AO U
AQUAE DUCTUS et AQUAE IIAUSTUS. Pour les servitudes de ce nom voyez aquae.
AQUAE ET IGN1S INTERDICTIO [EXSlLIüM].
AQUAE SAL1ENTES [fontes].-
AQUAELICIUM ou AQUILICIUM. — Cérémonie à laquelle on avait recours à Rome dans les temps d’extrême sécheresse. Hommes et femmes, pieds nus, les dernières vêtues de la stola et les cheveux épars, montaient au Capitole, et y adressaient leurs prières à Jupiter afin qu’il envoyât la pluie *.
Une cérémonie semblable se rattache au culte de Mars. Près de son temple, situé hors de la porte Capena, était déposée une pierre qu’on appelait lapis manalis (la pierre qui coule) : lorsque les pontifes la promenaient par la ville, la pluie, disait-on, ne manquait pas de tomber2. Cet usage, fort ancien et que Rome avait, à ce qu’il semble, emprunté aux Étrusques, paraît avoir été pratiqué ailleurs encore en Italie3. E. Saglio.
AQUAEMANALIS, aquiminale ou aquimanile, aquiminariurn (-^spvïêov). — Pot à eau, aiguière, servant à verser l’eau dans une cuvette *. Il était d’usage chez les Romains de distribuer de l’eau aux convives pour se laver les mains
avant et pendant le repas 2.
De là vient que ces vases sont nommés, avec les bassins qui les accompagnaient nécessairement, parmi l’argenterie et la vaisselle de table 3.
Dans une peinture d’un tombeau étrusque de Corne to 4, représentant un festin, on voit (fig. 403), sous un dressoir, où sont rangés des coupes, des cratères, etc., deux vases munis d’une anse, et placés dans des cuvettes, dont l’emploi était vraisemblablement celui que nous venons d’indiquer. E. Saglio.
AQUARII. — I. Esclaves publics chargés, sous la direction des magistrats, de l’entretien des fontaines, des aqueducs et en général de la distribution des eaux chez les Romains *. La construction et les grosses réparations étaient seules confiées à des entrepreneurs (redemptores). Sous la répu- ' blique, les censeurs et les édiles avaient la haute surveillance de ce service important 2, qui fut confié sous Auguste à un officier spécial, le curator aquarum [aquaeductus] 3. Frontin nous a conservé 4 six sénatus-consultes rendus vers 742 de Rome av. J.-C., concernant la juridiction de ces curotores, et notamment l’organisation et le traitement de leurs apparitores ou employés. Un plébiscite 5 rendu en 744 av. J.-C., établit des mesures de police et des peines contre les infracteurs aux règlements sur les eaux publiques. Une familia fut établie par Agrippa
AQUAELICIUM oo AQUILICIUM. 1 Fest. s. ». Aquaelicium ; Tertul. Apolog.
40 ; Petron. Sat. 44. — 2 Fest. I. I. et s. ». Manalis lapis ; Serv. Ad Aen. III, 175 ; cf. Non. Marc, s . ». Trulleum. — 3 Labeo ap. Fulg. p. 559. — Bibliographie. K. 0. Müller, Die Etrùsker, t. II, p. 340 ; Preller, Romische Mythologie, p. 172, 312,
2* éd. 1865.
AQUAEMANALIS. 1 Varr. ap. Non. s. «. Trulleum ; Gloss. Labbe : /ijviEov, aquaemanile. —2 Plaut. Persa, V, 1, 16; Fab. Pictor, ap. Non. s. v. Pollubrum. — 3 Dig. XXXIII, 10, 3 pr. et § 3 ; XXXIV, 2, 19, § 12; cf. XXXIV, 2, 21, § 2 ; Paul. Sent. 111, 6, 56. — 4 Monum. ined. del. Inst, arch., 1831, pl. xxm ; Mus. etrusc. Gregor.
1, pl. CIV.
AQUARII. 1 Coelius, Ad Cicer. VIII, 6 ; Frontin, De aquaed. 96. — 2 Front.
I. I. 94-97 ; Tit. Liv. XXXIX, 14. — 3 Sueton. Octav. 37.-4 104, 106, 108, 125, 127; Egger, Latini sermon, reliq. 1843, p. 328 et suiv. — 5 Front. 129; F.gger, l.l. p.331j !
AQU
sous le nom de publica, composée de deux cent quarante hommes ; une autre par Claude, sous le nom de caesarea, qui en comptait quatre cent soixante. Frontin distingue différents emplois : ceux de villicus ou intendant, chargé de contrôler la distribution des eaux ; de castellarius, fontainier du château d’eau [castellum] ; de circitor ou custos, inspecteur ou chef de ronde ; de paveur ( silicarius ) ; de stucateur ( tector ), etc. 6. La tâche des ouvriers était réglée chaque jour. Vers la fin de l’empire, les curateurs des eaux, alors appelés consulares aquarum'1, avaient sous leurs ordres des comités formarum, hommes du métier exerçant une surveillance plus directe, un nombreux bureau ( offi cium) et un personnel considérable d’esclaves publics. Une constitution de Zénon 8, après avoir rappelé les prohibitions de dériver l’eau des aqueducs, et de nuire aux conduites par aucune plantation ou construction, sous peine de confiscation de celle-ci, ordonne que les employés des eaux de Constantinople ( aquarii ou aquarum custodes quos hydre, phy lacas nominant) porteront désormais sur la main le nom du prince. Ce stigmate, usité également à l’égard des ouvriers attachés aux fabriques impériales [fabricenses] 9 et des tirones ou recrues, devait faire reconnaître en tout temps les gardiens des eaux, de manière à empêcher les procuratores de la maison impériale de détourner ces agents de leur destination spéciale, et à libérer ceux-ci de toute charge de transport ( angariae ) ou de travaux publics. A la mort de chaque aquarius, son successeur devait être immédiatement marqué de la même empreinte, en sorte qu’il n’y eût aucune interruption dans le service.
G. H UMBERT.
II. On voit par les inscriptions 10 qu’il y eut dans les municipes des aquarii réunis en corporation. Les riches particuliers eurent aussi des aquarii ou fontainiers employés au service des eaux dans leurs maisons et dans leurs domaines 11 : c’étaient ou leurs esclaves, ou des ouvriers loués pour ce travail, et c’est sans doute pour ces derniers que l’édit de Dioclétien 12 fixe le prix de la journée à vingtcinq deniers.
Des aquarii étaient aussi employés à porter l’eau nécessaire aux soldats 13.
On appelait encore aquarii et aquarioli des hommes de condition infime et décriés, la plupart affranchis, qui portaient dans les maisons l’eau nécessaire à la cuisine, aux bains, etc., et en profitaient souvent pour faire le métier d’entremetteurs 14 (itopvoSiotxovoç).
La fig. 406 reproduit une sculpture du musée de Lyon 18, de basse époque, où un aquarius représente vraisemblablement le signe du Verseau, appelé aquarius et uSpoyooç, dans les écrits des astronomes. E. S.
— 6 Front. I. I. 71, 112, 116 et suiv. — 7 C. 1 Cod. Theod. De aquaed. XV, 2 ; C. 1 Cod. Theod. De div. offic. VIII, 7. — 8 c. 10 De aquaed. Cod. Just. XI, 42. — 9 C. 3 De fabricens. Cod. Just. XI, 9; Gothofred. Ad I. 4 et 3 c. 1. — 10 Orelli-Henzen, 7186 ; Mommsen, Disc. r. Neap. 744. — n Paul. Sent, recept. III, 6, § 48 ; fr. 12, § 42 Dig. De inst. leg. XXXIII, 7 ; cf. Plaut. Cas. I, 36 ; Poen. I, 2, 14. — 12 C. vu, n. 31.
— iSKellermann, Vigil. laterc. 1,2, 75; Orelli-Henzen, 6791. — 14 Juv. VI, 332 ; Fest. s. ». Aquarioli ; Saumaise, Ad Vopisc. Cai-in. 21 ; Tertull. Apol. 43. — 18 Commarmond, Mus. lapid. de Lyon, pl. vi, n. 187. — Bibliographie. Walter, Geschichte des rôm. Rechts, 3« édit. Bonn, 1860, I, §§ 210, 296, 379, 397 ; Rudorff, in Savigny's Zeitschrift, XV, 220 ; Becker-Marquardt, Handbuch der rôm. Alterth. Leipz. 1849, II, 3, p. 249 ; Bôcking, Notitia dignitatum, II, p. 197 et 199, Bonn, 1853 ; Jordan. Depublicis urbium Romae et Const. aquaeductibus, Bonn, 1844 ; Dureau de la Malle, Économie politique des Romains, 1840, 11, p. 477 et s., Paris, 1840.
Fig. 405. Aiguières et cuvettes sous un dressoir.
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AQUILA [jUPITEH, AI’OTIIEOSIS, SCEPTRUM, SIGNA MILITARIA,
fastigium].
AQUILEX. — Les Romains appelaient de ce nom des hommes habiles à découvrir et à capter les sources \ art qui paraît avoir été fort ancien en Italie. Énée l’aurait possédé déjà, s’il fallait en croire certaines traditions, et on a expliqué par des récits semblables les rapports de Numa avec la nymphe ÉgérieLLes Étrusques y furent renommés3. Quelques-uns des plus grands personnages de Rome, comme Paul-Émile 4, en connaissaient les secrets, qui faisaient peut-être partie de la religion. On disait que les aquileges avaient des paroles pour faire jaillir les eaux 6; mais leur science paraît avoir été fondée sur des observations positives 6.
On donna aussi le nom d 'aquilex à des fonctionnaires chargés de la direction des eaux et de la construction des aqueducs7. E. Saglio.
ARA, altare, focus, pwpto'c, luyapa, larta. — L’autel est sans doute le plus ancien monument du culte; il était l’indispensable instrument des sacrifices, et son emploi remonte aussi haut que les souvenirs les plus reculés des races qui ont peuplé la Grèce et l’Italie.
Il ne fut primitivement qu’un simple tertre de terre et de gazon *, un amas de feuillages 2, plus souvent une pierre ou un monceau de pierres3 : l’autel de Zeus, au sommet du mont Lycée en Arcadie, était un monticule \ Le nom de pwg.oç, dans sa première et plus générale signification, s’applique à tout ce qui forme une élévation au-dessus du sol s. Des peintures de vases6, des bas-reliefs7, des pierres gravées8, nous montrent (fig. 407) des autels semblables,
placés devant des images de divinités, dont le style indique les premiers âges de l’art, ou représentés dans des scènes pastorales; et c’est aussi dans les peintures de la vie des champs, où se retrouvent les mœurs primitives et la simplicité de l’ancien culte, que nous les rencontrons chez les auteurs dont nous pouvons citer les témoignages. De pareils autels (auTo^êSi'ai iaydçjai,
Fig. 407. Autel de pierres amoncelées. OjV(X€ tempovales) pouvaient être
dressés à la hâte pour un seul sacrifice , après lequel ils étaient abandonnés, comme ceux que, d’après le poëte, construisaient les Argonautes sur les rivages où ils débarquaient 9 ; ou bien ils étaient établis d’une manière aussi simple, mais plus durable, dans des lieux consacrés par un culte régulier.
Et d’abord chaque famille, dès qu’elle eut une demeure fixe 10, eut un autel qui fut la pierre du foyer (I cxia, £<T^apOC,
AQUILEX. 1Col. De re rust . II, 2, 20 : Indagator aquarum. — 2 Klausen, Aeneas und Penaten, III, p. 956, 960, 963. — 3 Yarr. Ap. Non. p. 69. Mercier : Tuscus aquilex ; cf.-O. Muller, Etrûsk. II, p. 340. — 4 Tit. Liv. XLIV, 32 et s. — 5 Sen. Nat.quaest. III, 15, 7. — 6 Tit. Liv. I. L; YWn. Hist.nat. XXVI, 16 ; Pallad. IX, 8 ; Yitr. VIII, 1. — 7 Flin. Ep. X , 38 (46).
ARA. 1 Cespes , ara graminea : Virg. Aen. XII, 118 ; Ovid. Met. VII, 241 ; XV, 573 ; Trist. V, 519 ; Fast. II, 645 ; Ilor. Od. I, 19, 13 ; III, 8, 4 ; Apul. Met. VII, 10; Tertul. Apol. 25 ; Mart. X, 92. — 2 Theocr.XXVl, 5. — 3 Apollon. Rh. 1, 1 123 ; II, 695. Prus. VIII, 38, 7. — 5 Eust. Ad II. VIII, 441. — 3 La figure représente un autel de pierres entassées devant une image de Chrvsé : Millingcn, Peint, de vases , pl. li : de Laborde, Vases de Lemberg, I, pl. xxm ; lnghirami, Pitt. di vasi, 17 ; Mon. ined. del. Inst. VI, 8 ; R. Rochette, Peint, ant. inéd. pl. vi; Arch. Zeitung, 1845, pl. xxxv ; 1853, pl. lix; 1865, pl. 199. — 7 Zoëga, Bassiril. Ant. I, 20; Visconti, Mus. Worslci. I, pl. iv; Gerhard, Ant, Bildwerke, pl. i/ixxin, exiv ; Arch,
focus). Sur ce foyer, où le feu était perpétuellement entretenu, on déposait avant chaque repas les prémices de la nourriture ; avant de boire, on y versait une libation de vin ; la famille assemblée adressait chaque jour au dieu du foyer sa première et sa dernière prière; en toute occasion il était le premier et le dernier invoqué, on lui offrait le premier et le dernier sacrifice [sacra privata, vesta, lares, penates]. Celui-là seul qui avait part au culte domestique devait être présent à ses cérémonies : c’est pourquoi l’autel de ce culte fut placé loin des regards profanes, au milieu de l’enclos (é'pxoî, herctum) enlermant les champs, la maison, le troupeau, en un mot tout ce qui constituait l’héritage des populations primitives ; plus tard, au centre des bâtiments qui composaient l’habitation 11 [domus] ; mais l’étranger et le fugitif qui pénétraient en suppliants dans cette enceinte et qui s’asseyaient sur la cendre de l’autel revêtaient par cela seul un caractère inviolable et sacré [asylumI. Les lares et génies tutélaires de la famille et les autres dieux dont elle invoquait la protection (0sot le péctiot, Itmoû^oi, evotxoi, é'pxEiot, gô ytot, tôt,
7raTp<j)oi,- dii patrii, domestici, penates 12) furent groupés autour du foyer et associés ainsi au culte domestique, ou bien eurent des autels séparés I3, placés devant des niches
Fig. 408. Autel domestique.
