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Fig. 361. Temple de Paphos.
le sacerdoce de la déesse était héréditaire \ Ce temple se composait de plusieurs vastes cours ouvertes, entourant une chapelle, où se trouvait l’image d’Aphrodite sous la forme d’un cône entre deux candélabres (tig. 361)*. La principale
fête y était célébrée, comme partout sans doute, au printemps3 * 5, dans des jardins et des bosquets remplis de fleurs6, que la déesse elle-même, disait- on, avait fait croître 7. La foule y affluait8 pour assister aux courses de chevaux, aux jeux gymniques, aux concours musicaux, dont cette fête était l’occasion9.
On offrait à la déesse des sacrifices non sanglants, des fleurs et de l’encens 10 *. Tacite parle ce* pendant de victimes mâles qu’on amenait au temple : il s’agit sans doute de celles qu’on immolait pour en consulter les entrailles. Les femmes alors lavaient l’image de la déesse dans la mer, et prenaient un bain elles-mêmes pour se préparer aux solennités de la nuit^awu^tç) ’LOny célébrait aussi des mystères qui dégénéraient souvent en débauches 12. Les personnes qui souhaitaient d’être initiées (èv xyj ts/v?) p.oi^txy|) recevaient, en entrant dans le temple, un peu de sel et un phallus, en échange d’une pièce de monnaie destinée au trésor de la déesse 13. En général, ce culte, à l’exemple des cultes orientaux, favorisait la prostitution **, surtout par les nombreuses hiérodules (UpdSouXot) qui le desservaient et que nous retrouvons à Corinthe, à Éryx en Sicile, et jusqu’à Athènes. Vénus avait encore en Chypre d’autres temples célèbres ; ainsi à Vieux- Paphos, où tous les habitants des villes d’alentour se rassemblaient pour une procession solennelle. Le nom d’àpixoïp, porté par le grand prêtre du temple de Paphos16, lui venait vraisemblablement de ce qu’il était le chef et le conducteur de cette pompe. On la retrouve à Golgoï16, à Amathus, où l’on célébrait une fête appelée Kapwctç n. Comme le culte d’Aphrodite en Chypre, celui de l’île de Cythère et celui du mont Éryx en Sicile étaient d’origine phénicienne 18.
L’influence des cultes de Chypre et de Cythère s’étendit d’abord à Sparte, à Corinthe et à Argos 19. A Corinthe, où cette déesse avait un temple fameux, deux jours étaientparticulièrement célébrés : les nombreuses hétères et hiérodules au service d’Aphrodite prenaient seules part à la fête le premier jour, les autres femmes le second 20. Quand l’État se voyait menacé de quelque danger, c’étaient les hétères qui présentaient à la déesse les supplications publiques81. A Argos, la fête principale d’Aphrodite s’appelait uax^pia, parce qu’on y offrait des sacrifices de porcs22. Une autre fête, célébrée à Argos en l’honneur d’Aphrodite, se rapportait, d’après la légende, à une victoire remportée sur les Lacédémoniens par les Argiennes après une défaite des ^.rgiens. Les hommes s’y montraient en habits de femmes, et les femmes en costume d’hommes. Cette fête s’appelait
TÇpurxixd83 [hybrtstika]. A Samos, le mythe de la déesse était représenté par des danses mimiques2*; la fête de Lemnos.au contraire, avait un caractère sombre, rappelant la légende du meurtre commis par les femmes 25 sur les hommes.
A Athènes, il faut distinguer surtout trois cultes et trois fêtes : d’abord celle que l’on célébrait en l’honneur d’Aphrodite Pandémos ; les hétères, réunies par Solon autour de son temple, y prenaient surtout part 26 ; plus tard, elle fut célébrée aussi par une corporation religieuse appelée Texpaôtaxcd, parce que la fête avait lieu le quatrième jour du mois 27. Un autre culte était celui d’Aphrodite Colias et des déesses qui présidaient à la naissance (ITvetuMiSsc), également servies par des hétères 28. Enfin il y avait dans le Pirée la fête de l’Aphrodite Syrienne, à laquelle présidaient une prêtresse corinthienne et une corporation d’ORGÉONES29.
A Thèbes, on célébrait les Aphrodisia au mois de décembre 30. En Thessalie, les femmes seules y prenaient part; c’est dans celte fête que la célèbre hétère Lais périt assassinée31. Dans l’île de Zacynlhe, il y avait une fête annuelle avec des courses 32. Une double fête de Poséidon et d’Aphrodite JÀmnesia et Galenaia, c’est-à-dire , «qui apaise la mort et conduit au port, » avait lieu à Égine. D’abord on offrait un sacrifice au dieu des mers en mémoire de ceux qui étaient morts en naviguant, puis on se livrait à une joie dissolue en célébrant les bienfaits de la déesse de l’amour33. En Acarnanie également, Aphrodite était fêtée comme déesse marine par des combats navals 3*. En Ëtolie, à Calydon, il y avait une fête célèbre par l’affluence des hétères35. IIunziker.
APIIROD1SIASTAI (’AcppoSuuasxai'). — Membres de deux sociétés religieuses de l’île de Rhodes et de la côte de Carie1, qui étaient vouées spécialement au culte d’Aphrodite [tuiasos]. P. Foucart.
APIARIUM et APIARIUS [apes].
APLUSTRE, ’,AcpXa<jxov. — Apluslre, ornement placé à l’extrémité de la poupe d’un navire. C’était une charpente formée de pièces de bois assemblées; on distingue dans quelques monuments une ou plusieurs traverses destinées à les tenir réunies, comme dans les bas-reliefs reproduits plus loin (fig. 363, 363). Le dessin et la dimension de cet appendice varient dans les représentations très-nombreuses que nous en possédons, mais sans s’éloigner d’une disposition qui leur est commune de lignes recourbées, resserrées à la base, se déployant vers le haut et rappelant l’aile ou la huppe d’un oiseau, la queue d’un poisson ou les tiges d’une plante infléchies dans le même sens. L’aplustre fut en usage dans toutes les marines de l’antiquité. Les monnaies témoignent qu’il décorait les vaisseaux de Tyr et de Sidon aussi bien que ceux de la Grèce et de Rome. 11 est nommé par Homère1. On le voit figuré sur des vases peints de style ancien, surdesmon-
Fig. 362. Monnaie de Phasélis.
3 Schol. Pind. Pyth. II ; Hesych. s. v. Kivjji&n ; Guigniaut, La Yénu s de Paphos, t. IV de la trad. de Tacite, par Burnouf. — * Münter, Gôttin zu Paphos ,
pl. iv, 1-8 et II ; Guigniaut, Galer. myth. LIV, 204-206; Mionnct, III, p. 670 ; La-
jard, Culte de Vénus, pl. i, lO-li ; Gerhard, Akad. Abhandl. pl. xli, 2, et lix,
il. — 5 Hor. Od. I, 4, la; Engei, Cypr. II, 160. — 6 Engel, Cypr. II, 262. —
7 Hesych. s. v. Mofixu; Atlien. III, 27. — 8 Strab. XIV, 683. — 9 Engel, l. I, 11,
1 76 sr/q. — 1° Tac. Jlist. 11, 3 ; Virg. Aen. 1, 416 ; Engel, II, 155. — " Aeschin. Ep. 10;
Ovid. Fast. IV, 133, sqq. — 12 Himer. III, 2; Hor. Od. I, 4, b ; Engel, II, 161. —
13 Glem. Alex. Prot. 13 ; Arnob. Adv. gent. V, p. 159. — H Herodot. I, 199. — 1= He¬
sych. s. n. ; Shah. XIV, G. — 16 Engel, II, 81. — 17 Hesych. s. v. — >8 Gerhard, Gr.
Àlyth. §§ 366, 3 ; 369, 1. — 19 Herodot. I, 105; Paus. III, 23, 1 ; Gerhard,!. I. —
îl A thon. XIII, 32-33. p. 574. — *1 Pind. Fragm. p. 608 sqq. Docckh; Athen. XIII, 574.
— 22 Athen. III, 49, 96 ; Clem. Al. P/'oti'. 33. — 22 pi„it Z)e nirt. mulier. 4 ; Millier.
Don. I, p. 174. — 24 Luc. Sait .37, 63 - K philostrat. lier. 19, 14. — S6 Athen. XIII
579 E; XIV, 78, p. 659. — 27 Athen. I. c. — «8 Arist. Nub. 52, etc. ; Gerhard, Gr.Myth. I, p. 384 ; Hermann, Gott. Alt. § 62, 45. — 29 Rangabé, in Ann. dell' Inst, archeol. 1849, p. 161 sqq.; Id. Ant. Bell, II, n. 809. — 30 Xenoph. Bell. V,4,4. —31 Schol. Arist. Plut. 179. — 32 Dion. Hal. Ant. rom. I, 50. — 33plut. Quaest. gr. 44; Athen. XIII, 55, 95. — 34 Dionys. I, 50. — 33 plaut. Poenul. I, I, 63 ; 2, 45, 52. — Bibliographie. Gerhard, Griech. Mythologie, p. 378-109 ; Hermann, Gottesdienst. Alterthümer, S 52, 25 et 30; 62. 45 ; Schümann, Griech. Alterthûmer, II, p. 497, 2'éd.
APHRODISIA ST AI. 1 Ross, huer. gr. ined. p. 292 ; Hamilton, Itesearches in Asie Minor, t. II, n. 301.
I APLUSTRE. 1 Iliad. XV, 717.
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naies grecques et romaines, sur des pierres gravées, dans des peintures murales et des bas-reliefs, tantôt comme un prolongement de la poupe, avec laquelle il semble faire
corps entièrement : tel on le voit sur les monnaies de Phasélis (fig. 362), d’Apollonie de Lycie, d’Histiée, de Cyzique, d’Anchialus, etc., et dans le bas-relief romain du palais Spada2 (fig. 363) ici reproduit; tantôt comme un accessoire pouvant à volonté s’implanter à l’arrière du bâtiment ou en être détaché : tel il paraît dans la plupart des représentations antiques, et on le voit surtout clairement dans les monuments où il est figuré séparément, comme dans le bas-relief du musée du Capitole 3 (fig. 364) ; les détails de sa construction y sont facilement saisissables. D’autres monuments montrent des aplustres ainsi détachés, faisant partie de trophées, ou mêlés aux armes et aux dépouilles de peuples vaincus 4. En effet, l’aplustre était comme une enseigne que l’on s’efforcait d’arracher au
Fig. 364. Ancre et aplustre. Fig. 365. Aplustre.
vaisseau ennemi5. On le voit aussi comme l’emblème d’une victoire navale ou comme un symbole de la navigation, dans la main de Neptune6, de la Victoire7 (fig. 364) ou de divinités et de héros protecteurs des cités maritimes8; ou encore gravé dans le champ des médailles à côté de leur effigie9. Il rappelle aussi sur les monnaies de plusieurs familles romaines, des victoires dont elles s’honoraient10.
On pourra comparer avec les figures ici gravées celles qui accompagnent les autres articles où il est traité de la marine. E. Saglio.
APOBATERIA (’ AitoSaxvipta). — Sacrifice offert après une heureuse navigation a Zeus, surnommé ’ATtoêaTi^ptoç1; à Poséidon 2, et peut-être encore à d’autres divinités marines. E. S.
APOBATES [desultoresJ.
APODEKTAI (’AiroSixTat). — I. Magistrats athéniens établis par Clisthène pour remplacer les kolakretai ’.
2 Braun, Zwôlf Basrel. p. 349 ; O. Jahn, Arc/,. Beilrâge, pl. x. - 3 Mus. Capit. IV, 34. - 4 Vov. une monnaie de la famille Sulpicia : Cohen, Monn. consul, Sulpicia, 3, pl. xixvin ; les obélisques du musée de Florence, Vestibule, 16 et 17 ; Caristie, Arc, d Orange, pl. xvi, xvm. — s jUven. X, 135; Lucan. III, 671 ; V, 585. — 0 Monn. de Byzance, de Démétrius. 7 Monn. dHimera; Winekclmann, Mon. ine’d., 120; Clara? Mus. de sc. 223, 175 \Marbl. of Dritish Mus. 11,41; Mus. diMantova, III, 7 ■ Élite des mon. ceram. I, pi. lxxv ; Millingen, Uned. mon. II, 24. — 8 Monn. de Tarante, Corinthe, etc.— 9 Monnaies de Sidon,de Sinope, de Corinthe, de Philippe, d’Alexandre’
’o Monnaies des familles Cassia, Sulpicia; d'Auguste.
APOBATERIA. ' Steph. Byz. s. v. Bo* fwSç. - * Sehol. Ambros. Ad Odyss. III, 6.
Ils étaient au nombre de dix, désignés par le sort, à raison d’un par tribu 2. Leurs fonctions étaient : \ ° dresser la liste de toutes les sommes dues à l’État ; mentionner les versements faits par les collecteurs ; rayer, sous le contrôle du sénat, les articles soldés3; 2° centraliser toutes les recettes opérées pour le compte de l’État par les divers agents financiers4, et, avec le concours du sénat, en faire la répartition entre les diverses caisses publiques*; 3° juger les contestations relatives aux objets sur lesquels s’étendait leur administration 6. Pollux ajoute 7 : recevoir les tributs des alliés; mais cela ne dut être vrai, au moins comme règle générale, qu’à partir de la suppression des Hellénotames, chargés de cette attribution.
On ne peut dissimuler que beaucoup d’incertitudes et d’obscurités régnent encore sur le rôle financier de ces magistrats. Avaient-ils, comme semble le dire Aristote, la garde de certains revenus publics ? Étaient-ils seulement chargés des écritures sans être à proprement parler comptables? Nous devons regretter vivement la perte du Traité des républiques d’Aristote, qui renfermait des développements sur ce sujet s.
Lors des réformes financières introduites par Eubule, les fonctions des à-izoSéutou furent confiées aux trésoriers du Théorique [titeorikon]. Plus tard, on revint aux errements de la constitution de Clisthène 9.
II. Pollux 10 mentionne d’autres dxoosxrat, fonctionnaires inférieurs qui n’ont rien de commun avec les précédents: ot xbv ctTto , d7rog.cTpou<z.£vot .Ilsétaient préposés à la réception etau mesurage des blés provenant d’acquisitions faites par l'État on de libéralités conférées à la République ". E. Caii.lemer.
APODIDRASKINDA (’AicoSiSpaîxtvSa). — Jeu de cachecache, que les enfants, en Grèce, pratiquaient exactement comme ceux de nos jours. Pollux le décrit comme il suit :
« L’un des joueurs reste au milieu, en fermant les yeux, ou bien une autre personne les lui tient fermés; les autres s enfuient et lorsque le premier va à leur recherche, il
s’agit pour chacun de revenir avant lui au lieu d’où il est parti (sk tôv totov tov IxeLou)1. Une peinture d’IIereulanum (fig. 366) répond bien à cette description2. Ch. Morel.
APODEKTAI. l Harpoer. s. v. 'Am&hxn.— 2 Lexica Seguier. p. 19S.— 3 Harpocr. s.v.; et. Demosth. C. Timocr. § 162, Rciske, 750. — 4 Pollux, VIII, 97. — 3 Corp. inscrip. gr. n. 81 ; Froehncr, Inscr. du Louvre, n. 100 ; Lex. Seguier. p. 198 et 427 ; Hermann, Staatsaltcrth. §150, notes 7-8. — 6 Pollux, VIII, 97; Meier, Attische Process, p. 98. -7 1. I. - 8 Cr. Polit. VI, 5,4.- 9 Suid. s. v. ’ArroWi ; Etym. M. p. 124; Zoiiar. p. 234 et s.; Boeckh, Staatshaushalt. 21' cd. p. 214-216; Schoemanu, Griech. Allcrth. 2« éd. I, p 433 ; Grole, Hist. de la Grèce, trad.Sadous, A, p. 313. 10 VIII, m. — il Schubert, De Bom. aedilibus, Koenigsberg, 1828,
APODIDRASK1NDA. > Tollux, IX, 117, — 2 Antich, d'Ercol. I, tav. xxxm,
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APOGRAPIIÈ (À-oYpacpiî). — Lorsque des biens possédés par un simple particulier provenaient du domaine de l’Etat, auquel le détenteur les avait injustement soustraits, ou lorsque le possesseur retenait sans droit des biens compris dans une confiscation, tout citoyen capable et jouissant de ses droits civils pouvait, dans l’intérêt du trésor, dresser un état de ces biens, et le remettre aux magistrats compétents. Cet état avait reçu le nom d’aTroypoctp-q. La loi, prévoyant le cas où nul Athénien ne prendrait l’initiative, avait aussi donné aux démarques le droit d’àiroypacpstv Enfin, dans plusieurs circonstances, le peuple institua des magistrats extraordinaires, tels que les tjuXXoyaç * ou les ^TjTTjTott 3, avec mission spéciale de rechercher les biens du domaine de l’État qui pouvaient se trouver, sans titre, entre les mains des citoyens.
Si le possesseur désigné ne soulevait aucune objection contre l’aTroypacp-»!, le trésor public faisait valoir ses droits, le bien rentrait dans le domaine et tout était terminé.
Mais il arrivait souvent que le possesseur refusait d’admettre l’exactitude des faits allégués. On affirmait, par exemple, dans l’àiroypottpTq qu’il y avait confiscation encourue; il cherchait à établir qu’il n’était pas dans un des cas où la loi prononçait cette peine et qu’il conservait la libre disposition de sa fortune ; c’est ce que fait le client de Lvsias dans le discours Pro milite 4. On prétendait qu un bien avait été soustrait au trésor public, soit directement, soit indirectement; le possesseur démontrait qu’il l’avait acquis en vertu d’un juste titre, ttôQev ey et xà -/pTii-t-axa; cette démonstration, qui s’appelait également «•rcoypatpvj ”, est l’objet du discours de Lysias De bonis Arùtophams 6. La contestation pouvait même venir d’un tiers, lorsque celuici soutenait que, dans ràiroypainq de biens confisqués, on avait compris à tort une chose lui appartenant en propre, ou lorsqu’il justifiait de l’existence d’un droit réel à son profit sur certains biens du coupable 7.
Pour terminer le débat, un procès s’engageait, procès public que l’on aurait pu appeler dhtoypacpviç Ypa?r' > mais que l’on appelait simplement *~o ypa©^ 8; ce qui explique pourquoi dans plusieurs textes rdotoypoopiq est opposée aux Sly.cn et aux ypatpai proprement dites9. 11 s’ensuit que, dans la même procédure, on trouve le même mot employé dans trois acceptions différentes et désignant tout à la fois l’état dressé par 1 une des’parties, l’établi sement de la propriété par 1 autre partie, et le procès soulevé par leurs affirmations contradictoires.
Cette espèce de procès appartenait à l’hégémonie des Onze 10; notons toutefois que, momentanément, après 1 expulsion des Trente, la compétence fut attribuée aux Xuvotxot1'.
Dans les discours qui nous ont été conservés, 1 auteur de 1 aroypacpï; joue tantôt le rôle de demandeur , tantôt le rôle de défendeur 13. La différence vient de ce que, dans le premier cas, celui contre lequel l’ànoypacpii était dirigée était en possession de la chose litigieuse, tandis que, dans le second cas, il ne possédait pas; il devait alors, au début
APOGRAPIIÈ. I Harpocrat. s. v. ; Bekker, Anecdola, I, 199. — 5 Bekker,
Anecd. I, 304. — 3 Boeckh, Staatsh. der Ath. 2' éd. I, 213 ; Photius, s. v.
4 Op. IX, g§ 4 et s. D. 131.— 3 Harpocr. et Suid. s. v. ditoypasii. — 6 Op. XIX, D. 170 et s. — 7 Demosth. C. Nicostr. R. 1245 et s. — 8 Harpocr. et Suid. s. v. — 9 Lvs. C. Agorat. § 65, D. 158 ; Harpocr. s. v. <riv8 aau — 10 Etym. mag. s. v. îvîtxa, 338. — 11 Harpocr. s. v. rivîuwt. — 12 Lys. Pro milite; De bonis Aristoph. C. Philoer. — 13 Dem. C. Nicostr. — U Boeckh, Staatsh. 2» éd. I, 495. — >5 Lclyreld, De infamia jure att. p. 258. — 16 Dem. C. Nicostr. g 2, II. 1217 ; cf. Meier, De bonis dama. p. 206. — 47 Hesych. s. v. «h» — ,â Isée, De Philoct. hered. s 36 D. 278. — Bibliographie. Meier, De bonis damnatorum, 1819, p. 201-209 ; Hefrter, Athenaeische Gerichtsverfassung, 1822, p. 388 et s. ; Meier, A ttiscbe Process, H 4. p. 253-260; Piatner, Process und Klogen bri den Attikern, 1825, H, 119-311 ;
de l’instance, outre les Prytanies, consigner laTtapaxa-ocêoX/j.
