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II. — Des jugements très-opposés entre eux ont été portés, dans l’antiquité meme, sur le mérite des athlètes, et cette contradiction vient sans doute de la différence des temps que considéraient ceux dont nous recueillons les témoignages, et des points de vue divers où ils se plaçaient. Pour certains auteurs 119 les vainqueurs des jeux sont restés les types de la vigueur et de la beauté du corps développées par la gymnastique, et ils le furent en réalité tant que les exercices servirent à développer les forces en équilibre, et que l’athlétique ne devint pas un métier. La foule garda son admiration même pour les athlètes des temps postérieurs ; mais beaucoup d’esprits élevés et cultivés n’avaient que du dédain pour cette profession, dans laquelle la force du corps était accrue au détriment de l’intelligence. Les politiques et les capitaines lui reprochaient de ne rien ajouter à la valeur des hommes à la guerre 120 ; les penseurs, les philosophes, les médecins s’accordaient à blâmer un régime ou, comme on dirait aujourd’hui, un entraînement qui donnait à certains membres une force disproportionnée et, en exagérant la masse du corps tout entier, accablait l’esprit, le plongeait dans la torpeur, au point de le rendre incapable d’aucune affaire121. On a vu ce qu’en pensaient Socrate, Platon, Aristote. « Croyez-vous, disait plus tard Galien, que je loue la course et les autres exercices qui amaigrissent le corps? Il n’en est rien, je blâme le défaut de mesure partout où je le trouve122. » Philostrate lui-même, qui d’ailleurs est un défenseur des exercices des athlètes, donne raison à ceux qui les condamnent, quand il dit que, parmi les statues d’Hercule, celles qui ont le cou libre et dégagé des épaules sont plus belles et plus divines que les autres ,23.
Les figures d’athlètes, qui fournissaient à l’art des motifs si heureux, se rencontrent dans un grand nombre de monuments de tout genre, et on y peut observer le contraste qui vient d’être signalé entre les athlètes des beaux temps de la Grèce et ceux des âges qui suivirent. Il devient sensible, surtout si l’on oppose une œuvre du temps de l’empire romain, comme la mosaïque des thermes de Ca-
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Fig. 599. Athlete -vainqueur au pentathle. 7
nous parlerons
tout à l’heure, à celles de la statuaire du ive et du v° siècle avant J.-C., ou aux peintures de vases qui sont du même
09 Us appartiennent généralement à un temps éloigné du bel âge de l'athlétique : vov. ceux que cite Krause, Gymn. 656 ; comp. Planck, dans la Realencycl . de Paulv, I, p. 2001, 2» édit. — 120 Polyb. 1,6, 6; II, 20, 9; Plut. Pelop.4-, Philop. 3 ; Alex. 4 ; Apophth., p. 192 d ; C. Nep. Epam. 2. — 121 plat. Leg. VIII, p. S29 e; Resp. III, p. 404 a, 407 b, 410 et s.; Polyb. VI, 14 et II ; Galen. Protr. 10 ; Ad Thras. cle gymn. 36; Athen. X, p. 413 et s.; Lucian. Dial. mort. X, 5; Eust. Ad Iliad. XXIII, 261. — 122 De parv. pilae exerc., I. c. — 123 De gymn., 35. — 124 Paus. VI, 10,
1 ; 14, 2 ; 15, 4 ; 18, 5, etc., et VII, 40, 1 ; Plin. Hist. nat. XXXIV, 9 ; Quatremèrc de Quincy, Jup. Olymp. p. 172. La base d'une de ces statues, désignée par son inscription, a été conservée : Bückh, Corp. insc. gr. 3676. — 123 Stackelberg, Gràber der Bellenen, pl. xn; Gerhard, Arch. Zeitung, 1853, pl. li, p. 17. — 126 Eub.
