JUNO
L’égide se voit encore sur des camées et sur des monnaies accompagnant les portraits de personnages historiques. L’attribut de Jupiter est devenu un insigne delà puissance souveraine. Les Lagides, en Égypte, semblent l’avoir les premiers adopté 33. C’est sur des médailles de Ptolémée
Fig. 146. Jupiter armé de l’égide.
5V Notice de la sculpt. 1S6'1, n. 121 ; Clarac, Musée, pl. cccxx, S'il ; Bouillon Musée, t. III, suppl. 1, 1 ; Muller-Wiesel, r, l. l. il, 217. — 25 Mus. Chiaramonti, I. tav. xiv. — 26 Gerhard, Antik. Bildw. pl. vin ; Id. Vasenbild. 111, pl. ccxvm ; Mus. Gregorian. I, tav. xxxiv et xliii ; Welcker, Gr. Gôtterlehre, I, p. 305 et s.
— 2' Paus. 1, 21, 4; V, 12, 4. — 28 r0ss, Arch. Aufsâtze. — 28 R. Rochette, J/o/i. inëd. Odvss. p. 337, vignette n. 10, et p. 308, 2; De Luvues, Choix de méd. pl. ni, 3; Millingen, Considérât, p. 112, et Suppl pl.i, 5, *p. 7 ; Minervini, Saggio di osserv. p. 118, pl. U, 14-16. — 3" Mus. Borb. XII, pl. xlvii ; Maflei’ Mus. 1 eron. tab. ult. ; Gargiido, Raccolta de’ mon. del Mus. Borb. I, t. n, 30.
— 31 Sui t. x. v. Alri?; Zonar. Lexic. p. 77 ; Paroemiogr. I, 390. — 32 Pierres gr uu duc d Orléans, U, 1 1. xxm; Winckelmann, Mon. ined. pl. ix; Guigniaul, Nouo.
Gai. myth. pl. lxxi, 261; Stephani, Apoll. Boëdromios, pl. iv, 3; Muller- Wieselêr, Denhn. II, 24. — 3:i Lenormant, Nouu. Gai. myth. pl. vi, 1; visconti, Op. varie. 1, t. XVI ; Muller- W ieseler, l. I. II, 5. — 34 clarac, Musée, pl. ccccx g, n. 684 u ; Iliihner, Antik. Bildw. in Madrid , p. 36, 37, n. 5; Jamisen, Gr. rom. mon. I, pl. lix ; Mon- ined. del. Inst. arch. III, tav. n; Stephani, l. I. pl. lv, 4 et 5. — 35 stephani, l. I. p. 30 et s. ; Id. Parerga arch. XXV et Bull, de VAcad. de Pétersb. 1862, p. 55 ; AVieseler, Apoll. Stroganoff. Gütting. 1862; Id. in Philologus, 1864, p. 216; Welcker, Arch. Zeitung , 1862, p. 331; O. Jahn, Ibid. p. 213, 379 ; Pyl, Ibid. 1S63, p. 351; Stark, Berichte d. sâchs. Gesellsch. 1864, p. 173 et s. — 36 Hiibner, Ant. Bildw. in Madrid. 37 Stark, l. I. 38 Visconti, Icon. grecq. pl. lui ; Lenormant, Très, do nunnsm. Icouogr. dos empcr. p. 9; Muller- Wieseler, Denkmüler , 1, 226-.
AEG
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Fig. 147. Auguste.
Soter qu’on la remarque d’abord. Elle ne paraît pas sur les monnaies des premiers Césars, mais bien sur leurs camées, comme, par exemple, sur celui du cabinet de Florence, ici réduit de moitié (fig. 147), où Auguste est représenté avec
l’égide, la tête ceinte du bandeau et tenant le sceptre 39 ; sur le grand camée de Paris40, Tibère, ou l’empereur quel qu’il soit qui occupe la place principale, tient l’égide, non plus comme une armure sur la poitrine ou sur son épaule , mais comme une draperie étendue sur ses genoux; peutêtre est -ce un symbole de la paix donnée au monde. Une statue en bronze de Caligula, trouvée à Pompéi41, a l’égide sur l’épaule; Claude la porte ainsi agrafée dans le monument de son apothéose, au musée de Madrid 4\ On la voit sur des monnaies d’Alexandrie à l’effigie de Néron, et la première monnaie romaine sur laquelle elle apparaît est un denier d’or de Galba ; on la remarque ensuite sur les monnaies ou sur les camées de plusieurs empereurs 43.
E. Saglio.
AEGYFTUS. — L’Égypte est personniliée ou désignée par des symboles sur un certain nombre de médailles romaines. Octave, le premier, après la réduction de ce pays, rappela cette conquête sur ses monnaies. Un crocodile, avec la légende aegypto capta, en est l’emblème sur un denier d’or frappé en l’an 29 avant Jésus-Christ, deux ans après la bataille d’Actium (fig. 148) L On voit au droit la tête d’Oc-
tave et l’indication de son sixième consulat. L’hippopotame, le sphinx, l’ibis, le lotus, le sistre sont encore des symboles de l’Égypte sur les médailles. L’Égypte elle-même a été personnifiée quelquefois sous les traits d'une femme. On la voit sur des médailles d’Hadrien 2, à demi couchée, appuyant son bras gauche sur une corbeille remplie de fruits, et tenant un sistre dans la main droite ; un ibis est perché sur son pied ou sur un cippe placé devant elle. Audessus on lit son nom : aegyptos (fig. 149). On voit sur d’autres monnaies (fig 150) 3 le Nil dans la même attitude, figuré, comme le sont ordinairement les fleuves, sous les traits d’un homme barbu ; il tient une corne d’abondance, un roseau ou une tige de sorgho, et a près de lui un hippo-
Fig. 148 . Denier rappelant la conquête de l’Egypte.
potame ou un crocodile, et quelquefois des enfants qui re¬
présentent les degrés de la crue des eaux qui fertilisent le pays4. E. Saglio.
AEINAUTAI (’Aeivauxat). — Ce nom, qui signifie littéralement toujours naviguant , fut donné à une assemblée des plus riches citoyens de Milet, qui avait coutume de ne se réunir que sur un vaisseau, auquel on faisait gagner le large. Plutarque, qui nous a instruits de ce détail *, nous apprend que les àsivaûxai étaient les chefs d’une faction appelée IIXouxi';, à cause de sa richesse, ou, suivant une autre leçon, movxt, à raison des vaisseaux qu’elle possédait, et qui renversa l’ancienne royauté à l’époque où des révolutions semblables s’accomplirent presque partout (au vir siècle avant J. -C. 2). G. Humbert.
AENEAS, A’vsi'ac, Enée. — Héros troyen, fils d’Anchise, roi des Dardaniens, et d’Aphrodite. Il faut distinguer à son sujet trois ordres de traditions.
Traditions homériques. — Elles comprennent ce qui est dit d’Enée dans l’Iliade et dans l’Hymne à Vénus. Homère fait naître Enée sur le mont Ida, où l’hymne homérique nous dépeint les amours du roi pasteur Anchise avec la déesse Aphrodite h D’après la tradition suivie dans l’Iliade, Énée fut élevé dans la maison d’Alcathoüs, mari de sa sœur Ilippodamie 2. D’après l’hymne à Aphrodite, les nymphes de l’Ida furent chargées de son éducation jusqu’à ce qu’il eût atteint l’âge de puberté3. Pasteur sur l’Ida comme son père, Énée fut un jour attaqué par Achille et dut fuir devant lui, tandis que le héros grec emmenait ses bœufs et les chassait jusqu’à Lyrnesse 4. Quoique parent des princes troyens5, il n’avait pris d’abord aucune part à la guerre. 11 vint cependant à Troie et y combattit à la tête d’une troupe de Dardaniens6. Il y fut en butte à la jalousie de Priam, qui ne lui rendit aucun honneur 7 ; mais le peuple l’honora comme un dieu s. Énée est l’Achille des Troyens. Comme Achille, il est né d’un mortel et d’une déesse; comme lui, il est rapide à la course 9; comme lui, il a des coursiers de race divine pour le conduire au combat 10. Énée est un objet de jalousie pour Priam comme Achille pour Agamemnon, Énée combattit contre Diomède, qui le blessa d’un coup de pierre ; il fut secouru dans son danger par sa mère Aphrodite, qui le couvrit de son manteau et l’emporta de la mêlée “. Plus tard, il se mesura avec Achille lui-même en combat singulier 12 . Cette fois encore il fut sauvé par une intervention divine : ce fut Poséidon qui vint à son secours et qui
39 Lenormant, I. I. pl. v, 1. — 4o Cliabouillet, Catalog. des camées, 188; Lenormant, l. I. pl. xii ; Mongez, Icon. rom. pl. xxvi ; Muller-Wieseler, Denkmàler , I, 378. — 41 C.larac, V, pl. 933, n. 2371. — 42 Hübner, Ant. Bildw. in Madrid , n. 201 ; Bartoli, Admiranda Rom. t. 50. — 43 Lenormant, l. I. pl. xiv et s. ; Millin Gai. mythol. clxxxi, n. 680; Clarac, VI, pl. 1063, n. 3305 ; pl. 1063, n. 3383. — Bibliographie. Facius, Collectaneen zur Alterthumskunde, 1805, p. 121; O. Muller, Handbuch der Archâologie der Kunst, 2e éd. 1848, § 368, 5 ; Preller, Griech. Mythologie, I, p. 94, 152, 2e éd. 1860 ; Stephani, Apollon Boèdromios, St-Pélersb. 1860; Wieseler, Der Apollon Strogano/f und der Apollon des Delvedere, Gotting. 1862 ; Stark, Ares Soter, iu Berichte der sàchs. Gesellsthaft, Leipzig, 1864, p. 173.