Quand l’auteur de l’àTxoypacpyî succombait, sans obtenir au moins le cinquième des suffrages 14 , il était condamné à une amende de mille drachmes envers l’État et déchu du droit de dresser à l’avenir une nouvelle àiroypacpvi ls. Nous croyons toutefois que le démarque, qui agissait conformément aux devoirs de sa charge, n’était pas exposé à ces pénalités. Si, au contraire, l’dhoypacpri était reconnue exacte, son auteur obtenait une part notable, xpfot pipy) 16, de la valeur des biens qu’il faisait rentrer dans le trésor public. Notons encore que le démarque n’aurait pas eu droit à cette récompense, décernée seulement à l’iStoax-qç.
Indépendamment du sens que nous venons d’étudier, le mot dnoypxcpo avait encore, dans la langue du droit, d’aulres acceptions. Quelquefois il désignait l’acte d’accusation, surtout lorsque plusieurs personnes étaient accusées d’un même crime : l’dnroypatpij est alors l’énumération des co-auteurs du crime17. Quelquefois il est synonyme de déclaration solennelle faite devant un magistrat18. E. Caillemer.
APOIKIA [colonia].
APOKÉRYXIS (’ATuoxvjpu^;). — Acte par lequel un père abdiquait sa puissance paternelle. Le fils, ainsi exclu de la famille, est dit àitox7ipuTTop,svoi;, anoxsxTjpuygÉvoç ; le mot dnoxijpuxxoç, qu’on rencontre chez les auteurs plus récents, n’est point attique, au dire de Pollux L On se sert de aTTEuteiv, comme synonyme d’ftïtoxYipïïSai.
| Les documents sur l’d7tox7ipu;tç sont aussi rares que peu certains. D’après Platon 2, l’ànoxïjpujjtç ne devait avoir lieu que sur l’avis conforme d'un conseil de famille; Lucien, ou du moins l’auteur de la déclamation ’AitoxYipuxTÔasvo; 3, semble exiger l’homologation du magistrat. Ce qui résulte du nom même de l’institution, c’est qu’elle s’accomplissait avec une certaine solennité et était proclamée par un héraut devant le peuple. Enfin, quant aux effets de l’àitoxrjpu^tç, il est probable qu’ils ne s’étendaient pas au delà d’une simple exhérédation. P. Gide.
APOKLETOI [aetoltcum foedus] ,
APOLEIPSEOS DIKÈ [divORTIUM].
APOLE1PSIS [DIVORTIUM].
APOLLO, d>oTëo; ’AuoMojv, plus anciennement ’AirXwv et ’AtteVailiv \ — Apollon, l’un des grands dieux de la Grèce. Nous parlerons successivement de sa légende, de ses caractères et de ses fonctions; de son culte et de ses monuments.
I. — Dès l’antiquité on a distingué plusieurs Apollon; Cicéron en nomme quatre 2 ; nous ne nous occuperons d’abord que du fils de Jupiter et de Latone, qui est devenu le véritable Apollon hellénique, devant lequel tous les autres disparaissent.
La tradition la plus répandue est celle qui le fait venir au monde dans l’île de Délos, où Léto [latona], sa mère, qui n’avait pu trouver d’asile nulle part pour ses couches, put enfin terminer sa course errante et mettre au monde deux jumeaux, Apollon et Artémis. L’hymne homérique 3
Westermann, in Pauly’s Real-Encyclopaedie, t. VI, 1852, p. 249 ; Otto, De Atheniensiurn actionibus forensibus, 1852, p. 27-32.
APOKÉRYXIS. 1 IV, 93. — 2 XI, 9 , Steph. 928. — 3 Op. XXIX. — Bibliographie. V. Klesel, Dissert. IDçl àicGAv-.pOÇiwç, s. de abdieatione , ad leg. 6, Coil. Dr patria pot. Leips. 1753 ; Van den Es, De jure familiarum apud Athen., Lugd. B.it. 1864, p. 125-134: Caillemer, Annuaire de l'assoc. pour l'encour. des études grecques , 1870, p. 30 et s.
APOLLO. 1 Boeckh, Corp. inscr. graec. 1767 ; Rangabé, Antiq. hellén. II, p. 102s. 1033 ; Schoemann, Opnse. I, 338 ; Schwenek, Myth. Andeutungen, p. 199 ; Bnllmann, Mythologus, I, 167 ; Preller, Griech. Myth. I, 182; Welcker, Griech. Giitterlelire, I 460 ; A. Maury, Bist. des relig. de la Grèce ant. t. I, p. 125. — 2 De nat. dror. III, 22, 23. — 8 In Apoll. 14 et ?q. ; Callim. Tn Del 205 srpi- , Ilygin. Fab. 33.
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les fait naître sur le mont Cynthus, non loin de l’Inopus. I) après la légende éphésienne, rapportée par Tacite \ Apollon et sa sœur naissent dans le bois sacré d’Ortygie, près d’Éphèse; l’Inopus est remplacé par le Cenchrius et le palmier par un olivier. Suivant les uns, l’île de Délos s appelait d’abord Ortygie 5, Astérie suivant d’autres 6. Elle prit le nom de AîjXoç (la claire, la brillante), après la naissance d’Apollon et devint fixe, de flottante qu’elle avait été jusquelà7. L’hymne homérique, dans sa première partie, qu’on doit regarder comme un hymne à part, consacré aux fêtes de Délos, célèbre la rapide croissance du jeune dieu, qui, dès qu’il a goûté l’ambroisie et le nectar, fait éclater ses langes et, s’emparant de la lyre et de l’arc comme des attributs de sa puissance, annonce qu’il va révéler les volontés de Zeus 8.
Le mythe le plus célèbre de l’histoire d’Apollon est sa victoire sur python, dragon terrible qu’il tua de ses flèches. Le second hymne à Apollon 9 nous montre le dieu cherchant en Béolie un lieu pour y fonder son sanctuaire, comme Léto, dans le premier hymne, en cherchait un pour y faire ses couches. La nymphe Tilphussa, ou Delphussa, lui conseille de s’établir dans une gorge du Parnasse, sur le territoire de Crissa, espérant que le jeune dieu deviendra la proie du dragon qui y séjourne. Mais Apollon, vainqueur du monstre, bâtit son sanctuaire dans la gorge sauvage, et se venge de Tilphussa en obstruant sa source. Tel est, dans son antique simplicité, le récit homérique. D’après des traditions sans doute plus récentes, Python était un fils de la Terre, envoyé par Héra jalouse de Léto, que Zeus avait rendue mère, ou, selon d’autres, la poursuivant, pour la tuer, seulement après qu’elle eut mis au monde ses enfants jumeaux. Zeus, avec l’aide de Poséidon, lui fait trouver un asile dans l’île d’Ortygie. Quatre jours après sa naissance, Apollon tue Python avec les flèches que lui a données Héphaistos10. Une peinture de vase représente Léto portant dans ses bras ses deux enfants et poursuivie par leserpent, qu’on voitsortir de l’antre de Delphes11 [latona]. Après avoir tué Python, Apollon se réfugia dans la vallée de Tempé pour l'expiation du meurtre1*. Ce fut là qu’il se purifia, et de là aussi qu’il revint à Delphes dans une pompe sacerdotale, couronné du laurier de Tempé et portail tune branche à la main ; et c’est en mémoire de ce retour, que les Delphiens envoyaient à Tempé tous les neuf ans un nombre de jeunes gens choisis pour y sacrifier à Apollon; ils revenaient de ce voyage la tête ornée du laurier sacré
[SEPTERION, DAPlINI'PUORIAl.
Il faut rapporter au séjour du dieu dans la région du Pélion et de l’Ossa, sinon à des traditions venues d’un nord plus lointain13, les fables relatives à l’Apollon des régions hyperboréennes. L’imagination avait fait de ces régions une contrée mystérieuse u, dont on ne retrouvait plus la route, ni par terre ni par mer, où l’on jouissait d’une paix et d’une lumière éternelles. Là, le dieu habitait, disaiton, avec Léto et Artémis, entouré d’un peuple voué à son culte et partageant ses plaisirs; delà, chaque année, au retour de l’été, il revenait dans les sanctuaires de Délos et de Delphes, sur un char traîné par des cygnes ou par des
4 Annal. 111, 61. — 5 Hvgln. Fab. 53. - 6 Callim. In Del. 197, 224 ; Apollod. V, 1. — 7 Callim. I. I. 41-54, et Ovid. Met. VI, 333 sqq.; Fetron. Anth. lat. 1,
I. 3 ; Macr. Sat. I, 17. — 8 fn Apoll. 127 sqq.; cf. Theognis, 5 à 10. — 9 Cet hymne commun e au -vers 179. — 1» Find. Pyth. III, 11 ; Eurip. Iph. Taur. 1250 ;
1 1 y gin. l'a b. 53; Ovid. .Metam. I, 7 ; Macrob. I. I. — U Tischbein, Vases d'Hamilton ,
II , 4 ; Lcnocmant cl de V\ itte. Élite des mon. céramofjr . II, pl. 1. — 12 Hesiod. ap.
s 11,11 ■ AlcA', I’iut. Qnaest. gr. 13 ; Id., De orac. def. 15,21.-13 O. Muller,
griffons, ou porté lui-même par un de ces animaux : tel on le voit représenté sur des vases peints. L’une des peintures u ici reproduites le montre porté par
un cygne, et descendant, la lyre en main, auprès du palmier qui lui était consacré (fig.
367). Dans la seconde peinture (fig. 368), il paraît tenir des branches du même arbre, un griffon lui sert de monture 16. Le départ (dno5-/]ij.lix) et le retour du dieu (i'KiSr^jJ.'x ) , émigrant vers les contréeshyperboréennes ou se transportant en Lycie, étaient célébrés dans scs principaux sanctuaires par des chants (uuvo; xX^tixoi, iitor.zy-
itTixoi) n, à l’expiration et au renouvellement de la belle saison.
D’autres fables racontent la pénitence d’Apollon condamné à passer neuf ans au service d’un mortel, parce qu’il avait tué les Cyclopes, coupables d’avoir forgé la foudre avec laquelle Jupiter avait frappé Esculape. Pendant son exil, Apollon faisait paître les cavales d’Admète [admetus] ,8. Nous trouvons ici le dieu dans ses fonctions de vôutoç ou pasteur, bénissant par sa présence la maison royale dans laquelle il habile comme serviteur et où sa protection fait entrer comme épouse du maître la fidèle et dévouée Al ceste 19. Une légende analogue le fait servir chez Laomédon, dont il conduit les bœufs, et le montre en même temps travaillant avec Poséidon à la construction des murs de Troie ; mais ici se développe le côté terrible du dieu, en opposition à sa face bienveillante, dans la vengeance
Dorier, I, 272; Letronne, Joum. des sac. 1839, p. 134; Welcker, Griech. Gütterlehre, II, 352; A. Maury, Ilelig. de la Grèce, I, p. 145; Preller, Gr. Myth. Il,
p. 189 - H pind. Pyth. X, 46 sq. ; Alcac. ap. Himer. Or. XIV, 10 ; Soph. ap. Strab.
MI, 295 ; Diod. II, 47. — 13 Tischbein, Vas. d'Hamilton , II, pl. xu ; Élite des mon. céram. II, pl. xn ; Müller-Wieseler, Denkm. der ait. Kunst, II, n. 140. — 18 Élite des mon. céram. II, pl. v. — 17 Mcnand. De encom. c. ni, iv. — 18 Hom. Iliad. II, 766 sqq.; Callim. In Apoll. 47. — 19 II y gin. Fab. 50 et 31 ; Diod. Sic VI, 6, 6.
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qu’il tire de Laomédon pour lui avoir refusé la récompense promise à son travail.
Telle est, dans ce qu’elle a d’essentiel, la légende divine et humaine d’Apollon ; on y voit, dans la brume dorée du mythe, tous les traits d’une grande vie : naissance merveilleuse, génie prédestiné, lutte et victoire, faute et expiation, enfin le triomphe ; Apollon y apparaît comme un héros et comme un prêtre, comme un fils de dieu et comme un dieu, qui, déchu pour un temps de sa splendeur, parcourt la terre, s’associe aux travaux des hommes, éprouve lui même les misères et les humiliations de la destinée humaine, pour remonter enfin à son rang dans l’Olympe et y jouir en dieu de son immortalité. L’hymne homérique nous le montre en possession de ces honneurs célestes. « A son approche, et dès qu’il tend son arc brillant, les dieux se lèvent de leurs sièges ; Léto reste seule assise auprès du dieu qui se réjouit de la foudre ; elle détend la corde, passe le carquois, et de ses mains enlève des fortes épaules d'Apollon l’arc, qu’elle suspend contre la colonne de son père à un clou d’or ; puis elle le conduit à son trône. »
Dans ses rapports avec d’autres divinités, Apollon se montre toujours supérieur à elles par un caractère moral plus élevé. Associé à Poséidon dans la construction des murailles de Troie, il n’en passait pas moins pour l’avoir dépossédé de l’oracle de Delphes, qui appartenait à ce dieu en commun avec la Terre 20. Sa supériorité se déploie également dans sa lutte avec hermès racontée dans un des hymnes homériques S1. Son rival dans l’invention de la lyre 2i, il est son vainqueur à la course dans les jeux Olympiques 23. Il l’emporte au pugilat sur Arès lui-même 24, aussi bien que sur Phorbas, dont il punit de mort l’insolence 2r\ Ce fut lui qui enseigna l’art de tirer de l’arc s6, à Hercule, dont la légende offre avec la sienne plus d’un point de ressemblance, mais qu’il domine cependant de toute la hauteur de sa divinité.
Apollon n’avait point. d’épouse, il avait été refusé, de même que Poséidon, par Hestia, la sévère déesse 27 ; mais les unions qu’on lui attribuait avec des mortelles sont nombreuses et nombreuse sa postérité 28. Les plus illustres de ses enfants sont Esculape [aesculapius], le dieu de la médecine, qu’il eut d’Arsinoé ou Coronis 29 ; Iamus, célèbre devin, tige des lamiens d’Olympie, né d’Evadnc30; Aristée [aristeus], dieu pastoral de la Thessalie, né de la nymphe Cyrène 31. Ces filiations s’expliquent par l’affinité des pouvoirs et des fonctions. 11 en est de même de la tradition qui lui donnait pour filles Hilaira et Phœbé, épouses des Dioscures 32. D’un caractère plus mystique étaient les relations d’Apollon avec Hérophile, la sibylle qui prédit l’enlèvement d’Hélène et la chute de Troie, et qui se disait dans ses vers tantôt sœur, tantôt épouse et tantôt fille d’Apollon 33 [sibyllae]; plus mystérieuses encore et fatales celles qu’il entretint avec Cassandre, la tragique fille de Priam [cassandra].
IL — Les caractères et les pouvoirs attribués à Apollon
20 Pausan. X, 5, 6. — si In Mercier. - 22 Paus. IX, 30, 1. — 23 Id. Y, 7, 10. — s’* Ibid. — 25 Schol. Ad Iliad. XXIII, 660. — 26 Diod. Sic. IV, 14, 3. — 27 Hum, Hymn.in Yen. 21, 23. — 28 Hygin. Fab. 161 ; Pausan. passinu — 29 Hesiod. Fragrn . 06 Didot; Pind. Pyth. III, 41 sqq. ; Hygin. I. L; Paus. IV, 31, 5. — 33 pind. Olymp. VI, 57 sqq.; Paus. VI, 2, 5. — 31 Pind. Pyth. IX, 104 sqq. ; Virg. Georg. IV, 317 sqq.; Diod. IV, SI et 82. — 32 Paus. II, 22, 5 ; III, 16, 1. — 33 Paus. X, 12. 2. — 32 Voy. note 1. — 35 A. Maury, Bel. de la Gr. t. I, p. 126 et suiv. — 36 Ilig-\'eda, I, 32. — 37 Ovid. Metam. I, 452 sqq.; llvg. Fab. 203 ; Serv. Ad Aen. III, 91. — 38 .Max .Muller, Essais de myth. comp., trad. de G. Perr„t, p. 117-119.
sont nombreux et divers. On en reconnaîtra cependant la liaison dans l’énumération et la classification qui suivent.
Le caractère le plus frappant sous lequel il nous apparaît est celui d’un dieu de la lumière, qui tantôt se confond avec le soleil et tantôt en est distinct. Les études orientales ont contribué à lui restituer ce caractère solaire, lequel avait été contesté, et lui assignent en même temps une origine asiatique, ou plutôt aryenne. Bien que le nom d’Apollon soit, à ce qu’il semble, purement grec34, et qu'on 11e l’ait pas trouvé dans les Yédas, on ne lui en reconnaît pas moins des traits frappants de ressemblance avec les dieuxsoleils des Hindous, Souryaet Roudra35. La victoire d’Apollon sur Python rappelle de la manière la plus frappante celle d’Indra sur le serpent Ahi dans l’hymne védique36. Daphné, dont les poètes ont fait, à cause de la signification de ce nom, une nymphe transformée en laurier et échappant par là à la poursuite amoureuse d’Apollon 37 , s’appelle en sanscrit Ahanâ; c’est l’aurore que le soleil aime, poursuit, et qui meurt, quand il l’embrasse de ses rayons 38 ; les Charités, associées à Apollon dans d’anciens monuments, sont les Ilarits, ou juments attelées au char du soleil dans la mythologie indienne 39. Suivant Plutarque, les anciens Grecs pensaient qu’ Apollon et le Soleil étaient un même dieu40, ce qui sans doute n’empêchait pas qu’Apollon ne fût distinct du dieu-nature Ilélios [sol]. Il semble qucDélos ail été l’île du soleil levant : quand Apollon y naît, tout y devient d’or 41. Ce métal brillant était sans doute consacré symboliquement à Apollon ; car sa lyre, son carquois, son arc, ses vêtements étaient d’or, selon Callimaque 42, et il avait dans le lieu le plus caché du temple de Delphes, une statue d’or 43. Le nom ancien de Phœbus, <I>oï6o; (le brillant, le pur), qui resta accolé à celui d’Apollon, et ce nom lui-même sans doute, rappellent son identité primitive avec le soleil.
Les récits qu’on faisait des migrations du dieu ont la même origine; et il faut encore expliquer de même le grand rôle que jouent certains nombres dans la religion d’Apollon. C’est au dieu solaire qui règle le cours du mois, que les nombres sept et neuf étaient consacrés44. C’est le septième jour du mois qu’on célébrait sa fête. Ce jour, où l’on plaçait sa naissance, lui appartenait partout, comme aussi le premier jour du mois, c’est-à-dire celui de son renouvellement (veopjv la) : de là les noms de 'Kfiîoftayîwk, de 'Eéoo[i.atoç ou ‘E63op.£voç, de 'E77Ta[r/]vaTo<; 4B, et celui de Noupivioç 46, qui lui étaient donnés. Celui de 'EëSo[AaY£T/]ç 47 est interprété diversement : il convient également au conducteur des sept jours de la semaine, des sept planètes, des sept pléiades, etc. A la naissance d’Apollon, les cygnes de Méonie tournèrent sept fois autour de Délos en saluant au tant de fois de leur chant l’accouchement de Latone, et en mémoire de ce chant Apollon donna sept cordes à la lyre 48. On pourrait faire encore plus d'un rapprochement semblable. Les nombres neuf et cinq, dans d’autres circonstances des légendes et du culte apollinaires, n’avaient pas moins d’importance.
