A MC
ARC
certain que cette magistrature lût permanente *. On connaît un peu mieux l’assemblée des Dix Mille, Muptot, ou du moins quelques-unes de ses attributions. Le mot |*upiot ne paraît pas être un chiffre indéterminé, comme l’a cru M. Grote ; il désigne le nombre régulier des membres de l’assemblée. Les Dix Mille se réunissaient d’ordinaire à Mégalopolis, dans un édifice appelé poiAetmjptov 6. Ils décidaient sur les questions de paix et de guerre, sur les alliances, recevaient et envoyaient des ambassades 7 ; ils jugeaient les Arcadiens cités devant eux pourles fautes relatives à des fonctions publiques8. Leurs décisions étaient valables dans toutes les villes de la ligue.
Comme dans toutes les républiques grecques, les affaires étaient d’abord présentées à une assemblée beaucoup moins nombreuse, (BouÀyj. Le conseil des Arcadiens se composait des députés, appelés Sapu'opyoi et envoyés par les différents cantons. Chacun d’eux nommait cinq démiurges ; Mégalopolis en avait dix, les plus petits, seulement deux ou trois9. Pour qu’une proposition fût adoptée, il fallait qu’elle fût d’abord examinée parle conseil, présentée par lui aux Dix Mille et votée par l’assemblée.
La confédération avait à son service une armée permanente. C’était un corps de 3,000 hommes d’élite appelés eparitoi ; ils recevaient une solde régulière, fournie par une contribution dont chaque ville payait sa part. Ce corps d’armée servait à la fois, à l’extérieur, pour tenir tête à une attaque subite de l’ennemi, et, à l’intérieur, pour assurer l’exécution des décisions de l’assemblée l0.
Le conseil et les Dix Mille décernaient par un décret les titres de « bienfaiteur et proxène de tous les Arcadiens “. » Une monnaie commune était frappée au nom des Arcadiens. Le Cabinet des Médailles en possède plusieurs exemplaires fort beaux : c’est l’un d’eux qui est ici reproduit (fig. 402). La face représente une tête de Zeus barbu,
couronnée d’olivier sauvage. Le personnage assis sur un rocher est Pan, le dieu national de l’Arcadie , caractérisé
l'ig. 462. Monnaie delà Confédération area- ^‘U. ^ Pe^nm ^a dienne. syrinx, qui est à ses
pieds. Les lettres OAd m gravées sur le rocher indiquent qu’il représente le mont Lykaion, que les Arcadiens appelaient aussi ’'OXupro<;. Sur cette montagne étaient deux sanctuaires vénérés de Pan et de ZeusLykaios ’2. Dans le champ, sontles lettres Æt, monogramme des Arcadiens.
Les cantons et les villes, en dehors des questions générales de paix et de guerre, conservaient leur autonomie ; elles avaient leurs magistrats, leurs assemblées, frappaient monnaie et nommaient desproxènes particuliers. Desinscriptions
assez nombreuses prouvent le fait pour la ville de Tégée 13.
fais D; vd' * n « V ~ 6 PaUS’ VIU’ 32- - 1 Xen- HelL ™. 4 ; Deraosth. Be ' , -g' 6 ' Xen' HcU- VII> 4- 9 Foucart, Décret inédit de la ligue
ai cadienne. Xenoph. Hellen. VII, n, 33 et 34 ; Diod. XV, 62, 67 ; Hes/ch.
Ttapitot. Foucart, Mém. cité. — <2 Paus. VIII, 38 — 13 Le Bas et Foucart Z«icr. du Peloponncse, section vi. - Bibliogeamue. Grote, History of Greece t. XVe acou onc e Sur l histoire de l’ancienne Arcadie, dans les Archives des miss, i n ifigues, \ J, 1866 ; Foucart, Mémoire sur un décret inédit de la ligue ar-
"vucari/i L5IUlIed A[*a*ische Münzen’ in Kunstarchàologische Werke, 1S73. eod 1 H ; Gothofred- Ad Cad. Theod. XII, 6, et C. U
• r i, Disc. 821, 4879, 6952,493, 1239, 3340, 6643. — 3 Vat. fragm S 134'
Decker .".T6 T T'™ ** p0Ur ,es bic“s d« la famille Lpenale
Becker- Marqua rdt, /Ici «1. Alterthümer, II. , 2, p. ,98 . Corp.inac. gr. 3484, 3491 ; S.'
La confédération fut presque toujours divisée; dès les premières années, il fallut employer la force des armes pour retenir les habitants transportés à Mégalopolis; les villes se partagèrent entre les Lacédémoniens et les Thébains ; plus lard, les unes tinrent pour Sparte, les autres pour la ligue achéenne et les Macédoniens; des tyrans s’établirent dans plusieurs cités, et notamment à Mégalopolis. Enfin, après la défaite de Cléomène, la confédération arcadienne semble s’être dissoute, et les villes qui la composaient s’agrégèrent à la ligue achéenne P. Foucart.
ARCARII. — Employés préposés à la surveillance des caisses publiques, et particulièrement ceux qui avaient la garde des caisses du fisc '. On les nommait aussi caesarinni pour les distinguer des arcarii du praefectus praetorio ou des colonies et des municipes *. On trouve les premiers déjà mentionnés dans un texte d’Ulpien :t, d'après lequel les arcarii caesariani, qui ont leurs bureaux 4 ( slationes ) dans le forum de Trajan, jouissent de l’immunité de la tutelle en vertu de plusieurs constitutions impériales. M. deBuchholz 5 pense qu’il s’agit là des trésoriers de l’épargne privée de l’empereur [fiscus] ; en effet, il paraît que les sénateurs avaient au même lieu leurs caisses particulières 6. Les empereurs et les impératrices ( Augustae ) avaient aussi leurs arcarii 7. Les arcarii du fisc portaient encore le nom de susceptores, plus fréquemment employé 8 ; en 408, les empereurs Arcadius, Honorius et Théodose ordonnèrent de créer dans chaque province deux tabularii ou numerarü, et deux susceptores attachés à ïofficium du rector en Occident [tabularii, susceptores]. Les colonies et villes avaient leurs caissiers, la plupart affranchis ou servi publici9.
On trouve aussi sous le nom d’aramï des caissiers auxquels des collèges ou particuliers confiaient la garde de leur caisse 10.
On appelait encore arcarii les ouvriers fabricants de litières 11 ou lecticarii. G. Humbert.
ARCERA. — Voiture ressemblant à une caisse [arcaI entièrement fermée, et garnie à l’intérieur de couvertures ou de tapis sur lesquels on s’étendait. Elle était en usage pour les malades et les vieillards au temps de la loi des Douze Tables ; on cessa de bonne heure de s’en servir1. E.S ARCHAI (’Ap^ai), magistratures athéniennes. — C’était une tradition fort répandue à Athènes que Thésée conüa au peuple la direction des affaires, qu’il fut par conséquent le fondateur de la démocratie, et que cette forme de gou- 4 ernement se maintint sans interruption depuis les temps héi niques jusqu à Pisistrate. Lorsque Pausanias parcourut la Grèce, il vit encore sur un des murs du Céramique une fresque qui semblait confirmer la tradition, en montrant réunis dans un même groupe Thésée, la Démocratie et le Peuple L Cette antique origine attribuée aux institutions si vivement affectionnées des Athéniens était évidemment une pure fiction. Il suffit, en effet, de jeter un coup d’œil rapide sur l’histoire de la république athénienne pour
AU y ai. rragm. l.l. b Juven. Sat. Comm. vêtus, cur. Cramer, Hamburg, 18’3 8, p. 386 et 530. - 7 Orelli, 2890, 2348, 5474, 630) ; Muratori, p. 916, n» 5.
Cod. Theod. XII, 6 ; De suscept. praep. et arcar.; C. 32 pr. et g 1 - et X a4 c I - 9 Paul. Sent, recept. III, 6, g 72 ; fr. 41, § 17, Dig. De fideic. XL, 5 ; Orèlli,’/»^ 2414, 3346. - Orelli, n» 109, 118, 146, 3530, 5139, 6039, 6395, 6667. - il C. 1 Cod. Just. X, 64. Bibliographie. Spon, Miscell. arch. eruditae antiq. Lyon, 1585, p. 211; 44 al ter, Gesc/achte des rôm. liechts, 3« éd. Bonn, 1860, I, n» 413 ; Bôckmg, Notitia dignitatum, II, p. 1161, Bonn, 1853 ; de Buchholz, Juris civ. vat. fragm. pr. p. 119 et soir. Regim. Boruss., 1828.
ARCERA. 1 Yarro, De ling. lat. V, 140 ; Nonius, p. 55 ; Gell. XX, 1, 25 et 29: Placid. Gloss, in Mai Auct. class. III, p. 434.
ARCHAI. 1 Taus. I, 3, § 3.
ARC
AUC
reconnaître que tontes les formes de gouvernement ont été successivement pratiquées du xue au vr siècle, et qu Athènes, avant d arriver à la démocratie, a passé parla monarchie, par 1 oligarchie et par une sorte de timocratie.
Ou \iie siècle au vin0 siècle, nous trouvons la monarchie. 11 n’y a qu'un seul magistrat portant le nom de roi (PotfftXséç) ou celui d’archonte (apywv). Tous les pouvoirs "ont réunis dans ses mains; c’est lui qui commande l’armée en temps de guerre; c’est lui qui règle tout ce qui tient au culte ; c’est lui qui juge les procès3; il est irresponsable et transmet ses pouvoirs à ses enfants. Puisque son autorité s’étend sur toutes les branches de l’administration et qu’il exerce son empire sur un territoire restreint, il n’v a pas d’autres magistratures (dpyat) que la sienne; des agents subalternes font seulement exécuter ses ordres et respecter ses décisions. Voilà donc bien la monarchie par excellence, puisqu’il n’y a qu’une povr) àp yvj.
Vers le milieu du vin0 siècle, en 752, grâce à la défaillance toujours croissante des rois et aux développements de la puissance des Eupatrides qui en furent la conséquence, une révolution s’accomplit. Les pouvoirs du monarque cessèrent d’être perpétuels et héréditaires, pour devenir temporaires et électifs. Tous les dix ans, un personnage nouveau fut mis à la tête du gouvernement, et la noblesse, qui l’élisait, se réserva un droit de contrôle sur son administration. L’archonte fut encore pris pendant quelque temps parmi les membres de l’ancienne famille royale ; mais bientôt toutes les familles eupatrides eurent le droit de présenter et de faire agréer leurs candidats. C’est toujours la monarchie ; mais, si le monarque continue d’être irresponsable envers le peuple, s’il n’est pas permis de se plaindre devant l’universalité des citoyens de ses décisions, qui, à ce point de vue, sont ccùtoteXieï; 3, il est responsable devant ses électeurs.
Encouragés par leur succès, les Eupatrides, en 683, réduisirent la durée de l’archontat de dix ans à un an et décidèrent que les fonctions du monarque seraient réparties entre neuf personnes. De nouvelles magistratures, accessibles seulement aux citoyens d’origine noble, furent successivement créées, celles des Éphètes par exemple. I/aréopage, contrôleur vigilant de tout le gouvernement, se recruta parmi les anciens archontes, c’est-à-dire parmi les Eupatrides. La monarchie a disparu ; mais le peuple ne joue encore aucun rôle. Tout le pouvoir est aux mains de la noblesse. C’est l’oligarchie.
Avec Solon apparaît la démocratie ; mais il a soin de la tempérer en la combinant avec la timocratie : u. tl-avra v -oXersi'av 4. Tous les citoyens sont admis à siéger dans l’assemblée du peuple (!xxXï)< n'a) et dans les tribunaux; tous prennent part à l’élection des magistrats et ont le droit de statuer sur la responsabilité des élus; mais tous ne sont pas éligibles. Pour arriver aux magistratures, il ne suffit, ni de la noblesse comme autrefois, ni du mérite personnel ; il faut encore jouir d’une certaine aisance5. Mais le nombre des charges va toujours en croissant, soit qu’on divise les anciennes, soit qu’on en établisse de nouvelles, presque sans nécessité et uniquement pour permettre à plus de citoyens d’être fonctionnaires. Les tribunaux populaires peuvent être saisis comme juges d’appel des procès sur lesquels les magistrats ont
2 Aristut. Polit. III, 9, 7. — 3 Btkker, Anecdota ÿraeca, I, p. 449. — * Arisl. j Polit. Il, 9, S 2. — 3 Arist. toc. cit. § 4. — 6 Grute, Hist. de la Grèce, V, p. 326 île la trad. franç. — 7 Plut. Arist. 22. — 8 G. Perrot, Droit public d’Athènes , \
déjà statué; bientôt même les magistrats, sentant que leur puissance judiciaire est affaiblie par ces recours, évitent de juger en première instance ; ils se bornent à instruire les procès et à les porter devant le peuple. Le mélange des deux formes de gouvernement explique comment les écrivains postérieurs ont pu, suivant la diversité des points de vue auxquels ils se plaçaient, reconnaître, dans la constitution de Solon et dans celle de Clisthène 6, les uns une aristocratie, les autres une démocratie.
Après la bataille de Platée, Aristide, qui cependant n’était pas démocrate, lit supprimer les conditions de cens requises pour l’éligibilité. La justice lui parut commander ce nouveau sacrifice. Les pauvres et les riches avaient lutté ensemble contre les Perses ; tous s’étaient résignés à quitter leurs foyers pour mieux résister à l’invasion, et la patrie n’avait été sauvée que par leurs efforts communs. Eût-il été équitable de maintenir plus longtemps sous le coup d’une incapacité légale les Thètes, ces prolétaires dont le patriotisme avait été si ardent et qui rentraient dans Athènes avec la conviction que, sans eux, la victoire eût été impossible ? Sur la proposition d’Aristide, il fut décidé que tous auraient les mêmes droits au gouvernement (xoivtjv EÏvat ty]v TîoXixEtav)7, et que les magistrats pourraient être élus indistinctement dans toutes les classes. S’il y eut des exceptions, ce ne fut que pour les magistratures qui impliquaient le maniement des deniers de l’État8.
Quelques années plus tard, vers le milieu du v° siècle, un homme d’ÉLat inconnu, peut-être Éphialte, peut-être Périclès, fit substituer, pour la plupart des magistratures, le tirage au sort à l’élection. A partir de cette époque, le gouvernement fut aussi démocratique que possible.
Au iv° siècle, le titre de magistrat («pywv) était assez fréquemment donné, à Athènes, à des personnes qui rigoureusement ne pouvaient nullement y prétendre. Tel était bien le cas des hérauts (xVjpoxsç) et scribes publics d’un ordre inférieur (u7roypag.g.aTêtç) ; mais il en faut encore dire autant des ambassadeurs (TtpEcëE?;), des employés des finances (xa^i'ai...), des cuvoixoi, des juges et des citoyens qui faisaient partie de l’assemblee du peuple (oixacxri; x«i exxXr,5ia<jT7jç) 9. Dans ces derniers cas, le titre d’àpywv avait une signification purement honorifique. « Peut-être, dirat-on, écrit Aristote, que ceux qui remplissent de pareilles fonctions ne sont point des magistrats (oùS’ àpyovra,sivat) et n’ont point de part au commandement (oùôi pisxÉystv àpyyk). Mais il serait ridicule de refuser la qualification d’apytov à ceux qui occupent les postes les plus éievés de la république 10. » Aristote sera d’ailleurs le premier à reconnaître, dans d’autres passages, que cette forme de parler est au fond complètement erronée “.
Si de pareilles incertitudes existaient, même chez les anciens, pour savoir quels étaient ceux qui étaient vraiment magistrats ; si, dès le temps d’Aristote, il était impossible de mettre d’accord ceux qui discutaient sur le sens du mot àpywv 12, il est aisé de comprendre que ce travail de détermination doit présenter pour nous des difficultés presque insurmontables. Nous allons brièvement indiquer les résultats auxquels nos recherches et nos réflexions nous ont conduit.
Dans le sens rigoureux des mots, les magistratures proprement dites (àpyai) ne doivent être confondues ni avec
p. 61. — 9 Arist. Polit. III, I, 4. — 10 Arisl. Polit. III, I, 5. — H Ib. lu, 6, 12 : üj yàp 6 &ua<rcv); 6 jioyXsuTïjj c-jS* 4 l'ocXvjffiaffTïjç a&vwv ia-'.v, — 12 Arist. Polit » IV, 12, 3,
ARC
les È7tt(X£Xetai ou otaxovfai, ni avec les 6iry|çeffi'ai. A quels caractères pourra-t on les reconnaître ?
1. Il y avait àp/J\ toutes les fois que le fonctionnaire chargé de 1 administration d’une certaine partie des affaires publiques avait le droit, en vertu des pouvoirs qu’il puisait dans sa seule nomination : 1° d’agir directement et spontanément dans 1 ordre de ses attributions, sans être obligé de subordonner ses décisions à une volonté autre que celle des lois établies : pouXeuijacOai rapt tivmv ; — 2° de commander, de piendre des arrêtés obligatoires, toujours dans la sphère de ses attributions : èraxà; *i ; — 3° de j uger et de punir ceux qui ne se conformaient pas à ses instructions : xpîvxt : èmC ocXXstv £7 riêoXdç13 ; — 4 de déférer certaines actions aux tribunaux et de piésider les juges qui statuaient: Sixacx-pptcov TjyEuovfai1*.
Les magistrats étaient nécessairement citoyens et d’origine libre ; les services qu’ils rendaient à la république n’étaient pas rémunérés; enfin les comptes qu’ils avaient à présenter à l’expiration de leurs fonctions différaient de ceux qui paraissent avoir été demandés à certains £rapeXy)Tat.
II. Les £rap.£Xï]Taf étaient, comme les ap^ovraç, préposés à la direction d’une certaine partie des affaires publiques ; maisils devaient se conformer rigoureusement aux instructions de leurs mandants, et l’on ne pouvait dire d’eux ce que nous avons dit des magistrats : ils ne pouvaient pas fiouX£u£aOat rapt Ttvwv ; en général, ils n’avaient pas le droit de ÈraêoXàç ÈraêaXXEiv, ni la ^yspwvfa otxxsTrjpi'ou, ni enfin ce droit qu’Aristote présente comme le signe le plus caractéristique de toute véritable magistrature : le droit de rédiger des décrets obligatoires: iirixàljai.
Les IrapEXyjTod étaient citoyens et libres. La plupart remplissaient gratuitement leurs fonctions. Ils étaient d’ailleurs nommés comme les magistrats.
III. Quant aux ûwipsxat, leurs fonctions étaient beaucoup moins honorables que celles des précédents: 5jv ettoveîo-.o-xov touto to epyov l0. En effet, les ôrnipsxat n’agissaient point en vertu d un pouvoir qui leur fût personnel; ils obéissaient aux magistrats, étaient ;\ leurs ordres et devaient exécuter leurs volontés; ils n’étaient pas nécessairement citoyens; on les prenait même le plus fréquemment dans la classe des escla- \es ou des affranchis; et, lorsque, exceptionnellement, ils appartenaient à la classe des personnes d’origine libre, encore étaient-ils d’un rang très-infime. Ils étaient vraisemblablement choisis par ceux dont ils étaient les auxiliaires et sous les ordres desquels ils fonctionnaient. Enfin, ils recevaient une rémunération pour les services qu’ils rendaient. Cette rémunération explique le zèle avec lequel ces humbles fonctions étaient recherchées parles gens du petit peuple16
„ Ces Prémisses une fois posées, on devra donc exclure des c^ovraç et considérer comme de simples ÔWT«t • 1° ]es BaGcmaxat, ou bourreaux”; 2» les ypagaaraT,, autres que le Ypocugarau; xaxa d|v xpuxavsfav, le ypajxaax^ç tv* pouXîjç, le ypaggaxEuç xrjç xoXeojç ; ces trois yp'WaxEÏç occupaient en effet un rang très-élevé dans la république ; peut-être fautil encore excepter d’autres ypagg.axEÎç, celui des Onze, par exemple, qui faisait nombre dans le collège des é'vSex* •
gardl6n de la ^epsydre; 4» les eUpwpof, 0U portiers, S les xr;puxsf, OU hérauts; 6» les rapWxat, qui se rapprochent des p-«W; 7- les «poW™< et ^oLJ employés subalternes des poids et mesures»; 8“ les rolôL] chargés de la police des tribunaux et
— xûOai ou craudi'v
toi.
assemblées 19 ; 9° les 6xoYp*[*p.ax£7ç, ou sous-scribes, etc.
La distinction entre les dpyovxE; et les £rajA£X-/]xai est plus délicate à établir. On verra cependant de véritables magistrats dans : 1 0 les neuf archontes (Archonte Éponyme, Archonte-Roi, Polémarque, Thesmothètes) ; 2° les Onze (ot c,Evo£xa); 3° les Agoranomes, Sitophylaques et Métronomes ; 4° les Astynomes; o° les Stratèges, Taxiarques, Ilipparqucs et Phylarques, etc.
On doit voir, au contraire, de vrais lxt;xeXx)Taf dans : 1° les àvxtyoacpîTi; ; 2° les àxooExxat ; 3° les fiowvxt ; 4° les IraypxtpEÎç ; 5° les ÈxXoyEtç ; 6° les iravxaxac xwv uodxwv ; 7° les &iXT)xat ou aatrr^pEç ; 8° les ôewpoi ; 9° les ÎEpogvvju.ovcç ; t0° les ôSoxotot ; 11° les xpdxxopEî ; 12° les t^esÈeT? ; 1 3° les raiXayo'pat ; 14° les xojXïjxat ; lo° les stxwvat ; 10° les euXXoyîïî; 17° les cjvoixot OU cuv/jyopoi ; 18° les tapuai ; 19° les xatppoxotot ; 20° les xEtÿfoxotot; 21° les xptvjpoxotot. etc.
A l’origine, des conditions de capacité professionnelle étaient exigées de la part des magistrats aussi bien que de la part des IrapEXïjxat ; mais, avec le temps, la démocratie fit des progrès considérables; et, vers le ve siècle, on arriva à déclarer que quiconque avait l’aptitude juridique pour remplit une fonction avait par cela même toutes les connaissances suffisantes pour l’exercer convenablement. L’aptitude juridique étant de droit commun, tous les citoyens eurent par conséquent le droit de participer aux honneuis , et le sort seul, en 1 absence de toute autre considération, pouvait indiquer quels seraient ceux qui sortiraient de la foule pour être préférés aux autres. En d autres termes, on fit prévaloir à Athènes le principe de 1 égalité qu Aristote appelle mathématique ou arithmétique, rofo ov aPt0pS, par opposition à l’égalité proportionnelle, xi) ?70V xotx’ d'î av20. On poussa même cette idée assez loin . Car lorsque, dans un citoyen, le mérite apparut si grand que le principe de l’égalité arithmétique, convaincu d injustice, était exposé à périr, pour couper court à toute hésitation, on avait recours à l’ostracisme, et le citoyen dangereux pour la démocratie était banni.
En principe donc, presque tous les magistrats et beaucoup d’irap.EX7)xai' étaient choisis par le sort (xX^pwroi «V XoyxEç). La désignation par cette voie des citoyens qui devaient être magistrats avait lieu dans le temple de Thésée sous la surveillance des Thesmothètes 9t. Ceux-ci avaient déposé préalablement dans une urne des tablettes portant, non pas, comme on l’a dit sur la foi de Suidas92, les noms de tous les Athéniens inscrits sur les registres des dèmes, mais seulement les noms de ceux qui s’étaient présentés comme candidats «, et qui réunissaient les conditions d aptitude exigées par les lois. Une autre urne contenait des fèves, les unes noires, les autres blanches ces demieres en nombre égal aux postes qu’il s’agissait de remplir. La loi prononçait la peine capitale contre toute personne qui, pour augmenter les chances de désignation auraR mis dans la première urne plusieurs tablettes portant e meme nom . Ces préparatifs terminés, les Thesmothètes
uneTve lSimUitanément deS d6UX Urn6S une tablette et une feve; les citoyens dont les noms sortaient en même
temps que les fèves blanches étaient proclamés magistrats
our quelques magistratures au moins, en prévision d’une
vacance possrbie delà charge par démislon, déposition
ou mort, on désignait a l’avance, de la même manière, un
«.UvVw,1dABerD^ÏJp: ^ f 8 ” *
S 33, D. 227; Harpocr. », hû.**,-» ‘ V£, 7‘m.
ARC
AUC
suppléant : « uX«y,ôv î5. Ce mode de nomination avait fait donner aux magistrats athéniens l’épithète de xuocgeuxoî 86 et le titre de magistrats de la fève (apyovxsç àno xuàgou) 87 . Il y avait toutefois des exceptions : certains fonctionnaires étaient désignés par l’élection du peuple : x£ tporovyjTol aPX.0VT£’- 3els étaient les stratèges et le xapda; xîjr xoiv^ç TrpcodSou; mais ces postes élevés ne pouvaient être occupés par un homme manquant des connaissances spéciales, sans que la république fût exposée aux plus grands dangers. Pour d’autres, comme les |3oc5vai, les kpoitotot, les àOXoSsxai, les cuxppoviGTai, les yw/aixovdiAoi, les ÉXX^voTapuai.., leurs fonctions se rattachaient de si loin à l’administration proprement dite de l’État, que la démocratie, telle que Clisthène l’avait comprise, n’avait rien à craindre du mode suivi pour leur nomination. Pour d’autres enfin, les itpsaêeïç, les foxYixat, les cuX- Aoyst;, les GuvTiyopot, les aiivSixoi, les crtxwvai, les dnooéxvxi, les luiGTaxal xwv or)pLoa'«ov Èpywv..., leurs fonctions n’étaient point régulières; elles ne se produisaient qu’accidentellement; quelques-unes n’avaient rien de compromettant, et d’ailleurs on avait établi certaines garanties au profit de l’État. Quant aux cuvStxoc notamment, une loi avait défendu aux électeurs d’investir deux fois de leur confiance le même citoyen28.
Les mêmes remarques s’appliqueraient aux aîpetol ap- X.ovtîç. Eux aussi tenaient leur pouvoir du choix de leurs concitoyens ; mais ce n’était pas le peuple entier qui les désignait. Les membres de leur tribu ou de leur dème participaient seuls à l’élection, et le danger pour la démocratie était encore moins considérable.
L’élection avait lieu sv dpyaipzoî'xtç, par le peuple assemblé sur le Pnyx ; lors même que les réunions populaires cessèrent d’avoir lieu sur cette illustre colline et furent transportées dans le théâtre de Bacchus, le Pnyx resta toujours affecté aux élections 29. Les noms des candidats étaient indiqués par les présidents de l’assemblée, et le peuple manifestait ses préférences en votant, non par bulletins, mais par mains levées; de là le nom de ££ipoxovr]xoi àp/ovxsç 30. L’élu n’était pas obligé d’accepter, mais il devait indiquer les motifs de son refus et les attester par serment (èljtouWa) 81 .
Du texte de la formule du serment des Héliastes32, il résulterait qu’aucun magistrat ne pouvait remplir deux postes à la fois, ni obtenir plusieurs fois dans sa vie la même magistrature. Cette dernière prohibition, dans sa généralité absolue, n’est pas d’accord avec les faits. Les stratèges furent toujours rééligibles33, et, s’il faut en croire Plutarque, Phocion fut quarante-cinq fois élevé à cette dignité. Pendant longtemps, le mandat du trésorier de l’administration put aussi être renouvelé34. Ün doit donc n’accepter qu’avec réserve le renseignement qui résulte du discours contre Timocrate. Notons toutefois qu’il est confirmé pour les astynomes35 et pour les syndics36.
