‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 4)Chapitre 153 sur 155 · BUC — 753 — BUC · texte numérisé non relu

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bord duquel la manœuvre est commandée par un marin qui sonne de la butina.

Mais il ne faut pas chercher uniquement dans le modèle des coquilles à spirale allongée la forme de. la butina. Ce nom, quelle que soit sa véritable étymologie 6, était celui de la trompe dont se servaient les bouviers et les porchers pour rassembler et conduire leurs troupeaux 7; il s’est conservé dans le vieux nom de butine et dans celui de cornet à bouquin , qui désignent encore l’instru¬

ment à l’aide duquel les pâtres rappellent les bestiaux, et les veilleurs de nuit, en quelques endroits, sonnent les heures, comme autrefois les bucinatores dans les camps romains (Voy. § II). Il faut donc voir dans la butina un instrument analogue, droit ou plus ou moins courbé, à embouchure étroite, s’élargissant progressivement et se terminant par un pavillon largement ouvert 8.

La distinction entre butina et cornu, ce dernier mot désignant proprement le cor circulaire, n’est pas rigoureusement observée par les auteurs, et la définition même qu’en donne Végèce 9, lorsqu’il indique les différentes espèces de trompettes en usage de son temps dans l’armée, prouve que, pareils à peu près à l’origine, les deux instruments ne différèrent plus tard que par les perfectionnements donnés à celui qui garda le nom de cornu.

Dans les monuments qui représentent des combats de

6 4 arr. Ling. lat. VI, 75 : « A vocis similitudine et cantu » ; P. Diac. s. v. : « A siiuilitudine soni » ; il vient plutôt de bos et de canere. — 7polvb. XII, 4. 6, p. 503 Didot ; Varr. Bust. III, 131 ; Prop. IV, 10, 29 ; Colum. VI, 23,3. - 8 0vid. LL: «Cava liuceina... tortilis, in latum quae turbine crescit ab imo.» Voy.Burney, Hist. ofMusic I, pl. 6 ; Bianchini, de Tibiis, p. 226— 9 m, 5 . „ Buccina quae in semet aereo circule flectitur, cornu quod ex uris agrestibus, argento nexum, temperato arte spiritu, quem canentis flatus emittit, auditur. » Il dit (II, 22) : . Classicum quod buccinatores per cornu dicunt. . - 10 I)e Luynes, Vases peints, pl. , ; Gerhard, Apul. \as. pl. ii ; cf. Sext. Emp. Adv. mat/,. VI 24, p. 361. — H Micali, L’Italie av. les

Grecs et de Barbares, l’un de ceux-ci tient quelquefois la butina , qui est alors opposée à la longue trompette droite (a âX-Kiyl) de leurs adversaires 10 (flg. 886). On voit des bucinatores mêlés à des musiciens jouant d’autres instruments et précédant le char d’un triomphateur, dans un bas-relief étrusque (fig. 887) C’est aussi à l’aide de la trompe grossière du pasteur que le héraut, dans les temps antiques de Rome, appelait le peuple aux assemblées 12.

E. Saglio.

II. Dans les armées romaines, la butina était spécialement employée pour le service de nuit : on en trouve la preuve dans divers passages deTite- Live13, de Properce14, de Silius Italicus13, de Tacite16. Polybe 17 donne le même renseignement. Frontin, dans son Stratagematicon 18, raconte que Sylla, se trouvant dans une position difficile, put décamper pendant la nuit sans être poursuivi, grâce à ridée qu’il eut de laisser dans son camp un soldat qui sonna de la buccina au commencement de chaque veille, comme si les troupes avaient été présentes. Varus employa la même ruse avec succès 19. On sonnait de la butina , non-seulement pour faire connaître le moment où il fallait relever les sentinelles, mais encore pour annoncer une exécution 20, ou pour prévenir les soldats qu’ils devaient finir leur repas 21, ou qu’on voulait leur communiquer des ordres 22 ; cette sonnerie était appelée quelquefois buccinus 23, et plus généralement classicum. Plusieurs commentateurs ont cru que ce dernier mot servait à désigner un instrument particulier, mais un passage de Végèce dément cette assertion 24 : Classicum appellatur quod buccinatores per cornu dicunt. En outre, Modestus dit ceci 23 : Classiarii appellantur buccinatores. Le c/assicum était donc une sonnerie; mais l’examen des passages des auteurs où il en est question prouve qu’on donnait particulièrement ce nom à la sonnerie exécutée par toutes les trompettes réunies sur le même point pour donner le signal du combat 26 ; ou devant la tente du général pour annoncer la réunion des gardes 27, ainsi que celle de toute la troupe **; ou qui servait à exiger le silence29. Elle constituait une prérogative du commandement, puisqu’elle ne s’exécutait qu’en présence du chef de l’armée 30 : lorsque Pompée donna l’ordre de faire sonner le classicum devant la tente de Scipion, il fit ainsi savoir à toute l’armée qu’il reconnaissait ce dernier comme son égal 31. Cette sonnerie, transmettant un ordre donné directement à toutes les troupes par le chef de l’armée, il ne pouvait y avoir ni retard, ni hésitation parmi ceux qui l’entendaient : c’est sans doute pour cela que Suétone 32 a employé le mot classicum , quoiqu’il ne parlât que d’une seule trompette, en racontant le passage du Rubicon. De tout ceci, il résulte que l’expression classicum canere cor-