AEGYPTUS. 1 D’après un exemplaire du Cabinet de France. — 9 oisel, Num. select. XXXIII, 10; Guigniaut, Nouv. Gai. myth. pl. cl bis, 578 ; Cohen, Monn. imper. II, Adrien, 638. — 3 Zoëga, Num. Aeg. imp. tab. iv et vi ; Guigniaut, Nouv. Galcr. myth. pl. cxxxiv, 519, 520; Cohen, Op. I. Adr ien, 954-994. — 4 Lucian. Rhet. praec. 6 ; Philostr. Imag. I, 5 ; Welcker, Ad h. I.
AEINAUTAI. l Quaest. Gr. 32. — 2 Wachsmuth, Hellen. Alterth. p. 391 et 495.
AENEAS. 1 II. II, 820 ; Hymn. in Ven. 45 sq.— 2 II. XIII, 428, 465. — 3 Hymn. 255, 274, 285. — 4 II. XX, 91, 92. — 5 II. XX, 215-210. — 6 II. II, 819. — 7 II. XIII, 461 ; XX, 182, 183. — S //. XI, 58. — 9 II. XXIII, 482. - 10 II. V, 263. — » II. V( 312 sq. — 12 II. XX, 82 sq.
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lui conserva la vie, parce que la postérité d’Énée devait, par l’ordre du Destin, remplacer sur le trône la race condamnée de Priam 13. Homère fait d’Énée un favori des dieux, un héros prédestiné ; mais il ne fait aucune allusion à son émigration ; au contraire, il regarde ses descendants comme appelés à régner sur la Troade.
Traditions post-homériques. — Apollodore donne à Énée un frère du nom de Lyrus, né comme lui des amours d’Anchise avec la déesse de la beauté u. Sa femme est appelée Eurydice par Lesehès et par le poëteCyprien ,5. D’autres la nomment Créuse et la croient fdle de Priam et d’Hécube18. Dans la tradition grecque, Créuse fut faite captive par les Grecs, puis délivrée par la mère des dieux et par Aphrodite 17. Suivant les Cypriaques 18, Énée, sur l’ordre d’Aphrodite, avait accompagné en Laconie Pàris, qui s’y rendait pour enlever Hélène. Sa valeur à la guerre est attestée par Hygin, qui lui attribue d’avoir tué de sa main vingthuit ennemis; Hector seul, parmi lesTroyens, en avait tué davantage 19. On diffère sur ce qu’il fit lors de la catastrophe qui mit fin au royaume de Priam. Si l’on en croit Arctinus, dans son poëme de la Destruction de Troie , Énée, épouvanté de la mort tragique de Laocoon et de ses fils, se serait réfugié sur l’Ida avec ses compagnons 20. D’après une version, unique d’ailleurs, il aurait livré Ilion aux Grecs, de concert avec An ténor 21. Selon d’autres auteurs, loin de trahir ou d'abandonner la ville, il se retrancha dans la citadelle, s’y défendit vaillamment et obtint pour lui et les siens une capitulation honorable 22. D’après Lesehès, dans la Petite Iliade, Énée, fait prisonnier par les Grecs, fut donné à Néoptolème, fils d’Achille, et emmené par lui sur la flotte grecque, où il devint le compagnon d’esclavage d’Andromaque, la veuve d’Hector 23. Ceux qui veulent qu’il se soit défendu et qu’il ait obtenu, par une capitulation, la liberté pour lui et les siens, ajoutent un trait qui a valu à Énée son grand renom de piété. Ils disent que les Grecs lui permirent, de même qu’à ses compagnons, d’emporter ce qu’ils voudraient de leurs biens : les autres se chargèrent d’or et d’effets précieux; pour Énée, il prit son père vieux, et infirme, qu’il chargea sur ses épaules, et avec son père ses dieux, à la grande admiration des Grecs2’1. Tandis que d’après une tradition fort ancienne, Énée aurait fondé dans le même pays un nouveau royaume avec les débris du peuple troyen 23, de nombreuses légendes, qu’il n’est pas possible de toutes rapporter ici, le font errer avec ses compagnons dans différentes contrées : en Macédoine, où une ville d’Aineia le reconnaissait pour son fondateur et célébrait chaque année un sacrifice en son honneur 26 ; en Laconie, où il fonde également deux villes, pendant qu’Anchise va mourir en Arcadie, où, du temps de Pausanias, on montrait encore son tombeau au pied du mont Anchisius27. L’une de ces villes fondées par Énée s’appelait Aphrodisias, du nom de sa mère; l'autre Étis, du nom d’une fille que mentionne Pausanias et dont il ne dit rien de plus 2S. Près du mont Anchisius était un temple d’Aphrodite 29. Son séjour en beaucoup d’autres lieux, sur la côte orientale de 1 Adriatique, en Sicile, et ailleurs, était attesté pour les
13 II. XX, 303 sq.; ef. Hymn. in Ven. 157. — >* Bibl. III, 12, 1. — 15 Pausan. X, 2fi. — 16 Apollod. III, 12, b; Hygin. Fah. xc. — U Pausan. X, 26. — 18 Procl. (’hrestom. dans les Cycl. fragm.; v. aussi ffom.cann. éd. Didot, p. 531. — 19 Hygin. Fah. cxv. — 20 Cycl. poet. fragm. Didot, p. 584; Dion. Halic. I, 47. — 21 Dion.
1. I. ; cf. Schol. lliad. Iü, 206 ; Soph. ap. Strab. p. 603. — 22 Diod. g;C- Fragm.
(Excerpt. de virt. et vit. Const. Porph.) éd. Didot, p. 548 ; Dion. Halic. I, 46.
23 lliad. pan. fragm. 16 (Cycl. fragm. Didot, p. 497). — 24 Xen. Venat. I, 15; uiod.
I. I.; Aelian. Bist. var. III, 22. — 25 Dion. liai. I, 47, 48, 53. — 26 lit. Liv. XL, 4 ; XI.IY, 10, 35; Dion. (Int. I, 49. — 27 Pausan. 111, 22; VIII, 12. — 28 id. m,’ «a’
anciens par des légendes et des usages locaux, particulièrement par des temples et des cérémonies en l’honneur de sa mère Aphrodite, par les temples qui lui étaient consacrés à lui-même, par son tombeau qu’on montrait en maint endroit 30.
Stésichore (643-560 av. J.-C.) passe pour le plus ancien auteur grec qui ait fait voyager Énée vers l’Hespérie (Italie). Après lui, Aristote et Callias parlèrent de l’origine troyenne du Latium; mais ce fut Timée, historien contemporain de Pyrrhus, qui raconta le premier la légende d’Énée telle que nous l’a transmise la tradition latine31. La puissance des Romains fit prévaloir la tradition à laquelle ils rattachaient leur origine; Pausanias ne doutait pas que le Palladium, cette statue fatale dont dépendait la fortune d’Ilion, n’eût été porté en Italie 32.
Traditions virgiliennes. — Parmi les auteurs latins, Naevius, Ennius, Caton dans ses Origines , Fabius Pictor, Cicéron dans ses Terrines , ont adopté cette légende d’Énée en Italie. La gens Julia reconnaissait Énée pour son auteur. Le sénat romain avait lui-même consacré cette tradition, l’an 2N2 avant J.-C., en reconnaissant des frères dans les habitants d’Ilion33. Virgile, à son tour, s’en empare pour en faire l’épopée nationale des Romains. Il traduit, en la modifiant, la prophétie homérique sur la grandeur future des Énéades 34. Il n’a garde de négliger, dans les traditions postérieures, la piété d’Énée, mais il en fait, au contraire, le trait dominant de son héros ( pius Aeneas). Dans l’Énéide, après avoir défendu contre les Grecs jusqu’à la fin Troie embrasée, Priam étant mort, le pieux Énée charge Anchise sur ses épaules, lui confie ses Pénates, et quitte la ville avec sa femme Créuse et Ascagne son fils. On sait comment il perdit sa femme en chemin : dans un poëme d’Ovide, Didon le lui reproche comme un abandon volontaire 3S. Parti d’Antandros avec vingt vaisseaux, Énée bâtit d’abord une ville en Thrace et lui donne son nom ; il va ensuite à Délos consulter Apollon. L’obscurité de l’oracle lui fait croire que le dieu l’envoie s’établir en Crète : il s’y rend et tente d’y fonder une ville, mais il est arrêté dans son entreprise par une épidémie. Un nouvel oracle, qui lui vient cette fois de ses Pénates, lui indique clairement l’Hespérie comme le but de son voyage 36. Après une navigation longue et périlleuse, Énée aborde en Sicile au pied de l’Étna. Anchise meurt à Drépane. Comme il cherche à gagner l’Italie, Énée est jeté par une tempête sur la côte d’Afrique. Ici se place le fameux épisode de Didon. Le héros, après s’être oublié quelque temps, quitte furtivement Carthage et reprend, non sponte, sa route vers l’Italie. Il aborde encore une fois en Sicile et va célébrer des jeux funèbres sur le tombeau de son père, dans un pays habité par une colonie troyenne, littorafida fraterna31. Ce tombeau d’Anchise est placé par le poëte latin au pied du mont Éryx, fameux, comme on l’a vu plus haut, par son sanctuaire d’Aphrodite, dont Pausanias indique la place au pied du mont Anchisius, non loin d’un temple de la même divinité. Suivant Virgile, ce fut Énée lui-même qui bâtit sur le mont Éryx ce temple à sa mère 3S.
