BEL
le doigt voisin, servait à assujettir la chaussure ; mais la manière de l’attacher variait beaucoup. Le second
exemple (fig. 810) est tiré des collections du Louvre : à la différence du premier, il montre un soulier en palmier tressé, fermé, avec des quartiers et une pointe relevée qui protège les orteils.
Cette chaussure légère et peu coûteuse était surtout a l’usage des pauvres gens : elle faisait partie, avec le manteau et le bâton, du costume des philosophes qui affectaient la pauvreté 6; mais il paraît qu’on lit des chaussures plus riches ayant le même nom ; sans doute elles se rapprochaient des premières par la forme ; Tertullien parle de baxeae tyriennes 7, de baxeae dorées ; Isidore en fait une chaussure de femme 8 et l’oppose aussi comme chaussure des comédiens au cothurne tragique 9. E. Sageio. BAXIARIUS. — Ouvrier qui fait des baxeae L BEBAIOSEOS DIRE (Bsêaiwcswç Sixvi). — Action privée accordée par le droit attique à un acheteur contre son vendeur dans les trois cas suivants :
1° Lorsque le vendeur, après la perfection du contrat, refusait de délivrer à l’acheteur la chose vendue, soit parce qu’il regrettait de s’être dépouillé de sa propriété, soit parce qu’il trouvait un autre acquéreur lui offrant des conditions plus avantageuses, soit même parce que des tiers s’opposaient à l’exécution du contrat, l’acquéreur pouvait intenter la Stxvj (ieëcawaEuK contre le vendeur, pour obtenir de lui qu il remplit ses obligations et lit tradition. La oixïj (isëouwuEwç correspondait alors à notre action en délivrance1.
2° Lorsque l’acheteur, trouble dans la possession de la chose vendue par une action en revendication, ne jugeait pas à propos de se defendre seul [automachein] et demandait la mise en cause de son vendeur, celui-ci, s’il refusait de prendre la place de l’acheteur pour faire disparaître le trouble, s’exposait à la [3eêaiwasw; Si'xvi 2.
3° C’était aussi la peëaiojiTÊWç Six?) que 1 acheteur, lorsqu’il était évincé, employait pour obtenir la restitution du prix par lui payé et des dommages et intérêts repiésentant le préjudice que lui causait l’éviction (tV xtgV xsl x^v Çrigtav)4. On peut alors comparer la otxv) peêouoWoç à notre action en garantie .
Meier 6 a écrit que la otxv) jîeêxitüdew; pouvait être intentée contre le fisc, lorsque l’acquéreur de biens confisqués et vendus aux enchères par l’État était troublé dans sa possession par les prétentions d un tiers; le defendeur était alors le prytane des Polètes, chargé parla loi de garantit la vente. Mais nous ne voyons pas trop quel fait auiait pu donner naissance à cette action en garantie , cai, lorsque l’État vendait la chose d’autrui, 1 acquéreur de\e-
6 Apul. Met. Il, 9 ; Floril. I, 9. — 7 De ■poil. 4 ; De idol. 8. — » XXXIV , 6, 13.
9 Ib. 6.
BAXIARIUS. 1 Orelli, Disc. 4085.
BKBAIOSEOS DIKÈ. 1 Harpocrat. s. v. (SeSaidiff&wç, édit. Pekker, 44, 1+; -voir Saumaise De modo usurarum, p. 134, et Platner, Process und Klagen, II, p. 340 et s.- cf. Revue de législ. t. I, 1871, p. 635, et Hermann, Privatalterthümer, 9, é(j[’t § 661 |5 j voir toutefois Lipsius, Jahresbericht, 1873, p. 1403. — 2 Pollux, VIII 34 • Harpocr. I. c. p. 44, 12 ; Bekker, Anecdota graeca, l, p. ï 19 et s. - 3 Poil. VIII, 33 ; Isae. De Dicaeog. hered. § 21, D. 269. — 4 Bekker, Anecd. gr. I, n. 467 3. - 3 Revue de législ. 1873, p. 18 et s. — 6 Altische Process, p. 574 ; cf. eod loc p5»8 — 7 Poli. VIII, 99 — 8 Muller, Real-Encyclop. 1,2* édit. p. 2319. 9 uemosth. C. Timocr. § 54, R. 717; C. Pantaen. § 19, R. 972. Voir Revue de législation, 1871, p. 655.
liait immédiatement propriétaire et était à l’abri de toute action de la part des anciens propriétaires et de ceux mêmes qui auraient eu sur la chose des droits réels autres que le droit de propriété 9.
La peëaitôfTeo); StxY) appartenait à l’hégémonie des Thesmothètes [archontes]. E. Caillemer.
BELLEROPHON (BsUîpo'fôvxv);, BsÀXscotpwv1). — Bellérophon, fils de Glaucus et selon d’autres de Poséidon, petit-fils de Sisyphe 2, héros de la légende de Corinthe. On racontait qu’il avait été forcé de quitter sa patrie, à cause du meurtre involontaire de son frère3, et qu’il s’était réfugié auprès de Proetus, roi de Corinthe, pour se faire purifier. La femme de celui-ci, Anteia ou Stheneboea4, devint éprise de lui et, n’ayant pu le rendre favorable à ses désirs, l’accusa d’avoir tenté de lui faire violence. Proetus résolut sa perte; mais ne voulant pas lui donner la mort de sa main, il le chargea de porter à lobâtes, son beau-père, roi de Lycie, des tablettes chargées de signes mystérieux, qui lui recommandaient de le faire périr. lobâtes après neuf jours seulement, pendant lesquels il avait traité son hôte avec honneur, prit connaissance du message dont il était chargé. Alors commence pour Bellérophon la suite de ses périlleuses aventures. D’abord il doit combattre la Chimère, monstre qui était tout à la fois lion, chèvre et serpent [ciiimaera] et dont la gueule vomissait le feu. Bellérophon sort victorieux de cette première épreuve. Il est alors envoyé contre les ennemis desLyciens, les belliqueux Solymes, puis contre les Amazones. Vainqueur dans tous les combats, il échappe encore à l’embuscade où l’attendent, à l’instigation d’Iobates,
les plus braves guerriers lyciens. Tous succombent sous ses coups. Le roi reconnaît enfin que Bellérophon est véritablement de la race d’un dieu, et lui donne sa fille en mariage, avec la moitié de son royaume; les Lyciens lui font abandon de terres d’une fertilité merveilleuse. Mais arrivé
au comble de la prospérité, Bellérophon est en butte à la jalousie des dieux; de ses trois enfants Isander, Hippolochos et Laodamie, il perd le premier, frappé par Arès dans une guerre contre les Solymes ; sa fille Laodamie, qui s’est unie à Zeus et a enfanté Sarpédon, périt à son tour sous les coups d’Artémis. Rongé de douleur, Bellérophon erre loin des regards des hommes sur le rivage de la mer.
Là s’arrête le récit homérique 5. Plus tard seulement, la poésie introduit 6 dans la légende Pégase [pegasus], le cheval ailé que les dieux qui protégeaient Bellérophon lui avaient envoyé quand il allait combattre la Chimère, ou que, suivant la tradition de Corinthe, il avait dompté, dès avant son départ de cette ville, avec l’aide d’Athéné et de Poséidon, au moment où le coursier divin s’était arrêté pour boire à la fontaine de Pirène, au pied de l’Acrocorinthe. Pégase, qui lui donne la victoire, a encore une action décisive à la fin de la légende 7. Quand Bellérophon s’est attiré la colère des dieux, en tentant, dans le délire de l’orgueil, de s’élever porté par les ailes de son cheval, jus-
BELLEROPIION. 1 Voy. l'étymologie proposée par Pott, Zeitschrift fur vergleich. Sprachforschung, IV, 416 et s.; opinion combattue parM. Max Muller, Ib. V, p. 140 s 2 pind. Ol. XIII, 69; Apollod. I, 9, 31 ; Schol. Iliad.'V 1, 155, 191 ; Hygm. Fab. 157; Preller, Gr. Myth. II, p- 78, 3* édit. - 3 Hom. II. VI, 152 et s. et îchol Apollon. Il, 3, 1 ; ou d'un noble Corinthien du nom de Belleros (Tzctz. ad [ vcophr. 17 ; Eustath. Ad 11. p. 632 et s. - 4 Stheneboea chez les tragiques, Dmlôrf Soph. Fragm. 280, et Eurip. Fragm. p. 87-108 ; Welcker, Gr. Trag. II, P- - ‘ ' ÏÏV2T- 5 CE Eust. Ad II. p. 636.- 6 Hcsiod. Theog. 325 ; Pind. Ol. XIII, 87 ; Eurip. Ion , 201 ; Apollod. II, 3, 1 ; Paus. II, 4, 1 ; Tzctz. Ad Lycophr. 17. - 7 Pind. Isthm. VII, 44; Ol. XIII, 90 et Schol. ; Schol. II. VI, 200 ; Oayss. V, 283 ; Horat. (. d. IV 11 25- Euripide avait traité cette partie de la fable de Bellérophon d'une maniéré nouvelle", conforme à son génie. Voy. à ce sujet Welcker, Gr. Trag. 785 et s.; Fischer, Bellérophon, p. 50 Voy. aussi la tradition recueillie par Plutarque, De nul. vxrt. 9.
qu’aux demeures des dieux, c’est lui qui le précipite sur la terre. D’après une autre tradition, développée par les tragiques8, le héros serait revenu à Tyrinthe pour se venger de Proetus et de Sthéneboea; il aurait décidé l’épouse infidèle à monter avec lui sur Pégase et du haut du ciel l’aurait jetée dans la mer.
L’histoire de Bellérophon fut souvent représentée dans les œuvres de l’art antique. Son combat contre la Chimère était un des sujets qui ornaient le trône d’Apollon à Amyclée 9 et celui d’Esculape à Épidaure 10. A Corinthe où il était honoré comme un héros national, nne enceinte lui était consacrée dans le bois du Kraneion 11 , et il était représenté sur les monnaies 12, monté sur Pégase et terrassant le monstre (flg. 811). La même image était
répétée dans le temple élevé à Poséidon dans l’Isthme13, et sur une métope du temple d’Apollon à Delphes u. On possède encore beaucoup de peintures, sculptures, pierres gravées, mosaïques, etc. 15, dans lesquelles est figuré Bellérophon abreuvant Pégase ou s’en emparant 16 , recevant au moment de partir pour la Lycie les tablettes où sa condamnation est écrite 17 . Il est à remarquer que cette partie de la légende est souvent reproduite par les monuments étrusques, urnes cinéraires, miroirs, etc. On en voit ici un exemple (flg. 812) 18 ; les noms grecs des per¬
sonnages y sont défigurés ; au-dessus de Bellérophon on lit : MiiAEPi ANTA ; Proetus devient omoMANOü, et au nom de Pégase est substitué celui d’Arion, apio. Ou bien, ce sont les plus nombreuses parmi ces représentations, le
8 Welcker, l. I. 777 ; Nauck, Trag. gr. p. 447. — 9 Pans. III, 18, 7. — ’o Id. II, 27, 2 — O Id. II, 2, 4. — 13 Mionnet, Suppl. IV, p. 48, n. 314; Millingen, Ane. coins, II, pl. -vin ; Med. gr. inéd. II, 13; Cousinéry, Monn. de la ligue achéenne, I, 23; Avellino, Opusc. II, p. 134, III, p. 81; Friedliindor, Osk. Milnsen, pl. vm. — 18 Paus. II, 1,8. — 14 Kurip. Ion, 203 et s. ; Welcker, Alte Denkmàler, I, p. 170.
— 13 Nous ajoutons seulement quelques indications à l’énumération d'Otf. Müller, Ilandb.d. Arch.% 414 ; et de Fischer, Belleroph. Leipz. 1851. Voy. Engelmann, Annal, de l’Inst. arch., 1874, p. 1. — '6 Ross, Abhandl. d. Münch. Alead. 1838, III, p. 430 ; Braun, Zwôlf Bas-reliefs d. Palast Spada, I; Annal, de l’Inst. arch. 1836, XXIII; Giorn. dei scavi di Pompei, V, pl. vu, 1, p. 116; Schône, Griech. Beliefs, 132. — 17 Brongniart,d/usee de Sdures,p. 171 ; Ann. d. Inst. 1831, p. 136. — 18 Mon. d.Inst. VI, pl. xxix ; Annal. 1839, p. 137 ; Gerhard. Et'-usk. Spiegel, IV, pl. cccxxxm. — 19 Basreliefs : Millingen, Ane. ined. monum. II, pl. m ; peinture ; Giorn. d. scavi, II, pl. iv ; Schone, Griech. Beliefs, n . 1 32 ; mosaïque d’Autun : Ann. d. Inst. 1834, p. 44 ; vases ; Gerhard, Apul. Vas. pl. vm ; Annal, d. Inst. 1873, pl. à-e ; Monum. IX, pl. lu ; pierres gravées : Chabouillet, Antiq. de Fould, pl. x, 1042; King, Ane. Gems, pl. xli, 2.
— 20 Cab. Durand, 249 ; Mon. d. Inst. IX, pl. lu. — 21 Millin, Galerie myth. pl. cv, 394 ; Guigniaut, Nouv. gai. myth. CLXX, 618 ; cf. Cab. Durand , 249. — 22 inghi-
héros est monté sur le cheval ailé ; armé de la lance, plus rarement de l’arc ou de l’épée, il frappe la Chimère 19 (fig. 813), ou se défend contre les Solymes ou les Ly-
ciens 20 ; ailleurs on voit sa chute et, sur un vase peint, celle de Stheneboea 22. E. Saglio.
BELLONA '. — Bellone, déesse guerrière, qui doit probablement être identifiée avec une divinité de la Sabine, nerio s. Elle est tantôt comme celle-ci appelée 1 épouse de Mars, et tantôt sa sœur8. Son culte paraît avoir été porté à Rome par la famille sabine des Claude, qui avaient pris d’elle, à ce qu’il semble, le surnom de Nero. Dès l’an 493 av. J.-C., le consul Appius Claudius Regillus consacra à Rome, dans un temple de Bellone, les images de ses ancêtres4 ; en 296 av. J.-C., Appius Claudius Caecus en bâtit un autre pour accomplir un vœu qu’il a\Tait fait pendant la guerre contre les Étrusques et les Samnites5. Ce temple était situé en dehors de la ville à l’extrémité du Champ de Mars : c’est pourquoi il avait été choisi comme lieu de réception, et le sénat y attendait les généraux vainqueurs qui réclamaient les honneurs du triomphe [triumphus] et les ambassadeurs des nations étrangères, quand celles-ci n’avaientpas avec Rome de liens qui permissent de les accueillir dans l’enceinte du pomoerium 6. Devant ce temple était la colonne d’où le fécial lançait une javeline en signe de déclaration de guerre [fecialis].
Bellone était représentée armée d’une lance, d’un fouet ou d'une torche7. C’est elle, pense-t-on, qu’il faut reconnaître 8, au revers de la tête de Mars, sur des médailles de la Lucanie et du Bruttium (fig. 814). La déesse italienne y a tous les traits de la déesse grecque enyo, avec qui les Romains purent justement l'identifier ; mais ils appelèrent aussi Bellone la grande déesse lunaire dont le culte, répandu dans toute l’Asie Mineure, dans le Pont et en Thrace, avait son principal foyer ù Comane,
rami, Vasi fitt. I, 3, pl. î-m ; Cab. Durund, 1. 1. — Biblioguapuie. Fréret, Mém. de l'Ac. des Insc. VII, p. 83 ; Bôttiger, Griech. Vasengemàhle, Weim. 1799, p. 101 ; Yülcker, Mythol. d. Japet. Geschlechts, Giessen, 1824, p. 108, 184, 2S8 ; Eckermann, Melampus und sein Geschlecht, Gütting, 1840, p. 167 ; O. Muller, Handbuch d. Archâol. d. Kunst, 2° éd. Breslau, 1848, § 414 ; Fischer, Bellérophon, Leipz. 1831 ; Bachofen, Dos Mutterrecht, Stuttgart, 1861, p. 81 et s. ; Preller, Griech. Mythologie, 3= édit. Berlin, 1875, II, p. 77 ; Engelmann, Annales de l’Int. de cor resp. archéologique, 1874, p. 1 et 3.
BELLONA 1 Ou Duellona, de hélium ou duellum, Varr. De ling. lat. VII, 49.
— 2 O. nom serait synonyme de viktus ; A. Gell. XIII, 22; Lactant. Inst. I, 21, 16; Orelli, Insc. 4983; J. Lvd. De mens., IV, 42. — 3 Gell. I. L; Augustin. Civ. D. VI, 16 ; Stace [Theb. VII, 71) en fait la conductrice de son char. — 4 p]in. XXXV, 3.
— 5 Tit. Liv. X, 19; Ovid. Fast. VI, 201 ; Corp. insc. lat. 1, p. 287. — 6 Tit. Liv. XXVIII, 9 ; XXX, 21 ; Becker, üandb. d. riim. Alterth. I, p. 607. - 7 Virg. Aen. VIII, 703; Lucan. VII, 568 ; Sil. ital. IV, 438 ; V, 220 ; Stat. ^heb. IV, 5; Claudian. In Eutrop. II, 144; cf. Interp. ad Val. Flacc. III, 61. — 8 Exemplaire du Cabinet de France. Voy. Magnan, Bruttia, pl. yi, 4; Cuiguiaut, Nouv. gai. myth. CL, 368; Mus. Borbon. t. IV, pl. xv.
Fig. 811. Monnaie de Corinthe.
BEN
BEN
en Cappadoce. Ce culte fut introduit à Rome après les guerres contre Mithridate9. Un temple fut alors élevé à la
Fig. 814. Mars et Bellone.
divinité étrangère, volontairement confondue avec la Bellona italienne ; il était desservi par un collège de prêtres et de prêtresses cappadociens, que l’on trouve désignés sous le nom de bellonarii ou fanatici de aede Bellonae pulvmensïs10. Aux jours de fête de la déesse, ils couraient par la ville au bruit des trompettes et des tambourins, vêtus d’habits noirs et portant des bonnets de laine noire sur la tête11, armés d’une hache à double tranchant. On voit ici (fig. 815) l’effigie d’un bellonaire, d’après une pierre .
funéraire 12, dont l’inscription fait connaître que ce personnage était cistophore du temple de Bellone.
La ciste est à ses pieds ; il porte deux haches dans une de ses mains, et dans l’autre une branche de laurier; sa tête est ceinte du même feuillage ; de sa couronne, ornée de médaillons, pendent des bandelettes ; à son col est un collier, qui a la forme d’un serpent à deux têtes. Winckelmann a aussi reconnu 13 une image de Bellone dans un fragment de bas-relief où l’on voit la statue mutilée d’une femme armée, debout sur un cippe; à ses pieds se tiennent une prêtresse prête à sacrifier un coq,
et un homme nu, sans doute un bellonaire , qui danse et semble se lacérer lui-même avec un glaive.
Une médaille de Comane 14 (fig. 816), qui appartient à l’époque impériale, nous montre les traits sous lesquels on se représentait alors la divinité asiatique, la tête Fig. 816. La déesse de Comane. environnée de rayons, tenant une
massue d’une main et de l’autre un bouclier. E. Saglio. BELLONARIUS [BELLONA].
BEMB1X [TURBO].
BENDIDEIA (BevSi'oaa). — Fêle de la déesse tlirace benms, qui se célébrait au Pirée le 19 et le 20 du mois de thargélion L Platon fournit de nombreux détails sur cette
9 Plut. Sylla, 9; Cic. Ad fam. XV, 4; Strab. XII, p. 535; Hirtius, Bell. Alex. 66 ; Tiesler, De Bellonae cultu, p. 22 et s. ; M. Duncker, Gesch. des Altcithums t. I, p- 404, 3e édit. 1863 ; Marquait, Eandb. d. rôm. Alterthümer, I\ , 83 ’ Maurv, Belig. de la Grèce, III, p. 170. — 1° Gruter, 313,1; Muratori, 179, 1 ; Orelli’, 2316-2318; Acro ad Hor. Sat. II, 3, 223. - « Tertull. De pallia, 4; Mail.
XII 57, H. 12 Muratori, l. I. ; Guigniaut, Noua. gai. myth. pl. cl, 368 Ij.
— 13 Mon. inéd.,1, p. 36, n. 29.— n Vraisemblablement la Comane du Pont : Millingen, Anc.coins of greek cities, pl. l, li, p. 67.— Bibliographie. Tiesler, De Bellonae cultu et sacris, Berlin, 1842 ; Marquardt, Handbuch d. rôm. Alterthümer ,t. II, p. 83, Leipz. 1856 ; A. Maury, Religions de la Grèce antique, t. III, p. 170 et s., Paris, 1859 ; Preller, Rôm. Mythologie, 2* édit. Berlin, 1865.
