‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 4)Chapitre 49 sur 155 · P-PR · texte numérisé non relu

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F*g. 232. Alphabets grecs archaïques.

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distinguer un alphabet italien différent de celui qu’emploient les Français. On dit, et on a raison de dire, que tous les peuples néo-latins se servent de la même écriture latine, où pour chacun d’entre eux certaines lettres n’existent qu’à l’état théorique.

Il en était de même chez ceux des Grecs qui faisaient usage de l’écriture éolo-dorienne. L’alphabet éolo-dorien se compose essentiellement et en fait de vingt-huit lettres, et la suppression de quelques-unes de ces lettres sur certains monuments alphabétiques, leur absence dans les inscriptions de telle ou telle contrée, ne prouvent qu’une chose, c’est que les lettres supprimées n’avaient pas lieu d être employées dans cette contrée, en tant que représentant des sons qui manquaient dans son dialecte particulier.

Plus on remonte haut, en effet, dans les monuments de la langue grecque, plus on rencontre des traces de variété dans les dialectes et surtout dans la prononciation, nonseulement de contrée à contrée, mais de ville à ville. Ce n’est pas que ces variations dans la manière de prononcer se fussent entièrement effacées plus tard; il serait, au contraire, facile d’en retrouver les traces chez les grammairiens et chez les poètes comiqnes, et le langage populaire des habitants actuels des diverses provinces de la Grèce les a presque toutes conservées. Mais quand la langue écrite eut été définitivement fixée, lorsque l’orthographe grecque fut devenue uniforme, tout en continuant de marquer les caractères grammaticaux particuliers aux différents dialectes, on cessa d’indiquer par l’écriture toutes les nuances locales de la prononciation. Ce grand travail de fixation de l’orthographe grecque correspond à l’adoption par tous les peuples helléniques de l’alphabet définitivement arrêté à vingt-quatre lettres. Jusque-là dans chaque contrée, et presque dans chaque ville, on écrivait avec une orthographe particulière, non pas d’après des règles communes à tous les Grecs, mais en suivant exactement la prononciation.

Or, on doit forcément le reconnaître, quoique le nombre des vingt-huit lettres de l’alphabet éolo- dorien dépasse notablement le nombre auquel furent fixées les lettres et les articulations de la langue grecque écrite, chacune de ces lettres représente une articulation distincte.

Les deux sifflantes $ ou Z et M, auxquelles l’alphabet grec postérieur substitua une seule lettre, Z, dans 1 oilhographe définitive, ne représentaient cependant pas primitivement une prononciation identique, pas plus que le d et le v phéniciens d’où elles sont dérivées.

Quoiqu’un passage assez obscur d Hérodote 3, dont le sens véritable doit être que la lettre employée par les Doriens dans le même cas que le ffiyp-a parles Ioniens portait le nom de càv, ait pu faire croire à la plupart des grammairiens anciens *\ fort ignorants des questions de paléographie, que ces deux noms désignaient une seule et même lettre; quoique même cette opinion ait été renouvelée par M. Mommsen 2S, qu’elle a entraîné à des erreurs assez graves sur l’origine des diverses sifflantes de 1 alphabet grec, d’autres passages, tout à fait formels, des écrivains de 1 antiquité démontrent que les deux noms de cîyga et de ch, ne désignaient ni la même lettre ni le même son. Athénée 26 raconte, d’après Aristoxène, que les musiciens substituaient souvent \ech au aTyg* en chantant, parce qu’ilstrouvaicnt

» i )39. 2V Schol. ad Homer. Ilia J. H. v. 185. Cf. Call. ap. Athen. X, P- 453; Ach. trag; ap. Athen. X, p. 460 ; Henr. Stcph. Thesaur. t. VII, col. 3, ed. Dulot.

que la prononciation de cette lettre se mariait mieux aux sons de la flûte, et Pindare, dans des vers cités par le même auteur, donne au càv l’épithètede xiëSa'Xov, c’est-àdire d’articulation bâtarde. Nous devons en conclure que si £ ou Z, comme le a de l’alphabet grec définitif, représentait un s nettement accusé, M ou ch servait à exprimer un son plus gras et un peu chuintant. C’est ainsi que clans certaines parties de la Grèce où se sont conservées des formes dialectiques très-anciennes, clans l’Étolie par exemple, les hommes du peuple encore aujourd’hui donnent au a la valeur sch et non de s. Les palikares de l’Étolie prononcent méichiméri pour [/.saYigipi, « midi, » schyka pour auxa « des figues, » etc.

Dans les pays dont la prononciation admettait l’usage simultané de ces deux lettres, comme nous allons le voir à Argos, le son du N était particulièrement réservé à la sifflante finale des mots, soit dans les nominatifs singuliers en o; ou 7]ç, OM ou ÇM, soit dans les génitifs singuliers féminins en a; ou Y|ç, AM ou ÇM, soit dans les nominatifs, datifs ou accusatifs pluriels en e;, ot;, ai;, ou; et a;, ÇM, OIM, AIM, OM et AM, soit enfin dans les secondes personnes singulières des verbes. Dans certaines contrées toutes les sifflantes, même dans l’intérieur des mots prenaient le son chuintant du aàv, et alorson n’employait que le signe M ; c citait le cas de Corcvre, de l’Achaïe et de ses colonies italiennes. Enfin, dans d’autres contrées, enBéotie, en Eubcc, dans la Phocide et dans laLocride, clans les trois quarts du Péloponnèse, dans le plus grand nombre des villes de 1 Italie et de la Sicile, aussi bien que clans les domaines des alphabets attique et ionien, le son du càv manquait absolument à l’organe des habitants ; on ne connaissait cpie celui de cïyg.a, et dans l’écriture on n’employait que le signe £ ou Z. G est cette dernière variation de la prononciation qui finit par l’emporter et par devenir générale, lors de la fixation définitive de l’orthographe grecque.

Ce que nous venons de dire des deux lettres Z et M s applique également, aux lettres 0 (ou HJ ou i) et +, lesquelles expriment deux sons complexes et sifflants trèsvoisins l’un del’autre, et qui dans l’orthographe postérieure, commune à tous les Grecs, sont remplacés par un seul, celui du \. Franz croyait encore que Bouïeti, comme sp et X, étaient deux signes s’employant indifféremment l’un pour l’autre et exprimant une articulation identique. Mais M. Mommsen 27 a fort bien fait voir qu’il ne pouvait pas en être ainsi, puisque les deux lettres [J] et + figurent en même temps dans l’alphabet du vase de Cæré, la première entre N et O, la seconde entre Y et O. Il a même fait plus, et il est arrivé à fixer d’une manière certaine la valeur de ces deux lettres, H w ou ï représente ce, c’est-àdire une double s au son bien caractérisé, ce qui fait que, pour en déterminer la prononciation, dans les pays où toutes les sifflantes prenaient le son chuintant, on faisait suivre dans l’écriture cette lettre par un ch. Ainsi sur un précieux vase corinthien publié par M. de \\ itte, le nom du cheval Eâv0o; est orthographié ÎMaNGOM. On lit aussi le nom xopa* écrit MÏAfiOÎ sur un vase de la fabrique corinthienne de Cæré qui est entré au Musée du Louvre avec la collection Campana. Cependant en même temps, sur le même vase, SàvGo;, est orthographié MOQ'IAl,

2b Die unteritalischen Dialekten, p. 14. - ™ XI, p. 467. - *7 Die unterit. Dial. p. 13.

