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sont prêts : souvent même ils préviennent le héraut, et font connaître par leurs cris ainsi qu’en élevant les mains l’ardeur qui les anime. Ils marchent ensuite en bon ordre, en silence et sans jamais rompre les rangs, comme s’ils avaient l’ennemi devant eux. »
Le même auteur indique encore6 l’ordre de marche adopté par Vespasien : « 11 partit de Ptolémaïs en observant l’ordre de marche qui était en usage chez les Romains. Il donna aux auxiliaires armés à la légère et aux archers l’ordre de prendre la tête de la colonne, pour éviter toute surprise de l’ennemi et fouiller les forêts où ce dernier aurait pu placer des embuscades. Après eux venaient une partie de la cavalerie et de l’infanterie des Romains, puis dix hommes par centuries portant, outre leur équipement, tout ce qui était nécessaire pour le tracé du camp ; ceux-ci étaient suivis par les pionniers qui préparaient la route, en détruisant les aspérités et coupant les arbres qui se trouvaient sur le passage de l’armée , afin d’épargner à celle-ci les fatigues occasionnées par les mauvais chemins. Vespasien plaça ensuite dans la colonne ses bagages et ceux de son état-major, avec de nombreux cavaliers chargés de veiller à leur sûreté ; il se plaça après eux à la tête de la cavalerie et de l’infanterie des extraordinaires, ainsi que des soldats armés de lances ; ceux-ci étaient suivis des cavaliers légionnaires (car cent vingt cavaliers étaient attachés à chaque légion), puis des bêtes de somme portant les hélépoles et les autres machines. Les tribuns et les chefs de cohortes venaient ensuite, escortés de soldats choisis ; puis on voyait paraître, entourée des enseignes, l’aigle qui se montre toujours en tête de chaque légion ; car l’aigle, parce qu’il est le plus vaillant et le plus fort des oiseaux, est considéré par les Romains comme un présage de victoire et un symbole de puissance. Ces emblèmes vénérés étaient suivis des trompettes, puis île l’infanterie romaine formée en cohortes, marchant à rangs ouverts et par six, conduites chacune par un centurion, qui veillait au maintien du bon ordre et de la discipline. Chaque légion était suivie de ses esclaves conduisant les bêtes de somme chargées de ses bagages. Après les légions se trouvait la foule des marchands, et enfin l’arrière-garde placée pour la sécurité de l’armée et composée de fantassins ainsi que de nombreux cavaliers. » Josèphe admire tellement cet ordre démarché, que, dans la suite du même ouvrage7, il le décrit de nouveau.
Ainsi, au temps de à espasien et de Titus, on conservait les usages décrits par Polybe; seulement ce dernier ne parle pas de l’incendie du camp ni de la question adressée aux troupes par un héraut, pratiques pourtant déjà anciennes à l’époque où écrivait l’historien juif8.
Polybe nous indique deux ordres de marche. Dans le piemier, 1 aimce ne formait qu une seule colonne précédée par une avant-garde et suivie par une arrière-garde.
11 était toujours facile d’y placer les troupes, la droite ou la gauche en tête, comme le dit cet auteur, grâce à l’ordre dans lequel elles étaient campées. De même que, dans une armée rangée en bataille, l’aile droite est celle qui se trouve à la droite du général quand il fait face à l’ennemi, de même dans le camp le côté droit devait être celui qui se trouvait à la droite du consul quand il regardait la porte prétorienne, celle-ci étant placée du côté de l’ennemi ; sur le côté droit se trouvait la porte principale droite, et sur
le côté gauche la porte principale gauche [castra]. Donc l’aile droite des alliés était campée près de la porte principale droite : c’était elle qui, le premier jour, suivait les ordinaires; venait ensuite la première légion campée près d’elle, puis la deuxième légion, et enfin l’aile gauche des alliés. Le lendemain, le mouvement commençait par ce dernier corps, suivi de la deuxième légion, puis de la première, et enfin de l’aile droite des alliés. Ce que dit Polybe prouve que la porte prétorienne et non la porte décumane, comme l’ont prétendu quelques commentateurs, était la plus rapprochée de l’ennemi ; du reste, Yégèce le dit formellement 9. C’est pour cela qu’on faisait camper près d’elle les extraordinaires qui formaient l’avant-garde quand on marchait en avant, et l’arrière-garde quand on marchait en retraite. Yégèce 10 dit que c’est par la porte prétorienne que l’armée sort du camp pour marcher à l’ennemi. Il est vrai que c’était de ce côté que sortaient les extraordinaires chargés de commencer le mouvement ; mais si toute l’armée eût suivi cette voie, le défilé eût demandé beaucoup de temps, et il est probable que, surtout quand l’armée devait marcher sur trois colonnes, la sortie avait lieu, en outre, par les deux portes principales. Dans ce dernier cas, les hastats devaient sortir par la porte principale droite, les princes par la porte prétorienne et les triaires par la porte principale gauche : on trouve des exemples de cette sortie simultanée des troupes par les trois portes dont nous parlons, dans plusieurs passages de Tite-Live et dans les Commentaires sur la guerre civile u.
Le second ordre de marche dont parle Polybe consistait dans la formation de trois colonnes au lieu d’une seule : la colonne de droite était composée des hastats, celle du centre des princes, et celle de gauche des triaires. Les troupes étant ainsi disposées, l’ennemi pouvait les attaquer en tête, en queue, à gauche, à droite : 1° Si l’ennemi se présentait en tête, les hastats pouvaient se former en avant en bataille, pendant qu’il combattait avec l’avant-garde, qui était assez nombreuse pour lui résister longtemps; mais on se contentait souvent de faire soutenir l’avant-garde par les manipules placés en tête des colonnes 12 ; il en était de même quand on n’avait pas le temps nécessaire pour faire un déploiement 13. — 2° Si l’ennemi se présentait en queue, pendant qu’il était tenu en respect par l’arrière-garde, les hastats pouvaient encore se former en bataille devant lui, en exécutant un changement de front en arrière sur le dixième manipule. Dans ce cas, comme dans le précédent, si 1 on était attaqué par toute 1 armée ennemie, les princes et les triaires, couverts par les hastats et par l’avant-garde ou l’arrière-garde, avaient tout le temps nécessaire pour piendie leur place de bataille. Mais ces deux premiers cas devaient se présenter assez rarement, attendu que l’ennemi, voyant la lete et la queue de la colonne garanties de toute surprise par une nombreuse avant-garde et une arrière-garde non moins considérable, devait attaquer de préféience les flancs, qui n étaient couverts que par quelques pelotons de cavalerie. — 3° Si l’ennemi se présentait à gauche, les trois colonnes s’arrêtaient et les triaires, quittant la leur, en faisant un « gauche , se portaient à la rencontre de 1 ennemi. Polybe se sert du verbe x).£vstv, changer de direction, pour exprimer ce mouvement qui pouvait s’effectuer de trois manières différentes : soit par le flanc gauche ; soit en faisant un quart de conversion à gauche, après être sorti
* UM' J'ud' 1U> 6- — 7 V, 2. - 8 Bell. afr. 67 ; Bell. gall. 1, 41 ; Bell.
cio. I. 7
1, .3, 10 I, 23. n 111, 75, 83. — 12 X. Liv. XXIX, 34. — 13 T. Lir. XXIX, 36.
