‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 4)Chapitre 125 sur 155 · I3AE · texte numérisé non relu

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la pierre de Cronos et son culte, et comme identifiés aux gardiens de l’enfance de Jupiter. Le lieu de la scène est d ailleurs caractérisé de la manière la plus précise dans la peinture ici reproduite, par le fameux laurier de Delphes et par une colonne dorique du temple d’Apollon, dans d autres, par le trépied mantique, seul ou avec le laurier.

Rome prétendait aussi posséder la pierre donnée par Rhéa à Saturne 10i dans la pierre informe de Jupiter Terminus dressée sur le Capitole 103 [terminus].

La fable de l’enfance de Zeus est le seul exemple de l'introduction du bétyle des religions sémitiques dans la mythologie grecque. Mais dans les cultes particuliers et locaux on l’avait quelquefois admis. Ainsi M. Heuzey a établi 106 que la pierre à inscription grecque d’Antibes 107 était originairement un bétyle dédié par quelque habitant de la colonie grecque d’Antipolis et bien reconnaissable à sa forme ovoïde. L’inscription qu’il porte fait dire à la pierre elle-même : « Je suis Terpon, serviteur de la déesse, « de la vénérable Aphrodite ; » c’était un des Amours qui accompagnaient la déesse. Mais la Vénus adorée des Massaliotes, dans leur cité même 108, ainsi qu’à Portus-Vcneris ou Aphrodisias 109 (Port-Vendres) et à Antipolis, était la Vénus de Cypre 110. Ici donc l’emploi du bétyle comme simulacre divin s’observe dans un culte qui, tout hellénisé qu’il fût, avait sa racine dans la religion phénicienne.

Les anciens confondaient la chute des aérolithes, habituellement accompagnée d’un météore lumineux et d’une explosion, avec celle de la foudre 111 , qu’une croyance populaire, qui s’est maintenue jusqu’au seuil de notre siècle, supposait tomber quelquefois sous la forme d’une pierre lls. Pour les Çrecs et les Romains comme pour la superstition populaire de l’Europe occidentale, encore acceptée des savants au xvie siècle, les «pierres de foudre » par excellence étaient les haches, pointes de flèches ou de lances et autres instruments en pierre simplement taillée ou polie, vestiges des hommes des âges préhistoriques, dont l'origine véritable était oubliée, et qui, rencontrés dans le sol, paraissaient des merveilles qu’on ne pouvait expliquer que par un prodige divin 113. C’est ce qu’a démontré sans réplique M. Michel de’ Rossi 1U, établissant de plus que parmi ces objets, désignés sous le nom général de cerauniae 115 ou lapides fulminis 116, on distinguait trois espèces : les cerauniae proprement dites, à forme allongée, qui étaient évidemment les pierres où la science moderne reconnaît des couteaux et des pointes de lances, les betuli, semblables à des haches ( similes securibus in), qui en étaient réellement, enfin les glossopetrae 11S, que l’on ne considérait plus comme venant avec la foudre, mais comme tombant silencieusement du ciel dans les nuits sans lune, et parmi lesquelles on confondait, comme on le faisait encore au xvi° siècle, les pointes de flèches triangulaires en pierres siliceuses et les dents de squales fossiles.

Une inscription latine parle 119 de deux f/emmae ccrauniae placées dans le diadème d’une statue d’Isis. Martianus

Capella 120 décrit le diadème de Junon garni do céraunies. Prudence121 parle des casques des Germains qu’on voyait, au sommet, fulvis radiare ceraunis. Un des luxes les plus insensés d’Élagabale fut de faire faire des plats dans quelques céraunies d’une grandeur exceptionnelle m. On possède des colliers étrusques en or au milieu desquels pend, comme amulette, une pointe de flèche en silex, c’est-à-dire une glossopetra 123. En effet l’origine céleste assignée à toutes ces pierres leur faisait attribuer des vertus talismaniques merveilleuses ; elles préservaient des atteintes de la foudre, protégeaient les navigateurs dans les tempêtes, enfin procuraient un sommeil paisible et des songes flatteurs 124.

Mais la plus puissante, celle dont les propriétés étaient considérées comme les plus extraordinaires et les plus divines était le betulus. Sa possession assurait la victoire sur terre et sur mer 125. La découverte de sept haches de ce genre dans un lac du pays des Gantabres après une chute de la foudre fut pour Galba le présage de son élévation à l’empire 12G. Nous plaçons ici la gravure d’un de ces betuli , c’est-à-dire d’une hache de l’époque de la pierre polie, découverte dans l’Archipel, sur laquelle furent gravées des inscriptions et des symboles cabalistiques vers le m® ou le iv° siècle de notre ère, quand on en fit une amulette 127 (fig. 743) ; elle fait partie des collections du Musée Britannique. Le nom de betulus est celui du bétyle, dont la notion, transmise de l’Orient au monde gréco-romain, passe ainsi du domaine des emblèmes religieux les plus augustes dans celui de la superstition talismanique. Et en voyant appliquer le nom de betulus en Occident aux haches de pierre regardées comme des pierres de foudre, on est conduit à penser que dans les pays syro -phéniciens plus d’un objet de même nature était adoré comme bétyle, d’autant plus qu’ils rentraient dans la donnée de la forme la plus habituelle et la plus sacrée des pierres divines.

La superstition populaire racontait au sujet des hachesbétyles recherchées comme talismans les mêmes histoires merveilleuses qui avaient cours en Syrie sur les bétyles divins, histoires qui étaient venues avec la notion du caractère surnaturel de ces objets. Au moyen âge elles continuaient à être répandues en Grèce, car le copiste du manuscrit de Yenise qui a appartenu au cardinal Bessarion, après avoir transcrit l’extrait fait par Photius du prodige du bétyle se mouvant dans les airs, narré par Damaseius 128, ajoute en marge : « Moi-même j’ai entendu « parler en Grèce par les habitants d’un prodige démo- « niaque semblable, qui s’est manifesté dans la région du « Parnasse; ils en disaient des choses encore plus extraor-

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Fig. 743. Hachc-bétyle.

104 Lactant. Die. inst. I, 20. — 103 Paul. p. 3CS, v° Terminus; Serv. ad Aen. IX, v. 448 ;vov. Preller, Rôm. Myth. III, 2, d, p. 228, 2' édit. — 106 BuVet. de l’ Acad, des Inscr. 1874, p. 61 ; Mém . des antiq. de France, 1874, p. 99. — 1°7 Rev. arch. n. s. t. XVII, p. 361. — 103 Corp. inscr. gr. n° 67 6 9. — 109 Stcph. Byz. s. v. — HO Frœhner, Rev. arch. n. s. t. XVII, p. 363. — m Th. II. .Martin, La foudre, L'électricité, etc. chez les anciens, p. 173-178. — 1U R,, p. 195-206. — 113 Pourtant les savants de la cour d'Auguste reconnurent les armes des héros, arma heroum, dans les armes de pierre que l'on découvrit dans les grottes à ossements de Caprée : Sueton. Aug. 72. — 114 Dans les Ann. de l'Inst. arch. t. XXXIX, § 1 ; cf. F. l.enormant, Premières civilis. t. I, p. 171. -- llSPIin. Ilist. nat. XXXVII, 9, 51 ; Porphyr. Vit • Pylhag.

17; Isid. Orig. XVI, 14; Claudian. Laud. Seren. v. 77 ; Mythogr. Vatic. III, 8, 8; rhilopon. Adv. Procl. X, 3; Marbod. De lopid. 28, v. 410-417. — 116 Sidon. Apol. Carm. V, v. 50 ; cf. Schol. ad Pers. Satir. II, v. 27. — 117 Sotac. ap. Pli». Ilist. nat. XXXVII. 9. 51. — 118 Plin. XXXVII, 110, 59. — 119 Orelli, Inscr. lat. n» 2510.

— 123 l; 67 et 75. — 121 Psychom. v. 470. — 122 Lamprid. Heliog. 21. — 123 Braun, Ann. de l’Inst. arch. t. XXVII, p. 53 ; Catal. des bijoux du musée Napol. III, n° 1 S6 ; Séries of photographs frorn the British Muséum, Pre-historic sériés pl. xxv. — 124 Marbod. 28. — 123 Sotac. ap. Plin. XXXVII, 9, 51 ; Marbod. 28, v. 422.

— 126 Suct. Galb. 8. — U" Archæol. Journal, t. XXV, p. 103 ; Photogr. fr. the Brit, Mus. Pre-liist. séries, pl. xxvi. — U8 rbol. Bibl. cod. 242, p. 348, édit. Bckker.

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« dinaires, qu’il vaut mieux taire que raconter 129. » Encore aujourd’hui les paysans de la Grèce attachent des idées merveilleuses du môme genre aux haches de pierre, qu’ils appellent àffTçoTTeXexta, c’est à-dire « foudres 130 ».

Dans les rites si antiques des fetiales, que les Romains avaient empruntés aux Æquicoles, les instruments de pierre jouaient un rôle tout particulier. Non-seulement la victime immolée par eux pour la conclusion d’un traité, l’était avec une pierre de silex (saxo silice 131), d’après une coutume rituelle conservée religieusement par tradition depuis les temps où les indigènes de l’Italie ne connaissaient pas encore les métaux 132 ; mais aussi leur serment solennel se prêtait sur une hache de silex conservée dans le temple de Jupiter Feretrius 133 avec le sceptre du dieu. Cette pierre, à laquelle on attribuait une origine surnaturelle, n’était pas seulement le trait de la foudre que Jupiter lance pour sanctionner les serments 134 ; c’était le dieu en personne, Jupiter Lapis , comme on l’appelait 1311 [jupiterJ. On a là une expression de l’idée du Jupiter Fui gur 136, du dieu qui descend lui-même dans la foudre, souvent sous la forme d’une pierre ( ceraunios ). Mais la pierre dans laquelle il se manifeste, et sur laquelle juraient les fetiales , rentre par son origine et sa forme dans la classe des betuli. On est ainsi ramené au bétyle qui figure dans le récit de l’enfance de Jupiter et que nous avons déjà vu identifier par les Romains à la pierre de Jupiter Terminus. F. Lenormant.

BAJULUS (’A^Oocpo'poç, p<*' erra ü, cpo'pxa?). — Portefaix, manœuvre, toute personne employée à porter des fardeaux1, soit librement pour un salaire, soit comme esclave pour le service d’un maître2. C’est quelquefois un simple commissionnaire, le porteur d’une lettre3.

Les porteurs des morts (vespillones) furent aussi appelés bajuli 4. E. S.

BAKIS [oraculum].

BALANTION [CRUMENA].

BALATRO. — Ce nom désignait à Rome des parasites qui faisaient métier de bavardage et de bouffonnerie, et payaient leur écot à la table des riches par leurs saillies et leur bonne humeur1. L’étymologie de halatro est incertaine, et les scoliastes ont proposé plusieurs dérivations impossibles et ridicules : ce mot n’est pas sans analogie avec le mot blatero, « bavard»; peut-être vient-il régulièrement du verbe balare, « bêler ». R.

