‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 4)Chapitre 106 sur 155 · AT · texte numérisé non relu

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paraît beaucoup plus récente et peut-être date-t-elle seulement. du ii° siècle après J.-C. Un autre ouvrage de Lysippe, qui nous est connu par une imitation très-voisine du modèle, offre un type achevé de l’athlète formé par l’art des gymnastes et des aliptes au temps d’Alexandre, c’està-dire à l'époque où cet art avait atteint sa perfection : nous voulons parler de cette figure admirable d’un jeune homme se frottant avec le strigile, VApoxyomenos, dont parle Pline, qui remplaça dans les thermes d Agrippa l'œuvre originale, que s’était appropriée Tibère 133. Elle est aujourd’hui un des ornements du musée du Vatican. Il faudrait citer beaucoup d’ouvrages célèbres, tels que le Discobole de Myron 13\ le Diadumenos, ou vainqueur nouant une bandelette autour de sa tête, de Polyclète 1 , le groupe des Lutteurs de la Tribune du Musée de Florence , et tant d’autres dont nous possédons des répétitions antiques qui comptent parmi les chefs-d’œuvre de la statuaire : ces monuments nous montrent des athlètes dans les attitudes propres aux différentes luttes, d autres s y préparant ou venant de remporter le prix. Il y faudrait ajouter les exemples que fournissent en abondance les bas-reliefs, les vases peints, les pierres gravées 137 : il est

peu de sortes de monuments où l’on ne rencontre , de semblables représentations. Voici encore la figure d un lutteur au pentathle (fig. 601), telle qu’elle est gravée sur un disque de bronze trouvé à Égine138 : elle répond bien par ses proportions et son caractère à l'idée que nous pouvons nous faire de l’athlète tel qu’il sortait de la palestre pour concourir dans les grands jeux, au bel âge de la Grèce.

Pour connaître l’athlète de métier, formé par un régime et des exercices qui avaient moins pour but le développement régulier et harmonieux du corps, ou 1 accroissement des forces en général, que leur accumulation dans quelques parties, il faut examiner des monuments que n’a point ennoblis l’influence du goût hellénique . par exemple, les représentations de jeux funèbres qui décorent certains tombeaux étrusques 139 ; mieux encore la mo-

133 Ptih. Hist. nat. XXXIV, 19; E. Braun, Ann. d. Inst. arch. ISdO, p. — 0 ; Monum. ined. t. V, pl. xm ; Vinet, Rev. archéol. 1857, p. 536 ; Clarac Mits. de ïc pl 848 B, n. 2168 A. - Mus. des antiq. Il, pl. *viii ; Clarac, Mus. t e sc. ni’ 829 n. 2085 A ; Pistolesi, Vatie. illustrait,, VI, 9, 2 ; Guattan., Mon. ined., febr.

. D K. 135 Gerhard, Ant. Bildwerke, pl. mi. — 136 Galcr. di Ftrenze, liât M 122; Wicar, Gai. de Florence, l, pl. txu - ^ Clarac, Mus de se. Tnll l ». O. Millier, Handb., § 423 ; Tassie, Catalog. u. 7992-8030 ; voy. ca.il», LU». GYMKA.STICA et les articles relatifs aux diversesespcces de lut tes 138 Aujourd’hui au musée de Berlin. Yoy. le revers (fig. 251, P- a

ce sujet, Annal, d. Inst. arch. 1832, p. 75, et Piuder, üeber den Fünfhampf.

saïque des thermes de Caracalla 14°, où sont représentés des athlètes, les uns en pied (fig. 602), les autres en buste (fig. 603). Les bustes, sinon toutes les figures, sont cer-

Athlètes romains. Fig. 603.

tainement des portraits (on avait coutume, sous 1 empiie, de placer dans les palestres ceux des vainqueurs fameux U1), où apparaissent avec une réalité saisissante 1 excès de la force brutale et la pauvreté de l’intelligence.

La coiffure qu’on voit dans les deux figures précédentes et dans la plupart de celles dont se compose la mosaïque des thermes de Caracalla, est propre aux athlètes de ce temps ; on la retrouve dans d’autres monuments de l’époque romaine : par exemple, dans le bas-relief d où est tirée la figure 604, représentant deux pancratiastes 142 ; et elle n’est pas réservée , comme on l’a cru, seulement à ceux qui se mesuraient au pancrace ou au pugilat : d’autres athlètes, ou des génies personnifiant toutes les sortes de lutte, y ont également les cheveux courts OU ramassés pig. 604. Lutteurs au pancrace,

en touffe ( cirrus )