— 29 id. VIII, 12.— 30 Dion. H al. I. 49 et sq. ; Heyne, Excurs. ad Aeneid. III (De Aeneae erroribus), et Exe. I, ad Aen. V ; Klausen, Aeneas und die Penaten , l,
P" 3,5 et su^ï- ’ Rückert, Troja, p. 249 et s.; O. Müller, Causae fabulae de Aeneae in
Italiam adventu, in Classical Journal, 1822, vol. XXVI, p. 308. 31 Schwegler,
Rom. Geschichte, I, p. 279 ; Preller, Rom. Mythol. p. 668 (trad. franç. p. 447) ; Ampère, Hist. rom. à Rome, t. I, p. 188, 1S9. — 32 Pausan. II, 23.— 33 Hevne, l. L; Benoist, Œuvres de Virgile (1869). t. Il, Introd. p. xxvu ; Ampère, l. c.
— 34 Aen. III, 97; cf. II. XX, 307. — 35 Epistol.VU, 83, S4. — 36 Aen. 111, 164 sq.
— 37 Aen. V, 23, 24. — 38 Aen. V, 759.
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L incendie des vaisseaux par les femmes troyennes, lasses dune trop longue navigation, peut montrer comment le poëte latin savait s approprier, en les transformant, les traditions dillérentes de celle qu’il avait adoptée. En effet, cet incendie est emprunté à une tradition sur la fondation de Rome qu on peut lire dans Plutarque ,''9. Averti par Anehise, qui lui est apparu en songe, Énée laisse en Sicile les femmes et ses compagnons les moins hardis et se dirige vers l’Italie avec une élite virile. 11 aborde à Cumes, visite 1 antre de la sibylle, et, conduit par elle, va chercher aux enfers de nouveaux oracles. Enfin, après sept ans de navigation et d’aventures, il aborde aux rivages du Tibre, où Latinus l’accueille et lui donne en mariage sa fille Lavinia. Turnus, roi des Rutules, amant déçu de Lavinia, fait à son rival une guerre acharnée, qui se termine par un combat singulier entre le chef étrusque et le héros troyen. Ainsi finit l’Énéide. — La tradition suivie par Ovide 40 est la même, à quelques détails près, que celle de Virgile. Le poëte des Métamorphoses complète le récit de l’Énéide par la disparition mystérieuse d’Énée, noyé dans le Numicius pendant la bataille, et par l’apothéose du héros dont la vertu avait fini par désarmer Junon, son implacable persécutrice. Un temple lui est élevé sur le Numicius, et il est honoré sous le nom de Jupiter indiges 41 .
Il est intéressant d’étudier avec Klausen, Schwegler, Preller et les autres savants qui ont approfondi ces origines 42 la formation de la légende romaine d’Énée. Cette légende contenait un élément religieux qui contribua beaucoup à sa propagation. Il s’agit du culte d’Aphrodite Aineias (c’est-à-dire favorable) répandu sur tous les rivages grecs de la Méditerranée, et précisément sur la route qu’Énée était censé avoir suivie pour venir de Troie dans le Latium. Cette Aphrodite troyenne et asiatique, dont le nom même indique l'étroite parenté avec Énée, était une déesse marine de la navigation ; il n’est pas étonnant de la voir honorée dans les ports de mer où divers auteurs nous signalent son culte. On trouve ses sanctuaires, d’abord sur le golfe salonique, puis sur toute la côte qui va de Zante à Corfou ; et c’est toujours Énée à qui l’on en attribue la fondation. C’est lui encore, ou du moins c’est une colonie troyenne, qui avait élevé le temple d’Aphrodite Érycine w, dans une troisième région où Virgile ne manque pas de le conduire. Les traditions du culte latin de Vénus se rattachaient d’une manière étroite à Ségeste et au mont Éryx, et, d’autre part, l’Aphrodite Érycine était en relation avec une Aphrodite carthaginoise. Telles sont les véritables sources de la légende d’Énée. Rome avait cherché d’abord son fondateur entre divers héros, ancêtres supposés des colonies grecques établies sur les rivages de l’Italie u. Mais la fable énéenne l'emporta bientôt sur les autres traditions, vague et flottante d’abord, puis de plus en plus précise et arrêtée. Pour Naevius et Ennius, Énée était le père d’ilia, mère de Romulus. Preller pense que cette légende anlihellénique et antipunique a dû commencer à s’accréditer dans Rome pendant la guerre de Pyrrhus et la lutte avec Carthage. Adoptée,
39 RomuH. — WMetam. XIII, 4, 5; XIV, 2 et sq.; ibid. 600 ; Dion. Haï. VII, 150; 1.64; Scrv. Ad Aen. IV, 620 ; XII, 794. — 41 Metam. XIV, 8, v. 581-608 ; Dion. Hal.
I, 44 : Tit. Liv. I, 1 et 2 ; cf. Klausen, Aen. und Pen. II, p. 901 ; Schwegler, Uôm. Gesch. I, p. 287, 4* éd. — 42 y0y. la bibliographie. — *3 Thucyd. VI, 2. — 44 plut. Ilomul. 1 ; Heyne, l. c.; Benoist, l. c. — 48 Benoist, l. e. — 46 La cité antique, p. 179 et suiv. — 47 piut. Quaest. rom. 10. — 48 Corssen, Origines poes. rom. p. 183. —
49 Pau'. II, 21. — 59 1,1. V, 22, 2. — 81 Rlin. Hist. nat. XXXV, 10. — 82 Ovid. Fast. V, 5C3. — 53 Anthol. Planud. 1. V. — 34 Micali, Mon. ined. tav. liixvhi ; R. Ro-
comme nous l’avons dit, par les écrivains romains qui la fixèrent peu à peu, Virgile la prit de leurs mains pour la marquer du sceau de son génie, en faire le centre de toutes les traditions sur les origines de Rome, le résumé vivant, savant et poétique de son histoire primitive 45.
Le caractère sacré dont Virgile a revêtu son héros a été mis en relief par M. Fustel de Coulanges 4e. Ce n’est pas un simple héros ; c’est un pontife, c’est le penatiger, le fondateur saint d’un culte et d’un empire. Les Romains le comprirent ainsi : ils lui attribuaient l’usage observé parmi eux de sacrifier aux dieux la tête couverte t7. Il fut même dieu. Une identification se fit entre le héros troyen qui avait porté dans le Latium les dieux d’Ilion et le dieu principal de la confédération latine, le Pater indiges dont le culte était en relation intime avec celui des Pénates. Le centre de ce culte était à Lavinium et aux bords du Numicius; de là sa confusion avec le culte d’Énée disparu mystérieusement sur les mêmes rives 48.
Il nous reste à parler des monuments concernant Énée. Il y avait à Argos une statue d’Énée en bronze49; à Olympie, on voyait son image faisant partie d’un groupe, œuvre de Lykios, représentant des héros grecs et autant de héros troyens combattant 50. Parrhasius le peignit en compagnie de Castor et Pollux M. Auguste plaça dans son forum le groupe d’Énée portant son père Anchise52. Les statues d Énée et de Créuse décoraient le Zeuxippe 83, ces thermes de Constantinople qu’un incendie détruisit sous Justinien.
Un grand nombre de monuments subsistant encore retracent différents faits de l’histoire d’Énée. Sa fuite de Troie et son dévouement filial font le sujet d’un assez grand nombre de peintures de vases d’ancien style 84 ; on le voit aussi sur deux vases qui appartiennent à la belle époque, l’un de la fabrique de Nola (fig. 151), actuellement
à Munich55; l’autre au musée de Naples, connu sous le nom de vase Vivenzio 56 et qui représente la dernière nuit de Troie. Sur d’autres vases, Énée est figuré prenant part aux combats livrés autour du corps de Troïle, de Patrocle ou d’Achille, ou combattant contre Ajax 57. Les ouvrages de la sculpture où l’on retrouve avec certitude le
chetle, Mon. inéd. I, pl. lxxviii, p. 385 ; Gerhard, Auserl. Vas. III, pl. 2 1 6. p. 217; Id. Etr. und Campan. Vas. m, pl. 231, I ; Roulez, Vas. du musée de Leyde, pl. xv, XVI ; Overbeck, Galer. heroïsch. Itildw. p. 665, etc. — 55 O. Jahn, Münchner Vasensamml. 903 ; Gerhard, Auserl. Vas. pl. 217; Overbeck, l. I. pl. xivn 2. — 56 Tisehbein, Homcr nae.h antik. IX, pl. v; Millin, Peint, de vas. I, 25; Miiller-
Wieseler, Oenkm. der ait. Kunst, I, 202; Overbeck, l. I. pl. xxv, 24. 87 Gerhard.
Auserl. Vas. I, pl. 49; III, t. 223; Overbeck, l. I. pp. 365, 428, 550 ; Mon. dell' Inst. arch. II, tav. 38 ; Annal, dell’ Inst. tav. d'agg. B; Mus. Etr. Gregnr. II, t.
