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fois qu’il y a voies de fait’. Harpocration fait remarquer que la fSiaiwv S(xï) n’était pas limitée à un cas particulier et quelle était possible dans tous les cas où une personne avait été victime d’actes violents5. Mais, dans la procédure attique, elle paraît avoir été spécialement affectée à deux délits particuliers.
I. — Lorsqu’une personne enlevait violemment à une autre la possession d’une chose, la victime de l’acte de violence pouvait intenter contre l’auteur du dommage la fSiocûov Stxri3. C’était en vertu de ce principe quel’APHAiRESis eis eleutiierian, lorsqu’elle était, irrégulière, parce qu’elle avait eu lieu avec violence, donnait ouverture à l’action qui nous occupe4.
On admet généralement que la jhouwv Stxv), comme l’octio vi bonorum raptorum des Romains, n’était accordée que lorsque la violence s’était manifestée par l’enlèvement d’un objet mobilier, sans distinguer d’ailleurs entre- les objets animés et les objets inanimés, entre les esclaves et les animaux6. Platner seul a soutenu que la fiicuwv 8(xr, était admissible même en matière immobilière6. Mais les arguments sur lesquels il se fonde ne sont pas convaincants. Démosthène exige, pour que le délit existe, qu’il y ait enlèvement avec violence ([Ji'a «cpatpeîcôai)7, et le scoliaste de Platon dit qu’il y aura ptai'wv 8lxv\, non pas, comme le prétend Platner, lorsqu’un tiers pénétrera avec violence dans une maison, même sans avoir l’intention de rien prendre ou sans rien prendre réellement, mais bien lorsqu’une personne, ayant pénétré avec violence dans une propriété, aura enlevé, soit d’une maison, soit d’un fonds de terre, une chose appartenant à autrui8.
Il semble que la ptatwv Six-/), à raison même du nom qu’elle portait, devait être une action privée, et ce caractère la rapprocherait encore de l’actio vi bonorum raptorum des Romains. Cependant Démosthène présente la violence comme un fait qui atteint non-seulement la victime, mais encore la société tout entière9 ; il explique ainsi l’attribution à l’État d’une partie de la peine pécuniaire prononcée contre le coupable. 11 n’est donc pas impossible que la victime du délit ait eu le choix entre une action publique et une action privée10, fondées l’une et l’autre sur un (3(atov, de même que, à Rome, elle pouvait choisir entre l’action privée vi bonorum raptorum, et l’action publique de la loi Julia de vi privata. Seulement, comme la partie lésée n'avait aucun avantage à mettre en mouvement l’action publique, elle optait le plus souvent pour l’action privée. — Quant aux tiers, ils étaient autorisés à se plaindre de la violence dont un autre avait été victime11 ; mais ils ne pouvaient agir que par voie de ypacprj et tant que les choses étaient entières. Si la victime avait intenté la jhauov Sixrj, ils ne pouvaient plus recourir à la jhaiwv ypafpiv La même solution est donnée pour le cas où la victime transigeait avec le coupable12; mais une transaction à laquelle l’État était demeuré étranger pouvaitelle le dépouiller de l’amende sur laquelle il était en droit de compter?
La jhaùov Six») appartenait à la compétence des Quarante13 (ol TeiTocpaxov-ra), c’est-à-dire des juges qui parcouraient les dèmes (ol xaxà Svjjxouç Sixatr-rcd) . Cependant, lors-
BIAION D KÈ. 1 Alxia; fliv ytvoç. Leg. IX, D, p. 438, 34. — 2 5. U. gtalwv. — 3 Schol. in Plat. De Dep. V, 465, a. — '» Lysias, C. Panel.. § 12, D. 199 ; cf. Plato, Leg. XI, D. p.462, 4. — 5 Meier, Attische Process, p. 546 ; Muller, Real-Encyclop. 1, 2' édit. p. 2370. — 6 Process und Klagen, II, p. 179 et s. — 7 C. Mid. § 41, R. 528.
8 Eï Tlî gia ùïîMiiv, àXXivpiov ti >/ ix -^tupiou r\ i; otxia;. — 9 C. Mid. g 45, II.
528. — 10 Platner, Process und Klagen, II, p. 178. Ou peut argumenter par analogie
que la voie de l’action publique était employée, soit par la victime de la violence, soit par les tiers, les Quarante ne devaient plus être compétents, et il est vraisemblable que l’action rentrait dans l’hégémonie des stratèges u.