temps et dont l’exécution correspond à la plus belle période de la gymnastique. Nous ne possédons malheureusement pour les temps qui précèdent aucune des statues, faites d’abord en bois, puis en bronze, à l’image des vainqueurs des jeux ( statuue iconicae ) 121 ; à leur défaut, ce sont les vases à figures noires qui nous montrent le mieux quels modèles se proposaient alors ceux qui s’exerçaient dans les palestres. Nous reproduisons (fig. 599) la figure d’un vainqueur au pentathle, d’après un lécythus aLhénien d’ancien style 123 : le type, qui rappelle d’ailleurs les ouvrages de la statuaire des premiers siècles de l’art, est celui que vante Aristophane, quand il dépeint126 le jeune homme élevé à l'ancienne mode, aux larges épaules, aux larges cuisses, à la poitrine bien ouverte ; la taille est élancée, les organes digestifs n'ont pas pris une prédominance nuisible à l’équilibre du corps et au développement de l’esprit 127. Les figures même des pugilistes et des pancratiastes, dont le corps devait par sa masse présenter, dans la défense, une grande résistance et, dans l’attaque, un poids redoutable à l’adversaire, ne diffèrent de celle qu’on vient de voir et de celles des athlètes légers en général, que par plus d’épaisseur donnée aux mêmes membres dont la vigueur est déjà chez ceux-ci particulièrement marquée : les muscles sont plus saillants, le cou plus court et plus enfoncé dans les puissantes épaules 128 [pugilatus, pancratiuii].
On peut grouper en deux classes les constitutions athlétiques telles qu’on les trouve représentées, selon qu’elles se rapprochent du type d’Hercule ou de celui de Mercure, les deux divinités qui présidaient aux exercices et dont les figures se voyaient ordinairement dans les gymnases et dans les palestres 129. Cette division correspond à celle qui a été faite plus haut des athlètes lourds et des athlètes légers. Le développement des deux types dans ce sens a suivi les progrès de la gymnastique et de l’athlélique. Mercure était l’image et devint le modèle de ces éphèbes au corps svelte , aux membres nerveux et souples dont les statues et les vases peints des meilleures époques de l’art nous offrent des modèles si nombreux130;
Hercule, fondateur des jeux Olympiques et premier vainqueur au pancrace, fut l’idéal des lutteurs proprement dits131, et ceux-ci fournirent à leur tour des exemples aux artistes qui voulurent faire des figures du dieu la dernière expression de la force éprouvée par les plus rudes travaux. On n’en peut citer un exemple plus frappant que la statue de l’Hercule Farnèse 132 (fig.
600), qui passe pour la reproduction fidèle d’une œuvre de Lysippe ; toutefois la copie, empreinte d’une certaine exagération,
1011 et s.; cf. Hom. Iliad. XVIII, 67 , 74. — 127 Les mêmes proportions restent encore bien marquées sur beaucoup de vases à figures rouges. Voy. par exemple, parmi les scènes de gymnastique réunies par Gerhard, Auserlesene Vasenbilder, pl. cclxxii, cclxxiv, cclxxv, cclxxxi, ccxciii, ccxciv. — 12S philostr. lier. 19, 2- Juven. III, 8$. — 129 Pind. Nem. X, 53 ; Paus. IV, 32, 1 ; VIII, 32, 3 ; Vitr. I, 7, 1 ; Cic. Ad Attic. I, 4; Athen. XIII, p. 561 d; Synes. Ep. 31 ; Faber, Agonistieon (in Gronovii Thés, antiq. t. VIII), I, c. 16. — 130O. Millier, Bandb. der Arsh., § 380. — 131 76., § 331, 2 et 4 1 0. — 132 /6. 129; Maffei, Raccolta, pl. xlix ; Mus. Dorbon. III, 23, 24 ; O Jahn, Arch. Aufsàtzc , p. 162; Slcphani, Ausruhende lieralcles, p. 162 ; Clarac, Musée de sculpture , pl. 785, n. 1978 ; Overbeck, GeschiclUc d. griech. Plastik, II, p. 244.
Fig. 600. Hercule.