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BITHYNIARCIIA (BiOuviap^c). — Le Bithyniarque exerçait, dans la province organisée par Pompée et appelée Bithynia Pontus , Bitkynia et Pontus, des fonctions analogues à celles que remplissait l’Asiarque dans la province d Asie [asiarcha]. Certains indices sembleraient faire croire que la province, formée de deux groupes de population difiérents, avait un double système d’assemblées ; que la Bithynie etlePont, tout en étant réunis sous un même gouverneur romain, avaient chacun leur xotvo'v [koinon], leur grand prêtre, leur président de jeux. On trouve, il est vrai, parfois associés les titres de Bithynarque et de Pontarque 1 ; mais les documents ne manquent pas non plus où figurent des personnages qui ne portent que l’un des deux titres 2. De même aussi la Bithynie et le Pont paraissent avoir eu leurs grands prêtres séparés 3.
Les Bithyniarques sont encore mentionnés par les jurisconsultes: ainsi chez Modestinus, qui, à propos de la dispense de tutelle, les assimile aux Asiarques et aux Cappadocarques 4,et dans un rescrit des empereurs Valentinien et Valens, adressé aux habitants de Nicée, et leur accordant le titre de deuxième métropole ; ce rescrit, postérieur à l’établissement du christianisme, reconnaît et maintient formellement comme une ancienne coutume la procession ou entrée solennelle du Bithyniarque dans la ville de Nicomédie, la première et véritable métropole de la province 5.
Dans une inscription de Prusias ad Hypium G, il est dit d’un certain Galliclès qu’il avait été ap/wv tou xotvoù toiv Iv BcGuvi'a ‘EXXijvtov; il est possible que cette expression ne soit qu’une périphrase pour BiOuviap^ç ; mais ce n’est pas SÛT ; le xotvôv BiQuvfaç et le xoivov xojv Iv BtQuvta EXXvjvmv ne sont pas nécessairement identiques, et, dans l’état actuel de nos connaissances, il serait peut-être difficile de décider la question G. Perrot.
BLABÈS D1KÈ (BXaêviç SiVq). — BXaëy), OU, chez les plus anciens écrivains attiques, pXaSoç, signifie dommage. Le principe que tout dommage causé à autrui doit être réparé par son auteur a de tout temps été consacré par la loi grecque. Dans l’origine, la peine du dommage était d’ordinaire le talion ’, remplacé parfois par une indemnité pécuniaire (ixoivy), rançon, d’où pœna ) 2. Plus tard, l’indemnité devint la règle : elle est fixée par Solon au double ou au simple suivant que le dommage a été volontaire ou involontaire 3‘, et par involontaire , dit Aristote \ il faut entendre ce qu’on a fait ou par nécessité, ou par force, ou par ignorance. L’action donnée pour réclamer cette indemnité, ([JXà&/|ç Si'xYj) appartient à la classe des actions privées (Stxoti) , et non des actions pénales, le double étant considéré comme une réparation plutôt que comme une peine. Cette action, avec la distinction de l’indemnité double ou simple, ne s’applique proprement qu’à ces espèces de dommages qui ne font l’objet d’aucune autre action particulière, et ne saurait concerner, par conséquent, ni les dommages
BITIIYNIARCHA. — 1 Ainsi dans une inscription de Prusitts ad Hypium, en l’honneur de T. Ulpius Aelianus Papianus ; le père de ce personnage avait déjà réuni les mêmes titres! Le Bas, Voyage archéol. partie V, 1178. Sur cette dualité, voir Perrot, Mélanges d’archéologie, p. 170-174. — 2 On trouve dans des inscriptions de Pompeiopolis et de Sinope des personnages qui ne sont que Pontarques (C. Iriser. Or, 4157 et la note de Franz. — 3 Un fipjjteçeù; -oü nowou est mentionné dans une inscription d’Amastris. On n’a pas encore rencontré de grands prêtres de la Bithynie. — 4 Dig. XXVII, 1, 6. — t> Hamel, Corp. legurn antejustinianurn, p. 220 ; V esseling, Ad Hieroelis Synecdemum, p. 490, édit. Bonn. — 6 Explor. archéol. dé la Galatie, p. 33.