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de la colonne, si l’on tenait à avoir le premier rang en tête ; enfin, celte dernière condition pouvait être obtenue, tout en évitant de faire la conversion, quand on rangeait les troupes dans l’ordre adopté par Métellus, et dont nous allons bientôt parler ( transversis principiis). — 4° Si l’ennemi se présentait à droite, les trois colonnes s’arrêtaient encore, et c’étaient les hastats qui sortaient de la leur, après avoir fait un à droite. Si, dans ce dernier cas, par exemple, il était nécessaire de faire combattre toutes les troupes, les princes passaient dans les intervalles qui existaient dans la colonne de droite, par suite du départ des hastats, et les triaires traversaient également et sans difficulté les deux colonnes placées à leur droite. Les hastats ayant un effectif double de celui des triaires, on comprend que Polybe ait dit que le mouvement était plus long quand il s’effectuait de leur côté ; il en était de même quand ils avaient à repousser l’ennemi dans le premier cas que nous avons examiné.
En outre, quand l’ennemi se présentait à droite, il y avait trois irrégularités dont la rectification, si on voulait la faire, demandait encore beaucoup de temps. Après avoir fait leur à droite , les manipules des hastats se trouvaient placés par inversion, les rangs étant devenus des files, et le nombre de ces dernières étant différent de celui qu’on voyait dans l’ordonnance habituelle. Cette observation permet de comprendre le passage de la Guerre de Jugurtha u, où Salluste raconte que Métellus, avant d’entrer dans une plaine où il prévoyait qu’il serait attaqué sur son flanc droit, prit les dispositions suivantes : au lieu de placer les manipules dans l’ordre habituel, c’est-à-dire le premier en tête, il changea leur disposition ( commutatis ordinibus) en mettant à la tête le dixième manipule, puis le neuvième, etc. En outre, dans chaque manipule, au lieu de placer le premier rang en tête, il le fit marcher sur le flanc droit de la colonne, c est-a-dire en travers par rapport à sa disposition habituelle ( transversis principiis) ; de cette manière, quand l’ordre de faire par le flanc droit fut donné, toute l’armée marcha à l’ennemi dans l’ordre naturel, c’est-à-dire avec le premier manipule placé à l’extrême droite, et les soldats de chaque manipule occupant leur véritable place de bataille. Tout ceci revient à dire que Métellus, en entrant dans la plaine, rangea régulièrement son armée en bataille; puis, pour continuer sa marche, il fit faire un à gauche à toutes ses troupes; enfin, quand il fut en présence de l’ennemi, il n eut plus à faire exécuter qu’un seul mouvement, un simple à droite, pour que toute son armée fût de nouveau et régulièrement rangée en bataille. La lecture du chapitre suivant nous a confirmé dans cette opinion. Dans ce chapitre, l’auteur dit : 1° que les cavaliers de l’aile gauche, par suite de la disposition adoptée, marchaient en tête de la colonne; 2° que la cavalerie avait été placée sur les deux ailes, c’est-à-dire à la tête et à la queue de la colonne, de telle manière que le mouvement général par le flanc droit venant à être exécuté, cette cavalerie se trouva immédiatement à sa place habituelle dans lordre de bataille, c’est à- dire aux deux ailes. Il est probable que la disposition adoptée par Germanicus, dans des circonstances analogues, fut la
même 15. .
Quand l’ennemi attaquait à la fois, et dans un terrain
resserré, la colonne de droite et celle de gauche, l’armée s’arrêtait et les deux colonnes attaquées, après avoir lait
appuyer leurs bagages vers la colonne du centre, combattaient sur le terrain qu’elles occupaient 16.
Nous devons aussi mentionner une manœuvre fort intéressante dont parle Tite-Live 17. Dans l’expédition de Quintus Flamininus contre Nabis, Appius Claudius, qui commandait l’arrière-garde, s’attendant à lavoir attaquer, avait fait marcher ses troupes en colonne et la droite en tête; quand l’ennemi se présenta, il fit faire une contre-marche au dernier manipule, et tous les autres ayant fait un quart de conversion à gauche exécutèrent au pas de course un changement de front en avant sur le dernier manipule, et se trouvèrent alors rangés en bataille dans l’ordre le plus régulier. Appius Claudius put donc arrêter, par un combat, la poursuite de l’ennemi ; mais quand celui-ci se bornait a harceler la colonne, la retraite était toujours fort pénible, surtout si la poursuite était faite par de la cavalerie. Dans ce cas l’arrière-garde, de même que 1 armée qu elle couvrait, ne pouvait avancer que bien lentement, attendu que les armes de jet avaient une portée trop minime pour maintenir l’ennemi à une grande distance et l’empêcher de réitérer ses attaques. C’est ainsi que César 18, poursuivi pai la cavalerie numide, fut réduit, pendant une partie d une journée de marche, à faire moins de cent pas par heure. Nous trouvons dans les commentaires sur la guerre civile •, l’indication d’une retraite bien conduite par Afranius. Il avait composé son arrière- garde de cohortes sans bagages qui s’arrêtaient fréquemment pour repousser la cavalerie de César : quand on arrivait à une hauteur, la moitié des cohortes y prenait position et protégeait ainsi la retraite de l’autre moitié ; quand ensuite il fallaitque l’arrière-garde descendît dans la vallée, les légions s’arrêtaient à leur tour et tenaient la cavalerie ennemie en respect, jusqu à ce que l’arrière-garde se fût retirée au pas de course.