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et IloXuljsva A'iSIYMDn ; sur un autre vase de la môme fabrique et de la même collection, un personnage reçoit le nom de toÇo [tïjç, « l’archer, » OïOT. Quant à +, on peut en rendre la prononciation par Ü, ou plus exactement encore par xff.

Les sons g<t et ? se correspondaient dans les différents dialectes de la Grèce, nous le savons par les grammairiens28, et souvent l’un remplaçait l’autre. Ainsi les Ioniens disaient, ou plutôt écrivaient Stçoç et xp^bç pour oiaabç et Tp«7<A? ; ainsi de ’OSucweliç les Siciliens avait fait OuXt^ç 29 et les Romains Ulixes, devenu plus tard à son tour Ulysses.

Au reste, la prononciation de scr et celle de xc n’étaient pas les seules qui fussent en usage chez les Grecs pour rendre l’articulation complexe que représente le \ postérieur. En Attique nous trouvons X ^ dans les cas où ailleurs on eût employé ï ou +. Les inscriptions de la Béotie

emploient tantôt + et tantôt Le ? de l’alphabet définitif représente donc trois prononciations différentes selon les contrées, figurées de trois façons distinctes sur les monuments d’époque antérieure: g] l+i ï, ou X $, yv. La dernière de ces trois prononciations y a, qui était celle de l’Attique, finit par devenir générale lorsque l’orthographe grecque fut fixée ; c’était la prononciation considérée comme la bonne pour le \. Aussi Grégoire de Corinthe 30, en parlant du dialecte éolique, en cite-t-il comme une des anomalies caractéristiques que le \ s’y prononçait x<7 et le if, tot, au lieu de^s et detpa comme en Attique (dans l’orthographe primitive de cette contrée on écrit CD ^ j de même que X S ) : ’Avx't II tou Ç, x<t Trpoÿépoutjr

çsvoç, Xffsvoç, xai àvt't TOU ira, 7rÉXo|, n&onç.

Quant aux lettres K et î, il est évident aussi que leur prononciation présentait une certaine différence, probablement la même qu’en phénicien entre la prononciation de 3 et de P, les deux signes dont elles dérivent. K était sûrement le x de l’alphabet grec définitif, le K latin; ?, qui passant en Italie, a produit le Q latin, devait avoir la même valeur. Mais cette articulation n’existait dans l’organe que d un tiès-petit nombre de tribus de la famille hellénique.

Ni les habitants de 1 Attique, ni les Ioniens, ni, parmi les nations qui faisaient usage de l’alphabet éolo-dorien, les Éléens, les Arcadiens, les Locriens, ne la connaissaient. Chez la plupart de ceux qui la possédaient c’était peut-être l’articulation de toutes la moins définie. Car dans beaucoup d’endroits, en Laconie par exemple, nous la voyons exprimée dans les monuments de l’époque tout à fait primitive; puis, de très-bonne heure, elle disparaît, avant que l’orthographe soit encore régularisée ; le K y triomphe et y devient seul en usage, jusqu’à ce qu’enfin le ? disparaisse absolument dans la dernière réforme subie par l’alphabet grec. Après cette dernière réforme, c’est seulement à Corinthe que nous voyons le î maintenu sur les monnaies, par une sorte de prétention archaïque, comme initiale, et pour ainsi dire comme symbole du nom de la ville, jusqu’à sa destruction par Mummius.

Reste le Ÿ des Éginètes et des Mégariens, dessiné X chez les Locriens. Nous retrouverons cette lettre à Corinthe, chez les habitants de plusieurs îles de la mer Égée et dans l’alphabet ionien; mais elle manque dans les inscrip-

Jlttthiæ, Grlcchische Grammatik, ti 1, p. 61, 62, 319 et 322. — 89 plutarc] . aicell. .0. — 30 Greg. Cor. 39. — 31 Franz, Elem. epigr. graec. p. 110 et 125.- 3- The°pomp. ap. Phot. Biblioth. cod. 176 , Plutarch. Aristid. 1 ; Mich. Aposto X.V11, 2o. Suid* s. t); £a|Uuy i Sï|ji05 J S 'aol. ad EmUpid. P/ioe.iiss, V, 68 t et 70S

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tionsde la plupart despaysoù ronemployaitl’alphabctéolodorien. A la place nous trouvons, tantôt comme en Béotie et en Attique, CD ^ , tantôt, comme en Eubée, sur les lames de plomb de Styra, P *7, ce qui représente les deux prononciations locales de l’articulation complète figurée plus tard par le de l’alphabet définitif. A laquelle de ces deux prononciations, uaou <po-, répondait originairement le signe Ÿ ou X? C’est ce qu’il est impossible de décider, faute de documents formels.

Alphabets argien et corinthien. — Nous avons distingué comme deux variétés spéciales de l’alphabet éolo-dorien les types d’écriture archaïque dont on se servait à Argos et à Corinthe, ainsi que dans ses colonies, comme Corcyre et comme Cæré en Étrurie. Ces deux variétés ont été étudiées avec de grands détails par l’auteur de cet article dans la Revue archéologique d’avril 1868, où il a donné la liste complète de tous leurs monuments jusqu’à présent connus. L’alphabet d’Argos et celui de Corinthe forment la troisième et la quatrième colonne de notre tableau (fig. 232).

Celui d’Argos est surtout caractérisé par la forme du X, K puis f~ , exclusivement propre à cette ville et qui s’y maintint jusqu’à la fin du ive siècle avant l’ère chrétienne.

Celui de Corinthe et de ses colonies a pour lettres caractéristiqueslep, figuré en J), l’e en £ etl’i en^; dans ses monuments les plus anciens il n’emploie pas d’autre sifflante que le M. Au reste, avec le cours du temps, on y voit graduellement disparaître les lettres aux figures particulières et l’alphabet de Corinthe, par ces changements successifs, finit par n’être plus que l’alphabet éolo-dorien ordinaire.

Alphabet attique. — Cet alphabet n’a jamais été usité nulle part en dehors des étroites limites de l’Attique. Les monuments en sont, du reste, nombreux, soit à Athènes même, soit dans les environs de cette cité, et quelques-uns remontent jusqu’à une époque très-haute, contemporaine des plus anciennes inscriptions de Théra. La cinquième colonne de notre tableau (fig. 232), contient les formes des lettres de l’écriture attique, telles qu’on les trouve dans ses plus anciens monuments.

C est seulement par le petit nombre des caractères en usage que cet alphabet se distingue de l’écriture éolodorienne, dont on pourrait le considérer comme une simple variété. Comme à Argos et à Corinthe, dans les îles de la mer Égée et dans les domaines de l’alphabet ionien, le signe + ou X y a la valeur de %.