— 33 Ibid. p. 109. — *0 plut. De orac. def. 42 ; Id., An recte dict. si latent, esse vivend. 6 ; Etym. mag. L>.aTO|xÇau!,v. — 41 Hom. In Apoll. 135 ; Callim. In Del
260-264. 42 /n Apoll. 32-34. — 43 paus. X, 34, 5. — 44 G. Hermann, Opusc. VII,
p. 291 et s. ; O. Müller, Orchomen. p. 221 ; Id. Dorier, I, p. 329 ; Schwenck, AndeuU p. 602 ; XVelcker, Gr. Gôtterlehre, I, 466 ; le 7 Tliargelion à Délos ; le 7 Bysios à Delphes ; le 7 Karncios à Cyrène ; le 7 Artemisios à Antioche. — 45 plut. Symp. VIII, 1, 2 ; Corp. insc. gr. 463 ; Schol. Callim. In Del. 251 ; K. F. Hermann, Gotlesd. Al-
tertli. 44, 5. 46 Schol. ad Hom. Od. XX, 155 ; Eustath. Hom. p. 18S7, 22 ; Schol.
Ariïtoph. Plut. 1126. — 47 Acschyl. S°pt. c. Theb.TSl. — 4S Callim. In Del. 249, 254.
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On ne peut méconnaître le dieu de la lumière Çhûxrhlux), dans l’Apollon Lycien 49 (Aûxioç, Aûxeioç, Auxv)Y£V7fc)> dont on trouve le culte établi dès un temps fort ancien sur une partie des côtes de l’Asie Mineure, et qui donna son nom au pays des Termites, devenu la Lycie. Les sanctuaires de la Lycie, et principalement celui de Patare, étaient, d’après une tradition analogue à celle des Hyperboréens, le séjour du dieu pendant six mois chaque année 80. 11 est probable que c’est d’Asie que le culte d’Apollon Lycien vint à Athènes, à Argos, à Sicyone, à Trézène et jusqu’à Lycorée près de Delphes. Les mêmes idées y devinrent, par une sorte de dérivation, l’origine de fables dans lesquelles le loup (Xüxoç) était le symbole de l’hiver chassé par l’action du soleil, ou encore des fléaux auxquels Apollon a la puissance de mettre fin. Le loup qui figure sur les monnaies d’Ar • gos a été avec raison interprété dans ce sens.
C’est aussi le dieu solaire qui fait germer et fructifier, c’est lui qui protège les moissons. Apollon ©apy-qXtoç recevait les prémices des récoltes à Delphes et à Délos ; des épis d’or (ypunouv Oépoç) étaient portés à Delphes par les citoyens de plusieurs villes 61. L’épi qui figure sur les monnaies de Métaponte est une allusion à cet usage (fig. 369).
Dans les fêtes des thargelia, on faisait aussi des offrandes expiatoires pour obtenir la protection d’Apollon contre les fléaux qui désolent les agriculteurs : c’est ce que rappellent sur les mêmes monnaies, la souris ou le rat, dont Apollon ZpuvOeuç ou Zy.(vOtoç est le destructeur 82 ; sur d’autres on voit à la même place la sauterelle, autre ennemi contre lequel on invoquait le secours d’Apollon IlapvoTuwv ou Ilapvditto; 83 ; ailleurs, on vient de le dire, on l’appelait comme défenseur contre les ravages des loups (Auxoxtovo;) 84.
Apollon-archer (“Exatoç, ‘Exâspyoç, 'ExarqêôXoç, 'Ex-qëôXoç, KXuTo-roljoç, ’ApyupÔToljo;), est un développement d’Apollonsoleil. Il apparaît armé de son arc et de ses flèches comme un dieu vengeur (OuXioç), envoyant la mort aux hommes injustes ou insolents, ou à ceux qui l’ont offensé. Ainsi on le voit frappant de la peste l’armée des Grecs 88, tuant les fils de niobé ou combattant avec les dieux de l’Olympe contre les géants [gigantes], Il était adoré comme dieu guerrier et protecteur sous le nom de BorçSpo'pioç [boedromia]. On lui attribuait aussi la mort subite et douce 56. Sous cet aspect, Apollon prend place parmi les divinités fatales qui tiennent dans leurs mains la destinée humaine, et devient conducteur des Mœres ou Parques (Moipayérqç) 87.
Le dieu qui frappe est aussi celui qui secourt, qui détourne le mal, le sauveur ( ’AXeljtxaxoç, Axsaioç, ’Axstmop, ’Eirtxovpioç, ’AiroTpÔTtaioç, SwTvjp). Apollon paraît figurer la vertu purificatrice, l’action bienfaisante du soleil. Cette action le rattache à celle qu’il exerçait comme dieu de la
Fig. 36’J. Monnaie de Métaponte.
49 Maci-ob. Satt I; 17, 36; Welcker, Gr. Gôtterlehre, I, p. 476 et suiv.; P relie!’, Gr. Myth. I, p. 202. — 50 Herod. I, 1S2 ; Virg. Aen. IV, 143 ; Serv. Ad h. U, Slrab. XIV, p. 166; Eust. Ad Dion. Perieg. 129. — 51 O. Muller,
Dorier. I, p. 271 ; Ann. del. Inst. arch. 1843, p. 46; 1850, p. 63 ; Rev. nu-
mism . 1845, p. 393. — 52 De Witte, Rev. numisni. 185S, p. 1 ; de Longpérier, /*; 1859, p. 115.-53 strab. XIII, p. 613; Paus. I, 21, 8.— 51 Soph. El. 6. — 53 Iliad. I, 43 sqq. — 56 /*. XXIV, 758, 759. — 57 X, 24, 4. — 58 paus. VIII, 41; 8. — 59 Id. I, 3, 4, — 60 De Witte, dans les Ann. de l'Inst. arch. XIX,
P“ 426 ; A. Maure, l. I. II, p. 14). — 61 Xenopli. De vénal. I, 1. — 62 Paus.
médecine; elle s’en distingue néanmoins. Comme destructeur de monstres, dessécheur de torrents, Apollon tantôt fait naître et tantôt dissipe les miasmes putrides; de là son double rôle relatif aux épidémies. On lui attribuait la cessation de ces fléaux, et la reconnaissance des peuples était attestée par des monuments tels que le temple de Phigalie, en Arcadie 88, ou la statue d’Apollon ’AXeçixkxoî, œuvre de Calamis, à Athènes 59. Apollon était le dieu purificateur et expiateur par excellence (xaOapuioç) w. Il n’a pas ce caractère seulement dans ses fêtes à Delphes [pytbia], où il donne l'exemple de se laver lui-même du meurtre de Python : partout on rencontre dans son culte des pratiques semblables [delphinia, thargelia, karneia].
Sous d’autres aspects, Apollon personnifie en lui les divers états des sociétés naissantes. Dieu chasseur (’Aypau,!;) 61 , il préside à la destruction des animaux sauvages, ennemis de l’homme 62. Dieu pasteur (Nojxtoç, Kapveïo;), ancien berger des troupeaux d’Admète et de Laomédon, son regard favorable fait multiplier les troupeaux 63, en même temps qu’il détruit les loups et les autres animaux nuisibles. Sous le nom d”Ayui£uç [agyieus], il veille au seuil de chaque demeure et sert de guide sur les chemins ®4. Il est architecte, constructeur de villes 68 : dès l’âge de quatre ans, avec l’aide d’Artémis, sa sœur et sa compagne fidèle, il a construit un autel dans l’île d’Ortygie 66 ; il a élevé les murs de Troie en compagnie d’un autre dieu, Poséidon, et d’un mortel, Éaque 67, s’associant ainsi aux travaux des hommes. Conducteur de colonies (’Apy^Y^'K, KTiVn)ç, Oîxkjttiç, Aw;.mct{ty]ç), c’est lui qui, sous la forme d’un corbeau, a guidé Battus d la fondation de Cyrène et qui a mis sur ses lèvres les paroles magiques par lesquelles il écartait les lions du berceau de la cité 68 ; ou bien, accompagné du dauphin, ami du navigateur, Apollon AEXœmoç conduit les colons sur les mers 69.
Comme dieu de la musique et de la poésie, Apollon déploie un nouveau pouvoir civilisateur. Inventeur de la lyre ou de la cithare 70, ou, suivant une autre tradition 71, l’ayant reçue d’Hermès pour en devenir le maître, Apollon Mou- GaysT-q; préside le chœur des Muses72. Apollon est le dieu des luttes poétiques et musicales qui ont joué un si grand rôle dans le développement de la Grèce 73. Le dieu passait pour avoir concouru lui-même et pour s’être vengé de ceux qui s’étaient opposés à lui dans l’exercice de son art. Linus, ce fils d’une muse, et, selon une tradition, d’Apollon luimême 74, fut tué par lui pour avoir osé le défier au chant75. On sait quelle vengeance il tira de marsyas assez audacieux pour lutter avec la flûte du satyre contre le dieu de la cithare. Le jugement de midas et la punition qui lui fut infligée pour avoir préféré la flûte de Pan à la lyre d’Apollon "ne sont pas moins fameux. Cependant Apollon se réconcilia avec les joueurs de flûte, lorsque Sacadas, musicien et poète argien, eut fait entendre le premier chant sur la flûte, aux jeux Pythiques, où il remporta le prix 76.
Apollon joue surtout un grand rôle comme dieu de la divination et des oracles [divinatio, oracula]. C’est Zeus qui lui a donné la science de toutes choses 71. La divination
I, 41, 3. — 63 Callim. In Apoll. 50 sqq. — 64 Paus. I, 31, 6 ; II, 19, S ; VIII 32, 4. 65 Callim. In Apoll. 55 , 56 , 57. — 66 Jb. 58 sqq; — 67 pind. Olymp. VIII, 40
sqq. — 68 Callim. In Apoll. 65 sqq.; pind. Pyth. V, 71 sqq. —69 Welcker, ’ Gr. Gôtterl. I, p. 499 ; Prcllcr, Ausgewâhlte Aufsâtze, p. 244. — 70 Callim. In Del. 253, 254 ; Paus. V, 14, 8. — 71 Hom. In Merc. 496 sqq. — 72 Hom. Iliad. I, 603, 604 ; Pind. Nem. V, 41-45 ; Paus. I, 2, 4 ; Plut. Symp. IX, 14. — 73 o. Millier,
Hist. de la litter. gr. trad. de Hillebrand, t. I, p. 307. 74 paus. II, 19, 8;
Hjgin. Fab. 161, 273. — 75 paus. ix, 29) 6i 76 Paus II; 8 et 9. — 77 Hom.
In Merc. 471, 533 sqq.; Aesch. Eum. 19.
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confinait, d'ailleurs, à la poésie et à la médecine. C’est comme devin ( 'laTpôaavrtç), qu’ Apollon vient se confondre avecPaeon, l’ancien médecin des dieux dans la mythologie homérique 78. « C’est Apollon, dit Pindare 79, qui dispense aux femmes ainsi qu’aux hommes les remèdes contre les maladies cruelles, » C’est aussi lui qui envoie les songes80. 11 préside à toute inspiration, poétique ou prophétique. L’institution des oracles est liée au progrès de la civilisation ; ils acquirent une telle influence, que le plus célèbre de tous, celui de Delphes, devint la métropole religieuse de la Grèce et la capitale politique des peuples qui envoyaient des représentants à l’assemblée amphictionique de Delphes [amphictiones]. Les Barbares eux-mêmes envoyaient des présents au temple de Delphes 81 .
II l. — Le dieu de la chaleur et de la lumière, l’archer destructeur des monstres, le dieu pasteur des anciens habitants du Péloponèse, le dieu marin des rivages de la mer Égée, n’est devenu que par degrés ce dieu de l’ordre et de l’harmonie, régulateur des saisons, fondateur et législateur des cités, créateur des arts, qui révèle par la poésie et par les oracles des vérités supérieures ; dieu purificateur qui venge le mal et qui l’efface, qui guérit les corps et réconcilie les âmes, arbitre et pacificateur des peuples, dont le culte, par ses progrès, a marqué partout les progrès de la civilisation et de la raison publique. Les traits rassemblés dans cette figure idéale qui reçut les adorations de toute la Grèce et qui était la plus pure expression de son génie, furent épars d’abord entre des divinités plus grossières, diverses par leur origine aussi bien que par leur nature et leurs attributs; on peut saisir une parenté entre elles, mais non établir une filiation régulière.
Parmi les divers Apollon mentionnés par Cicéron82, il en est un peut-être pélasgique, celui qu’il appelle Nomion et dont il fait le législateur de l’Arcadie. Ce surnom deNdpuo; (pasteur) convient à la divinité d’un peuple de bergers. Cependant on ne trouve de trace historique d’un culte d’Apollon en Arcadie qu’à une époque relativement récente, et la construction du temple le plus fameux qu’il eut dans cette contrée, celui de Phigalie, ne remontait pas plus haut que la guerre du Péloponèse 83. Le culte d’un Apollon pasteur et chasseur se rencontre sous différents noms (IIoijAvtoç, ’Eirtjjt'rçXioç, Tpayio;, ’Apvoxof2.r,ç,MaXosiç, raXot;to;, ’Aypsu;), dans diverses parties de la Grèce 8*. Celui d’un Apollon KapvEto;, qui se rapproche de l’Apollon Nopuoç, paraît fort ancien dans le Péloponèse. Pausanias parle d’un dieu Kapveïoç, auquel on donnait le surnom de « domestique » (OîxÉvaç), et dont le culte avait précédé à Sparle l’arrivée des Doriens 8o. Ce dieu a pu se confondre avec l’Apollon dorien. Selon Callimaque, Sparte avait été le premier siège du culte d’Apollon KapvEÏoî 86. De là il se répandit dans le Péloponèse et passa dans l’île de Théra, puis à Cyrène où cet Apollon avait un temple dans lequel on entretenait un feu perpétuel87. Les fêtes d’Apollon KapvsToç à Sparte offraient un caractère à la fois guerrier et pastoral [karneia]. Le prêtre qui célébrait cette fête s’appelait àyr, -njç, et le prin-
78 Iliad. V, 401 sqq., 899 sqq. — 79 Pyth.X, 85, 86. — 80 A. Maury, Iiel.de laGr . an t. II, p. 500. — 81 Hcrod. I, 14, 50, 51, 52; Aeschin. C. Ctesiph. p. 483, § 124.
— 82 De nat. deor. III, 23; Clem. Al. Protr. Il, 28, p. 8 Pott. —83 Paus. VIII, 41, 8 ; O. Müller, Dorier, t. I, p. 202; A. Maury, Del. de la Grèce, t. I, p. 125, 126.
— 8. Macr. Sat. I, 17 ; Thuc. 111, 3 ; Schol. Aristoph. Nub. 144; Hesych. et Steph. Byz. s. V. MdXi.iti; ; Procl. ap. Phot. Dibl. c.ccxxxix, p. 321 ; Plut. Amat. 13; cf. Soph. Oed. Col. 1091. — 85 Paus. III, 13, 4 et 5 ; C. insc. gr. 1446. — 86 Callim. In Apoll. 72. fc7 C. insc. gr. 2467 b. ; Callim. I. I. 73, 83 ; Piud. Pyth. V, 70. — 88 Hesych. s. ». ’A-p,Ttjs; A. .Maurv, loc. cil. — 88 A. Pic'et, Les origines indo-européennes,
cipal jour de la fête àyiyropi'a, sans doute en commémoration des antiques migrations, et parce qu’Apollon avait été le dieu conducteur , le 0eô; fiy^vcop des Doriens 88. On retrouve ici son caractère solaire, le soleil ayant été le conducteur des migrations aryennes dans leur marche d’Orient en Occident 89. Le culte du dieu d’Amyclée, assimilé par la suite à Apollon, et de Hyacinthe 90, dont on fit son favori, tué par lui en jouant au disque, enterré sous son idole même, et dont le sang donna naissance à la fleur pourprée du même nom, ce culte a précédé dans le Péloponèse l’invasion dorienne. Apollon Amycléen fut un des dieux les plus vénérés des Lacédémoniens, et les iiyacinthia une de leurs fêtes les plus importantes.
Apollon était le dieu par excellence des Doriens, leur dieu national ; ce qui ne veut pas dire qu’il faille renfermer, avec Otfried Muller, l’historien des Doriens, le berceau du culte apollinique dans la Thessalie ; mais on peut suivre avec lui la marche des Doriens portant leur dieu de l’Histiéotide dans la Phocide, où ils allaient fonder le temple de Delphes91, et ensuite dans le Péloponèse. La grande procession delphique qui se rendait tous les neuf ans à Tempé pour y cueillir le laurier du Pénée [dapiinéphoria] était une manière de retour aux origines du culte. La route que suivait la théorie pour revenir à Delphes, en passant par la Doride, cette route qu’on appelait la « voie sacrée», était sans doute la même qu’avait suivie la migration dorienne 92. Plus tard, ces mêmes Doriens portèrent leur dieu dans le Péloponèse, lors du retour des Héraclides, dirigé par les prêtres de Delphes. Les progrès du culte d’Apollon suivirent les progrès de la puissance dorienne.
Otfried Muller veut que le culte d’Apollon ait été porté en Crète, ainsi qu’à Délos, par des aventuriers doriens, dès le temps où la tribu habitait encore sur les rives du Pénée. Cependant Cicéron admet un Apollon crétois, parent et rival du Zeus crétois. Ce qui résulte de l’hymne homérique 93, c’est qu’il existait entre les sanctuaires de Cnosse et de Pytho d’antiques relations, et que le temple d’Apollon Pythien fut à l’origine desservi par des prêtres crétois.
« Le culte d’Apollon, dit Grote, est un des faits les plus anciens, les plus importants et les plus fortement marqués du monde grec, et il s’est répandu au loin dans toutes les branches de la race ®\ » Il n’était même pas exclusivement grec. Apollon, dans l’Iliade, apparaît comme le dieu des Troyens hostile aux Grecs. Le culte d’Apollon Sminthien était répandu dès l’époque homérique sur toute la côte asiatique et dans les îles voisines 93, à Chrysé, à Cilla, à Ténédos, à Lemnos, à Céos, à Lesbos. dans la Lycie, à Rhodes et jusque dans le voisinage d’Alexandrie en Égypte, avec les noms de Aûxto;, de ipuvOsûç [sminthia], de IIapvo:uoç, de KtXXaïoç, de rpuvsto;, etc. Il est probable que c’est d’Asie que le culte d’Apollon Auxio; vint à Athènes, à Argos, à Sicyone, à Trézène, à Lycorée 9G.
Des traits assez marqués distinguent l’Apollon ionien 97 . Cet Apollon, marin et colonisateur, père d’ion, dont le
t. Il, p. 668. — 911 Paus. III, I, 3 ; et 19, 3. — 9> O. Müller, Dorier, I, p. 202 et s. ; Welcker, Griech. Gôtterlehre, I, p. 472. — 92 Hom. In Apoll. 216 sq. ; Plut. Quaest. gr. 12 ; Aelian. Hist. var. III, 1 ; O. Müller, Dorier, t. I, p. 202 ; A. Maury, Op. l.t. 1,
p, (42. 93 In Apoll. 474 sqq. — 9i Hist. de la Grèce, trad. de Sadous, 1. 1, p. 56.
— 9S Hom. II. I, 37 ; Eust. Ad II. I, p. 34; Strab. XIII, p. 604, 612, 613, 618 ; Paus. IX, 12, 3 ; Soph. Philoct. 1461 ; Welcker, l. I. p. 483 ; de Witte,iïe«. numism. 1858 et
1S54. 96 Welcker, 1. 1. p. 476 ; Inscription du siège d'Apollon Aiimo? à Athènes, daus
le Bull, de l’Inst. arch. 1862, 116; Welcker, l. I. p. 476 et s. ; Preller, l. I. p. 195. 97 £. Cm tins, Ior.ier ; Welcker, Op. I. p. 499 ; Trollcr, AusgcW.Avfsât~c,p. 244.
