‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 4)Chapitre 142 sur 155 · ROE · texte numérisé non relu

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L hipparque des Béotiens 69, commandant en chef de la cavalerie de la fédération, et le commandant du bataillon sacré 7", étaient naturellement sous les ordres des béotarques.

Au-dessus de ces magistrats siégeaient quatre corps délibérants, les quatre sénats des Béotiens, al xeWpsî (3ou- Xal-rwv Bottoxwv 7t. L’explication de cette pluralité de sénats est assez embarrassante. Suivant quelques auteurs, elle correspondrait à une division de la Béotie en quatre régions ; suivant d’autres, chacun des quatre sénats aurait eu des attributions spéciales, et l’expédition des affaires aurait été divisée entre eux. Les rares documents que nous possédons ne nous permettent pas de nous faire une opinion. Ce qui paraît seulement établi, c’est que, dans les circonstances importantes, les quatre sénats se réunissaient en une assemblée unique 72. Nous ne pouvons rien dire du nombre des sénateurs, de leur mode de recrutement, de la durée de leurs fonctions, etc. Il est seulement probable que leur lieu de réunion habituel était aux environs du temple d’Athéné Itonia. C’est là, dit Pausanis, que les Béotiens se rassemblaient êç xov xotvov auAAoyov 73. Ce temple était du moins le sanctuaire préféré de la ligue, et la fête solennelle des Pamboetia y était célébrée.

A l’époque romaine, l’organisation que nous venons de décrire avait reçu quelques modifications. Le premier magistrat de la confédération portait alors le titre d’xp^wv èv xoivw Botwxwvou d’àp'/wv Botto-rot;74. Il était éponyme. Bœckh pense qu’on le prenait habituellement parmi les Thébains 75 ; mais les inscriptions montrent qu’on pouvait le prendre ailleurs 76. 11 faut bien se garder d’une confusion, dans laquelle sont tombés des auteurs, entre l’archonte éponyme, chef de la confédération, et l’archonte éponyme des cités. La différence entre ces deux magistrats est nettement marquée dans plusieurs décrets qui mentionnent successivement l’àp^wv lv xotvôi Botorrwv, et l’archonte de la ville qu’intéresse le décret 77. — 11 ne faut pas non plus voir en lui l’un des béotarques 78 ; car d’autres inscriptions le distinguent de ces derniers magistrats 79.

A la même époque, les inscriptions mentionnent sept à^ESptateuovTsç 80. Bœckh pense que les magistrats ainsi désignés sont les béotarques 81 . Mais leur titre convient mieux aux membres d’un sénat, et il faut probablement voir en eux des délégués, des commissaires désignés par les sénateurs 82.

A côté d’eux figure le secrétaire de la ligue.

II. Régime intérieur des cités. — Le gouvernement intérieur des diverses cités qui faisaient partie de la confédération béotienne était généralement uniforme. A Thèbes, à Orchomène, à Gopae, à Thespies, etc., on trouve les mêmes magistrats. 11 paraît résulter de plusieurs inscriptions de Mégare83 que les villes qui entraient dans la confédération devaient renoncer à leurs anciennes magistratures et adopter le régime des cités béotiennes.

A Thèbes, dans les temps héroïques, le gouvernement fut monarchique84, héréditaire et absolu. Le pouvoir, que l’on désigne sous le nom de pouvoir royal, s’y transmet

89 Thuc. IV, 72 ; Polyb. XX, 5, § 8. Une inscription, publiée dans V /Termes, VIII, 1874, p. 432, renferme le texte d'un compte de recettes et de dépenses rendu par 1 hipparque béotien Pompidas, qui, d’après M. de Wlamowitz-Moellendorff , était l’hipparque de la confédération. — 70 y0ir Plut. Pelop. 20. — 71 Thuc.V, 38, § 2.

