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chus, est encore attestée par un décret municipal rendu sous le règne d’Auguste 43 . E. Caillemeh.
àTELLANAE FABULAE. — Les Atellanes étaient, chez les Romains, un genre de comédie populaire. Le grammairien Diomède dit qu’on leur a donné ce nom parce qu’elles ont pris naissance dans la petite ville d’Atella, située en Campanie, sur la route de Capoue à Naples 1 ; aussi appelait-on osci ludi'2, oscum ludicrum 3, les jeux dans lesquels elles étaient représentées, et oscae personae * les personnages qui y figuraient.
Malgré tous ces témoignages, M. Mommsen a tenu à donner aux Atellanes une origine entièrement latine, et il ne veut pas qu’elles se rattachent en rien à la nationalité osque. Pour expliquer le nom qu’elles portaient il prétend que la police du théâtre, qui voulait ménager la dignité romaine, ne permettait pas de placer la scène de ces sortes de farces à Rome ou dans l’une des cités latines, et qu’on supposait que l’action se passait toujours dans la petite ville d’Atella, qui, en 543, avait subi le même sort que Capoue et n’avait plus d’existence légale8. On entendait donc, selon lui, par Atellanes, non pas des comédies qui venaient d’Atella, mais des pièces où les Atellans étaient joués. Cette opinion n’est qu’une hypothèse, et, pour qu’elle fût vraisemblable , il faudrait commencer par établir que les Romains étaient si susceptibles, et qu’ils avaient fait un règlement formel pour défendre qu’on mît leurs ridicules sur le théâtre : c’est ce qui n’est dit nulle part. Il est donc plus sûr de s’en tenir, sur ce sujet, à l’opinion des écrivains de l’antiquité qui sont unanimes à prétendre que Rome avait emprunté les Atellanes à la Campanie.
Tite-Live raconte, probablement d’après Yarron, à quelle occasion les Atellanes furent introduites à Rome. Dans les premiers temps, il n’y avait pas chez les Romains d’acteurs de profession ; la jeunesse représentait ellemême ces pièces grossières, mêlées de danse et de chant, qu’on appelait saiurae : et elle y prenait grand plaisir. Lorsqu’en 514 (240 avant J. -C.) Livius Andronicus fit connaître aux Romains le théâtre' grec, où tout était combiné avec tant d’art, les jeunes gens laissèrent la représentation de ces pièces, qui demandait plus d’étude, à des artistes de métier, et continuèrent à jouer leurs saturae, qui prirent plus tard le nom à'exodia, sans doute parce qu’elles terminaient le spectacle [satura , exodium]. Seulement Tite-Live ajoute que « les exodes furent d’ordinaire mêlés aux Atellanes, genre de comédie que la jeunesse alla chercher chez les Osques ( conserta fa bellis potissimum Atellanis sunt ) 6. » Il y a, dans ces paroles, beaucoup d’obscurités qu’il faut essayer d’expliquer. Pourquoi la jeunesse éprouva-t-elle alors le besoin d’imiter un théâtre étranger? Tite-Live ne le dit pas, mais il le laisse entendre. 11 est probable que le goût public avait changé depuis Livius Andronicus, et que la connaissance des chefs-d’œuvre de la Grèce, bien qu’imparfaitement traduits, rendait les spectateurs plus difficiles. Ils ne se seraient plus contentés de ces vieilles satires dont un art plus parfait leur avait révélé la faiblesse. 11 fallut donc, non pas inventer, l’esprit romain n’était pas inven-
43 Le Bas et Waddinglou, Inscriptions de Syrie, tl° 2720, R. — BiBLtooiuniiE. Wolf, Praefatio orationis adversus Leptinem ; Westcrmann, De publicis Athenicnsium honoribus et praemii», Leipzig, 1830; Bocckh, Staatshaushaltung der Athcner, 2e édit. Berlin, ISb 1.
ATELLANAE FABULAE. 1 III, p. 4S7, P. — i Cic. Ad fam. VII, t, 3.— 3 Ta-
tif, mais demander à quelque peuple voisin un genre de spectacle plus régulier et qui soutînt mieux le dangereux voisinage du théâtre grec; c’est pour cela qu’on alla chercher l’Atellane dans le pays des Osques. Comment se fit le mélange des Atellanes et des exodes? Tite-Live ne le dit pas non plus, et il est assez difficile de le savoir: on peut pourtant conjecturer que chacun des deux genres entrait pour une part dans les pièces nouvelles, puisqu’on les désigne quelquefois d’un nom qui est formé de la réunion des deux autres : exodia atellanica 7. Dès ce moment, les Atellanes furent le divertissement favori de la jeunesse romaine. Pour se soustraire à la concurrence des histrions , elle leur défendit de jouer ces sortes de pièces, et voulut que ceux qui les représentaient ne fussent pas chassés de leur tribu ou exclus de l’armée, comme les autres acteurs8. Festus ajoute qu’on ne pouvait jamais les forcer de quitter leur masque en public 9.
De ce nom d’osa ludi qu’on donnait aux Atellanes, quelques auteurs ont conclu qu’on y employait la langue des Osques; et cette conjecture s’appuie d’un texte assez formel de Strabon 10. Cependant elle est tout à fait invraisemblable. Peut-on admettre, en effet, que dans un divertissement si populaire, fait uniquement pour exciter les rires de la foule, on se soit servi d’une langue étrangère, presque d’une langue inconnue? Sans doute l’osque et le latin sortaient de la même source, mais ils s’étaient si bien séparés avec le temps que c’était devenu deux langues distinctes. Il reste un vers du poëte Titinius, qui le dit formellement : Osce et volsce fabulantur, nam latine nesciunt 11 ; et Tite-Live raconte que, pendant la guerre des Samnites , un général romain envoya espionner l’ennemi par des gens qui savaient l’osque, gnaros oscae linguae 12 ; ce qui prouve que la plus grande partie des soldats ne le savaient pas. Enfin, dans les fragments assez nombreux que nous avons conservés des Atellanes, tout est écrit en excellent latin, et il serait assez difficile de croire que, si l’osque y avait tenu une grande place, il ne nous en fût pas resté un seul mot. On peut admettre tout au plus que quelques-uns des personnages de ces pièces employaient parfois des proverbes ou des plaisanteries de leur pays, et les redisaient dans leur langue. Peut-être aussi leur conservait-on un accent étranger pour égayer la foule, comme celui des paysans ou des Gascons de Molière. Ces derniers vestiges de leur nationalité et le souvenir de leur origine expliquent suffisamment qu’on ait donné aux Atellanes le nom de Jeux osques, puisque Cicéron appelle Jeux grecs ceux où l’on représentait des pièces imitées de Sophocle ou d’Eschyle, mais écrites en latin, par exemple, la Clytemnestre d’Attiusetle Cheval de Troie de Livius Andronicus 13.