Les inconvénients du mode adopté pour la délation des principales magistratures furent d’ailleurs moins grands qu’on ne serait tenté de le croire à un premier examen. Les citoyens qui se présentaient sans remplir les conditions prescrites par la loi étaient exposés à l’atimie. L’incapacité et l’indignité se manifestant pendant la durée de la charge exposaient le magistrat à la honte d’une déposition. Ajoutons que les citoyens peu aisés se gardaient bien de faire placer leurs noms dans l’urne. Lorsque les mass Demosth. C. Tkeocrin. § 29, R. 1331. — 26 Herod.Vl, 109. — 27 Xenoph. Memorab. I, 2, § 9. — s8 Demosth. C. Leptin. § 152, R. 503 ; C. Timocr. g 150, R. 747. — 2» Hesych. s. v. itvi', p. 985 ; Poil. VIII, 133. — 30 Acsch. C. Timarch. g 21, D. 33. — 31 Demosth. De falsa leg. § 124, R. 379 ; Poil. VIII, 55.
gistratures ne sont pas une source de profits considérables, et nous savons qu’il en était ainsi à Athènes, les citoyens vaquent à leurs travaux plutôt que de s’occuper du gouvernement ou de chercher à exercer l’autorité. La plupart des hommes sont, comme le dit Aristote, plus avides d’argent que d’honneurs37.
11 y avait toutefois ceci de notable : les hommes les plus éminents de la république, ceux qui exerçaient sur la direction des affaires l’influence la plus sensible et la plus utile, orateurs ou démagogues, ne pouvaient point légitimement espérer de parvenir un jour à entrer dans les conseils de l’État. Périclès notamment n’avait pas le droit de siéger dans l’aréopage. Les anciens archontes seuls faisaient partie de cette assemblée, et, comme le sort ne désigna jamais cet homme distingué pour les fonctions d’archonte, il en résultait qu’il ne pouvait être aréopagite. Ce fut là, s’il faut en croire Plutarque, une des raisons principales qui décidèrent Périclès à diminuer l’autorité de l’aréopage 38. Le même fait se reproduisit fréquemment.
Aucun magistrat, qu’il fût élu ou désigné par le sort, ne pouvait entrer en fonctions sans avoir été préalablement soumis à une épreuve connue sous le nom de ooxtgxata. L’examen ne portait pas, comme on serait tenté de le croire, sur la capacité du magistrat; on ne s’inquiétait pas de savoir s’il avait les connaissances et l’expérience requises pour la fonction à laquelle il était appelé. Les élus du peuple étaient présumés les plus capables; le choix de l’Assemblée avait dû être intelligent et les suffrages de la majorité avaient désigné le plus digne. Quant aux xuapeuxol ap^ovxeç, on supposait qu’ils n’avaient laissé mettre leurs noms dans l’urne que parce qu’ils étaient en mesure de remplir honorablement les obligations de la charge à laquelle ils prétendaient ; sans cette assurance, ils ne se seraient pas exposés aux lourdes responsabilités qui menaçaient les magistrats incapables ou indignes. On n’était même pas éloigné de croire que les dieux intervenaient dans le tirage au sort ; en faisant sortir un nom de l’urne, ils manifestaient leurs préférences et désignaient le candidat qui leur était le plus agréable39.
La Sûxqjwtofa ne portait donc que sur des points étrangers à la fonction. S’agissait-il d’un archonte, le sénat des Cinq cents l’interrogeait sur sa nationalité, sur sa famille, sur ses opinions et ses pratiques religieuses, sur sa conduite à l’égard de ses parents et envers sa patrie ; on lui demandait s’il s’était acquitté honorablement du service militaire, s’il avait contribué largement aux charges financières de la république, s’il était débiteur du trésor, s’il avait rendu compte de ses magistratures antérieures, s’il avait fait preuve de régularité dans ses mœurs et dans la gestion de sa fortune. Pour les stratèges, on vérifiait s’ils étaient engagés dans les liens d’un mariage légitime, et s’ils possédaient des propriétés foncières dans l’Attique. On examinait aussi si les nouveaux magistrats n’étaient pas mutilés ou infirmes ; dans le tirage au sort, les Thesmothètes évitaient autant que possible de mettre dans l’urne les noms de ceux à qui les dieux avaient témoigné leur colère en les frappant dans leur personne ; mais des erreurs avaient pu être commises; rien ne garantissait d’ailleurs que l’élection par le peuple ne désignerait pas un infirme.
— 32 Demosth. C. Timocr. g 1 50, R. 747. — 33 Demosth. Exord. 55, g 2, R. 146t.
— 3» plut. Vit. orat. Lycurg. g 3, D. 1025. — 33 Demosth. Exord. 55, g 2, R. 1461
— 36 Demosth. C. Lept. § 152, 1t. 503. — 37 Arist. Polit. VI, 2, 1 : MSXXov opIfovTai toü xioSous î, rüî — 36 Plut. Pericl. 9. — 39 plat. De leg. III et VI, D. 308 et 355.
ARC
ARC
Peut-être y avait-il môme des conditions d’âge exigées pour certaines magistratures. Il eût été naturel d’astreindre les fonctionnaires aux garanties d’âge que devaient offrir les sénateurs et les héliastes, et de ne leur ouvrir l’accès des charges que lorsqu’ils avaient trente ans révolus; nous savons pourtant qu’lphicrate fut élu stratège dans sa vingtième année.
Chacun des sénateurs pouvait et devait même, en vertu du serment que le sénat prêtait à son entrée en fonctions, contredire les réponses du magistrat, lorsqu’elles lui paraissaient inexactes ; il devait aussi révéler à ses collègues les faits parvenus à sa connaissance qui portaient atteinte à l’honorabilité du candidat. Tous les citoyens avaient le même droit; mais ils n’étaient pas, comme les sénateurs, obligés d’en user.
Lorsque le résultat de la ôoxtfxaai'a était favorable, le magistrat était autorisé à remplir ses fonctions. Si, au contraire, ses réponses étaient jugées insuffisantes, si les griefs articulés contre lui par les sénateurs ou par les simples citoyens étaient reconnus bien fondés, il était déclaré indigne de remplir la magistrature à laquelle il avait été appelé. Dans les deux cas, la décision du sénat n’était pas définitive ; elle devait être confirmée par les tribunaux populaires, réunis sous la présidence des Thesmothètes.
Pour beaucoup de magistratures, il n’y avait pas de Soxigacia devant le sénat. La plupart des nouveaux magistrats étaient institués ou repoussés directement par les tribunaux, après une enquête sommaire dirigée par les Thesmothètes 40.
Le candidat que la SoxijAaata avait fait écarter avait-il été désigné par le sort, son suppléant. l’ÈniXa^v, prenait sa place 41. S’agissait-il au contraire d’un magistrat élu, il y avait lieu de procéder à une nouvelle élection.
Des édifices spéciaux étaient affectés à l’exercice des diverses magistratures; on les appelait àp/sta 42 ; ainsi, lui tov Xtpiva avait, comme les magistrats les plus importants de la république, son ap^e~ov particulier43. Quelquefois l’àpysïov portait un nom propre, emprunté aux magistrats qui y siégeaient ; l’dpyEtov des Thesmothètes était le ©scqioOs'aiov ; celui desPrytanes, le IIpuxavEïov 44 ; celui des Stratèges, le ^Tpcmjyiov; celui des Polè tes, le IIwXr,x-4ptov; celui des Parasites, le llapxaixtov 4S, etc. Les àpyEÏa, à cause de leur destination, avaient paru encore plus dignes de respect que les autres édifices, etHypéride met sur la même ligne l’incendie d’un àp^eTov et le fait de livrer à l’ennemi les arsenaux (vsojpt'wv rpoSoala) ou de s’emparer de la citadelle (xaxocXïiij/ii; a xpaç) 4e.
Les magistrats athéniens, à l’exception peut-être de l’archonte-roi, qui avait au moins des chaussures particulières (|k<nXlSeç 47), ne paraissent pas avoir eu de costume officiel. Les magistrats les plus considérables (axstpàvYicpdpoi “PX“0 w> lorsqu’ils étaient dans l’exercice de leurs fonctions, portaient seulement sur la tète une couronne de myrte, emblème de leur inviolabilité 49.
Les archontes 50 et les stratèges 51, quand ils entraient en charge, prêtaient un serment professionnel. Il est pro¬
bable qu’il en était de même pour tous les magistrats, et que les nouveaux dignitaires offraient des sacrifices aux Dieux (eîcrroîpta) pour se concilier leur bienveillance Pendant la durée de leur magistrature, les fonctionnaires qui ne se trouvaient pas suffisamment expérimentés pouvaient s’adjoindre, sous leur responsabilité personnelle, un ou plusieurs auxiliaires. La loi imposait même à chacun des trois premiers archontes, l’Éponyme, le Roi et le Polémarque, l'obligation de choisir deux assesseurs, ou TOxpeSpot, soumis, comme les archontes, à une double Soxtf/aata 53, personnellement responsables 54, et dans lesquels, par conséquent, il est impossible de ne pas voir, malgré leur mode de nomination, de véritables magistrats.
Quand une magistrature était occupée par un collège de fonctionnaires, ce qui arrivait fréquemment à Athènes, l’un des membres du collège remplissait les fonctions de président (irpuTcevtç), soit pour diriger les discussions lorsque les délibérations devaient être communes, soit pour représenter dans certains actes le collège tout entier **. Mais beaucoup d’affaires pouvaient être traitées individuellement par l’un ou l’autre des membres du collège, et ceux-ci en faisaient entre eux la répartition.
La plupart des magistrats, sinon même tous, étaient nourris aux frais de la république, les uns dans le Prvtanée 69 ; d’autres, les Prytanes du sénat par exemple, dans le Tholos 57 [PRYTANEUM, THOLUS].
Dans la première assemblée de chaque prvtanie, les archontes interrogeaient le peuple et lui demandaient si tous les magistrats s’acquittaient bien de leurs devoirs :
£i ôoxsî xaXôi; apystv exükxto; 58, eTixeo xaXcoç ào^ouatv 59 ; c’était ce que 1 on appelait l’Iirt^stpoxovta twv àpyôîv 60. Lorsque les plaintes articulées paraissaient sérieuses, le magistrat pouvait être provisoirement suspendu jusqu’à ce que les tribunaux eussent statué sur la TrpoêoXîj de l’accusateur; il pouvait même être déposé (à-oyjupo-rovt'a) 6l.
Enfin, quand ils sortaient de charge, tous les magistrats étaient obligés de rendre compte de la manière dont ils avaient géré leur magistrature (EufÉvat); cette responsabilité des dépositaires de la puissance publique avait paru si naturelle qu’on l’appliquait même aux membres du sénat92. Les juges seuls étaient irresponsables. Les magistrats qui avaient eu le maniement des deniers de l’État présentaient un tableau de leurs recettes et de leurs dépenses appuyées par des pièces justificatives. Ce tableau était vérifié par les Logistes, qui formaient à Athènes une sorte de cour des comptes; nous indiquerons les détails de la procédure de vérification lorsque nous parlerons des Xo y taxai (maîtres des comptes) et des EÙQuvat (référendaires). Les autres magistrats se bornaient à affirmer devant les Logistes qu’ils n’avaient rien reçu, ni rien dépensé sur les fonds de la république : our’ EyXxêov oèSÈv T«3v xîîç ttÔXeio;, oÜx’ àvrjXioaa 63. Puis ils se tenaient pendant trente jours’à la disposition des citoyens qui voulaient les accuser 64 ; ce qui ne veut pas dire nécessairement que toute action en responsabilité pour délits commis dans 1 exercice des fonctions fût impossible après l’expiration de ce délai 6S. Jus-
40 Westermann, De jurisjurandi judicum athen. formula , II, p. 8 et s. — U Harpocr. s. v. i-KÛ.vyfi'i. — *2 Demostb. C. Philip. IV, § S3, R. 145. — 43 Corp. insc. gr. n° 124. —»4 Plut. Quaest. conv. Vil, 9, §4, D. 870. — 45 Poil. VI, 35; cf. Athen. VI, 27, p. 235. — 46 Poil. IX, 156.— 47 Poil. VII, 85 ; cf. 77. — 48 Aesch. C. Timarch. § 19, D. 33. — 49 Lvs. De Evandri prob. § 8, D. 209; Dem. C. Mid. g 32, R. 524; C. Aristog. II, g 5, R. 802 ; C. Theocr. § 27, R. 1330. — 80 p0llux, VIII, 86.
— 81 Lvs. Prn milite, g 15, D. 132.— 52 Rokker, Anecd. graeca, I, 187, 22.
— 53 poil. VIH, 92. — 54 llarpoer. s. v. rtifsSpo;, éd. Rekker, p. 146. — 88 p0u.
VIII, 99. — 56 Plutarch. Quaest. conv. VII, 9, g 4, D. 870. - 57 C. Curtius Dos Metroon in Athen, 1868, p. 13 et s.; cf. Demosth. De falsa légat. § 190 r’ 400 - 58 Poli. VIII, 87. 59 Ibid . 95. 60 Lys. Adu Nicom § 5j Didot> 2lg parle d’une reddition de compte qu’il ne faut pas confondre avec ; voy.
Schoemann, Gnech. Alterth. 3- éd. I, p. 433. - 61 Demosth. C. Aristocr. g 167, R. 676 ; C. Tvnoth. g 9, R. 1187. — 62 Aesch. C. Ctesiph. g 20, D. 101 ; cf. Demosth. C. Androt. g 38, R. 605. — 6.) Aesch. C. Ctesiph. g 22, d. 101. — *4 Harpocr. s. v. oYWval. — 6o 4 ov. notre Elude sur la prescription d Athènes, 1869, p. 30 et suiv.
ARC
ARC
qu à ce que la reddition de ses comptes fût terminée, 1 ancien magistrat na\ait pas le droit de s’éloigner de 1 Attique (à^oSr.iieïv) ; il ne pouvait pas disposer de ses biens, même pour les consacrer aux Dieux; il lui était défendu de tester ou de se donner en adoption ; il était incapable de remplir une nouvelle magistrature et d’obtenir une récompense publique 66.
Malgré toutes les mesures prises par le législateur pour assurer aux magistrats la considération de leurs concitoyens, ceux-ci ne respectaient pas toujours les élus du peuple ou de la fève. La discipline n’était pas la qualité dominante des Athéniens; même à l’armée, ils n’étaient guère soumis. Xénophon parle de soldats, qui non-seulement ne daignent pas obéir, mais qui vont jusqu’à se faire honneur de leur résistance à leur chef 67. « Le pire de tout, écrivait Nicias dans une dépêche qu’il adressait de Sicile au peuple athénien, c’est qu’il ne m’est pas possible, à moi général, d’empêcher tous les désordres; car vous êtes d’un caractère malaisé à gouverner (yzlz-r.xl yàp ai 6(xsxspat gûcei; ap;at 68). » L’insubordination dans la vie civile devait être plus grande encore. E. Caillemer.
ARCHAIRESIAI (’Apyaipsffîai). — La désignation des magistrats par l’élection s’appela d’abord, à Athènes, ai àp- /atpEGt'ai, et plus tard xà àpyatpÉTia L Ce mot était employé, non-seulement pour les magistratures de la république, mais encore pour les magistratures des dèmes.
Christian Petersen a soutenu, il est vrai, que le mot àp/aipïffîat devait être exclusivement réservé aux premières; mais cette restriction est inadmissible. Les orateurs nous disent, en effet, que l’inscription des jeunes gens sur le Xr^tap'/txôv YpapaaxEÏov avait lieu èv âp^atpEtriai;2; cette inscription devait nécessairement se produire dans l’assemblée du dème, lorsque les démotes étaient réunis pour nommer leurs magistrats, ev xr, xwv (xp^ôvxwv ayopa 3 ; par conséquent, cette nomination rentrait bien dans les ap/atps<nat 4.
Il est naturel de supposer que la nomination des magistrats ordinaires de la république athénienne devait avoir lieu vers la lin de l’année ; mais aucun texte digne de confiance ne nous permet de préciser l’époque. Un grammairien inconnu paraît dire que les quatre derniers jours de l’année lunaire, c’est à- dire ceux qui restaient encore à franchir pour atteindre l’année nouvelle après la révolution de dix prytanies de trente-cinq jours chacune, étaient affectés aux àpyatpEatat 5. Mais il n’est pas vraisemblable que les Athéniens aient différé jusqu’aux derniers moments de l’année courante la désignation des magistrats de l’année à venir. Ceux-ci, en effet, avant d’entrer en charge, étaient soumis à une docimasie qui prenait nécessairement un certain temps. On avait, par conséquent, dû laisser un intervalle plus ou moins long, mais suffisant pour procéder à une enquête sérieuse, entre les àpyatpEatai et le premier jour de l’année suivante.
Convaincu par cet argument, Petersen a soutenu que les quatre jours dont parle le grammairien étaient, non pas le» quatre derniers jours de l’année, mais les quatre der-
68 Aesch. C. Ctesiph. § 21 , 1). loi j Demosth. C. Timocr. § 150, R. 747. — 6' Xenoph. Oecon. XXI, g 4. — 68 Thucyd. VII, 14. — Bibliographie. Hermann, De jure et auctoritate magistratuum apud Athenienses, Heidelberg, 1829, jjtmim, Id. Griech. StaaUalterihOmer, Heidelberg, 1855, §§ 147-154; Schoemann, Antiguitates jurispublici Graecorum, Greifswald, 1838, p. 235-162 ; Id. Griechische Alterthùmer, Berlin, 3e édit. I, 1871, p. 425-458.
Alt Cil AI II ESI AI. 1 Moeris, éd. Bekker,p. 187, 15; cf. Bekker , Anecd. graeca,l, p. 449, 29. — 2 Isae. De Apollod. hered. § 28, D. 287 ; Demosth. C. Leoch. g 39^ R. 1092. — 4 II. § 36, R. 1091. — * Schœmann, Op. ncad. I, p. 289 et s. — 5 Argum.
niers jours de la neuvième prylanie, en d’autres termes les 20, 21 , 22 et 23 thargélion 6. Voici, en peu de mots, son argumentation : Un passage d’Isée7 prouve que l’inscription des jeunes gens, inscription qui avait lieu lv àpyaipsm'aiç, coïncidait à peu près avec les fêtes pythiques; les fêtes pythiques étaient célébrées dans le mois de munychion, peutêtre même dans le mois de thargélion ; il est donc probable que les àp^aipsatat avaient lieu à l’expiration de la prytanie finissant en thargélion. On employait la dernière prytanie à vérifier la capacité des nouveaux magistrats, et ceux-ci pouvaient entrer en fonctions le premier hécatombéon suivant. Mais le raisonnement de Petersen a des bases inexactes. Les àp^aipscfat, dont parle Isée et qu’il présente comme contemporaines des fêtes pythiques, ne sont pas les àp^atpso-i'at de la république, celles dont nous nous occupons maintenant; ce sont les àp^aipEtnat des dèmes. De plus, il est aujourd’hui démontré que les fêtes en l’honneur d’Apollon étaient célébrées dans les mois de metagitnion ou de boedromion, et l’on se résignerait difficilement à croire que les magistrats fussent nommés dix ou onze mois à l’avance. Il faut donc rejeter les conclusions de Petersen et reconnaître, avec la plupart des érudits, que l’époque exacte des àp-/aipEcn'ai de la république ne peut pas être indiquée 8.
La nomination des magistrats désignés par le sort avait lieu dans le temple de Thésée , sous la surveillance des Thesmothètes9. Quant aux charges électives, elles étaient conférées par le peuple assemblé sur le Pnyx 10. et l’assemblée paraît avoir elle-même porté le nom d’<xp-/atpE<ri'ai. Elle était présidée par les neuf archontes lorsqu’il s’agissait d’élire les stratèges et autres commandants militaires11; par lesprytanesou les proèdres, lorsqu’il s’agissait des trésoriers ou autres magistrats électifs. Platon 12 indique minutieusement les règles qui, dans sa république, devront être suivies pour l’élection des chefs de l’armée. Est-ce un emprunt fait par le philosophe aux coutumes en vigueur à Athènes? Ce que nous savons seulement, c’est que, dans les élections, le vote avait lieu par mains levées et non par bulletins.
Nous avons parlé jusqu’ici des àp^atpseuat de la République ; nous aurons peu de chose à dire des àp-/atpsji'at des dèmes. Il résulte d’un texte d’Isée 13 que, dans un certain dème au moins, les magistrats étaient nommés à peu près à l’époque de la célébration des fêtes pythiques, c’est-à-dire dans les mois de metagitnion ou de boedromion. Mais en était-il de même pour tous les autres dèmes? Nous savons que chacune de ces associations avait une organisation propre et distincte. Aussi nous croirions agir témérairement en tirant d’un renseignement isolé une conclusion générale u. E. Caillemer.
ARC1IEION (’Ap^stov). — Ce mot désigna d’abord, en Grèce, l’édifice affecté à l’exercice d’une magistrature (voy. ci-dessus, p. 371). A Athènes, par exemple, les archontes, les stratèges, les polètes, etc., avaient leurs àp/EÏa1; il en était de même à Sparte pour les éphores, les nomophylaques, etc. 2 ; à Mégalopolis 3 ; à Mégare 4 ; en
orat. Demosth . c. Androt. § 2, R. 590. — 6 Et non pas, comme on le dit ordinairement, les 21-24 thargélion ; l’inscription 147 du Corp. insc. gr. prouve que la dernière prvtanie avait trente-six jours et non pas seulement trente-cinq; cf. Bœckh, Staatsh. der Ath. 2« éd. t. II, p. 19. — 7 De Apollodori hered. § 27, D. 287.
— 8 Schœmann, Op. acad. I, p. 285 et suiv. — 9 Aeschin. C. Ctesiph. § 13, D. 99.
— lOPollux, VIII, 133.— n Poil. VIII, 87. — 12 De leg. VI, D. p. 352. — MDeApoll. hered. § 27-28, D. 287. — n Cf. Schœmann, Op. acad. I, p. 291.
AltCII LION, l Demosth. C. Philipp. IV, § 53, R. 145. — 2 Paus. 111, 11, § 2.
— 3 Paus. VIII, 30, § 6. — 4 Xenoph. ffist. graec. V, 4, S 58.
ARC
ARC
Crète s; à Leontini en Sicile0; à Thyalira en Lydie7; à lassus en Carie 8, etc. Puis, par extension on l’appliqua au collège de magistrats qui se réunissait dans cet édilice; ainsi le collège des éphores est appelé par Polybe rô
zcov if opwv àp^eTov 9.
Plus tard encore, l’ap^etov fut le lieu spécialement affecté au dépôt et à la conservation des titres qui intéressaient la république, des S^oat'at %dpTou 10 : le yapxocpiAa'xtov “, ou vo,u. oœuXaxiov n, ou ypaup.aTocpuXdxcov 13 ; chaque magistrature gardant d’ailleurs les actes qui lui étaient propres dans l'àpyjüov où elle exerçait ses attributions u. A Athènes, les archives de l’État étaient dans le Metroon 15 ou temple de la Mère des dieux [cybèlè] ; à Delphes, le local des archives était appelé ÇuyatjTpov ,6. On sait que beaucoup d’actes publics étaient conservés dans les temples : dans celui d’Olympie, on voyait la stèle, sur laquelle était gravé le traité d’alliance qui liait pour cent ans Athènes, Élis, Argos et Mantinée 17 ; sur les murailles du temple de Delphes étaient inscrits des décrets et des actes de toute espèce faits en l’honneur et sous la protection d’Apollon 18.
On trouve enfin le nom même d’dpysïov appliqué à divers sanctuaires 19. E. Caillemer.
ARCHIATRUS (’Ap/faxpoç). — Ce titre, qui signifie chef ou premier des médecins, était donné dans l’antiquité à des médecins fonctionnaires d’ordres différents, et dont les attributions diverses n’ont jusqu’à présent jamais été bien délimitées par les auteurs.
L’homme qui, le premier, a été désigné par le titre d’archiâtre est Andromaque, médecin de l’empereur Néron ; et l’ouvrage dans lequel on le trouve ainsi dénommé est l’Onornasticon 1 ou Glossaire d’Hippocrate, qui a pour auteur Érotien,son contemporain et son ami. Galien donne également ce titre à Andromaque ainsi qu’à plusieurs autres médecins 2. Cette désignation grecque n’est passée dans la langue latine que beaucoup plus tard ; du moins on ne trouve dans les auteurs latins de l’époque immédiatement postérieure à celle des deux écrivains que nous venons de nommer aucun médecin portant ce titre; et Pline, qui cite un grand nombie de médecins célébrés, dans son Histoire naturelle , ne tlonne le nom d’archiâtre à aucun d’eux. Nous avons en outre plusieurs inscriptions funéraires dédiées à des médecins d’empereurs, et aucune d’elles, même parmi celles qui sont en langue grecque, ne porte le titre d’archiâtre.
11 faut donc conclure de ces faits que cette dénomination a été pour la première fois attribuée par Érotien et Galien à des médecins attachés aux empereurs et que c’est là l’origine de ce titre, mais qu’il resta très-peu employé d’ailleurs jusqu’à l’époque de Constantin.
A partir :1e cet empereur, le titre d’archiâtre fut modifié et changé en celui d archiâtre du sacré palais {archiatrus sac> i palatii)' . De plus, les attributions de ces médecins lurent agrandies et leurs privilèges furent augmentés. C’est ainsi qu’il leur fut accordé d’acquérir le titre de comte du premier et du second ordre, et d’aspirer aux plus hautes fonctions, telles que celles de proconsul et même de préfet du prétoire, ce qui les assimilait aux plus grands digni-
* Br- u° 2556- - 6 ro'yb- VII, 6, § 2. - 7 Corp. ruser, gr. n» 3521.
Ibid, n» 2672. —91V, 35, § 9.— lOSuid.s. v. 'Aoyilu. — 11 Bekker, Anecd. gr. I P 449. — 12 Photius, s. V. M,T0«'fi?TTK. - 13 ld. s. v. ZiYa„Tfov. — n C. Curtius. Dal Metroon m Athen, 1868, p. 15 et s. — 15 Id. p. 5, 13 et s. — 16 Photius h v ■ et Corp. viser, gr. 3266, 3281, 33S2, 3916, etc. - 17 Paus. V, 12, 8— 18 Weschér et Foucart, Inscript, recueillies à Delphes, p. v. 19 strub. p. 640; Corp. inscr or 3002; voy. aussi Hermès. 1869, p. «60
ARCHIATRUS. 1 Erot. Onom. dans la dédicace. - * Galeu. De antidot, s, l, , ;
taires de l’empire \ Un peu plus tard, le premier archiâtre du sacré palais fut investi de la fonction de juger les différends entre médecins 5.
