‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 4)Chapitre 124 sur 155 · GH · texte numérisé non relu

GH

BAC

mènent captif sur leur vaisseau. Mais ses liens se détachent d’eux-mêmes, toutes les parties du navire sont subitement enveloppées de pampres et de lierre; enfin Dionysos prend la forme d'un lion et les pirates épouvantés se précipitent dans la mer, où ils sont changés en dauphins. Dans les versions postérieures , le récit va

toujours en se surchageant de nouveaux prodiges 6U. C est le sujet de la belle frise du monument choragique de Lysicrate à Athènes 843 (fig. 088) ; le dieu est assis au centre de la composition, ayant un lion près de lui et entoure de Satyres ; d’autres chargent des chaînes les pirates et les torturent avec des torches ; quelques-uns de ces pira-

AY£IKPATH* AYiieFlAOYKiKYNEY* EYOPMtt I AKAMANTIl HAI&C1V1 E WlKA©EnW HY/»EI AY$lAÛ#*A©HNAiO^EA>ÛAiKE EYA1V16 lOiHPXE

tes se jettent dans la mer et opèrent leur transformation. Sur un autre monument 64e, le dieu, qui va combattre les Tyrrhéniens, est représenté presque enfant, tenant lui-même les torches et s’avançant sur les flots de la mer. Un vase peint à figures noires 647 est plus conforme aux

6*4 Apollod. III, 5, 3; Ovid. Met. III, 582-700 ; Hyg. Fab. 134; Poet. astrun. II, 17 ; Seiv. ad Aen. I, 67 ; Nonn. XLV, 105 et s; cf. de Witte, Gazette archéol. 1875, p. 5-13. — 645 Stuart, Antiq. of Athens, t. I, chap. îv, pl. m et

données de l’hymne homérique (fig. 689); Dionysos y est resté seul dans le vaisseau, dont le màt est enveloppé d’une vigne ; autour nagent les Tyrrhéniens changés en dauphins. La même fable était le sujet d’un des tableaux décrits par Philostrate 648. Sur certaines pierres gra-

s.; Müller-Wieseler, t. I, pl. xxxvii. — 646 plaque d’or : Gazette arch . 1875, pl. u. — 647 Gerhard, Auserl. Vas. t. I, pl. xlix ; O. Jahn, Vasensamml, z . München , n<> 333. — 648 Icon. I, 19.

BAC

BAC

vées 649 on voit un dauphin avec un thyrse. Les poëtes qualifient quelquefois le dauphin de tyrrhenus pùcis G:1°.

Fig. G89. Bacchus dans le vaisseau des Tvrrhéniens.

C’est encore une allusion à cette victoire sur les Tyrrhéniens qu’il faut reconnaître dans le vase d’ancien style 6M, où l’on voit Dionysos accompagné de deux Satyres jouant de la double flûte, dans un char en forme d’une galère portée sur des roues. Tout à fait analogue devait être la trirème que l’on promenait à Smyrne dans la fête de Bacchus, comme commémoration d’une victoire navale sur les gens de Chios, gagnée avec son secours 653. Dans cette cérémonie encore, il avait essentiellement le caractère d’un dieu vainqueur sur mer et qui y fait vaincre.

VII. — La principale fable que le culte spécial aux îles de l’Archipel introduisit dans le cycle de Dionysos fut

le culte d’Ariadne, solennisé par des fêtes publiques, resta presque exclusivement concentré dans les îles, en particulier à Naxos, où il paraît avoir pris naissance 65\ et en Crète 655, la patrie de la famille de Minos, à laquelle la légende rattachait l’héroïne dès le temps d’Homère e’c. Aussi le peintre d’un vase célèbre 6j1 (tig. 690) a-t-il accompagné de l’inscription NASinN les figures de Dionysos et d’Ariadne assis sous un berceau de lierre, vers lesquels vole Éros, tenant une bandelette.

Le nom même d”ApiotSvï] détermine dans cette région le point de départ de la conception ; c’est une forme des dialectes propres aux îles 658 pour ’Apidyv/) « la trèssainte 6S9. » On en trouve aussi les formes ’ApsdSvri et ’Apr/iSvv) 66°, sur un vase peint de la Sicile ’Apivjoa 661 et sur un miroir étrusque Areatha COi. En Gypre Ariadne était identifiée à Aphrodite 66\ et de même à Argos, à côté du temple de Dionysos où l’on montrait le tombeau d Ariadne, était celui d’Aphrodite Uranie664. C’était bien évidemment l’origine une déesse lunaire 663. De là le nom d”Apt07)Aa, celle qui se manifeste avec éclat, que lui donnaient les Crétois 66\ et la blonde chevelure qui lui est attribuée comme une particularité caractéristique 6b7. De là aussi son occultation 668, pareille à celle de l’astre nocturne, occultation que les légendes locales de Chypre 669, de Naxos 670 et d’ Argos 671 transformaient en une mort, déjà mentionnée par l’auteur de l’Odyssée 672. Cette association de Dionysos à une divinité lunaire rentre dans les données de la conception du Soma védique 673 . Mais un autre côté se développe ensuite dans le personnage d’Ariadne ; elle préside à la fertilité de la terre 6", et la fable de son abandon par Thésée, puis de son hymen avec Dionysos rentre dans le cycle de ces mythes gréco-asiatiques qui symbolisaient les périodes de stérilité et de fécondité de la terre, l’hiver et l’été 673. C’est à leurs alternatives que se rapportaient les deux genres de fêtes, les unes gaies, les autres tristes, qui firent supposer par les mythologues des temps postérieurs l’existence de deux Ariadnes 676.

La fête joyeuse s’appelait theodaisia et se célébrait au printemps 677, dans le mois nommé d’après elle ©eoSai'moç, en Crète 678, à Naxos 679, à Andros 68°, à Cos et à Rhodes 681 et même dans la Libye 683. C'était, comme le nom l’indique 683, la commémoration des noces du dieu, où Pan avait conduit la danse au son de sa syrinx 68t. Quelques auteurs rattachaient l’origine du dithyrambe à ces fêtes , où ce genre de poésie aurait imité les chants des noces divines, dans lesquels Ilyménée perdit sa voix 686. Dionysos lui-même recevait l’épithète de ©soScdaio; G87. La fête de deuil est principalement signalée à Naxos et en Cypre, où on la célébrait à Amathon te avec des iites paiticuliers 688 ; elle avait lieu en hiver.

celle de ses amours ou de son union conjugale °JÎ avec Ariadne. Cette fable fut universellement admise, mais

649 Tœlken, Verzeichniss, III, 2, n° 1082; Impronte gemm. déll’ Instit. archeol. II, no 17 ; Müller-Wieseler, t. III, pl. xxxvn, n» 435. Voy. encore la pierre avec le Tyrrhénien à demi changé en dauphin, Gazette arch. 1875, p. 13. *50 Senec.

Agam. 449; Stat. Achill. I, 56; Valer. Flacc. Argon. 130. — «SI Judica, Antiehità di Acre, pl. xxvi ; Panofka, Yasi di premio, pl. îv, B; Inghirami. Vasi fittili, pl. xxxiu ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xlviii, n° 605. — 632 K. F. Hermann, Gottesd. Alterth. § 66, 9; voy. de Witte, Gazette arch. 1875, p. 12 et s. — ®o3 Hésiode Theog. 948) qualifie Ariadne d’ixoni? et Euripide (Hippol. 339) de iwvûffou Sàpotp. 654 Grote, Hist. de la Grèce, trad. Sadous, t. I, p. 260; Prellcr, Gr. Myth. t. I, p. 532 et s. ; Engel, Kypros, t. II, p. 657 ; Quaest. Naxiae, p. 40 et s. — 600 Hoeck, Kreta, t. II, p. 144 et s. — 656 Od. A, 321-32 5. — 657 Millingen, Ane. uned. monum. pl. xxvi ; Gargiulo, Race, di mon. d. mus. Borbon. 2® édit. t. II, pl. xxxix.

658 Hesych. s. v. iSvjv. — 639 Meineke ad Theocr. IV, 17 ; Preller, Gr. Myth. t. I,

p. 532 ; Gerhard, Gr. Myth. § 461.-660 m. Schmidt, Mes. I, p. 2 79. — 661 O. Jahn, Yasenb. p. 12. — 6fS Gerhard, t truste. Spieg. pl. ccxcix. — 663 plut. Thés. 20;

„el, Kypros , t. II, p. 656. - 664 paus. Il, 23 , 8. - 663 Maury, Relig. de la Grèce, l p. 507 et s. t. III, p. 2 30. — 666 Hesych. v. 'AfuSi) Lav. — 667 Hesiod. Theog. 947. 668 piod. Sic. V, 51. — 609 paeon. Amath. op. Pluth. Thés. 20. — 6>0 plut. I. c. 671 Paus. II( 23, 8. — 672 A, 325. - 673 Langlois, Mèm. de l’Acad. des inscr. N. s. XIX, m part, p! 333. - 674 Preller, Gr. Myth. t. I, p. 532 et s. - 675 Maury, Bel. la Grèce 1. 1 p. 5 0 8. — 676 Plut. I. c. ; cf. Welcker, Nachtr. p. 2 3 7 . — 677 Gerhard, ■rh. Zcit. 1855, p. 14 ; Preller, Gr. Myth. t. I, p. 533. - 678 Corp. inscr. gr. 2554. 679 Plut. I. c. — 680 plin. Hist. nat. 11, 231 ; cf. Philostrat. Icon. I, 25 ; r De autom p 056 et 599. — p81 Les inscriptions attestent l'existence du mois œodamos dans ces deux îles. - «92 Suid. v. - «83 Cf. les expres-

ms *.i«v y«,xov, etc. - 684 Himer. Orat. I. 5. - 688 Schol. Pind.

XIII «5 — 686 Serv. ad Eclog.. VIII, 30. D’autres rapportaient ce trait a nion de” Dionysos et d’Althæa : Serv. ad Aen. IV, 127. - «87 Hesych. s. v. 688 plut. Thés. 21; Engel. Kypros, t. II, p. 656 ; Hoeç Kreta, t. Il,

BAC

BAC

En dehors des îles, Ariadne était honorée avec Dionysos en Attique, à la fête des osciiopiioiua 689, et dans la môme contrée on signale aussi des pantomimes représentant l’imion du dieu et de l’héroïne 690. On célébrait à Alexandrie une cérémonie en leur honneur 691 , à Tarse de Gilicio l'importance du personnage d’Ariadne dans la religion locale est attestée par la multiplication des figurines de terre cuite qui la représentent en déesse reine, avec un voile et une stéphané garnie à ses extrémités de feuilles de lierre 69S. Ailleurs Ariadne, bien que fameuse dans la légende et fréquemment représentée sur les monuments, ne tenait aucune place importante dans le culte. En Italie, quelques-uns l’identifièrent â la libéra indigène 693 [voy. sect. xvi].

De l’union de Dionysos et d’Ariadne on faisait naître trois fils 694, Œnopion m'\ celui qui boit le vin, Evanthès 69G, le fleurissant, et Staphy/os 697, la grappe, ou dans d’autres récits lcaros 698, le héros éponyme de l’île Jcaria, ou bien encore Maron 6", qu’on donne plus habituellement pour l’enfant d’Evanthès, d’OEnopion ou de Silène. Dans la tradition spécialement attique, Céramos, l’éponyme du Céramique, était fils de Dionysos et d’Ariadne 700 ; il était

naturel de rattacher au dieu du vin la personnification de la poterie de terre (xépa^o;) où l’on conservait cette liqueur. C’est la môme idée qui inspirait la généalogie comique qui donnait Stamnios pour père du dieu 701 . Ailleurs, nous voyons Pithos, le grand vase à garder le vin, nommé comme un de ses serviteurs 10i [stamnos, pitiios]. T/ioas 703, roi de Lemnos 704, Latramys et Tauropolis 703 sont aussi indiqués comme fils de Dionysos et d’Ariadne. La naissance d’un de ces enfants du dieu est retracée dans un bas-relief

VIII. — Nous avons indiqué comment la donnée fut empruntée aux fables lydiennes sur Bassareus première des conquêtes de Dionysos.

Un premier groupe de traditions embrasse celles qui représentent Dionysos comme le défenseur des cités helléniques de l’Asie Mineure. C’est ainsi qu’il protège Smyrne contre l’attaque navale des gens de Chios 707, et qu’il repousse devant Éphèse les Amazones qui venaient, avec l’appui des Cariens et des Lélèges, attaquer la ville 708. Ce dernier exploit est retracé sur un sarcophage de Cortone 709 dont nous plaçons ici le dessin (fig. 691). Les Amazones vaincues passent ensuite dans l’armée du dieu 7,°.

Fig. 691. Bacchus combattant les Amazones.

Le second groupe comprend les fables relatives aux expéditions victorieuses dans lesquelles Dionysos soumit toute l’Asie 7“, à la tête d’une armée de Pans, de Satyres et de Ménades 712. Divers vases peints montrent en effet les suivants du dieu dans le rôle de soldats de cette armée; sur l’un un Satyre s’arme d’un casque et de cnémides pour la bataille713; sur un autre, un Silène souffle dans la trompette 7U. Les combats de Dionysos en Arabie, sa victoire sur Lycurgue, transformé en un roi arabe, et sur le géant Ascos, liée à la fondation de Damas, ont été indiqués plus haut [sect. ni]. Mais la plus fameuse des expéditions du dieu fut celle qui le conduisit dans l’Est jusqu’aux dernières limites des connaissances géographiques des Grecs. A la tête de son armée, il franchit l’Euphrate à Zeugma, sur un pont soutenu par des câbles de pampres et de lierres entrelacés 715. Arrivé au bord du Tigre, Zeus lui envoya un tigre qui le lui fit passer à la

689 Plut. Thés. 23 ; Procl. Chrestomath. ap. Phot. Biblioth. p. 322 ; Athen. XI, 92 ; cf. Prcller, Or. Myth. t. I , p. 165; A. Mommsen, Heortologie , p. 271 et s.

690 Xenoph. Symp. 9. — 691 Meineke, Analect. Alex. p. 34 7. — 692 F. Lenomiant,

Catalogue Itaifé, p. 139. Terres cuites de Sardes représentant Ariadne : F. Leuormant, Catal. Eng. P..., n° 218. — 693 cic. De nat. deor. II, 24. — 69'. Theod. ad Arat. 638 ; Schol. ad Apollon. Argon. III, 99 6. — 695 Dans d’autres récits (ils de Rhadamanthe et d’Ariadne: Plut. Thés. 20. — 696 Ailleurs fils d’Ocnopion : Schol. ad Apollon. I. c.; Parthen. Erot. 20. — 697 Ailleurs fils de Thésée et d’Ariadne : Plut. I. c. Ou bien de Dionysos et d’Érigone : Const. Fan. ad Ovid. Met. VI, 125. — <^3 ptol. Hephaest. 5. — 699 Eurip. Cycl. 141 et s. — 700 paUs. I, 3, 1. — 101 Aristoph. llan. 22.

702 Nonn. XIX, 37. — 703 Schol. Apoll. Argon. 111,997; Stat. Theb. IV, 769.

704 Hom. Iliad. ^1 230 ; Diod. Sic. V, 78. — 703 Schol. ad Apollon. I. c. — 706 Mon.

néd. de T Inst. arch. t. III, pl. xxxix ; Miiller-VVicseler, t. II, pl. xxxvin, n° 449 ; voy.

nage 716. Dans lTbérie du Caucase il installa Pan comme régent717. Au temps d’Euripide, qui en parle longuement dans sa tragédie des Bacchantes, le terme extrême de cette expédition était encore placé en Bactriane. Ce fut seulement après les victoires d’Alexandre qu’on fit aller Bacchus jusque dans l’Inde. Lucien, dans son Dionysus, décrit d’après les poètes le mépris des Indiens pour le dieu et son armée la première fois qu’ils les virent, puis leur défaite, l’incendie 718 et la dévastation de leur pays. Les deux rois de l’Inde qu’il vainquit sont appelés Mvrrhanos ou Morieus 719 et Dériadès 7â0, ce dernier accompagné de ses trois généraux Blémys, Orontès et Oruandès721. La guerre dura selon les uns trois ans, suivant d’autres vingt- cinq 7iî. Conquérant de l’Inde, Dionysos y introduisit la civilisation, enseignant aux habitants la fabrication du vin et la culture de la terre, leur apprenant à honorer les dieux, leur donnant des lois, bâtissant des villes et élevant des

Zoëga, dans la Zeitschr. f. Kunst de Welcker, p. 522 ; E. Braun, Bull, de l'Inst. arch. 1842, p. 55; Ann. de l'Inst. arch. t. XIV, p. 21 et s.; Panofka, Arch. Zeit. 1851, p. 343 ; Welcker, Arch. Zeit. 1S52, p. 503 et s. — 707 Aristid. t. I, p. 373, 440, 752, 756, Dindorf ; cf. K. F. Hermann, Oottesd. Alterth. § 66, 9. — 708 Tacit. Ann. III, 61 ; Paus. VII, 2, 4; Plut. Quaest. gr. 56 ; cf. Koehler, Nonnos von Panopolis, p. 33. — 709 Gori, Inscr. etr. t. III, pl. xlvi ; Arch. Zeit. 1845, pl. xxx ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxviii, n° 443. — 71o Diod. Sic. III, 70-73. — 711 Euripid. Bacch. 13 et s.; Strab. XV, p. 687. — 712 Lucian, Bacch. 1-4. — 713 Panofka, Cab. Pourtulès, pl. ix ; Miiller-Wieseler, t. II, pl. xlii, n° 516. — 714 Gerhard, Auserl. Vas. 1. 1, pl. li, n" 5. — 715 paus. X, 29. — 7 '6 Pseudo-Plul. De flumin. 24. — 717 Ib. 16. — 718 Voy. de Chanot, Gazette archéol. 1875, p. 29. — 719 c’est la forme adoptée par Nonnus. — 720 Diod. Sic. III, 63 ; IV, 3 ; cf. Koehler, Nonnos, p. 53 et s. — 721 steph. Bvz. V. BXijxulç, !A7o:, F-rioeia, Aào&at, ’f.aoE; MâXXoi, IlâvSat, Ii6ai, — 722 Diûd. Sic. I- C.

BAC

BAC

stèles commémoratives de son passage 723. Avant de retourner en Grèce, il laissa dans l'Inde ces colonies grecques qu Alexandre et ses compagnons courent ensuite y retrouver La table nouvelle, ainsi formée, eut un succès immense. De nombreuses fêtes la célébrèrent en Grèce 725 ; la plus importante était celle des danses de pyrrhique qu’exécutaient les jeunes garçons de Sparte, mimant le combat de Dionysos contre les Indiens et la fable de Penthée ,26. Les poètes en firent le sujet de grandes compositions, à commencer par Euphorion de Chalcis, à la cour des Ptolémées, pour continuer par le Dionysius dont les Bassarica sont souvent cités, et finir par Nonnus de Panopolis, écrivain des bas temps, dont les üionysiaca sont une mine si vaste et si précieuse de traditions locales curieusement recueillies, qu’on chercherait vainement ailleurs 727.

L’art n’a pas tiré de cette fable moins de profit que la poésie. La figure 092 est tirée d’un sarcophage du Vatican 728 dont la double composition représente la défaite de Dériadès et la soumission des Indiens demandant grâce à Dionysos. Ce dernier sujet est plusieurs fois répété , soit isolément 729, soit avec l’enlèvement du butin de la victoire730. Pan y figure toujours à côté du dieu comme son écuyer (67ra<77u<7T7i!;) 731.

Dans la description que Longus 732 donne d’un temple de Bacchus, il y place des peintures dont l’une représente la victoire du dieu sur les Indiens et l’autre le châtiment des Tyrrhéniens. Un sujet bien plus multiplié, et presque exclusivement propre aux sarcophages, est celui de la pompe triomphale de Dionysos revenant de l’Inde 733 ; le char du dieu y est très-souvent traîné par des éléphants, comme dans l’exemple que nous en avons fait graver (fig. 693). On disait en elfet que Bacchus était le seul dieu avec Jupiter qui eût mené un triomphe 734, qu’il avait porté le premier la couronne des triomphateurs 733, la magna corona [corona]. Lui-même était surnommé Bpiag- 6oç 736 . Alexandre le premier imita ce triomphe de Dionysos au fond de l’Asie 737 ; les rois grecs de la Bactriane, les Séleucides, les Ptolémées, les généraux et les empereurs romains suivirent maintes fois son exemple 738. La plus splendide pompe de ce genre fut celle que célébra à Alexandrie Ptolémée Philadelphe, et où l’on vit le dieu porté sur un éléphant, entouré de son thiase, des animaux étranges et de tous les plus riches produits de l’Inde 739. Une pierre gravée 740 réprésente Dionysos armé du thyrse, monté dans un quadrige triomphal que conduit la Victoire.

La tradition particulière des Grecs de la Cyrénaïque ajouta à ce cycle un nouveau groupe de fables. On racontait qu’il était venu en Libye rétablir sur son trône Ammon, chassé par Cronos et les Titans 741, et que pour cette expédition il avait emmené dans son armée les Amazones. Dans d’autres récits on disait qu’Ammon avait sauvé l’armée de Dionysos au milieu des déserts d’Afrique, en se transformant en hélier et en indiquant une source 742, ou bien en nourrissant les troupes avec ses innombrables troupeaux de moutons 743. Ces derniers épi-

Fig. 692. Bacchus et Pan.

Fig. 693. Triomphe de Bacchus, vainqueur de l’Inde.

sodés se rattachaient bien évidemment à la guerre qu’on lui faisait poursuivre contre Gigon, roi d’Éthiopie 7W.

Plus tard, on prêta aussi à Dionysos des expéditions et des triomphes en Occident. On le fit aller en Italie. Il y recevait l’hospitalité de Falernus 745, l’éponyme de Fa-

723 Strab. XI, p. 505 ; Arrian. Indic. 5 ; Diod. Sic. II, 38 ; Philostr. Vit. Apollon. II, 9 ; Virg. Aen. VI, 805. — 724 Megasthen. ap. Arrian. Indic. 5, 4 et 7, et ap. C. Millier, Fragm. h'stor. grâce, t. II, p. 416 et s. ; Arrian. Anabas. V, I et 2 ; cf. Lassen, Indische Alterthumslcunde , lre édit. t. II, p. ) 33 et s. 731 et s. ; t. III, p. 443 et s. — 723 Duris ap. Etym. Magn. v. dupa;; Polvaen. Stratag. I, 2; Schol. Apollon. Argon. II, 9 04. —726 Athen. XIV, p. 631. — 727 La guerre des Indes et les épisodes qui s’y rattachent remplissent presque tout le poëme, à partir du XXVIIe chant. — 728 Gerhard, Ant. Bildw. pl. cix, t ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxvm, nü 444. 729 Zoëga, Bassiril. ant. pl. lxxv; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxvm, n° 445.— 730 Gerhard, Ant. Bildw. pl. cix, 2. — 731 Polyaen. Stratag. I, 2 ; Anonym. De incredib. XI, p. 323, édit. Westerm. — 732 IV, 3. — 733 Zoëga, Bassinl. ant. pl. vu, vin et lxxv i ; Visconti, Mus. Pio-Clem. t. I, pl. xxxiv ; t. IV, pl. xxm ; Mus. Capit. t. IV,

lernes, célèbre par son vin, et il y vainquait, dans le pays des Tyrrhéniens, le géant Alpos, fils de la Terre 748. On lui attribua aussi la conquête de la péninsule hispanique 747. Varron prétendait que le nom de Lusitanie venait des jeux ( lusus ) de Bacchus et celui de l’Hispanie de Pan, qu’il

pl. nui ; Bouillon, t. III, pl. xxxvii, 3 ; XXXVIII, I ; Clarac, Mus. de scxdpt. pl. cxxvi et cxliv ; Waagen, Kunstw. in England, t. U, p. 529 ; Pashley, Travels in Crete, t. II, p. 7 et s. pl. Sur ces représentations du triomphe de Bacchus, vov. Stephani, Comptes rendus de la Comm. archéol. de Saint-Pétersb. 1S67, p. 163. — 734 Lac^ tant. I, 10, 8. — 733 Tertull. De cor. 7 et 12. — 736 Biod. Sic. IV, 5. — 737 Arrian. Anab. VI, 28; Plut. Alex. 67. — 738 Preller, Gr. Myth. t. I, p. 552. — 739 Athen. p. V, 197-202. — 740 Jahrb. d. Ver. von Alterthumsfr . in Rheinlande , t. III, pl. ni, n° 2; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxvm, n° 446. — 741 Diod. Sic. III, 70-73. — 742 Hygin. Fab. 133. — 743 id. Poet. astr. II, 20. — 744 steph. Byz. v. riyuvo;. nyiov était un surnom de Bionysos en Macédoine : Etym. M. s. v. — 743 sil. Ital. VII, 185 et s. — 746 Nonn. XLV, 174; XLVII, 627. — 747 Sil. liai. III, 101.

BAC

BAC

en avait fait gouverneur 748, appliquant à l’Ibérie espagnole la fable qui s’était rapportée d’abord à l’Ibérie du Caucase.

IX. — Dionysos est avant tout le dieu du vin. A l’origine, comme le Sonia védique dont il dérive, il a personnifié la boisson même qui fortifie l’homme, qui cause l'ivresse et qui constitue la libation. « Plus d’un passage des Bacchantes d’Euripide, remarque avec raison M. Maury rappellent clairement cette origine matérielle de la divinité, et le poète finit môme souvent par ne plus la voir que dans la liqueur 750. » Un de ses noms les plus anciens est celui de ©Éotvo;751, le dieu vin, d’où les Dionysies des champs, en Attique, étaient quelquefois qualifiées de ©eofvia752. Il garde encore complètement ce caractère quand il est lui-même appelé Acratos, le vin pur 753. Mais en général sa personnalité divine se dégage d’une manière plus marquée de cette confusion ; il n’est plus le vin lui-même, mais cette liqueur est le présent qu’il a faitaux hommes le raisin son fruit, Atovocou xapito;755. Le dieu est alors qualifié de celui qui donne le vin pur, Acratophoros 7o6, l’inventeur du vin, otvou super/)?737, celui qui produit la vendange, Protryges 75\ celui qui plante la vigne, Ap-TieXo-pu- Tiop 759, le dieu aux grappes, Eustaphylos 76°, Staphylites 761, Racemifer 762 , celui qui préside aux pressoirs Lenaios 163 . La majeure partie des noms des personnages que la légende et les monuments de l’art groupent autour du dieu, sont des allégories tout à fait transparentes de cet ordre d’idées. Tels sont ceux des héros, Œneus, GEnopion, Staphylos , Ampelos. Staphylos, la grappe, paraît avoir joui d’une popularité particulière; nous l’avons vu donné comme fils de Dionysos et d’Ariadne, ailleurs il est l’enlant du dieu et d’Érigone; à Ghios nous le voyons lié à la légende d’OEnopion, en Étolie il figure comme un berger d’OEneus 764 et il tient aussi une place importante dans les fables locales de la Carie 76S. Acratos, le vin pur, devient quelquefois un personnage distinct, que l’on croit reconnaître sur divers monuments 7G6. Les noms des Satyres qui composent le thiase du dieu, particulièrement sur les vases peints, en font aussi fréquemment des personnifications de la même nature; nous reviendrons sur ce sujet à l’article tuiasus, mais il est impossible de ne pas signaler ici quelques-uns des plus significatifs, tels qu’Omos 767, le vin, Heclyoinos, le vin doux, Oinopion, etc. De même, parmi les Ménades, à côté de Méthé, l’ivresse, et de Dinonoé, celle qui fait tourner l’esprit, nous rencontrons Oinanthè , la vigne en fleurs.

Mais ce n’est pas seulement à la vigne que Bacchus préside; il a un caractère plus général de dieu de la production et de la végétation, <I>uty|xo[ao; 768, et il préside spécialement à tous les arbres fruitiers 769. A ce titre il est qualifié de Dendritès 770 et on le fête dans les dendrophoriae 771 .

748 pii,,. IJist. nat. III, 3, 8. — 749 Jieliÿ. de la Gr. t. 1, p. 515. — 730 cf. Welcker, Gr. Gôtterl. t. II, p. 606. — 751 Aescbyl. Fragm. 397, édit. Nauck ; cf. Tzctz. ad Lycophr. Cass. 1247. — 752 Harpocr. s. v. — 753 Paus. I, 2, 4; cf. Gerhard, Gr. Myth. § 447 , 3. — 754 Hesiud. Op. et d. 614. — 73b pjnd. Fragm. 89. — 736 Paus. VIII, 39 , 4. — 757 Tzetz. ad Lycophr. I. c. — 758 Aelian. Var. hist. III, 41. — 739 Anthol. Palat. VI, 44, 1 ; cf. Ovid. Met. IV, 14. — 760 Rhangabé, Ant. hellén. n° 1219. — 761 Aelian. I. c. Encore BoTçuoijopo; : Orph. Hymn. XXX, 5. DüTçuiiwtruti; : Orph. Hymn. Eli, 11. Bo-rfuoTfopo; : Orph. Hymn. XXX, 5. ’OnçaxiT»);; Aelian. I. c. — 762 Ovid. Met. XV, 413. — 763 Di„d. Sic. IV, 4. — 764 Pr0b. Vif. G. 1, 9. — 76b parthen. Erot. 1. — 766 Panofka, Terracotten d. Mus. z. Berlin, pi. xlv, p. 133. — 767 Sur le personnage d’Omos et son type plastique, voy. Panofka, Op. I. p. 119, pl. xxxvii, 2. — 768 Athen. I, p. 13. — 769 plut. De Is. et Os. 32 ; cf. Athen. 111, p. 78. — 1 770 /4. cf. Welcker, Nachtr. p. 186 et s. ; O. Jahn, Arch. Beitrâge, p- 325. — 771 strab. X, p. 46S; Artemidor. U, 37. — 772 Athen. 111, p. 7S. - 773 Theocr. II, 120; Athen. III, p. 82.- 774 paUs. I, 43, 6.- 775 paUs. VII, 21, 2.

Il est aussi le dieu qui préside aux figuiers, "2, ou

qui donne la pomme 773 ; parmi les femmes que l’on met en rapport amoureux avec lui, plusieurs portent des noms de plantes et d’arbres, comme Althæa, Carya. Le surnom de Dasyüios 774 (de Sacù; et üXvj) se rattache à la même idée. En revanche, le dieu n’est presque jamais mis en rapport direct avec la production proprement agraire, et l’on ne peut citer que le Dionysus Areus de Patræ 775 qui soit dans ce cas. Dans l’opposition établie sur quelques monuments d’ancien style 776 entre Bacchus et Triptolème, le premier représente la culture des vergers et des vignes, le second celle des champs labourés. Dionysos est aussi le dieu de la floraison des végétaux, Anthcus, Anthios111 , Evanthes ™, le dieu honoré dans la fête des Anthestéries [Dionysia], comme celui qui fait pousser les fruits, Eucarpos 779, Chloocarpos 78°, r'cvedtoupyôç twv ttwv 181 , Kospavoç xapTtwv, 7ioXui77topoç ,82. L idée d’exubérance productrice qui s’attache au personnage de Dionysos, le dieu vivificateur de la nature, dWÇwo; 783, est exprimée d’une manière encore plus générale par ses surnoms P/tloios 784, Phlyus 78S, Phleus 786, Phleon 787, tirés de <pXé<d, oXuw, aussi bien que les noms de Phlias 788 et de Phliasos 789 représentés comme des fils du dieu, par celui de Brisaios, qui dérive de ppuco ou de l’ancien mot JÜptxù; « doux » [Britomartis], enfin par ceux de Amêîivoç 790 ou AoiSvjcto; 791, ce dernier source du Liber italique dont la forme primitive était Lœbesus ou Lœbasius 793. Tirés de Xsiëw, les deux derniers surnoms que nous venons de citer expriment une idée de flux en même temps que d’abondance 793.

Bacchus est en effet le dieu de l’humidité chaude qui développe la vie et la végétation à la surface de la terre 794. C’est ce qu’expriment les Hyades données pour ses nourrices et le nom d'Hye appliqué à sa mère Sérnélé. Luimême est qualifié de Hyes 793 et II y eus 196 . Il est aussi le dieu dont on place volontiers les temples dans les marais, lv Xfpvcaç, qui y réside, Limnaios, et qui y naît, Limnagenes. C’est ainsi que dans plusieurs endroits on voit des sources consacrées à Bacchus, sans qu’il soit nécessaire qu’on y attribue des miracles de flux périodique de vin comme à Téos et à Andros ; et qu’également Nais est comptée sur certains vases au nombre des suivantes du dieu 797, comme les Naïades en général chez les écrivains. Silène, son précepteur etson plus inséparable compagnon, a été à l’origine un demi-dieu des fontaincs[SiLENUs]. De là l’association de Dionysos à Poséidon sur quelques monuments 798, comme les deux rois du principe humide 799. La fête des protrygaea, qui précédait la vendange, était consacrée à tous deux ensemble 80°. On unissait dans les invocations Dionysos Dendritès et Poséidon Phytalmios [Neptunus], en tant que les auteurs de la production végétative par l’humidité m.

— 776 Gerhard, Auserl. Vas. pl. xli; Ch. Lenormaut et de Witte, Él. des mon. céramogr. t. III, pl. xlviii-xlix A. — 777 paus. VII, 21, 2 — 778 Welcker, T/wogn. praef. p. 89; Nachtr. p. 1S9; Preller, Gr. Myth. t. I, p. 5S6. — 779 Orph. Hymn. L, 4. — 780 Orph. Hymn. L1II, 8; LVII, 6. Kàfn;xo; Orph. Hymn. LUI, 8.

— 781 Schol. ad Arisloph. Thesmophoriaz. 100. — 782 Orph. Hymn. Vlll, 10.

— 783 Welcker, Syllog. epigr. gr. n» 183.- 784 plut. Sympos. V, 8, 2. — 783 Schol. ad Apollon. Argon. I, 115. — 786 Bckker, Anecd. gr. p. 1429. — 787 Aelian. Var. hist. III, 41. — 788 Apollon, Argon. I, 115; Schol. A. h. I. ; Paus. II, 12, 6 ; Valer. Flac. I, 411. — 789 Hyg. Fab. 14. - 790 Preller, Gr. Myth. t. I, p. 555. — 791 piut. Quaest. gr. 101. — 792 Serv. ad Georg. I, 7. — 793 g. Curtius, Grundzüge d. Gr. Etym. t. I, p. 332. — 794 plut. De Is. et Os. 35; Schol. ad Arat. Diosem. p. 334, édit. Buhlc. — '95 Hesych. et Suid. s. v. — 796 Hesych. s. v. 11 est aussi appelé Yypoî : Bruck, Analect. t. II, p. 517; Nonn. I, C. — 797 Gerhard, Gr. Myth. § 466, 3.

— 798 panofka, Poséidon und Dionysos, 1845. — 799 pind. Olymp. VI, 17g.

— 800 Hesych. v. npoxfiiyoua. — 80 1 p|ut. Symp. Y, 1.

BAC

BAC

La symbolique de tous les peuples de l’antiquité établit une connexité étroite entre le principe humide et le principe féminin dans la nature ; l’eau est femelle, comme le feu est mâle. C’est donc en sa qualité de représentant de l'humidité chaude que Bacchus est essentiellement le dieu à 1 aspect et au sexe indécis, à demi-homme 802. VsuSctvwp 80\ efféminé, à la fois masculin et féminin, ’ApcevdQv))vu; 804, Fuwt; 803, 0Y)>.uBpwv 806, caractère que les artistes grecs se sont plu à exprimer dans ses images à partir de l'époque de Praxitèle et qui en fait, comme on l’a trèsbien défini, « la personnification mâle du principe féminin 807. » Cette effémination est poussée jusqu’aux dernières conséquences qu’en admettaient les mœurs grecques 808 et conduit au récit des rapports du dieu et de Prosvmnus 809. La notion de ce caractère ambigu n’a jamais été complètement étrangère au Dionysos grec; mais elle s’est surtout prononcée chez lui par suite de son assimilation au Bassareus lydien 81°, car c’est une conception essentiellement propre aux religions de l’Asie que celle des dieux androgynes, qui sont en même temps guerriers et conquérants 8U. Le mot otowù?, tiré du nom du dieu, était employé par les Grecs pour désigner un personnage efféminé 812. Le costume de Dionysos est toujours en partie féminin [vov. sect xin]. On le dépeint aussi prenant comme déguisement les habits d’une des Ménades de son thiase 81S. Quelques monuments de la sculpture représentent Bacchus jeune en costume de femme 8U, ou donnent même ces vêtements au Bacchus barbu 813. Une curieuse statuette de bronze du Musée d’Angers 81G montre un Bacchus barbu enveloppé d’un manteau que décorent à la hauteur de la poitrine trois rangs de mamelles féminines. Mais ce dieu à demi-femme est en même temps un dieu phallique par excellence ; les deux notions ne s’excluaient pas pour la symbolique des anciens 817. Le dieu de la production végétative devait être envisagé aussi comme celui de toute génération (rovdaç 818) et par suite avoir au premier rang de ses symboles celui qui en exprime l’idée de la manière la plus brutale 819. Aussi l’adoration du phallus est-elle toujours liée en Grèce au culte de Dionysos ou à celui de l’antique Hermès pélasgique [mercurius]. On portait le phallus en triomphe dans les Dionysies des champs attiques 820 [dionysia], et c’était là un rite essentiel de la plus ancienne forme agraire du culte du dieu 821. Aux grandes Dionysies, les colonies d’Athènes envoyaient à la métropole comme offrande un

*02 Luciati. Dialog. deor. 23. — 80:) Suit!, s. v. — S04 orph. Bymn. VI. IV, 4.

