Locriens j Hespériens ou Ozo
( les.
Les Delphiens ne firent pas partie de l’assemblée primitive; ils étaient comptés parmi les Phocidiens, dont ils ne urent séparés que par l’intervention de Lacédémone après les guerres médiques.
Chacun de ces douze peuples disposait de deux suffra-
21 T« T .Strab- IX> 33- - 2 Strab. Vin, 6, 14. - 3 Hut. Thés.
1V 14 M°m; ^Wn- « Apall. 146 et sq. ; Thucyd. m. 104. — ^ S Tac. Ann.
9 Strab uî: Trf™ r 7 PaUS* IV’ S’ *• - 8 St-b- VUI, 3, 13. u s3 . 'Th ’ ’ ’,T' qL \XV' ’ 38> ~ 10 Aeschii.. ritfi ïafarfE.îetftç, éd. Didot,
p. 33 , Theoponq). Fr. 80. - U Aesch. et Theop. /. /. ; Paus. X; 9.
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ges; quelle que fût leur importance, tous avaient l’égalitc de droits. «J’énumérai les douze peuples, dit Eschine, je montrai que chacun avait un suffrage égal, le plus grand comme le plus petit, que le député de Dorium ou de Cytinium a une puissance égale il celui des Lacédémoniens, car chaque peuple a deux suffrages; que, pour les Ioniens, le député d'Erétrie, de Priène est aussi puissant que celui des Athéniens, et de même pour les autres ls. » Postérieurement à cette organisation, plusieurs tribus, surtout les Dorions et les Ioniens, prirent de grands développements. Mais elles n’eurent toujours que les deux voix, que leur avait attribuées l’organisation ancienne ; seulement, on partagea les voix, et il y eut des villes qui eurent ou un seul suffrage, ou une moitié, ou même une part plus petite de suffrage 13. Par exemple Athènes eut l’une des deux voix des Ioniens; les Doriens du Péloponnèse, l’une des deux voix desüoriens, et cette voix appartenait tantôt à Sparte, tantôt à Sicyone ou à Argos.
Il y avait deux sortes de députés : les hiéromnémons (tsfoitvYiu-oveç) désignés aussi par le titre de ’AgcptxTidvwv oî cnjvsSpot, et les pylagores (TtuXayôpat), appelés aussi àyopaTpoi u. Les hiéromnémons, désignés par le sort, formaient la partie permanente de l’assemblée et disposaient des votes. Les pylagores, élus par le peuple, ne paraissent pas avoir eu le droit de suffrage ; ils étaient envoyés en plus ou moins grand nombre par les villes, pour soutenir leurs intérêts devant l’assemblée. Par exemple, Athènes, qui n’avait qu’un seul suffrage, envoya à l’assemblée un hiéroranémon et trois pylagores, parmi lesquels Eschine l3.
L’assemblée ordinaire composée de ces deux sortes de députés s’appelait cuvsSpiov; mais, dans des cas fort graves, elle pouvait convoquer une assemblée extraordinaire (IxxL/)ff£a) qui délibérait et rendait des décrets. A cette assemblée, dit Eschine, on convoque non-seulement les pylagores et les hiéromnémons, mais encore ceux qui font des sacrifices et qui consultent le dieu 16.
Il faut rattacher à l’assemblée : le secrétaire ou les secrétaires, qui sont nommés seulement dans quelques inscriptions; et le héraut sacré tepox^pulj, qui paraît avoir exercé ses fonctions pendant toute sa vie 17.
Les Amphictions faisaient frapper monnaie ; les spécimens de cette monnaie sont rares, mais très-beaux. Sur la face, on voit la tête de Déméter voilée ; au revers, avec le mot AM<t>lKTlON£iN dans le champ, l’omphalos de Delphes, sur lequel Apollon est assis, tenant de la main gauche un
Fig- 266. Monnaie d’argent des Amphictions.
grand rameau de laurier; à ses pieds est la lyre 18 ; sur une pièce delà collection Prokesch19, le serpent est. enroulé autour de l’omphalos.
