‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 4)Chapitre 56 sur 155 · WM · texte numérisé non relu

WM

RR

Fig. 239. Alphabets grec chalcidien et latin.

ALP

date doit être placée au vi° siècle, le ^ ombrien, qui est bien positivement un z, est transcrit en latin par S. Le grammairien Marius Victorinus 126 nous apprend que le poète tragique Accius n’avait pas encore admis l’emploi du z. Cependant de son temps cette lettre, sous la forme Z empruntée à l’alphabet grec définitif, avait commencé à reparaître à Rome dans des mots tirés de la langue hellénique. Une fois réintroduite, on s’était mis à l’employer quand on voulait transcrire les caractères affectés à l’expression du 2 dans les autres idiomes de l’Italie. Ainsi dans la partie osque en lettres latines des tables deBantia127, qui sont du temps des Gracques, le ^ de l’alphabet indigène est constamment rendu par Z. Ce ne fut, du reste, que vers le temps de Cicéron que l’adoption du z devint générale 12S et que cette lettre fut définitivement réadmise dans l’alphabet, où elle prit la dernière place.

La série alphabétique des Latins a constamment renfermé les deux gutturales C et K. Mais il est évident qu'à l’origine ces deux signes ne représentaient pas, comme plus tard, la même articulation. Ainsi que dans le grec, C était un g et K un k. Nous en avons la preuve par les abréviations des plus anciens noms, conservées traditionnellement, où C et C N ont, tant que le monde latin est demeuré debout, continué à indiquer ceux qui se prononçaient en réalité comme Gains et Gnaeus l29, tandis que Caeso se rendait par K. A cet état des choses se rattache aussi l’habitude si longtemps gardée d’employer le K pour exprimer la gutturale devant l’a, tandis que la même articulation était rendue par C devant toutes les autres voyelles, écrivant par exemple Kartliago , kalumnia, kaput, karmenlalia, merkalus, les mots qui dans l’orthographe définitive ! sont Cartlxago , calumnia, caput. , carmentalia, mercatus. Le seul mot kalendae a constamment gardé son /c, même après le temps où, vers le vne siècle de Rome, cette lettre fut devenue complètement supervacua, comme l’appelle Marius Victorinus 13°, et ne fut plus demeurée dans la série de l’alphabet qu’en pure théorie. Cette disparition du k dans l’usage ordinaire fut le produit d’un changement dans la prononciation latine, où pendant un certain temps, par suite d’une influence évidente de l’étrusque, comme l’a prouvé Ottfried Millier 131, toutes les gutturales devinrent dures. Par suite de ce changement de la prononciation, le C cessa de représenter la gutturale douce g et devint absolument homophone du K ; dès lors, comme en étrusque, où il avait également la valeur de k, il supplanta rapidement cette dernière lettre et s’employa dans tous les cas où l'on avait une gutturale autre que q. La révolution était déjà accomplie au temps de la révision des Leges regiae et lors de la rédaction de la loi des Douze Tables, comme on en a la preuve par la phrase de cette dernière loi : ni cum eo pacit, que nous a conservée Festus au mot Talionis 13\ Dans les plus vieilles inscriptions latines préservées jusqu’à nous, dans toutes celles qui sont antérieures à la seconde moitié du v° siècle de Rome, nous voyons le C employé dans les cas où l’orthographe définitive met un g aussi bien que dans ceux où elle met un c.

Cependant l’articulation du g était trop naturelle à l’organe latin pour que la prononciation durcie des gutturales,

'26 J)e arte grammat. p. 2456 , ed. Putsch. — 127 Mommsen, î Intentai . Dialekt. p. 145. — 128 Schneider, Lat. grammat. t. I, part, i, p. 375. — '2* Mar. Victorin.