nouée sur le sommet de la tète. Cette coiffure était caractéristique des athlètes de profession. C’est ce qui explique un passage de Suétone où est rapporte un tiait satirique du peuple de Rome contre Néron : alors que la ville était désolée par la famine, un navire arriva d Alexandiie, chaigé, non de blé, mais de sable fin destiné aux lutteurs de l’empereur. On se répandit contre celui-ci en injures et 1 on mit sur la tête de [sa statue le cirrus , avec une inscription grecque à double sens, faisant allusion a la révolté de Vindex et de Galba, qu’on venait d’apprendre à Rome, et à l’issue qu’on en espérait143. Le cirrus ne se voit ja-

der ffellenen, Berl. 1S67, p. 39. - ’3<> Voy. notamment les figures de pugilistes d’après une peinture de Chiusi, Mon. ined. d. Inst. arch. V , pl. xvi ; Aimait, p. 267. 140 secchi, Musaico Antoniniano, pl. n, p. 31 et s. — Pim. II vit. nat. XXXV, 2. 142 Mus. Pio-Clem. V, pl. xxxvi ; Guattani, Notizie, Iuglio, 1785, II ; Zocga, Bassiril. ant. II, pl. xc ; Clarac, Mus. de sc. pl. clxxxvii, n. 223 ; Bouillon, III, bas-rel. pl. ou ; Gerhard, Antike Bildwerke, pl. nxxx.x, 4; Garrucci, Mus. Lateran. xxxvi, 1 ; Monum d. Inst. arch. t. V, pl. xvi ; VIII, pl- Lxxxn ’ uctUo;, AO^xai; Lucian. Rial. mor. V, 3 ; cf. Philostr. Imag. II, 32. - Nero, 45 : « Nune demum agona esse et raderct tandem » , en adoptant la correction

heureuse de Secchi, U l . p- 53.

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mais dans les monuments de l’art grec ancien. Les lutteurs y sont figurés souvent, mais non pas toujours, avec les cheveux courts; quelquefois ils les avaient tout à fait ras, et cette tonsure était appelée oxacpfov (littéralement « en écuelle ») par opposition à la coiffure nommée xvjTroç, où les cheveux étaient assez longs pour être disposés autour du visage 1U. On voit l’une et l'autre dans la figure 605, représen tant deux lutteurs, d’après un vase peint du musée de Naples us.

Il résulte d’une épigramme de Martial 146 que les athlètes de son temps portaient quelquefois une sorte de perruque ou de serre-tête (galericulum ) par-dessus leurs cheveux.

On a cru reconnaître cette enveloppe dans quelques-unes des figures de la

l'ig. 60o. Lutteurs grecs.

mosaïque dont nous venons de parler147 ; mais, à vrai dire, elle n’y est pas clairement visible.

Nous savons aussi que les athlètes grecs, et après eux les romains, pour protéger leurs oreilles, au moins quand ils s’exerçaient, contre les coups terribles qui les menaçaient dans les luttes du pugilat et du pancrace, se servirent d’enveloppes appelées <xja®mtiS£î et 6-om'ceç, sans doute rembourrées de laine et couvertes d’une matière plus dure ; un auteur dit qu’elles étaient en cuivre148. On les voit, attachées par des brides qui passent sur la tête et sous le menton, dans un fragment de statue en marbre, qui appartenait au savant Fabretti et dont il a donné un dessin 149 (fig. 606). Mais il est certain que les lutteurs ne devaient pas recourir ordinairement dans les jeux publics à ce moyen de défense; on reconnaissait même à leurs oreilles meurtries ceux qui avaient soutenu de nombreuses épreuves : beaucoup d’auteurs en font foi 18°. Winckelmann le premier en a trouvé la trace dans les monuments: il a constaté que des statues, exécutées d’ailleurs avec un grand soin, avaient des oreilles déchirées et bouffies, qui ne pouvaient avoir été figurées ainsi sans dessein, et il a reconnu que ces statues étaient celles d’athlètes, ou qu’elles représentaient Hercule vainqueur au pancrace151.

On parlera dans des articles spéciaux des cestes dont étaient armés les bras des pugilistes, des disques, des haltères et des divers attributs de chaque sorte de lutte.

IWSchol. Aristoph. Av. 806 ; Lucian. Lexiph. 5 ; Plut. Arat. 3 ; Eust. Ad II. p. 907, 40.— 145 Fiorelli, Vasi Cum. XVI; Bull. Napolet. N. S.,t.V, 10, 20. — >46 XIV. 50. — 147Secchi, p. 54 et s. — 148 Etym. M. s. v.; Pollux, II, 83 ; Plut. De aud. poet.