ou des édicules [aedicula] contenant des effigies de bronze, d’argile, de bois même, ou devant des images peintes sur la muraille (fig. 408) : les maisons de Pompéi, bâties au ier siècle de notre ère, offrent des exemples de l’une et l’autre disposition u. Dans les riches habitations, bien avant ce temps, ce qui était jadis réuni se trouva séparé :
Zeitung, 1 S o 1 , pl . xxxv. — 8 Maffci, Gemme, 11,4; Montfaucon, Antiq. expi. U. 1 9 A poli. I.I.; Paus. VI, 24, 2 ; Marini, Atti di frat. arual.tab. um, S ; Mommsen,
Corp. inscr. lat. I, p. 32.— lODiod. Sic. V, 63 ; Schol. Aristoph. Plut. 395 ; Hesych. II, P- 1018, Alberti : - e: jxvo v É<rcia;, TT, ; olxia; Oe;xe‘Xio;. Sur le culte du foyer, vov. Petersen, der Bausgottesdienst der Griechen, C.assel, 1851 ; Bôtticher, Tektànik der Bellenen. 14 , p. 322, il. 5 ; Preuner, Hestia-Xesta , U ; Fustel de Coulanges, La Cité antique, 1 et 11, et les articles auxquels nous renvoyons plus bas. — U Mur9|i?aXo« éstIee : Acsch. Agam. 1025; Galon. De antid. éd. Kiihn, XIV, p. 17; Comut. Denat. deoi'. 28. — 12 Eustath. Ad Od. p. 1756, 20, et 1814, 10 ; Herod. I, 44 ; Soph. Aj. 49 ; Eurip. Hcc. 345 ; Med. 385 ; Plat. Leg. IX, p. 931 a ; Schol. Aristoph. Au. 436 ; Dion. Hal. I, 67 ; Cic. De har. resp. 27 ; Virg. V, 660 ; VIII, 543 ; Serv. Ad Aen. II, 296 ; III, 469 ; Schol. Hor. Epod. U, 43. — «Eur. Aie. 170 ; Schol. Aristoph. Plut. 395. — U La fig. 408, d après Mazois, Iiui nés de Pompéi, II, pl. xxiv ; et voy . le catalogue de Helbig, XXandgemàlde der verschütteten Stâdte, n. 29 et s.
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les foyers destinés à préparer les aliments furent relégués dans la cuisine ; les autels et les images des dieux furent réunis dans des chapelles [lararium, sacrarium].
La place des autels de quelques divinités était déterminée par la fonction spéciale attribuée ù celles-ci dans la maison : ainsi, chez les Grecs, dans les habitations qui possédaient une otùÀij, ou cour intérieure, et un autel distinct de Zens protecteur de l’enceinte ( 'Kpxsïo; ) 1S, cet autel entouré d’un mur ou d’une barrière, formait au milieu de la cour une construction à part. Celui de Zeus Iinfaioç, à qui l’on demandait la conservation et l’accroissement des biens, se trouvait dans l’endroit qui servait de magasin ou de chambre à provisions (xajjueïov} 1S. Les dieux qui présidaient à l’union des époux avaient, à ce qu’il semble, des autels dans la chambre nuptiale 17 . Quand un auteur parle du culte rendu à Hermès SxpocpaToç et à Hécate, gardiens de la porte 18, nous pouvons nous figurer, dans l’endroit ainsi désigné, leurs images dans des niches ou des armoires, et devant elles, sinon des autels construits à demeure, au moins des tables [mensa], des trépieds [tripus] ou de simples brûle-parfums [turibulum], qui en tenaient souvent lieu, comme on le verra plus loin. Nous renvoyons à ce qui a été dit ailleurs des, autels élevés à Apollon et à d’autres dieux devant les maisons [agyieus].
Ce qui se passait dans la famille autour du foyer se répétait, pour les associations de familles qui composaient la phratrie en Grèce, et la curie à Rome, autour d’un foyer commun, autel des dieux qu’elles adoraient ensemble, dans le lieu (©pâxptov, curia) spécialement destiné à leurs réunions [puratria, curia], 11 en fut de même pour la tribu [tribus] ; de même encore pour la cité entière, dont tous les membres étaient unis par un même culte, autour d’un autel renfermé dans le prytànée ou le temple de Vesta [prytaneum, vesta].
Lorsque des temples furent bâtis pour servir d’habitation aux dieux, ils eurent pour modèles les habitations des hommes : un mur ( âpxoç , TCSpiêoXoç ) sépara le terri toire consacré (xîp.cvoç) de tout ce qui l’entou rait, et un autel fut placé au milieu, devant l’entrée de la demeure du dieu, comme il y en avait un dans l’aôX-4, précédant l’entrée de la maison. On immolait les victimes et on les brûlait sur cet autel extérieur
7ipovaoç), en face de la statue du dieu (ou de tout au tre symbole attestant sa présence), qui devait être visible du dehors pour ceux qui venaient sacrifier 19. La hauteur de l’autel devait donc être en rapport avec le niveau du pavé du temple, toujours fort élevé, et souvent il était exhaussé sur une large base ou sur les degrés mêmes, au moyen d’une construction spéciale (ôupsOor)) 20, comme on peut le voir, par exemple, à Pompéi, devant l’entrée du temple de la Fortune 21 ; une miniature du Virgile de la bibliothèque du Vatican23, ici reproduite (fig. 400), donnera une idée claire d’une autre disposition analogue. Tous les sacrifices sanglants se faisaient au dehors; au dedans, on ne voyait d’autres autels allumés que ceux sur lesquels ou entretenait, comme sur le foyer domestique, un feu perpétuel (itup àffSsxxov), ce qui avait lieu non-seulement dans les sanctuaires de Vesta, mais aussi d’autres dieux 23 ; et les brasiers sur lesquels on brûlait des parfums (l^aptov,
Oupuaxvjpiov , ara turaria, turicrema), et dont il sera parlé spécialement ailleurs [tus, turibulum]. Une fumée de bonne odeur devait toujours se mêler à celle des sacrifices : aussi ne doit-on pas s’étonner de voir dans les monuments (fig. 41 0) 34, non-seulement des grains d’encens ou d’autres parfums répandus sur l’autel par un des servants du sacrifice portant la boîte qui les contient [acerra], mais encore des brûle-parfums placés à côté ou au-dessus des autels proprement dits, soit à l’extérieur, soit à l’intérieur du temple. Nous citerons une peinture de vase de très-ancien style28, où l’on voit une femme cherchant un refuge sur un autel fort élevé (fig. 44 1), dont elle gravit les degrés :
un pareil autel devait être certainement situé en dehors de l’édifice.
La femme, qui est, selon toute apparence , Polyxène fuyant devant Achille, saisit le support d’un bassin qui servail sans douté à brûler les parfums. On retrouve le même objet, avec une forme à peu près semblable ou se rapprochant de celle d’un lampadaire, placé sur l’autel, dans divers monuments étrusques : la figure 412 représente, d’après un bas-relief de Chiusi, aujourd’hui au Louvre, un autel auprès duquel se font tes apprêts d’un sacrifice. Dans un autre bas-relief de la même
13 Eust. Ad Od. XXII, 335; Athen. V, p. 189; Harpocr., Suid., Phot. s. v. Epxeto;; Paus. X, 77,2; Eur. Troj. 17; Petersen ,Hausgottesdienst, p. 17 ; Preuner, Hestia-Yesta , p. 82 et s.; Fustel de Coulanges, La cité antique , p. 71 ; Sch6mann,6V. Alterth. p. 552, 3e éd. — 16 Isae. DeCiron. her. 16 ; Harpocr. p. 179; Casaub. Ad Athen. XI, p. 473. — 17 Petersen, Op. I. n. 145, 170. — 18 Aristoph. Plut. 1154 et Schol. ; Id. Vesp. 836. — 19 Aesch. Suppl. 495 ; Vitruv. IV, 5, 1 et 9 ; Lücian. De sacrif » 12 ; on voit l’autel ainsi placé, dans beaucoup de peintures de vases, sur des monnaies (ci-dessus p. 324, 326, fig. 386, 392), etc. Voy. l’autel devant un temple de la voie Sacrée, Mon,
delV Inst. Y, pl. vu ; un autre sur les degrés d’un monument funèbre : ib. pl. vin (ci-apres p. 352, lig. 428). — 20 Hesycli. 0u|ae).i) IH aoo; ieçôv; Aesch. Suppl. 669; Eur. Ion, 11!*. — 21 Mazois, Ruines de Pompéi, t. IV, pl. xiv, xv; Comp. les autels devant d’autres temples : Ib ., pl. iv, v et xii à xvm. — 22 A. Maii Virgilii picturae ont. cocl. Vatic. 1835, pl. xliv. — 23 Bütticher, Tehtonik der Hell. IV, p. 348 ; Lasaulx, Studien des klass. Alterth. p. 111 ; Preuner, Hestia-Yesta , p. 196. — 2;* Arch. Zeituny, 1853. pl. ly. — 23 Actuellement au Louvre ; la représentation qu’en a donnée Gerhard, Auserl» Yasen, pl. clxxxv, n’est pas de tous points exacte.
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provenance, on voit un autel tout semblable autour duquel sont rangés les lits d’un banque! funèbre 2B. La figure 413
Fig. 412. Autels étrusques. Fig. 413.
reproduit une peinture, également étrusque, d’un tombeau de Cervetri (Caere)27, où l’on voit un personnage s’approchant d’un autel, sur lequel est posé un ustensile analogue. Ailleurs, comme dans un bas-relief 28 (fig. 414), le vase qui contient les parfums embrasés est une sorte de pot à feu et on le voit porté à côté de l’autel. Dans une peinture découverte à Rome au siècle dernier 29 , deux femmes ( fig. 413) jettent des grains d’encens sur des foyers placés au pied d’une statue de Mars : l’un a la forme d’un petit autel rond, l’autre celle d’un réchaud muni de deux anses pour le rendre plus portatif. Ces exemples donneront dès à présent une idée suffisante
Fig. 415. Autels à parfums ( ante turieretaae).
de l'emploi et de la variété des formes de IV ira turicrema ; on en trouvera d’autres à l’article turibulum.
Dans la même classe doivent être rangés de très-petits autels dont il a été conservé un assez grand nombre 30, soit en métal, soit plus ordinairement en terre cuite, et qui (leur dimension seule le prouverait) n’ont pu servir qu’à brûler des parfums. Celui que reproduit la figure 416 3l,
26 Au louvre; v°y • auss> Monum. ined. del. Inst. 1864, pl. n ; Annal, p. 28.
”7 ^U. L°U're ’ ^on-d- Inst. 1839, pl. xxx. — 28 Yoyez-en de semblables dans Zoëga Bassin!, ant. t. II, pl. lvi, et Braun, Zwôlf Bas-rel. VII, Vign. — 29 winokelmann, Mon. ined. pl. clxxvii. — 30 Caylus, Bec. d’ant. t. III, pl. xlv, 5 ; Séroux d Agincourt, Iragm. de sculpt. antiq. pl. xxi-xxii. Ou en peut voir au Louvre et dans beaucoup de musées. — 31 Au musée de Beriin> Gerhard, Ant. Bildw lxiv - « Cic. Pro domo. 123, 124, 125 ; Plut. Crass. 16; Lübbert, Comment, pontificales B" ‘ l8lî'’ P' 99 ’ M"s- Borbon. XI, pl. xliv ; Rocchegiani, Raccolta di cento tav.
réduit seulement au quart de sa grandeur, est orné de basreliefs parmi lesquels on distingue sur une face Hercule enfant étouffant les serpents, et sur l’autre les Lares, dans l’attitude qui leur est habituelle. Cet objet devait donc être certainement un instrument de la religion domestique. D’autres, non pas tous aussi petits, mais toujours faciles à transporter (foculi,
Eï/apioEç) trouvaient leur emploi dans des cérémonies sans lesquelles beaucoup d’actes de la vie publique ne pouvaient s’accomplir 3*.
Les autels placés dans le sanctuaire étaient nécessairement peu élevés (arulae), puisqu’ils ne devaient pas dérobe! la vue de l’idole, même aux adorateurs qui étaient dehors3'. Des tables (hpa ou ôuwpàç TpanE^a, sacra ou aucjusta rnensa ) ser-
tique.
vaient aussi à déposer des fruits, des gâteaux, des offrandes et des dons de tout genre [mensa, donaria]. On voit (fig. 417 1, d api ès un \ ase peint J*. une table de ce genre, auprès d une image de Bacehus ; elle est appuyée à un autel, qui n’est paenfermé dans un temple, car une prêtresse s’en approche tenant d’une main la victime, de l’autre le couteau préparé pour un sacrifice sanglant. Sur des tables semblableétaient déposés extérieurement les présents qui ne devaient pas être consumés, mais portés dans le sanctuaire par les prêtres ou prêtresses qui y avaient entrée 3S.
Toutefois il ne semble pas que les rites bachiques représentés dans la peinture dont nous venons de parler s accomplissent devant un temple. Beaucoup d’autels étaient dressés sous le ciel libre, soit dans le péribole d’un temple, soit même loin de tout temple, indépendants de tout édifice, protégés seulement par une barrière (Optyxoç, cancelli 36), dans une enceinte consa¬
crée (tsuevoi;, Upiv, fanum, sacellum) 37, dans un enclos, dans un bois sacré, sur le sommet d’une montagne, comme étaient à l’origine ceux qu’on élevait à Zeus sur les hauts lieux38; auprès des sources et des rivières ; sur le bord de la mer; à l’intérieur des villes, sur les places publiques,
I,pl. XVI’ 3.-S3Vitr. I. - Cic. In yerr n( 4j 3 . Macr< SaL ln „ 5 sk Mon med. del Inst 186U, pl. xxxvn. -35 Bôtticher, Tektonik, IV, p. 267 , 27 0.- 36 Hei-
rn"’ G“hA 'A- 17’ 13 : *9’ 1 et 2; '• '■ P’*2 ; Lübbert, Op. /,
« « r :: i xm> 48 ; Her°d- ««; >1, 20, 7 ; 25, /• Xf
Ta- A ’ TV !? « .“ ’ U1 : P1Ut' VU- X °ra‘- P' 847 a 5 Cic' De di«~ 6 « -,
Tac. Ami. XV, 41 ; Solm. I, 10; Serv. Ad Aen. VIII, 271 ; Orelli-Henzen, 1806 Corp ,„Se. to. 1577 3, 2.-38 Hesych ; Welckcr, Oriecl, G0ttMe\
l, p. 169; Pyl, Oriech. Rundbauten, Greifswald, 1861, p. 83.