BALLACIIRADES (BaXXor/pâSeç). — Fête argienne ainsi nommée du cri par lequel les garçons- avaient l’habitude de s'apostropher. BaX}ax.P“S£î veut dire (< CIU1 lance des poires sauvages » : c’était, à ce que dit Plutarque1, un souvenir de la première nourriture des habitants de cette

129 5. v. Bai-nAo;, dans le Thesaur. d’Henri Estienne, éd. Didot. — I30 A. Dumont, Rev. arch. n. s. t. XVII, p. 358; Finlay, napaTupijiti; iiù iis npc,ï<rcopi«n 6.p/su oVoyla;, Ath., 1899. — «1 Tit. Liv. I, 2t. — De Rossi, O. c. § 3. — 133 Paul. p. 92, Feretrius Jupiter; p. 115, Lapidem silicem ; Dauz, Der sacrale Schutz in ram. Rechtsverkehr, p. 13 et s. ; Prcller, Rom. Myth. III, 2, b, p. 220 et s. — 184 Virg. Aen. XII, 2 00. — 185 cic. Ad fam. VII, 12; Gell. Noct. Ait. I, 21 ; Apul. De deo sacr. p. 131. — I36 Fest. p. 229; Henzen, Inscr. 5629. — Bibliographie. Outre les ouvrages cités, voir : Miinter, Ueber die vom Himmel gefallen. Steine, Copeuti. 1805; de Dalberg, Ueber Meteorcultus d. Alten, Heidelb. 1811 ; Bottiger Kunstmythologie, II, p. 15 et s.; Ehrenberg, Monatsber. d. Berlin. Akad. 1849, p. 345; F.d. Duméril, Mélang. archéol. Paris, 1850, p. 118; Bôsigk, De baetyliis, Berl.

BAJULUS. 1 A. Gell. V, 3, 1 ; Fest. s. v. baiulos, p. 29 Eind. ; cf. Gaius, Dig. L, 16, 235 ; Plaut. Merc. III, 1, 10 ; Poen. V, 6, 17 ; Cic. Parad. III, 2. — 2 Plaut. Asin. III, 3, 70 ; Hieron. Ep. 6 ad Julian, n. 1. — 3 Svmmacb. Ep. III, 34 ; V, 7 ; Sidon. Apoll. Ep. IV, 7.-4 Fulgent. Exp. serm. p. 558; Sidou. Ap. Ep. XII, 3.

BALATRO. 1 Hor. Sat. I, 2, 2 ; cf. II. 8, 21, où balatro est un nom propre, évidemment, à l’origine, un sobriquet; Vopisc. Carin. 21 ; Varr. De re rust. Il, 5, 1.

contrée. A l’appui de cette explication on peut faire remarquer que partout, dans les habitations lacustres les plus anciennes, on a retrouvé des restes et des grains de poires de l’espèce appelée achrasî. La plus ancienne image de Junon à Argos était faite de poirier sauvage3. Hunziker.

BALLETYS (BaU-qxuç). — Cérémonie qui avait lieu dans un des derniers jours des Éleusinies1, après l’initiation aux mystères, probablement le 24 de boédromion [eliîusinia, sect. vi]. Elle consistait dans un combat simulé à coups de pierres 2 et on lui donnait aussi le nom do

XuTtxat, «les coups 3 », synonyme de pTtX^xû;, qui dérive du

verbe paXXt». C’est à cette cérémonie que fait allusion l’hymne homérique à Déméter4 en parlant du combat que doivent se livrer à jamais, en l’honneur de Démophon [ceres], les enfants d’Éleusis5.

On retrouve des cérémonies du même genre [lithobolia] dans différents cultes apparentés à celui d’Éleusis, entre autres dans les fêtes de Damia et Auxésia à Trézène 6 [eleusinia, sect. ix]. Une signification symbolique trèsimportante était attachée à la pratique de la balletys, car un des interlocuteurs du banquet d’Athénée dit qu’il ne voudrait pas donner d’explications à ce sujet, quand même tous les assistants le paieraient7. Il serait bien difficile aujourd’hui de chercher à pénétrer cette signification, liée aux idées fondamentales des mystères éleusiniens ; on peut du moins remarquer, avec O. Jahn8, le rapport de nom qui existe entre la fête B*XXt)tù; d’Éleusis, en l’honneur de Démophon, le nourrisson que Déméter veut doter de l’immortalité, et l’herbe ballis 9, herbe de résurrection et d’immortalité, laquelle joue un rôle capital dans la légende de Tylos 10, le Triptolème de la Lydie.

F. Lenormant.

BALLISTA OU BALISTA [tormenta].

BALLISTARJUS OU BALISTARIUS. — Constructeur de la machine appelée balista 1 [tormenta], ou soldat qui la manœuvrait2.

BALNEARE. — Les villes qui possédaient des bains publics [balneum ]* en tiraient parti de deux manières différentes : 1° Le plus souvent elles en affermaient l’exploitation à despublicains, moyennant une somme fixe versée à la caisse municipale, I’arca municipalis, avec la faculté pour les fermiers d’exiger de chaque baigneur un prix déterminé par le bail; 2° quelquefois la ville exploitait elle-même2 les bains par l’intermédiaire de ses agents, et des esclaves publics ou intendants (actuarii). C’est ce qui paraît résulter d’une inscription 3 qui servait d’enseigne au bureau du receveur des bains. Le droit (vectigal) ainsi perçu se nommait balneare ou balneaticum 4 . Dans la ville d’Antioche, lasurveillance des bains était un office (XeixoupYta) des décurions 3.

BALLACIIRADES. 1 Quaest. gr. 51; cf. Aelian. Var. hist. III, 39. — *Troyon, Habitations lacustres, Lausanne, 1860, p. 278. — 3 Paus. II, 17, 5.

BALLETYS. l Athen. IX, 71 ; Hesych. s. v. — 3 yieurs. Graec. fer. p. 56; A. Mommsen, Heortologie. p. 265 ; F. Lenormant, Monogr. de la voie sacrée Éleusin., 1. 1, p. 253. — 3 Hesych. s.v. — 4 265-267. — 5 Oeuzer et Guigniaut, Relig. de l'ant. t. III, p. 610 et 1109 ; Creuzer et Hermann, Briefe über Homer, p. 1-3 ; O. Müllcr, art. Eleusinien dans l’ Allgemeine Encyclopüdie de Halle, p. 281. — 6 Pausan. II, 32, 3. — 7 Athen. l.c. — 8 Berichte d. Sachs. Gesellsch. 1851, p. 133. — 9 Etym. Magn. s. v.; Arcad. p. 30; Theodos. gramm. p. 94. — 10 Plin. Hist. nat. XXV, 2, 5; cf. Nonn. Dionys. XIII, 467 et s.

BALLISTARiUS. 1 Dig. L, 6, 6 ; cf. Orelli, Inscr. 4066. — 2 Veget. II, 2; Ammian. XVI, 2.

BALNEARE. i Mommsen, Insc. regui neap. 5037, 6031, 6150 ; fr. 18, § 5 Dig .De muner. et honor. L, 4. — - Borghesi, in Buliet. d. Instit. arch. 1833, p. 115. — 3 Mommsen, n°6152 ; Publicurn Interamnitum vectigal balnearum. — 4 D’après une glose d Isidore sur le mot captura, dont le sens ordinaire est recette, droit d’entrée : « Deceptio vel locus piscosns et ubi sedet actuarius qui balneare exigit » ; cf. Val. Max. VI, 9, 8 ; Suet. Calig. 40. — 5 Liban., II, p. 195, 137.

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En général l’extraçtion et le chauffage des bains d’une ville municipale était une charge personnelle ( munus personale) ; la ville fournissait au curator à qui elle incombait les fonds nécessaires °, et il s’en acquittait sous le contrôle du curator REiruiiLiCAE 7. G. Humbert.

BALNEUM, BALNEAE (BxXavsîov, Xouxpov). — Bain en général et plus particulièrement bain chaud et artificiel et le local où on le prend, par opposition aux bains froids naturels, pris dans les rivières, dans la mer, ou dans l’eau des sources L

I. L'usage des bains, chauds aussi bien que froids, fut commun en Grèce dès un temps très-ancien. Aussi loin qu’on remonte à l’aide des auteurs, on voit les hommes et les femmes, non-seulement se plonger dans la mer ou les eaux courantes, mais aussi prendre des bains préparés dans les habitations. Nausicaa et ses suivantes se baignent dans le fleuve où elles viennent de tremper le linge 2 ; Europe et ses compagnes, dans les eaux de l’Anaurus 3; Hélène, dans l’Eurotas4. Les héros d’Homère se délassent par le bain chaud et les onctions d’huile des fatigues des voyages ou des combats, et le bain précède le repas 5. Ulysse et Diomède, au retour de l’expédition nocturne où ils ont conquis les chevaux de Rhésus, commencent par laver leur sueur dans la mer avant d’entrer dans une baignoire, ocaaivQoç : c’est le nom dont Homère se sert chaque fois qu’il décrit le bain 6. Nous devons nous figurer de pareilles baignoires comme de larges cuves où un homme pouvait entrer (Issêatvov) et se tenir tandis qu’on le lavait : l’épithète (euçsaToç), qui est quelquefois ajoutée 7, et qui signifie bien taillé et poli, peut faire supposer que ces cuves étaient en bois ou en marbre. Cependant des cuves ou cuvettes d’argent de même nom, sont mentionnées dans l'Odyssée, mais ce sont des présents que Ménélas a rapportés d’Égypte 8.

Les détails du bain sont indiqués par Homère avec sa précision habituelle9: le feu est allumé sous un trépied; au-dessus est posé un vase d’airain, où chauffe l’eau qui doit être versée dans la cuve (àuaatvQoç) et mêlée l’eau froide; la personne à qui le bain est destiné entre dans cette cuve, et une autre la lave en répandant l’eau sur sa tète et ses épaules, puis la frotte d’huile et la rhabille. Ce sont des femmes qui prennent ces soins, ordinairement les servantes10, ou les filles de la maison11; quelquefois c'est la maîtresse elle-même : Hélène baigne en personne Ulysse qu’elle a reconnu sous son déguisement de mendiant ; Circé, Calypso lui rendent les mêmes services 12. La simplicité primitive de ces mœurs paraissait déjà étrange aux anciens, dans un temps où elle avait disparu, et quelques scholiastes d'Homère, qui ont été suivis par plus d’un moderne 13, ont cherché des explications peu

6 Fr. 18, § 5 Dig. L, 4; L. 26 C. Inst., De Episc. aud. (1, 4). - H. 2 extr., C. Just .Publ. laet., Nov. 128, 16. — Bibliographie. Becker-Marquardt, Handbuch der rom . Alterthümer , Leipzig, 1853, III, 2, p. 80; E. Kuhn, Stadtische ] erfassung des rom. Beichs, Leipz. 1864, I, p. 51.

BALNEUM, 11ALNEAE. 1 Vov. pour les eaux minérales et thermales l’art, aquae.

— î Hom. Od. VI, 96. — 8 Mosch. II, 31. — 4 Theocr. XXVIII, 23. — 5 JL X, 574; XIV, 6; XXII, 445; Od. VI, 96; X, 363 ; Athen. I, p. 24 d. — 6 Schol. Iliad. X, 576, et Od. IV, 48 ; Artemidor. Oneir. I, 66 ; Hesvch. Etvm. Mag. et Suid. s. v. àffà^Livôo; et Eùao;. — 7 Od. IV, 48 ; X, 576. — 8 Od. IV, 128 : c’est à tort que Pol- !ux, VI, 97, en fait des vases à boire, en se fondant sur un vers de Cratinus : le poëte exagère à dessein la grandeur des vases. Vov. Ussing, De nomin. vas. graec. p. 115.

9 Voy. notamment Od. X, 358 et s. — 10 Od. IV, 48 ; VI, 210 ; VIII, 454 ; X, 450 ;

XVII, 88 ; II. XIV, 6. — U Od. III, 464 ; Hébé dans l’Olympe (II. V, 905) remplit les mêmes fonctions. Voy. aussi Athen. I, 18, p. 10. — 14 Od. IV, 252 ; V, 263; X, 350 ; cf. 450. — 13 Voy. par ex., Niigelsbach, Borner. Théologie, p. 251,

éd. Nuremb. 1861 ; Gladstone, Studies on Uomer, t. II, p- 513 et s.