Ce qui faisait l’originalité des Atellanes et leur donnait un caractère particulier, c’était l’habitude d’employer certains personnages, toujours les mêmes, et qui représentaient des types populaires, Maccus, Bucco, Pappus , Dossennus, etc. Le nom de Maccus vient probablement du grec. On sait que Maxxto signifie une femme ridicule, et qu’on se sert du verbe [xaxxoïïv pour désigner un
cil, Am. IV, 14. — 4 Diomed. III, p. 4S8, P. — 3 Mommsen, Bist. rom., t. VI, p. SS de la traduction française. — 6 Tit. Liv. VU. 2. — 1 Voy. sur cette question, uit article d'OIto Jahn dans Y Hermès, II, p. 223. — 8 Tit. Liv. VII, 2. — 9 Festus, s. v. Personata, p. 199 Lind. — >0 v, 6. — U Festus, s. v. Oscus. — ta x, 20; cf. A. G cil. XVII, 17. — 13 Ad famil. VII, 1.
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sot u. Ce nom convient parfaitement au personnage : c’est un rustre, ayant avec excès tous les appétits les plus grossiers, grand mangeur, grand buveur, grand débauché, et par là entraîné sans cesse dans de désagréables aventures. Bucco, dont le nom indique assez le caractère, semble avoir été le parasite des Atellanes, mangeur et menteur, plus fin, plus avisé que Maccus. Nous savons que Pappus était appelé Casnarpar les Osques et que c’était un vieillard avare et luxurieux. On le montrait à la recherche de son argent ou de sa femme que lui dérobent d'adroits esclaves et de jeunes débauchés, ou bien malade des suites de quelque orgie. Quant à Dossennus, il est probable que c’était le sage et le philosophe de la bande, mais un philosophe fort relâché, et qui donne de bien mauvais exemples à ses élèves. On suppose qu'il était représenté bossu, et qu’il devait son nom ( Doi'sennus ) à cette difformité 15. A ces personnages principaux, on en pourrait joindre quelques autres, sortes de croque-mitaine, dont l’exhibition effrayait heaucoup les spectateurs, par exemple Manducus , qu’on représentait avec une bouche immense et de grosses dents qu’il faisait claquer 16, et Lamia du ventre de laquelle on tirait de petits enfants qu’elle avait dévorés 17.
L’existence de ces personnages, toujours les mêmes, avec leur caractère et leur costume traditionnels, qu’on reconnaissait dès qu’ils entraient en scène, qui faisaient rire avant d’avoir parlé, rendait, dans les Atellanes, l’invention du sujet extrêmement facile : il suffisait de les placer dans quelque situation de la vie qui fût opposée à leur caractère pour amener sans peine mil le incidents comiques. Aussi l’Atellane a-t-elle été d’abord improvisée, comme le mime 18, comme toutes les comédies vraiment populaires. C’est seulement vers l’époque de Sylla qu’on s’avisa de les écrire, qu’au lieu de se fier à l’inspiration soudaine des acteurs, on régla et l’on combina soigneusement l'intrigue. Un passage de Velleius Paterculus semble dire que Pomponius de Bologne, qui vivait à cette époque, fut 1 auteur de ce changement et qu'il lui fit beaucoup d honneur 19 . Novius, qui le suivit de près, s il ne vivait pas en même temps que lui, partagea sa réputation. Ce furent deux écrivains très-féconds : il nous reste plus de soixante titres de pièces du premier, et quarante-deux du second. Les fragments que nous en avons conservés nous montrent qu’ils mettaient volontiers sur la scène les petites gens, des laboureurs, des vendangeurs, des bouviers, des boulangers, et surtout des foulons, dont le métier paraît avoir fourni beaucoup à la verve des auteurs comiques 20. Ils leur faisaient parler leur langage, leur prêtant volontiers
H Aristoph. Equit. 62. Les Italiens d'aujourd’hui emploient dans le même sens les mots Matto et Mattaccio. — 18 11 ne faut pas confondre ce personnage des Atellanes avec le poëte Fabius Dossennus, dont parle Horace, Epist. II, 1, 172. Vov. cependant Ritschl, Parergon Plaut., Berl. 1865, p. xiii et 104. — 16 Plaut.
tiud. II, 6, 51. 17 Hor. Ars poet. 340. — *8 Cicéron le dit pour le mime,
Pi o Caelio, 27. 19 11, 9 : Pomponium novitate imienti a se operis commen-
des équivoques indécentes et des expressions grossières.
« Je vais te toucher à la façon des paysans, dit un de ces personnages ; je ne sais pas le faire à celle des gens de la ville, at ego rusticatim tangam, urbanatim nescio » Aussi est-on fort surpris d’entendre Valère-Maxime nous dire « que ce genre est tempéré par la sévérité italienne22. » Une des particularités les plus curieuses des Atellanes, c’est que la politique n’en était pas tout à fait bannie. En y représentant ce qui se passait dans les élections des petites villes municipales qui entouraient Rome, il était aisé de s'y moquer de Rome même, des soucis et des infortunes des candidats, et des brigues honteuses qu’ils formaient pour réussir 23.