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cullo se substitua en partie à celui de Poséidon 98, c’est Apollon Aetymo;, dont le dauphin, ami des navigateurs, est le symbole, et qui conduisit les colons ioniens de rivage en rivage. Il avait un temple dans l'acropole de Massilia ". C’est lui qui, sous cette forme, dans l’hymne homérique, dirige vers Crisa et vers Delphes les Crétois de Cnosse qui doivent s’y consacrer à son culte. Une peinture de vase montre (fig. 37ü)100 le dieu voguant vers ses nouveaux au¬
tels, assis sur un trépied ailé qui vole à la surface des Ilots. Les dauphins qui l’accompagnent sont des emblèmes d’Apollon Delphinien. Il tient l’arc et la lyre, qui conviennent également à Apollon Pythien , que les Athéniens ne croyaient pas différent du premier 101 . Ils l’honoraient, comme père d’ion, du nom de ïlaxpcTioç 102 ; c’est-à-dire qu’ils lui rendaient, comme à l’auteur de leur race, un culte de famille; comme tel aussi, ils l’introduisirent parmi les divinités de l’Acropole 103 . La fable par laquelle s’établit une filiation qui donnait à Apollon pour mère Athéné et pour père Héphaistos, en sorte qu’il se trouvait être le frère d’Érechtheus, ne fit que rattacher le culte ionien à des cultes plus anciens de l’Attique 10\
Les Athéniens avaient parmi leurs temples un Pythionm et un Delpliinion; celui-ci élevé, disait-on, dès le temps d’Egée ou de Thésée 106, le premier vers l’époque de Solon ou des Pisistratides. 11 y avait d’autres sanctuaires d’Apoll°n Pythien à Marathon et à OEnoè, sur la voie sacrée d’Éleusis 107, comme sur toutes les routes suivies par les théories qu’envoyaient à Delphes les villes delà Grèce entière, celles de 1 Asie, de l’Italie et de la Sicile, aussi bien que des îles de la mer Égée ou du Péloponèse. Les Athéniens célébraient la fête d’Apollon Delphinien [delphinia] à la fin de mars (G munychion), c’est-à-dire après l’équinoxe, lorsque, sous l’influence du dieu qui ramène les longs jours, la mer
redevient navigable. Le même dieu, à Égine, était appelé Oîxiotti; et Atop,an'Tr,ç, et le mois d’avril, où l’on célébrait sa fête [iiydrèphoria], était le mois delphinios ’08.
Apollon Axtioî, dont le principal sanctuaire et les fêtes les plus importantes [actia] étaient ceux du promontoire d’Actium en Acarnanie109; Apollon de Leucate (AsuxaTa?)"0;
I Apollon ’AtY^TTK et ’AvatpaToç, ’Euêâjtoç et ’Exëàaioî, dont on rencontre les noms en divers endroits où l’on prétendait qu’il avait reçu les sacrifices des Argonautes 111 ; Apollon ’EmÊaTVjpioç, à Trézène”*, et d’autres encore ont des caractères communs: c’est un dieu protecteur qui apaise les flots et en même temps un dieu purificateur à qui on fait des offrandes expiatoires.
Ce dernier caractère appartient aussi à Apollon ©apv-^to; également fêté au printemps, dans le mois qui s’appelait, de son nom.thargélion, comme le dieu qui protège et mûrit les moissons ; non-seulement on lui en portait les prémices1’3, mais encore on lui offrait des sacrifices expiatoires pour obtenir son assistance contre les fléaux redoutés des agriculteurs [thargelia].
Les fêtes d’Apollon se succédaient à Athènes de mois en mois pendant fout l’été. Nous renvoyons pour ce qui concerne chacune d’elles aux articles spéciaux. C’était, au commencement de l’année athénienne, dans le mois d’hécatombaion (juillet-août) la fête des hécatombes [hecatombaia], qui lui a donné son nom, comme celle de metageitnia a donné le sien au mois suivant. Du nom de boedromia venait le nom de boèdromion, donné à la tin de septembre et au commencement d’octobre; de celui de pyanepsia, le nom de pyanepsion (octobre-novembre). Après l’hiver revenaient à la fin de mars, le 6 munychion, les delphinia, et un mois après les thargelia. On ne connaît pas précisément l’époque des panionia.
Hors d’Athènes, outre les fêtes déjà mentionnées des Doriens [karneia, hyacynthia], celle des gymnopaidia était propre à Sparte; les smjnthia étaient sans doute célébrées ailleurs qu’à Rhodes, où on les trouve indiquées; la Béotie avait, comme Delphes, une fête appelée daphnephoria. Les trois grandes fêtes de Délos [délia], magnifiquement chantées dans l’hymne homérique à Apollon Délien rassemblaient dans l’île, au commencement de l’été, pour emprunter les expressions du poète, « les Ioniens à la robe traînante ».
Le caractère du dieu solaire, si reconnaissable dans la plupart des fêtes d Apollon à Athènes, n’est pas moins sensible dans celles qui se succédaient à Delphes du prinlemps à l’automne [tüeophania, septerion, theodaisia, daphnephoria, theoxenia , pythia], quoique d’autres idées s’y mêlent et soient dominantes.
C’est à Délos que le culte d’Apollon paraît avoir eu son plus brillant épanouissement ; à Delphes, le caractère est plus sévère. L’importance de l’oracle de Delphes, surtout après l’établissement de la ligue amphictionique 1U, époque à laquelle le mantéion pythien devint un centre religieux pour toute la Grèce (xoiv-J) serîa -f/j; 'ÉXXaoo;) l13, fat surtout
33 E- Curtius, Ionier, p. 19, 49 ; A. Miiury, Del. de la Grèce, t. I p \\ Gerhard , Poséidon, p. 107 ; Id. Gr. Myth. g 297.- 99 Strab. IV, 179 ; de La Saussa' Aum. barbon, p. 9, pi. i-xh. - loo Monum. dell Inst. arch. I, pi. xlvi ; Élite c monum. céramogr. 11, pl. Vi.— loi Demosth. De cor. g 141, p. 274'; Id. C. Eubul. § (
p. 1319. 101 plat. Euthyd. p. 414 d; Harpocr. ’AuoXXuv n<rcp cio; 108 Schoemai
Opusc. 1, 318; F. Lenormant, Dec. des inscr. d’Éleusis, p. 248 et s.; Monogr ta voie sacrée d'Eleusis. I, p. 515 et s. - 10V Cic. De nat. deor. 111, 2=> • J hs De mens IV, Mai, p. 106. - 103 Th«e. 11,15; VI, 54 ; Suid. ntt», ; Hcsych. 'Ev ni 00 Plut. The--. 12, 18. - 107 Preller, Gr. Mytl,. I, 206 ; Welcker, Gr. Cütterlehi
l, 526 ; E. Curtius, Zur Geschichte des Wegebaus, p. 26 108 Schol. Pind. Nem V
81 ; üissen, Expi. Pind. p. 401.- 109 Thuc. îg . Hemey, L’Olympe et V Acarnanie . p. 387. - HO Plut. Pomp. 24 ; Strab. X, 452 ; O. Muller, Dorier, I, 231 ; Id. P~o- Icg. 416. — 111 Apoll. Rhod. I, 359, 403, 966, 1186. — 112 Paus. II, 32, 2. — 113 Ainsi à Delphes, il recevait les épis d'or (w«ov, «ip,,) de Métaponte,’ Strab. X, 264; et d'autres villes éloignées, Myrrine, Apollonie, Plut. De Pyth. Or. 16; de même à Délos. Voy. la note 51. — 114 A. Maury, Bist. des relig. de la Gr. t. U, p. 254 ; Foucart, Mémoire sur Delphes, 1865. 2« part., dans les Archiv. des miss, scient. t. Il ; Grote, f/ist. de la Grèce, t. III, p. 141 de la trad. franc. - 113 plut. Arist. 20.
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politique et morale [oracula, ampuictiones]. C’est par ordre de l’oracle que furent institués d’abord les jeux Olympiques [Olympia], puis les jeux Pythiens à Delphes [pytiiia] après la guerre Sacrée, dans la 48° olympiade (580 ans avant J.-C.) Jusque-là la fête célébrée à Delphes chaque neuvième année, n’avait d’autres luttes que des luttes musicales. Les jeux établis sur le modèle des jeux Olympiques avaient lieu sous la surveillance et la direction des Amphictions, le conseil commun de la Grèce. Mais si le dieu habitant des rochers de Pytho avait consenti à laisser troubler ces solitudes par le bruit des chars u6, afin de faire de son séjour un lieu de réunion pour tous les Hellènes, ce lieu ne perdit pas son caractère essentiellement religieux. Nonseulement tous les peuples grecs, mais aussi les étrangers y cherchaient, comme les Phrygiens au temps de Midas, les Lydiens sous les Mermnades, les Étrusques et les Romains sous les Tarquins, des conseils sacrés pour le gouvernement des Étals et la conduite de la vie.
Ce n’est pas seulement par ses oracles, qui exerçaient sur l’existence des États et des citoyens une si puissante influence, qu’Apollon s’était attiré la vénération universelle. Il était un dieu purificateur et un dieu sauveur (Kaôâoffioç, IwTv[p)117 : c’est à lui que s'adressaient les suppliants pour être délivrés de toute souillure. Le recours aux cérémonies religieuses comme moyen d’expier et d’effacer le crime paraît être entré dans les mœurs des Grecs postérieurement à Homère118; à mesure qu’elle y pénétra, elle accrut l’autorité du dieu qui, à Delphes ou ailleurs, réconciliait et apaisait lésâmes [lustratio, expiatio, orestes]. L’idée de pureté se rattache naturellement à la religion du dieu de la lumière. Elle n’est pas seulement imposée au coupable, au meurtrier qui ne peut assister aux fêtes d’Apollon, s’il n’a expié son crime119: personne ne doit s’approcher de son temple s’il ne s’est auparavant purifié par l’eau ou par les sacrifices. Celui qui se croit menacé par un songe fait aussi une offrande à Apollon ’Airoxporaxioç1S0. On l’implore contre lesmaladies et surtout contre les épidémies, après avoir fait des lustrations ; on voyait encore, au temps de Pausanias m, la statue d’Apollon AXs \\y.ax.oç, œuvre de Calamis, qu’on avait fait venir à Athènes pendant la peste au commencement de la guerre du Péloponèse. Le voisinage des morts est en horreur au dieu : par trois fois il commande aux Athéniens de purger de ses tombeaux l’ile de Délos, l’île sacrée m.
Nous avons déjà signalé le caractère expiatoire des sacrifices des thargelia ; à Leucale123 comme dans la fête athénienne, un criminel était précipité du haut des rochers pour servir de victime expiatoire (»7toTpoirY\ç yaptv); quand les mœurs s’adoucirent, on préserva la vie du condamné en l’enveloppant de plumes, ou même en attachant à son corps des oiseaux tout entiers, un bateau l’emportait chargé des fautes de tout le pays ; plus tard et par suite de la transformation même apportée dans les idées par la religion d’Apollon, le saut de Leucate fut considéré comme un remède et une purification qu’offrait aux âmes trop violemment agitées par l’amour, le dieu à qui elles venaient demander le
116 Hom. In Apoll. 270, 271. — HT Aesch. Eum. 262. — l,8 Grote, Hist. de la Grèce, I, p. 29 de la trad. franç.; cf. O. Millier, Ad Aesch. Eum. p. 137 ; Schocmann, Ad eumd. p. 66 ; Id. Antiq.juris gr. p. 73, 2 ; Hermann, Gottesdienst. Alterth. §§ 5, o. 23( 18. — 119 Hem. C. Aristog. 37. — 120 Aeschyl. Pers. 207; et Bloomfiekl,
Gloss. 121 I, 3, 4. — 122 Plut. Sept. sap. 14; Thuc. III, 104; Herod. I, 64.
..123 strab. X. p. 452 ; Ovid. Fait. V, 630 ; Phot. s. v. — 121 Strab. I. I. ;
Serv. Ad Aen. III, 272 ; Mém. de l'Acad. des Inscr. VII, p. 245; O. Muller, Dorier ,
p. 234. 123 En Chypre, à Abdère, en Thessalie : Paus. X, 32, 2 ; Hermann,
repos m; et cet usage, comme le précédent, était rattaché à la légende de Céphale, qui le premier, disait-on, avait donné l’exemple de chercher la guérison dans les eaux de la mer [cephalus]. Les sacrifices analogues dont on trouve ailleurs 185 la trace, dans le culte devenu si pur d’Apollon, ont tous pour origine sans doute le besoin d’expiation ; et ce besoin n’est pas étranger à l’usage de lui offrir les prémices non-seulement de l’agriculture (celles-ci lui étaient dues comme au dieu qui fait mûrir les moissons), mais de toutes choses, et même de lui consacrer, comme chez les Crétois et chez les Magnètes, une génération entière (à7tap-/ai <xvOpc/mov)126, sorte de printemps sacré analogue au ver sacrum des peuples italiens. 11 y avait à Délos un autel où l’on n’offrait pas de sacrifices sanglants, mais seulement des grains d’orge ou de froment ; à Patare, on portait des gâteaux en forme d’arc, de flèches et de lyre; à Delphes, des gâteaux et de l’encens121. Ces offrandes non sanglantes n’étaient pas les seules: on sacrifiait aussi à Apollon des bœufs, des chèvres, des brebis128; les hétacombes immolées sur ses autels avaient fait donner son nom au premier mois de l’année des Athéniens.
La musique, les chœurs de chant et de danse faisaient partie, en général, du culte de toutes les divinités, mais particulièrement de celui d’Apollon, qui conduit le chœur des Muses et des Grâces. La poésie religieuse s’est développée dans les temples : ce fut à Delphes que, suivant la tradition, on chanta les premiers hymnes (uixvoç) [hymnus, paean] et les premiers cantiques (irpofjwota) datant, selon toute apparence, des premiers âges129. Leurs auteurs passaient pour les fils d’Apollon et des Muses : quelques-uns étaient les fondateurs de ses principaux sanctuaires. Ces hymnes, chantés avec accompagnement de l’instrument préféré du dieu, la cithare ou la phorminx[LYRA], plus tard aussi delà flûte, réglaient encore le mouvement cadencé des chœurs. Apollon lui-même avait inventé la poésie cadencée (vopo;) 13°. Le chant et la danse se répandirent avec le culte d’Apollon et des Muses dans toutes les contrées helléniques. L’hymne à Apollon, à côté des concours de danse et de chant établis dès l’origine par les Ioniens à Délos 131 , mentionne le pugilat. Apollon, dont on célébrait la force à cet exercice, qui y avait vaincu Phorbas, présidait aux jeux gymniques avec Hercule et Mercure, et son image se voyait réunie à celle de ces dieux dans les palestres et les gymnases, comme un modèle de vigueur, de beauté et de jeunesse éternelle. Il était le protecteur invoqué, avec les Nymphes et les Fleuves, par tous les jeunes hommes, sous le nom de KoupoTpo'tpoç : ils lui faisaient des offrandes, fréquemment celle de leur chevelure, la première fois qu’ils la coupaient 133.
IV. — La lyre, l’arc et les flèches, le trépied sont les attributs les plus ordinaires d’Apollon. «J’aimerai l’agréable cithare et l’arc recourbé, et j’annoncerai aux mortels les véritables desseins de Zeus.» Ce sont là les premières paroles du dieu naissant à Délos, et ses attributs sont les symboles de sa triple fonction; nous les trouverons et aussi quelquefois I’omphalos de Delphes, accompagnant ses images et servant
Gottesd. Alterth. 27, 8. — '26 Hermann, Op. I. 20, 17 ; O. Millier, Op. I. I, 231.
127 q Millier, Op. I. p. 327 ; Ann. dell' Inst. arch. 1850, p. 63, tav. BCD. — 128 Hom.
11. I, 41, 66, 316; Callim. In Apoll. 60. — 129 Paus. X, 7, 2; Millier, Dorier, 11, p. 352 ; Id. Hist. de la lût. gr. I, p. 44 et s. de la trad. franc.; Bernhardy, Grundriss der griech. Litter. I, p. 217, 2”éd. ; A.Maury, Op.l. I, p. 237 et s.; II, p. 134.— isootf. Millier, Bernhardy, A. Maury, l. I.; Preller, Gr. Myth. p. 223. — 13* In Apoll. 143
sqq 132 Hom. II. XXIII, 660, et Schol. — 133 Hesiod. Theog. 346 ; Hom. Od. XtX,
86 ; Theophr. 21 ; Non. Marc. s. «. Cirros ; Welcker, Gr. Gôtterlehre, II, p. 339.
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à en marquer le véritable caractère. Il y faut joindre aussi les arbres et les animaux qui lui étaient consacrés, le laurier principalement, et aussi le palmier et l’olivier [arbores sacrae]. Ces arbres sacrés racontaient à leur manière les origines de son culte à l’ombre des bois et au bord des eaux 134 ; les animaux exprimaient l’essence et le génie du dieu sous une forme vivante et symbolique. Le cygne lui était consacré, comme oiseau chanteur 135, ou mieux comme emblème du soleil, ainsi qu’on le voit dans le Véda 136. Le cygne, qui passait chez les anciens pour doué d’un vol infatigable137, était le compagnon des voyages d’Apollon ; le dieu revenait du pays des Hyperboréens dans un char traîné par des cygnes, ou bien un cygne 138 le portait vers Délos(ci-dessus, fig. 3G7). Un autre oiseau consacré à Apollon comme emblème lumineux, était le coq; on en comprend aisément la raison. Les statuaires le plaçaient dans la main du dieu du soleil comme un héraut du jour ,39; parla même raison, les Romains sacrifiaient le coq à la Nuit u0. Le corbeau était un oiseau fatidique. Un corbeau, lequel n’était autre que le poète Aristée de Proconèse dans une existence antérieure, accompagnait Apollon à la fondation de Métaponte 1U, et celui qui guida Battus à la fondation de Cyrène cachait Apollon lui-même, le dieu conducteur des colonies 142 . C’est aussi comme animaux divinatoires qu’on consacrait à Apollon le rat et le serpent : le rat estle symbole d’Apollon Sminthien qui le porte dans la main sur des médailles 143 ; le serpent, symbole d’Apollon Pythien [draco], avait sa place à Delphes sous le trépied de la pythie 144. Ces animaux étaient censés contracter, en respirant les exhalaisons de la terre, une vertu prophétique. Le dauphin était l’emblème d’Apollon Delphinien : Apollon prend sa forme, dans l’hymne homérique, pour aller fonder Delphes143. Nous l’avons vu dans une peinture de vase (fig. 370), accompagné du dauphin, qui semble être l’image de la civilisation voguant sur les mers, rapprochant par la navigation les rivages éloignés, fondant des colonies jusque dans les contrées sauvages ou barbares 146. A tous ces titres il appartient à Apollon. Le loup est un symbole de lumière, peut-être par un rapprochement déjà signalé entre 7oxoç, loup, et Xuxv), le crépuscule du matin; Apollon est appelé Auxstoç à Argos, comme ZeusAuxaîoç en Arcadie, Artémis AuxataàTrézène 147. Dans certaines fables, le loup semble jouer en Grèce le rôle du lion en Orient148; c’est ainsi que, dans la légende de Danaiis, on le voit combattre le taureau, combat qui donna lieu à la fondation du temple d’Apollon Lycéen li9. Les monnaies d’Argos et de l’Argolide portent, dès l’origine, l’effigie d’un loup, dont la tête quelquefois est entourée de rayons 15°. Le loup reparaît dans les traditions et les symboles d’un grand nombre de pays 161 ; dans les légendes relatives aux origines de Delphes même, on voit les Deucalionides, guidés par les hurlements des loups, échapper aux pluies diluviennes et bâtir sur le sommet du Parnasse la ville de Lycorée 15i. Il y avait dans le temple de
i:*4 L’inopus, le Cenchrius, l’Ismcnus, le Pénée, etc. — 135 Callim. In Apoll. 5 ; In Del. 249 sqq. — 136 a. Maury, Op. 1. 1. I, p. 147, note 6. — 13~ Aelian. Hist. var. I, 14.
— 133 O. Muller, Hcindb. der Arch. § 368 ; ld. Dorier , I, 270. — 139 Plut. Cur Pijthia nunc non reddit orac. carminé , 12. — 140 Ovid. Fast. I, 355. — *41 O. Müller, Hist. de la litt. gr. t. II, p. 39 de la trad. — 142 Callim. In Apoll. 66. — WS Aelian. Hist. an. XII, 5 ; Plin. Hist. nat. VIII, 82 ; Strab. XIII, p. 604 ; Dict. Cret. II, 14, 47; Müller, Doider, I, p. 285; Welckcr, I, p. 482; Rev. de Numism. 1858, p. 1 ; 1859, p. 115.