- 1<> Anstot. Probl. I, 39, p. 863; Plat. Leg. VI, 8, p. 761 c; Artemid. Oneir. I, 64

nécessaires pour des textes que la précision des termes ne permet pas de détourner de leur sens véritable.

Dans les passages que nous avons cités d’Homère, le bain et les onctions sont considérés, ainsi qu’ils le seront toujours chez les Grecs par la suite, comme le soulagement le plus efficace après un travail fatigant14, et qui est toujours offert à un hôte par celui qui le reçoit; mais ils ne sont encore d’un usage habituel et quotidien que chez les Phéaciens, plus adonnés à toutes les aises de la vie que ne l’étaient en général les Achéens, dont les mœurs sont dépeintes par le poète15. Ce luxe et ce bien-être, répandus plus tard dans la Grèce entière et dont les Ioniens furent les premiers, semble-t-il, à donner l’exemple, n’appartiennent pas à la Grèce des temps homériques. Bien des siècles plus tard, la fréquentation des bains chauds, hormis au gymnase, était considérée comme un signe de mollesse. Les anciennes lois d’Athènes ne permettaient pas d’en établir dans l’enceinte de la ville16, tandis que les bains froids et l’exercice de la natation faisaient partie de la première éducation 17. Les Spartiates seuls (pour ne pas parler des pays du Nord, en dehors de l’Hellade 18) demeurèrent fidèles à la rigueur des anciennes mœurs : ils se plongeaient tous les jours dans les eaux de l’Eurotas, et les bains chauds ne leur étaient permis qu’ exceptionnellement19. A Athènes, au ve siècle, les défenseurs de l’antique discipline (àp ^afa TcaiSs(a) protestaient vainement contre l’amollissement général : leurs recommandations de fuir les bains, d’en user au moins avec modération20, prouvent à quel point en était poussé l’abus. A la fin de ce siècle, les hommes de vie austère, un Socrate21, un Phocion22, ou ceux que leurs fonctions contraignaient à garder un certain décorum23, y mettaient seuls quelque retenue. On prit l’habitude de se baigner tous les jours, au moins avant le principal repas (SsUtvov) 24, qui terminait la journée [cena] : l’heure de ce bain était donc ordinairement vers le milieu de l’après-midi ; mais il n’y avait pas d’heure pour ceux qui se baignaient deux et trois fois par jour et même davantage25, ou plutôt qui faisaient leur séjour habituel dans les bains, devenus le rendez-vous des hommes oisifs (xpi'SaXXot 2P), et des lieux de plaisir, où l’on soupait quelquefois et où on se livrait, avant et après le souper, aux exercices et aux distractions de toute espèce 27 ; aussi se plaignait-on qu'ils fussent plus fréquentés par les jeunes gens que les palestres28, au grand détriment des bonnes mœurs 29.

11 y avait des bains publics (o7)p.ô<7 1«, SïiuotïieuovTa), il y en avait aussi de privés (iota, ïStomxa) dans les riches maisons 30, et d’autres enfin qui étaient des entreprises particulières 31. On y entrait en payant. Une légère redevance (l7t0,ouxpov) 32 était certainement due aussi par ceux qui

Lucian. Lexiph. 2; Athen. I, 44, p. 24. — 18 Od. VIII, 249. Ce sers parait avoir été ajouté plus tard. Voy. Nitzseh, Anmer/c. xu Odyss. I, p. 204. — 16 Athen. I, p. Ig b. — 17 Plat. Leg. III, p. 609 ; Parœm. gr., éd. Schneidewin, I, p. 278; II, p. 39. 18 polyaen. Strat. IV, 2, 1 ; Aelian. Var. hist. IV, t ; Nie. Dam. ap. Stob. V, 51. — 19 Plut. Lyc. 16 ; Alcib. 23 ; Inst. Lac. 2 et 3; De adul. et am. 7 ; Xen. Bell. V, 4, 23; Schol. ad Thuc. II, 36.— 20 Aristoph. Nub. 839, 985, 1035 et s.; Hermippos ap. Ath. I. I. — 21 plat. Symp. p. 174 a. — 22 plut. Phoc. 4. — 23 Demosth. C. Polycl. VIII, 35. — 24 Xen. Conv. I, 7; Hellen. VII, 2, 22; Aristoph. Eccl. 683 ; Plut. Sap. conv. 3; Lucian. Lexiph. 4 et 9 ; Artemid. Oneir. I, 64 ; Alciphr. Ep. III, 60. — 23 simonid. ap. Aelian. Hist. anim. XVI, 24; Mcnand. ap. Athen. IV, p. 166 a. — 26 Etym. SI. s. v. — 27 Lucian. L l. 5 et 8 ; Theophr. 27; Diog. Laërt. VI, 46; Diogenian., III, 64. — *8 Aristoph. Ban. 1043.

29 ld.iVuê.967 ets., et Schol.; Voir les vases peints : Cf. Gerhard, Auserles. l as.

IV, pl. ccLxxvm et s. ; Plat. Leg. I, p. 636; Cic. Tusc. IV, 33 ; Becker, Charikles, II, p. 207. — 80 xen. De rep. Ath. II, 10 ; Plut. Demetr. 24. — 81 te prix d’un établissement de ce genre est fixé à 3000 drachmes dans un plaidoyer, Isae. De Philoct. her. 35 ; cf. Plut. Demetr. 24 ; Alciphr. En. I, 23. — 82 Ce prix extrêmement modique est fixé par

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fréquentaient les bains publics.Le baigneur (potXaveuç), fermier ou préposé aux recettes, était chargé de la police des

bains ; c’est lui qui expulsait ceux qui y commettaient quelque désordre. Beaucoup de personnes les fréquentaient par plaisir ; de pauvres gens y venaient pour se chauffer 33. Le baigneur fournissait34 au besoin l’huile, les terres grasses, la soude et les autres ingrédients ((5uu.f2.axa, (jp^yp-axa, xovi'a,

vîxpoVj/aXaffxpaToVj'Yvî xiuoùta)

dont on se servait pour la toilette [unguenta]; mais ordinairement on les apportait avec soi ou on les faisait porter au bain par un esclave, avec le linge et les strigiles [linteum, strigilis] 36 (fig. 744).

On voit sur un vase peint du musée de Leyde 37 un édifice (fig. 745) qui a la forme d’un portique surmonté d’un

Fig. 744. Jeune Grec portant les ustensiles du bain.

fronton ; à l’intérieur, l’eau jaillit de deux mufles de panthère ; deux hommes debout la reçoivent en douche (xpou voç , xaxaxXuffp-oç, àtovv^a) 8B, en se frottant la poitrine, le dos et les épaules39, faisant ainsi eux-mêmes et sans aide les opérations dont un homme de service (fiaXavEu;, paXavt ir.ç, irapa/yxv)ç, XoUxPoXooç 40) était ordinairement chargé; des éphèbes groupés deux à deux de chaque côté du portique font aussi eux-mêmes 41 les onctions d’usage au sortir du bain [unctioJ, au moyen de l’huile contenue dans de petits vases, qu’ils ont suspendus aux branches des arbres avec leurs vêtements. Toutes ces circonstances, plus encore que le style de la peinture, indiquent une représentation du bain fort ancienne : la scène se passe en plein air, et autant qu’on en peut juger, il n’y a dans 1 établissement même (qui dépend probablement d’un gymnase) aucune pièce spécialement destinée aux frictions (aXeiTtxvjptov “), ni à la conservation de l’huile (eXaioÔsfftov ou eXatoôiixiov43), ni au dépôt et à la garde des habits (àTtoSuxrjpiov) : autant de dépendances jugées indispensables dans les bains, quand ils eurent pris tout leur développement, ou dans les gymnases dont les bains faisaient partie [gymnasium].

Fig* 745. Bain dans un gymnase.

L’àvroSuxviptov est mentionné par Xénophon44 comme se trouvant même chez des particuliers. Cet endroit où l’on quittait ses vêtements était aussi celui où se tenaient ceux qui, dans les bains publics, étaient chargés de les garder (tp.axioïuXaxouvxeç) 45. Cette précaution n’était pas superflue : il paraît que les vols de vêtements étaient fort à craindre 46 et que l'on avait dû frapper de peines d’une sévérité particulière, et en certains cas de mort, ceux qui en commet-

un tarif officiel à deux chalques [chAlcus] ou le quart d’une obole, dans l’inscription d’Andanie, 1 107 (Le Bas et Foucart, Voyage archéol., Péloponnèse, p. 795). Elle

ne paraît pas plus élevée dans un passage d’Athénée (VIII, p. 351 F) où il est question du prix pavé par les citoyens de Phaselis ; on exigeait des étrangers un droit plus élevé. Ailleurs (Lucian. Lexiph. 2 et Sch.), peut-être dans un établissement particulier, le prix est de deux oboles, cf. Aristoph. Nub. 835. — 33 Aristoph. Plut. 951 ; Stob. Serm. XCVII, 31 ; Alciphr. Ep. I, 23. — 34 Aristoph. Ran. 710 et Sch.; Eq. 584 et Sch. ; Plaut. Pœn. III, 3, 90 ; Athen. VIII, p. 351 e. — 35 Ib. et Plat. Rep. 1 V, p. 430 et interp.; Lobeck ad Phrynich. p. 253. — 36 Theophr. Char. XI, 4; Lucian. Lexiph. 2. On voit souvent sur les vases peints des strigiles, des éponges, des ampoules, etc., portés dans des sacs ou filets, ou suspendus à côté des baigneurs. La figure est tirée d’une coupe du Louvre. — 37 Boulez, Choix de vases peints du musée de Leyde, Gaud, 1854, pl. xix, 1, p. 79. - - 38 Galen. Explic. voc. Hippocr., in Erotian. Galen. et Heroa. giossar. éd. Franz, Leipz. 1780, p. 516 ; Cels. I, 4, et IV, 5 ; Lucian. Lexiph. 5; Coel. Aurel., Chron. I, 1, f 283 ; 1, 4, p. 307 ; II, 1, p. 361 ; U, 2, p. 870; III, 1, p. 433 ;vov. Bussemakcr et DaremDerg, (Euo. d'Oribase, 11, p. S77,

taient dans les bains, les palestres et autres lieux publics 47.

D’autres noms sont encore fournis par les auteurs (car on doit, à défaut d’une description détaillée 48, se contenter pour les bains des anciens Grecs de semblables indications) : ce sont ceux de ituota, 7tuptaua et 7tuptax7-(ptov. llupt'a est quelquefois le nom de la chaudière au moyen de laquelle on chauffait le bain 49 ; mais ordinairement il désigne, comme miptaxviptov, une étuve. En effet, il y eut

et d’Ansse de Villoison, dans les Mém. de l’Acad. des Inscr. N. S. Il, p. 156.

— 39 Cf. Procl. ad Hesiod. Op. et D. 749 : Vkowm 8s «pt/sipsvoi xcrcà Z'.VT'.; r: r.a i ôpuv. — 40 plat. Rep. 1, p. 344 ; Theophr. Char. 9 ; Polyb. XXX, 20, 4 ; Plut, üe invid. 6 ; Id. Apopht. lac. 49 ; Lucian. Dem. encom. 16 ; Athen. XII, 15, p. 518 c ; Hesych. £a7avsùç et Aot-tfo^0?- — 41 Ce qui devait être fréquent au temps où l’on se bornait au bain froid ; mais plus tard on appela aù-coAirixulloi, ceux qui étaient réduits à faire eux-mêmes cette opération : Lucian. Lexiph. 10 ; Suid. s. v. airroTvixulloi.

