I. Atimie des débiteurs du trésor public. Nous par
lerons d’abord de la première atimie, qui correspond à la première classification d’Andocide, à la maxhna iiïfamia de Meier, et qui cependant, on va le voir, est loin d être
la plus redoutable 6.
Les débiteurs du trésor public, lorsqu’ils ne se libéraient pas de leur dette à l’époque fixée par la loi ou par la convention, étaient, de plein droit et par la seule échéance du
terme, en état d’atimie; ils pouvaient même, mais en vertu de décisions spéciales, être soumis à la contrainte par corps. Cette atimie, quoi qu’en dise Andocide, n’avait pas pour effet la confiscation immédiate des biens.
La loi donnait à ces débiteurs un délai de grâce, jusqu a la neuvième prytanie 7, et, s’ils mettaient ce temps a prolit pour payer leur dette, ils recouvraient de plein droit l’exercice de leurs droits civiques. A 1 échéance de la neuvième prytanie, le défaut de payement avait pour conséquence le doublement de la dette 8 et la confiscation des biens. On ne peut donc pas voir dans cette confiscation une suite de l’atimie, puisque l’atimie était encourue depuis le jour de la première exigibilité, et que la confiscation n’avait lieu qu’après l’arrivée du terme de grâce.
Si le produit de la vente des biens confisqués suffisait pour éteindre la dette, le debiteur recouvrait immédiatement l’è,jitxi|/.£a ; sinon, il restait en état d atimie jusqu’à sa complète libération. S’il mourait insolvable, ses héritiers, succédant à ses obligations, se trouvaient a leur tour débiteurs de l’État et étaient frappés d’atimie jusqu’à parfait payement9. Mais, dans tous les cas, aussitôt que la dette était éteinte, l’atimie disparaissait ipso jure. L’atimie était donc alors moins une peine qu’un moyen de coercition. Le législateur, en 1 établissant, avait espéré que la menace de la privation de 1 exercice des droits civiques déciderait le débiteur à faire tous ses efforts pour arriver à une prompte libération. Lorsque le but poursuivi était atteint, la contrainte n avait plus de raison d’être. Elle cessait au moment même du payement *°.
Tout autre était l’atimie, pénalité proprement dite, attachée par la loi à certaines infractions, et dépouillant a perpétuité le condamné de la jouissance de tout ou de partie de ses droits civiques.
II. Atimie totale. — L’Athénien qui avait encouru 1 atimie totale, et que l’on appelait xa9cb:aS dx(p.oç ", était privé de tous les droits dont l’exercice était interdit aux débiteurs du trésor public; il ne pouvait siéger dans le sénat, dans l’assemblée et dans les tribunaux 12 , ni adresser la paiole au peuple 13 , ni intenter aucune action publique 14 , ni remplir aucune magistrature ,5. Il était de plus incapable d être entendu comme témoin16 ; l’accès de certains lieux publics lui était défendu 11 ; il ne pouvait figurer dans les chœurs ou dans les cérémonies religieuses 18. En un mot, sa condition était presque inférieure à celle des étrangers 19. Quelquefois, l’atimie s’étendait à sa postérité 20, et son cadavre était privé de la sépulture dans le territoire de 1 Attique 1.
Les crimes auxquels était attachée la peine de 1 atimie
complète étaient les suivants ;
1° La trahison QtpoSotHx) ; l’atimie s’étendait même aux descendants légitimes ou naturels du condamné, et personne ne pouvait les adopter sans encourir la peine de 1’àxqj.rx. Le cadavre du traître devait être inhumé en dehors de l’ Attique 22 . La confiscation des biens étant la suite de la condamnation pour T.poSoal*, Andocide aurait dû rattacher ce cas et ceux qui vont suivre à sa première
3 C. Timarch. g 183, D. 61. — 4 De myst. g 73-76, D. 60. — 5 C’est sur la foi de ce texte d’Andocidc, que Meier a écrit, De bonis damnatoru/n , 1819, p. 105 . « Infamiae généra sunt tria, maxima, media et minimal maxima eorum quorum corpora infamia sunt et boua publicantur; media eorum quorum corpora au|« sunt, bona autem salra manent ; minima eorum qui xa-à moa-ciUi;, id est, qui non ommno et funditus, sed «.tenus tantum sunt quatenus feuoi esse jubentur. » — 0 Cf.
Wachsmuth, Mien. Alterth. 1' éd. t. II, p 198. - 7 Demosth. C. Ncarr. g 7, 1t. 1347. 8 Demosth C. Aristog. 1,11. 76S. Argum.— 9 Dcm. C. Androt. g 33, lt. 603 ; C. Timocr. § $01, R. 762 C. Theocrii. g 17, II. 1326. - 10 Voir lsoer. Pmuthen.
0 Didot, 150; Dem. C. Theocrin. g 15, R. 1326 ; cf. C. Timocr. § 90, R. 729. il Demosth. C. Mid. g 32, R. 5i4 et § 87, R. 542 ; C. Aristog. I, g 30, R. 779 ; hol. in Dem. 542, 24, Didot, p. 675. - 12 Demosth. C. Timocr. g 123, R. 739 ; Mid. g 182, R. 573. — 13 Demosth. C. Aristog. I, g 4, R. 771.— '4 Dem. C. Theocr. 15 et 45 R. 1326 et 1337. — '5 Dem. C. Lept. g 156, R. 504 ; cf. Aeschm. C. marc/i.gSl, D.33.— 1“ Dcm. C.Neaer. g 27, R. 1353. 17 Aeschin. C. Timarch.
.,, u. 33. 18 Dem. C. Mid. g 58 et s. R. 533. - ‘9 Dem. C., Theocr. g 68, R. 1343.
"2Ô Andoo. De myst. g 74, D. 60; Dem. C. Aristocr. g 62, R. 640. - 21 Hyper. ,0 Euxcnippo, g 13, D. 378. - 22 plut. Vita X oral. 383-483.
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classificatiou des «Tifiot xoaa aroiyaTa xai xaxot yy^atu. Il le place cependant dans la seconde catégorie, ce qui prouve bien l’inexactitude de son point de départ et la vérité de notre affirmation. La confiscation était complètement indépendante de l’atimie, et celle-ci se rapportait toujours exclusivement à la personne.
Ce que nous venons de dire de la trahison doit être appliqué par analogie aux tentatives faites pour renverser la démocratie (S^g-ou xaTaXuai;), à ce crime indéterminé désigné sous le nom très-élastique d’àStxfa itpoç tov S^p.ov, au fait d’avoir accepté des charges sous la tyrannie ou de l’avoir favorisée. Les noms des citoyens condamnés pour ces divers crimes étaient gravés sur les stèles, et nous savons que les <jty)Xïtou furent exceptés de la réhabilitation votée sur la proposition de Patroclide ; ils étaient donc tousavigot 23.
2° Le meurtre (tpo’voç) ; les meurtriers ne furent
pas compris dans la réhabilitation générale accordée une première fois par Solon s4, une seconde fois par le peuple sur l’initiative de Patroclide 23. La confiscation était en outre appliquée aux meurtriers qui avaient agi volontairement.
3° Le vol (xXo7rq) ; d’après Andocide, l’atimie passait même aux descendants de tous ceux qui avaient été condamnés comme voleurs (ôtosoc xXo7tî); otpXotsv 2C) ; toutou; ô’ tSsi xat auToù; xoù tou; sx toÛtwv axtaou; sîvai. Toutefois, quelques philologues pensent que cette phrase a été déplacée par un copiste et doit être reportée à la fin du § 73 27. L’hésitation est permise ; mais nous ferons remarquer qu’Andocide parle tout à la fois du vol et de la corruption. Or, il est certain que l’atimie était transmissible dans le cas de Swpoîoxi'a, et, puisque l’orateur rapproche les deux délits, il est permis de croire que la peine était la même pour tous les deux 28.
4° La corruption soit active, soit passive de fonctionnaires publics (Scopoooxi'aç, osxa-jp.ou, Swpwv y?0"?7! 29) ! l’atimie était héréditaire 37 ; et, s’il faut en croire Lysias 31 et Démosthène,dont le témoignage est en opposition avec celui d’Andocide, il y avait en outre confiscation.
5° Presque tous les délits militaires, notamment lorsqu’un citoyen appelé au service ne répondait pas à l’appel (àcTpoiTsi'a 82) ; — lorsqu’un citoyen quittait le poste de bataille qui lui avait été assigné par le général (XentoTodjiov 33) ;
— le crime de désertion à terre (Xst7ro<ïTpocTtov), que l'on assimile ordinairement au délit précédent; — la désertion à bord d’un navire de guerre (XerxovauTi&v) ; — l'inaction pendant un combat naval (àvaupta^tov) ; l’opinion de Suidas 34, qui dit que, dans ce dernier cas, l’atirnie était transmissible aux enfants, est évidemment erronée ; le lexicographe a eu le tort de généraliser pour tous les délits énumérés dans le § 74 d’Andocide ce que l’orateur dit seulement du vol et de la corruption ; — le fait de jeter son bouclier 33, sans motif plausible 36 (t->,v <x<nuoa àitoêotXXeiv) ; quelques rhéteurs ajoutent que le soldat s'exposait à la même peine lorsqu’il engageait ses armes; mais les textes d Aristophane et du Scholiaste 31 11’impliquent pas cette conséquence ; — enfin un délit qui paraît résumer tous les
23 Amloe. De myst. § 78, D. 61. — 24 plut. Solon, 10. — 23 Andoc. De myst. § 78,
61- — 26 Andoc. De myst. g 74, D. 60. — 22 Pauly, Real-Encycl. 2e éd. t. I, P- ï030> note. —28 Lelyveld, p. 77. — 29 Andoc. De myst. § 74, D. 60 ; Dem. C. MU. § 113, R. 551 ; Aeschin. C. Ctesiph. § 232, D. 139. — 30 Andoc. cl Dem. I. c. — 31 Lys. Or. XXI, § 25, D. 194. — 32 Dem. C. Neacr. § 27, R. 1353 ; C. Timocr. § 103, II. 732; Andoc. De myst. § 74, D. 60.— 33 Dem. De Rhod. libert. § 32, R. 200.
— 3‘ Éd. Bernhardv, 379. — 33 Andoc. De myster. § 74, D. 60 ; Aeschin. C. Timarch. S 29, D. 34. — 36 Diod. XII, 62. — 37 Plut. 431 et s. — 38 Andoc. De myst. § 74, D. 60. — 39 Lys. C. Alcïb. I, § 9, D. 164; voir cep. Andoc. De myster. § 74, D. Gü. — 40 Lys. C. Theomn. 1, g 22, D. 135; Antipli. Tetralogia, 1, 4, g 7, D. 11.
précédents, la lâcheté (ôetXt'a 38). — A l’atimie se joignait, pour tous les délits militaires, la confiscation des biens 39.
6° Le faux témoignage devant les tribunaux 40. D’après Andocide, pour que l’atimie fût encourue, il fallait que la même personne eût succombé trois fois dans une -j/suSop//0Tuptwv ypot'fti 41> et ü est notable que Platon, dans sa république idéale42, subordonne également l’atimie pour t!/suooy.oepTupi'a à l’existence de trois condamnations. Mais il résulte des autres témoignages que la dégradation civique existait dès qu’un seul jugement avait été rendu 43. On assimilait au faux témoignage les manœuvres employées pour le provoquer (xaxoTsyvtwv 8t xï) 44). Le faux témoignage devant un arbitre (StatT7]Tifc) avait paru moins répréhensible que le faux témoignage devant un tribunal et il était impuni 45. — Quant au synegoros, ou avocat auxiliaire du plaideur, on n’avait jamais songé à l’assimiler au témoin, et il pouvait altérer la vérité sans s’exposer à l’atimie 46.
7° L’attestation mensongère qu’un ajournement avait eu lieu (^£uSoxXr)TEt'a), attestation qui pouvait avoir comme conséquence la condamnation par défaut d’une personne non régulièrement citée en justice. Andocide47, ici encore, exige, pour qu’il y ait dégradation civique, trois condamnations pour ij/EuooxXrjTsla.
8° Le manquement aux devoirs envers les parents (xaxoxjt; yovewv *8). Remarquons que l’atimie ne frappait ni les tuteui’s qui manquaient à leurs devoirs envers leurs pupilles, ni les maris qui manquaient à leurs devoirs envers leurs femmes épiclères 49. Si quelquefois des maris ou des tuteurs, condamnés pour xaxwdcç, sont présentés comme aTtgot, c’est qu’ils n’avaient pas payé l’amende à laquelle ils avaient été condamnés. L’aTcpua tenait à leur qualité de débiteurs du trésor public et non à la constatation de leur faute.
9° Le fait de donner en mariage à un Athénien une étrangère en la faisant passer pour citoyenne. A l’atimie était jointe dans ce cas la confiscation des biens &0.
40° Le fait du proèdre, qui permettait à un débiteur du trésor public ou à un ami de ce débiteur d’implorer la remise de sa dette et qui faisait voter l’assemblée sur cette proposition illégale 81 . Leptine fît voter une loi qui prononçait également l’atimie et en outre la confiscation des biens contre l’auteur de toute motion tendant à accorder l’àTÉXsta tcôv XsiToupytwv 52 ; mais cette loi fut bientôt rapportée [ateleia.]
1 1° Le fait d’un héraut qui proclamait sur un théâtre un affranchissement d’esclaves ou une concession de couronne par une tribu, par un dème ou par toute autre corporation 83.
12° Le déni de justice et l’abus de pouvoirs de la part d’un arbitre public (Siair/ir/;;) désigné par le sort pour juger un procès 54.
13° Les voies de fait ou les injures verbales contre un magistrat dans l’exercice de ses fonctions 65.
14° La proposition de modifier les lois sur l’homicide ; l’atimie était même héréditaire et la confiscation s’y joignait36.
— 41 De myst. g 74, D. 60. — 42 Leg. XI, D. 479, 14. — 43 jLys. C. Theomn. I, § 25, D. 136. 4+ Dem. C. Steph. Il, § 10, R. 1132 ; voir cependant Lelyveld, p. 137, qui
se met en contradiction avec ce qu’il a écrit p. 128. — 45 Dem. C. Phorm. § 19 R. 913. — 46 Aeschin. De male gesta leg. g 170, Didot, p. 93. — 47 De myst. § 7i’ D. 60. — 48 Dem. C. Timocr. g 105, R. 733 ; Xen. Mémor. II, 2, g 13 ; Andoc. De myst. § 74, D. 60. — 49 Voir cep. Isae. De Pyrrhi her. § 62, D. 258, et Westermann, Real-Encycl. I, 2= édit. p. 2029. — 50 Dera. C. Neaer. g 52, R. 1363. — 51 Dent. C. Timocr. g 50, R. 716. —52 Dem. C. Lept. g 156, R. 504. —53 Aeschin. C. Timarch. g 44, D. 105. — 54 Dem. C. Mid. g 87, R. 542 ; Follux, VIII, 126 ; Harpocr. s. u. d ratftMa. — 55 Dent. C. Mid. g 32, R. 454. — 56 Dem. C. Aristocr. g 62, R. 640.
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Nous pouvons citer encore comme xaOâua^ àttpt :
15° Le mari qui, après avoir surpris sa femme en flagrant délit d'adultère, continuait à habiter avec elle 57.
10° Le citoyen qui restait neutre en temps de guerre civile 5S. Notons toutefois que cette obligation pour l’Athénien de choisir entre les partis qui se disputaient le gouvernement tomba en désuétude 69 ; il semble que, dès ie temps de Lysias 60, on n’en tenait plus nul compte.
17° Le citoyen convaincu de désœuvrement ;
d’après Pollux, Solon aurait décidé que la peine de la dégradation civique n’atteindrait que celui qui aurait succombé trois fois dans une dtpyi'aç ypasii 61 .
18° Le dépositaire qui ne restituait pas le dépôt qu’on lui avait confié 6S.
Quelques auteurs ont proposé d’étendre cette énumération en y ajoutant : 1° ceux qui étaient condamnés pour éToci'oïi<nç ; 2° les dissipateurs 63 ; 3° les condamnés aux galères ; 4° les fils abdiqués par leurs pères; 5° les sycophantes, etc. Nous croyons que, dans les deux premiers cas, l’atimie était seulement partielle 68 ; que la condamnation aux galères ne figurait pas parmi les peines en vigueur à Athènes 6S, et que, si plusieurs textes disent que les abdiqués et les sycophantes étaient a-ragot, cela signifie, non pas qu'ils étaient en état de dégradation civique, mais bien qu’ils étaient généralement méprisés. 11 en était de même des suicidés, et l’on se tromperait en prenant à la lettre l’cmpi'a qui, d’après Aristote 67, s’attachait au fait de quitter volontairement la vie.
III. Atimie partielle. — L’atimie partielle n’enlevait au citoyen que certains droits limitativement déterminés. Pour tous les autres, il demeurait sur un pied d’égalité avec les citoyens sTUTtgot. Cette atimie partielle était le plus souvent attachée de plein droit à certains délits ou à certaines condamnations. Mais elle était aussi quelquefois prononcée d’une façon spéciale, et c’était dans ce cas seulement qu’elle méritait, à proprement parler, le nom d’avifAta xccrot T.QrJ<j-i\v.c, 68.