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dans les rues et les carrefours; sur les routes ; aux frontières des États; dans les camps; près des tombeaux, etc.
11 y en avait qui étaient consacrés aux dieux, d’autres aux héros, aux mânes, aux génies locaux. Aux premiers seulement, plus élevés, appartenait, chez les Grecs, dans un langage rigoureux, le nom de pwfidç ; on appelait foyers, èc/âpat39, les autels des héros. Une distinction analogue était faite entre trois sortes d’autels : altar, ara, focus, par le rituel romain, comme l’atteste une prescription qui en est évidemment extraite 40 ; mais cette distinction, déjà obscure pour les anciens, ne fut pas ordinairement observée. On peut seulement conclure de leurs explications et du rapprochement de quelques passages où ces termes sont employés que ara (de dstpw) était, comme [iüjfxo'ç, en grec, le nom commun à tous les autels, si peu qu’ils fussent élevés au-dessus du sol; focus, comme ésTi'a et iayi pa, était le nom du foyer, élevé ou non, servant à tenir le feu allumé pour les usages du culte aussi bien que pour les usages domestiques : indispensable pour consumer les offrandes de toute nature “, il se retrouve nécessairement dans tout autel; enfin on appelait altaria, et dans la basse latinité, altare ou altarium 43, un autel plus haut que les autels ordinaires 44. Il résulte aussi des textes, que les altaria appartenaient aux dieux supérieurs seulement, les arae à tous les dieux 45. On a renoncé, et sans doute avec raison, à une explication d’après laquelle le mot altaria signifierait un gradin supérieur de l’autel, ou encore les offrandes qu’on y déposait 46. Mais si les textes sur lesquels s’appuyait cette interprétation 47 ont été mal lus ou mal compris, il n’en est pas moins vrai que l’on peut citer des autels au-dessus desquels on en voit comme un second plus petit superposé. Tel est celui que représente un bas-relief, fragment d’une scène qui a dû servir, avec des bucrànes et d’autres ornements, de déco¬
ration à un autel 48(fig. 418). Sa grande dimension est clairement indiquée par la petitesse de l’arbre placé à côté ; et
39 Poli. I, 8 ; Eust. Ad Od. XXIII, 71 ; Porph. De antro nymph. 6. — 40 I’ab. Pictor, ap. Macr. Sat. III, 2. 3 : « Exta porriciunto, dis danto, in altaria, aramve, focumve eove quo exta dari debebunt. » — U Voyez Bertaldus, De ara, II, 14; Guther, De v et. jure pontif. p. 126 ; Pitiscus et Forcellini, Lex. s. v. ; Lübbert, Comm. pontif. p. 87 ; Bouché-Leclercq, les Pontifes de l'anc. Rome, Paris, 1871, p. 134.— 42 Serv. Ad Aen. III, 134. — *3 Orelli, 251 9 ; Sulp. Sev. Hist. sac. 1, 19. — 44 Paul. Diac.s. v.; Isid. XV, 4, 14. — 43 Serv. Ad Ecl. V, 66 \ Ad Aen. II, 515 ; cf. Vitr. IV, 9. — 46 Pitiscus, s. v.; Grotefend. Préf. du Dict. de la lang. lat. de Freund (p. x de la trad. franc, de Theil) ; Lübberl, l. I. p. 89. — 47 Lucan. III, 404 ; Quintil. Decl. XII, 26 ; Solin. IX, il ; Prudent. Cathem. VII, 203 ; Peristeph. X, 49; Orelli, 2519; Serv. Ecl. V, 66, in fine. Comp. en grec i*i6wjua, Theocr. XVI, 26 ; Apoll. Bh. IV, 1129
si l’on devait en calculer les proportions sur cette échelle, cette image rappellerait ces gigantesques autels qui étaient placés auprès de quelques temples de la Grèce, non devant l’entrée, qui en eût été obstruée, mais dans le péribole ou dans une enceinte particulière, et sur lesquels pouvaient être immolées les hécatombes.
Nous savons par les auteurs la mesure de quelquesuns des plus célèbres : l’autel de Jupiter à Olympie 49 avait 125 pieds (40m, 62) de tour à sa base, et 32 pieds à son sommet ; sa hauteur était de 22 pieds. Pergame possédait 50 un autel célèbre en marbre, orné de sculptures représentant la guerre des dieux et des géants, qui avait 40 pieds (13 mètres) de haut; nous rappellerons encore l’autel élevé par Iliéron à Syracuse et celui de Parion, qui couvraient l’un et l’autre la longueur d’un stade, etc. 61. M. G. Bôtticher 52 a reconnu, avec autant de sagacité que
Si h @ 'W' isï
Fig. 419. Frise et corniche du grand autel d’Éleusis.
d’érudition, dans deux fragments (fig. 419 et 420) trouvés à Athènes et à Éleusis, et considérés jusqu’ici comme appartenant à l’entablement de deux temples, des restes des grands autels de l’Éleusinion d’Athènes et du temple de Démèter à Éleusis. Les objets qu’on y voit sculptés, les
Fig. 4:10. Frise du grand autel de l’Éleusinion à Athènes.
pavots, les épis, les corbeilles, le vase appelé plémocuoé, la phiale destinée au mets appelé xuxswv, etc., sont autant d’attributs propres à ce culte [eleusinia]. Le morceau trouvé à Éleusis 63 a 25 pieds et demi de long ; la hauteur des triglyphes de celui d’Athènes permet de croire que l’autel entier avait de 10 à 12 pieds de haut. Ces vastes constructions, dont il faudrait peut-être chercher les premiers modèles dans les bûchers et les pyramides de l’Orient, et dont on peut rapprocher d’autres vestiges fort anciens, qui subsistent en Italie 64, se composaient de plusieurs assises : la plus basse formait un immense soubassement (xpniTu;) qu’on appelait TcpdOusiç ; c’est là ss, nous le savons au moins
Gloss, lat.-gr. iitt6w|ûs, altarium. — 48 Gerhard, Ant. Denkm.; voy. aussi Blouct, Expcd. de Morëe, III, 19, 5. — 49 Paus. V, 13, 5. — “0 Ampelius, Lib.mem. 8. — *l Diod. XVI, 81 . Le grand autel de Delphes (pu|ro; 6 Paus. X, 14, 4) devait être un autel
semblable. — 52 Philologus, 1866, p. 227 et s.; voy. ausi F. Lenorniant,7?eeA. archëol. à Éleusis, p. 397 et s.; et Rev. d’archit. 1 85S, p. 150. Les deux autels auraient été reconstruits vers le n* siècle ap. J.-C. — 63 Ce ne peut être, d'après M. Bôtticher, qu’un des petits côtés de l’autel. — 54 Pctit-Radcl, Recherches sur les mon. cyclop. p. 143, 171, 175, 209 ; Raoul Rochette, Mém. de l Acad, des Inscr. t. XVII, 2e part, p.67 et 296 ; Id. Hercule assyrien, pi. îv ; cf. Bôtticher, Telctonik, IV, p. 37. Voy. aussi, la dissertation sur l’Ara maxima, dédié à Hercule, à Rome, de M. de Rossi, Ann. del. Inst. 1854, p. 28. — 65 Paus. V, 13,5; Bôtticher, in Philologus, 1867, p. 13 ; R. Rochette, l. L.
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pour l’autel d’Olympie, qu’on abattait les victimes, dont les chairs étaient ensuite consumées sur la plate-forme supérieure. Des escaliers donnaient accès de chaque côté à la TrpoOuffiç, et pour y amener les animaux destinés au sacrifice, on rendait la montée plus facile, en jetant de la terre ou de la cendre entre les degrés 66. D’autres degrés conduisaient à la partie supérieure ; à Olympie, ils étaient faits de la cendre des victimes brûlées sur l’autel, et de celle qu’on y apportait du Prytanée et qui, mêlée à l’eau de l’Alphée, servait aussi à l’enduire et à accroître chaque année sa hauteur.
Il est facile de comprendre la nécessité d’étendre une couche épaisse de cendres sur les autels, quand ils étaient faits ou revêtus de marbre, comme à Pergame ou à Éleusis, sans quoi cette matière eût été promptement convertie en chaux par l’action du feu. Cette pratique se fondait d’ailleurs sur une idée religieuse. Quelques-uns des autels les plus antiques et les plus vénérés de la Grèce étaient formés des cendres et des ossements des victimes consumées. Pausanias en cite en divers endroits 57 : tel était par exemple, à Thèbes, celui d’Apollon, surnommé -TtoStoç par ce motif; celui du même dieu, à Délos, qu’on appelait ô xepaTwv ou xspaTivo; f liopiaç, était un immense amas de cornes des chèvres abattues à la chasse, disait-on, par sa sœur Artémis 68. Il y a aussi des exemples d’autels qui n’étaient autre chose que le bûcher du sacrifice, qu’on brûlait entièrement avec les animaux de toutes sortes qui y étaient enfermés 89.
On a pu voir déjà, par les exemples qui ont été cités, que la construction des autels participa à tous les progrès de l’architecture. Les autels primitifs de terre ou de gazon étaient conservés, il est vrai, dans les traditions de cultes qui remontaient aux plus anciens temps : sous l’empire, et jusqu’aux derniers temps du paganisme60, on sacrifiait encore sur de pareils autels aux divinités domestiques, à celles qui protégeaient la maison et le champ, comme les Lares, Terminus et Dea Dia 61 ; mais à côté de ces restes grossiers et toujours respectés des religions primitives, d’autres autels construits régulièrement s’embellirent peu à peu; nous en pouvons juger par ceux qui nous ont été conservés et qui sont en grand nombre, et par ceux, plus nombreux encore, dont les œuvres de la peinture et de la sculpture nous offrent des modèles. Les plus simples consistent en un massif quadrangulaire de pierres assemblées sans aucun ornement 62 ; ou bien, ils ont la forme d’un cippe, d’une borne ronde, comme ceux qui étaient devant les maisons, consacrés aux dieux protecteurs de la rue [agyieus] ; mais plus ordinairement l’autel , rond, carré, oblong, triangulaire, octogone, quelle que soit, en un mot, sa forme, a l’apparence d’un petit monument dans lequel sont observées les règles architectoniques ; le cippe ou le dé qui en forme la masse est orné de moulures,
d’oves, de triglyphes, etc.; il a une base, et supporte une tablette creusée ou munie de rebords (fig. 421 , 423, 426) sur laquelle on plaçait les offrandes, on allumait le feu du sacrifice et l’on versait les libations; un canal laissait écouler le vin et le sang des victimes. On remarque dans beaucoup de peintures de vases (fig. 422, voy. aussi fig. 189, p. 167), les liquides qui se répandent au dehors par une ou plusieurs ouvertures placées sur la face63. Au-dessous de la tablette supérieure, on voit fréquemment , comme sous l’abaque d’un chapiteau ou sous la corniche d’un entablement , une moulure plus ornée 64 (fig.
417,421,422) ; quelquefois des volutes s’enroulent aux angles, soit au-dessous de cette tablette, soit audessus , et forment ce
qu’on a appelé les cornes de l’autel60 (fig. 410, 418, 422) ; ou bien, comme aux extrémités de beaucoup d’édicules, particulièrement de tombeaux, des antéfixes se retournant d’équerre remplissent le même office 66 ; outre ces cornes, le rebord surhaussé dessine parfois un petit fronton (fig. 421) 67. Autour de l’autel étaient suspendues 68 des bandelettes [vitta, infula], des couronnes, des rameaux de quelque arbre consacré à la divinité à laquelle l’autel appartenait [arbores sacrae, verbena], des guirlandes de fleurs et de fruits ( encarpa ), souvent imitées par la sculpture dans les monuments qui ont été conservés (fig. 414, 418, 423, 423). On imita de même les têtes des animaux dont les ossements blanchissaient autour des édicules et des autels consacrés aux dieux à qui on les avait sacrifiés, et on en fit un motif de décoration : on le rencontre fréquemment dans les monuments sculptés (fig. 418, 419, 420, 426) qui appartiennent à un art avancé 69, plus rarement sur les vases peints qui représentent des œuvres plus anciennes. On a vu plus haut (fig. 417) le crâne décharné d’un taureau accroché au flanc d'un autel deBacchus10; dans d’autres peintures de vases, des dépouilles semblables gisent à terre ou sont suspendues, non loin de l’autel, à une colonne, ou placées simplement dans le champ de la
56 Paus. VII, 18, 7.-57 y, 13, 8, et 14, 8 et 10, et 15,9 ; IX, 11, 7 ; cf. Welcker,é>. Gôtterlehre, I, p. 170. — 58 Callira. In Apoll. 60 ; Spanheim, Ad h. I.; Plut. Thés. ‘Il -,là.Solert. anim. 35 ; Ovid.-ffer. 21,99; Osann, in Kunstblatt, XVIII (1837), n. II.
— 59 Paus. VII, 187 ; IX, 3,4. — 60 prudent. Perist. X, 187. — 61 Ovid. Fast. 1, 645 ; Marini, Atti di (rat. an. tab. xliii, 5 ; cf. Cod. Theod. XVI, 10, 12. — 6i Gerhard, Etr. und kamp. Vas.pl. îi-m ; O. Jahn, De Minervae simulacris attic. pl. n, 1 ; Mus. Pio- Clem. VII, pl. l ; M us. Borbon.V III, pl. xn ; Élite des monum. céram. II, pl. luit a.
— 63winckelmann, Mon.ant. inéd. n. 138; Millin, Vases, 1, 8 ; Élite céram. I, pl. xxi ;
II, pl. CVII, cvm ; III, pl. LX ; Corhard, Arch. Zeitung, 1845, pl. xxxvi ; Id. Auserl. Vas.