Dr. art. grammat. p. 2469, ed. Putsch. — 130 Ibid. — 131 Die Etrusker, t. II

qui avait amené le changement de valeur du C, pût se maintenir. Le besoin se fit de nouveau sentir de distinguer la notation de g et de k; mais l’habitude de donner au C une prononciation dure était trop bien prise pour que l’on pensât à revenir à l’ancienne méthode. Il resta donc affecté à l’expression de la gutturale dure, et une légère modification dans sa forme créa une nouvelle lettre, G, qui devint le signe de l’articulation douce g. On attribue l’invention du G au grammairien Spurius Carvilius m, affranchi de ce Sp. Carvilius Ruga qui, dans l’année 523 de Rome, donna l’exemple de la première répudiation qu’eût encore vue la cité desQuirites. Les monuments prouvent cependant que cette lettre avait commencé à paraître un peu plus tôt. Elle est déjà employée dans l’épitaphe de Scipion Barbatus, consul en 436, et sur l’as libral de Luceria, antérieur à la réforme de 483. Mais en même temps l’inscription de la colonne rostrale de Duillius, dont l’original avait été dressé en 494 et dont la copie parvenue jusqu’à nous semble très-fidèle en ce qui est de l’orthographe, ne connaît que le C. Il faut en conclure avec M. Mommsen m, que c’est dans le cours de la seconde moitié du ve siècle de Rome que le G fut inventé et fit son apparition, sans être encore adopté d’une manière générale. Quant à la part de Spurius Carvilius dans l’introduction de cette lettre, s’il faut cesser d’en voir en lui l’inventeur, on peut supposer avec une grande vraisemblance que, comme il fut le premier qui ouvrit à Rome une école de grammaire régulière et publique 135, ce fut lui qui par son enseignement généralisa l’emploi du G et fit entrer ce caractère dans la série des vingt et une lettres de l’alphabet, où il trouva une place toute naturelle dans la lacune qu’avait laissée entre F et H la suppression du 2.

La série définitive de l’alphabet latin, telle que nous l’employons, ajoute aux vingt et une lettres primitives deux caractères, Y Z, rangés après X . Ce sont deux lettres tirées du grec pour exprimer dans les mots et les noms propres empruntés à l’idiome hellénique des articulations qui n’avaient pas d’expression précise dans l’alphabet latin de vingt et une lettres ; elles sont venues se placer dans la série à leur rang d'adoption. Nous avons parlé tout à l’heure des vicissitudes du 2, possédé d’abord, abandonné, puis repris. Le Y, dont l’origine demeure constamment rappelée par son nom de y graecum, fut introduit à Rome vers la même époque où reparut le 2, et, de même, ne devint pas d’abord d’un usage général. Ce fut seulement vers le temps de Cicéron que l’une et l’autre de ces deux lettres, Y Z, furent définitivement reçues et prirent place dans la série de l’alphabet, où elles sont demeurées depuis lors 136.

VIL — L’alphabet falisque. — Pour terminer cet article, déjà trop long, et achever de passer en revue les différents alphabets de l’Italie antique, il nous reste à dire quelques mots d’un dernier, qui mérite de former une section à part, à cause de son caractère mixte, tenant à la fois de l’étrusque et du latin. C’est l’alphabet particulier au petit peuple des Falisques, que Strabon 137 signale comme se servant d une langue à lui propre. Il a été révélé dans les dernières années par des monu-

p. 312. — m P. 363, cd. Millier. — 133 Schneider, Latia. Grammat. t. 1, part. 1, p. 270. — 13V Unterital. Dialekt. p. 32. — 135 plularch. Quaest. rom. 59.’

" 130 Schneider, Lat. Grammat. t. I, part, i, p. 375 137 y, p. 226.

ALU

ALP

monts épigraphiques découverts à Civita Castellana, l’antique Falerii ,3S.

Cet alphabet s’écrit de droite h gauche et est ainsi conçu comme on le verra dans le tableau (fig. 240).

L’élément étrusque est prépondérant; c’est de lui que vient la direction de l’écriture ; c’est lui qui a fourni les types des lettres a, c, z, th, l, t. Mais en revanche on ne saurait méconnaître l’origine latine de d, o, r. D’autres signes de l’alphabet, comme i, s, u, peuvent venir également de l’une et de l’autre source.

