BAI
BAL
une chaudière503 à cause de cette forme assez semblable à celle du milliaire qui marquait les distances [milliakium]. On aperçoit, en perspective, un escalier (16 sur le plan) et une porte introduisant dans un couloir, 17, qui se bifurque, et par où l’on arrive, d’un côté, à une plate-forme supérieure ; de l’autre, à une cour, 18, où l’on conservait, selon toute apparence, la provision de bois. Là subsistent encore les restes de forts piliers indiquant peut-être que cette cour était couverte ; il est plus probable que ces piliers soutenaient un aqueduc par ( où l’eau était amenée d’un grand réservoir dont les bassins carrés sont situés de l’autre côté delà rue.
En avant du fourneau est une petite cour, 11, ayant une issue sur la rue et, à côté, un escalier par où l’on montait sur les terrasses. Cette cour de service où se tenait le chauffeur ( fornacatorm ), communique par le couloir, 10, avec le bain des hommes.
La disposition des fourneaux et chaudières dont on vient d’avoir un exemple devait être, d’après les auteurs204, la plus ordinaire. C’est celle qu’on trouve aussi dans les Nouveaux bains à Pompéi203 ; mais dans ceux-ci, comme dans la maison dont le plan a été donné (fîg. 751), comme à Triguères (fig. 760), à Champlieu et ailleurs, un fourneau spécial chauffait en outre le caldarium.
On se servait encore, pour chauffer l’eau dans les bassins, d’appareils en bronze ayant la forme de colonne ( mi liarium ), de serpentin ( draco ) ou toute autre qui permettait de multiplier les surfaces chauffées mises en contact avec l’eau 206. Ce moyen est encore employé de nos jours.
Les diverses parties que nous avons énumérées se retrouvent à peu près dans tous les bains dont les restes ont été explorés; d’autres y étaient jointes très-souvent, non-seulement dans les établissements que leur étendue et leur distribution font reconnaître pour des bains publics, mais dans de nombreuses villas, dont les ruines attestent le luxe répandu dans les provinces sous l’empire. Les particuliers imitaient dans leurs habitations les thermes somptueux des grandes villes, en réunissant à leurs bains des cours, des portiques, des salles pour la conversation, la promenade, la lecture, le jeu, les exercices de toute espèce 207. Pour toutes ces dépendances, qui ne faisaient pas partie du bain proprement dit, nous renvoyons aux explications contenues dans les articles relatifs aux thermes et aux palestres.
Les bains publics eux-mêmes ne les possédaient pas toujours. Ceux d’entre eux qui se réduisaient aux pièces nécessaires, et qui par là peuvent être distingués des thermes, avaient du moins, en général, de spacieuses entrées, de grandes salles communes et quelquefois aussi des chambres particulières de bain ou de repos, pour une seule personne. Plusieurs de ceux dont le plan peut être restitué d’après les ruines présentent la même distribution
Fig. 765. Chaudière.
Sud.
Nord,
Fig. 766. Plan des bains de Badenweiler,
répétée dans des constructions parallèles et quelquefois parfaitement symétriques 208. 11 est facile d’y reconnaître, comme nous l’avons vu à Pompéi, un établissement pour les femmes placé à côté de celui des hommes. Les bains de Badenweiler, dans la Forêt-Noire 209, offrent un exemple remarquable d’une pareille ordonnance. Au premier coup
près W. Gell, Op. I. De même à Ostie : Canina, Arch. rom. p. 149, note 6. — 203 Pallad. I. I. ; cf. V, 8 ; Athen. III, p. 98 c ; Schol. Lucian. Lcxiph. 8; Anthol. gr. XI, 244. — 503 Dig. XXXIII, 7, 14, IX-, 2, 279 ; Rosini, Dissert. isng. p. 66, tab. X, 2. — 204 Vitr. et Pallad. I. I. — 205 Minervini, Michaelis, Niccolini, l. L; de même dans les bains de Iliessen, près Trêves (Schmidt, Baudentcmüler in Trier, I, pl. IV, 1, p. 22); d’Ostie (Canina, Arch. rom. II, p. 149, note 6). — 206 se nec. Quaest nat. III, 24 : « Facere solemus dracones et miliaria et complures formas in quibus aereas fistulas struimus per declive circumdatus, ut saepe eumdem iguem
d’œil jeté sur le plan ici reproduit (fig. 766), on sera frappé de sa division régulière en deux bains, séparés par un mur épais et chauffés par un fourneau commun. Les deux entrées sont sur les côtés, à l’est et à l’ouest, chacune précédée d’une cour assez vaste; devant celle de l’ouest est encore debout un cippe qui portait la statue de Diane
ambiens aqua per tantum fluat spatii quantum efliciendo calori sat est ; » Paul. Sent. III, 6 , 65. — 507 v0y. la description des deux villas de Pline, Ep. II. 17 et V, 6. — 208 pains de Velieia (Antolini, Bovine di Velleia, II, 7); d'italia (Ann. d. Inst. arch. 1861, pl. R); d’Allone (de Caumont, Bull, monum. XXIII, p. 517); de Vésone ( Congrès arch. de France, 1858, p. 270, 284), etc. — 209 preuscheu, Monum. des révolut. phys. et polit, en Allemagne , etc. Fraucf. 1787, p. 97; de Golbéry, Antiq. de l'Alsace, suppl. IIe livr. ; Canina, Arch. ant. Sez. III, pl. clxii, et surtout Leibnitz, Die rom. Bàder bei Badenweiler, Leipz. 1856.