Attributions de l'assemblée. — D’après Strabon 2Ü, l’assemblée amphictionique avait été fondée pour délibérer sur
les intérêts communs et exercer en commun l’intendance du temple; il ajoute qu’Acrisios organisa le jugement des Amphictions pour les querelles que les villes auraient entre elles. C’est ce que semble indiquer le serment prêté par les Amphictions, tel que l’a rapporté Eschine21. « Je lus les serments, par lesquels nos ancêtres s’engageaient à ne détruire aucune des villes amphictioniques, à n’intercepter les eaux potables ni dans la guerre ni dans la paix ; et si quelque peuple enfreignait cette loi, à marcher contre-lui et à détruire ses villes; si quelqu’un pillait les richesses du dieu, ou se rendait complice en quelque manière de ceux qui toucheraient aux choses sacrées, ou les aidait de ses conseils, à le poursuivre avec le pied, la main, la voix, de toute leur force. Au serment était jointe une imprécation terrible. » Eschine en donne le texte dans un autre discours 22 et la fait remonter à l’époque de Solon : « Si quelqu’un, soit ville, soit simple particulier, soit nation, contrevient à ce serment, qu’on le dévoue à Apollon, Artémis, Latone et Athéné Pronaea. Que leurs terres ne produisent aucun fruit; que leurs femmes n’accouchent point d’enfants qui ressemblent à leurs pères, mais de monstres; que dans leurs troupeaux, aucune bête ne mette bas que des animaux contre nature; qu’ils aient toujours le dessous et à la guerre et dans leurs procès et dans les délibérations publiques; qu’ils soient entièrement exterminés, eux, leurs maisons et leur race ; qu’ils ne sacrifient jamais saintement à Apollon, à Artémis, à Latone, à Athéné Pronaea et que jamais ces divinités n’aient leurs offrandes pour agréables. »
L’assemblée amphictionique avait eu tout d’abord un caractère religieux ; c’était à elle qu’était confiée l’intendance du sanctuaire de Delphes et des jeux Pythiens. Sur ces questions, son autorité fut toujours souveraine. Une inscription contient le règlement établi par les hiéromnémons pour la célébration delà fête d’Apollon; ils veillent à la proclamation et au respect de la trêve sacrée, surveillent l’entretien des routes que doivent suivre les théories ou députations sacrées envoyées par les différentes villes, prescrivent jusque dans les plus petits détails les sacrifices à accomplir’23. La présidence des jeux Pythiens leur appartenait également, ils étaient chargés de recevoir les noms des concurrents, de maintenir l’ordre parmi les spectateurs, de faire proclamer les prix par leur héraut. Ils avaient le droit de prononcer des amendes contre les particuliers ou les villes qui contrevenaient aux règlements.
Leur autorité était la même sur le sanctuaire de Delphes. Ce furent eux qui, après l’incendie de 548, firent dresser le plan du nouveau temple, adjugèrent l’entreprise aux Alcméonides et fixèrent la contribution que devait payer chaque cité a4. L’architecte du temple fut toujours placé sous lc,ur direction 3b.
Une de leurs charges, et la plus importante, était de veiller à ce qu’on respectât la sentence qui défendait de cultiver la plaine de Cirrha consacrée à Apollon. Le maintien ou la revendication des limites du territoire sacré de Delphes contre les empiétements des voisins, occupa à plusieurs reprises les Amphictions. On a récemment retrouvé ou amélioré le texte des sentences qui établissaient ces frontières du côté d’Amphissa et d Anticyre. Lu présence des délégués des villes intéressées, les hiéromnémons par¬
ta Aesch. I. I- — 13 Strab. IX, 3. — 1 Demosth. Pro corona, p. 279 ; Le Bas, u. et a. lô Aesch. I. I. — 16 Aesch. I. I. 18 Au Cabinet de Franco : Pellerin, Recueil,
V Aesch. Contra Ctesiph. p. Il" et sc|. ;
833-842 ; laser, inéd. de Delphes, n. 1 p. H9. 17 Le Bas, 834, 835, 837. — I. p. 103; Mionnet, Descr. Il, p. 96. 21 ;
d’autres exemplaires dans Cadalvène, Med. Voy. dans la Grèce , t. I, Tign. du titre p. 270. — 20 Strab. IX, 3. — 21 P- 83. - 23 Corp. laser, fjr. n. 1688. — Herodot
grecq. , pl. ii, n. 18, p. 150; et Broudsted, et p. 113. — 19 Rev. mmismat. 1860.