Jules César 20, lorsque ses troupes étaient en marche, les plaçait habituellement dans le premier des deux ordres indiqués par Polybe, en faisant suivre chaque légion par ses bagages, excepté pour la dernière qui les avait devant elle. Mais quand il approchait de l’ennemi, il plaçait en tête les trois quarts de son armée sans bagages, puis tous les impedimenta de l’armée, et enfin le reste de ses troupes, comprenant surtout les légions de nouvelle levée; l’avant-garde était composée de la cavalerie et de l’infanterie légère. En outre, nous trouvons dans une autre partie des Commentaires21, la preuve que Jules César employa la marche sur plusieurs colonnes dont parle l’auteur grec. La cavalerie de Vercingétorix, partagée en trois corps, attaqua 1 armée romaine en tête et sur les deux côtés : César partagea aussi la sienne en trois corps et la porta à la rencontre de 1 ennemi ; en même temps, il fit arrêter son infanterie et placer les bagages entre les légions. Lorsque, sur 1 un des côtés, les troupes opposées aux Gaulois, venaient à faiblir, l’infanterie de ligne placée de ce côté se formait en bataille et arrêtait la poursuite de l’ennemi. Or, si l’armée n’avait formé qu’une seule colonne, les bagages se trouvant, suivant l’habitude en pareil cas, placés à la queue de chaque légion, il eût été inutile de donner l’ordre de les y mettre ; il faut donc qu’il y ait eu plusieurs colonnes séparées par des intervalles dans lesquels Jules César fit entrer les bagages. De plus, ce n’est pas une seule colonne qui eût pu faire face en même temps à droite et à gauche : nous sommes donc autorisé à croire qu’il y en avait plusieurs.
— îi Bell. gall. VII, 67
14 C. 49.— ls Tac. A«/i. II, 16.
16 lit. Liv. Xi, 39.- 17 XXXIV, 28.- '8 Bell.
afr. 69. — I, 79. — 20 Bell. gall. II, 17, 19 ; VIII, S.
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Du reste, cette formation fut encore employée pendant bien longtemps : l'auteur du commentaire sur la guerre d’Espagne n, semble la désigner quand il dit : « copias ad castra tripartito transduxit. » Corbulon en fit usage dans la guerre des Parthes 23 ; les détails que Tacite donne à ce sujet rendent toute hésitation impossible.
Pour désigner l’ordre de marche sur une seule colonne, on se servait des expressions pilatim iter facere, ou pilatim exercitum ducere n. Quant à la marche sur plusieurs colonnes, on la désignait par les expressions passim iter facere, on passim exercitum ducere. Plusieurs historiens latins ont aussi parlé d’un ordre de marche qu’ils appellent quadratum agmen, et tous s’accordent à dire que les généraux l’employaient en pays ennemi quand ils croyaient devoir redoubler de prudence23; mais aucun d’eux n’a donné des renseignements précis sur cette formation, et Salluste est le seul qui en parle avec quelques détails. Dans son récit de la guerre de Jugurlha 26, cet auteur dit que Marius, par mesure de prudence, faisait former le quadratum agmen à ses troupes quand elles étaient en marche, et il ajoute: <i Sylla, avec la cavalerie, couvrait la droite de l’armée, et Manlius en faisait autant pour la gauche avec les frondeurs, les archers et les Ligures; des tribuns étaient placés en tête et en queue avec des manipules sans bagages. » Ces détails, quoique fort incomplets, peuvent servir à faire comprendre la formation. D’un autre côté, dans les Commentaires sur la guerre des Gaules 27, on trouve mentionné un ordre de marche qui, selon l’auteur du récit, avait de l’analogie avec le quadratum agmen , et nous croyons que cette analogie provenait surtout de ce que des troupes sans bagages marchaient en bataille à la tête et à la queue de l’armée, parce que ce détail est le seul qui soit rapporté par l’historien. Ammien Marcellin 28 appelle quadratum agmen un ordre de marche employé par Julien, et le décrit complètement en disant que l’armée était formée sur trois colonnes, que les bagages étaient répartis entre les différents corps de troupes, et qu’il y avait une avant-garde, une arrière-garde et des flanqueurs. Quant à Yégèce, les dispositions qu’il indique29 rappellent celles dont parle Salluste; mais, comme ce dernier, il ne dit pas dans quel ordre était placée l’infanterie de ligne.
Des divers exemples que nous venons de citer nous pouvons conclure que le quadratum agmen n’était qu’une modification de la marche sur trois colonnes, et qu’elle en différait par les détails suivants : 1° placement, à la tète et à la queue de l’armée, de troupes sans bagages ; 2° adjonction de flanqueurs sur les deux flancs. Quant au nom de celte formation, nous pouvons l’expliquer de la manière suivante : dans la marche habituelle sur trois colonnes, le terrain occupé par l’armée était beaucoup plus long que large ; mais, quand on plaçait des flanqueurs sur les deux côtés, et quand, en outre, on faisait marcher, à la tête et à la queue de l’armée, des troupes d’infanterie de ligne rangées en bataille, le terrain occupé augmentait en lar geur; de plus, la profondeur diminuait, puisqu’on avait lait sortir de la colonne les troupes employées sur les flancs, et que celles qui marchaient en bataille occupaient moins d’espace en profondeur que lorsqu’elles marchaient en colonne. Pour ces différentes raisons, on quittait la forme d un rectangle assez allongé pour se rapprocher de
52 C. 5. — 23 Tac. Ann. XIII, 4U. — Serv. AdAen. XII, 121. — 2S Tit. Liv. VII,
29 ; X, 14 ; XXXI, 37 ; XXXIX, 30. Oies. Bell. (/ail. VIII, 8 ; Amm. Marc. XXIV, I • XXXI, 16. — 26 C. 1U0. 27 V11L S. U. — ï8\viv 4 îl) ni a ftn /- *
celle d’un carré, si toutefois on n’y arrivait pas exactement. Un bas-relief de la colonne Antonine 30 (flg. 4 79), où l’on voit des soldats d’infanterie marchant en formant le
Fig. 179. Agmen quadratum.
carré autour des bagages, qu’ils protègent, paraît être une représentation abrégée de cet ordre de marche.
Le quadratum agmen , combinaison de la marche en bataille et de la marche en colonne, n’était donc pas la marche en carré proprement dite. Nous n’avons trouvé, dans les auteurs latins, qu’un seul exemple de cette dernière formation ; cet exemple est rapporté par Tacite 31, qui raconte que Germanicus l’employa en Germanie. Chaque face du carré était formée par une légion, les impedimenta étaient placés au centre, et de plus, il y avait une avant-garde et une arrière-garde comprenant la cavalerie ainsi que l’infanterie légère, et toutes deux très-rapprochées de la première et de la quatrième face.