— 805 Arnob. VI, 12. — 806 Brunck , Analect. t, U, p. 517. Ses épithètes de Aisinqç ou Aurms'jl]; sont quelquefois prises dans ce sens : SVelckcr, Gr. Oôtterl. t. II, p. 62S. — 807 Guiguiaut, lielig. de l’antiq. t. III, p. 933. — 808 Firinic. Matera. De error. prof. rel. p. 9 ; Clem. Rom. Homïl. V, 15 ; cf. Anacr. XXIX, 33. — 809 Clem. Alex. Protrept. II, p. 29 et 30 ; Arnob. V, 28 ; Tzetz. ad Lycophr. Cass. 212 ; Nonn. Synag. hist. I, 37 ; Hyg. Poet. astr. II, o ; cf. Wclcker, Or. Oôtterl. t. II, p. 650 et s. — 810 Preller, Or. Myth. t. I, p. 547. =- 8 ■ 1 F. Lenormaut, La légende de Sémiramis, p. 55 et s. — 812 Hesvch. s. v.

— 813 Senec. Oedip. 420. — 814 Yisconti, .1/ us. Pio-Clem. t. VII, pl. il. — 818 Visconti, Mus. Pio-Clem. t. V, pi. vm. — 816 Ch. Lenornumt, Noua. gai. myth. p. 53. •— 817 Cf. Phavorin. v. 'Evop/r,;. L’institution des phallophorics est mise en rapport avec l’histoire de Prosymnus ou Polyhymnus (Tzetz. ad Lycophr. Cassandr. 212), qui marque le dernier terme de l’effémination du dieu : Clem. Alex. Protrept. II, p. 30 ; Arnob. Adv. gent. V, 28 ; cf. Schol. ad 4ristoph. Acham, 242 ; Lucian. De Dea Syr. 16. — 818 Brunck, Analect. t. Il, p. 517. — 819 Welckef, Gr. Oôtterl. t. II, p. 600 et s. — 820 Euripid. Bacch. 128 et s.; Aristoph. Acham. 241 et s.; Lyd. De mens. IV, p. 73, édit. Bekker. — 821 Plut. De cup. dit) , 8.

822 Preller, Gr. Myth ■ t. I, p. 559, note 2. — 828 Herodot. Il, 49. — 82,1 Athen.

X, p. 44 5. — 825 Clem. Alex. Protrept. II, p. 29 ; Arnob. V, 39. — 826 Paus. X, 19, 2; cf. Lobeck, Aglaopham p. 10 8 6. — 827 Eust. ad Iliad. p. 242; cf. Athen. I, 54. — 828 philochor. ap. Eust. ad Odyss. p. 1819; cf. O. Millier, Dorier, t. I, p. 386 ; Weleker, Nachtr. p. 208. Sur le sens consacré du mot cpOis, vov. Boeckh, Expi. ad Pindar. p. 335. — 829 Lycophr. Cass. 212; Tzetz. Ad h. I. ;

phallus m. On célébrait encore des phallagogies en l’honneur de Bacchus dans beaucoup de lieux, entre autres à Argos 823 et à Bhodes 8H. Plusieurs surnoms du dieu se rapportent à ce caractère, flétri par les Pères de l'Église 825, Phallen 8SS, Priapos 827, Orthos 828, Enorchès 829. J’ai rappelé plus haut [sect. v], les épithètes qui le montrent animé de la passion des femmes ; la plus en rapport avec celles qui figurent ici est Xotpo^âUqç 83°, qui rappelle le nom de Choiros donné avec intention à une des Ménades de son thiase sur quelques vases peints 83t. Les êtres à demi-animaux qui font cortège à Dionysos, Satyres et Pans, sont souvent représentés ithyphalliques [i>an, satyri, thiasus]. Priape est aussi son compagnon 832 et même, dans la plupart des récits, le fils de Dionysos et d’Aphrodite 833, ou bien de Dionysos et de Nais ou Ghioné 834 [priapus] ; dans d’autres versions, l’enfant ithyphallique de Dionysos et d’Aphrodite est appelé Bacchos comme son père 83S, ou bien on le remplace par Hyménée 836 [iiymënaeus].

On donnait quelquefois de ces récits une explication tirée des effets du vin sur l’organisme de l’homme 837. La même idée n’était peut-être pas étrangère à l’association d’Aphrodite à Dionysos dans le culte de nombreuses localités 838, dans des sacrifices communs 839, et sur des sculptures 8i0, mais elle avait surtout pour but de réunir les deux divinités de la production et de la fécondité. Antoine et Cléopâtre présentèrent leur couple comme celui de Dionysos et d’Aphrodite 841 . Éros est aussi quelquefois placé dans la suite du dieu 842, et les monuments de l’art connaissent fréquemment un Éros bachique 84\ qui tient une grappe de raisin à la main 844 ou bien monté sur un lion, boit le vin dans un cantliare 84S, ou bien encore s’élance sur le dos d’un Centaure 84B. Dans une statue célèbre 847, Dionysos jeune s’appuie sur Eros adolescent. 11 est aussi associé aux Charités 848, et comme dieu de la production végétative aux Heures 849, principalement à lrénê et à Opora.

Dans les monuments qui rappellent l’association de Dionysos avec les Charités 85°, diverses circonstances rappellent le caractère solaire831 qu’il revêtit par suite de son association avec Sabazius et Bassareus, et qui lui valut les surnoms de Xpu oroxo’pji; 832 , EavOoxocpy)vo; ou XpuawTtrjç 8S3. Mais ce caractère se développa surtout dans le culte mystique 834 et l’assimilation de Bacchus au soleil, tout à fait étrangère à sa physionomie primitive, ne fut

Hesych. et Phavorin. s. v. — 830 Clem. Alex. Prnt. II, p. 23; Preller, Polcm. fr. p. no. — 831 Gerhard, Gr. Myth. § 466, 3. — 882 Hygin. Poet. astr. II, 23 ; cf. Preller, Gr. Myth. t. I, p. 559. — 888 Paus. IX, 31, 2 ; Iliod. IV, 6 ; Tibull. I, 4, 7 ; Schol. Apollon. Argon. I, 933 ; Steph. Byz. v. ’A6«pvo; et Aauiaxiç. — 834 Schol. Thcocr. I, 21 ; cf. Strab. XIII, p. 587. — 838 Hesych. v. Bùxypu A'.ovr,;. — 838 Serv. ad Aeneid. IV, 127. — 837 Thsodoret. Serm. I, De fid. Opp. t. IV, p. 482. — 888 Paus. I, 43, 6 ; II, 23, 8, 37, 2 ; VII, 25, 5 ; Orph. Hymn. XLV, 3. — 839 Cornut. De nat . deor. 30. — 840 Mus. Chiaramont. t. I, pl. xxxvi ; cf. Wclcker, Gr. Gôtterl . t. II, p. 612. — 841 Plut. Anton. 26. — 842 Welckcr, Zeitschr. f. ait. Jîunst, p. 475 et s.; Gr. Gôtterlehre, l. c.; Gerhard, Gr. Myth. § 46 4 , 3. — 843 Gerhard, Prodronu myth. Kunsterk. p. 244, 333 et s. — 844 Miiller-Wieseler, t. II, pl. ti, fl° 640.

845 Zahn, Ornant, u. Gemâld. v. Pompeji, I. U, pl. xcm ; Ornant, aller étais.

Kunstepoch. pl. c ; Miiller-Wieseler, t. II, pl. li, n» 639. — 848 Visconti, M Us. Pio- Clem. t. I, pl. li ; Armellini, Scult. del Campidoglio, t. III, pl. cclxxvii; Musée royal, t. II, pl. xi ; Bouillon, t. I, pl. lxiv ; Clarac, Mus. de sculpt. pl. cctxvi ; Miiller-Wieseler, t. II, pl. xlvii, n° 597. — 847 Mus. Worsley. t. I, cl. III, pl. i j Miiller-Wieseler, t. Il, pl. xxxn, n° 370. — 848 Plut. De Is. et Os. 35 ; Quaest, gr . 36; Paus. X, 14; Schol. ad Pind. Ol. V, 10; XIII, 26; Apollon, llhod. IV, 424; cf. Gerhard, Gr. Myth. § 456, 2 g. — 849 Nonn. IX, 12.— 850 Prodr. icon. sculpt. gemm. basilid. mus. Capelli, n° 188; ltaspe, Catal. Tassie, pl. xxxv, n° 3153; Koehler, Descr. d'un camée, pl. m; Miiller-Wieseler, t. II, pl. xxxm, n° 383. 83t vov. les observations de Wieseler, dans le texte des Denkm. d. ait. kunst.

— 832 Hcsiod. Theogon. 947. — 833 Guigniaut, lielig. de Vont. t. 111, p. 904.

— 854 Maury, dans le même ouvrage, t. III, p. 903, 932 et s.

BAC

BAC

complète que chez les Orphiques m. Quand le Dionysos thébain est appelé ITupiœeYY^1» > IIup7toXo; , <I>au<jT-qptoç , ÏIupiTcvooç 836, ce n’est pas comme un dieu solaire, mais comme un dieu armé de la flamme 837. Cette flamme est celle des flambeaux qui éclairent ses fêtes nocturnes 888 et qui lui valent aussi la qualification de AaptTijp. Déjà le Soma védique tendait à se confondre avec Agni, le feu personnifié, le dieu de la libation avec celui de la flamme du sacrifice. D’ailleurs Dionysos était le dieu né au milieu des flammes, nupiyev/iç, en même temps que le dieu de l’humidité chaude.

X. — Les principaux traits de ce que l’on peut appeler les attributs moraux de Dionysos découlent avant tout de sa qualité de dieu du vin. « Dionysos est le dieu des plai- « sirs, dit un chœur des Bacchantes d’Euripide; il règne « au milieu des festins, parmi les couronnes de fleurs ; il '< anime les danses joyeuses au son du chalumeau, il « fait naître les ris folâtres et dissipe les noirs soucis ;

« son nectar, en coulant sur la table des dieux, augmente « leur félicité, et les mortels puisent dans sa coupe « riante le sommeil et l’oubli des maux 839. »

J'ai déjà cité plus haut [sect. v] les épithètes qui se rapportent aux fêtes, au bruit joyeux, aux chants 860 et aux danses qu’il mène partout avec lui. Comos, la personnification de la joie et du plaisir bruyant, représenté sous les traits d’un Satyre, est un de ses compagnons habituels861; il a aussi, dans les Satyres de son thiase, Gelos, le rire, et Scops, la plaisanterie, avec Choros, Chorocomos, Crotos et Sicinnos 862. Il est Hoày]yy)07iç 863. Les poésies homériques le qualifient déjà de Matvo'txsvo; 86v, c’est-à-dire partageant l’ivresse que répand sa liqueur, et en effet les monuments le représentent souvent ivre lui-même et accablé par le vin 863.

Comme le dieu qui dissipe toute tristesse dans l’âme de l’homme par l’effet du vin, dans la nature par son action fécondante et sa manifestation au printemps, il

rig. 094. Masques de Dionysos Psilax.

est Auctoç 866, Auaïoç 867, ’EXsuOepeù; 868, ’EXeuOeptoi; 869, "EitsXsû- Oîpoç , ’EiTsXsuOspto,- 87°, lIauatXu7roç, cxxscpôpo; Xutt/jç 871 , AaOix-q-

865 Macrob. Sat. I, 18; cf. Lolieck, Aglaopham. p. 497 et s. — 856 Orph. ffymn. LU, 3. — 857 De V4 itte, Gazette arch. 1875, p. 6 et 11. — 858 c est aussi comme dieu des fêtes nocturnes, et non comme soleil, qu’il est Xopayo; itrcptov; Soph. Antig. 1146. ’Affrpoœaijs : Eumolp. ap. Diod. Sic. I, 2. — 839 Cf. Bacchvlid. ap. Atlien. Il, p. 40 ; Pind. fragm. 5. — 860 no/.uupivo; : Euripid. Ion. 10 74.— 861 o. Müller, Handb. d. Arch. § 385, 7 ; Welcker, Nachtr. p. 220 et s.; Philostr. p. 203 et s.; Ch. Lcnormant et de Witte, Él. des mon. ce'rain. t. I, p. 1 16. — 862 Gerhard, Gr. Myth. g 46 6 , 2. — 863 Pind. Fragm. 125.- 864 Hiad. 1, 130. Hérodote (IX, 19), le qualifie de Baxyeuwv, dans le même sens. — 863 Cf. Atlien. X, p. 428. — 866 Paus. IX, 16, 4; cf. Welcker, Gr. Gôtterl. t. II, p. Fr. 129; Eustath. Ad Odyss. p. 1910; Plut. Symp. 1 , 1 , 2 ; 5,6; De cohib. ira, 13, 578. Autrui; : Orph. ffymn. LII, 2.- 867 Anaer. VI, 13; VIII, 3, passim. Athen. VIII, p. 363 ; cf. Aristid. t. I, p. 49, édit. Dindorf.

— 868 Paus. I, 20, 2 ; Hygin. Fab. 225 ; Plut. Quaest. rom. 110; Diod. Sic. IV, 2.

— 869 llesych. s. V. — 870 Welcker, Gr. Gôtterl. I. c. — 871 Eurip. Bacch. 772. 872 Welcker, Syllog. epigr. graec. n° 183. — 873 plut. Anton. 24; cf. Welcker, Griech. Gôtterl. t. II, p. 6 06. — 874 Paus. III, 19, 6. — 875 Kunstvorslellungen

S/)ç 872, ou bien celui qui donne la joie, XapiSoTïjç 873. La même idée était exprimée d’une manière très-originale par les ailes (<jhXa) données au Dionysos flft'Xa; d’Amyclæ 8n. E. Braun a reconnu très-ingénieusement le type de représentations de ce Dionysos Psilax m, dans des bustes qui offrent la tête du dieu barbue 876 ou juvénile 877, mais toujours avec des ailes attachées à son diadème. Nous reproduisons ici (fig. 094) un bas-relief de la galerie de Florence 878 où l’on voit réunis, avec un calathus rempli de raisins, deux masques du Dionysos au front ailé, l’un barbu, l’autre imberbe avec un troisième masque, d’un jeune Satyre. On appelait aussi le dieu XâXi; 879, au même sens, de ^«Xâv. Une allégorie analogue est encore celle qui fait naître Bacchus de Léthé, l’oubli, et venir dans le monde en même temps ({u’Hybris 88°, l’outrage, qui apparaît quelquefois dans l’ivresse et en personnifie le côlé mauvais. Htjhris est le nom d’un des Satyres du thiase sur certains vases 881 . Plutarque 882 parle du Dionysos bienfaisant et joyeux, Aukïoç xat XopEToç, qui se transforme quelquefois en cruel et furieux , ’apt-zi-TTriç xat MaivôXnc. Nous avons vu que c’est en les frappant de folie furieuse qu’il punit ses ennemis. Mais pour ceux qui ne lui résistent pas, il ne manifeste son action que par le bien, et à ce titre il est MstXé/ioç 883, plein de douceur et de miséricorde. Il apprivoise les animaux les plus sauvages ; les panthères et les lions se laissent placidement atteler à son char m. 11 attire à sa suite tous les démons à demi animaux des forêts et des solitudes sauvages. Il enchaîne d’une main légère les rois barbares et les nations les plus guerrières 885. S’il brille dans le tumulte des combats, il y fait succéder la paix la plus fortunée 886. Partout où il entre il répand la joie et le calme, il ranime les cœurs abattus 887. Aussi est-il essentiellement le dieu bienfaiteur, EùepYETYjç 888, comme le dieu de bon conseil, EuSouXeuç 889. Il est aussi le civilisateur, le législateur, (-hcruocpopoç 890 , celui qui établit les règles des sociétés, enseigne aux hommes les relations réciproques, les échanges commerciaux891, et par là aussi bien que par les fruits qu’il fait pousser sur la terre, il est le distributeur des richesses, l[XouTo8oTrlç, 892. Directeur et maître, AÎGuptviyr/iç, Dionysos est aussi le conducteur des hommes, 'Hyv)[«ov, j IvaOy]Y-/)u.wv 893, et leur roi, BatnXsuç 88t. Il préside à l’organisation sociale de la cité, noXiVqç 893 , Ayip-oaioç 996 , tlaipuio; 897, spécialement de la cité démocratique 898. A Athènes le grand développement de ses fêtes et leur importance de premier ordre dans la religion de l’État coïncide avec l’établissement delà démocratie. A Érétrie, dans la fête qui commémorait la fondation de cette forme de gouvernement, les citoyens se paraient de couronnes en l’honneur de Dionysos 8". Aussi ses surnoms

des geflügelten Dionysos, Munich, 1839 ; cf. Welcker. Rhein. Mus. t. VI, p. 592 et s.

— 876 Yisconti, Mus. Pio-Clem. t. VI, pi. xi ; Braun pl. iv; Müller-Wieseler, t. II, pi. xxxm, n° 38 6. — 877 Braun, pl. ii et ni; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxm, n° 387.

— 878 Braun, pl. î ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxm, n° 388. — 879 Hesych. s. y. ; Eust.

ad Od. p. 1471 et 1936. — 880 plut. Symp. VII, 5, 3 ; Atlien. II, 3. — 881 Gerhard, Gr. Myth. § 466 , 2. — 882 De cohib. ira, 13. — 883 Athen. III, 14. — 884 Dionysos a enseigné à traire les lions : Aristid. I, p. 49, Dindorf. — 885 Preller, Gr. Myth. t. I, p. 537. — 886 Plut. Demetr. 2; Horat. Od. Il, 19, 16. — 887 Eurip. Bacch . 280 et s. — 888 Hesych. s. v. — 8S9 plut. Symp. VII, 9, 7 ; Macrob. Sat. I, 18 ; Orph. Ilymn. XXX, 6; LXXI, 3. nO.iSuuXo; : Orph. ffymn. XXX, 6. : Orph. ffymn.

XLYI 2; L, 8. - 890 Orph. ffymn. XLII, 1. — 891 plin. Hist. nat. VII, 56, 57.

— 892 Schol. Aristoph. Bon. 479; Brunck, Analect. t. Il, p. 517. — 893 Welcker, Syllog. epigr. gr. n° 5S ; Gr. Gôtterl. t. II, p. 642. — 894 Welcker, Gr. Gôtterl. I. c. — 893 Paus. VIII, 26 , 2. — 896 Welcker, Gr. Gôtterl. t. H, p. 572.

— 897 paus. I, 43 , 5. — 898 Welcker, Gr. Gôtterl. t. II, p 572, 575 et 577.

— 899 Welcker, Gr. Gôtterl. t. Il, p. 578.

BAC

BAC

d ' Eleuthereus, Eleutherios, sont-ils souvent entendus dans l’antiquité comme s’appliquant à la liberté civile et politique. Dionysos est le défenseur des petits contre les grands, des faibles contre les forts; c’est surtout parmi les rois qu’il compte ses ennemis 900. Quand il élève un roi sur le trône à Athènes, Mélanthus, il le prend parmi les bergers 901 ; c’est à cette occasion qu'il reçoit le surnom de Melanthidès , et cette légende est mise en rapport avec l’institution de la fête essentiellement civique des APATURiA 902. Ses temples servent fréquemment de lieu d’asile 903, et il étend sa protection sur les esclaves 904.

Le développement de ce côté politique de Dionysos provient en grande partie de son caractère agraire. Habitant de préférence les montagnes [sect. v], il était le dieu des pâtres 903 qui les fréquentaient et qui étaient assez nombreux pour avoir donné leur nom à une des tribus attiques primitives, celle des Aigicoreism. C’est à eux particulièrement qu’il aimait à se montrer , vêtu comme l’un d’eux d’une peau de chèvre noire, Melanaigis 907 . Parmi ses surnoms il en est qui se l’apportent à la conduite des troupeaux et qui semblent en faire un berger lui-même, comme ’Etparmop et <I>tXd[/.[xwv 908. Sauvage comme eux, vAyptoç 909, c’est lui qui leur a enseigné a recueillir le miel dans les bois 910, et à élever les abeilles dans des ruches, rôle auquel se rapporte spécialement son surnom de Brisaios et celui de MsXtOeupÉTYK 9U. Dieu de la vie végétative, Dionysos était le dieu des paysans. Les plus anciennes fctes de son culte, surtout en Attique, avaient un caractère essentiellement agraire et populaire [dionysia]. De là son association très-ancienne à Déméter, dans quelques-unes de ces fêtes rurales, comme les halo a 912 et les thalysia 913, association qui devint une des données fondamentales du Dionysos mystique, mais qui avait eu lieu d’abord pour rassembler dans une même adoration les deux divinités des fruits et des céréales, de ce que les Grecs appelaient ûypà -rpoor/j et ^pA Tpot.rî 9U. Gerhard 913 a reconnu que cette association se présentait sur plusieurs monuments de 1 art sans intention mystique. Aussi Dionysos finit-il par être considère, non plus seulement comme l’instituteur de la culture de la vigne et des arbres fruitiers, mais aussi comme celui de toute culture, comme l’inventeur de la charrue 9"’, le premier qui y eût attelé les bœufs 91(. Dieu de 1 agriculture, il était celui de la civilisation même, celui qui adoucissait les mœurs des hommes en leur faisant quitter la lie du sauvage pour celle du laboureur 918. Sur les vases d ancien style où il fait pendant à Triptolème, il est aussi

900 Welcker, Nachtr. p. 199; Braun, Gr. Gbtterl. S 313- — 901 Puua- ■> l9> G ; H> 18, 7; VII, 1, 4 ; Slrab. p.359 et 393 ; XV, p. 633 ; Athen. 111, p. 96 ; Schol. Aristoph. Acharn. 146; cf. Welcker, Nachtr. p. 201 et s. — 902 Herodot. I, 147 ; Conon. Narrât. 39; Suid. -v. •AiK*K>ùfia, MCur/ou-p; et E ItiOijo*. Dionysos est appelé lui-même Apatvrios .-Nonn. XXY11, 3 0 3. — 903 Welcker, Gr. Gütterl. t. II, p • 37-. 1 ’ 3Aelc

ker, Nachtr. p. 196. — 903 xhcocr. XX, 33. — 9«6 Welcker, Nachtr. p. 164 et s. — 907 Paus. I, 38, 8; II, 3b, 1 ; et les auteurs cités dans la note 196. — 908 Welcker, Æsch. Trilog. p. 222. — 9"9 0rph. Ihjmn. XXX, 3. — »'«> Ovid. Fast. III, 735 ; cf. Welcker, Nachtr. p. 296 et s.; Gr. Gbtterl. t. Il, p. 604. - 90 Un rayon de miel 6st offert à Baechus sur plusieurs -vases : D'Hancarville, t. PV, pl. xvm ; Labordc, Vases de Lamberg, pl. lxv. — 012 schol. ad Lucian. p. 243, édit. Jacobitz ; cf. A. Mommsen, Heortologie, p. 321. - 913 Etym. Magn. s. v. — Preller, Gr.Mxjth. t. I, p. 536. — 913 Beschreib. der Stadt Itom., de Plattner, t. 111, 2e part. p. 460. 91G Diod. sic. II, 64. — 917 piod. Sic. Vit, 21. — 9l8pi0d. Sic. III, 04. Sur une pierre gravée {Mus. Worsley. t. II, pl. xxvi, n“ 19; Miiller-Wieseler, t. II, pi. xlix, n" 614) une charrue est placée au pied d'une idole rustique de Dionysos. — 919 Schol. ad Pind. Ol. XIII, 25. — 9i0 Schocll, De orig. gr. dramatis, Tubing. 1828. 9-' De

VVitte, Catal. étrusque, n”43. -922 DeW’itte, Catal. Durand, n» 145. — 923 Welcker, Ann. de l’Inst, arch. t. I, p. 398 et s, — t» Gerhard, Rapporta volcexite. p. 18o,

monté sur un char merveilleux sans attelage, et il semble qu'il soit prêt à commencer de même un voyage civilisateur autour de la terre (voy. p. 628, lig. 709). •

L’ivresse a plus d’un point de contact avec l’inspiration prophétique et poétique. En môme temps le dieu des plaisirs joyeux était naturellement celui de la musique. La bacchanale que Dionysos mène éternellement et les fêtes où on l’imite, sont accompagnées de chants et de danses au bruit des instruments. Aussi une grande partie des formes principales de la poésie hellénique, le dithyrambe 919, la tragédie, la comédie, le drame satyrique, et en général tout ce qui est des représentations scemques ■ , découlent à l’origine du culte dionysiaque [dituyrambus, comoëdia, tragoedia]. C’est dans les grandes Dionysies qu’avaient lieu à Athènes les concours choragiques. Dans les noms que les vases peints donnent aux personnages du thiase de Bacchus, beaucoup ont trait à ce côté musical et poétique du culte du dieu, Hédymélès 991 , Molpos 9-, Dithyrambos 923, Choros 924 , parmi les Satyres; Tvagodia 925 , C amodia Molpé 927, parmi les femmes. Les mo¬

numents représentent souvent Dionysos comme dieu de la scène et assisté des Muses 928 , Musagétès 929. L instrument de musique qui appartient en propre à son culte est la flûte 93°, mais lui -même 931 ou ses suivants se servent aussi souvent de la lyre. Aussi est-il Aupo7tatYf/.Mv 932, et à Athènes Melpomenos 933. Il y avait ainsi une grande analogie de conception, par tout ce côté de leur figure, entre Dionysos et Apollon, dont les deux cultes semblent avoir été d’abord en antagonisme dans beaucoup de parties de la Grèce. Nous avons montré plus haut [sect. n], comment leur association s’était ensuite opérée à Delphes et à Délos 93\ Elle finit par être générale en Grèce 93S, comme dans les sacrifices publics institués à Thèbes par Épaminondas 936, à Olympie 937, à Élis 938, à Égine 939, à Chios 94#. Dans l’ Attique, à Phlya, l’on adorait un Apollon Dionysodotos 9U. Sur un admirable vase d’Agrigente 942, on voit d’un côté Dionysos entouré des Heures et de Ménades, assis dans la grotte sacrée de Naxos; de 1 autre, Apollon sous le palmier de Délos avec Artémis et Latone. Les deux dieux arrivèrent même à se confondre complètement, comme dans ce vers d’Euripide :

AsGTtoToc çO.oôayVS, I )ô.v.ys, îlaiàv Auo).).ov, evXupe9*3.

Aussi remarque-t-on entre eux un échange très-fréquent d’épithètes et d’attributs : Apollon devient Ktwetiç 9U, Ban -/toc943, Kwpcïo; 94\ ArivaToç 947, comme Dionysos, ïïatdv 948. Les hymnes homériques donnent le laurier au dieu du vin 949 ; mais, par contre, quelques auteurs ornent de

„o 747. 023 Gerhard, Auserl. Vas. t. Il, pl. xlvi, n" 582. — 9!8 Millih, lasrs peints, t. I, pl* ix ; Millingen, Vases de Coghill, pl* vi; Ch* Lenormant et de Wiltc, Él. des mon . céramogr. t* I, pl. xl*i; cf. Welcker, Nachtr. p. 300. — 92V Gerhard, Gr. Mythi § 466, 3. — 928 o* Jahh, Dionysos als scenischer und als Mnsengott ouf Denlcmdlem, dans VAréh. Zcit; 1855, n«« 83 et 84.-929 Burip. Ducch. 408 ; Brunck, Xnalcct. t. II, p. 517. — 930 Welcker, Alte Denkm. t. UI, p. 128. - «31 Mon. inéd. de l’Inst. arch. t. V, pl. xxm. - 932 Anacr. XLU, 2.- 933 PaUs. I, 2, 4 ; 31, 3.

— 93* plut. Quaest. gr. 11 ; De Is. et Os. 35; cf. O. Muller, Orchom. p. 383 et s.; Proleg. z. ein. wissensch. Mxjthol. p. 393 et s.; Uobeck, Aglaoph. p. 617 et s.

— 935 Gerhard, Gr. Myth. § 319, 2; 455, 3; Preller, Gr. Mxjth. t. I, p. 383, 557 et s. ; Welcker, Gr. Gbtterl. t. I, p. 430 et s. ; t. II, p. 610 et s. ; Maury, Itelig. de la Grèce, t. I, p. 306. — 939 Paus. IV, 27 , 4. — 937 M. y, 16, 5. — 938 Macrob. Sat.

I. js. 939 paus. II, 30, 1. —910 Cox-p. inscr. gr. u° 2214. — 941 Paus. 1, 31, 2.

9V2 Denti, Illustraz. sopra un vaso greco siculo, Palerme, 1823 ; Gerhard, Ant.

Bildxv. pl. lix ; Inghirami, Vasi fittili, pl. cclv et cclvi ; cf. O. Millier, Handb. d. Arch. § 384, 4; Gerhard, Text. z. Ant. Bildxv. p. 301 et s.; Welcker, Alt. Denkm. I. Il, p. 6b ; t. III, p. 63 et s. — 9'*3 Ap. Macrob. Sat. I, 18. — 914 Aeschvl. ap. Macr. /" e.’ 945 ’lb.— 946 Amniian. Marc. XXIII, 12. — 947 Welcker, Aesch. Trilog. p. 66.

1 — 918 Macrob. I. c.; Orph. Hymn. LII, 11. — 949 Bymn. XXV, 9.

BAC

BAC

lierre Apollon et les Muses 93°. Gerhard 931 a remarqué que sur les vases peints le iils de Latone est souvent accompagné de deux femmes, Muses ou Nymphes, qui portent des branches de lierre. Déjà, dans Homère, Maron, le fils ouïe petit fils de Dionysos, est prêtre d’Apollon 932.

Nous avons dit qu’on attachait spécialement l’idée d’inspiration au nom de Bacchus, Baccheios, Baccheus. Mais cette inspiration est essentiellement prophétique 933, aussi Dionysos est-il, comme Apollon, un dieu divin, McIvtiç 934; comme Dryalos 935 il possède aussi le même caractère 95C, et 1 on attache quelquefois une signification analogue à son surnom d 'Eubuleus 937. Il a été, dit-on, le premier possesseur de l’oracle de Delphes 938. Mais cette qualité prophétique appartient surtout au Sabazius thrace 939 qui avait son célèbre oracle dans le mont Pangée 960.

Du dieu devin au dieu médecin il n’y a qu’un pas ; Dionysos réunit les deux attributions comme Apollon, aussi est-il Iatromantis m, le médecin devin. L’oracle de Delphes recommanda son culte sous le nom de Intrus 96â, le médecin. On l’adore aussi comme Paionios 96:î, Acesios 964 , le guérisseur, Uygiates 965, celui qui donne la santé, Alexicucos 966, celui qui repousse les maux, Su ter 967 ou Sautés 968 , le sauveur, surnoms dont une bonne partie lui est commune avec Apollon. A Anticlée en Phocide, les malades pratiquaient dans son temple le rite de l’incubation 909 [incuüatio], comme on le faisait habituellement dans ceux d’Esculape [asklepeion]. Dans le culte d’Apollon, ce caractère de dieu de la guérison est intimement lié à celui de la purification. Il en est de même dans celui de Dionysos 97°. Son prophète dans les traditions péloponésiennes, Melampus, est avant tout un purificateur, comme dans l’histoire des Prœtides [sect. vi] . Les purifications tenaien t une grande place dans les rites dionysiaques et on les y opérait de trois manières 971 , par l’eau 972, par le feu, taecla et sulphure m, et par l’air. Le symbole du van est en rapport avec la purification par l’air 974. C’est surtout dans les mystères que les pratiques de ce genre prirent un grand développement; mais elles existaient déjà antérieurement, dans les cérémonies en l’honneur du Dionysos agraire, car on attachait une idée de purification par le moyen du vent à l’usage populaire attique de I’aiora et surtout à la pratique italique analogue des oscilla 973, telle que la décrit Servius 976.

Dionysos est aussi le dieu thaumaturge 977 , magicien, roV 978. En beaucoup de lieux on cite des miracles qui ont accompagné sa naissance ou qui se renouvellent périodiquement dans ses fêtes, tels que le vin coulant des fontaines. Euripide exprime avec beaucoup de vie et d’éclat ce caractère du dieu dans sa tragédie des Bacchantes. C’es t par une succession de prodiges que Dionysos terrifie ses ennemis, comme les Tyrrhéniens et les filles de Minyas. Le principal et le plus souvent répété consiste à prendre successivement

950 II art. Capell. I, 10, p. 38, édit. Kopp.— 931 Auserl.Yas. t. I, p. 90.— 932 Odyss. I, 197. — 953 Eurip. Bacch. 728 et s. — 931 Eurip. Hecub. 1207 ; Cornut. De nat. deor. 30; cf. Gerhard, Gr. Myth. g 448, 1. — 933 Hesych. s. v. — 936 Klausen. Orpheus, p. 24 et s. — 937 Welcker, Gr. Gôtterl. t. II, p. 578. — 938 Argum. ad Pindar. Pylh. p. 297. — 939 Herodot. VII, 111 ; Plut. Crass. 8. — 960 paUs. IX, 30, 5. — 961 id. x, 33, 5. — 962 Athon. I, p. 23 ; II, p. 36 ; Plut. Symp. III, 1, 3. — 963 Hesych. s. v. — 964 Welcker, Gr. Gütterl. t. II, p. 611. — 963 Athon. Il, p. 36. — 966 Welcker, /. c. — 967 Soph. Oedip. tyr. 210 ; Plut. Symp. 111, 1, 3 ; cf. Lycophr. Cass. 206. — 968 paus, ui 31j s. 969 id. x, 33, 5. — 970 Preller, Gr. Myth. t. I, p. 55 8. — 971 Serv. ad Aen. VI, 740 ; Georg. II, 388. — 972 cf. Paus IX, 20, 4. — 9i3 xit. Liv. XXXIX, 13. — 974 Procl. in Plat. Tim. p. 124; Serv. ad Georg. I, 166; cf. Maurv, Belig. de la Grèce, t. II, p. 352. — '• 75 y;, .g. Georg. Il, 388 ; cf. Osann, dans la Ver h. d. sechst. Vers, deutsch. Schulm. u. Philoh (Cassel 1 S43 ), p. 20; O. Jahn. Arch. Beitr. p. 3 2 4. — 976 Ad Virg. I. c. — 977 Welcker’, Gr, Gôtterl. t. Il, p. 575. — 978 Eurip. Bacch. 234.- 979 Eurip. Bacch. 1017

toutes les formes qu’il veut919. Aussi Bacchus est-il qualifié de rioXuEt%, IltAug.opcpo; 98°, AîoXdjxoptpoç 981 . C’est aussi à ce titre qu’il est le dieu trompeur, StpdXtï); 982 ; on donne quelquefois le même sens à son surnom d'Apaturios 981 .

XL — Les symboles de Dionysos sont extrêmement variés. Parmi ceux que l’on emprunte au règne animal, le premier rang appartient au taureau 984, qui était son emblème au triple titre d’expression d’une idée de puissance et de force 983, d’animal générateur et de personnification du principe humide 988. Cette dernière signification est particulièrement caractérisée sur le vase à figures noires 987 qui met en pendant Poséidon et Dionysos montés tous deux sur des taureaux (fig. 695). Mais le taureau n’est pas seu-

Fig. 695. Bacchus sur le taureau.

lement la monture du dieu, c’est une des formes sous lesquelles il aime à se manifester 988 ; c’est ainsi que Penthée l’aperçoit dans son délire 989, c’est tel que les femmes d’Élis l’appellent à venir chaque année au printemps dans son temple 999 et qu’on l’évoque à Lerne sur les bords du lac Alcyonien 991 . Aussi l’appelle-t-on Taïïpo;992, Taupoptop- 'poç "3, BouyEvr'ç "4. Les images de Dionysos en forme de taureau étaient nombreuses en Grèce "3, et il y en avait une particulièrement célèbre à Cyzique996. On en a trouvé un bel exemple à Athènes, surmontantla sépulture monumentale d’un personnage du nom de Dionysos "7.

Le taureau divin y est représenté cornupète, comme sur la célèbre intaille du graveur Hyllus 998 (fig. 696), un des joyaux du Cabinet de France. D’autres pierres gravées montrent encore ce Bacchustaureau portant entre ses cornes les trois Charités 999 ; ceci

— 980 Brunck, Analect. t. II, p. 517. — 981 Orph. Hymn. L, 5. — 982 Lycophr. Cass. 207 ; Tzetz. A. h. I. - 983 N0nn. XXVII, 305. — 984 Creuzer, Belig. de l'antiq. t. III, p. 63, trad. Guigniaut; Braun, Gr. Gôtterl. g 356; Gerhard, Gr. Myth. g 450, 1; Welcker, Gr. Gôtterl. t. Il, p. 597 et s.; Freller, Gr. Myth. t. I, p. 560.