BLABÈS DIKÈ. 1 Diodor. XII, 17 ; Demosth. C. Timocr. 140, 141. — 2 Ilias, IX, v. 633 ; XVIII, v. 498 sqq. — * üem. C. Midi. 43. — 4 Aristot. Etliic. Nie. 11, 7 ;
qui constituent des délits proprement dits, ni ceux qui consistent dans la violation d’obligations préexistantes. Cependant on trouve souvent les expressions SX» 6i\, oi xvj pXdêyiç, employées aussi au sujet de ces diverses espèces de dommages 5, et de semblables abus de langage étaient à la fois faciles et sans dangers, dans une législation qui n’avait établi de formules, ni pour les actions judiciaires, ni pour aucun acte juridique, et qui ignora toujours ce culte de la lettre qui caractérise la jurisprudence romaine.
Il y avait encore une loi particulière de Solon sur la pXdSr) dvSpaTOowv rj TEtpaTOowv, dommage causé par les esclaves ou les animaux 6. Le propriétaire de l’esclave ou de l’animal qui avait causé le dommage était tenu de le réparer, comme s’il l’eût commis lui-même ; seulement il pouvait s’acquitter en abandonnant à la partie lésée la propriété de l’esclave ou de l’animal 7.
On voit que l’action pXdê/jç correspond à plusieurs actions diverses établies par la loi romaine, et comprend à la fois les actions legis Aquiliae, depauperie, noxale, enfin cette variété indéfinie d’actions in factum ouvertes à raison de dommages qui ne rentraient sous aucune qualification déterminée. P. Gide.
BLATTA [PURPURA].
BLAUTAI (BXocïïxpci, (ïXauri'a). — Sorte de sandales 1 propres aux hommes. C’était une chaussure de luxe (noXuteX.e; CnroSyipia), comme les accvoâXta des femmes. Les Athéniens la mettaient pour aller dîner en ville 2. L’emploi des BXaïïxoa est encore mentionné en d’autres circonstances : par exemple, on en mettait pour aller au gymnase 3. Parrhasius portait des pXaïïxat attachées avec des agrafes d’or. Les expressions dont se sert l’auteur qui rapporte ce fait 4 confirment ce qui est dit ailleurs : les fiXocuxcu, dit-il, étaient des sandales, et s’attachaient comme elles par un système de courroies [sandalium]. Ch. Morel.
BOAGOS (Boayô;, pouayoç et plus anciennement (iouayop). — Premier degré des charges et des honneurs à Sparte *. Ce titre était souvent rappelé à la suite du nom propre, alors même que ceux qui l’avaient obtenu dans leur enfance étaient arrivés aux premières dignités de l’État 2. Lycurgue avait distribué les enfants en troupes, appelées [?)oü*t, à partir de l’âge de sept ans. Outre un chef pris parmi les jeunes gens (Etpsvsç), chacune d’elles avait à sa tête pour une année celui des enfants qui montrait à la fois le plus de raison et le plus de courage dans les luttes et les autres épreuves auxquelles on soumettait les jeunes Spartiates3. Sous l’empire, Lycurgue et ses institutions furent l’objet d’un culte; on les renouvela en les développant et en les exagérant ; c’est ainsi qu’on trouve dans une inscription de l’époque impériale un poayoç des enfants de trois ans4. P. Foucart.
BOEDROMIA (Bo-qopupia). — Fête en l’honneur d’Apollon surnommé Bo7]3popoç, c’est-à-dire « qui secourt», célébrée à Athènes le sixième jour 1 du troisième mois de
To xax' àvâyxrjv, xal xatà piav, xeù xpttov ~o [xi] [Eexà 3iavoiaç yiyvô[xevov. — 5 Dem. C. Timoth. 20 ; C. Callip. 14. — 6 Plut. Solon, c. xxiv. — 7 Lysias, C. Theomnest. I, 19.
BLAUTAI. 1 Pollux, VII, 87 : aavîxTiou ti E1S05. — 2 plat. Sympos. p. 174 a; Aristoph. Equit. 8S9 ; Athen. XII, p. 548 c. — 3 Athen. III, 53, p. 9S. — 4 Anaxilas Lvr. ap. AtheD. XII, 70, p. 548 c : Xo'jffot; si àvaff-rcaffîoî; ÈxéaijUfY6 xwv {D.auxüv xoùç AvoyoEylat, et Aelian. Var. Hist. IX, 11.
BOAGOS. 1 Corp. inscr. gr. p. 612 ; Hesych. s. v. pouàpç. — 2 Le Bas et Foucart, Inscr. du Péloponnèse, n° 1689. — 3 Plutarch. Lyc. 16. — 4 Le Bas et Foucart, Op. I. n° 162 j, p. 143.
BOEDROMIA. 1 Et peut-être aussi le 7, O. Müller, Dorier, I, p. 334, 2« édit.) A. Mommsen, Heortologie, p. 211.