L’accusateur, qui intentait une action publique et qui plus tard se désistait ou succombait sans obtenir le cinquième des suffrages, était déchu du droit d’intenter à l’avenir une action publique du même genre 69. La loi n’avait, fait d’exception que pour l’eîffaYYEÀt'a xaxwcew;, afin de ne pas décourager, par la perspective de l’atimie en cas d insuccès, les citoyens disposés à prendre en main les intérêts des incapables 70.
Le citoyen qui avait été condamné trois fois pour avoir soumis au peuple des propositions illégales (napavogiov yfay>i) était de plein droit déchu de' la faculté de faire au peuple de nouvelles propositions 71.
Les citoyens qui s’étaient rendus coupables de certains délits graves contre les mœurs, par exemple d’£Tat'f7)<7i<;, ou qui avaient été déclarés prodigues et dissipateurs, étaient ipso jure incapables de prendre la parole dans l’assemblée du peuple et de remplir certaines magistratures 72.
La même incapacité pouvait résulter d’une irpoffrafo ou
57 Dem. C. Neaer. § 87, R. 1374. — 58 plut. Sol. 20 ; Pracc. ger. reip. XXXII, D. 1005 ; Ve sera i mm. vind . IV, D. 065 ; Gell. XI, 12, § 1 ; Cic. Ad Attic . X, 1, § 2. — 59 Plut. De solert. anim. VIII, g 5, D. 1181. — 60 C. Philon. or. XXXI. —61 Poil. VIII, 42 ; cf. Phot. Lex. édit. 1823, p. 675. — 62 Voir Lelyveld, p. 186. — «3 Wester* mann, Real-Encycl. I, 2' éd. p. 2030. — 6'. Sam. Petit, Leges ait. édit. Wesseling, p. 455. — 65 Lelyveld, De iiifamia, p. 251 et s. — 66 Lelyveld, p. 190. — 67 Elh. Nicom. V, 1 1 , § 3, D. p. 65. — 68 Àndocide donne pourtant ce nom à toute atimie partielle. De myst. g 75, D. 60. — 69 Harpocr. s. v. iàv ti;, édit. Bekker, p. 65 ; Dem. C. Aristog. II, § 9. R. 8 03. — 70 Harpocr. s. v. iWayyùia, édit. Bekker, p. 66 ; ls. De Pyr. her. § 46, D. 255 ; Dem. C. Pantaen. g 46, R. 980. — 7' Diod. XVIII,
défense spéciale. Ainsi les soldats, qui étaient restés dans la ville pendant la tyrannie des Quatre-Cents, furent privés du droit de parler dans les réunions populaires et de siéger dans le sénat 73. 11 en fut de même probablement pour les autres complices de la tyrannie que ne frappèrent pas des peines plus rigoureuses 7\ Démosthène mentionne une interdiction de parler dans I’ekklesia prononcée contre un citoyen pour une période de cinq ans seulement 75.
Ce devait être aussi en vertu de Ttpocîâ^t; spéciales que des citoyens étaient frappés de ces pénalités singulières dont parle Andocide. Il y avait, dit-il, des personnes auxquelles il était défendu de faire voile vers l’Hellespont, d’autres auxquelles l’accès de l’Ionie était interdit, d’autres qui ne pouvaient pas pénétrer dans l’Agora 76. On a mis en doute la réalité de ces prohibitions 77. On s’est demandé au moins pour quels faits elles étaient prononcées 73. Il s’agit là, sans doute, de pénalités à l’adresse de négociants peu scrupuleux, qui s’étaient rendus coupables de fraudes soit envers l’État, soit envers les particuliers, dans l’Hellespont, dans l’Ionie ou dans l’Agora. Pour les punir, la loi leur défendait tout commerce avec les localités qui avaient été le théâtre de leur mauvaise action 79. On trouvera plus tard, en droit romain, une pénalité analogue :uSunt aliae poenae, veluti si guis negotiatione abstinere jubeatur 80 . »
1Y. Sanction de l’ atimie. — Lorsqu’un citoyen, malgré sa dégradation civique, usait ou voulait user de l’un des droits dont 1’dtTijjt.i'a l’avait dépouillé, il s'exposait à plusieurs genres de poursuites. Ainsi l’aTigo?, qui prenait la parole dans l’assemblée du peuple, pouvait, suivant les cas, être atteint par l’evoetljtç ou par l’sitayYsMa Soxip.a<n'aç.
L’evSîtljtç était employée quand l’atimie était certaine, parce qu’elle était la conséquence juridique d’une condamnation régulièrement prononcée ; il suffisait alors d’invoquer le jugement de condamnation pour prouver que l’orateur était indigne de paraître à la tribune et pour le forcer à en descendre. La procédure de l’evSei^tç suivait son cours régulier pour aboutir à l’application d’une nouvelle peine, qui pouvait être capitale 81 .
On avait recours à Yznuygzkioi Soxigacfaç lorsque le citoyen s’était rendu coupable de faits qui entraînaient l’atimie, mais sans que sa culpabilité eût été reconnue en justice. Ainsi le fils qui avait maltraité ses parents, bien qu’il n’eût pas été convaincu au moyen d’une xaxwaewî Yçasr' d’avoir manqué à ses devoirs de piété, pouvait être exclu de la tribune par une zTtotygzkia Soxip-aufaç. C’était une injonction adressée à l’orateur de justifier de sa bonne vie et de montrer qu’il était digne de parler dans l’assemblée. Jusqu’à ce qu’il eût fourni cette preuve, il devait s'abstenir de discouriren public. LesThesmothètes instruisaient l’affaire et la soumettaient à un tribunal d’Héliastes, qui, s’il jugeait l’imputation bien fondée, prononçait formellement l’atimie. Si l’accusation n’était pas prouvée, le tribunal rendait à l’accusé l’exercice de ses droits 82. Cette £7tayyeXta Soxigaciaç était une arme terrible, et elle fut
18 ; cf. Dem. De Cor. praef. nav. g 12, R. 1231. Un changement dans la ponctuation régulière de ce texte a suggéré au Scholiaste l’idée singulière d’une répartition des en trois catégories, les uns étant ÛTijist pour un tiers, d’autres pour deux tiers, d’autres pour le tout. R. 542, 24, D. p. 675-676. —72 Aeschin. C. Timarch. g§ 29-30, p. 35. — 73 Andoc. De myst. g 75, D. 60. — 74 Lelyveld, p. 218. — 75 Dem. C. Aristog. I, g 42, R. 783. — 7« De myst. § 76, D. 60. — 77 Westermann, Real- Encycl. I, 2' édit. p. 2031. — 78 Meier, De bonis damnat. p. 132, offre le choix entre deux explications. — 79 Lelyveld, p. 260. — Voir L. 9, §g 9 et 10, D. De poenis, 48, 19. — 81 Aeschin. C. Tintarch. g 21, D. p. 33. — 82 Dem. De falsa leg. g 257, R. 423 ; g 284, R. 432 ; Acsch. C. Tim. g 134, D. 53.
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souvent employée injustement pour forcer à descendre de la tribune les orateurs dont l’influence était à redouter.
D’autres textes nous apprennent que l’exercice par )'«xtu.0? des droits dont la jouissance lui avait été enlevée pouvait motiver une apagogè 83 et servir de base à une condamnation à l’emprisonnement 8\
L’atimie proprement dite, c’est-à-dire celle qui était la peine d’un délit (à la différence de celle qui résultait seulement de la qualité de débiteur de l’État et qui cessait de plein droit dès que la dette était payée), était perpétuelle. Quelquefois même elle continuait de produire des effets après la mort de 1’aTtp.oç, soit parce que son cadavre n’était pas admis à reposer dans l’Attique 8S, soit parce que ses enfants étaient eux-mêmes frappés d’alimie 86. Pour que l’atimie cessât pendant la vie de l’atiao;, il fallait une réhabilitation.
Y. Réhabilitation. — La réhabilitation était permise; mais elle était subordonnée à une condition si difficile à réaliser qu’il n’y avait pas à craindre qu’elle fût trop* facilement accordée. Aucun citoyen ne pouvait proposer de rendre à 1’anu.oç les droits dont il avait été privé, sans avoir préalablement obtenu du peuple assemblé une autorisation [adeia], pour la validité de laquelle six mille suffrages étaient exigés 87. C’était seulement après cette approbation anticipée que la demande de restitutio in integrum était régulièrement formée.
On pourrait toutefois citer des cas dans lesquels des lois ou des décrets réhabilitèrent en bloc des masses d’dht|xot. Ainsi Solon releva de leur incapacité la plupart de ceux qui avaient encouru l’atimie avant son archontat 83. C’était surtout à la suite des révolutions politiques, pour venir en aide aux victimes du régime déchu, que ces concessions en masse avaient lieu.
Quelquefois aussi, dans les temps de crise et de détresse, on rappelait à la vie civile les condamnés afin de procurer à l’Etat un plus grand nombre de défenseurs. Cette restitulioin integrum des damnati, que Cicéron présente comme une ressource déplorable pour les cités dont les affaires sont désespérées 89, fut décrétée par le peuple athénien sous le coup de la terreur causée par l’invasion des Perses en Grèce <J°, pendant le siège d’Athènes par Lysandre 91 , et après la bataille de Chéronée 92. E. Caillemer.
ATLANTES (yATXavx£ç). — Statues qui représentent des figures mâles, supportant soit des entablements, soit des motifs de décoration monumentale, tels que sphères, vases, etc. Leur nom n’est autre que celui d’ATLAS, qui portait le ciel sur ses épaules1; les Latins désignèrent ces mêmes statues par le mot telamo, dérivé lui aussi du grec TActto. Yitruve est explicite à cet égard 2.
Ces statues jouent dans l’architecture antique un rôle analogue à celui des caryatides, et, comme elles, ont pu à 1 occasion rappeler un souvenir de captifs. A Sparte se voyait un portique de prisonniers perses, où même on
désignait la figure de Mardonius et c’est de là qu’est venu le nom d’ordre persique adopté par quelques auteurs4. Mais, dans les exemples qui nous restent de l’antiquité, l’analogie plastique des atlantes et des caryatides n’existe pas : les atlantes sont toujours nus, et au lieu de l’attitude calme des caryatides, leur pose accuse d’une façon plus réelle l’effort et le fardeau.
Il subsiste un exemple d’atlantes très-ancien et trèsremarquable àGirgenti, l’antique Agrigente, dans l’édifice qui passe pour le temple de Jupiter Olympien. On a rapproché sur le sol les fragments d’une statue brisée, de 8 mètres de haut ; elle est nue, les bras relevés et reployés aux coudes, la tête a quelque peu du caractère africain B. Fazello rapporte 6 que de son temps trois de ces statues se voyaient en place, au-dessus de colonnes ou piliers d’un ordre inférieur; elles auraient ainsi constitué l’ordonnance supérieure de la cella 7 . Au musée des antiques, au Louvre, sont quatre statues (fig. 608) de satyres atlantes en marbre, d’un beau travail, mais en partie restaurés, de 2m,06 de haut, provenant de la villa Albani, à Rome 8 : une autre est au musée de Stockholm. La découverte de figures semblables parmi les ruines du théâtre deBacchus, à Athènes 9, a fait reconnaître leur commune origine 10. Ces figures devaient décorer le mur du fond de la scène. D’autres, représen- Fis- 608- AtIantc du théatre
. deBacchus.
tant des silenes un genou en terre
(fig. 609), soutenaient l’entablement ou la corniche du
proscenium n. A Pompéi dans une des salles des thermes,
l'if»* 609. Atlante du théâtre de Bacchus, à Athènes.
tout le pourtour est décoré de petites figures d’atlantes, en terre cuite, présentant plusieurs types qui alternent!
83 Hem. c. Timocr. § 105, U. 733. — 84 Eod. loc. § 103, K. 732. — 8S Hvperid. Pro Euxen. § 18, B. 378, et Pro Lycophr. § 14, D. 418. — 88 Andoc. De myst. § 74, D. 60; Dem. C. Androt. § 34, R. 604 ; C. Timocr. § 201, R. 763 ; C, Macart. § 58, R. 106 9. — 87 Dem. C. Timocr. § 45, R. 714 ; cf. Boeckh Staatsh. der Ath. 2« édit. I, p. 324 et s. — 88 Plut. Sol. 19. — 89 /„ Vcrr. V, 6, § 12. — 90 Andoc. De myst. § 77 et § 107, D. 60 et 66. — 91 Andoc. §§ 73, 77 et s. D. 60 ; cf. Xeu. Hist. gr. II, 2, 11.-92 Lyc. C. Leocr. § 41, D. p. S. — Bibliographie. Meier, De bonis damnatorum, Berlin, 1819, p. 101-144; P. van Lclyveld, De infamiajure attico. Amst. 1835 ; Wachsmuth, Hellenische Altcrthumskunde , Halle, 2» édit. Il, 1846, p. 195-200 ; Westcrmann, in Paulv, Ileal-Encyclopaedie, I, 2» édit. 1866, p. 2028-2031 ; Hermann, Griechische Staatsalterthümer, 5' édit. 1874, § 124. ATLANTES, t Vitruv. VI, 10 ; Hesychi 'AOi,Ta ûv.otfôtm. — 2 VI, 7 : « Quae virili
figura signa mutulos aut coronas sustinent nostri telamoncs appcllant, Graeci vero eos atlantes vocitant. » Ennius appelle aussi Atlas Tclamon, Ap. Serv. ad Virg. Aciu I, 741. - 3 Yitr. I, 1. - 4 y0y. Ce mot dans le Dictionnaire darc/nt. dé Quatremere de Quincy. - 5 Serra di Falco, Antich. délia Sicilia , III, pl. 25 • Dict de Vacad des beaux-arts, t. II, pi. 12. - 6 De reb. siculis ; >oy. Quatremère de Qumcy, Op. c. article Agrigente. - 7 R. Rochette, Mémoire sur les représ. fin. du personnage d’Atlas, Paris, 1835 ; Cockerell, Antiq. of Athens, p. 1-10, pi. ., ix ; Serra d! Falco, Antich. di Acragante. - 8 Winckelmann, Mon. ined. n. 205; Bouillon, t. III, statues, pl. xi„, 4 ; Clarac, Mus. de sc. pl. ccxcv.ii, „. 1725; Frdhner, Ao ICC de la sc. antiq. u. 275. - 9 Ballet, de l’Acad. des inscr. 1869, p. 23 et s. - Ib. et Clarac, Mus. de sc. pl. 721, n» 1725 a.- il Mon.incd.de l’Inst. arch, IX, p. 99 ; Annales, pl. xeix.
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Ces statuettes de 0m,65 de haut séparent de petites niches rectangulaires, armoires à linge ou à parfums; elles ne font pas corps avec la construction et sont, ainsi que le bandeau qui les supporte et l’entablement qu’elles soutiennent, en sailhe sur le nu du mur 12. Des figures analogues se voient aux thermes de Corncto 13.
A Pompéi encore, au petit théâtre, des atlantes agenouillés (lig. G 10) sont placés aux deux extrémités d’une des précinctions Nous citerons, en dehors de ces fonctions monumentales, les atlantes de six coudées de haut qui servaient de supports, tout autour du fameux vaisseau d’Hiéron de Syra-
théâtre de Pompéi cuse> a 1 entablement sur lequel reposait le plancher supérieur 13.
Des statues du même genre portaient le toit de la tente dans laquelle Alexandre après la conquête de la Perse, donnait ses audiences et rendait la justice 16.
Des figures d’atlantes ornent les supports de plusieurs sarcophages 17 ; d’autres se rencontrent parmi les arabesques peintes sur les murs des maisons de Pompéi ou font partie de la décoration de candélabres ,8, ou de meubles divers.
J. Guadet.
ATLAS (’AxXaç)1. — Atlas, un des Titans, fils, selon les uns, de Japet et de Clymène ou d’Asia 2 ; selon d’autres, d’Aether et de Gé 3 ou d’Héméra 4; ou encore d’Uranus 5 ou de Neptune et de Clito ; frère de Menœtius, de Prométhée etd’Épiméthée6 ;père desPléiades7 etdes Hyades8, d’OEnomaiis et de Maia9. On lui donne aussi pour fille Calypso 10 ; Hyas et Hesperus pour fils 11 .
Le prudent Atlas, dit Homère 12, connaît tous les abîmes de la mer ; il soutient les hautes colonnes qui séparent la terre du ciel (ai yct.ïixv X£ xoù ouçavôv àucp'tç s^cuatv). Ces mots ont été diversement interprétés : on a essayé de traduire par une image exacte les termes employés par Homère et les auteurs venus après lui. Un savant antiquaire a proposé de voir ici deux colonnes, dont les bases s’appuieraient sur la terre et dont les chapiteaux porteraient la voûte céleste, et de supposer Atlas entre ces colonnes, les soutenant de son dos de bronze ou de fer13. Dans la Théogonie d’Hésiode, qui ne parle plus de colonne, Atlas, pour avoir pris part à la guerre des Titans contre les dieux, a été condamné par Jupiter à soutenir le ciel avec sa tète et ses bras infatigables u. Eschyle, Euripide reproduisent la même image13; c’est celle qui a été adoptée par les artistes, comme on le verra plus loin. L’idée d’une montagne qui, le pied dans la mer, le sommet dans les nues, supporte la voûte céleste, est plus moderne ; on en trouve la trace dans Hérodote16, qui raconte qu’ Atlas
u Musco Dorbon. t. II, pl. uv ; Mazois, Duines de Pompéi, III, pl. l, 1,2, 3. Une figure eu est donnée ci-après au mot bàuvexe. — 13 R. Rochette, l. c. '4 Niccolini, Case di Pompéi. — 1= Athen. V, p. 208 a; t. II, p. 301. — 16 Athen. XII, p. 340 d , Polvaen. IV, 3, 24. — U Garrucci, Mus. Lateran. pl. ii, m ; Benndorf et Schône, Later. Mus. n. 415, 427; vov. aussi n. 510. — 18 Musée Napoléon, IV, pl. xvn.