Vers la même époque à peu près, furent institués des archiâtres d’un autre ordre, ayant pour fonctions principales d’assurer des secours médicaux à tous les habitants des deux villes impériales6. Il en fut établi un par chaque région de la ville, savoir : quatorze à Rome et sept à Constantinople, et ils furent appelés archiâtres populaires. Comme traitement, il leur fut alloué une annone [annona militarisJ et ils furent en outre exonérés de toutes les charges publiques, eux, leurs femmes et leurs enfants7. Par contre, ils étaient obligés de donner gratuitement leurs soins aux citoyens pauvres et d’instruire dans leur art les enfants de condition libre*. Ils étaient sous les ordres immédiats du préfet de la ville, qui veillait à ce qu’ils fussent toujours au complet. Si une place devenait vacante parmi eux, ce magistrat les convoquait afin de pourvoir à la vacance par voie d’élection et à la majorité absolue des suffrages. Ils se recrutaient donc par euxmêmes, mais leur choix devait être soumis à l’approbation de l’empereur, sans laquelle l’installation de l’élu ne pouvait avoir lieu. Chacun des archiâtres nommés devait prendre rang parmi ses collègues à l’ancienneté 9. Il leur était défendu d’accepter des promesses et de solliciter des engagements ou legs de leurs clients en danger10. 11 nous reste plusieurs inscriptions funéraires dédiées à quelquesuns de ces archiâtres et trouvées à Rome u, ainsi que les noms de beaucoup d’autres conservés par les auteurs.
Outre les quatorze archiâtres régionnaires de Rome, on constate avec quelque surprise que deux médecins encore portaient ce titre : c’étaient le médecin des vestales et celui du portique appelé Xyste 12[xystus]. Ce fait nous est révélé par une loi du code Théodosien, et l’on n’en trouve aucune trace ailleurs 13.
A l’exemple des deux capitales de l’empire, les villes de provinces, les colonies et les municipes voulurent avoir aussi leurs médecins publics salariés, qui furent également appelés archiâtres. Nous en avons la preuve dans quelques inscriptions qui nous donnent les noms avec le titre de plusieurs de ces médecins, archiâtres populaires, salariés par les villes de Pisaure u, de Pola en Illyrie'15, de Bénévent16, d’Oeculanum 17 et autres1*. Il est tout à* fait probable que ces archiâtres avaient dans leurs localités les mêmes fonctions et attributions que possédaient ceux des deux villes impériales. En tout cas, nous savons par le Digeste qu’ils étaient élus et institués par les décurions des villes, auxquels étaient adjoints pour cet objet les principaux propriétaires 19. Ils pouvaient être révoqués par ceux qui les avaient nommés.
Enfin nous trouvons dans des textes anciens, et principalement dans des inscriptions, des collèges, sociétés ou cercles de médecins dont les chefs ou présidents prenaient le titre d’archiâtres. Il existait notamment à Rome une sc/tola medicorum qui était certainement pour les médecins un heu de réunion et d’exercices scientifiques, mais qui
v V l/f X’ 11 61 ~ >■ 13 ; Cod. Theod
-lèod ThL~v „ , 0T e0d’ XUI’ 3’ 1 0t S- - 5 Cassiod. Varias, VI, .9 - Cod. Theod. XIII, 3, 8 et 9. -7 lb . 10. 8 Ib. 9 lb 8 el 1 10’ Jb
~ . 9r80;o8 5 0relli- «26. - 12 cr. Vite. V, U • VI, 27; Paus. V,
rensia, 64/ p. ' 15 • ’ 15 Co™ Th°°J' f,"’ S’ 3' “ “ °lWieri’ Ma™' P‘sau At J torP • l)lsc • lat- t. V, n° 87. — 16 Orelli 3994
Mommsen, Inscr . Néon usa 17 r ’ „ > ôjyx
„ , / P' 14bb* - 17 Coi'P • "'scr. gr. 5877. — 18 Spon, Miscelt.
erud. ant . p. 142, 4. - 19 Dig. 1. L, lit. o
ARC
ARC
pourrait bien aussi avoir été une école d’enseignement médical. Ln ellet, nous savons par l’historien Lampride que 1 empereur Alexandre-Sévère établit des professeurs de médecine auxquels il alloua un salaire, afin qu’ils fussent obligés d’enseigner leur art et de faire des cours publics où les pauvres de condition libre pourraient envoyer leurs enfants moyennant une annone20. Cette schola était située sur le mont Esquilin ; ses salles étaient ornées de tableaux et de marbres nombreux dont on a pu voir et apprécier les restes dans les ruines de ses bâtiments qui étaient encore considérables et très-belles au xvie siècle 21. Actuellement même, il se trouve encore dans la villa Albani, près de Home, une mosaïque qui a été préservée et qui est désignée sous le nom de Senola dei medici. 11 nous reste une trèsbelle inscription funéraire dédiée à un secrétaire ou archiviste de cette schola medicorum par l’archiâtre qui était sans doute le chef ou président de cet établissement 22. Nous devons dire cependant qu’il n'y a point de preuve directe que cet archiâtre lut le président de la schola et n’appartint pas simplement au corps des archiâtres populaires ou régionnaires. Mais ce qui donne une grande vraisemblance à notre conjecture, c’est que des inscriptions mentionnent d’autres sociétés ou collèges de médecins ana- . logues â la schola de Rome et présidés par un chef à qui l’on donnait également le titre d'archiâtre. Ces inscriptions appartiennent aux villes de Bénévent 23 et d’Aventicum **. Le titre d’archiâtre, bien qu’il soit grec de forme et qu’il ait par conséquent été appliqué d’abord par des écrivains grecs, n’a jamais été attribué aux médecins des souverains de race hellénique ; du moins il n’en reste pas trace dans les auteurs. Dr René Bkiau.
ARCHIERANISTES [eranos].
ARCIIIEREUS ( Ap^ispsu;). — Le titre d’àpytEpEuç, que nous pouvons traduire littéralement par archiprèlre , n’apparaît guère, soit en Grèce, soit en Asie Mineure, qu’à l’époque de la domination romaine. On le trouve porté tantôt par le président d’un collège de prêtres, tantôt par le ministre du culte dont le sacerdoce paraissait le plus noble entre tous les sacerdoces d’une ville ou d’un pays [asiarcha, bithyniarcha, cretarcha, etc.].
La dignité d’archiprêtre était, suivant les lieux, ou héréditaire dans certaines familles (y évoç dpytcpxxtxôv) 4, ou déférée par l’élection, soit pour un temps, soit pour toute la vie de l’élu (dcpytEpsù; Stà filou) 2.
Dans plusieurs inscriptions, l’archiprètrise est employée comme éponymie 3.
A côté des archiprêtres, on trouve des archiprêtresses. Quelquefois l’àp/ tépeta est seulement la femme de l’dcpy tspeuç, associée par les lois ou les mœurs au ministère de son mari. C’est alors un fait analogue à celui que nous offre l’histoire d’Athènes, où la femme de l’archonte-roi, la [iixnih.Gca., était appelée à assister son mari dans certains sacrifices [ARCHONTES]. Ainsi l’apyisosta tou x o iv ou twv ’Ayottwv était la femme de l’dp/tepEÙç t. x. t. A. \ On pouvait dire
Lamprid. Alex. Sev. cap. iliv. — 21 Gori, Columbar. libert. et serv. I.iviae, p. 122. — 22 Orelli, 4226; Marini, 810; Mommsen, Inscr. Neap. 6847. — 23 Orelli, 3994 ; Mommsen, 1. 1. 1488. — 24 Orelli, 367 ; Mommsen, Inscr. Heloet. 164 ; Haller, Biblioth. medic. — Bibliographie. Mercurialis, Variar. lection. 1. IV ; Daniel Leclerc, Sût. de la médecine, 3e partie, 1. II, e. i ; Codex Theodosianus, 1. XIII, avec les divers commentaires de Godefroid, d’Accurse, d'Alciat, etc., etc.; Meibomius, in Cassiudori formulam archiatrorum ; Joanms Filesaci Select. I. I, cap. xvn ; Haller in Biblioth. medic.; Goldhorn, De archiatris romanis, Leipz. 1841.
ARCIIIEREUS. 1 Cûip. insc. c/raec. n. 4363. — 2 //,. no4, 1718, etc. — 2 //,, 1059. — 4 fb' 1718. — 5 Jb. 4363. — 6 Westermann, in Pauly's Realencyclopaedie I, 2e érl. p. 1448.
alors dp^ts'pEta ouvap^cspiopÉvY] toi ctvopl aux7)ç 5. Mais, dans d’autres cas, l’ap/upsta était une prêtresse exerçant des fonctions personnelles et indépendantes 6. E. Caillemf.r.
ARCHIEROTHYTES [üierothytes].
ARCIIIGALLUS [gallus].
ARCIIIGUBERNUS, chef des gubernatores ou pilotes. Ce titre est mentionné dans une décision du jurisconsulte Javolenus1, au sujet du testament d’un certain Seius Satvrninus, archigubernus de la flotte de Bretagne, qui stationnait à Gessoriacurn (Boulogne-sur-Mer). On possède 1 inscription funéraire d’un archigy[m)bernus de la flotte de Misène \ Dans les guerres maritimes, ou dans les voyages, le chef des pilotes dirigeait l’ensemble des manœuvres nautiques auxquelles le praefectus classis, chevalier romain, qui le plus souvent venait de quitter un commandement de cavalerie [praefectus classis], était tout à fait étranger. De la Berge.
ARCIIIMîMUS [mimus].
ARCIIITECTÜRA. — Nous renvoyons, pour tout ce qui concerne l’architecture, ses développements successifs, ses procédés, ses matériaux, les diverses sortes d’édifices, leurs parties, leur style, leurs ornements, etc., aux articles spéciaux où chaque sujet est traité avec les développements qu il comporte. On en trouvera la liste à l’Index par ordre de matières, à la fin de l’ouvrage.
ARCIHTECTUS (’Apyqxs'xTwv), architecte1. — Les deux mots up-/y o, je commande, et te'xtwv, ouvrier, indiquent suffisamment le sens du mot architecte dans les langues grecque et latine : c’était le chef qui avait sous ses ordres des ouvriers de diverses professions 2 et présidait à l’exécution d’un édifice public ou privé dont il avait primitivement conçu les principales dispositions et tracé les plans 3 ou donné un modèle \
LTn texte b montre bien la différence qui existait au ive siècle av. J.-C., lors de la plus grande splendeur des arts delà Grèce, entre les ts'xtoveç, très-souvent mentionnés par Homère 6 etaprès lui, et les àp/ixÉxxovsç, qui touchaient, à la même époque, un traitement près de dix fois plus considérable. « Voyez, dit l’interlocuteur d’un dialogue attribué à Platon, ce qui se produit dans l’art des constructions (lv tv) TExxovixvj) : on se procure facilement un ouvrier (xExxova)pour cinq ou six mines 7 tout au plus ; pour un architecte (dpy TTs'xxova), il faudra mettre dix mille drachmes8; car les architectes sont rares dans toute la Grèce. »
Les inscriptions, trouvées en 1836 aux Propylées d’Athènes, portent mention des salaires touchés par les sculpteurs, les peintres et les autres ouvriers qui, sous la direction de l’architecte Archiloque, ont travaillé à l’achèvement de l’Érechthéion d’Athènes, l’an 407 av. J. -G. On y voit, d’une part, que cet architecte touchait, pour ses honoraires et probablement par prytanie, trente-cinq drachmes 9, et que l’hypogrammate ou sous-secrétaire Pyrgion, qui est nommé après lui, n’en touchait, dans les mêmes conditions, que trente-trois 10, tandis que,
ARCIIIGUBERNUS. 1 Dig. XXXVI, Ad s. c. Trebell. n. 46. — 2 Mommsen, Inscr. Neap. 2664.
ARCHITECTUS. 1 Plin. ffist. nat. X, 91, dit aussi : « naturae arehitectae vis. »
— 2 Cassiod. Variae, VII, 5.-3 Herodot. ni, 60 ; VII, 36 Plat. Polit, p. 2C1 c; Plut. Pericl. 13, etc.; Poil. VII, 117; cf.Welc!;er ,Kleine Sckriften, III, p. 339 ; Thiersch,' in Abhandl. der Bayer. A/cademie, mo,Vl, p. 129 ; Aul.-Gell. XIX, 10. —4 cic .Ad Q. [rat. II, 6 ; Ad M. Cel. 204. — 5 Anterast. p. 135. — 6 n , jy, no • y 60 •
VI, 315; XIII, 390; XV, 411 ; XX11I, 712 ; Ud. V, 250 ; XVII, 384, et Eust. Ad ’h.l. • Bymn. in Ven. 12. — 7 La mine représentait cent drachmes (environ 92 fr.), soit 460 fr. ou 552 fr. — 8 Environ 9200 fr. — 9 Environ 32 fr. 20 c. — 1" Environ 30 fr. 36 c.
AUC
A KG
d’autre part, les sculpteurs, les peintres et les autres ouvriers placés sous leurs ordres, recevaient des sommes diverses, mais moindres, suivant la nature et l’importance de leur travail, lequel paraît, de plus, leur avoir été payé à la pièce 11 .
Deux siècles plus tard, il est vrai, l’an 220 av. J.-C., le roi d’Égypte Ptolémée Philopator envoie cent architectes et sculpteurs à Rhodes, en partie détruite par un violent tremblement de terre 12 ; mais il est permis de conjecturer d’après ce que nous savons de la facilité avec laquelle les artistes grecs cultivaient plusieurs branches de l’art,, que, parmi ces artistes, on ne devait compter qu’un bien petit nombre d’architectes à côté des sculpteurs chargés de les seconder et souvent initiés eux- mômes aux règles de l’architecture.
Vers la fin de la république romaine, l’an 44 av. J. -G., Cicéron annonçant à Alticus son intention d’élever un monument àTullia, sur les dessins de Cluatius, l’un de ses architectes, vante les connaissances de son temps en architecture 13. Ses lettres nous font connaître, outre le nom de Cluatius, celui de Corumbus14, affranchi deBalbus, qui lui était connu comme habile architecte; puis de Cyrus, de Chrysippe, affranchi de Cyrus, et de Diphilus, tous trois employés par lui. On sait qu'il ne posséda pas moins de vingt et une maisons, qu’il avait achetées ou fait bâtir luimême15; celle d’Arpinum seule lui était venue par héritage de ses ancêtres 16.
Dans la première moitié du ne siècle de l’ère chrétienne, à l’époque même où Apollodore de Damas dirigeait les constructions remarquables du règne de Trajan, de somptueux édifices 17 s’élevaient dans toutes les provinces, dans tous les municipes. Pline le Jeune, gouverneur de Bithynie, demandant à l’empereur de lui envoyer un architecte ls, Trajan répond : « Vous ne pouvez manquer d’architectes. Il n’est point de pays où on ne trouve des gens entendus et habiles, si ce n’est que vous pensiez qu’il soit plus court de vous en envoyer de Rome, où ils nous viennent ordinairement de la Grèce 19. »
Sans s’arrêter longtemps à l’origine et au sens des mots tsxtwv et TExtovtx.7) ou textocuvy) , on trouve dans- l’étude de leurs plus anciennes acceptions, de précieux renseignements sur la nature des travaux que purent avoir à diriger les architectes primitifs. En effet, on voit dans Homère20, et après lui encore, quand ces mots sont pris dans une acception rigoureuse, que te'xtwv désignait, par opposition à ceux qui travaillaient la pierre, l’ouvrier habile à travailler les métaux et surtout le bois, qui était employé soit pour la construction des combles, et peut-être pour celle des temples, soit pour la construction des navires. C’est de bois et d’airain qu'étaient bâties les demeures des chefs, d’après les plus anciens témoignages. On peut 1 approcher ce que dit Pausanias-1 du temple de bois de Poséidon à Mantinée, des colonnes de chêne de YHereum de Samos et des trois temples qui précédèrent, à Delphes, celui d’Agamède et de Trophonius, érigé en marbre vers 1 an 1200 av. J.-C. Le premier de ces temples était une cabane de branches de laurier, le troisième était couvert de plaques d’airain. Pausanias dit encore à ce propos
« que le temple de Minerve XaXxiotxoç (c’est-à-dire au temple d’airain) existait encore à Sparte, au 11e siècle de Père chrétienne. On peut induire de ces faits, en laissant ici de côté les récits qui se rapportent aux Dactyles, aux Telchines, aux cabires, aux Corybames, aux Curètes, aux Cyclopes, .regardés comme les plus anciens constructeurs et inventeurs des métaux, que les premiers architectes grecs dirigèrent des travaux exécutés en bois ou en métal, et que de grands perfectionnements dans l’emploi du bois et du fer et dans l’industrie du bâtiment sont dus à ces constructeurs primitifs, véritables initiateurs de leurs compatriotes dans l’art de bâtir. Dédale, qui est le représentant fabuleux de l’art grec sortant de l’enfance, inventa, suivant Pline le naturaliste 22, la scie, la doloire, le fil à plomb, la tarière, la colle, etc.; il fit aussi, d’après Pausanias 23, les plus anciennes statues de bois qui, dans la suite, conservèrent son nom. On prête aussi à Dédale l’honneur d’avoir fait élever, sinon les premières, au moins de fort anciennes constructions en pierre ; et Pline dit encore 24 qu’il érigea le labyrinthe de Crète [daedalus].
Au vie siècle av. J.-C., les Samiens Rhœcus et Théodore exercèrent les premiers en Grèce l’art de couler le bronze ; ils dirigèrent la fondation du temple de Diane à Éphèse, construisirent à Lemnos un labyrinthe soutenu par cent cinquante colonnes dont les fûts étaient, disait-on, si parfaitement suspendus, dans l’atelier où on les travaillait, qu’un enfant suffisait pour mettre en mouvement le pivot qui les étreignait 25 ; à Sparte, où Théodore seul fut appelé, cet architecte éleva un édifice nommé la Skias, qui vraisemblablement avait une toiture faite de tuiles métalliques 26. On peut rapprocher ces faits de ce que la Bible nous apprend 27 au sujet de Béséléel, directeur des travaux de 1 arche d alliance au temps de Moïse, lequel s’occupait particulièrement des travaux de fonte et de ciselure d’or, d’argent et d airain, tandis qu un autre personnage, Ooliab, était chargé de ceux de charpente, de menuiserie et de tissage d’étoffes. Au temps de Salomon, le Tvrien Hyram, qui avait l’intendance générale des travaux du temple de Jérusalem, était aussi un habile fondeur28.
Ainsi, les premiers chefs de chantier qui nous sont connus possédaient des connaissances toutes spéciales dans l’art de travailler le bois ou les métaux. Il est vrai qu’il v a tout lieu de croire à une double influence égyptienne et asiatique agissant sur les œuvres du Crétois Dédale et des Samiens Rhœcus et Théodore, de même qu’Ooliab et Béséléel ne firent qu’appliquer dans la terre de Chanaan des procédés industriels empruntés à la civilisation si avancée des Pharaons d’Égypte, au siècle de Sésostris, et qu’enfin la nationalité de Hyram subirait seule pour expliquer son habileté dans l’industrie métallurgique. Au contraire, dans les anciens empires de l’Orient, à Babylone et à Ninive, ainsi que dans l’Inde et dans l’Égypte, la nature même des matériaux de construction (briques crues ou cuites et granits ou roches naturellement entaillées) dut forcer les architectes à se préoccuper plutôt, à défaut d’excavations presque régulières dans le roc, de donner leurs soins à l’extraction, au transport, à la taille, à la pose età l’assemblage des ouvrages dits de maçonnerie,
H l'.phem. archaeol. 1S37, tab. 12, 13 ; ltaugabé, Ant. hell. 56-60; Stephaui Ann del. Lut. ardu 1843, p. 320, 56 et 324, 9 ; Clarac, Manuel de l'hist. de l'art. 3. nart’ 240.- 12 Polyb. — 13 Cic. Ad Att. XII, 18. 14 1b. 692. — 15 Beaucoup de citoyeni
faisaient construire eux-mêmes : Vitr. VI, praef. — 16 plut. Cic XVII 1 — 17 piiu Kput. X, 24, 29, 34, 75. - 18 Ib. X, 46, 48. - 19 tb. X, 49. - 20 ÿ0y. note 6> #j
il"- \ü ^iV“(A'U1U011-3-; Schol. Aristoph. Plut. 160; Theophr .ü. Plant.
; V* h }' tü°- ~ 21 Hom’ 0rf- IV’ 82 ; VII, 86 ; Hesiod. Op. et dics.
-K vT » , 5 rC' 10 5 ACk' 4' ~ " YII> 57- - 23 Beot- 3- ~ 24 XXXVI, 19.
340 "n /wt XX.XVI’ i9- ~ 26 Beulé- Hist- de l'ort ÿrec au. Periclès, 2* érf. p. 340.— VExod. 25, 31, 35 et 39. — s? Leg. 2-7.
ARC
ARC
qu’ils revêtirent d'une décoration sculpturale, obtenue en creux ou en relief, à l’aide du ciseau et du maillet et parfois colorée, « créant ainsi l’architecture par l’alliance intime de la construction et de la décoration w. » Et, dans la suite, lorsque les traditions égyptiennes, asiatiques et phéniciennes eurent une si grande influence sur l’art grec, l'architecte dut étudier surtout la construction en marbre, en pierre ou en brique. Homère so, racontant les merveilles du palais de Priarn, nous montre ce palais entouré de riches portiques et renfermant cinquante chambres revêtues d’un marbre poli. Hérodote, â une époque plus rapprochée de nous, désigne par le mot àpy itéxtwv si, l’auteur inconnu des magnifiques propylées du temple de Minerve il Sais, en Égypte, érigés en granit vers l’an §70 av. J.-C.; puis Eupalinus de Mégare, qui, probablement sous le tyran Polycrate, construisit à Samos, dans le vie siècle av. J.-C., le canal-aqueduc long de treize cents mètres qui alimentait d’eau la ville de Samos; et aussi Rhœcus, qui, dans cette même ville, érigea l 'Hereum ou temple de Junon, le plus vaste connu jusqu’alors, d’ordre dorique 32, et plus tard reconstruit dans de plus grandes proportions encore, mais d’ordre ionique. Hérodote, il est vrai, donne aussi et avec raison ce titre d’architecte 33 à Mandroclès de Samos, à la fois ingénieur et architecte, qui, lors des guerres médiques, jeta à Chalcédoine, sur le Bosphore, le pont de bateaux qui servit au passage des Perses et que décoraient, sur la rive asiatique, deux colonnes monumentales en pierre couvertes d’inscriptions gravées, sur l’une, en caractères assyriens, et sur l’autre, en caractères grecs.
On voit par ces exemples, qu’il serait facile de multiplier, que chez les Grecs la profession d’architecte, anciennement alliée à celle de sculpteur sur bois ou de fondeur en métaux, le fut aussi à celle d’ingénieur; elle s’allia souvent même à celle d’autres arts34, et particulièrement à celui de la décoration théâtrale 35, ou à l’ordonnance des fêtes et des cérémonies publiques : c’est ainsi que Hiéronyme construisit le char funèbre d’Alexandre le Grand 36. Il y a tout lieu de croire aussi à une intervention utile, ou pour mieux dire nécessaire, de l’architecte dans les pompes triomphales des Romains, où l’on faisait paraître comme on sait des chars renfermant des statues d’ivoire et d’airain, des colonnes, des tours, des images des villes, des citadelles, des montagnes, des fleuves, des marais, des mers, et enfin de tout ce qui avait été conquis par le général victorieux 31 .
La construction des machines de guerre ou des engins industriels réclamait aussi le concours de l’architecte '8. Pline le Jeune montre bien le mélange d’attributions qui existait à Rome entre les architectes et les ingénieurs, lorsqu’il écrit à l’empereur Trajan 39 de lui envoyer soit un ingénieur hydrau’ûcien ( aquilex ), soit un architecte, pour terminer les travaux d’un aqueduc commencé à Nicomédie, soit un niveleur (lihrator), soit un architecte pour étudier les dispositions que nécessiterait la jonction à la mer d’un lac situé près de Nicomédie.
On conçoit donc facilement que, lorsque la civilisation et le luxe eurent atteint les plus grands développements et que furent érigés ces monuments dont les ruines imposa The Engl. Cyclopædia , Architect. — W II. VI, 242 et suiv. — 31 II, 175 ; III, 60. — 32 vitr. VII, praef. — 33 IV, 87 et 88. — 34 Xenoph. Ment. Social. UI, 10. — 33 Vitr. VII, praef. — 33 Diod. Sic. V, 376, 436 ithen. — *7 Panvinius, De triumpho p. 141. — 38 Vitr. I, 3; IX, 8 ; Strab.
santés attestent encore aujourd’hui l’état florissant, de l’architecture chez les Grecs et chez les Romains, l’architecte dut posséder une grande somme d’aptitudes et de connaissances: aussi Quintilien admet-il 40 que « l’architecture s’étend â tout ce qui entre dans la composition d’un édifice, » et Vitruve, architecte et ingénieur militaire du temps de l’empereur Auguste, résume ainsi, au commencement du Traité d’architecture qu'il dédie â ce prince, et dans lequel il s’est inspiré d’ouvrages malheureusement perdus des auteurs grecs anciens, tout ce que la pratique de l’architecture exige de ceux qui veulent s’y adonner avec fruit : « L’architecture, dit-il 41, est une science qui doit être accompagnée d’une grande diversité d’études et de connaissances, parle moyen desquelles elle juge de tous les ouvrages des autres arts qui s’y rapportent. Cette science s’acquiert par la pratique et par la théorie. » Vitruve, dont les écrits décèlent une éducation libérale et une instruction complète 42, ajoute que « les architectes qui ont essayé de parvenir à la perfection de leur art sans le secours des lettres et par le seul exercice de la main, ne s’y sont guère avancés, quelque grand qu’ait été leur travail, non plus que ceux qui ont cru que la seule connaissance des lettres et le seul raisonnement les y pouvaient conduire ; car ils n’auront jamais vu que l’ombre. Il faut que l’architecte soit ingénieux et laborieux tout ensemble. Il doit être lettré, savoir dessiner, être instruit dans la géométrie et n’être pas ignorant de l’optique; avoir appris l’arithmétique et s’être nourri de la lecture de l’histoire ; avoir étudié avec soin la philosophie, connaître la musique, et avoir quelque teinture de la médecine, de la jurisprudence, de l’astrologie et du mouvement des astres... Il faut que l’architecte ait étudié la médecine, pour savoir quelles sont les différentes situations des lieux de la terre, lesquelles sont appelées climats par les Grecs, afin de pouvoir connaître la qualité de l’air, s’il est sain ou dangereux, et quelles sont les diverses propriétés des eaux ; car il n’est pas possible de construire une habitation qui soit saine, si l’on n’a bien examiné toutes ces choses. L’architecte doit savoir la jurisprudence et les coutumes des lieux pour la construction des murs mitoyens, des égouts, des toits et des cloaques, pour les vues des bâtiments, pour l’écoulement des eaux et autres choses du même genre, afin qu’avant de commencer un édifice, il prévoie tous les procès qui pourraient, l’ouvrage étant achevé, être faits sur ce sujet aux propriétaires. » Il est bon de remarquer ici qu’il y avait à Rome diverses lois, soit sur les hauteurs des maisons qui ne devaient pas excéder soixante-dix pieds43, soit sur l’épaisseur des murs mitoyens et même sur les conditions d’emploi de certains matériaux 44. « Ces connaissances, dit Vitruve, rendront en outre l’architecte capable de donner de bons conseils pour dresser les baux à l’utilité réciproque des preneurs et des bailleurs; car, en y mettant toutes les clauses sans ambiguïté, il sera facile d’empêcher qu’ils ne se trompent l’un l’autre. L’astrologie lui servira aussi pour la confection des cadrans solaires, par la connaissance qu’elle lui donne de l’orient, de l’occident, du midi et du septentrion, des équinoxes, des solstices et du cours des astres. Donc, puisque l’architecture est enrichie de la connaissance de tant de diverses choses, il n’y a
XII, p. 575 ; XIV, p. 563; Galon. V, p. 68, Külin. — 38 Ep. X, 46, 50.