7s Thuc. Y, 38, § 3. — 73 ix, 34, § 1. — 74 Keil, Sylloge inscr. bceot. n"5 2, 3, 10. l.’ÆfX»* lv xoivû Bouijtüv se trouve dans les inscriptions dès la fin du ni» siècle avant notre ère. — 75 C. inscr. gr. I, p. 729. — 76 y0ir Keil, loc. cit. p. 7. — 77 c. inscr. gr. Il"5 1573 et 1575; Rangabé, Antiq. hellén. n»5 079, 1304, 1306; —78 Bétant, Trad.

de père en fils, de mâle en mâle et par ordre de primogéniture 8!>. Lorsque, à certaines époques, des chefs qui n appartiennent pas à la descendance de Gadmus, Zéthus et Amphion, par exemple, parviennent au trône, ils sont qualifiés d’usurpateurs, et, quand ils tombent, on rétablit la postérité du fondateur. Si le prince est trop jeune pour pouvoir administrer par lui-même, son père en mourant lui désigne un tuteur, et celui-ci gouverne au nom du mineur. — Il en était de même à Orchomène et dans les autres cités 86.

Pour juger ces royautés absolues de la Grèce antique, il ne faut pas se placer au point de vue de nos idées modernes. L’autorité du roi ne devait guère s’exercer que sur les matières religieuses ou militaires. Son rôle en ce qui concerne l’administration même du pays ne devait être ni très-considérable, ni très-essentiel, quand on songe que tous les souverains de la Grèce purent rester pendant dix ans éloignés de leur pays sans communiquer avec lui, et que leur pouvoir n’en souffrit pas à l’excès. Il y avait au-dessous d’eux une aristocratie puissante, qui, de temps à autre, affirmait ses droits, et sur laquelle reposait véritablement le gouvernement. C’est ce qui explique comment la royauté disparut sans secousses, sans révolutions, pour faire place à la république. — A Thèbes, cette aristocratie qui limite la royauté se révèle dès le temps de la guerre de Troie. Le fils de Thersandre lui paraît trop jeune pour commander les Thébains dans cette grande expédition ; elle nomme un autre chef qui dirigera l’armée. Plus tard, quand la postérité de Cadmus s’éteint, c’est encore le suffrage qui porte Damasichthon à la royauté. Enfin, quand Xanthus meurt en combat singulier, l’aristocratie juge inutile de lui donner un successeur et proclame la république.

A l’époque historique, quel était le caractère des républiques béotiennes ? Quoique l’on rencontre des institutions démocratiques, l’assemblée du peuple, la désignation par l’élection ou par le sort des magistrats les plus considérables, la forme du gouvernement devait être plutôt aristocratique que démocratique. Nous savons, en effet, que les Béotiens considéraient l’agriculture et l’industrie comme des occupations peu honorables, et qu’ils les délaissaient presque complètement à la classe inférieure, formée en majeure partie des descendants des habitants primitifs du pays. Nous savons aussi que, à Thèbes, nul ne pouvait parvenir aux magistratures, si, depuis moins de dix ans, il avait exercé un métier 87. Les lois données aux Thébains par Philolaiis, lois qui avaient principalement en vue le maintien d’un nombre déterminé d’héritages 88, qui assuraient par conséquent la conservation des propriétés immobilières entre les mains de la noblesse, étaient évidemment des lois aristocratiques.

A Thespies, la prépondérance appartint pendant longtemps à sept familles qui se disaient du sang d’IIercule 89.

A Orchomène, le pouvoir était entre les mains des chevaliers 90. Aussi, au temps de la guerre du Péloponèse, Thèbes déclarait qu’une oligarchie isonome était déjà

de Thucydide , p. 536. — 79 C. inscr. gr. n» 1565. — 80 C. inscr. gr. n° 1593 ; Keil, Sylloge, n° X, et p. 101. — 81 C. inscr. gr. I, p. 729. — 82 Millier, Real-Encycl.

I, 2" édit. p. 2413, note; cf. Schoemann, Gricch. Alterth. 2” édit. II, p. 80, qui parait abandonner son ancienne opinion. Voir toutefois de Wilamowitz-Moellendorf, Hernies, VIII, 1874, p. 438, note 1. — 83 Le Bas et Foucart, Insc. du Péloponèse, p. 20.

— 84 Voir Pausan. IX, 1, g 2.— 85 y. Pastoret, Hist. de la législ. VIH, p. 280 et s.

— 86 Pour Thespies, voir Schoemann, Gr. Alterth. 3" édit. I,'p. 125.-87 V. l’article An- TJFICBS, p. 442. — 88 Aristot. Politic. II, 9, § 7. — 89 Diod. 1Y, 29. — 90i)iod.XV, 79.