L alphabet attique est, de tous les alphabets archaïques de la Grèce, celui dont l’usage s’est conservé le plus tard. De l’époque primitive de l’écriture athénienne, qui va jusqu’aux guerres médiques, à l’archontat d’Euclide, c’est-àdire à l’an u de la xevi- Olympiade, les seules modifications qu il éprouva furent une plus grande régularité introduite dans le tracé des caractères et la substitution des formes O à ® P à R , Z à 0 à © Chacun sait que sous 1 archontat d’Euclide, après l’expulsion des Trente tyrans, lorsqu’ Athènes fut rendue à sa liberté, une loi proposée par Archinus fit abandonner ce système d’écriture incomplet et incommode, que l’on ne conservait que par une antique tradition, et y substitua dans les actes publics 1 alphabet des vingt-quatre lettres dites ’lumxà ypâ^uotza 32 ,

“ . ““ Iliad- H- «5 i Cf. Corsiai, Fort, attic. t. ni, p. 276 • Salmas.

a WSCK Herod. p. 231; Spanheim, De us. et praest. numism. t. I p 85'

ÎÜTtfi Z XVÎ TriSCh ' ^ Part‘ '-P' Rose;

p. A\I et suit. , Franz, Elem. epigr. graec. p. 148.

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Nous aurons à revenir un peu plus loin sur cet événement, décisif dans l'iiistoirc de l’écriture grecque.

Alphabet des îles. — Nous avons déjà indiqué tout à l’heure les caractères essentiels qui distinguent des autres écritures grecques de la même époque l’écriture archaïque en usage parmi les habitants des îles de la mer Égée, et qui constituent son individualité. De même que les populations de ces îles, où les deux races ionienne et dorienne étaient juxtaposées et enchevêtrées, pour ainsi dire, l’une dans l’autre, se trouvaient géographiquement placées entre les Doriensdu Péloponnèse et les Ioniens de l’Asie Mineure, de même leur écriture forme comme un intermédiaire entre l’alphabet éolo-dorien et l’alphabet ionien.

Tout en gardant les caractères généraux qui constituent son individualité et son unité, l’alphabet des îles de la mer Égée présente un certain nombre de variétés locales qui se divisent en deux groupes : 1° celles qui admettent le F, rejettent le ? et n’ont qu’un seul signe pour les deux o, bref et long ; 2° celles qui n’admettent pas le F, ont le ? et possèdent une notation distincte de l’o et de l’«*>. Le premier groupe incline plutôt vers l’éolo-dorien, le second vers l’ionien. Le premier est représenté par les monuments de l’épigraphie et de la numismatique archaïque de Rhodes, de la Crète et de Naxos, le second par les plus vieilles inscriptions de Mélos, de Siphnos, d’Andros, de Paros etde ses colonies, et aussi par les inscriptions archaïques de Théra postérieures à l’abandon de l’alphabet cadméen; ce type d’écriture fut aussi introduit en Macédoine et dans la Thrace méridionale par l’intermédiaire de la colonie pa-

rienne de Thasos.

Les deux types principaux auxquels on peut ramener toutes les variétés de l’alphabet des îles composent, 1 un la sixième et l’autre la septième colonne de notre tableau (tig. 232). On y remarquera que si dans le second type la distinction des notations de l’o et de l’w était de règle, pendant assez longtemps, le choix des signes de ces deux notations fut très-flottant et qu’on variait à ce sujet presque dans chaque localité. Nous reviendrons un peu plus loin sur ces changements dans la manière de distinguer l’o bref de l’o long.

Alphabet ionien. — - Nous conservons à ce dernier des alphabets du second âge de l’écriture grecque le nom cViomen que lui a donné Franz, car ce nom a pour lui l’autorité des écrivains antiques parlant souvent des ’lwvixà ypap-jj-axa ou « lettres ioniennes ». Cependant il serait peut-être plus exact de l’appeler Alphabet des Grecs de l’Asie Mineure, car il n’était pas en usage seulement en Ionie, mais chez toutes les populations grecques de la côte d Asie, et même nous le trouvons employé en Europe par des peuples qui n’avaient rien d’ionien, mais qui entretenaient de tiéquents rapports avec l’Asie Mineure et avec certaines colonies ioniennes des îles de la mer de Thrace.

Les plus anciens monuments de l’alphabet ionien sont les inscriptions gravées sur les jambes de deux des colosses qui décorent la façade du spéos d’ibsamboul en Nubie . Elles ont été tracées par des mercenaires grecs d Asie Mineure qui accompagnaient le roi d’Égypte Psammé tique Ier dans son expédition contre les guerriers égyptiens révoltés qui se retiraient en Éthiopie 34 . Ces textes repré-

33 Corp. inscr. graec. n. S 126 ; Lepsius, Denkmâler aus Aegypten und Aethiopien , part, vi, pl. *cvm et xcix ; Kirchff, Mémoires de V Academie de Berlin pour 1863, p. 147-149.- 34 Herodot. II, 30.- 88 Corp.inscr. gr. n. 39 et 28Ci \ Newton, Discoveries at Halicarnassus, C indus and Branchidae ,

sentent un état tout à fait primitif de l’alphabet auquel ils appartiennent ; le ? y est encore en usage ; il n’y a pas de distinction entre o et w ; mais déjà le B est employé exclusivement comme voyelle.

Une seconde époque de l’histoire de l’alphabet ionien est marquée par l’abandon du ? et par l’introduction d’une nouvelle lettre, exprimant le son vocal o. L’« ainsi représenté, avec le B voyelle, devient, à partir de ce moment, le signe caractéristique du système graphique des Ioniens. Les principaux monuments de cette seconde époque sont les inscriptions des statues qui bordaient l’avenue du temple d’Apollon Didyméen à Branchides, auprès de Milet 3!i, inscriptions dont plusieurs ont été dédiées par des personnages historiques vivant entre 560 et 510 avant Jésus Christ, tels que les fils du philosophe Anaximandre, Histiée, le fameux tyran de Milet, et Charès, tyran de Tichiossa. Il faut y joindre l’inscription célèbre du cap Sigée 3S, gravée dans la seconde moitié du vi° siècle 37. L’alphabet ionien de la seconde époque est encore celui avec lequel sont tracées les légendes des monnaies archaïques^ de la Macédoine et de la Thrace méridionale, pays où il avait été introduit par la colonie ionienne de Samothrace.

Les deux types successifs de l’alphabet ionien archaïque remplissent la huitième et la neuvième colonne de notre tableau (tig. 232). Les formes plus régulières et sans aucun reste d’archaïsme furent adoptées en Ionie à dater des environs de la lxxxvii® Olympiade. C’est sous ces dernières formes que l’alphabet ionien, un quart de siècle après, devint l’alphabet de tous les Grecs.

Origine des lettres nouvelles dans les différents alphabets grecs de l'âge secondaire. — Les lettres ajoutées pour exprimer des articulations qui manquaient désignés particuliers dans l’alphabet cadméen, sont, en tenant compte de toutes celles que l’on rencontre dans les alphabets grecs secondaires, au nombre de sept ou de huit, selon la manière dont on voudra les compter :

£ ou EB

© ou

F ou X j

F ou X = £

* Ÿ ou X

La plupart de ces signes additionnels ont été tirés des signes de l’alphabet cadméen les plus voisins comme son, au moyen de la suppression ou de l’addition de quelques traits, par un procédé qui s’est souvent répété chez les différents peuples dans les cas d’inventions semblables.

On peut retrouver avec une entière certitude l’origine du plus grand nombre.

1° Le F, auquel sa forme a fait donner par les grammairiens de basse époque le nom de Stycc^a, n’est pas en

XCVII- Kirchoff', Abhandl. der Berlin Akademie, 1^863, p- 130-140. — Chishull , Inseriptio Sigea antiquissima. Lcyde, 1727, in-3» ; Chandler, Inscript. p. 3 ; Corp. inscr. graec. n. 8. - Kirchoff, Mémoires de lAcad. de Berlin

.or 1863, p. 133-138.