BENDIDEIA. 1 Procl. Jn Tint. 1 ; Hesych. s. i>. B ivîi?; Yoy. Boeckh, S tudieu p 174 et s. 2 I, p- 327 et s. — 8 Corp. inscr. gr. n° 157 ; Rhangabé, Ant. hellén.
Fig. 815. Prêtre de Bellone.
fête, au début de la République * ; on y voit qu’elle comprenait principalement une procession (Ttof/.7t7i) à laquelle prenaient part les gens de la localité et les Thraces établis au Pirée, une course aux flambeaux (Xocu.7taç), avec cette particularité que les coureurs y étaient à cheval, enfin une veillée sacrée qui durait toute une nuit (iravvuytç), avec des rites rappelant les Dionysies. Le sacrifice des Bendideia avait un caractère officiel et fournissait sa part au revenu du dermatikon 3. Le Beudideion ou temple de Bendis, où se faisait cette fête, existait déjà au Pirée lors de l’expulsion des Trente4, et c’est du vivant de Socrate qu’elle fut célébrée pour la première fois L M. Auguste Mommsen c suppose qu’on l’établit officiellement à la suite d’une des épidémies qui marquèrent les années 445, 430 et 420 ; mais ceci mériterait encore confirmation. F. Lknormant.
BENDIS (BévStç). — Déesse lunaire des Thraces 1 ; Jacob Grimm 2 en a très-ingénieusement rapproché le nom de Vanadis, « la belle, la lumineuse, la blanche », surnom de Freyia dans la mythologie du Nord. Parmi les Grecs, les uns ont assimilé Bendis à Artémis3, d’autres à Hécate4, d’autres enfin à Proserpine 5. 11 est évident qu’il faut la reconnaître dans l’Artémis Reine à laquelle sacrifiaient les femmes de la Thraee et de la Péonie, suivant Hérodote 6, et dans l’Hécate Zérynthia de Lycophron 7. Bendis était aussi adorée à Lemnos, où on l’appelait « la Grande Déesse8 », titre qu’ Aristophane a employé dans sa comédie des Lemniennes 9 ; on lui sacrifiait primitivement des jeunes filles dans cette île10. C’était donc la Diane Lemnienne dont parle Galien ll, et le nom de Chrysès, donné quelquefois à celle-ci, quand on parle de ses victimes humaines12, étaitcommeune sorte de traduction grecque de celui de Bendis. 11 est impossible de méconnaître aussi une parenté entre Bendis et Axiokersa, la Proserpine des mystères de Samothrace13 [cabiri]. Enfin 1 existence de son culte de l’autre côté de 1 Ilellespont, en Bithynie, est attestée par le nom du mois bithynien ILvStatoç, ou plus exactement BsvStSaïoç H.
Strabon 15 dit que les fêtes de Bendis en Thraee, comme celles de Cotytto, avaient le même caractère que les fêtes orgiastiques de la religion phrygienne. Quand le culte de la déesse eut été introduit en Atlique, on les célébrait au Pirée conformément aux rites thraces [bendideia], et aux renseignements que Platon donne à ce sujet dans le début du premier livre de sa République, on voit qu’il s’y mêlait un élément dionysiaque très- prononcé. C’est qu’en effet dans la Thraee, sa patrie, Bendis était associée au dieu d’origine phrygienne que les Grecs assimilaient à Dionysos, c’est-à-dire à sabazius. Dans les bas-reliefs sculptés sur les rochers de Philippes en Macédoine16, l’image de Dionysos Sabazius, aux cornes de taureau, est associée à deux déesses, l’une à l’aspect de matrone, que nous croyons être cotytto, l’autre pareille à la Diane chasseresse, qui est certainement Bendis17, car la qualité de
no 842. - 4 xenoph. Hellenic. II, 4, II. - 8 Piat. De rep. t, p. 327. - 8 Eeortolouie p 86 et 426. - Bibliogiupu.e. Meursius, Graecia fer, ata, s. v.; Hermann, Gottesdienstl. Alterthümer der Griechen, 2- éd„ 1858, § 60, 22; A. Mommsen, Eeortologie, Leipz. 1863, p. 425 et s.
BENDIS 1 Vov. Maury, Eist. des relig. de la Grèce, t. III, p. 135. — 2 Monatsberichte de l’Acad. de. Berlin, 1859, p. 515 et s. - 8 Falaepbat. 32 ; Hesych .t. v BÉvSr et AiW.;. - 4 Hesych. i. v. MloUo;. - 8 Procl. Theolog. p. 353 ; Phot.
s u m.tÛ* Wî. - 6 IV. 33‘ - 7 Cass“ndr ■ ”• - 8 StePh- B*z '■ ”• A^vo<i-
9 Hesvch. et Phot. s. u. M.yA, 6=3,-. - 1« Steph. I. c. - U De medic. simpl. IX, 2.- 12 sèph. Philoctet. v. 195 ; Schol. Ad h. I. - l8 Lobeck, Aglaophamus, p. 1212- 1215. — 14 Scaliger, De emend. temp. p. 50 ; Usser. De ann. Maced. p. 41 ; labnc. Menolog. p. 61. — 15 X, p. 470. - 10 Heuzey, Mission de Macédoine, pl. m et îv.
— 17 Heuzey, p. 80.
BEN
BEN
chasseresse lui est attribuée par Hésychius 18, et c’est à elle que fait allusion Callimaque19, quand il représente Artémis conduisant ses premières chasses sur l’Haemus. Ce sont ces deux déesses que désigne Lycophron quand il parle des deux souveraines de Zérynthe. Aphrodite -° et Hécate21, réunies quelquefois en un seul personnage, comme les Grandes Déesses d’Éleusis, et rapprochées dans ce cas de Cybèle22. Elles répondent en etfet, avec le caractère lunaire propre à la religion locale, aux deux déesses, l’une mère et l’autre fille, auxquelles s’unissait successivement Sabazius dans le mythe phrygien23 [sabaziusI. Sur les mêmes rochers de Philippes, la figure de Diane-Bendis est quelquefois remplacée par celle du dieu lunaire mâle de l’Asie Mineure, mên, comme s’il exprimait l’autre face d’une divinité au sexe ambigu84 par une substitution ou une association qu’attestent des documents épigraphiques formels 28. Nous constaterons dans cotytto le même caractère ambigu, et presque androgyne; au reste, pour Bendis, il est formellement indiqué parmi les explications que l’on donnait de l’attribut des deux lances qu’elle tenait à la main et qui l’avait fait qualifier de Sftoyyoç par le poëte Crutinus dans sa comédie des Femmes thraces 26 . Les uns disaient en effet qu’elle les portait comme étant à la fois soleil et lune, d’autres comme reine du ciel et de la terre27, d’autres enfin seulement comme chasseresse.
Dans le mythe phrygien de Sabazius, la plus jeune des déesses à laquelle il s'unit est de sa part l’objet d’une tentative violente. On disait aussi qu’elle était sa fille. Enfin, on l’a plus tard identifiée à Proserpine. Il en était de même chez les Thraces dans les rapports de leur Sabazius avec Bendis, rapprochée aussi de la fille de Déméter. Quand on voit une tradition locale placer l’enlèvement de Proserpine sur les bords du fleuve Zygactès 28, on ne peut pas, plus que ne l’a fait M. Heuzey29, hésiter à y voir la transformation hellénisée d’une légende relative à Bendis, légende d’enlèvement et de violence à laquelle font certainement allusion les types des plus anciennes monnaies de la région du Pangée, particulièrement de Lété 30 et des Oresciens31 (fig. 817). Le Sabazius thrace, comme roi de
l’autre vie 32, a dù faei- j lement se confondre avec Pluton. Or, on disait Bendis fille d 'Admet us 33, et ce dernier nom est identique à celui d’Âôaaaç, don-
Fig. 817. Monnaie des Oresciens. ,
ne quelquefois a Pluton34, conforme à son épithète fréquente d’aSocuwca-roî38, et , rapporté au culte de Samothrace 36.
L’Artémis Tauropole d’Amphipolis37 est la Bendis thrace à peine hellénisée et toujours en rapport avec le Dionysos à forme de taureau. Les monnaies de cette ville la représentent le plus souvent assise sur cet animal et presque absolument semblable à une Europe enlevée 38 [diana,
18 v° Silop/ps. — 1® Uymn. in Dian. 114. — Cassandr. 419 et 958. — 21 Ibid. v. 77. — 22 Hesych. s. v. Ku6^«). — 23 clem. Alex. Protrept. 11, p. 14, éd. Potter ; Arnob. Adv. gent. V, 21 ; Diod. Sic. IX, 4. — 24 Vov. F. Lenormant, Monographie de la voie sacrée Éleusinienne, t. I, p. 372. — 25 /é. p. i60. — 26 Hesych. s. v. ARoyyoî. — 27 cf. Plut. De orac. def. 13 — 28 Appian. Bell. cio. IV, 103.
— 29 Op. c. p. 36. — 30 Mionnet, Descr. de méd. ant. Suppl, t. III, p. 80 et s.
— 31 Mionnet, Suppl, t. III, p. 85. — 32 Eurip. Rhes. y. 970-973 ; et l’ins- , cription publiée par M. Heuzey, Op. c. p. 128. — 33 Hesych. s. v. ’ASiMjTou -/oçyj. |
— 35 Yalckenaër ad Theocrit. II, v. 34. — 35 Preller, Griech. Myth. 2" éd. t. I, p. 595 et 623. — 36 Origen. (Hippolyt.) Pnilosophumen. V, 8, p. 108, éd. Miller.
— 37 Diod. Sic. XVIII, 4. — 38 Mionnet, t. I, p. 464-467, nos 130-133, 144-146, 149-
iüuropa] ; sur d’autres on voit d’un côté le buste de Diane portant un carquois et de l’autre le taureau 39, qui se montre également au revers de la tête de Dionysus 40. Mais la plus intéressante de ces pièces est celle où l’on voit au droit le buste de la déesse laurée, le croissant lunaire aux épaules, avec la légende taypoiioaoc, et au revers sa figure complète debout, le calathus sur la tête, le croissant passé derrière les épaules, comme l’a Mên dans la numismatique de l’Asie Mineure, tenant d’une main le flambeau d’Hécate ou de Proserpine, et de l’autre une lance 41 (fig. 818); c’est évidemment un ancien type de représentation indigène.
Le culte de Bendis fut adopté de très-bonne heure par les colonies grecques de la côte de Thrace, comme Byzance 42 et les villes de la Ghersonèse 43. Les relations commerciales avec la Thrace l’apportèrent en Attique ; il commençait à s’y répandre quand Gratinus le mit en scène dans sa comédie des Femmes thraces (©pa-ttat), représentée vers 443 av. J. -G. 44. Quand Aristophane fit jouer ses Lemniennes, dont le principal objet paraît avoir été de combattre ce culte étranger43, l’entraînement public était déjà général46. Le poëte y parlait du flambeau de la déesse (cpavo;47) , que nous avons vu sur la monnaie d’Amphipolis. il semble résulter clairement d’expressions qu’il employait48 et dont Euripide s’était aussi servi dans sa tragédie d ’Hypsipyle 49, dont la scène était à Lemnos, qu’on se plaisait alors à rapprocher Bendis de l’Artémis de Brauron en ALtique [brauronia, diana]. Ceci, du reste, était exact, car la déesse de Brauron était bien une Artémis Taurique (originairement une Artémis « au taureau ») apportée dès une époque extrêmement ancienne de Lemnos ou de quelque localité voisine80; mais la vanité athénienne retourna le fait, et alors se forma l’historiette. de la statue d’Artémis enlevée à Brauron par les Pélasges Tyrrhéniens et transportée par eux à Lemnos 81. Grâce à cette fiction, les dévots de Bendis, de jour en jour plus nombreux, parvinrent à obtenir pour leur déesse une condition différente de celle des autres cultes étrangers, parmi lesquels la range encore Strabon 52. Ce n’était plus une déesse étrangère, mais une déesse nationale, issue de l’Attique, qui revenait à son point de départ ; aussi la fête de Bendis, que l'on commença à célébrer du vivant de Socrate53 et peu après la comédie d’Aristophane, reçut- elle un caractère public et officiel84 [bendideia]. Elle continua, du reste, à avoir pour théâtre le Pirée, où étaient la plupart des sanctuaires des divinités étrangères, et où avait été construit le Bendideion 33, réservé sans doute d’abord aux marchands d’origine thrace.
Le culte de Bendis fut établi plus tard à Alexandrie, où il y avait aussi un temple appelé Bendideion 86. F. Lenormant.
153; Suppl, t. III, p. 22-39, n“ 157-161, 191, 194, 198-212, 214-218, 220, 233-235, 257, 267, 268. — 39 Mionnet, t. I, p. 464, n°5 128 et 129 ; Suppl, t. III, p. 22, n° 153.
— 40 Mionnet, Suppl, t. III, p. 24, n°s 169 et 170. — 41 Sestini, Medaglie di Fontana, pi. u, n° 1 1 ; Müller-Wieseler, Denlcm. der ait. Kunst, t. II, pl. xvi, n» 1 77.
— 4! Corp. inscr. gr. n" 2034. — 43 Tit. Liv. XXXVIII, 41 ; et l'inscription dans F. Lenormant, Voie sacrée, t. I, p. 169. — 44 Meineke, Fragm. comic. graec. t. II. p. 61. — 45 Jb. p. 1097. — 46 Aristoph. Lemn. fragm. 7. — 47 Fragm. 21. — 48 Fragm. 14. — 49 Hesych. s. v. ’AçxtEûiai. — 50 Maury, Hist. des relig. de la Grèce, t. 1, p. 151 et suiv. — 51 plut. De virt. mul. 9 ; Quaesl. gr. 21. — 52 x, p. 471. — S3 Plat. De rep. I, p. 327. — 54 C. inscr. gr. n° 157; Rangabé, Ant. hellén. n» 840.
— 35 Xen. Hdlenic. Il, 4, 11. — 36 Synes. Fpist. IV, p. 159.
BEN
BEN
BENEFICIARIUS. — Titre sous lequel on désignait, dans i l’armée romaine, tous ceux qui avaient reçu une récompense ou jouissaient d'un privilège [beneficium] : on le trouve habituellement, dans les écrits des auteurs latins ou dans les inscriptions, suivi du nom ou du titre de celui qui a accordé cette faveur 1 ; dans les inscriptions, il se présente quelquefois sous la forme b, bb ou bf. Les tribuns et les centurions, nommés par les consuls, les proconsuls, les préteurs, les préfets, etc., leur en témoignaient toujours une grande reconnaissance, et se montraient dévoués à leur personne en les suivant partout, et particulièrement en adoptant leur parti dans les guerres civiles 2 ; ils en recevaient alors de nouvelles récompenses, le partage des terres des vaincus, etc. 11 y avait donc une grande analogie entre eux et les evocati. Sous la république, les bénéficia accordés par les gouverneurs des provinces n’étaient définitivement acquis que trente jours3 après l’inscription faite à Rome, sur les registres du trésor public, par les soins des donateurs eux-mêmes : on désignait cette formalité par l’expression ad aerarium referre 4. Gomme ces libéralités étaient réservées exclusivement aux citoyens romains, la preuve de la possession de ce dernier titre résultait de l’inscription sur les registres du trésor 6. On trouve plus tard la mention d’un registre consacré à ces inscriptions, qui s’appelait liber beneficiorum 6.
Le titre de bene/îciarius fut donné sous l’empire à tous ceux qui obtinrent une faveur 7, quelque minime qu’elle fût, telle que l’exemption du travail des retranchements 8.
On voit ici (fig. 819) la pierre funéraire d’un soldat
romain, trouvée près d’Aumale, en Algérie, dans les ruines de l’antique Auzia9. Une inscription gravée sous la figure nomme Geminius Saturninus beneficiarius d’un préfet, c’est-à-dire du commandant d’un corps de cavalerie auxiliaire, probablement indi gène, dans lequel ce benefîciarius avait sans doute un grade. Le bâton qu’il tient de la main droite rappelle le sarment des centurions. La gauche s’appuie sur un long glaive suspendu à un baudrier [balteüs].
Pendant bien longtemps, aucune loi ne régla les bénéficia que les gouverneurs de province ou les chefs d’armée accordaient aux centurions ou aux personnes recommandées parles tribuns10; mais des abus se ma-
BENEFICIARIUS. 1 Val. Max. IV, 7, § 5; Suet. Tib. 12; voy. les recueils d’inscriptions. — 2 Bell. Civ. I, 75 ; 111, 88. — 3 Cic. Ep. V, 20. — 4 Cic. Pro Archia, 5. — 3 Cic. I. c. V, 11. — 3 Hyg. De lim. constit. ap. Rei agr. scriptores, p. 193, éd. Goes. — 7 yeg. n, 7. — 8 Fest. s. v. Beneficiarii. — 9 Berbrugger, Revue africaine , 1862, p. 80; Rev. archéolog. N. S., 1853, pl. viii. — 10 Cic. Ep. V, 20.— n Tac. Ann. I, 17 ; Eût. I, 46, 58.— « Tac. Hist. IV, 48.— I3 Plin. Ep. X, 32.
BENEFICIUM. 1 L. 3, De test, militis, XXIX, D, 1. — 2 Paul. Sent. III, 4 A. 8.
— 3 De lirait, constit. ap. Rei agr. script, éd. Goes, p. 193. — 4 « Qui beneficium nostrum legerit. » ( Arcad . Aug. inter var. auctor. de limit. ib. p. 260.) — 3 Dubos,
infestèrent11. Tibère partagea les bénéficia d’une légion entre le chef direct de celle-ci et le gouverneur de la province où elle résidait12: pour qu’il y eût partage entre deux hommes jaloux de maintenir leurs prérogatives, il fallait qu’il y eût au moins des limites précises. Lorsqu’on adopta l’usage de donner le nom de contubernium à la décurie et celui de contubernales à ceux qui en faisaient partie, on cessa de donner ce dernier titre aux militaires qui étaient attachés à la personne d’un chef ou d’un gouverneur de province, et on le remplaça par celui de beneficiarius ,3. Masquelez.
BENEFICIUM. — Ce mot, en droit romain, a souvent le sens de privilège : par exemple, le droit des soldats de tester suivant certaines formes [testamentum] est appelé beneficium militare b II signifie aussi les avantages, promotions et grâces attribués aux soldats, par suite d’une fiction de la loi Cornelia, et qui faisaient d’eux des beneficiakii 2. Enfin on trouve dans Hygin, qui vivait sous Nerva, la mention d’un liber beneficiorum 3, qui était un livre des grâces impériales, sur lequel on inscrivait, entre autres choses, les concessions de terres faites à des colonies.
Ce livre prit lui-même plus tard le titre de Beneficium'1'. On est parti de là pour assimiler les concessions de terres faites par les empereurs romains à des conditions militaires, avec les bénéfices des Mérovingiens et surtout des Carlovingiens s. Le savant Guérard a repoussé cette assimilation 6 d’une manière trop absolue. L’idée première des bénéfices en terres remonte aux Cimbres et aux Teutons demandant au consul Silanus de leur accorder des terres et s’engageant, moyennant cette concession, au service militaire envers Rome 7. Les Romains n’acceptèrent pas cette proposition, mais plus tard un arrangement analogue fut conclu avec les Bataves et les Mattiaques 8. Alexandre Sévère accorda des terres conquises aux généraux et aux soldats préposés à la garde des frontières ( limitanei ), à condition que leurs héritiers seraient pareillement soldats et que ces terres ne passeraient jamais entre les mains de personnes étrangères à l’armée9. Probus en fit autant pour les vétérans qu’il établit dans les gorges de l'Isaurie 10 ; il y eut un dux limitis spécialement préposé à ces frontières ll. Enfin Constantin et ses successeurs généralisèrent ces mesures et prirent l’habitude de distribuer des terres ( agri limitanei) aux soldats des frontières et aux vétérans, en soumettant eux et leurs fils à l’obligation du service militaire; ces colons militaires s’appuyaient sur des cas tella ou burgi, ce qui leur fit donner le nom de burgarii. Ensuite les barbares furent admis, sous le nom de laeti ou gentiles, à occuper des terres des frontières à la charge du service militaire 12. Par suite de ces faits on s’est quelquefois représenté cette institution comme formant une origine romaine des bénéfices barbares. Nous serions plutôt disposé à regarder ces distributions de terres moyennant service militaire comme dues à l'influence des Barbares; elle s’exerça sur l’empire romain longtemps avant le moment où elle le fit tomber en dissolution. F. Baudry.