— 983 Maurv, Bel. de la Grèce, t. I, p. 509. — 986 ch. Lenormant, Noue. gai. myth. p. 63 ; de Vogiié, Mélanges d’archéol. orientale, p. 63 et s. — 987 Gerhard, Auserl. Vas. t. I, pl. xlvii ; C.b. Lenormant et de Witte, Él. des mon. céram. t. III, pl. iv. — 988 Eurip. Bacch. 1018. — 989 Ib. 920. — 990 p]ut. Quaest. gr. 36. —991 id. De Is. et Os. 35.- 992 id. Quaest. gr. 36 ; Athen. II, 7 ; XI, 51. — 993 plut. De Is. et Os. 35 ; Athen. XI, p.476. — 994 plut. I. c. — 993 Ib. — 996 Athen. I. c.

— 997 a. Salinas, Mnnum. sepolcr.scoperli pressa la chiesa Santa Trinità in Atene, pl. îv, H ; F. Lenormant, \ oie sacrée Éleusinienne, t. I, p. 66 et s. — 998 Mariette, Pierres gravées, part. 1, n» 42 ; Lippert, Dactyliothek, I,n°23I; Müller-Wleseler, t. H, pl. xxxm, n’ 3S2. Le taureau dionysiaque n est plus cornupète dans le bas-relief des Mon. inéd, de l'Inst. arch. t. VI, pl. vi, n° 3. — 999 Voyez les citations à la note 84S.

Fig. 696. Taureau dionysiaque, Pierre d'Hvllus.

BAC

correspond exactement à la donnée de l’invocat'on des femmes d’Élis. Le type du taureau cornupète, qui se voit si souvent dans la numismatique grecque, doit y avoir dans la plupart des cas cette signification ,00°. Macrobe 1001 dit que dans la Campanie on représentait Bacchus Hébon avec un corps et des cornes de taureau et une face humaine barbue. On a donc cru d’abord 1002 reconnaître ce dieu dans le taureau à visage humain qui est représenté sur le revers de tant de monnaies de l’Italie méridionale et delà Sicile. Mais il est aujourd’hui prouvé par des exemples formels 1003 que cette figure y est presque toujours celle du fleuve local. Dans toute la numismatique de ces régions la seule représentation de l’Hébon décrit par Macrobe qui paraisse certaine, est celle que nous empruntons à une monnaie de Catane1004 (fig. 697) ;

le Satyre placé au-dessus du taureau à face humaine en détermine, en effet, le caractère dionysiaque. Sur une intaille1003 le même taureau à face humaine emporte au-dessus des flots une Ménade tenant le thyrse. Une identité si complète de représentations entre Dionysos- Hébon et les dieux fleuves [acuelous, flumina] doit tenir à une parenté de conception symbolique1006.

La victime offerte à un dieu est toujours de préférence l’animal qui lui est consacré. Aussi le bœuf ou le taureau est-il très-fréquemment sacrifié h Dionysos 1007, sacrifice qui prend un caractère tout particulier dans la cérémonie de I’omophagia, liée au culte du Zagreus crétois et plus tard orphique. De là la qualification deTausocpayoç donnée au dieu 1008. Dans les usages particuliers de Ténédos, c’est un veau nouveau-né que l’on immolait à Dionysos 1009, transformation d’un sacrifice d’enfant des âges primitifs1010, comme le taureau à Chios représentant une victime humaine1011. Mais l’animal le plus fréquemment sacrifié àBacchus est le bouc1012 ou la chèvre1013 (p. 349, fig. 417) aussi indiqués dans certains lieux comme tenant la place d’antiques immolations humaines1014. Sur une pierre gravée 1013

1000 De Luyncs, Nouv. ann. de l’Inst. arch. t. I, p. 407. — I0°l Sat. I, 18.

— 1003 Eckhhel, Doctr. num. vet. t. I, p. 36-40 et 121 ; Lanzi, Opusc. p. 171 et s.

— 1003 Miiiei-vini, Bull. Napolet. t. III, p. 62; Welcker, Gr. Gôtterl. t. Il, p. 616;

O. Jahn, Arch. Zeit. 1862, p. 322 et s. — 1004 Torremuzza, Sicil. vet. num. pi. xxxi, n° 7 ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxm, n° 380. — 1 003 Gall. di Firenze, V, pl. ix, n° 2 ; Gori, Mus. Flor. t. II, pl. lvii, n° 2 ; Wicar, Gai. de Florence, t. IV, pl. xlhi ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xlv, n» 578. — «°6 Panofka, Musée Blacas, p. 94; de Witte, Rev. numism. 1840, p. 397-404; de Luynes, Nouv. ann. de l'Inst. arch. p. 385 ; F. Lenormant, Voie sacrée, t. I, p. 288. — «°7 Gerhard, Gr. Myth. § 453, 4. 1008 Soph. Fragm. 602, édit. Nauck; cf. Schol. ad Aristoph./îan. 357.— «09Aelian. De nat . anim. XII, 34. Dionysos : Schol. ad Arist. Han. 35.. 1010 Dio¬

nysos Bçsmxto v&î : Tzetz. ad Lycophr. 229. — ion Porphyr. De abst. carn. Il, 55. 1 1012 virg. Georg. II, 380 et 385 ; Ov. Fast. I, 357 ; cf. Preller, Gr. Myth. t. I, p. 561. — 1013 Gerhard, Gr. Myth. § 453, 4. — 1014 Paus. IX, 8, 1. — ‘015 Mus. Worfley.t. II, pl. xxii ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xlix, n° 610. — «1S Bull, de lAcad. de Belgique, t. XIII, 7, pl. n» 1; Muller- Wieseler, ibid. n° 611. — 1017 Voy. la tête d’un chevreau parmi les restes d’un sacrifice à Bacchus : Mus. Borb. t. VII, pl. ni. Sur un vase (Micali Monum. ined. pl. xliv, 11“ 1) la victime est un bélier.

1018 paus. IX, 8, 1. — 1019 Virg. Georg. II, 380 et s. — 1020 Nonn. XIV, 454;

cf. Gerhard, Auserl. Vas. t. I, p. 114 et s. Dionysos sur un bouc : Mon. de l Dist. arch. t. VI, pl. X.XVH. Le bouc auprès du dieu : Gerhard, Auserl. Vas. pl. xxxn, xxxv et xxxix. 1021 Hesych. v. etpaouîiT»);. — Steph. Byz. v. Axpwpeia,

nous voyons le sacrifice du bouc par Silène, et sur un basrelief 1016 celui du taureau par Pan1017. Dionysos est donc Aigobolos'm , celui qui frappe les chèvres, et Melanaigis quand il se revêt de la peau de cette victime. Une légende postérieure, et qui paraît d’origine attique, prétendait qu’on lui sacrifiait le bouc ou la chèvre comme faisant des dégâts dans les vignes1019. En réalité, comme le prouvent beaucoup de monuments, le bouc était un des principaux animaux consacrés à Dionysos 102°. Nous savons que dans son enfance il était changé en chevreau. Aussi était-il Eriphos en Laconie 1021, Eriphios à Métaponte 1022 et l’on entendait quelquefois avec le même sens son surnom d 'Eiraphiolesmi.

Dans la symbolique dionysiaque, le faon s’échange avec le chevreau. La nebris dont Bacchus est souvent revêtu, que portent ses Satyres et ses Ménades, ainsi que les dévots qui célèbrent ses fêtes 1024, est aussi souvent faite en peau de chèvre ou de houe1023, qu’en peau de faon, vsëpo;, aussi l’appelle-t-on également alyh 1026 et TpayV027 et les Ménades qui en sont ornées Tpayvicpo'pot 1028. Ces peaux de faons et de chevreaux sont celles des animaux que les Ménades ont déchirés tout pantelants, suivant le rite sauvage des Triétériques béotiennes1029, mis ensuite en rapport avec la passion de Zagreus déchiré par les Titans [omophagia]. C’est là ce qu’on appelait vEêptsgô; 1030 ; mais Eschyle employait le verbe alytCeiv 1031 au lieu de vsëpfÇstv 1032. La célèbre statue de Scopas 1033 représentant une Ménade portant dans ses mains un morceau de l’animal ainsi déchiré, qui paraît avoir été le modèle premier de toutes les figures analogues que l’on remarque souvent sur les monuments , 1034 était appelée Xtgatpo-povo; 103s, la tueuse de chèvre. Sur un vase peint 1036, c’est Dionysos lui- même qui déchire en deux le faon auprès d'un autel, au milieu de sa fête. L’idée de ce rite sanglant s’attachait au dieu Melanaigis, et c’est pour cela que cette forme de Dionysos était considérée comme une des plus sombres 1037. En même temps, par les taches dont elle est parsemée 1038, la peau de faon ou nébride prenait une signification symbolique particulière, qui la faisait préférer à la peau de chèvre ; on y voyait l’image du ciel étoilé 1039. Sur un vase peint, la biche accompagne Dionysos 1040 ; sur d’autres elle est auprès d’un Satyre 1041 ou des Satyres la saisissent 1042.

M. Stephani 1043 a établi, par une ingénieuse restitution d’un passage d’Hérodote 1044 et par le témoignage de nombreux monuments , vases peints 1043 , pierres gravées 1046, peintures murales m1, sculptures 1048, que le porc

1023 wieselei-, Philologus, 1855, p. 701. — «24 Dem. Pro cor. 239; Phot. v. veSptÇuv; Theodoret. Hist. eccles. V, 21. — «25 Pull. IV, 14. — 1026 Hesych. v. alyiÇuv ; Theodor. I. c. — «27 Hesych. v. — K»28 Ib. Chez Euripide

(Bacch. 112), elles portent des peaux de brebis avec leur toison. — 1029 Schœnc. De person. in Euripid. Bacch. hab. scen. p. 80 ; Preller, Gr. Myth. t. I. p. 543. 1030 Harpocrat. s. v. — 1931 Hesych. s. v. — «32 phot. s. v. — '«33 o. Müller, Handb. § 125, 2; Sillig, Cat. artific. p. 414. — '034 clarac, pl. 135 ; Zoëga, Bassiril. t. II, pl. lxxxiii, lxxxiv et evi ; Müller-Wieseler, t. I, pl. xxxn, n° 140;

. Visconti, Mon. Borghes. t. II, pl. xiv; Mus. Florent, t. III, pl. lvi ; Mus. Chiaram. pl. xxxvi ; cf. O. Müller, Handb. d. Arch. § 388, 3. — «33 Ant. Palat. IX, 744 ; Ant. Plan. IV, 60. — 1036 Panofka, Musée Blacas, pl. xm-xv ; Müller-Wieseler, t. Il, pl. xlix, nu 616. Cf. Euripide Bacch. 139 : dyftùwv aî;ia Tjayoxtovov, ù-ztvi-ptt -/.ijiv. 1037 plut. Symp. VI, 7, 2. — l038 Eurip. Bacch. 696. — 1039 Diod. Sic. I, 11. — 1040 De Witte, Catal. Durand, n“119. — l»4l Gerhard, Etr. Camp. Vas. pl. vm ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xli, n» 486. — 10V2 Catal. Durand, n°» 150 et 15t. Les rhytons se terminent souvent en tête de biche ou de faon. — 1043 C. rendus de la Comm. Arch. de St-Pétersb. 1836, p. 246 et s.; 1869, p. 147. — «44 n, 47 ; cf. Schol. et Aristoph. Ban. 338. — «'*5 Mus. Borb. t. XV, pl. 15; Millingen, Vases de Coghill, pl. lviii . — 1046 Montfaucon, Ant. expi. Suppl, t. II, pl. xx vm. 11“ ; Raspe Cab. dé Tassie, n» 8511. — 1047 Mus. Borb. t. XI, pl. 37. — «48 1° s. Bartoli Admit- . Rom. ant. pl. xliv et xlv ; Montfaucon, t. Il, pl. lxxxv; Hübncr, Ant.Bildw. in Madrid, p. 144; 2* Mus. Borb. t. XIII, pl. 12 ; 3° Furlanctto, Lapide Patav. pl . lxv.

BAC

BAC

était encore une des victimes habituelles du culte dionysiaque et un des animaux du dieu 10W. Aussi le vase à boire appelé rhyton a-t-il souvent la forme d’une tête de porc ou de sanglier.

L’âne était aussi spécialement consacré à Bacchus 10',°. Il apparaît plusieurs fois dans le cortège du dieu sur les vases peints1051, et Dionysos se montre porté par un âne dans des statues lü5iî, ainsi que sur les monnaies de Mendé de Macédoine1053 (fig. G98) et de Nacona de Sicile1054. Dans les légendes mythologiques nous avons déjà vu cet animal servir de monture au dieu dans plusieurs circonstances, entre autres dans la Gigantomachie. C’est aussi sur un âne que Dionysos ramène Héphæstos dans l’Olympe après l’avoir enivré 1033, et la plupart des monuments qui en

Fig. 698. Bacchus sur l’âne. Monnaie de Mendé.

retracent la scène n’oublient pas cette circonstance. L'âne est encore la monture habituelle de Silène lu3°, comme on le voit sur une foule de bas-reliefs de l’époque romaine; il est si bien associé à ce dieu que, suivant la remarque de Creuzer 1087, il est dans beaucoup de cas Silène lui-même. On racontait que c’était la vue d’un âne broutant la vigne qui avait donné la première idée de la tailler 1058. Mais c’est avant tout à titre d’animaux phalliques1059 que l’âne et le mulet, que cette symbolique ne distingue pas, sont consacrés à Bacchus et rangés parmi ses emblèmes. Aussi raconte-t-on la dispute de vanité personnelle qu’eurent ensemble l’âne et Priape en présence de Dionysos et à la suite de laquelle le dieu de Lampsaque tua l’animal 1060. Une circonstance exceptionnelle dans la représentation de l’âne de Bacchus sur certains vases 1061 précise encore cette signification.

Le cheval appartient aussi quelquefois à la série des symboles de Dionysos, peut-être au même titre qu’il est l’animal de Poséidon [neptunus], comme lié au principe humide et à l’idée des sources 1062. L’exemple le plus caractéristique sous ce rapport est fourni par les monnaies de Maronée de Thrace 1063, qui portent d’un côté un cheval ou la partie antérieure de cet animal, de l’autre un cep de vigne (fig. 699). C’est par des chevaux que dans la même région le dieu fait déchirer Lycurgue, suivant une des versions du mythe [sect. vi] . En Lydie il a pour nourrice Hippa [sect. iv]. 11 semblerait donc probable que ce

1019 Albricus ( Deor . imag. 59) décrit une image de Bacchus accompagné du porc. — 1080 Cornut. De nat. deor. 30; cf. El. des mon. céram. t. I, p. 129 et s. — 1051 Tischbcin, t. Il, pl. xlii, éd. de Florence, t. I, pl. liv. éd. de Paris; Millingen, Vases de Coghill, pl. xli ; Mon. de l'Inst. arch. t. IX, pl. ix.

— 1052 Clarac, pl. 696, il0 1610 A. — '083 Eckhel, Doctr. num. v et. t. II, p. 72; Mionnet, t. I, p. 477 ; Suppl, t. III, p. 82. — '03V Mionnet, t. I, p. 261, n° 437.

— 1055 Aristid. t. I, p. 49, éd. Dindorf. — 1056 Lucian. Bucck. 2 et 4. — 1057 Ilehg . de l'ant. t. III, p. 152, Irad. Guigniaut. — 1058 Paus. Il, 38, 3. — l°59 plin. Iiist. nat. XXIV, 4. — 1060 Hygin. Doet. astr. II, 23; Lactant. Di», iiistit. I, 21 ; Schol. German. Arat. p. 51, édit. Buhle. — 1061 Gerhard, Auserl. Vas. pl. xxxvm; Él. des mon. ceram. t. I, pl. xlix. — 1062 Yoelker, Myth. d. Japet. Geschlccht. p. 132; Ch. Lenormant et de Wilte, Él. des mon. ceram. t. 1, p. 11 ; t. III, p. 5.

— 1063 Eckhel, Doctr. num. vet. t. Il, p. 34 ; Mionnet, t. I, p. 388 cl s.

symbole serait venu du dieu thrace ou lydien. Pourtant les suivants les plus habituels du Dionysos hellénique,

Fig. 699. Monnaie de Maronée.

Silènes 1064, Satyres 1065 et Centaures participent aussi dans une large mesure de la nature chevaline. Hippos 1066 ei Ilippaios 1067 sont des noms de Satyres sur les vases.

Nonnus 1068 fait du chien un compagnon de Dionysos. On le voit aussi près du dieu sur un vase 1069, et sur les as dTIadriadu Picenum 107°,un chien couché est au revers de la tète de Bacchus Pogonitès (plus haut, p. 461, fig. 5o'i). Nous avons indiqué plus haut [sect. v], le rôle que joue cet animal dans la légende d’Erigone et dans celle d’Orestheus. C’était quelquefois des chiens, au lieu de faons et de chevreaux, que l’on mettait en pièces dans les orgies bachiques 1071 . Les rhytons se terminent souvent en tête de chien.

Le lièvre est mis en rapport avec Dionysos dans une variante de l’histoire de Penthée 107â. Sur plusieurs vases peints, il est présenté par une Ménade au dieu 1073 ou tenu à la main par Tragoidia 1074.

Le dauphin fait également partie des emblèmes de Dionysos 1075, mais plus rarement. Il y fait allusion de la façon la plus claire à la métamorphose des Tyrrhéniens, et on peut l’y prendre aussi pour un symbole de l'élément humide 1076. Quant à l’explication qu’en donnait Varron 1077, elle est absolument ridicule.

Enfin l’abeille appartient naturellement à Dionysos Brisaios, comme dieu du miel. Aussi est-ce une représentation particulière de cette forme de Bacchus que nous reconnaissons sur les pierres gravées 1078 où l’on voit une tête de face, couronnée de pampres, avec les quatre ailes d’une abeille disposées de manière à figurer la barbe.

Ce sont là les symboles empruntés au règne animal et propres au Dionysos hellénique. D’autres y ont été joints postérieurement, qui appartenaient d’abord aux dieux orientaux assimilés à lui. Tel est le lion, dont l’application à Dionysos se montre pour la première fois à Samos, sous l'influence des cultes de l’Asie Mineure. Le Dionysos Ks*r,vw; qu’on y adorait, était en forme de lion, et l’on racontait une légende pour expliquer ce type de représentation 1079 ; la tête de lion qui fait le type de la plupart des monnaies de Samos 1080, est celle de ce Bacchus. On considère généralement ce symbole comme un emprunt au culte phrygien de Cybèle 1081 ; en réalité il avait été pris

1064 Wclcker, Gr. Gôtlerl. t. 111, p. 149 et s. - 1063 Philostr. Icon. I, 22 ; Plut. Sull. 27 ; cf. Paus. I, 27, 7. — 1066 Gerhard, Gr. Myth. § 466, 2. — 1067 wélcke- Gr. Gôtterl. t. III, p. 150. - 1068 XVI, 185; XXIV, 343 ; cf. Wieseler, Gôtting. gel. Anzeig. 1852, u“ 150. — 1069 Laborde, Vases de Lamberg, 1. 1, pl Lxx, ct LXX„.

— 1070 Marchi et Tessieri, L ues grave, class. IV, pl. h. 1071 xheodoret. Hist. eccles. V. 21. - 1072 Aeschyl. Eumen. 26. - 1073 De Luynes, Vases peints, pl.

— 1074 Gerhard, Auserl. Vos. t. I, pl. lvi ; Millier- Wieseler, t. H, pl. XLVi, n« 5S“.

— 1075 Porphyr. ad Horat. Sut. II, 8, 15 ; cf. Braun, Gr. Gôtterl. § 535 ; De Witlë, Dev. numism. 1843, p. 413.- 1076 Welcker, Gr. Gôtterl. t. II, 'p. GOG et s. — 1077 A;).’ Porphyr. I. c.- 1073 Pierres gravées d'Orléans, t. I, pl. 59; Chabouillet, Catalogue

général des camées, etc. de la bibliothèque impériale, n“ 1625. 1079 Arlian. Hist

anim. VII, 48 ; Plin. Hist. nat. VIII, 21. - 1080 Eckhel, t. Il, p. 568 ; Mionnet, t. 111, p. 279 et s. — 1061 Gerhard, Gr. Myth. g 430, 4; Preller, Gr. Myth. t. I, ’p. 56q!

BAC

BAC

au Bassareus lydien, auquel il appartenait autant qu’à la Mère des dieux 108i. Aussi le lion est-il le type principal des monnaies des rois de Lydie 1083 et joue-t-il un rôle considérable dans les traditions de ce pays108*. Il se naturalisa complètement dans le cycle de Dionysos. Un vase nous montre le lion près du dieu1088. La forme de cet animal est une de celles que Dionysos se plaît à revêtir 1086 ; il la prend pour combattre les Géants et pour effrayer les filles de Minyas. Une pierre gravée le représente comme un lion à face humaine lû87. Le char qui porte Dionysos et Ariadne est quelquefois traîné par des lions 1088.

C’est aussi de l’Asie Mineure que sont venues dans le cortège du dieu les panthères, les tigres, les lynx, et en général toutes les espèces félines à peau tachetée ou vergetée 1089, qui n’apparaissent qu’assez tard sur les monuments 1090. La plus habituelle est la panthère, qui appartient, dit-on, à Dionysos en tant qu’animal ardent et bondissant comme une Ménade 1091. Quelquefois le dieu chevauche sur ce fauve 1092, plus souvent des panthères

traînent son char comme sur des monnaies de Catane 1093 et sur beaucoup de sarcophages de l’époque romaine. Surtout la panthère accompagne très-habituellement le Bacehus aux traits juvéniles; quelquefois il lui présente une grappe de raisin 1094 ou bien en exprime le jus dans un vase 1093 pour le lui donner à boire, car cet animal est représenté comme aimant le vin 1096 ; on dit que Dionysos se plaît à l’en abreuver et que les panthères qui le suivent sont des Ménades métamorphosées 1097. Aussi sur une foule de monuments se mêlent-elles amicalement aux jeux des Bacchantes, auxquelles elles servent de monture 1098, qui même quelquefois les allaitent 10". Sur quelques monuments, la fantaisie de l’artiste, reliant cet

1082 Welcker, Gr. Gôtterl. t. II, p. 621. — 1083 p. Lenormant, Ann. de la Soc. de numism. 1875, Monnaies royales de la Lydie. — 1084 Herodot. I, 84; cf. I, 50. 1085 Gerhard, Auserl. Vas. t. I, pl. xxxviii ; Ch. Lenormant et de Witte, Él. des mon. céram. t. I, pl. xlix. — 1086 Eurip. Bacch. 1019. — 1087 Jmpronte. gemm. dell’ Instit. arch. II, n“ 15; Bull, de l’Inst. arch. 1831, p. 110; Miillcr- Wieseler, t. Il, pl. xxxm.n» 385 — i°88 Clarae, Mus. de sculpt. pl. 124 et passim. — 1089 Braun, Gr. Gôtterl. § 539 ; Preller, Gr. Myth. t. I, p. 5 6 9. — 1090 Gerhard, Gr. Myth. § 45 0, 4. — 1091 Philostr. Icon. I, 19. — 1092 Lippert, Dactylioth. I, n°5 156, 157, 161 ; Millin, Vases peints, t. I, pl. lx ; Tischbein, t. Il, pl. xliii, édit, de Florence ; Mon. inéd. de l’Inst. arch. t. VIII, pl. x. La figure que nous donnons est empruntée a un -vase du Louvre : Dubois-Maisonneuve, Introd. à l’étude des vases, t. II, pl. xvu. Statue : Clarae, pl. 685, n° 1610. — i°93 Torremuzza Sic. vet. num. pl. xxn, n°* 7 et 8. — 1094 Mus. Chiaramont. pl. xxvm ; Lippert, I, 160 ; II, 139 et 140. — 1097 Mus. Borbon. t. III, pl. i~ — 1096 Lippert. I, 202 • Wicar, Gai. de Florence, t. II, pl. xxix ; B. Gall. di Firenze, sér. V, pl. xxxv, n“ 3 • et sur un très-grand nombre d'autres monuments. Bacehus fait boire sa panthère dans un scyphos, statue : Clarae, pl. 683, n» 1604.- 1097 Oppian. Cyneg. III, 78 et s • IV, 230 et s, l098 Stosch, Gemm. ont, cael. pl. xxii ; Gori, Mus, Flor.

animal au principe humide, compose la figure d’une panthère marine, portant sur son dos une Ménade qui lui verse du vin dans une thiale 110°. Sur quelques autres 11#1, la Ménade tient la panthère comme un des animaux qu’elle déchire dans la fureur de son ivresse. Aussi voit-on plusieurs fois la peau de la panthère immolée, jetée sur les épaules de Dionysos 1102 ou portée en guise de nébride par ses Ménades.

On ne connaît pas jusqu’à présent d’exemple grec qui montre auprès de Bacehus le renard du Bassareus lydien 1103 représenté sur les anciennes monnaies des rois de cette contrée 1104 . L’ours que dans l’hymne homérique le dieu fait apparaître avec le lion pour effrayer les Tyrrhéniens, ne se montre non plus avec lui sur aucun monument.

Le serpent appartient surtout au culte du Dionysos mystique 110S, comme le prouve sa relation habituelle avec la ciste, qui lui sert de demeure 1106 et d’où il s’échappe. Pourtant il joue aussi un rôle dans les orgies du Bacehus thébain ll07, ainsi que dans la légende de la fondation de l’oracle d’Amphiclée en Phôcide 1’08, et, chez Euripide n09, une des formes que le dieu se plaît à revêtir est celle d’un serpent à plusieurs têtes. Le même poète 1110 décrit Dionysos avec des serpents noués autour de ses cheveux, comme les ont quelquefois les Ménades; mais ce type n’a pas encore été retrouvé sur les monuments. Il a été indiqué plus haut que le symbole du serpent était emprunté au Sabazius thraco-phrygien et au Bassareus lydien. Plus tard on rattacha la consécration du serpent à Dionysos, à la nature froide et humide de cet animal 1111 .

C’est au règne végétal que Dionysos emprunte ses symboles les plus constamment répétés. Le premier et le plus essentiel de tous est naturellement la vigne 1112, dont les pampres forment la couronne la plus habituelle du dieu, et celle de tous les personnages de son thiase ; comme le remarque Philostrate 1U\ les artistes se sont plu à la représenter alternativement ou en même temps à tous les états de son développement, en feuilles, en fleurs et en fruits. Le grand sarment de vigne grimpante chargé de raisins, que Dionysos tient si souvent à la main sur les vases peints et qui se développe largement dans le fond de la composition, ou que portent des personnages de sa suite, s’appelait il figurait

dans la pompe rustique des Dionysies des champs 11U. On lui donnait aussi le nom d’oayoç , d’où l’appellation de la fête attique des oschofiioriae, où vingt jeunes gens ocyocpopot portaient des branches de ce genre im. La vigne n’est pas, d'ailleurs, seulement un attribut de Dionysos, elle est le dieu lui-même, dont le

t. Il, pl. VI ; Bracci, Mem. d. ant. incis. t. U, pl. xlvi ; Lippert, Suppl. I, 248; B. gall. di Fir. sér. V, pl. îx, n° 4. — 1°99 Choice of the gems of the Duke of Marlborough, 1. 1, pl. l ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xi.vi, n° 579 ; cf.Euripid. Bacch. 655 et s. ; Nonn. XIV, 361 et s.; XXIV, 129 et s. - H00 Pitt. d’Ercolan. t. III, pl. XVII ; Mus. Borbon. t. VI. pl. xxxiv ; Zahn, Ornam. u. Gem. aus Herc. Pomp. a. Stab. t. I, pl. lxiv. — 1101 Abhandl. d. philol.-philos. Cl. d. K. Bayer. Akad. t. ivj I, pl. iv ; Miiller-Wieseler, t. II, pl. xlv, n» 573. — «0* Un bel exemple A-snslà Gazette archéol. 1875, pl. iv. - 1103 Schwenck, Bhein. Mus. t. VI. p. 549 et s. — 004 F. Lenormant, Annuaire de la Soc. de numismatique, 1875, Monnaies royales de la Lydie. — noô Gerhard, Gr. Myth. § 450, 3 ; 453, 6 ; Welcker Gr. Gôtterl. t. II, p. 639. — >'06 f.lem. Alex. Protrept. II, p. 19 ; cf. Gerhard, Etr. Spieg. p. 70 et s. - H07 Catull. LXIV, 257; Galen. De antidot. I, 8; et dans beaucoup d'autres passages, qu’il serait trop long d’enumérer. Philostrate (Icon. II, 17) met des serpents auprès du Dionysos de Naxos. 1008 Paus. X, 33, 5 ; cf. Braun, Griech. Gôtterl. § 538. - »09 Bacch. 1019.

— 1110 Ib. 101. — nu Plut. Symp. III, 5, 2. — H12 Braun, Gr. Gôtterl. § 531.

— 1U3 Icon. II, 17. — UI4 pim, De cup. div, S. — ms Jlomnisen, Heortologie, p. 273.

BAC

BAC

sang coule sous le pressoir et forme le vin 11IB. Une curieuse têtedeBacchus, découverte à Ostie im, représente

le dieu avec une barbe formée de pampres 1118 (fig.701).

Après la vigne, la plante favorite de Dionysos est le lierre 1119. Le lierre rappelle la vigne ; c’est une plante grimpante comme elle, et ses lianes se mêlent parfois aux sarments.

On prétendit ensuite, en raisonnant au point de vue des doctrines des physiciens sur la vieille symbolique, que l’attribution du lierre à Dionysos venait de ce que cette plante était d’une nature froide 112°, qui combattait l’ivresse 11!1. Quoi qu’il en soit, le lierre était un des symboles primitifs de Dionysos et ce dieu lui-même, adoré à Acharnæ sous le nom de Kiaoo? 1122 , le lierre ; ailleurs Cissos est un compagnon de Dionysos U23. Aussi le lierre formait-il sa couronne aussi souvent que la vigne, d où les épithètes de Kiacoxôgviç, Ktffaojços(T»iç 1124, la première employée déjà dans les hymnes homériques 1123. Chez les poètes latins, Bacchus est appelé Corymbifer aussi bien que Racemifer , par allusion aux fruits du lierre. 11 n’y avait pas de fête de Bacchus sans qu’on s’y couronnât de lierre ; c’est ce qu’on appelait xi'rrwoiç U26. La fête dionysiaque de Phlionte était nommée xtaco-toptot 1127. Le convolvulus , GgïXat; , est appelé par Dioscoride 1128 xKjoâujreXoç ; à cause de la ressemblance qu’exprime ce nom, il était attribué à Bacchus, comme la vigne et le lierre 1129 .

Parmi les arbres et les arbustes des bois, on trouve quelquefois attribués à Dionysos, mais rarement, le chêne 1130 et le lentisque, a/ïvoç, sous lequel Penthée s’était caché 1131 ; le myrte avait aussi sa place dans quelques cérémonies du culte dionysiaque 113a. Le pin, sXotr/), est encore donné au même dieu 1133 ; il appartient plus souvent à Poséidon, et la communauté de cet attribut entre les deux dieux de l’humide est digne d’attention im. On portait des branches de pin dans les Trieterica béotiennes 113b. Mais c’est surtout la pomme de pin, GTpôêtXoç, xôivoç 1136, qui tient une place importante parmi les attributs de Dionysos 1137, et qui souvent termine son thyrse. Gerhard 1138 la croit empruntée au culte phrygien; Émile Braun y voit un symbole de fécondité et de reproduction, un fruit de l’hiver; peut-être son attribution à Bacchus est-elle venue simplement, comme l’ont pensé Chateau-

U!B Arnob. V, 43; cf. Wclcker, Gr. Gôtterl. t. Il, p. 600 et 645. — U'7 Miiller- Wieseler, t. II, pl. xxxi, n° 344. — U 18 Cf. la lampe publiée par la Chausse, Roman. Mus. t. II, sect. b, pl. xiv. — 1118 Ovid. /'Iist, 111, 767; Eust. ad lliad. p. 87; cf. Schccue, Be persan, in Eurip. Dacch . habit, scen. p. 19 et 101.

— HW plut. Symp. 111, 2; 5, 2. — H» Ib. III, 1, 3. — 1124 Paus. I, 31, 3. Dionysos Kiuijoêpuo? : Orph. Hymn. XXX, 4. Kimsgapij; : Oi'pli. Hymn. L1I, 12. — 1143 Konn. XII, 97. — 1144 Preller, Gr. Myth. t. 1, p. 560. — "45 Hymn. XXVI, 1. — "26 Corp. inscr. gr. u° 523; cf. Preller, Gr. Myth. t. I, p. 559. — U27 Paus. II, 13, 3.

— 1128 iv, 144.-H29 Eurip. Bacch. 108 et 702 ; Philostr. Icon. II, 17. — 1130 Eurip. Bacch. 109 et 702 ; Theocr. XXVI, 4. — H3I paus. II, 2, 7. — "34 Suid. v. Kavoüv; Aristoph. Pac. 948. — HSJ Paus. II, 2, 7; cf. Theocr. XXVI, II.— "34 Welcker, Gr. Gôtterl. t. II, p. 607. — "3S Eurip. Bacch. 1 10; Schœne, Op. c , p. 105. — "36 Spanheim, De praest. et usa numism. IV, p. 269 ; Begcr, Thés. Brandenb. t. I, p. n ; cf. Lobeck, Aglaoph. p. 7 0 0. — 1137 Braun, Gr. Gôtterl. § 533. — U38 Gr. Myth.

§ 450, 4. — H39 Dans l’ Itinéraire de Paris à Jérusalem, au récit de son séjour a Athènes chez Fauvel. — 1140 Gr. Gôtterl. t. Il, p. 607. — H41 Suid. \. xovo»ifr>;.

— "44 Hom. Hymn. XXVI, 9; Paus. VIII, 39, 4 ; Horàt. Od. I, 1, 29 ; Otid. Art.

briand 1139 et Welcker mo, de l’usage conservé par les Grecs modernes, de faire infuser des pommes de pin dans les cuvées pour conserver le vin par le moyen de la résine. Dans les interprétations d’un mysticisme alambiqué, chères aux Orphiques, la pomme de pin fut envisagée comme une image du cœur de Zagreus, déchiré par les Titans 1141 . Il a été parlé à la section précédente de l’attribution du laurier à Dionysos comme à Apollon. Le laurier est souvent associé au lierre 1U2. Sur un vase peint 1143, un des Centaures du thiase dionysiaque porte une grande branche d’un laurier sacré, d’où pendent des bandelettes, un petit tableau votif et un oiseau présenté en offrande.

Un bel autel dionysiaque, encore inédit, du musée de Lyon, réunit le lierre, le pin, le chêne, le laurier et la grenade dans les mêmes festons de feuillages, que soutiennent des têtes de bœuf ; il est en outre décoré de trois têtes de bouc, de faon et de sanglier.

Tous les arbres des vergers et leurs fruits appartiennent, comme nous l’avons dit, à Dionysos, mais la pomme uw, la noix 1US, l’orange 1146 et la grenade m7, sont plus particulièrement rangées parmi ses symboles. C’est surtout le figuier qui occupe un rang important dans la symbolique dionysiaque, comme dans celle du culte de Déméter 1U8. Nous avons vu qu’il y avait à Sparte un Dionysos Sykitès. En Attique, les figues étaient au nombre des offrandes indispensable des Dionysies rustiques 1U9. La majorité des plus anciens xoana de Dionysus que vit Pausanias étaient faits de bois de figuier et de vigne. C’est en bois de figuier que l’on fabriquait le phallus porté processionnellement dans les Dionysies 115°, et l’on rattachait l’emploi rituel de ce bois à une circonstance de la légende de Prosymnus 11S1. On y attribuait, d’ailleurs, une vertu de purification toute spéciale ll32, c’était sur un bûcher en bois de figuier que l’on brûlait les monstres 1133 et les livres impies Il3i. Parmi les objets renfermés dans la ciste mystique il y avait des verges de figuier xpâSat 115S. La figue passait pour le premier fruit cultivé qu’eussent mangé les hommes 1158.