— i^Lucian. De astrol. 23. — *45 In Apoll. 399 sqq. On voit le dauphin sur de trèsanciennes monnaies de Delphes, Journ. des sav. 1838, p. 96; mais cf. Schoemann, Op. acad. I, 344 ; sur celles d’Argos, de Chalcis, etc. — *46 Fables d’Arion, de l’halanthos, de Taras, Paus. X, 1315 ; Aristot. ap. Poil. IX, 6, 80 ; Müller, Dorier , I, 317. Taras, sur les monnaies de Tarente, est posé sur un dauphin. — 147 Paus. II, 19,
3 ; VIII, 38, 4-7 ; II, 31, 4. — 148 n Cst à remarquer que c’est le lion qui, en Lycie, est
Delphes, près du grand autel, un loup de bronze, consacré en l’honneur d’un loup qui avait fait retrouver les trésors du temple dérobés par un voleur153. L’image d’un loup, qu’on appelait le héros Atîxoç, était placée, à Athènes, à l’entrée des tribunaux 18v. A ces animaux réels se joint un animal fabuleux, le griffon, animal composé, d’origine probablement orientale [gryphus]. On voit le griffon, le corbeau, le serpent, avec le trépied et la lyre d’Apollon, sur une pierre gravée du musée de Berlin (fig. 371) 155. D’autres animaux encore sont, quoique moins fréquemment, des acolytes d’Apollon :
le daim ou la biche, qui l’accompagnent138 aussi bien que sa sœur Artémis [diana] ; la cigale, la sauterelle, le lézard, le vautour, etc.
Y. — Le culte d’Apollon fut inconnu des premiers Romains. Son introduction à Rome se rattache aux premières relations entre les peuples italiens et les Grecs établis dans la partie méridionale de la Péninsule. Apollon n’était pas encore nommé dans les indigitamenta de Numa 157. L’histoire des livres sibyllins [sibyllae] apportés de Cumes à Rome au temps de Tarquin le Superbe indique d'où venait la religion nouvelle et à quelle date elle fut importée. D’après un passage de Tite-Live 158, les Romains se seraient mis dès l’origine en rapport avec l’oracle de Delphes. Camille consulta Apollon Pythien lors du siège de Yeii et, après la prise de la ville, lui consacra la dîme du butin 159. Apollon avait déjà au temps des décemvirs, sinon même plus tôt, un sanctuaire situé aux prés Flaminiens 160 ; la construction d’un temple y fut commencée en43î>av. J.-C. en exécution d’un vœu fait pendant une peste {pro valetudine populi)m ; c’est ce même temple que Tite-Live mentionne plus tard sous le nom de temple d’Apollon Medicus. 11 ne paraît pas qu’il y ait eu d’autre temple d’Apollon jusqu’au règne d’Auguste. En 399 av. J.-C., à l’occasion d’une nouvelle épidémie, Rome eut pour la première fois recours, d’après la prescription des livres sibyllins, au lectisternium; on y vit Apollon avec Diane et Latone prendre, parmi d’autres dieux grecs 162, une place principale. Enfin c’est encore après avoir consulté les livres sibyllins que Rome, menacée par Annibal, institua 163 des jeux en l’honneur d’Apollon [ludi apollinares], semblables aux jeux Pythien; de la Grèce avec des sacrifices selon le rite grec. Le dieu que les Romains empruntèrent des Grecs, fut, on le voit, l’Apollon devin et sauveur. Les Vestales l’invoquaient sous le nom d ’Apollo Medicus et d ’Apollo Puean 164. Dès le temps de la deuxième guerre punique et de la fondation des jeux apollinaires il était, comme le remarque Preller 165, adoré à Rome avec tous ses attributs et dans toute l’étendue de sa puissance; il était un dieu sauveur, le dieu des oracles, de la musique et de la joie; enfin, quand on excitait sa colère, il devenait un dieu vengeur ; «la gaieté, le caractère hospi-
l’animal symbolique d'Apollon : Clem. Al. Protrept. IV, p. 47 ; Welcker, Op. I. I p. 478. 119 paus. II, 19, 3 et 4. — 130 Welcker, l. I. p. 4S0. — 131 o. .Müller’ Dorier, I, 305 ; Welcker, l. I. - 15S Paus. X, 6, 2 ; O. Jahn, in Berichte d. sàchs. Gesellsch. I, 417. — 139 Paus. X, 14, 4; Aelian. Hist. an. XII, 40.— l^Harpocr. JîniÇwv; Lexica et Paroemiogr. Itm Si».;; Etym. m. a'.. - 135 Tülken, Erklâr. Verxeichn. Kl. 111, 2, n. 782 ; Wiesclcr, Denfcm. d. ait. Kunst, II, n. 155 a.— 1S6 pau.[ ▼lu, -i3> - i -Y, 13, 2 ; Stephani, Compte rendu de la Comm. arch.de St-Pétersb. pour 1SG1, p. 68 et s.; Élite des monum. céram. II, pl. iii-xl ; Gerhard, Ausgeu-, Vas. pl. XXVI à xxxvi. — 157 Arnob. II, 73. — iss |, 56. — 159 Tit. Liv. Y, 6.
— 160 Tit. Civ. III, 63 ; cf. Rhein. Muséum, N. F. XVII, 323, et IV, 25. 161 XL, 51.
— 161 Tit. Liv. V, 13; Dion. Halic. Fragm. I. XII. — 164 Tit. Liv. XXV, 12; Macr. I, 17, 27. — 16'. Macr. I, 17, 15. — 165 Preller, Rom. Myth. p. 271 ; ’p. 200 de la trad. française.
Fig. 371. At tri buis et acolytes d’Apollon.
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talier qui accompagne d’ordinaire ces cérémonies, est un des traits particuliers aux fêtes de l’été et des moissons qu’on célébrait enl honneur d’Apollon... A côté des anciens dieux du Latium et de la Sabine, dit encore le même auteur 1G0, aucun dieu n’est devenu plus populaire que l’Apollon grec. Ce culte étranger eut même assez de sève pour rajeunir à une époque où les cultes nationaux étaient en pleine décadence. Sous Auguste il prit place à côté de Jupiter Capitolin et resta, jusqu’à la fin du paganisme, le dieu le plus adoré. » Auguste, qui fit transporter dans le temple d’Apollon Palatin les livres sibyllins, auparavant gardés au Capitole (les quindecimviri, chargés de leur garde, devinrent ses prêtres), avait un culte particulier pour ce dieu, même avant de lui attribuer la victoire qui lui donna l’empire ; il agrandit son temple d’Aclium et rétablit, avec un éclat nouveau, les jeux Actiaques [actia]. Apollon Palatin réunit tous les attributs des Apollon qui l’avaient précédé ; on lui accorda des fêtes et des honneurs dans la nouvelle organisation des jeux sécuculaires [ludi saeculares].
YI. — Les images d’Apollon furent certainement innombrables dans l’antiquité : beaucoup nous sont connues par les témoignages des auteurs, et un nombre considérable de monuments où ce dieu est figuré subsistent encore aujourd’hui. Les plus anciennes furent ces piliers ou pierres coniques qu’on peut voir (lig. 372 et 373) sur les monnaies de plusieurs cités grecques 167, ainsi que sur quelques vases 1C8, figurant Apollon et quelquefois Artémis, et qui restèrent jusque dans les beaux temps de l’art la représentation ordinaire d’Apollon Agyieus [agyieus]; puis des idoles
de bois [xoana] 1B9, où la forme humaine était à peine indiquée.
Ces grossiers symboles portèrent sans doute de bonne heure les attributs qui devaient faire reconnaître le dieu. Le célèbre Apollon d’Amyclée 170 était une œuvre d’un art déjà plus avancé, puisque la statue consistait en une gaîne d’airain à laquelle avaient été adaptés une tête casquée, des pieds et des mains; elle tenait l’arc dans l’une, et dans l’autre la lance. A cette période primitive appartient aussi une idole antique de Lacédémone qui représentait Apollon avec quatre bras et quatre oreilles m.
Dès que l’art sort de cette enfance, il cherche à former un type de beauté où la force domine d’abord, mais qui gagne en grâce, en élégance et en jeunesse à mesure que la
Fig. 372. Fig. 373. Apollon Lochios et
Apollon Agyieus. Artémis Lochia.
forme se dégage de la raideur et de la rudesse du premier âge de la statuaire. Les figures trouvées à Ténée m, à Théra m, à Orchomène en Béotie, à Mégare, à Naxos 17t, qui sont de marbre et lesplusanciennes qu’on puisse citer; la précieuse série des bronzes de style ancien ou archaïque du Louvre 178 et d'autres collections 176 le représentent debout, entièrement nu, imberbe 177, les cheveux longs, tombant sur les épaules ou ramassés derrière la tête; les bras, quand ils cessent d’être pendants le long du corps, sont tendus en avant, et l’on voit qu’ils tenaient les attributs qui sont ordinairement dans les mains du dieu. On peut rapprocher d’autres monuments des témoignages que nous ont laissés les auteurs au sujet d’ouvrages célèbres de quelques-uns des sculpteurs qui succédèrent aux Dédalides et préparèrent la brillante époque de l’art. Déjà les Grétois Dipœnos et Skyllis, qui vivaient vers la 50e olympiade (5SD avant J -C.), avaient taillé dans le marbre pour la ville de Sicyone des figures d’Apollon, d’Artémis, d’Héraclès et d’Athéné ’78. O. Miiller a ingénieusement conjecturé qu’il s’agit ici de figures groupées représentant la lutte pour le trépied entre Apollon etHercule,et la réconciliation qui suivit 179. Nous pouvons nous faire une idée de leur disposition d’après un grand nombre de bas-reliefs 180 et de peintures de vase qui reproduisent cette scène. Tectæus et Augélion, qui firent l’Apollon colossal de Délos et lui mi- Fig. 374. Apollon rent l’arc dans une main et dans l’autre les <je Teclæus e‘ trois Charités, chacune avec un instrument de musique, appartenaient à l’école Cretoise181. On reconnaît l’Apollon Délien, leur ouvrage, sur une monnaie de bronze d’Athènes (fig. 374) 182. L’Apollon Philesios, que fit en bronze Canachus, de Sicyone, pour le temple des Branchides, le Didymaeon , près de Milet , portait un faon sur sa main étendue.
Des médailles de Milet, une statue de bronze, au Musée britannique (fig. 375), une pierre gravée dont le type est conforme, une figurine du cabinet de la Bibliothèque nationale, permettent de reconstituer la statue de Canachus et d’en reconnaître le style 18:!. On peut aussi consulter pour le style et les types de cet ancien Apollon la statue archaïque du Louvre, mal à propos restaurée en Bonus Eventas m, et un buste colossal du même musée 18S. Le même artiste avait fait un Apollon en bois pour l’Ismenion de Thèbes 186. DeCalamis, il y avait à Athènes, au Cérami-
Fig. 375.
Apollon Philesios.
166 Ib. p. 131, 276; 112,203 de la trad. fr. ; Tibul. II, 5. — 167 Paus. I, 31,3 ; II, 19, 7 ; VIII, 32, 3 et 53, 3; Pellerin, Méd. dépeuples, I, pi. xii, 1 ; Eckhel, Catal. Mus. Vindobon. I, p. 102, 2; Mionnet, Descript. Suppl. III, p. 318, n. 43 ; 360, n. 55 57 ; Combe, Mus. Hunter. pl. vi, 6 ; Millin, Gai. Myth. XXIV, 1 19 ; Millingcn, Ane. coins of greek cit. and kings, pl. iii, 19, 20 ; Panofka, Einfluss der Stammgolh. auf Ortsnamen, I, pl. ui, 9 ; Müller-Wieseler, Denkm. d. alt.Kunst, 1, n. 2 ; Bôtticher , Baumhult. pl. xvm, 33 c, d, e, p. 77. — 168 Millin, Descr. des tomb. de Canose, n; Panofka, Mus. Blucas, pl. vii; Arch. Zeitung, II, pl. xiv ; X, p. 144; Müller-Wieseler, Denkm. d. ait. Kunst, I, n. 275. — 169 Paus. III, 25, 3 ; IV, 34, 7.
— 170 pind. Pyth V, 55; Paus. III, 18 et 19 ; Quatremére de Quinev, Jupit. Olymp. p. 196. — m Hesych. s. v. Koupiîiov et Kuvoxiaç ; Zenob. I, 54 ; Liban. Antioch. I, p. 340. — 172 A la Glyptutlièque de Munich ; Annal, del. Inst. arch. 1847, p. 305, et 1849, p. 159 ; Bullet. 1850, p. 83, et 1 869, p. 34 ; Mon. inéd. IV, pl. xliv ; Overbeck, Griech. Plastik , I, p. 95 ; Schorn, Beschr. der Glyptothek, n. 45. — 173 Au Musée britannique, Scholl, Archûol. Mitlheiluny. pl. iv ; Welcker, Aile Denkm. I, p. 399; Annal, del. Inst. 1837, p. 107; 1841, p. 15; Bullet. 1837, p. 47; 1843, p. 186.
— 174 Annali, 1837, p. 108 ; Bull. 1861, p. 44 ; Welcker, l. I. p. 400. — 175 Mon. del. Inst. 1 pl. ,lviii, lix ; de Longpérier, Notice des bronzes, n. 55 et s.; De Wille, Bev,
arch. 1873, p. 147, pl. vi; Vischer, in Nuove mem. del. Inst. 1865, p. 401, pl. xn. — 176 Annali, 1834, tav. E; Chabouillet, Catalog. n. 2939 et s.; Specim. ofanc. sculpt. pl. v et xn ; Clarac. Musée de sc. pl. 482 A, n. 929 A ; Panofka Musée Pourtalès, pl. xiii ; Friedrichs, Berlin. Antik. t. I, n. 54 ; II, n. 1823 et 1823 a ; Bronzi d’Ercolano, I, 71, 72, etc. — 177 On ne voit Apollon barbu que sur quelques vases peints : Gerhard, A'ttsvl. Vas. I, p. 117, 64 ; Id. Trinkschal. pl. iv; Élite céram. 11, pl. xv, xvi, et dans une statue de marbre au musée de Lyon. — 178 pi;n. JJist. nat. XXXVI, 4. — 179 Handb. der Arch. g 365 , 5. — 180 Voy. note 196. — 18i Pausan. II, 32, 5 ; IX, 35, 3 ; Plut. De musica, 14 ; Macr. Sat. I, 17.— >82 r. Rochette, Mém. de num. et d’antiq. p. 130 ; Beulé, Monnaies d’Athènes, p. 164; cf. Spon, Voyage, I, p. 137.— 183 Paus. VIII, 46, 3; IX, 10, 2; Plin. IJist. nat. XXXtV, 19; Miiller- Wieseler, Denkm. d. ait. Kunst, I, pl. iv, n»« 19-23; Specim. of une. sculpt. 1, pl. xn ; cf . pl. v ; Gerhard, Antike Bildwerke, pl. xi ; Chabouillet, Catal. générât, n. 2943 ; Clarac, Mus. pl. 1 073, 2785 a ; Froehner, Notice de la sc., n. 69 ; Lippert. Dactylioth. I, 132; Overbeck, Gr. Plastik, 1, 106. — 184 Froehner, Notice, n. 68; Clarac, Descrip. n“ 292; Musée, pl. 276, 803.— 's5 Froehner, Notice, 11, 69; Clarac, Descr. 133; Mus. de sc. 1073,2785 a ; Bouillon, Mus. des . niij. t. 111, bustes, pl. i et n. — *86 Paus. IX, 10, 2.
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que, un Apollon Alexikakos, tendant son arc qui fut vu par Pausanias 187 ; à Apollonie, en Illyrie, un colosse de bronze qui fut porté à Rome par Lucullus 18S; un autre en marbre qu’on voyait à Rome du temps de Pline dans les jardins de Servilius189. Un sculpteur d’Égine, Onatas, fut auteur de l’Apollon de Pergame, dont Pausanias a vanté la grandeur et la beauté 19°, et d’un Apollon éphèbe, célébré dans une épigramme d’Antipater 191. En général, Apollon, dans les ouvrages de ce temps, conserve un caractère viril et sévère, les membres longs, le visage rond 192 ; cependant on trouve aussi des formes jeunes dans des sculptures de style archaïque m, notamment dans quelques bas-reliefs traités avec plus de liberté que les statues. Apollon y apparaît tantôt vêtu d’une légère chlamyde jetée sur les épaules, comme sur la margelle de puits trouvée à Corinthe, actuellement à Londres m; tantôt entièrement enveloppé de la tunique et du manteau : tel est l’Apollon conducteur des
Nymphes et des Charités, du monument de Thasos, au Louvre 195 ; dans ces deux bas-reliefs, Apollon tient la lyre , mais ordinairement le vêlement léger lui est donné dans les sujets où il a un caractère guerrier, et pour attributs l’arc et les flèches; tandis que les longs et amples vêtements appartiennent aux représentations d’Apollon Citharède. On voit le premier (fig. 376) dans les bas-
Fig. 377. Apollon, Artémis et Léto, monument choragique.
reliefs nombreux où sont figurés Apollon et Hercule se disputant le trépied de Delphes196, exécutés à une époque posté-
187 I, 3, 4; cf. Ann. d. Inst. arch. 1834, p. 201, pl. D. - 188 si»ab. VII p.31<j- Phn. II, st. nat. XXXIV, 39 ; Appian. Illyr. 30. — 189 plin. .\XXVI, 36, 16 ’• sillK Catnl. artif. — 190 |'aus. VIII, 42, 7. — 191 Anth. Pnlat. IX, 238. — 192 o/xiüllcr, Handb. d. Arch. § 360. — 193 Apollon du Louvre, provenant de la collection de Mazann. - 191 En la possession de lord Guilford-Dodwell , Alcuni bassiril. di Grecia, pl. Hj Gerhard, Ant.Bildw. pl. n ; Müller-Wieselcr, Denlcm. d. ait. ICunst, I, n. 42 ■ Overbeck, Op. I. I, p. 125. — 193 j}CVm archéol. 1865, II, pl. xxiv, Froehner, Kotice, n. 11.— 196 Base d'un candélabre ou d'un trépied, à Dresde : Becker, Augusteum, 1,5voy. pour les répélilions nombreuses du même sujet, O. Muller, Handbuch, § 96, «0 ■ W elcker’ MleDenkm. II, 298 ; III, 2CS ; on en voit une au Louvre, Clnrae, Musée
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rieure, mais qui sont tous plus ou moins fidèlement imités d’un même modèle de style hiératique ; l’autre costume est celui que porte Apollon dans tous les bas-reliefs connus sous le nom de monuments choragiques197, où on le voit(fîg. 377) suivi de sa sœur Artémis et souvent aussi de Léto, sa mère, chantant le péan, en s'accompagnant de la cithare, et recevant des mains de la Victoire 198 le vin de la libation qu'il va verser sur l’autel. Ces monuments étaient des ex-voto offerts par les vainqueurs des concours de musique aux jeux Pythiens [pythia]. Au fond est figuré un des temples de Delphes. Comme le précédent sujet, celui-ci a été fréquemment traité et toujours aussi, à ce qu’il semble, d’après un original plus ancien. On rapprochera de ces bas-reliefs beaucoup de vases d’ancien style, à figures noires, où le dieu est représenté d’une manière analogue 199. La distinction que nous avons faite entre les costumes et les attributs qui caractérisent Apollon dans ses différentes fonctions, se peut suivre dans les sculptures et dans les peintures de la belle époque.
Calamis, dont nous avons cité les œuvres ; Pythagore de Rhégium, qui avait fait pour Thèbes deux statues, l’une d’Apollon Cilharède, qu’on surnommaPIntègre, parce qu’il avait conservé, pendant trente ans, après la prise de la ville par Alexandre, l’or qu’un fugitif avait déposé dans son sein 20°; l’autre d’Apollon Pythien perçant le serpent de ses flèches, ;dont une monnaie de Crotone (fig. 378;, offre peut-être uneimage201; Myron, auteur d’une statue du dieu, qui fut enlevée par Marc-Antoine aux Éphésiens et restituée par Auguste202, et d’une seconde, signée de son nom, dont Cicéron vante la beauté et que Verrès déroba au temple d’Agrigente 203, font la transition entre les écoles anciennes et celle de Phidias. On voyait de ce grand artiste, dans l’Acropole d’Athènes, une statue en bronze d’Apollon Parnopios 20>.