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personnage d’Énée ne sont pas d’un temps aussi ancien. On le rencontre dans un des bas-reliefs qui décorent un autel consacré à Auguste vraisemblablement 88 : il est debout devant une femme assise, qui paraît être la sibylle de Cumes ; entre eux est la truie de Lanuvium allaitant ses petits89. Dans un bas-relief du musée de Turin, il fuit Troie emportant son père et tenant son fils Ascagne par la main. Enfin il paraît plusieurs fois daps les bas-reliefs représentant des sujets tirés de l’Iliade qu’on désigne sous le nom de tables iliaques : on l’y voit tantôt chargé de son fardeau sacré 60, tantôt combattant Diomède et sauvé par l’intervention de Vénus 61. La piété d’Énée est encore retracée sur des lampes d’argile ; nous en citerons une au musée du Louvre62; sur un casque de gladiateur, en bronze, trouvé à Pompéi63; sur des pierres gravées, où on le voit aussi dérobé aux coups de Diomède par Vénus et par Apollon 64 ; la même image sur les monnaies de quelques villes est destinée à rappeler qu’il en était le fondateur, ou bien comme sur celle de Jules César qui est ici reproduite d’après un exemplaire du Cabinet de France (fig. 152), à confirmer
l’origine fabuleuse que s’attribuaient les Romains et en particulier la famille Julia. Antonin le Pieux, qui était de Lanuvium et issu, à ce qu’il croyait, d'une ancienne famille du Latium, attachait un grand intérêt à ces souvenirs; il a fait frapper des médaillons où sont réunies quelques-unes des antiquités les plus vénérées des Romains. Deux de ces médaillons sont ici gravés d’après des exemplaires du Cabinet de France 68. Sur l’un (fig. 1 53), on voit Énée abordant dans le Latium et rencontrant sous un chêne (sub ilicibus sus)
Fig. 153. Médaillons d’Antonin le Pieux. Fig. 154.
la truie allaitant ses trente petits, qui doit lui révéler le lieu ou grandira sa race 66 ; on voit au-dessus le figuier ruminai et un édifice auprès duquel est un autel, et qui peut être
II. Rochette, Mon. inéd. pi. un et p. 389. — 69 Virg. Aen. VIII, 43 ; Varr. Ling. lat. IV, 32 ; Id. De re rust. II, 5. — 60 Mus. capitol. IV, 68 ; Millin, Gai’, myth. pl. Lin, 568 ; Creuzer-Guigniaut, Noua. Gai. myth. pl. ccxxn, 775. — 61 Ann del Inst. arch. 1863, tav. d’agg. N, p. 417. - 62 Cf. Montfaucon, Antiq. expi. t. y pl. ccivni. 63 Piranesi, Ant. de la Grande-Grèce, Usages civils, pl. ni.— 64 Tôlken' Verzeichniss, IV, 376 et suiv.; Overbeck, l. I. p. 659 ; Raspe, Empr. de Tassie, 9575 et suiv.; Visconti, Op. varie, II, 271 ; Iughirami, Gai. omar. tav. lxx,, lxxiii. - 63 Lenormant. Très, de numism. Iconog. des emp. pl. xxxn, 9, 10, p. 60. — 66 yir- l l ■ \ arr. LL; Heyne, Excurs. II ad Aen. VIII— 67 Varr. De re rust. IV, 18 ; Lvcophr! Alexandra, 1259. — 68 Brunn, Ann. delT Inst. arch. 1864, p. 356; Mon. delT
VIII, tav vn, vin— 69 Pitt. d’Ercolano, II, p. 166 ; Millin, Gai. myth. pl. clxxih, 60i, He.big, Wandgem. der Stadte Campan. 13S0. — 70 Helbig, L L 1381.— 71 //, 1382. - 72/6. 1383. - 73 Bull. delT Inst. arch. 1860, p. 105. - 7» A. Mai Virrjil' pu t. ant. ex cod. vatic. 1835 ; Bartoli, Virg. cod. picturae ; Millin, Gai. myth pi. CLXXV bis et suiv.; Guigniaut, Noue. Gai. myth. ccxux et suiv. - BmuoGuxrl, Vidler^rtec/usche Mythol. Il, p. 446 et 468, 2° ed.; Id. liômische Myth. p. 666 ■’ ed'; Uuverlus' Itaha “"-tiqua, Lugd. Bat. 1624; Sam. Bochart, Quaestio num Aeneas unquam fuent m Ituha (dans le roc. de ses œuv.); Th. Rycluus, Dissert, de primis
le temple de Lanuvium, restauré par Antonin, ou le temple rond de Vesta. Cet édifice est plus visible encore sur l’autre médaillon (fig. 154), où est représenté de même le figuier ruminai, et à côté le groupe d’Énée portant Anchise. Au-dessous, et de proportions colossales, la truie et ses petits, au centre d’une enceinte de murailles, telle peut être qu’on la voyait représentée à Lanuvium 67. Le monument le plus curieux où se trouvent retracées les traditions que Virgile a suivies dans son poëme, est une ciste de bronze [cista] trouvée sur le territoire de l’antique Préneste, et datant du Ve ou du vie siècle de Rome 68 : des figures gravées au trait décorent le contour extérieur et le couvercle de la boîte. Autour sont retracés les combats des Rutules et des Troyens, et Turnus périssant par la main d’Énée auprès de la fontaine Juturna; sur le dessus le héros est debout auprès de Latinus qui foule aux pieds un faisceau d’armes et conclut avec lui une alliance solennelle en le prenant pour gendre (fig. 155). Auprès d’eux se tiennent trois femmes; à droite et à gauche des guerriers portant le corps inanimé de Turnus et un génie funèbre ; au-dessous, le fleuve Numiciuset la nymphe Juturna.
Quelques peintures murales reproduisent encore le sujet de la fuite d’Énée ; la plus connue est celle de Pompéi où ce sujet est traité en caricature 69 : Énée, Anchise et Ascagne y sont représentés sous les traits de singes habillés. D’autres peintures de Pompéi montrent Énée rencontrant Didon 70, saisissant ses armes 71, blessé par Diomède 72 ; une mosaïque découverte à Halicarnasse le représente en compagnie de Didon73. Enfin les miniatures du célèbre manuscrit de Virgile de la bibliothèque du Vatican74 reproduisent un grand nombre d’épisodes de l’Enéide. L. de Ronchaud.
AENEATORES. — Nom commun de tous les musiciens qui jouaient d’un instrument de cuivre 1 ( tubicines , cornici ne s, bucinatores, liticines ), soit qu’ils servissent dans l’armée 2, soit qu’ils fussent employés à donner des signaux dans les jeux , ou de toute autre manière. Ils formaient à Rome un collège 4 [collegium.] E. S.
Ualiae colonù et Aeneae adventu, in. Luc Holsleuii, Notis et castig. in Steph R„- Lugd. Bat. 1684, f»,p. 399, sqq.; Niebuhr, Rom. Geschichte, t. I, p. 142 ; Sickleï-’ De Aeneae in Italiam adventu fabuloso, Hilpertothusae, 1817; Id. Die Mythen der Griechen in Betreff der Colonisation der Italia propr. I. Aeneas und Troi. Ankunft Hildburghausen, 1831 ; Fiedler, De erroribus Aeneae ad Phoenicum fabulas perti nentibus, Wesel 1827 ; Heyne, Excurs. ad Virg Aeneid ; O. Muller, Causas fable de Aeneae m Italiam adventu, i n C las sic al Journal, 1822, n. 52 p 308 • Kl Aeneas und die Penaten, Hamburg, 1839-1840 ; Schwegler, Rô’müche Geschichte Tubingen, 1853, I, 279, et la riche bibliographie indiquée et analysée par cet auteur; Bamberger, m Rhein. Muséum, 1838, p. 82-105 ; E. Rückert, Troi as Ursprung Rlüthe, Untergang, Hamb. 1846 ; G. C. Lewis, Enquiry intoVe credib. ofearly rom. hist. 1855, 1, cap. 9 ; Mommsen, Rom. Geschichte, I p 47 4c éd. ; Anipere, Hist. rom. à Rome, t. I; Benoist, Œuv. de Virgile, intro-’ duction ; Overbeck, Bildwerke zumtroïsch. Heldenkreis, l. L; Paulv’s, Realencucl s. v. Aeneas. ‘
AEAEATORES. 1 Paul Diac. p. 17, Lind. - 2 Suet. Caes. 32 ; Amm. Marc. XVI l/{-~ 84 ; °relU> 1S87‘ ~ ‘ Orelli-Heuxen, 4039; Mommsen, /use
Fig. 155. Enée et Latinus.
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AENIGMA [gripuus].
AEOLUS, Ato>oç, Eole. — Fils d’Hippotès, roi d’Éolie, modérateur des vents 1 (rapîa; àvéawv 'iTnroTaSriç), nom dans lequel on retrouve le rapport souvent établi entre la rapidité du cheval et le mouvement des vents ou des Ilots. Homère lui donne six fils et autant de filles, épouses de leurs frères, en tout douze enfants en qui on voit la personnification des douze vents du rhumb 2.
L’Eolie, dans Y Odyssée , est une île bordée de rochers escarpés et ceinte d’un rempart d’airain. On y passe le jour en festins, au milieu d’un concert de flûtes ; la nuit, couché sur des tapis étendus sur des lits sculptés. Le maître des vents les tient enfermés dans une outre faite de cuir de bœuf. C'est cette outre qu’Éole confia à Ulysse, son hôte, au moment où celui-ci voulut se remettre en mer, ne laissant libre que le Zéphyr qui devait le conduire. Une pierre gravée 3 représente le héros grec saisissant l’outre fermée (fîg. 156) ; mais ses compagnons l’ouvrirent et déchaînèrent
la tempête. Dans Virgile 4, Éole est représenté comme un roi siégeant, le sceptre à la main, dans un antre où les vents sont tenus enchaînés sous sa puissance. A l’origine, Éole n’a que le caractère d’une fiction poétique, et son île n’est qu’une île flottante 5.
C’est l’imagination des temps postérieurs qui lui donne un caractère divin et une demeure fixe 6.
