‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 4)Chapitre 128 sur 155 · BAT · texte numérisé non relu

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les musées en possèdent encore un certain nombre 222. L’eau était versée dans des cuves d’argent par des robinets d’argent 223, ou tombait en larges cascades dans les bassins224; car l’abondance et aussi le choix des eaux les plus fraîches, les plus limpides, amenées de loin à

grands frais [aquaeductus], constituaient une des grandes beautés des bains ; on y mêlait d’autres fois les plus précieux parfums 223,[unguenta].

On voulait aussi que la lumière entrât à flots à toutes les heures du jour, et pour cela les bâtiments, tournés, autant qu’il était possible, vers le midi et le couchant 226, étaient pourvus de fenêtres très-larges, Fig. 768. siège de bain. à vitrages, qui laissaient

entrer de tous les côtés les rayons du soleil et permettaient de jouir, même en se baignant, de la vue d’un beau paysage 227. Ce sont des fenêtres semblables qui, dans la figure 769, éclairent un édi-

BAL - FAVSTINES

Fig. 769.

fice carré, divisé en deux parties, comme les établissements doubles dont il a été parlé plus haut, et suffisamment désigné comme un bain par l’inscription qui l’accompagne, bai, (neum)faustines. Ce dessin, tiré d’une peinture découverte dans une villa de Rome 228, mais qui a été conservée peu de temps, doit être consulté avec précaution : il ne peut donner, sans doute, de l’extérieur des bains qu’il représente et des bains en général, qu’une idée très-imparfaite ; mais le plan, la distribution des bâtiments autour de deux cours et la manière dont ils reçoivent le jour

252 Vov. encore des cuves, dans Clarac II, pl. cclv et cclvi; Bouillon, pl. v et x.

— 253 Sen. 1. I. Plin. Hist.nat. XXX, III, 12, 54; Stat. l.l. — *** Sen. l.l. : « Aquarum per gradus cum fragore labentium » ; cf. Plin. Ep. V, 6, 24 ; Sid. Apoll. I. L; Stat. I. I. v. 5) ; Mart. VI, 42, 18 et s. — 223 Sen .Ep. LXXXVI, 12; Lampr. Heliog. 19 et s.; Clcm. Al. Paed. II, 2. — 226 vitr. v, 10, 1, et VI, 7 ; Pallad. I. L; Colum. I, 6, 2 ; Galcn. Frag. Corn, de aère, etc., I, 4, t. VI, éd. Chart. p. 188 ; Geop. II, 3, 9.

— 227 Sen. I. 1. 7 et 9 ;Plin.Ap. 1,3, 1 ; II, 17, 11; V, 6,24; Stat. Sylv. 1,5, 45; Lucian. et Sid. Ap. I. I. — 228 Bellori, Fr. vestig. vet. Bomae, 1 ; Winckelmann, Mon. ined. n. 204; Id. Werke, Donauôsch. 1825, II, p. 425 ; VI, p. 334; VIII, p. 437 ; Canina, Arch. rom. pl. cxi.ii, p. 164 ; on voit dans la même peinture, sous une construction dont le plan est le même, l’inscription aquae pbnsilks. — 229 Mazois, II, p. 77. — 230 tvinckclmann, Oeu., II, p. 332, Paris (an II); Mazois, II, p. 93. — 231 yitr. V, H (10), 1 : « Tempus lavandi a meridiano ad vesperum » ; Cic. AdAtt. XIII, 52; Plin. Ep. III, 1,4: « Hieme nona, aestate octava » ; Mart. X, 48 ; Spart. Hadr. 22; Lampr. Al. Sev. 24 et Saumaise ad h. I. — 232 Lucian. Hipp. 8 ; vov. l’horloge des Nouveaux bains, à Pompéi, Mus. Borb. t. XVI, pl. An ; Niccolini, Case di Pomp. fasc. V. — 233 Mart. XIV, 163-232; Liban. Orat. 51, t. II, p. 592 Reiske; Tertull. De jejun. 16. — 234 Lampr. I. L; Vopisc. Tac. 10; Cod. Theod. XV, 1, 32; Cod. Justin. VIII, 12, 19. — 235 juv. XI, 204; Epictet. Diss. I, 29 ; Lampr. Al. Sev. 30 ; Galen. VI, p. 332 Kuhn. — 236 Mart. III, 36, 5 ; X, 70, 13 ; Clcm. Rom. Constit. apost. I, 9, cité par Marquardt, Handb.Y, I, p. 278. — 237 Lampr. Comm. 11; Treb. Pull. GM. du.-', 17; cf. Sud. El.

sont des traits essentiels, qu'il est intéressant de noter.