ATLAS. 1 Son nom de t).Sv (signifie l’infatigable) : Schol. Eùrip. Hipp. 742; Cornut. Nat. deor- 26 et la note de Yilloison, p. 325, éd. Osann, 1844. 5 Hesiod. Theog.
507 ; Apollod. I, 2, 3. — 3 Hyg. Praef. p. i. — 4 Serw Ad Aen. IV, 247. — 0 Diod. III, 60; Plat. Crit. p. lit. — 6 Hesiod. I. oit. — 7 Apollod. III, 10, I ; Diod. IV, 27.’ 8 ovid. Fast. V, 171. — 9 Scrv. Ad Aen. VIII, 130. — 1° Hom. Od. VI, 247. 11 Schol. Iliad. XVIII, 486 ; Schol. Arat. 254 ; Diod. III, 60. — i2 Od. I, 52 ; Cf. Nitzsch, Ad h. I. et Preller, Gr. Myth. I, p. 340. - « Raoul-Rochette, Me-
esl, au nord de l’Afrique, une montagne que les indigènes appellent le pilier du ciel. Cette donnée a été complétée. Ovide raconte qu’ Atlas fut changé en montagne par Persée auquel il avait refusé l’hospitalité. Pour opérer cette métamorphose, Persée n’eut qu’à présenter à Atlas la tête de Méduse 17. Cet Atlas n’était point le Titan audacieux d’Hésiode, mais le paisible roi des contrées situées du côté du soleil couchant, aux extrémités de la terre 18, l’époux d’Hespéris la femme
occidentale) , fille d’Hespérus (l’étoile du couchant). 11 régnait, disait-on, sur de vastes campagnes couvertes de troupeaux. Là, dans un terrain parfaitement clos, fleurissait l’arbre aux pommes d’or, l’arbre des hespérides, gardé par un dragon. Ces pom- > mes furent cueillies par Hercule en dépit du monstre qui les protégeait 19 [uesperides]. D’autres traditions font d’Atlas un roi d’Arcadie adonné à de savantes études, soit sur le mont Cercyus, V'g- en. Atias roi.
soit sur le mont Thaumasius ou
sur le mont Cyllène. Pleïone, fille de l’Océan et mère des sept Pléiades, est son épouse 20.
Quand l’évhémérisme eut remanié de fond en comble la mythologie, le Titan d’Hésiode, ou le vieillard homérique qui sonde les abîmes marins, devint un astronome et un mathématicien africain, inventeur de la sphère 2l. Virgile le conçoit comme une sorte de philosophe et de professeur de cosmologie22. Qu’ Atlas, qui personnifie les montagnes, les colonnes de la terre, ait été placé successivement dans le voisinage de quelques grandes montagnes de l’ancien monde, voilà qui ne doit point surprendre; aussi le trouve-t-on au Caucase, en Mauritanie ou partout ailleurs, comme une borne qui marque la limite des connaissances géographiques.
Pausanias signale cinq monuments se rapportant au mythe d’Atlas. Sur le coffret de Cypsélus, Atlas était représenté portant le ciel, et comme le disait l’inscription gravée sur ce coffret, prêt à abandonner les pommes des Hespérides 23 . Une des peintures de Panænus qui décoraient le mur d’appui du trône de Jupiter, dans le temple d’Olympie, montrait Atlas soutenant le ciel et la terre, et près de lui Hercule se disposant à prendre son fardeau24. Dans yne métope du même temple, on voyait également Hercule prêt à se substituer à Atlas 23. Le même auteur parle 26 d’une série nombreuse de figures de ronde bosse (nous n’osons pas dire un groupe), dans le trésor des habitants d’Épidaure, à Olympie, qui représentaient Hercule au jardin des Hespérides ; parmi ces figures se trouvait celle
-moire sur les représ. (ly. du mythe d Atlas, p. 19 cts., 24 et s.; voy. aussi Welcker, Griech. Gotterlehre , I, p. 749 ; Gerhard, Akadem. Abliandl. I, p. 37 et s. et les auteurs cités à la bibliographie. — 14 Theog. 517, 746 ; Hyg. Fab. 150; Eustath. p. 1390, 23. - 15 Aesch.Prom.350, 428 ; Eur. Ion, 1 ; Hippol.73S ; Herc.fur. 403 ; cf. Aristot. De anim. molu, 3. — '6 IV, 181. — 17 Met. IV, 631 ets.;Diod. III, 60; Tzetz. Ad Lycophr. 879. — i8 Diod. III, 60 ; Scrv. Ad Aen. VIII, 134. —19 Ovid. Met. IV, 635; cf. Diod. l.c.— 20 Apollod. III, 10,1 ; Dion. Hal. Ant. rom. I, 61 ; Paus. IX, 30, 3.
21 Aristot. 1. 1. et De coelo, II, 1 ; Diod. I. c. et IV, 27 ; Cic. Tusc. V, 3; Plin. Hist.
nat. VII 56 ; Paus. IX, 20, 3 ; Cornut. Nat. deor. 26 ; Clem. Alex. Strom. I, p. 306 ; Tzetz. Ad Lycophr. 873 ; Eust. Ad Od. 1390, 15, 26. — « Aen. I, 741 ; Serv. Ad h.l.
23 J’aus. V, 18, 1 : ’A-cXa; oùpavèv ou-o; l/i t, xà 8i p.à).a lAtO^aet. — 24 Id. V, 11, 2,
— 2i ld. V, 10, 2 : Oùfavèv xai Y*(v àvi^wv. — 26 VI, 19, 5.
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d’Atlas soutenant le ciel (roftov). Enfin, Atlas était représenté (Pausanias 27 ne nous dit point de quelle manière) dans l’un des bas-reliefs sculptés sur le trône de l’Apollon d’Amyclées. 11 semble, d’après ces indications, que le personnage d’Atlas fut souvent, dans l’antiquité grecque, figuré à cause d’Hercule et en quelque sorte pour le faire valoir 28.
Cette induction, à laquelle les textes de Pausanias nous amènent, se trouve confirmée par la plupart des monuments, d’ailleurs en très-petit nombre, que les découvertes archéologiques nous ont fait connaître concernant Atlas. Nous voyons au revers du magnifique vase qui représente les funérailles d’Archemoros , au musée de Naples 29, Hercule au jardin des Hespérides ; auprès de lui, entre le char du Soleil et Lucifer à cheval, portant un flambeau, Atlas est représenté nu, à la réserve d’une légère cblamyde jetée sur ses deux bras. Sa barbe est bien fournie, sa chevelure abondante ; de ses deux mains, élevées à la hauteur de la tête, il soutient la sphère étoilée. Un autre vase, de la bibliothèque du Vatican 30, nous offre l'image d’Atlas débarrassé de son fardeau, que supporte Hercule (voy. p. 478, fig. 577). Sur un miroir étrusque de Vulci (fig. 612), Atlas entièrement nu, barbu, maintient de
ses deux mains sur ses épaules la sphère étoilée ; Hercule s’éloigne du Titan, il tient les pommes des Hespérides dans
la main 81 . Ils sont encore réunis sur des pierres gravées, comme on le voit dans la figure 613 32 ; mais sur d’autres pierres (fig. 6 1 4) 33 , Hercule est seul, aussi bien que dans deux monuments de l’époque romaine; ceux-ci toutefois paraissent conçus dans un ordre d’idées tout différent. Le premier est la célèbre statue du
21 III, 18. 7. — 28 Voy. encore Philostrat. Imag. II, 20. — 29 Gerhard, Nouv. annales de l'inst. archéol. I, p. 358; Monum. pl. v et vi ; Id. A/ead. Abhandl. pl. n, I’. 16; Guigniaut, Nouv. galer. myth . pl. ccvii, n. 665 b. — 30 Passeri, Picturae etruscae in vase. t. III, pl. ccxlix ; d'Hancarville, Antiq. d’Hamilton, III, pl. xciv ; lnghirami, Monum. etr. V, 17 ; Gerhard, Akad. Abh. pl. xx, 6, p. 22S. — 3> Micali, Monumenti per servire alla stor. degli ant.pop. ital. pl. xxxvi, 3 ; Gerhard. Etrüslc. Spiegel, II, pl. cxxxvn; Mus. Etr. Gregor. I, 36, 2 ; Guigniaut, Nouv. gai. myth. pl. clxxxvi, n. 665 c. — 32 Gerhrad, Akad. Abhandl. 1, p. 43, pl. iv, 4. — 33 Impronte dell Instit. I, 65; Gerhard, l. c. pl. iv, 3; cf. Ib. 5. etc.; Winckelmann, Pierres
musée de Naples désignée communément sous le nom d’Atlas Farncse 8\ le second est une petite figure en marbre de la villa Albani35. L’Atlas Farnèse est courbé sous le faix; il s’appuie du genou gauche sur son rocher et tient des deux mains le globe céleste vers lequel il tourne son visage fatigué (fig. 615). L’Atlas de la villa Albani n’a d’antique que la tête, la poitrine, les deux bras, et le bord du disque qu’il soutient; mais cette tète, empreinte de majesté, donne bien l’idée du caractère titanesque. « Je ne me rappelle rien, dit Zoega, qui puisse mieux exprimer que cette figure l’association de la noblesse et de la force. » On retrouve Atlas et Hercule au revers d’une médaille de Bithynie à l’effigie de Caracalla36. Le Titan reprend le globe des mains d’Hercule. Enfin un médaillon contorniate , dont la face principale offre la tête de Trajan37, présente au revers un Atlas barbu, la tête couverte d’une dépouille d’éléphant, assis et observant avec attention un zodiaque sculpté sur un disque ou un bouclier.
Sur un vase archaïque , dont la peinture est reproduite ici (fig. 616), Atlas est figuré à côté de Prométhée , son frère, déchiré par un aigle 3\ Une autre
Fig. 616. Atlas et Trométhée.
peinture, sur un vase de Ruvo 39, le représente (fig. 617) portant une sphère étoilée traversée par le zodiaque ; il est debout en face d’un sphinx, qui doit symboliser sans doute les secrets de l’astronomie, dont la connaissance fut attribuée à celui qui était condamné à porter le ciel.
gravées de Stosch, II, 1765, où le personnage qui porte la sphère parait être plutôt Hercule. — 3'* C.larac, Mus. de sculpt. pl. 793, no 1999 A ; Mus. liorbon. V, 52 ; Gerhard et Panofka, Neaptls antike Bildwerlce, p. 9*. — 33 Zoëga, Op. I. II, pl. cvm ; cf. Gerhard, Op. I. p. 42; Raoul Rochette, l. c. p. 68. — 33 Mionnet, t. V, Suppl. p. 197, no 1162. — 37 Tatin, Thés. p. 104; Eckhel, Doct. mm. VIII, p. 308; Havercamp. Médailles de la reine Christine, p. 1 1 1 ; R. -Rochette, l.c. p. 13. — 33 Gerl.ard, Auscrles. Vasenbilder, II, 86, p. 20 et s. ; Akad. Abhandl. p. 42 ; Guigniaut, Nouv. gai. myth. pl. CLVIU bis, n. 603 a ; Welcker, A Itc Denkmâler, III, 192 ; Wieseler, Denlcm. d. ait. Kunst, II, 825. - 39 Bulletino Napolet. IV, p. 105, pl. v ; Wieseler, I. c. II, 820.
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ATR
On voit aussi sur une pierre gravée 40 (flg. 618) un personnage nu, assis sur un rocher, devant un cadran solaire,
Fig. 61 S. Atlas astronome.
tenant une étoile qu’il semble examiner ; une seconde étoile est derrière lui ; sur sa tête un compas ouvert : d'éminents antiquaires y ont reconnu Atlas, dans le rôle d’astronome que lui donna l’évhémérisme..
Enfin on a vu Atlas avec l’apparence et les attributs d’un roi dans la peinture d'un vase apulien 4t reproduite plus haut (fig. 611); il est assis sur un trône et tient un sceptre dans sa main ; son nom (ataa.2) est écrit au-dessus de sa tête ; devant lui est Hercule debout ; près de lui on voit encore Silène, Hermès, Maia, dont la réunion indique que c’est le roi arcadien qui est ici représenté. E. Vinet.
ATRAMEATARIU.il ou ATRAMENTALE 1 (Ms^avoo^eïov, (ASAavSoyov 2, ayyoç [juXavoôxov 3, [ipoyîç, 4) . — Termes qui désignent l’encrier en général, indépendamment de la forme qu’il peut présenter. On a retrouvé à Pompéi, et l’on conserve au musée de Naples, des encriers communs, en
terre cuite (fig. 619). Celui, de même matière, que reproduit la fig. 6120, était déposé dans un tombeau du cimetière de Calliste à Rome, et contenait encore, lors de la découverte, de l’encre desséchée8. Le mu¬
sée de Naples possède d’autres encriers, en bronze, plus ou moins ornés; celui que reproduit la fig. 621, est décoré défigurés en argent damasquiné sur ses côtés et en or sur la plate-forme supérieure 6; ils possédaient ordinairement un couvercle. Souvent, comme on le voit dans la même
40 Winckelmann, Pierres de Stosch , p. 4-6, cl, VI, n. 112; R. Rochette, l . c.; Gerhard, Akud. Abhandl. pl iv, 8 ; 'Wiesclor, l. c. Il, 829 ; cf. Welckcr, l. c. p. 750, n. 14. - 41 Gerhard, Kônig Atlas, in Alcad. Abh. I, p. 21S et s. pl. xix ; Petersen, in Annal, de l’Inst. arch. 1859, t. d’agg. G. H. ; Wieselcr, l. c. n. 828 ; cf. Weleker, Gr. Gôtterlehre, I, p. 753. — Bibliographie, letronne, Sur les idées cosmographiques qui se rattachent au nom d Atlas, dans les Annales de l Inst. 1830, p. 159 et s., et à part, Paris, 1832 ; Raoul-Rochette, Mémoire sur les représ, figurées du personnage d'Atlas, Paris, 1835 ; G. Hermann, De Atlante, Leipz. 1836 ; O. Millier, Prolcgomena zu eine wissenschaft. Mythologie , et Gesanimelte akademische Abhandlungen. Ber] . 1866. Gûtting, 1825, p. 118, 191 ; Id. Handbuch der Archéologie, § 396 ; Miiller-Wieseler, Denkmâler der ulten Kunst, II, 822-829; V II, p. 241 ; Gerhard, Abhandlungen der Berlin. Akademie, 1836, p- 284; 1841, p. 509; Preller, Griech. Mythologie, I, p. 438; Weleker, Griech. Gôtterlehre, I.p. 745 ; Stoll.iart. Atlas, n Paulv's Realencyclopüdie, t. I, p. 2036, 2» éd.
ATRAMENTAML’M ou ATRAMENTALE. 1 Vet. auct. glossaria a T.abbaeo collecta. — s Pollui, X, 60. - 3 Anthol. Pal. VI, 68, 5 ; cf. VI, 66, 9 ; F.tvm. magii.
ligure et dans la suivante (fig. 622), tirée d’une peinture de Pompéi7, deux encriers de même taille sont accouplés, soudés ensemble ; l’un était destiné à contenir l’encre noire [atramicntum], tandis que l’autre était réservé pour l’encre rouge [cinnabaius] . A Byzance, où les empereurs se servaient exclusivement d’encre rouge pour signer les actes officiels 8, le vase qui contenait l’encre
I’ig. 621. — Double encrier en métal.
Fig. 622. Encrier.
impériale s’appelait xo xavtxMov ( caniculus ), et le fonctionnaire à la garde duquel il était confié prenait le titre de ô èrii xcu x<mxXstou 9.
Par profession ou par goût, certaines personnes ne sortaient pas sans une écritoire pendue à la ceinture10. Aussi ces objets étaient-ils souvent munis d’anses ou d’anneaux. L’écritoire renfermait à la fois l’encrier et les roseaux u. «Les Grecs la nomment, » nous dit saint Jérôme 12, « xaXa|A«piov, atramentarium, atvamentum. » Et il ajoute : « Multi significantius thecas vocant, ab eo quod thecae sint scribentium calamorum. » Le mot theca sert à désigner l’écritoire des « notaires » dans un curieux passage d’Ammien Marcellin 13. Martorelli 14, en citant un texte grec tout semblable, où elle est appelée xcAauaptov, a, par cet heureux rapprochement, confirmé pleinement le témoignage de saint Jérôme. Il est fort probable que les termes theca, ou theca calamar ia, chez Martial 15 et chez Suétone 16, ont déjà cette même signification, que nous leur retrouvons, certainement, un peu plus tard.
La theca calamaria se porte, aujourd’hui encore, dans tous les pays orientaux 17. Ceux qui l’ont vue à la ceinture de Turcs ou de Juifs, à Constantinople, rapportent que c’est une boîte, de forme parallélipipédique, mesurant à peu près un pied de long, et que, à défaut de règle [canon], elle sert pour tirer des lignes. S’il en est ainsi, pourquoi refuser d’admettre 18 que l’écritoire ait pu être appelée aussi xavoiv? Nous considérons donc comme parfaitement authentique le texte suivant de Clément d’Alexandrie,
(iui est une description
. Fig. 623. — Ecritoire portative, tablettes et stvle.
exacte de « 1 ecntoire» :
xai xavôva èv co xo xe ypacpixôv ixéXav xott xyotvo; •)) ypaœouci 19 .