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fait un double y, mais un double *i. Voulant exprimer un son de la nature de /' ou v, mais plus fort que celui de Y même dans les diphthongues au et eu, on prit la lettre phénico-cadméenne dont la prononciation avait le plus d’analogie, y ou y (de gauche à droite X ou Y), et, pour marquer la plus grande intensité de l’articulation, on doubla la lettre par superposition, y ou Seulement, pour régulariser la forme du caractère, comme les traits extérieurs à la haste, par suite de leur superposition, n’auraient pas présenté un aspect heureux en les traçant obliquement comme celui de X, on les rendit horizontaux, F.

2° La lettre qui exprime l’articulation complexe cra, sort évidemment du même caractère phénicien que celle qui rend l’articulation simple s. Le c , est la source commune de toutes les deux. MM. Lepsius et Franz l’ont déjà démontré, et M. Mommsen l’a reconnu. ï est bien en effet sorti du tracé vertical de la lettre phénicienne, sous la forme = que l’on voit par les monuments avoir été quelquefois en usage en Asie antérieurement au viie siècle avant l’tre chrétienne ; HH d’un tracé couché sur le côté, Hf- • quant à Q], c’est une sorte de combinaison

bizarre de ï et de l-H . Il est à remarquer comme un fait extraordinaire, mais cependant certain, que pour former cette nouvelle lettre qui manquait à l’alphabet cadméen on a remonté au prototype phénicien, que l’on a reproduit autrement qu’on ne l’avait fait pour en tirer 2 ou S, et qu’on ne s’est pas borné à modifier la forme de la lettre cadméenne déjà sortie de 3(-.

3° L’origine du 0 ou <t> est plus douteuse. Franz prenant pour type de cette lettre la figure qui a la ligne médiale prolongée en haut et en bas, <t>, et guidé par une simple analogie de formes, suppose que le Ç> dérive du ? ; que c’est ce dernier caractère auquel on aura donné la valeur d eph après qu’il sera tombé en désuétude dans son emploi primitif comme q. Mais on voit par une multitude d’exemples que le 0 ou O était déjà en usage dans les domaines des quatre alphabets secondaires lorsque l’on se servait encore du ?. D’ailleurs on n’a d’exemple dans aucune écriture qu’on ait pris un caractère tombé en désuétude, en lui donnant une valeur absolument différente de celle qu’il avait primitivement, pour exprimer une articulation qui n’avait pas d’abord de signe distinct. Lorsqu’on veut arriver à ce but, presque constamment on choisit la lettre dont la valeur est la plus voisine et on en modifie légèrement la forme.

Or, en grec, il est une lettre qui existait déjà dans l’alphabet cadméen, dont la figure est très- voisine de celle de 0, et dont la prononciation était considérée comme trèsi approchée de celle de cette dernière lettre, puisque toutes deux s’échangeaient souvent; c’est le 0. La permutation duSr et ducp est un fait bien connu des grammairiens et qui se produit dans presque tous les dialectes helléniques. On la remarque surtout en éolien et en dorien. Homère 33 emploie le mot (fAcU-rat pour ^Xfj/sTai, Pindare 39 ifXâv pour S'Àav, ’Ihéocrite !‘" oOwp pour oOQap. Mais ce ne sont pas seulement les écrivains classiques qui nous fournissent des

exemples de cet échange entre deux articulations voisines. Nous en rencontrons aussi quelques-uns dans les monuments épigraphiques. Tel est l’emploi de la forme cpvipa pour dans une inscription archaïque de Sparte, fragment très-mutilé qui semble avoir appartenu à une collection d’oracles M. N’est-il pas permis de croire après cela que 0 dérive de 0, dont on aura réduit les deux traits croisés intérieurs à un seul trait vertical, en prolongeant ensuite un peu plus tard ce dernier trait par en haut et par en bas, pour mieux marquer la différence des deux lettres ? Ce qui confirmerait cette conjecture est une forme du y particulière et encore plus voisine du ©, qu’on rencontre sur plusieurs monuments, entre autres dans une inscription attique fort ancienne 42.

4° Le y, X ou +, nous paraît, surtout dans la première de ces deux formes, n’être qu’un K modifié pour exprimer, non plus le simple k, mais un M.

5° Quant au £ semblable comme forme au /, + ou X, Franz le tire de 3^ comme i. M. Mommsen ne sait que

dire sur son origine. Nous ne croyons pas, quant à nous, que l’on puisse admettre l’opinion de Franz. Le caractère ï ou W a bien pu être emprunté au parce qu’il exprimait une articulation, complexe il est vrai <7<r, mais dans laquelle le c était le principal et même le seul élément constitutif. Que le X au contraire, se prononce, comme il se prononçait suivant les pays, x<r, yo, ou yc, il n’y en a pas moins toujours dans son articulation un élément important et initial qui appartient à une autre famille d’articulations que le a, x, y ou y. Nous serions donc assez disposés à penser que X, + = \ comme X, + = y, est une modification de K plutôt que de 3^-. Ce qui en serait même

une preuve presque décisive, c’est qu’il semble que cette lettre ait été primitivement, non pas double, mais une gutturale à demi sifflante. Ainsi dans le latin, où elle a passé, les plus anciennes inscriptions font toujours suivre le X d’une S pour compléter l’indication du son, XS, et cette

particularité s’est conservée jusqu’à la belle époque dans l’orthographe de quelques mots.

6° L’origine de Ç1 est plus facile à établir. Ici, comme pour le ÎE, on a remonte au type originaire phénicien que les Ioniens, inventeurs de cette lettre, étaient, en tant qu’habitants de l’Asie, plus à même de connaître que les autres Grecs. Le y phénicien, pris dans sa forme fermée, avait donné à l’alphabet cadméen la lettre O, qui exprimait le son o, aussi bien long que bref. Les Ioniens, désiîeux de distinguer dans 1 écriture o de o, reprirent ce même ÿ ? mais dans sa forme ouverte qu’ils retournèrent, Le leur coté les habitants des Cvclades avaient emprunté la même figure, mais en lui assignant la valeur exactement opposée, celle de l’o bref, en conservant le O comme un o long. A Mélos on ouvrit l’o sur le côté pour indiquer quand il était bref, C, le laissant fermé quand il était long. Quant à Théra, le signe dont on s’y servait pour o tient à la fois de celui des Cyclades et de celui de Mélos, (X-

7° Restent les lettres = dont

38 Odyss. P, V. 2-21 . — 39 Nem. X, v. (-28.— *0 Idyl. XV, v. 76 ; cf. Idyl. V, y. US et

ISO. — U Corp. inscr. gra:c, n. Ci,

I,e Bas, Voyng? Inscriptions, pl. m, n. 2.

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nous n’avons pas indiqué l’origine, au moins probable. Ici nous ne saurions reconnaître aucune source, ni cadméenne, ni directement phénicienne. On ne peut absolument, croyons-nous, considérer ces caractères que comme des signes purement conventionnels inventés pour compléter l’alphabet.