W Or. inst. II, 21. — 41 Trad. Cl. Perrault, I, 1, p. 14, éd. Nisard. —
V2 VI, praef. 43 Strab. V, p. 210 (20'», 75). — 44 l’Iiii. Hist. nul. XXXVI
ARC
ARC
pas d’apparence de croire qu’un homme puisse devenir bientôt architecte. Ilne doit pas prétendre à cette qualité, à moins qu’il n’ait commencé dès son enfance à monter par tous les degrés des sciences et des arts qui peuvent élever jusqu’à la dernière perfection de l’architecture... Et c’est pourquoi Pythias, cet ancien ar chitecte qui s’est rendu illustre par la construction du temple de Minerve dans la ville de Priène, dit, dans ses Commentaires (aujourd’hui perdus), que l’architecte doit être capable de mieux réussir, à l’aide de toutes les sciences dont il a la connaissance, que tous ceux qui ont excellé par une industrie singulière dans chacune de ces sciences. »
Vitruve ne se borne pas à énumérer longuement tout le bagage de connaissances que doit posséder l’architecte complet, il veut encore que celui-ci fasse preuve d’un grand désintéressement ; aussi blàme-t-il l’avidité de trop nombreux architectes de son époque.
Tel est le portrait, tracé surtout d’après les auteurs grecs, de l’architecte ancien vraiment digne de ce nom.
De nombreux exemples montrent que l’ensemble de connaissances qu’exigeait Vitruve fut souvent réuni dans l’antiquité. A côté des Dédale, des Béséléel, des Hyram 48, qui représentent un art primitif, il faut placer les plus anciens architectes, sculpteurs sur bois ou ciseleurs sur métaux, comme Alexanor46, Byzès de Naxos47, qui tailla le premier des tuiles de marbre ; un grand nombre furent aussi statuaires, comme Gallimaque, à la fois architecte, statuaire , peintre et ciseleur 48 ; Cleœtas de Sicyone 49, Miletus de Tripoli 80, Parménion 81 , Phidias, à la fois architecte, statuaire , ciseleur et peintre 82 ; Gitiadas de Sparte, architecte, sculpteur et poète qui, après avoir élevé un temple à Minerve et fondu sa statue, célébra la déesse par ses vers 68 ; Bupalus de Chio B4, qui sut aussi se servir de la palette et des pinceaux, Clisthènes d’Érétrie 85 , et cet affranchi de Diomède à Pompéi, qu’une table de marbre conservée au palais des Études désigne comme pictor idem et architectus 86. La liste des architectes ingénieurs ou mécaniciens est des plus longues : tels furent Ætherius de Constantinople, architecte, ingénieur et homme d’État 67; Andronicus de Cyrrhos, l’auteur de la tour des Vents à Athènes 88 ; Anthémius de Tralles, qui fut peut-être l’inventeur d’une machine à vapeur, et l’auteur (avec les Isidore de Milet) de Sainte-Sophie de Constantinople 89 ; Callias d’Aradus60, Chrysès d’Alexandrie61, Dioclide ou Diognète d’Abdère62, Épimaque d’Athènes 63, Héraclide de Tarente, architecte, ingénieur et commandant de flotte 64 ; Héron et les autres architectes et ingénieurs qui construisirent Alexandrie, Crater, Cléomène, etc.68; Sostrate de Cnide, l’auteur du phare d’Alexandrie 66, etc. Nous nommerons encore Alypius, architecte, géographe, poète, intendant de province et confident de l’empereur Julien l’Apostat67; on pourra compléter cette liste en se reportant aux ouvrages indiqués à la bibliographie.
Vitruve nous donne aussi 68 une liste de nombreux architectes ayant écrit sur leur art des traités aujourd’hui j
45 Reg. 2-7. - 46 Paus. II, 11,6.- 47 Id. V, 10, 3. - 48 vitr. IV, 1, 9 ; Plia. Hist. nat. XXXIV, 92 ; Paus. I, 26, 7; IX, 2, 5. — 49 paus. VI, 20, 10 et s. — 50 clarac, Manuel, 3” part. p. 146. — 51 r. Rochette, Nouv. lettre à Schorn, p. 376.
*7 82 Quatremère de Quincy, Jupiter Olympien; O. Muller, De Phidiae vita et op.; S'U'B» CataL artif • < de Konchaud, Phidias; Beulé, Nouv. biogr. gén., etc. — 53 Paus’.
III, 17, 2 et 18, 7. — 5 4 piin. H. Nat. XXXVI, 11; Paus. IV, 30, 6; IX, 35 6- Acrou. Ad Hor. Epod. VI, 13. - 55 Diog. Laert. II, 123. - 56 Gruter, Inscr. 59l!
- 57 Brunck, Anthol. graec. III, p. 135, 15. - 58 vitr. I, 6, 4. - 59 Procop. De uedif. 1, 1 ; Agathias, Hist. V, 3. - «0 vitr. X, 16, 5. - «1 Procop. De aedif. U, 3.
disparus et dont il s’est inspiré. Tous ou presque tou>, architectes, ingénieurs, mathématiciens ou écrivains, la désinence de leurs noms, à défaut même du texte de Vitruve, nous les fait reconnaître comme d’origine grecque ; car, sauf un ouvrage vanté de Fufitius, un des livres de T. Varron, les deux de P. Septimius que cite Vitruve, et le célèbre traité de ce dernier, il ne paraît pas qu’à Home aucun écrivain ait pris soin de formuler les préceptes de l’art de construire. Plusieurs architectes grecs excellèrent aussi dans l’art oratoire, comme Philon*L Metichus ou Metiochus70, et d’autres encore.
On ne saurait s’étonner de la grande considération dont jouirent les auteurs d’œuvres si estimées dans tout le monde hellénique : situation bien différente de celle qui fut faite aux architectes dans les grands empires de l’Orient, aussi bien qu’à Rome, où rarement les noms des artistes ont été mis en grand honneur.
En Grèce, au contraire, Pausanias l’atteste presque à chaque ville qu’il visite, c’étaient le plus souvent des dieux, des demi-dieux, des héros ou tout au moins des chefs de peuples, qui passaient pour les plus anciens constructeurs ; et toujours, tant que dura leur indépendance, les cités grecques s’enorgueillirent des œuvres d’art et surtout des monuments d’architecture qui faisaient leur splendeur. Ainsi, nous dit Valère-Maxime71, « Athènes est fière de son arsenal, et ce n’est pas sans raison : c’est, pour la richesse et l’élégance, un ouvrage admirable. Philon, qui en fut l’architecte, rendit compte de ce travail en plein théâtre, et il le fit en si beaux termes que le peuple le plus éclairé de l’univers n’applaudit pas moins à son éloquence qu’à son talent dans l’architecture. » Une inscription du n° siècle av. J.-C. 72 mentionne des récompenses accordées aux architectes qui se sont occupés de l’achèvement de certains détails du temple de Delphes, et il faut, dans cet ordre d’idées, citer la statue élevée à Byzès de Naxos, architecte du vie siècle av. J.-C., qui inventa, comme nous l’avons dit, de tailler dans le marbre les tuiles destinées à servir aux autres de couvre-joints, invention dont, suivant Pausanias78, une application fut faite au temple de Jupiter à Olympie.
Il est presque certain aussi que les cités grecques, quand elles se préparaient à l’acte, si important au point de vue religieux, politique et commercial, de la fondation de leurs colonies, devaient joindre des architectes aux magistrats et aux devins qui prenaient la direction de l’expédition ; car nous voyons les plus anciens temples doriques des colonies de la Grande-Grèce rappeler par leurs proportions et leurs détails d’ornementation les édifices construits peu d’années auparavant dans les métropoles en l’honneur des mêmes divinités protectrices. « Les architectes étaient ainsi appelés de bien loin et voyaient leur gloire se répandre de toutes parts; on les accueillait avec des honneurs et des récompenses tels que les Grecs seuls ont su en prodiguer aux artistes de talent. Eupalinus était appelé de Mégare à Samos, pour construire le magnifique canal
- 62 Alhen- V> P- 206; vitr- S. M Ib. - 64 Tit. LiT. XXXI> 16 et 33 . XXXII, 5; Athen. XIV, 634 b.; cf. VI, 251 ef. — 65 Arrian. I, 31 Didot; Jul. Valer. De reb. Alex. I, 23 ; Diog. Laert. IV, 23; Strab. X, p. 407. - «6 Lucian. Quom. hist. cotiser. 62; Anior. 11; Hipp. 2; Plin. H. nat. XXXVI, 83 ; Strab. XMI, j 91; Suid. et Steph. Byz. s. v. oioo;. — 67 Julian. Epist. XXIX et XXX ; Amm.-Marc. XXIII, 1 et 2. — 68 vitr. VII, pr. — 69 Val. Max. VIII, 12, 2 ; Cic. Dt orat. I, 1+. 70 Pollux, VIII, 10, 121; Pbot. Lex. s. v. ; Bekker, Anecd.
gtaeca, I, p. 303. a Mil, 12. — "2 Le Bus, Voyage archéolog. en Grèce, Inscr. 11“ 840. — 73 Paus. V, 10.
AUC
AUC
qui était réputé une des merveilles du monde ; Spintharus i de Corinthe était mandé par les amphictions de Delphes pour reconstruire le temple d’Apollon ; Chersiphron de Gnosse bâtissait le temple colossal des Éphésiens ; Théodore de Samos était mandé à Sparte et y tenait école ; les architectes qui avaient élevé les temples de Paestum Posidonia) étaient appelés par les Phocéens pour fonder la ville de Vélia74 » ; comme à Rome, à la même époque, des architectes étrusques, imbus des principes de l’art grec, vinrent bâtir en l’honneur de la triade du Capitole un temple magnifique qui est longtemps resté un des plus beaux ornements de la ville 75.
Ce double sentiment, d’admiration pour l’architecture et de justice envers les architectes, se fit jour, à Rome, aux derniers temps de la république et sous les empereurs. L’art de bâtir était estimé et goûté des Romains, qui se piquaient même trop facilement, au gré de A itruve ‘6, de s’y connaître et de le pratiquer. Beaucoup employaient à leurs constructions des esclaves, des affranchis ou des étrangers77 ; mais il y eut aussi sous la république des citoyens romains parmi les architectes, comme Cossutius, qui éleva à Athènes, pour le compte d’Antiochus Epiphanes, le temple de Jupiter Olympien78, et C. Muc.ius qui construisit à Rome pour Marius les temples de l’Honneur et de la Vertu 19.
Cicéron, dont le témoignage est précieux à ce sujet80, nous apprend ce que doit être, à son gré, la maison d’un citoyen romain considéré et élevé eu dignité : « En la construisant, l’architecte ne doit jamais perdre de vue l’usage auquel elle est destinée ; cependant il songera à rendre celle d’un noble citoyen digne de son rang et le plus commode possible. Nous savons que ce fut un titre d’honneur pour Cneius Octavius (un des grands-oncles de l’empereur Auguste), le premier de cette famille qui obtint le consulat, d’avoir fait élever sur le mont Palatin une maison magnifique et toute pleine de dignité ; tout le monde allait la visiter et on disait qu’elle n'avait pas peu contribué à porter son maître, homme nouveau, au consulat. » Il n’est donc pas étonnant que Cicéron, toujours si préoccupé de tout ce qui touche de près ou de loin à la carrière politique, mette l’architecture « au nombre des arts dont la profession demande du savoir et qui sont d’une utilité réelle, comme la médecine et l’enseignement des sciences ou des lettres, qui n’ont rien que d’honorable pour ceux qui se trouvent de condition à les exercer. » Suétone atteste 81 que l’empereur Auguste resta dans les traditions de Cneius Octavius et que, « souvent aussi, il exhorta les principaux citoyens à orner la ville , chacun selon ses moyens, ou par des monuments nouveaux, ou en réparant et en embellissant les anciens ; et ce seul désir en fit élever un grand nombre. » Les membres de sa famille et Agrippa, son principal ministre, le secondèrent dans ce dessein, et nous lisons dans les inscriptions du temple de Rome et Auguste, à Ancyre 82, connues comme le testament politique du même empereur, une longue liste des monuments élevés sous son règne.
Presque tous les empereurs romains, comme autrefois les tyrans des villes grecques, favorisèrent le goût des peuples pour les constructions et luttèrent à l’envi : les
74 Beulé, Art grec av. Pi-ridés, p. 41. — 1,5 O. Millier, Die Etrüsker, II, p. 232.
76 VI, pr. 6. — 77 Voyez les inscriptions citées plus loin a la note 127. — 73 vitr.
VII, pr. 15 et 17; cf. Corp. inscr.gr. 363. — 79 vitr. 111,2,5. — 80 De offic. I, 39
et 41. 81 Aug. 29. — 82 G. Perrot et E. Guillaume, Expi. arch. de la Galatie,
Augusteum. — 81 LXIX, 4 ; Ch. Lucas, L’emp.-archit. Hadrien, p. 8 et s. — 8’* Gruter, /user. p. 633, 3. - 83 Plin. Hist. nat. XXXVI, 24 2. — 86 id. XXXVI, 4. - 87 Rossiui,
Flaviens, pour effacer les souvenirs des Césars; les Antonins, pour effacer les souvenirs des Flaviens. Un des Antonins même, l’empereur Hadrien, doit, sur l’autorité de Dion Cassius88, être considéré comme architecte ; car il fit élever sur ses propres dessins, le double temple de Vénus et de Rome, et il prit une grande part aux dispositions et â l’aménagement de sa villa de Tibur. Il serait donc facile de citer un certain nombre d’architectes romains ayant construit des édifices soit à Rome, soit dans les provinces, pendant les premiers siècles de l’empire; ainsi Agasius, affranchi de Sextus Pompée84; Valérius d’Ostie, qui couvrit à Rome un théâtre vraisemblablement à la même époque83; Sauras et Batracus, les architectes des temples du portique d’Octavie 86 ; M. Vitruvius Pollio, l’auteur du Traité d’architecture dédié à l’empereur Auguste et l’architecte de la basilique de Fano ; L. Vitruvius Cerdo, auquel Vérone devait l’arc des Gavius87; Severus et Celer, les architectes de Néron88; Rabirius, qui reconstruisit sous Domitien le temple de Jupiter Capitolin89; Mustius, l’architecte de Pline le Jeune 90 ; C. Julius Lacer, auquel est dû le pont d’Alcantara en Espagne 91 ; Apollodore de Damas et Decrianus,les architectes deTrajan et d’Hadrien92; Cleander, qui construisit des bains pour l’empereur Commode 93 ; Athénée, l’architecte de Gallien 94, etc. Ce goût pour les œuvres d’architecture persista pendant toute la durée de l’empire : on voit Alexandre-Sévère 93 non-seulement faire ériger un grand nombre de monuments, mais encore établir des écoles d’architectes; Gallien et Dioclétien laisser d’importants édifices, et Constantin et ses successeurs faire de Byzance Constantinople, et donner une rivale en splendeur à la Rome impériale. A l’imitation d’ Alexandre- Sévère, Constantin ordonna, de plus ", « de former des écoles, de payer des professeurs et d’engager, par l’espoir des récompenses et des privilèges, les jeunes gens qui avaient reçu une éducation distinguée, à se livrer à l’étude et à la pratique de l’architecture. » Après cet empereur. Julien l’Apostat tenta la restauration du temple de Jérusalem 97, et, à la limite même où doit s’arrêter cette étude, Justinien, songeant à ce temple fameux, s’écriait, en inaugurant à Constantinople l’église de Sainte- Sophie, dont il avait suivi la construction avec une telle sollicitude qu’il en paraissait à tous l’auteur : « Je t’ai vaincu, ô Salomon 98 ! » Au moment même où s’écroulait le monde ancien et où commençait le monde moderne, Cassiodore, le secrétaire du roi goth Théodoric, écrivant, au nom de son maître, à l’architecte Aloisius ", à Ravenne, à l’occasion de la réparation de thermes et d’autres édifices de Rome, et à Symmaque, préfet de la ville, sur ses devoirs à ce sujet, s’exprimait en ces termes, qu’il est intéressant de rapprocher des recommandations faites par Vitruve cinq siècles auparavant : « Ce n’est pas un emploi de peu de conséquence qu’on vous confie, puisqu’il vous oblige de remplir, par le ministère de votre art, le désir ardent que nous avons d’illustrer notre règne par des monuments nouveaux. Car, soit que nous voulions réparer une ville ou fonder de nouvelles forteresses, soit que nous nous laissions aller au plaisir flatteur de bâtir un prétoire, vous serez obligé d'exécuter et de donner une existence sensible aux projets
Archi trionfali, XIX ; Maffei, Verona illuslr. U, 2. - 88 Tacit. Ann. XV, 42 ; I'abretti 721, 431. - 89 Martial. VII, 56 ; X, 71 ; cf. Tacit. Hist. III, 74 ; IV, 53. — M Epist IX, 39. — 91 Gruter, Inscr. p. 162. — 92 Dio Cass. LXIX, 4; Procop. De aed. IV, 6: Spart. Hadr. 19. — 93 Lampr. Commod. 17. — 94 Ireb. Poil. Gcdlian. 13. — 9b Marcelli, De stylo, 128. — 98 Cod. Theod. XIII, III, 1. — 97 Amm. Marcell. XXI II, 1. — 93 Procop. De ardif. 1,1. — 92 Variae, 11,39.
ARC
ARC
que nous aurons imaginés. Quel emploi plus honorable, quelle fonction plus glorieuse que celle qui vous met à portée do transmettre aux âges les plus lointains des monuments qui vous assureront l’admiration de la postérité! Car c’est à vous qu’il appartient de diriger le maçon, le sculpteur en marbre, le fondeur en bronze, les ouvriers en stuc et en plâtre, et le peintre en mosaïque. Vous êtes tenu de leur apprendre ce qu’ils ignorent, et de résoudre les difficultés que vous propose cette armée de gens qui travaillent sous votre conduite et qui doivent avoir recours aux lumières de votre jugement. Voyez donc combien doit avoir de connaissances celui qui a tant de monde à instruire; mais aussi vous recueillerez le fruit de leurs travaux, et le succès de leurs ouvrages que vous aurez bien dirigés sera votre éloge et deviendra votre récompense la plus flatteuse. C’est pourquoi nous voulons que tout ce que vous serez chargé de bâtir, soit fait avec tant d’intelligence et de solidité que les nouvelles fabriques ne diffèrent, des anciennes que par la fraîcheur de la nouveauté. Cela vous sera facile si une basse cupidité ne vous porte jamais à frustrer les ouvriers d’une partie de nos largesses. On s’en fait aisément obéir s’ils reçoivent un salaire honnête et compétent, sans fraude ni retenue. Une main généreuse anime le génie des arts , et toute l’ardeur de l’artiste se porte à son ouvrage quand il n’est point distrait par le soin de la vie. Remarquez encore quelles sont les distinctions dont vous êtes décoré : vous marchez immédiatement devant notre personne, au milieu d’un nombreux cortège, ayant la verge d’or à la main, prérogative qui, en vous rapprochant si près de nous, annonce que c’est à vous que nous avons confié l’exécution de notre palais 10°. »
Pareille justice fut loin d’être toujours rendue aux artistes dans l’antiquité, et la gloire de mettre leur nom à leur œuvre leur fut trop souvent refusée. 11 est vrai qu’à Olympie un portique garda celui d’Agnaptus qui l’avait bâti 102 ; à Athènes une basilique portait celui de l’architecte Métiochus103; il y avait aussi au Pirée un portique d’IIippodamus 10'' ; mais à côté de ces faits il faut rappeler ce que l’empereur Julien disait 103 de ces constructions élevées aux frais du public, que des ouvriers fondent et achèvent, pour qu’un magistrat qui n’a fait que blanchir le mur, y inscrive son nom ; et ce que Lucien rapporte de l’architecte 106 qui avait construit le phare d’Alexandrie, « ce rare et merveilleux édifice, du haut duquel un feu éclairait au loin les voyageurs pour les empêcher d’aller se jeter sur les brisants de la côte difficile et impraticable de Parétonium. Après avoir achevé son ouvrage, il y grava son nom fort avant dans la pierre et le recouvrit d’un enduit de plâtre sur lequel il écrivit le nom du roi (Ptolémée Pliiladelphe) qui régnait alors (250 av. J. -G.). Il avait prévu ce qui devait arriver. Au bout de quelques années, le plâtre tombait avec les lettres qu’il portait, et l’on découvrit cette inscription : Sostrate de Cnide, fis de Dexiphane, aux dieux sauveurs, pour ceux qui sont battus des fois. Ainsi cet architecte n’a pas eu en vue le moment présent, le court instant de la vie, mais l’heure actuelle et les années à venir, tant que la tour serait debout et que subsisterait l’œuvre de son
100 tb. VU, 5. Trad. de Quatremère de Quiney, Eneycl. méthod. Architecture, I P* 103 et s- — 102 Paus. V, 15, 6 ; cf. VI, 20, 10 et 13. — 103 Foll. VIII, 10, 121 ; Hesvch. s. v. tchevo;; Pilot. Lex s. v. Mi)Tio/o;; Bckker, Anecd. graeca, 1,
p. 303. — 10* Bekkcr, l. I. 266 ; Phot. p. 111 ; cr. Aristot. Polit. VU, 10, 4 ; Xeu. Hellen. Il, 4,11 ; Harpocr. s.v. 'Imtoîantta.— 103 Caes. 20.- l»6 Quom. hist. conscrit). 63 (trad. Talbot).— 107 pli,,. /fist.nat.WWl, 4, SS. - 103 üubsn, Itestaur. du portique d’Octavie, à la bibliothèque de 1 ' picole des Beaux-Arts. — 109 Voy. les dessins d'Ach.
talent. » Un subterfuge différent, également couronné de succès, fut employé, d’après Pline, par Sauras et Batracus, Lacédémoniens d’origine, qui bâtirent les temples renfermés dans le portique d’Octavie à Rome107. «Quelquesuns, dit-il, pensent qu’ils étaient fort riches et qu’ils avaient construit ces ouvrages à leurs dépens, espérant y inscrire leurs noms, mais que, l’honneur de cette inscription leur ayant été refusé, ils y suppléèrent en un autre lieu et d’une autre façon : toujours est-il qu’aujourd’hui encore on voit sculptés sur les bases des colonnes 108 un lézard et une grenouille, emblèmes de leurs noms; probablement était-ce aussi sur les chapiteaux, car on en a retrouvé un avec ces emblèmes, à Saint-Laurent hors les murs109. »
En effet, d’après un texte inséré au Digeste uo, du jurisconsulte Aemilius Macer, qui vivait sous Alexandre Sévère, il n’était permis qu’au prince et à ceux qui avaient fait les frais d’un édifice d’y placer leurs noms. Les inscriptions néanmoins, indépendamment des écrits des auteurs grecs et latins, nous ont fait connaître les noms d’un certain nombre d’architectes et même d’ouvriers. Nous avons déjà parlé des tables de marbre, véritables registres de comptabilité, par lesquelles on connaît les noms de plus de soixante ouvriers m, tailleurs de marbre et sculpteurs qui, sous la direction de l’architecte Archiloque , travaillèrent à la reconstruction ou à une grande restauration de l’Érechthéion d’Athènes, vers la fin du vc siècle av. J. -G. Ce sont aussi des inscriptions souvent commémoratives de faits politiques et religieux, ou retraçant des décrets spéciaux indiquant le mode d’exécution et les conditions de paiement des travaux, qui ont permis aux archéologues modernes, tels que Otfried Müller, Bôckh, MM. Rangabé, Choisy, Caillemer, de reconnaître diverses classes parmi les architectes grecs.
Ge dernier a bien voulu résumer pour nous les résultats acquis sur ce sujet, en quelques lignes que nous insérons ici :
« Dans l’inscription relative à la reconstruction des murs d’Athènes 112, on trouve mentionnés des dpytTÉxTovEç 113 et un àp^iTsxxwv xe^£tpoTcvr)U£voç u~ô tou or’aou lu, qu’il faut bien se garder de mettre sur la même ligne. Les premiers sont des entrepreneurs de travaux de construction qui ont fait un contrat de louage d’ouvrage (oî aiuStocâpiEvoi) 115, en un mot des IpyoXaëot, ayant sous leurs ordres de simples ouvriers, de ces tsxtoveç qui au temps de Platon ne coûtaient que cinq ou six mines t16. L’àpyiTexrwv xEysipotovv)[aÉvo? &7io toü ê>(u.ou est un fonctionnaire public, élu par le peuple ll7. Son rôle est analogue à celui des etuffTaTai twv SyKAoatwv Épyiov, à la suite desquels il figure quelquefois ll8. Il aura la direction générale et la surveillance des travaux. L’œuvre tout entière sera partagée en dix sections, chiffre qui nous autorise à croire que chacun des dix T£t-/wo7toiot aura, sous le contrôle supérieur de Uàoyite'xtwv, une section particulière à diriger. C’est cet àpy tTÉxTwv fonctionnaire public qui dressera le cahier des charges, qui recevra les soumissions des dpyire'xTovEç entrepreneurs, et qui agréera définitivement leurs ouvrages. Ces entrepreneurs, si leurs soumissions sont admises, viendront jurer, devant le sénat des Cinq cents, qu’ils se con-
Leclère, à la bibl. de l'École des Beaux-Arts. — 110 L. 10, 3, De operibus publias: Inscribi autem nomen operi publico alterius quant principis, aut ejus cujus pecunta id opus factum sit, non licet. - 111 Voir note 11. — 112 Rangabé, A nt. Hell. n» 771. — U3 Lignes 32 et 117. — 114 L. 6 ; cf. 1. 9 et 21. — 115 L. 18 et 22; cf. 1. 26.
116 Amat., éd. Didot, I, p. 105. — 117 Xlüller, De munimentis Athen. Gotting. 1836, p. 40. Publica auctoritate operi inspioiendo praefectus. . — 118 Corp. insc. yr. il» 160 ; cf. n»> 77 et 2266.
ARC
ARC
formeront à toutes les obligations du cahier des charges 119, et devront fournir des cautions ,so.
« On doit donc s’abstenir de voir dans tout txpyiTsxTwv un ipfoXaêoî, un redemptor operis m, puisque le mot àpytxsxTwv pouvait désigner soit un entrepreneur, soit un fonctionnaire élu par le peuple tout entier et supérieur par son origine aux xwv §Y|f/.oattov spyiov que nommaient les
tribus 12î. L'acception qu’il faut préférer dépend donc des circonstances. Les grammairiens anciens ne s’y étaient pas trompés : ’Ap^ixéxxwv, dit un des lexiques de Séguier, exprime deux idées : il peut convenir en effet à ri7u<Txâxr,ç xtôv oîxoSo;j.7ipiaxtov ; mais, le plus habituellement, il s applique il l’apywv xwv xexxôvwv 12t. Les ^r,xopixai donnent
la même définition 124 : ’Apytxlxxwv* ô xwv otxoSoar.aâxwv gTîiffxâxTiç, xat ô apywv xwv xsxxovwv. »
On peut d’après ce qui précède se faire une plus juste idée de la situation des architectes grecs, fonctionnaires publics, honorés de l’estime et de l’amitié des magistrats, dont ils avaient, en certains cas, le rang et les prérogatives ; il faut aussi tenir compte de la différence des fonctions et du mérite des travaux, si l’on veut s’expliquer les contradictions des textes, qui tantôt confondent les architectes, et les artistes en général, dans la foule des métiers que dédaignaient les gens bien nés, tantôt au contraire les placent très-haut et font honneur, par exemple, à Pamphile, le maître d’Apelles, d’avoir fait décider que tous les enfants de condition libre, et ceux même des plus honorables familles seraient instruits dans les arts, à l’exclusion des esclaves 125 [artifices].