Le défendeur qui succombait était condamné à payer deux fois la valeur du préjudice que sa violence avait causé, une fois au demandeur à titre de dommages et intérêts, une fois à l’État à titre d’amende 15. Notons cependant que lorsque le demandeur était un tiers agissant par Ypatp'/i , il ne pouvait pas être question de dommages à son profit. Y avait-il alors condamnation au double ou au simple? S’il y avait condamnation au double, le trésor public encaissait-il la totalité de la somme, ou bien la victime partageait-elle avec lui, quoiqu’elle fût étrangère au procès? Ces questions ne peuvent être résolues avec certitude.
II. — Les crimes de viol (Trapôs'vwv cpOopa)16, d’attentat à la pudeur et de rapt, que la victime fût un homme, une femme mariée ou une jeune fille 17, donnaient ouverture à une action que les rhéteurs appelaient p(aç oix»), mais qui, de leur aveu, était toujours désignée par les anciens sous le nom de jhaùov Six»).
Cette action était intentée par la victime elle-même, si elle était capable, et, si elle était incapable, par son xûpios. — On peut soutenir, par argument a fortiori, de ce que nous avons dit pour la première application de la (haîwv Six»), que ces crimes pouvaient en outre servir de base à une action publique. Toute personne devait être admise à demander la répression de faits si compromettants pour la morale sociale.
On trouve dans Meursius 18 une longue suite de textes de rhéteurs, desquels il résulterait que la peine de ces délits était une amende de mille drachmes, décuplée lorsque la violence s’était produite en temps de D’autres
rhéteurs affirment que la victime de la violence pouvait, à son choix, condamner le coupable à mort ou lui offrir de réparer sa faute par un mariage. Ce sont là des déclamations scolaires qui ne reposent sur aucune base sérieuse, et il faut chercher des autorités plus graves.
D’après Plutarque19, Solon avait décrété que l’enlèvement avec violence d’une femme libre serait puni d’une amende de cent drachmes, et le moraliste fait justement remarquer que cette peine n’était pas proportionnée à la gravité du délit. Mais il ne faut pas oublier qu’une autre loi exigeait que l’auteur d’un attentat aux mœurs commis avec violence sur un homme libre, sur un enfant, sur une femme, réparât au double le dommage causé par sa faute20. Dans l’évaluation de ce préjudice, souvent irréparable, les tribunaux avaient un large pouvoir d’appréciation, et nous ne sommes pas surpris qu’un oncle, pour épargner à son neveu une poursuite par la (Loutov Six»), ait payé un talent au père de la victime. Il est même probable que, si le mariage était possible entre l’offenseur et l’offensée et qu’il n’eût pas d’inconvénients, les deux familles s’empressaient de le faciliter ; mais la loi n’avait rien réglé à cet égard. La peine légale était l’amende, à laquelle s’ajoutaient des dommages et intérêts, lixés, d’après les circonstances, au double du préjudice causé. E. Caillemer.
BIBLIOPOLA [librarius].
de ce qui avait lieu dans le cas de vol [klopè] et dans le cas d’aiKii. — U Voir Plutarch. Solon, c. 18; cf. Lucian. Judic. vocalium, 1, où il est question d'une gin? pour cause d’enlèvement. — 12 Platner, L. I. p. 179; Millier, l. c. p. 2371. — « Dem. C. Puntaen. § 33, R. 976. — U platner, L. c. p. 185. — l« Dem. C. Mid. § 44, R- SIS ; Harpocr. s. V. fiaiwv. — 1° Harpocr. s. v. g'.cuuv. — 17 Schol. in Plat. I. c. — i8 Thémis ait ica , I, 7. — I9 Sol. c. 23. - 20 Lvsias, De caede Erat. § 32, D. 96.
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BIBLÏOTHECA, BiQtoG^, &Tt<fiv\Y.-r\ (ïiêXtwv. — Bibliothèque, c’est-à-dire aussi bien l’endroit où l’on conserve des livres que la collection môme de ces livres.