BENNA. — Mot emprunté à la langue des Gaulois. Us
Etabl. de la monarchie franc. 1. I, ch. x ; t. I, p. 142, 1742. — G Polyptyque d’Irminoiii §§ 257, 258, t. I, p. 504 et s. — 7 Florus, III, 4. — 3 Tac. Germ. 29 ; Lehuérou, Institi Méroving. t. I, p. 44. — 9 Fr. 11 pr. Dig. De evict. XXI, 2. Lamprid. Al. SeVi c. Lvni. — 10 Vopisc. Prob. 16. — U Orelli, nu 3798 ; Orelii-Heuzen, n°‘ 6802, 6803; MommseD, Monatsber. d. Berlin. Akad. 26 nov. 1857, p. 1!. — 12 Codi Theod. 1. VII, tit. 15, 20, 22 ; et Nov. 31 ; et ibid J. Godefroy. — Biblio* giiafhii:. Roth, Beneficialwesen, p. 46, 51 ; Bôcking, Notit. dign. Occid., p. 1044, 1080, Bonn, 1839-1853 ; Mone, Urgeschichtc des badischcn Yolkes , II, 247-250 ; Walter, Geschichte des rom. Rechts, Bonn, 1860, 3e édit. I, n“s 340 et 416.
Fig. 819. Pierre funéraire d’un benefîciarius.
BES
BES
donnaient ce nom à une sorte de chariot, et celui de combennones à ceux qui y prenaient place ensemble *. Benne , banne et banneau en français, viennent de benna, qui s’est aussi conservé dans bennen-liarren, nom qui désigne encore, en Alsace et en Suisse, une voiture laite d’osier entrelacé, et dans l’italien benna, qui signifie une voiture ou une claie du même genre. On en a conclu que la benna ancienne devait être semblable. En voici un exemple (fig. 820),
d’après un des bas-reliefs de la colonne de Marc-Aurèle 2, c'est une large corbeille portée sur une plate-forme roulant sur quatre roues. E. Saglio.
BERYLLUS [gemmae].
BES. — Monnaie de compte romaine, composée de huit onces et valant par conséquent les deux tiers de Tas
Le bes a été frappé une fois comme monnaie par le triumvir monétaire G. Cassius, dans la première moitié
du septième siècle de Rome *. 11 porte, comme marque de valeur, les signes S : un semis et deux onces (fig. 821).
F. Lenormant.
BESA (B/faoc *, fSy^iov 3). — Vase à boire en usage
<i Alexandrie ; d après Athénée 4, il était large à sa base, étroit à sa partie supérieure, et par conséquent analogue par sa forme au bombylios et à I’alabastron, dont il est en effet rapproché par les auteurs s. E. S.
BESTIAE MANSUETAE, CICURES. — Il ne faut pas confondre les animaux familiers, privés ou apprivoisés {mansuetes, mansuetae, cicures bestiae, -/etpo^Qvi, tiOcî ou TiOacrceuTa, %spa Çwa) avec les animaux domestiques (pec udes o u bestiae domesticae, evoixiSia, oixovogixoc, cuvavOpwTroûgEva v,wa). Les animaux familiers ne sont pas les mêmes que ceux de l’étable, de l’écurie, de la volière et de la bassecour, dont nous n’avons pas àparler ici; ceux qui habitent près de l’homme, sous sa garde et font en quelque sorte partie de sa maison, domus; ceux qui partagent ses travaux et reconnaissent son empire : ce sont ceux qui, plus
IlENNA. 1 Fesf. s. v. p. 27 Lindemann. — 2 S. Bartoli et Bellori, Columna cochlis il/. Aurel. Anton, pl.27. Bibliogbaphie. Scheffer, De re vekiculari veterum, ÏI, 21,
1 1 ancf. 1671 ; Ginzrot, Wâgen und Fahrxverlce der Alten, Munich, 1817,1, xli, p. 370. BES. l Cohen, Descript. générale des médailles consulaires, pl. lu, Cassia, n° 3. BESA. 1 XI, p. 784 b. — 2 Eustath. Ad Od. I, 1405, 16. — 3 Schol. Aristoph.
intimement mêlés à savie, sont devenus pour lui les objets d’une affection particulière. Un animal domestique peut devenir un animal familier L Cette intimité des animaux et des hommes était plus commune chez les anciens que dans les temps modernes. Plusieurs causes les rapprochaient dans la vie, desquelles l action est nulle sur nous. La première était la religion. Le polythéisme était essentiellement le culte de la nature : par là tout devenait sacré, et souvent l’homme respectait plus une bête, une plante, une source, que l’homme même. La croyance à la métempsychose ou transmigration des âmes a aussi contribué à inspirer du respect et de l’affection pour les animaux. Enfin, par les sacrifices, par les auguies, par beaucoup d autres ceremonies religieuses, les animaux tenaient dans la vie des anciens une place qu’ils ne peuvent avoir dans la nôtre. Ajoutons que presque tous étaient consacrés à quelque divinité, dont les images étaient ordinairement accompagnées de la leur. On en nourrissait d’apprivoisés dans les temples ou sur le territoire consacré environnant les temples des dieux et des déesses auxquels ils étaient attribués 2 [fanum, templum]. Nous n entrerons pas ici dans des détails qui seront mieux placés aux articles relatifs aux différents cultes ; observons seulement que la religion pénétrant de toutes manières et sous toutes les formes, dans la vie privée, son influence y était telle qu’il est souvent presque impossible de distinguer ce qui appartient aux rites de l’une et aux usages les plus ordinaires de l’autre. Toutefois, parmi les animaux, ceux qui sont d’une forme élégante, d’une taille petite ou moyenne, d’un naturel doux, facile, les chiens, les oiseaux surtout, étaient aisément admis dans la familiarité de leur maître. Mais on essaya de s’attacher aussi les animaux les plus indomptables, en changeant leurs mœurs naturelles.
Bestiae immanes3, <xypi a Çôix, animaux féroces. — Les anciens portèrent très-loin l’art d’adoucir le naturel des bêtes les plus farouches. D’après un passage d’Isocrate 4, il y avait à Athènes des dresseurs qui montraient des lions domptés, des ours habitués à exécuter toutes sortes
de tours : c’est ce que firent de tout temps les bateleurs et les Galles mendiants5 [agybtae]. Des particuliers mêmes possédaient des animaux féroces apprivoisés. La figure 822 reproduit une peinture de vase 6 où l’on voit un jeune homme qui tient en laisse une panthère : sans doute c’est un présent destiné, comme le coq qu’il porte dans sa
Ach. 1048. — r» L. L — s Suid. ; Schol. Aristoph. I. I.
BES riAE MANSUETAE, CICURES. 1 Colum./lereî'îisl. VI, 2 — 2 K. F. Ileimann Gottesdienst. Alterth. § 20, 12.-3Cic, Tuse. V, xui, 38— 4 Antidos. 2t3.- 5 S. August. Cîo. D. VII, 24 ; Non. Marc. s. v. Mansuetum. Voy. agïrtae. — 6 Dubois, CataU Panckoucke, 1 34, n. 45 de la planche ; voy. encore Élite des monum. céram. t. IV, pl. 82.
BES
BES
main, au personnage placé vis-à-vis de lui. Théocrite 7 parle d’une cérémonie de Diane, où figurait, entre autres animaux féroces, une lionne. Apulée 8, décrivant la procession d’Isis, d’après ce qu’il a vu, y fait figurer une ourse apprivoisée, portée dans une chaise et accoutrée comme une noble dame. Selon Sénèque 9, les ours, les lions, les tigres même, un collier au cou, la crinière dorée, c’est-à-dire tout imprégnée de poudre d’or, allant, venant ( en liberté dans les maisons, se laissaient manier sans colère, même la gueule 10, et recherchaient les caresses de leur maître. Cette dangereuse fantaisie devint assez commune pour donner lieu à des règlements de police. Un édit des édiles défendait d’avoir un chien, un verrat, un sanglier, une panthère, un ours, un loup ou un lion sans attache et dans un lieu où l’on passe ordinairement 11 .
On dit que ce fut le Carthaginois Hannon qui osa le premier manier un lion et le montrer apprivoisé 12. Son adresse, ou plutôt sa dangereuse folie d’orgueil (il voulait passer pour un Dieu), effraya ses concitoyens qui le bannirent 13. Cependant cet art semble remonter plus haut. Les Indiens employaient à la chasse les lions de leur pays; ils les menaient en laisse u. On nourrissait au temple d’Anaïtis, dans l'Élymaïde, en Perse, des lions i assez apprivoisés pour venir caresser les personnes qui y entraient 1S. Dans la plupart des tentatives, faites plus tard pour assujettir aux volontés d’un maître les animaux les plus sauvages, il ne faut voir d’abord que des fantaisies de despotes, qui veulent que tout paraisse céder à leur empire, et pensent ainsi se mettre au rang des dieux.
Ils prennent à la lettre les poétiques symboles de la Grèce primitive, ou bien de ces fables ingénieuses ils veulent faire des réalités pour en imposer à la faible imagination du vulgaire. Bacchus, conquérant de l’Inde, était revenu de ces contrées lointaines porté sur un char traîné par des tigres 16 ; Gybèle , la Mère des dieux, avait un attelage de lions ; selon les légendes de la Thessalie 17, Pélias, roi de ce pays, avait promis sa fille Alceste à celui qui soumettrait au joug des lions et des sangliers; Apollon, qui servait chez Admète, donna à son maître le moyen de remplir cette tâche, et d’épouser la femme qu il aimait 18 ; Orphée, disait-on, avait apprivoisé les plus terribles animaux et adouci leur rage19; une ancienne légende attribuait la même puissance à la parole de Pythagore : des bœufs sauvages, des aigles, des ourses, s’étaient montrés dociles à sa voix20 ; dans les siècles de décadence, des hommes qui se disaient, et peut-être se croyaient les maîtres du monde, prétendirent, en asservissant à leurs caprices les êtres les plus rebelles, faire croire que la nature entière obéissait à leurs lois. Des médailles en grand nombre, représentent des divinités ou des souverains sur des chars tirés par des éléphants Dans la pompe dionysiaque du roi grec d Égypte Ptolémée-Philadelphe, figurèrent vingt-quatre chars traînés par des éléphants, soixante par des boucs accouplés, douze par des lions, etc. 22. Les plus odieux tyrans de
7 II, 66 et s 8 Metam. XI. — 9 Sen. De ira , II, 31 ; De benef. I, 3 ; Ep.
EXXXV, 51 ; Stat. Silv. II, 5 ; Porph. Abstin. III, 20. — lOManil. Astr. IV, 234 ; V, 696 et s. — n Dig. XXI, 1,40-42; Justin. Instit. IV, 9, 1. — 12 Plin. Hist. nat, VIII, 2i. — 13 Aelian. Var. hist. V, 39 ; XIV, 30 ; Plut. Praec. polit. 3. — 14 Aelian. Nat. an. XVII, 26. — 15 B>. XII, 23. — 16 Hor. Od. 111, 3, 13 ; Virg. Aen. VI, 805 ; Ovid. Ars am. I, 549 ; Sil. XVII, 648 ; Sen. Oedip. 425; Mart. VIII, 26, etc. — 1? Apollod. Bibl. I, ix, 15; Anthol. praec. Jacobs, xiv, 50, p. 655. — 18 Voy. à 1 article admetus des représentations de cette légende. — 19 Hor. Ad Pis. 391 et s.; Propert.
m, « 1, etc. a0 Jamblic. PythagN III.— 21 Vov. le beau médaillon de Séleucus,
Vaillant : Hist. de Syie: Frulich, Ann. de Syrie ; Meut de l'Ac. des viser., t. XXIII,
Rome imitèrent ces extravagances. Déjà aux derniers siècles de la république, pour amuser le peuple-roi, on avait fait paraître dans les fêtes du cirque, ou combattre par centaines les lions, les tigres, les panthères, les éléphants, et aussi les girafes, les autruches, les animaux les plus rares [emeus, pompa, venatio].
Pompée, à son premier triomphe, avait eu l’idée d’entrer dans Rome sur un char traîné par quatre éléphants, et il n’avait renoncé à son projet que parce que les portes de la ville s’étaient trouvées trop étroites 23. Antoine le triumvir soumit les lions au joug, et le premier les fit voir dans Rome attelés à un char. Ce fut pendant la guerre civile, après la bataille de Pharsale 24. Plus tard, il se fit promener par ce même attelage avec la comédienne Cythéris. Un assez grand nombre de monuments offrent l’image de chars attelés de toutes sortes de bêtes, quelquefois sauvages ou féroces, à l’imitation des spectacles du cirque, ce sont ordinairement des amours ou génies qui les conduisent, comme on en a des exemples dans plusieurs bas-reliefs du Louvre 95 où des biges sont traînés par des sangliers, des dromadaires, des antilopes ; nous reproduisons ici(fig. 823) un camée 26, où est figuré l’Amour
conduisant un char attelé de deux lionnes ; on remarquera dans ce dessin agrandi, le harnais orné de pendeloques et de paillettes ou de broderies, semblable à ceux qu on mettait aux bêtes exposées dans le cirque. On en verra d’autres exemples au mot venatio.
Auguste, qui avait le goût des animaux rares, montra le premier aux Romains un tigre apprivoisé 27. D’autres empereurs allèrent plus loin. On connaît le lion familier de Domitien, dont Stace a chanté la mort28 : on le laissait en liberté; il sortait de sa cage, il y rentrait à son gré. Sur l’ordre de son maître, il lâchait sans lui faire de mal la proie vivante qu’on lui avait livrée. On pouvait impunément lui mettre la main dans la gueule. Il fut tué dans l’amphithéâtre par un tigre qui, peut-être apprivoisé lui-même, n’avait pas sans doute entièrement dépouillé sa férocité native29. Souvent ces brusques retours de cruauté ajoutaient un charme nouveau aux fêtes où figuraient ces dangereux acteurs. Dans une scène d Orphée en Thrace, donnée par Domitien, le malheureux qui
p. 341 ; et les monnaies impériales; Spanheim, De praest. nam. diss., t. 11, p. 211; Trésor de Numistn. Emper. rom., pl. 1 1 1, 1 G ; XXI, 4; XXVIII, 17, etc. Callixen. ap. Athen. V, 32. — 23 Elut. Pomp. 14 ; Plin. Hist. nat. VIII, 2. — 24 plin. Hist. nat. VIII, 21 ; Plut. Ant. 9 ; Cicer. Philip. II, 24 ; Ad Altic. X, 13. — 23 bouillon, Mus. des antiq. III, Bas-reliefs, pl. vin ; Clarac, Mus. de sculpt. pl. 162. - 26 Stusch, Gemm. ant. cael. pl. 66; Bracci, M'emor. d. incisori, II, pl. ex; Lippert, Dvctyliothec. I 288 ; Kaspe, Catal. de Tassie, 6731. Voy. aussi Ginzrot, Wagen und i?„hy.,iserhr. il xiv u 2 1 8 et pl. lxi, ou l’on voit d’autres bêtes pareillement harna- 2ies7Î Mart. l| 105. - * Plin. VIII, 25 ; Serv. «d Virg. Eclog. V, 29 ; Aur. Victor', Epit. I, 28. — 28 Stat. Site. II, 5. — 29 Mart. Spccl. 18,10; Epiyr. II, 75.
BES
— 691 — BES
jouait le rôle du poète. fut dévoré par un ours 80. Et pourtant toutes ces bêtes sauvages, disaient les poètes de cour, montraient le même respect religieux, la même docilité envers d’augustes maîtres 81 .
Ces usages se retrouvent sous tous les empereurs, qui reproduisent, en les exagérant, les monstrueux caprices des Néron et des Domitien. Caracalla eut plusieurs lions apprivoisés, un entre autres appelé Cimeterre, Acinaces 82 ; il le menait partout, partageait avec lui sa table et son lit, et l’embrassait en public. Il avait la prétention de rivaliser avec Hercule 33. Selon Lampride 34, Héliogabale se promenait sur un char attelé tantôt de lions, tantôt de tigres, et se donnait les noms de Magna Mater ou de Bacchus, avec tous les insignes qui accompagnaient les images de ces divinités. 11 faisait paraître à sa table 3S, au second et au troisième service, des lions et des léopards dressés à ce manège par des dompteurs ( mansnetarii ) : il avait eu soin de faire arracher les dents et limer les ongles à ces redoutables favoris ; personne ne savait que ces monstres eussent été désarmés, et il trouvait un plaisir extrême dans le spectacle de la frayeur qu’éprouvaient ses convives. Parfois, après avoir enivré ses compagnons de débauches, il les enfermait dans une chambre où, pendant la nuit, on introduisait ses lions et ses léopards, et il jouissait de leur épouvante — quelques-uns en moururent — en se voyant, à leur réveil, en pareille compagnie. Gordien le Jeune avait formé à Rome une ménagerie dans laquelle figuraient soixante lions et trente léopards apprivoisés, avec des éléphants, des tigres, des hyènes, des girafes, etc. 36, Gallien, peu de temps après, donna au peuple romain une fête où parurent, entre autres animaux rares, des bêtes féroces de diverses espèces, au nombre de deux cents, toutes apprivoisées, et magnifiquement parées 37. Sous Carin et Numérien, on vit des ours jouer des mimes 38. Valentinien Ior avait deux ourses favorites, Paillette d’or et Innocence ( Mica aurea , Innocentia ) ; il avait le plus grand soin de ces monstres familiers ; il leur donnait des hommes à manger ; leurs cages étaient placées près de sa chambre à coucher, avec des gardiens fidèles, chargés d’entretenir en eux cette ardeur sanguinaire 39.
Buffon a nié à tort la possibilité d’adoucir certaines bêtes féroces, et en particulier le tigre. Cuvier 40 remarque, au contraire, qu’il y a eu au Muséum de Paris des tigres aussi privés qu’aucun grand carnassier : ils léchaient les mains de leur gardien. Nous avons mentionné l’usage que, dès une haute antiquité, les Indiens faisaient des lions pour la chasse. Cet usage exista ailleurs : une épigramme de Luxorius 41 montre qu’au ve siècle, on y employait des léopards en même temps que des chiens. Sénèque observe d’ailleurs avec raison que les bêtes farouches ainsi domptées, et subissant, par lassitude, des habitudes si opposées à leur nature, perdent bientôt leurs qualités distinctives.
Bestiae ferae, OîjpEc, animaux sauvages. — Ces efforts de l’homme pour faire servir les animaux à ses besoins ou à ses plaisirs, s’appliquaient encore plus souvent et avec
30 Mart. Spect. 21. - 31 Mart.Æ'p. I, 105; Spect. 17. — 32 Dio. Cass. LXXXVIII,
7. — 33 Ael. Spart. Ant. Carac. 5. — 34 Lampr. Heliog. 27. — 33 Lampr. Ib. 20, 24. - 36 jut. Capitol. Gordianitres, 33. — 37 Trebell. Poil. Gallieni duo, 8. — 38 plav! Vopisc. Carin. 19. — 39 Amm. Marc. 29. — W Cuvier, Not. sur Pline, VIII, 24, édit" Panckoucke. - 41 Anth. lat. Burm. VI, Luxor. 09. — 42 Arist. Hist. an. IX, 46* (37) ; Aelian. Nat. an. Il, H. — 43 Plauté cité par Marcellin, Chron. ad a. 496, p. C Voy. L. Muller, Ii hein. Mus. XXI, p. 299. 44 Plin. Hist. rat. VIII, 6; Dion. Hal. 11, 126; T. Liv. Epit. XIX ; Sen. De brev. vit. 13 et 14 ; Eutrop. II, 8 et 13 - 43 Polyb. I, 40, 15 ; III, 46, 7- U ; XI, 1 , 1 2 ; Tit. Liv. xxxvm, 14. - 46 Spanheim!
plus de succès à ceux qui sont sauvages [ferae) sans être
féroces ( immanss ).
Eléphant (IXs®aç, elephas, elephantus ). — Dans cette catégorie il faut placer en première ligne l’éléphant, « de tous les animaux sauvages, le plus facile à apprivoiser42.» De bonne heure, on mit à profit son intelligence et sa force. Dans l’antiquité, on employa les éléphants surtout à la guerre [elephantes bellatores]. Les Romains apprirent à les connaître dans la guerre qu’ils soutinrent en Lucanie, contre Pyrrhus : d’où le nom de Lucabos, qui leur fut quelquefois donné 43. On en vit au triomphe de Curius Dentatus ; au temps de la première guerre punique Métellus en fit paraître à Rome plus de cent, qui périrent dans les combats du cirque44. Leur cornac ( rector , magister ), de quelque nation qu’il fût, s’appelait Indien 4S. On le voit sur les monnaies (fig. 824, 825), qui conduit, armé d’un
Fig. S24 et 825. Éléphants conduits par des cornacs.
croc, l’éléphant marchant isolé ou accouplé et attelé à un char46. Enfin, l’éléphant figura dans des jeux, et l’on obtint de ce colosse une docilité et une adresse merveilleuses 47, des exercices vraiment étonnants, comme de lléchir le genou devant les princes, de leur présenter des couronnes, de jeter des fleurs 48, de lancer des traits, de marcher sur la corde, de danser même des danses de caractère, la pyrrhique par exemple 49. Les anciens mentionnent ainsi une multitude de tours d’adresse exécutés par des éléphants, qui pourraient nous sembler incroyables, si nous n’en voyions chaque jour de pareils. Élien décrit en détail les curieux exercices auxquels se livrèrent des éléphants nés à Rome, dans les jeux donnés par Germanicus 50. Revêtus de divers costumes, ils exécutèrent plusieurs danses au son des instruments de musique, ils prirent place, dans un ordre parfait, à des tables gigantesques, où ils burent et mangèrent, etc. 51. Le compilateur affirme en avoir lui-même vu un disposer avec sa trompe des caractères romains et en former des mots sous la direction de son cornac 52. On eût dit, ajoute Élien, que cet éléphant savait ce qu’il faisait. Le consul Mucien, cité par Pline, rapporte un fait du même genre 33.