Végèce 32 nous apprend que, bien longtemps avant l’époque où il vivait, pour empêcher les esclaves et les bêtes de somme de porter le trouble dans les colonnes en cas d’attaque, on avait eu l’idée de les organiser militairement : on les partageait en bandes comprenant chacune deux cents animaux et leurs conducteurs, avec un signe particulier de ralliement, et un chef choisi parmi les esclaves les plus expérimentés et les plus intelligents.
L’avant- garde, dans les armées romaines, fut d’abord fournie par les extraordinarii 33 campés près de la porte prétorienne, la plus rapprochée de l’ennemi 3\ puis par les auxiliarii 33 : elle était composée de soldats de cavaleî ic et d infanterie 3B, car il fallait qu’elle pût prendre position et arrêter pendant quelque temps l’ennemi, si elle le rencontrait, afin de donner à l’armée le temps de se disposer au combat. Avec elle marchaient, au temps de Pol\bc, le tiibun et les centurions charges de déterminer l’emplacement du camp et d’en faire le tracé 37, puis plus tard, les castrorum mexatores 38 avec leurs aides les mensores ,9, et quelques hommes de chaque centurie portant, outie leuis armes, tout ce qui était nécessaire pour le
lumna M. Aur. Anton, tav. 66. — 31 Ann. I, 15.— 32 Mil. III, (..— 33 p0lyb. VI 40 —
l* Veg„1’ 23'— 33 Jos- ^U.jud. V, 2. 33 Caes. BelL galL n> 17) 19 jac. An n. I, 51. - 37 Fuhb. vi, 41. 38 Cic. PhiL XI> 5j ,2 39 Fr01|t u> 7j g H. yeg U) 7<
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tracé du camp 40. Elle détachait elle-même en avant, et formant ce que nous appelons l’extrême avant-garde, les antecessores ou antecursores qui marchaient avec précaution, cherchaient à découvrir les embuscades et déterminaient la route à suivre. Dans la marche en carré, l’avant-garde se tenait très-rapprochée de la première face41.
L’arrière-garde ( extremum agmen ) 42 était habituellement fournie, sous la république, par la cavalerie des alliés; mais si l’on craignait une attaque de ce côté, on faisait passer les extraordinaires de la tête de la colonne à la queue 43. Cette disposition se comprend facilement, si l’on remarque que l’armée marchant en retraite, c’est-à-dire laissant l’ennemi derrière elle, sortait du camp par la porte décumane [castra] ; les extraordinaires établis à l’autre extrémité étaient les derniers à se mettre en marche, et se trouvaient ainsi naturellement placés à l’arrière-garde. Sous l’empire, l’arrière-garde était toujours composée de cavalerie et d’infanterie 44. Masquelez.
AGNATIO. — On appelait agnatio, en droit romain, la parenté selon la religion primitive, reconnue et constituée par l’ancien droit civil, et y produisant des effets utiles, tandis que la parenté naturelle [cognatio], sans y être absolument méconnue, n’y produisait que des effets négatifs ou honorifiques [jus osculi]. Les liens du sang formaient, il est vrai, le fond de l’agnation comme de la cognation, et sauf l’exception des adoptés et de la femme in manu [manus], tous les agnats étaient cognats en même temps ; mais tous les cognats n’étaient pas agnats, et le droit civil avait posé à la possession de ce dernier titre des conditions particulières.
Suivant la définition la plus large, on appelait agnats les cognats parents entre eux par les mâles {per virilem sexum lognati ), c’est-à-dire remontant de mâle en mâle à un auteur commun à qui étaient dus les sacrifices domestiques, pourvu qu’ils n’eussent pas subi de capitis deminutio [caput]. En d’autres termes, l’agnation existait avec la cognation, d’abord et fondamentalement entre les membres de la même famille prise au sens étroit [familia], c’est-à-dire entre les ingénus sous la puissance du même pater f amilias, savoir : ses enfants non émancipés, les enfants de ses fils, de ses petits-fils, etc. L’agnation, comme la puissance paternelle, suivait toujours la filiation mâle par mariage, car « ceux qui naissent, dit Gaius ‘, suivent la famille de leur père et non de leur mère. »
Une fois la puissance paternelle dissoute par la mort du père de famille, ses enfants, ceux au moins de la première génération, devenaient chefs de famille eux-mêmes, singulas familias incipiunt habere, dit Ulpien2; mais l’agnation n’en subsistait pas moins entre eux, et elle s’étendait indéfiniment à tous les enfants issus de justes noces, par le sexe masculin. Cette réunion des agnats s’appelait aussi famille; Ulpien ajoute : familiam, dicimus omnium agnatorum. Par conséquent, pour savoir si deux parents étaient agnats entre eux, on devait supposer leur auteur commun encore vivant, à quelque degré qu’il fallût remonter pour cela : ils étaient agnats, du moment que dans ce cas ils auraient été ensemble sous sa puissance3.
L’agnation s’établissait artificiellement et sans cognation : 1° par la manus, entre la femme in manu mariti d’un
40 Jos. Dell. jud. III, G. — 41 Tac. Ann. I, 51. — ''2 Sali. Jug. 50. — 43 p0hb. yj 40. — 44 jos. Bell. jud. III, 6.
AGNATIO. 1 Inst. I, 156. — 2 L. 195, §2, De verb. signif. L, D. 16. — 3 Fr. 12, De suis, Dig. XXXVIII, 16. —4 Cf. Ducaurroy, Inst. expi. II, n. 835. Paris, 1851, 8» éd.
côté, et de l’autre les agnats du mari et ceux qui étaient sous sa puissance; — 2° par l’adoption et l’adrogation: ces deux actes, en imitant la nature et en suppléant aux liens du sang, créaient l’agnation par cela même qu’ils donnaient lieu à la puissance paternelle [adoptio, adrogatio].