— 42 Theophr. De sudore, 28; De igné, 13 ; Poil. Vil, 166; Corp. inscr. gr. 3148 • Inscr. d’Andanie, 1. 108. Ou lit sAaiüxfurvsiçiov dans une autre inscription : Keil, Sylloye inscr. Boeot. XI, p. 72. — 43 Ce nom nous a été conservé sous une forme latine, elaeo thesium ou elaeothecium, par Vitruve, V, 11, 80. — M Rep. Ath. II, 10. — 45 Lucian. Hipp. 8. — 46 Theophr. Char. 8; Diog. Laert. VI, 52; Athen. III, p. 97e.

— 47 Dem. C. Timocr. 114 ; Aristot. Probl. XXIX, 14 ; Diog. Laërt. VI, 52. — 48 Celle de Lucien ( Rippias seu Oalneum) est de l’époque romaine. — 49 Anth. pal. XI, 243 ; ou encore yaAxsïa, Aristot. De spir. 5, t. Il, p. 1078 A ; Casaub. Ad h.l., p. 120 Fischer ; Theophr. Char. 9 ; Stob. Floril. 97, 31, p. 215 Mcincke; Athen. V, 42, p. 207 F.

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diverses manières de prendre le bain chaud, quand l’habitude en fut devenue générale. Ordinairement ce bain précédait le bain froid 50. On se plongeait dans l’eau chaude et on la faisait répandre sur son corps, comme cela était déjà pratiqué au temps d’Homère; ou bien l'on provoquait la sueur en se tenant dans une étuve sèche, c’està-dire dont l’air était sec et chaud 81, ou artificiellement remplie de vapeur par l’aspersion de cailloux ou de morceaux de fer incandescents ou du pavé du bain lui-même 5!. Hérodote58 mentionne le bain de vapeur comme une chose connue de tout le monde au v® siècle; mais Hippocrate54, dans les passages où il traite ex professo des bains, ne parle que de bains chauds et froids et d’affusions; et Galien, en le commentant, remarque que les contemporains d’Hippocrate étaient mal montés en fait de bains 55. On peut donc se demander si les Grecs de ce temps avaient un local particulier pour s’étuver. Plutarque raconte 56, dans la Vie de Cimon, que Damon fut assassiné pendant qu’on l’oignait dans une étuve ; ailleurs le mipia-niptov paraît se confondre avec l’àXetiTTviptov 57 : il est probable que, pour cette partie des bains comme pour toutes les autres, les accroissements successifs, puis la distribution des diverses opérations dans des locaux séparés, se firent non par un progrès régulier, mais inégal, proportionné aux exigences de ceux qui possédaient ou fréquentaient les bains.

Les Grecs paraissent n’avoir connu que tard les dispositions du laconicum et de la concamerata sudatio des Romains. Ces noms mêmes sont latins ; le premier, malgré l’origine qu’il semble indiquer, se rencontre pour la première fois, non en Grèce, mais en Italie 58, vers la fin de la république, et peut-être y avait-il peu de temps que le genre de bain qu’il désigney avait été apporté delà Grèce et de l'Orient. Remarquons toutefois que la forme la plus habituelle des bains à Athènes était celle d’une rotonde ayant un dégagement au centre, fermé par un ombilic de bronze; que le nom de 0éXo; [tholus], qui s’applique à une construction circulaire couverte d’une coupole, était déjà employé comme le plus convenable pour désigner une partie du bain des Grecs, et que ce nom fut ensuite synonyme de laconicum 69.

Les Sybarites avaient eu les premiers, disait- on 60, des baignoires où ils pouvaient se coucher pour transpirer. Sans doute on se servit d’abord des bassins plus ou moins profonds où l’on prenait déjà les bains par immersion ; le nom de ces bassins (ttueXo;) s’est même confondu avec célui de l’étuve (™p (a) 61 . Les auteurs nomment proprement tojeXoç ou f*âx.Tpx 62 une cuve où 1 on pouvait entrer, comme dans l’àcâfxivQoç d'Homère, et assez vaste quelquefois pour que plusieurs personnes y pussent trouver place à la fois : c’est Yalveus des Latins; le nom de axâ-pvi, que l’on rencontre aussi, devait s’appliquer à ceux qui avaient la forme allongée d’un bateau [scaphij]. Une peinture de vase63, non moins ancienne que la précédente, nous montre (fig- 746) des femmes se baignant à 1 intérieur d’un édifice en forme de portique : les colonnes qui sou-

50 plut. De primo friy. 10 ; Symp. VIII, 9- — 81 Galen. De son. tuenda, T.II, t. 4 1, p. 228 Kuhn; Alex. Aphrodis. Probl. 1, 41 . Vov. plus bas, notes 170 et s. Galen. Gloss, p. 550 ; cf. Strab. III, 3, 6, p. 554. - 53 IV, 25. - 54 Du régime dans les malad. aiguës, 18; Des affections, 53; Du régime. II, 57. — 85 Comm. III m vict. acut. 40 ; Comm. 111 in offic. med. 33 ; Bussemaker et Daremberg, Œuv. d'Oribase, X, 1, P- 872. — 56 Cim. 1 ; voy. aussi Stob. E toril. 29 , 92. — 57 Theophr. De igné, 37; De sud. 28 ; cf. Aristot. Probl. II, 11, 29 et 32. — 58 Cic. Ad Attic. IV, 10; et vov. notes 109, 110. - 59 Athcn. XI, p. 501 d, e, f ; Alex. Aphrod. Probl. j, 4i . Aiex. jrall. XII, 4, p. 724 ; Alciphr. I, 23; Amm. Marc. XXVIII, 4; Claudian. Idyll. VI. p. 2 ; Theodoret. Hi-t. eccl. IV, 15. — 60 Atli. XII, 17, p. 519 e.— 61 Plirynich. Epit. p. 325 Lobcek. — eî Hipp Du reg. dans les malad. aiguës, IS, t. II, p. 360 ;

tiennent l’entablement plongent dans l’eau, qui jaillit de têtes de sanglier, de lion, de panthère. Les quatre fem-

Fig. 746. Bain de femmes (douche).

mes s’y tiennent debout, recevant en douche l’eau dont se remplit le bassin et qui leur monte jusqu’à mi-jambe. Leurs vêtements sont suspendus à un long barreau transversal. Les noms de 7tusXo<; ou de [/.otxrpa peuvent convenir à ce bassin : ceux de xoXu;/.êviOpa 64, qui signifie une piscine où l’on peut se plonger et nager, ou SeçapiEvii 65, qui est un nom commun à tout grand réservoir d’eau, seront donnés de préférence à un autre bassin représenté sur un vase inédit du musée du Louvre, qui porte la signature du peintre Andokides (fig. 747). On ne peut douter de l’étendue et de la profondeur de l’eau, où l’on voit une femme nager.

Fig. 747. Bain de femmes (piscine).

une autre prête à se jeter, où des poissons s’agitent, ce qui indique une piscine alimentée par une eau courante ; d’autre part, la colonne qui soutient une voûte, les coi i fures qui y sont suspendues prouvent que la scène se passe à l’intérieur d’un édifice. Deux femmes sont sorties du bain; l’une d’elles verse l’huile d’une fiole dans sa main. De semblables représentations ne peuvent laisser de doute

Aristoph.Pne. 843 ; Equit. 1060 et Scliol. ; Plut. Alex. 20 ; Diog. Laërt. X, 10 ; Pollux, VII, 166, 168 ; X, 63 ; Hesych. s. v. itvaXo? ; Bekker, Anecd. gr. p. 80; Iriser. d’Andanie, I. 107 (Lebas et Foucart, Voyage archéol., Péloponnèse, p. 793). 63 Gerhard, Elrusk. u. kampan. Vas. des Mus. zu Berlin, pi. xxx ; Panofka, Bilder antik. Lebens, pl. xvm, 9 ; Lcnormant et de Witte, Élite des monum. céram. IV, pl xvm Un vase de l’ancienne collection de Canino [Élite céram. IV, pl. xvn) représente un bain semblable. - 64 Plat. Bep. V, p. 453 d , Dio Cass. LY, 7 ; Galen. Comm. III in vict. ac. t. XV, p. 709 K; Meth. med. VII, 6, t. X, p. 473; Lncian. Hipp. 5 et 6 ; Lexiph. 5; il appelle aussi Aujfjo 6a=i? une piscine froide où 1 un nage ; I le mot baptisterium ne se rencontre pas avant l’époque romaine. — 65 plut. Cntias. p. 1 17; Galen. Meth. med. VIII, 2, t. X ; et X, 10, p. 724 K; cf. Phryn. p. 321 Loheck.

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sur la question de savoir s’il y avait en Grèce des bains communs pour les femmes, question qui peut paraître incertaine au moins pour les Athéniennes, d’après ce que l’on sait de leur vie renfermée, mais qui est résolue par les textes comme par les monuments, sauf quelques distinctions à faire peut-être quant aux temps et à la condition de celles qui les fréquentaient 66.

Autant sont rares les monuments qui représentent les bassins profonds auxquels s’appliquent les dénominations qui précèdent, autant sont abondants ceux où l’on voit ligurées de grandes vasques circulaires (XouT-qp, Xouxripiov), montées sur un pied rond ou sur une colonnette (uTroc-râttjç ou uTioffTotTov) 67, auprès desquelles se tiennent des baigneurs, hommes ou femmes, nus, debout, plongeant leurs bras dans le bassin, se faisant arroser d’eau ou occupés des soins de leur toilette. Dans une peinture de vase 68 ici reproduite (fig. 748), un homme chargé du service du bain s’apprête à répandre (xara vtXeïv, atovav) 69 l’eau contenue dans un grand vase [aryballosj sur un personnage placé devant lui, tandis qu’un autre se racle avec un strigile (cAeyyiç, Çuo-cpiç, strigilis); un instrument semblable est suspendu à la muraille, ainsi qu’un sac à éponge

ou une fiole d’huile : tous ces accessoires se rencontrent habituellement dans les scènes de bain ou de gymnase. Le mot AHMOÜA, inscrit sur le bassin, ne permet pas de méconnaître ici un bain public; et peut être en doit-on conclure que quelques uns des bains qui sont représentés de la même manière sur les vases 70 ont aussi ce caractère ; mais les circonstances du sujet ne donnent pas ordinairement le moyen de les distinguer des scènes de toilette qui se passent à l’intérieur des habitations, ni de celles qui ont une signification religieuse ou mythologique 71.

C’est dans cette dernière catégorie que l’on range d’ordinaire les images où cette interprétation est justifiée par la présence de l’Amour ou de génies ailés, ou même simplement d’hommes au milieu de femmes, les personnages étant pris, en ce cas, pour des divinités; et il est vrai que dans les peintures des vases les dieux sont souvent représentés mêlés aux mortels, quelquefois sans attributs bien distincts, dans des scènes familières que leur présence semble destinée à releveretà placer dans une région idéale. Cette

explication, peut-être la meilleure pour des peintures appartenant à un temps où le mélange des sexes dans les bains n’avait pas encore cessé de paraître choquant 72, doit, en ce cas, s’étendre à d’autres œuvres d’art, notamment

aux miroirs gravés, où l’influence et souvent la main des artistes grecs est manifeste, bien qu’ils aient été trouvés en Italie, comme celui 73 que reproduit la figure 749. Il vient de Palestrina, Cantique Praeneste, et est remarquable par la grâce du dessin. On y voit près d’un ),ouTyjp deux femmes, dont l’une verse sur l’autre l’eau contenue dans un vase élégant; à côté est un jeune homme, nu comme elles, tenant un strigile d’une main, de l’autre un vase à parfums [alabastrum] et qui paraît être le personnage principal. Est-ce un dieu, est-ce un homme? Avons-nous sous les yeux une scène de la vie réelle, traitée avec la liberté que l’art y mettait quelquefois? C’est ce qu’on ne peut décider en l’absence de tout renseignement au sujet des bains des Étrusques et des autres populations de l’Italie avant l’envahissement des habitudes grecques, qui devinrent prédominantes parmi elles et modifièrent aussi, comme on va le voir, les pratiques des Romains.