III, pl. ccxxiv ; ccxxvi ; Millingen, Peint, de vas. pl. xxm, xlvii ; Bitschl, Priscae lat. monum. epigr., pl. xn, p. 80. — 64 La fig. 42) représente Oreste assis sur l’autel d’Apollon : Monum.del. Inst. 1857, pl. xliii; 1846.pl. xxx, et 1861, pl. lxxi ; Gerhard, 1. 1.; Id. Ant. Bildw. pl. lxiii; Élite céram. I, pl. xiv, xvi, xxi, xxxm, xcm; II, pl.vm, xxxii, xxxiv, XXXVI, cxv, CXVI ; III, pl. lx, lxiii B, lxxvi, lxxix ; IV, pl. vu, xcvm ; Millingen,
1. 1. pl. xn, etc. Anth. pal. VI, 10, 3 : « IW'J ;j.ô xEpaoO/o? » ; Nonnus, Dionys. XL1V,96 : « Eixlçao; pupiç • ; Vitr. IV, 8 : « Cornua »; Justin. XXIV, 28 ; Curn. Nep.Auniô. 2; Macr. Sat. III, 2 ; voy. à ce sujet R. Rochette, Peint, ant. inéd. p. 402; Hermann, Gottesd.Al terth. 17, 11 ; Schômann, Gr. Alterth. II, p. 186,2» éd. — 66 Élite céram. IV, pl. vu ; Annal, del. Inst. 1865, tav. P; Millin. Gai. myth. pl. cxvi, n. 2 89. — 67 Gerhard] Trtnksch. d. Mus. zu Berlin, pl. iv, 5; Id. Auserl. Vas. I, pl.xxvm; Élite céram. 1, pl. xxxvi A et xcn ; Annal, del. Inst. 1. 1. — 68 Spanheim A d Callim. Hymn. in Apoll. 8 1 ; Virg. Fcl. VIII, 65; Georg. IV, 276 ; Hor. Od. IV, 11,7; Ovid. Fast. III, 30; Trist. III, 13, 15 ; Propert. IV, 66 ; Tibul. I, 3, 18 ; Stat. Theb. VIII, 298 ; Vite, IV, 1; Mardette, Pierres gravées , 1. 11, pl. xlv, lxi, lxvi, lxxi ; Mon. del. Inst. 1849, pl. xi ; Zoëga, Bassiril. ant. 18 ; Gerhard, Ant. Bildw .i.wn, lxxxiii, lxiv; Clarac, Musée de sc. pl.cxx, n. 156; exxx, 157; clxxxv, 177 ; ccxxm, 147; 11, 76, 165. — 69 Clarac, /. I. et pl. lxvi, n. 77 ; Gerhard, Ant. Bildw. cxiv. On voit aussi les tètes de bélier figurées sur la table del autel : R. Rochette, Mon. inédits, pl. lui. — 70 Mon. ined. del. inst. 1860, pl. xxx vu.
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pointure 7’. Les images et les attributs des dieux, des scènes du culte ou de la mythologie, dont les autels figurés sur les vases peints n’offrent guère d’exemples, sont fréquemment représentés sur les autels sculptés qui nous ont été conservés 7*. La figure 424 montre un de ces autels qui existe encore à Pompéi 7\ sur l’un des côtés duquel on voit la cérémonie d’un sacrifice, tandis que sur les autres faces (fig. -4-23, 423) sont groupés divers instruments du culte. Des emblèmes religieux ont souvent servi de la même manière à décorer les autels ; on en a vu plus haut (fig.
419, 420) de rem arq u a-
Fig. 423. Côté gauche.
Fig. 424. Autel du temple dit de Quirinus, à Pompéi.
blés exemples. A côté des autels qui précèdent, consacrés à des divinités, en voici un (fig. 426), trouvé à Lesbos 7‘, que son inscription, de l'époque romaine,
[OJ AAMOS [AJPIÜTANAPQ TQ KAEII- TEIPQ HPQI, désigne clairement comme l'autel d’un personnage honoré comme un héros. C’est un cippe rond de 0ra,G2 de haut, orné de guirlandes suspendues à des patères, qui alternent avec des têtes de béliers; on peut voir, creusée dans le plateau supérieur, une cavité pour les libations et, à côté, •les serpents comme on en rencontre fréquemment figurés auprès des autels [genius, draco].
Des inscriptions font souvent connaître, sur les autels qu’on a conservés, le nom du dieu ou du héros qu’on y honorait; celui du personnage, du peuple, de la cité, etc., qui les a dédiés ; quelquefois les motifs et les circonstances de la dédicace ; les conditions et privilèges qui y étaient attachés, les prescriptions relatives aux sacrifices, enfin tout ce que devait comprendre, chez les Romains, la règle de fondation ( lex arae, lex dedicationis ou consewationis) 7S.
Lu autel n était généralement consacré qu’à une seule divinité ; mais il ne manque pas d’exemples, chez les Grecs et chez les Romains, d’autels communs à plusieurs, ou même à tous les dieux, ainsi associés dans un même culte (0eoi aufj.6tou.oi, ôu.o6ojfj.tot 76). D'autre part, les autels de plusieurs dieux pouvaient être réunis dans un même sanctuaire, si, à côté du dieu qui y était principalement honoré, d'autres y recevaient un culte (6eo! ™?eo pot, cupêtouoi, oûvvaot, côvoixot 77).
1 Monum. ined. del. inst. 1846, pi. xxx ; 1850, pl. xxn ; Élite des mon. céramogr. I, pi. xxxm ; cf. Theophr. Char . 21. — 72 La petite figure assise qu’on voit dans le li-onton de l’autel reproduit (fig. 422) est une exception ; au contraire, les exemples abondent dans les monuments sculptés : Zoëga, Bassiril. I, 14, 15, 46 ; II, 70, 112 •
Clarae, /. I. ; Gerhard, Ant. Bildvi. cxiv et ci-dessus, fig. 377, p. 319. 73 Mazois
Buines de Pomp. IV, pl. xv. — 74 Conze, Beise auf der Insel Lesbos, Hanovre’ 1865, p. 11, pl. iv, 5. — Î5 Conze, l. I. p. 11, pl. IT, 3; Frühner, Notice de là sculpt. antiq. p. 36 ; Orelli-Henzen, 2489, 2490 , 6120 ; cf. Mommsen, Inscr.
B. Neap. 6011 ; Plin. Ep. X, 59 ; Serv. Ad Aen. II, 761. — 76 pind. Ql. V, 5 et
Des autels ont été érigés plus d’une fois en accomplissement. d’un vœu, sans être en réalité destinés à la célébration d aucun culte, mais avec une signification purement s\ mbolique . delà vient qu on en possède un grand nomlire qui n’ont ni foyer creusé à leur partie supérieure, ni orifice par où puissent s’échapper des liquides. On a souvent aussi confondu avec les autels des bases de statues sur lesquelles des dédicaces sont inscrites. Il faut encore
distinguer des autels les monuments funéraires qui en avaient la forme [sepul crum, ollaJ.
Nous dirons quelques mots en finissant
d un accessoire que l’on peut remarquer sur plusieurs autels, mais dont les exemples sont cependant rares : c’est une sorte de toit qui paraît destiné à abriter le feu
Fig. 42Ü. Coté droit.
Fig. *27. Autel couvert.
du sacrifice. Ceux qu’on a cités jusqu'à présent se voient dans des œuvres d’une antiquité peu reculée 79. Nous en offrons un nouvel exemple (fig. 427), d’après un vase à figures noires de style très-ancien, de la collection Campana, au Louvre. La couverture est soutenue par des barreaux au-dessus d’un autel qui n’a d’autre décoration que la disposition en damier des pierres dont il est formé ; le foyer est allumé et l’on amène, aux sons de la double flûte, la victime qui doit être sacrifiée. La figure 428, tirée d’un bas-relief 80 découvert à Rome en 1848, représente un autel couvert d’une sorte de coupole, et qui est placé comme
Schol.; Paus. I, 34, 2 ; V, 1, 14; Aesch. Suppl. 225 ; Plut. Qu. rom. 59; Mommsen Inscr. lat. ant. p. 399, 10 ; Visconti, Mus. Borgh. pl. j.x, ; Welcker, Gr. Gôtterlehrè II, 169.-77 Paus. I, 31, 2; II, 2, 7 et 25, 1 ; VIII, 9,1; Thuc. IV, 79; Arnaldus, BediisraolSfois,, Hag. 1732. 78 Orelli-Henzen, 1217, 1231, 1238, 1257 et s. ; 1283, 1299 1813, 1820 et s., 1840.-79 Mus. di Mantova, III, pl. xiv ; Clarae, Musée, pl. ccxvn.’ n. 314; Bomllon, Mus. des ant. III, pl. lviii ; Ann. del. inst. 1849, tav. d’agg. Nvoy. aussi ci-dessus, p. 168, la fig. 190. C’est encore un autel semblable que l’on voit' erovons-nous, sur une monnaie de Sicyone : Cabinet d’ Allier de Hauteroche pl >, 15. - 80 Brunn, Ann. del. Inst, arr.h. 1849. p. 382 et s.; Mon. ined. V, pl. vu,
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devant l'entrée d’un temple, au pied de l’escalier d’un tombeau monumental. E. Sagi.io.
ARACIINE [uokologium].
ARATEA. Deux fêtes annuelles de ce nom étaient célébrées à Sicyone, en l’honneur d’Aratus : la première, appelée 2wTr,p(a, le jour où il avait délivré la ville, la seconde à l’anniversaire de sa naissance Hunziker.
ARAÏOR AGRI PUBLICI. — Une partie ou la totalité du territoire conquis par Rome sur l’ennemi et devenu ager publicus fut quelquefois rendue aux anciens possesseurs, moyennant une redevance en nature ou en argent. Les cultivateurs ainsi rétablis dans leur ancienne jouissance n’avaient plus la propriété, impossible d’après les principes du droit romain sur le sol de la province, mais une sorte de possession indéfinie et irrévocable. 11 est fait mention de ceux qui publicos agros avant dans deux passages de Cicéron ', dont l’interprétation est fort contestée entre les savants. L’orateur dit qu’un très-petit nombre de cités siciliennes ont été jadis conquises par les anciens Romains; que leur territoire devenu ager publicus leur a été restitué, et que les censeurs ont l’habitude de le louer... Ailleurs il ajoute que ceux qui cultivent les champs de Yager publiais ont à payer une redevance fixe, ex lege censona, d’après les clauses du bail des censeurs. Zumpt 2 et Walter 3 pensent que l’objet de l’adjudication est ici non le sol même, puisque la possession en était restituée aux anciens maîtres, mais le recouvrement de la redevance envers l’État prise en ferme par les püblicani, aux termes du contrat passé avec les censeurs. Du reste, ici le sol était toujours considéré comme ager publicus , à la différence des agri decumam ou arationes, sur lesquels les possesseurs sujets à la dîme, aratores ou decumani, avaient une sorte de propriété perpétuelle, autant qu’elle pouvait se concevoir en province. D’autres, au contraire \ voient dans les aratores agri publia de simples locataires ou fermiers de leurs anciennes propriétés. G. Humbert.
ARATRUM, vApoxpov, la charrue. — L’usage de la charrue remonte en Grèce et en Italie jusqu’au passé lointain où les inventions sont enveloppées de fables et attribuées aux dieux, ou aux héros qui sont issus d’eux. En Grèce, on nomma tour à tour comme ses inventeurs Jupiter ou Bacchus1, Pallas ou Cérès; ces deux déesses en auraient appris l’emploi à Triptolème [triptolemus], qui l’enseigna dans toute la Grèce ; d’autres en faisaient honneur 2 à Buzygès (BouÇuyviç) dont le nom signifie celui qui lie les bœufs sous le joug [arotoi hieroi], et il semble que la tradition de l’Attique, qui faisait d’un héros national le premier laboureur, ait été acceptée par les Romains, chez qui on ne rencontre, pour expliquer l’origine de la charrue, aucune légende qui leur soit propre.
La charrue primitive était celle qu’on rencontre encore
Garrucci, Mus. Lateran. xxx, 111 ; Benndorf et Schône, Lateran. Mus. p. 214; voy. un autel placé ainsi Revaut un temple, dans un autre bas-relief découvert en même temps et qui représente les monuments de la voie Sacrée : Mon. del. Inst. V, pl. vu; Garrucci, l. I. xxxix ; Benndorf et Schône, p. 230. — BinuoGaimiE. Berthaldus, De ara, in Graevii Thesaur. antiq. t. VI ; Mizler, De antiq. aris, Wittemberg, 1696 ; Maius, De aris et altaribus veterum, Giessen, 1732 ; Mesny, Degti altari e dette are degti antichi, Firenze, 1763 ; Montfaucon, Antiq. expliquée. II, 1, 1. III, c. n, et Suppl. ; Pitiscus, Lexic. antiq. rom. s. v. Altaria, Ara, Cespes ; K. F. Hermann, Gottcsdienst. Atterthümer der Griechen , §§ 15-17 ; Id. Privatalterthümer,
S 19, u. 19-21 (2' éd. 1870) ; Schomann, Griech. Atterthümer, II, p. 192 et s. ; 550 et s.
(3e éd. 1873); C. Bôtticher, Andeutungen über das Heilige und Profane in der Daukunst der Hellenen, Berlin, 1846; Id. Die Tektonik der Ilellenen, Postdam, 1852, IV, p. 17, 33, 265, 271, 322 et s.; Lübbcrt, Commentationes pontificales, Berlin, 1859, p. 87; Pyl, Die griech. Iiundbauten, p. 82; Premier, Hestia-Vesta, Tubing. 1864; Clara:, Musée de sculpture, pl. clxx et s. ccxLix et s. exx et s.
chez certains peuples, un tronc d’arbre formant avec une de ses branches une bifurcation, qui put servir de pic ou de houe avant qu’on eût l’idée d’y atteler des bêtes de trait. Elle est représentée dans quelques monuments, notamment dans un bas-relief fréquemment reproduit sur les urnes cinéraires de l’Etrurie 3. On y voit (fig. 4:29) un héros athénien qui combattit à Marathon, d’après la légende, armé seulement de sa charrue, avec laquelle il tua un grand nombre de Barbares. Il était inconnu et disparut après la bataille.
L’oracle interrogé prescrivit d’honorer d’un culte particulier le héros de la charrue k (fjpoi; ’EyExXaïoç), le nom du manche {iyiz\d), qui servit à le désigner , étant pris pour l'instrument entier; et, en effet, la charrue représentée dans la figure n’est qu’un long manche terminé par un crochet.