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l’année (septembre), qui prit par suite, chez eux, le nom de Boédromion.
Diverses traditions avaient cours au sujet de cette fête.
On la célébrait, selon les uns 2, en souvenir de la victoire de Thésée sur les Amazones, selon d’autres 3, de l’heureuse fin de la guerre soutenue par Athènês contre les habitants d'Eleusis, grâce à l’intervention d’ion ; d’autres encore disaient 4 que c’était le père d’ion, Xuthus, qui avait secouru les Athéniens quand ils combattaient les Chalcodontides d’Eubée. Une circonstance est commune à ces différents récits : Thésée n’aurait été vainqueur qu’après avoir sacrifié à Apollon 8, comme un oracle le lui avait commandé ; Érechthée aurait été de même averti par l’oracle qu’il devait sacrifier sa propre fille 6. On racontait aussi en Béotie7 que les Thébains en guerre contre les ürchoméniens avaient pareillement reçu avis qu’ils ne vaincraient pas, si quelqu’un de la plus noble race ne consentait à se dévouer : les filles d’Antipœnus se donnèrent volontairement la mort ; elles furent enterrées dans le temple où Artémis Eusebia était adorée à côté d’Apollon Boedromios. Ainsi le sacrifice au dieu « qui secourt dans les combats » était le principe et la partie essentielle de la fête. Cette fête s’ouvrait toujours à Athènes par un sacrifice à Apollon Boedromios. Artémis Agrotera, dont la fête tombait aussi le 6 de boédromion 8, était associée aux honneurs qu’on rendait à Apollon ce jour-là. Après l’année 490 av. J. -G., les Boedromia furent surtout une fête commémorative de la victoire de Marathon 9.
Les traces qu’on trouve d’un culte d’Apollon Boedromios ou Boethoos, à Priène, à Cnide, à Lampsaque, à Éphèse, à Olbia, à Catane 10, etc., donnent à penser qu’il y avait aussi dans ces villes des fêtes de Boedromia. E. Saglio.
BOETHEIA (Bo7i0£ta). — Troupe de renfort, envoyée soit par les nationaux 4, soit par les alliés (<jujxp.a-/ot 2). Thucydide 3, Diodore de Sicile 4 et Platon 5 emploient le même mot dans le sens d’attaque, mais il faut remarquer que les attaques dont ils parlent sont faites par des alliés. Si Hérodote6 appelle (àoYj0r(cavT£ç les défenseurs de l’isthme de Corinthe, c’est probablement parce qu’ils appartenaient à divers peuples, et avaient été envoyés sur ce point important par les républiques grecques liguées __ contre l’ennemi commun, et s’aidant mutuellement pour repousser celui-ci. Masquelez.
BOEOTICUM FOEDUS. — Si haut que l’on remonte dans l’histoire de la Béotie, on y trouve des traces de fédération. Les traditions homériques rapportent que, au temps de la guerre de Troie, il y avait déjà deux groupes de cités, réunies les unes autour de Thèbes (cités béotiennes), les autres autour d’Orchomène (cités minyennes) i. Plus tard, une fusion s’opéra entre les deux groupes, et la ligue prit le nom de Ligue béotienne 2.
On admet généralement que la ligue, à son origine, se composa de quatorze grandes cités, dont la plupart avaient sous leur puissance des localités moins importantes ; ce
2 Plut. Thés. 27. — 3 Etym. mag. p. 202 ; Paus. Vil, 1, 2. — 4 Eurip. Ion, 59 et s.; Suid. s. v.; Schômann, De comitiis Athen. p. 351. — 6 Plut. 1.1. — 6 Lvcurg.
C. Leocrat. §§ 98-101. — 7 Paus. IX, 17, 2. — 8 Bôckh, Mondcy cl. p. 67. — 9 A. Mommsen, Op. I. p. 211 et s. — 10 Hermann, Gottesdienst. Alterthümer, § 55, 5 ; Stephani, Apollcn Boedromios, Leipz. 1860 ; Welcker, Griech. Gôtterlehre, I, p. 535.
BOETHEIA. 1 Thuc. III, 113; VII, 16; VIII, 15. — 9 Thuc. III, 4 ; V, 53, 61 ;
VIII, 45» — 3 IV, 8. - 4 IV, p. 422 cdit. Stepb. — 5 Ep. VII. — 6 VIII, 72.