I. Ni les historiens de la Grèce, ni les érudits de l’époque romaine, qui avaient à leur disposition tant de documents aujourd’hui perdus, ne nous parlent de bibliothèques publiques fondées par les cités grecques. D’après Aulu- Gelle ‘, une collection de ce genre réunie par Pisistrate aurait été enlevée par Xerxès et envoyée en Perse, puis reconquise et rendue à Athènes par Séleucus Nicator. Athénée2 mentionne cette bibliothèque et en même temps celles qu’avaient formées Polycrate de Samos, Nicocrate de Gypre, Euclide (l’archonte), le poète Euripide, enfin le philosophe Aristote 8 ; Xénophon parle de celle d’Euthydème. Mais parmi ces bibliothèques, celle de Pisistrate paraît seule avoir eu le caractère d’un dépôt public. Les hommes instruits, en Grèce et à Athènes même, n avaient besoin alors que d’un petit nombre de volumes pour posséder la somme des connaissances de leur pays et de leur temps : les traditions poétiques et historiques de la Grèce elle-même, pendant un petit nombre de siècles, composaient ce fonds commun, au delà duquel un très-petit nombre d’esprits seulement cherchaient à s étendre. Athénée dit encore que Nélée conserva les livres d’Aristote à Skepsis. Ce Nélée, Strabon nous l’apprend \ avait été disciple d’Aristote et de Théophraste. 11 avait recueilli en héritage la bibliothèque de celui-ci, légataire luimême de celle d’Aristote. Strabon va jusqu’à dire que cette collection était la première de ce genre, assertion qu’il ne faut pas prendre à la lettre, comme on vient d en avoir la preuve, mais qui, sous la plume d’un écrivain tel que le géographe d’Amasée, montre du moins combien une grande réunion de livres était rare aux beaux temps de la Grèce. Les héritiers de Nélée ne s’occupèrent plus de ceux d’Aristote, si ce n est pour les cacher sous tene, quand ils craignirent de se les voir enlever par les rois de Pergame, leurs souverains, qui se formaient une bibliothèque magnifique 5. Ces livres furent retirés de la cave pour être vendus à Apellicon de Téos. Peu après la mort de ce dernier, Sylla, qui chassait alors de la Grèce les troupes de Mithridate, fit transporter à Rome la précieuse bibliothèque; les exemplaires d’Aristote furent répandus, mais avec plus d’empressement que de critique, le texte en ayant été déjà gravement détérioré 6.
La bibliothèque de Pergame est célèbre : créée par les rois de la famille d’Attale \ elle témoignait, comme celle d’Alexandrie, avec laquelle elle rivalisa, du goût pour l’érudition, qui succéda chez les Grecs à la production des chefs-d’œuvre littéraires et que la richesse de quelques princes leur permit de favoriser. Nous n’avons de détails ni sur sa composition ni sur son administration 8 ; seulement Plutarque nous dit 9 que, lorsque
BIUMOTHECA. 1 VI, 17. — 2 I, p. 3. — 3 Memor. IV, 2; voy. aussi Athcn. I IV, p. 164; M Egger ( Callimaque et les orig.de la bibliographie, p. 1), a relevé dans les inscriptions quelques mentions de bibliothèques : Le Bas , \oyage archéol. 11 , 845; V, 1618; Corp . inscr. gr. 6186; Êphém. arch. d Athènes, 4041. Cette inscription paraît dater du ier siècle av. J.-C. Il s agit dune bibliothèque dans le Ptolemaion d’Athènes. A la fin du siècle suivant, une autre est mentionnée à Delphes, Keil, flhein. Mus. XVIII, p. 268 ; une à Smyrne, Strab. XIV, p. 646 ; Hadrien en fonda une à Athènes dans l’Olympieon, Keil, l. I. p. 269. — 4 XIII, i, p. 608. — 5 Strab. et Ath. I. I. — 6 Plut. Sylla, 26. — 7 Strab. XUI, p. 624 ; Plin. Hist. nat. XIII, 11,
21 • Galen. In Hippocr. De nat. hom. III, p. 127 ; Sévin, Mém. de l’Acad. des inscr. XII, p. 238. — 8 Elle avait ses catalogues comme celle d’Alexandrie, Athen. VIII, p. 436 tt Egger, 1. 1. p. 7. — » Anton. 58. - lOPlut. Aem. Paul 28 ; Id. Orig. VI, t. il parthey, Das Alexandrinische Muséum, p. 36 et 64; Ritschl, Die
Antoine le triumvir la fit transporter à Alexandrie (un siècle environ après la conquête de Pergame par les Romains), elle s’élevait à deux cent mille volumes simples (otiilôi), c’est-à-dire ne contenant qu’un seul livre par volume [liber]. Le dernier roi de Macédoine, Persée, possédait aussi une bibliothèque importante, que Paul-Emile fit transporter à Rome ,0. Mais celle d’Alexandrie fut do beaucoup, parmi celles que formèrent les successeurs d’Alexandre, la plus importante, la plus célèbre, et c est aussi celle dont l’histoire nous est le moins inconnue.