22 Aesch. Contra Ctesiph. p. 117. — II, ISO. — 23 Le Bits, n. S10.
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couraient les limites; ils décidaient l’expulsion des proprietaires qui avaient empiété sur le terrain sacré et la démolition des maisons; une série de bornages très-minutieusement indiqués et constatés par des bornes (6'pot), des inscriptions ou des trépieds gravés sur le rocher assuraient la propriété du dieu de Delphes. Cette enquête était soumise aux votes de l’assemblée amphictionique, et, après sa confirmation, gravée sur les murs du temple. Sous l’empire, ces sentences des hiéromnémons servirent de base aux jugements des gouverneurs romains 26. Les Amphietions ne veillaient pas avec moins de soin à la conservation des revenus du dieu. Ces revenus provenaient de l’argent du trésor prêté à intérêt aux villes et aux particuliers, du fermage des gros et des petits troupeaux, de la location des maisons, terres et vignes appartenant au temple a7. On voit par les inscriptions qui nous ont conservé ces renseignements, que la mauvaise volonté et la mauvaise foi des débiteurs réduisaient souvent les Amphietions à ne pouvoir établir les sommes dues au dieu. Pour trouver un secours dans cette œuvre difficile, le conseil promettait des récompenses aux particuliers qui dénonçaient les détournements commis au préjudice du dieu, en poursuivaient le redressement et faisaient condamner les coupables. L’amende prononcée contre ceux-ci était versée dans une caisse spéciale, appelée xiSwtiov 28. De même, c’étaient les particuliers qui dénonçaient les vols sacrilèges commis dans les trésors de l’enceinte sacrée et qui s’occupaient de faire restituer au dieu les objets volés29.
Les Amphietions pouvaient récompenser les bienfaiteurs du temple en leur décernant des privilèges, comme ceux que les villes accordaient à leurs proxènes ( ocacpaXEia, àfjuXi'a, TtpoSixi'a, àtéXeta, 7rpoê3pia) et les placer sous la protection spéciale des hiéromnémons 30. Un xyipuxsïov, sur lequel était imprimé le sceau des Amphietions, était alors remis à ces personnages, comme marque visible des privilèges qui leur étaient attribués 3t.
De nouveaux documents épigraphiques prouvent qu’en matière religieuse, l’autorité du conseil avait été acceptée par les villes grecques. Une députation des artistes Dionysiaques d’Athènes [dionysiakoi technitai] obtient un décret des Amphietions qui leur accorde, comme à des serviteurs des dieux, l’immunité et la sûreté, l’inviolabilité pour leurs personnes et leurs biens, l’exemption du service militaire et de toutes charges ; si quelqu’un leur fait tort, il doit être responsable devant les Amphietions, lui et la ville où le tort aura été fait à l’artiste32.
En principe, les Amphietions avaient une juridiction souveraine sur toutes les villes qui faisaient partie de la confédération; ils pouvaient décider sur les plaintes qu’une ville portait contre une autre et condamner la cité coupable a une amende ; mais leurs arrêts n’étaient pas toujours exécutés, quand ils frappaient une nation puissante et capable de résister. L’histoire de l’assemblée amphictionique montrera mieux son impuissance à devenir le tribunal commun de la Grèce. D’abord tous les Grecs n’en faisaient pas partie, ni les Étoliens, ni les Achéens, ni les Acarnaniens n’avaient de voix dans l’assemblée. Puis, dans l’assemblée même, la majorité appartenait aux peuplades lhessaliennes, sans force et sans importance politique, tandis que Sparte et Athènes n’avaient qu’une seule voix
-6 Wescher, Mém. des sav. étrang. présentés à l’Acad . des InScn t. VIII.
! ( orp* inscr. gr. a. 1689, 1690. — 28 Deux inscriptions eitcorc inédites.