Rien de pareil n’exista jamais à Rome, où les beauxarts, n’ayant guère pris d’essor qu 'après la conquête de la Grèce, furent assez longtemps exercés principalement par des esclaves, des affranchis ou des Grecs. C’est ainsi que Crassus, parmi ses nombreux esclaves, en possédait jusqu’à cinq cents habiles dans l’art des constructions et qu’il louait comme architectes, maçons ou charpentiers126. Toutefois, comme nous l’avons vu, l’art de bâtir était plus estimé à Rome que les autres; aussi les inscriptions et les auteurs nomment-ils parmi ceux qui exerçaient les diverses industries du bâtiment, non-seulement des affranchis, mais encore des hommes libres 127.
Quant à l’exécution des travaux, l’architecte jouissait, en Grèce, à ce qu’il semble, dans la construction des édifices publics, d’une assez grande liberté, témoin Hermogène, qui fit transformer pour la construction d’un temple d’ordre ionique tous les matériaux préparés pour celle d’un temple dorique 128 ; mais l’architecte, aussi bien celui qui avait accepté l’entreprise que celui qui était élu pour en surveiller l’exécution, étaient, pour la reddition des comptes, enfermés dans des limites étroites. Les dépenses étaient arrêtées de concert avec les magistrats de la cité ou leurs délégués, qui adjugeaient les travaux après avoir pris l’avis des hommes compétents et au besoin ouvert un concours129; des vérificateurs (èirixiuïixai) recevaient et payaient les travaux faits 13°.
Il® Rangabé, n° 771, 1. 23. — 120 Ib. 1. 112 ; cf. Dem. C. Timocr. § 40 R. 713.
— m Bôckh, Corp. insc. gr. t. I, p. 271 ; cf. Millier, De Minervae Poliadis sacris et aede, p. 46-56; Millier est revenu sur cette erreur dans sa dissertation, De munim . Athen. p. 40. — l** Aeschin. C. Ctesiph. § 27 D. 102. — ls3 Bekker, Anecd. gr. I, p. 450. — 1*4 76. I, p. 202 ; cf. Schubert. De Rom. aedüibus, 1828, p. 59 et s. — 1*5 Plin. XXXV, 76. — 1*6 plut. Crassus, 2. — 1*7 Vov. le nom d’un esclave : Mommsen, Inscr. Neap. 3918 ; des noms affranchis : Orelli, 4145 ; Muratori, p. 947, 5 ; Mommsen, Disc. neap. 2238 ; d’hommes libres : Olivier, Marm. Pisaur. 9, 10, 11 ; Muratori, p. 972, 6 ; Boni, p. 316, 5; 317, 6 et 7 ; vov. aussi Vitr. VII, 15; et Brunn, Gesck. der griec/i. Künstler, II, p. 337 et suiv. — '-8 Vitr. IV, 3, I.
— 1*9 Athen. VI, 27 ; Bückh, Corp. inscr. gr. II, p. 278 et n. 2266 ; Id. Staatshausk. p. 187 (2* éd.); O Miiller, De munim. At/i. p. 39 ; I.e Bas, Rev. de philol. I, p. 267.
Yitruve nous apprend qu’à Éphèse m, une des plus grandes et des plus célèbres villes grecques, il y avait autrefois une loi très- sévère, mais très-juste, par laquelle les architectes qui entreprenaient un ouvrage public étaient tenus de déclarer ce qu’il devait coûter, de le faire pour le prix qu’ils avaient demandé, et d’y engager tous leurs biens. Quand l’ouvrage était achevé, ils étaient récompensés et honorés publiquement si la dépense était telle qu’ils l’avaient annoncée ; si elle n’excédait que du quart ce qui était demandé dans le marché, le surplus était fourni sur les deniers publics ; mais quand elle dépassait le quart, l’excédant était fourni par les architectes.
Pour l’exécution des travaux entrepris pour le compte des particuliers, les architectes étaient liés par les règles ordinaires des contrats [ergolabos] 132.
Sous la république romaine, c’était le sénat qui ordonnait l’édification ou permettait la restauration des monuments publics. «Les censeurs ou les consuls, autorisés par un sénatus-consulte, mettaient la construction ou la réparation aux enchères 133, après les publications préalables, faites dix jours à l’avance. S’ils n’y pouvaient procéder eux-mêmes, ils se faisaient représenter par des commissaires spéciaux, appelés duumviri , triumviri ou quinqueviri, suivant leur nombre m. L’adjudication se faisait avec toutes les formalités des enchères et au rabais135. Un édit prétorien la confirmait et relatait que l’entrepreneur fournirait de bons matériaux. S’il s’agissait d’une restauration, il spécifiait que le dommage causé par la faute de l’entrepreneur dans quelque partie de l’édifice serait à sa charge; enfin qu’il aurait les vieux matériaux136. Les magistrats refusaient un adjudicataire s’ils croyaient qu’il n’exécuterait pas bien les travaux. Celui qu’ils admettaient fournissait caution en immeubles pour garantie du traité137 et des dommages qui pourraient donner lieu à des réclamations 13\ Le sénat allouait l’argent nécessaire 139. L’adjudicataire recevait moitié de la valeur estimative à l’ouverture des travaux, et moitié après leur entière confection 14°, dans un délai fixé141, et lors de leur approbation. Le sénat nommait des commissaires, les censeurs ou les édiles142, pour reconnaître et approuver (probare) 143 , c’est-à-dire recevoir les travaux, qui devaient être parfaits pour être acceptés 144. Dans le cas contraire, l’adjudicataire perdait sa caution145.» Les adjudications pour l’entretien des édifices publics se faisaient ainsi chaque année par les censeurs [censor].
Sous Auguste, l’administration des travaux publics, qui appartenait auparavant aux censeurs, fut partagé entre des fonctionnaires spéciaux ayant le titre de curatores operum publicorum 146 [curatores]. Les empereurs aidèrent souvent les villes des provinces dans leurs constructions. Des commissaires appelés aussi curatores 147 présidaient à l’exécution des travaux. Le curateur, nommé par l’empereur ou par élection148, traitait avec un entrepreneur {redemptor ou locator operis) tel que fut, par exemple, L. Cocceius, redemptor des travaux du temple d’Auguste à Pouz-
— IM C. insc.gr. I, 102 ; cf. 2266 ; Harpocr. p. 122. — 131 Vitr. X, pr. — '3* Plut. Pericl. 13; Bôckh, Staatsh. I, p. 286. — 133 Polyb. VI, 9, 5; III, p. 18 ; Cic. Verr. 1, 54 ; Tit. Liv. XXXVI, 36. — 1** Tit. Liv. XXII, 33 ; XXV, 7. — 135 Cic. I. I. 54.
136 Ib. 56. 137 Ib. 54 , 55. — 138 /b. 56. — 139 Tit. Liv. XL, 46 ; Diod. Sic. XX,
36. 140 Haubold , Antiq. rom. monum. legalia, ». 7 ; Egger, Latini serm. reliq. XXXII, p. 249. — 14‘ Cic. Verr. I, 56, 57. — n* Front. Aquaed. 96. — 14* Tit. Liv. IV, 22; XLV, 15; Gruter, 160, 3; Orelli, 3270 ; Mommsen, C. insc. lat. I, not. ad u. 110, 5.— *** Cic. Verr. I, 50, 51. — «S Ib. 54, 55; Dezobry, Rome au siècle d'Auguste, IV, p. 75. — 146 Borghesi, Insc. del consule Durbuleio, p. 52.
147 Orelli, 2204; Mommsen, 1135, 1377, 1995, 2628, 5631 ; tj-fEvunavai : dans le
C. insc. gr. 2747, 3491 ; cf. 2779, 3936, 4556. — l'8 Annali d. Inst, arclteol. XXIII, 15.
ARC
zoles1’*9, pour l’adjudication des travaux et se réservait la réception . 11 ne restait <\ l’architecte, choisi par le curator, que la direction technique du chantier, le double rôle d’artiste et de constructeur directeur de travaux, à moins, ce qui arrivait souvent, qu’il ne fût en même temps curator, comme Vitruve lorsqu'il construisit la basilique deFano’"1.
Un passage d’une lettre de Pline le Jeune à l’empereur Trajan indique le contrôle qu’avaient à subir les curateurs des ouvrages publics de la part d’experts choisis pour vérificateurs ( mensores ) ; et la réponse de Trajan 151 prouve que ces experts étaient alors assez communs.
Plutarque de son temps
résume ainsi la marche d’une adjudication Lorsqu’une ville veut élever un temple ou une statue colossale, elle appelle des artistes pour les consulter sur les moyens d’exécuter cette entreprise. Les artistes présentent leurs plans, font leurs modèles et fixent leurs prix, et l’entreprise est donnée à celui qui s’engage à la faire le mieux, le plus promptement et au moins de frais possible. » Enfin la célèbre inscription de Pouzzoles 153 nous initie aux détails les plus minutieux d’une adjudication dans une colonie romaine et nous présente un devis descriptif de l’œuvre à entreprendre, avec les dimensions et l’indication des matériaux, leur mise en œuvre, les cautionnements des entrepreneurs, etc.
Plutarque, dans le passage qui vient d’être cité, parle de plans et de modèles ; et, en effet, non-seulement les architectes traçaient sur du parchemin, comme le dit encore
Fig. 463.
Fig. 465. Architecte et tailleurs de pierres.
! Aulu- Celle 15\ les plans des édifices qu’ils voulaient ériger, mais encore, comme plusieurs fois Cicéron y fait allusion 1 , ils en faisaient faire des modèles. On voit dans un des basreliefs de la colonne Théodosienne 158 (lig. 463) le préfet du prétoire, accompagné des deux chefs des factions qui avaient fait construire les murailles de Constantinople en quarante jours: il présente à l’empereur le modèle de cette colonne. L’architecte dont ce modèle était l’ouvrage est lui-mêrne représenté sur le monument; c’est aussi lui qui avait dirigé la fortification des murailles de la ville.
On voit aussi un chef de chantier dans 1 exercice de ses fonctions, dans un des bas-reliefs de la colonne I rajane , mais cette figure est celle d’un chef revêtu du costume militaire, comme les ouvriers qu’il employait et que nous savons être des légionnaires.
Nous reproduisons encore ici (fig. 461) une peinture antique qui, après avoir fait partie du cabinet du marquis Gapponi158 , est entrée au musée Kircher, à Rome, nous renvoyons à d’autres articles pour
les explications re- Fi? 464- Architecie.
latives aux instruments qui accompagnent cette figure, aussi bien qu aux appareils qu’on voit dans la figure 466 [instrumenta, MAcuinae].
Fig- 466. Architecte et maçons.
Cette figure et la figure 465 sont des reproductions de deux miniatures du manuscrit de Virgile du Vatican lo9, qui montrent des architectes dans l’exercice de leurs fonctions : l’un d’eux (fig. 465) surveille les ouvriers qui tirent les pierres de la carrière, l’autre (fig. 466) préside aux travaux de la construction d’une ville.
149 Raoul-Rocliette, Nouv. lettre à Schorn , p. 434; Mommsen, in Abhandl. der Sachs, Gesellsch. der Wissensch. II, p. 445 et s. — l&o Yitr. V, 1. — 151 Plin.
Ep, X, 29, 30. — An vitinsitas , 3. — 163 Mommsen, /. I. ; Baltard, Notice sur Caristie. — 164 XIX, 10. — i?& Cic. Ad Q. fraU II, 6. — i56 Représent. de la col. de Théod., dessins de (J. Bcllini, réduits par Paillet, à la Bibl. de l’École des |
Nous n’avons rien dit des honoraires des architectes romains, on est peu renseigné sur ce sujet, tout en sachant ’jlJ que leur profession était devenue des plus lucratives à Rome, à l’époque des Césars ; car des incendies fréquents entraînèrent la ruine d’un grand nombre de constructions publiques ou privées 161 , et le goût du luxe et de la ma-
beaux-arts. — 157 Mor-elli, Columna Traj. nos 100 à 104 ; Bartoli, Col. Traj. tav. x.
Ib8 Grivaud de la Yincelle, Arts et métiers des anciens-. 1819, pl. xxn ; cf.
Ficoroni, Gemme litt. p. 89. — Ang. Mai, Virg.pict. ont. ex cod. Vatic. Rom. 1835, pl. xix. — 160 Sat. III, 31, Vil, 177 et s. ; XIV, 86 et s. ; Mari. V, 56; XII, 50. — 161 Plut. Crass. ; Juven. Sat. III, 7.
ARC
ARC
gnificence les fit reconstruire, non-seulement dans cette ville, mais encore dans tout l’empire, avec plus de faste qu’auparavant 16i. Les empereurs et les riches particuliers luttèrent de magnificence pour l’embellissement des villes ,63, et ce grand mouvement de constructions publiques et privées dut nécessairement engager beaucoup d’hommes qui en étaient indignes à usurper le titre d’architectes, et amener une décadence dans l’art, dont se plaignait déjà Vitruve; elle semblait alors passagère, mais après quelques retours heureux, elle ne fit que s’aggraver jusqu’à la chute de l’empire romain. Charles Lucas.
11. ’AçytTÉx-ojv. — L’entrepreneur qui se chargeait de construire un théâtre ou qui prenait à bail un théâtre déjà construit, avec faculté dans les deux cas de percevoir un droit d’entrée sur les spectateurs, s’appelait, à Athènes àp-/txéxTiov 1 , ûsaxçojvr,; ou ÔsarpoiîwXviî. Nous possédons 2 un fragment de contrat dans lequel les Piréens reconnaissent à quatre personnes le droit d’édifier ou d’exploiter un théâtre moyennant une somme de trois mille trois cents drachmes. Le contrat porte que si les preneurs ne font pas les constructions indiquées au cahier des charges, les bailleurs auront le droit de les faire exécuter aux frais des preneurs. Quand les travaux seront terminés, ils seront reçus et vérifiés par trois experts (l7rmu.Y)Tai) nommés par les bailleurs.
Au iv° siècle , le prix ordinaire d’entrée dans un théâtre était de deux oboles 3. L’établissement du théorique [tiieorika], que la caisse de l’Etat donnait aux citoyens, avait pour but de procurer, même aux plus pauvres habitants de l’Attique, les moyens de payer leur place et d’assister, comme les citoyens riches, aux représentations dramatiques.
Les décrets honorifiques chargent quelquefois l’âp^ixsxxwv de réserver dans le théâtre des places distinguées (6é«v xaxavÉpisiv) aux personnes que le peuple veut récompenser ;. E. Caillemer.
ARCHIVIUM [archeion, tabularium].
ARCIIONÈS (’Ap/oWjç). — La république athénienne, au lieu de percevoir pour son propre compte tous les impôts, affermait aux enchères la plupart d’entre eux; le droit de les exiger, à ses périls et risques, était accordé à l’enchérisseur qui promettait à l’État la redevance annuelle la plus élevée. Mais l’adjudication montait quelquefois à des sommes considérables; ainsi le droit d’entrée du cinquantième, au temps d’Andocide, était adjugé moyennant trente-six talents par an1, qui équivaudraient presque à un million de notre monnaie. D’un autre côté, les citoyens nobles ou soucieux de garder la considération du public, se tenaient à l’écart de ces marchés. Il était donc difficile qu’une seule personne pût acquérir le droit de percevoir l’impôt. Des sociétés se formaient pour enchérir. Le directeur de l’association 2, celui qui la représentait dans ses rapports avec l’État et dont la responsabilité personnelle était principalement engagée, s’appelait 5 apyojvTjç 3. On
Sencr. De benef. Vil, 10, 5; Epist. 43, 89, 90, 93, 114; Val. Max. IV, 4. — 163 Voy. Friedlander, Sittengeschichte Roms, t. III, p. 107 et s. — Bibliographie. H. Etienne, Thésaurus linguae graecae, ’Ap/'.-rixTuv ; Quatrcmère de Quincy, Encycl. mélhod. Architecture; de Clarac, Calai . des artistes de l’antiquité. Ile et I II** parties ; H. Brunn, Geschichte der griecliischen Kiinstler , II, 10; Ch. Knight, The Enylish Cyclopaedia Architecture ; Hermann, Griech. Privatalterthiïmer, 2e éd. 1870, §3 43, 50 et 09 ; Ch. Dezobry, Rome au siècle d'Auguste, 3* éd. IV, lettre Cil ; Friedlander, Darstellungen aus der Sittengeschichte Roms, lll, p. 107 et s.
U. ’Ap/iTcXTuv. 1 Déni. Décor. S 28, K. 234; Theophr. Char. XI; Schof, in Dem. ü 527, 2, I, 48. — 2 Corp. insc. gr. n° 120, I, p. 140. — 3 Dem. De
lui donnait aussi le nom de Ts^oivap^riç \ E. Caillemer.
ARCHONTES (’,ApyovTEç). — Les Athéniens, à l’époque classique, donnaient le titre d’archontes (àpyovTe;, les magistrats par excellence) à neuf magistrats désignés chaque année par la voie du tirage au sort.
I. — Quelles furent les origines de cette magistrature? C’est une opinion généralement admise aujourd’hui que les Athéniens, après la mort héroïque de Codrus (xie siècle av. J.-C., 1008-1045), supprimèrent la royauté ; les Eupatrides, sous le prétexte que nul n’était digne de porter à l’avenir le titre de (katXeuç, profitèrent des dissensions existant entre les fils de Codrus et décidèrent que le pouvoir souverain appartiendrait à des archontes responsables. L’archontat fut d’abord une magistrature perpétuelle et héréditaire; mais en 752, elle devint élective et fut réduite à une durée de dix ans. Plus tard, en 685, les fonctions de l’archonte furent partagées entre neuf magistrats, toujours élus, mais renouvelés chaque année. Enfin, à une époque encore indécise, le tirage au sort remplaça l’élection.
Est-il vrai, comme le disent les meilleurs historiens, que personne, après la mort de Codrus, ne fut autorisé à porter le titre de roi? Cette opinion se fonde sur trois arguments principaux. 1° Le chronographe Castor ', contemporain, s’il faut en croire Suidas, de Cicéron et de César, et l’évêque Eusèbe de Césarée distinguent les rois des archontes perpétuels ; ils terminent la liste des rois par le nom de Codrus, et commencent la liste des archontes perpétuels par le nom de Médon: différences qui ne peuvent s’expliquer que par la suppression de la royauté. 2° Yelleius Paterculus 2 s’exprime nettement sur ce point : « Athenæ sub regibus esse desierunt , quorum ultimus rex fuit Codrus... Hujus filius Medon primus archon Athenis fuit. » 3° Justin dit enfin 3 : « Post Codrum nemo Athenis regnat'it. »
M. Karl Lugebil, dans une dissertation récente \ vient de combattre celte opinion par d’excellentes raisons. Aux témoignages de Castor, de Velleius Paterculus, de Justin, on peut, en effet, opposer des autorités plus anciennes et plus dignes de confiance, attestant qu’il y eut encore des rois à Athènes après la mort de Codrus. Le titre de paffikûç, porté à l’époque classique par l’un des neuf archontes, s’est transmis d’âge en âge, sans interruption, depuis l’établissement de la royauté : « On trouve toujours, dit Platon, des rois dans notre histoire; seulement tantôt ce titre a été transmis par hérédité; tantôt il a été conféré par l’élection s.» Les marbres deParos donnent aux successeurs de Codrus la qualification de padiXsuovxsç. Pausanias 6 emploie la même expression pour les désigner. Georges le Syncelle, qui reproduit évidemment de très-anciennes traditions, applique le mot IÇaffîXsuxe, non-seulement aux archontes perpétuels, mais encore aux archontes décennaux. Enfin les grammairiens disent qu’Hippomène, le quatrième des archontes décennaux, était un roi de la
Corona, § 28, R- 234, et non pas seulement d'une obole, comme le scholiaste de IJémosthène l’affirme, l. c. 1. 48. — 4 Rangabé, Ant. Hellén. II, p. 379, no 473 bis; cf. Dem. I. c.
ARCIIONÈS. 1 Andoe. De myster. g 134, D. 70. — 2 'O itpovfoiidvo; -rîj; ùvlj; Hesych. éd. Alberti, I, 5G4 ; Etym. mag. 151, 19. — 3 Bekker, Anecd. yraeca, 202. — 4 Bdckh, Staatshaushalt. der Athenev. 2" éd. I, p. 453 ; voir Revue de le’gisl. 1873, p. 34 et s.
ARCHONTES, t Voir l’Hérodote de la collect. Didot. — 2 I, 2, g 2 et s. — 3 II, 7.-4 Zur Geseh. der Stantsverf. von Athen, Leipz., 1871, p. 539-564. — 8 Menex. VIII, D. 563. fi I, 3., g 3; VII, 2, g 1.
AUC
ARC
famille de Godrus : éW xcov KoSfiowv |3a<riXea ovxa . Nous sommes donc autorisé à dire que le titre de roi ne fut pas supprimé au xi° siècle ; car il ne cessa pas de figurer dans la constitution athénienne, et, à toutes les époques, on trouve un [iaatXsûç.
Faut-il au moins reconnaître que les Athéniens, tout en maintenant le titre, restreignirent, après la mort de Codrus, les pouvoirs attachés h la royauté? Pausanias 8 nous dit que les Athéniens changèrent alors la royauté en une magistrature responsable : àvxt potoaXEi'a; u.exs<îTr,Tav h «p/.V uTteuOuvov. <( Ce dernier mot, écrit M. Filon 9, caractérise la révolution qui s’accomplit alors dans le gouvernement athénien : la royauté, tout en restant héréditaire, devint responsable sous le nom d’archontat. » Mais en quoi consistait donc cette responsabilité? Il ne peut pas être question d’une responsabilité purement morale ; il s’agit d’une responsabilité politique et juridique. Quel fut le tribunal supérieur devant lequel les archontes purent être cités pour rendre compte de leurs actes? Nous savons que les rois de Sparte, ceux de Cumes étaient responsables ; mais nous savons en même temps quelles étaient les autorités qui appréciaient cette responsabilité ; à Sparte, c’étaient le sénat (yepouata) et les éphores ; à Cumes, c’était le sénat ((BouXrj). Où était à Athènes cette autorité ? On ne peut pas la trouver dans l’Aréopage; car tous les textes présentent ce tribunal comme investi seulement à cette époque d'une juridiction criminelle, et comme n’ayant pas encore les attributions politiques dont il fut saisi plus tard. Même au temps de la révolte de Cylon (612 av. J. C.), les archontes devenus annuels étaient toujours les premiers magistrats de la république 10 ; il en devait être de même, à plus forte raison, lorsque leurs fonctions étaient perpétuelles; car les anciens associaient l’idée d’irresponsabilité à l’idée de pouvoirs conférés pour toute la vie du magistrat En fait d’ailleurs, on ne voit pas qu’un seul archonte, perpétuel ou décennal, ait été déposé ; ceux même qui fournirent à leurs concitoyens les griefs les plus sérieux restèrent en charge jusqu’au terme régulier de leurs fonctions.
Non-seulement donc le titre de roi subsista après Codrus, le pafftXsûi; fut toujours le premier magistrat, l’apywv par excellence ; mais encore les pouvoirs de la royauté ne furent pas limités. C’est pourquoi Platon a pu dire que Codrus se sacrifia pour conserver son royaume à ses fils, u:iè(5 Tvjç (kciXeiaç xwv ttoü'Soiv Ses prévisions auraient été bien trompées, son dévouement aurait été singulièrement récompensé, si les Athéniens, sous prétexte d’honorer sa mémoire, avaient supprimé le pouvoir royal ! Aristote, dans un passage obscur 13, mais qu’il faut interpréter raisonnablement, exprime cette idée que Codrus, en se sacrifiant pour son pays, assura la royauté à sa famille. Pausanias lui-même, en deux endroits de son livre 14, ne fait aucune différence entre les pouvoirs de Codrus et ceux des archontes qui lui succédèrent immédiatement . Enfin beaucoup de grammairiens, qui se bornent à transcrire des textes plus ou moins anciens, disent que le fils de Codrus,
Médon (ou par erreur Mentor), succéda à son père avec le même titre : Kôopo; obiÉOavs xaxaMiràv xr,v «P'/V MeSovxt
TW "pSCOUTSfW XWV TCuISmV. .. MÉVTWp àvx’ aÙXC/Ü ÉéaTlÀcUTcV
Notre conclusion est que la monarchie se maintint a Athènes, sam modifications notables, jusqu’en 752; les successeurs héréditaires de Codrus eurent donc, pendant trois siècles, les mêmes pouvoirs que leur illustre ascendant .
En 752, l’archontat (que nous pourrions appeler également royauté), de perpétuel qu’il était, devint temporaire ;
ans. Les quatre premiers archontes décennaux appartiennent encore à la famille de Codrus; mais, en 712, les Athéniens, trouvant que cette noble race avait dégénéré, otà xi> Sùxeïv xpucpâv /ai j/aXa/obç yEyovévai, rendirent cette magistrature accessible à toutes les familles eupatrides 16.
En 683, une réforme plus notable que les précédentes réduisit à une année seulement la durée de l’archontat, et
répartit entre neuf archontes les fonctions du magistrat unique que nous avons rencontré jusqu'ici. Le premier de ces neuf archontes, que beaucoup plus tard, à l’époque romaine, on appellera l’È7w>jvup.oç, mais qui, pendant plusieurs siècles, fut simplement l’apywv, hérita de quelques attributions judiciaires et eut l’honneur de donner son nom à l’année ; le second, le SautXEuç, obtint en partage la plupart des attributions religieuses; au troisième, le 7to).Eg.apyo;, échurent les attributions militaires; les six derniers, formant le collège des 6Eorgo0£'xai, furent surtout préposés à l’administration de la justice. Pendant longtemps encore ces neuf magistrats furent électifs (àp/r, aîpExvj ou yytpoxovr,T7i). Mais, à la suite d’une nouvelle réforme imposée par la marche progressive de la démocratie, le sort prit la place de l’élection, et l’archontat devint une àp/*>i xXvjpiinrç.