Sur un marbre des catacombes 20 qui, à en juger, en l’absence d’inscription, par les emblèmes qu’il porte, dut
p ç>s2; J, 4 Anthol. Pal. VI, 295, 4. — 5 Boldetti, Osservaz. sopra i cimiteri crist.
di Borna, 1720, p. 329. — 8 Bullet. archeol. Napolet. I, pl. vu ; Martorelli, De regiu theca calamaria, Napl. 1756. — 7 Pitt. d'Ercolano, t. II, p. 55 ; Mus. Borb.
1 12, 1. — 8 Montfaueon, Recensio palaeogr. gr. 1 (p. un de la Paléographie). — 9 Act. concil. Constant. IV (an. 870), p. 1379 C Labbé, p. 1106 D Hardouin; Anast. Biblioth. Interpret. Synod. octav. general, act. 10, p. 175 A (éd. Migne), note ; Du Cangc, Gloss, med. et inf. graec. s. v. xavixktwv. — '0 Petr. Sat. 102. — H Anthol. Pal. VI, 65, 9-10. — 12 Comment, in Ezech. IX, 2; cf. Orig. Hexap. Ezech. IX,
2 et commentaire sur ce passage; v. aussi Du Gange, Gloss, med. et inf. graec. s. v. MÙagàjiov. — 13 XXVIII, 4, p. 407 Gronov. ; Op. I. t. I, p. 183-184. — 14 Act. concil. Chalc. (en 451), p. 129 C Labbé, p. 94 D Hardouin. — 15 XIV, 19.
16 Gland. § 35. — 17 De même Lesage, Diable boiteux, chap. 17 : « Il a un grand
registre sous son bras, une écritoire pendue à sa ceinture. » — 18 Comme font Du Gange, Gloss, med. et inf. graec. append. s. v. xavixkeiov, et Martorelli, Z. L I, p. 191. 19 Strom. VI, 4, 36, p. 269, 8 Sylburg. — 20 Perret, Catac. de Rome, t. V,
pl. LXXltl, 6.
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recouvrir la sépulture d’un librarius, on voit, ;ï côté d’un diptyque et d’un style, un encrier attaché à un paquet de roseaux (fig. 623). Charles Graux.
ATRAMENTUM LÜBRARIUM, ou simplement atramentum (on trouve encore atramentum scriptorium *, atramentum quo ad scribenda volumina utuntur -) ; en grec usAotv, [Ac'Xav ypaîptxov, jjisXav oj ypaæoti.£v ; en grec byzantin: p-sXaviov, àTc'pagvov 3 et eyxauaTov , qui a donné le latin post-classique encaustum. — Encre noire.
Le nom générique atramentum désignait toute espèce de noir. Il faut prendre garde de confondre avec l’encre, X atramentum sutor.um 4, appelé aussi chalcantfium 3 (gsXav- TYipi'a6), noir des cordonniers ou noir de cuivre ; ou encore 1 atramentum tectorium 7 (p-éXav xaxaxoXXov 8), noir des peintres. C’est à X atramentum tectorium et avec un pinceau, qu’ont été tracées plusieurs inscriptions, rencontrées dans les cimetières9. A celui de Calliste, à Rome, Boldetti 10 trouva un petit vase d’argile [atramentarium], dans lequel était encore une matière noire desséchée, paraissant avoir servi à écrire une inscription dans le voisinage.
L’encre dont les anciens se servaient ordinairement pour écrire sur le papyrus, était une sorte d 'encre de Chine. Elle était composée de noir de fumée, provenant de la combustion de résines, mêlé à de la gomme11. Selon Dioscoride n, les proportions étaient, en poids :
Noir de fumée . 75
Gomme . 25
Vitruve 13 décrit le mode de préparation du noir de fumée destiné spécialement à la fabrication de l’encre. « On bâtissait une chambre voûtée comme une étuve; les murs et la voûte étaient revêtus de marbre poli. Au-devant de la chambre, on construisait un four qui communiquait avec elle par un double conduit. On brûlait dans ce four de la résine ou de la poix, en ayant soin de bien fermer la bouche du four, afin que la flamme ne pût s’échapper au dehors, et se répandît ainsi, par le double conduit, dans la chambre voûtée ; elle s’attachait aux parois et y formait une suie très-fine, qu’on ramassait ensuite14. » Il suffisait d’exposer le mélange de noir de fumée et de gomme à l’action du soleil 13 pour le dessécher, et l’on obtenait ainsi l’encre sous forme solide, comme nos bâtons d’encre de Chine. Lorsqu’on voulait écrire, il fallait délayer l’encre dans l’eau, de la même façon qu’on broie les couleurs. Démostbène 16 nous représente Escbine enfant, broyant 1 encre dans 1 école de son père (to piXav Tpfëwv). On lit dans une épitaphe, trouvée à Caesarea (Cherchell), cheflieu de la Mauritanie Césarienne 17 : « haec cum scriberem, lacnmis atramentum temperavi 18. »
Quelques gouttes d’encre antique s étaient conservées au fond d’un encrier, découvert à Pompéi au milieu du siècle dernier I9. Winckelmann a vu cette encre épaisse
ATRAMENTUM LIBRARIUM. 1 Cela» VIII, 4. - 2 Plin. Bist. nat. XXXV, 6, 41. — 3 Glossaria a Labbaco collecta. — '• Cic. Ad fam. ix, 2l ; Plin. Bist. nat. XXXIV, H, il -2 et 114 cf. XXXV, 6, 43 i « fit etiam (atramentum) apud infcctores ex flore nigro, qui adhaerescit aereis cortinis. » - 6 pnn. jnst. na(. XXXIV, 11, H4 ; Cels. V, I ; cf. Dioscor. V, 114. — 6 Lucian. Catapl. 15 ; Dioscor. y’ 118; Lar9- comP- ~ 7 Plin- Bist. natur. XXXV, 6, 43 : « Omne autem atramentum sole perficitur, librarium gumme, tectorium glutino admixto. » Cf. Vitruv.
10’ 3’ ~ 8 Aen- Tact- Comnu polior. XXI, 10. - 9 Lupi, Seéerae epitaph. 1734> P- 38 > Cavedoni, Due cirait, crût, di Chiusi, Modena, 1853, p. 03. — lo Osservaz ■ S0Pra * cimitericristiani di Borna, 1720, p. 329.— il vitr. VII, 10; Plin. Bist, nat. XXXV, 6, 41-43 ; Dioscor. T, 182. -'12 L. I. - 18 L, l. 14 Traduction de II. Ceraud, Essai sur les livres dans l’antiquité, Paris, 1810, p. 48-19. — 13 Plin l l 7 Pr° COr’ 8 25?>P-313 1 cf.Phil. Byz.,p. 102 Vct. Mathem. : X«Xxo5 Si "TO? “ Ti> ~ 17 Lüon Rooicr, laser, de f Algérie, u» 398 1 ; Dullet. arc/, coi. 1 1
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comme de l’huile, mais avec laquelle, cependant, il était encore possible d’écrire 20. Elle ne fut pas, alors, soumise à l’analyse chimique. L’exactitude des renseignements que nous ont laissés les anciens sur la composition de leur encre, n'a été, enfin, démontrée scientifiquement 21 que lors des expériences faites par H. Davy, vers 1820, sur les papyrus d’Herculanum.
Cette encre au noir de fumée se laissait facilement effacer. On connaît l’épisode suivant, rapporté par Athénée S!. Un jour, Alcibiade, supplié par Hégémon de venir à son secours, entre, à la tête d'une troupe nombreuse, dans le Métroon et, mouillant son doigt, efface l’acte d’accusation qui y était déposé contre son protégé. Ordinairement, on se servait d’une éponge pour faire disparaître l’écriture : de là l’épithète deletilis, donnée par Yarron 23 à l’éponge. Auguste répond à ceux qui lui demandent des nouvelles de sa tragédie d’Ajax : « Ajacern suum in spongiam ïneubuisse 24 . » C’est à cause de cet usage que l’on voit figurer l’éponge parmi les instruments du copiste dans plusieurs épigrammes de l’anthologie 23. Naturellement, plus l’écriture était récente, plus elle était facile à éponger23.
Selon Pline, pour rendre l’encre à peu près indélébile, il ne fallait que la délayer dans le vinaigre, au lieu d’eau. Cette assertion se trouve confirmée par les résultats de la chimie moderne 27. Pline affirme encore, mais ici nous cessons d’être son garant, qu’un livre, écrit avec une encre mêlée d’absinthe, est à l’abri des animaux rongeurs 28.
« Quant à la composition de notre encre, » disent les auteurs du Nouveau traité de diplomatique 29, « elle était inconnue aux anciens, ou du moins n’en usaient-ils que pour teindre en noir leurs cuirs. » M. Géraud, l’un des derniers, s’est fait l’écho de cette opinion erronée. « L'encre des anciens, dit-il 30, a été en usage jusqu’au xne siècle, époque où a été inventée celle dont on se sert aujourd’hui. »
Il est reconnu maintenant que, déjà au me ou meme au ii° siècle après J.-C., on se servait communément d’encre à base métallique, du moins pour écrire sur le parchemin. La preuve en est que la première écriture des plus anciens palimpsestes est sensible à l’action de la teinture de noix de galle et de l'ammoniaque sulfuré 31. Mais c'est à tort que Martianus Capella, auteur du v° siècle, est cité 32 comme le premier qui ait fait mention de l’emploi de la noix de galle dans la fabrication de l’encre 33. Un texte resté jusqu’à présent inaperçu de tous ceux qui ont traité de l’encre chez les anciens, nous montre que la réaction de la noix de galle sur les sels de cuivre, sinon sur ceux de fer, était utilisée bien avant l’ère chrétienne. Pbilon de Byzance dit à propos de l’envoi de messages secrets: « On écrit sur un feutre neuf.... avec une infusion de noix de galle concassée. Les lettres, en séchant, deviennent invisibles. Mais, après avoir fait dissoudre dans l’eau de la fl, ur de cuivre , de la même façon qu on délayé l’encre, et avoir
île VAthenaeum français, II, p. 31.— 13 Cic. Ad Quint, fr. Il, 14 [15 b] : alramento temperato. — 19 Paderni en fait mention dans les Phitosophical T ’• ansactions. 1750 P- ü03- — 20 Winckelmann, Werke, II, p. 127. — 21 Philos. T, ansact. 1*21, 2» partiep. 198 et 205. — 22 IX, p. 407 c. — 23 \p. Non. H, 212, p. 90 Mercier. — 24 guet! Aurj. 85; cf. Calig. 20; Auson. Ep. 7, et d'autres textes cités à 1 article ritiMPSESTUS. — 23 Anthol. Pal. VI, 295, 2 ; 05, 7-8 ; 00, 7. — 26 Mart. IV, 10.
— 27 Girardin, Chimie appliquée aux arts, t. III, p. 87 : « La meilleure encré indélébile est l’encre de Chine, délayée dans de l'acide chlorhydrique ou dans de l’acétale acide de manganèse. » — 28 Hist. nat. XXVII, 7, 52 ; cf. Dioscor.- III, 28. 29 t. I, p. 541. — 30 L. I. — 3t Davy, dans les Philos. Trans. 1821,
-c I1'11'** P* 205, et F. J. Moue, Lateinische und griechische M essai, Francf. 1850,
P* 1G:i- ~ 32 Wattenbach, Bas Schriftwesen im Mittelalter, Leipz. 1871, p. 140.
3> Mart. Capella, III, 225 , p. 228, éd. Kopp : « gallarum gummeosque comm'Mio. »
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trempé une éponge dans la dissolution 34 , il n’y a qu’à passer l’éponge sur les caractères pour les voir apparaître. »
Les anciens connurent aussi l’encre de sèche ou sépia s5. On en fit surtout usage en Afrique 36.
On trouvera, à l’article spécialement consacré ;\ l’encre rouge [cinnabaris], quelques détails sur les encres de fantaisie et les encres sympathiques. Charles Graux.
ATRIARIUS [atriensisJ.
ATRIEASIS. — Esclave de confiance ( urdinarius ) appartenant à la familia urbana [servi], c’est-à-dire employé dans la maison de ville. A l’origine, il avait les fonctions d’un trocurator et d’ un dispensator, autrement dit, celles d'un maître d’hôtel : il administrait la caisse, faisait les achats du ménage et exerçait une surveillance générale i. Lorsque la maison fut plus considérable et les fonctions des esclaves plus multipliées, les comptes furent confiés à un esclave spécial, et Yatriensis resta chargé dans la maison en général, et plus particulièrement dans I’atrium, de l’entretien des meubles et ustensiles et des images des ancêtres [imagines majorum]. Des esclaves appelés aussi atrienses ou atriarii, étaient placés sous ses ordres 2. Ch. Morel.
ATRIOLUM. — Petit atrium. D'après Cicéron, qui en parle seul, cette pièce n’existait d’ordinaire que dans des habitations assez vastes pour qu elle y fût nécessaire indépendamment d’un grand atrium l.
Le même mot, dans une inscription2, désigne une petite pièce précédant une chambre dans un tombeau. E. S.
ATRIUM. — Première grande salle que l’on rencontrait en entrant dans la maison romaine ( proxima januis l). C’était probablement l’unique pièce des habitations primitives de l’Italie, ce fut la principale encore dans celles que l’on construisit par la suite. Là, tant qu’on ne s’écarta pas des anciennes mœurs, se tint la famille, groupée autour du foyer, qui était aussi 1 autel domestique [ara]. On y préparait le repas commun et on y sacrifiait aux dieux et aux mânes des ancêtres, dont les images (/«mosae imagines ) étaient rangées à l’entour2 [lares, imagines majorum]. Le père de famille recevait dans Y atrium ses hôtes et ses clients3 ; c’est là qu’était la caisse où il renfermait son argent4 [arca]. La mère de famille y demeurait, entourée de ses filles et de ses servantes, distribuant et surveillant le travail3; le lit nuptial, dressé le jour de ses noces 6, faisait face à l’entrée (et pour cette raison il était appelé lectus adversus )7 ; il resta à cette place, au moins comme meuble de parade, lorsque les maîtres de la maison eurent ailleurs leur chambre à coucher. Enfin, quand la famille perdait un de ses membres, c’était encore là qu’on exposait le corps avant de l’emporter [funus].
La maison s’agrandit et se compliqua pour suffire à de nouveaux besoins ; les chambres particulières se multiplièrent autour de la chambre commune, et il devint néces-
34 Phil. Byz. p. 102 Y et. Mathem. : reoL?ovxai Si lm<na7.«l U; v-cwaiav x<mx,v... xuA&o; *<*i ii OSaxi Êçajf Vurçs- &]f<zvO=vxa Si xà TffW»™ ylvtxiu. Xalxot Si
av'Jo-j; xpieOÉvxo; üoireç 1, CSaxi xi |UX«w, xal lv toixiÿ ar:inm fttiyim;, ôxav
fwzxai-33Pers.nl, 12-1 3 ; Auson. Ep. 7 ; comp. malgré une contradiction apparente, Plin. Hist. nat. XXXV, G, 43. — 3e Schol. Pers. III, 12-13. - Bibliocrapuie. Outre les ouvrages cités dans le cours de l’article : Caneparius, De atramentis, Londres, 1660 ; Montfaucon, Palaeographia graeca, Paris, 1703, p. 2 et suiv.; Boot, Notice sur les manuscrits trouvés à Herculanum , Amsterdam, 18al, p. 23-. 9 ; Krause, article athami vilm dans la Ueal-Encyclopaedie de Pauly. 2' éd., p. .0,9.
ATHIENSIS. 1 Plaut. Asm. II, 2, 80, 101 ; II, 4, 26 ; Pseud. II, 2, 13 ; Orelh- Henzen, 2784, 2891, 2966, etc. — 2 Cic. Parad. V, 2, 37 ; Phaedr. II, a, H i Orelli, 6443 ; Di g. IV, 9, 1, 5 ; XXXIII, 7, 8, 1 ; Vov. aussi Colum. XII, 3.
ATRIOLUM. 1 Cic. Ad Q. frat. III, 1 ; Ad AU. I, 10. - 2 Orelli-IIenzen, 4309.
ATRIUM. 1 Vitr. VI, 5, 3 ; Quintil. XI, 2, 20 ; Val. Max. V, 8, 3 ; Senec. De Acné/. 111, 28 ; Virg. Aen. II, 485; Gell. XVI, 5. - 2 Serv. Ad Aen. I, 730, et IX, 648 ; Hor. Sat. II, 6, 65 ; Epod. II, 43 ; Ovid. Fasl. VI, 299 ; Colum. XI, 1, 19.
saire de répartir en des endroits différents ce qui avait été dans celle-ci longtemps réuni : les lares dans une chapelle, le foyer, distinct désormais de l’autel, dans une cuisine; il y eut des salles à manger vastes et élégantes pour des festins où la famille n’était plus seule admise, des cellules et des ateliers pour les esclaves, qui ne travaillaient plus sous l’œil du maître ; mais toujours la première salle, spacieuse, d’accès facile, destinée à l’usage de tous, que les Latins appelèrent atrium ou cavaedium* , resta une partie essentielle et caractéristique de la maison romaine.
