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rectangle ayant quatre cent cinquante pieds de largeur sur deux cents pieds de profondeur, c’est-à-dire l’espace nécessaire pour recevoir cinq cent quarante cavaliers. Peutêtre en mettait-on un peu plus, car il est probable qu’on ne donnait pas à chacun d’eux la môme quantité de terrain qu’à un cavalier romain; il est vrai aussi que, si on le jugeait nécessaire, on faisait camper des troupes dans une partie du forum et du quaestorium - ; mais l’attribution d’un emplacement restreint prouve qu’on recevait rarement une quantité notable d’auxiliaires dans l’intérieur du camp.
On commença par n’employer les auxiliaires que dans les circonstances critiques; c’est ainsi qu’à l’époque où Annibal vint en Italie, le sénat accepta les services de mille archers ou frondeurs qui lui furent offerts par Hiéron, roi de Sicile: du reste, ce n’étaient pas les premiers étrangers enrôlés au service de la république, d’après les termes du message adressé par le roi au sénat quand il lui envoya ce secours 3. Après la guerre Sociale, les Latins, ayant reçu le titre de citoyens romains, furent incorporés dans les légions; cette disposition nouvelle présenta peu d’inconvénients, attendu que les Latins avaient les mêmes mœurs, la même langue, la même organisation, le même armement et la même manière de combattre que les troupes romaines ; mais il n’y eut plus alors de troupes alliées et celles-ci furent très-imparfaitement remplacées par les auxiliaires. L’armée perdait ainsi la cohésion qui était un des principaux éléments de sa force : du reste, on ne peut confondre le rôle attribué aux alliés [socu], qui, excepté les extraordinarii, faisaient le service de troupes de ligne, avec celui des auxiliaires qui fournissaient seulement de la cavalerie et de l’infanterie légères.
Après avoir raconté l’envoi des troupes dTIiéron, Tite- Live4 dit pourtant que P. Cornélius Scipion ayant pris à sa solde des Celtibériens, peuples d’origine gauloise qui habitaient les bords de l’Èbre, on vit alors pour la première fois des troupes mercenaires dans les camps romains. Quoi qu’il en soit, ce général se procura aussi, soit au moyen de ses alliances, soit à prix d’argent, des cavaliers siciliens, espagnols ou numides; ces derniers surtout lui furent très-utiles, mais il eut à se repentir de la trop grande extension qu’il donnait à ces enrôlements, et de l’imprudente confiance qu’il montrait envers ces étrangers. Étant en Espagne, il réunit un jour 22,000 auxiliaires celtibériens, et, y joignant un faible corps de troupes romames. il marcha contre Asdrubal. Ce dernier battit en retraite pour éloigner Scipîon de l’armée principale, puis s’arrêta et, après avoir établi son camp près de celui de son adversaire, envoya des espions qui offrirent aux Celtibériens plus d'argent pour retourner chez eux, qu’ils n’en recevaient des Romains pour lui faire la guerre : cette négociation réussit, et les auxiliaires abandonnèrent les troupes romaines qui, trop peu nombreuses, furent enveloppées et massacrées. Malgré cet événement, on continua à enrôler des étrangers.
Lorsque Marius réorganisa l’armée, il fit entrer tous les citoyens romains dans l’infanterie de ligne et supprima les velites ; le service de ces derniers fut confié aux contingents de nations qui se trouvaient alors sous la domination romaine, et dont l’adresse ou l’agilité étaient
2 Polyb. VI, 32. — 3 Tit. Liv. XXII, 37.-4 XXIV, 49. Yoy. cependant un exemple plus ancien dans Zonaras, VIII, 16. — S Bell. Gall. II, 7, 10. — e Bell. cio. m, 4. —
7 Bell. Alex. 62. 8Tac. Ann. I, 49 ; Hist. Y, 1. — 9Varr. ap. Non. p. 18, 555 Hier-
célèbres : tels étaient les Crétois, les Numides, les habitants desîlesBaléares, etc. L’infanterie légère de Jules César était principalement composée d’étrangers5. Pendant la guerre civile, Pompée eut un moment dans son armée, outre 7,000 cavaliers auxiliaires, 3,000 archers de Crète, de Sparte, du Pont, de la Syrie et d’autres pays, ainsi que deux cohortes de frondeurs de G00 liQmmes chacune. Parmi ces auxiliaires les uns avaient été attirés parla solde (partira mercenarios), les autres avaient été requis ou étaient venus volontairement (partim imperio aut gratia compuratos) 6 : ces derniers étaient ceux Fig. 671. Auxiliaires d'Asie.
qu’on appelait quelquefois eyocati. Le nombre des auxiliaires augmenta rapidement lorsque les armées romaines se portèrent aux extrémités du monde connu ; ces armées devinrent alors plus nombreuses, et, de plus, leurs généraux éprouvant d’énormes difficultés pour réparer leurs pertes, à cause de l’éloignement de l’Italie et de la lenteur des moyens de transport, durent souvent recruter des troupes dans le pays qu’ils occupaient. Mais on avait surtout besoin de cavalerie pour résister à celle des Barbares qui était si nombreuse, tandis que l’Italie en fournissait très-peu ; il n’en était pas de même pour l’infanterie de ligne qui, pour cette raison, conserva plus longtemps son homogénéité.
Les auxiliaires à pied étaient organisés en cohortes appelées auxiliariae 1 ou sociae 8; souvent aussi, comme ils remplissaientgénéralementle rôle attribué à l’infanterie légère et en portaient le bouclier léger [cetra] 9, ces cohortes furent appelées cetratae 10 par opposition au mot scutotae 11 employé pour désigner les cohortes des troupes de ligne qui portaient le grand bouclier scutum; enfin, il faut remarquer qu’on se bornait quelquefois à désigner les troupes auxiliaires à pied par le mot cohortes : nous en trouvons la preuve dans les détails donnés par Suétone sur la composition de l’armée de Yespasien 12. S’il avait été question de troupes nationales, ces cohortes n’eussent pas été désignées ainsi, puisque, dix cohortes légionnaires formant précisément une légion, Suétone se serait borné à dire : Additis ad copias tribus legionibus, octo alis, algue inter legalos..., etc. Mais nous devons dire qu’Hygin, au contraire, quand il emploie le mot cohortes seul, désigne ainsi les troupes légionnaires, et que, lorsqu’il veut désigner les troupes auxiliaires, il ajoute les épithètes equitatae ou pedilatae. Chacune des cohortes des auxiliaires était commandée par un praefeclus 13, et on avait soin de grouper ensemble les gens appartenant au même peuple, non-seulement à cause de la communauté de langage, mais encore parce que tous conservaient leur armement
cier; Tac. Agr. 36. — 1» Bell. civ. I, 39, 48, 70, 75.— H Bell. civ. I, 39. — 12 Suet. Vesp. 4 : « Additis nd copias duabus legionibus, octo alis, cohortibus decem, atque inter legatos..., etc- » —13 Tac. Ann. XII, 39; XIII, 9; Agr . 37;Vell. Pat. II, 112.
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national 14 : quand bien môme ce dernier se rapprochait de celui des légionnaires, toute confusion était impossible, attendu qu ils portaient un casque et un bouclier de
formes particulières ls et la srATiiA (épée longue) ainsi que la hast a au lieu du gladium et du pilum 16.
Nous avons dit que la cavalerie se recrutait difficilement en Italie :
nous en trouvons la preuve dans l’expédient auquel recourut Scipion quand il quitta la Sicile pour se rendre en Afrique 17. Il convoqua trois cents jeunes Siciliens appartenant aux plus riches familles et leur donna l’ordre de se présenter à lui, à jour fixe, bien armés, bien équipés et bien montés : lorsqu’ils furent réunis, il leur déclara qu’il leur permettrait de ne pas l’accompagner dans son expédition, à condition qu'ils remettraient leurs armes ainsi que leurs chevaux à trois cents volontaires auxquels ils apprendraient l’équitation et le maniement des armes : cette proposition fut acceptée avec empressement.
Jules César, dans la guerre des Gaules, manquait aussi de cavaliers romains, puisque dans l’entrevue qu’il eut avec Arioviste, l’escorte de chacun d’eux devant être composée de cavaliers, il fut obligé de faire monter à cheval des fantassins légionnaires parce qu’il ne voulait pas se confier aux cavaliers gaulois 18. Mais il employa largement ces derniers dans d’autres circonstances, et ilne fut pas le seul à agir ainsi, car Cicéron, dans sa harangue pour Fonteius 19, dit que ce préteur avait exigé des habitants de la Gaule Narbonnaise l’envoi de nombreux cavaliers aux armées romaines dans tous les pays où elles faisaient la guerre ; et non-seulement ils fournissaient ces troupes, mais encore ils en payaient la solde, ce qui leur faisait faire une grande dépense. P. Crassus20, détaché par César dans l’Aquitaine, recruta de la cavalerie dans cette province et se fit accompagner dans une expédition par l’élite des habitants de Toulouse, de Carcassonne et de Narbonne. Pendant la guerre des Gaules, Jules César, outre les Gaulois, avait aussi des cavaliers Germains21 et Espagnols22, et on vit plus tard Cassius Longinus tirer de la Bétique seule un corps de 3000 hommes de cavalerie entretenus aux frais des habitants 23.
Les cavaliers auxiliaires, alarii, étaient organisés en alae ou cohortes alariae, appelées ainsi par analogie avec les troupes de Socii auxquelles on les substituait : cette dénomination servait à les distinguer des cavaliers ro-
14 Tac. Bist. Il, 89. Les fi;;. 671 et 672 sont tirées des bas-reliefs de la colonne de Trajan, Frühner, Descr.de la col. Traj. pl. 47, 141 (et XXXI) ; Ciaccono et Muziano, pl. 20 et 95; S. Bartoli, pl. 16 et 83 ; la fi;;. 673 de la colonne Anlonine, S. Bartoli, pl. 52. Ces bas-reliefs offrent des exemples en très-grand nombre d'auxiliaires reconnaissables à leur armement et combattant séparément ou mêlés aux troupes romaines.
— 13 Tac. Bist. I, 38. — 16 Tac. Ann. XII, 35. — 17 Tit. Liv. XXIX, 1.— 18 Bell.Gall. I) 42. 19 C. 2. — Bell. Gall. III, 20. — 21 Bell. Gall. VII, 13, 65. — 22 Bell. Gall. V, 26. — 23 Bell. Alex. 50. — 24 i, 73 : « Crebras stationes disponunt equitum et cohortium alarium, legionariasque interjiciunt cohortes. » — 25cic. De ojf. II, 13, 45 ; Caes. Bell. Gall. III, 26 ; IV, 11. — 26 Bell. Gall. I, 23 ; VI, 8 ; Bell. Afr. 29. 27 Bell. Gall. I, 18 ; VIII, 12 ; Bell. cio. III, 59. — 28 Kellermann, Disc. 30 a.
— 29 Tac. Bist. II, 14 ; Hvg. g 16. — 50 Hyg. 16. — 31 Tac. Ann. XIII, 40 ; Bist. I, 70.
mains et des cohortes légionnaires; l’auteur des Commen taires sur la guerre civile 24 établit avec soin cette distinction. Leur effectif varia suivant l’époque, les besoins de l’armée et les ressources du recrutement : chacune d’elles était commandée par un praefectus 23 et divisée, comme l’ancienne cavalerie légionnaire, en turmes et décuries26 qui étaient généralement commandées par des hommes de la même nationalité que les soldats 27. Au temps de l’empereur Claude, on avait déjà organisé les alae quingenariae et les alae milianae 28 : Vala quingenaria avait seize turmes 29, tandis que Vala miliaria en avait vingt-quatre30, et le chef de chacune de ces turmes portait le titre de décurion31; enfin, le décurion avait sous ses ordres, pour commander les subdivisions, un duplicarius et un sesqui plie arias 32 .
L’usage de faire combattre des soldats d’infanterie mêlés à des cavaliers, comme le faisaient les velites, subsista après la suppression de ces derniers, et ce rôle fut attribué aux auxiliaires. Jules César prit à son service des Germains qui combattaient ainsi33, et plus tardil fit jouer le même rôle à ses antesignani 34 : cet exemple fut suivi par Germanicus 3S, et on finit par organiser, dans le même but, des cohortes spéciales appelées cohortes equestres 36 ou cohortes equitatae 37 composées de fantassins et de cavaliers : cette organisation existait déjà du temps de Vespasien, puisque l’historien Josèphe 38 , donnant la composition d’une armée , parle de cohortes composées uniquement de fantassins et d’autres cohortes comprenant à la fois des fantassins et des cavaliers. La cohors equitata miliaria et la cohors equitata quingenaria comprenaient, l’une 760 fantassins et 240 cavaliers répartis en dix centuries et dix turmes, et l’autre 380 fantassins et 120 cavaliers répartis en six centuries et six turmes 39.
Ainsi, l’emploi des troupes auxiliaires, qui avait été d’ahord tout à fait exceptionnel, devint bientôt une institution permanente : sous les empereurs, et à mesure que l’esprit militaire s’affaiblit, on vit le nombre des auxiliaires augmenter toujours jusqu’au moment où on les incorpora dans les légions romaines. L’historien Zosime nous apprend que ce fut Claude qui inaugura ce système anti-
— 32 Hyg. 16. — 33 Bell. Gall. VII, 65 ; VII, 13. — 34 Bell. cio. III, 75, 84 ; Bell.
Afr. 75. 38 Tac. Ann. II, 16. — 38 p 1 j n . Jun. Ep. 107, 108 ; Amin. Marc. XIV, 2.
37 Hyg. 26. — 38 Bell. Jud. III, 4. — 39 Hyg. 27. — Bibliographie. Lange, Bistoria
mutationum reimilitaris Rom. Gotting. 1846, p. 24, 57, 9-2 ; Walter, Rômisch. Rechtsgeschichte, I, p. 265, 408 ; Becker-Marquardt, Bandbuch der rom. Alterthümer, 111, 2° part., p. 306, 347, 365; Clemente, Memorie rom. di antichila, 1826, t. III, p. 217- 271 ; Cardinali, ibid., p. 215; Id. Diplomi imperiali accordati ai militari , Velletri, 1838; Cavedoni, Notizia e dichiarazione di un diploma militare del. imper. Vespasiano, Modene, 1838 ; Borghesi, lscrizione del Reno, 1839, p. 9; Henzen, in Iahrb. des Vereins von Alterthumsfrunden in R/teinlande, XIII, p. 39; Id. in Annali dell' Instit. arch. 1850, p. 1; Becker, Grabschrift eines rôm. Panzerreiteroffiziers, Francf. 1868 ; Hartung, Rom. Auxiliarcohorten am Rhein, Würzburg, 1870.
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national et dégradant : après avoir battu une armée de Goths, il en choisit un certain nombre qu’il employa à combler les vides de ses cohortes. Dix: ans après, suivant Vopiscus, Probus ne trouva rien de mieux à faire, pour adoucir l’humeur intraitable des Germains, que de lever parmi eux seize mille hommes et de les incorporer dans ses cohortes qui en reçurent chacune cinquante ou soixante. Sous Théodose, les barbares étaient déjà, dans chaque armée, plus nombreux que les Romains ; on alla même jusqu’à leur permettre de retourner dans leur pays, à condition qu’ils enverraient à leur place un de leurs compatriotes, et ils pouvaient revenir quand cela leur plaisait. C’est ainsi que les barbares, qui devaient plus tard renverser l’empire, apprirent des Romains euxmêmes l’art de les vaincre. Masquelez.
AVERTA (’Aëépxa). — Malle, valise, porte-manteau à l’usage des voyageurs et des courriers, qu’on plaçait sur la croupe du cheval \ d’où le nom de avertarius, donné au cheval qui en était chargé ; on disait de même autrefois en français un mallier. Le poids des valises qu’on pouvait faire porter aux chevaux delà poste impériale est fixé par différentes ordonnances à trente, cinquante et soixante livres 2. E. S.
AVIARIUM (’OpveOcov). — Volière, basse-cour, vivier pour des oiseaux aquatiques [villa].
AVIARIUS. — Esclave chargé du soin des oiseaux de
l’AVIARIUM.
AXAMENTA [salii].
AXONES (Xijovjç) . — Le texte original des lois de Solon, ou, si, comme cela est vraisemblable, ce texte périt dans l’incendie de la ville par les Perses, le texte qui fut reconstitué après la victoire de Salamine, avait été inscrit 1 sur des tables de bois recouvertes de peinture blanche. Les açovs; ou xupéEtç, dont les historiens font si souvent mention, étaient formés par la réunion de plusieurs de ces tables, dressées verticalement et rapprochées par leurs bords, de façon à se rejoindre et à former un parallélogramme. Chaque ô&ov pivotait sur un axe central *, comme les stèles historiques de Ninive, et le lecteur pouvait, sans changer de place, prendre connaissance des textes inscrits sur les quatre faces du monument. Les à^ove? avaient d’abord été placés sur l’Acropole. Éphialte, pour les rendre plus aisément accessibles à tous les intéressés, les fit descendre dans le marché3. Au 11e siècle avant notre ère, le périégète Polémon en vit encore les débris 4, que l’on conserva pendant plusieurs siècles dans le Prytanée8.
Dans les quelques lignes qui précèdent, nous avons pris parti sur plusieurs controverses qui divisent les savants. Ainsi, nous ne faisons pas de distinction entre les àçovs; et les xupësi;. L’opinion commune, fondée sur le témoi-
AVERTA. 1 Acron. Ad Hor. Sat. I, 6, 106 ; Gotholïcd. Comment . Cod. Theod. VIII, b, 1. 47 et 48. — 2 Cod. Theod. I. I. ; Cod. Just. XII, 51, 52.
AXONES. 1 L’écriture alternait de gauche à droite et de droite à gauche, poua-epoçv)$ôv. Harpocr. s. v. ô xâttoOîv v6|xo;, édit. Bekker, p. 136. — 2 Plutarch. Solon , 25.
3 Harpocr. I. c, p. 136. — 4 Harpocr. s. v. aÇovi, p. 24. — 3 Pausan. I, 18, 3 ; Plut. Sol. 25 ; voir, sur ces déplacements, Philippi, Der Areopag und die Epheten , 1874, p. 357, note. — 6 Bekker, Anecd . graeca, I, p. 274 ; Ammonius, De diff. voc. édit. Valckenaer, p. 20 ; Schol. in Aristoph. Aves, 1354 ; Suid. s. v. xûpffei;; Pollux, VIII, 128, etc... — 7 Westermann, Eeal-Encyclopaedie, 1,2e éd.p.2205 et II, p. 825. Cette opinion, malgré les adhésions qu’elle rencontre encore, perd de sou crédit.
gnage d’un grand nombre de rhéteurs8, est^ pourtant qu’il faut bien se garder de présenter ces deux mots comme synonymes. Pour la plupart des philologues, les xôpëEtç se composaient de trois tables, les aejovs; de quatre. Les xupëet; portaient seulement les lois relatives au droit sacré et au droit public; toutes les autres lois étaient écrites sur les a;ove; 7. Nous ne méconnaissons pas que beaucoup de grammairiens aient enseigné que les xopëît; avaientnne forme prismatique (xptywvoi) et que les «;ovc ç étaient quadrangulaires (xexpdywvot). Il n’est pas moins vrai que, dès le temps de Plutarque, quelques personnes soutenaient que les xupëEtç s’occupaient seulement du droit religieux 8. On pourrait même ajouter que Polémon donne le nom de xupëstî aux tables contenant les lois sur les parasites 9, et, d’après Lysias 10, c’était aussi sur les xupSetç que se trouvaient les lois sur le rite des sacrifices. — Mais, à ces affirmations, on peut opposer les témoignages des contemporains, qui ne font aucune distinction. D’après Aristote 11 , les lois de Solon étaient écrites sur les xupëît; ; le philosophe n’établit pas de différence entre les diverses espèces de lois, et nous savons, par Plutarque 12, que sous le nom de xupëctç, il comprenait les monuments que d’autres appelaient a;ove; tjuXivot. Ce qui prouve bien encore que les deux expressions étaient synonymes, c’est que nous lisons dans Démosthène13 que des lois sur l'homicide, par conséquent des lois se rapportant au droit public et au droit religieux, se trouvaient sur un d;cov ; c’est que Séleucus 14 traitait des Orgéons, par conséquent du droit sacré, dans son commentaire sur les àçovs; de Solon. Quant à la différence de forme signalée par quelques personnes, elle était une pure illusion (cpavxaffta). En réalité, tous ces monuments étaient quadrangulaires 15 ; mais, regardés sous un certain aspect, ils semblaient prismatiques, et des observateurs peu attentifs avaient pu écrire qu’ils étaient xpiywvot 16. Les deux mots xupëa; et a çoveç désignaient donc une seule et même chose’7; le premier était peut-être le plus ancien et le plus correct; le second ne s’était introduit que plus tard, par allusion à l’axe sur lequel les xtipgetç pivotaient ’8.
Nous avons dit aussi que ces monuments étaient en bois (friXtvot); le témoignage de Plutarque, qui en vit les débris dans le Prytanée, est formel en ce sens ’9. On ne peut donc pas attacher d’importance aux passages des rhéteurs*0, qui disent que les xupësiç étaient en airain ou en pierre.
Enfin, nous croyons que leur forme était celle d’un parallélogramme. On lit bien dans un lexique qu’ils étaient 7rupxp.(oi otAocoi sl. Mais le texte contenant cette proposition renferme d’autres affirmations erronées qui le rendent suspect. La forme pyramidale aurait eu pour le lecteur des inconvénients qu’aucun avantage n’eût compensés 22.
E. Caillemer.
V. Hermann, Staatsalterth. 5« éd. p. 405. — 8 plut. Sol. 25. — 9 Athen. VI 26 p. 234. - 10 C. Nicomach. g 17, U. 220. — U De Kampen, De parasitis, p.’ 53!
— 12 Sol. 25; V. Minier, Fragm. hist. gr. II, p. 109. — 13 C. Aristocr. § 28, R. 629 ; cf. Kirchoff, hiser. atticae, n° 61. — H Suid. s. v. ippûve;, p. 1 150.— 15 Suid. s. v. xùffoiç, p. 467, 1. 12. — 16 Harpocr. s. v. SJovi, p. 24. — 17 Suidas, s. v. X'ijflti,-, p. 467, 1. 4. — 18 Rachenstein, Lysias, p. 138. — 19 Sol. 25 ; Harpocr. s. v. u;ovi, p. 24. — 20 Voir les textes cités par de Kampen, p. 55. — 21 Bekker, Anecd. gr. I, p. 274; cf. Preller, Polemo, p. 89 ; Pollux, VIII, 128. — 52 De Kampen, p. 55.
— BinLioon iPHiE. Preller, Polemonis periegetae fragmenta , Leipzig, 1838, p. 87-91 ; de Kampen, De Parasitis. apud graecos sacrorum minislris, Gottingue, 1867, p. 52-56.
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BACCHANALIA. — Les Romains appliquaient ce mot à toutes les fêtes orgiastiques dn culte dionysiaque [dionysia] et à la bacchanale perpétuelle que le dieu luimême était censé mener au milieu de son thiase [baccnus, sect. v, et thiasus]. Mais dans l’histoire romaine ce nom a aussi une signification plus spéciale, et qui mérite une mention séparée. 11 désigne les mystères dionysiaques d'un caractère particulier, établis d’abord dans la Grande - Grèce [baccdus, sect. xvi] et transportés de là dans l’Étrurie, puis à Rome même. On cherchera plus loin à définir le peu que l’on est en état de savoir de ces mystères dans leur pays d’origine. Ici nous marquerons seulement les faits principaux relatifs à leur propagation et surtout à leur interdiction, qui marque une date décisive dans les annales religieuses de l’Italie L
Suivant le récit de Tite-Live, ce fut un Grec obscur de l'I lalie méridionale {Graecus ignobilis... sacrificulus et vates ), un de ces individus qui faisaient le métier de prêtres et de devins ambulants [agyrtes], qui porta le premier ces initiations en Étrurie à une époque peu ancienne. Elles y prirent un développement rapide et y perdirent leur gravité originaire pour devenir un prétexte à débauches et une école de flagrante immoralité. Les Étrusques y associèrent ces banquets auxquels ils étaient si adonnés et qu’ils ont souvent figurés dans les peintures de leurs tombeaux. M. Helbig a rapporté, ce semble avec raison, aux Racchanales étrusques une série de bas-reliefs provenant d’un sarcophage de Clusium, qui font aujourd’hui partie du musée du Louvre 2; ils retracent des scènes de sacrifice et de banquet, et un dernier offre une composition où sont mêlés des Satyres et des personnages humains, qui doit rester ensevelie dans un cabinet secret. Déjà un sarcophage du musée de Naples 3, remarquable au point de vue de l’art, montrait jusqu’où avait été dans cette voie le symbolisme dionysiaque dans l’Italie méridionale, en traduisant les idées de génération qui, dans les mystères de Bacchus, s’associaient à celle de la palingénésie après le trépas. Les Étrusques, semble-t-il, avaient traduit ces symboles en actes, et donné surtout un libre cours aux désordres qui pouvaient se rattacher à l’exemple fourni par la légende des rapports de Dionysus et de Prosymnus dans les mystères de Lerne 4 [bacchus, sect. x].
Il en fut de même dans les Bacchanales de Rome, qui ne se montrèrent pas moins subversives de toute morale que celles de l’Étrurie.
Elles y avaient été portées directement de la Campanie par une prêtresse nommée Paculla Annia. Ce furent d’abord des fêtes nocturnes réservées aux seules femmes et interdites aux hommes, comme les Triétériques de la Béotie [dionysia]. On les célébrait trois fois par an, au retour des anciennes saisons de l’année grecque, et le sacerdoce y était confié à des matrones respectables. Mais, un peu plus tard, l’institutrice même de ces fêtes mystérieuses en changea complètement le rituel et le caractère, à l’imitation de celles de l’Étrurie, en alléguant une
BXCCHANACIA. 1 Ces faits sont exposés en détail par Tite-Live, XXXIX, 8-19.