Les fleurs sont aussi du domaine de Dionysos 1,b7, et en particulier la rose lui appartient autant qu’à Aphrodite1138. Dans un des plus beaux fragments de ses dithyrambes, Pindare invite à se couronner de roses en son honneur, et sur une mosaïque du Vatican il respire le parfum de cette fleur1139. Mais il semble que c’était surtout dans le culte du Sabazius thrace que la rose était un symbole capital. Une des principales l'êtes des thiases dionysiaques de la région voisine du Pangée, sous la domination romaine, s’appelait Rosalia1'60. Dans la même contrée la légende plaçait les fameux jardins de roses de midas 1161 , personnage en rapport étroit avec ceux du cycle de Bacchus, et la rose y est le type constant des monnaies de la ville de

amat. III, 411 ; Trist. I, 7, 2 ; Varr. up. Serv. ad Ecl. VIII, 12. — 1143 Tischbein, t. I, pl. xlii, édit, de Florence; Müllcr-Wieseler, t. II, pl. xlvi, n» 587. — "44 Paus. V, 19, 1 ; Theocr. II, 120 ; Schol. A. h. I. — "43 Braun, Gr. Gôtterl. § 528. — "46 Jb. g 530. Orange dépouillée de sa peau, en terre cuite, déposée daus un tombeau connue symbole dionysiaque : Catal. du musée Fol. n° 568. — "47 paus. I. c. Braun, Gr. Gôtterl. § 532. — "48 /6. § 533; Bôttichcr, Baumcultus, c. xxxn ; Hehn, Kulturpflanzen, 2® édit. p. S5. — "49 plut. De cup. div. 8; cf. une peinture de Pompéi montrant les restes d'un sacrilice à Bacchus : Mus. Borb. t. VII, pl. ni. — "80 Clem. Alex. Protrept. III, p. 29 et 30 ; Hygin. Poet-. astr. II, 5; Theodoret. Sera. Vil, p. 383. — "51 Clem. Alex. I. c. — "84 Hcsych. \. mjxàÇstv et routais;; cf. Lobeck, Aglaoph. p. 703. — "83 Macrob. Sat. U, 16. — "84 Lucian. Alex. 47 ; cf. Phrjuieh. ap. Bekker, Anecd. gr. p- 10. — "83 Clem. Alex. Protrept. II, p. 19 ; cf. Jacobs, Animadv , ad Anthol. graec. t. I, part. 2, p. loi. — "56 Athen. III, p. 74, — "37 Braun, Gn Gôtterl. g 527. — "58 Anacr. lvii ; cf. Welcker, Nachtr. p. 1S9. — "59 Braun,

I. c. — "60 Heuzev, Mission de Macédoine, p. 152 et s. — "61 Herodot; VIH, 138.

BAC

BAC

Tragilus1162. Le nom significatif d 'Althaca, l’amante de Dionysos en Étolie, met les ileurs malvacées en relation avec ce dieu. Enfin on lui attribue aussi l’asphodèle1168, la fleur des morts, qui semble plutôt se rattacher au caractère funèbre et infernal qu’il prit comme dieu des mystères [sect. xv].

Plus ancienne, plus générale et plus constante est l’attribution à Dionysos de la férule, vapOv^Ç, entre les plantes des champs non ligneuses, au port d’herbes et de roseaux. C'est un attribut qui remonte à l’origine du culte du dieu. Il semble qu’il faille le rapporter aux primitives époques aryennes et aux liens qui rattachaient alors le dieu Soma aux rites du sacrifice1164, car c’est aussi dans une férule que Prométhéc dérobe au ciel le feu1163 [Pnometheus], et dans ce dernier mythe la férule représente le morceau de bois dont le frottement sert au pontife arva à obtenir la flamme1166. Pourtant ceux qui se sont occupés de la botanique des anciens croient pouvoir établir une différence entre la férule de Pi'ométhée et celle de Dionysos1167. Quoiqu’il en soit, la férule est portée dans les mains de Dionysos, d’où son surnom de NapOvixosofoç1168; elle est aussi brandie par ses Ménades et ses Satyres 1169 et on y voit un symbole d’ivresse divine et d'inspiration 117°, d’où le proverbe 7:0)1X01 vap07]xocpopoi, |3otx/oi ts 7ictopoi 1171 , La tige de cette férule est l’origine du thyrse, dont nous parlerons dans un instant, et en reste toujours le principal élément. Mais quelquefois la férule avec ses rameaux terminés en ombelles, caractérisée d’une manière très-exacte, se voit sur les monuments de l’art, tenue au lieu du thyrse par Dionysos 1172 ou par des personnages de sa suite 1173. Sur un vase qui est maintenant au Musée Britannique1174 un jeune Pan et une Ménade dansent entre deux hautes plantes de férule.

Parmi les gemmes, l’améthyste, à cause de sa couleur violette et vineuse, passait pour préserver de l’ivresse [amuletum] 1175. Il semble qu’elle fût consacrée à Bacchus, à voir la prédilection avec laquelle les graveurs antiques l’ont choisie pour y représenter l’image du dieu et en général les sujets dionysiaques.

XII. — A côté des symboles naturels que nous venons de passer en revue, il faut placer les attributs et les insignes de Dionysos façonnés par le travail et l’industrie humaine. Le premier est le thyrse (0up<jos-) dont on étudiera les principales variétés de formes dans un article spécial [tiiyrsus]; il se compose essentiellement d’une longue haste, originairement une tige de férule, garnie au sommet d’une bandelette nouée et terminée par une pomme de pin ou par une sorte de faisceau de lierre ou de pampres, quelquefois des deux ensemble; ce faisceau de lierre se combine aussi avec la pomme de pin qui le surmonte 117S. C’est le sceptre le plus ordinaire de Bac¬

chus1177; (voir les fig. 703, 705) c’estaussi l’arme avec laquelle il combat. Tous les personnages de son thiase le portent comme lui et l’agitent dans leur ivresse ; ils s’en servent victorieusement à l’exemple du dieu dans ses guerres. A la place du thyrse, que les pâtres des montagnes et tous ceux qui fréquentaient les orgies nocturnes de Dionysos fabriquaient en un instant avec une branche d’arbre et des pampres ou des lierres enlacés 1178, on portait aussi dans les fêtes dionysiaques des rameaux garnis de leurs feuillages et tressés avec des branches de vigne et de lierre ; c’est ce qu’on appelait ex: dosç 1179. Le iiacciios, qui avait dû d’abord appartenir au culte de Dionysos, était à l’origine quelque chose d’analogue. Les jeunes arbres déracinés en entier que portent quelquefois les Centaures peuvent donner une idée de ceux qui figuraient dans les dendrophoriae bachiques 118°.

Le thyrse est censé souvent cacher un fer de lance sous les feuillages1181 [sect. vi]. Sur un bas-relief du Vatican 1182 la pointe de ce fer apparaît; c’est proprement ce qu’on appelait GuptrôXoY 70; “83. Ailleurs le thyrse se termine, en souvenir de cette disposition, par une feuille lancéolée1184, au lieud’une pomme de pin. En outre, Dionysos peut porter la lance elle-même, comme Doratophoros ou Enyalios , et c’est ainsi, avec un petit paquet de feuilles au-dessous du fer de la lance, qu’il est figuré dans l’idole devant laquelle on voit les débris d’un sacrifice dans une peinture de Pompéi1183.

Une autre arme de Dionysos est la bipenne, [fou^Xr,;, que Simonide 1186 appelait Atwvuaoto àvaxtoç poucpo’vov 0epa- 7;ovTa. Sur les monnaies de Ténédos, dont cette hache est le type, par allusion au sacrifice qu’on y célébrait annuellement en l’honneur de Dionysos, elle figure d’ordinaire

(fig. 7(J2). A Pa-

accompagnée de grappes de raisin gasæ, Dionysos était adoré sous le nom de néXexuç 1188, c’est-à-dire sous la forme d’une hache, et la marque de l’atelier de Pagasæ sur les monnaies d’Alexandre1189 ne permet pas de douter que cette hache ne fût une bipenne. La même arme s’appelait a<uv/) et il semble que le Dionysos Axites d’Iierœa d’Arcadie 1190 était ainsi nommé d’après cet attribut.

Les flambeaux des orgies nocturnes, qui valaient à Dionysos une riche série d’épithètes signalées plus haut [sect. ix], sont portés à chaque instant près de lui par les différents personnages de son thiase et figurent parmi les attributs bachiques groupés sur d’assez nombreux monuments. Cependant le Dionysos de Thèbes et de Naxos ne porte pas lui-même le flambeau à la main sur les monuments comme I’Iacciius d’Éleusis, si ce n’est dans quelques représentations exceptionnelles1191, et encore dans

Fig. 702 Monnaie de Ténédos.

1182 Mionnet, t. I, p. 505 ; cf. Leake, Numismata hellenica, European Grece, p. 108. — 083 Theocr. XXVI, 4 ; cf. Braun, l. c. — ne* Maurv, liai, de la Grèce, t. I, p. 511. — H6S Acsch. Prometh. 110. — U66 Maurv, t. I, p. 218 ; A. Kuhn, Die Herabkunft der Feuers. — 1167 G. H. Dierbach, Flora mythol. p. 67; la première serait la Ferula glauca, la seconde la Ferula commuais, dont la tige brisée rend un suc jaune et abondant qui a peut-être été pour les tribus aryennes venues en Europe un succédané du jus du soma, avant qu’elles ne connussent le vin. — U68 Orph. Hymn. XLI , 1. — 1169 Eurip. Bacch. 113, et passim; Schol. Eurip. Orest. 1481; et dans une foule de passages qu’il serait trop long d’énumérer. — U70 Euripid. I. c. — im Plat. Phaed. p. 69; Anthol. Palat. X, 106. — U72 Vase peint : Millingen, Peint, de vases, pl. il ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxviii, n° 442. — H73 Même vase. Autres : Dubois- Maisonneuve, Int. à l’ét. des vases, pl. xl ; Mon. inéd. de l’Inst. arch. t. VI, pl. v b. Bas-relief : Ane. marbles in Brit. Mus. t. II, pl. ix; Müller-Wieseler, t. Il, pl. xxxv, n° 403. — 1174 Panofka, Musée Blacas, pl. xxm ; Bild. ant. Leb. pl. ix,

1 ; Müller-Wieseler, t. II, xliii, n° 543. — l'78 Plin. Bist. nat. XXX VII, 9; cf. S aimas. Exerc. Plin. in Solin. — l>76 Schœnc, Op. c. p. 88 et s.; Braun .Gr.Gôtterl. § 533. — 1177 Dionysos ©upv oçôpo; : Anlhol. Talat. IX, 524 ; Orph. Ilymn. XLIII, 3. 0upTovivâxvT]ç : Orph. Hymn. LU, 4. ©upiouani; : Orph. Hymn. L, 8. — 1178 Virg. Ecl. V, 30. — I179 Hesyeh. et Thot. v. raid?; Athen. V, p. 399. — 1 189 Strab. X, p. 468; Artcmid. Il, 37. — 1181 Macrob. Sat. 1, 19; Diod. Sic. III, 65 ; Lucian. Bacch. 3 ; cf. Schoeue, Op. c. p. 92. — H82 Visconti, Mus. Pio-Clem. t. IV, pl. xxix.

— 1183 Callixen. ap. Athen. V, p. 200; Strab. I, p. 19. Airyai Ttevptru]xÉvni : Diod. Sic. IV, 4. — 1W Pitt. d’Iircol. t. II, pl. xm ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xliv, n„ sat. 118b Mus. Borb. t. VII, pl. ni; Müller-Wieseler, t. II, pl. xlix, n° 613.

— H88 Ap. Athen. X, p. 456. — 1>87 Eckhel, t. II, p. 488 et s. — l188 Schol. ad

Iliad. n 428. 7189 F. Lenormant, Bev. numism. 1863, p. 173; cf. Newton, Numism.

chron. 1845, p. 113; Longpérier, Bev.Aumism. 1859, p. H0. — HSOpaus. VIII, 26, 2.

— 1191 Sur les monnaies de Cvzique : Eckhel, 1. 11, p. 451. Sur la rareté de ces figures, Gerhard, Bilderkreis von Eleusis, 1er mena, p, 282, n° 66.

BAC

BAC

ce cas c’est presque toujours une arme avec laquelle il combat ou va combattre. Mais chez les poètes la flamme qui brille la nuit au sommet du Parnasse est celle des flambeaux que Dionysos tient dans ses deux mains quand il conduit la danse des Thyades1192. Chez Euripide1193 un feu divin couronne la férule qu’il brandit en guise de thyrse.

Le vase à boire est aussi naturellement et aussi nécessairement aux mains de Dionysos que le bouclier au bras d’Arès1194. Aussi, depuis le coffre de Cypsélus sur lequel cette circonstance est signalée 119°, les représentations de toutes les époques et de tous les types 1196 lui font-elles tenir un cantharus ou un carchesium, d’où il verse quelquefois le vin à terre1197 (voy. fig. 693) ou bien unecorne à boire, ruyton 1198 ou iceras, qui se transforme quelquefois en corne d’abondance 1199 [cornucopia], enfin un vaste et profond scyphus, comme celui d’Hercule [hercules]. Ces différents vases à boire, avec en plus le prociioos, sont trèsfréquemment aussi aux mains des suivants du dieu ou

épars à terre à ses pieds. Ils figurent encore dans les réunions de symboles bachiques qu’offrent fréquemment cert aines frises monumentales des peintures murales et les décorations de vases de marbre, de métal etde matières précieuses1200. Dans ces groupes de symboles ils sont réunis aux vases à contenir le vin, tels que l’amphore 1201 et le cratère1202, qui ne manquaient à aucune des fêtes de Dionysos, et souvent aussi à l’outre en peau de chèvre. Des Satyres portent aussi fréquemment l’amphore et le cratère dans le cortège du dieu. On voit (fig. 703), dans une peinture qui décorait une maison de Pompéi 1203, le cantharc.

réuni au van et au thyrse, à côté un bouc et un tambourin.

Les instruments de musique, au son desquels on exé-

Fig. 7u5. Dionysos présidant aux concours choragiques.

cutc les danses orgiastiques, jonchent souvent le sol auprès des figures de Dionysos et tiennent surtout une grande place parmi les groupes d’attributs de son culte dont nous venons de parler 1204. Ils y sont les symboles de ce fracas joyeux qui ne doit jamais cesser un seul instant autour du dieu 1203 et auquel on attachait l’idée du mouvement, perpétuel de renouvellement et de rajeunissement qui ne s’arrête jamais dans la nature 1206. Avant tout on remarque parmi ces instruments les flûtes de diverses espèces (voy. plus bas fig. 708), et la svrinx de Pan, puis les cymbales et le tambourin [tympanum] empruntés aux usages des religions de l’Asie Mineure 1307, enfin les clochettes que dans quelques représentations le dieu agite luimême 1208 et qui garnissent aussi le vêtement de dessus de certains Bacchants 1209 (fig. 701).

La lyre ne figure pas dans ces groupements d’attributs dionysiaques. En revanche, les masques tragiques, comiques et satyriques des types les plus variés y tiennent une large place, rappelant que Dionysos est le dieu de la scène 1210. On en voit un grand nombre sur la célèbre Coupe des Ptolémées (p. 3, fig. 6) ; la coupe d’argent de Bologne les montre reposant sur des autels; ils forment la décoration de plusieurs très-beaux

cratères de marbre 1212. Les masques, à titre d’osciLLA, jouaient un rôle dans certains rites bachiques.

Aux concours choragiques des grandes Dionysies d’Athènes, le prix était un trépied 1213 [ciioregia, dionysia,

tripus-] , attribut emprunté au culte d’Apollon. Un vase peint 1214 (fig. 703) monlre ce trépied élevé sur un soubassement auprès duquel se tient assis Dionysos barbu, couronné de laurier, tenant un sceptre surmonté d’un groupe de feuilles et ayant derrière lui //om1215 debout, munie du thyrse. Une Victoire pare le trépied et une autre amène le taureau pour le sacrifier ; derrière celle-ci se tient Dit/iyrambos nu, portant le thyrse. Sur

Fig. 704. Bacchant.

1192 Soph. Aniiq. 1126; Eui-ip. Phoen. 230; Ion. 711 et 1125. — 1193 Bacch. — H94 Aristot. Poet. 21 ; lihet. 111, 4. — 1193 pulls. y, 19, 1. — «96 pl,ls conslamment que partout ailleurs dans les figures de l’ancien type barbu, dont il sera parlé à la section suivante. — «97 Voy. un peu plus haut la fig. 695 comme exemple dans le type barbu. Dans le type jeune et imberbe, la statue de Naples, Mus. Horion. t. XI, pl. x, et une pierre gravée dans Lippert, Dactylioth. I, n° 160. — «98 Sur le rhyton donné à Bacchus, voy. Stephani, C. rendu de la Comm. arch. de St-Pëtersb. 1 867. p. 180.— 1199 Bouillon, t. III, pl. ix, n«2; MiUler-AVieseler, t. Il, pl. xxii, n» 300 ; Clarac, pl. 694 C, n" 1596 D. La même corne portée par un satyre sur lequel s’appuie Dionysos : Clarac, pl. 693, n° 1635 A. La corne d’abondance est plus souvent donnée à Ariadne : Gerhard, Bilderkr. v. Eleusis, 2e mém. p. 528. — 1 -i>() Le plus bel exemple de ces vases décorés de la réunion des symboles et des attributs dionysiaques est le fameux canthare de sardonyx du Cabinet de France, connu sous le nom de Coupe des l’tolémées : Montfaucon, V Antiquité expliquée, t. I, 167 ; (Koehler) Peser, d'un vase de sardonyx antique, St-Pétersbourg, 1800; Jlillin, Gai. myth. n» 273 ; Clarac, Mus. de sculpt. pl. cxxvn ; Miiller-Wieseler, t. II, pl. l, n» 626 ; Chabouillet, Cata-

loque des camées et pierres gravées de la Bibliothèque lmp. n° 279. — 1201 p]ut. De cnp. div. 8 : Philostr. Jcon. II, 17. — '202 Eurip. Bacch. 221 ; Stat. Theb. II. 76 ; Athen. Y, p. 199. — 1203 Niccolini, Case di Pompei, casa di Lucrezio, 1. — 1204 ppj. lostr. I. c. — 1203 DI. Icon. 1, 19. — 1206 Preller ,Gr.Myth. t. I, p. 561. — 1207 Gerhard, Gr. Myth. § 450, 4. — 120s Dubois-Maisonneuve, Intr. à l'étude des vases, pl. xl ; Miiller-Wieseler, t. II, pl. xlii, n° 522. — l2°9 Foggini, Mus. Capit. t. IV, pl. ccxxxi ; Miiller-Wieseler, t. II, pl. xlix, n° 620; Yisconti, Mus. Pio-Clern. t. IV, pl. xx; Fabr-otti , Inscr. p. 429. l ue Ménade appelée Codone : Nonn. XXX, 213; cf. Welckcr, Naehtr. p. 109. — 1210 o. Millier, Handb. d. Arch. § 390, 8. — 18« Mon. inéd. de l'Inst. arch. t. I, pl. xlv. — 1212 Bouillon, t. 111, pl. lxxvii, lxxiiii et i.xxx ; Moses, Vases, pl. xxxvi, xl et xi.i. Le char de la Comédie, chargé de masques, dans un certain nombre de bas-reliefs de la pompe de Dionysos ; O. Millier, Handb. d. Arch. g 390, 5. — 1213 K. F. Hermann, Gottesdienstl. Alterth.d. Griech. g 59, 13; Boeckh, Ccrp. inscr. gr. t. I, p. 342 et s. — 1214 D’Hanearville, Vases d'Hamilton, t. II, pl. xxxvii ; Panofka, Bild. ont. Leb. pl. iv, n° 10; Miiller-Wieseler, t. Il, pl. l, n» 625 ; cf. YVelcker, Naehtr. p. 25 et s. — 1215 Simonid. AV. 72.

BAC

BAC

quelques autres monuments, le trépied choragique est placé près de Dionysos 1216.

Les cistes [cista] 151 corbeilles rondes à couvercle { plenae incita formidine 1218) d’où l’on voit s’échapper le serpent, se rattachent au culte sabazien de l’Asie Mineure sur les monnaies d’argent de cette contrée appelées cistopiiori. Sur les autres monuments grecs, et surtout romains, la présence delà ciste implique une signification mystique; aussi figure-t elle presque toujours dans les sujets dionysiaques des sarcophages de l’époque romaine.

Nous avons parlé du van, Xxvov, de son rôle comme berceau de Dionysos enfant et du sens qu’on y attachait comme symbole de purification 1219. Ce sens se rattache aux idées mystiques; pourtant le van n’est pas nécessairement toujours en rapport avec les mystères. 11 figure quelquefoisparmi les attributs dionysiaques ordinaires. On le voit rempli de fruits de toute espèce dans les représentations de sacrifices agrestes à Dionysos (voy. plus bas, fig. 71 4) 1220 . Souvent le phallus se dresse au milieu des fruits, mais dans ce cas l’intention mystique de la scène paraît toujours marquée 1221.

La scaphè remplie de fruits qu’Opora présente à Dionysos sur un certain nombre de monuments (voy. plus haut la figure 682), apparaît aussi comme un symbole de son culte 1222. Enfin la klinè du banquet ou le lit nuptial préparé pour recevoir Dionysos et Ariadne, se montre sur un vase peint 1223 comme un emblème auguste, que gardent deux Satyres, avec un prêtre et une prêtresse.

XIII. — Les premières idoles de Dionysos étaient liées au culte fétichiste des arbres [arbores sacrae]. On adora d’abord ce dieu sous la forme d’un arbre dans lequel sa divinité même, était censée résider. Tel était le Dionysos Endendros de laBéotie 1224 ; sur un vase peint on voit le buste du dieu imberbe et juvénile sortir du milieu du feuillage d'un arbre bas, d’une sorte de buisson 1228.

La vigne sacrée d’Icaria semble avoir été un fétiche du même genre, et la Pythie avait ordonné, aux Corinthiens d’honorer comme le dieu lui-même le lentisque ou le pin sous lequel avait été frappé Penthée ,226.

A côté de ces idoles naturelles, la main de l’homme commençait à en façonner d’une rudesse primitive. C’était un simple pieu fiché en terre, un tronc d’arbre que l’on ne prenaitmêmepas soin d’équarrir, etlesgens delà campagne

1216 par exemple, sur le fameux vase à relief de Cumes : Bullett. arch. Napol. d. s. t. III, pl. vi ; C. rendu de la Commiss. arch. de St-Pétersb. 1862, pl. ni ; Gerhard, Bilderlçreis von Eleusis, pl. m. — 1217 Spanheim ad Callimacb. Hxjmn. in Cer. 3 ; G. Lami, Sopra le ciste mistiche, dans le Rec. de l'Acad. de Oortone, t. I, p. 63 et s. ; Gerhard, Etrusk. Spieg. t. I, p. 4 et s. ; O. Jahn, Die Cista mystica, dans l’ Hermès, t. III, p. 317-331. — 1218 Val. Place. Il, 267. — 1219 Sur le van et l’idée puriCcatoire qui s’y rattache : Stephani, C . rendu de la Conun. Arch. de Saint - Pétersb. 1849, p. 4ü et s. — 1220 Mus. Worsley. t. II, pl. xxii ; Miiller-Wieseler, t. II, pl. xlix, n" 610; cf. le bas-relief dans le Mus. Napol. t. II, pl. xii ; Bouillon, t. III, pl. n ui ; Clarac, pl. 217, n° 314 ; Miiller-Wieseler, t. II, pl.XLix, nu 608. Le van est toujours porté sur la tête : Brunclc, Analect. t. I, p. 422; Procl. in Plat.

Tim. II, p. 124. 1221 Campana, Ant. op. in plastica, pl.xLv ; et sur d autres

monuments. — 1222 Mus. Borb. t. Vit, pl. 111 ; Miiller-Wieseler, t. II, pl. xlix,

conservèrent l’usage de ces représentations grossières du dieu 12i7. A Thèbes on adorait, sous le nom de Dionysos Cadmeios, un morceau de bois que l’on donnait comme étan t tombé du ciel dans le lit de Sémélé et ayant été revêtu de bronze par Polydorus, un des successeurs de Cadmus ,228. On avait aussi en Béotie un Dionysos Stylos ou pieu 1229 ; un autre, à Thèbes, s’appelait Perikionios 1230 [sect. îv] ; c’était un pieu semblable, mais enveloppé de lierre lîS1.

Plus tard on perfectionna ces sortes d’images. Les vases peints nous offrent de nombreux exemples du Dionysos des champs paré pour sa fête. Le tronc d’arbre ou le pieu est toujours couronné de pamp attache des vêtements simulant le costume du dieu, divers attributs et un masque exécuté d’après la tête de quelque image plusperfectionnée. Un autel ou une table destiné aux offrandes et aux libations est placé devant l’idole. On a donné (p. 361 , fig. 449 1, une représentation de ce genre d’après un vase du Louvre; nous plaçons ici une autre de ces images, tirée d'une coupe du Musée de Berlin (fig. 706) et le sujet principal d’un célèbre vase du musée de Naples 1232 (fig. 707).

Le masque était d'ordinaire peint en rouge 1233, couleur symbolique, qui était aussi appliquée aux chairs des anciens xoana du dieu. D’après Pausanias, tout ce qu’on voyait du Dionysos Acratophoros de Phigalie était enduit de cinnabre comme aussi le visage de ceux que l’on conservait à Corinthe, tandis que les draperies de ces derniers étaient dorées 1238. Dans un exemple, le masque et les vêtements qui caractérisent la représentation du dieu sont appendus à une véritable colonne, que surmonte un

no 613. — 1223 Tischbein, t. Il, pl. lxi, édit, de Flor.; Müller-Wicseler, t. II, pl. xlix, n„ 617. — 1224 Hesvch. s. v. — 1225 Minervini, Monum. possed. da B. Barone, pl. xn.

— 1226 Paus. II," 2, 7. — 1227 Max. Tyr. VIII, I. — 1223 I>aus. IX, 12, 3.

— 1229 ciem. Alex. Strom. I, p. 418. — 1230 Mnas. ap. Schol. ad Eurip. Phoen. 651.

1231 £U1.jp, Fragm. 202. — 1232 Pour le vase de Naples, voy. Mus. Barbon.

t. XII, pl. XXI ; Iughirami, Vasi fitt. pl. cccxvii ; Panofka, Bdd. ant. Leb. pl. xm, n° 9; Miiller-Wieseler, t. II, pl. xlvi, n° 583 ; pour la coupe de Berlin. Gerhard, Trinlcschalen zu. Berlin, pl. iv, u» 5 ; cf. pour d’autres représentations analogues, Bœtlicher, Baumkult. fig. 42, 43 et 44; Mon. inéd. de VInst. arch. t. VI, pl. lxvA; Annales, 1862, pl. c. Sur ces représentations du dieu et celles en hermès : Stephani, C. rendu de la Comm. arch. de Saint-Pétersb. 1868, p. 154 , — 1233 Hesych. [cpùc Xiovùaou ; Preller, Polem. fragm. p. 110. — 1234 Paus. Vlll 39, 4.

— 1233 Paus. II, 2, 5.

BAG

BAC

chapiteau dorique1236. C’est là proprement le dieu Stylos, tandis que l’épithète de Dmdrith paraît devoir être appliquée aux cas où c'est un tronc d’arbre qui est le premier élément de 1 idole. Comme une idée symbolique s’attachait a ce nom et à cette manière de représenter le dieu, celle du producteur de la vie végétative, on combina encore la tête barbue de Dionysos avec le tronc d’arbre dans des sculptures qui offrent un grand raffinement de composition et tous les caractères de l’art le plus avancé 1237.

Un nouveau perfectionnement de l’image rustique consista à sculpter plus ou moins grossièrement une tête au sommet du pieu et à y adapter des bras tenant des attributs, tels que le canthare ; les idoles de ce genre étaient encore habillées de vêtements d’étoffe. On voit sur une lampe (lîg. 7(J8) trois Satyres avec une Ménade qui en dressent

Fig. 708. Satyres dressant l’image rustique de Bacchus.

une en la fichant en terre 123S. Les vieux xoana de Dionysos, que vit Pausanias, ne devaient pas beaucoup en différer.

Quelquefois, on attachait au tronc d’arbre un phallus de forte dimension, en même temps que le masque, pour exprimer le caractère générateur du dieu 1239. De là découla la représentation du dieu sous la forme d’un hernies ilhyphallique, autour duquel on faisait quelquefois s’enrouler un cep de vigne 124°. Le Dionysos Phallen de Lesbos 1-,t, lai l de bois d’olivier 1242, est représenté sur les monnaies de Mitylène comme un hermès de ce genre 1243. On en voit d’autres sur quelques monuments 12U, mais souvent aussi diverses circonstances amènent à donner à une figure toute semblable le nom de Priape 1243 ou celui du démon P/talès 12t6. On reprit plus tard la donnée de Dionysos en hermès, mais non plus ilhyphallique, dans un assez grand nombre de sculptures d’une époque tardive1-’1: ces hermès sont souvent à double face, réunissant

1236 Minervini, Op. I. pl.vn.— U37 Braun, Ant. Marmorwerlce.il, ^\. n ; Müller- XVieseler, t. II, pl. xxxi, n°341. — 1238 Bartoli et Bellori, Lucern.net. sepulchr. II, pl. xxviii ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xlix, n° GIS. — 1239 welcker, Gr. Gôtterl. t. II, p 601. — 1240 Caylus, Bec. d'antiq. t. III, pl. xl. — >241 Pausan.X, 19, 2 ; Euseh. Praep. euang. V, 36, p. 233 ; Theodor. Therap. X, p. 962. — 1242 Euseb. l.c. — ««Mionnet, t III, p. 44 ; Birch, Arch. Zeit. IS53, p. 125 et s. — 1244 Mus. Worsley. t. I, pl xv Miiller- Wieseler, t. I, pl. ,, n° 4 ; cf. Gerhard, üeber Hermenbilde auf griech. Yasen dans les Mém. de l'Acad. de Berlin, 1855. — 1245 p. Lcnormant, Catcil. Ilaifé, n° 850. — 1246 Mus. Napol. t. II, pl. xxix ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxv, il" 411. Sur Phalës : Soph. Fragm. 112; f.olum. X, 31.- 1247 Bouillon, t. I, pl. lxx; Mus. Napol. t. II, pl. v et vu; Specim. of anc. sculpt. t. I, pl. vm, xvi et xxxix; cl'. Mus. Borbon. t. III, pl. xxxix; t. VU, pl. m; Combe, Terracott. pl lxxv; Impr. gem. delV Inst.grch.il, n» 18. — 1248 Gerhard, Ant. Bildw. pl. cccxix, n»2; Müller-Wieseler, t. Il, pl. xlii, n" 526. — 1249 Gazette Archéol. 1875, pl. xxvm’.

— 1230 o. Muller, Handb. d. Arch. édit. Welcker, § 345 ”, 3. — 1231 paus. I, 2, 4.

— 1232 Athen. XII, p. 533. — 1253 Atheu. 111, p. 78. — 1254 Mus. Bio-Clan, t.’ V,

par exemple Dionysos et Ariadne ou Libéra [sect. xvi], Dionysos et Pan12'8, Dionysos Psilax et un jeune Satyre1249, etc.

Le masque qui s’attachait au tronc d’arbre pouvait aussi être isolément une représentation de Dionysos 1250 . Tel était l’ Acratos d’Athènes 1251 et un autre masque dans la môme ville 1232 ; tels à Naxos le masque de Baccheus en bois de vigne et celui de Meilichios en bois de figuier )233. Sur un sarcophage lM, nous voyons un masque de ce genre comme idole du dieu. A Sicyone, Dionysos, Déméter et Coré étaient représentés par trois masques 1233. C’était là originairement un type de figuration propre aux divinités chthoniennes, pour des raisons symboliques 1236. Il se lia ensuite pour Dionysos d’une manière élroile avec son caractère de dieu de la scène et par suite du masque scénique. De là les bas-reliefs de l’époque du plus grand développement de l’art qui groupent (voy. p. G 17, fig. 094) des séries de masques de Dionysos de types différents ; delà aussi ceux, principalement en terre cuite, qui offrent la représentation du dieu par son masque au milieu d’ornements et de figures symboliques 1237. Parmi les masques de terre cuite que l’on l’encontre souvent dans les tombeaux antiques, quelques-uns retracent laface deDionysos; ils ont en réalité le caractère d’images votives autant que d’osciLLA.

Les images complètes et entièrement anthropomorphiques du dieu, ses types consacrés dans les œux’res de l’art, se ramènent à deux grandes classes ; car il est oi'uoptpo; 1238, il peut être envisagé sous deux aspects principaux 1239. D’un côté, c’est le Dionysos arrivé à la plénitude de l’âge viril ( Teleios , 126°), barbu ( Pogomtes 1261 , Catapogon, 1262), l’autre le dieu à l’éternelle jeunesse, à qui Ovide 1263 dit

Tibi enim biconsumpta juventa est,

Tu puer aeternus, tu formosissimus alto Compiceris coelo,

et que tant d’écrivains décrivent avec complaisance 1264.

Des têtes particulièrement belles du Bacchus barbu ou Pogonitès nous sont offertes par les monnaies de Naxos de Sicile 1263, où elles rappellent exactement les figures des vases peints à figures noires, avec la barbe pointue et en coin comme celle d’Hermès cræ>jvo7twYwv 1266 [mercurius], par celles de Thasos 1267 et de Thèbes 1268, celles-ci dans le style de l’époque postérieure à Phidias. C'est là le plus ancien type de Dionysos, car dans l’âge archaïque il était toujours représenté barbu, comme les autres dieux olympiens à l’exception d’Apollon 1269 [apollo]. C'est ainsi qu’il était représenté sur le coffre de Cypsélus 127°, couché dans une grotte, vêtu d’une tunique talaire, par-dessus laquelle il portait un ample manteau, le pépins de pourpre que les Charités avaient tissé pour lui à Naxos li71. Ce type, où le dieu est toujours couronné de pampres ou de lierre, est

pl. xviii. — 123S Paus. II, 11, 3. — 1256 Heuzey, Monuments grecs publ. par l’Association pour l’encourag. des études grecques, fasc. 2, p. 21 et s. — 1237 par exemple : Combe, Terracott. in Brit. Mus. pl. xxxu, n° 66 ; Campana, Op. ant. in plast. pl. XXVII. — 1238 Diod. Sic. IV, 5 ; Orph. Bymn. XXX, 3. — 1239 Macrob. Sut. 1, 18 ; cf. Gerhard, Prodrom. myth. Kunster/cldr. p. 4S et s. ; O. Muller, Handb. d. Arch.

§ 383. —1260 Athen. XI, p. 4 8 4. — 1261 Suid. s. v. — 1262 Diod. Sic. IV, 5.— 1263 Metam. IV, 17 et s. — 1264 Himer. Orat. XXI, 5; LibaD.1V, p. 189, édit. Reiske; cf.Schœne,

De person. in Eurip. Dacch. habit, scen. p. Il et s. — 1265 Torremuzza, Sicil. vet. num. pl. lui, n°5 1U et 1 1. - 1266 c'est ]a mème barbe que nous voyons à la belle tcle archaïque de marbre du Louvre, provenant du cabinet du prince de Talleyrand ( Archüol . Zett. 1843, pl. î), laquelle paraît bien représenter un Dionysos Antheus. au lieu d’un Zcus Trophonios qu’v voyait Panofka : Michaëlis, Arch. Zeit. 1866, p. 234 et s.; Blümner, Arch. Zeit. 1867, p. 115; Friederichs, Buusteine s. Gesch. d. griech. rôm. Plastik, p. 77. — ’267 Miomiet, Bec. de planches, pl. lv, u° 5. — 1268 Miounet, Supplém. t. III, pl. xvii, n° 3. — 1269 Welcker, Gr. Gôtterl. t. II, p. 617. — 1270 paus.

V, 19, 1. — 1271 Apollon. Argon. IV, 424 ; cf. Athen. V. p. 198.

BAC

BAC

celui que nous offrent invariablement les vases d’ancien style à figures noires ; nous en plaçons ici un exemple (fig. 709) emprunté â l’un des vases où, assis sur un char, il fait pendant à Triptolème. 11 a dès lors la longue chevelure tombant sur les épaules, signe d’effémination dans

les idées des Grecs 1273, qui lui vaut le surnom d’sùpuyjxl-zr^ im. Tel était le Dionysos Lenaios d’Athènes'31'’, dans la statue clirvséléphantine exécutée par Alcamène 1373 , qu’aux grandes Dionysies on amenait processionnellcment dans le théâtre 1276, l’installant sur l’orchestre 1277, et dont des monnaies athéniennes nous offrent la représentation 1278 (fig. 710). La longue tunique descendant jusqu’aux pieds constitue l’accoutrement le plus habituel du Dionysos barbu, avec certaines modifications successives de forme. Cependant on voit aussi, sur des monuments de diverse nature et d’époques diverses, ce Dionysos grec barbu, conformément au type le plus ancien, le haut du corps nu et le bas enveloppé d’un vaste manteau 1279, ou

Fig. 709. Bacchus barbu.

bien entièrement nu, avec une simple chlamyde jetée sur les épaules 138°.

D’autres fois il est vêtu d’une tunique courte descendant à mi-jambe, avec ou sans une chlamyde sur les épaules, et presque toujours alors chaussé de hautes bottines ou endromides 1281 . Nous croyons que dans les représentations de ce genre il faut reconnaître spécialement le B/isaios ou Bnseus des îles de 1 Archipel 1-8-, que Macrobe 1283 range parmi les types barbus. Au reste, la tunique courte est aussi celle que Dionysos porte dans les Gigantomachies, où il est invariablement muni de la barbe.