Cependant , malgré tous les efforts des Atellanes pour plaire au peuple, leur vogue ne fut pas très-longue. Cicéron dit que , de son temps , le peuple les écoutait avec moins de plaisir , et qu’ après la tragédie ce n’était plus une Atellane qu'on jouait, mais un mime 11 semble qu'on ait essayé plus tard de leur des Atellanes. Fig. 596 et 597. rendre une certaine po¬
pularité. Macrobe, parlant d’un écrivain nommé Memmius ou Mummius, dit « qu’il releva l’ Atellane qui , après Novius et Pomponius, avait été longtemps sans honneur 2S. » On pense généralement, sans en avoir de preuve bien sûre, que ce Mummius vivait du temps de Tibère. 11 est question , dans les historiens de cette époque, d’Atellanes dans lesquelles on ose railler les vices ou les crimes des empereurs. Les empereurs s’en vengèrent cruellement : Caligula fit brûler à petit feu un malheureux poëte qui, à ce qu'il croyait, avait voulu lé désigner dans un vers malin 26 ; ce qui n'empêcha pas un peu plus tard Datus, un acteur d’Atellanes, de reprocher ouvertement à Néron son parricide sur la scène27. L’intérêt que ces allusions politiques devaient donner aux Atellanes ne les rendit pourtant pas très-populaires et Tacite nous dit « que le peuple y prend très-peu de plaisir 28. »
Ce n’est pas à Rome, où le mime et la pantomime occupaient exclusivement le théâtre, c'est dans les petites villes de l’Italie que l’Atellane conserva sa vogue. Nous savons par un passage de Juvénal qu’on continuait à 1 y représenter. Aux jours de fête, on dressait au milieu de la place une scène de gazon, et tout le monde se pressait pour voir un antique exode , avec ses personnages bien connus, et surtout ce terrible Manducus qui faisait tant peur aux petits enfants 29. On suppose généralement que l' Atellane s’est maintenue dans les villages de l’Italie pendant les derniers siècles de l'empire, qu’elle a persisté même dans le moyen âge, et que c'est d’elle qu’est sortie cette comédie improvisée ( comedia deli arte ) qui a
dabilem. — 50 Voyez les fragments dos Atellanes dans le recueil de Ribbeck, Comicorum Min. reliq. Leipz. 1855. - M Nonius, 106, 30. - 22 II, 4, 4 : Hos ludos italien seoeritate temperatos. — 29 Voyez les pièces intitulées Cretula vel petitor, Pappus praeteritus, Maccus sequester. — 24 Ad fam. IX, 16. — 2o Sat. 11,1. 26 suet. Calig. 27. — 27 Id. Nero, 39. — 29 Tac. Ann. IV, 14. — 29 Juvcn. Sat. 111, 175.
Personnages
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été longtemps si chère aux Italiens. Cette comédie populaire a conservé, comme l’Atellane, ses personnages traditionnels, et l’on a cru retrouver Polichinelle dans Maccus, Pantalon dans Pappus et le Docteur dans Dossennus. Parmi les masques conservés de la comédie antique, ou les statuettes qui représentent des acteurs comiques, il en est qui semblent se prêter assez à ces suppositions. Nous avons reproduit plus haut quelques-unes de ces figures caractéristiques :,°. G. Boissier.
ATHENAEA [panatiienaea].
ATIILETA (’A0Xy]tti;), athlète. — Ce nom est commun à tous ceux qui, dans les jeux publics, prenaient part aux concours musicaux, gymnastiques, équestres ou autres. Dans une acception plus restreinte et plus ordinaire, il désignait seulement ceux qui disputaient les prix des concours de gymnastique'. Dans ces deux cas, athlète est synonyme d’agoniste (àywvtcmjç).
Nous avons donc à considérer l’athlétique ou agonistique (àyowcaTixYijyu^vaŒTtx-/), à9Xv)C7iç, ars athletica 2), comme une application de la gymnastique [gymnastica].
Le mot gymnastique, dans un sens plus spécial, est opposé quelquefois aux mots athlétique et agonistique pour signifier seulement l’une des directions données à l’art des exercices corporels, celle que nous appellerions gymnastique hygiénique, médicale ou pédagogique. Le nom d’athlétique ou d’agonistique désignera alors l’ensemble des exercices que pratiquaient ceux qui se préparaient à concourir dans les jeux publics [certamina, ludi].
Dans un sens plus restreint encore, les athlètes sont ceux-là seuls dont 1 unique profession fut, dans un temps plus récent, de concourir dans ces mêmes jeux. A l’époque où les grands jeux furent établis ou restaurés [olympia, pytiiia, n em ga, isthmia], ces athlètes de métier n’existaient point encore. Les vainqueurs, tout fiers qu’ils fussent de leurs prix, ne consacraient pas à les mériter tout leur temps et toute leur activité. C’étaient souvent des hommes appartenant aux familles les plus distinguées de la Grèce; plusieurs remplirent avec éclat dans leur patrie les fonctions les plus élevées 3, comme on peut le constater en parcourant les listes des vainqueurs aux grands jeux. On y rencontre aussi des gens de basse extraction : Alcibiade, pour cette raison, dédaignait les concours de gymnastique 4 *. Aristote cite 8 un distique de Simonide de Céos, composé en l’honneur d’un vainqueur d’Olympie qui était marchand de poisson. D’après Athénée 6, Corœbus, qui remporta le prix de la course à la première Olympiade, était cuisinier.
S’il fallait s’en rapporter à Galien7, la période des athlètes de métier aurait commencé un peu avant le
3» Les deux têtes représentées (fig. 591, 595), l’une au Cabinet de la Bibliothèque
nationale (Chabouillet, Catalog. n. 3097) entièrement chauve, l’autre coiffée, à ce
qu il semble, d’un haut bonnet bonnet poiutu qui rappelle celui du polichinelle napo¬
litain, sont des bronzes déjà publiés dans le Recueil d’antiq. de Caylus, t. III,
pl. lxxv, 1 et pl. lxxvi. 13, et par Wieseler, Denkm. des Riihnenwesens , pl. xu, 12
et 1 3. La fig. 595 reproduit une terre cuite de la collection Campana, au Louvre ; elle a été gravée dans le Mag. 7 Moresque, t. XXVIII, p. 88. Le petit bronze du musée
ICircher (fig. 59/) a été publié par Ficoroni [De larv. scen. pl. îx, 2), qui y reconnaissait le personnage de Polichinelle (voy. aussi St-Non., Voyage pittoresque de jVuples et de S cite, I, p. 11, n. 6 iis; Mag. pitt. t. II, p. 116 ; Wieseler, l. I. XII,
11); d autres y voient un de ces bouffons auxquels on donnait le nom de sanvio.
11 fut trouvé à Rome dans les fouilles du mont Esquilin, en 1727. — Biblioghaphik.