— 2 Mon. inéd. de l’Inst. arch. t. VIII, pi. n ; Annales, t. XXXVI, pl. AB, p. 28- 54.3 Gerhard, Antike Bildwerhe, pl. cxi ; Mus. de Naples, Cabinet secret, pl. vu ; |
révélation des dieux. Elle en fit des assemblées soumises à l’obligation du secret, qui avaient lieu cinq fois par mois, où hommes et femmes se livraient aux excès les plus effrénés de la fureur orgiastique. L’historien romain en met le tableau dans la bouche de la dénonciatrice de ces désordres. « Tous les crimes, tous les excès y trou- « vent place... Si quelques-uns se montrent rebelles « à la honte et trop lents à s’y prêter, on les immolé « comme des victimes. Le grand principe religieux y « consiste à ne rien considérer comme interdit par la « morale (ni/ul nef as ducere). Les hommes, comme transit portés d’inspiration, se mettent à prophétiser avec les « mouvements violents de l’ivresse du fanatisme ; les « matrones, en costumes de Bacchantes, les cheveux « épars, descendent au Tibre avec des torches allumées, « les plongent dans les eaux et les retirent brûlant encore, « parce que le soufre vif y est mêlé à la chaux. Des « hommes, attachés à des machines, sont entraînés dans « des cavernes secrètes; on ne les revoit plus et l’on dit « qu’ils ont été enlevés parles dieux; ce sont ceux qui ont « refusé de s’associer aux conjurations, aux actes crimi- « nels ou de subir l’infamie. Les initiés sont en très-grand « nombre, déjà tout un peuple ; il y a là des hommes et « des femmes de noble naissance. Depuis deux ans on a « décidé de ne plus initier personne au-dessus de vingt « ans. » Ces scènes se passaient tout près de Rome, dans le bois sacré de Stimula 5, voisin de l’embouchure du Tibre, et à Ostie, où le commerce faisait affluer une foule d’étrangers.
Admettons que dans les paroles de Tite-Live il y ait une certaine exagération, il n’en est pas moins certain que les faits étaient assez graves pour que l’opinion en ait été profondément émue quand le jour se fit sur ces fêtes dont le secret avait été strictement gardé pendant quelques années par la discrétion des initiés, et dont on connaissait seulement l’existence par le bruit des hurlements qui sortaient du bois sacré ( crepitibus idulatibusque nocturnis). Une affaire privée amena les premières révélations de l’affranchie Hispala Fecenia au consul Sp. Postumius Albinus, et l’enquête poursuivie par celui-ci ne lui prouva pas seulement l’exactitude des dénonciations, mais lui permit d’y rattacher beaucoup d’affaires de crimes ordinaires, faux, meurtres, empoisonnements, ainsi qu’une conspiration politique, dirigée par les plébéiens M. et L. Catinius, le Falisque L. Opiternius et le Campanien Minius Cerrinius. Le Sénat, averti, vit dans ces faits un grand danger public. Il ordonna un grand procès, qui embrassa sept mille accusés et amena de nombreuses condamnations capitales En même temps il rendit un sénatusconsulte qui interdit sous les peines les plus sévères toute célébration de Bacchanales ou de mystères dionysiaques, comme attentatoires à la sûreté de l’État aussi bien qu’à la morale et à la religion publique. L’interdiction s’étendit même aux mystères célébrés chez les populations helléniques de la Grande-Grèce, qui n’avaient jamais donné
Miiller-Wieseler, Denkmàler d. ait. Kunst, pl. xliv, n° 548. -‘F. Lenormant, Voie sacrée Éleusiniemie, t. I, p. 409. — 8 C’est ainsi qu’on nommait alors en latin Sémélé [dacchus, sect. xvij.
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lieu aux mômes reproches que ceux de l’Étrurie et de Home ; mais la mesure était générale, et ces mystères semblaient d’ailleurs, eux aussi, dangereux à la politique du Sénat, comme pouvant fournir des cadres tout prépares à des sociétés secrètes. On permettait seulement la célébration de certains rites dionysiaques secrets acceptés par le culte officiel des cités, quand l’institution en remontait a une date ancienne. Encore fallait-il pour chaque localité une autorisation spéciale, votée dans une assemblée du sénat comptant au moins cent membres présents ; de plus, ces rites tolérés ne pouvaient jamais être accomplis par plus de cinq personnes à la fois, deux hommes et trois femmes, et on n’admettait pas qu’ils donnassent lieu à l’existence d’une caisse spéciale ni d’un sacerdoce séparé. Le sénatus-consulte sur les Bacchanales, mentionné par Tite-Live, nous est parvenu dans son texte original sur une table de bronze découverte à Tiriolo en Calabre, conservée au cabinet impérial de Vienne \
Ceci se passait en 186 av. J.-C. Mais la mesure ne lut pas appliquée partout sans résistance. Les consuls et les préteurs provinciaux furent encore obligés de déployer une extrême sévérité pour en finir avec les mystères dionysiaques, en 184 dans les environs de Tarente ', et en 181 dans l’Apulie 8; dans la province de Tarente, l’émotion populaire provoquée par l’interdiction des Bacchanales avait amené des rassemblements d’insurgés campagnards. On a rapporté 9, avec toute apparence de raison, aux changements très-considérables que cette mesure amena dans les habitudes religieuses du midi de l’Italie, la cessation ou du moins la décadence presque complète de l’usage des vases peints 10, qui dès lors ne se maintenait plus guère que dans l’Apulie et dans la Grande-Grèce [vasa ficta]. En effet, à la dernière époque, dans ces contrées, les sujets des peintures céramiques sont toujours en rapport avec les mystères dionysiaques.
Quelques personnes ont admis une réapparition postérieure et momentanée des Bacchanales à Rome même u. En effet, un vers d’une des satires de Varron 12 semble bien faire allusion à ces fêtes. Mais il n’en résulte pas nécessairement qu’elles se célébrassent de son temps; il a pu, comme l’a fait tant de fois Juvénal, peindre un désordre appartenant déjà au passé. L’interdiction était trop sévère et fut pendant longtemps trop fidèlement maintenue 13 pour que l’on ait pu alors voir se produire des letes de ce genre capables de faire dire à Varron, confluit vnulierwtn tota /{orna.
C’est seulement dans les provinces méridionales, premier et principal foyer de ces initiations dionysiaques, qu’elles parvinrent à se maintenir sur quelques points à l’état secret, malgré la persécution active et vigilante des autorités publiques. Les inscriptions u prouvent qu’elles y
reparurent au jour en quelques localités sous 1 empire, quand on eut abandonné la politique jalouse du sénat républicain à l’égard des religions étrangères et adopté les principes d’une tolérance absolue à l’égard des différents mystères [mysteria]. F. Lenohmant.
BACCHOS (Ba'xyoç). — Sorte de thyrse très-court et très-orné que les mvstes d’Éleusis tenaient à la main dans les nuits des initiations [eleusinia, sect. vi] On le reconnaît porté par Hercule et les Dioscures au moment de leur réception aux mystères d’Eleusis sur un célèbre vase qui faisait autrefois partie de la collection Pourtalès , et porté par Hercule seul, dans la même circonstance, sur un autre vase fameux découvert à Panticapée 3. Le
même attribut, groupé avec les pavots de Proserpine, figure au nombre des symboles principaux du culte mystique sur la frise du grand autel monumental d’Éleusis\ et sur celle de l’autel de 1 Eleusinium d’Athènes5. Nous en reproduisons l’image d’après cette dernière frise (fig. 674) et d’après le vase Pourtalès (fig. 675). Le nom de pâxyoç semble de nature à faire voir dans l’attribut en question un emblème d’enthousiasme et d’inspiration divine. C’est au nom et à l’emploi de cette sorte de thyrse particulière aux Éleusinies que fait allusion l’adage relatif aux mystères : vocp9ï|xo:pdpot i/iv Fig> 674-
Tto/Vot , jidxyoi Sé TE 7! au pot, « beaucoup prennent le thyrse, mais peu sont inspirés « des dieux 6. » F. Lenormant.
BACCHUS. — Le nom le plus ancien et le plus habituel de ce dieu chez les Grecs était Atovuco; (exceptionnellement AtoSvuooç) , nom purementhellénique, qui le désigne comme le dieu de Nysa1 ou plus exactement encore le Zeus de Nysa s, localité de la géographie mythique dans laquelle on plaçait le théâtre de sa naissance ou de son éducation et sa résidence favorite3. Les Romains, en adoptant son culte, admirent de préférence l’appellation de Bacchus, c’est-à dire Bax/o;, appellation usitée aussi chez les Grecs, mais plus tardivement introduite parmi eux, car Hérodote l’emploie le premier et elle ne devient d’un usage fréquent que chez les tragiques Ce nom de Bax/o; paraît en Grèce d’importation thraco-phrygienne 5 [sabazius], et l’origine doit en être cherchée dans le plus vieux fonds des idiomes aryens. On en a donné diverses étymologies6; le plus
Bacchos. Fig. 675.
6 Gronov. Praef. ad op. Cicer.; Fabretti, 427, t ; Muratori, 577, 1 ; Endlicher, Catal. cod. philol. biblioth. public. Vindob. n° 1 ; Goettling, Fünfzehn Urlcunden, p. 27 et s.; Ritschl, Priscae latinitatis monum. epigraph. pl. xvm; Corp. inscr. lat. t. I, n° 196. — 7 Tit. Liv. XXXIX, 41. — 8 Tit. Liv. XL, 19. — 8 Gerhard, Rullet. de l'Inst. arch. 1829, p. 173; Ann. de l'Inst. arch. t. III, p. 101; Archüol. Zeit. 1852 , Arch. Anzeig. p. 160; de Witte, Études sur les vases peints, p. 119 et s. — 1° On a encore trouvé des vases peints dans un tombeau de l’an 67 av. J.-C. : Bullet. de l’Inst. arch. 1847, p. 122 ; Ann. 1848, p. 64 et 151. — 11 Preller, Rôm. Mythol. p. 718. — - 12 Ap. Non. Marcel!, p. 112. — 18 Cic. De leg. II, 15, 37. — 14 Orclli, Inscr. lat. n° 1483 ; Mommsen, Inscr. regni IVeapol. u° 2477. — Bibliogbapiihî. Preller, Rômische Mythologie, XII, 1 a, 2” édition,
BACCHOS. 1 Schol. ad Aristoph. Equit. 409 ; Lcxic. rlielor. ap. Bekker, Anecd. graec. p. 224; Eudoc. Violar. p. 87 ; voy. Stephaui, Compte rendu de la Commission archéologique de Saint-Pétersbourg. 1S59, p. 91. — 2 ranofka, Cabinet
Pourtalès, pl. xvi ; Ch. Lenormant et de Witte, Elite des mon. cémmogr. t. 111, pl. lxiii. — 3 Compte rendu de la Commiss. arch. de Saint-Pétersbourg, 1859, pl. n ; Gerhard, Ueber den Bilderkreis von Eleusis, 1er mémoire, pl. u. — 4 Uncd. antiq. of Attica, chap. iv, pl. vii, n° 1. — 3 Stuart, Antiq. of Athens, t. I, chap. i, pl. u ; F. Lenormant, Recherches archéol. à Éleusis, p. 397. — 6 Plat. Phaed. 38 ; Clem. Alex. Stromat. I, 19, p. 372, éd. Polter.
BACCHUS. l Welcker, Æschyl. Trilog. p. 286. - 2 Preller, Griech Myth. t. I, p. 523 (2e édit.); cf. Aristid. Orat. I, p. 49. Sur les diverses explications du nom de Aiôv’jao; proposées par les érudits modernes, voy. Gerhard, Griech. Myth. § 438, 2.
— 3 Stcph. Byz. et Hesych. v° N5m; Homer. Hymn. XXVI, 5 ; Soph. Antig. 1130, et ap. Strab. XV, p. 687 ; Eurip. Bacch. 556; cf. Herodot. II, 146; III, 97 et 111.
— 4 Voy. le Thésaurus d’Henri Estienne, édit. Didot, à ce mot. — 3 Maury, Relig. de la Grèce, t. 111, p. 139 ; F. Lenormant, Rev. archéol. 1875, p. 43.— ® Benfey,üte Hymnen der Sama-Veda, p. 85; d’Ecksteiu, Journ. asiat. 1855, t. II, p. 381 et s. ; Langlois, Mém.de T Acad, des Inscr. n. s. t. XIX, 2" part. p. 358,
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simple est d’y voir7 la forme qui, dans la langue tlirace, étroitement apparentée à celle de la Phrygie8, correspondait au Bayaïoç phrygien 9, l'une des appellations de Sabazius, le dieu assimilé à Dionysos dans la religion de ce dernier pays ; le sens en aurait donc été d’abord « le Dieu, » pris d une manière absolue, comme celui de Bayatoç u\ Les Grecs, à cause de la nature même du culte dionysiaque et de ses fêtes, attachèrent ensuite au nom de Baxyoç une idée d’inspiration divine et de fureur orgiastique n, ainsi que de purification 1!, qui a donné naissance au verbe pax^eûstv, synonyme de i-iouvecSat 13, et à l’emploi du mot (îax^o? dans le sens « d’inspiré, saisi de transport bachique. » De là la substitution à Bax/oç, pour le nom du dieu, des formes BoEx^sto; u et Bax/sùç 1S, qui ont revêtu l’aspect de dérivés de pax^susiv.
I. — Hérodote 16 représente Dionysos comme le plus récent des dieux de la Grèce. Dans Homère 17 comme dans toute la poésie épique achéenne18, il n’apparaît qu’à l’état d un dieu tout à fait secondaire, et presque spécialement propre à la Crète 19, plus tard même il resta quelque chose de cette situation que lui donnait l’épopée 20, car il arrive encore qu’on le qualifie de démon 21 ou de héros 22. Dionysos n'est pas non plus un dieu pélasgique 23, excepté dans la Crète, où son culte remonte aux plus anciennes époques mais où le dieu avait une physionomie très à part et une histoire mythologique différente de celle du Dionysos hellénique [zagreus]. Mais s'il était ainsi négligé d'une partie des populations primitives de la Grèce et relégué par d’autres, par celles dont les idées etle génie prévalaient durant la période épique, dans un rang secondaire, si la propagation de son culte dans la généralité du monde hellénique fut relativement tardive, Dionysos n’en est pas moins un dieu dont il faut chercher le point de départ en Asie, au berceau même des races pélasgiques et helléniques. En effet, tout en lui et dans son histoire mythologique offre une si étroite connexité avec le dieu védique Soma qu'il est impossible de ne pas considérer Dionysos comme la forme grecque de ce dieu, l’un des plus anciens objets de l'adoration des populations aryennes 23 . Sous ce rapport, et sans le savoir, les Grecs postérieurs à Alexandre étaient dans le vrai quand ils disaient que le Bacchus indien, c’est-à-dire le dieu de l’Inde qu’ils assimilèrent à leur Bacchus, Soma, transporté dans ce pays par d’autres Aryas, était le plus antique Dionysos 2S. Celles des tribus thraco-pélasgiques qui conservèrent l’adoration de ce vieux dieu de la race aryenne, en le transformant en Dionysos, étaient plus fidèles à la tradition de leurs premiers pères que celles qui l’abandonnèrent et en laissèrent le souvenir s’oblitérer. Ce furent ces tribus qui la propagèrent ensuite parmi les autres populations de la Grèce après l'avoir longtemps gardé comme un patrimoine particulier, et c’est ainsi que Dionysos, qui conserve tous les traits d’un des premiers dieux adorés par la race aryenne avant sa dispersion, devint le plus nouveau des dieux helléniques.
7 Bcrgmann, Les Scythes., p. vu; Maury, Relit/, de la Grèce, t. III, p. 139; F. Lenormant, Rev. arthéol. 1875, p. 43. — 8 Yov. Maury, Rel. de la Grèce, t. I, p. 32 et suiv. — 9 Hesych. s. \. — 10 Gosche, De ariana linguae gentisque armeniacae indole, p. 22; Lassen, Zeitschr. d. deutsch. Morgenl. Gesellsch. t. X, p. 369. — U O. Millier, Kleine Schriften, 1. II, p. 24, 28 et suiv. — 12 I-Ierodot. IV, 79. — 18 Vov. le Thésaurus d'Henri Estiehne, éd. Didot, aux mots pixzo; et pax/tietv.
— 14 Paus. IX, 16, 4; Diod. Sic. IV, 5; Eust. Ad Odyss. p. 1964 ; cf. Gerhard, Gr. Myth. § 443, 4. — 15 Soph. Antig. 1122. — 16 II, 52. — 17 Jliad. Z. 130 ; Odyss. A, 325; a, 24. — 18 Welcker, Nachtrag z. Trilogie, p. 198; Gerhard, Gr. Myth. § 438, 4. — 19 Odyss. 1, 406. — 20 Ottfr. Miiller, Kl. Schriften , t. II, p. 27.
— 21 Herodot. IV, 79. — 22 Plut. Quaest. gr. 3b. — 23 Gerhard, Gr. Myth. g 439.
La donnée essentielle de Dionysos et du Soma védique est en effet la môme. Dionysos est avant tout, en Grèce, le dieu du vin, dont il personnifie la vertu et les effets. Chez les Aryas plus antiques, le soma, jus de la plante acide appelée Asclepicis acida ou Sarcostemma vtmmalis, qui servait à faire des libations aux dieux, se personnifie en un dieu médiateur. En pénétrant dans l’Asie Mineure et la Grèce, leurs descendants transportèrent au jus de raisin les idées qu’ils attachaient d’abord à la liqueur du soma 27. M. Maury complète, du reste, ce rapprochement par celui des principaux traits delà légende grecque et de la légende védique. « Une tradition indienne dit que le Soma a été reçu dans la cuisse d’Indra28; et la même fable était racontée par les Grecs sur leur Dionysos. Le dieu védique est surnommé Giri-schthâh, c’est-à-dire « celui qui se tient dans les montagnes 29 », et ce surnom répond tout à fait à celui d’yOp£to; donné à Dionysos. La génération miraculeuse du dieu de Nysa, arraché par son divin père au sein de sa mère foudroyée, est aussi une idée puisée à la source indienne. Le soma, autrement dit la libation personnifiée, naît du manthanam, c’est-à-dire de la production du feu divin. Il est tiré de la flamme du sacrifice, et ensuite transporté dans les cieux par les invocations des prêtres 30. Cette double naissance a valu à la divinité védique le surnom de Dwidjanman 31, « né deux fois » ou « né sous deux formes », qui correspond exactement à ceux de Aiôupotgêoç, Atu.7]TMp, que sa double naissance avait valus à Dionysus. » Le dieu védique et le dieu grec reçoivent également le nom de « taureau 32 », qualification symbolique de force etde puissance. Enfin le caractère de divinité infernale, que présente dès l’origine le Dionysos crétois [zagreus] et qui se développa surtout dans les mystères (voy. la sect. xv), a également sa racine dans les traditions védiques. Agni - Soma finit par s’y confondre avec Varouna, le soleil de nuit, qui préside aux vapeurs et à l’humidité, et à ce titre il se transforme, comme le dieu grec, en une divinité des morts et de la nuit 33. Soma, dans les Yêdas, est d’ailleurs un dieu qui meurt et ressuscite plus puissant, qui subit une passion, car c’est en broyant la plante du soma, qu'on en extrait le jus sacré et vivificateur34. Nous verrons même dans le Dionysos thébain des traces de cette donnée, qui s’était plus particulièrement conservée dans les fables du Zagreus crétois, en s’y combinant avec des éléments empruntés aux religions sémitiques.
II. — Le berceau du culte de Dionysos dans les contrées grecques a été la Tlirace mythique, qui s’étendait de la Thessalie aux frontières de l’Attique 35, et spécialement dans cette région la partie méridionale, les cantons voisins de l’Hélicon et du Parnasse, ainsi que la Béotie36. Euripide37 célèbre encore la Piérie, l’antre Gorycien, au sommet du Parnasse, les vallons ombreux de l’Olympe, comme sa résidence favorite. C’est là qu’est située, dans un repli de l’Hélicon38, la plus ancienne Nysa doit il soit
— 24 Diod. Sic. V, 75. — 23 Voy. Langlois, Mém. sur la divinité védique appelée Soma, dans les Mém. de l’Acad. des Inscr. n. s. t. XIX, 2e part. p. 326 et s.; Maury, Rel. de la Grèce, t. I, p. I1S-I22. — 26 Diod. Sic. III, 63. — 27 Voy. Langlois, Mém. cit. p. 343. — 28 Voy. A. Kuhn, Zeitschr. f. vergleichende Sprachforschung , 1851, p. 192. — 29 Voy. d'Eckstcin, Jour n. asiatique, 1855, t. II, p. 382. — 30 Jtig-Véda, trad. Langlois, t. I, p. 555. — 31 Ibid. — 32 a. Kuhn, l. c. ; cf. Benfev, Sama-Veda, p. 178, 252, 254, 256. — 33 Rig-Véda, trad. Langlois, t. IV, p. 48. — 34 Langlois, Mém. de l'Ac. des inscr. n. s. t. XVIII, 2e part. p. 354.
— 35 o. Millier, Gesch. der griech. Literatur, t. I, p. 43 et s. — 36 Gerhard. Gr. myth. § 439 ; Prellcr, Gr. Myth. II, C, § 4, t. I, p. 540 et s. (2= édit.). — 37 Racch. 565 et s. — 38 strab. IX, p. 405 ; Steph. Byz. y> Nouât.
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fait mention, celle que connaissent les poésies homériques w, car ce nom de la géographie mythique, transporté avec le culte de Dionysos, fut encore localisé dans une foule de contrées différentes40, dans la Thrace hellespontique41, en Eubée 42, à Naxos43, en Carie44, en Pisidie45, en Cappadoce46, en Arabie47, en Palestine48, et enfin, reculant toujours vers l’Orient, dans l’Inde49. C’est là que, depuis les temps les plus anciens, nous voyons le dieu adoré par les Myniens à Orchomcne 80 , où son culte garda toujours un caractère particulièrement sauvage et l’empreinte de la barbarie primitive, avec ses sacrifices humains, rappelés jusqu’aux temps les plus brillants de la Grèce par la fête des agrionia81, célébrée aussi à Thèbes 83, transportée à Argos83 et originairement pareille aux immolations sanglantes qui marquaient le culte du dieu à Chios, à Ténédos84et àLesbos58 [omophagia], valant à Dionysos les surnoms significatifs d”Q|«|vd)ç S6, 'OgdStoç et
AvôpW7t0ppat'<JT7]Ç 8T.
La Béotie demeura toujours, d’ailleurs, le théâtre par excellence des aventures de Dionysos88; c’est là que la légende le plus en crédit le faisait naître, bien que la prétention des pays où son culte s’était le plus solidement établi ait désigné ensuite d’autres lieux pour sa naissance, dans la Crète, à Samos, à Naxos, à Élis, à Éleuthères, àTéos, et même dans la Libye ou l’Inde, de telle façon que dans un des hymnes de la collection homérique il est déjà le dieu né dans cent lieux divers59. C’est en Béotie qu’il s’était élevé de la simple condition de demi-dieu, de héros, à celle de divinité olympienne. Par sa mèreSémélé, Dionysos est rattaché à l’un des héros éponymes de Thèbes, Cadmus, et cette association remonte certainement à une époque très-ancienne, puisque Hérodote admet que ce fut à son commerce avec les descendants de Cadmus de Tyr que Mélampus, l’introducteur mythique du culte de ce dieu dans le Péloponèse, en dut la connaissance60. Le mythe de la naissance de Dionysos est totalement thébain dans sa rédaction habituelle.
Les Trieterica du Cithéron [dionysia] sont célèbres comme les plus antiques fêtes de Dionysos61. C’est au milieu de ces orgies qu’est placée la scène de l’histoire de Penthée, de même que, dans sa plus ancienne version, la lutte de Dionysos avec le roi thrace Lycurgue a aussi la Béotie pour théâtre. Thèbes et ses environs sont remplis de sanctuaires du dieu. Dans l’acropole de la Cadmée il en a un sous le nom de KaSpjVoç 62, sous la ville un autre où il est qualifié de Auctoç63, « libérateur » , surnom que la légende locale mettait en rapport avec le souvenir d’une lutte des Thébains contre les Thraces, qui n’est pas sans
39 Hom. II. R. 5ü8 ; Hymn. in Ccr. 17 ; voy. O. Muller, Kleine Schriftcn, t. Il, p. 27.
— 40 Maury, Ilel. de la Gr. t. I, p. 501. — U Steph. Byz. I. c.; Plin. Hist. nat. IV,
10, 17. — *2 steph. Byz. I. c. — 43 Steph. Byz. I. c. — 44 Slrab. XIV, p. 650 ; Plin. Hist. nat. Y, 29 ; Ptol. V, 2, 18 ; Hicrocl. Synccd. p. 659, ed. Wesseling ; Steph. Byz.
I. c. — 48 ptol. Y, 3, 7 ; Hierocl. p. 684. — 46 Ptol. Y, 7, 8; Itin. Anton, p. 505, ed. Wesseling; Hierocl. p. 699; Nicephor. XI, 44. — 47 Ho’mer. Hymn. XXVI, 8 et s. ; l)iod. Sic. III, 65 ; cf. I, 19 et IV, 2. — 48 Plin. Hist. nat. Y, 16. — 49 Strab. XV, p. 6S7 et 698 ; Pomp. Mel. III, 7 ; Plin. Hist. nat. YI, 21 ; Diod. Sic. I, 19 ; Arrian. Anabas. Y, 1. — 80 o. Müller, Kl. Schr. t. II, p. 2S. — 81 plut. Quaest. graec. 38 ; Sympos. 8, init. ; Anton. Lib. 24. — 62 Hesvch. v. 'Ayputma. — 63 Hesych. v. •Aypavia et ’Aypiàvia. — 84 porphyr. De abstin. carn. II, 55; Aclian. De nat. anim. XII, 34; Plut. De defect. orac. 14; Arnob. Adv. gent. Y, 19. — 63 clem. Alex. Protrept. p. 36 ; Aclinn. Var. hist. XIII, 2. — 86 plutarch. Themistocl. 13 ; Pelopid. 21 ; Aristid. 8 ; Orph. Hymn. LI, v. 7. — 87 Aelian. De nat. anim. XII, 34. Sur ces antiques sacrifices humains en l’honneur de Dionysos, -voy. Guigniaut, Belig. de l’ant. t. III, p. 907.