Vers l’époque des grands poètes tragiques , avant que Praxitèle introduisît le nouveau type du dieu jeune et imberbe, celui du Dionysos barbu subit une modification très-profonde, sous

l’influence du Bassareus lydien. Il prend quelque chose de plus efféminé dans son allure et dans son vêtement128’ ;

1272 O. Millier, Ilandb. § 3 3 0, 3. — 1273 pind. Isthm. Vil, 4. —1274 Diod. Sic. IV, 5.

1275 Paus. I, 20, 3. — '276 ’Eç7j;jl. àjy. n°* 4097, 4098 et 4107; cf. A. Mommsen,

Hcortoloÿic, p. 335 et 3 92.— 1277 Dio Chrys. XXXI, p. 380, édit. Dindorl'. — 1278 Bculé, Monn. d'Athènes, p. 201 et 376. — 1279 Statue : Clarac, Mus. de sculpt. p. 090 A, nu 1041 A. Le Dionysos Lenaius d’Alcamène, d’après la représentation que nous en donnons, avait ainsi le haut du corps nu.— >280 Statue : Clarac, pl. 073, n" 1000 A. Vases peints : Catal. DArand, n°72; Ch.Lenormant et deWitte, Él. des mon. ceram. 1. 1, pl. xlv A. Tebre-cuite : Arch. Zeit. 1862, pl. clviii, n" 3. — *-sl Millingcn, Vases de Coghill, pl. ai; de Witte, Catal. Durand, u11» 199 et 200; Él. ceram. t. I, pl. su; de Luynes, Vases peints, pl. xxix.— 1282 Le développement et les preuves de cette opinion demanderont un mémoire spécial.— i^Sal. 1, 18.— 128’. Welcker, Gr.

Fig. 711. Dionysos Bassareus, Pau et Ménades.

sa longue tunique devient une véritable robe féminine, la bassara, qui était commune au dieu lydien et à ses Ménades, et il porte quelquefois par-dessus, pour compléter son vêtement à la manière de celui des femmes, la courte tunique supérieure sans manches appelée crocotos. En même temps ses cheveux sont ceints d’ornements féminins, qui remplacent les couronnes de lierres ou de pampres ou se combinent avec elles, le crédemnon, la milra, qui lui vaut l’épithète de pixpyixdpoç 128S, la Stéphane et même le cécryphale 1286. A ce type ainsi modifié correspond exactement la description qu’Aristopliane 1287 a empruntée à la Lycurgeia d’Eschyle et dans laquelle le dieu tient en outre le barbiton, instrument de musique d’origine lydienne. En même temps la nébride 1288 ou la pardalide commence à se combiner avec les longs vêtements et le péplus de pourpre, comme dans la figure à laquelle est consacré un épigramme de Proclus 1289. Tel est le Dionysos barbu des vases peints à figures rouges, en particulier de ceux de Vulci qui n’en connaissent pas d'autre 1290 ; tel est aussi celui d’un certain nombre de pierres gravées 1291, où il est tout à fait conforme aux représentations qu’offrent les monnaies de villes asiatiques comine Nagidus 1292. Ce Dionysos est dès lors quelquefois représenté pris de vin (otvoijj.Évo; 1393),avec une démarche chancelante, obligé de se faire soutenir par un personnage de sa suite 139;’, attitude à laquelle on opposait celle de Dionysos Orthos , entendu par certains auteurs, tels que Philochore, comme un Bacchus qui ne laisse pas troubler sa démarche par l’ivresse1293.

Bien souvent, du reste, il serait difficile de tracer une délimitation précise entre ce second type du Dionysos barbu, et le premier, plus ancien et purement grec. Il ne s’en distingue que par l’ornement de la tête, et même, dans une infinité d’exemples des vases de Vulci, que par un caractère plus efféminé dans l’ensemble de la figure, plus de mollesse dans les vêtements 129lî, sans que ceux-ci aient proprement changé de nature. C’est l’ancien I'ogonit'es ou Lenaios qui se continue avec un accent nouveau. Pour pouvoir y appliquer le nom de Dionysos Bassareus,

rangé par Macrobe1297 dans les types barbus, il faut des figures plus caractérisées, dont la stola et le péplus soient tout à fait féminins , comme dans la description qu’Euripide 1298 donne de Bacchus arrivant de Lydie. Cette représentation se trouve avec des

traits bien clairs, sur quelques monuments 1299 ; nous en empruntons un exemple (fig. 71 1) aubas-relief d un cratère

Gôtterl. t. Il, p. 6 1 7. — 1283 Diod. Sic. IV, 4; Orph. Hymn. LU, 4. - 1286 Sur quelques pierres gravées, c’est un vuile qui couvre la tète du Dionysos barbu : Stuart, Ant. of Athens ,t. II, p. 23. Lippert, Dactyl . Suppl, n” 222; Mus. Florent, t. I, pl. lxxxiv, „« 1 1 ; Miiller-Wicseler, t. II, pl. xxxi, n" 3 4 3. — 1287 Thcsmoph. 134 et s. — 1288 Dionysos : Orph. Hymn. LU, 10. — '239 Brunck, Analcct. t. Il, p. 446.

1290 Gerhard, Ilapporto volcente, p. 140. — 1291 Raspe, Catal. Tassie, pl. xxxui,

n-s 4193 et 4202. — 1292 Mionnct, t.-III, p. 595 et s. — '293 Atheu. X, p. 428. 1294 Yov. par exemple, Él. des mon. céramogr. t. I, pl. xlvii. — 129“ Welcker, Gr. Gôtterl. t. II, p. 609. — '296 •ASfoxiva.v : Nonn. XLIII, 441. — '297 Sat. I, 18. U93 Dacch. S28-8 3 5. — 1299 Un beau spécimen dans Él. des mon. ceram.

t. I, pl. XLII.

BAC

BAC

de marbre du Musée de Naples 1300 ; le dieu y a le front orné d’une stéphané, et ses vêtements, dans la représentation desquels on remarque une affectation d’archaïsme, sont exactement pareils à ceux de quelques-unes des Ménades qui l'accompagnent. Plus positivement caractérisé encore comme Bassareus est le Bacchus d’un vase peint

Fig. 712. Dionysos Bassareus et une Ménade.

de la collection de Luynes sur lequel on reviendra dans l’article bassara (fig. 712).

Une dernière modilication du type du Pogonitèsmi, cellelà postérieure au temps d’Alexandre, est marquée par la

statue du Vatican sur la draperie de laquelle a été gravée l’inscription CAT A AN A II A AA OC 1302 (fig. 713), et par la représentation pareille d’un bas-relief reproduit plus haut (p.607, fig. 684). La figure y a pris plus d’ampleur majestueuse; c’est celle d’un des grands rois de l’Asie. A ce mode de représentations seul convient le nom de Bacchus indien , fourni par Diodore de Sicile 1303 et pendant longtemps appliqué indistinctement par les antiquaires à toutes les figures barbues de Dionysos.

Les images de Dionysos que l’on voit dans les scènes du culte1304, devant lesquelles on offre des sacrifices rustiques (lig. 714) 130% entrent toutes, à bien peu d’exceptions près, dans la donnée du type barbu 1306 et souvent la présentent sous sa forme la plus ancienne. 11 est donc évident qu’au moins en Grèce la grande majorité des idoles que l’on rencontrait, surtout dans les campagnes, continuaient à être faites conformément aux vieilles traditions, même après que les sculpteurs avaient adopté l’autre type pour les statues.

1103 Gai'giulo, t. 1, pl. xuii fit xl iv ; Mus. Dorb. t. VII, pl. ix ; Millier- V ieselcr, t. 11, pl. x l i v , n° 549. — 1301 Welckcr, Gr. Gôtterl. t. Il, p. GIS.

— 1302 visconti, Mus. Pio-Clem. t. II, pl. xli ; Cavaceppi, llacc. t. III, pl.xxvn; Mus. Franc A. 111, pl. vm ; Mus. Nup. t. II, pl. iv ; Bouillon, t. 1, pl. xxvin; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxi, n° 347. — 1303 iv, 5. — ‘8» Par exemple : Fitture di Ercolano, t. III, pl. xxxvi, n” I et xxxvut. — 130j Mus. Worsley. t. Il, pl. xxu ; Visconti, Mus. Pio-Clem. t. V, pl. vin. — 1306 O. Millier, Handb. § 383, 4.

— 1307 Gerhard, Jiapp. volcente, p. 44 ; Bœttiger, Andeut. p. 162 et s.; Ideen z.

G’est au temps de Praxitèle qu’apparaît ce nouveau type1307, le dieu imberbe et juvénile, qui devient bientôt le type favori de la statuaire, celui qui, à partir de son introduction, prédomine aussi sur les monnaies et les pierres gravées ; en revanche , il n’est admis parles peintres de vases que dans l’Italie méridionale et quelquefois aussi dans la Grèce propre, mais toujours dans des œuvres d’époque tardive, au plus tôt vers le temps d’Alexandre. Les Romains et les Étrusques l’ont reçu des Grecs et l’ont presque exclusivement adopté ; le Bacchus barbu ne se montre dans des sculptures des temps romains qu’exceptionnellement et dans des imitations archaïques ou bien pour représenter une forme particulière et déterminée du dieu, comme le Dionysos indien.

Braun 1308, Preller 1309, Gerhard1310 voient dans cette nouvelle conception plastique du personnage de Dionysos une donnée d’origine lydienne. Les modifications que 1 in- 11 uen ce des fables de l’Asie Mineure avaient tait subir au dieu, le caractère d’androgynisme dont elle tendait à l’empreindre, n’ont pas dû, en effet, être étrangères à la création et au succès de ce type. Malgré cela l’invention en est toute grecque; la figure du Dionysos imberbe ne vient pas de Lydie, puisque le type propre au dieu lydien est le Bassareus dont nous parlions tout à l’heure. G est barbu que l’art asiatique concevait le dieu androgyne. Le vrai Bassareus hermaphrodite de la Lydie est le Bacchus barbu avec des seins de femme parfaitement sensibles sous sa robe, dont on voit l’idole dans quelques basreliefs 1811 . D’ailleurs la première description du dieu sous cet aspect (vey]vi't| àvopt sotxw; TtpwOvjêv) 13u) se trouve dans un des hymnes homériques 1313.

L’âge attribué à Dionysos dans ce nouveau type est celui des éphèbes ou des melléphèbes [epiiebi]. Les ornements de sa tête sont les mêmes que dans les représentations précédentes, les pampres et le lierre, puis les parures de femme, le crédemnon et la mitra, seules ou combinées avec les ornements végétaux. Sa chevelure, toujours abondante et de toute longueur, Eupuyatx-/]ç, de couleur blonde, ?avOoxoîpr,voç, y puffoy^iTri;, -yput7oxôu.7|ç, prend une mollesse particulière, àëpoxopu)ç13U, c’est celle d’une jeune fille ; ou bien elle est répandue sur ses épaules, ou bien il la relève à la manière des femmes, retenue par sa mitra, qui en laisse échapper des boucles gracieusement disposées. Cette chevelure de Bacchus est très caractéristique1313, c’est à ce dieu que les jeunes gens dédiaient leurs cheveux coupés pour la première fois 1316. Tel est le Dionysos dont la tête se montresur les derniers tétradraehmes d’argent de Thasos 1317. Les bustes en sont nombreux 13IS. L’expression de ces bustes et du visage des statues analogues présente presque toujours un mélange d’inspiration

Kunslmyth. t. I, p. 314; O. Müller, Handb. § 123, 2 et 127, 2. — '368 Gr. Gôtterl. g 518. 1309 Gr. Myth. t. I, p. 547. — 1310 Gr. Myth. § 451, 2. — «U Gerhard, Prodr. mythol. Kunsterkl. p. 130; Elr. Spieg. p. 70. — ,1*1* Cf. Mus. liorb. t. IX, pl. xi. — loi* VII, 8. — 1314 Brunck, Analect. t. II, p. 517. — 1315 visconti, Mus. Pio-Clem. t. Il, p. 5o. — 1310 Caliimach. Epigr. lii, 5 ; cf. Ovid. Metam. III, 421; Amor. I, 14, 32. — 1*17 Neumann, Pop. et reg. num. vet. t. Il, pl. îv, n° 18; Mionnet, t. I, p. 435 et s. — 1318 par exemple : Chirac, Mus. de sculpt.j pl. 1004, n°» 2755-2762.

Fie. 713. Bacchus indien.

BAC

BAC

ardente, d une sorte d ivresse et en même temps de mélancolie, qu’Ottfried Miiller a parfaitement défini 1319. Quelquefois cette expression prend un caractère extraordinaire de grandeur, d élévation et de puissance 1380 ; d’autres fois les traits deviennent absolument féminins, comme dans la fameuse tête du Musée du Capitole, si longtemps désignée comme une Ariadne1331, mais où les cornes naissantes marquées sous la chevelure forcent à reconnaître un Bacchus 1322 ; tibi virgineum caput est, dit Ovide1383.

C’est tout un peuple que la série des statues grecques ou romaines du Dionysos juvénile 13s4, et l’on arriverait à un nombre incalculable si l’on voulait tenir registre des statuettes de bronze, des bas-reliefs, des peintures murales et des vases peints de la Grande-Grèce qui en offrent la figure avec beaucoup de variété dans l’attitude et dans les attributs. A 1 inverse du Pogonitès, ce Dionysos imberbe est très-rarement vêtu. Cependant à Athènes, quand il est envisagé spécialement comme protecteur du théâtre, il porte la longue stola scénique, par exemple dans la statue du monument de Thrasyllus1383 et sur le vase à reliefs de Cumes, où il a près de lui le trépied choragique. Dans d’autres cas exceptionnels, dont il a été déjà parlé, il porte des vêtements de femme1326. Ailleurs, comme sur un bas-relief de Tlièbes 1327 et dans deux statues où il s’appuie sur une image archaïque de Vénus- Proserpine 1328 [proserhna], il a la tunique courte que nous avons vue à quelques Dionysos barbus, par-dessus la nébride, et un manteau court, î|Aaxiov, jeté sur les épaules. Dans ce cas, il porte toujours les cothurnes en peau de faon 1329 ou de panthère, que les personnages tragiques lui ont empruntés, et où l’on voit un des traits efféminés de son costume 133°.

Le plus souvent aucun voile ne couvre les charmants contours du corps à demi féminin de Dionysos adolescent, dont les formes délicates, à la musculature peu prononcée, respirent une molle langueur et un gracieux laisser-aller. Ces formes ambiguës du corps de Bacchus sont célèbres chez les poètes1331; un admirable exemple du degré auquel elles s’approchent de celles d’une jeune fille est fourni par un marbre du Vatican 1338 ; on peut encore citer comme caractéristique des formes particulières au dieu, bien que moins féminin, le torse magistral du Musée de Naples 1333. Tantôt il est absolument nu, comme dans la belle statue du Louvre provenant du château de Richelieu 1334, dans la statue de Naples découverte à Salerne 133s, dans un bronze d’Herculanum 1336 et dans un grand nombre d'autres figures dont nous devons nous

borner à citer quelques types bien caractérisés. Tantôt la nébride, attachée sur son épaule gauche, est passée obliquement autour de scs

flancs

tantôt cette né¬

bride ou une chlamydc courte est attachée sur ses épaules. Nous en donnons pour exemples deux groupes du Musée britannique 1338 ( lig. 714 et 717). D’autres fois encore, un manteau, îfxâttov , pend plus ou moins bas derrière son dos 1339, ou vient envelopper ses jambes en laissant le torse à découvert comme dans certaines figures d’Apollon l34°. Les pieds sont nus, ou bien chaussés de cothurnes.

Nous plaçons ici la reproduction d’une belle peinture de Pompéi 1241 qui représente ce Bacchus jeune,

le seul dont les peintres des villes du Vésuve et de Rome aient tracé l’effigie, assis sur un trône (fig. 716) avec la nébride et le manteau qui laisse lecorpspresque entièrement à découvert, tenant le thyrse et le canthare, une panthère auprès de lui et de l’autre côté un tympanum. Dans quelques statues il est couché 1342 comme sur la frise du monument de Lÿsicrate(p.Gll,fîg. 688).

Mais le plus souvent il est debout. Sur certaines pierres gravées 1343 on le voit marchant, ivre,otvw- \jAm o;, la tête renversée dans le délire du vin, p.aivd[A£voç 13U, ou bien buvant encore. Au contraire, les statues ne le montrent jamais saisi de plus que d’une demi-ivresse. Son sceptre est le thyrse ; de l’autre main il tient souvent une grappe de raisin qu’il présente à la

1319 Handb. § 383. — 13*° Tète colossale du musée de Levde : Mon. inéd. de l’Inst. arch. t. II, pl. vli ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxi, n° 345 ; cf. Schorn,Ami. de l'Inst. arch. t. IX, p. 151 et s. — 1321 Winckelmann, Mon. ined. 55; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxm, n° 375. — 1322 Meyer, Propylàen, t, II, 1, p. 63 ; Gesch. d. Kunst, 1. 1, p. 301 ; t. II, p. 243 et s. — 1323 Metam. IV, 20.— 1324 La réunion presque complète de celles de marbre dans Clarac, pl. 673-740. — 1325 Stuart, Anl. of Ath. t. Il, c. iv, pl. vi ; Ane. marbles in Brit.Mus. part. IX, pl. i; Müller-Wieseler, t. II, pl, xxxii, n° 302.

— 1326 statue : Visconti, Mus. Pio-Clem. t. VII, pl. II. Monnaie d’Andros : C.adalvène, Med. gr. inéd. pl. m, n° 25 ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxn, n° 359. Idole représentée sur une pierre gravée : Mus. Worsley. t. II, pl. xxvi, n" 19; Müller-Wieseler, t. II, pl. xlix, n° 614. — 1327 Kekulé, Ant. Bildw. in Theseinn , n3 249 ; R. Schoene, Griech. Reliefs, n° 1 10. — 1328 Montfaucon, L’antiq. expliquée, t. I, pl. cli ; Maffei, Ilacc. di stat. ant. pl. cxxxiv ; Guattani, Mon. ant. ined. 1785, pl. lxxi ; Canina, L'antico Tusculo, pl. xxxv; Spec. of anc. sculpt. t. II, pl. lui; Clarac, pl. 695, n0' 1614 et 1615; Gerhard, Ueber Venusidole, pl. v; Müller- Wieseler, t. II, pl. xxxiii, n“ 372 ; cf. Rhein. Mus. t. IV (1836), p. 460 ; Koehler, Journ. v. Russland, t. II, p. 5. — 1329 paus. VIII, 31, 2. — 1330 Schol. Aristoph. Ban. 17. — 1331 Anacr. XXIX, 33 ; Winckelmann, Werke, t. IV, p. 91. — 1332 visconti, Mus. Pio-Clem. t. II, pl. xxvm ; Müller-Wieseler, t. II, pl xxxi, n" 372.

— 1333 Gerhard, Ant. Bildw. pl. cv, n“ 2. — 1334 Mus. Franc, t. I, pl. i ; Mus. Napol. 1. 1, pl. Lxxviii; Bouillon, t. I, pl. xxx ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxi, n° 352.

— 133b Mus. Borbon. t. XI, pl. x; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxn, n° 3 54. — *336 Mus. Borbon. t. III, pl. xi ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxii, n“ 353. — 1337 La figure que nous donnons est celle d'une statue du Musée britannique : Spécial, of anc. sculpt . II, pl. 53; Clarac, Mus. de sc. n. 1614; Miiller- Wieseler, t. II, pl. xxxm, n° 372. Voy. aussi une statue du Louvre : Bouillon, t. I, pl. xxix ; Clarac, pl. 276 ; cf. la pl. 272 ; Müller-Wieseler, t II, pl. xxxii, n° 355. l'n beau bronze du musée de Parme est presque semblable, sauf que le dieu y est chaussé de cothurnes : Mon. inéd. de l’Inst. arch. t. III, pl. xvi, nu t. — 1338 Anc. marbles in Brit.Mus. part, lit, pl. xi ; Spec. of anc. sculpt. t. Il, pl. l. — 1339 Mus. Worsley. t. I, cl. lit, pl. i; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxii, n" 37 0. — 1340 Gerhard, Ant. Bildic. pl. cv, n» I ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxii, nu 356 ; cf. Mafléi, Bacc. di stat. ant. pl. cxlvi ; Augusteum, pl. xvm; Stuart, Ant. of Athens, t. III, c. ix, pl. xii ; Lippert, Daclyl. I, nü 140. — 1341 Zahn, Wunclgem. pl. xxiv ; Mus. Borb. t. VI, pl. lui; Müller- Wieseler, t. II, pl. xxxii, n" 361 ; cf. une autre peinture des Thermes de Tilus : Sickler, Almail. Il, pl. ni. — 13''2 Tenant le canthare : Visconti, Mus. Pio-Clem. t. I, pl. xliii; Clarac, pl. 681, n" 1594. Avec la corne d'abondance, un enfant près de lui : Visconti, Mon. Borghcs. pl. ni, nu 1 ; Bouillon, t. 111, pl. îx, n° 1 ; Clarac, pl. 273. Lnc panthère près de lui : Clarac, pl. 683, n° 1604.— 1343 Lippert, Bactylioth. I, n° 158; II, n° 141; Mus. Worsley. t. 11, n° 11; Müller-Wieseler, t. 11, pl. xxxii, nos 363 et 364. — 1344 Toelken, Vcrzeichn. d. k. Preuss. Genun. lit, 3, n° 952 ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxt, n° 35S.

BAC

panthère dont il est accompagné, ou bien un cantharedont il laisse échapper le vin à terre. Les principaux exemples de ces particularités ont été indiqués déjà, ainsi que ceux où il est monté sur un animal ou dans un char.

Les bas-reliefs et les vases peints mettent le plus habituellement leBacchus imberbe au milieu des personnages de son thiase ; dans les œuvres de la statuaire il se groupe fréquemment avec un Satyre sur lequel il s’appuie 1345,

ou qui marche à son côté 1346, avec un Pan 1347, avec ampelos, déjà à demi transformé en vigne 1348 (fig '717), avec Éros 1349 ou un Eros d’un caractère spécialement bachique 1330. Ailleurs, dans des peintures murales , il s'appuie sur Silène 1331. Encore ici nous ne citons que quelques exemples. Sur un autel du Louvre, Mi'tlié sert d’échanson au dieu1332. Signalons aussi l’étrange statuette de bronze de l’ancienne collection Eejervary 1333 oii il est amputé du bras gauche, rig. 717. îtucchus et Ampeios. avec la cicatrice très-soigneuse,

ment et très-exactement exprimée; elle avait trait à quelque mythe dont on ne retrouve plus de trace chez les écrivains.

Les vases peints de l’Italie méridionale mettent fréquemment des cornes naissantes de taureau au front de ce Dionysos imberbe, car le dieu est xEpaxopur,;1334, (3ouxepwç t355, xaupoxEpoj; 13,>6, otxspto; m‘, xaupop.sxojuoç 1338, aureo cornu dccorus'™ , comme il est le dieu dont Horace dit1360 :

Tu spem reducis mentibus anxii Vivesque, et addis cornua pauperi.

En un mot l’attribut des cornes, mis en rapport avec la puissance du vin 18M, lui appartient tout spécialement 1862, et cette manière de les mettre à son front quand il garde une forme autrement tout humaine est un adoucissement gracieux du type plus ancien du Dionysos taureau [sect. xi] . Aussi sur des monnaies impériales de Nicée 1363 voit- on Dionysos imberbe et cornu, assis avec Tyché 1364 dans un char que traînent des Centaures. Nous plaçons ici(fig.7l8) le dessin de la tète d'un remarquable hennés de Bacchus jeune avec des cornes de taureau, que possède le musée du Vatican 1365; elles sont moins accentuées et dissimulées sous les cheveux chez la prétendue Ariadne du Capitole. La tète du Dionysos barbu avec les cornes se voit sur des monnaies des Béotiens 1366 et sur une pierre gravée de Berlin 1367. Sur une monnaie d’argent de Thasos 1368 les

1343 viseonti, Mus. Pio-Clem. t. I, pl. xlu ; Canina, L’anticacittà di Yeji, pl. xliii; Statue di S. Marco, t. Il, pl. xxvi ; Mus. Florent, t. III, pl. xlviii. — 1346 Mus. Dorb. t. III, pl. IX ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxn, n" 368. — «47 Panofka, Cabinet Pourtalès, pl. xix; cf. la peinture dans Gell, Pomp. pl. lxxviii. Avec un Suivre et un Pan : Mon. ined. de l'Inst. arch. t. IV, pl. xxxv; Canina, L’antico Tusculo, pl. xxxiv; Ann. de l'Inst. arch. t. XVIII, pl. K. — 1348 Combe, Ane. marbles inBrit. Mus. III, pl. xi ; Spec. of anc. sculpt. t. II, pl. l ; Müller-Wieseler, t. Il, pl. xxxii, nJ 371. — 1349 Mus. Borbon. t. V, pl. vm ; Gerhard, Ant. Bilduu. pl. xix. — 1330 Mus. Worslcy. t. I, cl. III. pl. i; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxii, n» 370. — 1331 Mus. Borb. t. II, pl. xxxv; t. XI, pl. xxn; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxm, n» 373. — 13o2 Bouillon, t. 111, pl. lxx; Clarac, pl. cxxxiv ; Müller-Wieseler, t. Il, pl. xxxm, n° 374. — 1333 Monum. ed ann. dell' Inst. arch. 1834, p. 82. — 1334 Athen. XI, p. 476. — 1333 Sophoc. Fr. S7I, édit. Nauck. — 1336 Eurip. Baccli. 101 ; Orph. Hymn. LU, 2. — 13o7 0rph. Hymn. XXX, 3. Ktfacrïiço; : Orph. Hymn. LIII, 8. — 1338 Lycophr. Cassandr . 209 ; 13 i O il . Sic. IV, 4 ; Orph. Hymn. XLV, 1. Taupwno^ : Orph. Hymn. XXX, 4. — 1339 Horat. Od. II, 19, 30; cf. Tibull. Il, I, 3. — 1360 Od. II, 21.

BAC

cornes de bélier se substituent aux cornes de taureau pour armer le front du Dionysos juvénile ; quelques autres monuments 1369 nous offrent le buste d’un Dionysos barbu à cornes de bélier, entièrement semblable d’aspect à ammon.

11 a été question des figures de Bacchus enfant [sect. iv] et des représentations de ce dieu en taureau ou en lion [sect. îx], ainsi que de celles du Psilax avec des ailes à la tète [sect. x].

Quant aux figures d’un Dionysos enfant, ailé comme Éros, nous les renvoyons à l’article de I’Iacenus éleusinien.

XIV. — Nous avons aussi relevé les principales associations de Dionysos avec d’autres divinités; mais il est impossible de ne pas s ar rèter encore à deux faits du même ordre : à 1 antagonisme qui existe entre ce dieu et Héra, et au lien d’alliance et d’amitié qui l’unit à Athéné.

La légende mythologique donne une large place dans ses récits à l’inimitié d’Héra contre Dionysos. Cette donnée, où Héra paraît à Gerhard 1370 avoir été envisagée d’abord comme la déesse des nuées [juno], se traduisait aussi dans le culte. A Athènes, les prêtresses des deux divinités étaient placées officiellement dans une sorte d’opposition et il était interdit d’app'orter du lierre dans le temple d’Héra. Plutarque 1371, à qui l’on doit ce renseignement, ajoute qu’on y rapportait l’antagonisme de Dionysos et de l’épouse de Zeus au rôle de cette dernière comme déesse du mariage légitime et à l’influence de l’ivresse, funeste à la procréation d’enfants vigoureux.

Par contre, il y a une étroite amitié entre Bacchus et Pallas-Athéné, la déesse du ciel pur, de l’éther lumineux [minerva]. Cette association est en grande partie d’origine attique et tenait une place importante dans les fêtes dionysiaques d’Athènes [dionysia]. A Épidaure nous voyons Athéné Cissaea 1372 adorée avec Dionysos 1373 ; dans l’Élide, la fondation du culte d’Athéné Narcuea était attribuée hNarcaeus, fils de Bacchus 1374. Les poètes parlent de l’affection particulière d’Athéné pour Sémélé 137S. Dans les bas-reliefs du trône d’Apollon Amycléen, elle présentait le petit Dionysos aux immortels réunis dans l’Olympe 1376. Nous l’avons vue l’auxiliaire spéciale du dieu dans la Gigantomachie et dans ses guerres. Plus tard, c’est à titre de Nouveau Bacchus que Marc-Antoine voulut épouser la vierge du Parthénon 1377. La réunion d’A-

— 1361 p. Diac. p. 30, édit. Lindemann. — 1362 Spanheim, De praestant. et usu nu-

mism. p. 392 et s. ; Welcker, Ann. de l'Inst. arch. t. XXIX, p. 146 et s. 1363 Creuzer,

Dionysos, pl. ni, n° 2 ; Gerhard, Ant. Bildw. pl. cccxi, n» 20 ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxm, n° 377. — 1364 Cf. Paus. VI, 25, 4. — 1365 Viseonti, Mus. Pio-Clem. t. VI, pl. vi, n” 1 ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxm, n° 3 7 6. — 1366 Pellerin, Bec. de mëd. t. 1, pl. xxiv, n° 8. — 1367 TiBlken. Verzeichn. III, 3, n“ 926 ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xxxm, n° 37 9. — 1368 Statue di San Marco, t. II, p. 28. Même tête sur une hecté d’électrum d'Abvdos de Troade: Sestini : Stateri antichi, pl. vu n° 13. — 1369 Maffei Mus. Veron. CCXXIII, 6 ; Combe, Anc. Terracott. in the Brit. Mus. pl. xxxii, n» 66 ; Campana, Ant. op. in plast. pl. xvn ; Müller-Wieseler, t. II, pl. xl, n» 480 ; cf. le commentaire de Wieseler sur le n» 411 du même ouvrage. Dans le bas-relief du Mus. Napol. t. U, pl. xxix, le masque barbu à cornes de bélier peut être celui de ce Dionysos aussi bien que celui d’ Ammon. — 1370 Gr. Myth. § 4 5 6, 1. — 1371 Fragm. 9,LEpi. xüv Iv nXaxaiaî; Sgu.ScAwv, 2; cf. Welcker, Gr. Gotterl. t. II, p. 613. — 1372 Panofka, Terracott. d. Mus. z. Berlin, pl. vu. — 1373 paus. II, 29, I. — 1374 paus. V 16 5.

— 1375 pind. Ol. II, 30. — 1376 Paus. III, 18 , 7. — 1377 Dio Cass. XLVIII 39.

BAC

BAC

théné et de Dionysos est fréquente sur les vases peints1378.

Les monuments de cette classe y joignent fréquemment Héraclès 1S79, quelquefois avec Apollon 1380 ; ailleurs ils montrent seulement ensemble Bacchus et Hercule1381, ou bien encore Dionysos et Coré (par suite de l’association mystique dont il sera parlé dans la section suivante) avec Athéné et Héraclès1382. Ailleurs encore Hercule est assis sur le même lit de festin que Dionysos et Ariadne 1383. On voit aussi Hercule et Bacchus réunis sur certaines médailles, par exemple celles d’Héraclée de Lucanie1384, ou bien portés ensemble sur le même char triomphal 1385. Ils avaient des autels dédiés en commun1386 et Septime Sévère les associa dans la dédicace d’un temple 1381. Cette association tenait avant tout à un rapprochement trèspopulaire, d’une nature élevée et auquel se complurent les poètes1388. Dionysos était considéré comme ayant ouvert et frayé à Hercule la voie que celui-ci avait ensuite suivie1389. Guerriers et vainqueurs tous deux, ils participaient à la fois à la nature divine et à la nature humaine; tous deux ils s’étaient élevés à force d’exploits delà condition de héros à celle d’Olympiens. Tous deux avaient introduit à leur suite dansle ciel leur mère mortelle, l’un Sémélé, l’autre Alcmène. Le caractère de ce rapprochement est très-nettement précisé par le vase où l’on voit Athéné conduisant Héraclès au ciel dans un quadrige, tandis qu’au bas est Dionysos couché 1390, et par celui où Dionysos entre deux Satyres fait pendant à Hercule reçu dans l’Olympe 1391. 11 s’accentua encore, mais en prenant une signification différente et plus grossière, par suite du caractère que la comédie tendit à donner à Hercule en faisant de lui un dieu buveur et ivrogne, armé du scyphos comme Bacchus du Canthare, Y E pitrapezios de Lysippe, le Bibax des Romains [hercules], le compagnon joyeux et souvent berné des Satyres 1392. De là les représentations, si chères auxairtistes de l'époque romaine, du défi entre Hercule et Bacchus à qui boira le plus 1393 ou d’Hercule vaincu par l’ivresse parant de sa défaite le cortège du dieu du vin 1394, représentations sur lesquelles on reviendra à l'article hercules, etoù l’on s’est plu àaccentuer encore par la victoire de Bacchus le contraste qui existait dès lors entre son type plastique et celui d’Hercule, dans l’association de ces deuxpersonnagesmythologiquesillustréspar des exploits pareils. Avec un sens plus élevé, les attributs caractéristiques d’Héraclès et de Dionysos sont réunis dans les types des cistophori de l’Asie Mineure 139S. L’épouse céleste d’Hercule, iiebe, appartient au cycle dionysiaque. Nous verrons dans un instant quel était son rôle auprès de Dionysos dans le culte mystique de Phlionte. Les fêtes de cette ville appelées KktootoW 139S, sont rappelées sur plusieurs vases peints par les branches de lierre que tient Hébé en compagnie d’Hercule 139‘. Le fils d’Alcmène luimême est quelquefois couronné de lierre 1398.

XY. — Par sa nature même, Dionysos était appelé à

1378 Gerhard, Auserl. Vas. t.I, pi. xxxv et xxxni, p. 138 et 212. — 1379 7S.pl. xxxvi et lx\ ni. — 188°76. pi. lxx-ii. — 1381 Labarde, Vases de Lamberg , 1. 1, pl.xLix; Gerhard, Auserl. Vas. I. I, pi. lx. — 1382 Gerhard, Ope. t. III, pl. ccxlvi. — 1333 Mi 11 in. Vases, t. 1, pi. xxxvii. — 1384 Eckhel, Num. vet. auecd. pi. iii, n“ 14, p. 37. — 1383 visconti, Mus. Pio-Clem. t. IV, pl. xxvi. — 1388 Brunck, Aualect. t. II, p. 201, 231. — 1387 pio Cass. LXXVI, 16. Sous le titre de Dii auspices ou patrii : Cohen, Deser. des monnaies de l'empire romain, Septime-Sévcre , n« 73, 590 et 501 ; Caracalla, n“ 34; Géta, n° 131. — 1388 Welcker, Gr. Gôtterl. t. II, p. 613; Preller, Gr. Myth. t. I, p. 536. — 1389 Horat. Od. III, 3, 13 ; Ep. Il, 1,5.— 1390 Millingen, Peint, de vases, pl. xxxvi. — 1391 Passeri, Pict. Etr. in vase. t. II, pl. clxx. — 1392 Aristid. t. II, p. 405, édit. Dindoif; Justin. Mark Ad gent. 3 : cf. Welcker, Nachtr. p 319.

1393 M illin. Mon. ant. inéd. t. I, p. 225; Gai. myth. n° 469. — 139* Stephani,

Ausruhende Herakles, p. 107 et s. — 1395 pinder, dans les Mém. de V Acad, de

devenir un des grands dieux des mystères [mysteria]. Ses fêtes les plus antiques, telles que les Triétériques du Cithéron et du Parnasse ou les AîoXsïat d’Orchomènc 1399, avaient un caractère secret par l’exclusion des hommes ; l’inspiration divine qui y était censée communiquée à ceux qui y prenaient part, les rites purificatoires qui les accompagnaient, tout tendait à en faire de véritables initiations. C’est ainsi que les représente Euripide dans ses Bacchantes, et il en fait des mystères cachés aux profanes, aussi complètement soumis à la loi du secret que ceuxd’Eleusis ou de Samothrace. Gerhard 1400 a donc eu raison de voir dans ces fêtes nocturnes delaBéotie et de la Phocide, opposées aux fêtes purement agraires de l’Attique[DiONYSiA], le point de départ, le substratum du culte mystique de Dionysos et de la physionomie nouvelle qu’y prit ce dieu. Mais c’est dans l’Attique [sect. n], que se forma la conception du Dionysos proprement mystique, distinct de celui de Thèbes et de Naxos, qui rayonna ensuite sur toutes les parties de la Grèce et réagit partout dans une mesure plus ou moins forte sur le Bacchus de la mythologie ordinaire et poétique. Elle découla naturellement de l’association qui s’était produite entre Dionysos et Déméter, dont il était devenu le parèdre 1401 et même l’amant ou l’époux 1402 . Cette association s’était d’abord produite dans une donnée toute agraire [sect. x], mais elle prit bientôt une nouvelle signification, en rapport avec le caractère même qu’avait reçu la déesse d’Éleusis [ceres, eleusinia].