II. — Le mot latin balneum ou balineum vient du mot grec (âoXaveïov et, comme lui, signifie tantôt bain en général, tantôt maison de bains, et tantôt bain chaud et artificiel par opposition aux bains froids naturels que de tout temps l’on prit dans l’eau de la mer, des sources et des rivières. Ce nom se substitua, quand les mœurs grecques pénétrèrent à Rome, à l’ancien terme lavatrina ou latrina n\ qui n’exprimait pas la même chose. En effet, les Romains des premiers siècles ne faisaient pas, comme leurs descendants, un usage quotidien et raffiné des bains ; assez tard même ils se contentaient encore de se laver chaque matin les bras et les jambes, le reste du corps tous les huit jours 75.

C’est la pièce où l’on faisait dans la maison ces lavages, que l’on appelait lavatrina ; elle était placée dans le voi-

66 Athen. XIII, 59, p. 590, où il est dit en parlant de Phrvné : toi; îi| |*o*ioi; où* i/.pîjto paXaveiotç. L’existence des bains de femmes est déjà attestée par Hésiode, Op. et D. 153; niais on n’en peut, pour le temps où il -vivait, tirer quant au mélange des sexes, le sens qu’y voyait Clément d’Alexandrie, Paedag. III, 5,p. 272 Potter. Platon ( Çritias , p. 117 a) place dans la description de l’Atlantide des bains alimentés par deux sources, l’une froide et l’autre chaude, avec des bassins à ciel ouvert,

d’autres fermés pour l’hiver; il y en a de distincts pour les princes, pour les particuliers et pour les femmes enfin. — 67 p0U. vil, 167; X, 146; Paus. X, 26, 9; Athen. V, 42, p 207 f; Élite des mon. céi'am. IV, pl. xxui et suiv ; Gerhard, Auserl. Vas. IV,

pl. ccxcvi. —68 Tischbein, Vas. d’Hamillon, I, pl. lui; cf. Miilin, Peint, de oasis, II, 45; Raoul Rochette, Monum. inéd. p. 236. — 69y0y.note 38. — 70 Par exemple, Élite ceram. IV , pl. xx ; Tischbein, IV, pl. xxx. — 71 On peut comparer les sujets reproduits dans l’Élite des mon. ceram., I. I. — 72Ce relâchement n’appartient, à vrai dire, qu’a la Grèce des bas temps ; il en sera parlé plus loin, à propos des Romains. — 7 s Monum. d. Inst. arch. IX, pl. xxvm; Annal. 1871, p. 117. Vov. d'autres miroirs étrusques représentant des femmes au bain (Gerhard, Etr. Spiegel, pl. cvm, cix, cccxvn). — 74 Varru, Ueling. lat. IX, 68; Nonius, p. 212, s. V. Latrina. —7» (lato ap. Non. p. 108 s. u. Ephippium ; Senec. Ep. 86, 11.

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sinage de la cuisine, afin que l’on eût facilement à portée l’eau chaude et les vases nécessaires pour la verser16. On peut déterminer à peu près l’époque où un changement se fit dans les usages par le rapprochement de deux textes déjà cités : l’un où Caton déclare qu’au temps de son enfance on n’avait pas encore l’habitude de se baigner tous les jours, l’autre où Sénèque décrit le bain de Scipion, le vainqueur d’Annibal, dans son habitation de Liternum, qu'il venait de visiter : « nu, étroit, obscur, éclairé non par des fenêtres, mais par des meurtrières ; l’eau n’y était pas filtrée, et, après des pluies violentes, elle pouvait être quelque peu bourbeuse. . . » T out simple et primitif que fût ce bain, voilà cependant, dès la fin du iu° siècle avant Jésus-Christ, ou le commencement du n% l’exemple d'une pièce spécialement affectée à cet emploi dans une maison de campagne. Sénèque l’appelle balneum et balneolum ; balneum est aussi le mot dont se sert Caton, appliquant dès lors le nom d’origine grecque qui resta celui des bains plus complets, installés par la suite, soit, comme nous en verrons des exemples, dans les habitations particulières, soit dans des établissements publics (on appelait aussi ces bains balnearia) 77 .

Ceux-ci existaient à Rome dès le temps de Caton et de Scipion ; ils étaient placés sous la surveillance des édiles 78. Nous pouvons nous les figurer commençant par la réunion de deux salles au moins, l’une pour les hommes et l’autre pour les femmes, séparées par un fourneau commun 79 ; peut-être y en eut-il dès le début un plus grand nombre, mais sans aucune des recherches que le luxe et les inventions nouvelles y introduisirent plus tard. On ne s’y rendait encore que pour s’y laver et on n’y employait que l’eau chaude mêlée de la manière la plus simple à l’eau froide. Les étuves et les bains de vapeur, empruntés aux Grecs, les calorifères placés sous le sol et enveloppant les chambres d’air chaud, sont des inventions du dernier siècle de la république, et qui ne reçurent même qu’un peu plus tard leurs derniers perfectionnements. Nous les expliquerons en décrivant successivement toutes les parties des bains romains. Ces innovations furent introduites vraisemblablement par le goût particulier de quelques personnes avant d’appartenir à tout le monde ; de même que certaines pratiques de toilette, énumérées dans un vers satirique de Lucile 80, qui devinrent les accessoires ordinaires des bains sous l’empire, n’étaient encore, lorsqu’il écrivait, au iic siècle avant Jésus-Christ, que les raffinements d’un petit nombre.

Les habitudes varièrent aussi quant à la fréquentation des bains publics. Dans les derniers siècles de la république,

■76Varr. Ling. lat. V, 118; cf. Vitr. VI, 6, 2.— 77 Yarr. Ling. lat. VIII, 4S, 68, et Charisius, I, 12, expliquent l'emploi de balneum pour le bain privé, opposé au pluriel balneae pour les bains publics qui réunissaient des parties distinctes pour les hommes et pour les femmes; cf. : Plaut. Trin. 11, 4, 5; Pers. I, 3, 10 ; Cic. Pro Cael. 26, 62 ; De or. II, 55,223; Pro Cluent. 51, 141 ; C.insc.lat. I, 1141 ; Orelli, 4328 ; mais dès le temps de la république on trouve balneum pour des bains publics : C. insc . lat. 1, 1263, et sous l’empire fréquemment : Orelli, 2289, 3982, 6625, 6625, etc.; Plin. H. nat. XXXIII, 12 et 54; Martial. III, 20, 86 ; IX, 341 ; cf. XII, 50, 2 ; Juv. VII, 4 ; Marini, Atti di fr . Arv. p. 532. Pour le pluriel balnearia , voy. Cic. Ad Q . frat . III, 1,1; Ad A K. XIII, 29 ; C.olum. I, 6, 2 ; Sen. De tranq. 9 ; Quaest. nat. IV, 9 ; lavacrum fut employé dans le même sens surtout dans la basse latinité. — 78 Sen. Ep. 86, H, De vita beat. 7 ; Plut. Q. nat. IV, 10.— 7» Sen. Ep. 86, 1 1 . — 8° Ap. Non. p. 95 Mercier ; p. 97 Quicherat : « Rador, subvellor, desquamor, pumicor, ornor, expilor, pingor. » — 81 Suet. Aug. 94 ; voy. aussi A. Gell. X, 3, 3.— 82 Plut. Calo maj. 20. — 88 76.; Cic. De off. 1, 35 ; Orat. II, 55 ; Val. Max. II, 1, 7; Capitolin. Gord. 6. — 84 Veg. I, 10; Hor. Od. I, 8, 8 ; III, 12, 7 ; Serm. II, 1, 8; Ovid. Trist. III, 12, 21 ; Cic. Pro. Cael.XY, 36 ; Galen. Meth.med.X, 10, t. X, p. 715. — 88 L. I.— 88 Voy. Cic. l.c. et les textes cités note 84. — 87 Quintil. V, 9, 14 ; Plin. H. nat. XXXIII, 12, 54 ; Mart. III, 51 et 72 ; VII, 35 ; XI,

47 et 71. 88 Dio Casst LXIX, 8; Spart. Hadr. 18; Capitolin. Al. Ant. 23 ; Lampr. Al.

Sev. 24.— 89 Clcm. AU Pacd. 111, 5; Cvprian. De virg. habitu, p. 179, Paris, 1726;

des hommes de toutes les conditions s’y rencontraient ; il y en avait aussi pour les femmes, où se rendaient celles même des plus nobles familles 81. Il est possible qu’il n’en ait pas été ainsi tout d’abord et que l’on ait eu quelque peine à s’habituer au bain en commun, au temps où l’on était séparé davantage par la différence des conditions et où l’austérité des mœurs ne souffrait pas que les hommes se dépouillassent les uns devant les autres 82. L’usage qui, beaucoup plus tard, ne permettait pas que le fils qui avait atteint l’âge de puberté se baignât avec son père, ni le gendre avec son beau-père 83, est un reste de l’antique sévérité ; mais elle dura peu : les jeunes gens qui se plongeaient 8V dans le Tibre au sortir des exercices du Champde-Mars, ou dans la piscine publique [piscina] ne devaient pas faire difficulté de se trouver ensemble dans les maisons de bains. Caton accusait 88 l’influence des mœurs grecques d’avoir habitué les hommes à paraître nus, non-seulement devan t d’autres hommes, mais même devant des femmes. Si cela arrivait, c’est sans doute quand ils se baignaient en plein air, par exemple, dans le voisinage des jardins qui bordaient le Tibre 86, car au temps de Caton, les bains des hommes et ceux des femmes étaient rigoureusement séparés ; il n’y en eut de communs aux deux sexes ( communia , mixta balnea ) que sous l’empire87, ce mélange fut un des symptômes les plus frappants et une des causes les plus actives de la dépravation des mœurs. Hadrien tenta d’arrêter cette licence ; mais s'il y réussit, ce ne fut que pour peu de temps. Les défenses faites par d’autres empereurs après lui n’eurent pas un meilleur succès 88. Même après l’établissement du christianisme, les exhortations des Pères de l’Église et les défenses des conciles montrent combien les efforts pour empêcher cette promiscuité restèrent impuissants fl9.

Des particuliers, le plus souvent des affranchis, quelquefois de nobles personnages, étaient propriétaires90 de bains, affermés à un baigneur ( balneator ) et ouverts moyennant une faible rétribution ( balnea meritoria). 11 semble résulter d’assez nombreux passages des auteurs que le prix ordinaire fut longtemps un quadrans , c’est-à-dire le quart d’un as. Le prix devait varier d’ailleurs, comme la qualité des bains eux-mêmes, dont les amateurs savaient fort bien faire la différence, et les propriétaires vanter les avantages91; les femmes paraissent avoir payé plus cher l’entrée des bains qui leur étaient spécialement destinés 92 ; les enfants seuls ne payaient rien 93. Quand il est question de bains gratuits, cela veut dire sans aucun doute que quelqu’un , par libéralité ou pour capter la faveur du peuple, s’était chargé seul de toute la dépense w.