La nuit, les bains pouvaient être éclairés au besoin par des lampes. Lorsqu’on fouilla les petits bains de Pompéi 229, on y trouva 1348 lampes à une seule mèche et une lampe à sept mèches ; beaucoup étaient encore noircies par la fumée. Dans le caldarium , on voit au fond de l'hémicycle l’enfoncement carré où l’on plaçait une lampe ou une lanterne quand le jour venait à manquer. On voit dans le caldarium de la villa de Diomède une logette pareille (p. 600, fig. 734 à côté de la porter, au point k), s’ouvrant du côté extérieur et fermée du côté du bain par une vitre épaisse 23°, de manière à mettre la lumière à l’abri de la vapeur, quand la chambre en était remplie. Cependant les bains de nuit furent longtemps l’exception.

Les établissements publics s’ouvraient, en règle générale, vers la huitième ou la neuvième heure (une heure ou deux après-midi) 231 ; une cloche ou simplement la vue de l’horloge avertissait les baigneurs 232, et ils étaient fermés à la chute du jour. Il en fut ainsi au moins à Rome (car les provinces paraissent avoir joui d’une plus grande liberté à cet égard 233), jusqu’à une époque avancée de l’empire ; mais depuis le 111e siècle, il est certain qu’à Rome même on se baigna aussi à la lumière, malgré quelques interdictions momentanées s34.

Ces règles et ces défenses ne s’appliquaient pas, bien entendu, aux bains privés. 11 y avait des personnes qui se baignaient dès la cinquième heure (de 9 à 10 heures), avant le repas ( prandium ) 233 ; il y en avait aussi qui restaient au bain après la dixième heure 236, et on en vit enfin pousser l’abus des bains jusqu’à en prendre, comme les empereurs Commode et Gallien 237, six, sept et huit dans un jour, ou, pour mieux dire, y passer une grande partie des jours et des nuits, y mangeant et buvant 238, quittant le bain pour la table, et après tous les excès, revenant chercher dans l’étuve ou dans une eau brûlante 239 un moyen de réagir contre les effets de leur intempérance ; mais ce moyen pour beaucoup fut mortel.

Ni les morts subites, ni les effets désastreux que l’abus des bains entraînait, aussi bien pour la moralité que pour la santé 240, ni les réclamations qui s’élevèrent souvent contre des dangers si manifestes, ne purent empêcher que les bains multipliés et les plaisirs qui en étaient l’accompagnement ne parussent une indispensable nécessité. Les plus sages croyaient faire preuve de modération en se contentant d un ou deux bains par jour à des heures réglées et selon le mode usité241; le plus grand nombre étaient indifférents ou d’avance résignés 242 aux suites iné-

gramm. 23 ; Jacobs, Anthol. gr. t. XII, p. 124. — 238 Colum. I, pr. 16 ; Son. Ep. XV,

3 ; LVI, 3 ; CXXII, 6 ; Petron. 72 ; Suet. Calig. 37 ; Nero, 27 ; Aetius, VI, 10 ; Alciphr! Oneir. I, 61 ; Mart. XII, 19 et 70 ; Lucian. Lexiph. 9 et s.; Clem. Al. Paed. III, 5. — 239 Hor. Ep. I, 6, 61 ; Juven. I, 143; Pers. III, 98; Plut. De san. tu. VI, p. 486 R- Plin. H. nat. XXIX, 8, 1. — 240 Plin. I. L: Galen. De sympt. caus. II, 5; Clem. Al. Paedag. III, 9. De trem. palp. et rig. 7, t. VII, p. 187, 189 et 637 K) et vov. p. 6 52. — 241 Galen. San. tu. VI, 7 (t. VI, p. 412).— *4» Tel est le sens de cette sentence, qu’on retrouve avec des variantes en plusieurs endroits : « balnea, vina, venus corrumpdnt conronA nostra, sed vitam faciunt b. v. v. : à Rome, Gruter, p. 615 II- Orelli 4816); à Vérone, Gruter, p. 912, 10 ; à Gréoulx (Basses-Alpes, Aquae Griselicae), Henry’ Antiq. du départ, des B.- Alpes, p. 165. — Bibliographie. Schertz, De lotionibus et balneis Graecorum, Strasb. 1695 ; Casai i us, Lie thermis et balneis, in Gronovii Thesaur.lX, p. 633 et s. ; Baccius,2)e thermis veterum, Venet. 1571 et 1712, et in Graevii Thesaur. t. XII, p. 279 ets. ; Ferrarius, De balneis, va. Poleni Suppl, ad Thés. III, p. 297; Montfaucon, L’antiquité expliquée, III, 2» part., p. 201 ; Becker, Charikles, III, p. 71 ets.