BOEOTICtJM FOEDUS. 1 Ilias, II, 494 et 511 ; cf. Thueyd. IV, 76. — 2 Strabo, i
IX, 2, § 3. — 3 Pausan. IX, 3, § 5. Nous devons toutefois reconnaître que l’opinion qui admet l’existence de quatorze cités originaires a eu des contradicteurs. AI. de 1
nombre de quatorze cités permet d’expliquer la préférence que les Béotiens ont plusieurs fois témoignée pour le chiffre 14 3. Seulement les historiens ne sont plus d’accord lorsqu’ils veulent déterminer quelles étaient les cités fédérées. Si nous consultons successivement O. Müller, Klütz, Ivruse, Bœckh, Hermann et K.-W. Müller, nous constatons qu’ils sont unanimes pour désigner Thèbes, Orchomène, Lébadée, Coronée, Copae, Haliarte, Thespies, Anthedon et Chalia 4 ; Tanagre, Platée, Oropos et Ghéronée obtiennent cinq suffrages ; Eleuthère et Larymna, trois ; Ancheste, deux ; Ocalée et Acraephia, un seulement. Nous n’avons pas à discuter ici ces attributions contradictoires ; nous nous bornerons à faire remarquer que, à l’époque de la guerre du Péloponèse, Thucydide 5 présente comme indépendants les Thébains, les Orchoméniens, les Coronéens, les Copéens, les Haliartiens, les Thespiens et les Tanagriens. D’autres Béotiens jouissaient sans doute à la même époque de l’indépendance ; mais, en l’absence de textes, on ne peut les nommer avec certitude.
Ce qui nous paraît incontestable, c’est que le nombre des cités fédérées varia avec les temps. Parmi les villes que nous venons de citer, Eleuthère se détacha de bonne heure de la Béotie pour se rattacher à l’Attique. Platée suivit son exemple en 519, et, lors de cette scission, il fut reconnu que les Thébains ne pouvaient pas inquiéter les Béotiens qui ne voulaient plus continuer d’appartenir à la confédération 6; plus tard, Platée fit de nouveau partie de la ligue. Oropos appartint tantôt aux Athéniens, tantôt aux Béotiens. Larymna quitta les Locriens Opontiens pour se joindre à la Béotie7. Vers la fin du troisième siècle avant notre ère, Mégare abandonna les Achéens et entra dans la ligue béotienne ; puis, après quelques années, elle retourna aux Achéens 8; trois siècles plus tard, on la retrouve dans la fédération des Béotiens 9. D’autres cités, sans changer de nationalité, perdaient leur indépendance et n’étaient plus représentées dans les conseils de la fédération. Au temps de la guerre du Péloponèse, Chéronée, autrefois indépendante 10, était soumise à la domination d’Orchomène “. Réciproquement, des cités jusqu’alors soumises, devenaient libres. Un sénatus-consulte de l’an 170 av. J.-C. prouve que Thisbé, qui autrefois dépendait de Thespies, était alors indépendante 12. Acraephia, soumise pendant un temps à la domination de Thèbes, est libre plus tard 13. Il est bien difficile, à cause de tous ces changements, de dire quel fut, à une époque déterminée, le nombre des cités fédérées. De bonne heure, Thèbes, dont le territoire à lui seul formait presque le tiers de la Béotie, manifesta et réalisa l’intention d’occuper dans la ligue une place prépondérante. Orchomène seule pouvait lui disputer le premier rang, soit à cause de son importance, soit surtout à raison de son antiquité légendaire. Les Orchoméniens prétendaient même que leur ville avait été autrefois la cité dominante et que Thèbes lui payait alors un tribut14. Mais, en fait, c’est toujours Thèbes que l’on rencontre à la tète
Wilamowitz-MoellendorlF, Hermès, VIII, 1874, p. 437 et suiv., déclare quelle ne repose pas même sur l’ombre d une base, et il propose de substituer au nombre de quatorze le nombre de sept cités. — 4 y a-t-il eu une ville de Chalia en Béotie ? N’a t-on pas pris pour une cité béotienne le Chaleion des Locriens Ozoles ? Ce qui parait certain au moins, c’est que les inscriptions n°* 1567 et 1607 du Corpus, que Boeckli range parmi les inscriptions béotiennes, viennent de la ville locrienne. — 3 IV, 93. — 6 Herodot. VI, 108. — 7paUs. IX, 23. §7.-8 Polvb. XX, 6, §§ 8 et s.; Le Bas et Foucart, Disc, du Péloponèse, n. 34 et s. — 9 Corp. inscr. gi . n° 1058. — 10 Cf. Paus. IX, 3, § 6. — U Thuc. IV, 76. — i2 Foucart, Un sénatusconsulte inédit; cf. C. inscr. gr. n° 1626. - 13 Paus. IX, 23, 5. — '4 Isocr. Plataic. g 10, D. 193; Diud. XV, 79.