La nouvelle école atlique a donné au type d’Apollon son caractère définitif : désormais ce dieu aura l’apparence d’un adolescent qui arrive seulement à son complet développement. Son corps, plus svelte, offre un mélange admirable de grâce sans mollesse et de force élégante, qui tantôt rappelle davantage, selon la remarque d’O. Muller*05, la vigueur gymnastique d’Hermès, tantôt la plénitude et la délicatesse des formes de Dionysos; son visage plus ovale, souvent allongé encore par les cheveux noués sur le sommet de la tête, est. noble, ouvert, plein de fierté et en même temps de douceur. Scopas, l’un des maîtres de la nouvelle école, en reprenant le type d’Apollon Citharède, tel que l’avaient conçu les maîtres antérieurs, lui prêta une expression nouvelle d’enthousiasme et d’inspiration 206. Ce fut un Apollon de Scopas qu’Auguste consacra sur le mont Palatin ’07. On pense en avoir retrouvé une imitation dans
O. Jahn, Arch. Beitrùge, p. 209 ; voy. ceux du Louvre, Claràc, Musée, pl! c,x-cx*n h roebner.A otice, n. 12- 18.-198 Vov. un fragment de bas-relief très-ancien ou Apolloreço.t la couronne des mains d'Athéné : Arch. Zeitung. 1849, pl. x,. - 199 Lcnorman et de \4 itte, Elite des monum. céram. t. n, et Gerhard, Auserl. Vas. t. I Dolphi-eh. rrrirr ,m,. M„ tf.
T'' f' ^ P' pI' m' 119 ! dcLuynes, ChoiX de méd. g,, -m'p ; r ’ P • XXXU- - 20i PIin- l- - 201 Cic. Verr. IV, 43. 73.
..... aU7’ ’ ’ ’ c ‘ Tzetz> Chil. VIII, 353.-203 Handb. d. Arch. g 360.— 296 /b.
Lr.ichs, Shopas, p. SU et s. - ioï PIin. Eist. nat. XXXVI, 25 ; Trope, t. 11, 31. ’
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le célèbre Apollon Musagète du Vatican®08, qui chante en s’accompagnant de la cithare, couronné de laurier et vêtu d’une longue tunique et d’une ample stola flottante (fi g. 379).
Ce même Scopas avait fait, pour l’île de Chrysa, en Troade, un Apollon Sminthien S09. Des médailles de la ville d’Alexandria Troas représentent l’Apollon Sminthien nu, portant un rat sur sa main droite étendue ou l’ayant à ses pieds ; de la main gauche il tient un arc210.
Praxitèle est l’auteur de cet Apollon si connu sous le nom de Sauroctone (tueur du lézard), dont il existe plusieurs reproductions, charmante figure d’adolescent admirable de souplesse et de grâce211.
Léocharès exécuta plusieurs figures d’Apollon 212. L’une d’elles était â Athènes, dans le Céramique, où se voyait aussi l’Apollon Patroos d’Euphranor213. La figure sculptée sur un autel trouvé â Athènes (fig. 380) en est peut-être
une imitation214.
L’inscription indique que l’autel était dédié à Apollon Agyieus et Patroos , au dieu de Pytho et deClaros, au protecteur de toute la race ionienne.
Nousn’ énumérerons pas toutes les images antiques d’Apollon dont les auteurs ontfaitmention.
Parmi celles qui nous sont parvenues en
1 ig. 379. Apollon Musagète.
Fig. 380. Apollon Patroos.
très-grand nombre, nous citerons seulement encore quelques-unes des plus remarquables ou qui offrent un intérêt particulier 21S.
La plus célèbre est (fig. 381) l’Apollon Kallinikos, du Vatican, appelé aussi Apollon du Belvédère 2|°. On a vu dans cette statue, qui semble, à certains détails, une imitation d’un original en bronze211, tantôt un Apollon vengeur
détaché du groupe des Niobides, tantôt une imitation de l’Alexikakos de Calamis, tantôt un Apollon chassant les Érynnies, tantôt le vainqueur de Python, de Tilyus ou de Marsyas. Ces diverses hypothèses et d’autres encore peuvent s’accorder avec la découverte d’une figure de bronze reproduisant exactement l’Apollon du Vatican , et qui tient dans la main gauche, qui manque à celui-ci, un fragment de peau dans laquelle il faut voir selon les uns l’égide, et selon les autres la dépouille de Marsyas vaincu218. On sait quel enthousiasme l’Apollon du Belvédère a excité. O. Millier pense que l’original ne devait pas être antérieur à Lysippe 219. A côté
de cet Apollon combattant , les Apollon au repos forment un groupe qui comprend d’admirables statues. Le Louvre en possède plusieurs 220 . On donne quelquefois le nom d’Apollon Lycien, d’après un passage de Lucien 221 , à un Apollon dont le bras gauche s’appuie sur une colonne ou un tronc d’arbre, tandis que le bras droit est rejeté audessus de la tête, attitude pleine de grâce et d abandon. TtUe «nni missi 1 ’Annlhne de Florence-'" et une statue
du Louvre 223. L’Apollon Citharède est tantôt nu, comme l'Apollon au cygne du musée du Capitole m, si gracieux et presque féminin, ou comme l’Apollon au griffon du même musée, plus puissant et plus majestueux ou bien vêtu de la stola pythique comme l’Apollon Musagète, attribué à Scopas, dont il a été parlé plus haut 226, ou celui qu’on voit dans le bas-relief de l’apothéose d’Homère221. Apollon, comme dieu prophétique, a été souvent représenté assis ou appuyé sur le trépied, ou sur I’omphalos :
c’est ainsi qu’on voit encore sur diverses monnaies, par exem- F;g. .j82> j[onQaie des Amphictions.
pie sur celle des
Amphictions (fig. 382), où il porte aussi la stola pythique La figure 383 reproduit une ciste gravée gréco-étrusque 229 :
208 Mus. Pio-Clem. 1.16; Bouillon, Mus. des antiq. I, 33 ; Mus. Napoléon , n. 195.
— 209 strab. XIII, p. 604; Eust. Ad Iliad. p. 30, 16 ; Urlichs, Slcopas, p. 108.
— 210 Cboiseul-Gouffier, Voy.pilt. t. II, pl. lxth, 12, 11, p. 155 ; Millingen, Méd.gr. ined. ; de Ville, Rev. numism. p. 24 et s. et pl. i. — 211 plin. Hist. nat. XXXIV, 70 ; Froehner, Notice , n. 70 ; Clarac, Descript. 19 ; Musée de sculpt. pl. 268, 905 ; Mus. Pio Clein. 1. 1, 13 ; Braun, Ituinen und Museen Roms, p. 676 ; Welcker, AUeDenkm . I, 406 ; Bouillon, 1. 1, 19 ; Vinckelmann, Mon. ined. pl. xl ; Rev. arckéol. VI, p. 81, 288, 482. — 2,2 Paus. 1, 3, 4 ; Plin. XXXIV, 79 ; Plut, l’hem. 15 ; Plat. Epist. 13, p. 361 a. — 213 paus. I, 3, 35. — 21V Stuart, Ant. of Athen. I, p. 25; cf. Beulé, Monn. d’Ath. p. 272. — 213 Clarac, Mus. de sc. pl. 475-496 ; O. Muller, Hand'j. §§ 359 et s. ; Müller-Wieseler, Renlcm. d. ait. Kunst, II, pl. xi-xiii ; Brunn, Gesc/i. der gr. Eünstler ; Gàdechens, in Pauly's Realencycl. s. y. Apollo et vov. ci-après la bibliographie. —216 Mus. Pio-Clem. 1, 14; Musée français, IV, pl. vi; Bouillon, I, 17 -, Clarac, Musée, pl. 475, n. 906. — *17 c’est l'opinion de plusieurs critiques et en particulier du sculpteur Flaxman, Report from the committee on Elgin’s collect. p. 32. 218 Stepbani, Apollo Boëdromios, Pétcrsb. 1860 ; cf. Pouqueville, Voyage , S20, t. IV, p. 161 ; XVieseler, Der Apollo Stroganoff, 1861 ; yov. la note 35 de
l’art. aegis, et Gàdechens, l. I. p. 1294. - 219 Vinckelmann, Hist. de l’art, 1,4, 3 ; O. Millier, Handb. § 361 ; Feuerbach, Der Vatic. Apollo; Wieselcr, Denlcm. d. ait . Kunst, II, n. 124 ; Kekulé, in Annal, del. Dist. 1867, p. 124. — 220 Clarac, Descr. 627, 197 ; Musée, 269, 912 ; 267. 920; Bouillon, 3, 4; 3, 1 ; Froehner, Notice, 74
et 76. '221 Anach. 7.— 222 clarac, Musée, pl. 477, n. 912 c; Millin, Gai. mythi
XIV| 96. — 223 clarac, Descript. 188 ; Mus: pl. 267, 921 ; Bouillon, t. I, 1S ; Froehner, n» 75 ; yoy. aussi ChabouiUet, Catal. n. 1450 ; Beulé, Monn. d'Ath. p. 285. — 22V Mus. Capitol, t. III, 15 ; Clarac, Mus. de sculpt. 483, 928. — 225 Mus: Capitol, t. III, 13 ; Clarac, ibid. 480, 921 a. — 226 Clarac, Musée, pl. 494, 496, Müller-Wieseler, l. I. 133 a et b ; Mionnet, Descr. I, 220, 98; II, 561, 300 et s.; Élite céram. pl.xet suiv.; Gerhard, Auserl. Vas.pl. xxhi et s.; Mon. dell’ Inst., 1847, t. IV, pl. xui, etc.’ — 227 Mus. Pio-Clem. I, tay. B; Guigniaut, Nouv. gai. myth pl. ccxx, 760. — 228 Bründstod, Voyage dans la Grèce, 1, yign. du titre ; Cadalyène; Mêd. gr. pl. 11, 18 ; Mionnet, Descr. II, 96, 21 ; III, 77, 118; Ÿ, 29, 255; Suppl. V 386 644 ; VI, 98, 116 ; de Luyncs, Méd. gr. xvn ; Clarac, Musée, pl. 316 ; 4S5 e; 486’ A, n.’ 937 ; 480, 482, 485 ; 480, 4S8, 490 ; Mus. Rorb. XIII, pl. xt.i ; Muller , W'ieseler, l. I. II, pl- xii. — 228 Monum: dell' Inst. VIII, pl. xxv-xxx.
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Apollon est assis devant Vomphalos, sur lequel est perché le corbeau fatidique; il tient en main le laurier, comme dans un très-grand nombre de ses représentations, et répond à OEdipe, qui est venu consulter l’oracle. On le voit encore,
nu ou vêtu, mais caractérisé de la même façon, sur des vases peints 23°, dans des peintures murales 231, sur des pierres gravées 232, etc. Le laurier dans la main d’Apollon est une marque de son rôle de purificateur dans beaucoup de représentations sur lesquelles on reviendra ailleurs [lustratio]. Il est figuré comme dieu de la médecine dans une peinture de Pompéi 833 , à côté d’Esculape et de Chiron, et sur des monnaies où il a pour attribut le serpent "23!>. On reconnaît Apollon Nomios, ou pasteur, dans une statue de la villa Ludovisi 235 : assis sur un rocher, il tient la lyre, et le bâton des bergers ( pedum ) est à côté de lui. Un bronze de style fort ancien, du musée de Berlin236, le montre dans les mêmes fonctions, portant un mouton. La belle médaille d’Antigone (fig. 384), frappée selon toute apparence après la
victoire de son fils Démétrius Poliorcète sur Ptolémée Soter a!7, représente Apollon protecteur des navires. 11 est assis sur la galère amirale qu’ Antigone lui consacra.
Diverses compositions où Apollon est mis en rapport avec d’autres figures mythologiques, Diane, Latone, les Muses, Mercure, Marsyas, Daphné, etc., seront indiquées au nom de ces personnages. L. de Ronchaud.
rig. 384. Médaille d’Antigone.
APOLLO SORANUS [SORANUS].
APOMOSIA [EXOMOSIA].
APOPEMPEIN [DIVORTIUM],
APOPHASIS (’Awocpaffiç). — Dans la procédure athénienne, le mot (XTtotpdatç était fréquemment employé et avait des acceptions très-diverses.
1° 11 signifiait d’abord le prononcé d’un jugement; c'était probablement un héraut, qui, sur l’ordre du magistrat directeur de l’instance, proclamait la décision adoptée par le tribunal1. Les sentences des arbitres s’appelaient également (X7tClCpd'7Slî 2.
2° Par extension, le mot àzoWi; désigna, non plus seulement la prononciation du jugement ou le jugement lui-même, mais encore l’ensemble des débats judiciaires (ty]v Sidyvoifftv 3) et le jour où ces débats avaient lieu *.
3° On donna aussi le nom d’à7io:pa<7iç à l’inventaire que chacune des parties, dans le cas de demande en âvxioo^iç, était obligée de remettre à son adversaire 5 [antidosis].
4° Enfin, dans certains cas d’une gravité exceptionnelle (l’affaire d’Harpale par exemple), le peuple chargeait l’aréopage 6 de procéder à une enquête sur des faits délictueux et de déclarer dans un rapport quels étaient les coupables présumés qui devaient être traduits devant les tribunaux. Ce rapport était appelé aitooaatç 7. L’àitoWtç de l’aréopage n'impliquait pas nécessairement la culpabilité de l’accusé 8; mais elle était un grave préjugé contre celui-ci; la tâche de l’accusateur était notablement facilitée, et l’accusé, Démosthène en fit l’expérience, échappait difficilement à une condamnation 9. E. Caillemer.
APOPHORA (’ÂTco^opa). — Nom donné par les Athéniens à la redevance que certains esclaves payaient à leurs maîtres sur les produits de leur travail. Un maître autorisait quelquefois un ou plusieurs de ses esclaves à exercer librement une industrie, à charge par eux de lui apporter périodiquement une somme déterminée prise sur leurs profits. Ainsi Timarque possédait des esclaves corroyeurs, qui, sous la direction d’un d’entre eux, travaillaient pour leur propre compte; chacun versait entre les mains de Timarque deux oboles par jour ; le chef d’atelier en devait trois1. La condition de ces esclaves était relativement heureuse; car ils jouissaient d’une liberté assez grande et n’avaient presque rien â envier aux industriels citoyens d'une classe infime; quelques-uns même vivaient dans l’aisance et menaient un grand train 2. D’autres maîtres permettaient à leurs esclaves de travailler pour autrui, sous la condition qu’ils abandonneraient au maître une partie de leurs salaires; les concessionnaires de mines 3 et
230 Élite céram. II, pl. xlv; Raoul-Rochette, Monum. inëd. pl. xxxvn ; Annali cl. Inst. 1865, tav. H, etc. — 231 Pitt. d'Ercol. IV, 64 ; Mus. Borb. X, 20 ; Müller- Wieseler, Denkm. der ait. Kunst, II, pl. xn, 136 ; Helbig. Wandgemdlde, 183 et s. — 232 Chabouillet, Catalog. n. 1466 et s. ; Tülken, Geschn. Steine, III, 2, n. 747, 749, 750 ; Lippert, Dactyliotheke, I, 54 ; Millin, Pierres gravées, 4.
— 233 Pitt. d'Ercol. V, 50 ; Millin, Mon. inéd. II, 11 ; Id. Gai. myth. pl. cliii, 554.
- 234 Mionnet, Suppl. I, 371,104, 105 ; II, 489, 1685, 1687. - *>3 Millin, Gai. myth. pl. xiv, 97 ; Guigniaut, Noue. gai. myth. pl. lxxiii, 283. — 236 Friedrich?, Berlin . ant. Bildw. t. II, n. 1823. — 237 Visconti, Mus. PioClem. VI, 9 ; Mionnet, Suppl. III, pl. n ; cf. Id. Descr. 52, 231 577, 823 et s. — Bibliographie, f.reuzer, Symbol!/, ■ , 3« édit. II, 515 et s., 537 et s. ; Guigniaut, Religions de l'antiquité, t. II ; O. Millier, Die Dorier, II, p. 200 et s. (2' éd. 1844) ; ld. Handbuch der Archàol. der Kunst, § 359 et s. ; Miiller-W’ieseler, Denkmàler der alten Kunst, II, n. 124 et s. ; Schxvenck, Mythol. Skizzen, Francfort, 1836, p. 93 ; Id. Mythol. der Asiat., Aegypt., Griechen, Bômer, Francf. 1843-46, I, 109; II, 104; Lauer, System der gr. Mythol. p. 253 ; Stoll et Giidechens, in Paulv’s Realencyclopddie , s. v. Apollo, I, p. 1253, 2° éd. ; Gerhard, Griech. Mythologie, § 296 et s. et 967; ld . Auserlesene \asenbilder, I, Delph. Gotthciten ; Prcller, Griech. Mythol. 1, p. 182 et s.; ld. Rom. Mythol. p. 265 ; Id. Ausgewâhlts Aufsâtzc, 1S64, p. 224 ; Braun, Gr. Mythol. § 402 et s.; Id. Vorschule der Kunstmyth., p. 22 et s. pl. xxxvii-xlvii ; AVelcker, Griech. G ôtterlehre ; Lcnormunt et de Wiltc, Elite des monum. céramogrnphijues, t. II, Apollon et Diane; Bahr, De Apolline patricin et Minerva primigenia Atheniensmm,
Heidelbg, 1S24 ; Buttmann, Mythologus, Bcrl. 1824, I, 1 ; G. Hermann, De Apolline et Diana, Lips. 1836 ; Gottschick, Apollinis cultus unde ducendus sit, Berl. 1839 ; Schwartz, De antiquissima Apollinis natura, Berl. 1843 ; Schünborn, U cher das Wesen Apollos und die Yerbreitung seines Dienstes, Berl. 1856 ; Schumann, De Apoll. custode Athenarum, in Opusc. academica, Berl. 1856, I, 318; Kinck, Die Religion der Hellenen, Zurich, 1855 ; A. Maury, Hist. des religions de la Grèce antique, Paris, 1857-59 ; K. F. Hermann, Gottesdienst. Alterthilmer, 2' éd. Hcidelb. 185S ; A Feuerbach, Der Vatican. Apollo, 2» éd. Stuttgart et Augsb. 1855 ; Stephani, Apollo Boidromios, Petersb. 1S60 ; Aug. Mommsen, Henrtologie, Leipz. 1864, p. 49, etc.; Marquardt, Handbuch der rôm. Alterthümer, t. IV. p. 30 i, 330.
APOPHASIS. t Lueian. Pro imag. § 29. — - Pollux, II, 129 ; Dcmosth. C. Apatur. §§ 20-21 B. 899 ; lsae. De Dicaeog. hered. §§ 32-33, 1). 271. — 3 Bekker, Anecd. graeca, I, p. 210. — 1 Dem. C. Eocrg. § 45, 1t. 1153. — » bem. C. Phaenipp. §§ 25 et s., 1t. 1046 et s. ; Harpocr. éd. Bekker, 31. — 6 Hyperid. C. Demosth. D. p. 400,
2 7 voir les discours contre Démosthène de Dinarquc, §§ 1,7, 48, 49, etc. D.
155 et s.: et d'Hvpéride, D 398 et s. — 8 Voir cependant Jules Girard, Un procès de corruption chez les Athéniens. 1862, p. 25 et s. — 9 F.gger, Mêm. sur quelques nouv. fragm. de l'orat. Hypéride, 1868, p. 20 et s.; cf. Schacfer, Demosthenes und seine Zeit. t. lit, 1858, p. 296 et s.; Dugit, Étude sur l’aréopage athénien, 1867, p. 197 et suvv.
APOPHORA. 1 Aeschin. C. Timarch. § 97, Didot, 46. — 2 Xenoph. De Rep. Athcn. 1, § II. — 3 Andoc. De myst. § 38, l). 54 Xenoph. De vertig. 4, 14.
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les commandants de navires 4 recrutaient parmi ces esclaves les ouvriers ou les marins dont ils avaient besoin.