C’est cette charrue qu’Hésiode appelle 5 àuxoyoov àpoxoov, c’est-à-dire charrue d’une seule pièce : elle pouvait, sans l’addition d’aucune partie, être pourvue d’un manche : il suffisait pour cela que le même tronc fût pourvu de deux branches dirigées en sens opposés, la plus forte et la plus courte formant le soc, la plus longue le manche. On donnait d’avance à un jeune chêne ou à un ormeau une pareille disposition, en pliant les branches ou en les assujettissant au tronc par des liens 6. Nous avons un exemple de charrue d’une seule pièce, dont le manche et le soc sont formés par des prolongements naturels, sur une pierre gravée de la galerie deFlorence ! (fig. 430); et c’est aussi sans
doute cette charrue qu’il faut reconnaître sur les monnaies des colonies romaines, où est rappelée la cérémonie pratiquée à la fondation des villes [colonia]. On en traçait la limite en creusant un sillon à l’aide d’une charrue attelée
CXXX, CXLV, CLI, CCXII, CXVII, CCXLIX et s.
ARATEA. 1 I’lut. Arat. 51.
ARATOR AGRI PUBLTCI. 1 In Verr. 111, 6 et V, 21 ; cf. lit. Liv. XXXIII, 7 ; Scliwtgler, Hôm. Geschichte, XXV, 3, 7. — * In Verr. III, 6.-3 Dôm. Iiechtsgeschichte, 1, p. 349, 3« éd., Bonn, 1860 ; cf. Voigt, Jus naturale, II, 398, 400. — 4 Bccker-Marquardt, Handbuch derrÿm. Atterthümer. 111, 2, p. 142 ; Ruperti, Bandb. der rôm. Atterthümer, l, p. 429.
ARATRtJM. 1 Diod. Sic. III, 63 ; Arrian. De reb. ind. 7. — 2 Plin. Hist. nat. VII, 57 jHesych. Boston; — 3 Gori, Mus. et ruse. II, pl.cLvii ; Winckelmann, Monum. ined. Il, p, 105 ; Clarac, Mus. desc. pl. ccxiv quater, n. 255 bis. La figure est tirée d’une urne du Louvre. — 4 Paus. 1, 15 et 32. — 5 Op. et dies, 433, et Schol. ad h. I. ; Schol. Hom. Iliad. X, 353, et Apoll. Rhod. 111,232; Hesych. s.v. AirOyuov et — 6 Cf. Virg. Georg. I, 169. i T. II, pl. xlu, 3; on peut en voir d’autres du même genre, figurés d’après des monuments aujourd’hui perdus, dans Graevius, Thés. XI, p. 1646 ; Fabretti, Col. Traj. p. 152 ; Spou, Misée II. uni. erud. p. 308.
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d'un taureau et d'une vache : il n’est guère douteux que cette charrue n’eùt conservé, comme tous les instruments qui servaient à l’accomplissement de rites très-anciens, sa forme primitive; mais on n’en peut être assuré par les images trop peu distinctes que nous offrent les monnaies 8.
Hésiode, à côté de la charrue simple (ocÙTÔyuov), place la charrue composée (utixtov aporpov)9, et il engage le cultivateur à avoir l’une et l’autre préparées dans sa demeure. 11 énumère les différentes parties qui doivent être assemblées, et pour chacune d’elles recommande un bois différent : la flèche on timon (îfftoêoîù;, ^uuo'ç) sera de laurier ou d’orme , le sep (sXuga) de chêne, l’âge (pJY]ç) d’yeuse ou chêne vert 10. Ce sont là les trois parties principales qui constituent, les charrues composées les plus anciennes , comme le prouvent les explications des com mentateurs , d’accord avec des représentations antiques que nous reproduisons. I'u/jç, c'est cette pièce de bois recourbée dont le laboureur, selon le précepte d’Hésiode, doit s’empresser de se saisir, s’il rencontre sur la montagne ou dans la plaine un arbre qui lui en offre la conformation naturelle ; elle constitue à elle seule to ute la charrue simple; dans la charrue composée, c’est la partie inférieure du timon (to xemotoctcv uépoç toû loToêoiwç), dit Hésychius 11 ; 1 endroit où la charrue est coudée (toü àpÔTpou yovaTtov), dit-il encore; et le scholiaste d’Apollonius dit d’autre part : « Le bois qui va de l'ïÀuga vers les bœufs s’appelle yûr,ç. » Cette pièce courbe
est bien reconnaissable (fig.
431 ) sur un vase peint de la collection de Luynes 12 ; dans une coupe (fig.
432) de la fabrique de Ni-
P,S. 432. Charrue grecque. cOStllène , au
musée de Berlin13, et dans une coupe de la collection Cam-
pana,au Louvre ( fig. 433 ) u.
Quand un commentateur d’Hésiode, Proclus13, dit que le « yur(ç est un bois
Fig. 433. Charrue grecque. long> implanté
non loin de l’sXuua, dans le manche que tiennent les labou-
8 Eckhel, Doct. num. IV, p. 490 ; Coheu, Monnaies consulaires, Marii, pl. xxvi ; Id. Monn. impér Commode, ’vign. du t. III. — 9 Hesiod. I. I. ; Sehol. Hom. I, l. ; Hesych. icijxtôv a çotç:>v. — lOAâcpy»;; \ ‘KtûÀi\s ù.v.ç4naxoi iïo'JÔç eXujxa, icpivou*
— H Hesych. Schol. Apol. IV, 232. — 12 Bullet, Napolet. I, pl. ii ; Lenormant et de Witte, Élite des monum. céramogr. III, pl. lxiv. — 13 Gerhard, Trinkschalen und Ge fasse, pl. i. — 14 Catal. Campana, n. 683 ; Berichte d. süchs. Gesellsch. 1867, pl. 1. — I3 Ad Hes . Op. et D. 429 ; cf. Etym. mag. p. 173 ; Pollux, I, 252. — 16 >Tous ne reproduisons pas ces monnaies, où les formes sont indiquées avec trop peu de précision; on en trouvera les dessins grandis et quelque peu inter¬
reurs pour gouverner la charrue, » on doit croire qu’il a eu en vue une charrue telle qu’on en peut observer sur quelques monnaies coloniales romaines 16 et dans un bas-relief publié par Spon 17 : la pièce perpendiculaire que tient en main le laboureur se recourbe pour former le sep, vers l’endroit où l’âge vient s’ajuster, comme le dit l’écrivain grec. On voit aussi dans un dessin d’un ancien manuscrit d’Hésiode18, souvent reproduit avant que l’on eût découvert des représentations véritablement antiques, une âge fortement courbée et implantée dans le manche à son extrémité, et dans le talon de laquelle le soc est introduit.
Les figures qui précèdent feront également comprendre ce que les auteurs nous apprennent au sujet du sep (eXupta). C’est, d’après Hésiode, la pièce dans laquelle doit être enfoncée l’âge ; d’après le scholiaste des Argonautii/ues, c’est celle dans laquelle le soc est introduit 19. Les figures démontrent que ces deux affirmations ne se contredisent en rien, mais que l’eXu[/.a est une pièce intermédiaire (jjiépoç to £v to) pÉco) tou otp&Tpou) 20 à laquelle, d’une part, l’âge est fixée, et d’autre part, à son extrémité, le soc. Les auteurs ajoutent que ces diverses parties sont assujetties par des clous ; on voit par les peintures ici reproduites qu’elles pouvaient l’être aussi à l’aide de bandages.
Le soc, qui fouille la terre comme le groin du porc(üç), était appelé par les Grecs uwiç ouuwv], et sa pointe vugep-q **. Sa forme varie dans les représentations qu’on en possède : il est tantôt droit et tantôt courbé, tantôt aigu et effilé (fig. 431), tantôt, comme une pelle, plus large à sa base, en forme de cœur ou de fer de lance (fig. 432,-435).
La flèche (fuptèç) se compose de deux parties 2S, l’âge (y tir,;) ou pièce courbe dont nous avons parlé, et le timon (firuoêosuç) qui s’adapte à l’extrémité de l’âge, au moyen de traverses ou de fortes chevilles, comme on le voit (fig. 434) sur des monnaies de la ville d’Obulco en Espagne 2J, ou à l’aide de courroies, comme sont encore liés les timons de charrues usitées en Égypte de toute antiquité **. On appelait encore tsToëoEuç le lien qui attachait le joug au timon 25. « On nomme l’extrémité voisine du joug,
dit Pollux, XOpWVT) ; ÊJ(SOOIOV, [JlECiÔêotOV Fig. 434. Monnaie dObulco.
ou [/.Effclooiov, la large courroie qui s’attache au joug. On fixe le joug en l’entourant de la courroie, après avoir inséré dans son trou la cheville appelée £[j.ë pUOV OU Evopuov. »
Le manche (e/e'tVo) est clairement figuré dans les exemples ci-dessus ; c’est le morceau de bois que tient en main le laboureur et au moyen duquel il dirige la charrue. Dans la charrue primitive, comme on l’a vu, il se confond avec l’âge, et de là vient le nom du héros de la charrue, ’Eyj.tXoüoç. La poignée sur laquelle le laboureur place sa main est appelée ^etpoXaêvfc, et l’endroit où le manche s’adapte à la charrue, àXur, 26.
Les charrues qui sont plus ou moins clairement figurées
prêtés, dans le mémoire de Mongez indiqué à la bibliographie, fig. 13 et 14. — 17 Mise. ant. erud. p. 308 ; Mongez, fig. 13. — *8 Publié par Jean Le Clerc, dans son Hésiode de 1701 ; Mongez, fig. 24; cf. p. 637; voy. aussi la fig. 25 qui ne reproduit pas parfaitement celle de Montfaucon, Palaeogr. graeca, 1708. — 19 Hes. et Schol. Apoll. Rh. I. I. — *° Etym. mag. p. 333, 37 ; Procl. I. I. ; Hésychius dit aussi : To toü apôxpou xtpiov. — 91 Hesych. 'jvvi ; Etym. mag. p. 777, 15 ; Plut. Quuest. gr. IV, 5, 2 ; Poil, et Procl. I. L — 22 /6. et Schol. Apoll. I. I. — 23 Collection de Luynes ; Mus. Hunter, XL, 12-14 ; Monum. d. Inst. arch. 1867, pl. i.xvm. — 21 Mongez, p. 641, fig. 22, 23. — - 2» Hesych. tffxoOo ;û;; Poil. I. I. — 26 Poil.
Fig. 431. Charrue grecque composée.
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sur des monnaies 57 et sur des pierres gravées iH sont toutes à peu près conformes au type que reproduisent nos dessins. Celles qui sont encore en usage dans beaucoup de contrées de l’Orient et môme dans une partie de l’Italie sont peu différentes.
Nous retrouvons les parties de la charrue qui viennent d’ôtre examinées , réunies et complétées encore dans un dessin que nous reproduisons (fig. 435) d après Ginzrot29, et qui est pris, dit cet auteur, d’un bas-relief décorant la base d’une statue de Cérès, dans la presqu’île de Magnésie. La personne qui le lui avait communiqué, native de ce pays, assurait que l’on s y servait encore de charrues semblables. Nous aurions donc ici, en admettant que tous les détails de ce dessin soient fidèles, un exemple de la charrue grecque arrivée à sa perfection.
Outre les pièces déjà énumérées, on y remarquera un étançon qui joint le sep à l’âge, et qu’on retrouve aussi dans le dessin que nous avons déjà cité d’un manuscrit d’Hésiode : il semble que cette pièce ait été confondue avec le sep sous le nom d’IVufxa ; puis deux oreilles ou ailerons, attachés au sep près du soc, et dont nous parlerons plus loin, dans les explications relatives aux charrues romaines.
On remarquera que dans la figure 432, comme dans la figure 433, la charrue est traînée par des bœufs ; une autre charrue, sur la môme coupe d’où cette peinture est tirée, est attelée de mulets ; et en effet, Homère et Hésiode font mention 30 des deux sortes d’attelages. Les mulets étaient employés pour les terres les plus légères 31.
La figure 429 représente un héros grec; mais c’est en Étrurie que l’on trouve le sujet d’où elle est prise, fréquemment répété sur des coffres en terre cuite qui contenaient les cendres des morts. Ce fait suffirait à prouver que l’on a commencé, en Italie aussi bien qu’en Grèce, par faire usage de la charrue simple, formée d’une seule pièce de bois crochue, et nous avons cité d’autres monuments qui le démontrent également. Pour construire une pareille charrue, on pouvait employer un arbre présentant cette courbure naturelle, ou qu’on avait plié tandis qu’il croissait encore dans la forêt, comme le conseille Virgile, qui imite ici les préceptes d’Hésiode32. Il désigne l’ormeau pour cet usage et appelle buris le bois courbé qui constituait primitivement la charrue italienne, comme le yu-zi; celle des anciens habitants de la Grèce. La buris ou bura était cette pièce dans laquelle se confondent l’âge et le sep [dentale). On se rend mieux compte de l’emploi d’une môme dénomi-
27 Yoy. celles de Panorme, de Centuripes, d’Enna, de Menae, des familles Yibia, C.uecilia, etc. — 28 Gorlaeus, Dactylioth. n. 231 ; Tassie, Catal. of gems, pl. xliii, 7132; Bôttiger, Kleine Schrift. II, pl. vu, 2. — 29 W agen und Fahrwerke drr Allen , p. 34. — 80 nom. 11. X, 351 ; Od. VIII, 125; Hesiod. Op. et B. 46. — 31 Eustath. p. 810. — 32 Georg. I, 169 ; Serv. Ad h. I. : « Buris est curvamentuiTî aratri ; » Isid. Ong.XX, 14,2; Varr. De ling . lat.: «Alii hoc a curvo curvum appellant. » — 33 Gori, Mus. Etrusc. II, p. 438 ; Micali, L’Italia av . il dominio rom. ail., pl. cxiv (et pl. l de l’éd. française) ; vov, aussi un petit bronze étrusque
nation pour les deux parties, en considérant (fig. 436) un ancien bronze étrusque trouvé à Arezzo, où elles ne lor-
ment en effet qu’une seule pièce 3S. On les sépara, et buris devint le nom de l’âge, dans la charrue composée des temps postérieurs ; dentale fut celui du sep. Servius, commentant le vers de Virgile, dit que l’on appelait quelquefois buris la courbe du timon, c’est-à-dire la partie supérieure du crochet qui était toute la charrue primitive; urvum, la partie inférieure. Festus, d’autre part, réunit sous le nom d 'urvum, qui signifie proprement une chose courbe, l’âge et le sep, auquel le soc est fixé ( curvatione buris et dentis, cm praefigitur vomer ) 3\
Le soc [vomer, vomis) et le sep [dentale) unis ensemble sont de même appelés dens par Varron et par Columelle35; cette dénomination date ( du temps où il n’y avait pas encore de soc ajouté au croc de bois durci au feu. Ce soc fut de cuivre, avant d’être de fer, chez les Étrusques et chez les Sabins, comme l’étaient en général les outils d’origine trèsancienne36. La figure 436 montre comment il était lié sous le sep ; d’autres fois il y était implanté, dit Varron 37, comme une dent dans son alvéole. Cette sorte de soc est celle que Caton appelait indutilis et qu’il estimait le plus 3S. Pline en décrit plusieurs 39. Le soc le plus ordinairement employé avait la forme d’un levier terminé en pointe. Pour les terres légères, on se servait d’un soc qui ne couvrait pas (comme dans la fig. 436) toute la longueur du dentale, mais formait une pointe aiguë à son extrémité; ailleurs le fer était large, présentant un tranchant acéré Vers le bout ; il ouvrait le sol avec cette large lame et coupait les racines avec ses côtés. On en voit un ici (fig. 437) remarquable par son bord relevé w, tel qu’on en a trouvé quelquefois dans diverses parties de l’ancienne Gaule. Pline décrit encore et range parmi les différentes espèces de socs l'instrument que nous appelons coutre ou couteau [culter), «qui tranche, dit-il, la terre compacte, avant quelle soit soulevée, et trace d’avance la ligne du sillon, que le soc ouvre couché à plat sur le dos. » La position horizontale du soc indique ici par opposition celle du couteau, en môme temps que la marche de la charrue qui en est pourvue41. On distingue
Fig. 437. Soc.