Le trait essentiel qui marqua la transformation du dieu, d’où sortit le nouveau Dionysos mystique, fut son assimilation à Hadès 1403 ; il devint alors le dieu XOôvioç 1404 par excellence, le monarque des morts 140S. Bien des côtés de sa physionomie primitive préparaient cette transformation, qui remonte à une date ancienne. Dieu mourant périodiquement pour ressusciter avec le printemps, ou qui, par une forme euphémique de la même idée, descendait aux enfers pour en ressortir vainqueur, il était appelé à être envisagé comme un dieu des morts. Maître et auteur de la production végétative, il devait tendre à se confondre avec Hadès, le Z eus Chthonios que le laboureur d’Hésiode 1406 invoque avec Déméter, le dieu souterrain qui reçoit, qui absorbe tout, HoXu5sV.r/)ç, IIoXuSsyjamv 1407, mais aussi qui rend tout en faisant sortir les productions de son sein, le IIXoutwv ou IIXoutsùç, source de richesses 1408, qui a pour attributs la corne d’abondance 1409 et la fourche à deux dents, StxsXXa, bidens, de l’agriculteur 141°, qui donne enfin lui-même la vie, comme il la retire, ©spEcrêto; ’AïSwveu; 1411 [pluto].

C’est l’association à la Déméter chthonienne qui lit d’abord de Dionysos à son tour un dieu chthonien, et par suite infernal. Le caractère nouveau qui en résultait se prononça davantage à mesure que se répandaient en Grèce les légendes du zagreus crétois, du sabazius thraco-

Berlin, 1853, p. 53 6. — 1396 paus. II, 13, 3. — 1397 De Witte, Cat. Durand,

n°* 316 et 324. 1398 Tertull. De coron. 7; cf. Millin, Gai. myth. n» 470.

1399 Plut. Quaest. gr. 38 ; cf. Welcker, Æsch. Trïlog. p. 591 ; Nachtr. p. 193.

1400 Gr. Myth. § 453. — 1*01 Pinel. Isthm. VII, 3. — ''*02 Schol. ad Aristoph.

Han. 326. — U03 Heraclit. ap. Clem. Alex. Protrept. p. 30. — 1404 Orph. Hxjmn. LIII 1' Hcsvch. x'. Zayoïiiç. — 1405 Preller, Demeter und Persephone, p. 190 et s.; Welcker, AUe Denkm. t. III, p. 422 et s.; Gr. Gôtterl. t. II, p. 629-643.

1406 Op. et d. 465 ; cf. Horaer. Iliad. I, 457. — 1407 Hom. Hymn. in Cer. 17

et 43 0. - 1408 Lucian. Tim. 21 ; Orph. Hymn. XVIII, 5. — 1469 Mon. inéd. de l'Tnst. arch. t. V, pl. xlix ; Fœrster, ltaub und liückkehr der Kora. pl. n ; cf. Welcker, Alte Denkm. t. III, p. 305. — 1410 Welcker, Alt. Denkm. t. 111, p. 94 ; Gr. Gôtterl. t. I, p. 630 ; Bull, de l'Inst. arch. 185S, p. 41 et s. — 1411 Empedocl. ap. Plut. De placit. philos, p. 878.

BAC

BAC

phrygien, chez qui le côlé funèbre était plus accentué, ou celles de dieux d’origine étrangère dont nous ignorons la patrie et qui se présentent à nous avec un nom tout à fait hellénisé, comme isodaetes. Le Dionysos erétois à la légende duquel les Orphiques donnèrent une si haute importance dans leur système particulier de théologie et de mythologie [orpiiici, zagreijs], est pour Eschyle 14,2 le Zeus des morts, celui qui reçoit tous les hommes dans son empire, l’époux de Gè ; son nom de Zagreus, le grand chasseur, ô gEydXwç àypeuwv, fut entendu comme s’appliquant à la chasse dans laquelle le dieu de la mort pousse devant lui et frappe ceux qu’il destine à son empire 1413. 11 fut donc quelquefois employé comme un simple surnom du Dionysos infernal uu, et l’on donna le même caractère 1415 aux épithètes de Bacchus qui se rapportaient originairement aux rites sanglants du culte béotien primitif, Laphystios 141S, Agrionius 1417, Omestès. Le nom d 'Isodaetes, interprété comme celui qui donne par la mort une même issue à tous les hommes 1418, devint aussi une qualification du même Dionysos 1419. C'est également aux ténèbres du monde inférieur que l’on finit par rapporter l’épithète de Nyctelios 142°, qui avait d’abord trait aux fêtes nocturnes, comme à celle deXopayo; «<7Tpcov on attribua un sens cosmique élevé 1421, en rapport avec l’ivresse mystique que le dieu communique à l’univers et dont on retrouvait aussi l’expression dans ses qualifications de Maivôpsvoç, Baccheios et Baccheus Quant à ses titres de Basileus, Hegemon, Cat/iegcmon, on les appliquait à la royauté des morts 1423, comme synonymes de ceux d 'Agesilaos et Agesandros qui appartenaien t à Plu ton.

Ce ne sont pas là, du reste, les seuls parmi les surnoms du Dionysos de la religion vulgaire qui revêtirent un caractère mystique et prirent un sens nouveau par suite de la transformation du dieu de Thèbes et de Naxos en dieu des enfers. Une idée funèbre exprimée sous une forme euphémique, celle du dieu qui délivre les âmes par la mort 14i4, s’attacha aux appellations de S aotès ou Soter l428, Eleuthenos, Eleuthereus 1426, Lysius, qui dans beaucoup de localités devinrent étroitement liées au culte mystique. Il en lut de môme de celle de Meilichios J427. dont on fit un euphémisme pour désigner le dieu dont la puissance meurtrière s’exprimait ouvertement par des noms tels qu 'Omestès, et de celle d 'EttOulos ou E ubuleus, qui appartenait aussi à Hadès 1428 et que l’on en vint à interpréter mystiquement d’une manière analogue au nom des Euménides, comme désignant le dieu qui veut du bien aux hommes en leur donnant le repos de la mort ’429.

Tous ces noms prirent ainsi une double signification, funèbre et favorable, correspondant aux deux ordres de rites, les uns sombres et sanglants, les autres joyeux, des fêtes mystérieuses qui se célébraient dans la nuit en Béotie et en Phocide 143°, et à la double physionomie, que

1,12 S- Etjm. G ml. v. ZayjsO;. — 1413 Creuser, Del. de l’antiq. trad. Guigniaut, t. 111, p. 236 ; l’reller, Gr. Myth. t. I, p. 627 ; Gerhard, Gr. Myth. g 438, 2, et 437, 4. — 104 plut. De a ap. Delph. 9. — IMS Gerhard, Gr. Myth. g 449, 7.

— 016 0. Millier, Orchomen. p. 173. Le mont Laphyslion, où nous avons vu se célébrer des cérémonies barbares en l’honneur de Dionysos, était aussi le siège d un culte il Hadès et donué comme un des théâtres de Peulèveroent de Coré : Pans. l.Y, 31, 4. — 017 o. Millier, Prolcg. .s. ein. Wissensch. Myth. p. 394. — 018 ISeUker, Anecd. gr. p. 267. — 019 plut. De a ap. Delph. 9. — OSO Jh. ; cf. Gerhard, Gr. Myth. g 449, 2. —OU Schol. ad Soph. Antig. 1146.-1422 Gerhard, Gr. Myth. § 449, 1 .

— 1423 Welcker, Gr. Gûtlerl. t. 11, . 642. — 024 Gerhard, Gr. Myth. g 449,

7 et 8. — 1423 Ch. J.enormant, Noue. gai. myth. p. 39. — 026 Pauofka, An», de l Dist. arch. t. \ , p. 2S0 et s.; Ch. Lenormant, Op. c. p. 37 et s. — 1427 ch. Leuormant, Op. c. p. 39 ; cl. Gerhard, Gr. Myth. § 199, 11.— 028 Nicandr. Alexipharm. 14; Orph. Argon. 24 ; Ilymn. XVII, 12. - 029 Cornut. De naît deor. 35-

recelait Dionysos (Dimorphos, Bip/iyès, Dmsophyes), à la fois dieu de la lumière ( Lampter , Pyr polos, Pyriphengès) et des ténèbres ( Nyctelios ), de la vérité (Mantis) et du mensonge (Sphaltès), de la passivité et de l’activité, de la guérison et de la mort 1431 . Ainsi la modification apportée à la conception de Dionysos ne se bornait pas à le confondre avec Hadès, à en faire par excellence le dieu chthonien et infernal, elle pénétrait son essence de l’esprit de panthéisme cosmique, aux aspects ondoyants et divers, qui étaitpropre à la religion mystique sous toutes ses formes [mysteria].

Tel fut le Dionysos mystique, que sur la route de Tégée à Argos on adorait auprès de Déméter sous le nom de A/ysfes1432. C'est celui qui, à partir des réformes religieuses d’Épiménide [elfusinia, sect. i], tint une place considérable dans le cul te éleusinien, qu’il modifia profondément par l'introduction d'éléments nouveaux, celui que nous retrouvons aussi dans tous les mystères issus de ceux d’Éleusis, comme à Phlionte, à Lerne, etc. [eleusinia, sect. ix]. Il est aussi le dieu de mystères dionysiaques spéciaux, les uns établis officiellement comme ceux du midi de l’Italie, les autres célébrés un peu partout au sein des associations libres telles que les thiases [thiasus] et les collèges d’oRGEONES 1433, dans ces initiations auxquelles se rapportent bien des monuments 1434, qui les montrent s’accomplissant souvent dans les conditions les plus simples et les plus rustiques, sous des tentes dressées dans les champs 143S. La ciste mystique [cista], avec son serpent, était l’emblème essentiel de ces mystères dionysiaques 1436, où elle révèle l'influence des Sabazies thraco-phrygiennes [sabazius], et c’est de là qu’elle passa dans les autres mystères 1437. Elle s’introduisit dans les Triétériques du Citbéron et du Parnasse 1438, où l’on 11e saurait douter que le caractère nouveau donné au dieu n’ait fini par trouver sa place et qui tendirent à devenir de plus en plus de véritables mystères. Au reste, l’idée qui faisait de Bacchus un dieu funèbre et le substituait à Pluton comme roi des enfers, idée d’abord toute mystique, finit par passer dans le domaine de la religion poétique et des croyances ordinaires. C'est ce qui était, et c’est pour cela que la représentation de la pompe de Bacchus, de ses noces avec Ariadne, de son triomphe sur les Indiens et de beaucoup de scènes de la légende du dieu de Thèbes et de Naxos, fournit les sujets de la majorité des sarcophages de cette époque, exécutés pour la plupart sans aucune intention proprement mystique. Le vêtement pourpre, couleur de vin, de Dionysos fut donné à Pluton 1438 et l’on plaça la statue du dieu sur certains tombeaux 1439. Au milieu de cette influence du Bacchus des mystères sur celui de la mythologie et de la religion publique, ce qui reste toujours le trait distinctif du dieu mystique, sa donnée essentielle et propre, c’est son association intime avec Déméter et sa fille.

Du moment où ce dieu se confondait avec Hadès, on

Schol. ad Nicandr. I. c. — 1430 Gerhard, Gr. Myth. g 463, 4 et 5. — 1431 Ibid. g 419, 3. — 1432 Paus. VIII, 64, 4. TtÀtiàçjp); : Orph. Hymn. LU, 3. — 1433 y ov les laits rassemblés dans la thèse capitale de M. Foucart, Des associations religieuses chez les Grecs, Paris, 1875. — 1434 Ganinn, L’antico Tusculo, pl. lu, il" 2; Campana, Ant. op. in plast. pl. xlv ; Muller-Wieseler, t. II, pi. xlviu, 11" 6U7. — 1415 Mus. Napol. t. II, pl. xa; Bouillon, t. 111, pl. Lvai ; Clarao, pl. ccxvn, il" 314; Müller-Wieselcr, t. 11, pl. xlix, u° 60S. Sur les tentes dans certains mystères, voy. l’inscription d’Andaniâ, L 34-37 ; Foucart, dans la continuation de Le Bas, Voyage archéoU lnscrt Grèce, p. 161, 170 et s. — 1436 Theocr. XXVI, 7 ; Aristoph, Thesm. 284 ; Catull. I.XIV, 259 ; Senec. Ucrc. Oet-. 597 et s. ; Nomii IX, 127 ; Oppian. Cyneg. IV, 244 et s. — 1437 Vov. la description qu’en donne Catulle, LXFY . — 1438 Euseb. Praep. evang. III, p. 68; cf. Winckelmaun, 1 on der Allégorie, c. a ; Wclckër, Or. Gotterl. t. II, p. 630. — 1439 Avion; Fab. 2!, 3.

BAC

BAC

devait nécessairement être conduit à le lui substituer comme l’époux infernal de Perséphoné [proserpina]. C’est ce rôle qu’il avait en effet dans la fête attique des Anthestéries 1440 [dionysia] et dans les Petits Mystères d’Agræ 1441 [eleusinia, sect. ii] ; les monuments qui paraissent avoir trait à ces deux l'êtes adoptent pour la figure de Dionysos le type viril et barbu, soit qu’il remonte à la lumière avec Coré 1442, soit qu’il reçoive Hercule à l’initiation1443. Nous retrouvons encore Dionysos avec le même rôle dans les mystères de Lerne 1444 [eleusinia, sect. ix], dans le culte mystique de Thelphusa en Arcadie 144S, de Sicyone 1446, etc. La même association existait à Cyzique, et une monnaie de cette ville 1447 nv-ntre Coré tenant le flambeau, se ren • dant au-devant de son époux Dionysos, au milieu d’une pompe toute bachique, dans un char que traînent des Centaures, comme celui d’Ariadne (voy. p. 421 fig. 311), et que précède Éros. C’est dans ce même char traîné par des Centaures que Coré se montre, tenant des épis et des pavots, à côté d’un Bacchus du type juvénile sur le célèbre camée dit du cardinal Carpegna, actuellement au Louvre 1448 (fig. 719). Au reste, O ttfried Miiller

a rc-

marqué que sur les monuments de l'art il est presque impossible de distinguer en pareil cas Coré d’Ariadne et de dire laquelle des deux accompagne Dionysos. Le Zens Phlios, infernal et armé du thyrse, qui à Mégalopolis était associé à Déméter et à Coré 148°, et plus spécialement présenté comme l’époux de cette dernière, était comme une forme intermédiaire entre Hadès et Dionysos ; en revanche, dans un des sanctuaires mystiques de Lerne, Aphrodite remplaçait Perséphoné auprès de Dionysos 146‘, à cause du rapport établi dans les mystères entre les deux déesses 1432 [proserpina]. Il faut même noter que le type plastique de Vénus- Proserpine 1403 est celui de l’idole aux formes archaïques placée auprès de Dionysos dans certaines sta¬

tues [sect. xiji], par un groupement qui indique l’intention de marquer une relation intime entre les deux divinités.

En môme temps on avait identifié à Dionysos l’Iacchus d’Eleusis [eleusinia, sect. i], dont la plus ancienne tradition faisai t le fils de Déméter 1434 et que l’on représentait toujours comme un enfant. Bacchus se trouvait ainsi apparaître deux fois dans le cycle éleusinien, d’âge viril comme époux de Coré, résidant avec elle l’hiver dans les demeures infernales et remontant avec elle à la surface de la terre au printemps dans la fête d’Agræ, comme l’enfant médiateur des mystères dans les Grandes Eleusinies. Suivantla tradition la plus vulgaire, le Dionysos crétois était aussi fils de Déméter 14S5. Ainsi naquit 1 idée de faire de Dionysos le frère de Coré, en même temps que son époux. C’est le couple mystique de Coros et Cora, le fils et la fille, nés tous deux de Déméter, couple si bien mis en lumière par Greuzer 145S, que Cicéron 1487 appelle Liber et Libéra, mais en les distinguant soigneusement des divinités italiques de ce nom. Un sculpteur de l’école de Praxitèle et de Scopas avait adopté cetle donnée dans des groupes célèbres qui furent transportés à ltome1438 et où l’on voyait des satyres tenan t dans leurs bras, l’un Dionysos [sect. iv], l’autre Coré ( Liber et Libéra, dit Pline), tous deux enfants et tous deux élevés ensemble. Dans cette éducation dionysiaque attribuée à Coré, son caractère changeait sensiblement, et l’on est ainsi conduit par des degrés successifs du type de la fille de Déméter dans la mythologie habituelle à celui de la compagne de Dionysos dans le culte mystique dePhlionte, de cette déesse que l’on appelait Dia, Hébé ou Ganyméda [iiebe], véritable Bacchus féminin couronné de lierre 1489, en l’honneur de laquelle on célébrait la fête des KtdffOTÔaot, et qui semble former l’intermédiaire entre Coré et Ariadne 146°.

L influence des Orphiques, ainsi que des données asiatiques qu’ils avaient empruntées au mythe et au culte du sabazius phrygien, modifia encore la conception du Dionysos mystique et donna lieu à de nouvelles combinaisons de syncrétisme. L’iacceus d’Eleusis fut identifié au zagreus que l’orphisme avait puisé en Crète [eleusinia, sect. î], et on lui attribua sa passion, sa mort sous les coups des Titans, assimilée également à la mort du Dionysos de Thèbes et d’Argos 1461 . En même temps, s’inspirant de l’idée orientale du dieu qui s’engendre luimême et reparaît dans une nouvelle génération après avoir traversé le sein d’une déesse, à la fois ainsi son épouse et sa mère, idée qui était la source de la légende phrygienne de la naissance de sabazius, les Orphiques donnèrent la préférence à la tradition mystique de la Crète, qui faisait de Zagreus le fils de Coré 1462, et non plus de Déméter. On fit d’Iacchus le fils de Coré 1463 et d’Hadès 1484, identifié déjà à Dionysos. De cette façon, dans

1440 Gerhard, Ueber die Anthesterien, dans les Mëm. de l’Acad. de Berlin, 1858.

UU steph. Byz. v. A-ffa; Nonn. XXVI, 3U7 ; cf. Guigniuut, Relig. de l’anlig. t. III,

p. 1174 et s. — 1442 Gerhard, Mëm. cit. pl. î, u° 3. — 1443 Gerhard, Auserl. Vas. t. I. pl. lxix, n° 1 ; MüUer-Wieseler, t. II, pl. xxxix, n» 453. — 1444 Oi-elli, Jnscr. lat. d° 2361 ; cf. Preller, Demeter und Persephone , p. 210 et s. 1443 Paus. A 111,

25. 2. — 1446 Id. II, H, 3. L’association de Déméter, Coré et Dionysos, comme dans ces cultes, se remarque avec le Dionysos barbu sur quelques vases peints : Micali, Mon. ined. pl. lxxxvi, n° 4 ; Inghirami, Vasi fitt. pl. xxxvn. 144' MüIler- Wieseler, t. II, pl. X, n° 115. — 1448 Buonaruotti, Medaglioni ant. pl. à la p. 427; Guigniaut, Noue. gai. myth. n° 489 ; MüIler-Wieseler, t, II, pl. x, n» 116. — 1449 Handb. d. Arch. § 388, — 1460 Pans. VIII, 31, 21. — 1461 Paus. Il, 37, 2; cf. Orph. Hymn. XL V, 3. — 1452 Gerhard, Venere Proserpina, 1826 ; cf. encore Ueber Venusidole, dans les Mëm. de t Acad, de Berlin pour 1843. — 1453 Schol. ad Aristid. p. 648, édit. Dindorf ; Schol. ad Aristoph. Ban. 324. — 1454 Outre le rase cité dans la note 1441, dans la majorité des peintures céramiques qui retracent la montée de Perséphoné à la lumière sur un char ^Gerhard, Ueber Anthest. pl. n et ni),

Dionysos l'accompagne [phosckpina]. Sur le célèbre sarcophage de Wiltonhouse (Montfaucon, Antiq. expliq. t. I, pl. xlv, 1; Mëm. de l’Acad. des Jnscr. 1" sér. t. IV, pl. à la p. 608; Gerhard, Ant. Bildw. pl. cccx, 1 ; MüIler-Wieseler, t. II, pl. X) no ii7). Dionysos est auprès de Déméter à qui Perséphoné fait ses adieux au moment de retourner daus les enfers. — l45o Diod. Sic. 111, 63. — 1456 Jlelig. de l’antiq. trad. Guigniaut, t. III, p. 260. — 1467 De nat. deor. II, 24. — 1*58 Plin. IJist. nat. XXXVI, 29. — 1459 Paus. II, 13, 3; Strab. Vlll, p. 382 ; Mnas. ap. Aelian. De nat. an. XVII, 46. — 1460 Preller, Gr. Myth. t. I, p. 391 et 535 ; Gerhard, Gr. Myth. § 456, 2. — *461 Ceci dut aussi, comme l’a très-bien vu Welckcr (Gr. Gôtterl. t. II, p. 634), être favorisé par l’influence de l’école des égyptologues, qui, comme Hérodote (II, 42, SI et 144), voyaient Dionysos et Déméter dans Osiris et Isis souverains des enfers ; le Dionysos iufernal devait donc pour eux avoir la meme Passiou qu’Osiris, et précisément la légende de Zagreus la leur offrait. 1462 uiod. Sic. III, 64. — 1463 Arrian. Exped. Alex. II, 16, 3 ; Schol. ad Pind. Isthm. Vil, 3; Schol. ad Aristoph. Ban. 324. — 1464 Etvm. Gud. s. v. ZajPsù; ; cf. Maurv, Relig. de la Grèce, t. Il, p. 365.

BAC

BAC

les mystères éleusiniens et dans tous les cultes qui s y rattachaient, Dionysos apparut deux fois, avec deux rôles différents, d’abord époux de Coré dans les Petits Mystères comme dans les Anthestéries, puis son fils dans les Grands Mystères U6S. De même que dans l’idée mystique Déméter et Coré se ramenaient à une même déesse, à la fois mère et fille [et res, eleusinia, sect. i], le Dionysos infernal se dédoubla en un père et un fils, au fond identiques l’un à l’autre U6ë. Et ce double rôle correspondit à la double physionomie qui se développait chez ce dieu ; on le rapprocha aussi de sa double naissance, de sa qualité de Uimetor ou Dilhyrambos 1467.

C’est ainsi que prit naissance la légende, d'origine mystique, mais passée à une époque tardive dans la mythologie poétique, qui faisait naître Iacchus des amours de Dionysos et de la nymphe Aura u68, laquelle n’est qu’une forme secondaire de Coré 146<J. Cette légende se localisait spécialement à Cyzique, siège d’un culte important d’origine éleusinienne [eleusinia, sect. ix], objet d’une étude capitale de Panofka U7°. Ce culte reposait sur l’adoration du couple de Dionysos Eleutherios et Coré Soleira ou Dionysos Soter et Coré Eleutheria, une Coré qui réunissait les attributs de cette déesse et de Déméter 1471 [proserpina] ; le fruit mystérieux en était Iacchus, auquel on ne donnait dans la légende extérieure et populaire que l’origine héroïque qui le faisait naître d’Aura. Cette légende le représentait comme le seul survivant de deux jumeaux mis au monde par la nymphe ’472, qui immolait l’autre.

Cette idée myslique d’un Dionysos qui s’engendre luimême, d'un double Bacc.hus, dont les deux formes, extérieurement distinctes, se résolvent en une unité fondamentale, a exercé sur les monuments de l’art une influence considérable. On ne saurait méconnaître que dans la pensée qui a inspiré un certain nombre de représentations, le Dionysos barbu de l’ancien type n’ait été envisagé comme étant avec le Dionysos imberbe et juvénile dans une relation de père à fils 1473. De là les monuments où l’on voit simultanément les deux Bacchus, le barbu et l’imberbe, le second le plus souvent dans un des actes de sa vie, au milieu de sa bacchanale, le premier comme l'idole d’un dieu plus ancien 1W, ou bien ceux où les masques des deux types sont réunis l’un près de l’autre comme dans notre figure 694. Ce n’est pas non plus sans une raison analogue que dans tant de localités de la Grèce on conservait dans le même temple deux images différentes de Dionysos, ou bien l’on adorait deux formes du dieu. Cette dualité était souvent celle du Dionysos ordinaire et du Dionysos mystique 1475, telle que Nonnus 1476 la marque en Attique en distinguant le Limnaios et VEleustnios, telle que nous l’observons dans les Grenouilles d’Aristophane, où

I'»6Î> Aussi, sur le fameux vase découvert à Kerteh ( Compte rendu de Saint- Pétersbourg, 1859, pl. ii; Gerhard, Bilderkreis von Eleusis, pl. n), Dionysos figure comme un dieu distinct d'Iacchus-Plutus, représenté enfant entre Déméter et Coré. 1466 vov. Guigniaut, Itelig. de l'ant. t. III, p. 1121 ; F. Lenormant, Voie sacrée

Éleusin. t. I, p. 318 et s. — D67 Gerhard, Gr. Myth. § 457, 2 1468 Nonn. XLVIII,

238-978. Etvm. magn. y. AivSu[i.ov opoç. — 1+69 F. Lenormant, Op. c. t. I, p. 352-355.

— 1470 Ann. de l'Jnst. arch. t. V, p. 272 et s. ; ef. Ch. Lenormant, Nouv. gai. myth. p. 35 et s. — 1471 Et aussi quelques-uns de ceux de Dindymène ou Cybéle : Ch. Lenormant, Rev. numism. 1856, p. 35 et s. — 1472 Les deux jumeaux dans des peintures de vases : Micali, pl. xxxv ; de Witte, Catal. Durand, n» 111; Gerhard, Auserles. Vas. t. I, pl. JLV. — 1473 F. Braun, Kunstvorstell. des gefliig. Dionysos, p. 1 et s.

— 1474 visconti, Mus. Pio-Clem. t. V, pl. vin ; Mus. Chiaramonti, pl. xxxiv et xxxv j Milita, Gai. Myth. n» 241 ; Gerhard, Ant. Bildw. pl. ex, n»» 1 et 2; Arch. Zeit. lS5l’ pl. xxxv; cf. Gerhard, Prodr. mythol. Kunsterkl. p. 129 et s.; Etruslc. Spieg. t. I p. 70; Arch. Zeit. 1851, p. 386. — 147b Gerhard, Gr.Myth. g 457, 2. — 1476 XXVII, 307^

— WT Ant. Marmorwerken, dée. 2, pl. ii ; Miiller-Wieseler, t. II, pl. xxxi. n°34t'

Dionysos assiste à la procession mystique d Iacchus comme à une fête qui lui est étrangère. Nous la constatons enfin sur un marbre publié par E. Braun ‘ ", ou Iacchus, enfant et ailé, se voit couché au pied de l’arbre d’où sort la tête barbue de Dionysos Dendritès entre celles de Déméter et de Coré.

Il est de l’essence même des combinaisons raffinées et ondoyantes du mysticisme antique que tous les dieux sur lesquels elles s’exercent ne deviennent pas seulement doubles, mais triples 1478. Le Dionysos des mystères n’a pas échappé à cette règle 1479, et sa triplicité s’est même traduite dans le culte de certaines cités où pour ce dieu prédominait le point de vue mystique, comme à Patrie, où l’on portait simultanément dans une même procession trois images représentant trois formes diflerentes de Dionysos [sect. n]. C’est ainsique dans le langage des hymnes orphiques il fut qualifié de TptcpuV480, épithète mise également en rapport avec la façon dont il présidait aux trois saisons de l’année1481. On le dit aussi Tpi'yovoç 148î en ajoutant comme une troisième naissance, à celles de la légende mythologique, la production du vin sous le pressoir Enfin on retrouva ce même nombre, dans le cycle qui ramenait ses fêtes Triétériques, cycle rapporté désormais à la notion d’un sommeil de trois ans dans les enfers aupiès de Perséphoné, autre forme de sa mort périodique

Nous ne saurions insister davantage sur toutes ces combinaisons, qui ont tenu une place considérable dans les systèmes de la pensée religieuse et philosophique, qui se sont même reflétées dans le culte, mais dont le développement complet a été tardif. A l’article orpuici 1 on trouvera quelques détails sur le rôle que la secte orphique donna dans sa théologie et sa cosmogonie à Dionysos, dont elle fit le dieu universel qui anime le monde U8% qui est à la fois Zeus, Hadès, le Soleil et Dionysos 1<86, expliquant dans cet ordre d’idées tous ses attributs, faisant par exemple de la fabrication de son péplus par les Charités l’emblème de la création du monde 1487, et de son cratère le vase où s’opère la mixture des éléments cosmiques 1488 ; ils voient aussi un emblème du même genre dans l’antre de Nayos 1489, où Dionysos était représenté couché, comme sur le coffre de Cypsélus, et comme le montrent les peintures de vases dont l’intention mystique est évidente1490. Les Orphiques l’identifièrent donc avec leur P h cinés 1491 et à ce titre lui donnèrent la qualification d ' Antaugès 1492, c’est-à-dire le reflet, la manifestation de l’intelligence ou de la lumière première 1493, ou bien celle de Protoynnos 1494. Parmiles formes de Dionysos, outre le zagreus d’origine crétoise, il en est surtout une qu’ils développèrent avec complaisance, en y attachant des notions spéciales et d’une nature très-subtile, ce fut YEubuleus 1495

— 1478 De Witte, Nou». ann. de l’Inst. arch. t. II, p. 279 et s.; F. Lenormant. Voie sacrée, t. I, p. 491-503. — 1479 Gerhard, Gr. Myth. g 457 , 3.-1480 Orph. Hymn. LII, 5 ; cf. Gerhard, Gr. Myth. g 449, 4.— 1481 Gerhard, Op. c. § 447, 5.— 1482 Orph. Hymn. XXX, 2. — 1483 Diod. Sic. III, 63. — 1484 Orph. Hymn. V, 3; cf. Ll, 4. Vov. encore le satyre à trois cornes : Zoëga, Bassiril. t. Il, pl. lxxxii.

— 1485 Clem. Alex. Protr. IV, p. 30; Cedren, p. 84. — I486 Macrob. Sat. I, 18. 1487 Creuzer, Relig. de l’ant. t. III, p. 305 et s., trad. Guigniaut; Lobeck. Aglaoph. p. 380. — 1488 Macrob. Somn. Scip. I, 12 ; cf. Plat. Tim. p. 41 ; Lucian. Bisaccus, 34; Arnob. II, 25; Procl. In Tim. V, 314. C’est à cette idée que se rapportaient les poëmes orphiques appelés Kpor/ri|pt; : Lobeck, Aglaoph. p. 731 et s. 1489 porphyr.De antro nymph. 20. — 1490 Tischbein, t. I, pl. xxxu, édit, de Florence ; Miiller-Wieseler, t. II, pl. xlvii, n° 600 ; cf. Creuzer, Symbolik, pl. vm.

— 1491 Diod. Sic. I, II ; Macrob. I. c. ; cf. Zellcr, Philosophie der Griech. t. I, p. 73. 1492 Orph. Hymn. V, 9 ; Fragm. 7. — 1493 Oiyhica, éd. Hermann, p. 501 ; cf. Lobeck, Aglaoph. p. 478. — 1494 Orph. Hymn. XXX, 2; LU, 6. — 149a Gerhard, Gr. Myth. § 457, 5.

BAC

qu'ils représentèrent aussi quelquefois comme l'enfant mystique de Perséphoné 149e.

Ces rêveries compliquées, qui n’appartiennent même jdus la mystique proprement dite, mais aune secte spéciale, ne restèrent pourtant pas exclusivement renfermées dans ses assemblées et dans ses écrits. Elles eurent un écho dans certaines légendes locales. C’est ainsi que celle de Phlionte 1,91 donnait le nom bien significatif de Phanès au prophète mythique du dieu qui aurait apporté dans cette ville le culte de Dionysos Lysios. Des monuments d une date relativement basse ont été certainement inspirés par les hymnes orphiques relatifs à ce dieu. Telle est la peinture d’un vase de la dernière époque U98, empruntée certainement à l’hymne xvn, où l’on voit Dionysos Thesmophore armé du thyrse (ÔEcjjiocpôpoç... vocpOyjxosopo; AtoWo,-), debout auprès de Déméter Thesmophore, tandis que dans le fond apparaît la tête du personnage énigmatique de , àpçr,Toç avacc x) que l’hymne con¬

fond avec lui en un seul être androgyne [iaccuus].

— Pour Sophocle n", Dionysos est le dieu qui règne sur 1 Italie (xWàv o; àatpsTrst; ’lxxXîav) ; en effet, les fondateurs des colonies helléniques de la Grande-Grèce avaient porté avec eux son culte, qui prit dans cette contrée une importance et un développement exceptionnels. Toute une série de légendes nouvelles se formèrent sur ce sol, et en firent le théâtre d’épisodes de l’existence du dieu et de ses courses terrestres. Bacchus, disait-on, avait disputé à Déméter la possession de la Campanie 180a, où les deux divinités avaient prodigué leurs bienfaits, il y avait reçu l’hospitalité de Falernus 1301, accompli des exploits guerriers dans le pays des Tvrrhéniens (sect. vm), enfin, poussant encore plus loin ses conquêtes dans l'ouest, il avait laissé en Italie les vétérans de son armée, les Silènes fatigués par l’âge, qui s’y étaient livrés à la culture de la vigne et avaient rendu cette terre fertile en vins1502.

La majeure partie des cités grecques de l’Italie méridionale avaient dû leur origine à des colons du Péloponèse: par conséquent ceux-ci y avaient transporté le culte dionysiaque tel qu’il existait dans leur pays d’origine, c’est-à-dire sous sa forme mystique, la seule presque qu’ait connu le Péloponèse [sect.' nj. C’est ainsi que lApulie, la Lucanie, la Calabre, la Campanie devinrent le siège de mystères bachiques qui rayonnèrent ensuite sur l’Étrurie et sur Rome [bacciianalia]. De ces mystères de la Grande-Grèce, fameux parmi les archéologues modernes et qui ont donné lieu à tant de conjectures dénuées de base, nous ne savons rien historiquement et d’une manière positive que l’époque et les circonstances de leur interdiction par le sénat romain. Mais l’importance qu’ils avaient au me siècle avant l’ère chrétienne, la façon dont ils étaient alors devenus la première institution religieuse de ces contrées, celle à laquelle tous s’empressaient de participer, comme les citoyens d’Athènes aux mystères d’Éleusis, tous ces faits sont attestés par les vases peints de la dernière époque [vasa picta], sortis des fabriques de l’Italie méridionale, dont les sujets sont directement en

096 Orpli. Hymn. XXVIII, 8 ; XXIX. — 1497 Pau-. II, 7, 0. — H98 Tischbein, t. IV, pl. xxxvi, édit, de Florence ; Ch. Lenormaut et de Witte, Él . des mon. céram. t. III, pi. xl. — U99 Atitig. 1100. — 1300 piin. nat. III, o, 9.

— 1301 Sil. liai. VII, 162 et s. - 1305 Etym. Magn. v. nXinua. — 1303 Gerhard. Bull, de l'Inst. an-h. 1829, p. 173 ; Bapporto volcente, p. 101; de Witte, Études sur les vases peints, p. 120. — ISO» Op. c. p. III et s. — 1505 Corp. inscr.gr. n° 5774.

— 1506 c’est ce qui résulte formellement de la comparaison de Denvs d'Halicarnasse (VI, 17), avec Tacite (Ann. II 49) ; cf. Cic. In Verr. IV, 48 et 53. C.reuzer,

BAC

rapport avec ces Bacchanales1!303, qu’ils appartiennent à l’une ou à l’autre des deux classes entre lesquelles on les répartit, celle des sujets bachiques et celle des sujets mystiques. Dans les premiers, dit M. de Witte 1504, « ce n’est plus le Bacchus barbu des anciens peintres; éternellement jeune, le dieu est accompagné de Satyres et de Ménades. En général, les compositions n’annoncent ni efforts de génie ni efforts d’invention : toujours des Satyres, ou isolés, ou groupés avec des Ménades, des enfants ailés ayant les formes efféminées de l'hermaphrodite. Souvent ces sujets bachiques se rapprochent tant des sujets mystiques, cju’on sent que ce sont les mêmes données, les mêmes idées qui les ont inspirées. Quant à ces derniers, les sujets mystiques, ils sont excessivement nombreux, et ces compositions énigmatiques ont jusqu’à ce jour fait le désespoir de ceux qui ont cherché à les interpréter. On ne peut nier, toutefois, le sens mystique de ces sortes de compositions ; mais jusqu’ici, à très-peu d’exceptions près, les tentatives faites pour leur trouver une application satisfaisante ont complètement échoué, et ressusciter les vaines conjectures de Bœttiger et de Millin serait renouveler un système de rêveries sans fondements. »

Une obscuriLé profonde règne donc encore sur ce sujet des mystères de la Grande-Grèce, et nous ne saurions avoir l’espoir ni la prétention de la dissiper. Ce que nous pouvons indiquer ici, d’après l’étude des peintures à sujets bachiques, plus intelligibles que les sujets proprement mystiques, et surtout d’après l'influence que la religion dionysiaque de l’Italie méridionale exerça de bonne heure sur celle de Rome [libcu], c’est du moins le couple divin qui y servait de centre. 11 se composait de Dionysos, le dieu auquel nous voyons une large part des terres de la cité consacrée dans les fameuses Tables d’Héraclée IS0S, et d’une déesse qui portait certainement le nom grec de Goré lo06, appelée à 0soü ttouç, « l’enfant de la Déesse fde Déméter) », dans une inscription de Posidonia 1307 et ’Epttpova dans une autre de Pæstum 1808 ; mais les antiquaires, à 1 exemple de Creuzer et de Gerhard, ont pris l’habitude de la désigner par le nom de Libéra, que lui donnent les écrivains latins, et qui a l’avantage de caractériser sa physionomie particulière, nettement distincte de celle de la Coré éleusinienne. A ce couple le culte public associait généralement Déméter 1809 ; c’est l’association mystique habituelle en Grèce de Déméter, Dionysos et Coré [sect. xv], traduite en latin Ceres, Liber et Libéra. Mais sur les vases mystiques de la Grande-Grèce, Déméter apparaît très-rarement auprès de Racchus et de sa compagne divine1810 ; il semble qu’elle eût presque entièrement disparu des mystères de cette contrée à leur dernière époque, au temps où l'Eros hermaphrodite représenté dans tant de peintures céramiques complétait une sorte de triade avec Dionysos et son épouse jouant le rôle de génie médiateur des mystères comme Iacchus à Éleusis [crûs, iacciiusJ.