Cette histoire a été savamment écrite par MM. Parthey et Ritschl11, dont il suffira d’analyser ici les travaux. 11 y avait à Alexandrie deux bibliothèques. Celle du Musée, au quartier de Bruchium, avait été créée avec cet établissement lui-même, c’est-à-dire très-probablement par le premier des Lagides, Ptolémée-Soter ; mais elle fut surtout enrichie par son fils Ptolémée-Philadelphe. Athénée dit qu il acheta de Nélée les ouvrages d’Aristote; mais il est plutôt à croire qu’il plaça seulement au Musée ceux de ces ouvrages qui étaient déjà répandus. Ce qui est certain, c’est que la méthode et le génie du grand philosophe présidèrent en quelque sorte de loin à l’organisation de cette bibliothèque. Les bibliothécaires ((JiëXio'fuXaxe? 12) nous sont connus, du moins en grande partie, et l’on compte parmi eux Démétrius de Phalère, le savant Ératosthène, les critiques Zénodote d’Ephèse, Aristarque et Aristophane de Byzance, les poètes Apollonius de Rhodes et Callimaque , ce derniei dressa le catalogue en cent vingt tables (m'vaxeç) ; mais la persécution contre les savants, qui signala la premièie partie du règne d’Évergète II, porta au Musee un coup dont il paraît ne s’être jamais bien remis, malgré le retour du même prince à d’autres idées 18. Lne autre bibliothèque avait été formée à l’intérieur du palais, au Serapeum, c’est-à-dire dans le quartier de Rhakotis, au sud-ouest delà ville, peut-être dès le temps de Ptolémée II, et se substitua réellement à celle du Musée, après l’incendie allumé durant le combat que César eut à soutenir contre les Alexandrins ; le feu se communiqua des chantiers embrasés à la collection du Musée, qui fut consumée, au moins en grande partie 'h Parthey cependant, réunissant sur ce point les récits de divers auteurs, soutient par des raisons spécieuses que le palais, éloigné du port, ne fut pas atteint et que si les livres périrent, c’est qu’on les en avait déjà enlevés, peut-être pour les transporter à Rome. Aulu-Gelle15 assure que cette bibliothèque était alors arrivée au chiffre de 700,000 volumes ; elle en aurait possédé 400,000 seulement d’après le témoignage de Tite-Live recueilli par Sénèque 16.
Cette perte fut compensée par le transport à Alexandrie de la bibliothèque de Pergame ; mais, pendant toute la durée du haut empire, l’histoire du Musée d’Alexandrie se borne presque à de rares mentions de son existence ”,
Alex. Bibliotheken, Breslau, 1838, p. 8 et s.; Id. Opusc. acad. I, 3. V. aussi E. D Boeck, Specim. hist. Bibl. Alexandr. Lips. 1779 ; Dedel, Diss. d. hist. crit. DM. Alex. Lugd. Bat. 1823. — M. Egger, l. I., fait remarquer que ce mot se rencontre pour la première fois dans le papyrus grec n. li du musée de Berlin (Bull, de l'Inst. de corr. archéol. II, p. 448) et que piSVoiçuViKiov, synonyme de piSXtoO»ixii),ne paraît pas avant le traducteur alexandrin du livre d’Esdras, et encore a-t-il le sens d’archives (I, 6, § 20). - 13 Strab. XIII, p. 608 ; Egger, l. L; Wachsmuth, Philologus, IX, 1860, et Ritschl, l.l. p. 72 ; cf. Schmidt, Philologus. VII, 1858, p. 360
et s- 14 sen. De tranq. an. 9 ; Dio Cass. XLII, 38 ; Gell. VI, 17 ; Oros. VI, 15 ;
Plut. Caes. 49; cf. Amm. Marc. XXII, 17; Parthey, p. 31 et 90; Letronnc, Journ. des sav. 1838, juin, p. 365. — « Gell. L. I. - Sen. De tranq. an. Sur ces chiffres contestés, voy. Parthey, p. 77 ; Ritschl, p. 28. — *7 Parthey, p. 92 et suiv.