Parmi les lettres additionnelles que nous venons de passer en revue, il importe d’en distinguer de deux sortes, qui constituent deux phases différentes dans les modifications apportées à l’alphabet eadméen.

, 1° Les lettres qui sont communes aux quatre écritures grecques secondaires. Ce sont 0 X et peut-être i Ÿ. Ces deux derniers signes ne se rencontrent, il est vrai, que dans les alphabets éolo-dorien, ionien et insulaire ; mais il est probable qu’ils avaient été supprimés dans l’alphabet attique, comme un certain nombre de lettres cadméennes, parce qu’au lieu de gg et tot on prononçait en attique jg et <pa, exprimés par et 0^ .

Les caractères que nous venons d’indiquer, étant communs à tous les alphabets secondaires, doivent avoir été ajoutés à l’écriture avant la séparation de ces alphabets. Ce fait aura pour nous une très-grande importance, lorsque nous étudierons tout à l’heure les passages des grammairiens anciens sur la formation de l’alphabet hellénique.

2° Les lettres qui sont particulières à une des quatre écritures, et qui ont été, par conséquent, ajoutées après leur séparation. Ce sont : F, + = 6, = x pour l’al¬

phabet éolo-dorien; F pour le premier groupe de l’alphabet des îles; Œ = 0, C ou© = “ pour le second; enfin £) — w, pour l’alphabet ionien.

L’invention du \ en forme de X °u + a été la cause de celle du x en forme de ^ . On peut conjecturer d’après les inscriptions d’Ibsamboul que cette dernière figure était le tracé primitif du \[/. Mais lorsqu’une partie des peuples éolo-doriens eut tiré du K, pour rendre la prononciation x<i, la figure + ou X, ces mêmes peuples ne purent plus, à moins de tomber dans une confusion inextricable, employer pour le y le tracé primitif X ou +. Ils s’arrêtèrent pour rendre cette articulation aspirée, à la figure conventionnelle sp, à laquelle ne se rattachait aucune valeur essentielle et de tradition. Mais comme ce nouveau x eût pu facilement se confondre avec le on allongea le trait central du ^ ou on doubla la lettre dans deux sens opposés, et on obtint ainsi les deux figures Ÿ et %, dont la première finit par être adoptée partout.

Ordonnance nouvelle de V alphabet grec . — L’alphabet cadméen ou premier alphabet grec, comprenant juste les vingtdeux lettres de l’alphabet phénicien, devait suivre encore la même ordonnance. C’est ainsi que nous l’avons disposé dans notre tableau (fig.231). Nous avons encore fait de même dans le suivant (fig. 232,) destiné principalement à montrer comment les alphabets grecs secondaires étaient issus de ce type primitif, et pour y faire mieux comprendre l’origine des lettres nouvelles ajoutées au fond premier, nous les avons placées en face des caractères cadméens d’où elles ont été tirées. Mais un fait important coïncida avec l’invention des lettres qui caractérisent les alphabets de l’époque secondaire et qui manquaient au type eadméen,

M Lepsius, Ann. de l'Inst. Arch. t. VIII, pl. B, n. 1 ; Franz, Elem. epigr. grâce.

comme au phénicien ; ce fut l’adoption d’une ordonnance nouvelle de l’alphabet, qui depuis s’est toujours conservée chez les Grecs.

Cette ordonnance diffère sur quelques points assez notablement de celle des alphabets sémitiques et n’est complète qu’en y comprenant les trois lettres inusitées dans les habitudes ordinaires de l’écriture et maintenues seulement comme signes numéraux, (fou, xomta et ffâpu. En la mettant en regard de l’ordonnance de l’alphabet phénicien, que les Hébreux ont exactement conservée, on y observe les différences suivantes :

1° Le nom et la place du ont été donnés à son dérivé postérieur et secondaire, F? au lieu d’appartenir comme de droit à son dérivé le plus ancien et le plus voisin, Y. qui prend le nom de tj^bv et est rejeté à la suite du T,

2° La place du est donnée à son dérivé secondaire, ï, tandis que son premier dérivé, X, conservant le nom de crÏYg.*, est rejeté immédiatement avant le T, au lieu où devrait être le caractère correspondant au W.

3° Le nom de xotctox, c’est-à-dire de qip, passe au dérivé du s, sorti de 'i, tandis que le p n’a plus de correspondant;

4° Le gocv, sorti de W et portant encore le même nom, — altéré en sapa, parce que dans le tracé qui lui fut donné plus tard, 2), on croyait voir un a lunaire et un tc combinés — expulsé de sa place par le cuYgoc, est rejeté à la queue de l’alphabet, après l’wpya.

On ne saurait malheureusement déterminer d’une manière précise à quelle époque ont été introduits ces bouleversements dans l’ordonnance primitive empruntée aux Phéniciens. Ce qui est certain, c’est que l’ordonnance nouvelle remonte à une haute antiquité (car l’alphabet archaïque du vase découvert à Cæré en Étrurie et connu sous le nom de vase Galassi 4S, est exactement disposé dans l’ordre qui sert encore) et qu’il en contient toutes les lettres, sauf le dàv, le et lwgiya, cette dernière lettre inconnue aux Doriens :

ABrAEFZHOIKAMNEOnL|PXTY + (l>4,

On peut ajouter que, sauf l’addition de l’w, laquelle doit être postérieure et avoir remplacé le p = xg tombé en désuétude, cette ordonnance a été inventée dans un pays dorien où on ne faisait usage ni du ? ni du <rav. L’origine dorienne ou dans les domaines de la première variété de l’alphabet des îles est attestée par la présence du F, lettre exclusivement propre à ces deux systèmes d’écriture.

Il est une loi que l’on constate d’abord dans ces modifications de l’ordonnance de l’alphabet, mais dont la cause demeure inconnue, c’est que lorsqu’un caractère phénicien a fourni deux lettres grecques, le dérivé secondaire a été mis au lieu et place de ce caractère, tandis que son premier dérivé a été rejeté ailleurs. C’est ce que nous avons remarqué pour le 1 et le d- Les deux lettres qui dans le phénicien et dans l’alphabet eadméen se trouvaient placées entre q et *i ou n et P, M et ? correspondant à s et p, ont été réduites à une seule. Probablement pendant un certain temps on employa pour exprimer le chiffre 90, tantôt V\ et tantôt ?? suivant les pays; à la fin le P|, devenu l’emporta, comme il l’a emporté déjà dans

p. 22 ; Mus. Gregorian. t. II, pl. cm ; Corp. insc. graec. n. 8342.

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l’alphabet du vase Galassi. Mais comme le nom du xo7r7ta, était le plus connu, parce que cette lettre était ’ celle qui était restée le plus longtemps en usage dans l’écriture habituelle de beaucoup de contrées helléniques, ce nom de xo'itTOx, venu de plq , fut appliqué au signe lj , sorli du jj et non du p.

Ceci fournit déjà une série de vingt-deux signes : a p 7 5 t jjS-ixXjxvljou^ pu: u. Les trois lettres attribuées par la tradition à Palamède avec les E, <t> X t, furent ajoutées à la suite, hors des rangs de cette ordonnance, comme il convenait à des lettres additionnelles. L’£2 vint après, à son rang d’invention ; enfin, comme on n’obtenait avec cette série de lettres ainsi disposée, dans l’emploi des signes numéraux, qu’une notation incomplète, allant jusqu’à 800, et comme il fallait un signe de plus pour rendre le nombre 900 et atteindre jusqu’à la notation de 1 000, où recommençait l’emploi de l’a et ainsi de suite, on reprit, uniquement pour l’usage numéral, le <ràv tombé en désuétude dans l’écriture, et on le plaça le dernier de tous, après l’w.