Il est toutefois assez difficile de préciser l’époque de cette modification. Car, sans aller jusqu’à dire, avec Hermann et Curtius, que les anciens discutaient déjà sur cette date, il faut bien reconnaître que les témoignages qu’ils nous ont laissés sont contradictoires. Ainsi, d’après Démétrius de Phalère, l’archontat était échu à Aristide par le sort, tandis que, d’après Idoménée, Aristide fut nommé archonte par le choix de ses concitoyens 17. Callimaque, qui remplissait à Marathon les fonctions de polémarque, était, d’après Pausanias 18 , élu (vîprixo), et, d’après Hérodote t9, désigné par le sort (xudgw Xaywv). On ne doit donc pas s’é tonner si les érudits ne sont pas d’accord entre eux. Les uns, comme Sigonius, pensent que ce fut Solon qui voulut que le sort désignât les archontes 20 ; on pourrait presque argumenter en ce sens d’un texte de Démosthène : ou yàp we9’ ô NôXow... xoùç Osap.o0£Taç xoù- xXïjpoup.Évouç D’autres, comme Ubbo Emmius, Schœmann, Curtius, Sauppe, Westermann, font honneur de l’innovation à Clisthène. Titmann, sans se prononcer très- affirmativement, émet l’avis que la nomination par le sort fut établie dans l’intervalle qui s’écoula entre les réformes de Clisthène et la bataille deMarathon. Perizonius, Niebuhr, Grote, M. Georges Perrot la regardent comme postérieure à la bataille
7 Bekker, Anecd. graeca , 1, p. 295; cf. Photius, Lexic . éd. 1823, p. 343 ; Suid. s. v. nàçtiraov, éd. Bernh. p. 124. — 8 iv, 5, § 10. — 9 Hist. de la dëmocr . ath. 1851, p. 5. — 10 Thuc. I, 126. — U Arist. Polit. 11, 6, §§ 17-18; 7, §§ 5-6.
— 12 Conviv. XXVII. — 13 Polit. V, 8, § 5. — 1* I, 3, § 3 ; VII, 2, § 1.
— 13 Schol. in Plat. Conviv. 27; Diog. Laërt. I, 2, 6; cf. Zcnob. Aristid. Tzetz. etc.
— 16 Hermann, Staatsalt. 4e éd. § 102. — 17 Plut. Aristid. I. — 18 i, 45, g 3.
— I9 VI, 109. Nous avons laissé en dehors de notre exposition l’opinion exprimée par M. Oncken dans son livre intitulé Hellas und Athen ; cet auteur a essayé de concilier les textes contradictoires que nous venons de citer en disant que les neuf archontes étaient élus par le peuple, et que, après leur élection, ils se parta¬
geaient par la voie du sort les charges d’éponyme, de roi, de polémarque et de thesmothètes. Pausanias aurait donc fait allusion à l’élection par le peuple ; Hérodote, au tirage au sort entre les neuf élus. Cette conciliation est inadmissible ; elle donne prise à des objections analogues à celles que nous allons bientôt invoquer contre les opinions dominantes ; elle nous obligerait notamment à déclarer que, entre plusieurs personnes ayant des aptitudes dilFérentes, le hasard avait été chargé par les Athéniens de décider quelle était celle qui serait généralissime de l’armée ; proposition vraiment inacceptable. — 20 Élieu, Var. hist. VIII, 10, semble même dire que le tirage au sort était en vigueur avant le commencement du vic siècle, — 21 C. Leptin. § 90, H. 481.
ARC
ARC
de Platée, et quelques-uns lui donnent pour auteur Aris- | tide. Une seule chose est certaine, c’est qu’elle était en pratique au temps de Périclès, et ce fut pour cette raison que l’illustre homme d'État, malgré son influence sur ses concitoyens, ne fut jamais archonte et resta pendant toute sa vie en dehors de l’Aréopage Nous croyons, avec M. Lugebil **, qu’il ne serait pas impossible de rattacher aux réformes d’Éphialte (-461) l’introduction du tirage au sort dans la désignation des archontes. Elle est au moins postérieure à la bataille de Marathon ; essayons de le démontrer. Le fait que le nom de Solon est mentionné dans un texte où Démosthène parle des « Thesmothètes nommés par le sort » n’a aucune portée ; les Athéniens attribuent souvent à ce législateur des lois qui ne furent votées que longtemps après sa mort. Aristote, qui avait profondément étudié l’histoire de la constitution politique de son pays, déclare très-nettement que Solon maintint pour les magistratures 1 élection telle qu elle existait avant lui, ty;v tmv àpywv al'p Efftv Isocrate lait remarquer que, non-seulement Solon, mais encore Clisthène, ne laissèrent pas au hasard le soin de pourvoir aux diverses magistratures, oùx I; aiixvTiov ta; àpyàç xLiripoüvTsç ; ils n’y voulurent appeler que les citoyens les plus distingués et les plus capables s3. Le tirage au sort est donc postérieur à Clisthène.
D’autres raisons nous portent à croire que l’élection fut en usage jusqu’aux réformes d’Éphialte. Pendant les soixante dernières années du v° siècle, pendant toute la durée du IVe, aucun des grands hommes d’Athènes ne fut archonte, ou du moins ne figure sur la liste des éponymes, tandis que, pendant la première partie du v° siècle, sans remonter plus haut, nous trouvons, comme éponymes, Thémistocle en 493, Aristide en 489, Nanthippe en 479, etc. Le sort aurait donc été bien éclairé à cette dernière époque, s’il eût précisément désigné ces illustres personnages ! Quelle coïncidence merveilleuse surtout, si le nom d Aristide fût sorti de l’urne en 489, l’année même qui suivit la bataille de Marathon où il s’était couvert de gloire! Le polémarque, qui commandait à Marathon, s’appelait KxX'Aiaayoç; ne serait-ce pas encore un remarquable effet du hasard que la désignation d’un homme portant ce nom de bon augure? N’est-il pas plus naturel d’admettre que Callimaque fut élu ? Les anciens voyaient dans les noms des présages heureux ou malheureux, et leur choix, en tombant sur Callimaque, fut intentionnel et réfléchi 26.
Une dernière preuve, que M. Grote avait déjà indiquée et que M. Lugebil a mise en relief avec un grand luxe d’érudition, est fournie par le rôle que le troisième archonte, le poiémarque, jouait sur les champs de bataille. On sait que jamais les Athéniens ne laissèrent au sort la nomination des stratèges chargés de conduire leurs soldats contre l’ennemi. Si l’on peut démontrer que, dans la glorieuse journée de Marathon, le généralissime des Athéniens était précisément l’archonte poiémarque, il devient évident qu’il était élu comme les stratèges, ses subordonnés. Que l’on étudie avec soin tous les renseignements qui nous sont parvenus sur la lutte des Athéniens contre les Perses, et l’on reconnaîtra que Callimaque était réellement le com-
22 Plut. Pericl. 9 ; en 400, Lysias écrit, C. Andocid. § 4, Didot, 117 : tô-, iwio — 23 L. cit. p. 666-667. — ^ Polit. II, 9, 2 ; cf. Thuc. 54.
— 25 Areopayilicus, SS 16 et 22, U. 92. — 23 lin des dix stratèges élus, qui combattaient a Marathon, axait, lui aussi, un nom significatif; il s’appelait Stesilaos. — 27 V. Lugebil, l. c. p. 585 et s.— 28Herod. VI, 1 14.— 29 De création e arch. attic. 1864.— W Griech. Alterth.Z e éd. 1871, 1, p» 435. — 31 De amphictionia delph. et hieromnemone attico,
mandant en chef des forces grecques a7. C’était lui qui présidait les conseils de guerre et sa voix y était prépondérante ; c’était lui qui se tenait à la place d’honneur, à la droite de l’armée, et il avait sous ses ordres Miltiade, qui commandait seulement sa tribu, mais qui suggérait à son chef des plans de combat ; sur la liste des morts, le nom de Callimaque figura avant celui des stratèges 28, etc.
Nous tenons donc pour certain que les archontes étaient encore élus en 490. Avant d’admettre le tirage au sort, on eut soin de les dépouiller, par prudence, de leurs plus belles prérogatives, et notamment de la direction suprême des armées.
M. Hermann Sauppe a émis l’opinion que chacun des neuf archontes devait être pris dans l’une des dix tribus d’Athènes; un roulement, sur lequel nous n’avons aucun détail, déterminant quelle serait chaque année la tribu qui n’aurait pas de représentant dans l’archontat 29. Cette conjecture, sur laquelle nous nous abstiendrons d’exprimer un jugement, vient d’être adoptée par M. Schœmann 30. La dixième tribu, exclue du tirage au sort des archontes, aurait, toujours d’après M. Sauppe, obtenu comme dédommagement le droit de fournir l’hiéromnémon qui siégeait au nom d’Athènes dans le conseil des Ampliictions 81 . M. Télfy 82 pense au contraire que dans cette dixième tribu était pris le secrétaire (Ypap-p-xTsuç) qui assistait quelquefois le collège des neuf archontes 33.
D’après la constitution de Solon, l’archontat n’était accessible qu’aux citoyens de la première classe, les Pentaeosiomédimnes. Quelques auteurs ont soutenu que, à la suite d’une innovation de Clisthène, les trois premières classes purent prétendre à cette haute magistrature ; mais cette opinion nous paraît erronée. Plutarque 84 nous apprend, en effet., que, au temps d’Aristide, les archontes étaient encore pris exclusivement parmi les Pentacosiomédimnes; ce fut seulement Aristide qui élargit le champ des candidatures, en ouvrant l’archontat à toutes les classes 35.
L’archontat, réparti, comme nous venons de le voir, entre neuf membres désignés par le sort, subsista non-seulement jusqu’à l’époque de la conquête romaine, mais encore pendant les cinq siècles qui suivirent ce fait mémorable. Les inscriptions nous ont conservé les noms de plusieurs éponymes du me siècle de notre ère, de Philostratos (250) par exemple, de Gallienos (260), d’Herennios Dexippos, Hermeios (266), etc. H est probable que les pouvoirs des neuf archontes reçurent de nombreuses modifications pendant ce long intervalle ; nous allons indiquer brièvement celles que nous avons pu constater.
On a dit, en se fondant sur deux textes de Plutarque 36, que l’apyiov cessa d’être éponyme depuis l’an 306 jusqu’à l’an 288 avant notre ère, et que pendant cette période les actes publics et les contrats privés furent datés par le nom du prêtre des Dieux sauveurs, Upsù; Homipwv 37 ; mais l’erreur de Plutarque est démontrée par un grand nombre d’inscriptions appartenant à cette époque et portant toutes la formule consacrée : lui N. apyovxoç , nous citerons notamment une inscription de l’an 304 38 et plusieurs inscriptions de l’an 303 39. Ce qui nous paraît certain, c’est que, à une époque indéterminée, mais qu’il faut reporter au moins
1873. p. 12. — 33 Corpus juris altici, p. 471 ; xoy. toutefois Schumann, Griech. Altcrth. 3e éd. I, p. 5 85. — 33 Schol. in Aristoph. l esp. 774, et Plutus, 277. — 3i Aristid. 1 . — 38 Vov. Lattes, Le riforme di Klisthene, 1 872, p. 7. — 38 Demetr. 1 0 et 46.
37 Wescher,/ten. arch. 1866, II, p. 356-358. — 38 Rangabé, Ant. hell. n° 431.— 33 Ib.
no« 436-439 ; cf. t. II, p. HO et s. ; Boeckh, Staatshaush. der Ath. 2* éd. t. Il, p. 314 et s.; Schoemann, Griech. Alterth. 3» éd. 1, p. 509 ; Kirchhoff, Hernies, II, p. 161-173
ARC
ARC
jusqu’au commencement de notre ère, l’élection remplaça le tirage au sort. Parmi les éponymes figurent, en effet, un grand nombre de personnes que le sort n’a pas dû désigner, des empereurs romains, par exemple, Domitien, lia drien, Gallien, et môme un prince thrace, le roi des Üdryses, Rhœmetalcas, -qui donna son nom à l’an 37 après J.- G. 40.
Bœckli 41 a exprimé l’avis que, au deuxième siècle de notre ère, le troisième archonte, le polémarque, échangea son titre contre celui de stratège. 11 est vrai que, dans une inscription du Louvre, appartenant à l’an 108 42, un cxparrr yo'ç est mentionné immédiatement après l’ap/wv et le paat- Xeuç ; dans une autre inscription43, que Bœckh regarde comme contemporaine de Caracalla, entre l ap y«v et le • pautXEuç figure un irTpaT^yo; ; mais un passage de Philostrate 44 prouve que la dignité de polémarque existait toujours à l’époque indiquée.
Dans quelques inscriptions 45, l’éponyme porte le double titre d’ap^wv et de ispeù; Apc écrou utoxtgu. Ce titre était-il attaché à l’archontat, ou bien est-ce par l’effet du hasard que deux dignités différentes ont été plusieurs fois réunies sur la même tête ? Celte question controversée ne peut pas être résolue avec certitude.
Notons enfin que, au me siècle, le collège tout entier des neuf archontes paraît avoir porté le nom des six derniers archontes, les thesmothètes. L’inscription consacrée àHerennius Dexippus dit que cet illustre personnage remplit Tr,v tou potorXstoç èv 0s<j[/.o0sTaiç àç,y\'j xai ttjv etojvuij.ov àpyr'v 46. Dès l’époque classique, il n’était pas rare de voir le nom des thesmothètes donné à tous les membres de l’archontat 47.
Le fait le plus saillant de l’histoire de l’archontat, c’est que chaque siècle paraît avoir réduit l’importance de cette magistrature : les archontes furent peu à peu dépouillés des prérogatives qui leur avaient donné pendant longtemps le premier rang dans la république. Dracon enleva au paoïku; la connaissance des çovtxott Sucoti et la transporta aux Éphètes 48. Solon, en instituant les tribunaux des Héliastes, réduisit les archontes à n’être plus que les instructeurs des procès et les directeurs des jurys. Au ve siècle, le polémarque perdit le commandement en chef des armées et ne conserva de ses anciennes fonctions que la présidence de quelques cérémonies religieuses et la juridiction sur les étrangers 49. L’Aréopage fut investi d’un droit de contrôle supérieur sur toutes les magistratures 80, sans exception, etc. Ces restrictions d’un pouvoir presque absolu à l’origine s’expliquent toutes par les progrès de la démocratie. Lorsque l’archontat était exclusivement réservé aux citoyens des classes aristocratiques, les législateurs ne craignirent pas de lui laisser des pouvoirs étendus ; ils cherchèrent seulement à le rendre accessible à un plus grand nombre de familles et à diminuer son irresponsabilité en le partageant entre plusieurs personnes se surveillant mutuellement. Mais, quand il devint accessible à tous les citoyens, sans distinction de classe ni de fortune, quand surtout il fut déféré par le sort, les hommes d’État s’efforcèrent, en privant les archontes d une partie de leurs fonctions, de remédier aux dangers que l’abus du principe démocratique faisait courir à la république, et que les sages, Socrate,
40 C. inscr. gr. u» 265. - 41 Ib. t, p. 378. Frœhneri du Louwe>
1865,, no 138. — 43 C. viser, gr. n« 283. — 44 Vitae sophist. II, 30. — 4S C. inscr. gr. nos 181 et 264. — 46 c. inscr. gr. n° 380, et Bœckh, l. I. p. 44C. — 47 l)emosth. C. Eubul. §§ 66 et 70 combinés, R. 1319-1320. — 48p0U. VIII, 125.- 49 p„u VUI, 91.-50 Andoc. De myster. § 84, I). 62. -51 M. Perrot, Droit public d'Ath p. 80 est d'avis contraire; mais voy. Dem. C. Leptin. § 90, R. 484; cf. C. Eubul §§ 66 et 70, R. 1319 et 1320 ; C. Timccr. g 150, R. 747; Poil. VIII, 92; Revue cri-
Platon, Isocrate, ne manquaient jamais de signaler. On leur laissa seulement quelques attributions relatives au culte et la présidence des tribunaux, l’fysfimta Six amrçpfou.
II. — Au iv’ siècle, c’est-à-dire à l’époque sur laquelle nous avons le plus de renseignements, les archontes désignés par le sort étaient soumis à une double docimasie, l’une qui avait lieu devant le sénat en fonctions, l’autre devant le tribunal des Iléliastes (ivaxpnriç) M. L’examen portait, nous dit Pollux **, sur le point de savoir s’ils honoraient les dieux protecteurs de la cité, Apollon Patroos et Zeus Herkeios; s’ils s’étaient acquittés de tous leurs devoirs envers leurs parents, s’ils avaient fait campagne pour leur pays. A l’époque où des conditions de cens étaient requises, on vérifiait s’ils possédaient la fortune exigée par la loi. On s’enquérait aussi de leur dème et de leur origine. Pendant longtemps, l’archontat ne fut ouvert qu’à ceux dont tous les ascendants, dans la ligne paternelle et dans la ligne maternelle en remontant jusqu’au troisième degré, étaient citoyens; mais cette condition fut abrogée ou tomba en désuétude; car, au temps de Démosthène, les fils des citoyens naturalisés étaient admissibles à l’archontat 53 ; plus tard, on se montra encore moins rigoureux, puisque des étrangers, comme le Thrace Rhœmetalcas, figurent sur la liste des éponymes. Enfin, une loi fort ancienne, que l’on continuait à appliquer au iv“ siècle, voulait que la femme du jkciXeuç fût citoyenne comme son mari et qu’elle eût été épousée en premières noces, ayant encore sa virginité 34 ; des considérations religieuses avaient motivé cette prescription spéciale.
Quand le résultat de l’àvaxpiffiç avait été favorable et que les élus du sort étaient jugés dignes d’être archontes, ils juraient solennellement de veiller à l’observation des lois et d’être incorruptibles. Chacun d’eux s’obligeait, pour le cas où il manquerait à sa parole, à offrir des statues d’or, de son propre poids, aux sanctuaires de Delphes 55, d’Olympie et d’Athènes 56 ; ce qui signifiait, sans doute, qu'il se condamnait d’avance à une amende si forte qu’il ne pourrait pas la payer et encourrait nécessairement l’atimie et ses conséquences légales 57. Ce serment, prêté d’abord sur un autel voisin du Portique royal, était ensuite renouvelé dans l’Acropole 58.
Les neuf archontes ne se réunissaient pour agir en commun que dans des circonstances exceptionnelles. Ainsi, lorsqu’un exilé rentrait sans autorisation sur le territoire de l’Attique, c’était, nous dit Pollux 59, le collège tout entier qui prononçait contre le coupable la peine de mort. C’était lui qui présidait au tirage au sort des noms des six mille juges annuels et des dix athlothètes, et à l’élection des stratèges, des taxiarques, des hipparques et des phylarques. C’était lui qui, dans la première assemblée de chaque prytanie, posait les questions relatives à la bonne administration des charges publiques et qui, lorsqu’un magistrat avait été suspendu ou déposé, instruisait l’affaire et la portait devant le tribunal compétent 60. C’était lui, enfin, qui présidait aux votes d’ostracisme 61 . Mais, dans la plupart des cas, l’apywv, le BamXeuç, le polémarque agissaient seuls, indépendamment des six thesmothètes qui avaient des
tique d’hist. t. IV, 1867, p. 67 ; consulter surtout Schœmann, Griech. Alterth. 3» éd.
I, p. 585. — 52 VIII, 85. — 53 Dem. C. Neaer. § 92, R. 1376. — 34 Eod. loc. § 75,
R. 1370. Voy. encore Aeschin. C. Tiinarch. g 21, D. 33, et Lys. Pro inval. g 13,,
D. 201. — 55 plat. Phaedr. XI, D. p. 704 ; Plut. Sol. 25. — 56 Suid. s. v. Xçjer, A*Z éd. Bern. p. 1682. —57 Schoemann, Griech. Alterth. 3» éd. I, p. 43 9. — 58 p0ll. VIII,
86. — 4 lit, 86. — 60 Poil. VIII, 87. — 61 plut. Aristid. 7 ; Photius, Lexic. éd.
AKC
ARC
attributions communes. — Esl-ce à dire, comme on le fait • généralement, qu’il y eût diversité do locaux pour les neuf archontes? S’il faut en croire les grammairiens 6â, l’archonte éponyme siégeait près des statues des héros éponymes; l’archonte-roi, à côté du Bucolion, dans le voisinage du Prytanée, ou bien dans le portique royal; le polémarque, en dehors de la ville, près du Lycée 63 ; les six thesmothètes, dans le Thesmothesion. Ces derniers prenaient leurs repas en commun, aux frais du trésor public.
— 11 ne serait pas toutefois impossible de soutenir la thèse contraire. Démosthène parle en effet d’un otxY|p.aTiôv àpyôvtcov 6t, ce qui paraît bien indiquer qu’il y avait un édifice spécial pour les archontes, édifice dans lequel des salles particulières étaient mises à la disposition de chacun de ces magistrats. Ilypéride nous apprend d'ailleurs que les neuf archontes mangeaient ensemble65, ce qui se comprend aisément si on les suppose réunis dans un même édifice ; ce qui est plus difficile à expliquer si l’on admet qu’ils étaient disséminés au dedans et même au dehors de la ville 66.
L’apycov 67, le ffaciXeu; 6S, le polémarque, obligés de statuer seuls sur un grand nombre d’affaires, alors qu’ils pouvaient être inexpérimentés et ignorer les lois, étaient assistés chacun de deux TtdpsSpot ou assesseurs 69. Ces parèdres, quoique choisis par le magistrat, qui parfois mettait un prix à la désignation 70, et qui pouvait les révoquer 71 , étaient cependant soumis, comme les archontes euxmêmes, à une double docimasie devant le sénat et devant les héliastes 72. Ils étaient personnellement responsables de leurs actes73, et devaient, comme de véritables magistrats, rendre compte à l’expiration de leur charge 74. Quant aux thesmothètes, ils avaient certainement le droit de prendre des auxiliaires (tropêouXoi) 75 ; mais ils n’avaient pas d’assesseurs officiels reconnus par la loi et responsables ; la loi avait pensé que, dans un collège de six personnes, il s’en trouverait toujours une qui aurait assez d’expérience pour guider les autres dans l’accomplissement de leur tâche 70.
Les archontes, lorsqu’ils étaient dans l’exercice de leurs fonctions, portaient sur la tête une couronne de myrte, emblème de leur inviolabilité 77 ; l’archonte-roi paraît même avoir eu un costume officiel 78. Pendant l’année de leur charge, ils jouissaient du privilège exceptionnel de l’exemption de la triérarchie 7!). Enfin, à leur sortie de l’archontat, s'ils s’étaient bien acquittés de tous leurs devoirs, ils entraient de plein droit dans le sénat de l’Aréopage 80.
111. — Après ces notions générales sur le collège des neuf archontes, nous devons indiquer brièvement les attributions particulières de chacun d’eux.
Le premier archonte, appelé simplement ap y«v à l’époque classique, et qui ne prit la qualification d’éponyme (sTtwvuu.0?) que sous l’empire romain, avait le privilège de donner son nom à l’année pendant laquelle il était en charge81. Sa juridiction comprenait toutes les affaires relatives aux droits de famille et de succession lorsque les
62 Suid. s. v. ’Açguv, éd. Bcrn. 777 ; Bekker, Auecd. gr. I. p. 449. — 6:* Schoeinann, Griech. Alterth. 3e éd. I, p. 585. — 6’9 C. Midiam, § 85, R. 542. — Poil. IV, 122. — 66 Wcsterinann, in Pauly’s IiealrEncycl . 2e éd. I, p. 14C3. — 67 Pem. C. T/teocr. § 32, R. 1332 ; Isae. De Philoct. lier. § 32, D. 27 8. — G8 Déni. C. Xeaer. § 72, R. 1369. — 69 p0U. VIII, 92. — 70 Dem. C. Neaer. § 72, R. 1369.
— 71 Eod. loc. § 84, R. 1373. — 72 p0U. vill, 92. 73 Dem. C. Midiam , § 178, II. 572. — 74 Uarpocr. s. v. ni çeâço;. — 75 Demos th. C. Theocr. § 27, R. 1330,
— 76 Perrot, Droit public d’Atk. p. 271. — 77 Dem. C. Mid. § 33, R. 524. — 78 Poil. Vil, 77 et 85. — 79 Dem. C. Lept. § 28, R. 465. — *0 p0ll. VIII, 118; Bekker, Anecd. gr. I, p. 222; Dem. C . Timocr. § 22, R. 707 ; C. Aristogit. II, § 5, R. 802; Plul. SolA9 ; cf. PerwL 9.-81 p0II. VIII, 89.— 82 Meier, Att. Process, p. 394.-83 Andoc. C. Alcib. § 14, IJ. 87 ; Plut. Alcib. 8. — 84 Suidas, s. v. ’üklov, éd. Bern. p. 1250.
intéressés étaient citoyens. Nous citerons comme rentrant dans sa compétence les actions qui soulevaient une question de liberté ou de servitude («epoupéaew; Sberi)82; les instances en divorce (dtTToXst^sojç et à7ioTr£1u.tj>£wç) 83, en restitution de dot (itpo'.xôç), en pension alimentaire ou en paiement d’intérêts dotaux (o(tûu)84; les actions tendant à réprimer l’inaccomplissement des devoirs dérivant de la parenté ou du mariage (xotxoWeoiç) 85 ; toutes les affaires de tutelle (Itu- TpoTrîjç et jjucÔtoGEoiî oïxou) 86 ; les demandes en interdiction motivées sur la démence (Tiapavoi'a;)87 ou sur des prodigalités excessives ; les requêtes d’envoi en possession formées par les successibles non saisis ; toutes les contestations relatives aux hérédités et aux filles épiclères (xXvjpwv xal l7axXr,pwv EiuStxautai) 88. L’accusation d’oisiveté (apyiaç) devait aussi être portée devant l’archonte89. La loi plaçait sous la protection spéciale de ce magistrat les personnes et les biens des incapables, veuves ou orphelins ; il devait aussi veiller soigneusement au maintien et à la perpétuité des familles, en donnant des continuateurs aux citoyens qui mouraient sans héritiers99. Enfin, il avait la direction et la police de la fête des grandes Dionysiaques et de celle des Thargélies 91 ; ce qui nous explique pourquoi des textes lui attribuent compétence pour les contestations entre choréges 9ï.
Le second archonte était le roi (o pauiXeu;). Sa juridiction s’appliquait aux affaires qui intéressaient la religion, aux procès d’impiété (dtaiSaia;') par conséquent 93 ; et, comme, pour les anciens, l’homicide était surtout une offense envers les dieux 91 , c’était le roi qui était compétent dans toutes les actions de meurtre (cpôvou xal à^uywv taxai)90, d’empoisonnement (tpapptaxwv), d’avortement (<2p.êXwffsw<;), de tentative d’homicide (pouXe'jtjewç), de blessures faites avec préméditation (xpaup.aTo; Ix Trpovota;), et d’incendie (irupxata;), délit assimilé au meurtre96. Si des contestations s’élevaient entre deux familles ou entre les membres d’une même famille sur le droit à un sacerdoce héréditaire, si des prêtres se disputaient des prérogatives attachées à des fonctions religieuses, c’était encore le roi qui avait juridiction 97. Il avait la direction et la police des mystères d’Éleusi?98, ce qui l’obligeait évidemment à se faire initier s’il ne l’était déjà; l’absence de cette formalité ne lui aurait pas permis de jouer un rôle dans la célébration de ces fêtes, ni de présider le tribunal exclusivement composé d’initiés qui jugeait les violateurs des mystères. Les Antesfhéries", tous lesjeux gymniques et les fêtes lénéennes100 étaient aussi placés sous sa surveillance particulière. Dans les Lénéennes, l’épouse du roi (paciXtcca ou fia'TiXiwa) avait certainesattributions, et c’est pour ce motif que l’on exigeait qu’elle lût citoyenne d’origine, quelle se fût mariée encore vierge, et que sa conduite fût irréprochable101. Toutes les contestations qui s’élevaient à l’occasion de ces fêtes étaient portées devant le roi102. Enfin il était chargé d’offrir au nom de l’État beaucoup de sacrifices aux dieux 10®.
combiné avec Dem. C. Neaer. gg 52-53, 11. 136-2-1363.-83 Bekker, Anecd.gr. I, 310; Hvperid. Pro Euxen. § G, 1). 376.- 88 Poil. VIII, 89. - 87 Eod. loc. — 88 Dem. C. Pantaenet. gg 45-46, R. 979-980; cf. Poil. VIII, 89. — 89 Bekker, Anecd. gr. I, 310. — 90 Uem. C. Macart. S 75, R. 1076 ; C. Lacrit. § 48, R. 940 ; cf. Isae. De Pyrrhi lier. § 62, D. 258 ; Aeschin. C. Timarcll. § 158, D. 57. — 91 Poil. VIII, 89.