Romains, pl. xxxv. Paris, 1824. — « Prop. IV, I, 13 ; cf. Varr. Ling. lat., V, 91.

— 13 VII, 35 : «Ubi secundae vigiliae buccina signum dalum esset» ; XXVI, 15 ; « ut ad tertiam buccinam praesto essent » . — !<• IV, 4, 63 : « Et jam quarta cànit venturam buccina lucem. » — 18 Vil, 154 : « Mediam somni cum buccina nocteni divideret. »

— 16 Ann. XV, 30 : « Initia vigiliarum per cenlurionem nuntiari, convivium buccina dimitti.» — U VI, 35,36.- 181,5, § 17. — WBell. civ. II, 35. — 20 Yeg. Il, 22. — 21 Tac. Ann. XV, 30. — 22 Veg. III, 5. — 23 Flavius Caper, De crtk. — 24 ja. — 25 g |6.

— 26 Polyb. XV, 12 ; Dio Cass. XLVII, 43.- 27 p0lyb. XIV, 3.-28 Tit. Liv. VII, 36. vni, 7.— 29 Tit. Liv. II, 45. — 30 Veg. 11,22. — 31 Bell. civ. III. 82. -32 Jul.Caes.3î.

Fig. 880. Bucina.

Fig. 887. Musiciens précédant un triomphateur.

BUL

BUL

respond généralement à celle-ci, qu’on emploie dans les armées modernes, sonner l’assemblée. Nous sommes d’autant plus porté à adopter cette traduction, que Varron a dit 33 : <■< Ceux qui sonnent de la trompette pour appeler les classes du peuple à l'assemblée des comices, et qu’on appelle elassici, tirent leur nom du mot classis (division du peuple).

Un passage des Institutions militaires de l’empereur Léon 34 nous apprend que, de son temps, il y avait deux espèces de buccines qui différaient entre elles par leurs dimensions. Masquelez.

BUCINATOR [bucïNa].

BULGA. — Sac, bourse, et plus particulièrement une bourse de cuir où l’on serrait l’argent et que l’on portait, pour plus de sûreté, suspendue au bras 1.

Festus attribue une origine gauloise à ce nom 2 ; mais on le fait aussi venir du grec jaôXyoç3 (étolien PoXyoç), qui signifie un sac de cuir. E. S.

BULLA. — I. Ce mot désignait chez les Romains toutes sortes d’objets de forme arrondie et en apparence gonflés comme une bulle d’eau1, lors même que par l’ornement qui y était ajouté, ils s’éloignaient quelque peu de cette ressemblance : par exemple les tètes de clous qui garnissent un meuble, un coffre [arca], un vase de métal [caelatura], un sceptre [sceptrum], les boutons d’un baudrier ou d’un ceinturon [balteus, cingulum], les battants d’une porte [janua]. De pareils ornements furent en usage pendant toute l’antiquité : on rencontre les bulles (^Xot, YÔfAcpot) chez les Grecs2, servant à décorer les mêmes objets. Les gravures qui reproduisent un coffre de bronze provenant de Pompéi 3 (fig. 888) ; un fragment d’une

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Fig. 888. Coffre-fort.

courroie garnie de boutons (fig. 889), trouvée avec d’au-

Fig. 889. Ceinturon.

très antiquités romaines et conservée actuellement au musée de Mayence 4; des clous ciselés (fig. 890, 891) appartenant aux anciennes portes de bronze du Panthéon à Rome 5, et les figures qui accompagnent les articles aux¬

quels nous renvoyons feront comprendre l’effet décoratif que l’on obtenait au moyen de boutons ou de têtes de clous régulièrement disposés.