Schober, Ueber die Atellanischen Snhciuspiele der Hômer, Leipz. 1825; ld. De
Atellanarum exodiis, Vratisl. 1 830 ; Stieve, De rei scenicie ap. Romanos origine,
Berl. 1828, p. 45 et s.; Magnin, Les origines du théâtre ancien et moderne, 1 S3 - ,
p. 307 et s.; Munck, De fabulis Atellanis, 1540; Géuin, Essai sur les Atellanes,
dans les Mém. de la Société des sciences du Ras-Rhin, nouv. série, II, 2.’
p. 193 et s.; Relier, De Itngua et ixodiis Atellanarum, Bonn, 1850 ; Edelestand
temps de Platon; peut-être n’en a-t-il pas assez reculé l’origine 8. Les honneurs excessifs accordés aux vainqueurs furent cause de ce changement. On verra aux articles qui concernent les jeux publics, les honneurs qu’on leur rendait au lieu même de leur victoire; ils en étaient encore comblés à leur retour dans leur pays. Monté sur un char attelé de quatre chevaux blancs, vêtu d’un manteau de pourpre 9 * 11 *, l’athlète entouré de parents et d’amis, suivi d’un grand concours de peuple, faisait son entrée par une immense brèche pratiquée à la muraille : on voulait indiquer par là qu’une cité qui comptait dans son sein de tels hommes pouvait se passer de remparts ’°. Cet honneur, longtemps réservé aux victoires dans les grands jeux de la Grèce ", dont les noms ont été indiqués plus haut, et pour cette raison appelés isélastiques (iselastici agones '*), fut étendu par les empereurs romains à d’autres jeux publics, par exemple à Pouzzoles, à Sardes, à Tralles 13. Le nombre des fêtes isélastiques était assez grand; caron connaît une inscription en l’honneur d’un athlète qui avait remporté quarante-trois victoires dans des fêtes de celte classe u. Le vainqueur, avec son cortège, s’acheminait vers le temple de la divinité protectrice de la cité et, de là, vers le lieu du festin '3 * *, où des chœurs chantaient des hymnes en son honneur ,e composés par les plus célèbres poètes. Il n’était pas rare que le festin fût renouvelé aux olympiades suivantes. On lui érigeait des colonnes et des statues 17 ; on l’exemptait de la plupart des prestations; parfois on lui accordait les honneurs de la proédrie [proedria]; il présidait aux fêtes et aux jeux publics, et ce privilège passait quelquefois à ses enfants; souvent il avait sa place aux repas du Prytanée [sitésis] ,8. A Athènes, Solon , diminuant la gratification des vainqueurs, fixa à 500 drachmes la récompense des athlètes couronnés aux jeux Olympiques, et à 100 drachmes celle des vainqueurs dans les trois autres grands jeux 19. A Sparte, les vainqueurs avaient le privilège de combattre dans l’entourage immédiat du roi 20. A Rome, ils reçurent des dons de la main de l’empereur; le dernier décret confirmant, renouvelant et augmentant ces récompenses fut probablement celui de Dioclétien et de Maximien21. Les athlètes, après leur mort, furent quelquefois honorés d’un culte, comme les héros et les dieux 22.
On nommait hiéronique (tepovtx7]ç) l’athlète vainqueur dans une des quatre grandes fêtes, et il portait en outre le titre d 'olympionique, pythionique, néméonique, isthmionique , indiquant entre les grands jeux celui où il avait remporté la victoire. Celui qui successivement remportait le prix dans les quatre grands jeux s’appelait (7rsptoôovtx7]<;). Il semble que du temps des empereurs romains on ait abusé un peu de
Duméril, Hist. de la comédie ancienne, t. II, p. 119 et 377, Paris, 1869.
ATIILETA. 1 Pollux, III, 143; cf. 144; Xen. Metnor. I, 2, 24; Cyr. I, 5, 10; Plut. Per. 28. — 2 Plat. Leg. VI, p. 764 a-d ; Plut. P/nlop. 3 ; A. Gell. XVI, 15.
— 3 Ilcrod. VIII, 47 ; Paus. X, 9, 1 ; Id. VI, 7, 1 et 2 ; Krause, Gymnast. der H ■ lien. p. 650. — * Isocr. De biga, 14, p. 631, édit, d Oxford. — 5 Rhet. 1, 7 et 9, p. 1365,1. 26, et 1367, 1. 18. — 6 IX, 382 b. — t Ad Thras. de gymn. 41, t. V, p. 887 Kühn. — 8 Cf. Athen. X, p. 413, 414. — 9 Diod. XIII, 82 ; Aristoph. Nub. 69, 70 et Schol. — 10 rlut. Quaest. symp. II, 51 ; Suet. Nero, 25 ; Dio, LX1II, 20. — H Yitr. IX, praef. — 12 plin. Ep. IX, 119, 120 (de cUreiaûvo, j’entre en -voiture).— 13 Corsini, Dissert, agonist. p. 108- Corp. inscr. gr. 2932. — ’* lb. 3426.— 13 Schol. Pind. 01. III, p. 92, 93; IX, p. 195; Pyth.IV, 1, p. 343 b.— 16 Schol. Pind. 01. IX, 3, p. 209 ; Pyth. V, 24, p. 378 ; Boeckh’ Expi. Pind. III, p. 135.— 16 Boeckh, Op. I. ad Ol. Xl.prooem. p. 198.— 17 Krause, Olympia, p. 174 ; Lyc. In Lcocr. 12 ; Paus. VI, 13,1; Plin. Hist. nat. XXXIV ; Mém. de l’ Acad, des Disc. III, p. 318 ; Caylus, Rec. d’antiq. II, p. 230 ; Boeckh, C. insc.gr. 3676. — 18 Plat. Apol. p. 36 et s.; Plut. Arist. 27; Athen. X, p. 414 a ; Corp. insc. attic. 8 ; Krause, 1. 1. p. 197 et s. — 19 Plut. Sol. 23 ; Diog. Laërt. I, 55. — 20 plut. Lyc.
22 ; Sympos. II, 5, 2. 21 Cod. Justin. X, 53. — 22 Paus. YI> G, 2 ; 9, 3 ; 11, 9 ; Plin.
Hist. nat. VII, 47 ; Lucian. Deor. concil. 12; Krause, Gymn. der Hell. p. 63 et s.