— 88 Maury, Belig. de la Gr. t. I, p. 502. — 89 Homer. Hymn. XXVI. — 60 Hcrodot.
11, 49. — 61 cic. De nat. deor. III, 23 ; Virg. Aen. IV, 301 et s. ; voy. Preller, dans la Bcal-Encycl. de Paul y, t. Il, p. 1664 et s.; Gr. Myth. t. I, p. 539 (2e édit.);
V elcker, Griech. Gœttcrl. t. I, p. 441 et s. ; Gerhard, Gr. myth. g 1 54, 6. — 62 paus.
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analogie avec celle du dieu lui-même. contre Lycurgue. C’est de ce sanctuaire qu’on faisait porter le culte de Dionysos à CorinLhe et à Sieyone64. Nous rencontrons encore un temple antique du dieu à Potniæ, avec la tradition de sacrifices humains primitivement célébrés 6S, un autre à Acræphium sur le mont IHoon 66 et une fête périodique sur le mont Laphystion 67.
Cette dernière localité nous amène près de la région du Parnasse, où le culte de Dionysos paraît aussi antique que dans la Béotie proprement dite. Les orgies nocturnes et triétériques fêtées parles Thyades sur le Parnasse, où les femmes se rendaient de toutes les contrées voisines, et même de l’Attique, ne sont pas moins primitives ni moins fameuses que celles du Cithéron 68 [dionysia]. A Delphes même une tradition locale disait que Dionysos avait été enseveli dans le temple, sous le trépied mantique ou sous l’omphalos69, et cette tradition, quoi qu’on ait essayé d’en dire70, remontait à une époque très-ancienne71. Les frontons du même temple réunissaient les images d’Apollon et de Dionysos avec celles de leurs principaux acolytes73, et la rencontre amicale des deux dieux à Delphes où ils vont se partager les adorai ions est retracée sur un beau vase peint découvert à Panticapée 73. En effet, Dionysos et Apollon étaient associés dans la plupart des fêtes de Delphes, comme dans les orgies nocturnes du Parnasse74; dans cette association, Dionysos représentait la religion des plus anciens habitants thraces, Apollon celle des Doriens établis postérieurement; toutes deux avaient fini par s’unir, malgré la répugnance que les Doriens montrèrent longtemps pour le culte de Dionysos 78, et cette combinaison était peut-être historiquement l’œuvre de la colonie crétoise à laquelle on rattachait l’origine du sacerdoce delphique 76. Dans la Phocide nous rencontrons encore le culte de Dionysos à Ampliiclée 77, et c’est de cette contrée qu’il avait passé dès une époque ancienne, antérieurement à Hésiode, chez les Locriens Ozoles 78.
Dans les parties de la Thrace mythique qui furent sur le continent grec le berceau de la religion dionysiaque, il faut encore mentionner la Phtliiotide, avec l’antique Bacchus de Pagasæ 79. et les anciennes orgies du mont Drios, interrompues de bonne heure 80.
La tradition historique fait passer les Abantes thraces de la Phocide dans 1 île d’Eubée81; ils y portèrent avec eux Dionysos83, dont le culte prit un développement assez considérable dans cette île pour que le nom de Nysa s’y soit localisé et que la légende du pays ait revendiqué pour l’Eubée même la gloire d’avoir été le théâtre de l’é-
IX, 12, 3. — 63 raus. IX, 16, 4. - 6'. paUs. II, 7, 6. — 68 id. IX, 8, 1. — 66 id. ix,
23 , 3. — 67 Lycophr. Cass. 1237 ; Schol. ad h. I. — 68 Aesch. Eumen. 24 ; Sopln Antig. 1126 ; Eurip. Iph. Taur. 1243 ; Paus. X, 4, 2 ; cf. Ulrichs, Beisen und Forschungen, t. I, p. 119 et s.; Welcker, Nachtr. p. 198. — 69 Philochor. ap. Johan. Malal. Chronic. II, p. 45 ; Cedren. Compend. t. I, p. 43 ; Syncell. t. I, p. 36, édit, de Bonn; cf. de Witte, Nouv. ann. de l'Inst. arch. t. U, p. 3 3 0. — 70 Lobeck, Aglaopham. p. 57. — 71 Muller, Orehom. p. 383; Proleg. s. ein. wissensch. Myth. p. 393. — 72 paus. X, 19, 3. — '3 C. rendu, de la Commission imp. arch. de Saint-Pétersbourg pour 1861, pl. îv. — 74 Soph. Antig. 1126; Oed. tyr. 1006 ; Eurip. Phoen. 226 ; Ion. 7 14 ; Bacch. 287 ; Iph. Taur. 1209 ; Aristoph. I\’ub. 599 ; Plut. De El ap. Delph. 9; Pausan. X, 32, 1 et 5 ; Nonn. Dionys. IX, 2S5 ; XIII, 130; Schol. ad Eurip. Phoen. 235 ; Lucan. V, 73 : Macrob. Sat. I, 18 ; cf. Welcker, Die Giebelgrvppen, p. 51 et s. ; Ch. Lenormant et de VYitte, Élite des mon. céramogn t. II, p. 222 et s. ; Gerhard, Auserlesene Vasenbilder, t. I, p. 115 et s. ; Preller, dans la Beal-Encycl. de Paulv, t. II, p» 1065. — 78 o. Müller, Doner, t. I, p. 403 et s.
— 76 Homer. Hymn. in Apoll. — 77 Paus. X, 33, 5. — 78 Schol. Arist. Ach. 195 ; Cotting. Praef. Hesiod. p. vu. — 79 Schol. ad Homer. Iliad. 12, 428. — 80 u;0d . Sic. Y, 50. — 81 Aristoti ap. EusUtth. ad Iliad. p. 213. — 82 Welcker, Gr. Gôtterl. t. I, p. 449.
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ducation du jeune dieu 83. Dans les temps postérieurs nous l’y voyons adoré à Anthédon 84, à Érétrie 85 et à llistiæa86.
Welcker 87 est disposé à attribuer également à une colonie d’Abantes l'introduction du culte de Bacckus à Mégare, à cause delà présence du nom d’Abas dans la généalogie de Polyïdus, l’auteur mythique de cette introduction dans les légendes mégariennes 8S. 11 y a sans doute un rapprochement à établir 89 entre le premier nom de Mégare, Nisa90, conservé dans celui de son port, Nisæa91> et celui de la Nysa de Bacchus, d’autant plus que l’origine de ce nom est reliée au roi mythique Nisus, fils de Pandion, qui rappelle aussitôt le roi thébain Nisus ou Nysus, mis en rapport avec Dionysos 92 et l’extraction attribuée par Cicéron 98 au Bacchus des triétériques béotiennes, lils, suivant lui, de Nisus et de Thvoné.
L'ile deNaxos est signalée comme ayant reçu une colonie des Thraces de la Béotie qui y implantèrent beaucoup des légendes religieuses propres à cette contrée, entre autres celle des Aloadae94. 11 n’est donc pas extraordinaire de trouver à Naxos un des centres principaux et les plus antiques du culte de Dionysos 95, qui de là rayonna dans tout l’Archipel. Là encore nous rencontrons une Nysa, là encore on prétendait que le dieu était né96 et l’on montrait la grotte sacrée qui avait été le théâtre de son éducation 97. Cette île, que Pline98 appelle Dionysias, était bien par excellence la terre de Dionysos ; elle lui appartenait tout entière dès avant l’époque de la composition des poésies homériques99, et elle était devenue un nouveau foyer de légendes qui enrichirent le cycle des mythes dionysiaques et y tinrent désormais une très-grande place.
Les îles de l’Archipel ont été dès l’antiquité célèbres par leur production abondante de vins exquis. Aussi dans presque toutes trouvons-nous répandu dès une époque fort ancienne le culte de Dionysos, propagé deNaxos ou de la Crète et constamment lié au souvenir de l'introduction de la vigne. La religion dionysiaque est générale dans les Cyclades; à Andros la renommée publique plaçait le le siège d’un miracle permanent du dieu, une fontaine qui versait du vin à intervalles périodiques lors de ses fêtes100; il n’est pas jusqu’à Délos dont les légendes locales associent dans une certaine mesure Dionysos et Apollon. Anios, le premier prophète de cette île sacrée, est fils d’Apollon et de la nymphe R/toeo, la grenade (potà), fille elle-même de Staphylos, la grappe, né de Dionysos; c’est de son père qu’il reçoit le don de prophétie, mais c’est comme descendant de Dionysos qu’il a pour filles Oeno, Spermo et Elaïs, qui sont douées par ce dernier dieu du pouvoir de changer tout ce qu’elles veulent en vin, en grain ou en huile 101 . Diodore de Sicile 102 fait porter de la Crète la vigne et la connaissance de Dionysos dans les Cyclades méridionales103, où nous le voyons en effetadoré à Paros, à Sicinos,
83 Sopli. Thyest. fr. 235 ; Schol. ad Eurip. Phoen. 227 ; Apollon. Argon. IV, 1131 et s.; Oppian Cyneg. IV, 265 et s.; Diod. Sic. III, 69; cf. Schol. ad Uomer. Iliad. N, 21 ; Schol. ad Sophocl. Antig. 1133 ; Lobeck, Aglaoph. p. 1135.
— 84 paus. IX, 22, 5.— 85 uhangabé, Ant. liellén. n° 6S9 ; Philologus, 1855, p. 301.
— 86 Eckhel, Doctr. num. vet. t. II, p. 3 2 5. — 87 Gr. Gôtterl. 1. 1, p. 449. — 88 paus. I, 43, 5 ; cf. I, 40, 5. — 89 Welcker, Gr. Gôtterl. t. I, p. 438. — s» Paus. I, 39, 5.
— 91 Le nom de Nisæa s’appliquait aussi à toute la Mégaride : Steph. Byz. s. y.
— 92 II y gin. Fab. 131, 167 et 179.— 93 De nat. deor. III, 23. — 91 Diod. Sic. V, 50-52. — 93 Sur sa relation avec la colonie thrace, voy. O. Millier, Orchom. p. 387 ; Engel, Quaest. Nax. p. 18 et s. ; Welcker, .Gr. Gôtterl. t. I, p. 449. — 96 Diod. Sic. III, 66 ; V', 52. — 97 Porphyr. De antro Nymph. 20 ; Ilist. nat. IV, 229.
— 98 Odyss. A, 334. — 99 Preller, Gr. Myth. t. I, p. 630 et s. 2» édit. ; Gerhard, Gr.Myth. § 444, 2. — 100 plin. Hist. nat. II, 231 ; Sleph. Byz. v. 'AvSjo;. — 101 Tzetz. ad Xycophr. Cass. 570-583. — 1°2 V, 79. — 103 yoy. Osann, Rhein. Muséum , 2e sér., t. III, p. 249 et 259. — 104 Gerhard, Gr. Myth. § 444, 2. — l°3 Strab. XIV,
à Céos et à Amorgos104. En constatant les rites féroces par lesquels on honorait originairement ce dieu à Chios, à Ténédos et à Lesbos [omopiiagia], il n’est guère possible de douter que son culte n’y soit venu de la Crète, car ces rites avaient une large place dans les fêtes en l'honneur du Zagreus crétois, et si nous avons vu tout à l’heure des traces nombreuses de leur existence primitive en Béotie [agrionia], rien ne donne à penser qu’ils se soient jamais naturalisés à Naxos. Au reste, à Chios, île fameuse par ses vins105, il s’était formé au sujet de la vigne et des phénomènes de sa maturation, une légende religieuse exclusivement locale et toute particulière, originairement étrangère au cycle de Dionysos et sans doute antérieure à l’introduction de ce dieu venant de la Crète, la fable d 'GEnopion et du géant Orion106, qui fut ensuite rattachée artificiellement au groupe des légendes bachiques. A Lesbos, au contraire, on ne connaissait que le Dieu luimême, qu’on appelait, par une forme dialectique spéciale, Zôvvunoç ou Zowu^oç, et dont le culte avait pris un très-grand développement dans toute l’île, aussi bien à Mitylène 107 qu’à Methymna108, rattachant par une étymologie factice le nom de cette dernière ville, comme on faisait aussi de celui de Méthone109, au mot piQu, employé pour désigner le vin comme enivrant110.
Après Naxos, le plus ancien centre du culte dionysiaque dans les îles fut certainement Samos111, qui prétendait également avoir vu la naissance du dieu112. On l’y adorait sous le nom de KzyryÎAç, « à la gueule ouverte », avec une tête de lion113, et sous ceux de Gorgyiem 1U, Elygeusxu et Enorchèsue. Un des promontoires de l’île était désigné par l’appellation d'Ampélos, i< la vigne » , et un îlot voisin de Samos rappelait par son nom de Narthécis une des plantes consacrées à Dionysos, la férule (vap 07)!;), qui forme son thyrse117. C’étaient les Samiens qui avaient colonisé file d’Icaria ou Icaros, dont une des villes portait le nom d’OEnoé 118, la ville du vin, et ils y avaient implanté avec eux l’adoration de Dionysos ; le promontoire Dracanon à Icaria fut un des lieux où l’on plaça la naissance du dieu119, et cette tradition est assez ancienne pour figurer dans Un des hymnes de la collection homérique120. C’est entre Icaria et Naxos qu’on faisait se passer l’aventure de Dionysos avec les pirates Tyrrhéniens qui l’avaient enlevé [voy. sect. vi]. A Rhodes, nous trouvons Bacchus très-honoré m. Enfin nous constatons la propagation de la religion dionysiaque dès une époque reculée jusqu’en Cypre 122, où elle donnait, à Salamis, naissance à des rites d’un caractère très- original123.
Si nous tournons enfin vers les îles les plus septentrionales, nous y voyons Leinnos, riche en vins124, avec un Dionysos Brisaios, associé aux Cabires et à Héphæstos 120 et au roi Thoas, donné comme le fils du dieu126, puis Tha-
p. 645 ; Plin. Hist. nat. Xiy, 73 ; Virg. Ecl. V, 71 ; Scrv. Ad h. L; Sil. Ital. VII. 210. — 106 Osanu, Oenopion und seine Sippschaft, dans le Rhein. Mus. 2» série, t. III, p. 240 et s.; Preller, Gr. myth. t. I, p. 352 et s. 2' édit.; Maury, Rel. de ta Grèce, t. I, p. 515. — 107 Corp. inscr. gr. n» 2167. — 1°8 Ovid. Art. amat. I, 57.
— 109 steph. Byz. v.Ms0iivi]. — U° Plut. Symp. III, 2 ; Athcn. VIII, 64.— m Maury, Rel. de la Gr. t. I, p. 301.— 172 Panofka, De reb. Sam. p. 64.— 1,3 Aelian. Var. hist. VII, 41 ; Plin. Hist. nat. VIII, 21. — u* Steph. Byz. s. v. - H» Hesych.
s 116 Hesych. s. y. ; cf. Panofka, De reb. Sam. p. 64. — 117 Maury, Rel.
de la Gr. t. I, p. 301. — 118 Steph. Byz. v. Otv4i). — l'9 Diod. Sic. III, 66 ; Theocr. Idyl. XXVI, 33 ; Nonn. Dionys. IX, 16 ; Strab. XIV, p. 639. — HO Ilomer. Hymn. XXVI, 1. — 721 Diod. Sic. XIX, 45; XX, 84; Strab. XIV, p. 652 ; Heffter, Rhodos, t. III, p. 31 et s. — 122 Engel, Kypros, t. II, p. 654 et s.
— 123 Suid. v. poToçayta. 124 Descr. orb. ap. Bode, Script, rer. myth. t. H, p. 19. — 123 Welcker, Aeschyl. Trilog. p. 315 et s. — 126 Homer. Iliad . H, 467.
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sos, où le même Dionysos était adoré, et qui sur ses monnaies m atteste son culte pour le dieu qui présidait à ses vignes fameuses 128. A Tliasos le Dionysos hellénique fut bien évidemment apporté par les colons Parions, mais il est probable qu’il y avait été précédé par le dieu analogue des populations de la Thracc hellespontique, Sabazius.
11 nous faut revenir maintenant sur le continent grec pour y suivre la marche de la religion dionysiaque dans deux pays où son établissement est encore fort antique, bien que postérieur à la fondation du centre de Naxos, et même, paraît-il, de ceux de Samos et d’Icaria, et où cette religion prit un développement considérable en se rattachant aux traditions héroïques locales. En Etolie règne QEneus, l’homme du vin, chez qui Dionysos reçoit l’hospitalité, devenant l’amant de sa femme Al//iœain ; certains récits font même naître Déjanire de ces amours, et c’est ainsi que les Ptolémées, qui prétendaient descendre d’Hyllus, fils d’Hercule et de Déjanire, se disaient issus à la fois d’Hercule et de Bacchus. Il est évident que c’est de laPhocide, par l’intermédiaire des Locriens, que la connaissance du dieu dut parvenir en Etolie.
Dans l’Attique, la tradition de la visite de Dionysos et de l’établissement de son culte est étroitement liée à l’introduction de la vigne. Tous ces souvenirs ont pour théâtre un canton assez restreint, la partie septentrionale et montueuse du pays, voisine de la frontière de Béotie130. Là sont situés les dèmes, rapprochés les uns des autres, d’OEnoé, la vineuse, des Sémachides et d’Icaria. C’est par les héros éponymes de ces deux derniers dèmes, Sémachos131 et Icarios132 que la légende fait recevoir le dieu, et même à son séjour chez Icarios se rattache un mythe très-important, tout attique d’origine, celui de ses amours avec Érigone, sur lequel nous reviendrons plus loin [sect. v]. Le nom d’Icarios et d’Icaria semblent prouver 133 que le culte de Dionysos ne pénétra en Attique et que les légendes qui représentaient son introduction comme une visite dont il aurait honoré la contrée, ne s’y formèrent que postérieurement à la propagation du même culte dans les îles et à la création d’un foyer dionysiaque important dans celle d’Icaria ; car le nom de l’île paraît bien avoir été l’origine de celui du dême attique, et par suite de son héros éponyme. Une tradition d’une physionomie un peu plus historique, à Athènes, était celle qui faisait venir de la ville béotienne d’Éleuthères, disputée à certaines époques entre l’Attique et la Béotie le héros Pégases apportant le culte de Dionysos Eleutheros m, lequel fut favorablement accueilli par le roi Amphictyon 135 ; le nom de l’égasos est certainement enrapportavec « source»136,
d’autant plus qu’une autre légende parallèle représentait Amphictyon comme ayant appris de Dionysos lui-même le secret du mélange de l’eau et du vin m. Au reste, ce n'est pas à cet apostolat parti d’Éleuthères, mais à la fable d’Icarios que les Athéniens reliaient l’origine de leurs Dionysies des champs (Aiovutna xaT’àyfoù;), la plus ancienne fête du dieu chez eux, la seule que pendant longtemps
'27 Eckhel, Doctr. mm. vet. t. II, p. 53 et s. — 128 Aelian. Var. Uist. XII, 31 ; Lucian. Am. 27; Theoplir. De odor. 51. — 129 Apollodor. 1 , 8, 1 ; Hjgin. Fab. 129. — 130 Osann, Ueber die erste Anp/lanzwxg und Verbreitmgd.es Weinslocks in Attika, dans la Verh. d. sechst. Versamml. d. Schulmànner xind Philo l. Cassel, 1343, p. 13 et s.; De Erathosthenis Erigona, Gütting. 1846 ; Th. Bergk, Analect. Alexandr. Marbourg, 1846. — 131 Steph. Byz. v. ïïjuayiSai, voy. Welcker, Nachtr. p. 225. — 132 Sleph. Byz. y. ’litapia. — 133 Maury, Bel. de la Gr. t. I, p. 505. — 134 Hesych. y° 'EituOsfo;. De ce nom du dieu dérivait celui de la ville où il était adoré; on attribuait l’établissement de son culte à un héros Éleuthérus : Hygin.
ils célébrèrent138 ; car primitivement le culte dionysiaque en Attique fut exclusivement agraire et champêtre, fêté uniquement et dans les dèmes. Les Lénées et les Anthestéries furent d’introduction postérieure 139 ; enfin les grandes Dionysies ou Dionysies de la ville, (Atovucta xà lv àVm), qui remplacèrent une plus antique fête d’Apollon140, sont de date tout à fait tardive 141 , postérieure à Solon m, et doivent appartenir à la réforme que fit Pisistrate du culte attique de Dionysos 143, en lui donnant un caractère civil et politique et en le mettant en rapport avec les cultes de Thcbes et de Naxos 144 [dionysia].
C’est donc de l’extérieur, de la Béotie, que l’Attique reçut la connaissance de Dionysos, qui n’est pas un de ses dieux primitifs. Mais son culte y prit un très-grand développement143, et l’ Attique devint à son tour un des principaux foyers de la religion dionysiaque, qui y prit < une nouvelle physionomie et y opéra une de ses évolutions capitales. C’est là, en effet, principalement à la suite delà réforme religieuse d’Épiménide 146, que se produisit l’association intime des deux cultes, absolument séparés dans leurs origines, de Dionysos et de Déméter, dans les Antesthéries comme dans les petits mystères d’Agræ et dans les Éleusinies [eleusinia], et l’identification de Dionysos à ITacchus d’Éleusis, par suite, la création définitive du Dionysos mystique [voy. sect. xv], fort différent de l’ancien Dionysos de Thèbes et de Naxos. Il dut beaucoup des traits de sa physionomie du Zagreus crétois, avec lequel il se confondit, et au Sabazius thrace ; c’est sous l’influence de la secte orphique qu'il acheva de se former, vers le temps des Pisistratides [orphici] ; mais l’Attique resta toujours son berceau, son foyer et le centre de son rayonnement. Grâce à son lien étroit avec les divinités éleusiniennes, on vit alors naître en Attique une légende nouvelle, qui faisait d’Eumolpe, le fondateur mythique des mystères d’Éleusis, un prêtre de Dionysos en même temps que de Déméter, lequel aurait apporté le secret de la culture de la vigne et le culte du dieu du vin aussi bien que celui de la déesse des récoltes147. Et même, quand l’influence des Orphiques fut devenue absolument prépondérante dans la religion mystique de Dionysos, on en vint, à Athènes même, jusqu’à représenter Orphée comme ayant fondé l’adoration et les mystères, tout à la fois de Dionysos et de Déméter148.
Dans le Péloponèse, en général, l’introduction de Bacchus paraît assez tardive ; son culte s’y présente presque exclusivement sous la forme mystique et dans une certaine opposition avec les cultes proprement achéens et doriens149. Un héros spécial, prophète des âges mythiques, Mélampus, est représenté dans la plupart des localités du Péloponèse comme l’introducteur de la religion dionysiaque, dont il personnifie l’établissement.
Le point de cette région où l’adoration de Dionysos semble la plus ancienne est Argos, où on la fait apporter par Mélampus et où on en lie l’introduction à la fable des Proetides130 ; ce qui en atteste la date reculée, c’est la célébration d’AGRiONiA à Argos 151, sur le modèle de celles
Fab. 255. — 135 Paus. 1, 2, 4 ; 20, 2 ; 38, 8. — 138 Welcker, Gr. Gôtterl. t. I, p. 450 ;
P relier, Gr. Myth. t. I, p. 525, 2“ édit. — 137 Athen. II, p. 38; IV, p. 179. — 138 a. Mommsen, Heortologie, p. 44. — 139 Ib. p. 341. — no /j. p. 59 et 69. — ni Ib. p.
58. — 142 Ib. p. 59. — U3 Herodot. I, 61. — 144 Welcker, Nachtr. p. 248 et s.; Gerhard, Gr.Myth. § 422, 2. — 145 Sur les divers sanctuaires du dieu à Athènes et dans les dèmes : Paus. I, 2, 4; 20, 1 et 2 ; 29, 2 ; 31, 2 et 3 ; 3S, 8. — ne piut. Sol.
12. — 147 plin. Bist. nat. VII, 53. — 148 Demosth. In Aristog. I, p. 773. — ’49 0. Muller, Dorier, t. I, p. 403 et s.; Gerhard, Gr. myth. § 443, 1 . — ISO Hesych. v. ’AYjivia et •Ayçiàvict; Preller, Gr. Myth. t. II, p. 57, 2» édit. — 151 Hesych. I. c.
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de la Béotie. Une des images du dieu honorées dans les temples de cette ville était considérée comme apportée de l’Eubée, que nous avons vue être l’un des centres primitifs du culte dionysiaque, par les guerriers argiens revenant de Troie152. On distingue, du reste, plusieurs couches successives d’importations étrangères dans les différentes formes de Dionysos qui avaient des autels ou des temples à Argos 153. Si l’on ne cite aucune tradition précise sur l'origine de la fête dionysiaque appelée Tyrbé qui se célébrait sur les bords de l’Érasinus 154, le Dionysos Crésios des Argiens155 porte dans son nom même, aussi bien que dans les légendes qui se rapportaient à son sanctuaire, la marque incontestable de son origine crétoise. Quant au Dionysos des mystères de Lerne156, c’est le Dionysos mystique, identifié à Iacchus et associé aux grandes Déesses d’Éleusis, qui avait pris naissance en Attique, et il est d’origine directement éleusinienne comme les mystères où on l'honorait [eleusinia, sect. ix]. Le culte mystique des grandes Déesses, établi à Argos, s’était de là propagé à Hermione 157 [eleusinia, sect. ix] ; le Dionysos Melamigis, adoré dans cette dernière ville 158, doit donc être rattaché à la même source que celui des mystères de Lerne. Il en est de même du Dionysos Saot'es de Trézène 159, à cause du caractère mystique et funèbre que son nom exprime euphémiquement [voy. sect. xv].