On appelle d’ordinaire l’agnation une parenté collatérale. En un sens, Pomponius a pu dire que le fils est le plus proche agnat de son père; mais, relativement à l’hérédité, il est vrai que les agnats {sensu stricto) forment un ordre à part 4 et que l’agnation n’existe pas en ligne directe. La loi des Douze Tables en fait foi quand elle n’appelle les agnats à la succession ab intestat qu’à défaut d’héritiers siens, c’est-à-dire d’enfants ayant été sous la puissance du défunt. Pour le père de famille, ses descendants étaient sui, siens; pour les enfants, le père était pater ou p aterf 'ami lias ; la mère était agnate si elle était in manu, parce qu’alors elle était comme fille de son mari et sœur des enfants ; autrement elle n’était que leur cognate. L’agnation ne commençait donc qu’à la ligne collatérale, comme l’indique la composition du mot adgnati (nés à côté). D’ailleurs, pour les fils rie famille l’agnation n’existait qu’à l’état latent; elle ne produisait ses effets à leur égard que lorsqu’ils devenaient suijuris. Or, en ligne directe, il y avait toujours entre ascendants et descendants des rapports de puissance exclusifs de tout autre droit, et ces rapports ne pouvaient être rompus que par une capitis deminutio qui rompait en même temps toute espèce d’agnation.
Le principal avantage de l’agnation était que les plus proches agnats succédaient ab intestat à celui qui ne laissait pas d’héritiers siens. Ils étaient aussi appelés à la tutelle du fou, et cela malgré l’existence des héritiers siens, qui, étant sous la puissance du père de famille, ne pouvaient devenir ses tuteurs. Parmi les agnats, on distingua plus tard, sous le nom de consaaguinei, les frères et sœurs nés du même père de famille 5.
L’agnation se dissolvait par toutes les capitis dermnutiones [caput].
Le droit prétorien porta les premiers coups à l’agnation, en introduisant dans son système de succession les droits de la parenté naturelle [ueres]. Les empereurs suivirent de plus en plus cette voie, et Justinien fit disparaître les dernières traces de l’agnation par la Novelle 118.
F. Baudry.
AGNOMEN [nomen].
AGOGÈ (Aywyr,). — Acte de la procédure établie chez les Loerienspar Zaleucus l. On l’a comparé assez justement hVadductio in jus rei litigiosae des Romains ". D’après Zaleucus, «celui qui était en possession d’une chose litigieuse au moment où cette chose était portée devant le magistral, avait pour lui une présomption de propriété et conservait cette possession jusqu’au jour du jugement sur le fond du droit. » Les tribunaux décidaient toutefois que cette règle ne pouvait pas être invoquée par celui dont la possession était entachée du vice de violence. E. Caillemek.
AGOGOIOS (’Ayiâyifxo;). — Nom sous lequel on désignait à Athènes, avant les réformes de Solon, le débiteur qui, n’ayant pas pu se libérer de sa dette, était adjugé à son créancier. Celui-ci pouvait soit l’employer comme esclave,
— 5 Ulp. XXVI, I ; raul. Sent. IV, 22 ; Instit., art. III, 2, § 3 ; Gaius, Comm. III, 14.
AGOGÈ. 1 Polyb. XII, c. 16, §§ 7, 8, 14.-2 Gaius, c. iv, § 16. - Biblioguapiiik. Hofmann, Bcitrâge zur Geschichte des griech. und rôm. Bechts, Wien, 1870, p. 113 et suiv.; Cf. Reçue de législation ancienne et moderne, 1870-1871, p. 652 et suiv.
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siot le faire vendre l’étranger1. La condition de l’àyojytfAo; rappelle celle de Yaddictus des Romains. Solon améliora notablement la condition des débiteurs. E. Caillemer.
AGOLUM. — Bâton dont se servaient les conducteurs de bestiaux (pastorale baculum quo pecudes aguntur )*. C’est vraisemblablement le long bâton pointu, ordinairement fait d’un rejeton droit du cactier à raquette que l’on voit encore aujourd’hui dans les mains des pâtres de la campagne romaine2. E. S.
AGOIV (’Avtov). — I. Lutte, concours [certamina, ludi].
II. Personnification des luttes athlétiques et des concours de tout genre [certamina]. Les Grecs en avaient fait un dieu. 11 avait une statue à Olympie, qui le représentait tenant des haltères i. On le voyait dans le même endroit, figuré en relief parmi de nombreuses divinités, sur une table d’or et d’ivoire, œuvre de Kolotès, où étaient placées les couronnes destinées aux vainqueurs des jeux 2. Sur un vase peint, à ligures rouges, de la fabrique de Nola(fig. 180), où il est clairement désigné par l’inscription Arox3, il a les traits d’un éphèbe. Son front est ceint d’une bandelette ; il est vêtu d’une tunique et d’un manteau et a pour attribut le long bâton que tiennent constamment, dans les monuments, les personnages qui président aux luttes [agonotuetes]. Dans sa main droite
est une coupe avec laquelle il fait une libation à Hermès, le dieu de la palestre, debout devant lui.
C est peut-êtie le même dieu que l’on voit sur une pierre giavée , aile, tenant une palme et s’appuyant sur un bouclier que soutient un amour accroupi. Il a la figure d’un éphèbe ; cependant ses formes se rapprochent de celles d’une femme. Le même mélange de formes, voulu et nettement accusé, se retrouve, uni à un merveilleux sentiment de la beauté, dans un ouvrage de la plus belle époque de l art giec (lig. 181). c estime boîte de miroir en bronze, trouvée à Corinthe, actuellement au Musée de Lyon 5. L’image, gravée à l’intérieur du couvercle, est encore celle d’un génie des jeux. Le coq qu’il tient dans ses mains désigne même plus précisément le génie des combats de coqs [alektryonon agones], dont les Grecs étaient amateurs passionnés, à moins qu’il ne soit ici un symbole facile à interpréter, destiné à rappeler d’une manière générale les luttes des athlètes.
Les jeunes enfants représentés 6 sur des sarcophages et
AGOniMOS. 1 Plut. Solo, 13; Cf. Demosth., Contra Nicostrat, § H R 1049 et C. Aristocratem, §§ 34 cl 215, U. 631 et 692 ; Plut. Lysand. 27; V. aussi lê lesaurus Estienne, éd. Didot, I, 583. — Bibliogiuphie. Caillemer, Étude suite contrat de prêt a Athènes, 1870, p. 33.
AGOUUM. 1 P. Diac. s. v. - 2 A. Rich, Dict. des Antiq. s. v.
AG°N H. -1 Paus y, 26,3. - Md. V, 20, 1. - 3 Panofka, Dichterstellen und RM-merke, "!RAa Tt ' ei' Berlin ' Akad ■ ,856> P' 246> taf- ", S- - 4 Gerhard * ’ '* • 2. — 5 Coniarmoud, Catal. n 312 ; de Witte, Revue
j d’autres monuments, tantôt ailés et tantôt sans ailes, dans I toutes les attitudes que comportent les luttes, sont aussi
des génies des jeux qui doivent être au moins mentionnés ici [genius, ludi]. E. Saglio.