Réduit à l’état domestique, l’éléphant, comme le cheval, devenait quelquefois pour son maître un ami 54 ; il supportait le joug, recevait le frein, se laissait monter par des hommes 5S, par des enfants même, et obéissait à leurs ordres. Le roi Ptolémée-Philadelphe 56 avait un éléphant éthiopien qui était fort vieux et qui avait touj ours vécu dans la familiarité de ce prince et des personnes de sa cour. La possession de ces animaux fut toujours considérée comme un privilège du souverain. Aurélien en eut un avant de
Praest. num. Diss. III, t. I, pl. 169, 179 ; t. II, Diss. X, p. 214; Eckhel, Doct. num. VII, 19 ; médaille de Numidie, Mionnet, IX, pl. ix, 5. Voyez les éléphants porte-flambeaux des monnaies des Séleucides, Spanheim, I, p. <70; cf. Suet. Caes, 37, et voy. note 21. — 47 Manil. Astr. IV, 236 ; V, 705 et s. — 48 Senec. Epist. LXXXV, 35 ; Caylus, Dec. d’antig. VI, pl. l. — 49 Plin. Eût. nat. VIII, 1-3 ; Suri. Galba, 6 ; Mari! Spect. 17. - 30 Aelian. Nat. an. 1 1 ; Dio, LXI, ad cale. - Si Aelian. I. I. ; Pli,,.
I. I. 2. — 32 Aelian. I. I. — o3 Pi;n. Hist. nat. VU, 3. — 54 Oppian. Cyn. II, 531, 539 et s. ; Anthol. lat. Burm.V, 145 ; Justin. XV, 4. — 55 Manil. Astr. V, 701. — 36 a «lian Nat. an. IX, 58 ; XI, 25.
BES
BES
régner, qui lui avait été donné par le roi des Perses, et l’on vit dans ce fait un présage de sa grandeur future57.
L 'hippopotame (Î7ntoiritÔToi[Aoç, hippopotamus ), le rhinocéros (ptvoxi'ptoç, rhinocéros ), figurèrent dans les jeux magnifiques célébrés à Rome vers les derniers temps de la république ; ils ont été quelquefois représentés sur les monnaies ou dans d’autres œuvres d’art58; mais quoique l’on cite un bas-relief où était figuré un bige attelé de deux rhinocéros B9, rien ne prouve que ces animaux aient jamais été apprivoisés.
Le taureau (xaupoç, taurus ), malgré sa nature sauvage, fut quelquefois réduit à une si grande docilité que des enfants pouvaient danser sur son dos 60, et qu’il se courbait lui-même pour les recevoir, ou se dressait sur ses pieds de derrière tandis qu’un faiseur de tours se tenait sur sa tête : on en vit danser, se laisser porter en litière 61 ou rester immobiles sur un char emporté au galop 6Ï.
Le sanglier (uç a^pto?, porcus aper ) fut aussi soumis au frein et attaché à un char pour figurer dans les spectacles du cirque 63 ; on dressa des sangliers à combattre les uns contre les autres 64. Luxorius, poète du Ve siècle, a consacré quelques vers à un sanglier qui était nourri dans la salle à manger de son maître, dont il venait chercher les caresses e3. Pétrone parle de porcs acrobates ( pe tauristarios), autour desquels on faisait cercle66.
La girafe (xa^XoTtapSaXi; , camelopo.rdalis ) parut pour la première fois à Rome 67 dans les jeux par lesquels César célébra son triomphe, en l’an 46 av. J.-C. On l'y revit souvent par la suite, mais toujours comme un animal rare et curieux 68. Dans une peinture qui décorait le mur d'un columbarium 69, on voit (fig. 826) une girafe, qu’un jeune
guide conduit au moyen d’une longue bride et qui porte une clochette au cou, signe ordinaire de domesticité [tintinnabulum].
Le chameau (x«u.y]Xo;, camelus ) doit être ici mentionné. Il fut de bonne heure connu des Grecs, qui avaient vu les Asiatiques l’employer comme bête de somme, même à la guerre 70. On le trouve figuré sur les vases peints, par exemple sur celui qui représente le triomphe de
Bacchus (fig. 676, p. 399) ; mais on ne voit pas que les Grecs aient utilisé cet animal, comme le firent plus tard les Romains, particulièrement pour le service militaire [ camelus]. La figure 827 reproduit un petit bronze du musée de Naples représentant un chameau chargé d’une double manne 71 .
Cerf ( eXapoç , cervus ) . — Les formes massives des animaux qui viennent d’être nommés ou leurs mouvements disgracieuxles empêchèrent de devenir souvent pour l’homme des animaux familiers, dans toute l’acception du terme. 11 n’en a pas été de même d’un autre grand quadrupède sauvage, le cerf, dont les formes sontaussi élégantes que ses mœurs sont douces. Tous les historiens 72 ont parlé de la biche que Sertorius faisait servir d’instrument à sa politique dans ses relations avec les peuples à demi barbares de l’Espagne ; elle obéissait à sa voix, le suivait partout sans craindre le tumulte des camps. Ce n’est pas là un fait isolé. Ovide 7\ en décrivant le cerf de Cyparisse, et Virgile 7t, celui de, Silvie, avaient sans doute sous les yeux quelques-unes de ces belles bêtes habituées, elles aussi, à répondre à l’appel d’un maître, à manger à sa table, à sortir, à rentrer librement, à se prêter à ses caresses et à ses soins, à recevoir des parures de toutes sortes, guirlandes de fleurs, pompons, chaînes enrichies de pierreries, colliers d’or, d’où pendait parfois quelque ornement ou amulette, comme une défense de sanglier, bulles d’argent fixées au front avec de minces courroies, pendants d’oreilles d’airain, en forme de baies ou de perles, etc. 75. On les baignait, on peignait leur poil luisant, on dorait leurs cornes 7e. Quelquefois on les attelait à des chars ; on s’en servait comme de montures, avec des brides blanches ou des rênes de pourpre, avec une sangle à boutons de cristal 17. L’usage d’avoir des cerfs apprivoisés qu’on laissait sortir librement, courir dans les bois et rentrer à leur gré, devint assez commun sous les empereurs romains pour que la propriété de ces animaux dût être réglée par la loi. « Personne, dit le législateur, ne peut nier qu’ils ne soient sauvages de leur nature...; ils sont considérés comme à vous, tant qu’ils ont la volonté de revenir, etc. 78. » Nous ne reproduirons aucun des nombreux monuments où l’on voit figurés un cerf, un daim ou une biche à côté de Diane, d’Apollon, de l’Amour ou d’autres dieux79; mais il n’est pas douteux
Fig. 827. Chameau.
57 Vopisc. Aurel. 5; Dio Cass. LXXVII, 7. — 58 Spanheim, Praest. num. Diss. IV, t. I, p. 172 et 188 ; Comment, de Gotting. t. XVI, p. 184, pl. î; cf. Mongez, Mém. de V Acad, des inscr., t. X, p. 428. — 59 Rosini, Ant. rom. V, c. 39. — 60 Mart. X’, 31. — 61 Aelian. Nat. an. VII, 4. — 62 jb. et Plin. Bist. nat. VIII, 70, 6.
— 63 Mart.I, 105; Clar. Mus.de sc. pl. 162. — 64 Paus.lII, 20, 1 ; Dio Cass. LXXV1, 1.
— 63 Anthol. lut. Burm. VI ; voy. aussi Sozomen. Bist. eccl. VII, 29. — 66 Sat. 47.
— 67 Dio Cass. XLIII, 23 ; Plin. Bist. nat. VIII, 18, 27. — 68 Mongez, l. C. p. 411 et s. — 69 o. Jahn, Columbar. d. Villa Panfili , in Abhandl. d. Bayer. Akad. (philos, classe) VIII, pl. i, p. 2 7 3. — 70 Herod. I, 80 ; Xen. Cyr. VI, 2 ; Vil, 1. — 71 Bronz. d'Ercol. I, p. 4. Voy. encore Buonarroti, Medagl., p, 365 ; Clarac, Mus. II, pl. 181 ; cf.
Ed. Dioclet. c. VII, 17; 181 , 6 ; XIV, 9. — 72 Plut. Sertor. 11 ; App. Bell. civ. 1, 110; Gel 1. xv, 22; Front. Stratag. I, xi, 13 ; Plin. Bist. nat. VIII, 50, 32. — 73 0vid.
Met. X 120 et s. 74 Virg. Aen. VIII, 486 et s. — 73 Theocr. XI, 40-41 : ^ctwooijwj;
T. Calp’. Bel. VI, 32-45. - 76 Val. Fl. VI, 71 ; Claud. XXIV, 2 89. - 77 Callim. Bymn. V, 107 ; Paus. VII, 18 ; Claud. XXIV, 286. — 78 Justin. Instit. II, i, 15.
79 Mais voy. Millingen, Peint, de vases, X LV ; Annal, de l' Inst. arch. t. II, 1 1. G,
p. 154. Pour les nombreuses représentations de ces animaux, comme acolytes des dieux, nous renvoyons aux recueils de sculptures et de vases peints, aux ouvrages de mythologie et aux observations de Stephani, Comptes rendus de la Comm. arch. de St-Pétersbovrg, 1863, p. 158, 216 et s. ; 1868, p. 7 et s.
BES
BES
que les artistes qui rendaient d’une manière si juste dans ces ouvrages leurs mouvements familiers, les avaient vus s’ébattant, paisibles et caressants, dans la compagnie des hommes. On voit ces animaux quelquefois attelés au char où la divinité est assise : c’est ainsi que la prêtresse d’Artémis Laphria paraissait en réalité traînée par des cerfs80, dans la procession qui faisait partie de la fête de la déesse, à Patras. On voit aussi, dans la pompe de Ptolémée-Phi-
ladelphe81, des cerfs accouplés à des biges , ainsi que des antilopes, des gazelles et d’autres bêtes de la même famille. Ils figurèrent souvent ainsi dans les fêtes ; des Romains82. Un basrelief du musée du Puy représente un repas où un cerf familier vient prendre sa part83. Dans une peinture de vase grec 8\ un enfant est à cheval sur un daim (fig. 828).
Il en lut de même d’autres bêtes non sauvages, mais que nous ne pouvons placer ici, parce que leur domesticité
n’allait que rarement jusqu’à en , faire des animaux ; familiers. Des boucs , des chèvres , des moutons étaient attelés j quelquefois à des chariots d’enfant:
Fig. 829. Boucs attelés. 011 V0^ ’CÎ (%•
829) une petite j
voiture tirée par des boucs, d’après un vase grec 88 ; d’autres fois ils servaient de monture88.
Singe (ir(0ï]xo«, simia, simius,). — Parmi les animaux sauvages admis dans la familiarité de leurs maîtres, il faut distinguer les singes, qui aujourd’hui jouissent encore quelquefois de ce privilège. Les singes étaient recherchés èn Grèce six siècles avant notre ère87. On les introduisait dans les banquets pour faire rire les convives. Lé musée du Louvre possède des figurines de singe plus anciennes encore. Selon une ancienne légende, les îles Pithécuses (IL07]xou<j(7ai, de 7uGy|xoî, singe), en face de Naples, auraient été primitivement peuplées de singes, Jupiter ayant changé en singes les Gercopes, leurs habitants, à cause de leur mauvaise foi 8K. Ce qui est sûr, c’est qu’au Ve siècle avant J. -G., ces animaux étaient considérés comme la personnification de la laideur 89 et que leur nom servait aussi à désigner plusieurs vices. Ainsi Phrynichus, dans sa comédie intitulée l'Homme franc , Movorporco; 90, traite certains
personnages de « grands singes d’espèces diverses, l’un lâche, l’autre flatteur, l’autre bâtard. » Mais le singe semble avoir été particulièrement le symbole de l’adulation vile et de l’hypocrisie : de là une foule de mots analogues aux expressions françaises singer, singeries , 7rt0r,xi'- Çs'.v, 7ct0ï)xi(T(jioç, etc., 91 .
Au rve siècle avant Jésus-Ghrist, le singe était en grande faveur dans la Grèce. Théophraste 92 parle des gens qui excellent à nourrir des singes, et qui se vantent de posséder un tityre , grande espèce des plus rares alors. Un petit vase inédit du musée du Louvre , d’où est tirée la figure 830 appartient à cette époque. Avant Alexan dre, les Grecs ne connurent probablement que les singes de Libye; il y en avait, selon Hérodote 93, une grande quantité dans le pays des Gyzantes. Posidonius 94 vit dans ces mêmes contrées une forêt qui en était toute peuplée et prit plaisir à observer leur figure et leurs mœurs.
De bonne heure la manie d’élever des singes passa en Italie J\ On en voit représentés dans les peintures des tombeaux étrusques 96. Au temps des guerres puniques, environ deux siècles avant J.-C., ces animaux étaient assez communs à Rome pour n’avoir pas une grande valeur97. Bien que la rencontre d’un singe fût un mauvais présage98, on en eut dans les maisons, comme nous avons des chiens, des chats, etc. 99 . Ils s’y reproduisaient, et l’on prenait plaisir à voir les femelles porter leurs petits dans leurs bras, les présenter à tout le monde et solliciter pour eux des caresses100. On les laissait jouer avec les enfants 101 ; une peinture de Pompéi (fig. 831 ) 102 représente un en¬
fant armé d’un fouet, qui fait danser un singe revêtu d’une tunique à capuchon et maintenue par un lacet attaché à son cou. Comme tous les animaux qui vivaient dans la familiarité des hommes, ils ont été représentés sur
80 pans. VII, 18, 7. - 81 Athen. V, p. 200 f. - 82 Voy. pompa, cmci Friedlander, Sittengeschichte Roms, t. III, Append. 7. — 83 Ann. de la St d'agric. et sciences du Puy , 1832-33 ; Congrès arch. de France, XXII, p. 5( — 84 Heydemanu, Griech. Vasenbilder, XII, 2; Roux et Barré, Hercul.et Pomp 4* sér. pl. ix, p. 28 ; voy. encoreMillingen, Peint, devases, pl. xlv ; Mon. de l’In arch.X 1,46.-85 C. rend, de la Comm. arch.de St-Pétersb. 1863, pl. h, 5 ; v. f core Clarac, Musée, pl. 186, n. 399 ; R. Rochette, Mon. inéd. pl. 77; Wilde, Gem ant. p1. xliii, 160 ; cf. Anlhol. pal. VI, 312. 86 clarac, pl. 192, n. 493 ■ MiU Pierres grav. pl. lviii, lix ; Buonarroti, Medagl. p. i ; Ant. du Bospho i pl. LXX11I, 7. - 87 Athen. XIV, 2 ; cf. Claud. XVIIR 306. — 88 Ovid. Met. XIV, et s.; Plin. B. nat. III, 12,6. — 89 Heindorf, ad Hor. Sat. I, 10, 18; Schafer I on£. p. 385 ; O. Jahn, Arch. Beitrcige, p. 434. On appelait l’homme laid itiStuv, Be
ker, Anecd. gr.p. 59, 13 ; Pind. Pyth. II, 72 ; Babr. 56, 4 ; Eust. Ad Od. p. 1665, 53 ; et réciproquement le singe était nommé plaisamment KaMùa;, Bekker, l. I. p. 59, 13 • Phot. Bibl. CCLXXlXj’p. 535 ; Bekker ; Suid. et Hesych. s. v. KaMdaç : Galen. In ~Bippocr.Progn. III, 2, p. 236 Kuhn ;/n Hipp. Defract. III, 51, t. XVIII, p. 610. — 90 Sehol. Aristoph. Au. 11.-91 Aristoph. Yesp. 1290 ; Equit. 887 ; Demosth.fle coron. 71 ; Harpocr.et Phot.TpapxoçmOvixo; ; Bekker, Anecd. -rpaytxàî HtoxV.-tr,- ; O. Jahn. I.I. — 92 Theop Char. V. -98 Herod. IV, 194.-94 strab. XVII, 4.- 95 plailt. Merc. II, 2 ; Mil. Glor. 11,2, 7; Cic. Ad Attic. 1 1, 1,2, 5. — 96 Mon. d. Inst. arch. 1850, pl. xv; Conestabile, Pit. scop. presso Orvieto, 1863, pl. iV. — 97 piallt. jbid. II, 2, 27; 3, 13, 14, o «s’ - 98 Lucian. Pseudol. 17.-99 Clem. Alex. Paedag. III, 4. - 100 plin, Hist. nat. Vin' 80,5t. — 101 Plaut.Poenuf.V,?, 14; Cl. XVIII, 304.— 102.1 luseo Borb.y ol. i, pi. xxj Zahn, Die schônste Gemâlde aus Pompei, II, 50; Niccolini, Casedi Pomp. faso. XXIC
BES
•BES
les tombeaux108. Ils trouvaien t place dans les rêves, comme les objets les plus usuels 104. On portait avec soi de petits singes, dans les plis de sa robe 105 ; on les choyait. Il y avait les cercopithèques, ou singes à queue106, les tityres ou satyres lü7, dont on trouvait la figure agréable et la vivacité amusante, les sphinx qui se familiarisaient très-aisément. On dressait ces animaux à divers exercices, à danser, à jouer de la flûte ou d’autres instruments l08, à monter à cheval en se servant de la bride et du fouet 109, à éviter les traits qu’on leur lançait, à prendre part à différents jeux, en imitant les hommes110. Malgré leur lubricité excessive et leur laideur, les singes restèrent fort à la mode dans l’empire romain111; on leur donnait de petits noms d’amitié, lliOw, Mt(*w 112, on s’amusait de leurs grimaces. Les dames, tout en faisant de leur nom un synonyme de laideron113, affublaient leur singe favori de divers costumes souvent fort riches : de là les proverbes : « Une guenon est toujours une guenon en dépit de tous les hochets 114 ; — C’est un singe sous la pourpre 116, etc. »
Naturellement le singe entra de bonne heure dans la société des baladins, des saltimbanques et des charlatans [circulator, voy. p. 23, fig. 45]; naturellement aussi il figura dans de nombreuses caricatures. Nous avons vu que, chez les Grecs, il était le symbole de la méchanceté lâche, de l’hypocrisie et de la basse flatterie. Dans Plaute, un sycophante porte même le nom de guenon, Simia 116, comme qui dirait faiseur de grimaces. Dans la description grotesque que fait Apulée de la procession d’Isis, ligure un singe, coiffé du bonnet phrygien appelé pileus, affublé d’une robe jaune à la phrygienne, et une coupe d’or à la main, pour représenter Ganymède m. Les collections renferment de petits vases, des figurines grecques enterre cuite, représentant des singes habillés, qui ne sont autre chose que des caricatures 118. Sur une lampe romaine , on voit une guenon coiffée du tutulus, jouant avec deux petits bâtons dans chaque main ; elle se prélasse d’un air satisfait dans une barque dont la proue se termine en tête d’âne 119. C’est une image grotesque de la vie, où la malice, en se jouant, se fait servir par la sottise. Une peinture de Pompéi 120 offre, sous les traits de trois cynocéphales la caricature du groupe d’Énée portant Anchise et suivi du jeune Ascagne. Dans la curieuse peinture d’un vase de la collection Hamilton, où un Hercule bouffon, bossu et ventru, porte sur l’épaule gauche deux grandes mannes, l’une devant , l’autre derrière, renfermant chacune un singe m, Ottfried Millier a reconnu une parodie de la pièce homérique des Cercopes 12ï.
Lièvre (Àaywç, lepus ), lapin (Sscutouç, cuniculus ). — On essaya aussi d’apprivoiser le lièvre. Cet animal ne dépouille jamais complètement son naturel sauvage. Quelques exemples de lièvres familiers sont mentionnés par les auteurs.