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ce titre, en le donnant aux athlètes qui avaient remporté un grand nombre de victoires, mémo dans d’autres jeux, et celui de irapaooiiovixifc fut aussi accordé à l’athlète qui avait obtenu des succès extraordinaires83, quoique, d’après Plutarque*4, ce titre eût dû être réservé à celui qui, le même jour, avait obtenu le prix de la lutte et celui du pancrace. Il y avait, à l’époque des empereurs romains, d’autres désignations honorifiques rappelant d autres jeux, telles que actionique, sébastomque, capitolionique
L’appât de telles récompenses devait laire naître chez ceux qui désespéraient de vaincre des pensées de ruse . c est pourquoi, quand les athlètes arrivaient à Olympie, on leur faisait prêter serment de loyauté près de 1 image de Jupiter, ainsi qu’à leurs parents et à leurs gymnastes - . Le premier fait de cette nature se place dans la 98 olj m piade : le pugiliste Eupolus de Thessalie suborna Agétor d’Arcadie, Prytanis de Cyzique et Phormion d’Halicarnasse. Philostrate raconte 27 qu’aux jeux Isthmiques, un adolescent acheta moyennant 3,000 drachmes une victoire facile. Il semble ressortir de son récit qu’à Corinthe on ne prêtait pas de serment. Pausanias cite ~8 aussi plusieurs athlètes punis pour avoir corrompu leurs adversaires à prix d’argent. On punissait celui qui acceptait le marché aussi bien que celui qui le proposait ; les amendes étaient considérables et servaient à ériger des statues : c’étaient à ce qu’il semble des images de Jupiter (Zavs;), qui restaient à Olympie comme un avertissement permanent. Mais si, au temps de Pausanias on comptait encore les actes semblables de déloyauté aux jeux Olympiques , cela prouve qu'ils n’avaient jamais été très-nombreux. 11 ne faudrait pas croire cependant que de riches personnages fussent seuls en état d’acheter une couronne ; en vue de tant d’avantages, des athlètes de profession pauvres empruntèrent parfois de l’argent à des gymnastes qui jouaient ^ le rôle d’usurier [gymnastes]. On cite aussi des villes qui, désireuses de compter au nombre de leurs citoyens des athlètes renommés, les payèrent pour leur faire renier leur patrie en se faisant proclamer, s’ils étaient vainqueurs, comme habitants de la cité qui les avait achetés ; il paraît que les règlements ne s’opposaient point à ce trafic. Lorsque Astylus de Crotone se fit ainsi proclamer citoyen de Syracuse, ses anciens concitoyens renversèrent sa statue placée dans le temple de Junon et convertirent sa demeure en prison 29. Sotade de Crète s’étant déclaré citoyen d’Ephèse, les Cretois le bannirent
Il y avait encore d’autres raisons pour lesquelles on infligeait des amendes aux athlètes. Pausanias raconte 31 qu’un pugiliste d’Alexandrie , Apollonius Rhantis , qui s’était attardé à ramasser de l’argent dans les fêtes publiques de l’Ionie, où sans doute il rencontrait des adversaires moins redoutables, n'arriva pas à temps à Elée et fut rayé du concours; il ne se prépara pas moins à combattre, et, quand les Hellanodiques eurent couronné son adversaire, il ne craignit pas de se précipiter sur celui-ci, les mains garnies des courroies en usage dans le pugilat . il lut mis à
l’amende. Un pancratiaste, Sarapion d Alexandrie, fut mis à l’amende pour cause de lâcheté, parce qu il s était enfui la veille du concours, en apprenant le nom de ses adversaires. Pausanias, qui rapporte ce fait32, ajoute que ce fut le seul cas de cette nature qu’on eut à signaler à Olympie .
Les premiers athlètes que l’on vit à Rome, venus de Gièce ou d'Orient, n’y parurent que dans les deux derniers siècles de la république [cektamina, gymnastica]. C est a peine si dans la suite on peut citer parmi eux quelques noms îomains 34 . Quoique l’on eût pris, à Rome, le goût des spectacles où luttaient des athlètes, on y conserva longtemps, et jusque sous l’empire, un préjugé contre leurs exercices.
A l’origine, ces luttes semblèrent frivoles; la nudité qu elles exigeaient choquait les vieux Romains, aussi bien que les mœurs des gymnases et des palestres, qu ils considéraient comme des écoles d’oisiveté et de corruption . Mais par la suite, surtout depuis Néron, le goût des luttes athlétiques devint à Rome, une mode, une passion : on recherchait ceux qui s’y distinguaient ; on fréquentait leurs lieux d’exercice; on payait fort cher leurs leçons 86 ; les riches en avaient à leur service ; des femmes mêmes se firent instruire par eux et les enrichirent 87. Les athlètes étaient de condition libre, exempts de la note d’infamie dont étaient marqués la plupart des artisans des plaisirs de Rome ; ils formaient des associations (guvoSoi) 38 régulièrement organisées, sous la direction d’un xystarque [xystarcua] et qui se transportaient de ville en ville 3J. Il se constitua au deuxième siècle une association d athlètes , appelée Herculani, qui rendaient un culte à Hercule, elle possédait à Rome même son gymnase, sa curie ou chambre du conseil (curia athletarum ), son temple propre, avec ses archives (tabularium). Le xystarque, qui en était le prêtre, portait le nom d’àp^iepsùç ; il paraît avoir eu aussi la surveillance des bains de l’empereur 40.
On divisait les athlètes en deux grandes classes : les athlètes lourds et les athlètes légers (potpsï;, xouepol àOV«0> division qui est elle-même fondée sur la distinction analogue des exercices en lourds et légers ou âexfaorea pctp&t, xoïïtpa) 41 . Les premiers comprenaient la lutte, le pugilat, le pancrace; les seconds réunissaient les exercices des deux sortes et ceux qui les pratiquaient passaient pour les plus beaux et les plus accomplis des athlètes 42. Le plus souvent, chaque athlète ne pratiquait qu’un seul de ces exercices. Il faut faire une exception pour le saut, qui n avait pas de prix spécial.
Philostrate décrit minutieusement la conformation du corps qui se prête le mieux à chaque exercice 43. Cependant il ajoute au sujet de la course : « On n’établit plus de différence entre les coureurs armés, ceux du stade et ceux du diaule, depuis que, quatre olympiades de suite, Léonidas de Rhodes remporta la victoire dans ce triple concours. » En effet, on trouve d’assez nombreux exemples d’athlètes qui remportèrent la couronne dans ces trois concours, ou dans deux au moins. Ceux qui, le même jour, étaient vainqueurs à la lutte et au pancrace étaient
23 Krause, Olymp. p. 402, 552. — 2* Plut. Parall. Cim. et Lucull. 2. — 25 Corp. insc. or. 4081, 6780, 6827; et add. au t. III, 4276 b. - Paus. V 24, 9. 27 Gumn. 45. — 28 y, 24, 9 ; Krause, Olymp. p. 145. — 29 Paus. VI, 13, I. so xd. VI 18, 6. — 81 v, 21, 12-14. — 82 v, 21, 18. — 88 Friedlander, Sittengeschichte Bonis, p. 355, 2* édit. - » Cic. Ad fam. VU, 1, 3 ; Ttoc- ^ 33> 70 ; Plut. Cat. may. 20; Quaest. rom. 40; Senec. Ep. 89, 15, et 88, 18 P in. a . nat. XV, 10 ; XXIX, 26 ; Juven. III, 68 ; Tac. Ann. XIV, 20 ; Plant Ep. IV SI.