Dans la description de la maison de Tri-

Fig. 890 et 891. Clous des portes du Panthéon, à Rome.

malcion, Pétrone parle aussi d’un tableau où des fntllae indiquaient les jours fastes et néfastes 6.

II. Le même nom s’applique particulièrement à un bijou que les Romains prirent aux Étrusques 7, ayant la forme d’une capsule composée de deux plaques concaves superposées, ordinairement rondes et lenticulaires8, quelquefois ayant l’apparence d’un cœur ou d’un croissant, et

Fig. 892. Jeune Étrusque portant des bulles.

munie d’une bélière dans laquelle passait le fil au moyen duquel on la suspendait 9.

Chez les Étrusques, des bijoux de cette sorte étaient d’un usage général, pour les femmes aussi bien que pour les hommes; on portait souvent plusieurs bulles en collier, en bracelet, quelquefois entremêlées avec d’autres bijoux, comme on le voit par un grand nombre de monuments de tout genre. La figure 892 reproduit une statue en terre cuite du musée du Louvre 10 ; la figure 893 est tirée d’un miroir gravé 11 ; elles montrent l’une et l’autre trois bulles groupées et suspendues sur la poitrine. Quelquefois les bulles sont en plus grand nombre et forment des colliers et des bracelets, comme celles que réunit la figure 894 [ comp. armilla, fig. 531 et s.]; cellesci ont été découvertes à Cervetri, dans un des plus anciens dépôts qu’on ait trouvés en Italie12. Elles sont en bronze. La plupart de celles qu’on possède encore sont en or 13, souvent très-richement ornées.

Il n’est pas douteux que la bulle, de même qu’une multitude d’objets analogues que l’on portait sur soi, n’ait été considérée comme un amulette ayant une vertu protectrice par ellemême, soit à cause de la matière dont elle était laite1, ou des figures qu’on y voyait tracées, soit par la vertu des

Fig. 893. Femme étrusque portant des bulles.

3 \ Liny. lat. V, 91. — Si Inst. XI.

BULGA. 1 Nonnus, s. v. p. 78 et 187. — 2 Paul. Diac. s. v. p. 28 Lind. Il se retrouve dans le celtique; en français, bouge et bougette en viennent. — 3 Saumaise ad Tertull. Depallio, p. 72, Paris, 1622; Vossius, Etymol. ling. lat. On trouve aussi le diminutif PouXyi8ic.v : Suid. s. v. xupvx iov.

BULLA. 1 Isid. Orig. XIX, 31, 11 ; XX, 8, 2. — 2 Vov. les articles ici indiqués et Lobeck, ad Soph.Aj. 847. — 3Niccolini, Case di Pomp. Descr. generale, pl. xxxm, et voy. plus haut, p. 363. — 4 Lindenschmidt, Alterthilmer unsern heidn. Vorzeit, II, 10, 4. — s Caylus, Bec. d’ant. t. lit, pl. lxxx, et VI, pl. xlv; Grivaud de la Vincelle, Bec. pl. îv, 7, 10, 11 ; Cicéron, In Verr. IV, 56, 124 parle de clous semblables en or; cf. Plaut. Asin. II, 4, 20. — 6 Ou du moins favorables et

défavorables : « commodi ac incommodi »; Petr. Sat. 30. — 7 juv.V, 64 : h aurum etruscum » ; cf. Plut. Bomul. 25 ; 0. Millier, Etrusker, I, p. 374. — » «haxosAi;. Plut. Q. Bom. 101. — » Macr. I, 6, 17; Plut. I. I. ; Plaut. Epid. V, 1, 33 ; 0. Jahn, Aberglaub. des bôs. Blicks , in Berichte der Sachs. Gesellsch.der IHssensch., 1855, p. 42. — 10 Micali, Monum. di popoli ital. pl. xliii et s.; Mon. ined. pl. xxvi. — u Gerhard, Etrusk. Spiegel, IV, pl. ccclxv. — 12 Mon. de l’Inst. X, pl. xxm; Annal. 1875, p. 222. — 13 Mus. Gregoriano, I, pl. xliii, cxxm ; Bull, de l’Inst. urch. 1860, p. 186 ; Clément, Bijoux du Musée Napol. III, 2544 et s.; Chabouiilet, Cotai, du Cab. des antiq. n. 2544 et s. ; cf. Jahn, Ficoronische Cista, p. 98. — » Plin. Hist. nat . XXXIll, 4. 25 : « Aurum infantibus adnectitur ut minus noceant quae interantur veneficia j » cf. Yinet ad Auson. Ep. 15, in Bull » de l Inst. 1852, p. 151.

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