2' édit, rev.par Cf. Hermann, Leipz. 1854 ; Id. Gallus, III, p. 68 et s. 3* édit. rev. par Rein, Leipz. 1S63; C. F. Hermann, Privât Alterthümer der Griechen, g 23, 2* édit. Heidelberg, 1870 ; Bussemaker et Daremberg, Œuvres d’Oribase, II, Paris, 1854, p. 865 et s.; Marquardt, Rôm. Privatalterthümer.l, p. 277 et s. Leipz. 1864; E. Herzog, art. Balseui», dans la Bealencyclopâdie de Pauly, I, p. 2250, 2' édit. Voy. aussi les ouvrages cités dans les notes, relatifs aux bains de Pompéi et d’autres localités.

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\ itables des habitudes auxcjuellGS ils étaient désormais incapables de s’arracher.

Pour tout ce qui concerne rapprovisionne ment des bains, le service des eaux, le chauffage, l’entretien et l’administration des bains, qui firent partie d’abord des attributions des édiles et furent plus tard confiés à des curateurs spéciaux [curatores thermarum], placés à Rome sous 1 autorité du préfet de la Ville [praefectus urbi] et dans les provinces sous celle des magistrats chargés de la police municipale, nous renvoyons à ce qui est dit à l’article thermae et aux noms qui viennent d’être indiqués. E. Saglio.

BALTEARIUS, fabricant de baudriers 1 [balteus].

®^IjTEUS ou BALTEUM (TeXajjunv, àoprrçp), baudrier. —

Ce mot est dans beaucoup de cas le synonyme de cingulum et de zona, et il y aurait plus d’inconvénients que d'avan- ! tages à séparer, pour en placer ici une partie, les explications qui doivent être données au sujet des diverses sortes de ceintures. Mais balteus signifie aussi, et plus précisément, le baudrier qui, passé sur une épaule et sous , l’autre, sert à tenir suspendue une épée, un bouclier, un carquois : c’est seulement dans cette acception restreinte que nous allons l’expliquer.

Homère nous dépeint ses héros portant suspendus à des courroies où brille l’or ou l’argent, tantôt leur glaive ou leur coutelas1, tantôt leur bouclier2. Dans le combat auprès des vaisseaux des Grecs 3, Hector lance sur Ajax son javelot, qui va le frapper à l’endroit où se croisent les deux baudriers, et leur épaisseur empêche le trait de pénétrer. Le baudrier du bouclier d’Agamemnon4 est d’argent, et l’on y voit la figure azurée d’un dragon à trois têtes. Quand l’ombre d’Hercule est évoquée par Ulysse 5, le héros apparaît ceint d’un magnifique baudrier, auquel est suspendu l’étui qui contient son arc et ses flèches6; il est d’or et on y voit représentés des animaux et des combats. On

peut supposer ces ornements obtenus par le repoussage d’une plaque d’or7 fixée sur une bande de cuir, ou bien par la broderie sur une étoffe tissée, et semblables à ceux des anciennes œuvres d’orfévrerie de caractère oriental ou des vases peints de style primitif, qui imitaient les étoffes asiatiques [caelatura, vasa picta] ; et il est vraisemblable que le poète avait eu un pareil modèle sous les yeux.

On voit par un très-grand nombre de peintures de vases et par d’autres monuments où sont représentés des guerriers grecs , que l’épée était ordinairement suspendue sur l’épaule droite au moyen d’un baudrier, souvent garni de bordures ou orné de boutons ou de têtes de clous. Un torse

grec8 offre (fig. 770) l’exemple d’un baudrier plus riche; on y distingue les signes du zodiaque, circonstance qui a fait penser que ce fragment devait appartenir à une statue d’Apollon Phœbus ou Hélios.