Enfin il est certaines lettres, comme e, h p, pour lesquelles les inscriptions falisques nous offrent alternativement des formes qui se rattachent à l’étrusque et des formes qui se rattachent au latin. En même temps l’alphabet des habitants de Falerii n’est pas un pur et simple mélange de lettres latines et de lettres étrusques empruntées sans aucun changement. A quelques-uns des signes qu’ils empruntaient à leurs voisins, les Falisques ont donné des formes qui ne se rencontrent que chez eux.

Telle est la déformation du fl étrusque qui dans la plupart des inscriptions devient presque semblable à un r, ,q. Tel est le caractère tout à fait particulier au falisque, dans lequel le R . P. Garrucci voyait un g ou un k, mais dontM. Mommsen et M. Detlefsen ont définitivement fixé la valeur comme étant celle d’un f. M. Mommsen suppose que c’est un dérivé du cp grec, parce que, dans les inscriptions

138 Garrucci, Ann. de V Inst. arch. t. XXXII, p. 211-281 ; Mommsen, Monatsber. der Berlin. A/cad. 1860 ; Detlefsen, Bullet. de l’Inst. arch. 1861, p. 199 et suiv. — 139 Coiy. inscr. graec. n. 8432.

Bibliographie. § I. De Rougé, Mémoire sur l’origine égyptienne de l’alphabet phénicien , analysé dans les Comptes-rendus de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres pour 1860; F. Lenormant, Introduction à un Mémoire sur la propagation de l'alphabet phénicien , Paris, 1866.

Sur l’étendue de la propagation de l’alphabet phénicien dans les différentes parties du monde antique : Kopp, Bilder und Schriften der Yorzeit, t. II, Manheim, 1821 ; Gesenius, Scripturae linguaeque phoeniciae monumenta , Leipzig, 1837 ; A. Weber, Ueber den semitischen Ursprung des indischen Alphabets , dans ses Indische Skizzen, Berlin, 1857; De Vogué, L’alphabet araméen et l’alphabet hébraïque , dans ses Mélanges d'archéologie orientale, Paris, 1868 ; F. Lenormant, Essai sur la propagation de l'alphabet phénicien dans l’ancien monde , en cours de publication.

§ II. Franz, Elementa epigraphices graecae , Berlin, 1840 ; Th. Mommsen, Die unteritalischen Dialekten , introduction, Leipzig, 1850 ; Kirchoff, S tudieu zur Geschichte des griechisches Alphabets , Berlin, 1864; F. Lenormant, Etudes sur l’origine et la formation de l'alphabet grec , dans la Iievue archéologique de 1867 et 1868.

§ III. Sharpe, dans Ch. Fellows, An account of dis coverie s in Lycia , Londres, 1841 : Lassen, Ueber die LyJdschen Inschriften und die Sprachen Kleinasiens , dans le tome X de la Zeitschrift der deutschen morgenlandisclien Gesellschaft ; A. Schdnborn et 31. Schmidt, The Lycian inscriptions, Iena, 1868.

§ IV. Gori, Difesa dell’ alfabeto etrusco , Florence, 1742 ; Lanzi, Saggio di tingua

assez grossièrement tracées d'un vase peint 139, cette dernière lettre revêt accidentellement la figure de Mais la présence des formes "A et t au lieu de ^ sur quelques-uns des monuments falisques, prouve que c’est dans que doit être cherchée l’origine de ce signe. Nous nous trouvons dès lors en face d’un emprunt de plus fait à l’alphabet latin ; carc’est seulement en latin quele dérivé du digamma grec a la valeur de /', tandis qu’en étrusque il a la valeur de v, un signe différent, g, étant affecté à l’expression de f.

L’origine mixte, participant à la fois de l’étrusque et du latin, qu’il faut reconnaître ainsi à l’alphabetdes Falisques, s’accorde parfaitement avec ce que l’on sait de l'histoire de ce peuple. Les Falisques se trouvaient entre les Etrusques et les Romains, et leur pays formait le point de jonction de l’influence des deux peuples et des deux civilisations. Leur histoire se compose tout entière de rapports de paix, de guerre et de sujétion, tantôt avec l’un, tantôt avec l’autre. Et comme un commentaire matériel de cette histoire, ainsi que de la présence de lettres venant de l’Étrurie et de Rome dans l’alphabet national, les fouilles de Civita Castellana ont fait découvrir, mêlées aux inscriptions proprement falisques, des inscriptions purement étrusques et des inscriptions purement latines archaïques.