— 92 Boni. C. Midiam, g 9 et suiv. R. 517 et s. Voy. toutefois Egger, Joum. des sav. 1873, p. 204. — 93 Poil. VIII, 90 ; Dem. C. Androtion. g 27, R. 160 ; Hvperid. Pro Euxen. g 6, D. 37C. — 9t Girard, Le sentiment religieux en Grèce, p. 212 et s. — 9o poil. Vin, 90! — 1 96 Bekker, Anecd. gr. I, p. 219 et 310. — 97 Poil. VIII, 90; Bekker. I. c.
— 98 Andocid. De myster. g 111, D. 67. — 99 Sckol. in Aristoph. Acharn. 1224.
îoo poil. VIII, 90. — 101 Schoemann, Griech. Alterth. 2e éd. II, p. 395. — ,0- Antiph.
Sup. charcuta, g 42 et s. I). 40. — 103 Poil. VIII, 90.
ARC
ARC
Le troisième archonte, le polémarque (TtoXép.ap/oc), eut, pendant longtemps, comme nous l’avons dit, la haute direction des affaires militaires et le commandement en chcl des armées ; c’est à celte époque que se rapporte le passage des XsÇetç pYjTopixou 10\ qui nous apprend que les vauxpapoi étaient soumis aux ordres du polémarque. Mais, au Ve siècle, ces brillantes attributions lui furent enlevées, probablement lorsqu’il cessa d’être nommé par l’élection et fut désigné par le sort. On lui laissa seulement la direction des cérémonies religieuses en l’honneur des soldats morts sur le champ de bataille 103, et le soin de veiller à l’éducation et à l’entretien des enfants des victimes de la guerre’06. Peut-être conserva-t-il encore pendant quelque temps juridiction pour certains délits militaires 107. Enfin, il présida les sacrifices offerts au dieu de la guerre ’08. En matière civile, le polémarque eut l’hégémonie des actions relatives au droit des personnes et au droit de succession, toutes les fois que les parties étaient des métèques, des isotèles, des étrangers ou des affranchis. Les auteurs anciens établissent un parallèle entre la juridiction de l’txpywv et celle du polémarque : un procès, pour lequel l’ap^wv eut été compétent si les plaideurs eussent été citoyens, devait être porté devant le polémarque dès qu’il s’agissait de non-citoyens 109. La juridiction de cet archonte comprenait en outre deux actions pénales, l’une l’aitooTaufou mxv], concernant les affranchis ; l’autre, ràTtpoc-ratùou ypacp-ij, concernant les métèques 110. Le polémarque avait la direction et la police des sacrifices en l’honneur de Diane Agrotère et des fêtes commémoratives d’Hannodius et d’Aristogiton
Les six derniers archontes, les thesmolhètes (Ôssgoôs'Tai), formaient un collège (suvsSptov) 112 et agissaient en commun. Leur première attribution était la surveillance des lois, et elle leur avait donné leur nom, les lois s’appelant primitivement Osugoi' 113 ; le législateur, en effet, leur avait expressément ordonné de reviser les lois chaque année avec le concours de l’assemblée du peuple. Ils devaient vérifier avec soin si, dans l’ensemble de la législation, il n’y avait pas des lois contradictoires, si des lois abrogées ne figuraient pas parmi les lois en vigueur, si même il n’y avait pas plusieurs lois ayant le même objet. Lorsqu’ils rencontraient quelque irrégularité, ils transcrivaient sur des tablettes les dispositions qui ne répondaient pas aux exigences du législateur et les affichaient aux statues des héros. Les prytanes assemblaient ensuite le peuple et faisaient désigner des nomothètes chargés de préparer, sur les points indiqués, l’unité de législation1’4. Les affaires, qui se rapportaient à l’exercice du pouvoir législatif, apparlenaient à la juridiction des thesmothètes : ainsi la ypacpX, Ttotpavopcov”3, et l’evosi^tç contre les prytanes et les proèdres qui avaient manqué aux devoirs que leur imposait la loi sur l’szi/EtpoTovt'a vopojv ”6. Dans presque toutes les accusations où l’intérêt de la république était en jeu, on trouvait les thesmothètes; à leur hégémonie appartenaient notamment les actions de trahison (irpoSoatac), de tentatives faites pour
104 Bekker, Anecd. gr. I, p. 283. — 10S p0U. YI1I, 91. — «6 Schol. in Dem. n. 706, 12, U. 717 ; cf. Plato, Menez. XXI, 1). I, p. 572 et s. — 107 Lys. C. Alcib. II, § 4, 1). 169. 108 pou. Yni, 91. — 109 Harpocr. s. v. rioXÉnaç^o; , cf. Isocr. 7 ; apezit. §§ 12 et 14, D. 253 ; Lys. C. Pancleon. §§ 4, 5 et 12, D. 198-199 ; Bekker, Anecd. gr. I, p. 310 ; Phot. Lexic. éd. 1823, p. 378 ; Suid. éd. Bernhardy’ II, 2, 328. — no Harpocr. I. c.; Dem. C. Lacrit. § 48, R. 940 ; Poli. VIII, 91. — 111 Poli. VIII, 91 ;;cf. Aelian. Yar. hist. II, 25. — U2 Hyperid. Pro Euxen. S 6, D. 376.— U3 Harpocr. s. o. — 1U Acsch. C. Ctesiph. §§ 38-39, D. lot.
— ’ "5 PoU- VI1I> 87 l)cm- C. Leptin. §§ 98 et s. B. 487; C. Aristogit. II, § 8, 11. 803 ; Scholia in Aeschin. 1). 402, 16; Hyperid. Pro Euxen. g 6, D. 376. 116 Dem.
renverser la démocratie (xaraXutjEwç toZ 2r’p.oo), ou pour établir la tyrannie (xupawtooç), de manœuvres frauduleuses pour tromperie peuple (à7txT -^«t.»; Touovjgoo), de concussion ou de corruption (Sexasrgou, owpwv), de falsification des monnaies (vopuffpwcTo; oix-pOosï;), d’usurpation de la qualité tle citoyen (üevta; et SoipojjEvia;). Ils étaient compétents pour les EtdXYyeXtat, pour les 7tpoSoXat, pour les docimasies des magistrats, pour les redditions de comptes par les stratèges, pour l’examen des traités internationaux Enfin leur juridiction renfermait un grand nombre d’actions, soit publiques, soit privées, si diverses qu’il n’est pas possible de déterminer un principe ayant dirigé le législateur dans cette réparlition. Ce que l’on est en droit de dire, c’est que les thesmothètes avaient la plénitude de juridiction, et toutes les actions que des textes formels n’avaient pas attribuées à d’autres magistrats, devaient être portées devant eux. Citons notamment, parmi les actions publiques, les ypotam àypotçtou, àypâïiou uetocXXod, aotxtou ”7, [jO'jXe’jgew; ” , Icayoïy^ç, i-atpTjffEwç, p.ot/£tx; ”9, 7rpoaywyEtx7, cuxo^pavria; ’w, uêpstoç12', '|Euo£YYpaoïi;, tj/EuSoxXïiTEtaç; parmi les actions privées, les ôi’xa! aysoipytou, duû.îou, àvayojyïjç, àpyupiou, psSa’.waEw:, [ïXa- ÊTjr, Èyyjys, svoextou, iç, quXtjç, xaxr, yoptaç, xXorr^î, TtapaxataOr/.y;, cugêoXafwv TiapaêasEoi;, ^péou; ; enfin, toutes les èfvroptxaf, Ipavtxat, [j.ETaXX;xal Stxxc, et les ctxat ârzb cugêoXwv ’i. C est à cause de cette plénitude de juridiction que les thesmothètes étaient chargés de la formation et delà convocation des tribunaux.- — Si nous devions ajouter foi au témoignage d’Ulpien m, les thesmothètes auraient eu, outre les attributions que nous venons de décrire, une véritable mission de police nocturne; ils auraient été obligés de circuler pendant la nuit dans la ville pour prévenir les vols et les enlèvements ; mais ce renseignement n’a évidemment aucune valeur.
IV. — L’Attique n’est pas la seule région de la Grèce où des magistrats aient porté le titre d’Archontes. La ligue Béotienne avait à sa tête l’ap/wv èv xotvôS BgiStojv, indépendamment d’un xpyoïv spécial, désigné par le sort (xuxpufftoç) 1H, que l’on rencontre dans chacune des villes importantes, à Acræphies, à Chalies, à Chæronée, à Platées, à Orchomène , à Tanagre , à Thèbes , à Thespies 125 , à Thisbé ’26. Les actes publics sont habituellement datés par le nom de l’archonte local; mais quelquefois on trouve réunis les noms de l’ap/wv èv xotvw Boiwtwv et de l’ap/wv de la ville m.
EnLocride, à Thronium, à Oponte, l’éponyme est également l’archonte de la ville ’28.
A Delphes, en Phocide, les inscriptions portent le nom de l’archonte, et nous possédons aujourd'hui des listes assez longues des personnes revêtues de cette magistrature ua ; à Daulis, à St iris et à Ambryssis, il y a simultanément deux archontes 13°.
En Thessalie, à Thaumaci iM, à Lamia 132> à Hypata m, les inscriptions donnent chacune le nom de trois archontes qui devaient être des magistrats locaux.
Dans la mer Égée, Anaphe, Andros, Délos, Paros,
C. Leptin. §§ 20 et s. R. 706 et s. — 117 PoU. VIII, 88. — 118 isocr. De permut. § 237, D. 232. — H» Hyperid. Pro Lycophr. S 9, ü. 417. — «0 Isocr. toc. cit.
— 121 Isocr. C. Loch. § 2, I). 276; cf. De permut. § 214, I). 242. — 135 Westermann, f/i Pauly's Real -Encyclopaedie, 2« éd. I, p. 1 464. - '23 Scholia in Dcmosth. 525, 28, D. p. 667. — U4 Plut. De genio Socralis. 31. D. I, p. 721. — 1*3 Boeckli, C. inscr. gr. 1, p. 730. — 06 Foucart, Sénalus-consulte inédit de l’an 170, p. 36.
— U7 Rangabé, Antiq. Hell. II, n"« 679, 1304, 1305, 1306. — 128 Corp. inscr. gr. nos 1751-1752. — 129 Rangabé, Antiq. Hell. II, p. 644 ; Mommsen, in Philologus. 186 6. — 130 Corp. inscr. gr. n»» 1724 b, 1732, 1736. — 131 C. inscr. gr. n»* 1771-1773.
— 132 Rangabé, 741 et s. — 133 Rangabé, n» 748.
ARC
ARC
Sciathus, Ténos, Thasos... En Asie Mineure, Cyzique...; sur les bords de l’Euxin, Olbia, ont également des archontes w. E. Gaillemer.
ARCIFIiNALIS AGER [ager PUBLICUSj.
ARCUARIUS. — Fabricant d’arcs L ARCUBALLISTA, MANUBALUSTA. — On rencontre, pour la première fois, les noms de ces armes dans le traité de Végèce *, il les met à côté des scorpions, des fustibali et des frondes, de même qu’il place ceux qui les maniaient parmi les troupes légères qui combattaient en lançant des flèches, des javelots ou des pierres. Mais il n'est pas douteux que ces armes existaient dans un temps plus ancien. Yégèce lui-mcme ajoute, en effet, que l’on appelait autrefois scorpions les armes nommées de son temps manuballistae. Tite-Live 3, d’autre part, distingue parmi les machines de siège que Scipion employa devant Carthagène de grands et de petits scorpions, ceuxci extrêmement nombreux. Polybe aussi 3 a connu de petits scorpions (cxoputoi*), et il les mentionne à côté des arcs ordinaires. Que pouvait donc être cette arme ressemblant en petit à la machine appelée scorpion, ou, comme son nom l'indique, à une baliste qu'un arc suffirait à mettre en mouvement et qu’on pourrait porter à la main?
Deux monuments peu connus, conservés au musée du Puy4, nous les montrent avec toute la clarté désirable. Le premier (fig. 467) est un basrelief sculpté sur l'un des côtés d’un cippe funéraire élevé à la mémoire d’un personnage dont le nom est inconnu, car la face antérieure du monument, où ce nom était gravé, a été creusée pour transformer le cippe en cercueil, mais qui devait s’être signalé par sa passion pour la chasse ; en effet, tous les emblèmes choisis pour perpétuer son souvenir sont les attributs d’un chasseur. On y voit notamment une arbalète, dont l’arc avec sa corde détendue, la noix qui servait à la tendre, la rainure où elle se mouvait, et le manche, sont dessinés avec une netteté parfaite ; derrière, est suspendu le carquois qui en était l’indispensable accompagnement. Ce monument dont le style est d’une bonne époque, a été découvert à Solignac-sur-Loire en 1831. Le second est un fragment d'une frise trouvée parmi les ruines d'une riche villa romaine, située à peu de distance du Puy, où sont représentées des scènes de
Fig. 467. Arbalète et carquois.
Fig. 468. Chasseur portant une arbalète.
chasse 6. Un des personnages porte sous son bras l’arbalète avec le carquois (fig. 468). 11 est impossible de nôtre pas frappé de l’analogie de forme et de mécanisme que présente avec la baliste et le scorpion cette arme dont le nom antique s’est perpétué, comme elle s’est conservée elle-même presque sans changement, jusqu’aux temps modernes. E. Saglio.
ARCUBALLISTARHJS. — Arbalétrier ' [ahcuballista].
ARCULA [arca].
ARCULARIUS. — Fabricant de coffrets 1 (arcula).
ARCULUM. — Coussinet circulaire ( cesticülus ) que posaient sur leur tête, pour plus de commodité, les personnes qui portaient les vases sacrés dans les cérémonies publiques L C’était là le nom consacré, dans les rites du culte romain, d’un objet dont on se servait déjà en Grèce de la même manière, et qui est resté d’ailleurs de tout temps en usage; on le voit (fig. 469) sur la tête d’une jeune femme, dans une statuette en terre cuite trouvée à Halicarnasse a, sur l’emplacement présumé d’un temple de Démétèr, et qui paraît se rapporter au culte de
Fig. 469. Coussinet de porteur.
cette déesse.
Arculum était aussi le nom d’une partie du vêtement de la FLAMINICA. E. S.
ARCUMA ou arcirma. — Petit chariot où une seule personne pouvait se placer1. C’est le seul renseignement que nous ayons à ce sujet, et il ne suffit pas pour permettre d’appliquer ce nom à l’une des représentations offertes par les monuments, et diverses entre elles, qui répondent à cette indication [plaustrum, chiramaxium, véhicula]. E. S.
ARCUS,Tô;ov, p(o«. — I. L’arc est une des armes les plus anciennementinventées. 11 était en usage dans tout l’Orient avant l’âge héroïque de la Grèce. Les Grecs devinrent habiles à s’en servir à leur tour. Teucer de Salamine, le Crétois
134 Westermann, in Paulv’s Real-Encyclopaedie, I, 2» éd. p. 1460. — Bidlio- Ciuphie. Meursius, De archontibus Atheniensium, Leyde, 1622 ; Th. Sell, De assessoribus archontum apud Athenienses, Leyde, 1719; Ph. Bernard, De archontibus reipublicae Atheniensium, Louvain ; A. Boeckh, De archontibus pseitdeponymis, Berlin, 1827 ; F.-A. Rauche, De thesmothetis Atheniensium, Breslau, 1841 ; H. Sauppe, De creatione archontum atticorum, 1864 ; K. Lugcbil, Koenig Kodros und die sogenannten lebenslânglichen Archonten ; Dus A rchontat sur Zeit der Perserkriegr ; Untersuchungen sur Geschichte der Staatsverfassung von Athen, Leipzig, 1871. Sur la chronologie des archontes athéniens voir Meier, Index atticorum archontum eponymorum qui post ol. CXXI, 2, eum magistratum obtinuérunt. Halle, 1854 ; A. Rousopoulos, KaTsUoysî tûv iv ’AOïJvat; yEvopivùiv àf/évTwv, Athènes, 1861 ; de Kouorga, Recherches critiques sur l’hist. de la Grèce pendant les guerres médiques, Paris, 1861 ; Westermann, in Paulv's Real-Encyclopaedie, 2e éd. t. I, 1866, p. 1464 et s.; Neubauer, Commentationes epigruphicae, Berlin, 1869 ; A. Dumont, Essai sur la chronologie des archontes athéniens. Paris, 1871 ; C.-F. Ruelle, Tableau chrono¬
logique des archontes éponymes postérieurs à ta CXXII‘ olympiade, Paris, 1871 ; A. Dumont, Fastes éponymiques d'Athènes, Taris, 1873.
ARCUARIUS. 1 Dig. 2, 6, 6 ; cf. Veg. De rc mil. II, 11.
ARCURAIXISTA. 1 De re milit. II, 15) IV, 22. — 2 XXXVI, 47 et 49. — 3 VIII, 7 ; cf. Maccab. VI, 51 ; c’est peut-être encore la même arme que décrivent Héron, g 5-7, et Biton, p. 111 et s. éd. Thévenot, sous le nom de ycwtpaoÉvii); ; le second écrivait au temps de la deuxième guerre punique. — * Aymard, Annal, de la Soc , d'a gric. sciences, etc-, du Puy, 1832-33, p. 162. — t> Aymard, Congrès scient, de France, t. XXII, p. 485.
ARCURALUISTARIUS. 1 Veg. De re mil, IV, 21.
ARCULARIUS. 1 Plaut. Aid, III, 5, 45.
ARCULUM. 1 Paul. Diac. s. v. — - Newton, Discover. at Halicarnass. Cnide, etc., pl. xtvi, 4, et p. 421.
ARCUMA. 1 P. Diac. s. v. p. 14 Lind. : Genus plaustri modici, quo homo gestari possit. D’autres lisent : arcima ou arcirma.
ARC
Mérion ne sont pas, dans l’Iliade \ de moins puissants archers que le Lycien Pandare; mais tandis que les peuples
asiatiques ont toujours été renommés pour leur adresse à tirer de l’arc et ont aussi toujours conservé cette arme, les Grecs, a l’exception des Crétois2, qui y excellèrent en tout temps, l’abandonnèrent de bonne heure aux auxiliaires engagés à leur service.
On voit souvent ceux-ci, dans les peintures de vases, différant par leurs armes autant que par leur costume (fig. 470) 3, des guerriers grecs à côté de qui ils combattent [sagittarius]. L’arc a souvent servi aux artistes à caractériser dans les peintures et dans les monuments de tout genre, les Troyens, les Scythes, les Amazones, et en général les Barbares, par opposition aux Grecs, entre les mains desquels on ne le voit
qu’exceptionnellement4; mais les dieux à qui il était attribué par un symbolisme ancien, comme Apollon , Diane , Hercule , l’ont toujours conservé dans leurs images. De même en Italie d’anciens monuments, comme la peinture 5 d’un tombeau de l’antique Caere, ici reproduit (fig. 471), attestent l’emploi de l’arc dans un temps très-reculé ; Virgile donne aux Toscans 6, comme les armes qui leur étaient propres, l’arc, les flèches, le carquois ; mais il n’y eut pas d’archers dans les armées romaines, à ce qu’il semble, avant les guerres puniques, et jamais ils n’y servirent que parmi les troupes auxiliaires [auxilia].
Les deux figures qui précèdent représentent, la première un archer dans le costume des Scythes que les Athéniens entretenaient à leur solde; la seconde, un guerrier étrusque du centre de l’Italie ; ils tiennent l’un et l’autre un arc à peu près de même forme, c’est, l’arc qui fut usité de tout temps en Orient ; que les Grecs, qui l’adoptèrent, appelèrent arc scythe, et dont ils ont quelquefois comparé les sinuosités à celles de la lettre 2, d’autres fois à la configuration de la côte septentrionale du Pont- Euxin7; c’est celui des héros d’Homère. 11 faut rapprocher de la description que le poète donne de l’arc de Pandare 8 ce qu’il dit ailleurs de ceux d’Ulysse ou de Paris. Cet arc était fait des deux cornes d’une antilope ou chèvre sauvage 9, assemblées par leur base; on appelait Tfrjyu; ou
AUCUS. - 1.1 XXIII, 850 et s. — 2 Plat. Leg. VIII, 834; Xen. Anab. III, 3, 7 ; Paus. I, 23, 4 ; IV, 8 et 19, 3 ; Tit. Liv. XXXVII, 41 ; XXXVIII, 21 ; XLII, 35 ; XLIII, 9 ; Plut. C. Gracch. 16; Appian, Bell. cio. 49, 71 ; Caes. Bell. gall. Il, 7. — 3 Vovez par exemple, Gerhard, Auserles. Vas. t. I, pl. 63; III, pl. 190, 191, 194, 197, 2)2, 215, 222, etc.; Mus. etrusc. Gregor. II, 27, 57, 74. — 4 Dans celles d'Ulysse ou de Philoctète, par exemple ; la représentation se conformait alors aux récits des poètes. Au fronton du temple d’Egine, on -voit un guerrier, sans doute Teueer, tirant de 1 are, opposé à un guerrier troyen dans la même attitude, Vraisemblablement Paris. — 5 Actuellement au Louvre, Mon. ined. dell’ Inst, arch., 1859, pl. xxx ; Micali, Mon. ined. d. ant. pop. ital. 1844, pl. xxv. — « Aen. X, 168. — 7 strab. Il, p. 332 Sieb. ; Schol. Theocr. XII, 55 ; Athcn. X, p. 454 c ; Amm. Marc. XXII, 8,’ 37; cf. Ov. Met. XI, 229; Millin, Mooum. ined. 1, p. 15; Ant. Rich, Dict. ' des
7tv/ee;, la partie du milieu formée par leur réunion, par laquelle on saisissait l’arme’0; les extrémités étaient garnies d’un bouton ou crochet de métal (xopwv/)), auquel s attachait la corde, faite d’un nerf de bœuf (vEuprj). Bander l’arc était une opération qui exigeait une grande vigueur, quand il avait les dimensions de celui de Pandare : c’est ce qu’on voit aussi, pour l’arc d’Ulysse, que Télémaque et les prétendants s’essayent tour à tour, mais vainement, à
tendre11, même après avoir pris la précaution del’cnduire de
graisse en l’approchant du feu pour l’assouplir.
On pliait l’arc, quand la force du bras n’y suffisait pas, en y appuyant le genou ou en le pressant entre les deux jambes, comme le montrent divers monuments (fig. 472 et 480) 12. On voit aussi, par les exemples cités, que la corde n’avait pas une longueur indéter- . ... , . . . ,
& Fig. 472. Archer bandant son arc.
minée, qu’elle restait fixée
à l’une des extrémités de l’arc et s’adaptait à 1 autre au moyen d’un nœud ou d’une boucle; il fallait, lorsqu on le bandait, le fléchir juste assez pour que la corde pût se boucler à la pointe. Quelques personnes pensent que le mot xopomi, employé par Homère, signifiait la boucle ou peut-être un anneau au moyen duquel la corde pouvait être tirée; mais nous croyons que par ce mot il faut entendre le crochet ou bouton plus ou moins orné dont la pointe était pourvue, et qui se voit dans les figures qui accompagnent cet article et dans un très-grand nombre de monuments.
On conserve dans beaucoup de collections des objets en
bronze ayant la forme d’un double anneau dans .
lequel deux doigts peuvent être passés et muni, cÇsLvgâ à l’intersection des cercles, de deux, trois,
Fig. 4,3.
quatre ou même cinq dents plus ou moins saillantes (fig. 473) : on a conjecturé que ces instruments avaient pu servir à tendre la corde d’un arc.
La corde est toujours désignée •dans Homère sous le nom de vsupTi; il entend par là, à ce qu’il semble, le nerf sciatique du bœuf; ensuite on la fit aussi d’une lanière découpée dans un cuir u, puis de crins de cheval 18. La figure 474, tirée d’un bas-relief où sont représentés les attributs d’Apollon16, montre l’exemple d’une corde tressée.
Homère joint fréquemment à l’arc l’épithète TtaXtvxovo;,
antiq. Arcus 2. — * II. IV, 105 et s. — 9 Celles dont l’assemblage formait l’arc de Pandare, avaient chacune seize palmes de longueur, près de 130 centimètres
Hesych. Klpaxo; curiv ; Millin, Peint, de vas. I, pl. xx ; II, pl. xxii, p. 36. 10 Eust.
Ad Dd. 1915, 34. — U Od. XXI, 177 et s.; XI, 375, 385 et s. — 12 Ovid. Am. h 1 , 23 ; la fig. 472 est tirée d’un vase peint du Louvre ; la fig. 480 d’un vase du musée de Naples, Mus. Borb. VII, 41; Heydemann, Mus. Nazion. n. 922 ; vov. auss Mus. etr. Gregor. U, pl. lxxïx, et Antiq. du Bosphore cimmerien, pl. xxxm : cf, Friedrich*, Bausteine zur Geschichte der griech. Plnstik, I, p. 349. — « Cette boucle est bien visible dans la figure d’un Scythe bandant son arc, sur le vase d’argent du musée de l’Ermitage, Ant. du Bosph. I. c. — 14 Eust. Ad II. p. 421, 20; 452, 12 1025, 31 ; Ad Od. p. 1851, 33 ; 1915, 34. — 15 Ovid. Ex Ponto. 1, 9, 21 . — 1® Monunu ined. dell’ Inst, arch , 1851, pl. xx .
Fig. 470. Archer scythe.
ARC
ARC
au sujet de laquelle les explications ont varié, mais elle ne se comprend bien que si l’on a sous les yeux la forme de l’arc scvthe, qui est celui dont parlent Homère et aussi Hérodote 17 ; celui que l'on voit en effet dans les mains des archers scythes, et dans celles d’Hercule, tout au moins lorsqu’on le représente avec l’arc qu’il avait reçu d un berger de la même nation 18; et si, d’autre part, on a égard a l’emploi que les écrivains qui se sont occupés des machines de guerre, ont fait par la suite du mot raAwovo; en 1 opposant à euOé-ovoç. Sans entrer ici dans des développements qui seront ailleurs mieux placés [tormenta], nous dirons que, par ces deux mots, ils ont distingué les machines qui lançaient des projectiles au moyen d une torsion simple et normale, et celles qui les lançaient par une torsion inverse, c’est-à-dire opposée à la direction des bras de l’arc. Dans ce sens, le mot TtaXi'vrovoç s’applique bien à l’arc, scythe, dont les bras ou cornes, quand il n’est pas tendu, sont dirigés dans le même sens que le dos de 1 arme; pour le bander il faut les ramener dans le sens opposé à leur courbure 19. Mais l’emploi de cette épithète distinctive suppose que les mêmes auteurs connaissaient des arcs d’une forme différente : nous savons en effet que plusieurs peuples en possédaient qui étaient faits, non de corne, mais de canne, de palmier ou d autres bois flexibles , et les monuments nous offrent des exemples d’arcs décrivant une courbe simple, plus ou moins allongée, et quelquefois presque entièrement droits (fig- 475), placés dans les mains de dieux ou de personnages grecs81.