La somme que l’esclave versait à son maître comme «::o(popâ devait être peu près égale au profit que le maître eût retiré de son esclave en utilisant directement ses services. Ce protit, si on le compare à la valeur de l’esclave, paraît avoir été assez élevé. Xénophon nous dit qu’un esclave travaillant dans les mines rapportait en moyenne une obole par jour 5; le prix courant des esclaves destinés aux mines ne dépassait pas cent cinquante drachmes; le capital engagé produisait donc annuellement 40 pour cent. Les trente-deux ou trente-trois esclaves armuriers, appartenant à Démosthène et valant cent quatre-vingt-dix mines, donnaient un revenu annuel de trente mines, soit 15,78 pour cent 6. Les vingt ouvriers en sièges, que possédait le même orateur et qui valaient quarante mines, rapportaient annuellement douze mines, soit 30 pour cent7. Ces revenus de 40, de 30, de 15,78 pour cent ont paru à M. Bœckh trop élevés, et il a exprimé l’opinion que les 40 pour cent, produit des esclaves mineurs, comprenaient, non-seulement le bénéfice réalisé sur le travail des esclaves, mais encore le profit retiré de la mine elle-même affermée en même temps que les ouvriers ; que, dans les 30 et 15,78 pour cent, entraient également les gains que le maître faisait sur les matières premières employées par les esclaves 8. Nous ne devons pas toutefois perdre de vue que le capital, représenté par les esclaves, était essentiellement périssable; qu’il était d’ailleurs exposé à des détériorations ou à des dépréciations nombreuses, lorsque l’esclave devenait malade ou infirme ou lorsqu’il prenait la fuite. Il était donc juste que le maître obtînt, en évaluant le travail de son esclave, non-seulement l’intérêt du prix de l’esclave, intérêt qui était toujours assez élevé à Athènes, mais encore une somme permettant de reconstituer le capital dans un assez bref délai 9. Si les esclaves employés aux travaux des mines rapportaient beaucoup plus que les autres, c’était précisément parce qu’ils étaient exposés à de plus grands dangers, et que, le capital courant plus de risques, la prime annuelle d’amortissement devait être plus forte. Nous ne serions donc pas éloigné de croire que les chiffres ci-dessus indiqués fussent la représentation exacte du profit que le maître retirait de ses esclaves. — Nous ne pouvons pas argumenter de l’exemple d’xw/popa que nous a conservé Eschine10, parce que nous ignorons quelle était la valeur vénale d’un esclave corroyeur; une inscription de Delphes 11 estime à dix mines un ziyvltot; cxuxeuç; mais il n’est pas admissible que le prix courant des ouvriers en cuir ait été si élevé au ive siècle avant J.-C. E. Caillemer.
APOPIIORETA (’ATtocpo'fYjToi). — Cadeaux que les convives emportaient à la fin d’un festin. Le nom est grec, et un témoignage prouve que les Grecs, au moins à la cour des Ptolémées, connurent en effet cet usage 1 ; tous les autres exemples appartiennent aux Romains de l’empire. On distribuait des apophoreia, particulièrement aux fêtes des Sa-
* Xen. De rep. Ath. I, S 1 1 . — 5 Xen. De vectig. IV, 14 et 23 ; cf. Büchsenschütz, Besitz und Erwerb, p. 203, n. 2. — 6 Demosth. C. Aphob. I, § 9, R. 816. — 7 Dem. Eod. loc. ; cf. Schæfer, Demosthenes und seine Zeit, I, p. 243 et suit. — 8 Bœckh, Staatshaushalt. der Ath. 2' éd. I, p. 102-103. — 9 Büchsenschiitz, Besitz und Erwerb, p. 206. — 10 L. I. n. 1. — n Foucart et Wescher, n. 429.
APOPIIORETA. 1 Athen.VI,229, c; cf. iv,p. 148a; Ambros. Ad virg. init. — 2 Mart. XIV, 1,6. — 3 Schol. Juv. VI, 203. — * Sat. 56. — 5 Suet. Vesp. 19. — 6 Id. Cul. 55; cf. Oct. 75. — 7 Orig. XIX, 4.-8 Symm. Ep. Il, 80 (81); Xr, 54 (56); IX, 109 (119).
APOP1IRADES II EM ERAI, 1 Lucian, Pseudol, 11 et 14, — 3 plut. Alex, M, 14.
turnales 2 [saturnalia] et à l’occasion des mariages 3. Ces cadeaux consistaient en objets de luxe ou d’utilité, quelquefois en esclaves. Martial a intitulé son xiv° livre Apophoreta, parce que chacune des épigrammes qu’il contient a pour sujet un objet ainsi donné. On y voit figurer des bijoux, des tablettes, des cure-dents, des vêtements, des lanternes, des cuisiniers et des confiseurs. Il va sans dire que la valeur de ces cadeaux dépendait des ressources de l’amphitryon. Pétrone 4 fait le récit complet de la distribution d ’apophoreta, faite chez Trimalchion sous forme de loterie. Vespasien 5 offrait habituellement des apophoreta aux hommes le jour des Saturnales, aux dames le jour des matronalia. Caligula 6 donna à la fin d’un repas deux millions de sesterces à un cocher du cirque.
Le nom d 'apophoreta (génit. apophoretae ) est donné par saint Isidore7 à une sorte de plateau servant à présenter des fruits ou d’autres mets.
On appelait aussi apophoreta ou apophoreticum, des cadeaux que faisaient à leurs amis ceux qui donnaient des jeux publics, après la célébration de ces jeux8. Ch. Morel.
APOPIIRADES HEMERAI ( ’AirospaSe; ripupat). — Les Athéniens ’ appelaient dbro-fpâSEî f]p.Epou les jours néfastes, pendant lesquels le sénat ne se réunissait pas [apüetoi hemerai], les magistrats n’exerçaient pas leurs fonctions, les tribunaux ne rendaient pas la justice2; pendant lesquels, en un mot, on s’abstenait, soit dans la vie publique, soit même dans la vie privée, de tous les actes qui devaient être accomplis sous des auspices favorables 3.
Nous citerons, comme exemples d’cbtocppaSsç vipipat, le jour des plynteria \ les trois jours précédant le dernier jour du mois5, la fête des Antesthéries [dionysia]6, celle des NEKYSIA OU Nepitma 7, etc. E. Caillemer.
APORRIIANTERION [perirruanterion] .
APORRIIESEOS DIRE [APPORRHESis].
APORRI1ESIS (’A'Koppr.ctç). — Opposition solennelle qu’une personne, prétendant avoir quelque droit sur un immeuble, formait à la vente ou aliénation de cet immeuble. Toute aliénation immobilière, dans la plupart des villes grecques, devait être précédée d’affiches et publications, qui avaient pour but de purger l’immeuble aliéné des droits réels qui le grevaient. Tout créancier hypothécaire, ou toute personne ayant un droit quelconque sur l’immeuble, devait, pour le conserver, déclarer par une dnôpfaou; s'opposer à l’aliénation1. P. Gide.
Si le vendeur jugeait l’opposition mal fondée, il pouvait en demander la mainlevée et réclamer des dommages et intérêts en réparation du préjudice qu’elle lui avait causé. L’action intentée par le vendeur pour arriver h ce résultat était l’airop^ireox; Stxv) 2. E. Caillemer.
APORR1IETA (’ATOppoxa). — Terme générique employéà Athènes pour désigner un certain nombre d’expressions injurieuses, déterminées par la loi \ dont il était défendu de se servir en tout temps, en tout lieu et à l’égard de toutes personnes. Parmi ces expressions, nous trouvons les suivantes : àvSpocpôvo;, homicide ; 7taxpxXotct,-, pixpaXot'aç, par-
— 3 Luc. Pseudol. 12 ; Plat. De leg. VII, D. 383 ; Bekker, Anecd. graeca, I, p. 5. Plut. De El apud Delphos. 20, D. 480. — 4 Plut. Alcib. 34 ; Xenoph. Uist. grâce. I, 4, 12; Poilus, VIII, 141. — 5 Schocmann, Griech. Alterthümer, 2c éd. II, 421.— » Hesych. s. v. éd. Alb. II, 600. — 7 Becker, Chari/cles, 2* éd. III, p. 121. —
Bibliographie. Schumann, De coniitiis Athen. , Gryph. 1819, p. 50; Preuner, liestia- Vesta, Tübing., 1864, p. 476.
APORRIIESIS. 1 Demosth. C. Nicostr. S 10 ; Isae, De Menechis hered. g 28 ; Poilus, VIII, 59. 2 De Menech. hered., g 29, D. 247. — Bibliographie. Caillemer
Revue de législation, 1871, p. 657.
APORRHËTA. 1 Lysias, C, Theomn. 1, g 2, D. 133.
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ricide; lâche qui a fui en jelant son bouclier®, etc.
Müller 8 cite encore Àw7toSuxri<;, voleur d’habits, et avopairo- StaTr'ç, voleur d’hommes ; mais le texte de Lysias \ sur lequel il s’appuie, ne dit pas clairement que ces deux mots rentrassent dans les dTiop^Yita. Il était aussi défendu de reprocher à une personne d’avoir fait le commerce sur le marché \ La prohibition était sanctionnée par une amende de cinq cents drachmes 6.
On appelait encore SméÇfatu les choses dont l’exportation était interdite 7 (t« pi l^ayojyiua 8) ; tels étaient les objets nécessaires pour la construction et pour l’équipement des flottes: les bois de construction, la poix, la cire, le chanvre, les cordages, les outres pouvant renfermer l’eau potable 9, etc. L’exportation des céréales et de beaucoup d'autres produits nécessaires à la subsistance de l’Attique était également défendue. E. Caillemer.
APOSTASIA. — Sous les empereurs chrétiens, des lois nouvelles frappèrent les crimes commis contre la religion orthodoxe [eaeretici, pagani], notamment Yapostasia ou abandon de la foi catholique. Constantin défendit aux chrétiens d’embrasser le judaïsme [judaei], sous peine de la confiscation; Théodose, Valentinien et Gratien prononcèrent la perte du droit de tester et de recevoir par testament ( testament i factio), contre les chrétiens 2 qui reviendraient au paganisme. En 391 Valentinien, Théodose et Arcadius ajoutèrent à cette peine l’infamie perpétuelle 3. Cependant, en général , ces constitutions maintiennent le droit de succession ab intestat au profit des plus proches parents des apostats 4. En 426, les actions fondées sur 1 apostasie furent déclarées perpétuelles \ et les parents chrétiens purent réclamer indéfiniment contre les testaments, ou les donations et ventes frauduleuses des apostats. Le prosélytisme 6 était d’ailleurs plus sévèrement atteint, car, outre les incapacités précédentes ' , Yauclor persuasionis était menacé, suivant les circonstances, de mort et de confiscation. G. Humbert.
APOSTASIOU DIKÉ (’Axodxatu'ou Stxrj). — On appelait (XTiOTTaatov, abandon, l’ingratitude de l’affranchi à l’égard de son patron. Nous ignorons quels étaient précisément les devoirs imposés à l’affranchi en retour de la liberté que son patron lui avait donnée ; nous savons seulement qu il devait prendre celui-ci pour irpocTotTniç chaque fois qu’il agissait e î justice. Le patron qui avait à se plaindre de son affranchi, pouvait, soit le détenir dans sa prison privée, soit intenter contre lui l’ocTumaffiou Six?). Cette action était une action privée, appartenant au patron seul, et portée devant l’archonte polémarque. Si l’affranchi était condamné, on le vendait comme esclave, et le prix de vente était sans doute donné en indemnité au patron ; si c’était, au contraire, le patron qui succombait, il était déchu de tous ses droits de patronage et l’affranchi se trouvait alors
dans la môme condition que les métèques 1 [apeleutheitoi]. P. Gide.
APOSTOLEIS (’ATroaicAet;). — Nom donné par les Athéniens à des magistrats dont l’existence ne paraît pas avoir été régulière et que l’on établissait seulement dans des circonstances spéciales1. Ils étaient au nombre de dix \ désignés par l’élection et non par le sort ; le choix portait sur l’ensemble du peuple et n’avait pas lieu par tribu 8. Ils exerçaient, sous la surveillance et le contrôle du sénat , les attributions suivantes : lorsqu’une expédition maritime était résolue, ils veillaient à ce que la flotte fût promptement armée et accéléraient son départ 5 ; ils pouvaient faire mettre en prison les triérarques qui ne s’acquittaient pas à temps de leurs obligations 6; enfin, quand des contestations s’élevaient entre les triérarques, à l’occasion de la restitution des agrès appartenant à 1 État, que les commandanls des navires devaient se transmettre les uns aux autres, les d-KoazoM; étaient chargés d’instruire l'affaire concurremment avec les inspecteurs des arsenaux 7. E. Caillemer.
APOTI1ECA (’A7to07;xyi). — Endroit où l’on serrait des provisions quelconques1, et plus particulièrement une pièce dans la partie supérieure de la maison romaine, où 1 on plaçait les amphores contenant le vin. Cette pièce, tout à fait distincte de la cella vinaria, était située au-dessus du fumarium ; on en a conclu que le passage de la fumée à travers la pièce devait contribuer à améliorer le goût du vin 8. D. Ramée.
APOTHEOSIS (’Aito0eWî), consecratio. — Apothéose, déification d’un mortel.
Le naturalisme était le principe de la plupart des religions antiques ; mais comme les anciens peuples se représentaient leurs dieux sous les traits des hommes, ils arrivèrent aisément à croire que les hommes pouvaient devenir des dieux. Cette croyance avait pénétré à des degrés différents chez une grande partie des nations de 1 ancien monde.
En Égypte, les Pharaons se donnaient le titre de « fils du soleil,» les monuments nous les montrent adorant leurs prédécesseurs. Ils réunissent si bien en eux la nature divine et la nature humaine qu’on les voit quelquefois s’honorer eux-mêmes et offrir un culte à leur propre image. Les Ptolémées recueillirent avec grand soin cette part de leur héritage. Ils organisèrent solennellement dans leur capitale le culte de tous les princes qui avaient gouverné l’Égypte depuis Alexandre. La célèbre inscription de Rosette nous montre que le roi régnant, majeur ou mineur, était tenu pour dieu comme les autres et associé aux hommages que recevaient ses prédécesseurs L Les Grecs admettaient l’existence des héros ou demidieux, c’est-à-dire d’êtres issus d’un dieu et d’une mortelle et participant des deux natures [héros]. Parmi les héros on rangeait ordinairement les fondateurs de villes et les
2 Lys. I. c. I, § 6 et s.; II, § 3 et s., U. 134 et 137. — 3 In Pauly's Realencycl . t. II, p. 14. — 4 Lys. C. Theomn. I, § 10 et II, g 5, D. 134 et 137.
— 5 Demosth. C. Eubulid. g 30, R. 1308. — « Isocr. C. Loch, g 3, D. 276 ; Lys. C. Theomn. I, g 12, D. 134. — 7 Aristoph. Ilanae, 362 et suiv. et Schol. Ad h. I.
— 8 Bekker, Anecd. graeca, I, p. 434, 8.-9 Boeckh, Staatsh. der Ath. 2» éd. 1, p. 76; Büchsenschülz, Besitz u.nd Ervverb, p. 549 et s. Voir notre Étude suites institutions commerciales d’Athènes, 1865, p. 10 et s. et Revue critique de jurisprudence, X.YYII, p. 58 et s.
APOSTASIA. 1 C. 1 (’.od. Theod. De Jud. XVI, 8, De apost XVI, 7 ; C. 1 Cod. Just.
De apost. I, 7 - 2 c. 1, 2 Cod. Theod. XVI, 7, et 6, 7, eod. — » C. 5 Cod.
Theod. eod. — 4 C. 1 et 6 eod. — 8 C. 7 Cod. Theod. eod. — 6 11 était déjà puni sous le paganisme à l’égard des juifs ; Lamprid. Alex. 17 ; Paul. Sent. V, 22, 3, 4.
— 7 c. 3 Cod. Theod. h. tit. ; C. 18 Cod. Just. De Jud. I, 9 ; C. 5 Cod. Just. De apost. I, 7. — Bibliographie. Rein, Das criminal Recht der Rômer, Leipzig, 1858, p. 895 et 896; Gothofredus, Ad Codicem Theodosian., XVI, 7, tome VI, p. 223-234 ;
Platner, Quaestiones de jure crim. roman. Marburg,18 42, p. 265 et suiv.; Rudorff, Rômische Rechtsgeschichte , Leipzig, 1859, II, p. 369.
APOSTASIOU DIKÉ. l Demosth. C. Aristog. I, g 65 ; Diog. Laërt. IV, 46. — Bibliographie. Perrot, Le droit public d’Athènes, Paris, 1867 ; c. m, g 13.
APOSTOLEIS. 1 Demosth. C. Everg. g 26, R. 1 147 ; cf. Hudtwalcker, Didteten, p. 71, et Meier, Attische Process, p. 113. — 2 Bekker, Anecd. graeca, I, p. 203 et 4 5. 3 Bueckh, Staatshaush. der Ath. III, p. 56, 171, 210. — 4 Dem. C. Everg. g§ 33 et 37, R. 1149-1150.— 5 Polluï, VIII, 99 ; Harpocr. éd. Bekker, p. 30; Suid. éd. Bernhardv, p. 654. — 6 Dem. De Corona, g 107, R. 262 ; De Corona trier. § 4, R. 1229. — 7 Dem. C. Everg. § 26, R. 1146 ; cf. Ulp. Schol. in Demosth. R. 262, 18, éd. Didot, p. 596 ; Platner, Process und Klagen, II, p. 97 et s.
APOTHECA. 1 Cic. InVatin. 5; Phil. II, 27. — 2 Hor. Carm. III, 8, 11, et III, 21,27; Sal. II, 5, 7; Colum. I, 6, §20; Galcn. De antid. I, 3; Vitr. VI, 5 ; Piin. Ep. II, 17.
APOTHEOSIS. 1 Letronne, Inscript, de l’Égypte I. p. 241.
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éponymes de nations qui étaient devenus illustres (Èmovi/goi, xTt'ffTou, oppiyrrou), et ils recevaient un culte : on leur assimila par la suite, et on admit aux mêmes honneurs des hommes remarquables par des mérites extraordinaires. Héraclès, « le favori et l’orgueil des Hellènes s, » fut placé dans l’Olympe, quoiqu’il eût commencé, d’après la légende généralement acceptée, par être un homme, et mis sur le même rang que les immortels [hercules]. Cet exemple porta plus tard ses fruits. A l’époque de la guerre du Péloponèse, le Spartiate Lysandre, vainqueur des Athéniens, fut adoré dans l’Asie Mineure 3. Quand la Grèce eut perdu sa liberté, tous les tyrans qui l’asservirent reçurent tour à tour les honneurs divins. Des temples furent élevés à Flamininus, après la défaite de Philippe, et l’on composa, pour le célébrer, des hymnes qui se chantaient encore du temps de Plutarque *. Après lui les mêmes hommages furent prodigués à presque tous les proconsuls, aux plus mauvais aussi bien qu’aux meilleurs. La Sicile institua des fêtes en l’honneur de Verrès, et la Cilicie bâtit un temple à son gouverneur Appius, le prédécesseur de Cicéron, qui l’avait entièrement ruinée.