du Musée britannique publié par la Soc. des Anliq. de Londres. Archaeologia, t. XXXVI, pl. xxyi, ifi. — 34 pest. s. Urvum, p. 278 Lind. — 35 Varro, De ling. lat. Y, 135; cf. I, 19; Colum. lies rust. II, 4. — 36 jiacr. Sat. V, 19, 13. — 37 De ling. lat. XV, 131. — 38 c.ato, De re rust. 15. — 39 llist. nat. XVIII, 48, 2 ; Colum. II, 2 ; X, 68. — 40 Grivaud de la Vincelle, Arts et métiers des anciens, Paris, 1819, pl. xxv, 3 et 5. Voy. aussi Jahrb. f. Alterth. in Dheinlande, XXVI, p. 89. — 41 Voy. sur ce point Dickson, Agric. des anr. t. I, p. 358 et 365 de la trad. franç., Paris, an X (1802) ; et Mongcz, /. I. p. 650.
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nettement le couteau placé devant un soc en forme de bêche dans le dessin d'une charrue (fig. 438) gravé sur un
jaspe vert qui paraît avoir été suspendu pour servir d’amulette 4S.
Ce petit monument est aussi le seul où l’on voit des roues adaptées à la charrue. Ces roues sont mentionnées par Pline comme une invention des habitants de la Rhélie gauloise, et il appelle ce genre de charrue plaustraratnim. Elle pouvait être connue de Virgile, né dans le Mantouan, qui n’était pas éloigné des contrées où ce genre
Fig. 438. Charrue à contre et à de cparrue fut d’abord en USage ;
et, d’après son commentateur Servais, ce serait celle-là même qu il a décrite et pour laquelle il emploie le terme, il est vrai, très-général, de currus, quand il dit que c'est le manche placé en arrière qui imprime une direction à la charrue tout entière "3.
Le manche (stiva), muni d’une poignée ( mambula ou manicula )44, pouvait être simple, comme dans les charrues grecques et dans la charrue étrusque (fig. 436) représentées plus haut, ou double comme dans le dernier exemple.
Dans sa description 4S, Virgile parle encore du timon temo). qui doit avoir huit pieds a partir du tronc dans lequel il est fixé, ou dont il est le prolongement, quand il ne fait qu'un avec la buris ; de deux oreilles ( aures ), qui sont ces pièces de bois qu'on voit dans la figure 433 adaptées au sep, comme elles le sont encore dans les charrues modernes, et qu’on employait dans les pays plats pour relever les deux côtés du sillon (jtorcae ) tracé par le soc46, afin de protéger les semences, qui eussent été gâtées par l’eau séjournant après les pluies d’hiver; une pièce enfin qu'il nomme le double dos du dentalia. On n’est pas d'accord sur le sens qu’il faut donner à ces mots : peut-être le poète a-t-il voulu dire que le sep tenait à l’âge par des étançons, comme dans l’araire moderne, et on voit en effet un support de ce genre dans la charrue grecque reproduite fig. 435; peut-être faut-il entendre que le sep était formé d’une double pièce de bois et qu’il se relevait de chaque côté. Servius dit que presque toutes les charrues, en Italie, offraient cette disposition. Virgile " recommande le bois de l'orme pour les pièces principales de la charrue, le tilleul pour le joug, le hêtre pour d’autres parties. Ces bois devaient être suspendus au-dessus de l’âtre, afin d’éprouver leur solidité, car s’ils n'étaient pas bons, la fumée les faisait fendre.
Pour les travaux du labourage, voyez rustica res.
E. Saglto.
ARBITER [jUDICES].
42 Caylus, Bec. d'antiq. t. V, pl. lxxxiii, 6; comp. une charrue à roues en usage au vme siècle chez les Anglo-Saxons dans Strutt, Tableau des vétera. et. cost. des Anglo-Saxons, Lond. 1797, et Ginzrot, /. /. pl. m, 1 ; la charrue à roulette placée au talon du sep, que Mongez indique, p. 650, fig. 27, n’est pas clairement visible sur les monnaies où il a cru l'apercevoir. — 43 L. I. 174 : « Stivaque quae currus a tergo torqueat imos ». — 4V yarro, De ling. lot. V, 135. — 45 « Temo.. binae aures, duplici aptantur dentalia dorso ». — 46 Pallad. 1, 43 ; Yarr. I, 29 ; Serv. Ad Georg. 1, 172. — 47 L. I. — Bibliographie. — Heyne, Ad Yirgilii Georg. 168 et Excursus de aratroYirg.; Dickson, Husbandry of the agricult. of ancients, trad. franc., Paris, 1802, t. I, ch. xviif ; G. Richtsteig, De nostrae aetatis indole et condic. rerum rusticarum ; acced. excurs. de aratro Hesiod. et Virg., Vratislav. 1812 ; Mongez, Sur les instrum. d’agric. des anciens, dans les Mémoires de l’Institut (Hist. et littér. anc.) II, 1815, p. 616; Ginzrot, Wagen und Fahrwerke der alten Griechen und Borner , I, p. 26 et s., Munich, 1817 ; Schulz. Antiq. rust. I, De aratri Bom. forma et constructione, lena, 1820; K. H. Rau, Geschichte desPflugs. Heidelb. 1845; Daubeny, Lectures on roman husbandry , Oxford, 1857, p. 95 et s.; Magerstedt, Bilder aus der
ARBORES SACRAE. — Le sentiment religieux qu’éveillent dans les âmes la profondeur et le silence des forêts, l’admiration pour certains arbres qui surpassent les autres en beauté, ou la reconnaissance pour les bienfaits dont l’humanité est redevable à quelques-uns, se sont manifestés chez tous les peuples anciens et y ont pris souvent les formes d’un culte véritable, attesté par les auteurs et par les monuments. S’il fallait en croire Pline *, les arbres auraient été les premiers temples. Lucien2 dit aussi qu’avant qu’aucun autre culte fût rendu aux dieux, on enferma dans des enceintes des bois désormais sacrés, et on attribua à chaque divinité un arbre qui lui fut propre : c’est ainsi que le chêne appartint à Jupiter, le laurier à Apollon, l’olivier à Minerve, le myrte à Vénus, le pin à Cybèle, le peuplier à Hercule, etc. 3.
Mais, sans chercher des témoignages récents et douteux pour des origines si anciennes, on peut rappeler que le culte des arbres, adorés comme des dieux ou vénérés comme des séjours que ceux-ci auraient choisis, se retrouve dans la religion primitive de toutes les races qui ont peuplé l’Asie occidentale et l’Europe 4, et que les plus antiques traditions de la Grèce et de l’Italie en ont conservé le souvenir. Il y en avait qui faisaient naître les premiers hommes des arbres et des rochers 5. Celles qui se rapportent aux nymphes des bois, Dryades, Hamadryades, Napées, etc. [nympuae], aux Faunes [faunus], aux Silvains, jsiLVANüs], expriment des croyances populaires touchant le premier âge de l’humanité. Le chêne à glands comestibles (cpvjYÔç, esculus), première nourriture des habitants des bois, était consacré à Jupiter, père des dieux et des hommes 6. La forêt des chênes prophétiques de Dodone est particulièrement célèbre comme l’un des premiers foyers de la religion et delà civilisation helléniques [jupiter, oraculum] ; mais les mêmes arbres étaient ailleurs également vénérés, non-seulement en Grèce, mais aussi en Italie. A Rome, sur le Capitole, à la place où s’éleva le temple de Jupiter, il n’y avait d’abord qu’un chêne, auprès duquel Romulus déposa les premières dépouilles opimes 7. Un autre, sur le Vatican, datait des premiers temps de Rome : une inscription en caractères étrusques indiquait l’ancienneté du culte dont il était l’objet8. En 456 av. J.-C., nous voyons un consul prendre un chêne solennellement à témoin, comme un dieu, de la foi violée par les Èques 9. Des chênes consacrés à Jupiter, à Mars ou à d’autres divinités, sont mentionnés ailleurs ,0.
Les fables obscures et diversement interprétées, relatives aux nymphes MsMat, dont le nom se confond, en grec, avec celui du frêne, paraissent indiquer que cet arbre fut l'objet d’un culte également ancien et fondé sur des traditions semblables au sujet de la naissance des premiers hommes 11 .
rnm. Landwirthschaft, t. V, Sondershausen, 1861, p. 133 et s.; O. Jahn, in Herichte der Sachs. Gesellschaft der Wissenschaften (philol. hist. Classe), 1867, p. 82 et s.
ARBORES SACRAE. > Hist. nat. XII, 2; cf. Senec. Ep. 41 ; 00(1. Fast. lit, 296. — 2 De sacrif. 10. — 3 Plin. I. I. et XVI, 10, 18 ; Phaedr. Fab. 111, 17 ; Schol. Arisloph. Av. 480 et 617 ; Arnob. Adv. gent. V, 16, 39. — * W. Ouseley, Travels in the East, 1819, 1. 1, Append. p. 369 et s. ; C. Bütticher, Baumcultus, e. xl ; A. Maury, Mém. prés. par div. sav. à l’Acad. des inscr ., Antiq. de la France, IV, 1860, p. 5 et s.
5 nom. Od. XIX, 163, et Schol. ; Plat. Apol. p. 34 D. Virg. Aen. VIII, 314 ; Juven.
VI, Il ; Nonn. Dionys. XII, 56 ; Stat. Theb. IV, 279 ; Pind. Fragm. in Philologus, I, p. 437 ; Preller, Ib. VII, p. 20 ; Schumann, Op. Acad. II, p. 136, 413. — 6 Eust. Ad 11. p. 594, 34, et 664, 31 ; Steph. Bvz. s. v. ioîo’mj, et Schol. Villois., p. 450; Cramer, Anecd. graeca, 111, p. 213, 8 ; Lucan. VI, 426. — 7 Tit. liv. I,,10. — 8 Plin. Hist. nat. XVI, 87. — 8 Tit. Liv. III, 25 : « F.t haec sacrata quercus et quidquid deorum est audiant foedus a vobis ruptum. » — '0 Plin. I. I. ; Lucan. I, 136 ; Suet. Vesp. 5 ; Paus. VIII, 54, 3 ; Schol. Apoll. Arg. I, 1132 ; Botticher, Op. I. c. tx et xxix. — n Schomann, l. I. 125 et s.
ARB
Le figuier, présent de Gérés, de Bacchus ou de Jupiter, était sacré pour les Athéniens, les Lacédémoniens et d autres peuples grecs , et son fruit considéré comme un symbole d’initiation à une vie meilleure, peut-être parce que sa culture avait marqué un progrès dans la condition des hommes n. On pourrait attribuer à des causes analogues la vénération des Romains pour plusieurs figuiers que mentionnent les auteurs 13 ; on expliquerait ainsi le nom môme du ficus ruminalis, sous lequel, disait-on, une louve avait allaité Romulus et Rémus, s’il n’était plus probable que cette interprétation date d’un temps où l’on avait perdu de vue la signification véritable du nom : il désignait sans doute à l’origine l’arbre des Ramnes, qui devinrent les Romani'1'. Cet arbre s’élevait au centre de la Rome primitive, près de l’endroit où s’assemblèrent les premières curies. On voit, dans tous les cas, combien le respect qu’il inspirait était ancien. Le figuier ruminai est représenté sur deux médaillons d’Antonin le Pieux lo, on voit (üg. 439), au centre d'un édicule circulaire ; à côté
Fig. 439 et 440. Le figuier ruminai, sur des médaillons d'Antonin le Pieux.
un édifice qui peut être la cabane de Romulus, ou le temple de Yesta ; on y voit encore Énée portant Anchise, et la truie allaitant ses trente petits, qu’il rencontra en abordant dans le Latium; c’étaient là autant d’antiquités religieuses des Romains, pieusement recueillies par Antonin.
Beaucoup d’autres arbres dont on ne saurait expliquer le culte par leurs bienfaits et par la reconnaissance des hommes, reçurent des vœux et des offrandes comme s'ils étaient réellement des dieux : c’est ainsi que la Pythie avait ordonné aux Corinthiens de rendre au pin (s),bcT7]) ou au lentisque (aytvo;), instrument de la mort de Penthée et delà vengeance de Bacchus, les honneurs dus au dieu luimême 16. On ne peut douter que l’Artémis de Carye en Laconie, qui était un noyer 17, l’Artémis d’Orchomène, qui était un cèdre 1R, l’Artémis SorcEtpa, de Boiae, qui était un myrte i9, et d’autres arbres dont l’espèce n’est pas indiquée, mais dont les noms sont assez significatifs, tels que Zeus ’EvSEvSpoç et Hélène AsvSpTxtç, à Rhodes, Dionysos ''EvSEvSpoç, en Béotie 20, ne fussent considérés comme renfermant en eux une divinité 41 . Pour tous ceux dont le culte nous est attesté par les auteurs ou par les monu-
12 Athen. III, 6 et 14 ; Pans. 1, 37, 2 ; Apoll. Vit. Soph. II, 20, 3 ; Anth. pal. Append. 169 ; Hesych. qyiiVQçia et tru/àÇtiv ; Etvm. mag. ^y/jToçia ; Bôtticher, c. xxxii ; AVelcker, Griech. Gôtterlehre, II, p. 603 ;Hehn }Kulturp/lanzen, 2e édit. I874,p. 85. — 13 Tit.Liv.