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à scs yeux une forme très-avancce de gouvernement91.

Il ne faut donc pas être surpris de voir que les Béotiens eurent pendant longtemps pour alliés naturels les Lacédémoniens dont la constitution s’accordait avec leur régime oligarchique mieux que les démocraties d’Athènes ou d’Argos 9'2.

Les scissions qui se produisirent quelquefois dans la ligue béotienne vinrent même, pour la plupart, de ce que la démocratie, là où elle prenait racine, ne se sentait pas assez près d’atteindre le pouvoir. Platée, qui dut sans doute à son voisinage d’Athènes ses tendances démocratiques, se détacha de la fédération et s’adjoignit aux Athéniens. Les démocrates de Thespies, pour protester contre l’attitude de l’aristocratie entachée de médisme , allèrent au nombre de sept cents combattre aux Theymopyles. On trouve à côté d’eux quatre cents Thébains, également démocrates, envoyés par l’oligarchie de Thèbes ; celle-ci fut heureuse d’employer, pour se débarrasser de ses adversaires, un moyen, si honorable en apparence, auquel les gouvernements grecs eurent plus d’une fois recours 93.

Çà et là, la démocratie apparaissait quelquefois, mais toujours avec l’assistance de l’étranger. Ainsi la victoire des OEnophytes, en 456 av. J.-C., permit aux Athéniens d’établir des gouvernements démocratiques à Thèbes et dans la plupart des villes de Béotie, après avoir préalablement contraint les chefs de l’aristocratie à s’exiler. Mais ces démocraties, celle de Thèbes notamment, ne se signalèrent que par leur désordre et par leur anarchie 9L Les exilés, réunissant leurs forces et concertant leurs mesures avec les amis qu’ils avaient conservés dans l’intérieur des cités, reprirent Chéronée, Orchomène et quelques autres cités moins importantes. Les Athéniens essayèrent de venir au secours de la démocratie ; ils furent complètement battus à Goronée. Le gouvernement démocratique fut partout renversé, et, en 447, les villes de Béotie avaient repris leur forme de politique traditionnelle : l’aristocratie 9S.

11 ne faut pas toutefois perdre de vue que, malgré ses préférences marquées pour l’aristocratie, la Béotie, comme presque tous les autres Etats grecs aristocratiques, marchait insensiblement vers la démocratie. L’allure de toutes les cités n’était pas la même. Thèbes arriva plus vite au but qu’Orchomène et la rapidité de sa marche ne fut pas sans influence sur sa prépondérance intérieure. Quant à sa grandeur extérieure, elle commença le jour même où Thèbes adopta un gouvernement nettement démocratique. Il est vrai que sa bonne fortune lui donna en même temps deux hommes d’État hors ligne, Epaminondas et Pélopidas, à qui revient la plus grande part de ses succès %. Mais la joie que le peuple éprouva en se voyant doté d’institutions qu'il désirait depuis longtemps, et qui jusque-là lui avaient toujours été refusées, l’ardeur qu’il mit à défendre ses conquêtes politiques contre les ennemis du dehors qui voulaient les lui enlever, contribuèrent certainement aux victoires de Thèbes sur Sparte 97.

Dans chaque cité, on trouve, à la tête de la hiérarchie des magistratures, un ap/wv, dont le nom sert à dater les décrets de la cité, et qui par conséquent était éponyme.

91 Xhuc. III, 62, § 3.-92 xhuc. V, 31, §6.-93 Thuc. III, 75. — 94 Arist Polilic. V, 2, § 6. — 95 Diod. XII, 6. — 96 r0lyb. VI, 43, §5.-97 Voir Hermann, Staatsalt. 4“ édit. § 181. — 96 paus. IX, 1, § 2. — 99 plut, de Gen. Socrat. 31, D. I, 721. — 190 plut. Eod. I. —191 Plut. Quaest. rom. 40, D. I, p. 338. — 102 plut. Aristid. 21. — 10.1 Keil, Sylloge, n°* 2-3. — 104 C. inscr. gr. n“ 1573 et p. 730 ; Le Bas, Inscr. de la Grèce du nord, n. 599, 600, 624-627. — 105 Keil, Sylloge, p. 18 et 42. — 106 C. inscr. gr. n" 4573 ; Keil, Sylloge, n01 2-3. Les listes de magistrats des cités