29 Weschcr, l. I. p. 139. — 30 Riscr. inéd. de Delphes, n. I et 2 ; Le Bas, n. 833 et
et ne devaient accepter les décisions d’une assemblée ainsi composée, que lorsqu’elles leur convenaient. Aussi les arrêts des Amphietions ne furent exécutés que lorsqu’un peuple puissant y trouva son intérêt. Pour détruire la ville de Cirrha qui pillait les pèlerins se rendant au temple , il fallut l’appui de Solon et d’une armée athénienne. Si les Mégariens furent châtiés pour avoir refusé de punir les meurtriers d’une théorie, c’est que leur crime avait excité l’indignation générale. Mais quand il fallut défendre la Grèce contre les Perses, l’assemblée amphictionique fut impuissante ; plus de la moitié des peuples qui la composaient, suivaient l’armée de Xerxès; aussi la véritable assemblée commune fut celle qui se tint à l’isthme de Corinthe. Les Amphietions n’eurent d’autre rôle que de mettre à prix la tête du traître Éphialte, de décerner quelques statues, de faire graver des inscriptions sur la tombe de Léonidas et des héros des Thermopyles. Après la victoire, les Lacédémoniens proposèrent de réformer l’assemblée, d’exclure les peuples qui avaient suivi le parti des Mèdes et de donner leurs voix à ceux qui avaient combattu pour l’indépendance; Thémistocle fit repousser une proposition qui aurait assuré la prédominance de Sparte 33.
Plus tard, les Thébains, maîtres de la Grèce du nord, essayèrent de se faire un instrument du conseil amphictionique; l’année même de la bataille de Mantinée, ils firent bannir, par une sentence, les Delphiens qui soutenaient le parti d’Athènes et des Phocidiens. Mais les Athéniens protestèrent par un décret qui déclarait nulle la sentence des Amphietions et donnait aux Delphiens bannis le droit de cité à Athènes 3i.
Les Thébains et les Thessaliens qui dominaient dans le conseil voulurent encore s’en servir pour se venger de leurs ennemis les Lacédémoniens et les Phocidiens, et les firent condamner à une amende considérable35. Delà, la deuxième guerre sacrée, qui, pendant dix ans (355-345), ensanglanta la Grèce du Nord et se termina par l’intervention de Philippe. Le conseil des Amphietions, instrument des vainqueurs, décréta le désarmement des Phocidiens et la dévastation du pays ; il leur enleva leurs deux voix poulies donner aux Macédoniens. Il servit encore de prétexte à la troisième guerre sacrée, par la sentence contre les Amphissiens qui avaient labouré la plaine sacrée, et amena ainsi l’asservissement de la Grèce à la Macédoine. Philippe et Alexandre se firent proclamer, par cette assemblée, généralissimes de la Grèce contre les Perses.
Depuis cette première modification, la composition du conseil amphictionique subit plusieurs changements, qui ne sont pas tous indiqués par les auteurs anciens, mais dont on peut retrouver la trace dans les inscriptions.
Il n’y a aucun monument qui mentionne des hiéromnémons macédoniens; probablement, ils cessèrent de faire paiüe de 1 assemblée à 1 époque de la guerre Lamiaque.
En 278, les Phocidiens recouvrèrent leurs deux voix, après la part énergique qu’ils prirent à la défense de la Grèce contre les Gaulois. Ce fut probablement alors que les Delphiens furent introduits dans le conseil avec double suffrage. Mais un peuple nouveau commence à y avoir la pi épondérance. Les Étoliens avaient pris part à la guerre Lamiaque, et de cette époque peut-être date leur introduction dans le conseil amphictionique. Dès les temps des
su'v- 31 ^lls> "• 833. — 32 Egger, Études hist. sur les traités publics chez les Grecs et chez les Romains, p. 287. — 33 plut. Thémist. 20. — 3' Kirchoft', Bullet. de l’Acad. de Berlin, 1866, p. 193. — SS uiod. XVI.
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premiers successeurs d’Alexandre, ils étaient assez fortement établis à Delphes pour que Démétrius fût obligé de faire célébrer à Athènes les jeux Pythiens. Leur énergie dans la lutte contre les Gaulois augmenta encore leur influence ; dans les inscriptions ampliictioniques de cette époque, qui sont nombreuses, les Étoliens occupent la première place et possèdent le plus grand nombre de voix. Ils ne se contentèrent point de s’attribuer double suffrage; le nombre des hiéromnémons qu’ils envoient à l’assemblée n’est pas invariable; et on trouve parfois jusqu’à -14 hiéromnémons étoliens s6. En même temps, on remarque que les peuples tliessaliens n’y figurent plus. Les Étoliens ayant occupé une partie de la Thessalie s’étaient probablement approprié leurs suffrages. Il n’y a pas d’inscription de celte époque qui présente le nombre ancien de 24 hiéromnémons. A côté des Étoliens, on trouve presque toujours deux Delphiens, deux Phocidiens, deux Béotiens, quelquefois un Athénien, un député de l’Eubée, et un des Doriens du Péloponnèse. Les Étoliens surent se faire un appui de l’assemblée amphictionique dont la juridiction pouvait s’étendre sur toutes les causes, et donner une apparence légale à leurs projets de domination. Dans un traité avec les habitants de l’ile de Céos, on voit qu’ils s’engageaient à ne pas les attaquer sous le prétexte d’une accusation amphictionique (afnptxtutmx&v eyxXir)|jt.a 37), preuve que c’était une arme dangereuse entre leurs mains. Ce fut une des causes qu’alléguèrent les Achéens dans la guerre des deux ligues. Ils promettaient aux Amphictions de leur rendre leurs lois et l’intendance du temple de Delphes dont les Étoliens s’étaient emparés s8. Ils ne purent y réussir, car dans les décrets postérieurs à cette guerre, on retrouve les hiéromnémons étoliens au premier rang et en grande majorité.