I, 4 ; Varr. De ling. lat. Y, 54 ; Id. De re rust. II, 11,5; Id. ap. Non. Marc. p. 167 ; Aur. Yict. De or. gent . rom. 20 ; Dion. Hal. III, 71 ; Tac. Ann . XIII, 58 ; Plin. Hist. vat.XV, 20, 3 ; Plut. Romul. 3; Fest. s. v. Ruminalis ficus; Serv. Ad Aen. VIII, 90 ; cf. Orelli-Henzon, 7194.— A. Maury, Mém. de VAcad. des inscr., 1866, p. 135. Sur la forme de ces noms voy. Corssen, Beitrâge zur latin . Formenlehre, 429 ; Mommsen, Disc . lat. antiquiss. Index grammaticus. — 15 Exemplaires du Cabinet de France ; Lenormant, Très, de numism., Icon. des empereurs, pl. xxxii, 9, 10, p.60. — *6 Paus.
II, 2, 7: « Tô SévSpov èxtîvo tira xiè 6eô aeffeiv. » ; Eur. Dacch. 1054 ; Theocr. XXVI, 11. — H paus. III, 10, 70 ; Serv. Ad Eel. VIII, 30. — 18 Paus. VIII, 13, 2. — 19 Id. III, 22, 12; cf. Bôtticher, Baumcult. p. 451. — 20 Hesych. ,Ev$tvfyo;f Paus. III, 19, 10.
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ments les textes n’indiquent pas toujours qu ils fussent identifiés avec un dieu, mais il en résulte au moins que celuici v faisait sa résidence, ou qu’on y voyait son symbole.
L’olivier 2i, création de Minerve, signe de sa victoire sur Neptune lors de la mémorable dispute pour la possession de l’Attique, lui resta toujours consacré. On conservait dans l’enceinte découverte du temple d’Erechthée, sur l’acropole d’Athènes, un tronc antique considéré comme la pousse même (&ata Trayxü'poî) que la déesse avait fait sortir du sol en le frappant de sa lance, et comme la tige mère des oliviers sacrés que la loi entourait d une protection spéciale [moriai]. Ce tronc portait, comme les images de Minerve, le masque de la Gorgone M, et probablement aussi des armes qui lui donnaient l’apparence d’un trophée. Les trophées qu’on voit sur quelques monnaies d'Athènes2* en sont probablement un souvenir. Dans la peinture d un vase découvert il y a peu d'années à Mégare 23 (fig. 441),
des jeunes gens sont représentés amenant au pied d’un pareil simulacre des animaux destinés au sacrifice. Enfin dans plusieurs bas-reliefs commémoratifs de victoires, qui appartiennent à divers musées et qui ont entre eux une similitude presque complète 26, sont figurés, auprès d’un arbre dépouillé de ses branches, qui tantôt porte une statuette de Minerve, tantôt un trophée d’armes, d'un côté un guerrier, de l’autre une Victoire offrant une libation à un serpent enroulé autour de l’arbre : dans tous ces monuments on doit reconnaître sans doute une imitation de ces images de Minerve Poliade ou de Minerve Victoire qui consistaient en un tronc d’olivier non taillé et couvert d'un trophée47. La querelle de Minerve et de Neptune et la création de l’olivier étaient représentées dans un des frontons du Parthénon; elle l’était aussi, un peu différemment et telle qu’on la voit reproduite (fig. 442) sur des bronzes de l’époque impériale, dans un groupe de marbre placé vers l’angle nord-est du même temple et dont quelques fragments ont été retrouvés 29 : on la voit encore sur des vases peints 29,
— 21 Sil. Ital. : « Arbor numen habet, coliturque tepentibus aris » ; Ovid. Met. VIII, 755. — 22 Bôtticher, Op. I. p. 107, 423 et s. ; et Philologus, t. XXII, p. 243 et s. ; Lôber, Die Heiligkeit des Oelbaums in Attilca, Stade, 1857 ; Stark, Myth. Parait., in Berichte der Sachs. Gesellsch., 1856, p. 81 et s. ; ld. in Nuove mem. d.Inst. arch. 1 865, p. 257; Hehn, Kultwp flans, p. 87. — 23 Eurip. Fragm. ed. Matth. 17, 46; Bütticher, Baumcult. p. 107. — 24 Beulé, Monnaies d’Athènes, p. 83, 148. — 25 Arch. Zeitung, t. XXIII.pl. r.xcix, 3 ; O. Jahn, De antiq. Minervae simulacris atticis, p. 24, pl. ni, 2. — -6 Winckelmatin, Monum. ined. 120; Clarac, Mus. de sc. pl. ccxxm, 175; Gerhard, Minervenidol. tab. n,3, 5, 6 ; Ane. marbl. ofBritish mus. 11,41; Labus, Mus. Mantou. III, 7 ; A-vellino, Descr. di ma casa Pompei-, tab. iv ; Mus. Borbon. X, 15 ; O. Jahn, l. I. pl. il, 3 ; ni, 1- — 87 Tertull. Apolog. 16 ; Ad nat. 1, 12 ; Cornut. Nat. deor. 20; O. Jahn, 1. 1. p. 25. — 8* Beulé, L'acropole d'Athcnes, I, p. 350 ; de Laborde, Le Parthénon . pi . i, ii. — 29 De Luynes, Vases étrusq. et grecs, pl. u ; Élite des mon. céramogr. I, p. 255,
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sur un magnifique camée du cabinet de France [minerva] et sur d’autres pierres gravées so. L’olivier de l’acropole est souvent figuré sur les monnaies d’Athènes s‘, tantôt auprès de
Minerve, tantôt avec la chouette et le serpent familier, quelquefois à côté de l’autel de Jupiter 'Ep/EÏoç, qu’il
Fig. 442. L'olivier de Minerve sur une monnaie d'Athènes. Ombrageait dans
l’enceinte de l’É-
rechtheion. Jupiter, dont le culte fut d’ailleurs constamment associé à celui de Minerve chez les Athéniens, était aussi le protecteur de l’olivier sous le nom de Zeùç Môptoç ou KaTottoaxYiî (c’est-à-dire qui protège avec la foudre les oliviers sacrés). 11 avait un autel parmi les oliviers de l’Académie, rejetons de celui de l’acropole38. La religion qu’ils inspiraient fit respecter ces arbres par les Lacédémoniens, lorsqu’ils dévastèrent tout le pays 33. On racontait aussi que lors de l’incendie des temples de l’acropole par les Perses, l’olivier de Minerve avait repoussé d’une coudée en une nuit, d’autres disaient de deux coudées 34.
Nous voyons des rameaux ou des couronnes d’olivier placés comme un symbole de bénédiction, de clémence et de paix, dans la main des suppliants [supi>licatio] 35, dans la maison et au berceau des nouveau-nés 36, et quelquefois employés dans les purifications [lustratio, funus], comme ceux du laurier auxquels ils étaient joints aussi dans l’offrande de I’eirésioniè.
Le laurier 87 est par excellence l’arbre salutaire. Les vertus qu’on lui attribuait le faisaient employer dans toutes les cérémonies lustrales, pour lesquelles nous renvoyons aux noms qui viennent d’être indiqués. On croyait qu’il avait le pouvoir non-seulement de purifier et de guérir, mais encore de prévenir et de détourner les maladies, les maléfices et toutes les mauvaises influences. Il passait même pour être à l’abri de la foudre 38. On le plantait comme un préservatif devant les maisons, ou on suspendait ses branches à l’entrée. A Rome, chaque année aux calendes de mars, ces feuillages étaient renouvelés à la porte des flamines, à celles de la Regia, de la Curie 39 ; l’autel public de Testa et, dans les demeures particulières, l'autel domestique et les images des Lares 40 en étaient entourés. Les gens superstitieux portaient des bâtons de laurier, ou en mettaient des feuilles dans leur bouche 41 . L'usage des Romains de se couronner de laurier quand ils étaient vainqueurs et dans la cérémonie du triomphe ; d’en entourer les faisceaux, les bulletins de victoire [corona, triumphus, fasces, laüreatae litterae,] avait pour origine la nécessité de se purifier du sang répandu et de se préserver contre le mauvais sort qui s’attache de préférence
(ce fut la croyance de toute l’antiquité) aux hommes trop heureux 4S.
Ces vertus bienfaisantes du laurier devaient en faire l’arbre de prédilection d’Apollon, le dieu sauveur et purificateur [apollo]; et en effet il ne manquait dans aucune des l’êtes de ce dieu, dans aucune cérémonie de son culte (voy. notamment daphnèpüoria), et on le trouve figuré, comme sa marque propre, sur tous les objets qui lui étaient consacrés ; il croissait auprès de ses autels, ses temples en étaient entourés ; son premier sanctuaire, à Delphes, fut une cabane de branches de laurier 43 ; lui-même, dans ses images, il en est ordinairement couronné (fig. 343) 44 ou en tient un rameau, souvent même un arbuste entier (voy. p. 320, 321).
On attribua à l’arbre du dieu de la divination le don prophétique ; pour prédire l’avenir, les devins et la Pythie elle-même se couronnaient de ses rameaux, en prenaient une tige en main, ou en mâchaient des feuilles 45. Les poètes racontaient que le laurier, avant d’être un symbole de pureté et un at tribut d’Apollon, avait été une vierge aimée par lui et qui n’avait échappé à la poursuite du dieu, avec l’aide de la Terre sa mère, que par sa métamorphose en l’arbre qui garda son nom [daphné]. Ce récit s’accorde avec la tradition d’après laquelle la Terre (Hj) aurait possédé l’oracle de Delphes avant Apollon, et Daphné aurait été la première prêtresse chargée de ses révélations 46.
Le palmier était aussi un attribut d’Apollon, parce que ce dieu avait reçu le jour sous son ombre dans File de Délos. Il est mentionné à côté du laurier, et quelquefois de l’olivier, dans les autres lieux où des traditions différentes plaçaient la naissance des jumeaux enfants de Latone47. On voit sur un vase peint 48 le palmier de Délos auprès duquel Apollon, monté sur un cygne, descend à son retour des pays hyperboréens (fig. 367, p. 311). Ailleurs le même arbre est figuré à côté du trépied 49. La palme est l’emblème bien connu qui servit constamment en Grèce, puis à Rome, à symboliser les victoires remportées, soit à la guerre, soit dans les concours 50.
Le myrte S1, consacré à Vénus, paraît avoir eu le double caractère que l’on retrouve si souvent dans la religion de cette déesse : emblème à la fois riant et funèbre, d’une part, il représente la jeunesse et la beauté, l’amour, l’union
Fig. 443. Laurier d'Apollon.
30 Chabouillet, Catalogue, n. 36 ; même sujet sur une pierre de la collection de Blacas. — 31 Beulé, L'acropole d’Ath. II, p. 247 ; Id. Monn. d’Ath. p. 154, 391 et s. ; Mionnet, Méd. gr. I, p. 135, n. 124; O. Jahn, Nuove mem. delV Inst, 1865, p. 12 et s. Comp. un marbre du v« siècle av. J.-C.; Clarac, Mus. de sc. pl. glu, cclxv ; Frohner, Notice de la sc. n. 124. — 32 Sopb. Oed. Col. 705, et Schol. — 33 Schol. Oed. Col. 699 ; Lys. De olea. — 3iHerod. Y III, 55 ; Paus. I, 27, 2. — 35 Stat. Theb. XII, 491 ; Lactant. Ad h. I. — 36 Hesych. 2-céçavov Ixcpsçetv ; Eurip. Ion , 1395. — 37 J. G. Wagner, Laurus ex omni antiquit.eruta, Helmstadt, 1722 ; Func cius, De lauru Apoll. sacra , Marb. 1752 ; Spanheim, Ad Callim. Del., 94; Bôtticher, Baumcult. c. xxm; Hehn, Kulturpfl. p. 193. — 38 piin. Hist. nat. 11,56; XV, 40 ; Suet. Tib. 69 ; Serv. Ad Aen. I, 394. — 39 Boissonade, Anecd. gr. I, 1, p. 425 ; Geopon. XI, 2; Hesych. Kiîiju>6a ; Diog. Laërt. IV, 57; Plin. Hist. nat. XV, 39; Ovid. Fast. III, 137; Trist. III, 1, 38; Met . I, 562; Macrob. Sat. I, 12; Dio
Cass. LIII, 16 ; Juv. VI, 80, et Schol. — 40 Jordan, in Ann . d. Inst, di corr . archeol. 1872, p. 27. — 41 Suid. AaçvivTjv ; Theophr. Char. 16; Casaub. Ad h. /.
— 42 plin. XV, 39 et 40 ; cf. XXVIII, 4, 7 ; Dio Cass. XLIV, 4 ; LX, 7 ; Fest. s. v. Laureati ; J. Obseq. Prodig. 70 ; Plin. J. Paneg. 8. Voy. l'article fàscinus.
— 43 Paus. X, 5, 5. — 44 Dubois-Maisonneuve, Peint, de vases, II, 69. — 45 Aescli. Agam. 1237 ; Schol. Aristoph. Plut . 39 et 213 ; Tzctz. Ad Lycophr. 6 ; Fulg. Myth . I, 13 ; Eunap. In Chrysanth. p. 157. — 46 paus. X, 5, 3 ; cf. Eurip. Iph. Taur. 1245 et s. — 47 Schol. Hum. Od. VI, 162 ; Hymn. in Apoll. 18, 117 ; Callim. In Del. 1, 3 et 209 ;Theogn. 6 ; Eurip. Hec. 456 ; Ion. 902 ; Theophr. Plant. IV, 14; Ovid. Met N I, 335; Tac. Ann. III, 61 ; Plut. Pelop. 16. — 48 Tischbein, Vases d’ Hamilton,\\, pl. xn ; Élite céram. II, pl. xn. — 49 Gerhard, Auserl. Vas. III, pl. ccxxiv. — 30 Botticher, c. xxx ; Hermann, Gottesd. Alterth. § 50, n.23 ;Hehn, Kulturpfl. p.232. — S1 Voss, Ad Vtrg . Ecl. Vil, 61 ; Botticher, c. xxxiv ; Welcker, Gr. Gôtterlehre, II, p. 718.