— 33 Plin. Bist. nat. XXXV, 168; Mart. VII, 32, 5; Sen. De brev. vit. 12, 3.
- 36 sen. Ep. 15, 3 ; Mart. III, 58, 20 ; III, 82, 20 ; VI, 39, 9. - 8' Juv. II, 53;
VI 356 • Mart. VII, 57 et 67 ; Tertull. Spect. 22. — 88 Dig. III, 24; IX, 7, 4 ; Lampr. 1/ Sev. 42 ; Friedlander, Op. I. p. 357. - 89 Corp. Use. gr. 2931, 3203 5804, 6786 • cf. 1, 349 ; II, 3476 b ; 3067 ; Herodian. III, 8, 9 ; Friedlander, p. 358 - 0 Corp. Use. or. 5906-5913 ; Krause, Gymn. p. 131, 208 ; Friedlander, l. I. - « Galon. Al. fac I 2 • t VI p- 487 Kühn ; Pbilostr. Gymn. 3 ; Aesch. C. Ctesiph. 179 ; Diod. Sic! IV 14 ' Dion. Halic. Atlt. rom. VII, 72 ; Poilus, III, 149; Krause, Gymn. p. 257. 42 Aristot. Met. I, 5 ; Krause, Olymp. p. 236 et s. ; Pyth.,Isth., Nom. p. 85 et s. ; 209 et s.; cf. Galen. Ad Thras. de gymn. 33, t. V, p. 870 ; Diod. Sic, 1,1. — p 43 Gymn. 31-36,
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considérés comme des imitateurs d’Hercule qui, d’après la tradition, avait remporté ces deux prix, lors de la fondation des jeux Olympiques44. Pausanias cite sept athlètes de cette classe 4S. Clitomaque gagna le môme jour dans les jeux Isthmiques les trois, couronnes des exercices lourds 46. Les coureurs du dolique s’en tenaient généralement à ce seul exercice. Pausanias raconte comme un événement extraordinaire que Politès triompha le même jour dans le stade, le diaule et le dolique 47. Pindare parlant de Xénophon de Corinthe, qui le même jour gagna les couronnes du pentathle et du stade, dit qu’une pareille victoire n’avait été donnée à aucun mortel avant lui 48. Eutélidès de Sparte est le seul que nous connaissions qui ait vaincu en même temps au pentathle et à la lutte, encore s’agissait-il de concours d’adolescents 49. L’exemple de Théagène de Thasos est plus remarquable : il avait remporté un grand nombre de prix de pugilat et de pancrace, il gagna la couronne du dolique à Phthie en Thessalie 50. Aurelius Septimius remporta plusieurs fois, mais à des fêtes locales, des prix de course et de pugilat 5‘. Phorystas de Tanagre, danslafêtenomméeBASiLEiAàLébadée, remporta le prix de la course et celui des hérauts S2.
Exclusivement institués pour les hommes faits, les concours de gymnastique admirent plus tard les adolescents, d’abord aux exercices légers, puis successivement aussi aux exercices lourds. D’après Pausanias53, ils concoururent à Olympie pour la course et la lutte, dès la 37e olympiade ; pour le pentathle, une fois seulement, dans la 38e ; pour le pugilat, dans la 41e; pour le pancrace, seulement dans la 143° 54 ; un concours de pancrace est mentionné, dans la Gle pythiade, aux jeux Pythiens, où l’on trouve aussi le dolique et le diaule établis pour les jeunes garçons 55. Dans les jeux Pythiens, Isthmiques et Néméens, les lutteurs étaient divisés en trois classes, d’après les âges (IjXtxi'ai), sous les noms d’avop£;, àysvstot et natSe; ; on trouve la distinction de ces trois classes pour la première fois dans Platon 56. Les avSpeî étaient les hommes ayant 20 ans accomplis; les touSs?, les garçons âgés de 12 à 16 ans; entre eux se plaçaient les <*YÉvEtoi. On voit des luttes de très-jeunes garçons représentées dans les monuments [gymnastica]. Nous en offrons ici (fig. 598) seulement un exemple, tiré d’une pierre gravée du musée de Florence.
Dans plusieurs fêtes locales delà Grèce, les Panathénées par exemple, les classes étaient encore plus nombreuses 57 [panathaenea]. Aristote58 blâmait l’institution des
athlètes adolescents, parce que les exercices violents, dans un âge trop peu avancé, nuisent au développement des forces. 11 a fait remarquer que l’on ne connaissait que deux ou trois jeunes gens olympioniques, qui, hommes faits, eussent encore été vainqueurs, mais il y en eut quelques-uns postérieurement59. On ne connaît qu’un exemple d’athlète adolescent qui soit devenu périodonique, ce fut le pugiliste Moschus de Colophon 60.
Philostrate 61 établit une autre classification des athlètes, d’après leur complexion, qui leur faisait donner les noms significatifs de athlète-lion , athlète-aigle, athlète ours, athlète-planche, athlète-courroie, répondant à des caractères dans lesquels les gymnastes reconnaissaient d’un coup d’œil les aptitudes de ceux qui se présentaient devant eux.
Les athlètes, le plus souvent sans doute, ne firent que suivre leur goût en prenant cette profession. Quelquesuns y furent engagés par un oracle, par un songe 62, ou par suite d’une circonstance révélant chez eux une force ou une aptitude extraordinaires. On en peut citer pour qui la gymnastique ne fut d’abord qu’un traitement médical et qui suivirent ensuite la carrière athlétique 63. Ceux qui y étaient entrés ne l’abandonnaient guère, d’après Macrobe 64, avant trente-cinq ans, époque de la plus grande vigueur chez les hommes 05. Un athlète qui à cet âge n’avait point encore gagné de couronne, renonçait généralement à ce métier; dans le cas contraire, il le continuait aussi longtemps que ses forces le lui permettaient 60 . Plutarque parle, comme d’une chose habituelle, d’un athlète cassé par la vieillesse, qui était nourri aux frais de l’État, mais il ne dit pas s’il était hiéronique 07. Souvent aussi, les athlètes se faisaient gymnastes, aliptes ou pédotribes 68.
Pour résister aux fatigues corporelles énormes qu’exigeait leur profession, les athlètes étaient obligés de se soumettre à un régime spécial, dont l’élément principal était l 'alimentation forcée (àvxYxotpocyi'a, aoyicpayla, Buaa -rpo yr\).