Les anciens s’accordent, en général, pour placer l’Éolie aux îles de Lipari, appelées dans l’antiquité îles Éoliennes ou Vulcaniennes '. On plaçait à Iliera les forges d’Hephaistos 8. Suivant Diodore de Sicile, Éole vint s’établir dans l’île Lipara, où le roi Liparus l’accueillit et lui donna en mariage sa fdle Cyané, de laquelle il eut six fils 9. D’après Servius, Tyrrhenus, frère de Liparus, ayant menacé de guerre et de dévastation le Péloponnèse, ce fut Agamemnon qui envoya Éole pour garder le détroit de Sicile. Ayant abordé dans l’ile de Strongyle, il épousa Cyané, la fille de Liparus, et devint souverain de l’île 10. Diodore dit qu’Éole était un roi pieux, hospitalier, qui avait introduit dans la navigation l’usage des voiles et qui prédisait les vents par l’observation des flammes 11 . D’après Varron, cité par Servius 12, ces îles de Vulcain, couvertes de vapeurs et de fumées, fournissaient à Éole des moyens de présager le souffle des vents 13. Hygin, dans son analyse d’une partie de YOdyssée u, confond l’Éole roi des vents avec l’Éole thessalien fils d’Hellen, personnification de la race éolienne ; mais la plupart des auteurs le font, avec Homère et Diodore, fils d’Hippotès, quelquefois de Poséidon 15.
Quant à un autre Éole, fils d’Hellen, frère de Dorus et de Xutus, et père aussi de douze enfants, on peut voir sur
AëOLÜS. 1 Ëoiii. Üd. X, 1-76.— 2 A, Maurv, llist. des relig. de la Grèce ant. t. 1, p. 296. — 3 Winckelmann, Mon. ined. 158. — 4 Aen, 1, 52 sq. ; cf. Ovid. Metam. I, 262 sq.— 3 Malte-Brun, Précis de géographie, t. I, p. 31.— 6 Benoist, Œuvres de Virgile, t. Il, p. 13, note. — 7 Thucyd. III, 88. — 8 Ibid. — » Diod. Sic. V, 7 et 8. — '0 Servius, Ad Aen. I, 52. — H Diod. V, 7. — 12 Servius, loc. cil. — 13 Ibid.
— H Fab. cxxv. — 15 Servius, loc. cit.; Bunte, Hygin. Fabul. p. 102, n. 19. — 16 Histoire de la G. èce, trad. franc, t. I, p 125 et suiv.
AEQUITAS. — 1. 1 Fr. 10, 90 et 183 Dig. De régul.jur. t. xvu, c. 8 ; Cod. Just. De judic. III, 1 ; Cic. De offic. I, 10 ; II, 12 ; Pro Caecina, 27, 28 ; De vivent. 1, 2.
— 2 Cic. De offic. 1, 19 ; Top. 2 ; I r. 20 Dig. XL1I, 1. — 3 Gaius, Inst. IV, 1 16. —
Fig. 156. Ulysse tenant l'outre des vents.
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lui et sur sa race, illustre par de nombreuses légendes héroïques et poétiques, d’abondants renseignements dans
YHistoire de la Grèce de Croie 16. L. de Ronciiaud.
AEQUITAS. — 1. On entendait par aequitas, en droit privé romain, les règles de droit considérées comme conformes aux principes de justice naturelle l, dont la raison humaine fournit la base, et, par son développement, les conséquences ultérieures» Le droit primitif romain, fondé sur la religion, était singulièrement rigoureux et formaliste ; à part les cas de contrats consensuels, en général il attachait l’acquisition des facultés légales, comme leur modification ou leur extinction, à certains faits matériels, restes des rites anciens, appelés causa civilis, modus adquirendi, legis actiones, actus legitimi , etc. Mais lorsqu’on eut perdu de vue les croyances qui rendaient sacrées toutes les formes, toutes les prescriptions de la loi, le progrès de la civilisation à Rome et l’influence des lumières de la Grèce firent prévaloir peu à peu l’idée d’un droit plus humain2. Les préteurs, dans leurs édits, essayèrent, par des voies déLournées de procédure, en créant des exceptions8 ou des actions nouvelles, de rapprocher le strictum jus de l’équité4; de leur côté, les jurisconsultes [jurisconsulti] préparèrent ou secondèrent ce mouvement5 par l’invention de fictions ou d’actions, bientôt consacrées par le droit coutumier ou par l’édit prétorien [jus civile, lex, mos]. Plus tard, les constitutions impériales tendirent à fondre le droit prétorien avec le droit civil, et cette fusion fut réalisée définitivement par les compilations de Juslinien. G. Humbebt.
IL L’Équité, comme un grand nombre d’autres conceptions abstraites, a été personnifiée par la religion des peuples de l’Italie L Sur une coupe trouvée dans la nécropole de Vulci, on lit ces mots : aecetiai pocolom, qui paraissent être une forme ancienne ou provinciale pour aequitiae ou aequitatis poculum 2 : formule de dédicace analogue à celles qui accompagnent sur des vases semblables les noms d’autres divinités. La statue de l’Équité avait été placée dans le temple de la Fortune, à Préneste3. Tandis que la Justice n’est représentée que sur des monnaies de Tibère par une tête fort belle de femme, avec le nom justitia, le nom et les images de l’Équité ne sont pas rares. Sur les monnaies impériales4, on voit souvent, avec les mots aequitas, aequitas augusta, aequitas publica , l’Équité figurée sous les traits d’une femme tenant une balance de la main droite et de la gauche un long bùton qui n’est sans doute pas un sceptre, mais une mesure, la perche ( pertica ). La figure 157 reproduit une monnaie d’argent d’Antonin, d’après un exemplaire du Cabinet des médailles à Paris. La main gauche ouverte est aussi un symbole de l’Équité, peut-être parce que, moins habile que la droite, elle passait pour moins capable de fraude. Ces attributs et le nom de l’Équité sur les monnaies ont manifeste-
Fig. 157. L’Équité.
4 Fr. 7 Dig. De just. et jure, 1,1. — 8 Fr. 29, § 4 Dig. Mandat. XVII, I. - Bibliographie. Conradi, Orat. dejur. et aeguiintert.se consens, in Opuscul. vol. I, p. 317-366 ; Muhlenbruch, Doctrina Pandectarum, Brux. 1858, § 43, p. 56 et § 68, n. 2, p. 76 ; Marezoll, Précis d'un cours sur l’ensemble du droit privé des Domains, trad. par Pellat, 2' éd. Paris, 1852, § 20 et 122 ; Kudurff, Rom. Rechts Geschischte , 11, 141.
AEQUITAS. — U. 1 Arnob. IV, I. — 2 Hitschl, Air fictil. litter. latin, antiq. 1853, p. 23 ; ldi Priscae lutin, monum. epigr. tab . ; Corp. insc. lat. I, 43 ; de Witte, Catal. Beugnot, p. 78, — 3 Gruter, LXXVI, 3. — * Voy. aussi quelques pierres gravées : De la Chausse, Gemme aut. fig. Borna, 1700, tav. 82; Lippert, Dactyliothcca, I, 708.
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ment trait à l’intégrité qui devait présider à leur labiication; aussi ont-ils passé à la personnification de la monnaie elle-même [moneta]. E. Saglio.
AERARII. — On appelait ainsi, à Rome, pendant la république, une classe de citoyens exclus des comices centuries, mais soumis au payement d une capitation spéciale. Cette classe de contribuables était formée par les censeurs, qui, à l’époque du cens [census], inscrivaient, à titie de peine, certains citoyens ( aeranos faciebant) sur une liste particulière et distincte des tables du cens1, en les excluant ordinairement de la classification des tribus. Cette liste se nommait Caeritum tabulae 2, par des motifs que nous indiquerons bientôt.
Il est facile de comprendre les désavantages qu’entraînait l’inscription d’un citoyen parmi les aerarn :
1° Ceux-ci devenaient des cives sine suffragio, c’est-à-dire qu’ils perdaient le suffrage, non-seulement dans les comices centuries8 [comitia], mais encore ordinairement dans les comices par tribus; car l’expression tribu movere était employée comme synonyme, en pareil cas, de aeranos facere ou in tabulas Caeritum re ferre 4 ; cependant cela ne paraît pas avoir été une conséquence nécessaire, comme on peut l’inférer d’un passage curieux deTite-Live, où l’on voit deux censeurs se placer l’un l’autre parmi les aerarii, et M. Livius y inscrire trente quatre tribus, dans l’une desquelles se trouvait son collègue C. Claudius8. La qualité d ’aerarius n’entraînait pas l’exclusion des honneurs 6, ni à plus forte raison l’incapacité de servir dans l’armée, -car c’eût été procurer au coupable une exemption favorable7; d’ailleurs une pareille peine n’eût pas été applicable à des tribus entières.
2° L ’aerarius ne figurait plus sur la liste proprement dite du cens, pour un impôt proportionnel à sa fortune; il était taxé arbitrairement par le censeur et ordinairement d'une manière plus lourde qu’auparavant. Ainsi Mamercus Aemilius, chassé de sa tribu, et déclaré aerarius pour avoir fait, par une loi proposée pendant sa dictature, réduire à dixhuit mois la durée de la censure, fut imposé à une somme huit fois plus forte que celle qu’il payait antérieurement8. Le rôle de ces contribuables était déposé à I’aerarium9 et sans doute annexé aux tables du cens proprement dit, comme formant une partie des ressources du trésor public. On donnait ordinairement à cette liste le nom de Tabulae Caeritum 10.