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de la ligue. Sa suprématie fut souvent dure et oppressive et quelques cités ne l’acceptaient qu’avec une répugnance marquée )S. On sait combien les Thébains maltraitèrent Platée, à tel point que cette ville se détacha de la ligue.
L’hégémonie de Thèbesetla cohérence delà fédération furent sensiblement ébranlées, peut-être même suspendues,àla suite des guerresmédiques. G’ était la conséquence du rôle que l’aristocratie thébaine (Suvatrret'a) avait joué lors de l’invasion des Perses. Si Thèbes eût essayé alors d’imposer ses volontés aux autres villes béotiennes, elle aurait eu contre elle la Grèce entière. Il est même probable que plusieurs des villes fédérées auraient volontiers suivi l’exemple de Platée, qu’elles se seraient séparées de la fédération et qu’elles seraient devenues les alliées d’Athènes, si Sparte n’y eût mis obstacle.
Sparte, qui habituellement était très-peu favorable aux agrégations de cités, se résolut, en effet, au bout de quelques années (en 457 av. J.-C.), à reconstituer, en haine des Athéniens, la confédération béotienne et à relever l’influence de Thèbes 16.
Cette nouvelle hégémonie ne fut pas plus qu’autrefois exempte de résistances. Les historiens grecs parlent de guerres que les Thébains eurent à soutenir contre les Orc.homéniens et contre les Thespiens 17, guerres assez longues pour que le mérite de la cavalerie thébaine ait été notablement augmenté 18 ?
En 387 av. J. -G., lors de la conclusion de la paix d’Antalkidas, la stipulation que toutes les cités helléniques, grandes ou petites, devaient être autonomes, entraîna la dissolution momentanée de la fédération béotienne. Les Thébains essayèrent bien de protester ; mais Agésilas et les Spartiates insistèrent, et Thèbes fut obligée de reconnaître l’autonomie des autres cités de la Béotie 19. Sparte déclara même qu’elle se chargeait de la défense de cette autonomie contre les dangers que Thèbes pouvait lui faire courir. Aussi organisa-t-elle, dans chaque cité, une oligarchie locale, hostile à Thèbes, favorable aux Spartiates, et soutenue, en cas de besoin, par une garnison lacédémonienne 20. Vers l’année 374, les Thébains renversèrent toutes ces oligarchies locales et rétablirent la confédération béotienne. Thèbes reprit ses anciens privilèges de métropole et promit seulement aux cités qui se joignirent à elle l’indépendance restreinte dont elles avaient joui avant la paix d’Antalkidas21. Les Platéens rentrèrent alors, contraints et forcés, dans la fédération. Firent-ils quelques tentatives pour échapper à la rudesse de la présidence thébaine? Ce qui est certain, c’est que, en 372, une armée de Thébains fondit à l’improviste sur Platée. Les habitants, pris au dépourvu, durent subir la loi du vainqueur. Ils partirent pour l’Attique avec leurs femmes, leurs enfants et leurs biens ; leur ville fut rasée et leur territoire fut annexé à Thèbes 2a. Thespies eut presque le même sort 23.
En 371 av. J. -G., lors du grand congrès de Sparte, la suprématie, devenue véritablement odieuse, de Thèbes sur les autres cités béotiennes fut vivement attaquée; l’existence même de la ligue fut mise en question. Les membres influents du congrès voulaient faire prévaloir de nouveau
15 Xenopli. Memor. III, 5, g 2. — 15 Diod. XI, 81. — H Sur les causes probables de ces guerres intestines, -voir Hermann, Griech. Staatsalterthümer , 4° édit. § ISO. — 18 Xenoph. Hist. gr. VI, 4, § 10. — 19 Eod. I. V, 1, §§ 32-33. — 20 Eod. I. V, 4, g 46. — 21 Ib. V, 4, 63 et VI, 1, 1. — 22 Paus. IX, 1, § 6 et suiv. — 23 Diod. XV, 46. Voir Grote, Hist. de la Grèce, XIV, p. 320, note 3. — 24 Paus. IX, 13,2; Diod. XV, 51. — 2b rlutarch. Agésilas, 28. — 26 Diod. XV, 76 ; Xen. Hist. gr. VII, 4, g I. — 27 Diod. XV, 79. — 28 Voir Isocr. Plat, g 9, D. 193. — 29 Paus. IV, 27,
les bases de la paix d’Antalkidas. Épaminondas défendit avec énergie les privilèges thébains ; il soutint que le pouvoir présidentiel de Thèbes et le système fédéral dont il faisait partie étaient à l’abri de toute atteinte résultant de décisions des congrès helléniques. Cette résistance prolongée fit exclure les Thébains de la paix générale La victoire de Leuctres fut l’éloquente protestation d’Epaminondas contre cette exclusion 2a.