A Sicyone encore nous rencontrons Mélampus et la fable des Proétides en rapport avec l’introduction du culte de Dionysos 16°. On y adorait principalement ce dieu sous le nom de Lysios, dans un temple fondé, disait-on, par un certain Phanès qui en avait importé l’adoration de Thèbes sur l’ordre de la Pythie161; outre la statue chryséléphantine exécutée dans les beaux siècles de l’art, ce temple possédait une antique idole que l'on faisait sortir une fois par an de sa cachette mystérieuse pour la porter de nuit, dans une procession aux flambeaux que précédait une autre idole de Dionysos Iiaccheios apportée à Sicyone par Androdamas de Phlionte. Certaines traditions prétendaient que c’était en effet de Phlionte que la connaissance du dieu était venue pour la première fois à Sicyone162 ; elles reportent, par conséquent, pour origine au foyer d’un des plus anciens parmi les cultes mystiques issus de celui d'Éleusis [eleusinia, sect.ix]. Au reste, le nom d’îax/a que Ton donnait à Sicyone aux couronnes bachiques 163 prouve que c’est l’Iacchus éleusinien qui y avait pénétré164. Le dualisme de Dionysos Lysios et Baccheios, que nous venons de constater dans cette ville, existait aussi dans un des temples de Corinthe 165.
C’est de nouveau Mélampus qui est donné pour l’instituteur du culte dionysiaque en Arcadie166. Nous y observons ce culte à Tégée, où le dieu recevait le surnom significatif de Mystes 167 ; à Alée, où sa fête s’appelait Scieria 168 ; à Mantinée, où l’on célébrait des orgies en son honneur près delà fontaine des Méliastes109 ; à Héræa1'0, à Phigalie 171 , enfin à Cynæthé, où l’on célébrait une fête annuelle en son honneur 17î.
152 Paus. Il, 23, 1. — 153 Gerhard, Gr. Mylh. § 443, 2 et 3. — 1^ Paus. II, 24, 7 ; cf. O. Millier, Dorier, t. I, p. 404. — 155 Paus. II, 23, 8 ; cf. 22, 1. — 166 Herodot. II, 49 ; Paus. II, 37; cf. Preller, Demeter und Persephone, p. 210 et s. ; et dans la Real-Enc. de Pauly, t. II, p. 10 66. — 137 Paus. II, 35, 4. — 138 Id. II, 35,
1, 159 Id. II, 31, 8. — 160 Herodot. IX, 34; Schol. Pind. Nem. IX, 30; Paus. II,
7 7 ; 12, 1 ; II, 7, 6. — 161 Paus. II, 7, 6; cf. O. Muller, Dorier, t. I, p. 404.
162 paus. II, 7, 6 ; O. Millier, Dor. t. I, p. 704. — 163 Athen. XV, p. 678.
16* Gerhard, Gr. Myth. § 443 , 4. — 165 paus. II, 3, 6. — 166 Id. VIII, 42, 2. — 167 Id. VIU, 54, 4. — 168 Id. VIII, 23, 1. — 169 id. VIII, 6, 2 ; cf. Curtius, Pelo-
Dans la Laconie, l’adoration de Dionysos, bien qu’assez récente173, se montre à nous avec un certain développement. Nous y avons les bacchanales du Taygète, célébrées par les femmes lacédémoniennes 174 , et la fable des amours du dieu avec Cary a, fille du roi Dion175 ; à Sparte diverses formes de Dionysos objets d’un culte, qui est toujours en relation avec celui d’Artémis, le dieu do la colline, KtoXcovaxocç 176, et celui des marais, h \vj.vatç177, ainsi que le protecteur de la culture du figuier, Iuxity); 178 ; puis le Dionysos d’Amycles 179 , celui de Brysées180, celui du mont Larysion auprès de Gythium, avec une fête secrète célébrée au printemps 181, et celui d’Alagonia, associé dans le même temple avec Artémis 182. A Brasées, chez les Éleuthéro-Laeones, il y avait une tradition locale toute particulière sur l’enfance du dieu, qui en plaçait l’éducation dans le pays même 183. En Messénie, Cyparissia nous offre une source de Dionysos184 et le mont Evan185 se révèle, par son nom tiré du cri eùot, comme un siège de fêtes bachiques.
Le temple du dieu à Élis est célèbre186, ainsi que la fête des Thyia où les femmes de la ville l’invoquaient en le qualifiant à la fois de héros et de taureau 187. A Olympie on racontait que son culte avait été introduit par son propre fils Narkaiosm. Sur les bords de l’Alphée on adorait Dionysos Leucyanitosm.
APatræ c'était le Dionysos mystique que l’on honorait sous le nom d 'Aisymnetes, le chef, le directeur 19°. On racontait que son idole, fabriquée par Héphæstos, avait été donnée par Zeus lui-même à Dardanus et enlevée, à la prise de Troie, par le Thessalien Eurypylos. Saisi de maladie pour avoir imprudemment contemplé cette image d'origine divine qu’une ciste cachait aux regards mortels, Eurypylos alla consulter l’oracle de Delphes qui lui commanda de fixer sa demeure et de consacrer la ciste et l'idole là où il rencontrerait un sacrifice célébré suivant des rites étrangers. Arrivé à Aroé en Acliaïe, il se considéra comme parvenu au terme indiqué par l’oracle quand il vit le sacrifice humain qu’on y offrait annuellement à Artémis Triclaria. C’est donc là qu’il s’établit et fonda le culte de Dionysos Aisymnétès, abolissant, sur l’ordre de la Pythie, les immolations humaines et recevant sa guérison d’Artémis Sotira. Un temple de Dionysos Aisymnétès fut fondé à Aroé et un autre à Patræ, et chaque année une fête associait les cultes des deux sanctuaires en rappelant l’abolition des anciens sacrifices191. Telle était la fable locale que recueillit Pausanias ; on voit qu’elle liait l’adoration de ce Dionysos à celle de l’Artémis Sotira achéenne 19a, étroitement apparentée à la Coré éleusinienne [diana]. Il en était de même àPellène, siège d’un culte mystique de Déméter 193 qui se rattachait à la branche de propagation des initiations d Eleusis en Argolide [eleusinia, sect. ix] , là, dans le bois sacré d’Artémis Sotira, on célébrait en l’honneur de Dionysos LamptÉV une fête nocturne aux flambeaux appelée Lampteria m. Enfin dans un temple de Patræ il y avait trois idoles de Dionysos, Mesadeus, Antheus
ponnes. t. I, p. 244. — UO Taus. VIII, 26, 2. — 171 Id. VIII, 39, 4. - '72 Id. VIII, 19 i. 173 Gerhard, Gr. Myth. § 443, 5. — '7* Virg. Georg. II, 487. — ' 10 Serv. ad Virg Ecl. VIII, 30. — '18 Paus. III, 13, 5. — '77 Strab. VIII, p. 363. — '7S Athen. Iü p. 7’3. 179 paus. III, 19, 6. - 180 Id. III, 20, 4. - 181 Id. III, 22, 2. - 182 Id. Ul’ 8. — 183 Id. II, 24, 3 ; cf. Curtius, Peloponnes. t. II, p. 332. — 18* Paus. VIII," 36, *5. — 183 Id. VIII, 31, 4. — 186 Id. VI, 26, I. — '87 Plut. Quaest. gr. 36. — 188 Paus. V, 16, D. — 189 Id. VI, 21, 4. - '90 Welcker, Nachtr. p. 253 ; Curtius, Pelop. t. I, p. 455; Gerhard, Gr. Myth. §413, 8. — 191 Paus. VII, 19-21. 192 Id. VII, 27, 1. — '93 ld. VII, 27, 9 et 10. — 19* ld. VII, 27,2.
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et Areus, que lors de la fête on apportait au sanctuaire d 'Aisymnetesm, et le même dieu était encore adoré à Bura 196.
Les colons corinthiens portèrent à Corcyre le Dionysos de leur mère-patrie197. En Sicile le culte de ce dieu ne se généralisa que très-tardivement, et il y fut d’abord exclusivement restreint aux colonies de Chalcis et de Mégare 19s. Les monnaies delà Naxos sicilienne199, colonie de Chalcis d’Eubée, montrent cette ville entièrement consacrée à Bacchus, comme l’île de Naxos, à l’imitation de laquelle elle avait reçu son nom. On voyait à Olympie une image du dieu dédiée par les Sélinontins 200 ; en effet, les monnaies de cette colonie de Mégare attestent qu’elle adorait Dionysos ; mais elles prouvent aussi que la légende du Zagreus crétois y avait pénétré de très-bonne heure et y avait été adoptée comme le fond du mythe dionysiaque, car c’est cette légende dont les types de certaines monnaies de Sélinonte201 représentent un épisode essentiel, les circonstances particulières de la naissance du dieu dans le récit de la Crète.
Je réserve pour une section spéciale à la fin de cet article [sect. xvi] , tout ce qui est de la propagation et du développement de la religion dionysiaque dans les colonies grecques de l’Italie méridionale. C’est par cette voie que le culte de Bacchus parvint à Rome.
III. — De très-bonne heure, les Grecs entretinrent des relations avec laThrace hellespontique, la Thrace proprement dite des âges de la pleine histoire, et y fondèrent des établissements 202. Tout indique que c’est eux qui y introduisirent la culture de la vigne et le secret de la fabrication du vin 203, que les Thraces accueillirent avidement, car leur penchant à l’ivrognerie était proverbial m. Avec la vigne, les Grecs portèrent dans ces contrées le culte de son dieu, que bien avant Hérodote ils avaient propagé jusque dans la Scvthie, aux bords du Borysthène 205. Ainsi que l’a remarqué M. Maury 206, c’est dans les cités helléniques de la côte de Thrace dont le vin avait acquis de la réputation que nous voyons le culte de Dionysos le plus ancien et le plus développé, en particulier à Maronée 207. On disait le nom de cette ville, dont le vin était fameux 208, connu déjà dès le temps des poésies homériques 209, on disait ce nom emprunté à celui de son fondateur Maron 21°, petit-fils de Dionysos et d’Ariadne, par Evanthès 2U, le héros spécial du vin doux212, d’après lequel les Grecs prétendirent aussi plus tard qu’était nommée Maréa en Égypte 213, à cause de la réputation du vin Maréotique.
Or, le grand dieu des populations indigènes 214 était Sabazius, originaire de la Phrygie 21S, mais ayant pris en Thrace un caractère assez original. Le Sabazius thrace était avant tout un dieu solaire 216, et les Grecs lui trouvèrent des rapports à la fois avec Dionysos, avec Zeus, avec Hélios et avec Hadès 217. Son culte était accompagné de véritables mystères, où il était représenté comme le dieu
195 Paus. VII, 27, -. — 195 lb. VII, 25, 5. — I97 Thucyd. III, 81. — 1" Gerhard, Gr. Myth. § 445. — 1" Eckhel, Doctr. num. v et. t. 1, p. 226 et s.; Mionnet, Descr. de mëd. ant. t. I, p. 2R2. •— 209 Paus. VI, 19, 7. — *01 Torrernuzza, Sicil. vet. num. pl. LXV1, n° 6; Müller-Wieseler, Denlcm. d. ait. Iïunst, t. II, pl. viii, n° 97.
— 202 Herodot. IV, 95 et s. — "8 Maury, Bel. de la Grèce, t. I, p. 137 et suiv.
— soi plat. De leg. I, 9, p. 461, ed. Bekker. — "5 Herodot. IV, 79. — 299 Bel. de la Gr. t. I, p. 137. — 2o7 Eckhel, Doctr. num. vet. t. II, p. 34. — 209 plin. Hist. nat. XIV, 4, 18; Tibull. IV, 1, 57. — 299 Odyss. I, 197. — 219 Ib. Eustath. ad Odyss. p. 1615 et 1623; Philostrat. Heroic. II, 8. — 2‘1 Ou bien fils d’OEnopion (Eust. I. c.) ou de Silène (Nonn. Dionys. XIV, 99), ou de Bacchus lui-même (Eurip. Cycl. 141 et s.); compté au nombre des compagnons du dieu (Athen. I, p. 33 ;
de la mort et de la régénération 218. Il se célébrait dans des fêtes orgiastiques, tout à fait analogues à celles de Dionysos, où les femmes désignées par les noms de Mimallones 219 et de Clodones 220 jouaient le même rôle que les Ménades en Grèce [dionysia, maenades, tiiiasus]. En outre, dieu de l’inspiration prophétique 22t, dont le délire a tant d’analogie avec l’ivresse, et à ce titre présidant à plusieurs oracles 22î, le Sabazius thrace était aussi le dieu de l’exaltation que communiquent les boissons fermentées. A ce titre lui appartenait celle de ces boissons dont les Thraces faisaient usage avant de connaître la vigne, c’est-à-dire la bière ou cervoise, qui continua fort tard à s’appeler d’après lui Sabaia ou Sabaium dans l’illyrie, la Dalmatie et la Pannonie ?25 ; il devait donc naturellement devenir le dieu du vin, une fois que celui-ci était connu. Grâce à ces circonstances, la fusion de l’ancien culte des indigènes et de celui qu’apportaient ces colons grecs fut absolue, complète ; les Grecs ne regardèrent pas un seul instant le Sabazius thrace comme un dieu étranger, mais comme Dionysos lui-même 224. Une circonstance favorisa d’ailleurs ce rapprochement. Les Grecs savaient, par une tradition constante, que leur Dionysos venait de la Thrace des anciens aèdes ; mais de très-bonne heure ils perdirent la notion du site exact de ce pays et tendirent à le confondre avec la Thrace hellespontique. Aussi bientôt y eutil une nouvelle Nysa entre l’Axius et le Strymon, dans le foyer même du culte de Sabazius. La lutte de Dionysos avec le roi thrace Lycurgue, qui avait d’abord la Béotie pour théâtre 22% fut transportée dans la Thrace hellespontique, sur le Pangée ou même sur le Rhodope [voy. sect. vi]. Les mystères que les populations de la Thrace célébraient en l’honneur de Sabazius furent regardés comme ayant été fondés par Orphée aussi bien que les mystères dionysiaques delà Grèce, même ceux qui avaient lieu dans l’intérieur du pays, chez les Gicones 226, sur l’Hæmus et sur le Rhodope 227. Mais cette fusion même, qui alla toujours en se prononçant davantage à mesure que les Hellènes entrèrent en relations plus intimes avec les habitants de ces régions et y firent pénétrer leur langue et leurs croyances, cette fusion, dis-je, ne pouvait manquer d’avoir une action considérable sur le Dionysos hellénique, sur son culte et sur sa légende. « Comme on avait fini par croire, dit M. Maury 22s, que la Thrace hellespontique était la patrie du dieu de Nysa, les dévots allaient de préférence l’adorer dans son berceau supposé ; et, de retour en Grèce, ils devaient attacher plus de respect et de confiance aux rites qu’ils y avaient vus adoptés. » L’association de Dionysos à Artémis, que nous avons constatée tout à l’heure comme générale en Laconie et qui ne se retrouve guère ailleurs en Grèce, provient de cette origine, combinée avec la donnée éleusinienne de l’identité d’Artémis et de Coré [diana]. En effet, Hérodote229 nous apprend que le Dionysos thrace avait pour compagne Artémis, c’est-à-dire, en d’autres termes, que
Diod. Sic. I, 18). — 212 Welcker, Nachtr. p. 216. — 51* Athen. I, p. 33.
— 2H Schol. ad Aristoph. Av. 874. — 2>s Strab. X, p. 469 et suiv.; cf. Guigniaut, Belig. de l’antiq. t. III, p. 976; Maurv, Bel. de la Gr. t. III, p. 112. — «s Macrob.
Sat. i 18. 217 Heuzey, Mission de Macédoine, p. 30 et s. — 2l8 Eurip. Bhes.
970-973 ; voy. Heuzey, p. 128. — 219 Plut. Alex. 2 ; Athen. V, p. 198 ; Strab. X, p. 468. — 229 Plut. I. c.; Hesych., Suid. et Etym. Magn. s. v. KXiliuivs;. — 221 Macrob. Sat. I, 18. — 222 Herodot. VII, lit ; Paus. IX, 30, 5. — 229 Amm. Marcell. XXVI, 8, 2. Sur l’attribution de la bière à Dionysos, cf. Diod. Sic. IV, 2.
— 224 Herodot. V, 7. — 229 Homer. lliad. Z, 130 et s.; voy. Welcker, Æschyl. Trilog. p. 320 et s. — 229 Diod. Sic. V, 77. - 227 Pomp. Mei. II, 2 ; voy. Lobeck, Aglaopham. p. 289 et s. — 228 Bel. de la Grèce, t. III, p. 138. - 229 V, 7.
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Sabazius était uni dans ce pays il la déesse lunaire nationale S30, qui s’appelait tantôt Cotys ou Cotytto, tantôt Bendis. Quant aux rites des orgies dionysiaques qui paraissent avoir été importés de la Thrace en Grèce et s’êlre ajoutés ainsi au fonds le plus antique des fêtes du Cithéron et du Parnasse, il faut compter dans ce nombre la présence du serpent enfermé comme un symbole et une image du dieu lui-même dans la ciste mystique [cista], d’où on le voit quelquefois s’échapper231, et des serpents que les Ménades tiennent dans leurs mains et laissent s’enrouler autour de leurs bras 232 comme aussi les Bacchants 23\ ou bien qu’elles portent mêlés à leur chevelure 23i [dionysia, maenades]. En effet, c’est dans le culte de Sabazius que l’on comprend, bien mieux que dans celui du Dionysos hellénique, l’origine de ce symbole ; le serpent joue un rôle capital dans le mythe de la naissance de ce dieu, en Trace et en Macédoine 235, aussi bien qu’en Plirygie 236.
En Asie Mineure, les colons Ioniens et Éoliens avaient emporté avec eux le culte de Dionysos qu’ils célébraient sous toutes ses formes. A Lébédos 237, à Smyrne et à Milet 238, à Éphèse 239, à Téos, où l’on prétendait que le dieu était né et avait fait couler une source de vin 24°, nous voyons surtout prévaloir la forme bruyante et populaire de ce culte, accompagnée d’un grand développement de jeux scéniques auxquels se consacrèrent les corporations de dionysiakoi tecunitai qui eurent tant d’importance en Asie Mineure sous les rois dePergameet dans les premiers temps romains. Au contraire, à Cyzique le grand dieu delà cité était le Dionysos mystique associé à Coré Sotira [voy. sect. xv]. Sur ce nouveau terrain il s’opéra une fusion étroite contre le culte dionysiaque, importé par les colons grecs et les antiques religions indigènes 241 . La religion phrygienne de la Mère des dieux avait dans ses fêtes et dans ses rites un caractère avant tout orgiastique qui la rapprochait fort du culte dionysiaque242 [cybeleJ. La déesse y avait pour fils 243 et pour compagnon 244 aussi fidèle qu’Attis, Sabazius 24S, qui là comme en Thrace fut assimilé à Dionysos 246, de même qu’on tendit à rapprocher Cybèle de Déméter. De là vint la donnée du Dionysos qu’Euripide 247 chantait accompagnant sur l’Ida la Mère des dieux, tandis que Pindare 248 employait pour décrire le même dieu se joignant au cortège de Déméter des expressions qui auraient convenu plus proprement à celui de Cybèle et de Sabazius 249. De là certaines légendes qui, mettant Dionysos exactement à la place de Sabazius, le font naître sur les bords du fleuve Sangarius 25°. De là enfin le Dionysos Attis dont il est aussi question 251 et les monuments qui mettent le thyrse bachique aux mains du dieu Mên 252, assimilé quelquefois à Sabazius 253. Quand l’influence, la langue et les mœurs grecques, aux temps macédoniens, eurent hellénisé complètement le pays, sur les
230 F. Lenormant, Rev. arch. déc. 1874, p. 381. — 231 y0y. les tétradrachmes d’argent de l’Asie Mineure, qualifiés de cistophori. — 232 Vov. pour les monuments, maenades ; pour les textes : Catull. LXIV, 255 et s. — 233 Foggini, Mus. Capit. t. IV, p. 231 ; Müller-Wieseler, Denkm. d. ait. Kunst, t. II, pl. xix. n° 620. — 23 i Mém. de l'Ac. de Munich, 1844, pl. iv; Müller-Wieseler, Denkm. d. ait. Kunst. t. II, pl. xlv, n° 573. — 233 Heuzev, Mission de Macédoine, p. 217, pl. xx bis ; F. Lenormant, Rev. arch. déc. 1874, p. 382 et 388. Alex. 2 ; Lucian. Alex. 6. — 236 Clem. Alex. Protrept. II, p. 14; Arnob. V, 21 ; cf. Diod. Sic. IV, 4. — 237 Strab. XIV, p. 643. — 238 K. F. Hermann, Gottesdienstl. Alterlh. g 66, 6. — 239 plut. Anton. 24; Tacit. Ann. III, 61 . — 240 Diod. Sic. 111, 66. — 241 preller, Gr. Myth. t. I, p. 546, 2e édit. — 212 Strab. X, p. 469-471. — 243 JJ,, x, p. 471 ; Hesyeh. v. ïagàÇio;. — 244 Aristoph. Av. 874 ; Strab. I. c. — Maury,iîel. de la Gr. t. III, p. 101-106 ; F. Lenormant, /leu. arch. nov. 1874, p. 3 0 0-3 0 6. — 246Nymphis Heracl. ap. C. Muller, Fragm. hist. gr. t. III, p. 14; Mnaseas Patar. lb. p. 155; Diod. Sic. IV, 4; Cic. De nul. deor. III, 23.
monnaies impériales de la Plirygie, on ne voit pas apparaître un seul type de représentation qui caractérise en propre Sabazius ; il est toujours remplacé par un Bacclnis purement grec 254. Alors des villes de l’intérieur des terres, comme Pergame 255 et Nicée 256, deviennent des centres considérables du culte dionysiaque, lié aux corporations sacrées d’acteurs ou ts^vïtoci. La principale trace d’influence de l’ancienne religion nationale qu’on y aperçoive alors dans la plupart des villes de la province romaine d’Asie, consiste dans l’importance de premier ordre donnée au symbole du serpent 257. A Nicée on racontait que la ville avait été fondée par Dionysos lui-même d’après la nymphe Nicaeo. , fille de Sangarius et de Cybèle, tuée par le berger Hymnos son amoureux et ressuscitée parle dieu, qui eut pour enfant Télété , l’initiation personnifiée 258 ; c’est évidemment la transformation hellénique d’une fable indigène du cycle de Sabazius et de la Mère des dieux. Cependant, la religion de la Plirygie ne fournit pas directement un contingent considérable au développement de la légende de Dionysos et aux modifications de ses orgies.
11 n’en fut pas de même do la religion lydienne et du culte qu’on y rendait à un dieu fort étroitement apparenté au Sabazius phrygien. Le siège principal de l’adoration et des fêtes de ce dieu était dans le mont Tmolus. L’assimilation du dieu de la Lydie à Dionysos s’étant établie encore plus rapidement que celle du Sabazius, dès les premiers temps de l’établissement des Grecs en Asie, le Tmolus devint un des cantons le plus habituellement désigne comme ayant été le théâtre de sa jeunesse et de son éducation, comme restant sa résidence favorite 239, et cette idée était déjà solidement implantée en Grèce même à l’époque d’Euripide 26°. Il y eut alors un véritable courant d’influences asiatiques qui succéda au courant thrace et pénétra profondément le culte et la légende de Dionysos, aussi bien dans la Grèce européenne que dans les cités helléniques de l’Asie Mineure. Aussi bientôt voit-on se multiplier les Nysa dans cette région, en Carie, en Pisidie et jusqu’en Cappadoce. C’est dans ces contrées 261 que le cycle dionysiaque s’enrichit de la fable d’AMPÉLOS262, qui doit avoir eu pour point de départ un conte populaire sur l’origine de la vigne, propre à la Lydie ou aux cantons voisins et lié aux aventures du dieu qu'on y identifia à Bacchus. Étendant môme le cercle de ce syncrétisme, on établit un lien d’affection ou d’identité entre Adonis et Dionysos 263 ou bien on raconta la visite que le dieu aurait faite dans le Liban à Aphrodite et à Adonis, et ses amours avec Béroé, leur fille 264.
Le courant d’influence lydienne dans la religion dionysiaque, dont nous avons l’expression complète chez Euripide, amena un changement considérable dans le type des représentations du dieu. C’est à la Lydie 265 qu’est dû le Bacchus à l’aspect oriental, prodigieusement effé-
— 247 Palamed. fr. 589. — 248 Jsthm. VI, 3. — 249 D’autres disaient que Cybèle avait initié Dionysos à ses mystères : Eumel. ap. Schol. Hom. Iliad. Z, 130.
— 230 Arrian. ap. Eustath. ad Dionys. Perieg. p. 939. — 251 Schneidewin, Philplogus, t. III, p. 265. — 555 Le Bas, Voyage en Grèce, monuments figurés, pl. 136.
— 233 procl. In Tim. IV, 251. — 234 p. Lenormant, Rev. arch. nov. 1874, p. 306.
— 235 Dio Cass. XLI, 61 ; Paus. X, 18, 5 ; Corp. inscr. gr. n° 3538. — 256 Eckhel, Doct. il. vet. t. II, p. 423. — 257 c’est ce qu’a déjà remarqué Panel (De cistophoris p. 32-38), qui rapporte aux Sabazies des types constants des Cistophores [cistophohi]. Il insiste aussi (p. 76-90) sur la multiplication de l’image du serpent comme symbole bachique dans la numismatique de l'Asie Mineure à l’époque impériale. — 238 Nonn. Dionys. XVI. — 259 Apollod. III, 5, 1 ; Athen. V, p. 201. — 260 Bacch. 13 et s. ; 55 et s. ; 64 et s. — 261 preller, Gr. Myth. t. I, p. 548, 2e édit. — 262 Nonn. Dionys. X, XI et XII, passim ; Ovid. Fast. III, 409-419. — 263 plutarch. Symp. IV, 5, 2 ; Plat. Com. ap. Athen. X, 83. — 264 Nonn. Dionys. XI.V1. — 265 philostrat. Vit. Apollon. V,32.