103 Arch. Zeitung, 1866, pl. ccvn. lin petit singe en terre cuite a été trouvé dans la tombe d’un enfant: Bull. d. Inst. 1839, p. 20. — l°4 Plaut. Merc. II, 1 ; Rud. III, 1, 6, 9. — 105 plut. Pericl. 1. — 106 Mart. VII, 87. — 107 Schol. Theocr. III, 2; Solin. XL. — 108 Luciau. Apol. B; Piscat. 36; Arch. Zeitung, 1843, pl. x; Stackelberg, Grâber d. Rellen. lxx, 5 ; Jahrb. fur Alterth. in Bheinlande, XLI, pl. ni.
— 109 Aelian. Nat. an. V, 26. — no plin. IJist. nat. VIII, 81, 54. — m Babr. 55 ; Avien. 14; Claud. XVIII, 306 et s. — lis Suid. iùOïjxo,- et voy. la note 89. — **3 Plaut. MU. Vf, 1, 42; Enn. ap. Cic. Nat. deor. I, 35; Charis, I, 84; Simonid. ap. Stob. Flor. 73; Aristopb. Eccl. 1064 ; Lucil. in Anthol. gr. II, 324; Pallad. 18, 415; Loug. III, 26; Alciphr. I, 33. — 1H Lucian. Adu. indoct. 4. — 115 Suid. v° TrlOvjxoç.
— 116 plaut. Pseudol.; cf. Cic. Epist. fam. V, 10 ; VII, 2; Ovid. Met. XIV, 95 et s.
— '17 Apul. Met. XI. — 118 Stackelberg, l. I.; Micali, Storia d. pop. ital. pl. ci.
— 119 Passeri, Pisaur. Mus. III, pl. xx, p. 25 ; cf. Bartoli, Lucernae, I, 35 et 36 et XVII, 68. — 12° Pitt. d’Ercolan. II, p. 166; Millin, Gai. myth. CLXX1II, 607 ; Guigniaut, Nouv. gai. myth CCXLVI, 859 a ; Champlleurv, La caricat. dans l’antiq.
Tel fut le lièvre célébré dans une jolie épigrammede Méléagre 133 : il avait été donné tout petit à la courtisane Phanium ; elle le choyait, elle le nourrissait de fleurs embaumées, tant et si bien qu’un beau jour il mourut d’indigestion. De très-nombreux vases peints représentant des scènes familières, soit dans l’intérieur des habitations, soit aux bains ou à la palestre124, montrent le goût que les Grecs avaient pour les lièvres et peut-être pour les lapins, et le degré de privauté où ils savaient les amener. Ces animaux sont constamment figurés entre les mains ou sur les genouxde jeunesfemmes et de jeunes gens. Au fond d’une coupe du musée de Berlin (fig. 832), on voit un jeune garçon qui tient un lièvre, attaché comme un petit chien, au
moyen d’une laisse 13S. C’était un des présents d’amour les plus usités et les plus agréables à ce qu’il semble. Le lièvre, était un des symboles de l’ardeur érotique126; il était consacré à Yénus. Un jeu de mots, lepus, lepor , a peut-être donné naissance à un préjugé populaire : on croyait, qu’après avoir mangé de la chair de cet animal on embellissait pendant neuf, d’autres disaient sept jours127. On voit fréquemment le lièvre ou le lapin dans les œuvres d’art, à côté de l’Amour, de Yénus, des Satyres, etc. Dans un bas-relief en marbre de la villa Albani128, qui représente deux poètes, l’un tragique et l’autre comique, un lièvre figure près de ce dernier : il est peut-être à cette place le symbole des obscénités qui, dans la comédie antique, étaient toujours en possession de faire rire les spectateurs 129.
La souris (au;, mus) fut quelquefois apprivoisée. Les enfants savaient lui tendre des pièges 130 , et après l'avoir saisie, l’atteler à un petit chariot 131 .
Serpent (o»t;, Spdxwv, serpens, anguis, draco). — Le serpent compte aussi parmi les animaux familiers : on leren-
dans la Gazette des Beaux-arts, t. XII, p. 184. — 121 D'Hancarville, Antig. d'IIamilton, t. III, pl. 88. — 1‘-2 Dorier, I, p. 460; R. Rochette, Mon. inéd. p. ,85 ; cf. Welcker, Episch. Cyclus, I, p. 383 , 2» édit. Bonn, 1865. — 123 Anth. gr. III, 24. — 124 Élite des monum. céram. IV, pl. 70, 71 ; Gerhard, Auserles. Vas. pl. 275, 276, 278, 281, 290 ; Mus. Gregoriano, II, pl. lxxx, 3 ; Micali, Mon. inéd. pl. 46, 6; Roulez, Vases de Leyde , pl. xvn : voy. ceux que cite cet auteur, ainsi que O. Jahn, Berichte d. Sachs. Gesellschaft (Phil. hist. Classe), 1854, p. 254; H Stephani, C. rendus de la Commiss. arch. de St-Pétersbourg, 1862, p. 67 et s.
— 125 Gerhard, Trinkschal. und Gefasse, pl. xn ; Panofka, Vasen mit xcAi;.
— 126 philostr. Imag. I, 6, 5-6 ; Liv. Andron. ap. Flav. Vop. Numer. 13; Terent. Eun. 111, î, 36 ; Phot. Lex. Aayiiç ittfi vüv xpeüv. — 127 plin. Hist. nat. XXVIII, 19, 79; Anthol. lat. Burin. I, n, 106, 107; Mari. V, 29; Lanipr. Alex. Sev. 38; O. Jahn, l. L; Stephani, l. I. p. 62 et s. — 128 'Winckelmann, Mon. antich. t. I, pl. 194 ; t. II, part. 4 ; If I, p. 237 ; Zoega, Bassiril. ant. I, xxv. — 129 Aristoph. Nub. 538 et Schol. — 130 Oppian. Fisc. II, 156. — 131 Hor. Sat. II, 3.
BES
BES
contre à ce titre dans les plus anciennes légendes. Ajax avait un serpent de cinq coudées qui le suivait comme un
chien et mangeait avec lui132. Nous ne parlerons pas ici des serpents consacrés à des divinités, nourris dans les temples ou considérés comme génies locaux [draco, Genius], ni de ceux qui figurent sur les tombeaux comme un symbole de l’héroïsation du défunt [ueros]. Rappelons seulement que les serpents vivaient familièrement avec les femmes qui les nourissaient 133 (fig. 833) ; ils les tettaient même, se laissaient manier, dormaient avecles enfants, etc. En Thrace et en Macédoine particulièrement, les femmes se livraient à ces pratiques étranges134. De là le facile crédit des légendes d’Olympias, mère d’Alexandre, et du serpent dont Jupiter- Ammon aurait pris la figure 13b. Dans la Grèce proprement dite, à la même époque, on trouve les mêmes pratiques superstitieuses avec les serpents familiers, mais elles sont considérées comme des jongleries136. Ces reptiles semblent avoir été de la même espèce que ceux d’Epidaure : c’était le serpent parîa ou aux grosses joues, appelé aussi parôos, à cause de sa couleur cuivrée 137.
Les serpents furent de même introduits à Rome, comme animaux familiers, sous le manteau de la religion. En l’an 498 de la fondation de cette ville, 363 av. J.-C., pendant une épidémie, on alla chercher à Épidaure le serpent qui était le symbole d’Esculape [aesculapius]. Il y en avait toujours dans les sanctuaires de la Donne Déesse [bona dea]. On éleva des serpents dans les maisons, et ils s’y multiplièrent au point de devenir un danger dont on n’était délivré que par les incendies très-nombreux à Rome138. Ces serpents familiers, d’une innocuité parfaite, appartenaient, à ce que l’on croit, aux espèces appelées aujourd’hui coluber flagelliformis (Daud.), coluber constrictor (Linn.), coluber viridiflavus (Lacép.), etc. Rs devenaient d’une familiarité extrême, suivaient partout, et même à table, les personnes auxquelles ils étaient habitués, rampant parmi les coupes et se glissant, sans faire aucun mal, dans le sein des convives. On les touchait sans crainte, on les laissait jouer avec les enfants 139. Tibère
>32 philostr. Heroic. VIII, I. Ou voit ce serpent sur une monnaie de Lucres : L. Millier, Musée Thorwaldsen, Monn. antiq. p. 80, n. 348, pl. i. — 133 lotuan antiq. t. III, p. 45 ; voy. sur ces représentations en général, Friedlânder, Ve anaglyph. sepulcr. p. 14 et s.; Stephani, Ausruh. Herakles, p. 64. — 134 Lucian. Alex. 7; Cic. Divin. II, 66. — 135 plut. Alex. 2; Justin. XII, 16, 2.
- 136 Demosth. De cor. 79; cf. Aristoph. Plut. 691, et Schol.; Harpocr. ncefda,-
; Etym. Magn. najtia; ; Ammon. nattai ; phot. Les. naçeïai âfu; et Sou; r.atuat.
— 137 Aclian. Nat. anim. VIII, 12. — 138 plin. Hist. nat. XXIX, 22; Val. Max.
avait un de ces serpents dont il faisait ses délices, et qui venait manger dans sa main 14°. Les femmes, au temps de Martial, enlaçaient autour de leur cou des serpents privés, qu’elles laissaient flotter sur leur sein comme des colliers, pour se rafraîchir par le contact de ces animaux à sang froid 141 .
Tortue [yChom, testudo). — On voit aussi sur un vase 142 l’image d’un jeune garçon (fig. 834), probablement un servant de l’autel [camillus], jouant avec une tortue qu’il tient suspendue et présente à un chien de Mélite. Dans une des chambres sépulcrales de Cervetri 143, dont les parois sont couvertes de peintures représentant les objets qui avaient été à l’usage des morts, ainsi que leurs animaux domestiques, on voit avec des chats, des oies, des canards, de
petites tortues semblables à celles qui se rencontrent encore dans les bois voisins.
Lézard[p côipoç, lacerta). — Des enfants s’amusaient aussi à prendre des lézards, et à les attacher par un fil 144.
En fait d animaux familiers, quelques personnes avaient des goûts plus bizarres encore. Martial parle de la passion d’un certain Marius pour une mangouste ( ichneumon ) 145. Cet animal d’ailleurs s’apprivoisait aisément et demeurait fidèle à son maître. 11 était consacré à Latone et à Lucine 146.
Méthodes d’apprivoisement. — Comme les dompteurs modernes, les anciens employaient la terreur pour vaincre le naturel farouche de certains animaux 147 : ils nous parlent de lions habitués à souffrir les coups ( verbera solitus leo ferre), de tigres subissant patiemment le fouet [indulgent patientiam flagello 148). Une pierre gravée du cabinet de Florence 149 re-
I, 8, 3. — >39 Senec. De ira, II, 31 ; Pliu. Hist. nat. XI, 62; Stat. Silv. III, I, 48, et Gevart. not. — >40 suet. Tib. 72.— 141 Mart. VII, 87. — 142 Millingen, Vases de Coghill, pl. 44. —143 Desvergers, l’Étrurie, pl. n. — U4 Casaub. ad Suet. Tib. 72. — 143 Malt. VII, 87. — 146 Ael. Nat. an. IV, 4-t; Püd. II. nat. VIII, 56. — 147 pün. Hist. nat. VIII, 9. — 148 Mart. I, 105; II, 75; v. aussi Sozoraen. Hist. eccl. VII, 29. — 149 Agostini, Gemme, II, pl. xxxii; Maffei, Gemme, II, pl. nxxiv; Gori, Mus. Flor. U, pl. xviii, p. 51; Zannoni, Galcria di Firenze, V, pl. xxiv et p. 81.
Fig. 835. Dressage d’un ours.
BES
BES
présente (fig. 835) un personnage vêtu comme l’étaient ordinairement les bestiaires [bestiarius, venatio] qui, le fouet dans une main, de l’autre tenant un appât, réunit ainsi les deux moyens ordinairement employés par les dompteurs. A voir la posture de l’ours placé près de lui, on comprend qu’il a déjà dépouillé sa férocité.
On prenait ces animaux farouches par la fatigue et la faim ; l’habitude de recevoir leur pâture de la même main finissait par les rendre doux et familiers avec celui qui subvenait à leurs besoins ; Philon le Juif dit même avec d’autres personnes, à cause de la ressemblance, sans doute150. Ces deux moyens, la crainte et la reconnaissance, étaient ordinairement combinés : souvent aussi on se contentait du dernier151 : on y joignait les caresses de la main ( palpatio ) : on avait observé que les animaux éprouvent à de certains attouchements une sensation agréable, qu’ils s’y prêtent, qu’ils les cherchent, qu’ils aiment jusqu’au bruit que fait la main en les frappant légèrement 15a. De là les noms donnés par les Grecs et par les Latins aux animaux apprivoisés (yapo^Ô-/), mansueta, habitués à la main).
Tous ces procédés réussissaient d’autant mieux que l’animal avait été pris plus jeune. Élien153 parle d’une panthère qui avait fini par refuser la proie vivante qu’on lui offrait : elle était familière comme une chatte avec le maître qui l’avait élevée. Eudème 154 raconte une histoire d’un chasseur qui avait pour hôtes habituels et pour commensaux un lion, une ourse et un chien qu’il avait pris tout petits et élevés ensemble. Mais, quelle que fût la méthode appliquée, l’apprivoiseur, ( mansuetarius , -Jigepoxviç, -uGaffaeutt^ç) , avait besoin de longs et patients efforts 15S. Il inspirait quelquefois à ses dangereux élèves une affection étonnante 156. Sénèque atteste avoir vu dans l’amphithéâtre un lion qui défendit des attaques des autres bêtes un bestiaire qui avait été son maître et qu’il reconnut dans l’arène 157.
L’astrologie prétendait que les meilleurs mansuetcu ii se trouvaient parmi les hommes qui naissaient au moment où, le Lion se levant, la Grande Ourse, au plus bas de sa révolution, commence à remonter, et où, pareillement, au lever du Scorpion, la Petite Ourse, parvenue au méridien sous le pôle, reprend son mouvement ascensionnel 158.
On avait aussi recours à la musique : les Grecs avaient peut-être emprunté ce procédé aux Indiens, qui pensaient que la musique seule peut adoucir le naturel farouche des éléphants déjà forts, et leur jouaient, pour s’en rendre maîtres, un air du pays sur un instrument appelé scindapse ,59. Un bas-relief 160 représente une joueuse de flûte apprenant à un chien à danser : il se dresse sur ses pattes de derrière pour atteindre un morceau de viande attaché à une branche d’arbre, tandis que la jeune femme joue de son instrument. C’est le même moyen qui est employé par une cithariste que l’on voit dans un autre bas-relief161 (fig. 837j, mais ici c’est un chat qu’on exerce, en lui offrant pour appât deux oiseaux suspendus à un arbre. En Europe, on employait avec succès la syringe et la flûte pour apprivoiser les animaux sauvages 162. Selon Varron, on obtenait par le tambour des effets non moins surprenants ,63. Les Étrusques se servaient même
130 Epicrat. ap. Athen. xni, 26; Plaut. Asin. 1, 2, 19; cf. Sencc. Benef. I, 3 ; Plin. Hist. nat. VIII, 9; Iamblich. Pyth. XII. Philon. Becal. p. 760 D. — 151 Aelian. Nat. anim. IV, 34. — 152 Virg. Geory. III, 186; Aen. VII, 490; XII, 86; Ovid. Met. II, 867 ; SU. Ital. XVI, 3, 56; IV, 264 ; Nemes. Cyn. 296, etc. ; Non. s. v. Mansuetc, mansuetura. — 153 Aelian. Nat. an. VI, 2. — 1*4 Eudem. ap. Aelian. Nat. anim. IV, 45.
— 135 Tibull. I, 4, 17. — 156 Manil. Astr. V, 703 et s. — 157 Senec. Benef. Il, 19.
— 158 Manil. Astr. V, 696-706. — 159 Aelian. Nat. an. XII, 44; cf. Il, U. — 160 Uoc-
de la musique pour la chasse au cerf ,64. Dans tout cela, comme nous l’avons dit, plusieurs prétendaient imiter et surpasser Orphée. Hortensius, chez les Romains, se distingua par ces étranges passe-temps. Il avait une forêt de
50 jugères, entourée de murs en pierres sèches, qu’il appelait, non pas un leporarium , mais un ÛY]p’.oTpo:peÎGv, une ménagerie. Là, était une sorte d’amphithéâtre où l’on dressait une table pour souper. Hortensius faisait venir un musicien qu’il nommait Orphée. Ce personnage, arrivait dans le costume traditionnel du chantre inspiré de la Thrace, avec une longue robe et une lyre, et, sur l’ordre du maître, il sonnait de la corne appelée bucina : on voyait alors accourir une multitude de cerfs, de sangliers et d’autres animaux 16S. C’était, dit Varron, un spectacle tragique : il n’y manquait que la catastrophe sanglante. Sous Domitien 166, grand amateur de pareils drames mythologiques, on y introduisit des animaux féroces, qu’on croyait apprivoisés; parfois « désapprenant la paix, » selon l’expression de Martial, ils dévoraient les hommes qui avaient un rôle dans ces scènes étranges : alors la tragédie était complète.
Pour l’apprivoisement des serpents, animal plus souvent et plus directement mêlé que les autres aux pratiques religieuses (il n’est pas question des sacrifices), plus employé aussi dans des jongleries de toutes sortes, on avait recours de préférence à des moyens mystérieux, à des incantations ou chants magiques, à des attouchements. Par les premiers, on prétendait les « désarmer de leur venin 167 » ; nous avons vu qu’en général on se servait de ceux qui n’en ont pas ; par les autres, on était censé les assoupir. C’était un art particulier : ceux qui l’exerçaient s’appelaient ItiwSoi', charmeurs ou enchanteurs, àcTttSoôripai et opioStwxTat, chasseurs de serpents. Cet art fut pratiqué de bonne heure partout, mais principalement en Afrique, chez les Marmarides et les Psylles [psyllus] 168. Toutefois, ainsi que la plupart des enchantements, il exista dès les temps les plus reculés en Italie, chez les Sabins et chez les Marses surtout 169. Le prêtre Marruhien Umbron, dans YÉnéide 170, possède à fond l’art de charmer les serpents par le chant et le toucher. On employait aussi dans ces
cheggiani, Baccolta di bassiril. pl. xxxii. — 161 Foggini, Mus. Capitol. IV, pl. xlv.
— 162 Clera. Alex. Paed. II, 4 ; Porph. Abstin. III, 6 , 22. — 163 Varr. 'Ovo; Xùpa; ap. Nou. s. v. Mansuetum. — 164 Aelian. Nat. an. XII, 46. — 163 varr. De rerust. III, 13.
— 166Mart. Spect. 21. — 167 Sil. Ital. I, 411 et s.; III, 300 et s. ; V, 354. — 168 Strab. XVII, I, 44; Sil. liai. I.I.; Lucan.IX, 891 et s.; cf. 923 et s. — 169 Aul. Gel!. XVI, II; Hor. Epod. V, 76 ; XVII, 29 ; Ovid. A)\s amat. II, 102 ; Pompon, ap. Non. s. v. Opus ebt ; Hor. ib. 28 ; Plin. Hist. nat. VII, 2; Sil. Ital. VIII, 496 et s. — 170 Vil, 753.
BES
BES
pratiques certaines herbes 171 . En Afrique, on faisait servir le serpent ainsi dompté à une épreuve bizarre : il devait constater la légitimité d’un enfant ; si le reptile mis en sa présence ne fuyait pas, le nouveau-né était regardé comme le fruit de l’adultère 17î.
Bestiae domesticae, evoixi'ôia Çwa, animaux domestiques.
Le cheval (t7t7roç, equus), dont il sera parlé ailleurs [equus], figure, comme la plupart des animaux domestiques, parmi les animaux familiers. De bonne heure, il fut le compagnon de l’homme en ses glorieux travaux, en ses plus nobles amusements 173, et les poètes se sont plu à le représenter comme sensible à cet honneur. Dans 17hade 17% les chevaux d’Achille, qui déjà ont leurs noms propres, pleurent Patrocle mort, comme dans YÉnéide 178, Æthon, le cheval de Dallas, verse de « grosses larmes » aux funérailles de son jeune maître. Du reste, la passion des anciens pour les chevaux est fameuse ; elle fut développée à l’excès par les grands jeux de la Grèce, où les prix remportés dans les exercices équestres étaient si glorieux et si enviés i76. L’histoire mentionne quelques exemples caractéristiques de cette passion pour les chevaux, surtout pour ceux qui avaient remporté de brillantes victoires, ou qui se distinguaient par quelques qualités particulières 177. Alexandre, après avoir fait à son Bucéphale de royales funérailles, lui éleva un tombeau, autour duquel fut bâtie une ville appelée Bucéphalie 178. Les maîtres de la Rome impériale ne restèrent pas en arrière de ces folies. César, i comme Alexandre, eut un cheval favori à qui il érigea une statue 179. Auguste éleva aussi un tombeau à son cheval, et Germanicus fit à ce sujet des vers qui existaient encore au temps de Pline 18°. On peut voir dans Suétone 181 les extraxagances où Caligula fut entraîné par sa passion pour son cheval Incitatus. Adrien 182, qui aimait également les chevaux et les chiens, rendit les plus grands honneurs à
son cheval Borysthènes : il lui consacra une stèle avec une épitaphe composée par lui, et retrouvée à Apt, en 1604 183. Vérus renouvela pour Volucer, cheval du cirque et de la faction des Verts, les folies de Caligula : il fit faire de cet animal une image en or,
Fig. 837. Dressage d'un cheval. 9U B portait con¬
stamment avec lui.