On en distinguait plusieurs sortes9, en se fondant sur la variété des proportions et sur les manières diverses de construire et de soutenir le toit Ces différences seront expliquées ailleurs avec précision [cavaedium]. Il y a apparence que l’on commença, au moins dans une partie de l’Italie, par couvrir Y atrium d’un toit entièrement fermé, comme celui des chaumières primitives dont la forme a été donnée à de très-anciennes urnes cinéraires trouvées dans le Latium 10 ; mais de bonne heure prévalut un autre système consistant à éclairer Y atrium par une ouverture carrée pratiquée dans le toit ( compluvium ), dont les pentes étaient inclinées vers l’intérieur de manière à verser les eaux dans un bassin [impluvium), placé au-dessous. Le nom de toscan ( tuscanicum ) donné au cavaedium qui offrait cette disposition u, indique assez dans quel pays on croyait qu’il avait pris son origine. Yarron 12 tire le nom d 'atrium de celui de la ville d’Atria, en Toscane, où l’on aurait vu les premières constructions de ce type, et son explication, même si elle est inexacte, prouve que les Étrusques étaient considérés comme en ayant fourni de bonne heure des modèles. D’après l’opinion aujourd’hui la plus généralement acceptée, ce nom vient de ater, à cause de l’aspect sombre de ces intérieurs peu éclairés et noircis par la fumée qui s’échappait par l'ouverture du toit 13. Une urne cinéraire trouvée à Poggio Gajella l4, dans le voisinage de Ghiusi, qui a comme celles du Latium, l’apparence d'une
maison, mais d’une architecture différente, peut aider à se faire l’idée d’une pareille construction (fig. 624). Elle forme
— 3 Cic. De leg. I, 3 -, De or. III, 33. — 4 Serv. Ad Aen. I, 730. — 5 Ascon. ad Cic. Pro Mil. 5 ; Tit. Liv. I, 67 ; Arnob. II, G7. — 6 Cic. Pro Cluent. 5; Serv. Ad Aen. VI, 603; P. lliac. s. v. Gcnialis, p. 70 Lind. — 7 Prop. V, H, 85 et interp. ; Ascon. I. L; Gell. XVI, 9 ; Hor. Ep. I, 1, 87. — 8 Varro, De ling. lat. V, 161 : « Cavum aedium dictura qui locus tectus intra parictes rclinquebatur patulus, qui esset ad comnumem omnium usum. « Sur la question controversée de l’identité du cavum aclium a de l’atrium, voyez l’article cavaedium et les ouvrages cités à la bibliographie.
9 yjtr. yj 3, — 10 On en verra la représentation à domus ; les plus anciennes
maisons de Pompéi, appartenant k sa première population, n’avaient pas non plus d 'impluvium : Fiorelii, Gli scavi di Pompei dal 1861 al 1872, p. xn et 83. — U Ou du moins à la manière de le construire considérée comme la plus ancienne, sans doute quand on eut imaginé de soutenir le toit par des colonnes [cavaedium]. - 1 -L.l.
— 13 Serv. Ad Aen. I, 730 ; Isid. XV, 3, 4. C’est le pUaûfov de la maison primitive en Grèce. Selon d'autres, atrium viendrait du grec aïOpiov ( hr. ’ aiOpiw) : Vitr. VI, 4; vov. encore d’autres étymologies : Paul. Diac. s. v. Atrium, et Becker, Gallus, II, p. 203. 14 Abükcn, MittclUalien, pl. iii, 6 ; Braun, Il laberinto di Porsenna, pl. v, A.
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un carré long et est couverte d’un large toit, au-dessus duquel s’élève, comme une cheminée, l’encadrement saillant qui entoure l’ouverture du compluvium. D’après la vue de l’extérieur, on peut conjecturer la disposition de l’intérieur : au-dessous de cette ouverture devait nécessairement se trouver le bassin destiné à recevoir les eaux, assez grand comme on voit, et placé au centre, de sorte que, s’il y avait d’autres pièces autour de la principale, il ne restait pour elles que peu d’espace.
Pour compléter l’idée qu’on doit se faire de cet intérieur, il faut interroger les ruines qui subsistent encore d’habitations antiques. Quelques-unes des plus modestes maisons de Pompéi, à défaut d’exemples très -anciens 1S, nous montrent comment, quand Y atrium ne fut plus à lui seul la maison tout entière, les chambres se rangèrent à l’entour. Dans le plan et la coupe ici gravés (fig. 625 et 626) 10,
on le voit précédé d’une entrée étroite, 1, à côté de laquelle est une pièce donnant sur la rue et servant de boutique, 2 ; Y atrium, 3, avec son impluvium, 4, où le toit, soutenu par quatre colonnes, conduit les eaux par une triple pente17, occupe à peu près tout le reste ; car on peut ne pas tenir compte, si l’on essaye de se représenter une maison primitive, d’une chambre, 5, qui est un appendice, en dehors du plan régulier ; un escalier, 6, conduisait à un réduit placé dans un des angles, au fond, au-dessus d’une petite cuisine, pig. 626. — Coupe de la même i ; cette cuisine il était pas nomaison’ cessaire, on le comprend, au
temps où l’autel et le foyer n’étaient pas encore séparés.
Une autre maison, qui a la même profondeur que la précédente, avec un peu plus de largeur18, nous offre l’exemple (fig. 627) d’un atrium, 1, du genre toscan; son toit, ayant jour au-dessus de Y impluvium, 2, était soutenu par des poutres se croisant à angle droit, et n’avait pas besoin decolonnes pour supports. Sur deux des côtés de cette salle principale s’ouvrent des chambres, dont nous n’avons pas à déterminer à présent la destination ; mais il faut remarquer la disposition de celles qui sont marquées sur le plan par les chiffres 3 et 4 ; l’une d’elles, 3, communique avec Y atrium sans aucune porte, elle en dépend et le complète : c’est déjà, dans cette maison si étroite et si simple qu’elle soit, le tablinum, que nous retrouverons dans tous les plans d’habitation plus vastes et plus riches, véritable centre de la maison, résidence habituelle du maître, qui y avait ses titres, sa caisse, ses archives de famille, etc. Ordinairement il était placé en face de l’entrée, entre les alae, il l’est ici entre deux pièces, 4, pourvues de portes, qui, dans cette maison, étaient probablement des chambres à coucher ( cubicula ). On trouvera des exemples
' ° Peut encore comparer la disposition intérieure des tombeaux étrusques, certainement imitée de celle des maisons. Voy. l’art, sepulcrom.— 16 Mazois, Ruines de Pumpéi, U, pl. ix, t. — 17 11 n y avait pas d’égout du côté du mur extérieur. C’est un exemple,
d’une pareille disposition dans l’article où est expliquée en détail la distribution des maisons romaines [domus].
Nous nous contenterons de reproduire ici un des fragments du plan antique de Rome, gravé sur marbre vers le temps de Septime Sévère, qui sont conservés au musée du Capitole19. On y voit (fig. 628) trois maisons contiguës, ayant chacune son atrium , facilement reconnaissable : c’est l’espace carré situé entre les boutiques qui donnent sur la rue, de chaque côté de l'entrée, et le tablinum et les alae qui lui font face. Au delà on aperçoit une autre vaste salle à ciel ouvert, ou cour entourée d’un portique de colonnes, le peristylium, sorte de second atrium, qui forma avec quelques chambres la partie réservée de la maison, lorsqu’il fut devenu nécessaire de doubler celle-ci, désormais insuffisante pour des familles nombreuses et opulentes. atrium accessible au public, rempli à certaines heures par la foule des clients, fut dès lors, avec le tablinum et les alae , ses dépendances ordinaires, et quelques pièces propres au service,
Fig. 629.— Atrium de la maison dite de Cérès, à Pompéi.
l’appartement de réception. Deux vues prises parmi les ruines de Pompéi aideront à s’en faire une image. L’une (fig. 629), prisedans la maison dite de Gérés20, est celle d’un
Fig. 630. — Atrium de la maisou dite du Questeur, à Tompéi.
atrium toscan, le toit n’était pas soutenu par des colonnes; au contraire, dans la deuxième (fig. 630) qui représente
dans une très-petite maison, du cavaedium tetraslylum. — 18 Mazois, II, pl. xi, 1.
19 Bellori, Fraym. vest. vet. Rom. p. l ; Mazois, Rmnes de Pompéi, t. II, pl. i. — 20 Gell, Pompeian. I, pl.Lxn.
Fig. 628. — Fragment du plan antique de Rome.
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l'atrium corinthien de la maison du Questeur 21 , on voit encore le pied des colonnes qui entouraient Y impluvium.
La vue des maisons en ruines de Pompéi ne peut aider toutefois à se représenter l’atrium d’une riche habitation au temps de l’empire, que si l'on y ajoute par la pensée tout ce que le luxe avait alors inventé pour embellir les appartements. Les murs étaient revêtus de marbres et de stucs [paries], ou décorés de peintures ; les pavés, de mosaïques [musivum opus], les plafonds, de caissons [lacunar] sculptés, peints et dorés. Les colonnes étaient quelquefois faites de blocs énormes des marbres les plus précieux 22. Des statues étaient dressées dans les intervalles 23. Les portraits des ancêtres [imagines majorum] faisaient le principal ornement de Y atrium et des alae des maisons nobles ou qui prétendaient à la noblesse. Les bustes des empereurs ou de personnages célèbres en tenaient lieu quelquefois pour les familles qui n’avaient pas de passé. Des disques de métal ornés de figures en buste ou en médaillon [clipeus], des tableaux [tabula] étaient aussi suspendus dans Yatrium. Des tentures 54 [vélum] fermaient à volonté l’entrée du tablinum et des alae , et, quand l’ardeur du soleil était trop grande, l’ouverture du compluvium; on tendait aussi des rideaux entre les colonnes. La fraîcheur était encore entretenue par le perpétuel mouvement d’eaux jaillissant ( salientes ) au milieu du bassin de Y impluvium 25, ou qui y étaient versées d’une fontaine, telle qu’on en a conservé à Pompéi d’élégants modèles [fontes]. On y rencontre aussi, debout encore à côté de ces bassins, des tables carrées de marbre [cartibulum], aux pieds sculptés, sur lesquelles on étalait de la vaisselle ou d’autres objets précieux 26 ; et des débris de caisses en métal qui contenaient les fleurs, les plantes vertes et les arbustes dont on entourait Y impluvium 27.
II. Le nom d 'atrium se retrouve dans celui d’un certain nombre d’édifices dont les dispositions rappelaient sans aucun doute celles de Yatrium des maisons particulières 28. U atrium Vcstae, où étaient les demeures des Vestales et qui faisait partie de la regia, devait être certainement construit sur le plan des anciennes habitations romaines [vestales]. 11 paraît y avoir eu à Rome deux édifices appelés atrium Libertatis, l’un probablement au forum, du côté du Quirinal, l’autre sur l’Aventin 29. Dans le premier sans doute se trouvaient les offices des censeurs et leurs archives 30 ; des tables de lois y étaient conservées 3l. Il y avait aussi dans l’un des deux endroits une prison, et les esclaves y recevaient la question 32. Un atrium Libertatis fut restauré par Asinius Pollio, qui y plaça la première bibliothèque publique que l’on vit à Rome 33. L atrium Caci 3%
si Mus. Borbon. t. V, Relaz. d. Sca-ri, tav. AB; Niccolini, Case di Pompéi.
— 22 Ascon. ad Cîc. Pro Scauro, p. 27 Orelli. — 23 Cic. /h. Verr. 1,19,23; Plin.77isf. nat. XXV, 2; XXXV, 2.-24 Ovid. Met. X, 595; Dig. XIX, 1, 17, § 4; XXXUI, 7, 12, § 16; L, 16, 242, § 2; Isid. XIX, 26. — *= Varr. Res rust. 1, 13; Sen.i?p. 86. — 26 Yarr. Ring. lat. V, 125 ; Glossar. ap. Mai, Class. auct. VI, p. 514; Dig. XXXIII, 7, 12, § 24.
— 27 nor. F.p. I, 10, 22 ; Tib. III, 3, 15 ; Suet. Aug. 92 ; Dig. XXXIII, 7, 26, pr.
28 Isid. XV, 3 : « Magna aedes si-ve amplior et spatiosa domus et dictum est atrium,
quod addantur ei très porticus extrinsecus. » Le savant évêque parait avoir ici en •vue la cour qui précédait de son temps les palais et les basiliques chrétiennes ; comp. Mabillon, Annal. Bened. ad ann. 814 ; Muratori, Annali d’italia, t. IV, p. 490, Neap. 1773 ; Martignv, Bict. des antiq. chrèt. Atrium. — 29 cic. Ad Ait. IV, 16 ; Becker, Ilandb. der rom. Alterth. I. 458 ; Id. Zur rôm. Topogr. Lcipz. 1845, p. 28 ; Merkel, ad Ovid. Fast. p. cxxx ; Preller, Begionen d. Stadl Rom , p. 144. — 30 Tit. Liv. XXXIV, 44; XLII1, 16 ; XLV, 15. — 31 Tit. Liv. XLUI, 16 ; Fest. s. v. Probrum, p. 2n9 Lind. ; cf. Cran. Liciniani Fragm. edid. Pcrtz, p. 30. — 32 Tit. Liv. XXV, 7 ; Cic. Pro Mil. 22. — 33 Suet. Aug. 29 ; Ovid. Trist. III, 1, 71. — 34 Preller, Jlegionen, p. 132. — 33 Mommsen, Corp. insc. lat. I, p. 389 ; cf. Urlichs, in Nuove Mem. dell’ Inst, arcli. 1865, p. 84. — 33 Ovid. Fast. IV, 329 ; Merkel, Ad Fast. p. cxlvii. — 37 Cic. De leg. agr. I, 2 ; II, 20; Pro Quint. 3 ; Acro ad Hor. Sat. II,
Yatrium Minervae, qui se confond peut-être avec Yatrium Sutorium 35, Yatrium Tiberinum™ et d’autres encore étaient des édifices religieux.
11 y avait aussi des places nommées a tria auctionaria 37, où se faisaient les enchères publiques [auctio]. E. Saglio.
AÏTALEJA (’Arro-Asïa). — Fête célébrée à Égine 1 en l’honneur d’Attale I", roi de Pergame, ou d’un de scs successeurs du même nom. Attale 1er avait été divinisé après sa victoire sur les Gaulois ; il avait à Égine un temple, aussi bien qu’à Pergame, à Téos 2 et probablement dans d’autres villes. E. S.
ATTALISTAI (’A-rraÀtffTai').— Corporation d’artistes dionysiaques qui prirent le nom d’Attale II, roi de Pergame [dionysiakoi technitai].
ATTICA RESPUBLSCA. — Constitution politique d'Athènes. — La constitution politique d’Athènes n’a pas été imaginée d’un seul coup, ni établie de toutes pièces par un sage législateur. Elle a eu ses racines dans de trèsvieilles institutions domestiques et religieuses; elle s’est ensuite modifiée suivant les besoins de chaque génération. Si l’on veut s’en faire une idée exacte, il ne suffit pas de l’observer à une seule époque de l’histoire de cette ville ; il en faut voir les principes et l’origine, en distinguer les différents âges, en suivre le développement régulier.
I. Époque primitive. — Le principe générateur de l’État, chez les Athéniens comme chez tous les Hellènes, fut le Ys'voç. La constitution originelle de la famille explique toutes les institutions sociales et politiques des premiers âges ; elle donne même le sens de presque toutes les révolutions des âges suivants. Cette famille des temps antiques, outre le lien du sang, était unie par un lien religieux. Le culte commun d’un ancêtre en retenait tous les membres autour d’un même foyer et d’un même tombeau; sa religion lui défendait de se diviser [familia]. Aussi cette famille arrivait-elle rapidement à être assez nombreuse; elle comprenait plusieurs branches d’hommes libres qui descendaient du premier ancêtre, et autour de celles ci se groupait tout un petit peuple de serviteurs, de clients, d'esclaves que la nécessité ou la force y avait peu à peu attachés. C’étaient deux classes de rang fort inégal. La première qui sentait dans ses veines le sang de l’ancêtre adoré, et à qui la naissance même donnait le droit au culte et l’aptitude aux fonctions religieuses, tirait de là sa supériorité héréditaire; on l’appelait la classe des Eupatrides. La seconde, qui n’avait rien du sang sacré, n’avait non plus aucune aptitude à accomplir le sacrifice et à prononcer la prière; au point de vue religieux comme au point de vue social, elle était à ja-
3, 25 ; OreUi-IIenzen, 3439, 38S3. — Bibliographie. Grapaldus, Bepartibus aedium, Parme, 1506 ; Bâle, 1536 ; et Lyon, 1535 ; P. Marquez. Belle case di cilla degli ont. Romani, Rome, 1791 ; F. Schiassi, Degli edifizi di Romani antichi, Bologna, 1817 ; Mazois, Essai sur les habitations des anciens Romains, dans la 11= partie des Ruines de Pompéi, Paris, 1824 ; Id. Le palais de Scaurus, Paris, 1819 (et 3» édit, par Vnrcollier, Paris, 1861) ; Baoul-Ruchette et Bouchet, Choix d’édific s inéd ts de Pompéi. Paris, 1828 ; J. Bouchet, Le Laurentin, maison de campagne de Pline le consul, Taris, 1852 ; Canina, L’architettura romana descritta e demostra'a, Roma, 1831 et ann. s., t. 1, sez. 111, pl. ccxxix ; Hertzberg. De diis Romanorum patriis, Halle 1840, 1. II, c. 3, de atrio ; Becker, Gallus, oder rômische Scenen, 3e édit, rev. par Hein, Leipz. 1863, t. II, p. 192; Scrg. Ivanoff, Varie specie di soglie in Pompéi, in Annali dell' Instit. di corr. archeol. 1859, p. 88; Guhl et Koner, Bas Leben der Griechen und Borner, t. II, 3» édit. Berl. 1871-1872, p. 435 ; Krausc, Dcinokrates, Iéna, 1803, p. 528 ; Marquardt, Rôm. Prwatalterthümer, t. I, Leipz. 1864, p. 222 ; Dezobrv, Rome au siècle a’ Auguste ; Rein, art. Atrium, dans la Realencydopüdie de Paulv, t. I, 2e édit. On peut consulter aussi les commentateurs de. Vitruve : Perrault, Galiani, Schneider, Stratico, Marini, etc. ; et les ouvrages relatifs aux l'écouvertes de Pompéi.