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miné malgré sa longue barbe, à la tête ceinte d’une mit R a féminine, que les antiquaires ont longtemps appelé « Bacchus indien » [voy. sect. xm], mais auquel il faut restituer son vrai nom de Bassareus 266 . Il le devait à la longue robe appelée bassara ou bassaris , dont il était revêtu et qui était celle des Ménades de la Lydie et de la Thrace, Bassarae ou Bassarides 267, car ce costume et son nom avaient passé de l’Asie Mineure dans ce dernier pays. Mais le titre de Bassareus appartenait spécialement à la Lydie268, où il semble avoir été l’appellation nationale du dieu rapproché de Dionysos. Ce nom dérivait originairement de celui de renard dans la langue du pays 2G9, car le renard était un des symboles les plus importants de ce dieu 27°, ce qui indique une nature avant tout solaire.
L’introduction des fables lydiennes dans la légende de Dionysos ouvrit à celle-ci un nouveau champ de développements ; le Bassareus lydien était un vainqueur et un conquérant qui avait parcouru les contrées orientales, les pays du soleil par excellence. La grande fête qui chaque
printemps se célébrait en son honneur sur le Tmolus était une commémoration de son retour victorieux . A l’exemple du dieu lydien, les cités grecques de Llome firent de leur Dionysos un héros vainqueur qui avait repoussé les Amazones venues pour attaquer Ephèse [voy. sect. vin]. Elles adoptèrent aussi tout le cycle épique des exploits lointains de Bassareus et le firent passer dans les fables mythologiques de la Grèce. Le Dionysos d Euripide, transformé déjà par l'influence lydienne, est le conquérant de la Phrygie, de la Médie et de la Bactriane 2|'. C est ce point précis du développement de la légende des conquêtes du dieu que représente un précieux vase peint, du iv° siècle environ par son style, où Dionysos se montre triomphant, non pas des Indiens comme dans les monuments postérieurs, mais des Bactriens 273, monte sur un chameau à deux bosses, le chameau propre à la Bactriane, et entouré d’un cortège de Lydiens ou de Phrygiens, d acrobates (xuêtcTYiT^pEî) et de Bassarides (fig. 676). G est le triomphe tel qu’on le célébrait dans les fêtes du Tmolus.
Fig. C76. Triomphe de Bacchus.
Mais le cercle des conquêtes attribuées à Dionysos s’étendit de plus en plus, au fur et à mesure de l’extension des rapports des Grecs avec les lointaines contrées de l’Orient. On identifia successivement à Bacchus un grand nombre de divinités étrangères, à cause d’une certaine communauté de symboles, de caractère des personnages ou de rites orgiastiques dans le culte : en Égypte, Osiris m, qui avait parmi ses symboles la vigne 273, le thyrse et la nébride m, et qui en qualité de roi des enfers 277 pouvait être facilement rapproché du Dionysos mystique [voy. sect xv]; en Libye, amjion 278, non pas l’Ammon égyp tien, mais le Baal-Khamon implanté par les Phéniciens dans tout le nord de l’Afrique, dieu solaire et producteur qui comptait les raisins et les épis parmi ses symboles 279 ; chez les Arabes dusarès, muni des mêmes emblè-
266 Macrob. Sat. I, 18; Hoi'at. Od. I, 18 , 11. — 267 Propcrt. III, 17, 30; Athcn. V, p. 198 ;Artemid. II, 37 ; Hesych. s. v.; Stcph. Byz. v. 'nîuvs;; cf. Lobeck, Aglaopham . p. 293. — 268 Gerhard, Etrusk . Spiegel , p. 70; Gr. Myth . g 444, b. — 269 voss, Tkeol. gent. p. 405. — 270 Schwenck, Bhein. Mus. 2” sér. t. VI, p. 549 et s. — 271 Himer. Eclog. XXXVI, 1 ; Orat. III, 6 ; XIII, 7 ; XIV. 7 ; cf. Preller, Gr. Myth. t. I, p. 546, 2« édit. — 272 Bacch. 15 et s. — 273 Mon. inéd. de l’inst. arch. t. I, pl. l, A ; Arch. Zeit. 1844, pl. xxiv, n» 1 ; Müller-Wieseler, Denlcm. d. ait. Kunst, t. II, pl. xxxvin, n° 447. — 274 Herodot. II, 42, 123 et 145; Corp. inscr. grâce. n» 0202. — 275 Devéria, Notice des antiq. égypt. du musée de Lyon, p. 16. — 276 y0y. les tableaux dujugement de lame dans le Rituel funéraire égyptien : Lepsius, Dos Todtenhuch der Ægypt. c. 125. — 277 Herodot. II, 123 ; cf. Bunsen, Ægyptens Stelle in d. Weltgesch. t. I, p. 495 et s. ; Maury, Rel. de la Gr, t. III, p. 278 et s. — 278 Braun, Griech. Gœtterl. § 525 ; Kœhler, Nonn. p. 39 et s. — 279 Gese-
mes, et Ourotal, dont Hérodote 280 fait un Dionysos arabe ; en Syrie, Moloch 281 et Melqarth 282, peut-être uniquement à cause de l’assonance de leur nom avec l’épithète de MeAfyioç que recevait Dionysos , le Baal 283 qui sur les monnaies de Tarse 284, de Nagidus 283, de Mallus et de Soli 286, ainsi que de Zaytha de Mésopotamie 287, tient des raisins et des épis, enfin le dieu compagnon de l’Atergatis de Bambyce ou Hiérapolis 288, dont le nom indigène était Iladad 289 et que les monuments numismatiques montrent avec les mêmes attributs 290 ; en Assyrie, Sardanapale291; dans l’Inde enfin Soma, identification qui, nous l’avons vu, était très-exacte et ramenait Dionysos à son origine première. On était si porté à retrouver le fils de Sémélé dans les dieux des Orientaux qu’on alla jusqu’à prétendre que les Juifs adoraient Dionysos 292, à cause de
nius, Mon. phoenic. pl. xxm ; L. Muller, Numism. de l'anc. Afrique, t. II, p. 121.
— 280 ni, s. — 281 jiovers, Die Phœnizier, 1. 1, p. 325 et s. ; 438 et s. — 28-2 /6. p. 337 et s. ; 353, 37 1 et s. — 283 F. Lenormant, Archâol. Zeit. 1866, p. 161-164. — 284 D. de Luynes, Numism. des Satrap. pl. 11, u°» 1-5, IV, V; n°» 7 et 8, VIII, n°» 3-10, et IX. Aussi sur celles de Gaziura de Cappadoce : de Luynes, Satrap. pl. v, 2 ; Waddington, Mélanges de numism. p. 86 et s. — 295 ch. Lenormant, Nouv. gai. mythol. pl. xv, nu» 4 et 5. — 286 De Luynes, Satrap. pl. xi, 3. — 287 ch. Lenormant, Nouo. gai. myth. pl. xv, n° 6. — 238 Lueian. De Dca Syr. 16. — 289 Macrob. Saturn. I, 22.
— 290 F. Lenormant, Médailles et antiq. de M. le baron Behr, pl. 11, n“ 1 . — 291 \ is. conti, Mus. Pio-Clem. t. II, pl. xli ; Musée français, t. III, pl. vin ; Bouillon, Musse des antiques , t. I, pl. xxvm ; Müller-Wieseler, Denkm. d. ait. Kunst, t. II, pl. xxxi, n" 347, avec le très-bon commentaire du texte ; cf. O. Müller.Sandon und Sardanopal, dans le Rhein. Mus. lte série, t. III. V. un peu plus loin la fig. — 292 plut. Syinp. IV, 6.
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l'assonance que l’on croyait remarquer entre le nom de Jéhovah Sabaoth (Jéhovah le Dieu des armées) et celui de Sabazius 293 et à cause de la vigne d’or du temple de Jérusalem294. De même, Strabon293 parle d’un culte celtique de Dionysos, en voyant des cérémonies orgiastiques célébrées dans une île de l’embouchure de la Loire.
Le champ géographique de ces assimilations dans les contrées de l'Orient correspond précisément à celui où l'on étendit successivement les conquêtes de Dionysos. On le fit ainsi aller en Égypte 296, en Éthiopie 297 et en Libye, où il accomplissait aussi des exploits guerriers 298. En Syrie on plaça sa victoire sur le géant Ascos, l’outre, qui dans des récits plus anciens était représenté comme un compagnon de Lycurgue, et l’on rattacha à cette fable la fondation delà ville de Damas 299 ; Lycurgue lui-même fut transporté en Arabie et devint un roi de cette contrée défait par Dionysos 800 ; Nonnus, cherchant à systématiser toutes ces légendes, distingue Lycurgue l'Arabe de son homonyme thrace 301. Mais de tous les récits de ce nouveau cycle le plus fameux fut celui qui se forma à la suite des expéditions d'Alexandre et qui fit de l'Inde la plus lointaine conquête de Dionysos 802. Alexandre lui-même fut le premier à donner cours à cette fable qui le mettait personnellement en parallèle avec le dieu thébain 303. Mais s'il y eut là une idée politique de la part du conquérant macédonien et de ses successeurs, les Grecs étaient en même temps de très-bonne foi quand ils se laissaient aller à l’impression que produisaient sur eux certaines assonances de noms géographiques de l'Inde avec des noms figurant dans la légende dionysiaque. Ainsi dans le Paropamisus ou plus exactement Paropanisus ( Paruparanh sanna ), le Caucase indien, ils voyaient une Nvsa 301 et une autre encore au delà de l’Indus, qui devenaient pour leurs imaginations des colonies grecques laissées par le conquérant divin, comme Alexandre, à son tour, en établissait d’autres sur son passage. Ils entendaient les Indiens parler du mont Mérou , la montagne sacrée, demeure et berceau des dieux, et dès lors beaucoup d’entre eux étaient enclins à penser que c’était là le pipo; qui jouait un rôle capital dans la naissance du dieu 303 [voy. la section suivante].
En effet, il faut remarquer qu’à mesure que l’on étendait le cercle des conquêtes de Dionysos, parallèlement il se formait des légendes nouvelles qui transportaient dans les mêmes contrées la naissance et l’éducation du dieu. C’est ainsi qu’on le fit nourrir en Libye, dans une île du lac Triton, par la nymphe Nysa 306. C’est ainsi que le lieu mythique de Nysa, que de bonne heure déjà l’on commençait à mettre vaguement dans l’Orient asiatique 307, fut localisé plus tard en Éthiopie 309, en Arabie et en Palestine aussi bien que dans l’Inde.
IV. — D’après Cicéron 309, il y a eu cinq Bacchus successifs : le premier, fils de Jupiter et de Proserpine, c’est le Zagreus crétois ; le second, né en Égypte, fils de Nilus et
293 Val. Max. I, 3, 2 ; A. Mai, Vet. script, t. III, 3e part. p. 7 et 98; voy. Bonnetty, Annales de philosophie chrétienne, 5e térie, t. V, pi 13 6t suiv. ; F. Delaunav, Philon d’ Alexandrie, Écrits historiques, p. 99 ; F. Letiormant, Beu. arch. janv. (873, p. 47.— *9» Joseph. Ant. Jud.XX, 11,3. — 2&3IV, p. 198. — 296 Apollod.
III, 5, 2. 297 Steph. Byz. v. nytuvoç. — —8 Diod. Sic. III, 70-73. — 299 Steph. Byz.
et Etym. Magn. v. Aapairxo;; voy. de Witte, Le géant Ascus, daüs la lier, numism. 1844. — 300 Antimach. ap. Diod. Sic. III, 64-66. — 301 Honni Dionys. XX, 143 s. — 302 Diod. Sic. II, 38 ; 111, 63; IV, 3; Strab. p. 503; Megàsthcn. ap. Arrian. Indic. 3 ; Philostrat. Vit. Apollon. II, 9; Virg. Aen. VI, 8 03. — 303 Arriah. Anab. Y, 1, 2; vi, 28; Plularch. Alex. 67; Plin. Hist. nat. V, 49, 79; cfi Lassen, Indische A Iterthumskunde, t. II, p. 133 et s.; 731 et s.; t. 111, p. 443 et s; — 3()V Stephi Byz.
meurtrier de sa nourrice Nysa, c’est l’Osiris égyptien, dont la fable subit ici un travestissement bizarre; le troisième, fils de Cabirus et roi de l’Asie Mineure sous le nom de Sabazius, c’est le dieu phrygien; le quatrième thébain, fils de Jupiter et de la Lune, variante du mythe dont nous parlerons tout à l’heure ; enfin le cinquième, né de Nysus et de Thyoné, le dieu des Trieterica du Cithéron. Pour Diodore de Sicile 310 il y a seulement trois Dionysos distincts, l’Indien, qui est le plus ancien, le Crétois, fils de Zcus et de Perséphoné, c’est-à-dire Zagrcus, puis le Thébain, le plus récent de tous, fils de Zeus et de Sémélé. Enfin, dans l’arrangement de toutes les légendes dionysiaques tenté très-tardivement par Nonnus de Panopolis, on fait se succéder Zagreus, le Dionysos thébain, le héros du poème, et enfin ITacchus d’Éleusis, donné pour son fils311.
Ces combinaisons, présentées sous une forme entachée d’evhémérismo, montrent quel besoin les anciens éprouvaient eux-mêmes d’établir des distinctions entre les dieux d’origines fort diverses qui versèrent successivement leurs fables dans la masse confuse de légendes constituant le cycle dionysiaque. Nous devons faire de même, mais en procédant avec la méthode plus rigoureuse de la science moderne. Des articles spéciaux sont consacrés à Sabazius, à Zagreus, à Iaccuus, ce qui permettra de nous concentrer ici sur le Dionysos proprement dit, sur le dieu de Thèbes et de Naxos.
Ainsi que nous l’avons dit, la fable de la naissance de Dionysos, telle qu’elle a été universellement admise, se montre toute thébaine. Sa mère Sémélé est représentée comme fille de Cadmus et d’Harmonie312, et jamais la légende mythique ne l’élève au-dessus delà condition d’une héroïne. Pourtant le nom de Sémélé révèle en elle une personnification naturelle importante, celle du sol terrestre qui au printemps produit la végétation 313. C’est ce que savent parfaitement, du reste, Apollodore 3U, Diodore de Sicile 313 et Macrobe 316; et en effet, comme l’ont déjà remarqué plusieurs anciens 317, Ne^éat) est une forme dialectique béotienne pour ©EpiX*], nom donné à la Terre comme fondement de toutes choses 318. D’autres 319 l’ont interprété par o£[AÀ7i , forme parallèle à asp-vv) « l’auguste » ; mais c’est là une étymologie factice et secondaire, qui n’a en aucune façon la valeur de l’autre. Fils de Sémélé, le Dionysos thébain est donc en réalité fils de Gê, comme le disait Apollodore 320, par conséquent la tradition crétoise qui représentait Zagreus comme né de Déméter 32t, et qui fournit la filiation adoptée plus tard pour le Dionysos mystique, était une variante de la même donnée originelle que la version béotienne ; on comprend aussi comment les égyptologues, partant de l’assimilation de Déméter à Isis, firent de Dionysos un fils d’Isis 322, et comment on avait trouvé identique à la sienne la généalogie du Sabazius phrygien, fils de Cybèle 323 . Phérécyde substituait au nom de Sémélé celui d 'Hyé m, emprunté à un autre ordre d'idées,
v. Nî«ai ; Himcr. Orat. XIII, 7. — 305 Slrab. XV, p. 687 ; Diod. Sic. II, 38 ; rlin. Ilist. nat. VI, 21. 306 Diod. Sic. III, 69. — 307 Homer. Hymn. XXVI, 8 et s. — 308 Horo¬
dot. III, 97. —309 De nat. dcor. III, 23 ; cf. John. Lyd. De mens. IV, 3, 3. —310 ni, G 1 -63 . — 311 Nonn. Dionys. XLVIII, 962 et s. — *12 Hom. Iliad. s, 323 ; Hymn. VI, in Bacch. 57 ; Pind. Dithyr. fr. 3 ; Schol. Pind. Olymp. II, 40. — 313 rreller, Gr. Myth. t. I, p. 321, 2° édit. — 314 Ap. Lyd. De mens. IV, 38. — 315 m, 62.
— 316 Saturn. 1, 12. — 317 Apollod. ap. Lyd. I. c.; cf. Etym. Gud. v. Zt|UXq.
— 318 Welcker, Gr. Gôtterl. t. 1, p. 436. — 319 Diod. Sic. III, 62 ; cf. Schœmami, Op. t. Il, p. 155. — 320 L. c. — 321 Diod. Sic. III, 62. - 322 plut. De Is. et Osir. 37. — 323 strab. X, p. 471; Hesych. v. InSi'Q.c;. — 324 Hesveh. v. "ï-ij ; cf. Preller, Gr. Myth. t. I, p. 522, 2e édit.
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celui du principe humide. Cicéron 318 el Ulpien font de la mère du Dionysos thébain la Lune, interprétation d accord avec celle des récits qui le font naître de Zeus et. d’Io 327, ou, spécialement à Lyctus de Crète, de Zeus et d'Argé 328 , la brillante, la blanche. Nous verrons plus loin [sect. vu] que Dionysos est habituellement en relations avec une divinité féminine lunaire, mais qu’on en fait plutôt son épouse que sa mère. Il est enfin un nom que l’on donne aussi fréquemment à l’héroïne de qui naît Dionysos et que la légende représente comme lui ayant été attribué par son fils quand il la fit monter dans l’Olympe 329 : c’est celui de Thyoné, ©uwvy), dérivé du verbe Ousiv, en rapport avec les surnoms de ©umvsîjç 330 et ©uwvi'Saç 331 que le dieu recevait lui-même, avec le nom de ses fêtes appelées 0uï« en Élide 332 et celui des Thyiades qui célébraient ses orgies sur le Parnasse 333. Ce nom faisait de Sémélé le type divin de la Ménade 334, la personnification de l’inspiration que répand son fils. C’est tout à fait artificiellement et à tort que Cicéron prétend distinguer le Dionysos fils de Thyoné du fils de Sémélé ; ailleurs, dans quelques récits, Thyoné n’est plus la mère, mais la nourrice du dieu 333. Quelques-uns ont rapproché ce nom de celui de la Dioné de Dodone et fai t par conséquent Dionysos fils de Dioné 33°.
11 est à noter ici que sur un célèbre vase de Naples (voy. plus loin, p. 626, fig. 706) AlüNH est le nom d’une des deux femmes qui disposent l’offrande auprès de l’image rustique de Dionysos Dendritès, tandis que l’autre s’appelle MAINA2, la Ménade par excellence. A la même manière d’envisager le personnage de Sémélé se rapportait aussi le surnom d’Er/jo qu’on lui donnait quelquefois337 et qui fait allusion au thyrse brandi comme une lance, ey /oç [voy. sect. vi et xii].
Sémélé fut aimée de Zeus 338 ; Iléra jalouse se présenta à elle sous les traits de sa nourrice Béroé339, ou d’une amie, et lui persuada de demander à Zeus de se maniiester a elle dans tout l’appareil de sa puissance. Cédant à ses prières, le dieu se montra environné de ses tonnerres, dont les flammes dévorèrent la fille de Cadmus, qui portait dans son sein le fruit de l’amour du roi des dieux. Zeus en retira cet enfant encore imparfaitement formé. Dans certaines variantes du récit, c’est Hermès qui le sauve 3<0, ou bien, échappé du sein maternel, il a été reçu dans le lierre que la terre a fait pousser spontanément, environnant les colonnes de la salle341 (ce qui vaut à Dionysos chez les Thébains le surnom de ïlEpixtovio; o4s), et c’est là que Zeus le recueille. C’est d’après cet épisode essentiel que le fils de Sémélé est appelé Hup^Ev^- 343, Ignigenam, celui qui est né au milieu du feu. Ayant ainsi sauvé l’enfant de Sémélé morte, Zeus l’enferma dans sa cuisse jusqu’à la fin du temps qui eût été celui de la grossesse naturelle et, après
328 De nat. deor. III, 23. — 326 Ad Dcmosth. In Mid. I, p. 174. — 327 Diod. Sic. III, 74. — 328 Pseudo-Plut. Du flum. 16. — 329 Homer. Hymn. V in Bacch. 21; Apollod. III, 5, 3; ef. Valcken. Diatr. p. 151. — 330 Ovid. Metam. IV, 13; Ilorat. Od. I, 17, 23. On cite aussi un Thyone.us, fils de Dionysos : Schol. ad Pind. Pyth. III, 177. — 331 Hesych. s. v. — 332 plut. Quacst. gr. 36. — 333 Paus. X, 4, 2; 6, 2; 22, 5; étendu ensuite à toutes les Ménades : Lyeophr. Cass. 143 ci 505 ; Ovid. Fast. VI, 514 ; Catull. LX1V, 392 ; cf. Panofka, Dionysos und die Thyaden, dans les Mém. de V Acad, de Berl. 1852. — 3û4 Preller, Gr. Myth. t. I, p. 53/, 2» édit. — 338 Schol. Pind. Pyth III, 177. — 336 Euripid. ap. Schol. Piud. I. c. ; Hesych. v. Bâx/ou Auuvr ; . — 337 Hesych. s. v. — 338 Sopli. Antig. 1115 et s.; Eurip. Bacch. 6-12., 88 et s.; Homer. Hymn. XXVI; Apollod. III, 4, 3; Diod. Sic. III, 64; IV, 2 ; Ovid. Met. III, 253-315; Lucian, Dial. deor. 9; Hygin. Fab. 179.
— 339 Hvg. Fab. 167. — 340 Apollon. Argon. IV, 1137 — 341 Eurip. Plioen. 619.
— 312 Schol. Ad h. I. — 343 strab. XIII, p. 628; Diod. IV, 5; cf. Eust. ad Iliad. p. 346. Il est aussi nufi otoPoç (Orph. Ilymn. XL1V, 1 ; LI, 2 ; Oppian. Cyneg. IV, 204) et Bçovroytvrlç. — 344 Ovid. Met. IV', 11. — 345 Slrab. XV, p. CS7 ; Eust. ad II. p. 310; ad Dionys. Perieg. 1153 ; Nicarch. ap. Anth. Pal. XI, 329. Mvifo-rpseii; : Orph. Hymn,
l’y avoir ainsi nourri, le rendit au jour. De là les qualifications de MvjpoTpaxYi; 34\ celui qui a été nourri dans la cuisse, Mï|po#«<pi|ç 346 ou Eîp«<pto)T7)ç 34\ celui qui y a été cousu. Les Thébains montraient dans leur ville le tombeau de Sémélé 348. D’après quelques récits 349, Zeus aurait placé dans l’Olympe aussitôt après sa mort la fille de Cadmus, mais d’ordinaire on ne l’y fait introduire que plus tard, par son fils. Tel est le mythe de la double naissance de Dionysos, à laquelle font allusion ses surnoms de At8upag-So; 38°, qui est sorti deux fois, At9upagëoYsvr]; 3Sl, Atavjxwp 383, aux deux mères, et AttrtroToxoç 353, deux fois né [voy. sect. i]. Sémélé, la terre, est fécondée par le dieu du ciel, producteur des pluies du printemps [jupiter], la manifestation de ce dieu est accompagnée du tonnerre ; le fruit que la terre produit sous l’action de son eau céleste naît imparfait, il faut qu’il grossisse et parvienne à maturité ; jusqu’à ce moment le dieu l’enveloppe dans ses brouillards qui le nourrissent et le développent o5\ Quand les attributions du dieu se sont ensuite agrandies, quand il a représenté dans sa généralité le principe humide produisant la fertilité, le symbolisme de cette histoire ne s’est plus trouvé aussi rigoureusement précis, car alors on envisageait surtout la naissance de Dionysos comme représentant l’eau céleste qui tombe sur la terre au milieu du fracas des orages 333.
Les amours de Zeus et de Sémélé sont retracés sur un miroir étrusque 3b6, la manifestation du dieu tenant la foudre sur plusieurs pierres gravées 357 et sur quelques vases peints 358. Welcker 389 remarque avec raison que les intailles lui donnent à plusieurs reprises dans ce cas les ailes caractéristiques du Jupiter Pluvius [jupiter]. Sur un bas-relief de beau style grec découvert à Chios 360 on voit Zeus tenant la foudre et Itéra, assis sur leurs trônes, et auprès d’eux Sémélé foudroyée. Une peinture murale qui appartenait autrefois au prince Gagarine 361 (fig. 677) nous offre Jupiter assis sur un nuage et entouré de tout l’éclat de sa puissance, attirant a lui l’embryon du sein de Sémélé renversée morte sur un lit. C était le sujet d’un des tableaux que décrit Philostrate 'm. La seconde naissance du jeune dieu , sortant de la cuisse de Zeus, est celle que l’on a placée successivement en une infinité de lieux diflérents. Elle est
1,1, 3. — 3^6 Eurip. Bacch. 285. — 347 Homer. Hymn. XXVI ; Dionys. Perieg. 576 . cf. 939 ; Etym. Magn. s. v. — 348 Pausan. IX, 12, 3: 16, 4; cf. Eurip. Bacch. 6. — 349 Aristid. t.I, p. 47, 'édit. Dindorf. — 380 Eurip. Bacch. 526; Suid. et Etym. M. s. v.