En place d’orge, on mettait dans sa mangeoire des raisins secs ; on l’amenait à l’empereur couvert d’une housse de pourpre, dans la maison de Tibère. Vérus lui fit élever sur le Vatican un superbe tombeau 18\ Ausone, à la demande de l’empereur Valentinien, écrivit pour Phospho-
rus, cheval favori de ce prince, une épitaphe qui se trouve parmi ses œuvres 185. Indépendamment des qualités qu’on demande ordinairement aux chevaux par le dressage, on en habitua quelquefois à faire des tours de force ou d’adresse. Les Sybarites avaient des chevaux qu’on faisait danser pendant les repas, au son des ilûtes 186. On voit (fi g* 837) sur une lampe romaine du musée du Louvre un cheval à qui son conducteur apprend à se tenir debout sur ses jambes de derrière.
Le chien (xuwv, canis, x tm'Swv, catulus, catelius ) fut, entre tous les quadrupèdes, l’animal familier par excellence. Nous n’avons à parler ici que dé la part qu’il avait à l’affection de son maître et de la place qu’il tenait dans les habitudes quotidiennes. Nous renvoyons pour le surplus à
un article spécial [canisJ.
Les écrivains de toute sorte chement pour l’homme, et dèsl’antiquitéla plus reculée, il est le symbole de la fidélité. Homère 187 a immortalisé le chien d’Ulysse, Argus, qui, épuisé de vieillesse, meurt en témoignant sa joie de revoir son maître. L’art a souvent reproduit ce touchant épisode de l’histoire des animaux [ülysses]. La figure 838 représente, d’après une pierre gravée antique, le retour du héros et son chien qui s’avance vers lui. Il sort d’une
célèbrent à l’envi son atta-
hutte de berger telle qu’on en trouve encore en usage dans certaines contrées du Midi188.
Dans des siècles où la chasse était un délassement et une nécessité, où l’on menait surtout la vie pastorale, les chiens devaient être inséparables des hommes. C’est un trait caractéristique des mœurs patriarcales, que le maître, même dans les circonstances les plus importantes, est accompagné de ses chiens. Télémaque se rend à l’assemblée du peuple, et deux braves chiens vont avec lui Évandre, dans Y Enéide, est également accompagné de ses deux chiens de garde , quand il reçoit Énée ,9°. Cet usage se perpétue chez les princes de l’Afrique ; au temps des guerres puniques, il existait encore ; toutefois Salluste mentionne comme une singularité cette circonstance de l’entrevue de Syphax et de Scipion, que le prince numide était debout avec deux chiens à ses côtés 191 .
Après la mort d’un homme on immolait quelquefois ses chiens sur son tombeau 192. Suivant une légende rapportée par Élien 193, les cinq chiens du berger Daphnis ne voulurent pas survivre à leur maître. Ce compilateur attribue la même preuve d’attachement au chien Augéas, qui appartenait au poète comique Eupolis : il mourut sur la tombe de son maître, et le lieu reçut de cette circonstance le nom de Kuvôç 0prjvot, Pleurs du chien.
m SiL Ital. I. I. — '72 Plin. Hist. nat. VII, 2; Solin. XXVII, 41-42 ; cf. Varr. ap. Priscian. VII, 2. — 173 virg. Aen. VI, 652 et s. - 17* XVII, 426-442 ; cf. Quint. Smyrn. III, 740 et s. 175 XIj 89. ne Aristoph. Nub. init. ; Equit 551-610; Terent. (ex Menandro) Andr. I, 55 ; Hor. Ad Pison. 162. — 177 Herodot! VI, 103. — 178 strab. XV, 129; Diod. Sic. XVII, 95, 5; Plin. Hist. nat. VIII, 42. Arr. Anab. V, 19; Plut. Aléa;. 61; Justin. XII, 8; Solin. XL, 8; Polyaen. IV, 3’ 9 et 22; Q. Curt. IX, 3, 29. — 179 Suet. J. Caes. 61. — 130 plin. Hist. nat. VIII, 42 ■ Solin. XL, 10; Stat. Silv. I, I. — 181 Suet. Calig. 55. — 182 Spart. Adrian. 2ol 183 Anth . tat. Burin. IV, 399 ; Hou. Bouche, C/torogr. de la Provence, I iv, 1, § 2 •
Id. Hist. Prov inc. II, p. 496; cf. Gassendi, Vie de Peiresc, IV, p.33i. 184 j. Capitol. Ver. Imp. 6. — ‘8b Auson. Ep. xxxy. — 186 Aelian. De nat. anim. VI, 10; XVI “3 • Athen. XII, 19, p. 520 ; Plin. Hist. nat. VIII, 65, I ; cf. Herodot. V, 111. - 187 Hom! Od. XVII, 292 sqq. — 188 Paciaudi, Monum. Pelopon. p. 139; Tîschbein, Homcr nach Antiken, 2- sér. p. 321, pl. ni. — 189 Hom. Od. II, 9; PoUux, I, 45, 190 \irg. Aen. VIII, 461 et s. — 191 Sali. Fragm. ap. Serv. Aen. VIII, 461. — 192 Hom. II. I. I.; Foggini, Mus. Capitol. IV, pl. 115; Raoul Rochette" xf'Ts dc r [cad' dcs inscr‘ lV S. XIV, 2, p. 204. — 193 Aelian. Nat. anim.
BES
BES
De semblables exemples abondent chez les anciens m.
Les chiens favoris ne quittaient pas leur maître pendant le repas : on les voit, sur les plus anciens vases peints, attachés sous les tables (fig. 839), d’où leur nom de xûvsç 7pa7t£Çîi£ç 195 ; sur d’autres ils accompagnent leur maître au bain ou à la palestre 19s.
Certains chiens se vendaient à des prix excessifs : celui à qui une fan taisie d’Alcibiade a fait une renommée proverbiale, avait coûté soixante-dix mines (6,630 fr.) 197.
Mais ce qu’on rechercha dans cet animal, à certaines époques, ce furent moins ses qualités utiles que la gentillesse qui distinguait quelques espèces. Comme les temps modernes, l’antiquité eut ses chiens damerets, soignés, choyés, parés par leurs maîtres, et surtout par leurs maîtresses. « Faites au chien une couche bien douillette, dit un personnage d’une comédie d’Eubule, parodie de la légende de Procris 198 (où figure un chien fameux, Lælaps, présent de Diane), un bon tapis de laine de Milet, et , par-dessus, une couverture de pourpre.
Faites-lui une pâtée de gruau et de lait d’oie : oigncz-lui les pattes de mégalion (sorte de parfum très-estimé) 199. » On se faisait une sorte de gloire d’avoir des chiens de certaines races, de Laconie 200, par exemple, ou de Malte, et sur les tombeaux qu’on élevait à ces animaux privilégiés on écrivait volontiers : KAAA02 memtaios, rejeton de Malte201. ' Épaminondas avait un petit chien de cette espèce 2fl2. Les MeMtocïoc xuvt$ta, facilement reconnaissables à leur petite taille, à leur museau pointu, à leurs oreilles droites, à leur queue relevée et touffue, sont fréquemment représentés dans les scènes familières que l’on rencontre sur
19k Aristot. et Philochor. ap. Aelian. Nat. anim . XII, 35 : Plut. Anim . solert. 12, 13; Plin. Hist. nat. VIII, LXI, 40. — 195 flom. Od. XVII, 309 ; Iliad. XXIII, 172; XXIX, 309 ; Oppian. Cyneg. I, 473 ; Ibycus, ap. Etym. mag. p. 763, 41; vovez encore Welcker, Alte Denkmàler, V, 154; la ligure 840 est tirée d un vase du Louvre ; de Longpérier, Musée Napol. III, pl. lxxii. — 196 Gerhard, Etrusk. Trinlcschal. pl. xiv; Id. Auserles. Vas. pl. 276, 278, 279, 290. — «7 Plut. Alcib. 56, 9.
198 ovid. Met. VII, 754, 771 et s. — 199 Eubul. Procr. ap. Athen. XII, 78.
— soo Theophr. Charact. 5. — 201 lb. 20; Aelian. Var. hist. VIII, 4. — 202 Aelian. Var. hist. XIII, 42- — 103 Roulez, Bullet. de V Acad, de Bruxelles, t. XII, n. 2 ; Gerhard. Auserles. Vas. pl. cclxxviii; voy. encore Antike Bildwerke, pl. liv; Stackelberg, Gràber d. Hellen. pl. xvu; Compt. rendus de la Commiss. archéol. ue St-
les vases peints : on les voit accompagner partout leurs maîtres ou demeurer à l’intérieur des habitations, servant d’amusement aux femmes, avec les oiseaux et les autres animaux que l’on y nourrissait. La figure 840 montre deux de ces chiens tenus en laisse au moyen d’une
courroie (tp«ç) et d’un collier (âépxiov) 203, et on a vu plus haut (fig. 835), un chien de même espèce, qu’un jeune garçon excite en lui présentant une tortue.
Cette mode, comme la plupart des usages grecs, se retrouve en Italie, d’abord dans les villes de la Grande -Grèce, puis à Rome même. Les Sybarites partageaient leurs affections les plus vives entre les nains qu’ils appelaient stilpons et les petits chiens de Malte dont ils se faisaient suivre partout'20'*. Tertia, fille de Paul-Émile, avait, avant la guerre de Macédoine, un petit chien qui s’appelait Persée, comme le roi de ce pays, dont triompha son père 20S. Vers la fin de la république, certaines gens, des étrangers, dit Plutarque, ne sortaient jamais sans porter dans leur sein de petits chiens à qui ils prodiguaient des caresses, si bien que le dictateur César leur demandait si chez eux les femmes ne faisaient point d’enfants 206. Massinissa, roi de Mauritanie, faisait, dit-on, la même question aux Sybarites qui venaient acheter des singes dans son pays ; car ils étaient passionnés pour ces animaux autant que pour les chiens de Malte *07. On choyait ces bêtes de prédilection : on les ornait de rubans, on leur donnait des noms gracieux ; quelquefois, à force de les bourrer de friandises, on en faisait des espèces de monstres208. Ces chiens devinrent un joujou pour les enfants, pour les femmes et pour les favoris du maître 209 : malheur à qui n’était pas aimable avec le petit ebien 2,0 !
Cette mode devint générale surtout parmi les femmes ; elles avaient partout avec elles, à table, et jusque dans leur lit, le petit ebien aimé W1. On peut voir un sarcophage romain, au musée du Louvre 212, qui représente un épagneul couché sous le lit d’une femme, à côté de ses sandales. C’est aussi un épagneul, à ce qu’il semble, que l’on voit entre un enfant et une jeune femme, dans un bas-relief du musée du Capitole, reproduit plus loin (fig. 844) ; ailleurs sont figurés de même des lévriers, ou des chiens de chasse ou de garde, dont nous n’avons pas à parler ici : disons seulement qu’ils étaient admis quelquefois dans la même familiarité 213. Mais les chiens préférés étaient de mignonnes petites bêtes qu’on tirait de la Gaule su, de la Sicile 215 et de Malte 2I6. Parmi les présents à emporter (a7rocpôpr]Ta) , qu’en certaines occasions un
Pétersbourg, 1863, p. 157 ; 1868, p. 96 ; ( larac, Musée, pl. clxx, ii. 280. — 204 Athen.
XII, 16. 205 (jic. Divin. I, 46. — 206 Plut. Pericl. 1. — 207 Ptolem. Comment. VIII,
ap. Athen. XII, 16. — 208 petr. Satir. 64. — 209 piaut. Curcul. V, 3, 13 ; Petr. Satyr. 64 ; Juven. Sat. IX, 61 ; Phil. Le Bas, Inscript, graec. et lat. 5» cahier, p. 182, n° 263. — 210 Piaut. Asin. I, 3, 32; Philostr. Imag. II, 17, 14. — 211 Propert. IV, 3, 54 ; Petr. Il- jUven. VI, 654; voy. encore Lucian. Philops. 28; Demerc.cond. 84, 156; Artemid. Oneirocr. 11,11; Roulez, 1. 1. ; Gerhard, Auserles. Vasenbilder, t. IV ; O. Jahn, Arch. Beitrüge, p. 303. — 212 Clarac, Mus. de sc.pl. cliv, n. 182. — 213 Mari. XI, 69; Petron. Sat. 64.— 21V Jlart. XIV, 198; cf.VII, 87. — 213 Ael. Nat. anim. VII, 25. — 216 Thcoph. Charact. 22; Callini. ap. Plin. Hist. nat. III, 30; Strab. VI, 2, 32; Aelian. Nat. anim. VII, 40; XVI, 6; Lucian. XV II, 34; LI1, 2 ; Clem. Alex. Paed. III, 4.
BES
BES
maître de maison faisait à ses convives, on voit figurer entre autres animaux les petits chiens gaulois 217.
Martial a chanté avec beaucoup de grâce Issa, la chienne de Publius 218 ; il faut voir dans cette jolie pièce le degré d’éducation qu’on savait donner à ces animaux qui avaient leurs entrées dans les plus somptueux appartements, qui reposaient sur de moelleux coussins, sur l’épaule ou sur le sein de leurs maîtres 219. On crut même reconnaître ainsi qu’ils étaient bons à autre chose qu’à servir de joujoux, qu’ils pouvaient guérir certaines affections de l’estomac. On en calmait les douleurs par l’application réitérée de petits chiens de Malte sur la partie malade. On croyait même que le mal passait ainsi à ces animaux parce qu’ils tombaient dans un état de langueur, souvent suivi de mort 22°.
Nul soin, du reste, n’était épargné pour ces bêtes favorites : « de peur que la dernière heure ne les enlevât tout entières, » on faisait faire leur portrait. Le maître d’Issa avait fait peindre sa chienne, et Martial se récrie sur la ressemblance du portrait autant que sur la beauté du modèle. Les petits chiens ne cessèrent jamais d’être fort recherchés : au Ve siècle après J.-O., cette manie dure encore22'.
On ne confiait le soin de ces bêtes de prédilection qu à des serviteurs choisis. De nombreuses inscriptions portant ces mots : minister catellae, ou a cvra catellae nous révèlent l’existence de cet office. On leur élevait aussi des tombeaux plus ou moins somptueux, des monuments de marbre, avec des inscriptions, souvent en vers, attestant l’affection du maître et ses regrets 223. On les faisait représenter aussi sur la tombe des personnes qui les avaient aimés 22i. ïrimalcion recommanda de placer sur la sienne l’image de sa petite chienne aux pieds de sa statue, et, à sa droite, la statue de sa femme tenant une colombe et menant en laisse une petite chienne 225.
Le chat (ottXoupoç, ixtiç ya^îi, ‘fûrToç, fêtes, felis, catlus) ; la belette ( mustella ). — Le chat tenait-il dans la maison des anciens, Grecs, Étrusques et Romains, la place qui lui est accordée chez les modernes ? On a douté à tort que le chat ait été un animal vraiment domestique avant une époque avancée de l’empire romain. Élien 226, au 11e siècle, remarque, à l’honneur du chat, qu’il se montre reconnaissant du bien qu’on lui fait, et s’attache aisément à la personne ou à la maison qui le nourrit. On voit (fig. 841),
chat dévorant un oiseau 238, est comme la traduction figurée de quelques épigrammes des Anthologies 237 applaudissant à la mort de chats tués pour avoir mangé un oiseau favori, ou étouffés par le bec de leur victime, qui leur est demeuré trop avant au gosier.
Oiseaux (. aves , opvtOec;) . — Au premier rang parmi les animaux qui avaient place dans l’affection des hommes, étaient les oiseaux de diverses espèces, intéressants à quelque titre, soit parles sentiments dont ils étaient les symboles, soit par quelque qualité particulière, comme les oiseaux chanteurs et les oiseaux parleurs.
Oiseaux carnassiers , trotpxocpaYoi, carnivorae. — Quelques personnes firent de certains oiseaux carnassiers, comme de certains quadrupèdes féroces, des animaux apprivoisés et même familiers. Une épigramme d’Apollonide 238 mentionne un aigle dont on avait adouci le naturel au point qu’il se laissait caresser de la main. Cet aigle appartenait à Néron. Vers la même époque, Pline parle d’un aigle apprivoisé jusqu’à la familiarité la plus extraordinaire par une jeune fille de Sestos 239. On admettait même dans
dans les peintures des tombeaux de Caere et de Tarquinii227, des chats qui jouent, pendant le repas, sous les lits et les tables, avec des coqs et des perdrix privées, ou qui saisissent des souris et des lézards 228. Un chat est représenté avec un coq sur le tombeau d’une jeune fille gallo-romaine229. Un bas-relief déjà cité du musée du Capitole (voy. plus haut, fig. 837) représente un chat que l’on dresse à danser au son de la lyre. Toutefois la y«^?> chatte ou belette (question de synonymie zoologique difficile à résoudre 23°) paraît avoir été un animal toléré dans la maison 231 pour faire la guerre aux souris et aux rats 232 plutôt qu’il n’y était aimé. Simonide en fait un triste portrait dans sa peinture des femmes assimilées à divers animaux 233. On avait observé le caractère de cet animal rusé, voleur, aimant à se coucher mollement et à longuement dormir 23\ Un comique 235 avait mis en scène un Grec et un Égyptien , le Grec, comparant les mœurs des deux peuples, dit : « Si vous voyez souffrir un chat, votre cœur s’émeut ; pour moi, ce serait un plaisir de le tuer et de l’écorcher. » Une mosaïque de Pompéi, qui représente un
217Mart. XIV, 198.— *18 I, lio. — *19 Luxor. 68, mAnth. lat. Burm. VI; Ibid. IV, 402. — 220 plin. Uist. nat. XXX, 14. — *21 Luxor. Anth. lat. VI, 68. — 222 j. Lips. Insc. ant. 1588, CI, n° 13 ; Doni, p. 298, n° 120 ; Gruter, p. 578, 5 ; Muratori, t. II, p. 928 ; Gudins, 201, 4 ; cf. Guther .De jure Manium, 37. — 223 Stat. Silv. II, 6, 19; Mart. XI, 69; Anth. lat. IV, 400-403; Jahrb.f. Alterthumsfreunde in Rheinlande, I, p. 935 ; Atti d. Academ. ponlif, d. archeol. XI, p. 360. — *24 Les monuments représentant des chiens auprès de leur maître défunt sont très nombreux : voy. ceux que citent 0. Jahn, Annal d. Inst. arch. 1847, p. 324 et s.; Friedlânder, De oper. anaglyph. in monum. sepulcr., Konigsberg, 1867, p. 18 ; Campana, Atti d. Academ. pontif. XI. p. 262 et pl. x. — 225 Petr. Satir. 71. — 226 jVaf. anim. IV, 44.
— 227 Monum. de l’Inst. arch. 1, 1831, pl. xxm ; Mus. Gregoriano, I, pl. civ. — *28 x. Desvergers, l'Étrurie, atlas, pl. 11, m, p. 1.— *29 De Caumont, Bullet. monum. 1861, p. 200. — 230 Casaubon ad Theoph. 16 ; llunker et Vcrbeck ad Anton. Liber, p. 186, 193; V. Hehn, Kulturpflanzeu und Hausthiere, 2» édit. Berlin, 1874, p. 399.
— 231 phaedr. I, 22; Babr. 27. — 232 Callim. In Cerer. 111 ; pour la belette voy. Piaut. Stich. III, 460 ; Phaedr. 1,21 ; Petron.,46; Pallad, IV, 9, 4. — 233 Bergk, Lxjr. gr. p. 741 et ap. Stob. Flor. 73.— 434 phaedr. II, 4; Bal r. 17; Aristoph. Vesp. 382 ; Theoc. XV, 28 et Schol. — 235 Athen.VII, 55. — 236 Mus. Bonbon, t. XIV, pl. xiv. Voy. aussi Mazois, Ruines dePomp.t. II, pl. lv. — 237 Anth. gr. Jacobs, Ul,p. 65, • 69 ; Anth. lat. Burm. V, 162-163. — 238 Anth. gr. Jacobs. — 239plin. na(m ^ g( g.