Mansi, Concil. nova coll. I, p. 258 et s. ; II, p. 569 ; XI, p. 978 ; Savaro, ad Sid. Apoll. Ep. II, 2; Marquardt, Rom. Privatalt. I, p. 290, n. 1816. Sous Justinien (Cod. V, 18, 11, § 2; V, 17), le fait d'avoir été au bain avec des hommes était une cause de divorce, mais s’il avait lieu « libidinis causa »; et la loi punissait de mort l’homme qui avait mené une femme aux bains, mais dans une intention coupable et malgré elle (Nov. XXII, 16. § 1). — 80 Comme Brutus dès le temps des Gracques : Cic. Or. II, 55; Pro Cluent. 51; Pro Rose. VII, 18 ; Pro Cael. 25,61 ; Mart. I, 59; 11, 14, 11 ; III, 20, 16; Porphyr. Ad Hor. Ars poet. V, 32; Dig. III, 2, 4, § 2, XIX, 2, 30, § 1 ; Orelli, 4302; Mommsen, Discr. r. Neap. 2902, 0833. Sur les noms de ces bains, qui paraissent avoir été ordinairement ceux des possesseurs, voy. Jordan, dans 1 Hermès , t. IX, p. 417 ; Id. Forma urbis Romae regionum XIIII, Berl. 1874, p. 42. — 9*Sen.I. I. ; Cic. Pro Cael. XXVI, 62 ; Hor. Sat. 1,3,137; cf. Ep. 1, 1, 92; Juv. VI, 447; Mart. III, 30, 4. L’édit de Dioclétien, c. VII, 76, fixe à 2 deniers le maximum à payer à l'entrepreneur ( balneatori privatario ) ; Mart. 1, 60, 3 ; II, 14, 11 ; Marini, Atti, p.532 : ix frakdiis c. legianni veri BALWEVM. MORE VRRICO LAVA [TVn] . OMMA COMMODA PRAESTANTVR J Orelli, 4328 J MaZOlS, II, p. 69 : TI1ERMAE M.CRASS1 FRVGI AQVA. MARINA ET BALN AQVA DVLC.I IANVARIVS. — JUV.

VI, 447. La femme dont parle le poète affecte des allures masculines et fréquente le bain commun ; cf. Cic. Pro Cael. 26; Dio Cass. XLIX, 43. — 93 juv. II, 152 et Sch., voy. cependant Orelli, 3325. - 94 Dio XXXVU, 51 ; XLIX, 43 ; LIV, 29; Orelli, 202, 3325, 3326; Ménard, Hist. de Nimes, t. VU, p. 282 ; Dig. XIX , 2, 30, g 2

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Lorsque le bain fut entré dans les habitudes, au point que l’on ne put plus s’en passer un seul jour, il y eut dans toutes les villes des établissements qui devinrent pour elles une source de revenus [balneare] ; de simples villages mêmes en possédaient, et quelquefois plusieurs9’. ARome, leur nombre s’accrut sans cesse; Agrippa, pendant son édilité, en ajouta 170 à ceux qui existaient déjà % ; Alexandre-Sévère en construisit dans les quartiers qui en étaient encore le moins bien pourvus 97. D’après les anciennes descriptions de Rome, on n’en aurait pas compté finalement, au temps de Constantin, moins de 836 98. Dans- ce nombre ne sont pas compris les immenses thermes bâtis successivement par Agrippa, puis par plusieurs empereurs, constructions qui couvraient de vastes espaces et comprenant, outre les différentes sortes de bains, un grand nombre de salles, de portiques et de cours spacieuses pour les exercices gymnastiques, les jeux, la conversation, la lecture, même pour boire et manger. Ces édifices compliqués, aussi bien que les gymnases des Grecs ", doivent être étudiés à part [tuermae, gymnasium]. Nous ne parlerons ici que de ce qui constitue les bains à proprement parler. Les vestiges qui en subsistent encore sur tant de points de l’ancien monde romain, permettent de se rendre, avec l’aide des textes, un compte assez exact de leurs dispositions.

Des exemples de l’installation la plus simple se rencontrent dans quelques habitations dePompéi : c’est 1 ancienne lamtnna , consistant en une seule pièce voisine de la cuisine et où est ménagé un écoulement pour l’eau. Nous citerons la maison dite du Faune ou de la Grande Mosaïque100. Celle du Labyrinthe 101 possède un bain situé de même, mais qui se compose de trois chambres et par son plan et ses dispositions se rapproche des bains plus complets dout nous donnerons plus loin des exemples. Celui de la maison de Livie, à Rome, que les fouilles du Palatin ont fait découvrir il y a peu d années 10~, se réduit a deux chambres (fig. 730), de cinq mètres environ en 2 carré, dans l’une desquelles est un four-

* neau. Tels devaient être encore à Rome,

<2 à la fin de la république, les bains même A d’importantes maisons ; on va voir com-

* bien le luxe se développa rapidement \ dans cette partie des habitations. Cela

est frappant surtout quand on compare rig. 75o. Bain dans la maison qui vient d’être citée avec

maison de Livie. , ,. ,,, ., ,

celles de Pompei, qui n était qu une fort petite ville et qui fut détruite, comme on sait, en l’an 79 après Jésus-Christ; mais elle était située dans une partie de l’Italie où les habitudes grecques avaient anciennement pénétré. Il n’est pas douteux que les Romains, à mesure que ces mœurs furent adoptées par eux, y accommodèrent partout leurs constructions. Après l’usage

95 plin. Ep. 11,17,26 ; Orelli, Corp. insc. lat. 202 J Marini, Atti, p. 523, 1 90.— se plia. Iî. nat. XXXVI, 15, 24. — 97 Lamprid. Al. Sev. 38. — 98 Preller, Begion. der Stadt Boni, léna, 1846, p. 105 et 234 ; Urlichs, Bail. Allgem. litt. Zeitung, 1847, n. 63, p. 503; Jordan, Topogr. d. Stadt Bom, Berl. 1871, II, p. 83; ld. Forma urbis Bornas, p. 42. — 99 ils sont en divers endroits appelés gvmnases : Dio Cass. LUI, 27 ; LXI, 21 ; Tac. Ann. XIV, 47 ; voy. Preller, Op. I. p. 106; cf. Athen. V, p. 210 f; VII, p. 527 e; Mart. IX, 76; Orelli, 4326. — l»» Mazois, Buines de Pomp. t. II; Fiorelli, Peser, di Pompei, Napoli, 1875, p. 156. — 101 Mazois, l. I. Fiorelli, p. 148.— '92 Bev. archëol. N. S. t. XXI, 1870, p. 326. — 1°3 Plut. Apopht. Bom. 10; Justin. XLIV,£, 6. — 1°4 Plin. Hist. nat. IX, 79 et XXVI, 8; C.ic. ap. Nonium, p. 194 Merc.; Val. Mal. IX, 1, ajoute: n quae impensa levibus initiis coepta ad suspensae caldae àquae tantum non aequora penetravit. » — '95 Sénèque [Ep. xc, 25) en parle comme d une invention de date encore peu ancienne. — '98 Dio Cass. L V , 7. — 197 Lampr. Hcliog. 2+ ; Prudent.

journalier du bain chaud, qui fut de bonne heure général l(W, ils prirent successivement aux peuples voisins qui étaient déjà convertis à ces pratiques, les étuves et les bains de vapeur, et toutes les combinaisons de l’eau chaude et de l’eau froide.

Un homme qui resta célèbre par la recherche et les raffinements de sa vie, Sergius Orata, au commencement du dernier siècle de la republique, fit elever le bain audessus d’un hypocauste 10* ou souterrain rempli d’air chaud [hypocaustum], invention ensuite perfectionnée par celle des conduits de chaleur circulant dans les murs, qui répandaient également la chaleur dans toutes les parties d’une salle 103. Mécène, vers la fin du même siècle, eut, le premier à Rome 106, une de ces vastes piscines d’eau chaude où l’on pouvait nager (y.oXutj.ë7iftpa, cohmbus 101 , calula piscina 108). C’est dans le même temps qu’Agrippa construisit les vastes thermes qui portèrent son nom, où toutes les commodités et tous les perfectionnements furent mis au service de tous, et notamment les étuves grecques que l’on voit désormais fréquemment désignées par le nom de laconicum 109 ; elles étaient certainement déjà connues en Italie 110. Auguste suait devant le feu, et ensuite se faisait arroser d’eau dégourdie ou chauffée au soleil ul. Les uns, après avoir transpire, se taisaient ainsi répandre l’eau, chaude ou froide, sur la tête et sur le reste du corps 114 ; les autres se plongeaient immédiatement dans un bassin qui contenait l’une ou l’autre 113, ou passaient sans transition de Tétuve dans l’eau glacée m. La manière de se baigner ne varia pas seulement selon les préférences et la fantaisie de chacun, ou pour obéir à des prescriptions hygiéniques : il y eut aussi des changements qui entraînèrent tout le monde, et il semble que la mode y ait eu quelque part. Ainsi l’eau froide fut mise en grande faveur au temps de Pompée par le médecin Asclépiade 113 ; puis, à la fin du règne d’Auguste, par Antonius Musa 116, qui guérit l’empereur grâce à ce traitement, et encore, sous Néron, par Gharmis de Marseille11', qui prescrivit à son tour l’eau froide en plein hiver. Des vieillards mêmes se firent un mérite de la supporter aussi froide que possible. Sénèque, qui se vantait d’avoir été un de ces amateurs d’eau froide ( psychrolutes ) et de s’être plongé au 1er janvier dans l’eau de Vaqua Viryo, y renonça pour celle du Tibre, un peu moins glacée, et en revint finalement à celle d’une baignoire chauffée au soleil 118. D’autres personnes prenaient le bain chaud à une température que l’on pouvait à peine endurer 119.

Sans nous occuper davantage de ces variations, nous dirons que le bain normal et complet, à Rome comme en Grèce, jusqu’à la fin des temps anciens, se composait essentiellement de trois actes, à savoir, l’étuve, le bain d’eau chaude et le bain d’eau froide 120 ; à quoi il faut en ajouter un quatrième, qui, pour ne pas faire partie du

Peristeph. XII, 36 ; Orelli, Insc. 4043; Henzen, Suppl, p. 440 ; Mommsen, Insc. r. Neap. 7234. — los Plin. Ep. II, 17, 11. — 109 Dio Cass. LUI, 27. Voy. plus loin, p. 657. — 110 Plaut. Xlî'eA. 229 ; Cic.AdAtt. IV, 10; cf. Ad Quint, fr. III, 1,2. — m Suet. Aug. 82; cf. Apul. Met. IV, p. 145.— H* C.els. I, 4; IV, 5 ; Plin. Hist. nat. XXVIII, 14,4; Calen. X, p. 722; Coel. Aurel. Chron. I, 1, p. 283; I, 4, p. 307; II, 1, p. 361 ; 11, 3, p.(870; et ailleurs, voy. Daremberg, Œuv.d’Oribase, t. II, p. 878. — U3 Plin. Hist. naU XXIX, 7, 38; Cels. VII, 26, 5; Galen. Metli. med. VII, 6, t. X, p.473 Kuhn ; Lamprid. Al. Sev. 30.— I'4 Mart. IV, 42; Petron. Sat. 28 ; Plut. Symp. VIII, 9; Sid. Ap .Ep. II, 9. Carm. 19; Auson. Afos. 341.— H® Coel. Aurel. Acut. I, 13, p. 45; Plin. XXVI, 3 (8).

— 116 Suet. Aug. 59 et 8 1 ; Plin. Hist. nat. XXIX, 5 ; Dio Cass. LIII, 30 ; cf. Hor. Ep. 1, 15.

— 117 plin. 1. 1. - us Sen. Ep. LIII, 3; LXXXIII.b; cf. CVUI, 16. — l'9 Scn. Ep. LXXXIII, 10 et 1 1 ; Petr. Snf. 72; Plut. Symp. VIII, 9. — l'30 Galen. Meth. med. X, 10 ; t. X, p. 708, 713 ; et ap. Oribas, X, p. 370 Daremberg, et Ib. t. II, p. 865 et s.