351 Anth. Pal. IX, 524, 5. — 332 Athen. II, p. 39: Diod. sic- III, 62 ; IV, 4 ; Orph.
Hymn. XLIX, 1 ; LI, 9. Trad. en latin Bimater : Ovid. Met, IV, 12. — 353 Nonn. I,
4. 354 pott, Zeitsclir. (. vergleich. Sprachforsrh. t. VI, p. 361 ; A. Kuhn, Die
Herabkunft des Feuers, p. 167 et s.; Preller, Gr. Myth. p. 167 et s. — 335 Guigniaut, Iiclig. de Vaut. t. III, p. 1015. — 336 Gerhard, Etrusk. Spieg. t. I, pl. lxxxi, n"5 1 et 2. — 347 Winckelmann, Mon. ined. t. 1, 1-4; Raspe, Catal. d. Tassie, pl. xxii, 1147 et 1148 ; Schlichtegroll, n» 26. — 358 De Witte, Cat. Durand, n” 3 ; Archâol. Zeit. 1870, pl. XXXI. — 339 Gr. Gôtterl. t. I, p. 440. — 360 Antiq. of Icnia, t. I, p. iv ; lliiller-Wieseler, Denhn. d. ait. Kunst, t. II, pl. v, n° 66. — 361 Mem. rom. di antichità, t III, pl. xm ; Gerhard, Hypcrb. Bôm. Stud. p. 105 et s.; Müller- Wieseler, t. H. pl. xxxiv, n° 391. On a soulevé des doutes dans les derniers temps sur l’authenticité de cette peinture (Ovcrbeck, Griech. Kunsimyth. t. I, p. 418); mais l’examen de l'original n’avait éveillé aucun soupçon chez Gerhard, au jugement de qui l’on peut s'en remettre. — 362 Jcon. I, 14 ; cf. Anthol. Palat. Meleag. Epigr. C.MII.
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représentée sur un assez grand nombre de monuments de toute nature ,>5, dont le plus ancien est un vase de fabrique corinthienne m. L enfant y est reçu d’ordinaire par Ilithyie ailée86’, qu’assistent aussi Hermès, Thémis et Déméter , ou bien par Athéné 367. Nous plaçons ici (üg. 678) une célèbre variante étrusque de la même com-
Fig. 678. Seconde naissance de Bacchus.
position, figurée sur un miroir du musée de Naples 3G3. J'inia, le Zeus étrusque, est assisté par Thalna, la déesse de l’enfantement 369, qui retire le petit Dionysos de la cuisse, et derrière laquelle se tient Apulu, Apollon ; de l'autre côté du roi de l’Olympe est une divinité féminine ailée, que désigne le nom Mean 37°. Enfin un curieux sarcophage de Venise371 répartit en trois scènes les épisodes principaux du mythe de la double naissance de Dionysos (fîg. 679) : la mort de Sémélé, frappée de la foudre;
l’enfantement miraculeux de Zeus, assisté par Ilithyie; enfin, au centre, Hermès emportant le dieu nouveau-né
pour le remettre aux Nymphes qui vont le nourrir et l’élever.
C’est en effet toujours Hermès qui, dans les récits mythologiques, porte Dionysos enfant à ses nourrices, ou auparavant le présente au milieu de l'assemblée des dieux312; deux seules variantes, et tardives, de la narration dérogent sur ce point à la donnée générale, faisant enlever le petit dieu par Perséphoné 373 ou par Rhéa 374 et cherchant ainsi à concilier dans une certaine mesure la légende thébaine avec celle du Zagreus crétois, fils de Perséphoné, et celle du Sabazius phrygien, fils de Cybèle373. Une fameuse statue en bronze de Praxitèle représentait Hermès avec Dionysos nouveau-né dans ses bras 376 et nous en trouvons le type reproduit sur plusieurs monuments 377.
Le récit le plus développé des mythographes 378 montre le jeune dieu d’abord porté par Hermès à Orchomène et confié là aux soins d’Ino, sœur de Sémélé, et d’Athamas, son mari, auxquels il est recommandé de l’élever comme une fille. La colère d’Héra leur inspire la fureur qui amène Athamas à tuer son fils aîné Léarchos, en le prenant pour un cerf, et Ino à se précipiter avec son second fils Mélicerte dans la mer, où elle devient Leucothée 379 [leucotiiea, isthmia]. Zeus, pour soustraire Dionysos aux entreprises de son épouse, le métamorphose en chevreau, et Hermès l’enlève de nouveau pour le porter aux Nymphes de Nysa, qui deviennent ses nourrices. Il y a là combinaison artificielle de deux traditions distinctes à l’origine.
De la première, les Éleuthéro-Lacones de Brasiæ racontaient une version qui leur était spéciale et rappelle de très-près la fable de l’enfance de Persée [peiiseusJ. Suivant ce récit, Sémélé serait accouchée naturellement de Dionysos ; Gadmus l’aurait fait enfermer avec son enfant dans une caisse jetée à la mer et portée par les flots à Brasiæ. En l’ouvrant, on y trouva Sémélé morte, qui fut enterrée à cet endroit, et l’enfant toujours vivant qu’Ino prit et éleva dans une grotte voisine 380. Une célèbre sLatue du musée de Munich 381 est habituellement désignée comme représentant Ino-Leucothée portant dans ses bras le petit Dionysos; cependant cette explication est sujette au doute, car on pourrait interpréter la même figure par toute déesse Koupotpô^o; ou nourricière.
La tradition qui fait nourrir et élever Bacchus par les Nymphes de Nysa est la plus habituellement admise 38:î. C’est toujours, du reste, le dieu puisant la source de sa croissance dans l’élément humide. Ino-Leucothée est une déesse marine [leucotuea] ; d’un autre côté le nom de la localité mythique de Nysa, le lieu de la naissance ou de l’éducation du dieu et aussi sa résidence favorite 383, d’après laquelle il est appelé Nyseios, Nysaeus, Nysios, Nysigena 38k, ce nom dérive de la même racine perdue, que Nojasy], vôw385, et désigne un lieu humide et verdoyant, arrosé de nora-
363 De Witte, La naissance de Bacchus, dans les Noue. Ann. de l’Inst. urch. t. 1. — 36» r. Rochette, Peint, de Pomp. p. 73, 76 et 77. — 365 Bull, de l’Inst. arch. 1831 , p. 67; Mon. inéd. de l’Inst. arch. t. I, pl. xlv ; Miiller- Wieseler, t. II, pl. xxxiv, n° 392. — 366 visconti, Mus. Pio-Clem. t. IV, pl. xix; Millin. Gai. myth. nos 222 et 223 ; Welcker, Kunstmus. p. 102 et 1 15. — 387 Cat. Durant, n» 2165 ; Noue. Ann. de l’Inst. arch. t. 1, pl. A. — 368 Inghirami, II, 1, 16; Gerhard, Etr. Spieg. t. II, pl. lxxxii ; Miiller-Wieseler, t. II, pl. xxxiv, n” 3 9 4. — 369 o. Jahn, Arch. Aufsàtze, p. 77. — 370 Gerhard, Ueber d. Metallspiegel d. Etrusk. p. 31. — 371 Bull, de l’Inst. arch. 1831, p. 67 ; Mon. inéd. de l'Inst. arch. t. I, pl. xlv, A ; Miiller-Wieseler, t. Il, pl. xxxiv, n» 3 9 2. — 372 paus. III, 18, 7. — 373 Orph. Hymn. XLV, 6. — 37» Suid. v. Mcta-rauça. — 375 C’est aussi dans la même intention qu’un autre récit fait de Cybèle fille de Lamos la nourrice du dieu :
Nonn. Dionys. IX, 30. — 376 plin. I/ist. nat. XXXIV, 87. — 377 Zoega, Bassiril. ant. pl. III ; Millin. Gai. myth. n° 226; Miiller-Wieseler, t. II, pl. xxxiv, n» 395 ; cf. Welcker, Zeitschr. f. ait. Kunst, p. 500-522. — 378 Apollod. 111, 4, 3. — 379 Apollod. I. c. ; Paus. I, 44, 11 ; Hygin. Fab. 2 ; cf. Eurip. Med. 1284 et s. ; Schol. ad h. !.; Tzetz. ad Lycophr. Cass. 107 et 229 s.; Ovid. Fast. VI, 479 et s. — 380 Paus. III, 24, 3. — 381 Winckelmann, Mon. ined. 54; Musée français, t. Il, pl. ix ; Bouillon, t. Il, pl. v; Cavaceppi, Baccolta, t. I, pl. ii ; Miiller-Wieseler, t. II, pl. xxxv, no 407. — 382 Homer. Hymn. XXV ; Orpli. Hymn. L, 14 ; Eust. ad Iliad. p. 871 ; Ovid. Met. III, 314; Fast. III, 769. — 383 Soph. Ant. 1130; ap. Strab. XV, p. 687 ; Eurip. Bacch. 556 ; Steph. Byz. et Hesych. v. N0<ra. — 384 Hom. Iliad. Z, 133; Hymn. XXV, 5; Apollon. Argon. II, 905; IV, 431 ; Diod. Sic. I, 15; 111, 68; Yirg. Aen. VI, 806 ; Ovid. Met. IV, 13. — 383 Welcker, Gr. Gôtterl. t. I, p. 439.
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breuses sources 386 . Ainsi que l’a établi Welcker, Nysews est donc le synonyme presque exact de Ai 387, uc dans les marais, Aigvaïoç 388 ou lv Mgvaiç 3S9, dieu résidant au sein des marais, épithète que Dionysos porte en plusieurs endroits. Le même nom significatif devient quelquefois, dans d’autres variantes de la légende, celui de la nourrice du jeune dieu, représentée alors comme unique et appelée Nysa 390 ; sa figure était portée dans la grande pompe bachique d’Alexandrie 391. La signification attachée aux nourrices de Bacchus achève de s’éclaircir quand on voit désignées comme telles les pluvieuses IJyades 392 , représentées par Phérécyde 393 comme des nymphes de Dodone à qui Ino avait confié l’enfant divin, ou quand on raconte que les nymphes de Nysa furent transportées dans le ciel et y devinrent les Hyades m. On en compte deux, Bromie et Bacche 39S, cinq, Pytho, Syneebo, Baccho, Cardie, Nyseis 396 ou bien Phœsyle , Coronù, Cleia, Phœo, Eudora 397. ou bien encore Arsinoe, Ambrosia, Bromie, Cisscis , Coronis 398, six, Cisseis, Nysa, Erato, Enphia, Bromie, Polyhymnom, enfin sept, Ambrosia, Eudora, Pedile, Coronis, Polyxo, Phyto, Thyone 400 . Dans la tradition spéciale de Naxos on comptait trois nourrices et on les nommait Philia, Coronis et Cleis ',01. Sur un vase peint d’Agrigente 402, la nymphe de Nysa à qui Hermès remit le petit Dionysos est appelée apiatne, Ariagne, nom qui, nous le montrerons plus loin [sect. vu], est identique à celui d’Ariadne. Un autre vase sicilien, de la collection de Luynes 403, montre Zeyx, remettant lui-même son fils,
Aiojnysos, aux Hyades, désignées par leur nom, yaaes (lig. 680). Sur une monnaie de Laodicée de Phrygie 404, le maître de l’Olympe porte dans ses bras le petit Dionysos et a auprès de lui une chèvre, qui rappelle la métamorphose de l’enfant en chevreau. On voit même le jeune dieu allaité par la chèvre Amalthée 403, comme Zeus enfant [amaltuea, jupiter], ce qui remémore les récits exceptionnels où les Hyades sont données pour les nourrices
de Zeus aussi bien que de Dionysos 409 et où le roi des dieux est, lui aussi, élevé à Naxos 407. Dans la fable locale propre aux Grecs de la Cyrénaïque, Dionysos était fils d’Ammon et d’Amalthée; son père le remettait à la nymphe Nysa, fille d’Aristée, qui l’élevait sous la garde d Athéné, dans une île du fleuve Triton 408.
La remise du jeune Bacchus par Hermès aux nymphes de Nysa est encore représentée sur plusieurs vases 409. Un monument de la même nature410 montre Silène assis sur le rocher de la grotte de Nysa et accompagné de deux nymphes ; Hermès lui confie l’enfant emmaillotté ; au revers sont trois Muses. Ceci nous amène à la troisième forme de la tradition béotienne, celle qui faisait nourrir Dionysos par les Muses 4U. Les Muses remplacent naturellement ici les nymphes de Nysa, car elles aussi, dans leur conception première, étaient étroitement liées aux fontaines [musae]. Un culte très-ancien les unissait à Orphée ou même à Dionysos dans le Libethron de l’Olympe de Piérie et dans celui de l’Hélicon 41î, localités dont le nom significatif dérive de tafêsiv, « répandre, arroser »413, d’où sortent aussi les surnoms de notre dieu, Leibênos, Loibêsios, Lo'basius, source du liber latin.
La tradition de Naxos était exactement conforme à celle de la Béotie, sauf qu’elle plaçait Nysa dans l’île. En revanche, en Eubée le récit était différent et se rapprochait de celui de la Cyrénaïque. On y disait que le petit Dionysos avait été confié par Hermès à Macris, fille d’Aristée, qui l’avait nourri de miel au fond d’une grotte, et qui, poursuivie par la colère d’Héra, s’était enfuie avec l’enfant à Schéria, chez les Phéaciens 414. C’est la légende propre au Dionysos Brisaios 41S, adoré dans une partie des îles de l’Archipel, le Bacchus inventeur du miel 416, dont le nom, apparenté à celui des Nymphes Brisœ 417, les nymphes du miel dans la fable d’Aristée [aristaeus], dérive de l’ancien mot ppiTuç, « doux » 418. On racontait aussi en Eubée que pendant son enfance il avait été gardé et nourri par les Curètes et les Corybantes '*19, emprunt fait aux traditions relatives au Zagreus crétois, qui a inspiré l’auteur d’un bas-relief du Vatican 420 .
En Lydie, Dionysos passait pour avoir été nourri par Hippa sur le mont Tmolus421; mais la tradition favorite de l’Asie Mineure et de la Thrace hellespontique lui faisait passer son enfance au milieu des soins des Ménades de ces contrées, les Lydiennes, les Bassarides, les Macètes ou Macédoniennes et les Mimallones422. Cette donnée du dieu enfant remis par Hermès aux Ménades et aux Satyres destinés à former son thiase, a été adoptée plusieurs fois par les artistes antiques 423. Enfin, quand le côté mystique prédomina définitivement dans le culte dionysiaque [voy. sect. xv], on raconta qu’il avait ôté élevé par Mystis 424, l’initiation personnifiée. Ces derniers récits ont été combinés avec l’ancienne tradition par Salpion l’Atlié-
386 p relier, Gr. Myth. t. I, p. 522 et s. — 887 Hesych. s. v. — 388 Athcn. XI, p. 465; Eust. ad Iliad. p. 871; Steph. Byz. y. Aluvat. — 389 Aristoph. Ban. 215; Strab. VIII, p. 363 ; Paus. III, 7 , 6. — 390 Terpand. ap. Lvd. De mens. IV, 38; Diod. Sic. 111, 69. — 391 Athen. V, p. 199. — 392 Ovid. Fast. V, 167; Serv. ad Aen. I, 748. — 393 Eust. ad Iliad. p. 1125. — 391 Apollod. III, 4, 3 ; cf. Ovid. Met. 111 , 314. — 395 Serv. ad Ecl. VI, 15. — 396 Serv. ad Georg. I, 138.
— 397 Thés, ad Arat. Phaenomen. 177. — 398 Hygin. Fab. 182. — 399 Ibid.
— 400 Hygin. Poet. astron. II, 2). — «01 Diod. Sic. V, 52. — 402 Mon. inéd. de l Inst. arch. t. Il, pl. xvii ; Miillcr-Wîeseler, t. Il, pl. xxxix, n° 398 ; cf. Panofka, Ann. de l’inst. arch. t. VII, p. 82 et s. ; Braun, ib. t. XIV, p. 23 et s. — 403 Mon. d.e la sect. franc, de l Inst. arch. pl. ix ; de Luynes, Vases peints, pl. xxvin ; Inghirami, Vasi fitteli, t. IV, pl. 384 ; Millier- Wieseler, t. II, pl. xxxiv, u» 399.
— 401 Eckhcl, Vet. nnm. anecd. pl. xiv, n» 12 ; Millin. Gai. myth. n° 225 ; Miiller-
VVieseler, t. II, pl. xxxv, n° 409. — MS Mus. Napol. t. II, pl. xxix ; Miiller-VVieseler, t. II, pl. xxxv, u» 411. — 406 Hygin. Fab. 182. — 407 Hyg. Poët. astr. II, 16. — 408 Diod. Sic. III, 67 et s. — 409 Millin. Gai. myth. n°s 227 et 228; Panofka, Cab. Pourtalès, pl. xxvii. — 410 Mus. etrusc. Gregor. t. II, pl. xxvi, 1 ; Müllcr-Wieseler, t. II, pi. xxxiv,n° 397. — 411 Eustath. ad Odyss. p. 1816. — 412preller, Gr. Myth. t. I, p. 381 et 523. — 413 g. Curtius, Grundz. d. Griech. Etym. t. I, p. 332, lre édit.; Preller, Gr. Myth. t. I, p. 555. — 411 Apollon. Argon. IV, 1131 et s. — 413 Etym. M. s. y.; Steph. Byz. v. Bploa; cf. Pers. I, 76; Boeckh, C. inscr. gr. ad n. 2042. — 416 Ovid. Fast . III, 735. — 417 Etym. M. s. v. — 418 Preller, Gr. Myth. t. I, p. 556. — 419 Nonn. Dionys. XIII, 136. — 420 Gerhard, Ant. Bildw. pl. civ, n° 1 ; Guigniaut, Itelig. de l’ant. pl. cxLvm, nu 412. — 421 Orph. Hymn. XLVIl, 4. — 422 Eustath. Ad Iliad. p. 989. — 423 Voy. les additions deWelckcr dans la 3e édit, du Handb. der Arch. d’O. Millier, p. 601 . — 424 Nonn. Dionys. X11I,140 et s.
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nien, l'auteur du cratère de marbre transporté de la cathédrale de Gaëte au Musée de Naples 425 (üg. 681). Hermès y remet l’entant à Nysa, assise sur le rocher de la grotte mystique; d'un côté de cette scène se déploie l’orgie |
bruyante représentée par deux Satyres et une Ménade, dansant et jouant des instruments ; de l’autre, la gravité des mystères s’exprime par l’attitude des personnages en contraste avec la bacchanale; ce sont Silène portant le
Fig. 6SI. Bacchus enfant, confié à la nymphe Nysa.
thyrse, Mystis 426 ou Télété 427 , c’est-à-dire dans tous les cas une personnification de l’initiation, tenant également le thyrse, enfin Œnanthé 428, la vigne en fleurs, qui s’appuie au tronc d’un arbre.
Un sarcophage romain, actuellement conservé à Munich429, répartit en trois scènes juxtaposées les principaux épisodes de l’enfance de Bacchus; au centre, il est lavé par les nymphes de Nysa; à gauche, monté sur un bélier, il joue au milieu des Satyres et des Ménades ; à droite enfin, debout sur les genoux d’un Satyre et s’appuyant à un cep de vigne, il reçoit les leçons de Silène. C’est là en effet le précepteur que lui attribuent d’ordinaire les écrivains 430 et les monuments de l'art 431 [silenus]. Une belle statue du Louvre 432 montre Bacchus enfant aux bras de Silène : comme l’a remarqué Welcker 43\ c’est la reproduction de l’œuvre d’un maître inconnu que l’on admirait à Rome, dans le Portique d’Octavie 434. Sur les monnaies de Zacynthe 438, ce n’est plus Silène, mais Pan qui porte le jeune dieu dans ses bras et semble avoir le soin de son éducation ; ceci est d’accord avec la tradition locale de Patræ, indiquée par Pausanias En Eubée 431 et en Cyrénaïque 43S, c’est d’Aristée qu’on faisait le précepteur de Dionysos ; on l’admettait aussi à Syracuse L’enfance et l’éducation de Dionysos ont d’ailleurs fourni à l’art grec et romain une mine de sujets presque inépuisable. Tantôt on représente 1 enfant porté dans le van mystique par un Satyre et une Ménade dansants pour la cérémonie de I’amphidbomia, que l’on pratiquait pour tous les nouveau-nés (voy. plus haut,p. 230, fig. 267). On racontait, en effet, que le dieu avait eu pour berceau un van441, Mxvov, d’où son surnom de 442, « celui au
423 Gerhard, Neap. ant. Bildw. p. 76 et s. ; Mus. Borbon. t. I, pl. xtix ; Muller- Wieseler t. II, pl. xxx.v, n<> 396. - «"> Explication de Welcker ; cf. Nonn .1. c. et IX 93. — 437 Explication de Gerhard ; cf. Paus. IX, 30, 3. — 438 Cf. Gerhard, Auserl. \as. t. II, pl. eu; Ch. Lenormant et de Witte, El. des mon. ceramogr. t. I pl. lxxxv. — W9 Winckelmann, Mon. ined. 52; Mus. Napol. t. I, pl. lxxyi ; Millin, Gai. myth. n° 229 ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxvi, n" 402. Voy. un autre, très-analogue, dans Foggini, Mus . Capitol, t. IV, pl- nx. *30 Diod. Sic. XIV, i, Orph. Hijmn. LI1I, I. Pitt. d’Ercol. t. II, pl. xi v, Mus. Borb. t. X, pl. xxv.
432 Musée royal, t. II, pl. ix; Bouillon, t. I, pl. mv; Clarae, Mus. de sculpt. pl. 333, n» 1556; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxv,n» 406. Statue semblable a Munich : Clarae pl. 676, h» 1556 A. Bacchus enfant sur les épaules d'un satyre, statues à Naples et à la villa Albani : Mus. Borbon. t. II, pl. xxv; Clarae, pl. 704 B, n° 1628 A et B. — 433 Kunstmus. p. 24. — 434 Pün. Eist. nat. XXXVI, 4, S. — 433 Borv de Saint-Vincent, Hist. et descr. des lies Ioniennes, pl. ; Müller- Wieseler, t. II, pl. XXXV, n- 410. - 433 VII, 18, 3. - 437 Apollon. Argon. IV, 1131 ct-s. __ 438 Diod. Sic. III, 69. - 433 Cic. In Verr. IV, 57 ; cf. Meyer, Gesch. d. büd. Kunsl t I IJ *59 — 410 winckelmann, Mon. ined. 53 ; Millin, Gai. mythol. LXV II, 232 ; Welcker. Satyrsp. p. 122 ; Or. Gôtteri. I. 111, p. 216 ; Panofka. Büd. ant.
van ». Ailleurs Dionysos enfant est assis dans la grotte symbolique de Nysa 443 ; ou bien, accroupi à terre, il tient une grappe de raisin 444 , ou bien encore il est posé sur les pampres qui sortent d une grande corne d abondance Les statues de Dionysos dans son enfance ne sont pas précisément rares 446. Les bas-reliefs qui retracent son éducation et ses jeux sont multipliés 447. Accompagné de Silène, de Satyres et de Ménades, il chevauche gaiement une chèvre 448 ou une panthère 449. Sur une pierre gravée la scène se passe à Dodone, localité nettement caractérisée parle chêne prophétique, la chapelle voisine et la source; deux Hyades conduisent un lion sur lequel est monté le petit Dionysos ; Dioné, comme mère du dieu, surveille la scène et tient le van sur ses genoux. Sur une autre 4ül, Pan, jouant de la double flûte, apprend à danser à l’enfant divin. Je ne cite que quelques-uns des types de représentations les plus caractéristiques.
V. — Devenu grand, Dionysos plante la vigne et lui fait produire son nouveau nectar terrestre 4b2. L’inimitié d Héra le poursuit encore; elle le frappe de folie furieuse w3. Pour s’en guérir, il va consulter l’oracle de Dodone, mais un lac formé subitement lui barre le passage. Il le traverse, monté sur un âne, et en reconnaissance place cet animal au ciel, parmi les astres 434. C’est pendant le cours de cette fureur que les combinaisons factices des mythographes de profession 453 le font aller en Syrie, où il visite Aphrodite et Adonis ou. bien enlève celui-ci 436, et en Égypte chez Protée 437. Enfin il se rend enPhrygie, oùCybèle l’initie à ses mystères et en le purifiant le rend à la santé
L’existence habituelle de Dionysos est le sujet d’un cycle immense de descriptions poétiques et de représen¬
tai, 1 ; Campana, Ant. op. in plastica, pL n; Müller-Wieseler, t. Il, pl. xxxv,
,o 4i4. 44t Serv. ad Oeorg. 1, 116; cf. Gerhard, Ant. Bildw. pl. civ, n0 1;
lliiller-Wieseler, t. II, pl. xxxv, a” 412. — 443 Plut- Quacst. gr. 33 ; Is. et Os. 35 ; Vomi . XLVIII, 959 ; Hesych. 3. v. — 443 Stackelberg, Grüb. d. Hellen. pl. xuxi 444 Monnaies d’Ophrynium de Troade : Choiseul-Goufficr, \oyag. pittor. t. II, il. lxvii, n» 1 ; Sestinï, Lett. num. U VII, pl. ni, n° 1 1 ; Gerhard, Ant. Bildw. ,1. cccxn, 7. — 4‘B Monnaie de Nysa de Carie : Millingen, Mon. ined. pl. ni, »“ 24 ; Huiler- w'ieseleh, t. II, pl. xxxv, n» 416.— 446 Iléunies dans Clarae, sous les n»» 1557- 1559, 1561, 1562, 1564-1564 B, 1566, 1567 et 15 77. — 447 Èntre autres : Gerhard, Ant: Bildw. pl. civ, n’ 2; — 448 Bas-relief : Btettiger, Amalthea, t. I, p. 51 ; Ane. marbles ii the Brit. Mus. t. II, pl. ix ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxv, n“ 403. Dionysos enfant i cheval sur un boue, sldtuc dé la collectioii Carlisle : Clarae, pl. 694 A, n» 1610 B.