BAL
BAL
Abnoba. déesse protectrice de la contrée. A droite et il gauche de la première salle ou vestibule, dans chaque quartier (les mêmes dispositions se répétant dans l’autre), on voit deux autres salles : l’une placée au-dessus d’un hypocauste et qui devait servir à la fois de tepidarium et d ‘unctorrnm, peut-être aussi d apodyterium 210, car, sous un climat froid, 1 endroit où l’on se déshabillait devait être chauffé; l’autre, sous laquelle il n’y a pas de trace d’hypocauste, peut-être Yelaeothesium , sinon Y apodyterium. La porte du vestibule qui fait face à l’entrée introduit dans une salle, laquelle est en même temps en communication avec les deux qui viennent d’être nommées : cette salle, la plus grande de toutes, répond au frigidarium des autres bains ; une vaste piscine, où l’on descend par des degrés, la remplit presque entièrement : l’eau y avait la température naturelle des sources qui l’alimentaient, mais ces sources étaient chaudes. On passe ensuite dans une salle de dimensions un peu moins grandes, renfermant de même un bassin entouré de gradins où nous reconnaîtrions la calda lavatio, si nous devions chercher rigoureusement dans une station d’eaux thermales l’équivalent de toutes les parties des bains ordinaires. L’eau recevait là un degré de chaleur plus élevé, avant d’être versée dans le bassin ; un miliarium ou chaudière pouvait être placé dans la pièce circulaire qui en est voisine, ou bien au-dessus des fourneaux qui forment un avant-corps de logis du côté du nord ; car il est vrai qu’on n’a retroové au-dessous des salles circulaires aucune chambre souterraine pour le chauffage ; mais puisque la température naturelle de l’eau était déjà plus ou moins élevée dans les deux piscines, on préférera peut-être voir ici le véritable frigidarium , où l’on pouvait se rendre au sortir des étuves. Celles-ci, quoique très-ruinées, sont facilement reconnaissables : ce sont les trois pièces situées au nord, attenantes aux fourneaux, et qui les séparent des piscines.
Nous n’entrerons pas dans d’autres détails; on remarquera seulement encore autour des piscines de petites salles de bain particulières. On voit quelquefois ailleurs des chambres ainsi destinées à des baigneurs isolés ; il y en a dans les Nouveaux bains à Pompéi. Cette disposition se rencontre notamment dans les bains qui étaient fréquentés à cause de leurs vertus curatives 211 . A Baies, la plus célèbre des stations thermales des Romains, dans un pays tout rempli de sources chaudes, qui alimentaient un grand nombre de piscines et d’étuves212, on peut encore voir parmi les ruines une longue suite de chambres basses et profondes, sans communication entre elles. Au fond de l’une des deux chambres dont le plan (fig. 767) est ici en partie reproduit213 (le fond de l’autre a été percé à une époque peu ancienne), une fontaine versait l’eau dans un bassin, d’où elle était conduite par un canal dans les baignoires, qui étaient ainsi remplies toutes à la fois ; le long de chaque paroi, il y a cinq baignoires et, à la suite, un pareil nombre de couchettes où l’on pouvait s’étendre après le bain. Les baignoires et les lits sont
en maçonnerie recouverte de stuc. Il semble que l’architecte qui a construit ces salles ait voulu imiter des grottes naturelles s enfonçant dans la colline ; leur peu d’élévation et leur profondeur y entretenaient la fraîcheur pendant les chaleurs de l’été et les rendaient plus faciles à défendre contre le froid pendant l’hiver, double condition qui pa-
Fig. 767. Partie du plan de deux salles de bain à Buïes,
raît avoir été appréciée de tout temps dans ces mêmes bains214 comme elle devait l'être par les anciens. On sait qu’il y avait dans beaucoup d’endroits des bains distincts pour les deux saisons 215.