Adoption de l'alphabet ionien dans toute la Grèce. — Nous avons déjà parlé de la date décisive que la deuxième année de la xcive Olympiade (403 av. J.-C.) constitue dans l’histoire de l’écriture grecque. Le décret rendu par le peuple d’Athènes sous l’archontat d’Euclide, d’après lequel on abandonna dans les actes publics l’ancien alphabet attique pour adopter un autre alphabet beaucoup plus complet, et partant plus commode à l’usage, fut un exemple déterminant que suivirent toutes les cités et toutes les nations helléniques. L’alphabet et l’orthographe qui avaient été adoptés dans Athènes devinrent l’alphabet et l’orthographe définitifs, communs à tous les Grecs.

Mais ce n’était pas un alphabet nouveau, formé parla combinaison des alphabets secondaires précédemment en usage. C’était un de ces alphabets qui prenait le dessus et effaçait tous les autres. Les Athéniens, qui pendant fort longtemps, par une ancienne tradition, avaient persisté à employer un système d’écriture trop incomplet, dont leur vanité se plaisait à faire remonter l’origine à Gécrops44, se décidèrent enfin à le remplacer par un autre système qui représentât mieux toutes les flexions de leur dialecte. Deux alphabets se présentaient à leur choix, Yéolo-dorien et Y ionien. Ils ne voulurent rien emprunter à leurs adversaires les Doriens, qui venaient depuis si peu de les vaincre, et du joug desquels ils s’étaient délivrés, grâce au courage de Thrasybule, l’année môme où ils inauguraient l’usage de leur liberté reconquise par ce grand acte, au moyen duquel ils voulaient marquer parunsigne extérieur comme une sorte de rénovation d’Athènes. Ils choisirent donc l’alphabet ionien. Au reste, ils avaient été précédés dans celte voie par l’exemple de quelques peuples doriens. Un décret argien datant de l’année 417 av. J. -G. est écrit en lettres ioniennes 4S. Il en est de même d’une grande inscription d’Orchomène, antérieure à la fin de la guerre du Péloponnèse M. L’introduction de l’alphabet ionien en Béotie par Archinus 47 eut donc lieu avant son introduction dans la cité de Minerve.

M Tacit. Armai. XI, 14. — 45 Le Bas, Voyage , Inscriptions, part. III, p. i?

n. 1. — 46 Corp. inscr. graec. n. 1569. — 47 Bekker, Anecd. graec. t. II, p. 783.

48 Herodot. Y, 58-60. — 49 Alcid. C. Palamed. p. 75 ; t. VIII, ed. Reiske ; cf. Lobcck, Aglaopham. p. 234. — 50 Schol. ap. Bekker, Anecd. graec. t. II, p. 783.—

51 Diod. Sic. III, 66. — 52 m, 67. — 53 Stesichor. Fragm. 38 ; Euripid. Palamed. ap. Dindorf. Fragm. p. 104; Gorg-. Declam. p. 690; Joseph Rhacend. Synops.

Partout, ailleurs il est facile de constater que l’adoption de l’alphabet d’abord propre aux Ioniens fut postérieure au décret rendu dans Athènes sous l’archontat d’Euclide. Nous ne possédons malheureusement qu’un trop petit nombre de documents pour préciser des dates absolument positives, mais tout semble indiquer que le mouvement qui portait à l’abandon des anciennes écritures locales pour adopter l’usage d’une seule, commune à toute la race grecque, produisit ses effets sur l’étendue entière du monde hellénique dans un intervalle d’une quinzaine d’années au plus. Athènes, bien qu’abattue par les désastres de la guerre du Péloponnèse, donnait encore le ton à tous les Grecs pour les choses d’art et d’intelligence ; ce fut la mode d’imitation athénienne qui fit adopter par les peuples éoliens et doriens l’écriture qui venait d’être choisie dans cette ville. De cette manière, l’alphabet qui avait été d’abord particulier aux Ioniens finit par être le seul alphabet en usage chez les diverses fractions de la race hellénique.

Récits des grammairiens antiques sur iu formation de V alphabet grec. — Maintenant qu’à l’aide des données certaines fournies par les monuments nous avons pu suivre les différentes phases de la formation de l’alphabet grec, nous devons aborder un autre ordre de documents et examiner si, grâce aux faits que nous avons constatés, il est possible de tirer quelque chose de précis du chaos des témoignages des écrivains anciens sur l’histoire de cet alphabet, chaos rendu encore plus inextricable par les confusions que les copistes des manuscrits ont introduites parmi les lettres citées par les auteurs.

Nous avons eu l’occasion de parler plus haut de l’unanimité des témoignages antiques à reconnaître l’origine phénicienne des lettres grecques, tradition qu'IIérodote rapporte surtout d’une manière précise et avec les plus précieux détails. Le père de l’histoire attribue l’introduction de l’écriture phénicienne en Grèce à la colonie de Gadmus 48, et cette version est la plus habituelle chez les écrivains grecs. Cependant quelques-uns attribuent l’invention des lettres helléniques à Orphée 49, à Musée 50 ou à Linus S1. Mais un récit rapporté par Diodore de Sicile 82 disant que Linus appliqua d’une manière plus convenable à l’idiome des Grecs, les lettres phéniciennes, leur donna des noms et arrêta définitivement leur tracé, montre que toute celte catégorie de traditions se rapporte, non à la première introduction de l’alphabet phénicien chez les habitants de la Grèce, mais au travail de modification que ces habitants firent subir à l’alphabet apporté par les navigateurs chananéens pour l’appliquer à leur langue et à leur organe, travail qui donna naissance à l’écriture que nous avons appelée cadméenne.

Un autre récit traditionnel présente Palamède comme l’inventeur des lettres grecques 53, et plusieurs monuments de l’art prouvent que cette opinion avait cours dès une époque ancienne 8\ On dit aussi que le héros du siège de Troie fut celui qui appropria les lettres phéniciennes à l’usage des Grecs 88. Quelques critiques de l’antiquité concilient les récits relatifs à Gadmus et à Palamède, en disant que le premier alphabet cadméen ne comprenait que seize

rhetor. 4 ; Lucian. Ind. vocal. 5 ; Dio Chrysost. XIII. p. 428 ; Hygin. Fa b. 274 ; Themist. Orat. IV, p. 60 A ; Schol. ap. Bekker, Anecd. graec. t. II, p. 7S3 et 786.

V Ch. Leuormant et De Witte, Élite des monuments céramograpk ignés. 1. 1, p. 253. 5,> Schol. ad Euripid. Orest. v. 432 ; Athanas. Orat. contr . g eut.