449 Pierre graVéë : Cades, Impronte, IV, 37; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxv,
jo 405. 430 Baspe, Cat. d. Tassie, t. Il, pl. xxxvu, 4261 ; Bracci, Mem. degV ant. ’ncis t I pl. xvi, n° 3. — 481 La Cliau et le Blond, Pierres gravées d’Orléans, t. I; ,1. lx.x ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xfcin, n» 542.-452 Apollodor. ÙI, 5, l.- 483 Apolod. I. c. — 484 Hvgin. Poêt. astr. 11,23.- 488 Apollodor. /. c.— « Plut. Sympos. IV , ■ o. 431 Apollod.I. c. — 458 Apollod. I. c. ; Eumel. ap. Schol. ad Iliad. Z, 130.
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tâtions figurées. Les orgies que l’on célèbre en son honneur, et qu’il a instituées lui-même à Thèbes499 et à Argos460, sont la reproduction de la fcte bruyante et orgiastique au milieu de laquelle il passe éternellement sa vie. Entouré des Nymphes ses nourrices, des Ménades de toute espèce, des Satyres, des Silènes, des Pans et des Centaures, en un mot de tous les êtres à la nature à demi animale qui composent son cortège ou thiase, il mène sur les sommets boisés des montagnes la bacchanale461, à laquelle se joignent quelquefois les Naïades 462, les Nymphes Oréades 463, Éros et Aphrodite 46\ Déméter468 ou Cybèle 466, toutes les divinités de la fécondité ou de la production terrestre. Partout les fleurs et les fruits naissent sur son passage. Avec son thyrse il fait jaillir du sol et des rochers des sources de vin et d’eau, dans les fleuves il fait couler le lait et le miel 467; à Naxos, au moment de son union avec Ariadne, les rochers ruissellent de nectar 468 ; à Téos une fontaine de vin jaillit au moment de sa naissance ; on raconte des miracles semblables à Andros 469 et à Élis 470. C’est sur les montagnes qu’il se plaît particulièrement ; c’est là qu’il se manifeste aux femmes qui vont célébrer ses fêtes ; c’est là qu’il apparaît souvent471 aux pâtres et aux vignerons. De là toute une série de ses surnoms, yOpetoç, 'OpsVr/];, ’Opsaxioç, OpscpoiTr,?, OupsaicpotTT]? m, qui tous le caractérisent comme le dieu qui fréquente les montagnes. Une autre série d’épithètes, encore plus riche, a trait à la fête perpétuelle dans laquelle s’écoule son existence, Kw^outuy]; 473, au fracas de
cette fcte, Bpop.toç 474, ’Ept6pop.oç 47j, Bpiaxyo; > aux cris
joyeux que l’on y poussait 4'7, Epi ’ 'Iax/oç i8#, ou ESto; 481, Efoioî 48i, Evanum du cri evoe (euot), ’EXe^EÛç 484, de IXsXeü, ’lôêax^oç 485 de l’exclamation îw Bâx/s, enfin JP/xyyêax^o; 486 de l’invocation répétée de son nom. Le même dieu est aussi Xopsïoç481, Xopolxuiro; 488, d apres les rondes de la bacchanale, qu’il mène lui-même, Xopa- Toç 489, et les chœurs alternés de chant et de danse auxquels' les bergers viennent quelquefois prendre part 49°. Le moment que Dionysos préfère pour l’éclat des réjouissances auxquelles il se complaît est la nuit491, l’heure même où les femmes de la Béotie et de la Phocide vont célébrer ses orgies triétériques sur le Cithéron et ie Puinasse [dionysiaI. C’est pour cela qu’il est le dieu nocturne, Nuxt&ioç 492, et qu’à cause des flambeaux qui éclairent ses' réjouissances on l’appelle Aa^p 493 ou üupjrfXoç 494.
Dans l’article thiasus il sera parlé de la nature des différents personnages qui font le cortège habituel de Bacchus [voy. aussi centauri, maenades, pan, satyri, silenus], ainsi que des noms qu’on leur donne quelquefois individuellement. On y traitera des représentations qui mettent en scène tous ces personnages ou montrent le dieu au milieu de son thiase. Peintres et sculpteurs, dans
T'» 1 rtï-mli a donc
des fois chantées par les poètes, une des sources favorites de leurs inspirations et une mine inépuisable de sujets. Ici nous nous bornerons à placer sous les yeux du lecteur comme spécimen la composition (fig. 682) tracée
Fig. 682. Bacchus au milieu de son thiase.
sur un vase du cabinet de Vienne 49S. AI0NYZ02 est assis sur un rocher dans les montagnes ; IMEP02, le Désir, lui
/, s9 Apollod. III, b, 2 ; c’cst le sujet fondamental des Bacchantes d Euripide, avec la fable de Penthée, qui se lie à cette institution. — 480 Apollod. I. c.
— Mil Îlomer. Hymn. XXVI, 7 et s.; Pratin. ny>, Athcn. XIV, p. 617 ; Ahacr. ap. Dion. Chrysost. Orat. II, p. 3b; Sophocl. Ocdip. Col. 078 ; Aristoph. Thesm. 987 et s.;" Horat. Od. II, 19. — 482 Pratin. ap. Athett. U c. — 468 Fest. p. 182.
— 484 Anacr. ap. Dion. Chrys. I. c. — 488 Pind. Isthm. VI, 3. — 488 Ëuripid. Palamed. fr. 589. — 487 Euripid. Bacch. 704 et s.; Plat. Ion. 534 ; Horat. Od. Il, 19, 9; Paus. IV, 36, 5 ; Oppian. C.yneg. IV, 277 ; Aristid. t. Il, p. 24, ed. Dindorf. - 488 Propert. III, 17, 27 ; Steph. Byz. v. NAÇo;. - 488 Pün. Hist. nat. 11, 23t. — 470 Paus. VI, 26 l ; Aristot. Mirab. 123. — 471 Fest. p. 182. — 472 Welcker, Nachtr. p. 186 ; Gr. Gôttèrl. t. II, p. 589 ; Frellcr, Gr. Myth. t. I, p. 324; Gerhard, Gr. Mxjth. § 447, 2.
473 welcker, Gr. GOtterl. t. II, p. 610. - 474 Eurip. Bacch. 389 ; Ovid. Metann
IV, 11 ; Orph. Lith. 18 et 77 ; et dans une infinité de passages de presque tous les auteurs. On tirait aussi ce surnom du fracas du tonnerre au moment de sa naissaucc : Diod. Sic. IV, 5. — 478 Humer. Hymn. VI, 56 ; XXV, 1 ; Anacr. ap. Etym. Magn. v. idivüïoç ; Dionys. Perieg. 576. ’EpiÇptpÉTr); : Dionys. Pcrieg. 578. 1,6 Etym. 51. s. v.
477 Welcker, Gr. Gôtterl. t. II, p. 609 ;Preller, Gr. Myth. t. I, p. 523.— 478 Pind. api Dioilys. De cônVp verbi p. 154. - — 478 Hesvch. s. v.; de lùÇstv. 488 Ce nom
présente en volant une couronne ; deux femmes, SiffiNv,?, et onnPA, la Saison d’automne, lui apportent des scaphées
tlré de lo$, le cri joyeux, est d’ordinaire exclusivement propre à l'Uccmis éleusinien. Pourtant l'ancien Dionysus, barbu, est appelé IAKXtlï sur un vase peint : Gerhard, Auserles. Vas. t. I, pl. lxix et lxx ; Roulez, Ballet . de l’Acad. de Belgique, t. XII, p. 344 ; Welcker, Alt. Denkm. t. III, p. 45 ; Preller, Arch. Zeit. 1845, p. 109; Sliiller-wieseler, t. II, pl. xxxix, n° 453. Dans l’invocation des Lénées athéniennes on appelait Dionysus ïîntXiiïo; ’lnr./p; (Schol. ad Aristoph. Ban. 428). Chez Ovide [Met. IV, 15) Iacchus est encore un simple surnom du Bacchus ordinaire.
— 481 plut. De ù ap. Delph. 9 ; cf. Paus. IV, 31, 4. — 482 Etym. 31. s. v. ; cf. Lobeck, Aglaoph. p. 1041. — 483 Ovid. Met. IV, 15; Serc. ad Aen. VI, 517.
— 484 Ovid. I. c. — 483 Hesych. s, v. — 488 Hesvch. s. v. — 487 Plut. De si ap. Delph. 9 ; Synip. qaaest. V, 6. (biXojçoçtuïif; : Arist. Ban. 402 et 404. — 488 Nonn. XLIY, 54; XLVI, 143. — 488 Soph. Antig. 1146, — 480 Virg. Ecl. V, 30. — 48i Soph. Antig. 1146 et s, — 483 Paus. I, 40, 5; Plut. Symp. VI, 7, 2; Ovid. Melam. IV, 13; Welcker, Nachtr. p. 192. — 483 Paus. VII, 27, 2. Fête des Lampteria en son honneur à Pollène : ibid. — 484 Lucian'. Bacch. 3. n'jçioeypiî : Orph. Hymn. LI, 9. <l>ciu<TTiiçi9; : Lycophr. Cass. 212. — 488 Laborde, Vases de Lamberq, t. I, pl. lxv; Dubois-SIaisonneuve, Introd. à l'étude des vases, pl. xxti ; Sliiller-Wicscler, t. II, pl. xlvi, n° 585.
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pleines de fruits; auprès se tiennent, en se faisant pendant, deux Satyres, l’un appelé kqmos, personnification de la joie bruyante de la fête, l’autre sans nom, jouant delà lyre. Dans le fond, sur les pentes de la montagne, sont deux groupes qui occupent les deux extrémités de la représentation ; d’un côté ainonoh, l’Ivresse qui fait tourner la tête, de qui s’approche un Satyre, de l’autre EiPHNH, la Paix, qu’Euripide 496 joint au thiase de Baccbus; elle a près d’elle le Satyre tiavoino,-, le vin doux, qui reparaît assez fréquemment sur les monuments 497. Nous rappellerons encore un célèbre cratère de marbre du Musée du Louvre connu sous le nom de vase Borghôse ',98; Bacchus jeune, debout, tenant le thyrse, s’appuie sur une Muse499 qui joue de la lyre; autour d’eux se déroule la danse orgiastique de la bacchanale, au milieu de laquelle Silène, tombant d’ivresse, est soutenu par un Satyre. Les Muses, dont nous avons vu un récit faire les nourrices de Dionysos, lui sont quelquefois associées 600, et les Ménades musiciennes portent sur les monuments des noms de Muses, comme Terpsicliore ou Thaleia 601 [maenades]. Notons, pour terminer ce qui se rapporte à ce sujet, que dans les scènes de bacchanales, Dionysos est toujours à pied; on ne le voit monté sur un char que lorsque Ariadne l’accompagne 802. Pourtant un curieux vase d’ancien style 803 (fig. 683) le montre dans un quadrige d’un genre
Fig. GS3. Bacchus traîné par des Satyres et des Ménades.
tout particulier, que traînent deux Satyres et deux Ménades.
Dionysos promène ses orgies et son cortège par toute la Grèce et l’Asie Mineure. A ses courses errantes se rattachent aussi les nombreuses légendes relatives aux fruits de ses amours avec des Nymphes ou des mortelles, comme Narkaios, fils de Physcoa dans l’Élide504, Phlius 50s, ou Phlias 606, héros éponyme de Pblionte en Argolide, fils de Chthonophylé, Carmon , fils d’Alexirœa B07, Tèlétè, fille de Nicæa 509, Meclos, l’ancêtre des Mèdes, fils d’Alphesibœa 809, Phanos, un des Argonautes 810, dont on ne désigne pas la mère. Dionysos est en effet par excellence le dieu Tuvat-
496 Baceh. 395 et s. — 497 Gerhard, Gr. Myth. § 466, 2 ; Maury, Bel. de la Gr. t. I, p. 517. — '‘98 Bouillon, t. I, pl. lxiv ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xlviii, n° 601. — 499 panofka, Mus. Blacas, p. 15 ; Gerhard, Ant. Bildw. p. 225. — 4°° Tint. Symp. VIII, proem. — 501 Gerhard, Gr. Myth. § 466, 3. — «02 Cependant il faut citer comme exception à cette règle : Gerhard, Auserl. Vas. pl. tu. — 50 1 Dubois-Maisonneuve, Introd.àl’ét. des vas. pl. xlii ; Gerhard, Ant. Bildw. pl. xvn ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xlviii, no 605. — 804 Paus. V, 16, 5. — 808 Stepb. Bvz. v. dO.toüs. — 806 Apollon, Argon. I, 116; Orph. Argon. 192. — 607 Nat. Com. V, 13, p. 497. — 803 Nonn. Dion. XV, 170. — 809 Pseudo-Plut. De fluv. 24. — 8,0 Apollon. Argon. I, 9 et 16.
511 Nonn. XLVIII, 551 et 644 ; cf. Wclcker, Gr. Gôtterl. t. II, p. 610. — 812 C'est
proprement le sens philologique du mot : Homer. Iliad. r, 39; Quint. Smyrn. I, 726 ; Aelian. Nat. anim. XV, 14 ; Charit. V, 2. — 8>3 Plut. De ù ap. Delph. 9. — 814 Polem. fr. 110, édit. Preller ; Clem. Alex. Protrept. p. 29 ; Schol. ad Acsch. Pers. 1062.
515 Anacr. XLI, 7. — 818 Ibid. — 811 Braun, Gr. Gôtterl. § 416 ; voy. le vase peint
dans O. Jahu, Vasenb. pl. n ; Welckcr, Denlcm. d. ait. Kunst. t. III, p. 243 et s.;
fjLav^î sn, qui a la fureur des femmes 8,2 et aussi qui inspire la fureur orgiastique aux femmes, par lesquelles ses fêtes nocturnes de la Béotie et de la Phocide étaient célébrées, à l’exclusion des hommes [dionysia]. Sous ce dernier aspect il est ’Opatyiivat^ 813, celui qui excite les femmes ; sous le premier, il est XotpotjuxXrjç 814 ; nous parlerons plus loin de Dionysos comme dieu phallique [sect. ix]. Dans son thiase même, on lui donne encore pour maîtresses Méthè, l’ivresse M5, Charis 816 et Irène 817, la Paix.
Parmi ses visites aux mortels quelques-unes sont célèbres. En Phrygie, il se rend chez Mihas pour obtenir la liberté de Silène, capturé par ce roi, et lui donne en échange la faculté de changer en or tout ce qu’il touchera 818. En Laconie il reçoit l’hospitalité de Dion, aime sa fille Carya et la change en noyer après sa mort 619. En Etolie il est accueilli par OEneus auquel il fait don de la vigne, et prenant sa femme Althæa pour maîtresse, il la rend mère de Déjanire, suivant les uns, de Méléagre, suivant les autres820. Mais la plus fameuse des visites de ce genre est celle qu’il fait en Attique chez Icarios. C’est sous le règne de Pandion que cet événement est placé. Icarios, le type héroïque du cultivateur athénien, a pour épouse Phanothéa, à laquelle on attribue l’invention du vers hexamètre821, et pour fille Érigone. 11 reçoit Dionysos dans sa demeure, et l’entrée du dieu, escorté de Silène, de Satyres et de Ménades, dans la salle du festin où l’attendent Icarios et Phanothéa, est représentée par un basrelief dont il existe plusieurs répétitions 822 (fig. 684). En récompense de son hospitalité, le dieu gratifie Icarios du vin, mais lui recommande de tenir ce trésor caché sous terre, de peur des malheurs qui pourraient en survenir. Mais cette précaution est négligée, des bergers trouvent le vin mal caché, s'en enivrent, tuent Icarios et jettent son cadavre dans la source Anygros, qu’ils comblent de pierres. Érigone désespérée devient l’errante (àX^Ti;), et cherche partout le corps de son père, avec sa chienne Mæra. Elle trouve enfin le tombeau d’Icarios dans l’Hymette et se pend à l’arbre au pied duquel il a été enseveli. Dionysos, ou suivant d’autres Zeus, à sa prière, transporte dans le ciel, au rang des constellations, tous les personnages de cette histoire de deuil, Icarios comme Bootès ou Arcturus, Érigone comme la Vierge, et la chienne Mæra comme l’étoile de Sirius 823. La mémoire d’Érigone était fêtée par la cérémonie de I’aioiia, et l’on disait que le jeu de I’askolia avait été inventé par Icarios 824. On prétendait montrer dans le dême d’Icaria la première vigne, plantée par le héros éponyme sur les indications de Dionysus 828. 'Hpiycivr), celle qui naît au printemps, est la vigne elle-même qui s’attache et se suspend aux arbres; sa mort est pareille à celle du jeune et beau Mélos, la pomme, qui dans les fables de Cypre donnait son nom a
Müller-Wieseler, t. II, pl. xlvi, n° 585. - 8>3 Ovid. Met. XI, 90-145 ; Hygin. Fab. 191 ; Serv. ad Bel. VI, 13. — 819 Serv. ad Ecl. VIII, 30. — 829 Apollod. I, 8, 1 ; Hvgin. Fab. 129. — 821 Clem. Alex. Stromat. I, p. 366. — 822 Visconti, Mus. Pio- Clem. t. IV, pl. xxv ; Mus. Napol. t. II, pl. m ; Bouillon, t. III, pl. xxxvm ; C.larac, Mus. de sculpt. bas-reliefs, pl. 133 ; Ane. marbles in the Brit. Mus. t. II, pl. iv ; Müller-Wieseler, t. II, pl. l, n° 624; cf. O. Jahn, Arch. Beitràge, p. 198; Stephani, Comptes rendus de la Comm. Archéol. de S.-Pétersbourg, 1869, p. 71. — 823 Apollod. III, 14, 7 ; Paus. I, 2, 4; Hygin. Fab. 130; Poet. astron. II, 4 et 25 ; Serv. Ad Georg. I, 67 et 216 ; Eustath. ad Iliad. p. 389 ; Ad Odyss. p. 1535 ; Tibull. IV, 1,9; Propert. II, 33, 29 ; Ovid. Met. VI, 126 ; X, 451 ; Hesveh. s. v. AU6fa et 'A7,f)xi<; s’tep’h. Bvz. v. ’lMji* ; cf. Welckcr, Nachtr. p. 222 et s.; Schwenck, Etym. myth. Andeut. p. 148 et s.; Osann, Ueber die erste Anp/lanzimg und Verbreitung des Weinsloclcs in Attika, dans la Ver h. d. sechst. Vers. d. Schulm. u. Philol. Cassel, 1843, p. 15 et s. ; Osann, De Eratosthenis Erigona, C.ôltingen, 1846. — 824 Hygin. Poet . astron. II, 4. — 828 Eustath. Ad Iliad. p. 871.
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l’arbre auquel il se pendait S2S. La chienne Mæra est le chien céleste, Sirius, qui se montre au moment où mûrit le raisin627 ; aussi le chien joue-t-il également un rôle dans la légende locrienne du roi Orestheus.
Celui-ci enfouit en terre un morceau de bois qu’une de ses chiennes a mis bas, et au printemps, il en voit sortir une vi-
VI. — Celle des fables relatives aux ennemis que rencontre et combat Dionysos, qui apparaît la première, est celle de sa lutte avec Lycurgue. La plus antique version de ce récit se trouve dans l’Iliade 629 ; elle place l’histoire pendant l’enfance du dieu. Lycurgue, fils de Dryas, poursuit avec sa hache à deux tranchants 630 les nourrices de Dionysos sur le mont Nysion et les fait fuir dispersées; le jeune dieu se précipite dans Iamer,oùThétis le recueille et le sauve. Zeus frappe de cécité le roi thrace, et les dieux le font bientôt périr. C’est cette version qu’a suivie l’auteur d’une pierre gravée 831 qui représente Dionysos enfant, tenant le thyrse, porté sur les flots par un hippocampe. La fable se développe ensuite considérablement, et ces nouvelles variantes placent toutes l'histoire à une époque postérieure à l’enfance du dieu. Chez Hygin 532, Lycurgue se déclara l’ennemi de Dionysos et dans son ivresse veut souiller la couche de sa propre mère et arracher la vigne dans son pays. Dionysos le frappe d’une folie furieuse dans laquelle le roi tue sa femme et son fils et se coupe à lui-même un pied 633 avec sa hache, le prenant pour un cep de vigne. Le dieu le précipite ensuite des sommets du Rhodope et le fait déchirer par ses panthères, ou bien Lycurgue se tue lui-même837. Suivant Apollodore 63S, c’est au retour de l’Inde que Dionysos vient en Thrace avec son cortège et est attaqué par Lycurgue. Le dieu se jette à la mer et trouve un refuge près de Thétis ; ses Satyres et ses Ménades sont réduits à l’état de captifs. Pour châtier Lycurgue, Dionysos lui envoie la fureur pendant laquelle il tue d’un coup de hache son fils Dryas, croyant couper une vigne. Le roi thrace revient ensuite à la raison ; mais son pays est frappé d’une incurable stérilité. L’oracle consulté répond que
526 Serv. ad Virg. Eclog. VIII, 37. — 527 p0U. y, 42; cf. Sehol. Apollon. Argon. II, 517 ; Schol. ad Iliad. X, 29. — 528 Paus. X, 38, 1. — 529 z, 130 et s.
— 530 Boùiî).y|S dans les vers homériques; cf. Eustath. ad Iliade p. 629. Ovide traduit ce mot par bipennis : Met. IV, 22. La bipenne est en effet l’arme donnée à Lycurgue sur tous les monuments de l’art : Welcker, Æschyl. Trilog. p. 327.
— 531 Tœlken, Verzeichn. d. Gemrn. su Berlin, III, 3, n° 939 ; Miiller-Wieseler, t. II, pl. xxxix, n° 451. — 532 Fab. 132. — 533 Ou les deux pieds : Serv. ad Aen. III, 14. — 534 Hyg. Fab. 242. — 533 m, 5, 1. 536 m, 65 ; cf. I, 20. — 537 Antig. 955 et s. 11 fait enfermer Lycurgue dans une grotte enfouie sous un amoncellement de pierres ; cf. Ovid. Trist. V, 3, 39. — 338 Welcker, Æschyl. Trilog. p. 326 et s. ; Nachtr. p. 103 et s. — 539 Zoëga, Abhandl. p. 1-31, 353 et s.; Welcker, Alt. Denlcm. t. II, p. 94 et s. — 540 paUs. I, 20, 2. — 541 Lippert, Daktylioth. II, 199 ; Miiller-Wieseler, t. II, pl. xxxvii, n. 439 ; cf. Gori, Mus. Florent, t. I, pl. xen, n° 9;
la terre ne donnera de nouveau ses fruits que lorsque Lycurgue aura été mis â mort. Alors les Edoniens le saisissent et l’abandonnent, chargé de liens, dans le Pangée,
où Dionysos le fait mettre en pièces par des chevaux. Enfin, dans le récit de Diodore 536 , le dieuduvin, revenant en Europe après des expéditions victorieuses en Asie, fait une alliance avec Lycurgue, roi de Thrace, et, laissant son armée de l’autre côté de l’Hellespont, vient chez lui, entouré des seules Ménades.
Lycurgue complote de l’égorger dans la nuit, mais ses embûches sont révélées par Tharops à Dionysos. Celui-ci, en s’échappant seul, gagne son armée, tandis que les Ménades se cachent dans le mont Nysion. Revenant ensuite avec toutes ses troupes, Dionysus défait les Thraces, prend Lycurgue vivant et le fait torturer, aveugler, enfin mettre en croix.
La fureur de Lycurgue, telle qu’on la racontait avant ce dernier travestissement evhémériste, a été chantée par Sophocle 637 ; Eschyle en avait fait le sujet d’une de ses trilogies 838. Les artistes l’ont souvent retracée 339. On la voyait dans les peintures d’un des temples situés à Athènes dans le téménos de Dionysos Eleuthereus 8'‘°. Une pierre gravée 871 représente le roi thrace arrachant la vigne dans sa fureur; un vase peint 512 le montre tuant avec la bipenne son fils Dryas. Des compositions plus étendues, où Lycurgue tue sa femme et son fils et où Bacclius, entouré de personnages de son thiase, assiste aux effets de la folie dont il a frappé son ennemi, nous sont offertes par des bas-reliefs 873 et surtout par des vases peints577. Sur un sarcophage de la villa Albani 873 (fig. 685), ce n’est pas sa femme que tue Lycurgue. L'artiste a suivi les données particulières de la forme du récit adoptée aussi par Nonnus876 et le roi thrace frappe la nymphe Ambrosia, qui se change en vigne 577 ; deux Erinnyes, placées de chaque côté du groupe, excitent sa fureur, et l’une d’elles est accompagnée de la panthère qui déchirera Lycurgue ; Bacclius leur commande, soutenu par Silène et escorté d’un Satyre, d’un Pan et d’Opora ou Po-
W'icar, Tabl. stat. etc. de la gai. de Florence, t. III, pl. ni ; Ii. Galler. di Firenze, sér. V, pl. m, n» 2. Yoy. pourtant l’explication différente d’O. Jahn, Arc h. Zeit. 1861 , p. 162. — 342 Dubois-Maisonneuve, Introd. à l’étud. des vases, pl. liii, n • 2; Mus. Borbon. t. III, pl. xxix ; Miiller-Wieseler, t. II, pl. xxxvii, n° 440. — 543 Zannoni, Illustras, di un antico vaso di marmo, Florence, 1826 Welcker, Kunstblatt, 1829, n° 1 5 ; Mon. de l'Inst. arch. t. IX, pl. xlv. — 54V jiillin. T ombenux de Canosa, pl. xm ; Zoëga, Abhandl. pl. i, n» 3 ; Mon. inéd. de l'Inst. arch. t. IV, pl. ivi et xvii ; t. V, pl. xxiii ; Roulez, Ann. de l'Inst. arch. t. XVII, p. lit et s. ; Bullet. de l'Inst. arch. 1846, p. S8 ; MiUingen, Peint, de vases, pl. i et ii ; Miiller-Wieseler, l. II, pl. xxxvm, n° 442; cf. Arch. Zeit. 186 p. 53; Ann. de l’Inst. arch. 1872, p. 248 ; 1873, p. 66. — 543 Zoëga, Abhandl. pl. i, n° 1; Miiller Wieselerpt. II, pl. xxxvii, n° 141 . — 546 Koehler, JVonn. v. Panop. p. 76. — 547 Njnn. XXI, 17 et s. C’est aussi le sujet retracé sur un vase de verre décrit par M. de Witte, Ann. de l'Inst. arch. t. XVII, p. 114, note 7.