Le conseil amphictionique fut rétabli dans son ancienne forme parles Romains. Fut-ce par Manius Acilius, après la défaite d’Antiochus et des Étoliens, lorsque le général romain confirma les décrets des Amphictions sur les limites du territoire de Delphes en 189? ou par Paul-Émile, pendant son séjour à Delphes en 168? Deux inscriptions de cette époque 39 montrent que l’on réorganisa le Conseil en rétablissant les 24 hiéromnémons et les deux voix appartenant à chacune des tribus. Les Etoliens étaient complètement exclus, mais non les Delphiens, à qui on laissa leurs deux voix. Pour ne pas dépasser le chiffre ancien de 24 suffrages, on réunit en une seule les deux tribus thessaliennes des Maliens et des Oetéens. Ce fut ce conseil que Sylla força à livrer les richesses du sanctuaire.
Cette restauration dura jusqu'à l’époque d’Auguste, qui changea complètement la composition du conseil en attribuant aux habitants de Nicopolis, après la bataille d Actium, les voix des petites peuplades thessaliennes.
A l’époque de Pausanias, l’assemblée avait subi de nouveaux changements. Trajan avait fait de nouveau fixer les limites du territoire sacré par unlégat, C. Avidius Nigrinus,
36 Le Bas, 833-842; Inscr. inéd. de Delphes, 1-6. — 31 Corp. inscr. yr.ï 3o0. — 38 Polyb. IV, 25. — 39 Wescher, l. I. p. 57 et 202. — « Paus. X, 8, 3. — 41 Plut, /le pijlh. orac. 30. — 42 Le Bas, n. 845. — Bibliographie. Sainte-Croix, Des anciens gouvem. fédératifs, Paris, 1804 ; Valois, Mém. de l’Acad. des Inscr. t. 111 etV; Letronne, Ibid. n. série, VI; Tittmanu, Ueber den Bund der Amphikt., Berl. 1812; p. Foucart, Mémoire sur les ruines et l'histoire de Delphes, 1865, p. 157 et suiv.; Wescher, t. VIII des Mém. prés, par div. savants à VAcad. des Inscriptions.
AMPHIDROMIA. 1 Hesych. 2-iiçavov èjopipeiv. — 2 Schol. ad Plat. Theaet . p. 122 b; Ilarpocr Ëtym . SI., Suid. s. v. — 3 Hesych. APo|Aii|ifiov fouf ; Preuner, Bestia- 1 esta, p. 54, jl'î. - 4 Athen. II, p. 65 c. ; IX, p. 370. - 6 Ter. Phorm. I, 1, 13. -
qui confirma les antiques décrets des hiéromnémons et la sentence de Manius Acilius. Ce fut lui probablement qui réorganisa le conseil des Amphictions pour en faire le conseil commun de la Macédoine et de l’Achaïe. Telle semble avoir été l’intention de l’empereur d'après la composition que rapporte Pausanias 40. 11 y avait trente députés : 6 de Nicopolis, 6 de Macédoine, 6 de Thessalie; Béotiens, Phocidiens, Delphiens, 2; Locriens Ozoles, t; Locriens Epicnémidiens , 1; l’Eubée, \ ; Athènes, 1; Doriens de la Doride, 1 ; Doriens du Péloponnèse, 1.