Quant à l’origine de cette dénomination, nous adoptons l’avis de Walter u, dont voici le résumé. Il paraît avoir existé à Rome, dès les premiers temps, une classe de citoyens sine suffragio soumis à des impôts spéciaux, et par conséquent inscrits sur un rôle à part12 : ce fut peut-être la situation primitive des plébéiens. Tels furent probablement les artisans qui, dans la classification de Servius Tullius, n’étaient pas inscrits au cens avec les fabri aerarii dont nous parlerons plus loin, et qui cependant devaient supporter un impôt et former un rôle particulier. D’un autre côté, l’espèce d’isopolitie accordée plus tard (en 389
AERARII. 1 Tit. Liv. XXIX, 37. Mais elle y était sans doute annexée en tant que base ou rôle d'impôts : Tit. Liv. IV, 24. — 2 Ascon. In divinat. 3 ; Walter, Geschichte des rom. Rechts, 3e éd. I, § 10S, p. 153. — 3 Ascon. I. I. — Cic. Pro Cluent. 43 ; Tit. Liv. IV, 24 ; XXIV, 18, 43 ; XLII, 10 ; XLIV, 16. - 3 Tit. Liv. XXIX, 37. — 6 Tit. Liv. XXIV, 18, 43; Cic. Pro Cluent. 45. — 7 Aurel. Victor, De vir. illustr. 50; Tit. Liv. XXIV, 18; Id. Arg. lib. XXIX, 37. — 8 Tit. Liv. IV, 24. — S Id. XXIX, 37. — 10 Ascon. L L ; cf. Festus, s. v. Tributofuui. — 11 Op. laud. 1,
I . 154. — 12 Walter, 1. 1. 1, § 26, p. 43 ; Lange, Rom. Alterlh. p. 406. — M Tit. Liv. V, 50 ; VII, 20.— 14 Rom. Münzwesen, p. 246.— 15 Tit Liv. XXXVI11, 28, 36. — 16 Lange, Rom. Alterlh. I, p. 407. — n Ib. p. 439, 440. — 18 Ib. p. 667. — 19 De republiai, II, 22.'— 20 Dion. Hal. IV, 17; Tit. Liv. 1, 43. — BuinioanAruiE. Ortolan,
av. J.-C.)à Caere18 permit aux habitants de cette ville de s’établir sur le territoire romain avec tous les avantages du droit de cité, moins le droit de suffrage. Ils devaient donc supporter aussi les charges, comme municipes, mais sans être inscrits au cens, et former une liste spéciale. Telle est l’origine des tabulae Caeritum. Ce rôle dut se confondre avec le précédent, parce que les Céritains, sans être citoyens, se trouvaient dans une position identique à celle des cives romani sine suffragio. Cette dénomination fut conservée pour le rôle de ces derniers, même après l’époque où les Caerites eurent obtenu le droit de cité sans restriclion. L’on dut inscrire sur ces tables les membres d’autres villes jouissant de l’isopolitie, établis sur le territoire romain, mais non pas sans doute, comme l’a cru M. Mommsen u, tous les cives sine suffragio dépendants de Rome. Ceux-ci, en effet, étaient portés au cens dans leurs municipes '5. Il importe de ne pas confondre les aerarii avec les proletarii de la classification instituée par Servius Tullius. En effet, les premiers se distinguaient précisément par la nécessité de payer un tribut (aes) d’où ils tiraient leur nom ; et ensuite parce qu’ils n’obtinrent pas le droit de suffrage, même après son extension aux prolétaires 16. Il est probable, en outre, que ceux des citoyens qui exerçaient un métier réputé honteux se trouvaient, dès le temps de Servius, et quelle que fut leur fortune, rangés parmi les aerarii, par une sorte de dégradation ( infamia facti, minuta existimatio )17. Plus tard l’autorité, en ce qui touche à la confection de la liste des aerarii, passa, comme on l’a vu, des rois et des consuls aux censeurs 18.
Quant à la quotité de cet impôt, voyez l’article tributum.
IL Les fabri aerarii mentionnés dans la classification de Servius Tullius [cexsus, centuria] formaient, suivant Cicéron 19, une centurie avec les charpentiers, et deux centuries, sans doute distinguées à raison de l’àge, d’après les autres auteurs20; ces artisans entraient dans la composition de l’armée, comme les centuries de cornicines et tubicines. Suivant Denys d’Halicarnasse, les armuriers et charpentiers votaient avec la deuxième classe; suivant Tite-Live et Cicéron, avec la première.
AERARIUM — trésor public des Romains.
I. L’aerarium sous les rois. — Dès le temps des rois, il y eut un trésor affecté aux besoins de l’État, mais ce trésor paraît avoir été placé entièrement sous la dépendance de son chef. En effet, le principal emploi de ces ressources devait consister dans le paiement des frais de la guerre dont le roi avait la haute direction L II ne semb’e pas que les fonds fussent déposés dans un édifice public particulièrement affecté à cette destination ; ils restaient entre les mains des questeurs, dont nous parlerons bientôt ; en outre, la plupart des revenus devaient être perçus en nature (pecunia, de pecus ). Il y avait d’ailleurs, à côté du trésor public proprement dit, une sorte de domaine de la couronne, composé de biens mobiliers et immobiliers2 [fiscus].
Eœplicat. hist. des Instituts , 6e éd. Paris, 1858, I, p. 143 ; Mommsen, Rom. Münzwesen, Leipzig, 1850, p. 246 ; Pardon, De Aerariis, Berlin, 1853 ; Lange, Rom. Alterth., Berlin, 1863, 2e édit., p. 406, 407, 678, 679 ; Niebuhr, Rom. Geschichte , II, 76-85; Huschke, Die Verfassung des Kônigs Servius Tullius, Heidelberg, 1838, p. 524-531; Mommsen, Romische Tribus, Altona, 1844, p. 157 et suiv.; Walter, Geschichte des rom. Rechts, Bonn, 1860, in-8, 3e éd. I, § 26, 32, 85, L 8, 137, 204 ; Becker, Handbuch der rôm.Alterthümer, Leipzig, 1846, II, 1, p. 202, 189 à 193.
AERARIUM. 1 Walter, Gesch. des rôm. Rechts, 3e éd. Bonn, 1860 ; I, § 18, 19,21 ; Tacit. Annal. XI, 22; Plut. Poplicol. 12. — 2 Cic. De repubU V, 2, Dion, flalic. 111, 1 ; Tit. Liv. 11, 3, 4, 5.
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A l’origine, le territoire de Rome [ager publicus,ager romanus] était partagé en trois parts: l’une affectée à l’entretien du roi et au service du culte 3 ; la seconde au pâturage en commun; la troisième seule divisée entre les curies. Le prix du butin fait à la guerre devait recevoir également une destination publique, car nous le voyons employé par le roi à célébrer des jeux 4. Mais la principale recette du trésor semble avoir consisté dans un vectigal ou droit de pâturage [scrirtura], sans doute imposé par tête de bétail envoyée sur les prairies communales ( pascua publica ) 8. En outre, tous les citoyens étaient soumis à un impôt direct ou capitation, peut-être non permanent6. Ces ressources diverses étaient employées aux dépenses de la paix, des travaux publics7, des jeux, et surtout à celles de la guerre.
Servius Tullius donna pour base à sa constitution une nouvelle division du peuple en classes et centuries, d’après le cens [census]. Un impôt proportionnel [tributum] fut établi sur le capital de toute nature, d’après les déclarations faites par le chef de chaque famille de citoyens. En établissant l’égalité proportionnelle par le tributum ex censu, en raison de la fortune, le système de Servius eut le mérite de rendre justice aux plébéiens8, et de créer une source toujours prête de revenus pour l’État dont les besoins s’accroissaient. En général, le montant du tributum simplex devait être d’un as par 1,000 du capital recensé, comme plus tard, sous la république9; les veuves et les fdles sui juris payaient un impôt spécial de 2,000 as pour l’entretien de la cavalerie [aes uordearium]. Les aéra rii, et probablement avec eux les ouvriers non compris dans les classes, supportaient une capitation ( tributum pro capite) 10. Outre ces impôts, l’accroissement de Y ager publiais par la conquête fit ajouter au vectigal dont nous avons parlé plus haut 11 le produit de la mise en ferme d’une partie des biens mesurés et mis en culture 12 [ager vectigalis], celui de la dîme des terres vaines et landes concédées à des particuliers, et du cinquième sur le produit des arbres à fruits des mêmes terres, enfin la valeur de certaines amendes13. Les documents nous manquent pour évaluer, même approximativement, l’ensemble de ces recettes ordinaires, auxquelles on doit joindre, à titre de recettes extraordinaires, le prix de la vente du butin fait sur les ennemis [praeda]14, et le prix de la vente des agri quaestorii, portions de terrains limitées de Y ager publicus. Il est encore plus difficile de déterminer le montant des dépenses annuelles; on peut seulement remarquer que la plus grande partie des frais d’armement de l’armée était alors supportée par les censitaires 1B, et en l’absence d’une armée permanente et soldée, les dépenses de guerre devaient être essentiellement variables. D’un autre côté, ni le sénat ni les magistrats, en général, ne recevaient de traitement. Enfin, on ne peut guère admettre plus de régularité dans les dépenses relatives aux travaux publics.