BES
BES
les maisons avec quelque familiarité Votus ou nictycorax (moyen duc) et le scops (petit duc), qui étaient quelquefois désignés sous le nom commun d’asfo. On en faisait des sortes de singes ailés, imitateurs, parasites et danseurs240.
Parmi les peintures de la maison des Foulons, à Pompéi, représentant le travail de ces artisans, on voit un homme qui porte la cage sur laquelle on étendait les étoffes après les avoir nettoyées, sur cette cage une chouette est perchée. La chouette, oiseau de Minerve, était honorée dans tous les métiers 24t.
On voit aussi, dans quelques peintures de vases grecs ou sur des pierres gravées, des oiseaux qui ressemblent à des oiseaux de proie, placés à côté de femmes et de jeunes gens, ou associés à des scènes mythologiques, et il est difficile de décider si, comme on l'a dit, ils ont été placés là dans une intention purement symbolique, par exemple pour représenter le fabuleux iynx (luy?, picus torquilla ) consacré à Vénus et dont le chant inspirait l’amour 242 ; ou simplement des oiseaux plus habituellement familiers, tels que les faucons (tép-xÇ, accipiter) , employés dès lors à la chasse [venatio]. Mais ce sont là des exceptions nécessairement fort rares. Les oiseaux familiers étaient, en général, chez les anciens comme chez nous, ceux dont le naturel est doux, les formes élégantes, l’humeur vive, la voix agréable ou remarquable par quelque particularité, telle que l’imitation de la parole humaine. C’étaient la colombe, la tourterelle, le moineau, le rossignol, l’étourneau, le perroquet, la pie, le corbeau et quelques autres.
Colombe (xiptcrTspbt, quelquefois raXs tx, columba ,) ; tourterelle (xpuytov, turtur) ; moineau ou passereau(arçou<i6q, passer); perdrix (irspoii, perdix ); caille (op-ru*, coturnix), etc. — Tous ces oiseaux, très-lascifs, étaient consacrés à Vénus. Nous n’avons pas à nous occuper des œuvres d’art très-nombreuses où ils se trouvent en rapport avec cette déesse, ou avec son fils, mais seulement de celles qui les montrent se jouant librement au milieu des détails de la vie de famille, offerts en présent par des amants 243, ou servant d amusement à des femmes. Nombreux sont les vases peints et autres monuments où ces oiseaux ont une signification amoureuse 244 ; d’autres, où cette intention n est pas marquée, témoignent que les jeux et le chant de ces oiseaux étaient pour les femmes et les enfants un de leurs passetemps habituels (àSuppaxa) 240 . Sur les petits vases à parfums
à l’usage des femmes, où sont fréquemment figurés de jeunes enfants jouant, on en voit qui s’amusent ainsi avec des oiseaux246. Nous en citerons un sur lequel, à côté d’un Amour qui tourne 247 vers lui la têle, se tient un petit oiseau coiffé d’une sorte de cas-
| que et l’aile gauche couverte d’un bouclier rond (fig.842). Théophraste parle d’un geai (xotato;) qui était ainsi armé248. Dans une comédie d’Anaxandride, un personnage employait des colombes et des moineaux comme auxiliaires de son amour 249. La colombe d’Anacréon, célébrée par lui 2S0, buvait dans sa coupe, mangeait dans sa main, voletait autour de lui et dormait sur sa lyre. Non moins célèbre est le passereau de Lesbie, immortalisé par Catulle261. Il ne quittait guère le sein de sa maîtresse, voltigeait autour d’elle, ne chantait que pour elle : elle aimait à jSuer avec lui, à l’agacer, à se faire mordiller le doigt. Un roi de Chypre, s’il faut en croire un poète comique, se faisait ventiler pendant ses repas par des colombes familières. Il s'oignait d’un parfum de Syrie, tiré d’un fruit dont se nourrissent les colombes ; ces oiseaux, attirés par l’odeur, venaient en volant pour se poser sur sa tête ; des serviteurs alors les en écartaient doucement ; et dans ces mouvements d’allée et de venue, leurs ailes agitant l’air procuraient au prince une agréable fraîcheur 252.
Aristote 266 distinguait cinq espèces de colombes : 1° la vinagine, oïvâç ; 2° le petit ramier, epety; 3° le grand ramier, cpaasa ; 4° la tourterelle, xpuywv ; 5° la colombe proprement dite, ireptaxepa, qui était la plus facile à apprivoiser. Nous ne parlerons pas ici des pigeons que l’on élevait à la campagne et pour lesquels on construisait de vastes colombiers [columbarium]. Les colombes apprivoisées s’appelaient xtOat, xi0a<j<rcu; l’apprivoiseur ( xtôaffdoxpôcpo; avv^p ) avait des moyens artificiels pour leur donner des couleurs variées qui augmentaient la valeur vénale de ces jolis oiseaux 254 , payés quelquefois des prix très-élevés 265. On préférait, pour les apprivoiser , les colombes de Sicile et celles de Chypre : les premières , pour l’élégance de leurs formes ; les unes et les autres, comme rappelant surtout la déesse honorée dans ces contrées d’un culte particulier, et provenant de celles qu’on élevait dans ses temples 25c.
On avait pour les colombes familières mille petits soins délicats : on les baignait dans des eaux de senteurs257; et, si l’on en avait plusieurs, chacune exhalait un parfum différent 258. On les chantait en petits vers doucereux. Un poète du temps de Martial, Stella Laruntius de Padoue, voulant rivaliser avec Anacréon et Catulle, avait consacré à la colombe qui faisait les délices de sa maîtresse et les siennes, un petit poème que quelques-uns trouvaient supérieur au Moineau de Lesbie 259.
Les morts, sur les tombeaux grecs et romains, ont été souvent figurés jouant avec les oiseaux qu ils avaient aimés. Une colombe ou un autre oiseau est placé parfois dans la main des personnages qu’on représentait couchés sur les sarcophages s6°.
Le bas-relief du musée du Capitole 261 ici reproduit
240 Aristot. Hist. an. VIII, 3 ; Athen. IV, 44-45 ; Plin. Hist. Hat. X, 33 ; Aelian. Nat. anim. XV, 28; Mart. VII, 87. — *41 Mus. Borbon. IV, 49; cf. Ovid. Fast. III, g21. — 242 VVinckelmaun, Pierres de Stosch, p. 324, n. 61 ; d Hancarville, Vases d'Hamilton , II, pl. xxx ; Tischbein, Engravings. II, pl. lix ; III, 30, 32 et 39 ; IV, 55 et 59 ; Élite céram. IV, xxxvi, clvu ; Bôttiger, lileine Schriften, I, p. 183 et s.
243 Millin, Vases, 11,77; Élite céram. II, 93; Virg . Ecl. I, 58; Ovid. Met.
Xni, 831. — *44 Tischbein, II, 32; IV, 39, 56 ; de Laborde, Vases de Lamberg, II 3; Dubois-Maisonneuve, Vas. 10; Millingen, Vas. 48 ; Élite céram. I, xnx; IV, Mon. de l’Inst. arch. IV, xvn, xxm, xnv; Annal. 1840, pl. O; 1843, pl. B, XVII p. 376 ; Gerhard, Apul. Vas. E, 4, 8 et 14, etc. — *45 Élite céram. 14 , pl. xix, LX1H,’ LXXI, lxxvii, lxxviii, Lxxxin ; lnghirami, Vasi fitt. II, pl. clxxiv ; de Laborde, Vases de Lamberg, pl. xlvii ; d'Hancarville, IV, 38 ; Antiq. du Bosph. cimm. pl. LU, 5, 6; Gerhard, Etrusk. Spiegel, pl. ni; K. F. Hermann, Ber " ICnabe mit dem Vogel, Gôtting, 1847, p. 13 et s. - *46 O. Jahn, Berichte d. sâchs.
Gesellsch. d. Wiss. 1854, p. 250, pl. xm; Heydemann, Griech. Vai.pl. xn, 10. — 247 O. Jahn, Bemalte Vas. mit Goldschmuk, note 3, pl. i, 1 ; cf. Arch. Anzeiger, 1864, p. 215 * ; Élite céram. IV, pl. lxxxvi. — *4* Char. 20. — *49 Athen. XIV, 61. *50 od. IX, 3. — *31 Catull. 111. — *5Ï Antiph. ap. Athen. VI, 671. — *33 Arist. Hist. anim. VIII, 3; cf. V, 13. — *54 oppian. Cyn. I, 353 et s. —*35 Plin. Hist. nat. X, 37, 53 ; Varro, De re rust. III, 7, 10; Colum. VIII, 8, 10. — *56 Theophr. Char. 5; Alex. ap. Athen. IX, 51; Nicandr. Georg. II, ap. Ath. I. I. Antiph. ib. XIV, 70.— 257 Anacr. IX, 3. — *38 Alexis ap. Athen. XV, 44. — *59 Mart.
I 8- Stat. Silv. I, 2, 102. *60 Campana, Duc sepolcri, in Atti d. pontif. Acad.
d. àrcheol. pl. x, 3 ; voy. au Louvre un sarcophage en terre cuite ; Denns, Cilics and Cemeter. of Etruria, l, p. 444. — *61 Mus. Capit. t. III, pl. lxvii ; Stackelberg, Griiber d. ffellenen, pl. n ; Corp. inscr. gr. n. 2421. Dans les peintures de vases, des femmes à l’intérieur d’édifices funéraires tiennent aussi des oiseaux : Élite céram. IV, pl. xxvi.
BES
BES
(flg. 843), offre l’image d’une scène familière où les colombes ont le principal rôle et à laquelle prend part le chien de la maison.
On se servait également des colombes pour poi’ter des
messages, surtout des messages d'amour26', quelque bonne nouvelle, comme celle d’une victoire dans les grands jeux de la Grèce 263, ou pour introduire des lettres dans une place assiégée S6\ On employa bien aussi à cet usage des hirondelles et même des corneilles J , mais cela n implique pas que ces oiseaux, les premiers surtout, aientjamais été des oiseaux familiers '. les anciens avaient même déjà remarqué que l’hirondelle ne peut pas s apprivoiser 266.
La perdrix et la caille, au contraire, se familiarisaient aisément. La perdrix est appelée aussi quelque part les
délices (aQupua) de Diane 267. Dans les peintures de vases qui représentent des femmes dans leur intérieur, on voit des perdrix ou des cailles familières (oîxoYeveïç) 268, soit enfermées dans des cages (flg.
844) 269, soit jouant en liberté 27°, comme celle qui est
représentée plus Fig. 844. Oiseau en eage. loin (flg. 847) per¬
chée sur une chaise, ou (flg. 841), picorant sous les tables pendant le repas271. On reconnaît aussi une perdrix favorite sous le siège de sa maîtresse, dans un bas-relief funéraire 272.
11 y avait des hommes qui faisaient métier d’élever ces oiseaux (7iEp§ixoTpdcpoi, ôpiufoxpocpot, opTuyoÔîjpai, àpTuyo-rcwXou), principalement pour les faire combattre, comme on faisait combattre les coqs 273.
Comme oiseaux familiers, la perdrix et la caille plaisaient
parleur gentillesse. Le philosophe Porphyre2" avait rapporté de Carthage une perdrix qu’il éleva et qui s’apprivoisa si bien, qu’elle le caressait, jouait avec lui, lui répondait par un cri différent de sa voix ordinaire, se taisait quand il gardait le silence, etc. Aristippe en paya une 50 drachmes 273. Plusieurs épigrammes de Y Anthologie grecque 276 sont consacrées à des perdrix favorites. Alcibiade 277 avait une caille familière qu’il portait sous son manteau; elle s’en échappa un jour qu’il parlait dans l’assemblée du peuple. Socrate le raillait de son goût pour ces amusements frivoles, en lui proposant ironiquement de prendre pour modèle un fameux éleveur de cailles nommé Midias 278. On employait aussi les perdrix privées à la chasse des perdrix sauvages.
Le coq (àXexxpuwv, gallus gallinaceus) était l’oiseau de combat par excellence. Nous n’avons pas à revenir sur ce qui est dit ailleurs [alektryonon agones] de ce genre de divertissement, dont les anciens étaient avides. Il y avait des éleveurs de coqs (àXsxTpuovo-rpdtpoi) 279 comme de perdrix et de cailles. Les coqs figurent souvent 280 parmi les animaux que l’on offrait en présent (voy. plus haut, flg. 822), ceux-là surtout qui avaient remporté de nombreuses et brillantes victoires. On cite un Athénien 281 nommé Poliarque, qui faisait publiquement les funérailles de ses chiens et de ses coqs favoris : elles étaient célébrées avec magnificence ; il y invitait ses amis et érigeait à ces animaux chéris des colonnes sépulcrales, chargées d’inscriptions en leur honneur. On les voit servant d’amusement à des enfants 282, et figurés sur les tombeaux comme les autres animaux favoris 283. D’autres représentations, comme celle d’un repas étrusque déjà cité (flg. 841), les montrent admis dans la familiarité de la maison.
Voie {yr\v , amer), le canard (vouera, anas ), le cygne (xuxvoç, eyenus, olor ), les deux premiers surtout, parais- ! sent avoir eu une large place dans l’intimité de la vie des anciens, de celle des femmes surtout, non-seulementaux temps décrits par Homère , dans le rustique palais d’Ulysse, où Pénélope se plaisait à nourrir un troupeau d’oies 284 , mais aussi dans les siècles postérieurs ; on voit par les monuments que ces oiseaux étaient sans cesse dans la société des femmes, des enfants , quelquefois des hommes faits 283, caressés par
262 Anacr. IX, 15 sqq. ; Athen. IX, 51; Mart. VIII, 32. — 263 Aelian. Hist. var. IX, 2. — pün. Hist. nat. X, 37, 53; Frontin. Strat. II, 13, 8. — 265 p)iD. X, 24, 34 ; Ael. Hist. var. VI, 7. — 268 p]in. Hist. nat. X; 62, 45; Ael. Nat. anim. IV, 16; Sial. Silv. Il, 4 , 20. — 267 Ael. Nat. anim. X, 35. — 268 Aristoph. Pax, 7S9 et Schol. ; Athen. IX, 398 d. — 269 C. rend, de la Comm. arch. 1860, pl.n ; de Luynes, Vases peints, pl. xxxvn. — 270 C. rend, de la Comm. arch. 1S60, p. 9; 1865, p. 151 et s.; Bull. Napol.fi. S. V. pl. i ; Hevdemann, Gr. Vas. pl. ix, 1. — 271 Voy. encore Mon. de l’Inst. arch. IX, pl. xiv; Conestabile, Pitt. pressa Orvieto, pl. m, ix. — 272 Clarae, Mus. pl. 161 B, n. 211 A. — 273 plat. Euthyd. p. 290 d; Alcib. I,p. 120 a; Pollux, VII, 136 ; X, 159 ; Aristot. Probl. X, 12. — 274 porph. De abst. III, 4. — 276 Diog. Laert. II, 8, 3. — 273 Xnth. gr.
t. III, p. 65, 69 ; Parthen. Erot. 14. — 277 Plut. Praec. polit. 3 ; Aie. 10. — 278 plat. Alcib. 1. 16 ; cf. Aristoph. Av. 1 297 et Schol. ; Athen. XI, 506. — 279 Pollux, VII, 30, 136; voy. la statue dite 1 ’ Alectryonphore, Koebler, Mém. de l’Ac. de St-Pétersb. III, 6. — 280 C’est, après le lièvre, celui qu’on voit le plus souvent offert dans les monuments ; O. Jalm, Arch. Beitr. p. 28 ; Id. Berichte d. sâchs. Gesell. 1854, p. 252 ; Preller, ib. 1855, pl. Il, 1, p. 28 ; Roulez, Vases de Leyde, XVII ; cf. Élite céram. I, pl. xviu; IV, pl. xux ; cf. Paus. I, 30, 1; Ep. IV, 2, 3; voy. encore Dio Chrys. LXVI, H.
— 281 Aelian. Var. Hist. VIII, 4. — 282 Tudot, Fig. en argile , pl. i.x, lii ; Lenormant, Catal. Baifé, 1120-1122 ; C. rendus de la Commiss. arch. 1868, pl. in. — 2S3 De Caumont, Bull, monum. 1861, p. 200. — 284 Od. XIX, 536 ; voy. aussi XV, 160 et s.
— 285 Cf. Plin. Hist. nat. X, 26, 22. Atlien. XII, 16; Aelian. Hist. an. VII, 41.
BES
BES
eux !SS, recevant d’eux la nourriture (fig. 845) 287, se mêlant à leurs jeux 288, assistant à leur toilette, à leurs bains289. On voit aussi, particulièrement chez les Étrusques, des oies ou des canards admis dans la salle où se prend le repas 290 et jouant sous les tables comme les autres animaux représentés dans la figure 842 ; bien plus , ils sont présents jusque sous le lit des morts (fig. 846), pendant les cérémonies funèbres291. Ils figurent aussi
sur les tombeaux comme les autres animaux que les défunts avaient chéris pendant leur vie, soit qu’on les représente dans leurs mains ou à côté d’eux, soit que des parents les apportent comme des offrandes à leurs mânes 292. Dans des scènes d’un autre genre ils servent de présents d’amour, ou marquent entre des jeunes gens et des jeunes femmes la nature de leurs relations 293 : en effet l’oie, le canard, le cygne sont connus comme des oiseaux aimés de Vénus. On sait moins que l’oie passait pour l’image de la femme vigilante, soigneuse gardienne de la maison 294, chère à toutes les mères de famille 295 ; à Rome les oies étaient consacrées à Junon, modèle des matrones, et nourries auprès de son temple 296. Le cygne, consacré à Apollon, symbolisait les sentiments les plus élevés de l’âme dont ce dieu favorise l’essor 297.
Le paon (tocm;, pavo), était encore une rareté en Grèce au v° et même au ive siècle avant J. -C., excepté à Samos. auprès du temple de Junon, à qui il était consacré 298. On le rechercha pour ses brillantes couleurs, comme oiseau d’ornement, et on l’apprivoisa. Les Romains eurent des paons en grande quantité 2". On les voit plusieurs fois figurés dans les peintures de Pompéi 30°. On sait que sur les monnaies et sur d’autres monuments commémoratifs de l’apothéose des impératrices, l’oiseau de Junon joue le
Clarac, Musée de sculpt. pl. 293, n. 64; pl. 411, n. 711-713 et pl. 674 c à 878; Micali, Storia di pop. Ital. pl. xliii ; Lanzi, Saggio di ling.Etr. II, pl. xv, 6 ; Miiller- Wieseler, Denkm. d. alten Kunst, I, n. 291 ; Guigniaut, Nouv . galer.myth. pl. clii, n. 532 a; Visconti, Mus. Pio-Clem. 111, 3, 6; Id. Op. varie, pl. xxm; R. Rochette, Choix de peint. 135; Bôttiger, Hercul. in bivio, pl. n; Gerhard, Mysterien bilder, pl. x ; Miuervini, Ballet. Napol. N. S. II, I 8 ; Id. Monum. di Barone , pl. 92 ; Annal, de l’Inst. arch. XII, pl. N; XIII, pl. K; Helbig, Wandgemàlde, pl. v et d; voy. sur ces représentations, en général, O. Jahn, Arch. Beitrage, p. 414; Id. Benchte d.sàchs. | Gesellsch. d. Wissenschaft. 1852, p. 44 et s., et surtout Stephani, C. rendus de la Commiss. arch. de St-Pélersbourg, 1863, p. 17 et s. — 287 Gerhard, Trinkschal. und Ge fasse, XIII ; Pitt. d’Ercol. IV, 21 ; Ant. du Bosphore, pl. lxix, 1.-288 Élite i céram. IV, pl. vm ; Annal, de l’Inst. XIII, pl. J. — 289 Élite céram. IV, pl. xx.x ; Dubois-Maisonneuve, Introd. à l'Ét. des vases, pl. xxm ; Tischbein, Engravings, III, pl. xxii ; C. rendus de la Commiss. archéol. 1860, pl. i ; 'W'inckelmann, Pierres de Slosch, p. 55 ; Tôlken, Verzeichniss, p. 190 ; Gerhard, Etr. Spiegel, pl. cccxvn ; Overbeck, Berichte d. sàchs. Gesellsch. 1871, p. 109. — 290 Micali, Mon. ined. pl. mu ; Id. Storia di pop. Ital. pl. lxviii ; Mus. etr. Gregor. I, 101; Hittorf, Archit. polychr. pl. xix, 2 ; Canina, Etruria marit. pl. lxxxv ; Mon. d. Inst. arch. VIII 1864, pl. Il ; Dubois-JIaisonneuve, Op. c. pl. xlv ; Mus. Borb. V, pl. li; Choiseul-Gouffier, Voyage pitt. II, pl- vin ; cf. Stephani, Ausruhende Uerakles, p. 22,
65 et s. 291 Micali, Mon. d. Storia di pop. Ital. pl. xlviii, 3; c’est d’après le
même rôle que l’oiseau de Jupiter sur ceux qui rappellent l’apothéose des Césars.