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non-seulement entre amants ou entre époux, mais encore entre citoyens. On en faisait des couronnes pour les mariages; les femmes en portaient dans toutes les cérémonies du culte de Vénus ; à Athènes, le myrte était l’insigne des magistrats en fonctions, des orateurs qui prenaient la parole dans les assemblées publiques 62 ; à Rome, deux myrtes plantés devant le temple de Quirinus, l’un pour les patriciens, l’autre pour les plébéiens, symbolisaient l’union des deux classes 63. Les Romains et les Sabins célébrèrent leur réconciliation, après des luttes sanglantes, en se couronnant de myrte, auprès du temple de Vénus Cluacina54; et c’est au culte de Vénus Victrix qu’il faut rattacher l’usage des couronnes de myrte dans l’ovation et le triomphe sur le mont Albain, à la pla.ce de celles de laurier dont on se ceignait dans le triomphe proprement dit 66 [ovatio, triumpiius]. D’autre part, le myrte croissait autour des tombeaux68 ; on en couronnait les morts, on l’offrait aux divinités infernales67; la couronne que portaient les mystes dans les mystères de Cérès et de Proserpine avait aussi un sens funèbre63. Le myrte avait de même sa place, et sans doute par des raisons semblables, dans le culte de Bacchus 89. En dehors de toute considération du même genre, on ne saurait s’étonner de voir une plante dont l’usage était si répandu 60 servir dans beaucoup d’autres circonstances, par exemple à couronner les vainqueurs de divers jeux 61 .
La double signification que nous venons de remarquer dans le symbolisme du myrte se retrouve dans celui de plusieurs arbres. Sans parler ici de la rose qui appartient aussi à Vénus 62, et de certains fruits, comme la pomme, la grenade, etc., nous citerons au moins le cyprès63, considéré dans toute l’antiquité comme l’arbre des morts, et dont la destination funèbre est marquée par toutes sortes d’usages [funus], tandis que d’autres paraissent marquer plutôt l’idée, conciliable d’ailleurs avec la première, d’une durée éternelle 64 ; il entourait aussi les temples de dieux qui avaient un caractère tout opposé, comme celui de Ganymèda[uÉBÉ], à Phlionte, d’Esculape, à Titanè 68, de Jupiter, en Crète66, de Lato ne, de Diane et d’Apollon en divers endroits 67 .
Le peuplier 68 était consacré à la fois à Hercule et aux dieux infernaux, comme tous les arbres réputés stériles, ou que, par d’autres motifs, d’antiques prescriptions religieuses déclaraient frappés de malheur [infelix arbor, crux].
Le pin aussi avait souvent, mais non pas toujours, une signification funèbre 69 ; on le trouve représenté tour à tour comme attribut de Neptune, de Pan, de Sylvain, d’Atys et de Cybèle.
11 faudrait mentionner beaucoup d’autres arbres qui ont un rôle dans la mythologie et dans le culte de différents dieux : la vigne et le lierre, qui appartiennent à Bacchus, le platane, le pin, le saule, etc. 11 y aurait un grand intérêt pour la connaissance des religions antiques à déterminer
Si Schômann, Antiq. juris publ. (iraecor. p. 422, 9 ; cf. von Leutsch, in Philologus, I, p. 477. — 83 plin. Hist. nat. XV, 29, 36. — 54 Ib. — 85 Ib. XV, 38 ; Gell. V, 6, 20. — 56 Schol. Pind. Isthm. III, 88 ; Eurip. Aie. 177 ; El. 324, b09 ; Plut. Arist. 21 ; Plin. Hist. nat. XV, 3b ; XVI, 85 ; XXXV, i 1 ; Virg. Aeu.IU, 23 — 57 Schol. Aristoph. Ran. 330. — 88 Schol. Soph. Oed. Col. 681 ; Sainte-Croix, Rech. sur les mystères, I, p. 284, éd. de Sacy. — 59 Suid. s. u. Kv.voûv ; Aristoph. Pac. 948. — 60 Aristoph. Thesm. 448. — «1 Schol. Pind. 01. VII, 152 ; Atheu. XIII. p. 607 ; Welcker, Gôtterlehre,p. 720.— 62 Bôtticher.c. xxxv et s.; Welcker, l. Z.yHehn,
A ulturpfl. p. 215. — 63 Bottichcx-, c. xxxix ; Lajard, Culte du cyprès pyramidal, 1843, et Acad, des inscr. t. XX ; Hehu, p.24l .— 64 plat. Leg.V, p. 741 ; Theophr. Pl.Y, 4, 2 ; Mart. VI, 73, 7 ; Diog. Laert. VIII, 10 ; Jarabl. Vit.Pyth. 28; Vitr. II, 9.— 65 paus. n, 13j 3 . II, 11, 6.-66 piat. Leg. p. 125 C. — 67 paUs. II, 24, 6; VIII, 41, 4; Strab. XIV,’
1, 20; Ovid. Met. III, 155. — 68 Botticher, c. xxxui. — 69 Praun, in Jahrb. d. Alterth. in Rheinlande, XVI, 1851, p. 47 et s. — 70 Voy. par exemple, Kuhu, Die
l’origine et le véritable sens des traditions qui font d’un arbre l’emblème de tel dieu ou héros. Sans doute il faut attendre de nouvelles lumières des rapprochements auxquels la philologie et la mythologie comparées doivent leurs découvertes : elles éclairciront les fables qui font naître ces dieux ou ces héros, ou qui placent leur tombeau sous les arbres qui leur restèrent consacrés; qui racontent leurs apparitions, leurs amours, leurs métamorphoses dans le voisinage de ces arbres; elles montreront que ces rapports souvent expliqués par une ressemblance de nom ou par une autre circonstance toute fortuite, ont une cause plus profonde 70.
Nous ne nous avancerons pas davantage sur ce terrain. 11 doit nous suffire d’avoir recueilli au sujet du culte des arbres des témoignages anciens qui en indiquent le vrai caractère ; des monuments de toute espèce nous donneront une idée de la variété des formes extérieures de ce culte, sans qu’il soit possible de discerner toutefois s’il s’adresse aux arbres eux -mêmes ou aux dieux auxquels on les voit ailleurs consacrés. Beaucoup, par exemple, portent, comme le laurier d’Apollon, représenté plus haut (fig. 443), des bandelettes, signe ordinaire de la consécration[TAENiA, vitta], des tableaux et autres objets votifs 71 , des couronnes , des attributs connus des dieux :
dans un bas-relief qui orne un autel de Cybèle et d’Atys (fig. 444) 72 , on voit suspendu aux branches d’un pin une syrinx, des clochettes, une patère, une ciste, un seau, qui sont des instruments du culte de la Mère des dieux ; dans d’autres monuments ce sont des engins de pêche ou de chasse, des pièces de gibier, des armes, des outils de diverses professions, etc., qui sont ainsi exposés. Une peinture d’Herculanum (fig. 445) montre,à côté de chapelles situées au bord de la mer et dont s’approchent des pêcheurs et d’autres personnages, un arbre protégé par une clôture basse ; sur le mur sont appuyés deux avirons, et derrière est un filet déployé 73 . De ces images on peut rapprocher beaucoup de passages des poètes; la plupart des épigrammes votives de l’anthologie sont des dédicaces d'objets de toutes sortes, et ces offrandes sont quelquefois fixées à des arbres 74. Rien n’indique
Herabkunft des Feuers, Berl. 1859, p. 32, 125, 179, etc.; Max Millier, Essnù de myth. comp., trad. G. Perrot, p. 117 et s., etc. — 71 yoy. encore Millin, Mon. inéd. I, pl. xxxix ; Peint, de vases. II, pl. lxyhi ; Tischbein, Vases d'Hamilton, i, P-xlii; Millingen, Vases grecs, pl. lu ; R. Rochette, Peint, ont. inéd. pl. vi, p. 23 et 403. 7- Zoega, Bassiril. ont. I, pl. xiv, p. 45. Les oiseaux qu’on voit
posés sur l’arbre lui étaient aussi consacrés ; le taureau et le bélier sont destinés au sacrifice ; voy. encore Mus. Borbon. t. XIII, pl. xlix ; Gerhard, Ant. Bildwerke, pl. lxxxiii ; Milliu. Galer. myth. pl. cxvi, 289 ; Clarac, Mus. de sc. pl. exxv, cxlii, 121 ; clxxviii, 24 ; Botticher, c. vu — 73 Ant. d’Ercol. II, p. 257 ; Roux et Barré, Pompéi, Peint. 5* série, pl. xix ; cf. Anth. pat. VI, 4, 5, 11, 25, 27 et s.; 58, 90, 179 et s.; 192 et s. — 74 Schol. Aristoph. Plut. 943; Ovid. Fast. III, 266; Met. VIII, 744; Virg. Eci. VII, 24; Aen. XII, 768 ; Tibull. U, 6, 29 ; Apul. Florid. 1 ; Met. VI, 3, p. 387 Oudend ; Anth. Pal. VI, 57, 168, 189, 255, 262, 298, etc.
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sûrement dans ces exemples que l’arbre doive être considéré comme la divinité à qui l'offrande est faite, ou comme
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scription qui accompagne le bas-relief, dans une sculpture du Louvre76 (tig. 447); des cymbales sont suspendues aux branches; une prêtresse voilée et un jeune
Fig. 44.H. OUrandes auprès d’une chapelle et d'uu arbre sacre.
un temple où elle fait son séjour; mais le culte paraît bien s’adresser à l’arbre directement lorsque l’on voit placés de
vaut lui des autels ou des tables d’offrandes comme il y en avait devant les idoles. La figure 44ü représente, d’après une peinture de Pompéi 75 , une de ces tables au pied d’un arbre, que soutient une élégante colonne ; parmi les dons qui s’y trouvent réunis, le canthare posé sur la table, le thyrse, le tambourin attachés au tronc par des bandelettes, etpeutêtre la figurine, qui est, comme la table elle-même et com-
Fig. 44b. udruudci dc\uiil un arbre sacre. me les tablettes pO-
sées à terre, entourée de ce signe de consécration, paraissent appartenir au culte bachique.
Un autel est placé de la même manière devant un arbre consacré à la Mère des dieux, comme le prouve une in-
"S Ant. d’Ercol. Il, p. 259 ; Roux et Barré, Pompéi , III, Paysag. pl. xi ; Botticber, fig. 12. Yoy. des tables placées de même devant des arbres. Mus. Borbon. V, pl. xxm ; Arch. Zeilung, pl. ex, et ci-après fig. 449. — 76 Clarac, Mus. de sc. pl. ccxiv, n. 256 ; Bouillon, t. 111, pl. i, 7 ; Frohner, Notice de la sc. n. 545 ; voy. encore Clarac, Mus. pl. ccxxm, 147 ; Mus. de Sc.; Mus. Borbon. V, pl. xim ; Gerhard, Ant. Bildwerke, pl. lxxxii ; Bütticher, p. 46, Fig. 5, 8, 13. — 77 SU. Ital. VI, 691 ; Ovid. Met. VII, 631 ; VIII, 724; Tibul. I, 1, 11 ; Apul. Florid. i ; Arnob. Adv • gent • 1 et 5 ; Theophylact. In S. Jos. c. iv, 1, 016 ; Cyrill. In Isaï. ap. Botticber, p. 11 ; Cod. Theod. XVI, 10, 12. — 78 Theocr. XV11I, 48; Ov. Met.
Fig. 447. Sacrifice auprès d’un arbre sacré.
garçon tenant la double ilùte s’approchent en faisant le geste de l’adoration [adoratio] ; un enfant conduit un bélier qui va être sacrifié, et derrière l’autel, se tient une seconde femme voilée, portant un plateau. Ces exemples deviennent plus significatifs encore quand on les rapproche des textes où il est formellement parlé d’autels dressés devant des arbres, de sacrifices qn’on leur offrait, de prières, de baisers ou tout au moins du salut de la main que tout passant leur adressait77 ; il faut y ajouter les inscriptions qui les recommandaient à la piété publique78. Les statuettes qu’on voit quelquefois placées sur le tronc de l’arbre ou sur une des grosses branches taillée pour lui servir de base, comme dans un fragment de bas-relief 79(fig. 448), semblent bien indiquer aussi que cet arbre devait être regardé comme la demeure du dieu que représentaient ces images. Nous négligerons d'autres monuments où des ligures sont placées non plus sur l’arbre même , mais à côté, sur un piédestal ou sur une colonne 80 : elles lais- Fig. 44S. Arbre portant l'image dune
sent, en effet, trop de doute
sur la véritable signification de l’arbre, qui pourrait n’ètre là qu’un accessoire indifférent.
Au contraire, il est difficile de ne pas reconnaître une idole véritable dans ces arbres auxquels on donnait une figure humaine, en les revêtant de costumes, d’armes et d’attributs qui les faisaient ressembler aux images qu’on était habitué à voir ailleurs. Nous en avons déjà cité des exemples 81 en parlant des oliviers de Minerve, de celui de l’acropole notamment, qui portait son égide et ses armes 8i.
VIII, 744; Plin. Hist. nat. XVI, 87 ; Apul. Met. VUI, 744; cf. Muratori, Ant. ital. med. aev. t. V, p. 6G et s.; Orelli, Inscr. 218. — 79 Bas-relief votif, probablement l offert en reconnaissance d'un accroissement de richesses, comme paraissent l’inditjuer les inscriptions : TEAETH, EY0HNIA, EniKTHSlS ; Annal, del. Inst. arch. 1829, tav. C ; et plus en grand dans une livraison qui vient de paraître de Le Bas, Voyage arch. en Grèce ; voy. aussi Clarac, pl. exxv ; Visconti, Op. varie, 1, pl. vin ; Botticber, c. ix, fig. 20,45, 48. — 80 Voy. par exemple, Mus. Borbon. Il, pl. xvi ; VII, pl. xvm ; XIV, pl. xi. — 81 Note 32 et s. ; cf. Ovcrbeck, l. I. p. 134 et s. — 82 Tertull. Apol. 16 ; Eurip* Phoen* 1252; Heracl» 931; cf. Tit.Liv. 1, 10; Botticber, p. 231; Overbeck, /./.p. 133, 135.