C’est à Rome que l’apothéose a pris sa forme la plus régulière et la plus curieuse; elle y a produit des conséquences religieuses et politiques fort importantes : c est là aussi qu’il convient surtout de l’étudier. Les Romains semblaient pourtant par eux-mêmes n’être pas trop portés à mettre des hommes dans le ciel. Leur mythologie primitive contient peu de héros. On raconte que leur premier roi, Romulus, fut divinisé après sa mort et identifié avec le dieu sabin quirinus ; mais après lui, aucun autre personnage de leur histoire légendaire n’obtint le même honneur. Le seul précédent qui pouvait autoriser chez eux 1 apothéose, c’était cette croyance fort répandue qu’après sa mort le père de famille devenu dieu sous le nom de Lare protège les siens [lares]. Comme l’État est constitué sur le modèle de la famille, il est naturel que le roi aussi bien que le père soit divinisé et devienne le Lare de l’État. Le premier prince à qui l’apothéose ait été officiellement décernée à Rome après Romulus fut Jules César. De son vivant, le sénat, qui ne savait qu’imaginer pour le flatter, avait décidé qu’on lui élèverait une statue avec cette inscription : « c est un demi-dieu » ; puis, allant plus loin encore, on décréta qu’on lui bâtirait un temple où il serait adoré sous le nom de Jupiter Julius 5. Après ses funérailles, le peuple, qui le regrettait beaucoup, lui éleva un autel et une colonne de vingt pieds à l’endroit où son corps avait été brûlé, et une sorte de culte s’organisa sur cet autel improvisé. Le consul Dolabella fit détruire la colonne et disperser ceux qui venaient y prier; mais après la victoire des Triumvirs, en 712, le sénat fut contraint de ratifier l’apothéose populaire et donna officiellement à César le nom de divus Julius 6. Rendant les fêtes brillantes qui furent célébrées en 1 honneur du nouveau dieu, une comète parut dans le ciel. « L apparition de cet astre, disait Auguste dans ses mémoires, parut au peuple la preuve que l’âme de César avait été reçue parmi les immortels, et lorsqu’on lui éleva plus tard une statue sur le Forum, on plaça une étoile sur sa tête 7. » On retrouve cette étoile sur quelques médailles (fig. 385) 8,
* Welcker, Griech. Gôtterlehre, III, p. 294. — 3 Plut. Lys. 18 ; Athen.XV, p. 696 e . — 4 plut. Flamin. 16. — 8 Dio, XLI1I, 14 et XL1V, 6 ; Serv. Ad \u y.
Ecl V 36. 6 Voyez, sur cet acte du sénat, la note de M. Mommsen dans le
Corp. ’insc. lat. I, p. 183. - ’ Pim. Hist. nat. II, 24. - 3 Cohen, Mon,,, imp. I, J. César, pl. m, n. 120, 121 ; cf. n. 40, 41, 49, 53 ; voy. aussi l'apothéose de 3. César, sur l'autel d'Auguste, au Vatican : Raoul Rochelte, Monum. ined.
ainsi que la reproduction du temple qui fut bâti à César après que le sénat l’eut proclamé dieu9. Sur celle qui est
reproduite fig. 38t>. on voit l’étoile au fronton du temple, et sur la frise ces mots : mvo ivl.
L’exemple était donné. Le successeur de César, Auguste eut à se défendre contre l’empressement des peuples qui voulaient à toute force le diviniser. La conduite qu’il tint en cette occasion fut très-prudente : après la victoire d Actium,il permit à la province d’Asie et à celle de Bithynie de lui élever des temples à Pergame et àNicomédie, mais à la condition que son culte y serait associé à celui de la déesse Rome et qu’aucun Romain n’y prendrait part 10. Les autres provinces profitèrent de cette permission. Vers 1 époque de la guerre des Cantabres s’éleva l’autel de Tarragone 11 , et en 742 celui de Lyon (fig. 387), autels monumentaux, auprès desquels l’Espagne citérieure et les Gaules
vinrent célébrer des fêtes en l’honneur de Rome et d’Auguste n. Quant à la conduite que tint Auguste au sujet de l’introduction de son culte dans Rome et dans 1 1talie, les écrivains ne sont pas entièrement d’accord. Dion Cassius prétend 13 que dans toute 1 Italie personne n’osa lui rendre les honneurs divins de son xivant , mais cette affirmation est démentie par les inscriptions. Elles nous montrent que, pendant qu’il vivait encore, il avait des prêtres et des temples a Dise, à Pompéi, a Assise, à Préneste, à Putéoles, et dans d’autres villes importantes 14 ; il faut donc s’en tenir à l’opinion de Suétone qui nous dit que, tant qu’il vécut, il n’interdit son culte que dans Rome (m urbe quidem pertinacissime abstinuit hoc honore 1S) ; encore essaya-t-on de bien des manières de lui faire violence. II ne* put empêcher que dans les chapelles domestiques on ne lui élevât des autels où l’on venait attester sa divinité 16. Il avait rétabli les compitalia et réparé les chapelles consacrées aux Lares des carrefours. Ces Lares étaient au nombre de deux, on en ajouta un troisième, le génie d’Auguste, et l’ensemble prit le nom de Lares impériaux ( Lares Augusti ) 17 . Ainsi, du vivant même d Auguste, son génie, associé aux dieux Lares, reçut a Rome un culte solennel; mais tant qu’il vécut, on n’osa pas lui élever officiellement d’autel ou de temple à lui-même dans la capitale de l’empire. Ce n’est qu’après qu’il fut mort à Nola,
p, LI1X p. 38. - 3 Cohen, l. I. n. 90, 91. - « Dio, LI, 20. - « Tac. Ann. 1, 78 ; Eckhel, Doct. num. I, p. 57.-19 Eekhel, Doct. mm. VI, p. 135; de Boissieu, Inscr. de Lyon, p. 82, 113; Cohen,!. L, Auguste, n. 273 ; ef. ni. n, Tibae,
u £3 i3 ui0 i' it 14 Voyez surtout Norris, Cenotaphia Pisana et 1 Index
du recueil d'Orelli. — 18 Sud. Aug. 52. — '8 Hor. Epist. Il, 1, 15. - 11 Ovid. Fast. V, 140.
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l’an 767 de Rome (14 après J. -C.), qu’on lui accorda les hommages qu’il avait en partie refusés pendant sa vie. Le cérémonial qu’on imagina à celle occasion servit de prérédent et fut presque toujours employé dans la suite, quand on accorda l’apothéose à quelqu’un de ses successeurs. C’est au sénat qu’était réservé le droit de reconnaître et de proclamer le nouveau dieu ; il lui revenait d’après la législation romaine18. Cependant, dans la suite, les empeieuis l’ont quelquefois revendiqué pour eux ,9. Après que le sénat eut décerné l’apothéose à Auguste, son corps fut enfermé dans un cercueil couvert de tapis de pourpre et porté sur un lit d’ivoire et d’or. Au-dessus du cercueil on avait placé une image en cire, qui le représentait vivant et revêtu des ornements du triomphe. Au Champ de Mars, on dressa un immense hûcher à plusieurs étages en forme de
pyramide [pyra], orné de guir¬
landes, de draperies, de statues séparées par des colonnes.
Le corps fut posé au sommet de la pyramide, et fut ensuite entouré par les prêtres ; puis les chevaliers, les soldats, courant tout autour du bûcher (decursio), y jetèrent les récompenses militaires qu’ils avaient obtenues pour leur valeur. Des centurions s’approchant ensuite avec des flambeaux y mirent le feu. Pendant qu’il brûlait, un aigle s’en échappa,
l-'ig. 388. Bûcher de Pertiuax.
commé pour emporter avec lui dans l’Olympe 1 Aine < u prince s0. Un bûcher semblable est figuré sur un assez grand
nombre de médailles impériales, notamment sur celles d’An-
tonin et de Marc-Aurèle. On en voit un ici (fig. 388), d’après une médaille frappée après la mort de Pertinax21. Les beaux bas-reliefs de la colonne Antonine présentent aussi quelques images relatives à la consécration des empereurs. Sur deux des faces du piédestal on voit la decursio (fig. 389) : les soldats avec leurs armes, les cavaliers avec
Fig. 390. Apothéose d’Antonin et de Faustine.
leurs enseignes courent autour du bûcher. Sur la troisième (fig. 390), un génie ailé, le génie de l'Univers, selon
Fig. 389. Decursio aux funérailles d’Antonin.
Yignoli 22, ou celui de l’Éternité, d’après Visconti 2’, emporte sur ses ailes, Antonin et sa femme Faustine, divini-
18 Tertull. Apulog. 5; Histor. Aug. Macrin. G, 8.— 19 Tac. Ann, I, 78. — 20 Dio, LYI, 34 et s. ; LXXI, 5; Hcrodian. IV. 2. — 21 Cohen, Op. I. 1LI, pl. v, Pertinax, n. 28; cf. 26 et 27, et en général, EcVhel, Doct. num . VIII,
sés tous les deux, et auprès desquels sont placés les deux aigles qui s’envolèrent du bûcher à leurs funérailles. Au-
p. 465 et s.; Quatrcmcrc de Quincy, Mém. de V Acad. des tnsev. t. 1\, Nouv. série. — 22 Yignoli, Columna Anton. Pii , p. 149 et s. — * *3 Visconti, Mus. Pio-Clem. t. V, p. 184, pl. xxix.
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dessous du génie, Home, dans son costume traditionnel, les regarde partir, et sur son visage se peignent à la fois le regret de les perdre et la joie des honneurs qu’ils reçoivent.
Après son apothéose, Auguste ne fut plus désigné que par le nom qu’il avait donné lui-même à César : on l’appela divus Augustus. Primitivement, le mot divus n’était pas différent de deus. Varron penchait même à croire qu’il s’appliquait plutôt aux dieux qui l’avaient toujours été, tandis que deus convenait mieux à ceux qui avaient commencé par être des hommes (du mânes) n, et Virgile a employé une fois ces deux mots dans le sens indiqué par Varron S5, mais l’usage en décida autrement. Le mot divus fut si bien réservé aux princes qui avaient été déifiés après leur mort, qu’on regarda comme un mauvais présage pour Néron qu’un consul l’eût appelé divus dans le sénat S6. Quelquefois, mais rarement, on donna aux princes divinisés le nom d’un dieu. On trouve, dans des inscriptions, Livie appelée Cérès S7, et Hadrien appelé Jupiter ss; ce genre d hommage était extrêmement usité chez les Grecs; les Romains paraissent y avoir toujours répugné. Cependant on possède beaucoup d’images de princes et de princesses représentés avec les attributs de dieux et de déesses. L’apothéose était ordinairement désignée par
Fig. 39 i . Apothéose de Faustiue. Fig. 392. Auguste déitié.
certains symboles qu’on rencontre sur les monuments et surtout sur les monnaies des empereurs déifiés. C’est notamment l’image d’un aigle ou d'un paon, soit placés sur un autel ou sur un globe céleste, soit supportant l’empereur et l’impératrice qui montent au ciel 29 (fig. 391). Ces princes sont représentés eux-mêmes, avec les attributs des dieux, assis sur un trône, tenant à la main le sceptre, la foudre ou la hasta pura, portant sur la tête la couronne radiée, quelquefois surmontée du nimbe. Sur une belle médaille d’Auguste (restitution de Titus), ici reproduite (fig. 392), on voit aussi devant l’empereur un autel allumé so. A partir de Néron, la couronne radiée se retrouve même sur les monnaies des empereurs vivants.
En même temps qu’on décernait l’apothéose à Auguste, on créait, pour l’honorer, un collège de prêtres [sodales augustales], qui se composait de vingt et un membres tirés au sort parmi les plus grands personnages de Rome et auxquels on adjoignit les membres de la famille impériale. Ce collège se choisit un président [flamen augustalis], qui fut Germanicus 31. Tibère éleva au nouveau dieu, près du Forum, un temple qui fut inauguré parCaligula; on le voit
2V Serv. Ad Aen. Y, 2b. —25 Aen. XII, 139. — 26 Tac. Ann. XV, 74. — 27 Orelli, 618. — 28 Orelli, 5453. — 29 Cohen, l. I. II, pl. xiv, 226 et les autres médailles de consécration. — 30 Cohen, I, pl. iv, Octave Auguste, 481 ; voy. aussi l’apothéose de Titus, à la voûte de l’arc qui porte son nom : Bcllori et Bartoli, Arcus triumph . ; celle deFaustine la jeune, de l’arc de Marc-Aurèle, Mus. Capit. t. IV, pl. xii ; de Claude, au musée de Madrid : Bartoli, Admir. rom. 80 ; et les magnifiques camées des cabinets de Paris et de Vienne : Mongez, Tcon. rom. t. II, pl. xix, xxiv et s. j Clarac, Mus. de sculpt. pl. mliii et suiv. ; Lenormant, Icon. des em-
sur des monnaies de ces deux empereurs8* (lîg. 393). Un autre temple lui fut consacré par Livie, sa femme, au Palatin 83 : des jeux furent fondés en son honneur [ludiau-
GUSTALES, l’ALATINl].
Nous ne suivrons pas à travers l’empire, toute l’histoire de l’apothéose impériale .
Qu’il nous suffise de dire qu’elle fut souvent décernée à des princes et à des princesses qui ne méritaient guère un tel honneur , comme Claude et les deux Faustines.
Cet abus donna lieu à des réclamations très-vives de la part des gens sensés. On connaît la charmante satire de Sénèque contre l’apothéose de Claude, où il le représente qui monte au ciel clopin-clopant et finirait par s’y établir, si Auguste, qui voit le tort qu’un pareil collègue peut faire à sa divinité, ne le faisait précipiter dans les enfers34. On connaît aussi les vers sanglants de Lucain, dans lesquels il prétend que l’apothéose décernée aux Césars est une façon de punir les dieux d’avoir laissé périr la république 3S. Cependant l’apothéose dura autant que l’empire ; elle survécut même au paganisme. Les premiers empereurs chrétiens furent déclarés dieux par le sénat, comme leurs prédécesseurs. Mais à ce moment l’apothéose avait à peu près perdu tout caractère religieux; ce n’était plus qu’un hommage et une flatterie comme une autre, qu’un prince chrétien pouvait accepter sans trop de scrupule. Les habitants d’Hispellum ayant demandé à Constantin de lui élever un temple, il y consentit, « à condition, disait-il, que l’édifice qui devait porter son nom ne serait pas souillé par les pratiques coupables d’une superstition dangereuse 3e. » Ce n’était donc plus qu’un monument civil, une sorte d’hôtel de ville, où les décurions se réunissaient pour protester de leur dévouement au prince et signer des décrets en son honneur. Il est probable que l'empereur Gratien, qui refusa le premier les insignes de grand pontife, fut aussi le premier qui ne fut pas officiellement appelé dieu après sa mort 37.
L’apothéose a eu dans l’empire romain des conséquences politiques très-graves dont il faut dire un mot en finissant. On a vu qu’Auguste avait permis aux provinces de lui bâtir des temples en compagnie de la déesse Rome. Autour de ces temples de Rome et d’Auguste se réunirent partout les députés qui formaient le conseil de la province [concilium en latin, en grec koinon]. Ces réunions n’avaient lieu d’abord que pour célébrer les fêtes impériales; nïais bientôt ces conseils s’arrogèrent des prérogatives importantes. Ils envoyèrent des legati au souverain et se permirent de louer et de blâmer les administrateurs de la province. C’est par eux qu’une sorte de réveil de l’esprit provincial eut lieu dans tout l’empire. Les députés, réunis dans le temple de Rome et d’Auguste, nommaient un président qui s’appelait en Orient grand prêtre [arciiiereus], et en Occident prêtre ou flamine de la province [sacerdos, flamen] 88 . Ces
per. pl. vi, ix, xn, xiii ; Eckhel, Pierres du Cab. de Vienne, pl. i ; Arnelli. Die ant. Cameen in Wien. — 31 Tac. Ann. I, 54. — 3î Dio, LVI, 46 ; LIX, 7 ; Eckhel, Doct.num. VU, p. 25; Cohen, l. I. Caligula, n. 18. — 33 plin. Hist. nat. XII, 19, 42. — 34 Senec. Ludus de morte Caesaris sioe apocolohuntosis. — 35 Encan. VII, 456 ; cf. Dio, LX, 35; Juven. VI, 619. — 36 Orelli, 5580, et Mommsen, Analekten, 54. — 37 De Rossi, Inscript, christ, p. 338. — 38 Voyez pour tous les détails de ces réunions, Marquardt, De provinc. flomun. conciliis et sacerdot., in Ephemeris epigr. 1, p. 200.
grands prêtres et ces llamines finirent, quand on organisa la hiérarchie du clergé païen, sous Maximin et sous Julien, par obtenir un droit de suprématie et de surveillance sur les autres prêtres et furent à peu près ce qu’ont été plus tard les métropolitains du christianisme, qui les remplacèrent 39. Le culte des Césars était célébré aussi dans chaque municipe, et il y avait à peu près les mêmes caractères qu’au chef-lieu de la province. Le flamine de l’empereur était aussi le prêtre le plus important de la ville et prenait quelquefois le titre de flamine du municipe40. Enfin, s’il est vrai, comme onle croit généralement, que la corporation des augustales, qui se composait d’affranchis et de petits négociants, s’était constituée pour rendre les honneurs divins aux empereurs, elle devait former comme le dernier échelon du culte impérial dans les provinces. C’est ainsi que le cul te des Césars s’étendit à tout l’empire et, par une série d’institutions diverses qui s’adressaient aux différentes classes de la société, l’embrassa tout entière. G. Boissier.
APOTIMEMA (’Auo-rqAY|u.a). — I. La femme mariée ne paraît pas avoir eu, à Athènes, d’hypothèque légale ou tacite sur les biens de son mari; mais elle avait le plus souvent une hypothèque conventionnelle, désignée sous le nom de <XTtox(1u.Y)1u.a b
Au moment de la célébration du mariage, le xup-.oç de la femme, qui faisait pour elle la constitution de dot (uuacQai £v itpoixf), exigeait du mari une garantie pour assurer la restitution de la dot, soit en cas de divorce, soit en cas de dissolution du mariage par le prédécès de l’un des époux. L’affectation des biens du mari à la sûreté de la dot n’avait pas besoin d’être constatée par un acte écrit; elle pouvait se faire en présence de témoins, dont les dépositions verbales venaient, au jour de la restitution, constater l’existence de l’hypothèque.
Quels étaient les biens qui pouvaient être offerts en garantie ci la femme? Nous croyons que les immeubles étaient seuls susceptibles d’hypothèque. Il est vrai que plusieurs auteurs, notamment Meier 2, renvoient à un passage de Démosthène où il s’agit de choses mobilières : o-xeutr) 3. Mais on peut facilement se convaincre que, dans le texte cité, la femme ne réclame pas sur les objets mobiliers un droit d’hypothèque. L’orateur parle de choses qui ont été comprises dans la constitution de dot (Aeyouar,; Su eD] èv xîj Ttpotxi T£TtuLYj|jL£voc), et dont la femme est restée propriétaire :
xà §£ GX£UÏ| £ÏX£, XOtl fXY)§£V TWV ll/.toV CpEpEXE. C’eSt donc Ull
droit de propriété que la femme invoque à l’encontre des créanciers de son mari 4.
L’hypothèque de la femme mariée était, comme toutes les autres hypothèques, soumise à la publicité ; elle devait être portée à la connaissance des tiers par le moyen des opoi 5. On a dit qu’elle conférait à la femme un véritable privilège et lui donnait le droit d’être payée avant tous les autres créanciers indistinctement 6 ; mais cette opinion
39 Julian. Epist. 49 et 63. — 40 Corp. insc. lat. II, 1941. — Bibliographie. G. Pictorius, De apoth. tam exter. gentium quant Roman., Basil., 1558; C. Nicasius, De numo pantheo Hadriani, Lugd., 1690 ; Menken, Consccr. Augustorum ex numis illustr., Lips., 1694; et in Op. academ , 1734, p, 1 ; Mongault, Honneurs divins rendus aux gouvern. de province sous la rép. rom., dans les Mém- de V Acad, des Inscr.; Sehôpflin, De apoth. sive consecr. imper . rom., Argent. 1730 ; et in Comment. hist. et crit., Basil., 1741; Welcker, Griech. Gôtterlekre , t. III, p. 294; Nitzsch, De apotheosis apud Graecos vulgatae causis , Kiel, 18 40 ; Limburg. -Brouwer, Hist. de la civilis. morale et religieuse des Grecs, t. VII, ch. xxxv, Groning. 18 il ; Marquardt, Handbuch der rom. Alterthilmer, t. IV, p. 98 et 423; Preller, Rôm. Mythologie , p. 769, 2* éd., 1865.
APOTIMEMA. 1 Harpocr. s. v. ; Pollux, III, 36; VIII, 142; Etvm.
Mag. 340, 44; Petit, Loges atticae, éd. Wcsseling, p. 552-553 ; cf. Suid. et Hesych. — 2 De bonis damnatorum, p. 222, note 219. — 3C. Euerg, et Mnesib. § 57, B. 1156.
n’est pas admissible; la femme ne pouvait obtenir de collocation qu’à la date du jour où l’hypothèque avait été constituée et rendue publique; elle devait laisser passer avant elle toutes les hypothèques plus anciennes 7.