La cigogne ciconia), la grue (yépavo?, grus), le
héron (spwStoç, areola, ardea ), et quelques autres oiseaux de l’ordre des échassiers, furent admis par les anciens, non-seulement dans leurs jardins ou dans le voisinage de leurs habitations301, mais dans leur intérieur même, où ils se familiarisaient quelquefois aussi bien que les oiseaux dont il a été précédemment parlé. S’il fallait s’en rapporter à quelques œuvres d’art S02, on pourrait môme croire que l’on sut utiliser la grue ou un autre oiseau de cette famille pour faire mouvoir certains mécanismes. Les anciens avaient remarqué l’ardeur de la grue à combattre et ils s’amusèrent quelquefois de ce spectacle 303, comme des combats de coqs et de cailles. Ils faisaient aussi tourner des grues en rond et prenaient plaisir à les voir s’agiter ! avec des mouvements grotesques 304 : une danse qu’on appelait la grue (yép'/voi;) en était, disait-on, imitée [saltatio]. On voit dans quelques peintures de vases des grues, des hérons ou des cigognes se promenant librement à l’inté¬
rieur des habitations. Une de ces peintures 305 est ici reproduite (fig. 847).
Nous ne parlerons pas de Y ibis (ïëiç), dont on rencontre l’image auprès de celles de divinités égyptiennes, ou dans les représentations de leurs sanctuaires, auprès desquels ces oiseaux vivaient en domesticité 306.
De Yautruche (cxpouOôç, <7Tpou0o>câ(A7]Àoç, slruthio ), dont les auteurs décrivent les mœurs, nous ne dirions rien non plus, si une peinture de vase en partie reproduite ici
bas-relief, actuellement au Louvre, qu’a été gravée la lig. 847 ; cf. Ib. pl. xxxix. 292 De Witte, Calai. Durand, n. 609, 621 ; Stephani, Vases de l’Ermitage, 352 ; Montfaucon, Ant. expliq. V, pl. xl ; Le Bas, Voyage archéol. Mon. lig.pl. lxxxviii ; Arch. Zeitung, 1872, pl. lui, p. 140. — 293 O. Jahn, l. I. ; Stephani, C. rend. 1863 ; voy. aussi Mon. d. Inst. arch. 1869, pl. xiii; cf. Aristoph. Av. 7U5. — 29V pli,,. Hist. nat. X, 44 et 51 ; Ovid. Met. XI, 597 ; Anth. pal. Vil, 425. — *-*3 Petron. Sat. 137 : « ansercm omnibus matronis acceptissimum. » — 296 Tit. Liv. V, 47; Plin. jjist. nat. X, 22 ; XXIX, 4 ; Plut. De fort. Rom. 2 ; Preller, Rom. Myth. p. 253 ; les oies ailleurs encore étaient nourries près des temples : Artemid. Oneir. IV, 85.
— 297 stephani, l. I. p. 25. — 298 Athen. IX, 56; XIV, 70; cf. Ael. V, 21.
— 299 Athen. I. I. ; Varr. De re rust. III, 5, 6; Colum. De re rust. VIII, 16; Plin. X, 22 20. — 309 Pitt. d'Ercol. II, p. 101, 131, etc. ; Niccolini, Case di Pompei, fasc. V.
— 391 Pitt. d’Ercol. II, pl. xx, xlix, p. 135 et 36, III, p. 44; Zahn, Die schônste
Ornam. in Pompei, II, 43 ; Campana, Ant. opéré in plastica, pl. xiv.— 392 Caylus, Rec. d’ant. III, pli x, 3; Raspe, Catalog. 15082; Panofka, Gemm.mit Inschriften, pl. iv 7; cf. Beger, Lucern. III, pl. xvu; C. rendus de la Commiss. arch. 1865, p. 130*. — 303 Aristot. H. anim. IX, 13, 3 ; Dio Cass. LXVI, 26. — 391 Plin. Hist. nat. X, 59.— 395 C. rendus, 1863, pl. iv, 3, p. 112 et s.; Mus. Borb I, pl. xxxi ; Millingen, Peint, de vases, pl. lx ; Stackelberg, Grâber der Hellen. pl. xxxvi ; Minervini’ Bull. Napol. N. S. Il, pl. vi, p. 126 ; Id. Monum. di Barone, pl xv. 306 Helbig, Wandgemàlde, voir l’index ; Pitt. d’Ercol. II, 59, 60.
BES
BES
(fîg. 848), ne témoignait que les Grecs en avaient vu au moins dès le ive siècle servir de monture à des cavaliers. La peinture paraît représenter 307 un chœur de comédie. Des autruches figurèrent dans la pompe de Ptolémée
Fig. 84S. Autruches.
Philadelphe 808, et plus tard, à Rome, attelées à des chars et dans les chasses du cirque 309 [venatio].
Oiseaux chanteurs (opvtfie; wotxot, aves cantnces, oscines ol°) ;
— rossignol (a^Soiv, luscinia, luscuuola) , chardonneret (axavOtç, carduelis, acanthus). — Les oiseaux chanteurs semblent avoir tenu dans l’affection des anciens moins de place que quelques-uns de ceux dont nous avons parlé, et qui, par certaines qualités, rappelaient, comme la colombe, la tourterelle, la perdrix et le passereau, la grande loi de la nature, la loi de l’amour, fonds important des religions de l’antiquité. Le rossignol même, par les légendes auxquelles on rattachait son origine, semblait voué aux solitudes, et le chardonneret, consacré aux génies protecteurs des voyageurs 3U, ne semblait pas non plus destiné à être admis dans les demeures de l’homme en y apportant le charme de ses chants. Aussi ces oiseaux chanteurs, de même que le merle et le pinson, devinrentils rarement des animaux familiers, objets d’une prédilection particulière : ils restèrent le plus ordinairement des oiseaux de volière [villa] 812. Cependant il est permis de croire que parmi les petits oiseaux qui sont figurés dans les œuvres d’art, soit dans des cages [cavea], soit en liberté ou retenus seulement par un fil léger à la main de leur maître ou de leur maîtresse 31S, plus d’un pouvait être recherché pour son chant. Quelques exemples prouvent d’ailleurs qu’on réussissait à les apprivoiser. Ainsi Pline •nous apprend 8U, pour l’avoir vu lui-même, que Néron et Britannicus, pendant leur enfance, jouaient familièrement avec un étourneau et des rossignols qui savaient prononcer des mots grecs et des mots latins, et qui chaque jour étudiaient et répétaient des mots nouveaux et même des phrases assez longues. Un père, dans Pétrone 315, se plaint de la passion de son fils pour les oiseaux, et en particulier pour les chardonnerets. Pline le Jeune 316 raconte qu’un enfant avait pour joujoux, avec de petits chevaux ( manmdi ) et des chiens, des rossignols, des merles et des perroquets : à sa mort, son père fit brûler tous ces animaux sur son bûcher. Calpurnius parle 317 d’un rossignol qu’on | pouvait laisser errer en liberté et voltiger parmi les oiseaux des champs. Au commencement du m° siècle,
WBull. Napol. N. s. 1857, p. 135. — 308 Ath. V, 7, p. 200; cf. Paus. IX, 31, 1.
— 309 Vopisc. Firm. 5 ; Prob. Orelli, 2533 ; Mem. d. Acad. d'Ercol. V, p. 92.
— 310 Yarr. De re rust. III, 5; Plin. Hist. nat. X, 42 ; 29. — 311 Aclian. Nat. an. X, 32. — 312 Yarr. De re rust. III, 5. — 313 Voy. note 245. — 314 plin. Hist. nat.
X, 42 ; cf. Philostr. Apall. YI, 36. — ;'is Satir. 46. - 316 plin. Ep. IV, 2, 3; voy. aussi Dio Chrys. LXVI, 11. — 317 Ecl. IX, 62. — 318 clem. Alex. Paedag. lit, 4.
la mode d’élever des rossignols et de leur apprendre à parler est assez répandue pour que Clément d’Alexandrie la signale parmi les excès qu’il reproche aux femmes . Ce qu’on aimait, ce qu’on recherchait dans ces gracieuses petites bêtes, c’étaient moins leurs qualités naturelles que certains talents extraordinaires 819, obtenus d’eux à force d’art, comme d’imiter le chant de divers oiseaux ( varios avium perfingere cantus), de chanter au commandement et d’alterner dans un chœur 32°. Alors ils avaient un grand prix, et se vendaient, au temps de Pline, aussi cher et même plus cher qu’un bon esclave. Un rossignol blanc, très-rare, il est vrai, fut acheté pour Agrippine, femme de Claude, 6,000 sesterces (environ 4,230 fr.) 3îl. — On dressait de même des chardonnerets, et ces jolis oiseaux exécutaient tout ce qu’on leur commandait, non-seulement avec la voix, mais encore avec les pattes et le bec dont ils s’aidaient comme de mains82*.
On élevait à ces animaux chéris des tombeaux avec de poétiques épitaphes 328, ainsi que nous l’avons vu déjà pour les chevaux, les chiens et les autres bêtes favorites.
Oiseaux parleurs (opvsiç XaXyjTot, XaXot, aves loquaces, vocales) ; geai (xoXoïoç, graculus) ; corbeau (xo'pocÇ, corvus) ; pie (xittoc, pica glandaria) ; étourneau (<j/ap, slurnus ) ; perroquet (d/tTTaxoç, (TtTToéxjj, ctTTa ç, psiltacus).
Les anciens, avant de connaître le perroquet, avaient essayé de tirer parti pour leur amusement, de la faculté que possèdent certaines espèces indigènes d’imiter la voix humaine : ils s’appliquèrent à instruire dans cet art l’étourneau, la perdrix, mais surtout le corbeau et la pie ; nous avons vu qu’ils y dressaient même le roi des chanteurs ailés, le rossignol. Cette éducation des oiseaux ne semble pourtant pas remonter très-haut dans l’antiquité. On avait bien remarqué l’aptitude de certaines espèces à proférer des sons articulés comme ceux de la voix humaine ; la corneille, qui est appelée par Homère vavu- YXwcaoî, « à la voix étendue » 82\ reçoit bien, chez Hésiode, l’épithète de babillarde, XaxépuÇa 82S, et cette qualification, devenue proverbiale, est à peu près celle que lui donne Anacréon, XaXurrspa 326 ; mais comme on l’appliquait communément à l’hirondelle, à la tourterelle 327, aussi bien qu’à la pie, cela n’implique pas absolument qu’à des époques très-reculées on ait enseigné à certains oiseaux à prononcer des mots, à parler. Cette pratique semble antérieure de deux ou trois siècles au plus à l’époque où le perroquet fut bien connu en Europe ; or il ne le fut guère avant le siècle qui précéda notre ère.
Le corbeau et la pie tinrent le premier rang parmi les oiseaux parleurs indigènes.
Le corbeau était consacré à Apollon 323, et on tirait de son vol et de son chant des augures. On avait pour lui une sorte de vénération ; Pline 829 a raconté en détail la singulière histoire d’un corbeau qui, né sur le toit du temple des Dioscures, s’était un beau jour abattu en face, dans l’échoppe d’un cordonnier. Il y fut soigné comme un animal sacré : on lui enseigna à parler. Dès lors, tous les matins, prenant son vol, il alla se poser sur les rostres, et là, tourné vers le Forum, il saluait par leurs noms Tibère et
— 319 Philostr. Apoll.Vl, 36.-310 Anth. lat. Burm. IV, 40.— 351 Plin. Hist. nat. X, 43, 29. — 322 Jb. LXV11, 42.-323 Mart. VII, 87 ; Anlhol. lat. IV, 404-406. - 324 Cracv. Epist. p. 52; J. Spon, Voyage d’Italie, etc. t. I, p. 9 et 25 5, 17 24. — 325 Odyss. V,66. — 326 Op.et dies, 745. — 317 Qd. IX ; Alex. Thrason, ap. Athen. IV, 10; Aelian, Nat. anim. XII, 10 ; VI, 19. — 328 Aelian. Nat. anim. I, 47, 48 ; VIII, 18 ; Ovid. Aletam.Y, 678 ; Stat. Silu. II, 4, 17 ; Apul. Florid. 22 — 329 plin. Hist. nat . X, 60, 43.
BES
BES
les Césars Germanicus et Drusus; puis il retournait à l’échoppe. 11 devint le favori du peuple romain. Tué par un voisin jaloux, il fut cruellement vengé par la mort de son meurtrier, que la multitude mit en pièces, et on lui fit, comme à un grand personnage, de pompeuses funérailles. Le lit funèbre fut porté sur les épaules de deux Éthiopiens, précédés d’un joueur de flûte, avec des couronnes de toutes sortes, jusqu’au bûcher construit à la droite de la voie Appienne. Pline ajoute qu’au moment où il écrivait, il y avait à Rome une corneille apportée de la Bétique et appartenant à un chevalier, laquelle pro~ nonçait des phrases entières et en apprenait chaque jour de nouvelles. Il parle, au même endroit, de corbeaux dressés à chasser pour l’homme, ce qui se voit encore en Asie. Ceux qui dressaient ces oiseaux à parler spéculaient sur la vanité des grands, qui payaient fort cher les flatteries et plus cher encore les flatteurs : on peut voir à ce sujet, dans Macrobe 330, une curieuse anecdote.
La^fe ou le geai passait pour celui des oiseaux de cette espèce qui imitait le mieux toutes les voix, et en particulier la voix humaine331. On recherchait les pies qui avaient cinq doigts, mais, s’il s’en trouvait de telles, ce n’étaient que des monstres, et l’on ne voit pas quel rapport cette conformation exceptionnelle pouvait avoir avec leur aptitude à imiter la parole. Pline 332 raconte des choses merveilleuses de l’application des pies à ce genre d’étude. On les exerçait surtout à dire « bonjour » {ave, salve , yaïps, eù 7rpaxT£, Zeù; 33S) ; on les appelait pour cette raison salutatrices ; on les mettait alors dans une cage au-dessus de la porte d’entrée de la maison, et elles souhaitaient la bienvenue aux arrivants 334. C’était, du reste, chose fort ordinaire que des corbeaux ou des geais dressés à prononcer quelques mots 335. La figure 849, d après un bas-relief sculpté sur le tombeau d’un enfant 336,
représente celui-ci vêtu de la prétexte et portant la bulle, il caresse un corbeau.
Parmi les oiseaux parleurs, on rencontre aussi l’étourneau 337, la perdrix 338, et peut-être le rouge-gorge ( erithacus 339). L’etourneau se montrait assez docile.
Outre l’espèce indigène, il y en avait une autre qu’on faisait venir de l’Inde, qu’on appelait cercion (xepxîwv) et qui, disait-on, imitait mieux et plus aisément que le perroquet la voix humaine 34°. Son nom, que l’on dérivait de xépxo;, queue, l’a fait confondre quelquefois avec le hochequeue (: motacilla , cinglus, xt'yxXoç). Au temps de saint Grégoire de Nazianze (rve siècle ap. J.-C.), on s’occupait encore de dresser des étourneaux à parler.
Le perroquet est, par excellence, l’oiseau parleur. On ne paraît pas l’avoir bien connu en Grèce et en Italie avant le siècle qui précéda l’ère chrétienne. Ctésias 3,1 est le premier écrivain grec qui ait fait mention du perroquet, qu’il appelle (h-rxaxoç ; mais il le décrit comme un
330 Macr. Saturn. U, 4. — 331 Aelian. Nat. anim. VI, 19. — 332 Hist. nat. X, 59, 42. — 833 Anth. gr. Apollon. Il, 22; Pers. Prolog. 8-13; Stat. Silv. II, 4,’ 19; Mart. VII, 87; IX, 55; cf. XIV, 74, 76 ; Philostr. Apoll.Y I, 36. - 334 Petrou. Salir. 28 ; Philostr. Imag: II, 17,14. — 333 Plut. Anim. prud. VI, 2 ; Porph. Abstin. jn, 4. — 333 Atti d. pontif. Acad. d. arch. X, pl. vu, p. 268. — 337 Plin- Hist. nat. X, 59, 42. — 838 Stat. Silo. II, 4, 19. — 833 Porphyr. Abstin. III, 4. — SW Aelian. Nat. anim. XVI, 3. — 34< ctes. Fragm. édit. Didot, p. 80; ap. Phot. Biblioth. LXX1I. — 842 Arist. Hist. anim. VIII, 14, 6. — 343 Callistlien.
des animaux curieux de l’Inde ; il insiste sur son aptitude à parler. Aristote 342 a consacré aussi quelques lignes au perroquet, mais ce qu’il en dit ne prouve pas que de son temps il y en eût en Grèce. Ce qui montre au contraire qu’il fut longtemps fort rare et peu connu, c’est qu’à la grande procession religieuse de Ptolémée-Philadelphe (me siècle av. J.-C.) on fit voir, entre autres curiosités, des perroquets dans des cages 343. C’était alors, dit Athénée, une grande merveille 34\
Cet oiseau venait de l’Inde 345, ainsi que son nom, sittakê, qui, légèrement modifié par les Grecs et par les Romains, est devenu vjaxraxoç, psittacus. D’après les descriptions qu’ils nous en ont laissées, l’espèce qu’ils connurent le mieux est la perruche verte à collier.
Dans l’Inde, le perroquet était un oiseau sacré ; il faisait l’ornement des volières royales, dans ces jardins célèbres, où il voltigeait en liberté 34s. Une fois connu en Europe, le perroquet fut bientôt très-recherché, particulièrement des Romains, et ce goût chez eux ne passa jamais. Au temps dé Varron 347 (ier siècle avant J.-C.), on commença par en exposer dans les fêtes publiques, avec d’autres curiosités du même genre, des bécasses et des merles blancs. Puis les particuliers se donnèrent cette espèce de luxe, et le perroquet, toujours acheté fort cher, devint facilement un oiseau familier, mangeant à la table de son maître, et, comme le dit Pline, non sans exagération, faisant la conversation avec lui et lui donnant le plus agréable passe-temps 348. Au 11e siècle, Clément d’Alexandrie 349 signale la passion des femmes pour les oiseaux rares, perroquets et autres. Au Ve siècle, un perroquet bien instruit, méritait encore une mention spéciale : un historien de cette époque, Olympiodore de Thèbes 350 dit en avoir possédé un « avec lequel il vécut vingt ans. » Cet oiseau « imitait presque toutes les actions des hommes ; il dansait, il chantait, appelait chacun par son nom, etc. » Gomme les pies et les corbeaux, on dressait les perroquets à saluer leur maître ; on en fit souvent des instruments de flatterie à l’adresse des empereurs 351.
Deux perroquets, dans l’antiquité, ont eu l’honneur d’être célébrés par des poètes, celui d’une certaine Corinne par Ovide, et celui d’Atedius Melior par Stace, son ami. On connaît l’élégie d’Ovide 332 : le trop fécond poète n’aurait pas trouvé des accents plus plaintifs pour déplorer la mort de la personne la plus aimée. Le perroquet de Corinne avait pour compagne une tourterelle, et les deux oiseaux vivaient en bonne intelligence; il se nourrissait de noix et de pavots : on l’avait habitué à dire : Corinna , vais ! et en mourant, il répétait encore ce souhait de l’amitié. Comme c’était l’usage pour les animaux familiers, on lui éleva un tombeau. Le perroquet de Melior n’avait pas moins de qualités333 : comme il était le plus intelligent des perroquets, il en était le plus sensible ; il pleura avec son maître la mort d’un ami. Aussi jouissait-il de tous les privilèges accordés aux animaux les plus chéris. Atedius lui fit faire un tom-
AUxandr. IV, ap. Atlicn. V, 32. — 344 Ibid. IX, 38. — 343 Ovid. Amor. II, vi, 1; Stat. Silv. II, iy, 25; Plin. Hist. nat. X, lviii, 42; Solin. LI1, 43 45 ; Apul. Florid. xii. — 348 Aelian. Nat. anim. XIII, 18; Petron. Anthol. lat. V, 148.
347 Varr. De re rust. III, 9. — 348 Plin. Hist. nat. X, lviii, 42; Stat. Silv. II,
4, 31-33. — 343 Paedag. III, 4. — 350 Fragm. hist. graec. édit. Didot, t. IV, 65, 36 ; ap. Phot. Biblioth. LXXV. — 381 Pers. Prol. 8; Plin.; Stat. I. c.; Mart. F.pigr. XIV, 73; Anthol. gr. II, 147 (Crinagor. 27). — 332 Amor. II, 6. -- 333 Stat. Silo. II, 4.
Fig. 849. Corbeau privé.
BES