 14* Voir l’article aisdiioli psia, p. 268, suprà — l’5 Dem. C. Aristocr. §§ 37 et s. R. 631 et s. — 116 C. Leocrat. § 133, D. 25. — J 17 XXXV, 51. ■*- JSchoemann, Opusc, acctdcm. I, p. 19 et s. ; Ja?n:s?h, De Grâce, asylis, p. 6 et s.