Pour tirer, on saisissait l’arc de la main gauche par le milieu (ic9îyuç), et après avoir placé la coche (yAucptc) de la flèche sur la corde, on amenait celle-ci vers la poitrine en
Fig. 475.
Arc droit.
la tendant assez pour que la pointe du trait touchât 1 arc . Les monuments nous montrent l’archer au moment du tir, tantôt debout, la jambe gauche portée en avant,
comme on voit fréquemment, par exemple, Apollon et Diane, et, dans lafîgure 476, un auxiliaire barbare de l’armée romaine23; tantôt un genou en terre,
Fig. 476. Archer tirant.
Fig. 477. Monnaie de Thasos.
comme Hercule, figuré au fronton du temple d bgine
et sur des monnaies de Thasos (lig. 477), d’Olbia 2S, etc.
Les archers portaient l’arc au repos, soit attaché en dehors du carquois [pharetra], qui contenait les flèches: c’est ainsi qu’Apollon est dépeint au commencement de l’Iliade 2G, et qu’il est figuré sur un vase grec d’où est tirée la figure 478 27 ; soit dans un étui séparé, proprement appelé to;oOv]x>î, YMfurdç, corytus 28 , dont on a trouvé dans
les tombeaux des rois barbares du Pont de magnifiques modèles, travaillés par des mains grecques 29 ; d’autres fois encore, l’étui formant une double gaine renfermait l’arc à côté des flèches : on en voit de semblables dans plusieurs bas-reliefs (lig. 479) 30.
Nous avons dit que l’arc fut dédaigné de bonne heure comme arme de guerre, non que l’on méconnût les services qu’il pouvait rendre, car on employa toujours les archers étrangers, mais parce qu’on estimait peu une arme qui permettait de frapper de loin et en se tenant à l’abri 31 ; toutefois on ne cessa jamais de s’en servir à la chasse ou de s’y exercer pour son plaisir32, ou pour développer les forces du corps. Un vase peint du musée de Naples (fig. 480)33,
montre trois épbèbes tirant de l’arc, devant une colonne au haut de laquelle un coq est placé comme but. Platon ” recommandait le tir à l’arc pour les deux sexes, dès 1 âge de six ans, et voulait qu’on habituât les enfants à se servir indifféremment des deux mains. Il y avait à Athènes des maîtres qui enseignaient le tir à l’arc 33 . Chez les Crétois cet exercice avait dans l’enseignement une importance
>7 Hom. II. VI U, 266; X, 459 ; XV, 443 ; Od. XXI, U et 59 ; HcrocE VII, 69. 18 Lvcopbr. 56, 917; Tzetz. Ad Lxjeophr. 50. — 19 Eust. Ad. II. p- 3/d, 8 ; 02 20- Wex, in Zeitschr. fur Alterth. 1839, p. 1161; XVescher, Poliorcét. des Grecs, p. 87 et s. — » Herod. VII, 64 et s. ; Pollux, I, 244 ; Virg. Georg. II, 448 Plut Crass 24; Eust. I ■ l. — 21 Annal, del. Inst. arch. 1830, pl. u ; Mon. ined. I „1 ,;x- Élite des mon. céramogr. t. 111, pl. 10, 12. 24, 26, 36, 44, 56, 58, etc. et "wv.' plus bas, fig. 480. - « Hom. 11. IV, 122 et s. - « Bellori, Columna M. Aur AnIonm.pl. 27. Clarac. Mus. de sculpt. t. IV, pl. 286, n. 11214 ; pl. 564 c, n. 1218 c Mus. liorb. t. VI, pl.xxxn,t. VIII, pl. LX ; Élite céram. II, pl. clxii. ; Mon. d Inst. I, pl. xxii, XXIII, etc. ; Specim. of anc. coins of M. Grecia, pl. xvin ; Ant. du Basphare, pl. xx, 6, etc.; cf. Stephani, Apollo Boedromios. p. 18 et s. - Deux guerriers sont figurés dans la même posture sur l’autre fronton, Cockercll, Jours I. of se.
and. arts, VI, n. 12, pl. i et n ; Clarac, Mus. de sc. — 29 Mionnet, Descr. des médailles, pl. LY, n. 5 ; Id. Suppl, t. I, pl. vm, n. A. Les archers sont souvent ainsi représentés, Mon. ined. d. Inst. IV, pl. Liv; Élite céram III, pl. 55, 57 ; Gerhard, Auserl. Vas. t. I, pl. 43, etc. — 56 1, 44. — 27 Élite céramogr. II, pl. vi ; Mon. d. Inst. 1, pl. xlvi ; LV; Tischbein, IV, pl. xxii, etc. — 29 Hom. Od. Eust. p. 1846, 19; 1898, 51, 58 ; Serv. Ad Aen. X, 169. — 29 Antiq. du Bosph. Cimmérien, pl. xxvi, 2. — 99 Mus. Pio-Clem. t. IV, pl. xliii; voy. aussi Zoëga, Bassiril. ant. II, pl. xcviii; Gerhard, Ant. Bildwerke, cxm. — 31 Cette idée est déjà indiquée dans Homère, II. X III, 266 et s. ; IX, 319 et s.; XI, 385; XXI, 481 et s. — 32 plut. Alex. 23; Saet.Domit. 19 ; llio Cass.LXXII, 18; Herodian. I, 15, 1 et s.; Anth.Pal.V 1, 331 . — 33 Mus. Borb. VII, 41 ; Heydemann, Mus. nationale, n. 922 ; Inghirami, Vos. fittil. 69. — 3'* Le g. XI, p. 794 c; 795 b ; VII, p. 813 e; 814 a; VIII, p. 384 d c. — 33 Dittenberger, De epheb. attic. p. 51.
ARC
ARC
particulière 36. Des inscriptions font connaître «les concours d’arc qui avaient lieu dans l’île de Géos 11 ; d autres aussi dans l’île de Sestos 38. E. Saglio.
11. arcus, en architecture, exprime la forme cintrée d une voûte ; de là le sens que nous donnons en français aux mots arc , arceau , arche , arcade, arcature. Mais, pour les Romains, ce fut plutôt, à l’origine, une expression figurée et môme poétique, le terme propre et ancien pour désigner èe système de construction étant fornix L Dans la langue courante, le substantif arcus s’associa surtout à l’adjectif trmmphalts, et devint le nom particulier des édifices à ouverture cintrée du genre des arcs de triomphe [arcus triumphalis]. A la longue, cependant, il prit un sens plus technique et plus général, comme on peut en juger par les dérivés arcuationes , arcuatum opus, qui sont employés à propos du système d’arcades des aqueducs 2
[aquaeductus]. La signification d 'arcus, plus restreinte toutefois que celle de fornix, ne paraît jamais s’appliquer qu’à des voûtes de peu de profondeur. Une inscription latine 3 parle d’un arc et d’un candélabre consacrés à Junon, arcum et candelabrum Junoni. Il s’agit probablement, dans ce cas, d’une sorte de niche cintrée, où l’on plaçait des ex voto. La fig. 481 reproduit, d’après un exemple
Fig. 4SI. Autel sous uu are.
découvert à Pompéi, une grande niche de ce genre, sous laquelle est un autel 4. L. Heuzey.
111. Arc de triomphe, monument d’un caractère commémoratif, ordinairement élevé pour perpétuer le souvenir de la cérémonie du triomphe. Si quelques triomphateurs purent réellement passer sous l’arc élevé pour eux, il est permis de supposer, à raison des longs délais qui précédaient leur entrée solennelle, que ce fut là une exception.
36 Plat. Leg. I, p. 625 d; 4 111, p. 434 e e. — 37 Bockh, Corp. inscr. gr. 2300. — 38 Hermès, t. VU, p. 137 et s.
ARCUS.— II. 1 Ovid. Metain. 111, 159; Juven. Sut. 111, 11. — 2 Frontin. Aijuaed. 13 et 121 ; PI in. Epist. X, 40. — 8 Orelli-Henzen, 6134. — «Mazois, Ruines de Pompéi,
Ces monuments d’une exécution complexe durent être presque toujours élevés en souvenir du triomphe plutôt que pour le triomphe môme. 11 est certain aussi que des arcs furent élevés en commémoration de victoires qui n’avaient pas été suivies d’un triomphe. Ainsi, L. Stertinius \ en l’année 006 de Home (196 av. J. -G.), après ses victoires sur les Espagnols, lit construire avec le butin fait sur eux, et sans avoir eu les honneurs du triomphe, deux arcs, l’un dans le forum boarium et l’autre près du grand cirque; sur ces arcs étaient des statues dorées. Tite-Live les appelle fornices. C’est l’expression que l’on trouve le plus anciennement employée.
On a cru, à tort, voir dans un passage de Pline 2, où il n’en est nullement question, qu’il attribuait cette invention aux Grecs ; on ne connaît d’ailleurs aucune ruine ni aucun texte précis qui confirme cette allégation. L'archéologie moderne voit dans la coutume du triomphe un des nombreux emprunts faits par les Romains aux traditions étrusques ; mais si nous connaissons des portes monumentales étrusques, nous ne connaissons pas d’arcs de triomphe véritables qui appartiennent à cette nation. C’est donc un monument essentiellement romain, et dont la composition parcourt, entre les limites du développement de l’art romain, toutes ses phases de style, depuis la simplicité primitive jusqu’à l’exagération de la magnificence.
L’origine de ces monuments est évidemment dans les décorations provisoires qui se faisaient pour la cérémonie
même, soit à une porte de la ville, soit à des arcs figurés par des constructions légères en bois 3. Tout ce qui pouvait rappeler la gloire de la dernière guerre figurait dans cette décoration, trophées d’armes réellement prises sur l’ennemi, tableaux, peut-être des prisonniers enchaînés au monument, et surtout l’inscription à la louange du triomphateur. Les arcs de triomphe en construction durable ne sont autre chose que cette tradition consacrée par l’architecture : aussi ont-ils tous des données communes, tous présentent le caractère d’une porte pratiquée, non dans un mur, mais dans une construction qui semble une tranche d’un mur; tout l’effet est concentré sur les façades, tandis que les façades latérales, quelque peu indécises de parti pris, ont moins d intérêt. L’arc lui-même est une large haie plein cintre, couverte comme une simple porte par une Aoùte en berceau ; au-dessus, dans un attique, est 1 inscription honorifique, la dédicace ; au sommet, la statue du triomphateur, d abord a cheval comme le montrent les plus anciennes médailles \ plus tard dans un char. L’arc fut toujours décoré de colonnes, soit engagées, soit dégagées, supportant 1 entablement plus ou moins riche. Enfin, selon sa disposition, le monument reçut des sculptures diversement combinées, trophées, prisonniers, armes dè L ennemi. Ges sculptures sont toujours spéciales au monument et à la guerre qu’il rappelle, et offrent une mine précieuse de renseignements pour l’archéologie.
Si 1 esprit qui a présidé à la composition des arcs de tnomphe romains est toujours le même, il existe dans leurs formes des variétés sensibles. Et ici, il convient de bien remarquer que plusieurs monuments très-analogues de forme aux arcs de triomphe , et qui sont communément désignés ainsi, furent en réalité soit de simples
a ntuiencycioj). t. I, ed. p. 1487 A.UCUS.-111; t T LIT. XXXVIII, 27. - 2 Sût. nat., XXXIV,’ 12— 3 Rosinus, Ant rom.l, X , Caristie, Mon. antiq. d'Orange, p. 1 et 2.- « Bello.i, Arcus Auguste- . pi. lu ; Donaldson, Areht. numismatica, LIV-LIÏ, p. 205 et s.; Plin. Bist. nat. XXXIV, 10 .
ARC
ARC
portos, soit des monuments commémoratifs élevés en dehors de toute occasion triomphale : ce sont des portes de ville, comme à Fano ou à Autun; des arcs à quatre portes en croix, comme l’arc de Janus quadrifrons à Rome [janus, porta] ; des arcs pratiqués pour le passage d’un aqueduc, comme la porte Saint-Laurent ou la porte Majeure à Rome (fig. 400, 401, p. 341). L’arc d’Auguste à Rimini tut élevé en mémoire de l’achèvement de la voie Flaminia, comme l’atteste son inscription 5; celui de Trajan à Ancône rappelle le rétablissement du port de cette ville par lui, et les noms de sa femme Plotina et de sa sœur Marciana, déjà morte alors (comme l’indique le mot diva), y sont associés à ceux de Trajan ; cette destination est établie par l’inscription même. Quelques-uns furent élevés par l’adulation d'un particulier, comme celui de Galien à Rome, ou d’une corporation, comme le petit monument appelé à tort arc des orfèvres ou argentiers, puisque sa forme est celle d’une baie rectangulaire 6 et non d’une arcade.
Mais ces monuments, malgré la différence do destination , présentent de nombreuses analogies de forme avec les arcs de triomphe, et peuvent au besoin être consultés avec fruit pour la restauration des parties détruites de ces derniers. L’arc de Rimini 7, notamment, est à tous égards un des monuments les plus précieux du
Fie:. 482. Plan de lare de Rimini.
siècle d’Auguste ; son architecture est d’un très-beau style (üg. 483); le soubassement, l’archivolte, l’entablement sont remarquables ; et, au point de vue archéologique, il
5 Orelii-Henzen, n. 5630. — 6 Voir pour es monuments, les ouvrages de Canina, Bellori, Caristie, Piranesi, etc., cités à la bibliographie. — 7 Borghesi, Sopra due medaglie di Augusto rappres. l’arco di Rimini , 1813 ; Brighenti, Illustr. dell' cii'co diAug. in Rimini 1825 ; Canina, Arch. rom. II; Descr. dei monum. p. 200, tav. clxxxvii ; Nardi, Descriz. dell' arco di Aug. etc. di Rimini, 1813; Caristie, Arc d’Orange, pl. xxvii, 6 ; W. Clarke, Sull' arco di Rimini , etc., Annali del. Inst. arch.
Fig. 484. Médaille d’Auguste.
peut faire préjuger le type des anciens arcs de triomphe, qu’indiquent aussi des médailles. Celle que reproduit la figure 484 a été frappée sous Auguste, en l’an 18 av. J.-C. : elle est destinée à rappeler les enseignes perdues par Crassus et Antoine , et rendues à Auguste par les Parthes. L’arc de Rimini présente d’ailleurs d’une façon saisissante la démonstration de l’origine probable de ces monuments : toute sa partie architecturale est positivement une décoration appliquée à un mur, un véritable encadrement de porte, surmonté d’une inscription en attique (il est à peine besoin de dire d’ailleurs que le mur en brique, avec créneaux, qui le surmonte, est du moyen-âge). L’arc de Trajan à Ancône, attribué au célèbre Apollodore de Damas8, est aussi un monument précieux, d’une belle étude, et qui de plus est dans un état de rare conservation.
Les arcs de triomphe proprement dits sont nombreux en Italie ; les plus anciens sont aussi les plus simples ; cependant, Quatremère de Quincy exagère évidemment lorsqu’il dit 9 « que les premiers monuments de ce genre furent de simples arcs ayant de chaque côté une colonne sans stylobate, surmontée d’une simple plate-bande pour tout entablement. » 11 cite à l’appui de cette conjecture les médailles antiques ; mais quiconque a comparé les médailles aux monuments qui nous restent de l’antiquité, sait combien elles sont infidèles et combien elles simplifient les compositions : or, si l’on ajoutait tant de foi aux médailles, il faudrait supposer cette rusticité à des monuments contemporains du tabularium romain ou des temples de Préneste, ce qui est vraiment inadmissible. Quoi qu’il en soit, il ne subsiste aujourd’hui rien des arcs de triomphe qui furent élevés sous la république. Cependant des fouilles assez récentes ont mis à jour les traces d’un monument, que l’on peut considérer comme étant l’arc des Fabiens 10.
L’arc d’Auguste àSuse 11 est un des plus simples : l’arcade y est pratiquée dans une construction dont le plan rectangulaire est arrêté par quatre colonnes d’angle engagées ; l’entablement porte d’une colonne à l’autre ; c’est de tout point l’architecture d’arcades à colonnes engagées que nous trouvons dans les monuments romains de cette époque. Celui d’Auguste à Aoste. 12 (Augusta Pretoria) est curieux par son entablement dorique à triglyphes sur des colonnes corinthiennes ; on a supposé d’ailleurs qu’il avait pu être remanié. Il en serait certainement de même de celui dePola, s’il fallait l’attribuer à l’époque d’Auguste 1S, ce que démentent trop ses colonnes accouplées et le goût corrompu de tous ses détails. A Rome, l’arc, de Drusus (Claudius Drusus Germanicus, père de Claude) est, comme celui de Rimini, pratiqué dans un mur continu14; dans son attique, on fit passer l’aqueduc qui alimentait les thermes de Caracalla. Cet arc est très-ruiné, cependant on y voit
XIII, p. 116 et s. — 8 L’arco eretto a Nerva Trajano nel porto d’Ancona, 1734; Gailhabaud, Monum. anciens et modernes, I, Arcs de triomphe; Canina, Op. I. I. p. 201, tav. clxxxix. — 9 Dictionn. d’archit. Arcs de triomphe. — 10 Ann. dell' Inst. arch. 1859, p. 307. — H Canina, p. 199, tav. clxxxiv. — 12 Canina, p. 200. tav. clxxxv. — 13 Quatremère de Quincy, l. c. ; Canina, p. 200, tav. cnxxxvi. — HNibby, dans Nardini, Itoma antica, p. 155.
ARC
ARC
encore en place des colonnes dégagées avec des amorces d’entablements proülants, ce qui devint plus tard la pratique constante.
L’arc de Titus 15 (11g. 485, 480), élevé en mémoire de la prise de Jérusalem, au pied du Palatin, à l’endroit dit summa sacra via, est considéré à juste titre par les architectes comme le plus élégant des arcs do triomphe, et présente la
solution la plus typique du programme. Une seule arcade d’une belle proportion est accompagnée de deux colonnes engagées d'ordre composite ; l’entablement , , . s’avance au- dessus de l’arc de
Fig. 485. Plan de lare de Titus.
la saillie môme des colonnes, et l’architrave est soutenue au milieu de sa portée par une
magnifique clef sculptée. De chaque côté, des espaces solides et sans sculptures complètent le massif; aux quatre angles étaient des colonnes engagées, sur lesquelles profilait l'entablement. Un attique élevé couronne le monument et suit dans son plan les développements de l'entablement. Le milieu en est occupé par une belle inscription; l’intérieur de cet attique forme une chambre voûtée, où l’on accède par un escalier dont le départ est au-dessus du piédestal de 1 ordre. Cet arc, d une belle étude d architecture, est de plus très-remarquable par ses sculptures, victoires et Irises des façades, et surtout par les grands bas-reliefs qui décorent le passage même de l’arc au-dessous des
!•> Camna, p. 201, tav. clxxxviii ; Bellori, pi. iii-v„, ; Desgodetz, Les édif. a de Rome, p. 114, pl. i-vin ; Keynaud, Traité d'arch. 2» part. pl. l. — 16 rani p. 201, tav. exc; Gailhabaud, l. c. I, Arcs de triomphe; J. de Yita, Antia. Ré
len • p-..:53 et s- - 17 Dona,dson> l. C. no LV1II. - 18 Bellori, pl. xlyiii (ar Portugalliae), pl. u-t,,.- .9 Suaresii. 4rc. Sep( ,w Ttome> p\ ,
impostes de la voûte. Ces bas-reliefs représentent, 1 un la Victoire couronnant Titus dans un quadrige, 1 autre le défilé des dépouilles triomphales, notamment du fameux chandelier à sept branches de Jérusalem ; ce sont des chefs-d’œuvre de l’art antique (voy. les figures au mot triumi’hus). Rien n’indique quelles étaient les sculptures qui couronnaient l’édifice, mais lehas-relief dont nous venons de parler donne à présumer que ce devait être un quadrige (comme on le voit restitué dans la figure). L’arc de Titus fut élevé après la mort de cet empereur, comme en témoignent le mot divo dans l’inscription, et la sculpture qui représente son apothéose dans le caisson central de la voûte.
L’arc de Trajan à Bénévent 16 est composé dans le môme parti que celui de Titus, sauf qu’il est décoré d’un plus grand nombre de sculptures ; ces sculptures sont remarquables. On en voit entre les colonnes latérales et dans l’attique de chaque côté de l'inscription. Un autre arc de Trajan, à Rome, est détruit; on peut seulement en conjecturer le parti d’après une médaille ,7. De 1 arc de Marc-Aurèle, il ne reste que des fragments, réunis surtout au Capitole 18 .
Avec l’arc de Septime-Sévère 19, élevé sur la Voie sacrée au pied du Capitole, en l’honneur de cet empereur et de ses fils après la victoire remportée sur les Parthes, les Arabes et les Adiabéniques, commencent pour nous les arcs .à trois portes, une grande arcade et deux petites. Chaque façade est décorée de quatre colonnes dégagées, au-dessus desquelles l’entablement profile. Les proportions générales en sont fort belles, l’attique surtout, dont une grande inscription occupe toute la longueur; mais la conséquence de cette disposition est que les colonnes ne pouvaient être couronnées de statues ; des trous de scellement permettent seulement de supposer qu’elles supportaient quelques bronzes peu élevés, soit des aigles, soit de petits trophées. Le style du monument sent déjà la décadence, surtout dans ses sculptures petites et multipliées, qui sont répandues jusque sur les piédestaux. Une disposition particulière à cet arc est la communication entre les trois passages.
L’arc de Constantin 20, élevé après sa victoire sur Maxence, est situé entre le Palatin et le Colisée, et est aussi à trois portes. La composition en est belle (fig. 487, 488); mais cet arc offre un exemple frappant de l’impuissance du bas-
empire, réduit à dépouiller les beaux monuments anlérieurs pour en élever de nouveaux avec leurs fragments. Dn effet, les colonnes, les entablements, et presque toutes les sculptures, notamment les grands bas-reliefs du pas-
. > ~ . ’ “.uiupiie; Desgodetz, p. 193, pl. i-x ; Bellori
pl. ix-xiv ; L. Keynaud, Traité d’arch. 2» partie, pl. li ; Caristie, Forum romain. — 20 damna, p. 204, tav. exevi ; Desgodetz, p. 225, pl. i-ix ; Gailhabaud, l. c.: Bellori, pl. xxm-xLvii ; Caristie, Forum romain; Bullet. del. Inst. arch. 1863 p. 18 ; Rev. archéol. 1863, II, p. 245.
ARC
ARC
sage central, ceux de l'attique, les bas-reliefs circulaires au-dessus des petits arcs, et les figures de Daces captifs qui surmontent les colonnes, proviennent d’un arc de
Trajan. Les autres parties de sculpture et d’architecture contrastent par leur laideur avec ces beaux restes. Canina veut que ce soit lit un arc commencé par Trajan et achevé
<7 Afef'w»»*- *
Fig. 488. Arc do Constantin à Rome,
par Constantin, mais cette hypothèse inadmissible n’a obtenu aucun crédit.
Nous ne parlerons pas ici de l'arc de Gallien ni d’autres arcs moins importants élevés à Rome sur le Forum et sur la Yoie sacrée si.
En France, il existe plusieurs arcs de triomphe romains, à Carpentras, à Saint-Rémy, le premier très-petit, ruiné, mais correct, le second plus important, assez analogue comme parti à celui de Titus ; à Reims, à Cavaillon23, etc.; enfin, l'arc d'Orange n considérable à tous égards, et qui a soulevé bien des controverses en l’absence de toute inscription. On l'a attribué à Marius, à D. Aenobarbus ; Caristie, qui en a fait une étude spéciale et qui l'a restauré, le croit du temps des Antonins ; mais la profusion de ses sculptures, l’arrangement bizarre de ses frontons sur les faces latérales, le goût des détails, ne
51 Xardini, Rom. ont. II, p. 42. — 22 De Rossi, Annali d. Inst. arch. 1859, p. 307 et s. ; Brunn, 1b. 1819 et Mon. ined. V, pl. vu ; Bücheler, Iiheinisches Muséum, XVIII, p. 444 On peut voir aussi la liste des arcs, au nombre de onze, donnée par le livre des Mirabitia Itomae; et. Jordan, Topographie der Stadt Itom, II, p. 41 1, 608,Berl. 1871. — 23 Caristie, Mon. ant. d'Orange, parallèle ; Magasin pittoresque, t. VII, p. IGG. — Si Caristie, l.c. ; Batissier, Art monumental, liv. V, Arcs de triomphe.— 23 Vov. ceuv de Djemilah (Algérie) et de Palmyre dans le Magasin pittoresque, t. XI, 68, 69-1 1, 140, 142. • — Bibliographie. Durand, Recueil et parallèle d'édifices de tout genre, Paris, an VIII ; Canina, L'Architettura romana, II, p. 676 et s.; III, p. 473 et s.; Bellori, Yeteres areus Augustorum triumphis insignes, Rome, 1690, et 1824; Desgodctz, Les édifices
permettent guère de le supposer antérieur à l'époque de la décadence. Il a aussi trois portes, les colonnes sont engagées, y compris celles d'angle, d’où résulte une faiblesse fâcheuse des piles extérieures. On y voit deux altiques superposés. Nous pourrions citer encore divers arcs de triomphe en Espagne, en Syrie, en Afrique Les monuments de ce genre furent prodigués sous les empereurs romains, et ce n’est que dans les ouvrages d’architecture qu’on en peut faire une étude complète. Nous ne pouvons guère qu’en indiquer le programme dans les limites de cet article. J. Guadet.
ARDANION (’ApSavtov ou àpSaXtov). — Nom donné au vase d’argile qu’il était d’usage, chez les Grecs, de placer à la porte de la maison où un mort était exposé, afin que l’on pût y puiser, en sortant, l’eau nécessaire pour se purifier *. Il serait inutile de chercher à en déterminer la
antiques de Rome, Roma, 1822; Piranesi, Vues de Rome ; Rossini, Gli archi trionfali d. ant. Romani, Roma, 1«37 ; Gailhabaud, Monum. anc. et modernes, 1, Paris, 1850 ; Batissier, Hist. de l’art monumental, Paris, 1845 ; Caristie, Plan et coupe du forma romain, Paris, 1821; ld. Monum. antiques d'Orange, Paris, 1856 ; Magasin pittoresque, t. II, III, IV, VII, XI ; L. Reynaud, Traité d’architecture, Paris, 1850-58 ; Quatremère de Quincy, Dictionnaire d'architecture. Paris, 1832; Y nsi, Itinéraire de Rome à Naples ; Nibbv, Itinéraire de Rome, Rome, 1855 ; Donaldson, Portes monumentales de la Grèce et de l'Italie, Paris, 1850; Id. Archit. numismatica, Lond. 1859.
ARDANION. 1 Pollux, VI, 66; Hesych. àp8avia; Bekker, Anecd. graeca, 440, 30; Aristoph. Eccl. 1013; F.ur. Aie. 99.