Le conseil amphictionique, comme le monde grec tout entier, eut un moment de renaissance, pendant le règne d’Hadrien. Un fragment inédit d’une lettre, que l’empereur adressa aux Amphictions en 125, atteste l’intérêt qu’il portait à ce conseil. On construisit alors à Delphes un nouvel édifice où il tenait ses séances41 (auvsoptov). Les Amphictions y firent réunir par leur épimélète une bibliothèque achetée avec l’argent sacré du dieu 4â. Après les Antonins, il n’est plus question de l’assemblée amphictionique, qui s’éteignit dans l’obscurité. P. Foucart.
AMPHIDROMIA (Ta àg^iSpopua, àgcpopôpuov v|[/.ap). — Fête célébrée à Athènes dans les familles peu de jours après la naissance d’un enfant. La porte de la maison était parée de branches d’olivier, si le nouveau-né était un garçon et de guirlandes de laine, si c’était une fille ’. Le jour de la fête 2, les femmes qui avaient assisté la mère dans ses couches se lavaient les mains en signe de purification. L’enfant, tenu par deux d’entre elles (et peut-être primitivement par des hommes3), était porté rapidement autour du foyer et associé ainsi au culte domestique : c’était la cérémonie principale, celle qui donnait son nom à la fête, terminée par un repas auquel étaient conviés les parents et les amis4. Ils y apportaient des cadeaux tels que des seiches et d’autres mollusques. Des présents étaient faits à l’enfant par les parents, les amis et les serviteurs de la maison3 : c’étaient des jouelsou de petits objets qu’il portait ensuite suspendus au cou [crepundia].
Le jour des amphidromia paraît s’être confondu avec celui où un nom était donné à l’enfant en présence de la famille 6 : de là sans doute les divergences d’opinion sur le moment où la première fête avait lieu : les uns la placent le cinquième jour, les autres le septième ou le dixième jour après la naissance; de là aussi les termes différents eëSogat, éêSojjwtSa àyetv, éêôo(jieÛ£i70ai 7, OU Ssxar/iv Ôuetv, ayeiv, i<ma<rai 8, employés par les anciens auteurs pour nommer ces fêtes qu’ils ne distinguent pas. Des sacrifices étaient naturellement offerts en cette occasion, comme dans toutes les solennités, et comme dans tous les repas qui réunissaient la famille autour du foyer.
On a essayé de reconnaître des scènes des amphidromia dans divers monuments : dans la plupart 9 manquent les circonstances les plus essentielles au sujet. Le moins contestable serait une terre - cuite (fi g. 267) dont il existe plusieurs exemplaires à peu près semblables 10 : on y
6 Harpocr. 'E?So^euo^vou ; Eurip. l.l. — 1 Hesych., Harpucr. s. v; cf. Aristot. Hist. an vu, 12. — 8 Aristoph. Av. 923 ; cf. Eurip. Elect. 654 et 1124; Suid. Aex4tt,v A-j.ài'j-'. • Hesych. Aexuxijv Bûopev. — 9 Gerhard, Antike Bildwerke , I, 50-52 , Id. Griech. Vasenbilder, I, pl. lK.x et lxx, p. 196; cf. IV, p. 114. - 1» Winckelmann. Mon. inéd. 53 ; Millin. Gai. myth. lxvh, 232 ; Welcker, Nachtrag zu Aesch. Tril Francf. 1826, p. 122 ; Id. Griech. Gôtterlehre, III, p. 216 ; rauofka, Bild. ant. Leb.l, 1 ; Campana, Ant. op. inplastica, pl. n. — Bibliographie. K. F. Hermann, Griech. Privatalterthümer, § 32, 12, 2« éd. ; Petersen, Die Geburtstagsfeier bei den Griech., in Fleckeisen’s Jahrb. 1858, p. 286; Schômann, Griech. Alterthümer, II, p. 536, 2” bd. 1863 ; Preuner, Ilestia- Vesta, Tubingen, 1864, p. 52.
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voit un Satyre et une Ménade qui portent dans un van un enfant, peut-être Bacchus; ils paraissent danser; mais
dans ces bas-reliefs mêmes on ne voit ni feu, ni foyer.