Non-seulement Thèbes maintint son hégémonie ; mais encore, en 366, elle reprit Oropos aux Athéniens 26 ; en 363, profitant d’une révolution tentée par la noblesse d’Orchomène, elle détruisit cette ville, mit à mort tous les adultes mâles, vendit comme esclaves les femmes et les enfants . Elle se trouva donc, à cette époque, entièrement maîtresse des anciens territoires d’Orchomène, de Ghéronée, de Platée, de Thespies et d’Oropos, et nulle cité ne put raisonnablement espérer échapper à sa prééminence 28.
Philippe de Macédoine, après sa victoire de Chéronée, rétablit Orchomène et Platée 29, peut-être même Thespies et Chéronée, dans leur ancienne indépendance. Il restitua Oropos aux Athéniens 30. Après sa mort, son fils Alexandre ruina Thèbes et répartit le territoire de cette ville entre ses anciennes ennemies, Platée et Orchomène 31 .
Vers 314, Cassandre rétablit Thèbes et lui rendit son territoire 32 ; mais il est probable que cette ville ne regagna jamais l’influence qu’elle avait perdue.
La Béotie, vers 290, se révolta contre Démétrius Poliorcète ; elle fut promptement vaincue. Mais le vainqueur traita les Béotiens avec humanité et punit seulement les auteurs de l’insurrection 33.
En 245, les Étoliens infligèrent aux troupes de la ligue une sanglante défaite à Ghéronée. Un béotarque et plus de mille soldats restèrent sur le champ de bataille u.
L’importance de la ligue alla toujours en diminuant. Au commencement du ne siècle avant notre ère, on la trouve encore 35 ; mais elle est bien effacée par l’éclat que jettent alors deux autres ligues, la ligue achéenne et la ligue étolienne.
Lors de l’expédition d’Antiochus III en Grèce, la confédération béotienne adopta le parti de ce prince. Polybe 36 fait une triste peinture de la Béotie à ce moment critique. Depuis vingt-cinq ans, dit-il, le cours de la justice est suspendu; les magistrats distribuent aux pauvres tout l’argent du trésor public; les citoyens ne pensent qu’à boire et à manger. Ceux qui meurent sans enfants lèguent leur fortune, non pas, comme autrefois, à leurs parents, mais à des amis chargés de l’employer en festins. Ceux qui ont une postérité donnent aux syssities la meilleure partie de leur avoir, « si bien que beaucoup de Béotiens ont chaque mois plus de dîners que le mois n’a de jours. » L’armée du roi de Syrie, cantonnée en Béotie, y passa joyeusement l'hiver ; aussi, quand les Romains parurent avec leurs légions bien disciplinées, la résistance fut de courte durée et toutes les cités ouvrirent leurs portes.
Plus tard, en 171 av. J.-C., quand la guerre éclata entre Rome et Persée, le pouvoir exécutif de la confédération béotienne offrit de marcher d’accord avec Rome; mais les
g 10 ; IX, 1, § 8. — 30 Demad. Orator. éd. Didot, II, p. 449, § 9 ; cf. Hyper. Pro Euxenippo,% 16, U. Il, 373. - 31 Diod. XVII, 14. C’est à partir de eette époque qu’on -voit les béotarques réunis à Orchomène (rolyæn. IV, 7, g 11), ce qui permet de dire qu’Orchomène était devenue la ville principale de la fédération et qu’elle conserva cette prééminence même après le rétablissement de Thèbes. — 3î paus# IV, 27, § 10 ; IX, 7, g 1 et suiv. — 33 Diod. fragm. lib. XXI. — 34 plut. Aratus, 16 - 33 Tit. Liv. XXXIII, 2. — 36 XX, 6, gg 1 6.