р. 65 Sleph.; Ctem. Alex. Paed. II. 6, les appelle àimü-riSts ; cf. Faber, Agonist. 1,1 ; Durette, Hist. du pugilat, p. 377 et s. ; Krause, Gymn. p. 517. — 149 De columna Trajani,

с. viii, p. 267. — 150 plat. Gory. p. 516 a ; Protay. p. 342 a, b ; Diog. Laërt. V, 67 ; Sehot. Theocr. Id. XXII, 45 ; Philostr. Her. 12, p. 722 ; Tertull. De spcct. 23; Krause, l. I. p. 516. — 151 Winckelmann, II, p. 732 des Oeuvres complètes , Dresde, 1808 ; ld. Monum. ined. n. 63 ; Musée Napoléon, IV, 70 ; C. rendus de la Comm. arch. de St-Pétersb. pour 1869, pl. n, 6. — 152 Hom. II. XXIII, 683, 710 ; Thue. I, 6 ; Paus. I, 44, 1 ; Dion. Hal. VII, 42; Pollux, X, 182 ; Baudclot, Mém. de l'Ac. des Insc. I, 1700 ; Boeckh, Corp. insc. gr. I,p. 554; Krause, p. 360, 405. — >53 L’exemple cité par Krause, p. 405, pl. x, fig. 26, est une œuvre moderne, du Bernin, qui décore la base d'une antique au musée du Louvre. — 154 Voy. par exemple, C. rendus de la Comm. arch. de Si- P ersb. p 1864, pl.-n, p. 234 et s. — 155 Mus. etc. Gregor. II, 17. — 15G y ov. l’indicalitm des textes et des monuments réunis par M. Stephani, C. rendus de la Comm. arch . de St-Pétersb. p. 18G9, p. 150 ; et ci-dessus, fig. 255, p. 227. — Bibliographie. P. Faber,

Quant au costume, les athlètes portèrent d’abord dans les jeux un caleçon ou une ceinture autour des reins, appelé 7t£piÇmp.a ou StaÇwfjia 152 ; aux jeux de la 15e olympiade, celle d’un des coureurs se dénoua, ce qui lui rendit la victoire plus facile. Les coureurs s’en passèrent à partir de ce moment, et bientôt elle fut aussi abandonnée dans les autres luttes. On s’expliquera d’après cela pourquoi, dans les œuvres d’art, les athlètes sont entièrement nus. Pour nous figurer ce qu’était le rapi'ÇioiAa porté antérieurement 1M, nous devons nous rappeler que, en tout temps, les ouvriers de la dernière classe, ceux surtout qui travaillaient exposés à une grande chaleur, n’avaient pas d’autre vêtement qu’une pièce d’étoffe entourant les cuisses [subligaculumJ. Telle devait être la ceinture des plus anciens athlètes ; à moins qu’on ne préfère en chercher le modèle dans le caleçon court et collant que l’on voit porté par Atalante luttant contre Pélée [atalanta, p. 511, fig. 59Ü], par des artistes dionysiaques [dionvsiakoi teciinitai], par des faiseurs de tours [cernuusJ, ou par des jeunes gens exécutant une danse armée 154 [pyrriiica]. Sur un vase peint 155 , on voit (fig. 607) des athlètes dont les reins sont entourés d’une ceinture étroite, avec une pièce de devant qui couvre les parties naturelles :

est-ce là une représentation du Ttcpi'ÇwtLoc plus approchante de la vérité, ou n’est-ce que le souvenir d’une pratique qui est d’ailleurs attestée par d’autres monuments, où l’on voit des athlètes portant autour des reins une simple cordelette à laquelle se rattache, un fil léger servant de suspensoir. Nous ne pouvons qu’indiquer ici 156 ce moyen (xwoosW/;, infibulatio) auquel recouraient quelquefois les athlètes pour mieux conserver leurs forces. E. Saglio.

ATIMIA (’ATijjua). — L’atimie, dans le droit attique, peut être définie la privation, soit de la jouissance, soit de l’exercice de tout ou partie des droits attachés à la qualité de citoyen d’Athènes, droits dont la réunion constituait l’sitiTtp,i'a. Aussi les textes opposent-ils constamment les ETUTtaoc aux artp.01.

L’atimie existait déjà avant Solon; car elle est mentionnée dans un des 0scu ot relatifs aux homicides que les historiens attribuent à Dracon 1 ; et Plutarque 2 nous a

Fig. 607. Pugilistes.