E. Sagt.io.
AMPHION(Ap.<p»ov). — Amphion, fils deZeus etdelaThébaine Antiope, frère de Zéthus b II existe sur la naissance de ces jumeaux plusieurs versions 2. Le poète généalogiste Asius, cité par Pausanias 3, dit qu’ils eurent pour père à la fois Zeus et Épopée. Selon la tradition adoptée par Hygin 4, Antiope, fdle de Nyctée et femme de Lycus, ayant été séduite par la ruse d’Épopée (ou Épaphus), fut répudiée par son mari, qui épousa Dircé. Ce fut alors qu’elle fut aimée de Zeus. Cependant Dircé, soupçonnant Lycus de n’avoir pas rompu toute relation avec sa première femme, fit jeter dans un cachot Antiope chargée de chaînes. Échappée par le secours de Zeus, elle accoucha sur le Cithéron de deux enfants à qui les pâtres du lieu donnèrent les noms de Zéthus et d’Amphion. D’après une autre tradition, suivie par Euripide 5 et par Ennius, et qui se trouve également dans Hygin6, la fille du Béotien Nyctée aurait été d’abord séduite par Zeus, puis, menacée par la colère paternelle, elle se serait réfugiée à Sicvone où Épopée l’aurait accueillie et épousée. De chagrin, Nyctée se donna la mort, après avoir chargé son frère Lycus du soin de sa vengeance. Celui-ci se rendità Sicyone, tua Epopée, et ramena Antiope enchaînée. Elle accoucha à Eleuthères; on y montrait encore, du temps de Pausanias, la grotte où étaient nés les jumeaux et où, exposés pour périr, ils avaient été trouvés par un berger qui les avait sauvés et nourris 7. Lycus livra Antiope à sa femme Dircé qui l’accabla de mauvais traitements; mais l’amante de Zeus parvint à s’enfuir et à rejoindre ses fils, qui, instruits par le berger, reconnurent leur mère. Ils la vengèrent ensuite en attachant Dircé, que Dionysos avait rendue insensée, aux cornes d’un taureau sauvage ; mais, en la livrant à la mort, ils épargnèrent Lycus sur l’ordre d’Hermès, et Lycus, obéissant aussi à ce dieu, remit le royaume aux mains d’Amphion.
Homère nomme les fils d Antiope comme fondateurs de Thèbes et de ses fameuses murailles8. Les seholiastes, pour concilier cette version avec la tradition plus répandue de la fondation de Thèbes par Cadmus, ont raconté qu’après la mort d’Amphion et de Zéthus, le roi des Phlégyes,
AMPIIION. 1 Apollod. II[, 10, I. — 2 sterk, De Labda.cidarv.rn historia, p. 38-43 I,cyd. 1829. — 3 It, 6, 3. — <• Fab. VU, cf. Proport. III, 15. —5 Wagner, Fur in. fragm. Didot, 1847, p. 661 et s.; Valkenaer, Diatrib. in Eurip. c. 7, 8; Heync Anti9- Aufsütze, 11, p. 206 ; Welcker, Griech. Trag. Il, p. 811. — 6 p'ab. VIII • Apollod. III, 5, 5. - 7 paus. I, 38. - 8 Od. XI, 262 sqq. ; Eustath. Ad h. ef! Seliol. Ad Iliad. XIII, 301. — 9 0. Müller, Orchomen, p. 222 et suiv.; Grote, Hist de Ig Grèce, trad. fi-auç. t. I, p. 290 et suiv. 10 Apollod. II, I, 1, 3;'l0, 1.
Eurymaque, avait détruit la ville nouvelle et que Cadmus, arrivant ensuite, l’avait rebâtie ®. Mais Apollodore place Cadmus en tête de la généalogie et intercale les jumeaux à un point plus bas de la série10. Suivant Pausanias, Cadmus n’aurait bâti que la forteresse de Thèbes appelée de son nomCadmée; la ville elle-même aurait été l’œuvre des fils d’Antiope, vainqueurs de Lycus “. Ils donnèrent à l’ensemble le nom de Thèbes, d’après celui de Thébé, leur parente n. Thébé était fille du fleuve Asopos, qu’on donnait aussi pour père à Antiope. On la fait aussi femme de Zéthus l0. Quant à Amphion, il épousa Niobé, fille de Tantale et de Dioné u, dont il eut des enfants sur le nombre et les noms desquels on diffère 15, et qui périrent sous les flèches d’Apollon et d’Artémis en punition de l’orgueil de leur mère [Niobé].
Apollodore dit qu’Amphion échappa la destruction de sa famille ; suivant Ovide il se tua de désespoir ; Hygin le fait périr dans une attaque contre le temple d Apollon, sous les flèches du Dieu ; d’après Pausanias, il mourut de chagrin et dut expier aux enfers ses outrages contre les enfants de Latone 16. Son supplice et celui du Thrace Thamyris étaient décrits dans un poëme de Minyas 17.