Hérodote rapporte 9 une tradition attribuant aux Cariens, avec d’autres perfectionnements des armes et du harnais, 1 invention des poignées à l’aide desquelles on maniait le bouclier [clipeus], et dont le nom (o^avov) ne se rencontre pas chez Homère ; il ajoute qu’auparavant , en effet, on n’avait pour le porter et le mouvoir que les courroies (veXagwfft cxtmvciffi) passées autour du col et de l’épaule gauche, c est-à-dire de véritables baudriers. On voit quelquefois sur les vases peints de style ancien l0, des guerriers à cheval ou montés sur un char, portant de cette manière le bouclier, qui leur est pour le moment inutile (fig. 771). .

S’il faut en croire Varron11, le mot balteum serait d’origine étrusque. Les tombeaux de l’Étrurie reproduisent souvent dans leur construction, la disposition intérieure des habitations des vivants, leurs peintures et leurs sculptures figurent des objets à l’usage des morts, parmi lesquels on voit 12 le baudrier qui sert à suspendre l’épée. Les monuments de l’art qui appartiennent en propre aux anciennes populations de l’Italie ne montrent point d’ailleurs une manière de le porter différente de celle des Grecs 13.

Les Romains aussi firent usage du baudrier, pour suspendre à l’épaule l’épée ou d’autres armes, comme on le voit parles textes 14 et parles monuments : importaient, tantôt à la ceinture et tantôt au bout d’un baudrier, aussi bien le court glaive espagnol, adopté depuis la deuxième guerre punique, que l’épée plus longue qu’ils avaient auparavant et dont les exemples se rencontrent encore après cette époque [gladius]. Les bas-reliefs qui décorent le monument des Jules, à Saint Remy (Bouches-du-Rhône), et dont l’exécution longtemps attribuée à une plus basse époque doit être rapportée aux dernières années de la république ou aux premières du règne d’Auguste 1S, offrent l’image (fig. 772) de combats d’infanterie et de cavalerie, où des Romains sont armés d’épées ainsi suspendues à des baudriers : on peut rapprocher des figures de ces bas-reliefs le récit fait par César 16 du combat où les deux centurions Yarenus et Pulio rivalisèrent de courage : ce dernier eut son bouclier traversé par un coup de lance, qui atteignit même le baudrier et déplaça l’épée, de sorte qu’il ne pouvait de sa

Fig. 771. Baudrier de bouclier.

BALTEARIUS. 1 Orelli, Insc. 3501.

BALTEUS ou BALTEUM. 1 II. vu, 304 ; XI, 31 ; XVIII, 480 et S97 ; XXII, 825; Od. XI, 609. — 2 II. Il, 388 ; V, 796 ; XI, 38 ; XVI, 803. — 3 II. XIV, 404. — 4 II.

XI, 38. 5 Od. XI, 610. 6 Voy. les fig. 478, 479, p. 390, et l’article pharetiia* 1

- 7 Virgile décrit de même ( Aen . X, 495) le baudrier de Pallas, où Thistoire des Danaïdes est représentée dans l’or repoussé et ciselé. — « Raoul Rochette, Monum. dant. fig. pl. xlvi, 3. 9 I, 171. — 10 Xoy. par exemple Raoul Rochette, Monum.

inédits d'antiq. pl. xvi, et Monum. d. Instit. arch. 1840, pl. xxiv; 1842, pl. xlv ; 1855, pl. xx ; Gerhard, Auserlesene Vasenbilder, pl. ccvm. La figure est tirée d’un vase

du musée du Louvre. Voyez pour plus de détails l’article clipeus. — 11 Ap. Cha-

risium, I, 45. — 12 Desvergers, l'Étrurie, dix ans de fouilles, pl. xm, pl. II. 13 cf.

Virg. Aen. VIII, 459 ; X, 495; XII, 541 ; Serv. Ad h. I. — 14 Paul. Diac. p. 3 Lind. : • Arma dicuntur ab armis, id est humeris dependentia, ut scutum, gladius, pugio, etc.; » cf. Serv. Ad Aen. V, 313; Isid. Ong. XIX, 33, 2. — 15 Ilitschl, Priscae latinitatis epigraphicae supplementum V, Bonn, 1864 ; Lohde, Jahrb. des Vereins von Alterthumsfreunde im Hheinlande, XL1II, p. 133; Quicherat, Le pilum de l'infanterie romaine dans les Mëm. de la Soc. des antiquaires de France, t. XXIX. — 18 Bell. gall. V, 44.

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