Au reste, d’après le style môme des monuments qui s’y rattachent et qui appartiennent tous à une époque bien déterminée, le grand développement de ces mystères a dû

Itelig. de tant. t. III, p. 209, trad. Guigniaut. — 130" Corp. inscr. gr. n° 5778.

— 1808 Corp. inscr. gr. n° 5778 b. — 1309 Outre les passages de Denvs d’Haliearnasse et de Tacite indiqués dans la note 1506 : Tit. Eiv. 111, 55 ; XXXIII, 25 ; XLI, 28, cf. Gerhard, Prodromus mytholog. Kunsterklütung. p. 49 et 73 ; I’relter, Bôm. Mythologie, p. 440. — 1510 Vov. pourtant Millin, Vases, t. I, p). l; Gerhard, Antikc. Bildwerke , pl. cccxui, n° I. On retrouve le même groupement sur un miroir étrusque (Inghirami, Mon. etr. t. II, pl. ix ; Gerhard, Ant. Bildw. pl. cccxiv, nn 3), et le culte bachique avait été porté de la Campanie en Étrurie.

BAC

BAC

être tardif et n'a pas dû commencer avant le milieu du IVe siècle. C’est alors qu’ils ont pris leur physionomie originale, où ont pu se mêler un certain nombre d’éléments italiques. Les beaux vases de Nola, datant de la fin du v° siècle et du commencement du iv° 15u, nous permettent de constater ce qu’était alors le culte dionysiaque chez les Grecs de Campanie, et nous y voyons la triade de Déméter, Coré et Dionysos barbu, sous des traits exactement pareils à ceux qu’elle avait en Grèce1512.

Macrobe 1513 nous apprend que dans la Campanie, et spécialement à Néapolis, Bacchus recevait le nom d 'Hébon, et son témoignage est confirmé par les monuments épigraphiques1514. Ce nom est une forme masculine correspondant à YHébé de Phlionte et de Sicyone 1513 : il est difficile de croire qu’Hébon n'ait pas été associé à une Hébé1316, et par conséquent nous constatons ici chez les Grecs de l’Italie une influence positive des formes propres au culte mystique de Phlionte, où la déesse associée à Dionysos prenait, sous le nom de Dia-Hébé, une physionomie intermédiaire entre Coré et Ariadne [sect. xv].

C’est bien là le caractère qui ressort pour la Libéra de l’Italie méridionale des renseignements fournis par les écrivains latins. Elle est formellement Coré, nous venons de le voir, mais elle n’est pas identifiée d’une manière moins positive à Ariadne1517. On en fait aussi une Vénus1018, ce qui est d’accord avec la parenté établie entre Vénus et Proserpine [proserpina] et ce qui semble coïncider assez exactement avec une partie des peintures des vases mystiques de la Grande-Grèce. D’autres la rapprochent même de Cérès1519, circonstance en rapport avec la disparition presque complète de Déméter sur ces vases et qui ferait soupçonner une confusion de la mère et de la fille dans un même personnage, comme nous l’avons constatée à Cyzique ; d’autres enfin la confondent avec Sémélé, 1570 introduisant ici la notion mystique de la déesse a la fois mère et épouse1521, que nous avons vue apparaître

en certains cas dans les rapports de Dionysos et de Coré [sect. xvj. Dans les représentations monumentales, la

lo11 De Witte, Étude sur les vases peints, p. 91. — 1512 De Witte, Calai. Durand, n° 108. — 1513 Sat. I, 18. — 1514 Mommsen, Bull, de l’Inst. arch. 1847, p. 1-5 ; Corp, ruser, gr. n° 5790 b. Le n° 5790 du Corpus ne paraît pas authentique. De "IISiüv les Osques avaient tiré le diminutif Evklos, qui était dans leur langue le nom de Bacchus (Mommsen, Unterital Diale/cten, p. 132) et dont la forme correspondante en latin serait Hebiculus. — ISIS Welcker, Or. Gôtterl. t. II, p. 616. — 1316 panofka, Musée Blacas, p. 95 ; Ch. Lenormant, Nouv. gai. myth. p. 36 ; F. Lenormant, lofe sacrée, t. I, p. 357. Un beau vase de Nola, de la meilleure époque, offre le couple bien caractérisé de Dü-llebon et Dia-Hebe : De Witte, Cal. Durand, n° 201- — 1317 Ovid. Fast. 111, 512; Hygin. Fab. 224; Lactant. I, 5 ; voy. Creuzer, Ilelig. de lant. t. 111, p. 267, trad. Guigniaut, Millin (Peint, de vases, t. I, p. 74). Thiersch ( Einleit . rr. Pindar, p. 156), Preller ( Gr . Mxjthol. t. I, p. 535) et Petersen (Geheime, Gottesdiensli , p. 16) s’en tiennent à cette identification, qui est trop restreinte. Le point de vue plus large que nous adoptons est celui de Crcuzer et de

fleure de cette Libéra se rapproche surtout de celle d AniADNE et se confond presque complètement avec elle Sur les vases peints de la dernière époque de l’Italie méridionale à sujets proprement bachiques, môme sur beaucoup de ceux dont on ne saurait contester l’intention mystique, la déesse compagne et épouse de Bacchus a tous les traits d’Ariadne et ne saurait en être distinguée par aucune particularité spéciale. L’hymen représenté sur un bon nombre de ces vases est celui de Dionysos et d'Ariadno (fig. 720) 1323, tel qu’on le célébrait à Naxos. Les vases de l’Apulie nous offrent aussi le sujet del’apothéose d'Ariadne, enlevée au ciel et placée parmi les astres1324. Si donc la Libéra de la Grande-Grèce portait le nom de Coré dans les dédicaces de temples, sur les monuments figurés c’est presque constamment l’Ariadne de Naxos qui prend sa place. Ces données confuses et en apparence contradictoires sur la religion dionysiaque des Grecs de l’Italie méridionale, peuvent cependant se concilier et se résumer ainsi : dans le culte public et officiel, le couple de Dionysos et de Coré, associé à Déméter, comme dans un très-grand nombre de localités du Péloponèse ; dans la légende poétique et populaire, reflétée par la majeure partie des vases peints du temps de la décadence, le mythe de Dionysos et Ariadne, avec l’apothéose de cette dernière, devenant l’épouse céleste du dieu, mythe qui avait pris en Italie une popularité qu’il n’eut jamais en Grèce en dehors des îles, et qui s’est continuée chez les poètes latins ; enfin dans les mystères, identité établie entre Coréet Ariadne, peut-être avec un certain emploi du nom de Dia-Hébé, plus sûrement avec celui des noms de Coros et Cor a [sect. xv] pour désigner le couple divin, ce qui conduit à la traduction latine en Liber et Liberale t à l’assimilation avec les divinités italiques ainsi appelées. C’est là aussi que l’on faisait de cette Coré la personnification du printemps 1326, comme l’admettentégalement certains hymnes orphiques 1527.

Pour trouver dans les œuvres de l’art un type propre de Coré-Libera, distinct de celui d’Ariadne et exprimant nettement la nature complexe de cette déesse, il faut recourir au célèbre sarcophage Casali 1528, le plus précieux peut-être des monuments du culte mystique de Dionysos 1B29. Au milieu de son thiase, auquel est joint Hermès comme Psychopompe [mercurius[ , et sous des berceaux de vignes, Bacchus y célèbre son hymen mystérieux et funèbre avec la déesse, enveloppée de longs voiles et se rapprochant surtout du type de Proserpine 1530, mais tenant le tympanum et le canthare. Sur le couvercle est un autre bas-relief qui, opposant la donnée mythologique et poétique à la donnée mystique dans le rapprochement même que nous venons d’indiquer, représente Dionysos et Ariadne, entourés de Satyres et de Ménades, se reposant sur le sommet boisé d’une montagne.

Il n'y a pas non plus à hésiter sur le nom de Coré-

Gerhard. — ISIS Varr. ap. Augustin. De cm. Dei, VII, 2; cf. Gerhard, Hyperb. rom. Stud. t. II, p. 125 et 145. — 1519 Augustin. De civ. Dei. VII, 3 ; cf. Creuzer Beliy. de Vaut. t. III, p. 265. - 1520 Voy. la glose de Cyrille citée dans' lés notes de Muncker sur Hygin (Fab. 224). - 1521 Gerhard, Ueber Antesthenen, notes 101

et 102. — 1522 Gerhard, Textu z. Ant. Bildw. p. 182. — 1523 Conestabile, Pitture scop. pressa Orvicto, 1865, p. 161. - 1524 Propert. 111, 15, l.Bull. de VList. arch. 1836, p. 121. - 1525 Cic. De nat. deor. II, 24. - 1526 Theopomp. ap. Plut. De Is. et Os. 69. - 1527 Orph. Hymn. XXIX, 13. — 1528 visconti, Mus. Pio-Clem. t. V, pl. c; Millin, Gai. Myth. n» 243; Miiller-Wieseler, t. Il, pl. xxxvn, n“ 432 ; cf. Welcker, Zeitschr. f. ait. Kunst, p. 446 et s. 476 et s.; E. Braun, dans la Beschreib. d, Stadt Boni de Plattner, t. III, p. 680 et s. — 1529 c'est le seul qui offre la donnée du triple Bacchus (sect. XV), la scène de l’hymen du dieu juvénile étant flanquée de deux images du Dionysos barbu, d’aspect archaïque; cf. Gerhard, Prodr. mythol. Kunsierkl. p. 129. — 1530 c’est la remarque d’O. Muller, Handb. § 385.3.

BAC

BAC

Fig. 721. Bacchus et Libéra.

Libéra à donneràla déesse dont la tête est unie celle de Bacclius dans le double hei'ines de style affectant l’archaïsme, que nous reproduisons 1531 (fig. 7-21), le type grave

et auguste de cette tète rappelle en effet Proserpine et même Cérès. Les hennés doubles du même genre se reneon- M |\ trent assez fréquemment en la Italie, mais le plus souvent la déesse qui y est jointe à Bacchus a tous les traits caractéristiques d’Ariadne 153-.

En 186 avant J.-C. le sénat de Borne supprima les mystères dionysiaques dans la Grande- Grèce comme dans toute l'Italie. Mais le culte public de Bacchus n’y fut aucunement proscrit, puisque des mesures avaient été prises dans le sénatus- consulte même pour assurer, en la réglant, la célébration des cérémonies secrètes en l'honneur du dieu, qui faisaient, dans les différentes cités, partie de la religion officielle. Les inscriptions grecques et latines de ces contrées sont là pour attester l’importance qu’y gardait le culte. A Bhégium nous rencontrons une corporation de

DIONYSIAKOI TEC11NITA1 1543.

Bacchus n'a certainement pas été un des anciens dieux des Étrusques ; dans les fêtes agraires de ce peuple on n'aperç-oit aucune trace de rites orgiastiques 13:11 . Nous savons par le témoignage formel de Tite-Live 1836 que c’est tard seulement, sans doute à la fin du iv° siècle ou au commencement du ni0, que le culte dionysiaque y fut apporté de la Campanie par un prêtre grec, sous la forme de ces mystères dont nous avons indiqué le caractère et le développement à l’article bacciianalia. La meilleure preuve de cette introduction tardive du dieu est dans le fait que les monuments de l’art étrusque n’ont jamais connu que le type du Bacchus juvénile, créé par Praxitèle [sect. xiii] . Ils lui donnèrent cependant un nom particulier dans leur langue, celui de Fufluns, qui accompagne sa figure sur un certain nombre de miroirs. Ce nom a donné lieu à beaucoup d’hypothèses158*; l’explication la plus vraisemblable est celle de Gerhard 1537 , qui compare Fufluns à l’appellation de la ville de Fufluna LJopidonia et y voit, en conséquence, un dieu Populonius, analogue au Dionysos Demosius ou Patroos des Grecs [sect. x] ; chez les Osques nous trouvons une Junon Populnna 1538 [juno], dont le nom serait aussi à y comparer.

Un des anciens dieux italiques était celui que les Latins appelaient Liber , plus anciennement Loebesus ou Loibesos ,339, les Sabins LoebasiusiM, les Osques Loufrosmi, et qui avait pour épouse une déesse Libéra , la seule à laquelle appartienne légitimement ce nom, qui n’a été appliqué que par une sorte d’abus à la compagne du Dionysos de la Grande-Grèce. Liber et LJbera étaient mentionnés dans les indigitamenta de Numa comme présidant à la procréation des enfants 1342. Liber, dont le nom dérive de l’ancienne racine lib, loeb, qui est celle du verbe libare 1543,

était un dieu de la fécondité, dont le phallus était le symbole et dont le culte offrait dans ses rites une grande analogie avec une partie de ceux du culte de Bacchus, Aussi dès les premières relations de Borne avec les cités grecques du midi de 1 Italie fut-il assimilé au Dionysos hellénique, et cette assimilation devint bien vite si complète que, à part les renseignements empruntés aux livres de Numa et quelques usages traditionnels conservés dans les cérémonies rustiques, le caractère propre et originaire de Liber , dans les documents où nous pouvons puiser des lumières sur la religion romaine, est effacé sous le vêtement emprunté au dieu grec, (.ette transformation eut lieu à la même époque que 1 introduction du culte d’Apollon à Rome et fut due également à l’influence des livres Sibyllins [apollo]. Dès 495 avant J.-C., le dictateur Aulus Postumius, ayant consulté ces livres pour savoir les moyens de consulter la stérilité et la disette, en tira l’ordre d’élever un temple à Ceres, Liber et Libéra, c’est-à-dire à Déméter, à Dionysos et à Coré 154\ et, à dater de ce moment, le couple de Liber et Libéra, entendu au sens de Dionysos et Coré, demeura étroitement lié à Cérès 134\ En même temps, pour retrouver tous les personnages de la légende grecque dans les anciens dieux nationaux, on faisait une Sémélé de Stimula 1546, déesse qui dans les indigitamenta était celle quae ad agendum ultra modum stimularet 1547. Nous renvoyons, du reste, à un article spécial l'étude de Liber et Ubera, des développements et des modifications de leur culte [liber].

Ce dieu recevait tout spécialement la qualification de père, Liber pater ; aussi les plus anciens monuments figurés de travail romain le représentent-ils d’après le type du Bacchus barbu1348, déjà presque complètement abandonné dans les œuvres helléniques à l’époque où ils furent exécutés. Mais l’exemple des habitudes devenues favorites à l’art grec entraîna bien toi les Romains et fit chez eux prédominer exclusivement le type du dieu juvénile, l'ancienne représentation barbue étant désormais réservée au Bacchus indien. C’est aussi du temps du triomphe décisif de l'influence grecque que s’introduisit à Rome, avec le nouveau type plastique, le nom de Bacchus, emprunté au grec Bax^o;, qui, malgré sa diffusion et l’emploi qu’en firent les écrivains, demeura toujours un nom littéraire et poétique. Le dieu continuait à s’appeler Liber ou Liber pater, et c’est ainsi qu’il est nommé dans toutes les dédicaces épigraphiques ,549. A dater de ce moment, il n’y a plus aucune distinction entre le dieu romain et le dieu grec, dont il prend tous les mythes et tous les surnoms.

La tentative pour établir à Rome les mystères dionysiaques fut de courte durée [bacciianalia] et conduisit le sénat à prendre des mesures sévères contre l’introduction d’une partie des cérémonies qui constituaient en Grèce le culte du dieu. Mais sous la forme où le permettaient seulement les autorités publiques, il n’en allait pas moins en s’étendant et en se popularisant toujours davantage. Marius invoquait l’exemple du Bacchus indien pour justifier son ivrognerie1550. Pompée imita le triomphe de ce dieu en triomphant dans un char traîné par des éléphants 15M. C’est enfin César qui fit rentrer à Rome les fêtes orgiasti-

)53i Combe, Ane. marbles in the Brit. mus. t. II, pi. xxxvi, n° 4-29. — 1332 Entre antres exemples : Canina, L'anlico Tusculo, pl. xxxvii, n» 2 ; Miiller-Wieseler, t. II, pl. xxxvi, n° 428. — 1=33 Corp. inser. gr. n° 5702. — 1534 O. Millier, E truste, t. II, p. 76. — 1533 XXXIX, 8. — 1636 on peut les voir à ce mot dans le Glossarium italicum de M. Ar. Fabretti. — 1337 Gottheit. d. Etrus/cer, note 55. — 1538 Mommsen, Unterital. Dialekten, p. 143 et s. — 1339 Paul. p. 121. — 1310 Serv. ad Virg. Georg. I, 7. — 1=41 Mommsen, l. I. p. 273. — 1513 Augustin. De civ. Dei,

IV, 1 1 ; VI, 9 ; VU, 2 et 3. — 1513 il est par conséquent analogue au surnom grec de Dionysos Loibesios. — 1544 Dionys. Halicarn. VI, 17 ; Tacit. Ann. II, 49. — *543 Preiler Boni, mijth. p. 440 et s. — 1346 Tit. Liv. XXXIX, 12 ; Ovid. Fast. ArI, 497 ; Schol. Juven. II, 3; cl. Grutcr, p. 643, n° 8; Orelli, Inser. lat. 1491. — 1547 Augustin. De civ. Dei, IV, 6 ; cf. IV, H. — 1548 Mon. inéd. de l'Inst. arch. t. IX, pl. lviii. — 1549 Yoy. Orelli, Inser. lat. c. iv, g 12. — 1530 Val. Max. III, 6, 6; Plin. llist. nat. XXXIII, H, 53. — 1351 plin. VIII, 2.

BAC

BAC

ques en l’honneur de Bacchus ou Liber, si longtemps proscrites, en les rapportant d'Arménie avec des rites propres à ce pays 1852. F. Lexormant.

1ÎACULUM ou baculus, bacillum, sci/rio (Bdxxpov, (kxTYip'ix, ^dêSoç, (7x^itTpov, cxt7iojv, ffAUTot).vi). Bâton, canne. — Il ne doit pas être ici question du sceptre royal, ni d’aucun bâton ou verge servant d’insigne d’une dignité ou d une fonction quelconque, ni de ceux que leur emploi spécial faisait les instruments d’un art ou d’un métier, tels que la houlette des bergers [pedum], le lagobole des chasseurs [venatio], la baguette des devins [divinatio, lituus], la perche des arpenteurs ou des gymnastes [pertica, gymnastica], etc. ; mais seulement des cannes que l’on voyait entre les mains de personnes de toutes conditions dans l’usage ordinaire de la vie.

Cette distinction sans doute n’existait point à l’origine. On ne trouve ni dans la langue, ni dans les témoignages les plus anciens qui nous sont parvenus, de différence bien marquée entre le sceptre [sceptrum] qui était pour les rois ou les chefs de famille, l’attribut à la fois du commandement. du sacerdoce et de la justice, et les hauts bâtons sur lesquels, dans les monuments d’un temps postérieur, on voit toutes sortes de personnages s’appuyer en marchant ou se reposant. Le mot <jy.rjirrp&v, chez Homère et d’autres auteurs après lui ', ne signifie bien souvent qu’un bâton quelconque dont s’aide un vieillard, un voyageur, pour marcher dans un chemin difficile et écarter les bêtes malfaisantes; quelquefois c’est celui d’un mendiant qui est ainsi désigné. Dans les monuments, qui nous offrent en grande abondance des exemples, moins anciens, il est vrai, que les textes, le sceptre des rois, des héros ou des dieux est ordinairement (mais non pas toujours) reconnaissable à ses ornements : un emblème ou un fleuron est placé à son extrémité, des clous sont régulièrement disposés sur sa hampe ou un ruban de métal s’enroule à l’entour2; tandis que les bâtons que tiennent d’autres personnages en sont constamment dépourvus 3, même dans les peintures de vases où les détails de costume sont marqués avec le plus d'exactitude.

Cependant nous savons que de simples particuliers en eurent, au moins exceptionnellement, d’aussi richement ornés. Le peintre Parrhasius s’attira par cette recherche une épigramme que rapporte Athénée 4. Il vivait au v° siècle, et l’on n’avait certainement pas attendu jusque-là pour imiter un luxe qui d’abord appartint à l’Orient. Hérodote décrivant le costume des Babyloniens dit 8 que chacun d’eux avait une canne artistement tra-

1B52 Virg. Ecl. V, 29; Serv. Ad. h. I. — Bidlioguapiiik. Creuzer , Dionysus, Heidelberg, 1808 ; ld. Symbolik, livre vu, t. III, p. 56-374 de la trad. Guigniaut [Belig. de l’antiq.), plus les notes de MM. Guigniaut, Maury et Viuet, dans le même volume, p. 886-1032 ; Gail, Recherches sur la nature du culte de Bacchus en Grèce, Paris, 1821 ; Relie, Recherches sur le culte de Bacchus, Paris, 1824 ; Bœttiger, Ideen zur Kunstmythologie, t. II, p. 77 et suiv.; J. H. Voss, Mytholoyische Briefe, part. IV ; Id. Mytholoyische Forschungen, Leipzig, 1884; Richter, article Dionysos dans l ‘Allgemeine Encyclopédie de Ersch et Gruber, sect. I, t. XXV; Preller, articles Dwnysia et Liber pater dans la Real - Encyclopédie de Paul}, t. II et IV ; E. Braun, Griechische Gôtterlehre, § 491 et s. Hembourg et Gotha, 1854 ; Gerhard, Griechische Mythologie, 1. II, § 438-466; Preller, Griechische Mythologie, IIe part, c. 4, t. II, p. 519-564, 2= édit. Berlin, 1861 ; p. 544-593, 3” édit. 1872 ; Maury, Histoire des religions de la Grèce, t. I, p. 118-122, 299-301, 500-521, t. II, p. 186-208, Paris, 1854; Welcker, Griechische Gôtterlehre, t. I, p. 424-451, l. II, p. 571-653 ; t. Ill, p. 141-156, Gottingen, 1857-1863; O. Muller, Handbueh der Archéologie, § 383-390, 3e édit. Breslau, 184S ; Millin, Galerie mythologique, nos 222-284; Guigniaul, Aouvelle galerie mythologique, n»» 427-497 ; Muller- Wieseler , Denkmélei' der alten Kunst, t. II, pl. xxxi-l.

BACULUM. 1 Hom. Odyss. XIII, 437 ; XIV, 31 ; XVII, 195 et 199, ou c,.î,t.-.çVi et sont synonymes; XVIII, 103; Soph. Oed. tyr. 456; cl'. Oed. Col. 848 ;

vailléo (cn«j7tTpov /£tpouotY)Tov), surmontée d’un fruit, d une lleur, d’un aigle ou de quelque autre emblème, et qu’aucune n’en était dépourvue. N’est-ce pas cette sorte de canne, droite et vraiment semblable à un sceptre, qui, imitée en Grèce, fut appelée persique et qu’une locution proverbiale opposait au bâton à crosse recourbée (xap-Tcu)*?]) conservé par les gens qui ne se piquaient pas d'élégance ni de nouveauté 6 ? Au théâtre, où les types, nettement accusés, gardèrent une signification précise, la y.ag.7tuXr, paxxTjpia faisait partie du costume des vieillards 7, et celui des campagnards était peu différent. Pollux appelle ce dernier fiaxT-/)pi'a et ÀaywëoÀov8 : c’était donc un bâton grossier et dont la crosse pouvait servir de massue comme celui des chasseurs et des bergers [pedum, venatio]. Les monuments qui représentent des acteurs jouant des personnages graves et âgés nous les montrent souvent, en effet (fig. 72:2), tenant un long bâton contourné à son extrémité comme une. crosse d’évêque 9. Tels à peu près nous voyons aussi constamment figurés les pédagogues [paedagogus], même en dehors de la scène. Au contraire, la canne droite, plus ou moins élégante et ornée, passait pour un signe de richesse et de luxe 10, par opposition au bâton rustique, quand elle n’était pas la marque de la fonction, par exemple pour ceux qui devaient siéger dans les tribunaux [dikasterion]. C'est sans doute cette canne riche que Démosthène, dans un plaidoyer n, reproche, en même temps que Le parler haut et la démarche affairée, à un adversaire dont il s’efforce de faire une peinture haïssable ; qu’il ait eu, en effet, la pensée qu’un bâton quelconque pût être considéré comme une preuve d’ostentation, alors que tout le monde en portait à Athènes 12, c’est ce qui n’est pas admissible.

De nombreux monuments nous montrent que l’usage en était général, et qu’on ne s’en servait pas seulement quand on y était contraint par l’âge ou les infirmités. L’invalide que fait parler Lysias 13 est forcé d’avoir « deux bâtons au lieu d’un, qu’ont, dit-il, tous les autres. » C'est ainsi que sur des pierres gravées u, qui paraissent conserver le souvenir plus ou moins exact d’une statue célè-

Aeschvl. Agoni. 75. - Hom. II. 234 i X])vokti r/3’i..v'jv ; Athcn. XII,

p. 543 f : <m-w/t y.j'Jiàs t>ua; l|uuic«ffp.ivy. Yoyez-en des exemples au mot sceptrim et ci-dessus, p. 92, fig. 126. — 3 Au moins est-il douteux, quand un bâton plus orné se voit entre les mains de personnages inconnus, que le peintre n’ait pas voulu figurer un sceptre tenu par quelque héros : par exemple chez Gerhard, A user les. Va-

scnbilder, pl. ccx. Voy. cependant plus loin la ligure 725. — 4 L.l. Si, 195. 6 Aris-

toph. ap. roll.X, 173: Ba*-ui)pia SéitspoU «*ri xapitùXt]; ; Hesych. lUfaucà- ôç8ai ?ax-cv]iita! ; Etym. M. 185, 56.- 7 Poil. IV, 119. -8 IV, 119, 120; cf. Theocr. IV, 49; VII, 18 et Schol. - 9 Mus. Borbon. I, pl. xx; IV, xxiv; Wieseler, Denkmàler des Bühnenwesens, IX, 10, 15; XI, 1, 3; XII, 16 et s.; 23 et s. ; Id. Bas Satyrspiel, p. 90 et 104; et Annal, de l'Inst. arch. 1859, p. 392. — 10 Etym. M. I. I : Box é(^ ÿ, xai V,0i\ui G.aXoov. •Exçüvto Si aôvn cl iv itîfiooma xakoi «ixàÇov™,- vy, Si paputùV, oi ïypmx-.i; cf. Atheu. XI, p. 509 d; XII. p. 543 f ; 545 a; 553 f; .vristot. ap. Schol. Aristoph. I lut. 2/ j. n Adv. Pantaen. 52 : Kai kav-yplav ©oprl. — 12 Lysias, De inval. 12; Plat. Protag. I, p. 310; Aristoph. Plut. 272 ; Eccï. 150, 533, 567, 570; Nub. 541 ’. — 13 L. c. ;cf. Schol. Aristoph. Plut. 272; voy. aussi Hesiod. Op. et d. 533 ; Aesch. Agam. S0 ; Eurip. Troad. 2S2.— H Winckelmana, Mon. inéd. 119; Millin, Galer. myth. ; Guigniaut, Noue. gai. myth. pl. clxxxii, u. 815 ; Overbeck, Bildwerke des troisch. Heldenkreis, Stuttg. 1857, p. 572, pl. xxiv, 12; id. Geschichte der griech. Plastik, 1, p. 108, 2e édit. 1857.

BAC

BAC

bre de Pythagore de Rhégium, on voit Philoctètc blessé, dans l'ile de Lemnos, marchant à l’aide d’une canne (fig. 723) ou, d'après une de ces pierres, de deux cannes, lesquelles sont à hauteur de la main.

Celles qui, dans les peintures de vases, sont tenues par des vieillards, tels que Pélias, Priam, Nestor, Télamon, Hécuhe, Æthra, etc., sont ordinairement longues et terminées le plus souvent à leur extrémité supérieure par une crosse ou par une béquille ; mais bien souvent aussi des jeunes gens en ont de semblables. Aucune règle constante ne paraît avoir dirigé le choix des artistes. Nous voyons dans les peintures de vases et dans les autres monuments une foule de personnages qui se servent, sans distinction d’âge ni de condition, de bâtons de toutes grandeurs et de toutes formes, longs ou courts, droits ou recourbés, tantôt unis, tantôt noueux ou épineux.

Le plus souvent ils sont fort hauts, venant au niveau de l’épaule, quelquefois de la tête, ou la dépassant même, comme sont les bâtons des pèlerins ou ceux dont on se sert pour l’ascension des montagnes. La figure 724 est tirée d’une coupe où est représenté OEdipe allant à la recherche du Sphinx avec ses compagnons 15. Tous sont munis de bâtons, et l’un d’eux, que I on voit ici, porte de plus un sac, que les peintres ont souvent donné pour attribut aux voyageurs16.

Sur un autre vase 17 où est représenté LTlysse de retour à Ithaque et reconnu par sa nourrice (fig. 725). Le héros tient

15 Monum. de Hast, arch., 1837, pi. xlvih. On peut voir des bâtons semblables sur la plupart des rases où OEdipe est représenté auprès du sphinx, soit seul, soit arec d’autres personnages: Minerrini, Monum. pussed. de St. Barone ; Heydemann, Ann. de l’Inst. arch. 18G7, p. 377 ; Orerbeck, Op. I. pl. i et h. — f*> Aristoph. Ban. Argum. metric. 4. — 17 Mon. d. Inst. arch. 1872, pl. \LY . 11 est représenté de la même manière, mais arec un bâton sans crosse, sur une pierre grarée : Orerbeck, Op. I. pl. xxxm, 9 ; Inghirami, Galler. Orner. 111, 109; sur un rase : Berichte d. süchs. Gcsellsch. 1834, pl. ir, p. 52; cf. }t. Rochette, Mon. tint. inëd. Odrss., p. 230. — 1® Stuart, Antiq. of Athens, c. )i. 23, 26 ; Ane. marbl. nf British. Mus.YUl, pl. xxxvi. I et 7 ; de l.abofde. Le Parthënon lig. 103 et s. ; Michaèlis./ler Parlhcnon,

de meme une besace faite d’une peau de bête et une corbeille, toutes deux suspendues au bout d’un bâton, tandis qu’un second placé sous son aisselle lui sert d’appui.

Cette manière de soutenir le corps, soit en avant, soit en arrière, était familière aux Grecs; elle a été fréquemment représentée dans les œuvres d’art. On n’en peut citer de meilleurs exemples que les groupes 18 qui, dans la Irise du Parthénon, font suite, à droite et à gauche, à la réunion des divinités placées au centre. Ces groupes

Fig. 726. Groupe de la frise du Parthénon.

se composent en tout de neuf personnages, qui semblent attendre la procession plutôt qu’ils n’en font partie : ce sont des magistrats sans doute, peut-être les archontes ; le bâton sur lequel ils s’appuient (fig. 72fi) n’est pas pour eux un insigne : s’il devait faire reconnaître leur dignité, il est permis de croire qu’ils le tiendraient comme d’autres personnages tiennent le sceptre, dans de si nombreux monuments; aucune hésitation ne serait permise. Quand Polygnote peignit Agamemnon dans le lesché de Delphes, il lui mit le sceptre dans les mains en même temps qu’il le représentait appuyé sur un bâton placé sous son aisselle droite19: c’est précisément la pose que l’on rencontre si souvent figurée 20 .

Les artistes ne faisaient que reproduire les modèles qu'ils avaient journellement sous les yeux. Les monuments, les vases peints surtout (car le bâton est un accessoire qui, dans les œuvres de la sculpture, a souvent disparu ou a été volontairement négligé), nous montrent dans la même attitude familière des hommes, jeunes ou vieux, dans les assemblées21, dans les banquets, aux écoles, au gymnase, aux bains. La figure 727 est tirée d’un vase du musée du Louvre signé par le peintre Andocides, où l’on retrouve cette recherche et cette précision dans les détails qui lui étaient propres 22 : on y voit deux hommes jeunes, vêtus et coiffés avec un soin affecté et auxquels il ne manque rien de ce qui constituait alors la tenue d’un élégant, pas même la fleur ou le fruit à la main 23, tous deux ont des bâtons droits, sans aucun ornement; ils paraissent assister, comme juges ou comme auditeurs, à un concours de musique. Beaucoup de coupes, au fond ou au revers des-

pl. xiv, n. 19-23, 43-46 et p. 253. — *9 Pans. X, 30, 1 : •:& urco ttjv âpnrtîpAv

jj-airyâ/.vjv èpEiô'd;juvo; xat tgû; yspaiv iitavi/oiv pàdrôov. Cet exemple est à rapprocher (le ceux qui ont été cités à la note 1. Ici encore on, tctçov est le bâton qui sert d’appui et le sceptre est appelé pâSSov. — 20 C’est celle qui est le plus ordinairement donnée a Esculapc (voy. à l’art. Aesculapius, les fig. 162, 163, et celle de l'Hercule de Lvsippe p. 519, fig. 598) et de beaucoup de figures antiques. Raoul-Rochette. I. c.; id .Mëm. de V Acad, des Jnscr. t. XIV, p. 415. Voy. encore la figure 127 représentant Eaquc.

— 21 Aristoph. Yesp. 33, et Schol.; Id. Eccl. 74 et 533. — 22 l)e Witte, Revue de Philologie , t. II; cf. Gerhard, Trinkschalen und Gefdsse zu Derl. Il, pl. xx.

— 23 Cratinus ap^ Athcn.XlI, p. 553 c et Casaubon, Ad. I. ; voy. aussi XI, p. 509, de

BAC

BAC

quelles sont peintes des scènes des bains publics, rendezvous ordinaire des oisifs, représentent ceux-ci s’entretenant ensemble drapés dans leurs manteaux, soigneusement coiffés et en général munis de cannes. Sur une coupe du musée de Berlin24, d’où est prise la figure 728,

sont ornées d’anneaux entourant le bois. Ici c’est une béquille droite qui sert d’appui; mais, dans un grand nombre de peintures semblables, des jeunes gens ou des hommes faits tiennent de longs bâtons qui se terminent par une crosse recourbée. On voit combien l’on se tromperait si l’on croyait que celte crosse (xcqjurûXï]) était dans la réalité, comme elle l’était au théâtre, un attribut exclusif des vieillards ou des hommes de mœurs rustiques. De même dans les scènes de banquet, si souvent figurées, des cannes de toutes formes et de toutes dimensions ont été mises par les peintres indifféremment dans les mains de personnages de tout âge.

Ces cannes sont semblables, en général, à celles dont nous avons donné des exemples. D’autres fois elles se distinguent par une rudesse affectée : ce sont alors (fig. 729) de lourds bâtons 2% faits d’un bois dur, hérissés de nœuds et d’épines, épais à leur extrémité et au besoin garnis de fer, plus propres, en un mot, à servir de massue qu’à être portés par des convives dans de pacifiques réunions26; ou bien ils sont anguleux et tortus, quelquefois à ce point que l'on serait tenté d’y voir une intention comique, si on ne les trouvait figurés que dans des scènes empruntées par les artistes au théâtre27 ; mais on en rencontre de pareils (fig. 730) dans des peintures28 qui reproduisent simplement ce qui se passait dans la vie réelle et particulièrement dans les festins.

Dans ces peintures il faut peut-être reconnaître le pesant gourdin lacédémonien (axt/rot)^), qu’il fut du bel air pendant un temps d’imiter à Athènes, comme tout ce qui venait de Sparte 29. Les représentations que nous venons d’indiquer répondent aux renseignements que l’on

2V Gerhard, Griech. und Etrusk. Trinlcschalcn zu Berlin, 1843, pl. xiv.