Un passage de Plutarque16 semble indiquer que le roi réglait à sa volonté les dépenses. En effet, Tite-Live 17 nous montre Numa affectant des fonds à des fondations
3 Dion. Halic. II, 7,23 ; III, 1. — »Tit. Liv. I, 35. — 8 Plia. ffist. nat. XVIII, 3. — 6Dion.HI, 29, 9 ; IV, 9, U, 19 ; V, 20; XI, 63 ; Plut . Poplicol. 12; Tit. Liv. 1, 42.— 7 Tit. Liv. I, 38. — 3 Tit. Liv. I, 42, 43 ; Varro, De ling. lat. V, 181 ; Dion. Halic. IV, 19, 43. — 9 Tit. Liv. XXIII, 31; XXIX, 15; Lange, Rôm. Alterth. I, p. 468, 2* édit. ; Schwegler, Rôm. Geschichte, XVII, 7.— io Ascouius, In divin. 3; Walter, l. I. I, 26 et 32, p. 43, 55. — n Varro, De re rust. II, 16 ; Tit. Liv. XXXIX, 29.— 12 Appian. De bell. civ. I, 7 ; Sic. Place., De condic. agror. p. 136 ; Hvgin. De cond. agr. p. 115-U6,ed. Lachmann. — 13 Tit. Liv. I, 26. — l* Tit. Liv. I, 53, 55, 57. — 15 Vov. Censcs. — 16 Popticola, 22. — U I, 2U. — 18 Tit. Liv. I, 33, 35, 36, 43, 44, 55. — 19 Id. I, 56. — id Tacit. Annales, XI, 22; Plut. Poplicol. 22; Peatus/*, r#
religieuses ou au traitement de certains prêtres; Ancus et Tarquin l’Ancien ordonnant la construction de divers édifices18; Servius faisant consacrer 10,000 as , ex publico,h l’achat de chevaux, et reculant l’enceinte de Rome; enfin Tarquin le Superbe présidant à des ouvrages dignes de la Rome future. Non-seulement il employait la pecunia publica, mais il contraignait les plébéiens 19 d’y travailler de leurs bras. La garde du trésor et le recouvrement des deniers publics étaient remis à deux quaestores aerarii, qui conservaient chez eux les fonds à eux confiés20. De grandes controverses ont été soulevées à ce sujet. La ressemblance des noms explique la confusion faite par plusieurs historiens modernes entre ces questeurs et les quaestores parricidii , qui existaient dès lors; cette confusion ne peut résister au témoignage formel de deux auteurs anciens'21 qui ont écrit sur l’histoire des magistratures22. Les questeurs du trésor étaient choisis par le roi ; c’est ce qu’on peut conjecturer d’après les passages de Tacite et de Plutarque cités plus haut; et, en effet, leur élection fut ensuite confiée d’abord aux consuls, qui succédèrent à la plupart des attributions de la royauté, puis bientôt, par une loi, aux comices23. Les questeurs étaient secondés dans la levée du tributum résultant du cens par les curatores des tribus24; chacun de ceux-ci présidait une des tribus locales instituées par Servius Tullius. M. Mommsen28 a fort ingénieusement établi que ces curatores correspondaient aux tribuni aerarii, dont l’institution apparaît sous la république. Les curatores, enfin, devaient être assistés des rnagistri pagorum également établis par Servius26 pour les tribus de la campagne, et qui avaient entre les mains les états des propriétaires censitaires, comme les curatores avaient les rôles des contribuables de la ville.
IL L’Aerarium sous la république, jusqu’à la conquête de la macédoine (509-168 av. J.-C.). — Sous la république, le trésor fut considéré comme la propriété exclusive de l’État; et, bien que les consuls eussent recueilli la plupart des prérogatives de la royauté, ils n’eurent plus l’autorité suprême en matière de finances; la direction appartint désormais au sénat; un édifice public et sacré, le temple de Saturne, reçut le dépôt de Y aerarium, placé sous la surveillance des consuls et plus spécialement de deux questeurs nommés par les curies, comme nous le verrons bientôt 27. Dans ce temple, qui contenait aussi les archives de l’État [tabularium], était placé le registre où l’on consignait l’état des recettes et des dépenses, celui des créances et des dettes du trésor 2S. A côté de Y aerarium Saturai, trésor ordinaire de la république, il y eut un aerarium sanctius 29, réserve sacrée, où l’on mettait en dépôt, pour les cas de nécessité extraordinaire, l’or des affranchissements, que les consuls ne pouvaient employer sans l’ordre dusénat[AURUM vicesimarium]. On distingue aussi un trésor de Gérés, aerarium Cereris, où les édiles déposaient le produit de leurs amendes et la caisse spéciale confiée aux questeurs militaires.
Recettes et dépenses de l' aerarium. — La source principale de revenus pour le trésor fut rouverte sous la république
Parricidii quaestores ; Walter, l.l. I, g 21. — 21 Pompouius, fr. 2, § 22 Dig. De orig. juris, I, 2 ; .1. Lydus, De magist. I, 26. — 22 Becker, Handb. d. rôm. Alterth.. II, 2, p. 327-337 ; Mommsen, Rôm. Gesch. II, 1 ; Lange, Rôm. Alterth. I, 332 ; Geib, Gesch. des crim. Prozess. Leipz. 1842, p. 50-66 ; Walter, I, p. 34, note 29; Zumpt, Crim. Redit, I, p. 52 à 78 et 417, Berlin, 18 6 5. — 23 Cf. Ulp. fr. un. pr. et § 1 Dig. De offic. quaestor. I, 13. — 24 Varro, De ling. lat. VI, 86; Diouys. IV, 14 Appian. Bell. civ. III, 23 ; Mommsen, Rôm. Tribus, p. 20-26. — 25 Rom. Tribus, p. 44 à 57. — 26 Dion. Halic. V, 14, 15; Walter, l. I. I, §§ 28 et 181, p. 47, 272, 273. — 27 rlut. Poplic. 22; Quaest.rom. 42. — 28 p|„t. Cato minor, 17, 18; Ascon In Ycrr. 11, 12 ed. (jre.li, p. 158. —29 lit. Liv. XXVII, 10; Ci c. Ad Allie. Vil, 21.
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par le rétablissement du cens et du tnbutum ex censu [census, tributum]80, à la place delà capitation qui n exista plus que pour certaines classes de contribuables non inscrits au cens. Le tributum ex censu n était pas, à proprement parler, un impôt foncier, puisqu il portait sur 1 ensemble de la fortune; néanmoins, les immeubles étaient désignés par région et estimés dans le registre du cens et dans les livres censiers ou du cadastre, tenus par les curatores des tribus urbaines, et les magistri pagorum, pour le territoire romain [ager romanus] seulement 31. Mais les étrangers qui, ayant obtenu le jus commercii [civitas] 32, possédaient une propriété immobilière dans ce territoire, devaient payer un impôt direct et foncier, à raison de cet immeuble compris au cadastre; peut-être figuraient-ils pour cet impôt dans la liste des aerarti33. Le tributum in capita comptait donc parmi les ressources du trésor, d’après la détermination faite par les censeurs, mais exceptionnellement, pour les contribuables en dehors du cens ; les veuves et les orphelins supportaient I’aes hordearium34, et les célibataires depuis Camille payèrent un impôt spécial, I’aesuxorïum. A ces ressources ordinaires il faut ajouter celles qu’on tirait de l 'ager publicus. A cette époque, la république donnait à bail, aux enchères, à des fermiers ou adjudicataires (agrum fruendum locaré), ou, ce qui revient au même, vendait ( vendere jus vectigahs ) pour un temps déterminé (c’était ordinairement cent ans) le droit aux redevances ou à la dîme due par les possesseurs des diverses classes de terres publiques dont nous avons parlé au commencement de cet article35. Ces entrepreneurs se chargeaient, à leurs risques, du recouvrement de ces revenus. Il en était de même pour le droit de scriptura sur le bétail envoyé dans les pâturages publics ( pascua publica ou ager seriptuarius) , autrefois la principale ressource de Rome36. Ces divers revenus devinrent fort considérables après l’occupation d’une partie du Samnium, de l’Apulie, de la Lucanie et du territoire de Tarente 37. La république tirait encore des sommes importantes de l’adjudication du droit d’exploiter les produits des mines et des pêcheries, des taxes de douane et port et de péage 38, taxes dont la quotité varia suivant les époques et du droit d’exploitation des salines 39. Le prix de ces adjudications était versé à Yaerarium, d’après les clauses d’une sorte de cahier des charges [censoria locatio] 40.
Parmi les ressources extraordinaires venaient en première ligne les amendes [mulctae] 41, qui étaient perçues par le trésor public, et surtout le tribut payé par les peuples soumis, en vertu de la loi spéciale de leur dédition, in arbitratu populi romani 42, ou même par les peuples in fidem receptiu%. Ajoutons encore le butin [praeda] fait à la guerre, lequel, en principe, appartenait à l'Étal. u, sauf la part abandonnée aux soldats par les généraux. Le surplus était vendu et le prix versé à Yaerarium 45, comme l’était aussi celui des captifs ; si on laissait des terres aux vaincus, elles devenaient ager vectigalis, et payaient, en con-
80 Dion. Halic. V, 20 ; Plut. Poplic. 22 ; Tit. Liv. II, 9. — 81 Festus, s. v. Censui, censendo ; Cic. Pro Flaccg, 32. — 32 ul pian. Reg. XIX, 4. — 88 Niebuhr, Rôm. Gesch. 1,518; II, 88, 459 ; Walter, l. I. I, §§ 180, 271. — S* Plut. Camill. 2 ; Poplicol. 12 ; Varro, Ling. lat. VIII, 71 ; Lange, Rôm. Alterth. I, 477. — 35 Hygin. De cond. agror. p. 116; Festus, s. v. Venditioues reeiditiones ; Tit. Lit. XXVII, 3, 1 1 ; XLII, 19; XXXII, 7 ; Cic. In Verr. III, 6. — 36 Walter, l. l. I, § 182, p. 274. — 37 Tit. Liv. XXXI, 4, 22; XL, 38, 41 ; XLII, 1 ; XLIV, 6; XLV, 16. —38 Tit. Liv. 11,9; IV, 8; XL. 51 ; XXXII, 7.
— 39 Tit. Liv. XXIX, 37. — 40 plut. Quaest. rom. 42. — 41 Tit. Liv. XXXVIII, 60; Tacit. Annal. XIII, 28 ; Lex servilia, c. xvii, xix, xx. — 42 Tit. Liv. XXXIV, 57 ; XXXVII, 36 ; Dionvs. IV, 52 ; Diod. Excerpt. Mai, XXXII, 3 ; Appian. De bell. hispan. 43, 4i.