ATTALI2IA. 1 Rangabé, 1, n. 6S8, 1. 46. — 2 Boeckli, C. insc. gr. Il, n. 3067, 307 .
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mais sujette; sa conscience comme ses bras appartenaient à l'Eupatride. Ce yÉvo;, qui était à lui seul une société complète, devait avoir son gouvernement intérieur. 11 obéissait tout entier à l’un des Eupatrides, à celui qui descendait des aînés de la race et qui représentait l’ancêtre divin. Cet homme était à la fois un père de famille, un prêtre, un juge, un chef militaire; on lui donnait à l’origine le même titre qui fut donné plus tard aux chefs des cités : on l’appelait pxuiXeù; ou dfpywv. Il exerçait dans l’intérieur de son yévoç une autorité que la religion rendait sacrée et inviolable.
On voit par les vieilles traditions de l’Attique1 qu’il se passa plusieurs siècles pendant lesquels chacun de ces ysv'/], occupant un petit canton, formait un État autonome. Aucun lien politique ne les unissait entre eux ; la cité n’existait pas encore. Chacun d’eux avait sa religion particulière, ses dieux et son prytanée, son archonte. Ils se faisaient souvent la guerre, et ce qui prouve mieux que tout le reste combien ces petites sociétés étaient distinctes et séparées l’une de l’autre, c’est que le mariage était interdit entre membres de deux yevy], comme il le fut plus tard entre membres de deux cités2. Mais peu à peu les besoins ou les sentiments rapprochèrent les hommes. Les ysvv) commencèrent par s’unir entre eux par petits groupes. Dès l’époque qui est représentée dans l’histoire par le nom de Cécrops , ils formaient douze confédérations : c’étaient comme douze petites cités dans l’Attique. Puis, de ces douze États, celui des Cécropides, qui occupait le rocher où fut l’Acropole d’Athènes, prit insensiblement la suprématie. Enfin, Thésée, héritier des Cécropides, réunit les douze groupes, c’est-à dire tous les ysw), en une seule association qui fut la cité athénienne. 11 lui donna un centre religieux et politique, le prytanée d’Athènes; un culte commun, celui d’Athéné Poliade ; une fête sacrée à laquelle tous prirent part [synoikia] 3.
Sur la constitution qui régit d’abord cette cité, nous ne trouvons pas dans les historiens des renseignements bien précis et les éloges qu’en firent plus tard les poètes et les orateurs ne sauraient avoir beaucoup d’autorité. Ce que Ton peut dire, du moins, avec certitude, c’est que cette cité primitive avait un roi à sa tête, mais que ce roi n’était pas un maître absolu. La cité, qui s’était formée peu à peu par plusieurs groupements successifs, devait ressembler beaucoup à un État fédératif. L’association n’avait nullement détruit la constitution intérieure de chaque y s'vo; ; elle ne l’avait même pas modifiée. Cette sorte de grande famille, tout en devenant partie intégrante de la cité, garda son ancien culte, ses usages, ses lois, ses fêtes, sa juridiction intérieure. Elle resta sous le gouvernement de son chef eupatride et continua à former un petit État monarchique dans le sein duquel le pouvoir de la cité ne se faisait pas sentir. Les deux classes qui composaient le ysvoî demeuraient aussi inégales que par le passé, et l’autorité du chef aussi absolue. Dans une telle situation, le roi de la cité ne pouvait pas être un souverain omnipotent. Il était un chef qui commandait à d’autres chefs ; l’autorité de ceux-ci était exactement de même nature que la sienne ; ils avaient des sujets comme lui ; comme lui, ils tenaient leur dignité de la naissance et de la religion ; comme lui, ils disaient la prière, accomplis-
ATTICA IVESPT BL1C A. 1 Pausan. I ; Plut. Thés. ; Apollod. Bihl. passim ; Frag. hist. gr. ; vov. surtout les auteurs d’Atthides, collcct. Didot, t. I. — 2 piut. Thés. 24; Thucyd. IF, 15 ; Ross, Demi attici, p. 24; Boeckh, Corp. iiiscr. gr. n°s 3G7,
saient le sacrifice, prononçaient la justice et commandaient les troupes de guerre. Dans une société ainsi organisée, il était impossible à un roi d’être un maître. Nous devons croire que le roi ne pouvait ni entreprendre une guerre, ni lever une contribution, ni décréter une loi sans l'assentiment de ces chefs de yÉvr,, dont chacun était presque aussi fort que lui et qui réunis l’étaient bien davantage. Il est clair que, toutes les fois que les intérêts communs étaient en jeu, il devait convoquer tous les membres de l’association et prendre leur avis. Plutarque nous a conservé dans sa Vie de Thésée une vieille formule qui date de cette époque et qui atteste que l’usage des assemblées publiques est aussi ancien que la réunion de tous les yévr, en un seul État4. Sans doute il ne s’agissait pas là d’assemblées populaires ; il n’y avait rien de démocratique dans l’état social de ce temps-là. Tant que l’inégalité régnait dans chacun des groupes associés, elle devait régner aussi dans l’association entière. Il y aurait eu une singulière contradiction à ce que les Eupatrides fussent si fort au-dessus des autres hommes dans leurs cantons et sur leurs domaines, et qu’ils devinssent leurs égaux dans la cité. Il est probable que les chefs desyÉvv) formaient seuls à cette époque le corps politique, le ô-7);jioç, et qu’ils composaient seuls les assemblées. Si de simples hommes libres et même des clients avaient le droit d’y figurer avec eux, c’est que chacun des Eupatrides s’y faisait suivre de ses inférieurs, de même que le patricien de Rome dans les comices par curies se montrait entouré de sa gens. L’Eupatride seul comptait et seul donnait son vote. Lorsque les contemporains de Périclès ou de Démosthènes louaient Thésée d’avoir fondé des institutions démocratiques, ils étaient dupes d’une illusion et jugeaient l'antique Athènes d’après celle où ils vivaient. La première constitution qui régit la cité fut nécessairement celle qui était indiquée par la situation même. Comme la cité naissait de l’association d’une centaine de petits chefs qui. en restant souverains chez eux, consentaient à reconnaître au-dessus d’eux un chef suprême, il en résulta que le gouvernement intérieur de chaque ysvo; resta monarchique et que le gouvernement central, sous les dehors de la monarchie, fut surtout aristocratique. Existait-il alors des comices réguliers et un sénat permanent, on ne saurait le dire ; mais ce qui paraît hors de doute, c’est que le corps des Eupatrides devait avoir des moyens d’exprimer et de faire prévaloir ses volontés.
Dès cette primitive époque, il y eut des conflits et des révolutions. La royauté et l’aristocratie ne pouvaient manquer d’entrer en lutte. Il paraît d’après toutes les traditions que Thésée voulut étendre son pouvoir et chercha à diminuer l’importance des Eupatrides. Pour les combattre, il s’appuya sur les classes inférieures. C’est apparem • ment pour ce motif qu’il devint plus tard le héros légendaire de la démocratie athénienne. Mais de son vivant, les classes inférieures ne semblent pas l’avoir soutenu avec beaucoup d’énergie, et ce qui est bien certain c’est qu’elles ne lui procurèrent pas la victoire. Les Eupatrides renversèrent Thésée, le chassèrent d’Athènes et donnèrent la royauté à une autre famille*. Depuis ce moment, jusqu’à la mort de Codrus, les traditions athéniennes portent les traces manifestes de longues agita-
399. - 3 Thur. Il, 15-16; Strab IX, 1, § 20; Plut. Thés. ; et le marbre de Paros. i> Plul. Thés. 25 : Sdjp zccv-rc; — 5 Diod. IV, 62; Plut. Thés. <>5 30-35.
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lions. La mort de Codrus, événement que la légende a embelli, mais qui ne laisse pas de paraître fort étrange et assez mystérieux, coïncide avec la victoire définitive de l’aristocratie. La constitution d’Athènes fut alors modifiée d’une manière grave; toutefois on ne doit pas dire que ce changement ait consisté dans la suppression de la royauté. 11 ne faut pas perdre de vue que les titres de roi et d’archonte étaient deux mots synonymes dans ces anciens temps. Les chefs d’Athènes, après Codrus, sont généralement désignés dans l’histoire sous le nom d archontes; mais il est probable, et l’on voit par des documents anciens6 qu'ils avaient en même temps le titre de roi. Ce titre ne fut pas aboli, comme on le répète sur la foi do Justin, pour honorer le prétendu dévouement de Codrus, car il continua d’être porté fort longtemps, et il ne disparut même jamais d’Athènes. La religion de ces temps-là exigeait le maintien de la royauté; il fallait qu il y eût un roi pour accomplir les cérémonies du culte de la cité et continuer la chaîne qui reliait les générations présentes aux anciens dieux. Le changement qui fut opéré à la mort de Codrus fut donc non une suppression, mais un amoindrissement de la royauté. Pausanias nous dit qu’elle devint dépendante et responsable1. Sous cette condition elle resta héréditaire; la famille de Codrus la conserva sans interruption pendant près de quatre siècles. Il est vrai que les limites qu’on lui imposa durent faire de cet archontat ou de cette royauté un pouvoir plutôt nominal que réel. Vers l’an 75 i, l’aristocratie, voulant l’affaiblir encore, rendit l’archontat décennal et probablement électif. Elle ne l’enleva pas encore à l’ancienne famille régnante ; mais on peut croire que, dans le sein de cette famille, elle se réservait le droit de choisir l’archonte à son gré. Enfin vers 684 elle dépouilla les Codrides de leur vieux privilège, et 1 archontat rendu annuel devint accessible à tous les Eupatrides8.
Dès lors le gouvernement d’Athènes fut purement aristocratique. Les Eupatrides, au nom de leur vieille prérogative religieuse, étaient seuls prêtres, seuls archontes et seuls juges. Pour se faire une idée exacte de la constitution de ce temps-là, il faut songer que les yevt) ne vivaient pas réunis dans la ville. Épars dans l’Attique, chacun d’eux occupait un domaine qu’il considérait comme sa véritable patrie. Isolé, indépendant, entouré de ses nombreux serviteurs, gouverné par son chef eupatride , il gardait sa religion spéciale, ses lois particulières, toute son autonomie religieuse et politique9. Ces yévr), associés entre eux par un lien fédératif, formaient 48 groupes que l’on appelait des naucraries ; ceux-ci se groupaient à leur tour en douze phratries, et ces phratries en quatre tribus (cpuVaî). Chaque naucrarie avait son prytane, chaque phratrie son phratriarque, chaque tribu son roi (çtAoêxe rt- ),£uç). Ces chefs à tous les degrés n’étaient et ne pouvaient être que des Eupatrides. La cité athénienne n était encore que l’association de tous ces chefs divers. Ils quittaient leurs cantons à certains jours fixés et venaient s assembler sur le rocher de l’Acropole, ttôàiî, soit pour accomplir ensemble quelque cérémonie religieuse, soit pour délibô rer sur les intérêts communs. Les prytanes des naucrarcs semblent avoir formé un conseil 10. L’autorité suprême était confiée à neuf magistrats annuels qui étaient 1 Ar-
6 Voy. le marbre de Paros, et Pausanias, I, 3 : Tvj; d-; KXuW.v {■v.n-
Xiimm;. — Paus. IV, 5; cf. Velleius, I, 2. — 8 Heracl. Pont, in F. Inst, gr. coll. Didot, t. II, p. 208 ; Nicol. Damasc. Ibid. fr. 51, p. 386. Il est digne de
chonte, le Roi, le Polémarque, et les six Thesmothètes.
Ces personnages qui se partageaient les attributions de l’ancienne royauté, étaient à la lois des prêtres, des juges, des chefs politiques et militaires. L’Aréopage existait depuis longtemps; on ignore comment il était composé à cette époque ; il exerçait déjà la plus haute autorité judiciaire ; peut-être y joignait-il les fonctions de sénat délibérant.
Nous pouvons discerner, malgré l’absence de documents précis sur ce sujet, quelle fut la condition des classes inférieures sous l’empire d’une telle constitution. Elles n avaient ni les droits politiques, ni les droits civils, ni les droits religieux. Dans l'intérieur de chaque ysvoç, la foule obéissait sans réserve à l’Eupatride ; elle ne pouvait être jugée que par lui ; elle ne pouvait participer à la religion que par son intermédiaire. Si quelques hommes se trouvaient en dehors des i, soit qu ils s’en fussent affranchis, soit qu’ils fussent d’origine étrangère, ils ne comptaient pas dans la cité, puisque celle-ci n’était et ne pouvait être que l’association des yévï), des phratries et des tribus; ils étaient donc réputés étrangers, et à ce titre ils étaient jugés arbitrairement par le polémarque. La condition matérielle et économique des hommes était, comme il arrive presque toujours , en rapport avec leur condition politique. On ne concevait pas que le droit de posséder le sol pût appartenir à qui n’était pas membre de la cité et n’en avait pas le culte. L’Eupatride seul, en vertu de l’ancienne coutume et de la religion, avait le droit de propriété sur la terre. Ses sujets, membres des branches cadettes ou des familles clientes, n’en pouvaient avoir que la jouissance à titre piécaire. Les termes sacrés, opot, ne devaient appartenir qu a l’Eupatride.
II. Affaiblissement de l'aristocratie; constitution solonienne. — Peu à peu la classe inférieure grandissant en nombre, en énergie, en richesse acquise par le commerce ou l’industrie, aspira à s’affranchir de la domination aristocratique. Cette classe comprenait deux sortes d’hommes, d’abord ceux qui enfermés dans chaque yÉvoç supportaient avec peine l’empire de l’Eupatride, ensuite ceux qui n’étant pas répartis dansles yevr,, étaient comme en dehors de la société régulière et devaient former une foule analogue à la plèbe primitive de Piome. Les efforts des premiers pour s’affranchir, ceux des seconds pour obtenir en quelque sorte l'entrée de la cité agitèrent Athènes pendant plus d’un siècle. Tous ces hommes, que les traditions représentent comme ayant été fort malheureux sous le dur gouvernement des Eupatrides, demandèrent comme premier adoucissement de leur sort qu on leur donnât des lois écrites. Jusqu’alors les lois avaient lait partie de la religion; les Eupatrides, par conséquent, avaient eu seuls qualité pour les connaître, pour les interpréter et pour les appliquer. Écrites ou non écrites, elles étaient en tous cas tenues secrètes et la foule était condamnée a les ignorei. Les Eupatrides donnèrent satisfaction à des vœux qui sans doute leur parurent légitimes à eux mêmes, et en 624 ils chargèrent un des leurs, Dracon, de rédiger un code. Dracon, qui partageait toutes les idées de sa caste, paraît s’être contenté de mettre en écrit les anciennes coutumes sans y rien changer. Ses lois, qui étaient .sans doute l’expression du droit pénal des vieilles époques, furent regardées comme très-rigoureuses parles généra-
remarque qu’on ne crut pouvoir dépouiller la famille royale qu’en alléguant qu’elle s’était souillée d’un crime. — « Thuc. II, 15-16. — 10 Ilerod. \ , 71 ; Pollux VUI, 108.
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tions suivantes. Ce que l’on remarque surtout dans les fragments qui nous en sont restés, c’est un caractère de raideur sacerdotale qui devait leur attirer les malédictions de la classe plébéienne. Du reste, Dracon ne modifia en rien la constitution politique. En accordant aux classes inférieures la concession d’un code écrit, il ne songea nullement à affaiblir le pouvoir de la caste aristocratique 11 .
Tous ceux qui avaient cru qu’il suffirait de mettre en écrit les lois existantes pour sortir de leur malheureuse condition, s’aperçurent après Dracon qu’il fallait changer les lois elles-mêmes. On vit alors à Athènes ce qui se voyait à la même époque dans la plupart des cités grecques. La foule, uniquement désireuse de renverser une oligarchie oppressive, se montra disposée à accepter un tyran, et elle trouva dans l’aristocratie elle même un ambitieux tout prêt à la servir moyennant qu’on lui laissât prendre le pouvoir suprême. Cet homme fut Cylon. Mais les Eupatrides triomphèrent de ce premier essai de tyrannie démocratique. La rigueur avec laquelle ils frappèrent les conjurés laissa dans la population athénienne de profonds ressentiments, et la haine paraît s’être accrue à tel point que les Eupatrides ne purent se maintenir au pouvoir qu’en désavouant et en sacrifiant ceux-lâ mêmes dont l’énergie sévère les avait sauvés de l’insurrection, les Alcméonides 1S!.