— Moeris, Suid., Phot. s. v. Isu-ciV/)* (ïay.-:*)oLa dJtpoTîa/vj; ; Pollux, Y, 18; X, 142 et 173 ; Lucian. Dial . mort. XI, 3; ef. Pind. 01, VII, 50; Théophraste indique aussi l’acanthe, H, Plant. IV, 5, et d’autres bois, Ib. I, 3, 2 ; III, 13, 4 et 14, 4 ; V, 7, 7. Le laurier, l’agnus castus furent quelquefois employés dans une intention superstitieuse, Dioscor. I, 135 [Voyez arborks sacrai:]. — 2(> Mus. etr. Gregor. II, pi. Lvin 2 a; cf. pl. lxxxii, 2 et lxxxvii, 2 a; O. Jahn, Darstell. griech. Dichtcr, in Abhandl. der sàchs. Gesellsch. der Wissensch. 1861, pl. v-vii. — 27 Wieselcr, Denkm. d. Bühnenwe&ens , pl. vii ; Mon. de l'Inst. arch., t. VI, 1859, pl. xxxv.

— 2S La fig. 730 est tirée d'un vase peint de la collection Gampana, au Louvre; vov encore Mus. Gregor. II, pl. xxix, 2“, xlxxii, 1 ; 1. xxxiv, 3, etc. — 29 Aristoph.

trouve épars dans les auteurs et que nous en avons rapprochés. Lascytale, avant que son nom devînt à Athènes un synonyme de paxr/ipfa, paraît avoir été le bâton en usage chez tous les peuples dorions 30. La massue d’IIercule, leur dieu, n’était pas faite autrement31, et à l’exemple d’Her-

cule, les philosophes cyniques, qui prétendaient suivre la trace de ce dieu 32, portèrent à leur tour un lourd bâton.

Nous serons forcément plus bref en ce qui concerne l’Italie. Les monuments étrusques, peintures, bas-reliefs, miroirs gravés, dans lesquels, il est vrai, l’influence de l’art et des habitudes de la Grèce est sensible, nous présentent assez souvent des personnages s’appuyant sur des bâtons et dans la pose familière que nous avons vue adoptée par les artistes grecs33. Parmi les peintures murales d’un tombeau de Cervetri34, on voit des figures d’hommes assis, ayant en main des bâtons droits terminés par un pommeau aplati (ces bâtons sont peut-être des sceptres et nous ne les reproduisons pas). Celui que tient Nestor, dans une peinture qui appartient à

Fig. 731. Personnages étrusques. Fig. 732.

un tombeau, de Vulci 35, est surmonté d’une boule (fig. 731) et la tige porte quelques ornements. C’est aussi

•tu. 12S3 et Schol. ; Id. Eccl. 71 ; Thcoplir. Char. 3 ; C.asaubon, Ad h. l. . Plut. Nie. 19; Meursius, Mise. Lacon. II, 17, p. 180. — 30 Herod. III, 137; Otf. Muller, Dorier, II, p. 206, 2' édit. Pour la scytalc et son emploi comme moyen de correspondance vov. scïTiLB. —31 Theocr. XVII, 31 ; cf. Virg. Aen. VIII, 220 ; Anth. Pal. I, 237. — 32 Lucian. \it. ouct. 8 : Tô pi-, yàç i.'ji.’j > iVixa; al-rw ; Diog. Laërt. VI, 13. — 33 Voyez par exemple sur un miroir, Mus. Gregoriano, I, 33, i ; Gerhard, Etrusk. Spiegel . II, 240; Mouton, de l'Inst. are h. II, pl. xxix; sur un sarcophage: Mon. de l'Inst. arch VIII, pl. îx, et ici même la figure 732. — 3» Actuellement au Louvre, vov. Mon. de l’Inst. arch. Al, pl. xxx. — 33 /A., t. VI, pl. xxxn ; N. Desvsrgers, l'Ètrurie, dix ans de fouilles, pl. xxm ; Garrucci, Tavole fotograf.d. pitt . \ulcenti staccate da un ipogeo presso Ponte délia Badin , Home, 1366, pl. iv.

fil

BAE

BAE

à Vulci 36 qu'a été trouvé un monument funèbre d'où est tirée la figure 732. On y voit sculptée l’image du défunt. Il porte une couronne, un collier, et s’appuie sur une canne, dont le bout est caché sous le vêtement; le bois est divisé régulièrement et, à ce qn’on peut voir, par une ramification naturelle, comme celle d'une tige de palmier.

11 semble donc d’après les monuments, à défaut des témoignages écrits qui nous manquent, que les cannes étaient chez les Étrusques 37 d’un usage à peu près aussi habituel que chez les Grecs. Il n’en fut pas de même chez les Romains. Sans doute, chez eux aussi des gens âgés ou infirmes 38, des voyageurs39, s’en aidaient dans leur marche. Une peinture du musée de Naples 40 représente

Fig. 733. Mendiant.

(fig. 733) un homme en guenilles, un aveugle vraisemblablement, car un chien lui sert de guide, qui assure ses

pas au moyen d’un bâton. Mais le bâton n’était pas ordinairement porté par les Romains, en dehors de pareilles nécessités, ou à moins qu’il ne fût la marque de la dignité ou du commandement, comme le sceptre d’ivoire [sceptrum] et le cep de vigne des centurions [centurio] ; on ne le rencontre pas dans les monuments. Aussi verrons-nous plutôt un attribut de l’autorité qu’un objet d’usage commun dans la canne à pomme très-volumi-

Fig. 734. Maître menuisier. ...

neuse que tient un maître menuisier, qui est représenté (fig. 734) sur un verre à fond d’or de l’époque chrétienne 41 , entouré de ses ouvriers au travail. E. Saguo.

BAETYLIA, baetyli, betuli (BarruXta, [iaêruXot). — Une des formes primitives des cultes idolâtriques a été la litholâtrie. On la retrouve dans l’état de barbarie chez presque toutes les races humaines *, car avant la naissance des arts, dans le culte fétichiste des premiers âges,

une pierre informe dressée fut un des objets dont on se servit pour représenter la divinité et offrir un signe sensible aux adorations. Des vestiges de cet usage extrêmement antique se conservèrent en Grèce jusque dans les derniers temps du paganisme. Telle était la pierre brute que l’on donnait à Hyette, en Béotie, pour une image d’Hercule \ telles les trente pierres que l’on adorait à Pharæ sous le nom de divinités et qu’on y voyait auprès de la statue d’Hermès 3, pierres à propos desquelles Pausanias affirme que les plus anciens simulacres des Grecs rentraient dans ce type, telles beaucoup d’autres encore qui ont été signalées dans un précédent article [argoi lithoiJ.

Un premier progrès consista à ne plus laisser brute la pierre que l’on dressait pour en faire une idole, mais à la tailler plus ou moins grossièrement pour lui donner une forme régulière d’un symbolisme très-simple, lequel se retrouve le même chez des peuples assez différents. Cette notion symbolique fit conserver les simulacres de ce genre en beaucoup d’endroits, même après qu’on sut faire des statues. Les formes données aux pierres sacrées se ramènent à deux types principaux.

1° La pierre conique, dont la forme imitait celle du phallus dressé, tandis que la section de sa base rappelait le xts!;, ce qui en avait fait généralement le symbole de la réunion des deux sexes dans la divinité. Par suite, des pierres de ce genre symbolisaient tantôt un dieu mâle comme le Zeus Meilicbios de Sicyone4 et l’Apollon Agyieus d’Ambracie3 (fig. 735) dans les pays helléniques, comme en Syrie le Bel ou Bel-samin du grand temple de Palmyre 6 ;

Fig. 735. Pierre conique d’Apollon Agyieus, à Ambracie.

Fig. 736. Pierre conique d’Aslarté, à Paphos.

tantôt une déesse, comme l’Astarté de Paphos 7 (fig. 73G), celle de Golgos 8, celle d’Ælia Capitolina 9, la Tanith de Carthage 10, la déesse à laquelle était consacrée la Giganteja du Gozzo u, et même l’Aphrodite, évidemment d’origine phénicienne, de quelques localités de la Grèce 12 [venus]. La vénération attachée à la pierre conique se reportait quelquefois sur des rochers naturels présentant cette forme ; telles étaient les deux pierres sous-marines de Tyr, appelées itéxpat dt^poaiat 13, que retracent à plusieurs reprises les monnaies impériales de cette ville 14 et dont les fragments de Sanchoniathon 15 font deux stèles élevées au Feu et au Yent par Ouso, personnage qui avait une grande importance dans les mythes locaux 16. Au

36 Micali, Monum. d. ant. popoli ital., Flor. 1844, pl.mx; Id. l'Italie av. les Romains, pl. xxxvn de l’éd. franc., Paris, 1824. — 37 Lne peinture d'un tombeau samnite représente aussi un personnage tenant un bâton noueux : Bull. arch. Napolit. 1854, p. x. — 33 Plaut. Asin. IV, 21 ; Juven. III, 27. — 39 Apul. Met. VU, 25.

40 Pitt. d’Ercolano, 111, 43, 227. Voy. aussi Garrucci, Storia d. arte crist. Pit-

ture, pl. 137. — 41 Perret, Peint, des catacombes, IV, 22 ; Garrucci, Vetriorn. di fig. in oro, pl. xxxm, 3.

BAETYLIA. i Maury, Hist. des relig. de la Grèce, t. I, p. 180 et s. — 2 Paus. IX, 24, 3. — 3 Paus. VU, 22, 4. — 4 Paus. Il, 9, 6 ; Lucian. Dedea Syr. 16 ; cf. Bœttiger, Idcen zur Kunstmythologie, t. II, p. 125. — "> Peilerin, Méd. de peuples et de villes, t. I pl. xii, n0 1 ; Gerhard, Griech. Mythol. § 296. — 6 De Vogiié, Syrie centrale, inscript, sémitiques, p. 85. — 7 Tacit. Hist. II, 3; Philostrat. Xit. Apoll. Tyan. III, 59; Maxim. Tyr. Dissert. VIII, 3 ; Serv. Ad Aen. I, v. 270 ; xoy. Münter, Tempel

der Gôttin zu Paphos, Copenh., 1824 ; Guigniaut, La Vénus de Paphos, dans le t. IV de la trad. de Tacite par Burnouf; Id. Nouv. galer. myth. pl. liv, n. 204-206 ; Lajard, Culte de Vénus, pl. i, 10, 12; Gerhard, Alcad. Abhandl. pl. su. 2; lix, 11 ; F. Lenormant ,Monogr. de la voie sacrée Eleusinienne, 1. 1, p. 360-362. — 8 Colonna- Ceccaldi, Rev. archéol. n. s. t. XXII, p. 367 et s. — 9 Lajard, Op. I. pl. xv, n» 9.

— 10 Gesenius, Monum. phoen. pl. xxm et xxiv; Hamaker, Diatribe monum. aliq. punicorum in Africa repert. pl. i, n°» 1-4. — u La Marmora, Nouv. ann. de l’ Inst. arch. t. I, p. 10 et s. ; Mon. inéd. de la sect. franc, de l’Inst. arch. pl. n, o, o‘, o". — 12 Dodwell, Tour in Greece, t. I, p. 34 et s. ; F. Lenormant, Premières civilisations, t. II, p. 385 et 3S8. — 13 Nonn. Dionys. XL, v. 467-476. — 14 Eckhel, Doctr. num. vet. t. III, p. 389-391 ; Gerhard, Op. I. pl. lx, 9.

— 13 p. 18, édit. Orelli. — 16 F. Lenormant, Comment, des fraym. cosmog, de Bérose. p. 127.

BAE

BAE

reste, dans les pays syro-phéniciens, le culte de la pierre conique était étroitement lié au culte du dieu-montagne, très-développé dans ces contrées 17 [montes divini] ; la pierre était comme un diminutif de la montagne, dont on ramenait aussi la forme au type du cône 18.

2° La pierre équarrie et plus ou moins allongée, comme celle du Zeus Téleios à Tégée d’Arcadie 19. Chez les Grecs, la pierre de forme cubique est attribuée à Cybèle et celle de forme parallélogrammatique à Hermès 20, aussi la première, sur les monuments de l’art, sert-elle habituellement de siège à la déesse phrygienne [cybele], et la forme de parallélogramme demeure toujours celle des hermès jusque dans les plus beaux temps de la sculpture, quand on les surmonte d’une tête et qu’on y ajoute d’autres attributs 21 [hermae]. Le livre du Pasteur d’Hermas introduit dans la symbolique chrétienne les idées attachées à la pierre cubique n. Dans les pays sémitiques, nous trouvons à Pétra 23 et dans d’autres localités de la Nabatène 24, les pierres rectangulaires qui représentent le dieu dusares, celles de même forme dans lesquelles on adorait la déesse Alath ou Allât chez les Nabatéens 25 et chez les Arabes 26. Ces simulacres formés d’une pierre parallélogrammatique dressée étaient très-multipliés chez les anciens Arabes, comme nous l’apprennent Hérodote 27, Maxime de Tyr 28 et Clément d’Alexandrie 29 ; on les appelait ançab, et les auteurs musulmans racontent qu’en même temps que les pierres de ce genre étaient des images divines, on égorgeait quelquefois dessus les victimes ou du moins on les arrosait de leur sang30, usage déjà décrit par Hérodote 31 et par Porphyre 32. Quelques-unes des pierres de cette catégorie se recommandaient à l’attention par des particularités merveilleuses, comme celle qu’au vic siècle Antonin Martyr 33 vit encore adorée sur le mont Horeb par les Sarrasins du voisinage comme le simulacre d’une divinité lunaire. La même vénération s’étendait à certains rochers naturels, adorés par des tribus arabes parce qu’ils reproduisaient la forme de la pierre levée et quadrangulaire 34. Une idée symbolique attachait si bien le caractère sacré à cette forme qu’en certains endroits on adorait, en le considérant comme étant lui-même l’image divine, le temple construit de forme cubique 3Î.

Nous venons d’emprunter la plupart de ces exemples aux religions de l'Asie, et en particulier à celles des peuples sémitiques. C’est qu’en effet l’antique litholâtrie s’est maintenue dans ces religions avec plus de persistance que dans celles de la Grèce, et qu’elle y a pris un caractère particulier. 11 faut, à ce point de vue, étudier avec une attention toute spéciale dans la Bible 36 un des épisodes de l’histoire de Jacob, empreint, du moins dans la forme extérieure, de l’influence des idées des peuples au milieu desquels vivait alors la tribu patriarcale d’où sont issus plus tard les Israélites 37. Jacob arrive, vers le coucher du soleil, en un lieu tout parsemé de grosses pierres. Ces

O Movers, Die Phünizier, t. I, p. 667-671 ; F. Lenormant, Lettres assyriologi- (jues, t. Il, p. 306. — 18 De Vogué, Syrie centr., Inscriptions sémitiques, p. 104 et s.

— 19 Paus. VIII, 48, 4. — 20 voy. ]cs passages réunis dans les notes de Villoison

sur le traité de Cornutus, De nat. deor. p. 245 et 280, édit. d’Osann. — 21 Gerhard, De relig. Hcrmarum, Berlin, 1845; Ueber Hermenbilde auf griech. Vasen, dans les Mëm. de l’Acad. de Derlin pour 1855. — 22 Herm. l’ast. III, Similitud. IX, 2 et 12. — 23 Suid. v" ; Maxim. Tyr. Dissert. VIII, 8. — 24 De Vogiié,

Op. c. p. 121. — 23 De 4 ogüé, O. c. textes nabatéens, no 6. — 23 Osiander, Zeitschr. d. deutsch. Morgenl. Gesellsch. t. VII, p. 4*0. — 27 ni, S. — 23 Dissert. VIII, S.

— 29 Protrept. IV, p. 46. — 39 Pococke, Spec. histor. Arab. p. 102; Osiander, Mcm. cil. p. 500 ; F. Lenormant, Lettres assyriolog. t. II, pl. 122. — 31 III, s.

— 32 De abst. carn. II, p. 20 3. — 33 Uin. 38. — 34 pococke, O. c. p. 101 ; Caussin

lieux dans l’Orient étaient l’objet d’une vénération superstitieuse. Au vi° siècle de notre ère on y menait encore ce qui restait des dévots du paganisme 38. Jacob, indifférent aux superstitions voisines, s’endort dans ces lieux, sans s’apercevoir qu’ils sont pleins de la présence des dieux, et prenant une de ces pierres sacrées, il la pose sous sa tête. Le contact de la pierre devient pour lui la cause d’une vision divine. Il se réveille, et en mémoire du songe merveilleux dont il a été gratifié, il dresse la pierre même qui lui a servi d’oreiller. Le lieu de l’apparition reçoit de lui ie nom de Beitk-El, c’est-à-dire « demeure de Dieu ». Le texte sacré, réservé comme on doit s’y attendre sur les révélations qui tendraient à montrer la connexité des cultes asiatiques et de la religion primitive des Hébreux, ne s’explique pas sur la valeur positive du nom de Beith-El. Suivant la Genèse, c’est à la localité que Jacob impose ce nom mystérieux; mais la gentilité elle-même est beaucoup plus explicite sur le sens des bétyles, pierres sacrées qui sont la demeure de la divinité ou plutôt la divinité elle-même. Ce qui prouve qu’en consacrant la pierre sur laquelle il a reposé, Jacob n’accomplit pas seulement un acte commémoratif, mais partage jusqu’à un certain point la foi dans la présence de la divinité dans la pierre, c’est ce qu’ajoute la Genèse, que le patriarche versa de l’huile sur la pierre qu’il avait dressée. Cette pratique est, en effet, celle que suivaient encore dans les premiers siècles du christianisme les plus superstitieux d’entre les païens 39. Les pierres ainsi honorées n’étaient pas seulement à leurs yeux la demeure du dieu, beith-el=fitiuzv\iov, [iamAoç, mais encore le dieu lui-même, le « père vénérable, » ab addir, comme on les appelait aussi 40.

Cette notion de la résidence de la divinité elle-même dans la pierre s’appliquait à toutes les pierres sacrées des religions asiatiques 41, même à celles façonnées de main d’homme. Mais elle s’y attachait d’une manière toute particulière aux aérolithes, aux pierres que l’on avait vues tomber enflammées du ciel et auxquelles cette particularité merveilleuse aurait suffi pour faire attribuer un caractère divin 42 . Nous trouvons l’adoration de l’aérolithe avec une importance exceptionnelle dans la religion phrygienne de Cybèle. La fameuse pierre de Pessinunte, transportée ensuite à Rome, qu’on tenait pour « la Mère » elle-même, était de ce genre 43 ; c’était une pierre noire, de forme irrégulière, avec des angles saillants, assez petite pour qu à Rome on eût pu la placer dans la bouche de la statue de la déesse, qu’elle défigurait w. La pierre adorée sur l’Ida 43 paraît avoir eu une origine analogue. Quand le culte de la déesse de Phrygie eut été porté en Grèce, l'idée que l’aérolithe appartenait à Cybèle et était sa manifestation, s’y introduisit en même temps ; de telle façon que Pindare, ayant vu une pierre tomber du ciel au milieu des flammes et du bruit, la consacra à la Mère des dieux 46.

de Peiceval, Hist. des Arabes, t. I, p. 242 ; t. III, p. 269 ; Osiander, Mém. cit. p. 496, 498 et 501 ; F. Lenormant, O. c. p. 123. — 33 p. Lenormant O. c. p. 150-154. — 36 Genes. xxvm, 11-22. — 37 yoy. ch. Lenormant, Noue’. Caler, myth. p. 51. — 38 Damasc. ap. Phot. Biblioth. cod. 242, p. 342, édit. Bekkcr.

— 39 Damasc. ap. Phot. I. c. p. 342 et 348, édit. Bekker ; Theophr. Char. 16; Lucian. Alexand. 30; Minut. Fel. Octav. p. 20, édit. Gronov. ; Arnob. Ado. gent. I, 39. — 40 Priscian. V, p. 647, édit. Putsch.; S. Augustin, Ep. XVII, Ad Maxim. Madaur. — 41 Voy. Ch. Lenormant, Noue. Ann. de l'l?ist. arch. t. I, p. 233.

— 42 Ib. 240 ; Noua. Gai. myth. p. 56 et s.— 43 Marm. Par. 1. 18; lit. Liv. XXIX,

11 ; Appian. VII, 56; Herodian. I, 11 ; Amm. Marc. XXII, 22. — 44 Arnob. Aa’u. gent. VII, 46. — 43 Claudian. De rapt. Proserp. I, y. 201. — 46 Aristodem. ap. Schol. Pind. Pyth. III, v. 137 ; voy. Bculé, Monnaies d'Athènes, p. 317.

BAE

BAE

Le culte des aérolithes n'était pas moins développé en Syrie et en Phénicie. Le nom du dieu araméen Qaçiou 47 , hellénisé en Z eus Casios, implique paf le sens de son nom l’idée d’un pareil phénomène 48. Quand Séleucus Nicator cherchait un emplacement pour la nouvelle capitale qu’il voulait bâtir, il se laissa guider par l’augure de la foudre et construisit Séleucie à l’endroit qui en avait été frappé 49. Le foudre même qui était tombé en ce lieu y fut adoré s0 sous les noms de Zeus Céraunios 51 ou Casios 52, et les monnaies de Séleucie nous montrent que ce foudre n’était autre qu’un aérolithe 83, lequel s’y échange avec l’image ordinaire du foudre de Jupiter 54. Le nom de « demeure divine», beith-cl , dont nous avons expliqué la signilication tout à l’heure, s’appliquait spécialement chez les peuples sémitiques, comme celui d ’ab-ciddir, « père vénérable », aux pierres sacrées de cette nature. En effet les bétyles, tels que les mentionnent les écrivains antiques chez les populations de cette race, sont essentiellement des aérolithes 6S. « J’ai vu le bétyle volant dans le ciel, » dit Damascius 56. Dans les fragments de Sanchoniathon, Ouranos (le Ciel) invente et fabrique les bétyles 67 et Bætylos est flls d’Ouranos 88. La superstition attribuait même à ces pierres la faculté de se mouvoir encore à certains moments dans l’air, au milieu d’un globe de feu S9, comme au moment de leur chute. C’est sans doute à cause de cela et de la résidence qu’on croyait qu’y faisait la divinité vivante, que Sanchoniathon appelle les bétyles des « pierres animées » (Xi'ôouç sg'.|>u/&u;) 60.

La couleur en était presque toujours noire, marque de leur origine ignée et sidérale. C’est ainsi que les inscriptions cunéiformes mentionnent les sept pierres noires adorées dans le principal temple de la ville d’Orchoé en Chaldée, bétyles personnifiant les sept planètes 61 ; c’est ainsi qu’il faut reconnaître un ancien bétyle dans la fameuse Pierre noire de la Mecque 62. Les pierres de cette espèce étaient regardées comme appartenant à des dieux divers 63, mais tous de nature sidérale et pour la plupart solaires. Il y en avait particulièrement un grand nombre dans la région du Liban 64. La valeur symbolique et sacrée du bétyle était doublée, quand à son origine aérolithique il joignait une forme se rapprochant, d’une manière plus ou moins exacte, du type hiératique du cône 63. Tel était le cas du Zeus Casios de Séleucie66 (fig. 737); des pierres noires dites divines ( lapides qui divi dieuntur), adorées à Laodicée de Syrie 67, et que la légende hellénisée disait avoir été dédiées par Oreste, comme beaucoup d’autres conservées dans des sanctuaires de l’Asie ; enfin de celle d’Émèse, appelée Elagabalus 68 ( elah-gabal , a le dieu de la montagne », ou « le dieu montagne »). La

Fig. 737. Pierre de Zeus Casios à Séleucie.

Fig. 73S. Pierre d’Elagabale à Émèse.

pierre d’Émèse présentait en outre à sa surface des saillies et des empreintes naturelles 69, auxquelles on attachait une grande importance, et ce qu’on croyait voir dans ces marques nous est expliqué 70 par le célèbre aureus de l’empereur Uranius Antoninus 71 , où est représentée la pierre conique du dieu elagabalus, avec la figure du xteIç très-nettement déterminée à sa base (fig. 738). Il faut expliquer dans le même sens rixTü7twg.a TÎj; A'ppoSi'xv;?, que les écrivains byzantins 72 signalent sur la Pierre noire de la Mecque. Des particularités de ce genre ajoutaient encore à la vénération des bétyles où on pou vait les observer. Il en était de même des pierres non météoriques où se présentaient des apparences analogues. Le Pseudo-Plutarque 73 parle d’une espèce de pierre que l’on trouvait en Asie Mineure dans le fleuve Sagaris et que l’on tenait pour sacrée parce qu’elle montrait « le type de la Mère des dieux »; Falconnet 74 a très-bien établi qu’il s’agissait de ces pierres bizarres que les curieux d’autrefois recherchaient sous le nom d ' hyslérolithes.

On classait aussi parmi les bétyles, en y attribuant la même origine céleste, certaines pierres consacrées de temps immémorial comme images des dieux , qui n’étaient pourtant pas des aérolithes, mais auxquelles des particularités lumineuses faisaient attacher une idée de nature ignée. Telle était l’émeraude colossale du temple deMelqarthàTyr75, que les fragments de Sanchoniathon 76 désignent comme un astre tombé du

Fig. 739. Monnaie de Mariura, de Cyprc.

ciel, depoTTETTÎ dffTspa, et relevé par Astarte. Ce dernier mythe est représenté dans le type des monnaies d’argent de Marium de Cypre 77 (fig. 739).

On habillait les bétyles, comme certains simulacres des dieux, avec des parures et des vêtements qui paraissent avoir varié suivant les fêtes 78. Damascius 79 parle du bétyle enveloppé dans ses voiles. Sur les monnaies de Séleucie la pierre de Zeus Casios est recouverte d’un réseau pareil à celui que l’on voit sur I’ompualos de Delphes; une ouverture est placée au sommet de cette enveloppe, afin de rendre le dieu directement accessible aux regards de ses adorateurs. La pierre du dieu Elagabale à Émèse se montre dans une nudité complète sur une monnaie de l’usurpateur Sulpicius Antoninus 80 ; sur les monnaies romaines de l’empereur Elagabale 81 et sur les pièces impériales d’Emôse S2, il y

Fig. 740. Pierre d’Elagabale.

47 De Vogué, Syrie centr. Haouran, n° 5, textes nabatéens,n° 4. — 48 F. Lenormant, Lettres assyriol. t. Il, p. 1 19. — 49 Appian. Syriac. 58. — 80 Ib. — 81 Hcsych. s. v. Kipaivio; ; Eckhel, Doctr. num. t. III, p. 326. — 82 Suid. 5. v. K Ann ; Solin. 36, 3. — 88 Ch. Lenormant, Nouv. Gai. myth. pl. vm, n° 13. — 84 Eckhel, L c. ; Ch. Lenormant, O. c. pl. v, n° 17. — 88 Falconnet, Dissert. sur les bætyles, dans les Ment, de l’Acad. des Inscr. t. VI ; Münter, Ueber die von Himmel gef aliéné Steine, Copenhague, 1805 ; de Dalberg, Ueber Meieor-Cultus der Alten, Heidelberg, 181 1 ; Bœttiger, Idecn z. Kunstmythol. t. II, p. 15-19. — 86 Ap. Phot. Biblioth. cod. 242, p. 348, édit. Bekker.

57 P, 30, édit. Orelli. — 88 P. 26, édit. Orelli. — 88 Damasc. I. c. — 60 P. 30,

édit. Orelli. 61 F. Lenormant, Comptes rendus de l'Acad. des Inscr. 1868,

p. 318-322. 62 F. Lenormant, Lettres assyriol. t. II, p. 123 et s. — 83 Damasc.

Ap. Phot. Bibl. cod. 242, p. 342, édit. Bekker. — 64 Ib. — 65 De Vogué, Syrie centrale, Inscript, sémitiques, p. 104* — «6 Mionnct, t. V, p. 277 et s. h“* 891 et s.;

Ch. Lenormant, Nouv. Gai. myth. pl. vin, n° 13. — 67 Lamprid. Heliog. 7.— «8 flero* dian. V, 3, 10 ; Plin. Hist. nat. XXXVI, 8; Cohen, Mann, des emp. rom. t. III, Elagab. n« 116-119, 126-129, 155. — °9 Herodian. l. c. — 7» Ch. Lenormant, Ilev, numism. 1843, p. 273 et s. — 71 Ib. pl. xi,n» 1 ; Cohen, O. c. t. IV, pl. m, 1. — 72 Nicet. Chon., dans F* Lenormant, Lettres assyriol t, II, p. 126 ; Ann. Comncn, Alexiad. X, p. 284 ; cf. S. Johan. Dam. De haeres. p. 113, édit. Lequien. — 73 De flumin. p, 756, édit, lleiske. — 74 Mém. de l’An, des Inscr. t. XXIII, p. 213 et s* — 7S Herodot, II,

44 76 p. 36, édit. Orelli. — 77 De Luynes, Numism. et inscr. cypriotes, pl. 7111

no» 3 et 4 ; Waddington, Mélanges de numism. t. I, pl. iv, n°* 7 et 8* — 78 Ch. Le normant, Rev. nüniism. 1843, p. 270 et s. — 79 Ap. Phot. Bibl. cod. 242, p. 348, édit. Bekker. — 80 Haym, Thés. Britann. t. I, p. 278 ; Rev. num. 1843, pl. xi, n° 4;

— 81 Cohen, Monn. des emp. romains, t. III, Elagabale, n°« 116-119, 126-129, 135,

— 82 Mionnct, t. V, p; 227-230; Suppl, t. VIII, p. 157 et 158*

BAE

BAE

a seulement en avant de la pierre conique une figure d’aigle, qui paraît avoir été en métal (fig. 740) ; enfin Yaureus d’Uranius Antoninus (ci-dessus, fig. 738) nous la fait voir couverte d’une riche enveloppe, sans doute en métal, terminée au sommet par une couronne à pointes ; par-dessus cette enveloppe est une sorte de manteau en étoffe; les deux vêtements s’ouvrent à la base pour laisser voir l’empreinte symbolique marquée sur la pierre elle-même. Les diverses variantes de la représentation de l’idole de l’Artémis de Perga en Pamphylie sur les médailles 83 donnent l’idée (fig. 741) que la pierre conique

qui représentait cette déesse, dont le nom indigène était Manapsa 8\ portait un vêtement métallique, changé à diverses reprises et analogue à celui des images grecques ou russes de la Yierge ; le plus souvent cette enveloppe de métal présentait vers le sommet une tête féminine, et au-dessous des zones de bas-reliefs au repoussé ou une imitation de draperies.

C’est par la Crète, pays où les croyances phéniciennes s’étaient amalgamées dès la plus haute antiquité à la religion des Pélasges, que la notion sémitique du bétyle s’introduisit chez les Grecs. On donnait le nom de (kfxuXoç 83 à la pierre emmaillottée que Rhéa avait fait avaler à Cronos à la place de son fils Zeus86, suivant la légende, d’origine sûrement crétoise 87, qu’Hésiode accepta le premier 88, qu’il fit passer dans la mythologie poétique universellement reçue des Grecs et que les artistes ont quelquefois représentée 89 [saturnus]. Comme l’étymologie sémitique du mot était oubliée, on en avait forgé une grecque ; on disait que |ki'xuXoç venait de paix?), la peau de chèvre dans laquelle la pierre avait été enveloppée comme un enfant nouvenu-né 90. Le stratagème de Rhéa n’est évidemment dans ce récit qu’une ingénieuse combinaison de l’imagination grecque pour rendre plus acceptable la fable d’origine orientale. On ne peut douter que, dans la légende crétoise primitive, ce ne fût Zeus lui-même qui fut dévoré sous la forme du bétyle, et il faut nécessairement reconnaître ici une forme du mythe phénicien dans lequel El, le dieu assimilé à Cronos, immolait son fils91. Ceci n’était pas ignoré des Grecs instruits : aussi Lycophron, qui recherchait si volontiers les fables étrangères à la mythologie courante, fait-il de la pierre Zeus lui-même et lui donne-t-il à cette occasion le surnom de At'dxoç 92, qui semble faire allusion à la forme du bétyle crétois et aussi peut-être à l’origine projetée qu’on lui connaissait. Il est donc probable, comme l’a déjîi reconnu Bœttiger 93, que la fable de Crète se liait à l’existence antique d’un bétyle aérolithique adoré dans cette île comme une image de Zeus ou comme Zeus lui-même.

On conservait à Delphes, en avant du temple, et non

83 lien. numisrn. 1843, p. 272; Gerhard, Antika Dildwerke, pl. cccvii ; Id. A/cad, Abhandl. pl. i.ix. — 84 Waddington, Yoy. en Asie Min. au point de vue numism. p. 94 et s> — 83 Hesvch. et Etym. Gud. s. v. — 86 Apollodor. 1, 1, 7. — 87 Otf. Millier, Prolog, z. wissensch. Myth. p. 376. — 88 Theog. 484-491. — 89 Sur un vase peint : Gazette archêol., 1S75, pl. 9. Sur un autel ; Capitol, t. IV, pl. v; Millin, Gâter, myth. pl. ni, n» 16 ; Cuigniaut, lielig. de l'antiq. pl. lui, 247 ; Müller-Wiescler, Denkm. d. ait. Kunst. lxii, n° 804. — 99 llesych, s. v. BotUgAos. — 91 Sanchon. p. 36, édit. Orelli ; Phil. Bybl. ap. Euseb. Praep. evang. I, 10; p. 40; IV, 16, p. 157 ; cf. Euseb. Theophan. II, 54 et 59; Porphyr. De abst. carn. U, 56; vov. F. Lenormant, Lettres assyriol. t. 11, p. 209-218. — 92 Cassandr. 400 ; cf. Xzctz. Ad h. I. — 98 Ideenz. Kunstmyth. t. II, p. 17. — 94 C’était le rite oriental d'adoration des pierres sacrées, complet, y compris l’habillement du

loin de la source Cassotis, une pierre de médiocre dimension, sur laquelle on versait chaque jour de l’huile et qu on enveloppait de laine à toutes les fêles 94 ; on la considérait comme la pierre même donnée à Cronos par Rhéa et rejetée ensuite par ce dieu 95. La colonie crétoise, à laquelle on attribuait la fondation du temple de Delphes 9B, avait donc apporté en ce lieu la tradition de sa patrie, et peut-être aussi la pierre même, un des bétyles que la Crète ne paraît pas avoir conservés dans les âges historiques. Tout un groupe de peintures de vases, dont nous plaçons un exemple sous les yeux du lecteur (fig. 742), et pour lesquelles on a pendant longtemps proposé des explications qui n’avaient rien de satisfaisant, ont trait à

Fig. 742. Pierre de Cronos à Delphes.

cette pierre de Delphes 97. La pierre est de forme ovoïde irrégulière, placée sur un autel élégant, et dans un seul exemple sur une construction cyclopéenne ; elle occupe le milieu de la scène. Une déesse, coiffée d’une stéphané radiée, contemple la pierre avec un geste d’admiration et de respect ; dans une des peintures elle la dispose sur l’autel, et semble l’envelopper suivant le rite décrit par Pausanias : c’est Thémis, qui précéda Apollon dans la possession de l’oracle de Delphes98 ; elle a la même coiffure sur un vase où elle est désignée par son nom ", -et c’est elle qu’il faut reconnaître dans la déesse au front ceint de la stéphané radiée qui verse une libation à Apollon, sur d’autres monuments céramographiques 100 [tüemis]. Derrière elle est Zeus lui-même, en roi, tenant le sceptre. En face, de l’autre côté de l’autel qui porte la pierre, on voit les Dioscures, caractérisés par leurs astres sur la peinture quenousavonsfait reproduire ; sur d’autresilssontconduits par Hermès. Les Dioscures n’étaient pas étrangers aux traditions de la Phocide 101 , dont quelques monnaies portent leurs symboles 102 ; à Amphissa on les confondait avec les Curètes 103. A ce titre, conformément aux traditions spéciales du pays, ils peuvent figurer dans nos peintures de vases comme personnifiant la colonie crétoise qui apporta

bétyle, que rappelait certainement l'état d’ehitnaillottcment de la pierre quand elle était présentée à Cronos, dans la fable crétoise. — 9 ^Paus. X, 24, 5. — 98 Ilomer. Hymn. in Apoll. v. 391-544 ; vov. O. Muller, üorier, t. 1, p. 209-211. — 97 t° Laborde, Vases de Lamberg, t. I, pl. xiv; Ann. de V Inst. areh. t. XX, pl. l, n'1 1 . 2° Ann. de l’Inst. arch. t. XX, pl. k, n» 2 ; 3° Arch. Zeit. 1853, pl. lu ; mais vov. Ib. 1871, p. 64. 4° C. rendu de la Commiss. arch. de St-Petersb. 1861, pl. vt, n» 1. — 98 Paus. X, 5, 3; Apollod. I, 4, 1. Yoy. le vase publié par Gerhard, Das Orakel der Thémis, Berlin, 1846; Welcker, Allé Denkm. t. II, p. 237; Muller- Wieseler, Denkm. d. ait. Kunst. t. II, pl. lxxiv, n” 947. — 99 C. rendu de la Commiss. arch. de St-Petersb. 1861, pl. in. — 100 (;h. Eenormant et de VVitte, Élite des mon-, céramoyr. t. II, pl. xix et xxxii. — lot Paus. X, 33, 3. — 102 Arch. Zeit. 1849 pl. ix, n» 8. — 1e8 Paus. X, 38, 3.

Fig. 741. Pierre d’Artémis de Perga, en Pamphylie.

Page 1