11 ; Arsen. Violar. p. 463 ; Cf. Tacit. Annal. XI, 14 ; Tzctz. Chiliad . Y ; Exeges. in Iliad. p. 46 et 77,

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lettres, A B T A E I K A M N O I"1 P I T Y, et que

I alamède en ajouta de nouvelles 56. Servius prétend que ce furent 0 0 X, Plutarque Z O 0 X, Suidas Z H 0 X, Maximus Tictorinus H Ÿ 0 X, saint Grégoire de Nazianze ® ^ ^ — Isidore de Séville H X £2. Enfin un passage de Pline 6' fournit les données suivantes : Utque in Graecium intulisse (litteras) e Phoenice Cadmus sedecim numéro . Quibus Trojano Le lo Palamedes adjecisse quatuor hac figura 0 H 0 X. Tohdem post eum Simonidem Melium Z H Ÿ £2, quarum omnium vis in nostris recognoscitur. Aristoteles decem et octo priscas fuisse ; A B T AEZIKAM NOflPITY0, et duas ab Epichanno additas quant a Palamcde mavult Pline n est pas, du reste, le seul à attribuer un rôle àÉpicharme et à Simonide de Céos, le poëte lyrique (non à un Simonide de Mélos S8), dans la formation de l’alphabet grec délinitif. Marius Victorinus 69 rapporte les lettres O 0 X à Simonide, Eustatbe Z E Ÿ, Pline Z H Ÿ Çl, Suidas - H YH; Tzetzès 60 et Moschopoulos 6l, d’après des écrivains antérieurs, disent Epicharme inventeur de Z E Ÿ ; Aristote, on vient de le voir dans le passage de Pline, lui attribuait O X ; enfin Tzetzès met l’invention de O 0X sous le nom d’un certain Cadmus de Milet.

Le prétendu alphabet primitif de seize lettres est une pure et simple fiction des grammairiens. Franz, M. Mommsen et M. Kirchotf l’ont déjà reconnu, comme l’avaient fait avant eux Swinton, Eckhel, Gesenius et M. Bôckh. L’alphabet cadméen se composait de vingt-deux lettres, comme le phénicien. Mais comment et pour quelle raison les grammairiens ont-ils réduit ce nombre à seize ? Le procédé qu’ils ont suivi pour obtenir leurs seize caractères, soi-disant primitifs, est facile à retrouver

Les grammairiens antiques étaient ignorants des questions de paléographie. Ils ont donc, au lieu de remonter aux monuments vraiment archaïques, opéré simplement sur l’alphabet grec dont on faisait usage de leur temps. Par là, tous les caractères tombés en désuétude dans cet alphabet, P] ? M, étaient exclus de leur liste des lettres cadméennes. L’omission en était d’autant plus naturelle que dans l’alphabet attique, le seul desalphabetsarchaïques dont les grammairiens eussent occasion d’avoir souvent des exemples sous les yeux et dont la tradition se fût conservée exacte parmi eux, aucun de ces signes n’était en usage. Quant à la suppression de Z H 0 , on se rend également compte des motifs qui les y ont poussés. Un certain nombre de dialectes grecs remplaçaient £ par <ro ou oS62, ce qui avait fait considérer par la plupart des grammairiens cette lettre comme double. Sachant donc, par une tradition dont nos recherches précédentes ont montré la parfaite exactitude, que les lettres exprimant des articulations doubles, E et Ÿ, étaient le résultat d’une addition postérieure à l’alphabet primitif, les grammairiens, qui croyaient le Z une lettre double, étaient portés à le considérer comme inventé en même temps. Ils auraient dû cependant être avertis de l’antiquité de la valeur du Z comme lettre simple parles vers d’Homère où cette lettre est précédée d’une

56 Serv. ad Virgil. Aeneid. II, v. 86 ; Iren. Ado. haeret. I, 15, 4 ; Plutarch. Sympos. IX, 3 ; Schol. ap. Bekker, Anecd. graec. I. Il, p. 782 ; Suid. s. v. IlaXapii^r,; ; Max. Victorin, Art. grnmmat. p. 1944 ; Gregor. Nazianz. Schol. ad Stelit. I, p. 66; sidor. Orig. III, 1,0. — 87 ffist. mt. VII, 56. — r>8 vov. Franz, Elan, epigr.

syllabe brève 63. Mais le scholiaste publié dans les Anecdota de Bekker est le seul qui en ait fait la remarque 6\ La raison qui a fait croire que O avait été inventé avec 0 et X, est tout à fait analogue à celle qui avait fait penser que Z avait été ajouté en même temps que E et Y. Sachant par la même tradition que les aspiiées de l’alphabet grec étaient le résultat d’une addition postérieure, ils supposèrent que 0 devait y être compris avec 0etX6S, ignorant que le O existait déjà dans l’alphabet phénicien. Quant au H aspiration qui existait dans l’alphabet attique bien connu des grammairiens, ils se refusaient à y voir, aussi bien que dans le F , une lettre proprement dite 66 ; c’est pourquoi ils l’excluaient de leur liste.

La série de dix-huit caractères, citée par Pline d’après Aristote, est plus exacte que celle de seize lettres. On a lieu seulement de s’étonner en y voyant le 0 rangé parmi les signes primitifs de l’écriture. Mais si l’on suppose, ce qui est naturel et fort admissible, que ce 0 est le résultat d’une faute de copiste pour O, et si on restitue la liste :

A B T A E Z O I K A M N O n P X T Y, on

obtient la série complète des lettres de l’alphabet cadméen conservées dans l’écriture attique, moins le H que 1 on s’obstinait à ne pas considérer comme une letti e. Pour admettre cette opinion il faut, il est vrai, supposer une interversion faite par les copistes ; admettre que l’on aura d’abord écrit 0 au lieu de 0 au septième rang de la liste, puis qu’un nouveau transcripteur, voulant faire le savant, aura transporté cette lettre tout à la fin pour lui rendre le vrai rang qu’elle occupait dans l’alphabet. Des interversions de ce genre et des tentatives de corrections inintelligentes, qui éloignaient plus que jamais de la leçon primitive, n’étaient pas rares dans la transcription des ouvrages de l’antiquité pendant le Moyen-Age. De plus, en admettant notre conjecture, il faut rétablir ensuite, dans le passage d’Aristote cité par Pline, pour les deux lettres additionnelles, 0 et X au lieu de O X, et l’on obtient ainsi dans ce passage un exposé de données parfaitement exactes sur l’origine de toutes les lettres composant l’alphabet attique.

Les lettres attribuées à P alamède. — La tradition qui attribue à Palamède l’addition de quatre signes à l’alphabet cadméen, en laissant de côté le nom quelque peu mythique du héros de la guerre de Troie et la date vraisemblablement trop haute à laquelle les souvenirs helléniques plaçaient cet événement, repose cependant sur un fait historique incontestable. Nous avons constaté en effet qu’entre l’époque où l’on se servait chez les Grecs d’un alphabet composé de vingt-deux lettres comme l’alphabet des Phéniciens et celle où les quatre alphabets helléniques secondaires se séparèrent les uns des autres, précisément quatre lettres, E ® Y Ÿ, furent ajoutées au fond commun des caractères de l’écriture cadméenne. Or ces quatre le ttres semblent bien exactement se retrouver dans les passages des auteurs anciens qui parlent de l’invention de Palamède. Voici en effet le tableau des caractères attribués par les différentes sources à ce héros, dans la figure duquel on personnifiait l’esprit ingénieux des Grecs et les inventions des époques primitives :

rjrapf'. p. 13. — 59 p. 2459. — 60 Cliiliad. Y, v. S 10. — 61 P. 18, ed. Titze. — 62 Cf. Mathiæ, Griech. Grammat. § 15. — Iliad. B, v. 634; v. 103 ; Odyss. A, v. 246. — 6V Bekker, Anecd. graec. t. U, p. 815. — 65 cf. Schol. ap. Bekker. Anecd, grâce , t. II, p. 780. — Gfi Ibid. p. 777.