On prenait aussi, sur toutes les côtes de la Méditerranée, des bains de mer, et l’on a retrouvé dans le golfe de Naples, sur les rivages d’Ostie, d’Antium et ailleurs les restes d’établissements destinés à ces bains, mais la part des conjectures est trop grande dans les restitutions que l’on en a proposées 216 pour que nous y insistions.
Quelques bas-relièfs en stuc ornent encore les voûtes des grottes de Baies. On a vu le même système de décoration employé avec la peinture dans les bains de Pompéi. On a aussi retrouvé dans ceux de beaucoup d’habitations des mosaïques d’une grande élégance. Ces exemples ne peuvent donner toutefois qu’une idée bien imparfaite de la magnificence souvent déployée ailleurs. Il faut lire la lettre 217 où Sénèque poursuit le parallèle entre la simplicité du bain de Scipion et le débordement du luxe dans des bains où tout le monde était admis de son temps, luxe encore dépassé par celui de quelques personnes, parmi lesquelles les affranchis des empereurs se distinguaient entre toutes218. L’onyx, le porphyre, le jaspe, l’albâtre et les marbres les plus rares étaient incrustés dans les murailles et dans les pavés ; partout s’étalaient les peintures et les mosaïques219, des statues, des colonnes qui ne faisaient point partie de la construction, mais qui étaient elles-mêmes des objets de prix destinés à en rehausser l’éclat 220. Des baignoires (on en a vu plus haut un exemple), des bassins, des sièges, tel que celui qui est représenté (fig. 768), étaient faits des mêmes matières précieuses 221 ;
8)0 Vov. notes 128, 129, 180. — SU Tels sont les bains récemment déblayés d’Amélie-les-Bains : Congrès arch. de France, 1868; de Caumont, Bullet.moHum. 1870, p. 620, p. 218. — Si2 vitr. Il, 6, 2; Suet. Ner. 31 ; Plin. Hist. nat. XXXI, 2, 2 ; Hor. Ep. I, 15, 6 ; Cels. II, 11 ; Cassiod. IX, 6 ; -vov. l’article Baiab dans Pauly, Realcncycl. I, p. 2239, 2e éd. ; Becker, Gallus, I, p. 142 ; Friedlânder, Sittengesch. Roms, 11, p. 106, 3« édit. — 213 Brulloff, Thermes de Pompéi, Paris, 1829, pl. tx et x, p. 14; Ruberti, Memorie suimonum. di antich. etc. p. 37 et le recueil de vues de Morghen, Pozzuoli e vicin. pl. xxii. — 214 Yoy. l’auteur anonyme du xm« siècle, cité par Montfaucon, Diar. ital. p. 285. — 215 A Rome : Capitolin. Gord, très, 32 ; à Antioche : Liban. Antioch. p. 345 Reiske ; Euagr. Hist. eccl. VI, 8; O. Miiller, Ant. Antioch. I, 291 ; à Aphro»
disias : C. insc. gr. 2804 ;Voy. aussi Cic. ad Attic. XIII, 29 ; cf. Pallad. I, 40 ; Symm. Ep. X, 10; Orelli, 3857; 401. — 216 Voy. Mazois, R. de Pompéi, II, pl. n ; Canina, Arch. rom. pl. cxliii, p. 155. — 217 Ep. LXXXVI, 5 et s. — 218 Cf. Stat. Sylo. I, 5 ; Mart. VI, 42 ; IX, 76 ; Lucian. Hipp. 5 et s. ; Sid. Ap. II, 2. — 219 Les sujets en étaient souvent empruntés aux jeux du théàtre-ct de la palestre (Sid. Apoll. I. c.) ; plus souvent encore on représentait des dieux ou des animaux marins : voy. O. Jalin, Arch. Zeitung, 1860, p. 113. — 220 Sen. 1. 1. «Nihilsustinentium sed in ornamentum positarum impensae causa; # cf. Plin. Hist. nat. XXXVI, 6 : « Lautitiae causa. » — 221 clarac, Mus. de sculpt. II, pl. ceux, n. 69 ; Bouillon, Mus. des antiq.llï, pl. v. On remarquera l’ouverture du siège, destinée à l'écoulement de l’eau dont s’aspergeaient les baigneurs.
BAL