III. Terme de procédure employé à Athènes comme synonyme de dire ou de graphe. Il était surtout en usage avec les qualifications de ou d’irtp^xo;.
L axipviToç àyoïv, d’après Harpocration ’, était un procès dans lequel le défendeur qui succombait était condamné à une peine fixée par la loi et non abandonnée à la discrétion des juges2.
Le xtpTjxoç ayiov était un procès dans lequel, après la condamnation prononcée, les juges, sur la proposition du demandeur et le defendeur entendu, déterminaient la peine, que le législateur avait laissée à leur appréciation 3.
Nous devons dire, toutefois, que certains grammairiens 4 donnent de l’axtpr^oç «ytiv la définition que nous avons rapportée au Tipr,x oç, et réciproquement ; mais leur opinion est inadmissible en présence des textes que nous avons cités5. E. Caillemer.
AGONALES [salii].
AGONALIA, AGONIA, AGONIUM. — Il y avait à Rome quatre fetes qui portaient ces noms ; elles sont parfois aussi réunies sous la désignation de dies agonales L
La première, dont l’institution était attribuée à Numa Pompilius2, tombait le 9 janvier3. Le roi, puis sous la république le rex sacrorum, sacrifiait ce jour-là, dans la Regia, un belier à Janus. D’après Varron, la fête tirait son nom du mot sacramentel Agone, «Ferai-je?,, que prononçait le roi, et après lequel la victime était aussitôt immolée ( agonales per quos rex in regia arietem immolât dicti ab « Agone? ,, eo quod interrogatur a principe civitatis et pria-
AvhàZnl S 67 R Vif ‘ ! J ?§ 18 01 25’ R- 1276 Cl 127S' - 3 Demosth. C
Apnooum, I, § 67, R. 834. — b Suid R T qiq • « »
et 459. - 5 Cf. Poilu* VIII 63 „ ’ ’ ’ U P' 201
Athcniensium, p. 33-42. ’ “ Bl— — Schmeisser, Zte „ tutelari
AGONALIA, AGON.A, AGONIUM. 1 Var, Ling. lat. VI> 12. s Macrob. l, 4, 7.-3 Calend. Praen;\ arr. L. l.; Ovid. Fast. I, 318, sq. et 33.
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ceps gregis immolatur ). D’autres explications ont été proposées par les modernes \ Les noms de agonia, agonium, agonalia, se retrouvent avec peu de différences dans les divers dialectes du centre de l’Italie, ayant la signification de sacrifice d’un animal, et il est probable qu’il ne faut pas chercher fi ces noms d’autre origine.
Le 17 mars est le second jour indiqué par les calendriers romains comme dies agonalis 5. Ce jour est aussi celui des liberalia; et, en effet, Macrobe6 nous apprend que le jour des liberalia était appelé Agonium martiale par les pontifes; et Varron1, qu’il était désigné sous le nom d agonia dans les livres des salii agonenses [salïi] ; ils sacrifiaient ce jour-lfi sui le Quirinal, qui était aussi appelé mons agonus. La fête était donc célébrée en l’honneur de Mars, ou peut-être en l’honneur de Quirinus".
Le troisième jour était le 21 mai9 : un sacrifice était offert à Vejovis dans son temple, entre Earx et le Capitole.
Enfin, au 31 décembre, un sacrifice du même genre est encore indiqué par les calendriers10; il était vraisemblablement offert aux divinités infernales u.
Ces quatre fêtes étaient réunies sous des noms semblables, sans doute fi cause de cérémonies toutes semblables qu’on y accomplissait12. Peut-être se rapprochaient-elles encore par d’autres caractères. Nous renvoyons au livre savant publié récemment par M. Huschke sur les fêtes du calendrier romain 13. E. Saglio.
AGONOTHETES, ATHLOT1IETES (’Aywvo Ostr,?, ’AGXo- Oe'tvjç). — I. Noms donnés : 1° à ceux qui instituaient ou qui faisaient célébrer, pour la première fois, des jeux et concours publics; 2° à la personne, fi l’état ou à la réunion d états au nom duquel la fête était annoncée et célébrée, qui faisait distribuer des prix et qui pourvoyait aux frais;
3° enfin fi ceux qui dirigeaient les concours et décernaient
les prix au nom des précédents.
Une même personne pouvait réunir ces trois rôles : c est ce qui se voyait communément dans les jeux funèbres. Ainsi, dans l’Iliade1, Achille convie les chefs achéens aux jeux célébrés en l’honneur de Patrocle, il propose et décerne les prix. Dans les temps historiques, on peut citer comme exemple une fête du même caractère donnée api es la mort d’Évagoras, roi de Salamine, et dont son fils Nicoclès fut l’agonothète2. Il n’en pouvait être de même quand c’était au nom d’un peuple entier ou même de plusieurs peuples que se donnaient les jeux, comme aux grandes fêtes nationales de la Grèce [Olympia, pytuia, nemea, isthmia]. C’était alors le peuple sur le territoire duquel les jeux étaient célébrés qui en avait la présidence, ou bien elle appartenait en commun aux représentants des différents états, par exemple dans les jeux pythiques, aux amphictyons [amphictyones]. Al’agonothésie (àywvoOscîa) était attachée, dans l’opinion des Grecs, l’idée de suprématie, soit qu il s’agît d’un peuple, si un seul entre plusieurs en retenait le privilège ou pouvait se substituer à celui a qui elle menait naturellement; soit qu’un homme, roi, tyran, chef d’armée, s’en arrogeât l’honneur. Ainsi Pheidon, roi d Aigos, en faisant célébrer les jeux Olympiques en son nom3,
4 Ilartune, Itclig. der Borner, II, p. 33; Huschke, Die Oskisch. und Sabell. Sprachdenkm. ■ Id. Des allé rem. Jahr., p. 247 ; cf. Ovid. Fast. 1, 331 ; Fest. s. v. Agomas ; ,, Diac .9. V- Agonium. - 8 Cal. Vatic. -6 L. I. - T De ling. lat. VI, H. - Mar- ' rft Handb. der rom. Alt. IV, n. 1608 ; cf. Huschke, Das alte rôm. Jahr, p 248 9 0vid Fast Y 721 ; Cal. Alaff. ; cf. Mommsen, Bull, dell Inst. 1847, p. 108, et Jaser, rean. neap. 5750; Gerhard, Arch. Zeit. N. F. I, p. 107; Cal Venus; Mommsen Dise. regn. neap. 698 ; Huschke, L. I. p.248.- « Cal. Maff. ; Cal. Praen.,Cal. Zùt. ; Cal. Antiat. - U Huschke, Z. /. p. 249. - » Ov. Fast V 721 ; PreHer,
p. 159. — 13 Das alte rOmische Jahr und seine Toge , Breslau, 1869, p. 247.
dans la vme olympiade, se posa comme le véritable chef de tout le Péloponèse. Le décret des amphictyons, qui permit fi Philippe de Macédoine de présider les jeux Pythiques (en 338 av. J.-C.), impliquait la reconnaissance de ce prince comme chef de tous les États appartenant fi la ligue amphictyonique \ Et quand la Grèce eut perdu son indépendance, ce fut le général romain Titus Quinctius Flamininus que désignèrent les Argiens pour présider aux jeux néméens5.