— 43 Tit. Liv. XLV, 29, 32 ; Sallust. Jug. 31. — 4’. Dion. Vil, 63. — 45 Tit. Liv.
]' séquence, une redevance au trésor, comme on la vu plus haut. La loi Manlia créa, en 357 av. J.-C., un impôt indirect du vingtième sur le prix des esclaves affranchis appelé vicesima manumissionum ou aurum vicestmarium 46. Enfin, il faut ajouter le produit de la vente des agri quaestonï47et celui des emprunts confiés aux triumviri mensarii 48.
Les dépenses à la charge du trésor, sous la république, peuvent aussi se diviser en dépenses ordinaires et extraordinaires.
Les dépenses ordinaires étaient relatives à l’intérieur ou à la guerre. Les dépenses de l’intérieur comprenaient les fournitures à faire pour le service des magistrats {curules equi , etc.) 49, le matériel des bureaux (supelkx), la vaisselle pour recevoir les hôtes publics, les frais d’equipement, de transport [evectiones], etc. 50, mais point de salaires, si ce n’est pour les employés d’un ordre inférieur, comme scriba, lictor, vtator, praeco. Le service du culte était assuré en partie par des fondations ou propriétés concédées par les rois; cependant l’État fournissait des animaux pour les sacrifices, et, dans certains cas, affectait un impôt spécial à des temples : ainsi un droit sur les décès était attribué au temple de Libitina, un autre sur les naissances au temple de Lucina, un droit sur la prise de la robe virile au temple de Juventas;de même certaines confiscations étaient attribuées au temple de Cérès51. Enfin, les censeurs pourvoyaient à l’entretien des oies du Capitole 52. Les frais de conservation des rues, places, murailles, édifices publics et aqueducs étaient supportés par Yaerarium 53, aussi bien que ceux des agents salariés employés par les censeurs et surtout par les édiles : par exemple, pour les travaux publics et pour la police municipale 54.
Les dépenses de la guerre s’accrurent sans cesse avec les progrès de la domination romaine. Elles ne comprenaient d’abord que les frais des munitions, des machines, enfin ceux des vivres ( annona ), seulement lorsque la campagne, en se prolongeant, ne permettait pas aux citoyens de vivre à leurs dépens; un peu plus tard, enfin, la marine; cependant certaines villes alliées paraissent en avoir eu d’ordinaire toute la charge. Puis, en 405 av. J.-C., fut instituée une solde pour les légionnaires 55. Cette charge nouvelle, concourant avec la diminution de Y ager publicus par des assignations, des fondations de colonies ou des usurpations multipliées, allait grossir démesurément le chiffre des dépenses de Yaerarium. La solde ( aes militare ou stipendiai) était fournie, en général, par Yaerarium , et non pas directement par chaque tribu56. Il dut arriver souvent depuis, que le sénat doublât ou triplât la proportion du tribut à prendre par 1,000 as, d’après le cens de chaque particulier. Une caisse militaire accompagna dès lors l’armée, confiée d’abord aux tribuni aerarii, puis à des questeurs spéciaux dont nous parlerons bientôt57.
Les dépenses extraordinaires avaient pour objet : 1° les travaux de construction nouvelle 58 ordonnés par les cen-
II, 42 ; III, 31, IV, 56 ; V, 26 ; Cic .In Verr. II, 1, 21. Ou appelait ce prix manubiae; Bell. XIII, 24, 29. — 46 Tit. Liv. VII, 16; XXVII, 10 ; Cic. Ad Attic. II, 16. — 47 Tit. Liv. II, 17 ; IV, 48 ; XXVIII, 46 ; Schwegler, Rôm. Gesch. XXV, 4. - 48 Tit. Liv. XXIII, 21 ; XXIV, 18 ; XXVI, 36. — 49 Tit. Liv. XXIV, 18. — 3° Walter, l. I. I, § 146 et 184. [magistratus, legatio libéra], — 51 Diou. Haï. IV, 15.— 52 Cic. Pro Rose. Amer. 20; Plia. Hist. nat. X, 26 ; Plut. Quaest. rom. 98.-53 Tit. Liv. IV, 8; XXXIX, 44; XL, 46, 51 ; XLIV, 16; Zonaras, VII, 19; Cic. De legib. III, 3; Polyb. VI, 13, 14. — 54 Lex de XX Quaest.; Corn. Nep. Eum. I ; Cic. Verr. III, 78 ; Lange, Rôm. Alterth. p. 768. —55 Tit. Liv. IV, 59 ; Dion. Hal. IV, 19. — 56 cf. Mommsen, Rômische Tribus, p. 31-33; Tit. Liv. IV, 59, 60 ; et Walter, l. I. I, § 194, p. 291, note 71.— 57 Polyb. VI, 36 et 37. — 18 Tit. Liv. XXXIX, 44; XL, 46, 51 ; XLIV, 16.
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scurs dans les limites des fonds fixés par le sénat, et les ouvrages moins importants entrepris par les édiles au moyen des caisses spéciales déposées au temple de Cérès, et remplies par le produit des amendesprononcées ou obtenues par chacune des deux classes d’édiles [aediles] ; 2° Yaerarium supportait les frais de séjour et de réception dans la villa publica, des ambassadeurs étrangers, qui devaient lui notifier leur présence 59 ; quelquefois ce trésor se chargeait des funérailles et des monuments funèbres de citoyens qui avaient bien mérité de la patrie 60 ; 3° l’approvisionnement de Rome [annona]), dans les cas de disette surtout, imposa souvent de lourds sacrifices : on achetait le blé au loin et on le transportait à Rome pour le vendre à prix réduit 61 , ou meme le distribuer gratuitement aux indigents; 4° enfin les dépenses de la guerre en cas de revers imprévus ou de dangers imminents furent souvent momentanément accrues. De là la nécessité d’un impôt extraordinaire, temerarium tributum 62 , quelquefois remboursé après la victoire.
Administration de l'aerarium. — Personnel. La garde et l’administration de l'aerarium furent spécialement confiées à deux quaestores aerarii, appelés aussi urbani.J)e graves discussions se sont élevées sur l’origine et le mode de nomination de ces questeurs 63.
Nous voyons qu’ils étaient nommés par les comices curies, en vertu d’une loi de Yalerius Publicola, qui ne voulut pas conserver aux consuls la charge et la responsabilité de ce choix, jadis attribué à la royauté 64.
En 421 av. J.-C., le nombre des questeurs fut doublé, c’est-à-dire porté à quatre, dont deux furent désignés pour suivre les consuls à la guerre, avec le soin de la caisse militaire ; les deux autres conservèrent le nom de quaestores urbani ou aerarii [quaestor].
A partir de la même époque, les questeurs purent être choisis parmi les plébéiens. A leur entrée en fonction, les questeurs urbains devaient prêter serment, dans le temple de Saturne 65, de remplir fidèlement leurs devoirs de trésorier. Ces magistrats étaient placés sous la dépendance des consuls et du sénat, comme on le verra bientôt, soit au point de vue de l’ordonnancement des payements, soit à celui de la détermination des crédits affectés aux différents services, soit enfin en ce qui concerne la fixation du montant des recettes à opérer. Au contraire, les questeurs provinciaux ou classici, qui devaient accompagner en province les généraux ou les gouverneurs, ou gouverner euxmêmes des provinces pro praetore, d’après le rôle qui leur était assigné par le sort (sortitio provinciae) ™ , recevaient de l'aerarium et des questeurs urbains les sommes destinées au service militaire, et leur rendaient compte à l’expiration de leurs fonctions. Au moins déposaient-ils leurs registres à l'aerarium, sous la surveillance du sénat67. Il est à remarquer que les étendards [signa] étaient aussi déposés àl'aerarium, d’où ils sortaient pour être remis aux troupes par les questeurs, au moment du départ pour une expédition
59 cic. Pro Flacco, 18; Plut. Quaest. rom. 43. — 60 Cic. Phil. IX, 7; XIV, 14; Valer. Max. V, 1, 1. — 61 Cic. Verr. III, 5, 18; Ibid. 16; Tit. Liv. X, Il ; II, 34, 51, 52; Ruperti, Handbuch, II, p. 816. — 62 Festus, s. v. Tributorum. — 69 Lange, Rômische Alterthiimer , p. 333, 494, 504, 735 ; Mommsen, Rômische Geschichte, II, 1,2; Becker, Handbuch der rôm. Alterth. II, 2, p. 337 ; II, 3, p. 166, 184; W. Zumpt, Crim. Redit, I, p. 77; lîubino, Untersuchungen liber rôm. Verf. p. 310 et Cassel, 1839. Tacit. Ann. XI, 22; Plut. Poplicol. 22; Zonaras, VII, 13; Tit. Liv. IV, 4, 43; Lvdus, De magist. I, 24; Varro, Ring. lat. V, 14; Dig. I, 2, fr. S 23 ; — 61 Plut. I. I. — 65 Appian, Bell. civ. I, 31. — 66 Lange, l. I. p. 746 et s. — 67 Laboulave, Essai sur les lois crim. des Rom. p. 46, 47 ; Cic. In Verr. I, 13, 1 4 ; II, 1 , 14, 39 ; Ad fomit. II, 17 ; et Ascon Ad h. /.; Tit. Liv. XXXVIII, 54, 58; Gell. IV, 18. - 68 Tit. Liv. III, 69; IV, 22; VII, 23. —
militaire 6S. Rappelons encore que l'aerarium , au moins à partir du vi° siècle de Rome, devint le dépôt des archives [tabularium] 69 ; enfin c’est aussi, à ce qu’il semble, au temple de Saturne 70, que les nouveaux magistrats prêtaient serment entre les mains des questeurs [jurare in leges,