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légats de la république envoyés en Grèce refusèrent d’entrer en relations avec la ligue 37. Ils exigèrent que chaque cite exprimât une opinion particulière et manifestât individuellement ses préférences ou ses antipathies pour Rome 88 ; moyen ingénieux de dissoudre, sinon en droit 9, au moins en fait, la confédération. Le résultat répondit à 1 attente des Romains. Les cités, se voyant isolées les unes des autres, n’osèrent pas résister. Trois villes seulement, Haliarte, Goronée et Thisbé (non pas Thèbes, comme Polybe et Tite-Live paraissent le dire par suite d une erreur de copiste) se prononcèrent pour les Lacédémoniens « Haliarte fut immédiatement assiégée, conquise et détruite ; presque tous ses habitants périrent Thisbé fut obligée de se soumettre à la domination romaine au moyen de la deditio ; elle obtint la restitution de son territoire, mais elle dut payer un tribut 42. Goronée lut traitée à peu près de la même manière 43.
Mais la ligue ne tarda pas à se reformer ; car, peu d’années après la guerre de Macédoine, on rencontre un béotarque parmi les adversaires de Métellus 44 (146 av. J.-C.).
Quand ils eurent détruit Corinthe, les Romains ordonnèrent la dissolution de toutes les ligues, de la ligue béotienne entre autres 45. Ils étaient alors convaincus que, pour la sécurité de leur empire en Grèce, il fallait que chaque cité fût complètement indépendante des cités voines. Ils poussaient même la rigueur sur ce point jusqu’à défendre aux citoyens d’un État de posséder des immeubles dans le territoire d’un autre État 46. Mais ils reconnurent bientôt que les ligues grecques étaient pour eux sans grands dangers et ils en autorisèrent le rétablissement 47. Cette concession leur valut même beaucoup de gratitude de la paît des peuples grecs, plus attachés peut-être aux noms qu aux choses, et qui furent heureux de recouvrer les apparences, sinon la réalité du passé. Les ligues se reformèrent, et il est facile, à 1 aide des inscriptions, de constater leur existence pendant toute la durée des deux premiers siècles de notre ère 48. Mais ce qui prouve bien qu’elles n’avaient pas d’importance réelle, c’est qu’elles avaient quelquefois des magistrats communs. Plavia Lanica était grande prêtresse à vie de la confédération des Béotiens et de celle des Phocidiens 49. Damasippe était tout à la fois Boiojvap y-^ et d>ojxap^7]ç 80.
La confédération, pour les Béotiens comme pour la plupart des autres peuples grecs, était la mise en commun des forces militaires et des intérêts nationaux. Mais chacune des cités fédérées conservait ses libertés municipales et même ses lois privées. Nous avons donc à parler : 1° de 1 organisation fédérale, 2° du régime particulier des cités béotiennes.
I. Organisation fédérale. — Le pouvoir exécutif appartenait aux béotarques (BotwTap^at) S1, magistrats élus par chacune des cités fédérées et dont le nombre varia par
37 PoIïb- XXVII, 1, § 3 et suiv.; Tit. Liv. XLII, 38. — 38 Polyb. XXV1I, 2, §§ 6 et 10; Tit. Liv. XLII, 44 et 47. — 39 Mommsen, Bist. rom. trad. Alexandre, t. IV p. 17. — 40 Polyb. XXVII, 5 ; Livius, XLII, 46. — 41 xit. Liv. XLII, 56 et 63!
- 42 Polyb. XXXVI, 4 ; Livius, I, 38 ; voir Foucart, Un sénatus-consulte inédit de l an 170. — >3 Tit. Liv. XLIII, 4. Voy. Marquardt, Handb. der rôm. Alterth.
2e édit. IV, p. 166 et suiv.; cf. Mcmmsen, Ephemeris epigraph. I, p. 290 et suiv.
- 44 Paus. VII, 14, §6.-45 Paus. VII, 16, §9.-46 Eod. I. Nous devons dire toutefois que cette mesure n’était pas générale et que l'application en était limitée aux peuples vaincus. Elle ne concernait pas notamment les Athéniens, les Lacédémoniens, les Eléens. - 47 Paus. VII, 16, § 10. - «8 [nscr. de la fin du siècle, dans Boeckh et Decharme. Voir notamment Decharme, Inscr. inéd. de Béotie, n° 16
- 49 Decharme, l. c. — 80 Boeckh, C. inscr. gr. n« 1738. - 51 Piut. praec ger reipub. XVII, 3. D. p. 993 ; Plut. Agesil. 6 ; Xenoph. Bist. gr. III, 4, 4; Thuc. V, 37.