F. Lenormant.

ALTARE [ara].

ALTERCATIO. — A Rome, dans les procès criminels portés soit devant les comices, soit devant une commission ( quaestio ), les plaidoiries des défenseurs ( actio , oratio continua) étaient ordinairement suivies d’un débat rapide et contradictoire entre les deux parties, ou plus habituellement entre leurs avocats ( patroni ), qui se pressaient de questions brèves et d’argumentations serrées. Cette discussion en forme de dialogue se nommait altercatio 1 ; elle terminait le débat, sauf l’exception admise par la loi Servilia, en matière de concussion [repetundae pecüniae], où la comperendinatio autorisait l’accusateur à une seconde action ou plaidoirie. La forme de discussion appelée altercatio était également usitée au sénat, devant le peuple et dans les procès civils 2 portés, à la suite de la délivrance de la formule, devant un juge juré (judex jurât us), et les rhéteurs attachaient une grande importance à cette partie de l’art oratoire. G. Hdmbert.

ALUMEN TU7rr7]ptcc), alun. — Les anciens connaissaient l’alun, dont ils se servaient pour la teinture des laines L

etrusca, Rome, 1789; Mommsen, Die unteritalischen Dialclcten , introduction, Leipzig, 1850 ; N. Desvergers, L’Etrurie et les Etrusques , atlas, Paris, 1864 ; Ariod Fabretti, Corpus inscriptionum italiearum et Glossarium italicum, Turin, 1867.

§ V. Lepsius, Inscriptiones umbricae et oscae, Leipzig, 1841 ; C. Janelli, Inscriptiones oscae et Tabulae Evguhinae, Naples, 1841 ; Grotefend, Budimenta linguae umbricae, Hanovre, 1836-1839 ; Aufrecht et Kirchoff, Die umbrischen Sprachdenkmâler, Berlin, 1849; Mommsen, Lie unteritalischen Dialekten; A. Fabretti, Corpus inscriptionum italiearum et Glossarium italicum ; Mommsen, Die nordetruskische Alphabete auf Inschriften und Münzen, dans les Mittheilungen der antiquarischen Gesellschaft in Zurich, t. Vil.

§ VI. Mommsen, Dôrnische Geschichte, t. I ; Id . , Die unteritalischen Dialekten ; Id. Corpus inscriptionum latinarum de l’Académie de Berlin, t. I ; Ritscbl, Priscae latinitatis monumenta epigraphica, Berlin, 1862 ; Kirchoff, Studien zur Geschichte des griechisches Alphabets, Berlin, 1864.

g VII. Garrucci, dans le tome XXXII des Annali delV Instit. di corresp. arch.; Detlefsen, dans le Bulletino dell' Instit. di corr. arch., 1861.

ALTERCATIO. 1 Quint. Inst. orat. VI, 4, 1 ; 3 et 5, et VI, 3, 4 ; II. 4, 28 ; Cic. Brut. 44.— 2 Tacit. Hist. IV, 7 ; Quint. II, 4, 28 et VI, 4 ; Tit. Liv. IV, 6. — BiBLioGiurHiE. Geib, Criminalprocess der Borner, Zurich, 1842; Walter, Geschichte des rôm. Bechts, 3e édit. Bonn, 1860, II, n. 731 et 850, V“ livre, traduit par Picquet Damesme, Paris, 1863, page 90 ; Rudorff, Bôm. Reehtsgeschichtc, Leipz., 1858, II, p. 251, 252,439 ; Laboulave, Essai sur les lois crim. des Domains, Paris, 1845, p. 563.

ALUMEN. 1 Plin. Hist. nat. XXXV, 15, 52.

Pl A

Page 1