De cette présidence honorifique appartenant fi un personnage ou à un peuple se distinguent les fonctions de ceux qui dirigeaient effectivement les concours, exerçaient la police, décernaient les récompenses et au besoin prononçaient des peines contre quiconque contrevenait aux règles. On trouvera déplus amples explicationssur ce sujet dans les articles consacrés aux jeux des grandes fêtes de la Grèce, et particulièrement sur les agonothètes des Jeux Olympiques, qu’on appelait üellanodikai. Le mêmenom paraît avoir été donné aux magistrats qui dirigeaient les jeux Néméens6; aux jeux Pythiques, ils s’appelaient x«i 7 ; on ne sait pas précisément quel était leur nom aux jeux Isthmiques.
A Athènes, il y avait, au temps de Périclès et de Démosthène, des athlothètes élus par le peuple au nombre de dix, un pour chaque tribu (cpu)oj)\ qui présidaient dans les Panathénées [panathenaia] aux luttes équestres, aux concours de musique et de gymnastique, et fi la distribution des prix. Leurs fonctions duraient quatre ans, depuis une célébration des grandes Panathénées jusqu’à la suivante9.
Us recevaient soit des hellanotamiai, soit des trésoriers de la caisse sacrée de Minerve Polias, 1 argent nécessaire aux frais de leur charge 10. Trente jours après qu’ils l’avaient résignée, ils étaient obligés de rendre compte de leur administration. Ces fonctions furent remplies par Périclès11. Les mêmes magistrats avaient-ils le soin des sacrifices? Cela n’est pas probable. En effet, on voit dans une inscription de l’an 415 avant notre ère12 les athlothètes et les sacrificateurs mentionnés simultanément comme ayant reçu de l’argent des hellanotamiai. Sans doute aussi les athlothètes athéniens ne supportaient pas les frais de leur charge, mais ils devaient avancer les sommes necessaires fi la célébration des fêtes panathénaïques 13.
Le nom d’agonothète est encore donné, par divers textes ou inscriptions u, aux magistrats chargés de la surveillance des concours, soit aux Panathénées, soit aux Dionysies ; mais ces inscriptions et ces textes sont tous relativement récents. Le nom d’athlothètes est le seul qui leur fût donné officiellement dans les beaux temps d’Athènes15.
Les inscriptions grecques qui se rapportent fi d’autres pays qu’ Athènes, et surtout celles qui sont postérieures à Alexandre, nomment fréquemment des agonothètes, mais bien rarement des athlothètes ,6. Comme les gymnasiarques-liturges athéniens [gymnastarchos], ces agonothètes avaient presque toujours des fonctions qui se rapportaient à quelque fête spéciale : ainsi nous connaissons des agonothètes des jeux Pythiques et Néméens, des iieraia, etc.;
AGONOTHETES, ATHLOTETES. 1 XXIII, 258.— « Isocrat. Euag. init. — 3 Pausan. VI 22 2. — 4 Demosth. Philip. III, p. 1 19 ; Diod. Sic. XVI, 60. — 5 Tit. Liv. XXXIV, 41 ’ plut. Flamin. 23. — 6 Corp. insc. gr. 1126. — 7 Paus. X, 7, 3 ; Strab. IX, 3, p. 421; Plût. Symp. VII, 5, i ; II, 4. - 3 Pollux, VIII, 93. - » Ibid. ; Büekh, Staatshaus,
2= éd. t. II, p. 8. 10 Bockh, Z. I. p. 6 et 34.— U Plut. Pericl. 13. — l2 Corp. inscr.
gr. 144; Büekh, Z. I. p. 303. — 13 Ibid. t. II, p. 8. — U C. inscr. gr. 144, 283,380, 396 ; Osûnn, Syllog. insc. gr. p. 129; Rangabé, Antiq. helléniq. II, n. 812;Lucian. Nigrinus, 14; Ephemer. arch. 1862, n. 199, 220.-15 Sauppe, Mysterieninschnft ans | Andania, p. 39. — 16 Corp. insc. gr. 1424, 6250.
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assez souvent aussi on voit un seul homme remplir simultanément ou successivement les fonctions d’agonothète dans plusieurs fêtes ’7, ou même dans plusieurs villes 18. De môme que pour les gymnasiarques, il est souvent impossible de déterminer si tel agonothète est un liturge ou un fonctionnaire. Ainsi, dans plusieurs inscriptions, l’agonothésie est évidemment rangée parmi les liturgies [reitourgiai]. Nous sommes disposé à croire, par exemple, que P. Cornélius Priscus, dont il est question dans une inscription de Philadelphie en Lydie 19, et qui se présenta dès la première jeunesse pour remplir une liturgie, était un agonothète : ce serait une ressemblance de plus entre les agonothètes et les gymnasiarques, surtout ceux d’Athènes, au temps de Démosthène. D’un autre côté, nous voyons assez souvent les agonothètes occuper une place dans les listes de fonctionnaires 20. 11 est souvent dit aussi des agonothètes, qu’ils se sont acquittés à leurs frais des charges incombant à leur emploi 21 ; d’où il résulte qu’ils n’étaient pas obligés de le faire, et que, par conséquent, ces agonothètes n’étaient pas des liturges. Mais, semblables encore en cela aux gymnasiarques, les agonothètes dépassaient souvent de beaucoup les dépenses que la loi leur imposait ou pour lesquelles des sommes leur étaient allouées22. Les agonothètes remplissaient souvent en même temps d’autres fonctions se rapportant au culte : ainsi nous en connaissons oui furent chargés de celles de grand prêtre [arciïi ereus] 23 ou de sacrificateur [üieropoios]24 ; d’autres qui remplirent celles de stephanepiioros 2o. On prenait les agonothètes parmi les personnages de grande famille ou occupant des positions élevées26. Les fonctions d’agonothète et de gymnasiarquene s’excluaient pas : on connaît des personnages honorés à la fois des deux charges87; mais il arriva bien plus souvent que le même homme les remplit successivement28.
