‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 4)Chapitre 48 sur 155 · NA · texte numérisé non relu

NA

AA

AA

Fig. 231. Alphabets phénicien et grec cadméen.

ALP

ALP

assez tard lorsqu’il s’agissait d’inscriptions en une seule ligne, même après que de nouveaux alphabets, composés d’un plus ou moins grand nombre de signes, eurent succédé chez les différents peuples de la race hellénique au premier caractère cadméen, leur source commune. Les inscriptions de Théra nous offrent de nombreux exemples do ce genre, non-seulement des textes ne se composant que d’une seule ligne, mais même un texte qui fournit encore plus complètement la reproduction des habitudes graphiques phéniciennes, une inscription en deux lignes, toutes deux procédant de droite à gauche.

Il est impossible, dans l’état actuel de la science, d’indiquer, même d’une manière conjecturale, à quelle époque cette direction de l’écriture, purement et simplement empruntée aux Phéniciens, a commencé à être modifiée. Mais on peut indiquer avec assez de certitude par quels degrés successifs s’est opéré le changement dans le sens de l’écriture. L’habitude d’accompagner dans les représentations de l’art les figures des personnages de leur nom écrit à côté, habitude presque constante chez les Grées des plus anciennes époques, et dont certains vases peints, quelques bas-reliefs, enfin, dans les textes, la description que donne Pausanias du coffre de Cypsélus, nous ont conservé la trace, amena de très-bonne heure à disposer ces légendes explicatives, non pas seulement en lignes droites et horizontales, mais en lignes tlexueuses entourant la figure. Telle était la disposition des inscriptions sur le coffre de Cypsélus. Cette disposition, dont nous avons des exemples sur quelques vases archaïques de fabrique corinthienne, éveilla, par le tracé de la ligne de l’écriture, par son retour sur elle-même dans une direction presque parallèle à celle de la première partie de la même ligne, l’idée de la marche du bœuf attelé à la charrue, que le laboureur fait revenir sur lui-même en traçant un second sillon à côté de celui qu il a ouvert le premier. L’image passa dans la langue et le mot pou<nrpocpv)Oûv servit à désigner cette manière de disposer l’écriture.

Mais ni l’usage ni le mot ne demeurèrent toujours restreints aux inscriptions explicatives des bas-reliefs et des peintures. On commença, et il semble même qu’à une certaine époque ce fut une élégance, à tracer les inscriptions en lignes tlexueuses et boustrophèdes, lors même qu’il n’y avait pas de figures à encadrer. Bientôt ces lignes flexueuses ne parurent plus aux Grecs compatibles avec la régularité que réclament les inscriptions monumentales; on en revint aux lignes horizontales complètement droites, mais en y conservant la disposition boustrophède, c’est-à-dire en alternant les lignes dirigées de droite à gauche et de gauche à droite. La première de ces deux dispositions du boustrophède, celle où la ligne initiale procède de droite à gauche, est la plus ancienne, ainsi que font déjà remarqué MM. Bôckh et Franz. Elle s’introduisit dans l’usage alors que la tradition des habitudes graphiques du phénicien était encore vivante. La disposition qui procède au début de gauche à droite est postérieure, et marque une nouvelle étape dans le changement du sens de l’écriture.

G est là, en effet, que se manifeste pour la première fois d une manière décisive la tendance à écrire de gauche à droite, dans une direction opposée à celle qu’avaient adoptée les Orientaux, tendance qui finit par prévaloir entièrement chez les Grecs. Une partie des lignes, dans ce second système de boustrophède, est bien encore dirigée comme dans l’écriture qui a servi de source, mais déjà le point

initial des inscriptions est changé.. Aussi, de môme qu’aux inscriptions conçues en plusieurs lignes du premier boustrophède régulier répondaient des inscriptions en une seule ligne tracée de droite à gauche, aux textes en plusieurs lignes du second boustrophède répondirent de courtes inscriptions d’une seule ligne, commençant cette fois à gauche pour se terminer sur la droite. Ce fut par là que se fit la dernière transition et que l’on en vint à écrire entièrement de gauche à droite, direction qui finit par être adoptée à l’exclusion de toute autre, après un temps plus ou moins long, par toutes les fractions de la race hellénique.

Les diverses évolutions dans le sens de l’écriture, dont nous venons de suivre la trace et dont nous avons essayé de reconstituer les phases, se produisirent lorsque les différents peuples de race grecque employaient encore tous l’alphabet proprement cadméen, c’est-à-dire la première modification de l’alphabet phénicien appliqué à l’organe et à l’idiome des Grecs, et avant que les alphabets éolodorien, ionien et attique fussent sortis de ce type.