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Scholiaste publié par Bekker : .

Suidas : .

Maximus Victorinus : .

Grégoire de Nazianze : .

Isidore de Séville : .

I Mss. de Paris, nos 6795 et 6797 :

\ Leçon ordinairement admise .

Pline )

j Ms. Riccardi : .

( Edit, de Venise, 1468 : .

Nous avons d’abord un accord complet de tous les écrivains (excepté Isidore de Séville, qui semble avoir confondu l’invention de Palamède avec celle de Simonide) pour l’origine des lettres 0 et X et leur attribution à Palamède. Pour le 0 on rencontre même encore plusieurs autres passages 67. Le — est donné par saint Grégoire de Nazianze et par Pline, le Y par Maximus Victorinus. Le n de Suidas et le H de Maximus Victorinus sont le résultat de fautes de copistes évidentes; au lieu du premier il faut lire Y et au lieu du second - . Il en est de même de l’Y de Pline dans les manuscrits de Paris et Riccardi ainsi que dans l’édition princeps, et de l’O du manuscrit de Paris et de l’édition princeps, au lieu desquels on rétablira sans hésiter la leçon originale Y et 0. Quant à l’attribution du 0 et du Z à Palamède, nous en avons vu tout à l’heure la eau e. Peut-être aussi serait-on admis à corriger dans ces diverses listes - pour Z, 0 pour O, et Y pour 0, toutes corrections simples et auxquelles sont habitués ceux qui étudient les manuscrits grecs. On aurait ainsi exactement nos quatre lettres additionnelles : £0 X Y.

Les lettres d’Epichunne et de Simonide. — Quant aux lettres dont on attribuait l’invention à Épicharme et à Simonide, il est évident, comme l’a vu Franz, qu’il s’agit ici de l’un de ces cas où l’on a donné le nom d’inventeur à celui qui a vulgarisé une chose antérieurement inventée. 11 est évident aussi que les récits qui parlent de ces deux inventeurs se rapportent à la connaissance que l’on eut de certaines lettres dans la ville d’Athènes, qui, pour l’adoption de l’alphabet définitif, donna l’exemple à presque toute la Grèce. Des passages des auteurs anciens relatifs à l’invention d’Épicharme et de Simonide on doit conclure, avec Franz, que l’opinion générale attribuait à Épicharme ^ et Y, et à Simonide H voyelle et £2. Ce sont justement les lettres que l’alphabet définitif contient de plus que l’ancien alphabet attique.

Or, bien avant que le décret rendu sous l’archontat d’Euclide eût opéré une révolution complète dans la manière d’écrire les actes publics du peuple athénien, plusieurs des écrivains les plus renommés d’Athènes employaient déjà dans leurs œuvres ces quatre lettres. Euripide, dans son Thésée, s’était servi de l’H comme voyelle 68.

67 Philostrat. Heroïc. X, 3 ; Martial. Epigr. XIII, 75 ; Auson. Edyll. de litt. mon. v. 25 ; Nemes. Fragm. de aucup. 15.— 68 Euripid. Thés, fragm. 5, cd. Bekker.— 69 Athen. X, p. 454. a1 Atheu. VII, p.276; Cf. Clinton, Fasti hellemd ad ann. 432, col. 4 ; Krüger, flheinisches Muséum, 1. 1, part. 1, p. 137 etsuiv. — a Le Bas, Voyage, Explication des inscriptions, 1. 1, p. 4 j Hoss, Kunstblatt , 1 836, n. 39, 40, 60; 1840, n. 1 8 et 37 ; Demen

Callias le comique avait fait usage du Y et de l’£2 69, et de plus le même Callias, dans la première année de laLX.xxvn® Olympiade, avait fait jouer une pièce que l’on qualifie de Ypotp.p.aTixï] Tpaywota et dans laquelle figuraient toutes les lettres de l’alphabet ionien 7J. Les inscriptions d’Athènes offrent plusieurs exemples du même fait, de l’usage anticipé de quelques-unes des lettres de l’alphabet ionien manquant au vieil alphabet attique 71. Un fragment de décret de la lxxxv® Olympiade 72 contient le Y au lieu de l’orthographe habituelle CD Une dédicace environ de la même date 13 emploie le signe £2 pour rendre l’o long. Enfin l’inscription du piédestal d’Athéné Hygie aux Propylées de l’Acropole 74 gravée pendant la construction même du chef-d’œuvre de Mnésiclès75, contient simultanément, dans la signature de l’artiste, F H voyelle et l’E pour r\ suivant l’ancienne orthographe attique.

Le scholiaste d’Homère appelé scholiade de Venise prétend 76, que ce fut le grammairien Callistrate de Samos qui le premier fit connaître l’alphabet ionien à Athènes, au temps de la guerre du Péloponnèse 77. Mais n’y a-t-il pas moyen de concilier ce témoignage fort sérieux avec une tradition qui a pour elle des autorités puissantes? Ce serait alors l’infiuence d’Épicharme et d’è Simonide qui aurait fait adopter par les lettrés d’Athènes, d’abord le et le ç, puis l’y) et l’eo. Épicharme, écrivant à Syracuse où l’on se servait des lettres ï et Y, avait dû les employer dans ses ouvrages, et Simonide, Ionien, s’était certainement servi dans les siens, comme tous ses compatriotes, de H voyelle et de £2. Puis, ce qui n’avait été d’abord qu’une habitude particulière de quelques personnes aurait été généralisé un peu plus tard dans l’enseignement des écoles par le grammairien Callistrate, qui aurait été de cette manière le préparateur de la révolution opérée sous l’archontat d’Euclide.

III. Les alphabets de l’Asie Mineure. — Nous complétions sous cette dénomination commune les deux alphabets indigènes de la Phrygie et de la Lycie, qui tous les deux sont empruntés à la source hellénique. Nous n’y joignons pas 1 alphabet carien, dont on possède quelques mes monuments, car le déchiffrement de ces inscriptions n’a pas encore été tenté et si l’on voulait juger de

von Attika, p. 17, note 2 ; Journal des savants, 1851, p. 247. - 72 Rhangabé, An t. hellén. n. 249— 73 Rhangabé, Ant. hellén. n. 37 ; Mémoires de l’Académie de Berlin, pour 1863, p. 185. - 7. Rhangabé, Ant. hellén. n. 43 ; Le Bas, Voyage, Inscriptions, pl. VIII, n. 4 ; Beulé, L’Acropole d’Athènes, 1. 1, p. 284. — 75 plutarch. Pericl. 13 ; Pim. XXII, 17.-76 Ad Iliad. H, v. 185. — 77 Cf. fhot. et Su;d. 3. v. i ir,;v.5.

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l’alphabet earien uniquement sur son apparence extérieure, on serait assez embarrassé. Beaucoup de ses lettres semblent tenir au grec et indiquer une étroite parenté avec le phrygien et le lycien, mais en même temps d’autres paraissent plutôt sortir directement du phénicien, et d’autres enfin ont un aspect tout à fait sui generis.

Alphabet phrygien. — Les

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