Amphion n’était pas seulement un héros fondateur; c’était encore un musicien célèbre. Selon Pausanias 18, qui cite en témoignage Myron de Byzance, Amphion ayant le premier élevé un autel à Hermès, en fut récompensé par le don de la lyre. Sur ce point aussi il y avait plusieurs traditions. Phérecyde fait donner la lyre à Amphion par les Muses, Dioscoride, par Apollon 19. On a dit de lui, comme d’Orphée, que les bêtes sauvages, les rochers même étaient entraînés aux sons de sa lyre 50 ; ce fut ainsi qu’il éleva les murailles de Thèbes, et Apollonius le représente se faisant suivre par les pierres, tandis que Zéthus, moins favorisé, les portait sur ses épaules en travaillant à ces murs fameux. Homère ne parle ni de ces cii constances ni du talent d’Amphion comme musicien. Suivant Pausanias, Amphion, gendre de Tantale, avait appris des Lydiens leurs modes musicaux, et ce fut lui qui ajouta à la lyre la quatrième corde appelée né té **.
Amphion pasteur, constructeur de murs, citharède, se rapproche par plusieurs traits de cet Apollon avec lequel la légende le montre en rivalité et dont il semble une forme héroïque. D’un autre côté, la légende des jumeaux thébains reflète celle des Dioscures, et Euripide les appelle les « dieux aux blancs coursiers » 22. Ils avaient à Thèbes un monument commun, consistant dans un tumulus de terre-3. Chaque année, à une certaine époque, les habitants de Tithorée en Phocide s’efforçaient d’enlever en secret de la terre de ce tumulus pour l’ajouter au monument d Antiope ; s’ils y réussissaient, leur territoire devait l’emporter en fertilité sur celui de Thèbes • un oracle l’avait ainsi promis; aussi les Thébains faisaient-ils la garde autour du tombeau de leur héros. Les pierres qui formaient les substructions de ce tumulus étaient brutes et sans art, et l’on racontait que c’étaient les memes qui avaient suivi Amphion jouant de la lyre 21.
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Le contraste des caractères d’Amphion et de Zéthus, celui-ci rude, sauvage, entièrement adonné à la chasse et aux travaux de la vie pastorale ; le premier au contraire d'un naturel plus élevé et plus tendre, se plaisant au chant et aux accords de la lyre, fut développé par les poètes, notamment par Euripide 2S, qui opposèrent dans ces deux personnages le musicien au paysan, l’homme sans éducation (fJavauco;) h celui qui a reçu l’instruction complète des Grecs ((jtoustxôç) ; enfin, à l’esprit philosophique celui dont l’essor est arrêté par la pratique vulgaire delà vie. Les disputes des deux frères sur ces sujets furent, disait-on, une cause de rupture entre eux26.
Les arts se sont emparés aussi de la légende d’Antiope et de ses lils. Peut-être doit-on reconnaître la dispute des deux frères dans une peinture de Pompéi 27, et dans un beau bas-relief du palais Spada 2S. On a renoncé à voir leur image dans celui du musée du Louvre29, que, d’après une inscription certainement moderne, on avait cru représenter leur réconciliation.
Le célèbre groupe (fig. 268), connu sous le nom de Taureau Farnèse , œuvre d’Apollonius et de Tauriscus de
Tralles, qui est au musée de Naples, représente Dircé attachée aux cornes du taureau par les fils d’Antiope 30. Le même sujet est figuré sur deux pierres gravées 31 et sur des monnaies 32. On a trouvé à Pompéi des fragments d’ivoire
sculpté 3\ restes d’une imitation plus ou moins libre du groupe en marbre. Deux peintures de Pompéi 34, une autre d’Herculanum 33 représentent aussi le châtiment de Dircé; le même sujet est peint grossièrement sur un mur du columbarium de la villa Panfîli 36. Enfin on retrouve le même sujet sculpté sur des sarcophages étrusques 37. Dans un des tableaux décrits par Philostrate l’ancien33, Amphion, la lyre à la main, fait mouvoir les pierres qui s’assemblent sur les murs de Thèbes. Aucun texte ancien, aucun monument connu ne reproduit cette scène.