Agonisticon, sive de acte athletica ludisque veterum, etc. Lugd. 1592; Oct. Falconerius, Notac ad inscript, athlelic., Rom., 1668. Ces deux ouvrages se trouvent aussi dans le Thésaurus de Gronovius, t. VIII : Burette, Mém. pour servir à l'histoire des athlètes , dans les Mém. de l'Acad. des Inscriptions, I, p. 219 et s. ; Ignarra, Commentai'. de palaestra Neapolitana, Napl. 1770 ; de la Serre, Discours sur les jeux et les exercices publics. Dijon, 1776 ; Meincrs, De Graec. gymn. utilitate et damnis, in Comment. Societ. Gotting. XI, p. 269 ; Krause, Gymnastilc und Agonistik der Hellenen, Leipz. 1841 ; M. H. E. Meyer, Ohjmpischa Spiele, dans VEncyclop. de Ersch et Gruber, III, 3, p. 293-328 ; Seccbi, Il musaïco Antoniniano rappresentante la scuola d gliatleti, Rome, 1843; Ottfried Miiller, der Archàologie der Kunst, ISIS,

g 87 et 423 ; K. F. Hermann, Gottesdienst Alterthümcr der Griechen, 2' éd. 1858, g 50 ; Id. Privatalterthümer der Griechen, 2® édit. 1870, g 37 ; Becker, Charilcles, II, p. 161 et s.; 2® édit. 1S54 ; Beckcr-Marquardt, Handbucli der rom. Alterthümcr, IV, p. 519 et s. Leipz. 1856 ; Friedliinder, Darstellungcn aus der Sittengeschichte Roms , II, p. 342 et s. 2® éd. Leipz. 1867 ; M. Planck, Athletae, in Pauly’s liealencyelopüdie, I, 2® édit. p. 1992 et s. ; rinder, Ueber den Fünfkampf der Hellenen, Berlin, 1S07.

ATIMIA. l Demosth. C. Aristocr. g 62, R. 640. .’ 2 Sol. 19.

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conservé textuellement l’une des lois de Solon, dans laquelle rèiciTt|*(« est rendue à la plupart des citoyens qui avaient été frappés d’atimie antérieurement la magistrature de ce législateur. Elle n’atteignait et ne pouvait atteindre que les hommes; Eschine dit bien 3 que Solon établit des peines contre la femme adultère (àxtiAtov xv]v roiauT-rçv yuvaTxa); mais il ne s'agit pas là d’une véritable atirnie; le mot axiixav est pris, comme dans beaucoup d’autres cas d’ailleurs, dans le sens vulgaire d humilia¬

tion, et non pas dans le sens juridique de dégradation.

Si l’on devait ajouter une foi entière à un texte précieux d’Andocide 4, il y aurait eu, à Athènes, trois espèces d atimie. La première frappait le citoyen dans sa personne et dans sa fortune ; elle était encourue par tous les débiteurs du trésor public : o\ jasv àpyuptov ôseiàovxeî t« Srj^oaiw. La seconde ne frappait que les personnes et laissait intacts les patrimoines ; elle était réservée aux voleurs, à ceux qui se laissaient corrompre par des présents, aux condamnés pour délits militaires, aux faux témoins, aux enfants qui se rendaient coupables de mauvais traitements envers leurs ascendants ; ouxot 7tâvx£ç axipcot Y]<7 av va ffootAaxa, va Si -/prifAaxa eT^ov. La troisième, non-seulement respectait le patrimoine, mais encore n’atteignait la personne que dans certains droits déterminés : xaxà -jrpoffxdl-st; ; 1’axtu.o? ne pou¬

vait plus, par exemple, siéger dans le sénat, ou prendre la parole dans l’assemblée du peuple, ou intenter certaines actions publiques; il lui était défendu de paraître dans l’Agora, d’aller dans l’Hellespont ou dans l'Ionie. Mais, en dehors de la npouxa^tç, il avait les mêmes droits que les autres citoyens : xà (jlev aXXa 7]v azEp xoî; aXXotç 77oXtxatç .

Nous ne croyons pas devoir prendre pour guide ce texte d’Andocide ; non-seulement il est incomplet et laisse en dehors de son énumération beaucoup de cas dans lesquels il y avait atimie, mais encore il renferme plusieurs inexactitudes, notamment lorsqu'il présente la confiscation comme un effet de la première espèce d’atimie. L’àxttMtx n’avait jamais trait qu’à la personne ; elle pouvait sans doute coïncider quelquefois avec une autre pénalité, telle que la confiscation des biens, mais elle en était très-distincte.

Nous allons exposer une théorie qui nous paraît plus conforme à l’ensemble des textes du droit attique. Nous distinguerons : t° une atirnie qui, tout en laissant au citoyen la jouissance de ses droits civiques, lui en interdisait temporairement l’exercice; 2° une atirnie qui enlevait à perpétuité au condamné la jouissance de tout ou de partie de ces droits, cette atirnie se subdivisant en atirnie totale et en atirnie partielle.

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