Nous savons peu de chose sur la durée des fonctions des agonothètes. A Mitylène 29 nous trouvons un agonothète annuel, et il est probable que les inscriptions qui parlent d’individus ayant rempli plus d’une agonothésie dans le cours de leur vie 30 se rapportent à des agonothètes annuels. A Ténos, les fonctions des agonothètes, comme celles des gymnasiarques, ne duraient que six mois81 ; mais il y avait aussi des agonothètes à vie32.
La plupart des inscriptions où il est question d’agonothètes n’en nomment qu’un ; on en trouve cependant aussi deux fonctionnant ensemble 33, et d’autres fois trois 34. L’agonothésie n’était pas exclusivement réservée aux hommes : il y avait aussi des femmes agonothètes. Nous en trouvons, par exemple, à Élée, dirigeant le concours des jeunes filles qui luttaient à la course dans les heraia35d’autres dans la Laconie, dans la Messénie, à Phocée, à Thyatira 36. Dans cette dernière ville, on trouve le mari'et la femme chargés ensemble de l’agonothésie 37.
Les inscriptions font aussi connaître des agonothètes héréditaires, cest-à-dire à qui leur père avait transmis régulièrement cette dignité et qui la remplissaient jusqu’à leur mort. Les fonctions de ces agonothètes héréditaires se rapportaient à des fêtes instituées soit par le testament de
17 CorP- insc- 1121-1124, 1378. - 18 Jb. 2007, cf. 1124. -19 /* 3,,o Ib. 202-206, 1239-1241, 31173.-81 Ib. 2706, et Addit. au t. III 3831a 14 a7
22 Ib' 2881> 3142- — 23 Ib- 2007, 2184, 2185, 2187, 2189, 2785- cf 300s' 3070, 3832, 3833.-84/6. Adcl. au t. u> mij g. ’2S Ib \m ' J 80 8>
et Add. au t. III, 3331 a 9 et 13, et 3831 a 14 Ab. — 56 /6 2881 krai ’ 87 Ib. 2309, et Add. au t. I, 2740. - 28 Ib . 2508, m b etc 29 ’ ’
39 Ib. 2789, 3508. - 31 /6. m et 20i; cf. la notc dc ^ &u ^ ^ ~
quelque riche particulier, soit par un don fait pendant sa vie 3S. A propos d’une fête de ce genre instituée à Sparte, en l’honneur de l’empereur Nerva et des noms d’athlothète et d’agonothète donnés, dans l’inscription qui y est relative 39, le premier aux deux personnages qui ont fait don j du capital destiné à la célébration de la fête, le second à j trois autres hommes désignés conjointement avec eux, Bôckh établit la distinction que le premier de ces noms signifie celui qui institue une fête ou qui en fait les frais, et le second celui qui dirige les concours et qui distribue les prix. Nicandre40 fait encore une autre différence entre les mêmes noms; d’après lui, les fonctions des agonothètes se rapportaient uniquement aux concours de musique, et celles des athlothètes aux concours de gymnastique. Nous sommes disposé à croire que la différence établie par Nicandre entre les fonctions des agonothètes et des athlothètes, était justement celle qui distinguait les fonctions des gymnasiarques de celles des agonothètes ou athlothètes : en effet, sauf une seule exception [gymnasiarchos], les fonctions des gymnasiarques se rapportaient uniquement aux concours de gymnastique, tandis que les agonothètes ou athlothètes s’occupaient aussi bien de tous les autres.
L’agonothésie n’était pas toujours, à ce qu’il paraît, une fonction spéciale ; au contraire, elle ne formait quelquefois qu’une dignité transitoire et accidentelle attachée à un autre emploi : ainsi, d’après Pollux 41, le polémarque [polemarchos] était l’agonothète des jeux célébrés en l’honneur des soldats morts pour la patrie. Une inscription attique du temps de Caracalla énumère les agonothètes pour chacune des fêtes célébrées alors à Athènes 42. Nous y voyons que le cosmète et les sophronistes [gymnasium] furent agonothètes pour la fête des Antinoées; le cosmète le fut seul pour les Athénées, et les éphèbes pour les Germanicées.
Il y avait encore une autre classe d’agonothètes exerçant des fonctions plus bornées non pas au nom d’une ville, mais d’une corporation de musiciens ou d’artistes dramatiques. D’après une des deux inscriptions qui s’y rapportent43, ils étaient nommés à vie. Homère44, en parlant des jeux célébrés par les Phéaciens, appelle les magistrats qui y présidaient aisymnetes, mot qui ailleurs a une signification différente. D’autres synonymes du mot agonothète sont àyojvdpxviç et àywvoStxr)? ; on trouve aussi ceux de Ppaësuç et ppaëEUTyjç. Les fonctions des panégyriarques et des irV narques ont aussi beaucoup d’analogie avec celles des agonothètes. Ces dignités ne s’excluaient pas; nous les voyons souvent réunies sur une seule tête 4S. Comme les agonothètes, les panégyriarques [pantgyris] remplissaient souvent en même temps des fonctions relatives au culte • nous en connaissons plusieurs qui furent grands prêtres46 et un qui fut prêtre héréditaire d’Esculape 47 Les fonctions des panégyriarques se rapportaient souvent à une fête spéciale dont le nom est ajouté au leur 48 A Cnide 49 une femme remplit les fonctions de panégvriarque aux frais de son mari. Il nous est difficile de dire en quoi les panégyriarques différaient des agonothètes; si on pouvait s’en rapporter à l’étymologie, les fonctions des agonothètes
: • 1“’u’ J4lo, 3oU8. - 37 /6 . 24 89. - 38 /6. 2741 «785 4«7A
^TmTi’ 336!2h’ 4380 efgh’ 4380
V in, 94. - c. mscr. gr. 283. - 43 /4. 2933 et 3210. - 44 0d. Tm „38
- 5 Adt 1 7 m' 380’ 2184> 2188’ 2190> 219‘- - 46 n. ’im,
4 /6 5 - -194’ - 48 Ib- 3462' et Add. au t. II, 2885 e. -
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