Différentes variétés de l’alphabet grec à sa seconde époque. — Déjà, au temps où furent gravées la plupart des inscriptions de Théra, presque toutes les populations helléniques avaient cessé d’employer le premier alphabet usité par leurs ancêtres, qu’elles trouvaient incomplet, et, le modifiant suivant les instincts et les nécessités de leurs dialectes, en avaient tiré de nouveaux caractères, différant de nombre et de formes suivant les peuples et les contrées.

Ce n’est que fort récemment que l’on a commercé à établir une classification régulière parmi les monuments qui représentent cette seconde phase de l’histoire de l’écriture grecque, à discerner plusieurs alphabets distincts et contemporains, et à jeter la lumière par ce moyen dans une étude qui jusque-là présentait un inextricable chaos. L'honneur en appartient à Franz, à M. Mommsen et à M. Kirchoff.

Le premier de ces savants, dans l’introduction de ses Elernenta epigraphices graecae. distingua trois alphabets grecs de la combinaison desquels est sorti celui qui fut définitivement adopté par tous les Hellènes :

1° L 'alphabet éolo-dorien, composé de vingt-cinq lettres; 2° Y alphabet attique , composé de vingt et une; 3° Y alphabet ionique, composé de vingt-quatre.

Le second, dans les prolégomènes de son beau livre sur Les dialectes de l’Italie inférieure, traitant la question de l’origine des écritures italiotes, a exposé rapidement ses idées sur l’histoire et la formation de l’alphabet grec.

Il n’admet en Grèce que deux alphabets successifs :

1° Un alphabet primitif de vingt-trois lettres, représenté par les inscriptions de Théra, et dont les alphabets ionique et attique de Franz ne seraient, selon lui, que des variétés;

2° un alphabet postérieur de vingt-six lettres, qu’il subdivise en deux variétés principales : Y alphabet corcyréen, Yalphabet dorico-chalcidien ; en y joignant encore deux autres variétés qu’il considère comme le produit de la combinaison du second système d’écriture avec le premier : Yalphabet argien, Y alphabet éléo arcadien.

Tel est le système de M. Mommsen. Celui au développement duquel M. Kirchoff a consacré ses Études sur l’histoire de l alphabet grec n’en diffère pas essentiellement.

L érudit chargé par 1 Académie de Berlin de continuer et d achever le Corpus de Bôckh admet aussi seulement deux alphabets grecs archaïques : Y alphabet oriental, susceptible

ALP

ALP

de compter vingt-six lettres lorsqu’il est au complet, et Y alphabet occidental, qui n’en a que vingt-cinq sous sa forme la plus complète. Du premier, M. Kirchoff admet dix-neuf variétés, et du second, onze, qu’il classe géographiquement.

Nous croyons, quant à nous, devoir nous en tenir à la division de Franz, en y ajoutant cependant une section a part pour l’alphabet en usage dans les îles de l’Archipel. Nous admettons donc quatre alphabets grecs archaïques de la seconde époque : ï° Y alphabet éolo-dorien, auquel se rattachent deux sous-variétés secondaires et distinctes : Yalphabet corinthien, Y alphabet argien ; 2° Yalphabet attique; 3° Yalphabet des îles; 4° Yalphabet ionien.

Ces quatre alphabets nous semblent, en effet, distingués les uns des autres par des caractères qui ne permettent pas de les confondre, ni de réunir non plus le second et le quatrième sous la même rubrique que l’alphabet cadméen des monuments primitifs de Théra. Ces caractères consistent dans : l3 le nombre des signes; 2° la valeur de certaines lettres.

L’alphabet éolo-dorien comprend vingt-huit lettres, si l’on enregistre dans une même liste tous les signes qu’il est susceptible de compter dans les différents pays où il était en usage. Les lettres caractéristiques en sont : F î 'i M = tr, X = plus l’emploi de □ ou H comme un signe d’aspiration.

L’alphabet ionien compte vingt-quatre signes. L’absence des cinq que nous venons de citer le distingue de l’éolodorien, ainsi que l’addition d’une lettre pour exprimer l’o long, Œ, et l’emploi de B ou H comme une voyelle.

L’alphabet des îles est de vingt-sept lettres. Il a, comme l’éolo-dorien, F 'î 1, mais il n’admet ni M = ct, ni X = £. A cette dernière figure, il donne, comme l'ionien, la valeur de p. De même que dans le cadméen, H ou B y est également susceptible des deux valeurs d’aspiration et de voyelle. Enfin, cet alphabet a deux signes pour exprimer l’w long et l’o bref ; mais ces deux signes, qui varient du reste suivant les îles, ne sont pas les mêmes que dans l'ionien.

L’alphabet attique, enfin, ne compte jamais que vingt et une lettres. Il n’a ni F ? *1 M = a, X = £, propres à l’éolo dorien ; ni particulier à l’ionien; ni commun aux trois alphabets dont nous venons de parler. Comme l’éolo-dorien, il attribue à H la valeur d une aspiration.

