‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 4)Chapitre 52 sur 155 · XJ · texte numérisé non relu

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tes en 1444 auprès de Gubbio, publiées pour la première fois par Dempster, et étudiées de nos jours, avec les méthodes modernes de la philologie comparée, par MM. Lepsius, Aufreclit et Kirchoff.

Une partie de ces tables a son texte tracé avec l’écriture nationale, et une autre, bien que conçue en langue ombrienne, est écrite avec les lettres latines. Les mêmes mots et les mêmes formules se répètent dans les deux parties, et la comparaison en a permis d’établir la correspondance de chacun des signes de l’alphabet ombrien avec une lettre latine. Mais elle n’est quelquefois qu’un àpeu-près. Les tables en écriture latine ne donnent pas de correspondant exact au signe L ; c’est seulement la comparaison avec l’étrusque qui amène à y reconnaître un z. Les deux sifflantes M et 2 sont également transcrites par S, cependant il est évident que la prononciation n’en était pas la même. Mais l’articulation un peu chuintante que représentait le M ne pouvait pas être rendue d’une manière exacte et précise avec l’alphabet des Romains. Nous voyons de même la lettre latine R transcrire deux signes ombriens qui n’étaient certainement pas homophones, 0 et 9- Le premier est le r, exactement figuré comme en étrusque ; quant au second, c’est à M. Lepsius 102 qu’appartient l’honneur d’en avoir le premier discerné et établi sur les preuves les plus convaincantes la valeur précise. Le savant prussien a démontré, en effet, que cette lettre représentait une articulation particulière à l’ombrien, intermédiaire entre r et s et tenant à la fois des deux. Enfin il est assez difficile de préciser la prononciation que les rédacteurs de la partie des Tables Eugubines tracée en lettres latines ont voulu rendre par S’ en transcrivant le signe <)• M. Lepsius suppose que c’est celle du sch; MM. Aufrecht et Kirchoff celle du j ; M. Mommsen, ch. Ce qu’il y a de certain, c’est que S’ ou d s’échange quelquefois avec le k.

Il suffît de voir la liste de l’alphabet ombrien, telle que nous la donnons dans la troisième colonne du tableau fig. 236, pour reconnaître qu’il sort de l’alphabet étrusque et qu’il le reproduit exactement, sauf les modifications suivantes :

1° Deux lettres grecques laissées de côté par les Etrusques ont été reprises par les Ombriens : la consonne douce <3 b et le >1, employé dans les Tables Eugubines toutes les fois qu’en étrusque on aurait mis le A, dont ces tables n’offrent aucun exemple. Mais le 3 faisait probablement partie de la série des lettres adoptées à l’origine par les habitants de l’Étrurie, car il se retrouve dans plusieurs autres alphabets dérivés de l’étrusque.

2° Les aspirées 0 4', admises dans 1 étrusque, n ont point passé en ombrien. Quant au O, qui était aspiré en étrusque comme en grec, nous ne le rencontrons que deux fois dans les Tables Eugubines ; il est alors rendu en latin par T, et les mots mêmes où nous le voyons figurer se retrouvent dans d’autres endroits de la partie ombrienne des tables, écrits avec -f. U est donc évident que l’organe des Ombriens, comme celui des Latins à l’origine, n admettait pas l’aspiration pour les articulations c, p et t.

3° Deux lettres nouvelles ont été inventées par les Ombriens pour rendre des articulations qui n’étaient pas représentées dans l’étrusque. L’une, q, n’est que le r, Q,

Fig. 236. Alphabets de l’Italie méridionale.

102 Detab. eugubin. p. 18 et 56.

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légèrement modifié par le prolongement de sa haste en bas; l’autre, d, semble le résultat d’une combinaison purement artificielle.

L’alphabet ombrien a fidèlement gardé la direction de droite à gauche de l’écriture étrusque. Quant à l’expression des voyelles, elle est plus riche que d’habitude sur les monuments étrusques et se rapproche davantage de celle du latin. La vocalisation qu’elle représente, bien que ne comprenant que les mêmes sons que celle de l’étrusque, en est fort différente.

Alphabet sabellique. — Cet alphabet, que nous ne connaissons qu’imparfaitement, est celui qui figure dans la quatrième colonne du tableau. Deux seuls monuments en révèlent l’existence, l’inscription de Crecchio 103 et celle de Cupra Maritima 10\

Sauf trois lettres ajoutées pour rendre des articulations et des sons vocaux que ne possédait pas l’ombrien, l’alphabet sabellique n’est autre que l’alphabet de l’Ombrie, dont les signes ont été retournés pour écrire de gauche à droite. Les deux voyelles nouvelles sont formées par l’adjonction d’un point diacritique aux lettres exprimant les sons vocaux les plus voisins dans l’alphabet ombrien, emprunté par les habitants du Picenum, I et V. L’i marqué d’un point, L, représente ce que le grammairien latin Lucilius appelle i pinguius, c’est-à-dire un son long et en réalité intermédiaire entre te te. Quant au v pointé, S/ , c’est un o. La consonne ajoutée dans le sabellique ne se distingue pas par un point diacritique ajouté à une lettre existant déjà; c’est une figure entièrement nouvelle, R. L’articulation du d n’existait dans l’organe ni des Étrusques ni des Ombriens; ces deux peuples, en recevant l’alphabet des Grecs, n’avaient donc pas emprunté le signe qui servait à la peindre. Chez les populations sabelliques du Picenum, comme aussi chez celles qui se servaient de la langue osque, le d était une des articulations habituelles de l’organe; il avait donc fallu y trouver un signe. La tendance naturelle avait dû porter à l’emprunter aux colonies grecques du voisinage, puisque celles-ci possédaient cette lettre dans leur alphabet. Mais chez les colonies grecques avec lesquelles les habitants du Picenum et des pays osques avaient les rapports les plus habituels, le type usité pour le o était D. Or, cette figure était celle à laquelle, depuis la première communication de l’écriture alphabétique des Hellènes aux Étrusques, on avait pris l’habitude d’assigner la valeur de r, qui avait passé comme telle chez les Ombriens d’abord, puis chez les populations sabelliques. Afin d’éviter une confusion, les gens du Picenum cherchèrent à différencier de leur r le d tout semblable qu’ils puisaient chez les Grecs leurs voisins. Ils ajoutèrent à leur nouvelle acquisition deux traits supplémentaires par en bas, qui en firent R.