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et, durant le tii° siècle, cette malheureuse cité en proie aux plus cruels fléaux, depuis le massacre ordonné par Caracalla jusqu’au siège soutenu par Achillée contre Dioclétien, dut perdre en grande partie, non-seulement le goût et l’énergie du travail intellectuel, mais les trésors mêmes de la science autrefois accumulés dans ses murs. Au vie siècle le Serapeum fut le centre de la résistance du paganisme; mais ses défenseurs en furent chassés en 389. Lorsque, en 391, un édit de Théodose ordonna la destruction du Serapeum, les livres qui s’y trouvaient furent mis au pillage par les chrétiens. On dispute aujourd’hui pour savoir s’ils avaient laissé aux soldats d’Omar beaucoup de livres à brûler comme on le devrait croire d’après les récits d’Abd-Alatif, d’Abulfarage et de Makrisi 18.
Il paraît que, dès le nc siècle avant notre ère, l’usage des bibliothèques et même l’existence de bibliothèques municipales n’étaient plus rares; car Polybe écrit 19 que l’on peut s’adonner sans péril ni peine aux recherches qui ne demandent que des livres, « pourvu qu’on se fixe dans une ville bien pourvue de documents, ou qu’on ait une bibliothèque dans son voisinage. » Paul-Emile, comme on l’a vu, avait rapporté à Rome la bibliothèque des rois de Macédoine, Sylla celle d’Apellicon ; la riche bibliothèque de Lucullus, dépouille des rois de Pont, fut ouverte par lui a tout le monde 20 ; mais il ne paraît pas que, jusqu’à la fin de la république, le peuple romain ait cherché à rivaliser avec les souverains de Pergame et d’Alexandrie : on ne trouve aucune allusion à un fait semblable dans les ouvrages de Cicéron, si avide pour son propre usage de livres grecs et latins. Son frère Quintus, son ami Atticus, l’érudit Varron en avaient réuni une grande quantité21. César a été loué pour avoir formé le projet d’une bibliothèque publique, la mort l’empêcha de l’exécuter. Il en avait du moins fait rassembler les éléments par Yarron 2*.
Ce vœu fut rempli par Auguste, qui créa les bibliothèques publiques, à la fois grecques et latines, du portique d’Octavie23 et du Palatin24. Déjà Asinius Pollio (39 av. J.-C.} en avait fondé une 23, dans I’atrium de la Liberté. Ces exemples furent suivis. Il y eut une bibliothèque du palais de Tibère26, une autre du temple de Trajan27, une bibliothèque Ulpia, plus tard transportée aux thermes de Dioclétien 28. Yespasien en établit une encore dans le temple de la Paix 29. Le nombre des bibliothèques de Rome alla toujours croissant : il était de vingt-huit au ive siècle so. Une lettre de Pline le Jeune et une inscription de Milan constatent qu’il avait établi une bibliothèque dans son municipe de Côme et dote celle qui existait déjà à Milan 31 . Aulu-Gelle cite celles deTibur et de Patras 32 ; mais ce n’étaient pas alors les villes seules qui possédaient des bibliothèques, il n’y avait guère à la campagne de riches habitations33, non plus que de thermes [tüermae] dans les grandes villes, qui n’en fussent pourvus. Les invectives de Sénèque et de Lucien contre les ignorants collecteurs de
18 Parthev examine cette question en citant les partisans des deux opinions, Langlès, Mannert, S. de Sacv pour la réalité de l’incendie ; Gibbon, Heeren, Reinhard, Renaudot, Sainte-Croix, Yilloison, contre cette réalité, et ne cache point (p. 103 et s.) qu il trouve une valeur à peu près égale aux raisons alléguées par les deux partis ; mais il ne croit pas que ce désastre, l'ùt-il pleinement démontré, ait pu nous priver d un grand nombre de chefs-d’œuvre. — 19 XII, 27. — 39 Plut. Lucull. 42 ; Isid. Or. VI, g 1, M Cic. Ad Attic. I, 7 et 10; IV, 5 et 14; XIII, 31 et 32; Ad fam. IX, 4, XIII, 77 ; Ad Q. frat. III, 4; Gell. III, 10. — » Suct. Caes. 44.— 33 I d.Ill.gramm. 21 ; Dio ’ Cass. LXVI, 24; LXIX, 43; Henzen, Ann. d. Inst. arch. 1856, p. 17.