Fig. 684. Bacchus chez Icarius.
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mona. La fable de Lycurgue est encore le sujet d’une mosaïque de Naples8'8 .
Toute cette légende est une personnification des phénomènes de l'hiver , qui porte pour un temps dans la nature le ravage et la désolation 8W. L’hiver, avec ses tempêtes , est figuré d'une manière saisissante par le sauvage roi de Thrace , apparenté à Borée 88°, fils ou père de Dryas, c’est-à-dire sortant des grandes forêts des montagnes où habitent les loups (AuxoïïpYo;). Dans l’Iliade, il at taque les nourrices de Dionysos enfant, car c’est précisément en hiver que l’on fêtait la naissance éternellement renouvelée de ce dieu, d’abord caché dans l’antre de Nysa, qui apparaîtra dans toute sa gloire au printemps. De là l’époque où on célébrait les Trieterica de la Béotie et de la Phocide, les Dionysies des champs et les Lénées en Attique, c’est-à-dire ses plus anciennes fêtes [bionysia]. Plutarque531 parle des gelées qui venaient souvent troubler les orgies du Parnasse. C’est ainsi que dans les versions postérieures Lycurgue s’attaque au dieu au milieu de sa fête et sévit contre ses Ménades. Mais Lycurgue, comme l’hiver qu’il personnifie, meurt bientôt sous le poids de ses propres fureurs, et c’est seulement après sa mort que la terre redevient fertile.
Naxos avait son récit spécial pour l’expression de la même donnée. Butes, fils de Borée, frère et successeur de Lycurgue, y était représenté comme arrivant dans l’île avec une colonie de Thraces. Manquant de femmes, il allait avec ses compagnons en enlever sur la côte de Thessalie, tombait au milieu de la fête de Bacchus et sans respect pour la sainteté s’emparait des Ménades qui la célébraient ; celle qu’il enlevait pour lui-même était appelée Cor onis. Alors le dieu le frappait de fureur et finissait par le changer en fontaine 8S2.
A mesure que le siège de la fable de Lycurgue était reporté vers le Nord, une autre légende, qui exprimait le même symbolisme en le mêlant au souvenir des immolations humaines des agrionia primitives, se développait comme la légende spécialement béotienne. Penthée, IhvÜEÙç, l’homme du deuil, fils d’Échion, l’un des Spartes nés des dents du serpent de Thèbes 0JJ, et d’Agavé, fille de Cadmus, homme sauvage, féroce et à la taille gigantesque 56\ y est l’antagoniste du dieu. Boi de Thèbes, Penthée veut s'opposer à la fondation des fêtes orgiastiques auxquelles Dionysos, à son retour d’Asie, convoque les femmes sur les montagnes. Résolu à disperser la troupe des
Ménades, il se rend sur le Cithéron 888, et là se cache dans un buisson pour épier les rites dont la contemplation est interdite aux hommes. 11 y est aperçu par sa propre mère,
qui dans l’ivresse du vin et de la bacchanale le prend pour un animal sauvage , un sanglier 886, un lion 537 , ou un chevreau 638. Les Ménades lui donnent alors la chasse, le saisissent et le mettent en pièces; les plus acharnées sont sa mère Agavé et ses tantes, Ino et Autonoé "°9. Les gens de Corinthe ajoutaient que la Pythie avait ordonné aux femmes béotiennes de rechercher le buisson sous lequel s’était caché Penthée et de lui rendre des honneurs divins, et ils montraient dans un temple de leur ville deux xoona faits avec son bois 56°. Eschyle le premier mit à la scène cette fable de Penthée et Euripide en a fait le sujet de sa tragédie des Bacchantes. Elle était retracée dans les peintures d’un des sanctuaires du dieu à Athènes 501 et dans un des tableaux que décrit Philostrate862. C’est aussi cette fable que nous retrouvons sur un certain nombre de monuments de l’art parvenus jusqu’à nous 567, et dont le plus célèbre est un bas-relief existant à Rome dans le palais Giustiniani 86L Sur quelques pierres gravées on voit Agavé en Ménade, tenant la tête de Penthée 86S.
C’est toujours parla folie furieuse que Bacchus punit les contempteurs de son culte; nous en avons un autre exemple dans l’histoire des filles de Minyas, Alcithoc, Leucippé et Arsippé 866, avec laquelle on mettait en rapport l’institution des agrionia d’Orchomène. Refusant de se joindre aux autres femmes qui vont célébrer la fête du dieu, elles restent à leurs travaux; Dionysos lui-même prend la figure d’une jeune fille pour les dissuader de cette impiété. Elles ne l’écoutent pas ; alors il les épouvante par ses miracles, se changeant successivement en taureau, en lion et en panthère; enfin il les frappe de fureur. Leucippé déchire dans cet accès son propre fils Hippasos. Hermès enfin les transforme en chauve-souris, en chouette et en chat-huant 567.
Les filles de Prœtus dédaignent aussi le culte de Dionysos et refusent de s’y associer 868, c’est du moins une des causes que l’on attribue 869 à leur fureur [proetides]. Saisies de folie, elles se croient devenues des vaches et se mettent à errer dans la campagne en mugissant 878 ; bientôt la même fureur gagne toutes les femmes de lirynthe. Prœtus est obligé d’accepter les dures conditions que lui impose Mélampus, le prophète de Dionysos, pour se charger de leur guérison 871 . Mélampus les suit alors avec
Fig. GS5. Fureur de Lycurgue.
548 Gerhard, Aeap. ont. Bildw. p. 143. — 549 Freller, Gr. Myth. t. I, p. 539. 530 Diod. Sic. V, 50. — “31 De prim. frig. 18; cf. De virtut. mul. p. 249. 552 Diod. Sic, V. 50. - 553 Apollod. 111,4, 1; Hyg. Fab. 178 ; Ovid. Met. III, 126.
554 Eurip./toccA. 539 et s. — 555 Ou sur le Parnasse, voy. les notes de Jacobs sur
Philostrate, p. 3 1 8. — 556 Ovid. Met. III, 7 1 4. — 557 Eurip. Bacch. 1215; Philostr.
Jcon. 1,18. 558 Vov. les notes de Passow sur Perse, p. 324. Chez Perse (Sat. I, 100)
il est pris pour un faon, et chez Eschyle (Eumen. 26) pour un lièvre. — 559 Apoll. III, 5 2- Theocr. Id. XXVI; Ovid. Met. 111, 513 et s.; Hyg. Fab. 184; Oppian. Cyneg. IV, 289 ; Nonn. XLV et XLVI. - K» Paus. Il, 2, 0. - 561 Paus. I, 20 , 2. - 562 Icon.
I, 18. 563 o. Jahn, Pentheus itnd die Mœnaden, Kicl, 1841. — 564 Gai. Giustin. I 11 pl CIV - M illin. Gai. myth. n" 235 ; Miiller-Wieseler, t. II, pl. vvxvn, n“ 487. -363 r.ades, Impr. gemm. VI, n» 7 ; Müllcr-Wieselcr, t. II, pl. xxvvu, n° 438.- «« Ou Aristippet Aelian. Yar. hist. 111,42), ou bien Arsinoé (Plut. Quaest.gr. 38). — 56 Ovid. Met IV 1-40, 390 et s. ; Anton. Liber. 10 ; Schol. ad Pind. Olymp. XIV, 3. - 568 Hesiod. ap. Apollod. II, 4, 1 ; Diod. Sic. IV, 68. - 569 Pour les causes alléguées dans d'autres versions : Apollod. I. c.; Sehol. ad Odyss. O, 225 ; Serv. Ad Bel. VI , 48. — 370 virK. Ecl. VI, 48 ; Serv. Ad h-l.— S7t Herodot. IX, 34; Apollod. I. c. ; cf. Schol. Pind. Nem. IX, 30 ; Schol. Odyss. t. c. ; Eustath. ad Iliad. p. 228 ; Odyss. p. 1480.
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des chants et des danses mystiques jusqu’à Sicyone, et dans cette sorte de chasse Iphinnc, l’une des Prœtides meurt de lassitude 872. Mélampus atteint enfin les deux autres, et les guérit par des rites purificatoires. Cette expiation des filles de Prœtus, dont la scène est placée à Sicyone 573 ou près de Sicyone 874, à Clitor 878, à Lusi d’Arcadie 576, ou à la source Anygros en Triphylie 877, est représentée sur un vase peint 878 et sur un camée 879.
Dans la fable de Lycurgue nous 'avons vu l’ennemi de Dionysos triompher un moment du dieu, pour succomber à son tour sous le châtiment. Certains autres récits, d’un caractère toujours mystérieux, plaçaient à l’hiver une mort passagère de Bacchus, suivie de sa résurrection 88°. La notion d’un dieu qui meurt et ressuscite est essentielle dans le personnage du Soma védique [voy. sect. i] : en Grèce elle a pris un autre sens dans les légendes du Dionysos thébain et dans celle du Zagreus crétois. A Delphes, dans le temple meme on montrait le tombeau de Dionysos, sous I’ompiialos ou près du trépied mantique 881 . Plutarque 882 nous apprend que chaque année, au moment des jours les plus courts, on offrait à cette tombe divine un sacrifice secret, qui coïncidait précisément avec l’instant où les Thyades, sur le Parnasse, réveillaient Dionysos Limités, c’est-à-dire le dieu nouveau-né porté dans le van. La coïncidence voulue des deux cérémonies de mort et de renaissance, en rend la signification parfaitement claire. On indique aussi un autre tombeau de Dionysos à Thèbes môme 883. Parmi les auteurs qui parlent de sa sépulture à Delphes, les uns disent qu’il avait été tué par Lycurgue 881 , les autres par Persée 888. C’était en effet une tradition très-répandue que celle d’une lutte entre Dionysos et Persée 886, dans laquelle le fils de Sémélé avait été vaincu et avait trouvé la mort 887. A Lerne, cette légende était combinée avec la donnée mystique qui identifiait Dionysos à Hadès et en faisait le roi des enfers, aussi tenait-elle une place importante dans les mystères locaux [voy. sect. xv, et eleusinia, sect. ix]. Les traditions argicnnes racontaient que Bacchus, venu des îles avec une armée de femmes, avait été vaincu par Persée 888, puis les représentaient réconciliés et recevant en même temps les adorations 889. Dans celles de Lerne même, Dionysos, tué par Persée, avait été jeté dans le lac Alcyonien 89°, où, lors de la célébration des mystères, on l’évoquait du fond des régions infernales 891.
Mais cette cérémonie d’évocation nocturne au lac Alcyonicn 892, qui constituait proprement le rite des nyctelia, était rapportée dans les mystères de Lerne à une autre fable, celle de la descente de Dionysos aux enfers pour y chercher sa mère Sémélé, que la tradition mystique de l’Argolide liait à l’histoire immonde de Prosymnus 893.
C'est en son honneur qu’avaient lieu les Agrionia d’Argos : Hcsych. v, ’,V(sàv la cl 'Ayçiivia. — “73 Apollod. I. c. ; Scllol. Homcr. I. c. — 574 Paus. Il, 7, 7; 12, 1.
— 375 Ovid. Met. XV , 32b. — 376 Paus. VIII, 18, 3 ; cf. Stcph. Byz. v. Aowift ; Curtius, Pclnponnes. t. I, p; 3 0 7. — 677 strab. VIII, p. 340. — “78 Millingen, Peint, de vases, pi. lu, Müller-Wieseler, t, I, pl. 1 1 , n" II. — 579 Chabouillet, Cabinet Louis Fould, h“39i .
— 580 plutarch. Pe tl ap. Delph. 9; cf. Preller, Gr. Myth. 1. 1, p. 537. — 681 Philochor. ap. Job. Malal. II, p. 45, édit, de Bonn ; Lvcophr. Cassandr. 208 ; Tzetz. A. h. l.f Tatian. Adv. graec. 13 ; Cedren. Compend. t. I, p. 43; Svncell. t. I, p. 36, édit, de Bonn; cf. Lobeck, Aglaoph. p. 572 et s.; Chr. Petersen, Pkilologus, 1860, p. 79 ét s. — 582 De Is. et Os. 35. — 583 s. Caesar. Dial. II, Itcsp. 1 12, p. 60, édit. Gall. ; Clenu liccbgm X, 24. — 584 joh. Malal . I. c. ; Cedren. I. c. — 683 Dinarch. ap. lîuscb. Chr on. p. 292, édit. Mai ; ap. S. Cyrill. Adv. Julian. X, p. 342. — 586 Euphorion. ap. Meineke, Eragrn. p. 136 ; Ovid. Met. IV. 606 ; Nonn. XLVII, 475. - 687 Augustin. De rit). Dei, XVII, 12; Schol. Vict. ad Homer. Iliad. s, 319; Eustath. ad Iliad. p. 989. — 388 Paus. II, 20, 3 ; 21, 1. — 589 ](|. n, 03, 7. 590 Schol. Vict. ad Hom. lit.— »! Plut. De Js. et Os. 3o. — 692 paus. jj, 37) 5, 593 ciem. Alex. Protrept.
Cette descente aux enfers n’est, du reste, qu’une forme adoucie et euphémique de la mort. La tradition en existait aussi à Delphes, où les Thyades la commémoraient tous les neuf ans dans la fête appelée iierois 89h Elle avait une célébrité universelle 898, et l’un des grands titres de gloire de Bacchus était d’être ressorti vainqueur des régions infernales, ramenant sa mère Sémélé qu’il en avait arrachée, et l’introduisait ensuite au milieu des dieux dans l’Olympe 896, en lui donnant désormais le nom de Thyoné. Un beau miroir étrusque 897, dont nous reproduisons le dessin (fig. 686), représente la réunion de Sémélé et de
son fils divin 898 ; Apollon assiste à leurs transports. Un vase peint de style ancien montre Dionysos et Sémélé qui remontent ensemble à la lumière 8". Divers monuments associent Sémélé divinisée à son fils G0°.
Ces légendes montrent comment le Bacchus Thébain se présentait déjà sous l’aspect d’un dieu guerrier 601 , vainqueur de ses ennemis et même de la mort. C’est ainsi que sur l’ancien cycle de ses fables put se greffer facilement la donnée lydienne des conquêtes de Dassareus [sect. vin]. Même avant l’introduction de ces données étrangères, Dionysos, envisagé comme héros, était le précurseur et le pendant d’Hercule [sect. xiv]. Aussi l’appelait-on Enyalios 602, Ilo^uoxsXaooç 603, qui se plaît au bruit
U, p. 29 et 30; Arnob. Adv. gent. Y, 28 ; Tzetï. ad Lycophr. Cass. 212; Nonn. Synanog. hist. I, 37 ; Hyg. Poet. astr. II, 5; Phatorin. v. E.of/r(; ; Firmic. Mat. De error. prof. rel. p. 428 et s. édit. Gronot. ; cf. Preller, Demet. u. Perseph. p. 210 et s. — 594 plut. Quaest. gr. 12. — 695 Apollod. III, 5, 3 ; Paus. II, 31, 2 . Sujet représenté sur plusieurs vases : O. Jahn, Vasenb. 111, 2; Gerhard, Etr. u. comp. Vas. IV et V. Sur un autre le nom de l)ioné est substitué à celui de Thyoné ; Canina, BéSerVe étrusq. n. 46. Epigr. Cyzic. i ; Plut. De serv. num. vind. 22; Schol. ad Aristoph. Pan. 330 ; Horat. Od. 11, 1, 29. — 596 cf. Pind. Olymp. II, 25; Pt/lh. XI, 1- — 397 Mon. ined. de l'Inst . t. I, pl. lvi A; Gerhard, Etr. Spieg. t. I, pl. lxxxiii ; Muller-Wieselcr, t. 1, pl, lxi, n° 308. — “98 Le même groupe sur une pierre gravée: Toelken, Verzeichniss, 111, 3, n° 967 ; Müller-Wieseler, t. II, pl.xxxvi, n° 430. — 509 Gerhard, Ueber Anthestërien, dans les Mem. de l’Acad. de Berlin pour 1858, pl. i,n° 1. — 600 O. Müllcr, Handb. d. Arch. § 384, b. — 601 Horat. Od. Il, 19, 16; Eurip. Baech. 283; Plut. Demetr. 2. — Macrob. Sat. 19, 1, 1 ; Dionys. D: comp. verb. I, 17. — 503 Dionvs. I. c. 'AfiRa; : Orpli. Hymn. XXX, 4: i yaiçti>v : Orph. Hymn. X L V, 3.
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de la guerre. Une pierre gravée 604 le montre en héros vainqueur, tenant le thyrse et la foudre 605, couronné par Athéné 6U6. Une représentation analogue s’observe sur un denier romain de la famille Cornelia 607. A Sparte une statue figurait le dieu tenant la lance au lieu de thyrse 608, de là son surnom de Aopatocpopo; 609. Sur les monnaies de Maronée, Dionysos porte une grappe de raisin etdeuxjavelots610. Son thyrse même est une arme avec laquelle il combat, et on y voit une lance déguisée611 (sect. xn). Dans une procession des dieux il figure avec ce thyrse et une cuirasse de peau de panthère 6,a. Un beau vase peint618 le représente s’armant au milieu des Ménades, qui lui apportent son casque et son bouclier, dont l'épisème est un Satyre61*.
Aussi prend-il part avec les autres dieux à la Gigantomachie, où il tue d’un coup de son thyrse Eurytus 613 ou Rhœtus 616 ; il y vient accompagné de ses Silènes et de ses Satyres 617. Sur un vase peint 618, on les voit accourir à son secours dans le combat; un autre619, au revers de la lutte du dieu contre Eurytus, nous montre un Satyre s’armant pour le combat. Dans d’autres récits il s’y change en lion pour déchirer les Géants 62°, ou bien il est monté sur un âne dont le braiement épouvante les ennemis des dieux 611 . L’oracle promettant la victoire aux Olympiens s’ils étaient assistés d’un héros est quelquefois appliqué à Dionysos 622 , au lieu de l’être, comme d’ordinaire, à Hercule [uerculesJ. L’intervention de ce dieu dans la guerre contre les Géants est plusieurs fois représentée sur les vases peints 623.
Fig. 6S7. Bacchus combattant les Géants.
La peinture que nous reproduisons (fig. 687) le montre combattant Eurytus, à côté d’Athéné qui terrasse Encé-
60V Eckhel, Choix de pierres grav. pl. xix ; Arneth, Ant. Cameen d. k.k. Cabin. SU Wi en, pl. XIX, n" 12 ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxvii, n° 434. — 603 Cf. Nonn. XLI1I, 176 et s. - 606 Elle l’assiste dans la Gigautomachie et dans ses guerres indiennes : Monn. XXXVI, 14 ; XL, 3. - 607 Cohen, Méd. consulaires, pl. xiv, Cornelia, n" 4. — 608 Macrob. I. c. — 609 Dionys. I. c. Dionysos s’armant de la lance au milieu des Satyres, rase peint : Arch. Zeit, 1 874, pl. xiv. 610 Panofka, Heilgôtter d. Griech. pl- i, n» 12; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxii, n» 3S7. Sur les armes données à Bacchus, voy. Welcker, Nachtr. p. 107 et s.; Stephani, Compte rendu de la Comm. archéol. de Saint-Pétersb. 1867, p. 162 et s., 182 et s. Il combat avec la lance dans une Giganlomachie : De Luynes, Vases peints, pl. xix. — «il Macrob. I. c. ; cf. üiud. Sic. III, 65. Bacchus combattant avec un thyrse qui à l’autre extrémité se termine en fer de lance : Frœhner, Musées de France, pl. vi. — 612 " inckelmann, Monined. 6 ; Zoëga, Bassiril. ant. t. II, pl. ci. Autres exemples de Bacchus cuirassé : Tischbein, t. III, pl. xix, édit, de Florence; Müller-Wieseler , t. II, pl. xlviii, n° 603; Mus. Borbon. t. VI, pl. m; Müller-Wieseler, t. II, pl. xlix, uu 613; cf. de Chanot’ Gaz. archéol. 1875, p.39. —613 Compte rendu de la Commission arch. de Saint-Pétersb. pour 1867 pl. iv. — 6,i Un autre vase avec Dionysos s’armant de la cuirasse : Frœhner, Musées de France, pl. vin. — 613 Apollod. I, 6, 2. — 616 Horat. Od II 19 23*111,4,55. — 617 Eurip. Cycl. 5. — 618 Frœhner, Musées de France, pl. vi. — 6)9 'compte rendu de Saint-Pétersbourg pour 1867, pl. vi. — 620 Horat. Od. II, 19, 21. 621 Hygin. Poet. astr. II, 23. - 622 Diotl- Sic. IV, 15; Schol. ad Piud. Mcm.
lade 624 ; Dionysos a pour auxiliaires dans cette lutte les animaux qui sont ses symboles, la panthère, le lion et le serpent 625.
Dans d’antres récits, c’est le même dieu qui tue Campé 626, le monstre à cinquante têtes qui gardait dans le Tartare les Cyclopcs et les Ilécatonchires, et que plus ordinairement on fait périr sous les coups de Zeus 627.
Dans les îles de la mer Égée, Dionysos avait surtout pour adversaires les représentants des puissances volcaniques et marines. A Naxos, Bacchus disputait la possession de l’île à Héphæstos et sortait vainqueur de celte querelle 628. Par contre, Stésichore 629 racontait l’alliance amicale que ces dieux avaient faite et dont le gage avait été une coupe d’or donnée par Héphæstos à Dionysos, laquelle avait passé ensuite à Thétis et d’elle à Achille. A Lemnos aussi les traditions locales parlaient de l’amitic et de l’union de Dionysos avec Héphæstos et les Cabires 630 [cabiriJ. Le sujet d’un vase peint 631 paraît emprunté à ces fables lemniennes 632 et représente Hermès amenant à Dionysos les deux Cabires Alcon et Eurymedon, fils d’Héphæstos 633. Plus célèbre et plus généralement répandue était la légende qui représentait Dionysos comme parvenant à ramener dans l’Olympe, après l’avoir enivré, Héphæstos, lorsque celui-ci, irrité contre sa mère lléra, ne voulait plus reparaître au milieu des dieux 634 [vulcanus]. Cette scène était retracée sur le trône de l’Apollon Amycléen 635 et dans les peintures d’un des sanctuaires de Dionysos à Athènes 636 ; Épicharme en avait fait le sujet de sa fameuse comédie intitulée Héphæstos ou les buveurs 637, et il semble que ce fut la pièce du poète dorien qui mit ce récit mythique particulièrement à la mode chez les céramistes 638. Un miroir étrusque représente Héphæstos et Dionysos s’embrassant 639.
Les légendes béotiennes racontaient que Bacchus avait vaincu Triton, qui enlevait les troupeaux sur les côtes 61°. A Naxos il triomphait du dieu marin Glaucus, qui lui disputait l’amour d’Ariadne 641 . Dans cette même île son culte avait été précédé par celui de Poséidon, qu’il avait supplanté 642. Aussi disait-on qu’il avait fait sentir sa puissance belliqueuse sur mer aussi bien que sur terre 643.
Le plus éclatant de ceux de ses triomphes qui avaient la mer pour théâtre était celui qu’il remportait sur les pirates tyrrhéniens. C’est déjà le thème du septième hymne de la collection homérique. Le dieu, prêt à quitter l’île d’Iearia pour se rendre à Naxos, se montre sur la côte sous les traits d’un beau jeune homme. Les Tyrrhéniens l’ein-
I, 100. — 1 623 Compositions générales : Gerhard, Auscrl. Vas . t. II, pl. lxxxiv et lxxxv ; Gerhard, Trinkschalen, pl. x et xi ; de Luynes, Vases peints, pl. xix. Il faut ajuuter un magnifique vase, venant de File de Milo, qui vient d’entrer au musée du Louvre. Groupes isolés, combat avec un seul Géant: Millingen, Uncd. mon. pl. xxv ; Bull, de VInst. arch. 1847, p. 102. Combat avec deux Géants, sans doute Eurytus et lthœtus : Gerhard, Auserl. Vas. t. I, pl. li, 4, et lxiv, 1. Combat contre plusieurs Géants, avec Dionysos exceptionnellement casqué : Frœhner, Musées de France, pl. vu. — 624 On faisait ainsi vaincre Eucélade par Silène : Eurip. Cycl. 7. — 625 Gerhard, Auserl. Vas. t. I, pl. lxui ; Müller- Wieseler, t. Il, pl. xxxvii, n° 433. — 626 Diod. Sic. III, 71 ; Nonn. XX 111, 237 et s.
627 Apollod. I, 2 , 1. — 628 Schol. ad Thcocr. Id. VII, 149. — 629 Ap.
Schol. ad Iliad. 'V, 92.- 630 Welcker, Æsch. Trilog. p. 315 et s. — 631 Gerhard, Auserl. Vas. t. I, pl. li, 1; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxvm, n" 44S. — 632 Panolka, Ann. de VInst. arch. t. XVII, p. 56 et s. — «33 Nonn. XIV, 17 et s. Cic. De nat. deor. III, 21. — 634 Hygin. Fab. 166; Serv. ad Ecl. IV, 62; Aristid. 1. 1, p. 49. - 633 Paus. 111, 18, 9. — 636 Paus. I, 20, 2. — 637 o. Müller, Dorier, t. 11, p. 354 ; Welcker, Nachtr. p. 300 ; Klein. Schrift. t. I, p. 292; Ch. Lenormant et de Wittc, Él. des mon. céramogr. t. I, p. 100. — 638 Él. des mon. céramogr. t. 1, pl. xi.i-xux A, et le catalogue des monuments analogues non compris dans les planches, aux pages 113 et s. — 639 Dorow, Voyage, pl. xv. — 640 Paus. IX, 20, 4. 641 Athen. VII, p. 296. — 642 plut. Symp. IX, 6. — 643 Horat. Od. II, 19, 17.
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