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bain à proprement parler, n’en était pas moins jugé indispensable, Fonction d’huile accompagnée de frictions, qui précédait ou suivait les autres opérations 121 [alipta, unctio].

La distribution du bain, même dans les habitations particulières, répondit à cette succession d’actes. Les salles qui paraissaient le plus nécessaires étaient celles en effet que l’on trouve réunies habituellement : l’une pour le bain chaud (ce lia caldaria, caldarium 122), une autre pour le bain froid ( cella frigidaria , frigidarium 123j, et entre ces deux premières 124 une troisième, où l’on entretenait une chaleur tempérée (cella tepidaria, tepidarium 123), mais où il ne se trouvait d’ordinaire aucune espèce de baignoire ou de réservoir d’eau. Les baigneurs la traversaient une première fois et y demeuraient quelque temps avant d’entrer dans le caldarium 12e, afin d’amener graduellement le corps par une transpiration légère à supporter la température élevée de cette dernière pièce ; puis une seconde fois, en sortant du caldarium, avant de passer dans le frigidarium de manière à adoucir encore la transition 127. Cette salle intermédiaire servait aussi quelquefois pour se déshabiller ou pour faire les onctions, quand un local distinct (apodyterium 128, unctoriamiî9, destrictarium130), n’avait pas reçu une de ces affectations spéciales.

On reconnaîtra cette distribution dans le plan (fig. 751) d’un étage de la maison découverte à Pompéi, en 1769, en présence de l’empereur Joseph 11 ; elle a été depuis ensevelie de nouveau, mais les dispositions nous sont connues par les dessins de Mazois 131 . Un étage souterrain de cette maison, qui en avait trois s’élevant par des terrasses successives de la mer vers la ville, renferme toutes les pièces nécessaires au bain des maîtres et des serviteurs. On y arrive par un escalier, 1, suivi d’une pente douce, qui aboutit, 2, à l’officine du bain. Là se trouve, a, le fourneau (fornax 132), où l’on chauffait l’eau, à côté d’une pièce sans jour, -4, dont la destination n’est pas déterminée ; deux baignoires, b, b, pour les esclaves étaient placées dans un des angles. Le bain des maîtres est séparé

de cette partie destinée au service. Une première chambre ou large passage, 5, qui pouvait servir d ' apodylermm, conduit à trois pièces placées sur une même ligne, dans les-

121 Cels. I, 3 ; Galen. I. I. p. -579 et 481 ; Coel. Aur. Tard. pass. III, 5 ; Apul. Met. IV, p. 1 45. — l^2 Vitr. V, 11 (10), 1 ; Cels. I. 3 ; Plin. Ep. V, 6,20 ; Sen. Æp.LXXXVI, 1 1 ; Orelli, 5659. — 123 plin. 1. 1. — 121 Cella media, Plin. l.l ; 6 oiw>;, Galen. 1. 1. X,p. 724 et s. —123 Cels. et Vitr. I. L; Crelli, 3323. — 126 Cels. I, 3 et 4 : Anteomnia in tcpidario residere... Sub veste primum in tepidario insudare; cf. Lucian. Hipp. 5. — 127 Galen. l.e.; Cels. I, 4. — 128 Plin. Ep.\, 6,25 et 27 ; Orelli, 3278; Lucian. l.c.: étatisn;; Tsid. Gloss. p. 488: spoliarhim. — Plin. Ep. II, 17, H, où Vunrtorinm a la place du tepidarium; L. Renier, lusc. de l’ Algérie, 1251. — >3u Ce nom est connu par

quelles il est facile de reconnaître les trois pièces essentielles du bain: le tepidarium, 6, placé entre le caldarium, 7, et le frigidarium, 8. Le caldarium est chauffé par un fourneau dont on voit la saillie dans l’officine contiguë, au point marqué 3. Les proportions et la forme de cette salle, plus longue que large, arrondie à l’une de ses extrémités, carrée à l’autre, sont celles que l’on rencontre le plus ordinairement dans cette partie du bain 133 ; nous nous contenterons de les signaler quant à présent, de même que le plan circulaire du frigidarium contenant un bassin autour duquel des niches sont placées symétriquement. La voûte de cette salle s’élève en cône jusqu’à la terrasse de l’étage supérieur, où elle aboutit par une ouverture que l’on fermait à volonté, au moyen d’un tampon de pierre m.

Dans la belle habitation 136 connue sous le nom de villa de Diomède, qui est située en dehors de l’enceinte de Pompéi, le bain forme un petit quartier à part. En voici

le plan (fig. 752). L’entrée, 1, donne accès d’abord dans une cour triangulaire, avec galerie couverte, 2, sur deux de ses côtés. Au mur qui forme le troisième côté est adossé un bassin ( piscina , baptisterium ), mesurant 2m,17 sur 2m,85, revêtu en stuc et pourvu d’un rebord dallé en marbre ; on y descendait par des degrés. L’eau, versée par un masque appliqué au mur élégamment décoré de peintures, s’écoulait au dehors par un conduit. On préférait quelquefois l’eau ainsi recueillie dans une piscine en plein air, moins froide que n’était d’ordinaire celle du frigidarium 136. Un toit, dont on voit encore les attaches, supporté par deux colonnes, abritait le baigneur contre les rayons du soleil. A l’extrémité de la galerie qui se dirige vers la gauche est un dressoir auprès d’un foyer sur lequel on pouvait faire chauffer les boissons ou les mets dont on faisait usage pendant le bain 137. En suivant celle qui fait face à l’entrée, on rencontre, adroite, une première pièce, 3, dont tout le tour était garni de tablettes ; c’était vraisemblablement l’endroit où l’on déposait ses vêtements et où l’on gardait peut-être aussi l’huile, les parfums, les strigilcs et autres objets nécessaires à la toilette ; de là on passait dans le frigidarium, 6, puis dans le tepidarium , 7, et eniin dans le caldarium, 8, dont une coupe (fig, 753)

une inscription découverte en 1857 à Pompéi : Corp. msc.lat., IV 1251; Minervini.ÆitA Napnl. Y, 113; Michaelis, Arch.Zeitung, 1859, p. 1 8; Niccolini, Case di Pompéi. fasc. XV, p. 6 ; Fiorelli, Descr. di Pomp., p. 162. Voy. note 179. — 131 Iluin. de Pomp., t. II, pl. xxxn-xxxiv, v. aussi xxvm et s. — 132 Voy. note 140. — 133 y. les fig. 753 et 763 et les explications qui s’v rapportent. — 134 Comp. la fig. 764.— 13™ Mazois, t. II, pl. xlvii et lu, p. 92 et s.; Donaldson, Pompéi, t. II; Mus. Borbon. t. XVI, pl. xv; Overbeck, Pomp., p. 248 et s. (Ire édit.). — 136 Plin. Ep. V, 6, 25: Si natare latius aut tepidius velis, in area piscina est; cl. Sid. Apoll. Il, 2. — 137 Mari. Xll, <0 et il. 235.

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et un plan sur une plus grande échelle (fig. 754) feront mieux comprendre la construction 138. Comme le calda-

Fig. 753. Coupe du caldarium de la villa de Diomède.

rium de la maison du Labyrinthe et comme celui qui est représenté au n° 7 de la figure 751, celui-ci s’arrondit en hémicycle à l’une de ses extrémités et se termine carrément à l’autre, où est placée la baignoire, F, en stuc, et qui était autrefois revêtue de marbre en dehors. Une mosaïque, A, est étendue comme un tapis au milieu delà salle.

Au fond, une petite vasque , M , recevait l’eau d’une fontaine alimentée par un conduit, N, venant d’un réservoir voisin. On voit ce réservoir à l’angle supérieur du plan général, dans un espace entièrement clos. Un autre conduit, B, amenait l’eau

Fig. 754. Plan du caldarium.

jusqu à la chaudière, O,

( fornax , hypocausis). Celle-ci était double, c’est-à-dire que deux récipients étaient superposés l’un à l’autre, comme on le voit dans la coupe (fig. 753), l’un placé immédiatement au-dessus du feu, contenant l’eau bouillante, l’autre, plus haut, où elle était seulement tiédie. L’eau tiède n’était introduite dans le vase inférieur qu’à mesure que celui-ci se vidait, le remplissant ainsi sans le refroidir 1,19 . Il était donc facile, au moyen de robinets correspondant aux deux vases, de se procurer un bain à la température que l'on souhaitait. Tout l’appareil de chauffage, à savoir, le foyer au-dessus duquel étaient suspendues les chaudières, C, un fourneau de cuisine, D, et un autre plus grand, E, est placé en dehors du caldarium , dans la partie marquée 9 sur le plan d’ensemble (fig. 752). On voit sur ce même plan une cuve de forme allongée, B, adossée au mur du frigidarium . Une table en pierre est appuyée au mur du fond. En 10, était un escalier en bois, qui a été détruit.

138 Voyage pittoresque de Naples , pl. lxxix ; Winckelmann, Œuvres, trad. fr. Paris, an II, t. II, pl. xxxvii, p. 332; Mazois, l. I. — 139 Cf. Vitr. V, Il (10), 1 ; Pallad. 1,40 et voy. note 200.— 140 Yitr. V, H (10), 2, et V, 12 (H), 2; Plin. Ep. II, 17, 11 ; Scrib. Larg. 60; Plut. Sympos. t. VIII, p. 614. Hypocxosis est l’endroit où sont les moveus de chauffage, hypocxustum l’endroit chauffé. Nous renvoyons à ces noms. — 141 L. I. et par Palladius, I, 40. Les piles sont ordinairement en briques et quelquefois en briques mêlees de bourre, comme l’indiquent ccs deux auteurs.

La température du caldarium était maintenue à un degré élevé au moyen de l’air chaud qui l’enveloppait de toutes parts. En effet, au-dessous du pavé est un souterrain communiquant avec l’endroit où le feu était allumé {praefurnium, propnigeum, fornax , hypocausis 14°), de manière que la chaleur y pénétrait, et, pour qu’elle se propageât jusqu’au bout, une légère inclinaison élève l’aire ainsi suspendue vers l’extrémité opposée au foyer. Des tuyaux en terre cuite, percés de trous, servent de supports : des briques longues sont posées sur ces petits piliers, et par-dessus ces briques un dallage, recouvert lui-même par la mosaïque. On a suivi ici tous les conseils donnés par Vitruve 141 pour la construction des suspensurae. C’est l’invention de ce système de suspension de la chambre de bain au-dessus d’un vide rempli d’air chaud ( suspensurae , balnea pensilia), qui était attribué142 à C. Sergius Orata, et au commencement du Ier siècle avant Jésus-Christ. Le chauffage des parois latérales au moyen de conduits d’air chaud en fut le complément un peu plus tard 14S. Les ruines des maisons romaines en ont fourni d'abondants exemples, aussi bien que des suspensurae. On y reviendra quand il sera question du chauffage des habitations en général j [hypocausis, hypocaustum]. Les exemples que nous citons ici et plus loin 144 suffiront à montrer l’application dans les bains de ces moyens de chauffage. Comme on le voit par le plan, dans l’espace qui sépare le gros mur de son revêtement à l’intérieur de la salle, G, ont été introduites des briques dont un des côtés est garni de tenons ( tegulae mammatae 145), en sorte qu’il reste un isolement entre la brique et le mur, et que l’air chaud venant de l hypocauste circule par autant de canaux (tubi, alveoli, cuniculi I46), qu’il y a de rangées de briques.