Il ne semble pas que ce magistrat ait joué à l’époque historique un rôle bien actif dans le gouvernement. Peut-être devait-il le rang élevé qu’il occupait dans la cité à cette circonstance qu’on voyait en lui le successeur et le continuateur direct des anciens rois, dont le souvenir s’était conservé en Béotie comme dans toutes les autres parties de la Grèce 98. Il serait aisé d’expliquer ainsi pourquoi il était regardé comme sacré, pourquoi au point de vue religieux il était le représentant spécial de la patrie, pourquoi enfin il était chargé de certains sacrifices 99 . — A Thèbes, l’archonte était l’élu de la fève : ô xuautaxo; à p/oiv, c’est-à-dire qu’il était désigné par le sort ; comme emblèmes de sa dignité, il portait une couronne et une lance100.

— A Chéronée, l’archonte portait une couronne, il devait laisser croître sa chevelure, la loi lui défendait de porter aucune arme et de mettre le pied sur le territoire de la Phocide 101 . — A P'Iatée, l’archonte ne pouvait pas habituellement porter d’épée et son costume était blanc ; par exception, le jour anniversaire de la bataille de Platée, il était vêtu d’une robe de pourpre et il mettait une épée à son côté 102.

.Immédiatement au-dessous de l’archonte éponyme était un collège de polémarques ; on en trouve trois à Orchomène 103 (et non pas six comme l’a dit Boeckli 104), deux à Copae105, etc., auxquels était adjoint un agent remplissant les fonctions de greffier (Ypafx^aTtu;) 106. Leurs attributions paraissent avoir été assez importantes ; car Cornélius Népos les qualifie de maximi magisb'atus101. Malgré l’étymologie de leur titre, ils ne commandaient pas en temps de guerre les troupes de la cité ; ce commandement appartenait, en effet, aux béotarques de la confédération. Ils ne paraissent même pas avoir exercé en général de commandement en sous-ordre ; car les hoplites étaient sous la direction des morages, les cavaliers sous celle des hipparques108 et des ilarques. Mais c’étaient les polémarques qui présidaient aux levées de troupes et leurs noms figurent en tête des catalogues de soldats 109. Ils avaient aussi des attributions linancières, et nous les trouvons associés aux xaxoTtxai pour la surveillance de certains payements llü. Peut-être même avaient-ils des attributions judiciaires 111 ; ils pouvaient au moins faire emprisonner des citoyens 112.

Les inscriptions nous permettent d’affirmer l’existence à Orchomène et probablement à Thèbes d’autres magistrats nommés xax<kxat, qu’Hésychius appelle des inspecteurs (xaTa<jy.o7toi) et des contrôleurs (liuxy]pï)xa() 113. Leurs attributions paraissent analogues à celles des logistes et des euthynes d’Athènes. — Une inscription antérieure au iie siècle avant notre ère nous montre les xccxouxat d’Orchomène assistant, avec les polémarques, au payement par le trésorier de la cité de sommes dues par Orchomène à un Phocidien 1U. Plus tard, dans un acte de consécration d’une esclave à Sérapis et à Isis, deux xaxo- 7Txat sont mentionnés à la place que les hiérarques (kpdpya t), magistrats de l’ordre religieux, occupent habituellement dans les inscriptions du même genre 115. Dans un décret de la ligue béotienne 116, les xocxduxat d’une ville qui n’est pas désignée assistent avec les polémarques à la

béotiennes placent ce immédiatement après les polémarques.; cf. Plutarch.

De Genio Socratis, 4, Didot, p. 697.— 107 Nepos, XVI, Pelop. II, § 2.— 108 Sur les hipparques et les ilarques des cités, voir Corp. inscript, graec. n" 15 8 8.— 109 C. inscr. gr. n° 1574. — HO C. inscr. gr. nos 1569 et 1570. — U1 Boeckh, C. inscr. gr. I, p. 730.

— 112 Xen. Bist. gr. V, 4, § 8. — US Keil, Sylloge, p. 33, les compare aux iitieiconji de Bhodes et aux IgtTasTai d’Érythrée dans l’Asie-Mineure. - 14* C. inscr. gr. n° 1569.

— 115 Decharme, Inscr. inéd. de Béotie, n° 4. — H0 C. inscr. gr. n° 1570.

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