Galien69 résume ainsi le régime des athlètes : « Manger, boire, dormir, se décharger le ventre, se vautrer dans la poussière et dans la boue. » Il dit ailleurs 70, que les athlètes se levaient à l’heure où ceux qui vivent suivant la nature reviennent de leur travail et ont besoin de manger. Ils consacraient probablement une partie du temps compris entre le lever et le déjeuner à la fonction que Galien, dans le premier passage cité, nomme la quatrième. Sénèque71 appelle les athlètes des jejunivomitores; et d’après le médecin Rufus, ils recouraient souvent aux lavements 72. Nous supposons qu’ils consacraient aux exercices le reste de la journée.
Le déjeuner des athlètes qui suivaient les règles de l’art (oî vop.igaî a(Aoüvxs;) consistait, suivant Galien 73, en pain seulement; or, le pain, pour convenir aux athlètes, et plus spécialement aux athlètes lourds, doit être peu fermenté et peu cuit74; c’est probablement celui qu’on appelait coliphia 7Î. Après le déjeuner, qui durait longtemps, les athlètes retournaient aux exercices. Philostrate 76 compte
44paUs. v, 8, 4. — 45 V, 21, 10. — 46 paUs. VI, 15, 3; cf. C. insc. gr. 4172, 58 04. — 47 yi, 13, 3; roy. aussi l’exemple de Damatrius, C. insc. gr. I, p. iv, sect. IV. — 48 Olymp. XIII, 30. — 49 paUs. VI, la, 8. — 50 Paus. VI, 11,5.-51 Corp. insc. gr. 4472. — 82 C. insc. gr. 1581. — 53 V, 8 et 9. — 54 Paus. V, 8, 4 ; 9, 1 ; VI, 14, 1 ; cf. Philostr. 13. — 35 Paus. X, 7, 5. — 56 Leg. VIII, p. 833 c ; voy. cependant Dion. Hal. Ant. rom. VII, in fine. — 57 paus. VI. 2, 10; 14, 1 et 2; Suid. s. v. ItavaOïivaia ; Rangabé, II, p. 679 et s.; Sauppe, Inscr. panath., Goetting. 1858, p. 5 ; A. Mommsen, Heortologie, p. 141. — 58 Polit. VUI, 4, p. 1339. — 59 Krause, Olymp. p. 236. — 60 jy. p. 331, — ci Gymn. 37-10. — 02 paus.
III, H, 6 ; V, 21, 10 ; Aul. Gcll. XV, 20 ; voy. aussi Philostr. Gymn. 42. — 63 philostr. Gymn. 42 ; Krause, Gymn. p. 648 et 649, et Olymp. passim. — 6V Somn. Scip. X) 4. — 65 cf. Arist. Iihetor. II, 14, p. 1390 b. — 66 p]ut. Cato maj. 4 ; Lucull. 38 ; Philostr. — 67 Solert. anim. 13. — 68 Paus. VI, 10, 5; Aelian. Var. hist. II, C; Plut. Dion, 1; Schol. Pind. Ol. VII, 70, p. 19 83.— 69 Gymn. 37, t. V, p, 8 7 9. — 70 Protr. ad art. 11, 1. 1, p. 24 Kiilm. — 71 Epist. 88. — 72 Ap. Oribas. VIII, 24, t. Il, p. 220. — 73 Comm. in Hippocr. de victu aent. I, 17 Kühn. — 74 JJ. ffyg. III, 2, t. VI, p. 180. — 75 Plaut. Persa, I, 5-12; Juveu. II, 53 ; Mart. 1 A il, 06, 12. — 76 Gymn. 41; cf. Flin. Hist, nat.X I, 11S.
ATH
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parmi les innovations pernicieuses, « leur habitude de rester assis avant les exercices, tout remplis d’aliments comme des ballots de Libye ou d’Égypte. » 11 résulte d’un passage du même auteur et d’un autre de Galien, que les exercices entre le déjeuner et le dîner n’étaient interrompus que par quelques promenades 77. Comme le déjeuner, le dîner des athlètes durait longtemps, souvent même jusqu’il minuit; car, dit Galien, ils étaient obligés de manger beaucoup et lentement 7S. On sait aussi par Philon le Juif, que les aliptes ordonnaient aux athlètes de broyer les aliments tout à leur aise, afin d’en retirer plus de force 79. Les aliptes et les pédotribes leur défendaient de discuter, pendant le dîner, des sujets trop subtils (ailo^oyciv), parce que cela trouble la digestion et fait mal il la tête 80.
C’est bien peu que deux mines de viande pour un athlète, dit Galien81. Athénée raconte 83 que Milon de Crotone, couché devant l’autel de Jupiter, dévora un taureau tout entier. Tbéagène de Thasos en fit autant. Tbéocrite 83 rapporte que le berger Ægon qui, d’après les conseils de Milon, se livra à la gymnastique , mangea en une seule fois quatre-vingts portions de maza. D’après Galien, les athlètes ne mangeaient guère d’autre viande que du porc 84 ; ils faiblissaient si plusieurs jours de suite ils s’écartaient de ce régime. Platon88 et Diogène de Laërte86 mentionnent aussi le bœuf comme un aliment d’athlète; et dans Athénée 87, il est question d’un athlète thébain qui mangeait habituellement de la chèvre et qui surpassa tous ses contemporains en vigueur. Jamais ils ne mangeaient de viande bouillie 88. 11 faut ranger parmi les innovations d’époque récente, l’aneth dont on saupoudrait les aliments, d’après un auteur ancien89. Philostrate 90 blâme surtout l’introduction du poisson dans le régime des athlètes. Pausanias 91 cite comme l’inventeur du régime de la viande Dromée de Stymphale. Pline93 et Rufus 93 disent que la viande avait remplacé les figues sèches, le fromage frais et le froment, mais ces assertions sont incompatibles avec ce que Philostrate94 rapporte du régime des anciens athlètes ; nous sommes donc portés à croire que la viande a été de tout temps leur principal aliment. Galien dit que les athlètes ne buvaient pas de vin immédiatement après leurs exercices 9\ mais qu’ils commençaient par boire de l’eau. D’après Épictète, l'usage des boissons froides leur aurait été interdit, aussi bien que celui des gâteaux frits 90. 11 paraît résulter du texte cité que les athlètes lourds seuls suivaient rigoureusement ce régime, et qu’ils ne s’y astreignaient que lorsqu’il devait servir de préparation à un concours, mais on ne sait si cette préparation (xcmtcxsu-/]) est celle qui avait lieu à Élée même et qui durait un mois, ou celle qui durait dix mois, et à laquelle devaient se soumettre, dans la ville qu’ils habitaient, les athlètes qui concouraient à Olympie97. On modifiait parfois ce régime : Théon le gymnaste faisait prendre un bain très-chaud (ÇifftoXouci'a) le lendemain des exercices complets98 et diminuait la quantité alimentaire. Aristote, d’autre part,