La plus ancienne mention des Béotarques se trouve dans Hérodote, IX, 15; mais il
conséquent avec le nombre des membres de l’association. Lors de la bataille de Délion, en 424, il y avait onze béotarques (et non pas douze ni treize, comme le prétendent plusieurs historiens 83, qui comptent deux fois les béotarques représentant la ville de Thèbes). A la bataille de Leuctres, il y en avait sept 84, et il est vraisemblable que tous les béotarques étaient à ce moment réunis 88. Pausanias nomme quatre béotarques qui combattirent aux rhermopyles 56 ; mais il n’y eut alors d’engagée qu’une partie des troupes béotiennes, et d’autres béotarques étaient restés avec le gros de l’armée.
Chacune des cités nommait un béotarque ; Thèbes seule avait le droit d’en nommer deux 87. Bœekh explique cette singularité en disant que l’un des béotarques thébains représentait Thèbes, et l’autre une des cités, jadis indépendantes, que Thèbes avait soumises à sa domination 88. Mais, si cette raison était vraie, d’autres cités auraient dû avoir une double représentation, puisqu’elles tenaient également dans leur dépendance des cités primitivement autonomes 59. L’exception faite en faveur de Thèbes résultait plutôt de la situation prépondérante, que cette ville occupait dans la ligue. Une fois même, après le retour île Pélopidas et des exilés, Thèbes nomma trois béotarques °. Il est vrai qu’il s’agissait alors de reconstituer la ligue que les Lacédémoniens avaient brisée, et il était utile que les Béotiens disposés à se révolter contre Sparte eussent plusieurs chefs autour desquels ils pussent se grouper.
Chaque béotarque était élu (atpEÔst;) 61 par l’assemblée du peuple (ÈxxÀ-qat'a) 62 de la cité qu’il représentait. L’élection était faite pour un an. Le magistrat nommé entrait en charge au solstice d’hiver 63, c’est-à-dire au commencement de 1 année thébaine, et il devait résigner ses fonctions au commencement de l’année suivante. S’il les conservait au delà du terme légal, il s’exposait à une action • api taie 64. 11 était d’ailleurs rééligible indéfiniment.
Bien qu’ils fussent magistrats de la confédération, les béotarques n étaient responsables qu’envers la cité qui les avait dus. G étaient eux qui donnaient tous les ordres relatifs a la formation et à la convocation des corps de troupes que la cité devait envoyer dans l’armée fédérale 68.
Réunis, les béotarques formaient un conseil de guerre qui délibérait sur la direction à donner aux opérations militaires . Les décisions étaient prises à la majorité des voix 67. Chaque béotarque commandait les troupes de la ville qui l’avait nommé. Le commandement en chef paraît avoir été habituellement exercé, à tour de rôle, par les béotarques de Thèbes 68.
Les béotarques devaient rendre compte aux quatre sénats de la manière dont ils exécutaient leurs décisions. Mais, en fait, ils paraissent avoir eu une grande liberté d’action.
est probable qu’ils existaient longtemps avant l’anndc 479, date du fait rapporté par 1 historien. C étaient eux sans doute qui commandaient les éOveu Botonûv don1 parle une pièce de vers rapportée par Hérodote, V, 77 et C. Inscript, atticarum, 1, n» 334.
5- Thuc. IV, 91. M. de Wilamowitz-Moellcndorfi', Bermest VIII, 1874 p 440 pense que le texte de Thucydide est corrompu et que, au lieu de EvStxa, il 'faut lire irzi. Toutes les villes, dit Thucydide, étaient représentées (IV, 91); et, lorsqu’il les umère (IV, 93), il en nomme seulement sept et non pas onze.— 53 Voir Smith Dictionary of antiq. h. verbo. — 84 Paus. IX, 13, fi; Diod. XV, 52-53. — 85 Boeckh C. insc. gr. I, p. 729. — 56 x, 20, 3. — 57 plut. Pelopid. 24 ; Thuc. II, 2 ; IV, 91.’
— 58 Boeckh, Corp. inscr. gr. I, p. 7 27. — 59 Muller, Beal-Encycl.’ I ’«• édit* p. 2413. - 60 Plut. Pelop. 13.-61 Plut. Eod. I. - 62 Plut. Peiop . 12 et 25 . c[\
Tit. Liv. XXXIII, 27. — 63 plut. Pelop. 24 et 25. — 64 Paus. IX, 14, 5. 65 paus
IX, 1,6; Diod. XV, 52. — 66 plut. Pelop. 20. — 67 paus. IX, i3i gs 6’7, 68 Thuc IV, 91.