11 y eut encore à partir de ce moment une trentaine d’années d’agitations et de discordes. On en voit la preuve dans la légende d’Épiménide, le grand purificateur, l’homme ami des dieux, que les Eupatrides appelèrent à Athènes pour lui faire guérir, en même temps que la peste, la maladie morale qui s’était emparée de la population. Il ordonna d’apaiser par un culte deux déesses cruelles, la Violence et l'Impudence 13. Mais les rites religieux et les cérémonies expiatoires, si efficaces qu’ils pussent être en ce temps-là, ne guérirent pas toutes les souffrances. Il est hors de doute que les classes inférieures, c’est-à-dire tout ce qui n’était pas Eupatride, étaient très-malheureuses sous cette domination. Ce dont on se plaignait, c’était moins encore les privilèges politiques de l’aristocratie que les misères sociales qui étaient la conséquence de ce régime. Les deux grands maux étaient, l’un, la législation relative au droit de propriété qui condamnait la plupart des cultivateurs àn’être que des tenanciers sujets à une redevance du sixième des fruits (ixT^optot), condition qui n’était peut-être pas sans analogie avec celle des serfs abonnés du moyen âge 14 ; l’autre, la législation relative aux dettes qui faisait du débiteur, comme dans toute l’antiquité, le serviteur du créancier et même son esclave si la dette n’était pas acquittée au terme fixé l0. L’un et l’autre était la suite naturelle des vieilles
11 Aristot. Polit. II, 9, 9; cf. Demosth., In Aristocr.; In Lept. ; A. Gell .XI, 18 ; Poil. IX, 61 — lSHerod. V, 71 ; Thuc. 1, 126 ; Plut. Sol. 12 ; Paus. I, 28. - 13 Cic. De ley. II, 11. 1* Plutarque qui écrivait sept siècles après ces événements, et qui ne comprit
jamais bien les institutions de ces vieilles époques, considère les Ixtïjfiofwi comme des débiteurs qui ont hypothéqué leurs terres ; mais l’hvpolhèque ne fut admise que plus tard dans le droit grec ; on ne la trouve dans aucune cité de celte époque, et elle était en contradiction avec les principes qui régissaient alors la propriété du sol. Les fragments de Solon, quelque incomplets qu’ils soient, nous présentent cette classe sous un autre jour. Les Éraigoptoi ou OfjTEî, semblables à ceux qu’on ap- IMlait ailleurs idwai, eïXwte; ou he viavai (Pollux, III, 82 ; IV, 165; VII, 151 ; Photius, IhXà-îai; Ilesychius, s. v. Tv, Ènipiop-o;; Arist. Fr. coll. Didot, p. 227) étaient des serfs de la glèbe comme il y en avait dans toute la Grèce (Ath. VI, 84 et 85) et chez presque tous les peuples de l’antiquité. Cette sorte de servage était quelquefois le résultat d une couquète ; d'autres fois il était la conséquence naturelle de la constitution du yÉvo;. Comme l’Eupatride seul pouvait exercer le droit complet de propriété, le thète ou le client qui obtenait uu lot à cultiver, n'en avait qu’une jouissance précaire, révocable et conditionnelle. On pouvait bien lui laisser la terre
règles qui avaient régi jusque-là la condition sociale des différentes classes d’hommes; mais on était arrivé à un temps où l’esprit public n’acceptait plus ces règles. L’excès des souffrances prépara une insurrection des pauvres et des thètes. Les Eupatrides, sentant le danger et ne pouvant le conjurer que par des réformes, choisirent Solon pour les accomplir. Ils se fiaient à lui, parce qu’il était lui-même un Eupatride; mais ils le savaient assez exempt des préjugés de sa caste pour penser qu'il opérerait de graves changements à leur préjudice.
On se tromperait beaucoup, si l’on regardait Solon comme un philosophe et un théoricien qui aurait combiné savamment une sorte de constitution idéale. Cet homme, qui s’était enrichi, dit-on, par le commerce, était avant tout un homme de sens et d’expérience. Il voyait que les désordres qui mettaient l’Etat en péril avaient leur cause dans les souffrances très-réelles du grand nombre; il voulut faire disparaître cette cause. Or, comme les souffrances tenaient elles-mêmes aux lois relatives à la propriété et aux lois sur les dettes, il changea les unes et les autres. Il établit, d’une part, que le corps de l’emprunteur ne serait plus garant de sa dette, et que par conséquent le débiteur insolvable ne serait plus l’esclave du créancier. D’autre part, grâce à une mesure que les anciens ne nous font pas clairement connaître, mais qui paraît avoir modifié la nature et les conditions du droit de propriété, il rendit les petits cultivateurs propriétaires de leurs champs. La grande importance de cette seconde réforme est attestée par Solon lui-même qui dit dans ses vers : « C’était une œuvre inespérée; je l’ai accomplie avec l’aide des dieux; je prends à témoin la déesse Mère, la Terre noire, dont j’ai en maints endroits arraché les bornes, la terre qui était esclave et qui maintenant est libre. » En tout cela, Solon avait réellement accompli une révolution sociale; il avait mis de côté l’ancienne religion de la propriété qui, au nom du dieu Terme immobile, retenait la terre dans les mains des Eupatrides. Après lui, la classe des ixTr,pôpiot ne se retrouve plus dansl’Attique, et l’on n’y voit non plus rien qui ressemble au servage de la glèbe qui continua d’exister dans la plupart des États grecs. Telle est, suivant toute apparence, la partie la plus importante de l’œuvre de Solon. Il est vraisemblable que c’est cette grande révolution sociale que les contemporains de Solon appelèrent du nom énergique de csias/Oeia [seisacutheia] ; les générations suivantes en célébrèrent le souvenir par une fête annuelle 16.
Les réformes politiques qu’il accomplit ensuite, ne paraissent pas avoir eu d’autre objet que de garantir les classes récemment affranchies contre le retour du servage.
11 ne modifia la forme du gouvernement que pour mettre
héréditairement, ainsi qu’il arriva au moyen âge, mais on lui imposait la condition de payer un cens ou redevance; aussi l’appelait-on Éxvï][iôpi<i;. et sa terre y» ûicexeeiiévi) (Plut., Sol., 13.). A défaut de paiement la terre était reprise par l’Eupatridc, véritable propriétaire. A la longue, les thètes voulurent s’affranchir de la redevance annuelle, acquérir le vrai droit de propriété, renverser enfin la borne sacrée ou Terme (ôpo;) qui attestait le domaine éminent de l’Eupatride. C’est l’histoire du servage à toutes les époques. — 15 v.à itEviav iis’ ùpyùpw So'Aeùovte;, Pollux, 111, 82xpia XcqxS'EvovTE; im -soi; -ol5 SavEiïoooiv r>av, plut., Sol , 13 ; comp!
les nexi chez les Romains. — 18 Diod. 1,79 ; Diog. Laert. Sol. I; Philoch. In frag. hist.gr. I, p. 393. Les historiens grecs qui ont parlé de ces événements si longtemps après, lorsqu’ils avaient perdu tout souvenir et même toute idée de l’état social qui avait précédé Solon, expliquent cette CTEurayOEÎa conformément aux idées de leur propre temps, c est-à-dire comme s il s agissait d’une abolition ou d’uue réduction des dettes. Mais en réunissant les traits significatifs de l’événement, la redevance anciennement payée par les éxvhuie çiot, la yÿ 'j-'.xe'.uévï; dont parlent Plutarque et Pollux, les opoi rc.TtïiyÔTEç, dont parle Solon, puis la y y UsulUpa, nous arrivons à penser qu’il s’agit, non d une abolition de dettes, mais d’une révolution radicale dans la possession du sol.
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ces hommes en état de défendre à l’avenir leur liberté civile et pour leur donner, comme il disait lui-même, un bouclier pour se défendre. 11 s’en faut beaucoup que la constitution solonienne nous soit clairement connue. Plutarque qui essaye de la décrire et les orateurs attiques qui l’invoquent pour les besoins de toutes leurs causes, ont certainement confondu avec l’œuvre du grand législateur plusieurs institutions qui n’ont pu être établies qu’après lui. Aristote n’en parle guère que pour mettre en présence les deux opinions fort divergentes que les hommes de son temps se faisaient de cette législation il. La seule chose qui soit bien avérée, c’est qu’il partagea la population de l’Attique en quatre classes. Le principe de cette division nouvelle ne fut pas la naissance, ce fut la fortune. Ceux qui possédaient en biens-fonds un revenu annuel équivalant a 500 médimnes de blé formèrent la première classe et on les appela les pentacosiomédimnes. Ceux dont le revenu atteignait la valeur de 300 ou de 200 médimnes composèrent les classes des chevaliers et des zeugites. Les pauvres étaient rejetés dans une quatrième classe dont l'infériorité sociale ('‘ait marquée par le nom de thètes qui lui restait appliqué l8. Cette division instituée par Solon était à la fois financière, militaire et politique; car l’inscription du citoyen dans l’une ou l’autre des quatre classes réglait son rang à l’armée, le chiffre de ses contributions, et enfin sa part dans le gouvernement. Les trois premières classes payaient seules l’impôt; seules elles devaient le service militaire. L’impôt était progressif, de telle sorte que la première classe payait deux fois plus que la seconde et six fois plus que la troisième. Le service militaire était aussi plus lourd et plus coûteux à mesure qu’on s'élevait, et les pauvres en étaient tout à fait exempts. Ainsi les obligations, les charges, les dangers même étaient d’autant plus grands que l’homme était plus riche. Il en était de même des droits politiques et de l’importance dans l’État. La dignité d’ Archonte était réservée aux citoyens de la première classe : quelques fonctions inférieures pouvaient être remplies par les hommes de la seconde et de la troisième. Les thètes, qui ne payaient pas d’impôts et qui ne devaient pas le service militaire l9, n’avaient aussi aucun accès aux magistratures ; on peut même douter qu’ils eussent des droits politiques, bien que Plutarque pense qu’ils eurent dès lors entrée dans rassemblée.
On attribue à Solon d’avoir institué le premier l’assemblée du peuple. Une sorte de comices devait exister avant lui sous le régime aristocratique. Il en changea vraisemblablement la composition et la nature. Pour apprécier cette partie de sa réforme, il faudrait savoir avec précision quels hommes figuraient dans l’assemblée, s’ils y étaient répartis suivant des cadres comme dans les comices romains, comment ils y votaient, enfin si tous les suffrages avaient une égale importance, ltien ne prouve, en effet, que les assemblées du VIe siècle ressemblassent à celles que nous verrons 150 ans plus tard, et il n’est guère vraisemblable qu’elles eussent un caractère aussi démocratique. Il est possible que les assemblées athéniennes aient passé par les mêmes changements que les comices romains ; mais l’absence de documents précis nous laisse dans l’ignorance à cet égard. 11 en est à peu près de
17 Arist. Polit. 11,9. — 18 Aristot . Polit . H, 9; Harpoai'at. s. il. tr.f.ï; j Poil, vm, !Î9 ; Plut. Sol. 18. — 19 Aristot. Polit. II, », 4 } et Fra/j. ritoi
même si nous voulons parler du sénat de Solon. Il n’est H’uère douteux qu’un sénat (flouXvj) n’existât depuis longtemps; Solon ne fit peut-être qu’en modifier la composition et y introduire des hommes nouveaux. Tandis que ce conseil ne pouvait être avant lui que la réunion des Eupatrides, il est probable qu’il fut composé dès lors d’hommes des trois premières classes. Nous ne savons avec certitude qu’une chose, c’est qu’il comptait 400 membres, c'est à-dire 100 de chacune des tribus. Nous devons croire d’ailleurs que ses attributions étaient alors trèsrestreintes. L’importance appartenait à un autre sénat qu’on appelait le sénat d’en haut, y) àvw pouÀvj, ou sénat delà colline d'Arès, r\ il àpetou ncr/ou [SouL/I. Ce conseil, qui est connu dans l’histoire sous le nom d’Aréopage, tenait dans la constitution solonienne une très-grande place. Outre ses attributions judiciaires, il avait la surveillance générale de la cité, la garde des lois, enfin toute cette autorité que quelques États modernes donnent à une chambre haute. 11 était composé des archontes sortis de charge et formait un corps inamovible. Cette constitution de Solon ne laissait pas d’être encore très-aristocratique. I.c grand changement était que l’aristocratie n’était plus de même nature que parle passé ; elle admettait le riche à côté de l’Eupatride. Au lieu d’être fondée sur les vieilles idées religieuses du yévoç, elle se fondait sur la fortune. L inégalité était d’ailleurs aussi légitime qu’il est possible, puisque les charges y étaient proportionnées aux droits. On peut encore remarquer que, s’il y avait des classes privilégiées, du moins n’y avait-il plus de classe qui n’eût aucun droit et qui pût être opprimée impunément. Aussi Aristote dit-il en parlant de Solon qu’il détruisit la puissance absolue de l’oligarchie et qu’il fit cesser l’esclavage du peupie. Solon lui-même caractérisait bien son œuvre quand il disait dans ses vers qu’il avait donné au peuple autant de force qu’il lui en fallait pour se défendre. Il avait voulu l’affranchir; il n’avait pas eu la pensée de lui donner l’autorité.
III. Nouveaux changements apres Solon. — Ce qui prouve bien que la constitution de Solon n’était pas démocratique, c’est que les classes inférieures ne s’en montrèrenlpas satisfaites. Les pauvres se plaignirent des riches, de mêmequ auparavant riches et pauvres s’étaient plaints des Eupatrides. La foule aspira à de nouveaux changements dans la constitution. Par un sentiment de haine aveugle pour l’aristocratie nouvelle, elle accepta un tyran et elle aida Pisistrate à s’emparer du pouvoir30. Il en était de même dans la plupart des cités grecques. D’ailleurs ni Pisistrale, ni son fils, qui régnèrent près de cinquante ans, ne paraissent avoir modifié la constitution solonienne plus qu’il n’était strictement nécessaire au maintien de leur propre pouvoir. S’ils supprimèrent la liberté politique, ils affermirent en retour les réformes de l’ordre social et garantirent contre une réaction la partie la plus importante de l’œuvre de Solon. On voit clairement dans l’histoire qu’a* près la domination des Pisistratides la vieille aristocratie de naissance se trouva encore plus faible qu elle n avait été avant leur avènement. Ce demi- siècle de monarchie fut favorable aux classes inférieures.
A partir de ce moment, la constitution athénienne con- , tinua à se modifier à chaque nouvelle génération, en s’avan-
«Wûv; Harpocr. s. o. ; Poil. VIII, 130. - tterod. 1, 59 cl s.; Plut. Sol. 30.
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çantd’un mouvement continu vers la démocratie. Clisthènes, aussitôt après la chute des Pisistratides, accomplit une grande réforme que Solon avait laissé à faire. En effet, Solon, en établissant une. division en quatre catégories suivant la fortune, avait laissé subsister l’ancienne division en ysvy], en phratries et en quatre tribus de naissance (cpAon ysvixai'). Or, ces divers groupes , qui dataient des temps primitifs delà société athénienne, en avaient conservé les vieilles règles et surtout le vieil esprit. Dans chacun d’eux il y avait un culte, un autel, un dieu particulier ; il y avait surtout une autorité héréditaire. et il fallait obéir au chef eupatride au nom de l'antique foi. L’inégalité de naissance, si elle avait été supprimée par Solon dans la cité, subsistait tout entière dans la tribu et dans le yc'voç, c’est-à-dire dans la vie journalière de l’homme et à l’égard de ses intérêts les plus personnels. On peut même croire que cette division en yevy], en phratries et en tribus, conservait encore après Solon des effets en politique. En effet, il paraît bien que l’on ne pouvait être archonte, aréopagite, sénateur que si l’on appartenait à l’une des quatre tribus, et il est certain que l’on ne pouvait être compté dans une tribu que si l’on était déjà membre d’une phratrie et d’un ysvoç. 11 résultait de là que pour posséder l’intégrité des droits politiques, il fallait, ou bien être eupatride, ou bien accepter dans l’intérieur du ylvoç l’autorité d’un eupatride. Tous ceux qui étaient en dehors des yé vvj (et ils étaient sans doute fort nombreux dès cette époque) étaient privés des droits de citoyen. C’est cette situation que Clisthènes fit disparaître. Peut-être aurait-il supprimé les yev-q et les tribus, si l’invincible respect qui s’attachait à ces vieilles institutions ne l’en eût empêché. Il se contenta d’établir, à côté de ces anciens groupes, une nouvelle division. IL partagea la population en dix tribus, et chacune de celles-ci en un certain nombre de dèmes. A ne regarder que le dehors, les dix nouvelles tribus ressemblèrent fort aux quatre anciennes, et les dômes aux y svrj. Chacun de ces groupes eut aussi son culte, son sanctuaire, son prê tre, son juge, ses réunions pour les cérémonies religieuses, ses délibérations sur les intérêts communs ; mais au fond les différences étaient considérables. Dans les tribus nouvelles et dans les dèmes la population n’était pas répartie d’après la naissance; elle l’était d’après le domicile : le riche se trouvait à côté du pauvre, le fils du tbèle à côté du fils de l’Eupatride. Les chefs de ces nouveaux groupes, au lieu de tenir leur pouvoir de l’hérédité et d’être nécessairement des Eupatrides, étaient ou élus par leurs égaux ou désignés par le sort sans distinction de naissance ou de fortune. Enfin, une foule d’hommes qui, par des raisons diverses, n’avaient pas eu place dans les y=vy) et dans les aiAcù yevocat, entrèrent dans les dèmes et dans les nouvelles tribus ; ils entrèrent naturellement aussi dans la cité et acquirent des droits politiques21. Un passage d’Aristote montre que par cette seule réforme le nombre des citoyens fut considérablement augmenté; beaucoup d’hommes qui auparavant n’avaient pu être considérés que
comme des étrangers ou des affranchis, furent réputés citoyens. L’assemblée du peuple devint nécessairement plus nombreuse et prit une physionomie plus démocratique. Le sénat, tiré des dix tribus nouvelles et non pas des quatre anciennes, compta désormais oOO membres. Les historiens ne nous éclairent pas sur les détails des réformes de Clisthènes, mais ils marquent nettement ce point capi- ; tal qu’il changea la composition et la nature du corps . politique; c’est peut-être là la révolution la plus importante et la plus radicale qui se soit accomplie dans l’histoire d’Athènes 22.