Alphabet osque. — L’alphabet osque et l’idiome qu’il servait à écrire étaient en usage dans presque tout le Midi de l’Italie, sur une très-vaste étendue de territoire comprenant les pays des Samnites, des Hirpins, des Apuliens, des Frentani, la Campanie, la Lucanie et le Brutium. Les monuments en sont nombreux et embrassent une période comprise entre le iv° siècle avant notre ère et la fin du Ier siècle ap. J.-C. Toutes les inscriptions osques connues

ï0! Mon. inéd. de llnst. arch. t. IV, pl. lx, n. 2 ; Mommsen, Untei'ital. Dialekt. pl. „. lov Mommsen, Unterital. Dialekt. pl. xvii. — «K Unterital. Dialekt.

1. ïi-xiii. — 10« Die oskischen Mûnzen. Leipzig, 1850. — loi Saggio di lingua

ont été publiées en fac-similé et interprétées parM. Mommsen ’05. Il faut y joindre les monnaies qui ont fait le sujet d’un ouvrage spécial de M. Friedlander m. Nous donnons cet alphabet dans la cinquième colonne du tableau (fig. 236).

Il suffit de comparer cette liste de caractères avec celle de l’alphabet sabellique, tout incomplète que soit celle-ci, pour constater que l’alphabet osque dérive de l’alphabet sabellique du Picenum et n’esi en réalité que cet alphabet régularisé dans le tracé de ses lettres et appauvri de quelques signes, <•> M P, th, s’, rs. Ces trois signes représentaient des articulations que la langue du Picenum possédait comme l’ombrien, mais qui faisaient complètement défaut dans la langue osque. Lorsque les Osques voulurent rendre l’articulation du 3- dans un mot d’origine étrangère, le grec .Q-yjTaupoç, ils l’exprimèrent comme les Latins par le t suivi d’un h, écrivant thesavrom, comme on le voit à la ligne 48 du traité entre Nola et Abella. C’était, du reste, l’habitude des Osques, pour l’expression du très-petit nombre d’articulations aspirées qu’admettait leur langue, d’écrire la lettre dure suivie d’un h. Dans le signe affecté à l’expression du son vocal que les grammairiens latins appellent i pinguius, le point diacritique ajouté en sabellique au I se change dans l’osque en un petit trait horizontal qui rejoint la haste droite, R. Les inscriptions de Crecchio et de Cupra Maritima ne fournissent pas l’occasion de savoir si la lettre > de l’étrusque, disparue de l’usage en ombrien, avait été reprise dans le sabellique. Nous la retrouvons en osque. Seulement, au lieu d’y avoir la valeur de c comme en étrusque, elle y a pris celle de g, que des exemples décisifs ne permettent pas de contester.

Alphabet euganéen. — Un certain nombre de monuments, des contrées de l’Italie situées sur les bords du Pô révèlent l’existence d’un alphabet particulier, étroitement apparenté à l’étrusque, qui était en usage dans ces contrées aux temps antiques. Lanzi 107 constata le premier l’existence et 1 individualité de cet alphabet, et l’appela euganéen, du nom du principal peuple qui habitait ses domaines. Depuis, M. Mommsen y a consacré une dissertation spéciale, dans laquelle il en a rassemblé tous les monuments et a fixé d’une manière définitive les valeurs des signes avec la supériorité critique marquée d’ordinaire dans tous ses travaux 10S. Le savant prussien le désigne sous le nom (Y alphabet nord-étrusque ; mais nous préférons conserver l’appellation adoptée par Lanzi, d’abord parce qu’elle a en sa faveur la priorité, puis parce que celle que M. Mommsen propose nous paraît de nature à pouvoir impliquer pour quelques esprits une notion inexacte, l’idiome que cet alphabet écrit était tout à fait différent de l’étrusque.

L’alphabet euganéen, mis en regard avec l’étrusque, occupe la deuxième colonne de notre tableau (fig. 237). Entre cet alphabet et l’étrusque il y a parenté étroite, et l’on pourrait même dire identité absolue sans l’absence des signes D ® 8, que possède l’étrusque tandis qu’ils font défaut dans l’euganéen, et sans la présence de deux lettres absentes des inscriptions de l’Étrurie, >1 et O, cette dernière figure représentant un th en étrusque, tandis qu’elle est un o en euganéen comme en grec.

Les monuments de l'alphabet euganéen montrent la

etrusca, t. III, p. 566-568. — >08 ptie nordetruskischen Alphabete auf Inschriften und Mitnzen, dans les Mittheilungen der Antiquarischen Gesellschaft in Zurich, t. VII, p. 199-259.

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direction de cette écriture comme variable ; ils sont écrits indifféremment de droite à gauche, en boustrophède, et de gauche à droite.

Y. Alphabets rhétien et salasse. — Nous donnons ces noms à deux alphabets très-voisins de l’euganéen et qui n’en sont guère que des variétés. Ils occupent la troisième et la quatrième colonne de notre tableau (fig. 237).

Les monuments de l’alphabet rhétien, trouvés dans le

ÉTRUSQUE. EUCiANÉEN. RHÉTIEN. SALASSE.

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