24 Suet. Aug. 29; Dio Cass. L1II, 1 ; Becker, Handb. d. rôm. Alt. I, p. 426;
Henzen, /. I. p. 21. — 43 Suet. I. I. ; Plin. Hist. nat. VII, 30 ; XXXV, 2 ; Isid. Or. VI, 5, 2; A. Gell. XIII, 19- — 26 Suet. Tib. 74 ; Fronton. Ep. IV, 5, p. 68 ; Naber, 1867. 27 Vopisc. Prob. 2; Gell; XI, 17; Dio Cass. LXVI II, 16; Sid. Ap. Ep. IX,
livres 34 nous attestent que, de leur temps, ce goût était devenu une mode et quelquefois un ridicule. F. Robiou.
IL L’emplacement des bibliothèques était choisi avec soin ; on préférait l’exposition du levant 35, afin d’avoir plus de clarté le matin , qui était l’heure où l’on travaillait généralement , et aussi afin d’éviter l’humidité et les vers qu’amènent les vents de l’ouest et du midi. Les livres étaient rangés dans des armoires ou dans des casiers [armaria 36 , loculamenta 37 , foruli 38 , nidi 39).
Les figures ci-jointes’, la première (fig. 832) tirée d’un sarcophage romain40, la seconde (fig. 853) repro
Fig. 852 Casier à livres, muni d’un pupitre.
duisant une peinture du bas-empire 41 , livres, les uns en rouleaux , les autres reliés [liber], déposés sur les rayons d’armoires qui se ferment au moyen de volets battants. La bibliothèque découverte à Herculanum en 1752 était une fort petite chambre dans laquelle mille sept cent cinquantesix manuscrits étaient placés sur des rayons disposés autour de la chambre à une hauteur d’environ six
montrent des
Fig. 853. Bibliothèque.
pieds ; et au milieu était une armoire isolée, remplie de la même manière 42.
Les armoires étaient souvent faites de bois précieux, et
on
la salle qui les renfermait décoree avec luxe voyait ordinairement des statues ou des bustes des grands écrivains ou d’autres hommes célébrés, ou encore les images de Minerve ou des Muses III. Les hommes chargés de la conservation et de la surveillance des bibliothèques, désignés par les noms de a bi-
16 • C arm. 81. - 33 Vopisc. I. I. — 29 Gell. V, 21 ; XVI, 8, 2 ; Galen. De lib. prop.
2 et 11. 30 Jordau, Topogr. der Stadt Rom, II, p. 181. — 31 Plin. Ep. I, 8, 2 ; cf.
IV, 13 ; Orelli,/nsc. 1172. — 32 ix, 14; XVIII, 9.- 33 Paul. Sent. 111,6, 51 ; Sen. 1. 1. Petron. Sat. 48 ; Mart. VII, 17 ; Sid. Ap. Ep. IV, 11.-34 Sen. I. L; Luc. adv. indoct. — 33 Vitr. VI, 7 et 10 ; Id. Praef. VII. — 33 Plin. Ep. II, 17 ; Vopisc. Tac. 8 ; Sid. Ap. Ep. II, 9 ; lilp. Dig. XXXII, 52, § 3, 7.- 37 Sen. Tranq. an. 9. - 33 Juv. III, 219. — 39 Mart. I, 118 ; VII, 17. — 4® Mazois, Palais de Scaurus, pl. vin, p. 292. 41 Garrucci, Storia d. arte Crist., Pitture, pl. cxxvi. — 42 Diss. isagogicac ad Hercul. volum. explan. Napl. 1797 ; Martorelli, De regia theca calamaria , I, p. xl ; de Jorio, Officina de’ papiri, Napl. 1825. — 43 isid. VI, 11 ; Boet. Consol. I, 5 44 cic. Ad fam ■ VII, 23 ; Hor. Sat. I, 4, 21 ; Pers. Prol. 5 ; Juv. II, 1 ; III, 219 ; Plin. Hist. nat. XXXV, 2 ; Plin. J. Ep. III, 7, 8 ; IV, 28, 1 ; Suet. Tib. 70 ; Vopisc. Car. 11 ; Paus. I, 18, 9. — 43 Strab. XIII, p. 609.
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