Alphabet éolo-dorien. — Cet alphabet est celui que fournissent les monuments épigraphiques et numismatiques antérieurs au ive siècle av. J.-C. dans la Beotie, l Eubée, les colonies chalcidiennes de l’Italie et de la Sicile, la Phocide, la Locride, la Laconie, l’Arcadie, l’Élide, l’Hermionide, l’Achaïe et les colonies achéennes de l’Italie, la Mégaride, Égine, Céphalonie, laThessalie et la Grande Grèce. L’auteur du présent article y a consacré un travail spécial, où il a donné le relevé de tous les monuments qu on en connaît **.

Le lecteur trouvera la liste complète des caractères de l’alphabet éolo-dorien dans sa forme typique, et leurs principales variétés fournies par les inscriptions et les médailles dans la deuxième colonne de notre tableau (G g. 232).

Tl est une remarque qui doit se présenter tout d’abord à l’esprit, si l’on compare cette liste complète de l’alphabet éolo-dorien avec les éléments épigraphiques etnumisma-

21 Revue archéoi. décembre 1867 , mari et avril 1868, Études sur l'origine et la formation de l'alphabet grec, 2" partie, - 22 Lepiius, Ann. de U Inst. arc/,.

tiques qui nous ont servi à le dresser : c’est que nulle part dans les diverses contrées où cet alphabet était en usage, on n’en trouve toutes les lettres employées dans les inscriptions. C’est tantôt l’une et tantôt l’autre qui fait défaut. L’alphabet du célèbre vase connu sous le nom de vase Galassi as prouve, du reste, que théoriquement, et probablement dans l’enseignement des écoles, on admettait dans les cités où régnait l’écriture éolo-dorienne, à certains rangs dans la série des caractères, des lettres dont les habitants des mêmes cités ne se servaient pas dans les usages épigraphiques. En effet, cet alphabet contient des signes qui ne se sont jamais rencontrés dans les légendes des vases doriens, à la paléographie desquels il appartient cependant. Mais en revanche il n’a pas le Ç, que nous ont pourtant offert ces légendes.

A quoi peut tenir cette absence de telle ou telle lettre dans les pays où un même alphabet était en usage ?

La première idée qui s’offre à l’esprit lorsqu’on cherche à sonder le problème, est celle d’une sorte de dérivation indépendante de l’écriture dans chacune des contrées helléniques, et cette hypothèse permettrait en même temps d’expliquer assez bien les variations de formes de certaines lettres suivant les pays où elles étaient en usage. Cependant, quelque séduisante que soit cette idée au premier abord, on ne saurait s’y arrêter. L’unité de l’alphabet éolo-dorien, son identité avec lui-même, non-seulement dans les contrées où était en usage sa forme typique, dont nous restituons le tableau, mais encore dans les deux sous-variétés qui nous restent à étudier, est trop évidente pour que l’on puisse admettre la formation indépendante des alphabets de toutes les cités dont nous avons examiné les monuments. Avec cette dernière hypothèse, il faudrait admettre autant d’alphabets différents que de villes dans la Grèce, et on retomberait dans l’ancien chaos, comme l’ont très-bien vu Franz, M. Mommsen et M. Kircoliff. Nous sommes en présence d’un de ces cas où l’on doit nécessairement admettre, pour des objets du domaine de l’archéologie et de l’histoire, la loi de subordination des caractères secondaires aux caractères principaux, qui a rendu de si grands services aux sciences naturelles. Et pour appliquer ici le langage de ces sciences, l’alphabet éolo-dorien constitue une espèce renfermant trois variétés, composées chacune d 'individus qui ont tous les caractères essentiels de l’espèce et de la variété, mais qui présentent entre eux certaines petites différences individuelles. En un mot, l’alphabet que nous appelons éolo-dorien est dans toutes ses variations un seul et même alphabet, dont les formes se modifient légèrement dans les différentes peuplades helléniques qui l’ont adopté.

Ce fait n’est pas aussi extraordinaire qu’il pourrait le paraître au premier énoncé. Il n’est pas non plus isolé dans l’histoire des écritures, car voici un exemple également parallèle. Tous les peuples de l’Europe qui parlent des langues néo-latines se servent d’un même alphabet, l’alphabet latin composé de vingt-cinq lettres. Mais plusieurs d’entre eux n’en emploient pas toutes les lettres, ce qui n’empêche pas l’unité de 1 alphabet, que dans les dillerents pays on enseigne complet aux enfants. Les Italiens ne se servent pas de x , de k, ni de y , lettres qui ne correspondent pas à des sons de leur organe et de leur idiome, cependant il ne viendra jamais h l’esprit de personne de

t. Vin, pi. B, n. I-, .'/'«• Grégorien, t. Il, pl. cm; Corp. User, graec. n. 83)2,

ALP

CAMTÉEN. ÉOLO-DORIEN. ARGIEN. CORINTHIEN. ATTIQUF. DES ILES. IONTEN.

4AAAA

AAAf

Page 1