Vers le même temps et comme conséquence de la même réforme, les stratèges furent créés. Ils étaient au nombre de dix, comme les nouvelles tribus, et chacun d’eux en commandait une. L’institution de cette nouvelle magistrature modifia d’une manière sensible les règles du gouvernement athénien. La dignité d’archonte qui datait du temps des Eupatrides et qui, dans son costume, dans ses allures sacerdotales, dans ses fonctions plus souvent religieuses que politiques, gardait une sorte de teinte aristocratique des vieux âges, ne convenait plus à tous les besoins de l’administration de la cité. On ne la fit pas disparaître, parce que les Athéniens, comme tous les peuples de l’antiquité, avaient une extrême répugnance à supprimer les vieilles institutions; mais on créa à côté d’elle une dignité d’un caractère nouveau, celle des stratèges à qui l’on fit passer peu à peu toute l’autorité réelle. Les archontes gardèrent leur éclat extérieur, leur robe blanche, leur couronne de myrte; ils continuèrent à donner leur nom à l’année, à faire les sacrifices, à visiter en grande pompe les sanctuaires de la cité ; on leur laissa même les dehors de leur ancienne autorité judiciaire, à la condition qu’ils ne seraient que des présidents de jurys. Tout pouvoir effectif fut aux mains des stratèges. Peut-être ces nouveaux magistrats ne furent-ils à l’origine que des chefs militaires ; mais, comme l’armée dans toutes les cités anciennes se confondait avec le corps politique, ils devinrent bien vite les véritables chefs du gouvernement. Ils avaient la haute administration des finances, la direction des affaires politiques et militaires, le soin des relations avec les peuples étrangers 23.
La principale différence entre les archontes et les stratèges consista dans la manière dont les uns et les autres furent nommés. Tous les documents nous montrent que les archontes étaient désignés annuellement par le sort, et il n’y a pas un seul texte qui marque qu’il y ait eu une époque où il en fût autrement. L’opinion des historiens modernes qui soutiennent que ce tirage au sort date seulement de l’époque démocratique, est une pure hypothèse. Plutarque dit au contraire, qu’il était un procédé antique : Hérodote montre qu’il était pratiqué au temps de la bataille de Marathon ; Demosthènes en parle comme étant en usage au temps de Solon, et Pausanias dit que les archontes désignés annuellement par le sort remplacèrent immédiatement les archontes décennaux du viiic siècle 2i. Quand les historiens modernes disent que le
21 Herod. V, 66-69 ; Aristot. Polit. 111, 1, 10; VU (VI), 3, 11 ; Schul. Acsehiu. C. Ctesiph.; Schol. Aristopb. Nub. 37 ; Paus. Y, 9. — 22 Les anciennes phratries et les yévij subsistèrent jusqu'à la fin de l’histoire grecque, mais seulement comme associations religieuses, sans aucune valeur en politique. Ajoutons que Clisthènes avait eu soin que chacune des dix tribus nouvelles, au lieu de former un ensemble compacte, fût composée de dèmes disséminés dans les différentes parties de l’Attique. La tribu avait ainsi peu d'unité et ne pouvait jamais devenir un corps assez puissant pour gêner l’action de la cité, — 23 On a comparé les stratèges aux tribuns du peuple •
otto comparaison' n'est pas exacte. U y a en effet cette différence fondamentale que les tribuns n’étaient que des chefs de la plèbe, au lieu que les stratèges étaient les chefs de la population entière. On trouve d'ailleurs dans l'histoire romaine une magistrature qui ressemble beaucoup plus à celle des stratèges athéniens; c’est celle des t, ibuni militares cum consulan potestate; mais on sait qu’elle dura peu.— Si Mut. Ptrid. c. 9 ; Herod. VI, 109; Dem. In Lept. c. 90 ; Paus. IV, 5. Cette opinion au sujet du mode de nomination des archontes diffère de celle qui a été adoptée par SI. Oaillcmcr [arcuotcs, p. 381, 381]. Nous ne l’abandonnons pas néanmoins.
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tirage au sort était un procédé tout il fait démocratique et ! qui ne put être imaginé que par suite d’un violent amour de l’égalité, ils en jugent d’après nos idées modernes plutôt que d’après celles des anciens. Isocrate trouvait le tirage au sort beaucoup moins démocratique que 1 élection55, et il avait raison; car il savait bien que l’on ne mettait pas dans l’urne les noms de tous les citoyens. Un défaut corporel était un motif d’exclusion; il y en a\ait d'autres, et les seuls juges de ces motifs étaient les tliesmothètes en fonctions, qui procédaient au tirage non sur le Pnyx, mais dans un temple. Une première condition â remplir pour le citoyen qui voulait être archonte était d’obtenir que son nom fût place dans 1 urne ' . Or, cette démarche même était tentée par peu de personnes , le pauvre n’avait aucun intérêt à être archonte ; l’ambitieux avait intérêt à ne pas l’être; on eût brisé la carrière politique de Périclès en le confinant dans l’archontat. D’ailleurs il ne suffisait pas que le sort eût prononcé; il fallait encore subir l’épreuve de la Sox-paala. Or, si l’on observe les formules de cet examen qui était inséparable du tirage au sort, on y remarquera la trace visible des vieilles idées aristocratiques et religieuses. L archonte devait prouvei que ses ancêtres étaient citoyens depuis trois générations, qu’il possédait un culte domestique, qu’il avait rempli tous les devoirs religieux envers les morts de sa famille [sacra privata]57. Cet examen qui, aux époques postérieures, ne fut plus qu’une vaine formalité, mais qui eut sans nul doute une grande importance à l’origine, porte dans ses questions mêmes l'indice de son antiquité; il remonte certainement au temps de la domination des Eupatrides ; or, le tirage au sort, doit être aussi vieux que lui. Cette manière de choisir les chefs de la cité, loin de se rattacher a une pensée démocratique, découlait d’une croyance religieuse des vieux âges. Pour les anciens le sort n’était pas le hasard ; il ôtait la révélation de la volonté divine. De même qu’on y avait recours dans les temples pour surprendre les secrets d’en haut, xLqpotxavTEta, de même la cité y recourait pour le choix de ses chefs , bien persuadée que les dieux désignaient le plus digne. Platon exprimait cette pensée des anciens quand il écrivait : « L homme que le sort a désigné, nous disons qu’il est cher à la divinité et qu’il a droit de commander ; pour toutes les magistratures qui touchent aux choses sacrées, nous laissons à la divinité le soin de choisir ceux qui lui sont agréables c t nous nous en remettons au sort5’. » Cette règle s’appliquait naturellement à l’archontat qui était un sacerdoce aussi bien qu’un commandement. Nous pouvons donc croire qu’elle était aussi ancienne que 1 archontat lui-même. Les Eupatrides qui, pendant deux siècles, prirent les archontes dans leur caste, trouvèrent cette manière de les^ nommer conforme à leurs croyances en même temps qu à leurs intérêts. Le tirage au sort n’excluait pas d ailleurs absolument le choix. 11 suffisait de mettre dans l’urne aussi peu de noms que l’on voulait. Si l’on avait décidé, pai exemple, que Solon serait archonte, il était facile de laire en sorte que le nom de Solon sortît de l’iirne59. C est ainsi que les consuls romains, dans la nuit qui précédait 1 élection de leurs successeurs, commençaient par prendre les
auspices, c’est-à-dire par demander aux dieux de dési->ner par le vol des oiseaux quels consuls leur seraient agréables ; mais ils ne les consultaient ainsi qu’à l’égard de ceux qui s’étaient présentés comme candidats et peutêtre même seulement sur ceux que le sénat avait agréés.
Le tirage au sort des Athéniens avait le même sens que les auspices de Rome, et la SoxtfWa qui venait ensuite équivalait à peu près au choix que les centuries romaines pouvaient faire entre les trois ou quatre candidats auxquels les auspices s’étaient montrés favorables [romana respublica] .
A mesure qu’ Athènes se rapprocha de la démocratie, elle s’éloigna de ces anciennes règles et de ces usages de l’âge aristocratique. Elle ne supprima pas le tirage au sort des archontes, parce que les archontes n avaient plus aucun pouvoir réel. Mais elle se garda bien de tiier au soit ses véritables chefs, c'est-à-dire les stratèges. Elle prétendit les choisir librement et ne pas se laisser lier par la prétendue volonté des dieux. C’est ainsi que la plèbe romaine eut grand soin de ne pas soumettre aux auspii.es la nomination de ses tribuns. L’élection, x^poTovia, remplaça donc pour les stratèges le tirage au sort30. Choisis ainsi au gré du peuple, ils ne dépendirent que de sa volonté et purent être révoqués. On conçoit sans peine combien cette nouvelle manière de désigner le chef de l’Etat changeait la nature de l’autorité publique.
La guerre médiquefit faire un pas de plus à la démocratie. Elle surexcita les courages et modifia les habitudes des hommes. Elle mit les armes dans les mains des plus pauvres qui avaient été jusque-là exclus de l’armée. Elle confondit enfin toutes les classes dans les mêmes dangers et dans le même triomphe. Le sentiment de l’égalité complète, que les contemporains de Solon et de Clisthènes n’avaient probablement pas connu, naquit à la bataille de Salamine. Quand la population rentra dans ses foyers, les mœurs étaient devenues démocratiques. La constitution ne tarda pas à l’être. Aristide lui-même, tout attaché qu’il était à la constitution de Clisthènes, sentit la nécessité d’un nouveau changement. Sa réforme ne nous est indiquée que d’une manière très-vague par Plutarque. Nous y %'oyons que tous les Athéniens sans distinction de naissance ou de fortune eurent accès aux charges31 et que « les droits politiques appartinrent à tous. » L égalité fut alors complète. Solon avait fait disparaître, cent vingt années auparavant, les privilèges de la naissance; les privilèges de la richesse disparurent à leur tour. Les quatre classes ne subsistèrent plus que comme une division financière et militaire, pour fixer quelle part d impôt chacun devait payer et dans quel corps de lannee (cavaliers, hoplites ou troupes légères) chacun devait combattre.
A la génération suivante, une nouvelle réforme, fut opérée par Éphialte et par Périclès, c est-à-dire pai les chefs du parti démocratique. Les écrivains qui nous ont laissé le souvenir de cette réforme, ne nous renseignent que très-vaguement sur elle; ils sont du moins d'accord pour marquer qu’elle eut une très-grande importance. Nous avons déjà vu que dans la constitution solonienne il existait à côté de l’assemblée, èxx^sn'a, et
25 Isocr. Arcop. 23. —20 Lys. In Philon. 33 ; In Andoc. 4. — ^ Poil. VIII, 83.; Dem. In Eubul., GG-67 ; cf. Dinarch. In Arislogit 17. La-formule de la îonijutet* dut se modifier avec la constitution ; on y ajouta cette question : s u a le cens, u-o twi» question qui ne peut avoir été introduite qu’à l'époque de Solon. On demandait aussi à l’archonte s’il appartenait à un dème; c’était une question bien inutile a une époque ou toute la population athénienne était répartie dans les demes ; mais clic rem¬
plaçait probablement une question plus ancienne qui portait sur le yi’vo;. - 23 plat. De efiIlI, p. 690 ; VI, p. 733. - « L'ur âjiOi, ïr/ov, dit Plutarque; il faut remarquer que aioîïüOou n’est pas synonyme de xtijovoviïoOai et ne désigne pas proprement 1 élect;on. 1 30 Harpocr. s. v. ovoo-tfiyoi ; Acschin. In Ctcsiph. 13-13. — 31 Plut. Arist 22 : T-.ù; nf/pi-a.; t; àcàvruv uiçsiuOii, xoivv eWt -ri|v itol.ivsi ctv. On peut croire que par J mot «Y40.T*; Plutarque désigne tous les magistrats, y compris les stratèges.
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en dehors du sénat des prytanes, qu’on appelait le sénat d’en bas, v)xaxw pouXij, un conseil supérieur que l’on appelait le sénat d’en haut ou le sénat de l’aréopage, vj avw jîouXif, vj il àpeîou T;aYou P°uXij. Ce n’était pas seulement un tribunal, aussi le nom de StxatrT-qpiov ne lui était-il pas appliqué en ce temps-là. Ses attributions judiciaires ne constituaient que la moindre partie de son pouvoir. Plutarque dit qu’il était le surveillant de toutes choses et le gardien des lois (èiri(TX07tcv ttccvxwv xoù <puXaxa xwv vo'puov). Il y a grande apparence que ces mots doivent être pris à la lettre et que nous devons voir dans l’aréopage de cette époque une de ces assemblées qui ont un droit de surveillance générale sur les pouvoirs publics, et qui, si elles n’ont pas l’initiative des lois nouvelles, sont au moins armées d’une sorte de véto pour s’opposer aux innovations. Nul changement ne pouvait être fait à la législation qu’avec son assentiment 32. Il partageait ainsi avec le peuple l’autorité législative, ou plutôt il empêchait que le peuple ne fût le maître des lois. Il exerçait aussi une telle surveillance, non-seulement sur la vie privée des citoyens, mais encore sur les actes publics des magistrats, que les chefs de la cité semblaient moins dépendre du peuple que de l’aréopage. A cela s’ajoutait encore une autorité administrative qui paraît avoir été considérable. Les écrivains nous disent que ce sénat disposait des affaires les plus importantes (twv [j.z yi'oTwv xupta (ïouX-q 33). Aristote donne à entendre que pendant les guerres médiques c’était lui qui gouvernait la cité, et il cite ce détail significatif que ce fut lui qui fixa la solde des matelots L’aréopage était donc autre chose qu’un tribunal; il était un conseil dirigeant et nous sommes portés à penser qu’il ressemblait alors beaucoup au sénat de Sparte ou à celui de Rome. La composition en était tout aristocratique. Il se recrutait lui-même, parmi les archontes sortis de charge, c’est-à-dire parmi ce qu il y avait « de plus distingué par la naissance ou par la richesse 3û. » Le peuple ne pouvait ni nommer, ni révoquer un aréopagite. L’aréopagite, placé au-dessus de toutes les magistratures, n’en pouvait plus briguer aucune ; en sorte qu'il n’avait rien à espérer du peuple, ni rien à en craindre. L’aréopage était donc à l’égard du peuple un corps absolument indépendant. Tant que ce sénat était armé de tels pouvoirs, le peuple ne pouvait pas être le maître. Éphialte les lui enleva. Il ne laissa à l’aréopage que ses fonctions judiciaires et le réduisit à n’être plus qu’un tribunal jugeant au criminel36. La conséquence de ce changement fut qu’il n’y eut plus dans la cité athénienne rien qui ne dépendît du peuple. 11 put faire et défaire les lois à son gré ; il fut affranchi de toute autorité. Le sénat des cinq cents ou sénat d en bas n’était pas de nature à limiter les pouvoirs de l’assemblée populaire. Éphialte peut être considéré comme le véritable fondateur de la démocratie athénienne ; car c’est lui qui, suivant Diodore, abolit l’antique constitution, xot 7tâxpia vôtAipta xaxÉXuss 37, et Plutarque dit de lui, qu’en détruisant la puissance de l’aréopage « il versa toute pure et à pleine coupe la liberté au peuple et l’enivra 3S. »
On ne voit pas aisément ce qui pouvait manquer encore à la démocratie. Périclès remarqua pourtant que l’assemblée du peuple conservait, en dépit des lois, un carac¬
tère quelque peu aristocratique. C’est que, nul ne pouvant voter qu’après avoir assisté à la séance tout entière et cette séance durant souvent tout un jour, il en résultait que la partie la plus pauvre de la population se trouvait par les nécessités mêmes de la vie journalière à peu près exclue de la vie politique. Il fallait qu’elle fît passer son travail avant le maniement des affaires de l’État et elle ne pouvait pas exercer une action constante sur le gouvernement. Périclès fit établir qu’une sorte d'indemnité de présence serait accordée à tous ceux qui assisteraient à l’assemblée (xo ÈxxX7)i7iocffTtxov). Cette indemnité, qui était d’abord d’une obole, fut portée ensuite à trois39; elle représentait à peu près la valeur d’une journée de travail. De cette façon le peuple fut payé pour se gouverner lui-même. C’est à partir de ce moment que l’assemblée prit une physionomie véritablement populaire. La classe pauvre ne cessa guère d’y dominer, et comme l’assemblée était maîtresse de toutes les affaires sans exception, il en résulta que le gouvernement fut tout entier dans les mains de la foule. Les efforts qui furent tentés à plusieurs reprises pour rendre quelque influence à la classe riche ou au moins à la classe aisée, échouèrent toujours, et Athènes resta une cité démocratique jusqu’au temps où elle perdit son indépendance.