Le caldarium est la seule pièce qui fût ainsi chauffée dans le bain de la villa de Diomède, bain de petites dimensions, où l’eau et la chaleur étaient habilement ménagées et distribuées dans un étroit espace. Le tepidarium , qui en est voisin, n’était chauffé ni par un hypocauste, ni par des conduits latéraux ; on se contentait sans doute, pour en élever légèrement la température, d’y apporter un grand réchaud plein de charbons ( foculus ), et ce moyen était employé même dans de grands établissements, par exemple dans les bains publics de Pompéi, où ont été trouvés 147 des réchauds semblables.

Nous nous sommes servi jusqu’à présent du mot caldarium pour désigner l’endroit où on transpirait et où l’on prenait le bain chaud ; c’est le terme le plus général ; mais on en rencontre d’autres, correspondant aux différentes sortes de bains qui tantôt s’y trouvaient réunis, et tantôt, quand on disposait d’un plus grand espace, étaient distribués dans des locaux séparés. Ainsi les mots calda luvatio 148 s’appliquent proprement au bain d’eau chaude ; sudatio et sudatorium 149, à l’étuve ; laconicum, à une étuve d’une espèce particulière que nous allons expliquer.

La salle qui dans la plupart des bains romains renferme à la fois les étuves et les bains chauds, a généralement la forme de ceux que l’on vient de voir, et les proportions recommandées par Yitruve : sa longueur dé-

— 142 Voy. note 104. — 143 Voy. note 105. — 144 Pages 656 et s. — 145 plin. Hist.nat. XXXV, 46 (12). — 146 Dig. XLIII, 21, 3, § 6 : « cuniculi per quos xapor trahitur in balneariis ; » Plin. Hist. nat. IX, 38, 134; Sen .1.1. « impressos parictibus tubos per quos circumfunderetur calor » ; Vitr. V, 10, IV : « testitudines alveolorunt ex communi hypocausi calfaciantur.» — 147 y0y. notes 182 et 183 et fig. 762 ; le tepidarium des Anciens bains, à Pompéi, n’était chauffé que par ce moyen. — 148 Vitr. V, U, 2tl. — 149 Vitr. V, 11, b; Sen. .De vita tenta, 7; Ep. LI, 6.

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passe environ d’un tiers sa largeur150; elle est, à l’une de ses extrémités, arrondie en forme d’abside, et sous la voûte hémisphérique (, hemisphaerium ) de cette abside est un bassin rond, peu profond, le labrurn 151, qui n’est autre chose que le Xout^p des Grecs, autour desquels les baigneurs se plaçaient pour se laver et s’arroser d’eau chaude ou d’eau froide 152 ; à l’autre extrémité est la baignoire où l’on se plongeait : c’est le tojsXoç des Grecs, que désignent les noms très-généraux de calda lavatio ou d 'alveus, mais qui recevait encore, selon sa forme ou sa capacité, ceux de descensio 153, si l’on y descendait par des degrés ; de solium 154, si l’on pouvait s’y asseoir, soit sur les degrés mêmes, soit sur des banquettes disposées à cet effet ; de natatio calida piscina 155, Oeppt-yj o£;au.£vq 1SG, xoXuji.6^6pa ÔEppuni uSaxoç 187, si les proportions en étaient assez grandes pour qu’on pût y nager. On voit ici (fig. 755)

Fig. 755. Baignoire,

une baignoire en marbre du musée, du Louvre, provenant des thermes de Rome158; plusieurs musées possèdent des cuves de ce genre en marbres de prix, en porphyre, etc. A Pompéi on en a trouvé aussi qui sont en bronze et, par la forme, toutes semblables à celles dont nous nous servons actuellement159. Plus ordinairement le bassin était creusé et placé plus bas que le niveau du sol.

Une coupe (fis;. 756) du caldarium des bains publics de

Pompéi, montrera la construction de cette salle 160 ; elle est placée au-dessus d’un hypocauste; une voûte cintrée la couvre dans toute sa longueur, d’où le nom donné aussi à cette pièce, de concamerata sudatio ; à l’un des bouts est l 'alveus : il est de marbre, assez grand pour contenir huit à dix personnes, entouré d’un haut rebord ( pluteus ), précédé de deux degrés en dehors et garni en dedans d’un gradin sur lequel on pouvait s’asseoir, tandis que l’autre côté oflre un dossier incliné (pulvinus) 161 ; à l’autre bout on aperçoit l’hémicycle où se trouve le labrurn , avec un espace libre tout autour ( schola ) 162, où pouvaient se tenir ceux qui attendaient le moment

Fig. 757. Caldarium des Anciens bains, à Pompéi.

d’approcher du bassin à leur tour ; un second dessin, en perspective (fig. 757), de cette partie du bain en facilitera l’explication. Au milieu de la voûte est percé un jour

Fig. 756. Coupe du caldarium des Anciens bains, à Pompéi.

{lumen), qui pouvait être ouvert ou fermé au moyen d’une sorte de bouclier circulaire ( clipeus ), ou d’une cloche de métal s’adaptant exactement à l’ouverture : en tirant ou

150 vitr. V, 12 (11), 2: « Proxima collocetur concamerata sudatio lougitudine duplex quam latitudo, quae habeat in xersuris ex una parte laconicum ad eumdem modum uti supra scriptum est compositum, ex adverso laconici caldam laxationem;» cf. Vil (10), 5; Pallad. 1,40. — 151 Ib. Ce bassin dans les Anciens bains de Pompéi porte une inscription qui lui donne le nom de l.abrum : Mommsen, Insc. reg. Neap. 2217 ; Mus. Borbon. Il, p. 21 et s. ; Fiorelli, Op. c. p. 233 ; cf. Isid. Ong. XX, 6, 2.

— 152 Toy. note 112. — 153 Pim. Ep. V, 6, 26 ; cf. Gels. X, 4; Vitr. IX, praef. 10 ; Petr. Sut. 73 ; Fest. — 18it Cels. VII, 26, 5; Vitr. Petron. Fest. 1. 1. ; Tit. Lix. XLIV, 6 ; Plin. Hist. nat. XXXIII, 17; Sid. Ap.Ep. 11,2; Scrib.Larg. 130 : « Solium caldum.»

— 155 plin. Ep. II, lV, H. — 156 Galen. Meth. med. VIII, 2 (t. X, p. 536 K). — 187 Ib.

en relâchant les chaînes auxquelles la plaque était suspendue 163, on laissait entrer de l’air froid et échapper l’air chaud et la vapeur amassés sous la coupole, et

VU, 6 (t. X, p. 47 3). — 158 Bouillon, Musée, III, pl. x; Clarac, Mus. d. sculpt. II,

pl. cclx, n. 637. 159 Ceci, Piccoli bronzi etc. d. museo di Napoli, pl. xin, 1-

160 Mazois, t. II, pl. xlxiii ; Bechi, Mus. Borb. II, pl. li ; Brulloff, Thermes de

Pompéi, Paris, 1829, pl.xm. Elle a de long, 2", 300, de large, U», 126, de haut, 1">,067.

161 vitr. V, 11 (10), 4, 96. — 162 Ib .; Tertull. Adv. Marc. Il y axait aussi une

schola entre le mur et 1 ’alveus, quand ils n’étaient pas adhérents, comme dans le présent exemple ; de même autour du bassin du frigidarium (xoy. fig. 763, 764). — 155 De la même manière que l’on hissait les réxerbères qui éclairaient les rues axant l’inxention du gaz. Voyez une restitution dans l’édition de Vitruxe par Marini, pl. xcm,fig. 5. Les attaches des chaînes oDt été trouxées encore fixées aux murailles.

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ainsi on réglait à volonté la température. Trois fenêtres carrées sont placées à la voûte près de l’entrée de l’hémicycle de manière à répandre la lumière principalement dans cette partie de la salle. Vitruve voulait qu’elle tombât directement sur le labrum, afin qu’elle ne fût pas obscurcie par les personnes se tenant autour du bassin.

Toutes ces dispositions sont conformes à ce que prescrit Vitruve 164 au sujet des étuves ( sudationes , concamerata sudatio ) et du laconicum , qui, dans les passages où il en est parlé, ne sont pas séparés. Cependant c’est une question des plus controversées que celle de savoir s’il faut reconnaître le laconicum dans la partie voûtée en cul-defour qui, dans les plans que nous avons examinés, termine le caldarium , ou s’il faut le chercher dans un local séparé et entièrement clos, comme cela serait nécessaire, dit-on, pour une étuve dont la chaleur était poussée à la limite de ce qu’on pouvait supporter 165. Enfin beaucoup de ceux qui ont écrit sur cette matière ont cru que le laconicum devait être un appareil spécial, sorte de poêle placé sur le sol du caldarium et en communication avec 1 hypocauste ; ils ont appliqué à cet appareil le nom d’/iemisphaerium qui indique la forme du laconicum à sa partie supérieure, et pour eux le clipeus serait une plaque mobile qui ouvrait et fermait à volonté un passage à la chaleur et même à la flamme. Disons tout de suite que cette dernière opinion ne se fonde que sur une représentation des bains romains qui a pu égarer de très-bons juges tant qu’elle a passé pour antique, mais qui doit être écartée aujourd hui que l’erreur de cette attribution est démontrée : nous voulons parler de la peinture, souvent reproduite, qui aurait été découverte dans les thermes de Titus, à Rome 166, et qui montre par un dessin en coupe toutes les pièces qui devaient composer un bain romain; ce dessin n’ekst qu’une restitution imaginée par un architecte du seizième siècle. Nous avons dû n’en tenir aucun compte en étudiant la distribution des différentes parties du bain et nous ne devons pas davantage y chercher une figure du laconicum, aucun texte nouveau, aucune découverte faite dans les restes de bains antiques n’étant venus confirmer cette conjecture.

L’avis de ceux qui voient dans le laconicum une pièce à part s’appuie au contraire sur les observations qu’on a pu faire parmi les ruines de constructions romaines 167. Les exemples que l’on cite appartiennent à des villas construites sous l’empire, dans un temps où beaucoup de personnes faisaient volontiers succéder sans transition le bain froid à l’étuve. Une chambre étroite, fermée, quand elle est enclose dans le caldarium , par un mur de refend, est placée au-dessus de V hypocausis, ordinairement dans l’endroit le plus rapproché du foyer, par conséquent où la chaleur était le plus intense. Il est vrai em~ blable que dans les thermes assez vastes pour qu’un local distinct fût affecté à chaque acte du bain, le laconicum devait être lui-même de grandes dimensions. La rotonde de Pise, dont le dessin nous a été conservé 168, en

paraît être un exemple (fig. 758) ; elle est couverte d’une coupole, au milieu de laquelle est percée l’ouverture destinée à l’aération ; la lumière est versée tout autour par des fenêtres carrées. Des niches ajoutent à l’espace ( schola ) destiné aux baigneurs, et des sièges y étaient sans doute placés.

Tous les procédés propres à concentrer la chaleur et à la répandre d’une manière égale se trouvent

Fig. 758. Rotonde de Pise.

ordinairement accumulés dans cette partie du bain, et c’est d après ces indices qu on y a reconnu le laconicum : proximité du foyer, chambre souterraine communiquant avec le fourneau, doubles murs où se multiplient les conduits qui font circuler 1 air et les gaz chauds ; ce sont les moyens que nous avons vus employés dans la villa de Diomède. La figure 759, représentant 189 une coupe d’un laconicum dont quelques restes subsistent dans une chapelle de l’église de Sainte-Cécile à Rome, fait voir que des tubes horizontaux y étaient placés au-dessus du feu, sans communication directe avec le foyer dont ils formaient la couverture, prenant l’air à l’extérieur et le répartissant dans

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