17 Phil. Ggmn. 46; Gai. Ilyg. III, 2, t. VI, p. 16S-1C9 Kühn. —18 Prolrept.
I, c. 79 Nijuav Ufüï üUyfOçitu, I, p. 63 (édit. Mangev, 1742). — 80 Plut. De sanit. tuenda, 18. — 81 De dignosc. puis. II, 2; t. VIII, p. 843 Kiihn. — 82 x, p. 412 et 413. — 83 Idyll. IV, 34. — 84 n>jl tfooûv Juvâptu;, III, 2; t. VI, p. 661.
— 85 Jiep. I, p. 338.— 86 VI, 49. — 87 IX, p. 402 c-d. — 83 Schol. ad Hor. Ars poet. 443. — 89 plin. Valerian. IV, 27. — 90 Ggmn. 44. — 91 VI, 7, 10. — 92 Hist. nul. XXIII, 63 ; cf. XVIII, 7, 63. — 93 Ap. Orib. I, 40. — 9» L. c. 43 ; Krause, Olyrnp. p. 364. — 95 De salub. vict. rat. comment. 12; XV, p. 194 Kühn.
— % Enchir. 29. — 97 Paus. V, 21, 9. — 98 Gai. Byg. III, 8, et VI, 208 à 209 Kühn. — 99 Eth Nicom. II, 5, p. 1106 b. — 100 Galen. I. c. II, 4 et 5, et III,
II, p. 117, 123 et 222; III, -, p. ISO. — 101 Mercuriali, De arte ggmn. III, 7 ;
nous apprend que l’on ne donnait pas tout d’abord la même quantité 99 .
11 y avait en dehors de la xaxa axsur,, des exercices supplémentaires : 1° ce que Galien appelle la Ttapacxeuv}', qui consistait en mouvements assez longs, intenses et rapides, et en frictions de peu de durée, dont la rudesse soigneusement ménagée, allait en progressant ; 2° l’txTroGefcnm'a, traitement qui consistait à faire exécuter des mouvements assez lents et peu prolongés, alternant avec des frictions molles et rapides, faites avec beaucoup d’huile, par un grand nombre de mains étrangères, et contre lesquelles l’athlète devait se roidir 10°. 11 y avait encore la rétention du souffle, qui se pratiquait de plusieurs manières 101 ; le bain et les frictions avec les bandes dont on entourait le corps. Philostrate 103 mentionne encore, tout en la réprouvant, une autre manière d'exercer, pendant quatre jours, les athlètes, et qu’il nomme tétrade : « Le premier jour, dit-il, prépare l’athlète, le second l’excite, le troisième le relâche, et le quatrième le laisse dans un état moyen. » Nous croyons que Galien fait allusion à la tétrade103, lorsqu’il dit: a Théonet Typhon, qui ont écrit sur l’art détestable des athlètes, appellent un certain exercice préparation, (T:aoacxEu^), un autre mérisme, un troisième exercice complet, et un quatrième apothérapie.
Le régime variait suivant l’âge 104, il n’était pas pour les athlètes légers le même que pour les athlètes lourds : ainsi, l’on s’efforcait de développer l’embonpoint chez les athlètes lourds, et surtout chez les lutteurs, tandis qu’on faisait maigrir les coureurs 108 ; cependant on n’a pas de renseignements détaillés sur ces différences. Socrate disait que la danse, qui développe également toutes les parties du corps, est préférable à la course du dolique et au pugilat 10\ qui épaississent, la première les jambes et le second les épaules. Personne ne s’est élevé avec plus de force qu’ Aristote 107 contre la disproportion des membres des athlètes ; il remarquait, d’autre part, que les penta- Ihles étaient les mieux proportionnés des athlètes 1US.
Les athlètes observaient une continence absolue tant que duraient les exercices 109 ; même il y en eut qui l’observèrent toute leur vie 110. Pour se la rendre plus facile, ils se faisaient faire des affusions froides m, et s’appliquaient sur les reins des plaques de plomb pendant leur sommeil 113 ou recouraient à l’infibulation. Les athlètes se soumettaient parfois à la flagellation 113, pour s’endurcir ainsi contre les coups et les douleurs. On se servait surtout à cet effet de laurier-rose114.
Hippocrate représente la santé des athlètes, comme continuellement menacée u5. Aristote diffère un peu d’opinion 116 : s’ils sont rarement malades, dit-il, leurs maladies sont souvent mortelles. Suivant Galien, ils étaient sujets à mourir subitement117; et, en effet, les auteurs anciens nous ont conservé plus d’un exemple d’athlètes qui succombèrent ainsi tout d’un coup au milieu de leurs victoires 118. Bussemaker.
Orib. I, 656-657 et 670. — Ggmn. 47. — 103 Ggmn. 47, V, p. 898. — 104 Philostr. I. c. 46 et 58. — 105 Gai. De parvue pilae exerc. 3, t. V, p. 905. Kühn.
— 106 Xenoph. Sympos. II, 17. — 107 Anim. gener. IV, 3, p. 768 b. — 103 Arist. Ithet. I, 5, p. 1361 b. — 109 Eust. Ad II. 'V, 129 et 180. — H0 Plat. L»g. VIII, p. 840 ; Dio Chrvs. Melancomas, I, or. 28, t. I, p. 534, édit. Reiske, et les auteurs cités par Mercuriali, De arte ggmn. I, 15. — m Mart. XI, 47, 6. — H* Gai. iledic. simpl. IX, 3, 23; t. XII, p. 232 Kühn. Pour Yinfibulatio, -soyez, note 156.
113 Voy. les textes cités par Krause, Ggmn. p. C54. — 111 Gai. Protrept. I,
p. i29. H5 Aphor. I, 3. — l'6 Problem. I, 28 ; cf. VIII, 4, et XXXVIII, 5.
— 117 Comm. in Hippocr. aphor. I, 3 ; t. XVII, 2e p., p. 363 et 304 Kültn.
— U8 Paus. III, 21, 1 ; Aclian. Var. hist. IX, 31 ; Plut., De val. tuenda, 5.