‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 4)Chapitre 80 sur 155 · III · texte numérisé non relu

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T Mo cent ion ) 3S. Du reste, comme l'obligation se formait par la seule mention inscrite par le créancier sur son registre avec le consentement du débiteur, le client pouvait emprunter de son banquier au moyen d’une simple écriture 36, et se libérer également par une écriture contraire: ainsi, lorsque les banquiers avaient payé pour le compte du client déposant et sur sa rescriptio, ils le débitaient d’autant sur le codex ; le compte était-il soldé, le nom était rayé du registre ( nomen expedire, expungere) 37.

Les riches romains en vinrent à être en compte courant avec leurs banquiers, et nous croyons que l’ouverture d’un crédit était une opération connue de ces habiles manieurs d’argent, et qui n’avait rien de contraire aux principes du droit romain. En effet, Y expensilatio ou contrat litteris ne repoussait pas toute modalité, puisqu il admettait la solidarité parfaite ou corréalité. Lorsque plusieurs argentarii avaient écrit, du consentement du débiteur commun et pour le même objet, des titres concordants, ils étaient créanciers chacun de la totalité de la somme, mais elle n’était due qu’une fois 89, et cela soit qu’il y eût ou non une société entre eux. Mais le dernier cas devait être le plus fréquent et entraînait des conséquences juridiques particulières entre les associés, notamment le partage des bénéfices, et même à 1 égard des tiers. En effet, lorsqu’une maison de banque ( argentaria ) appartenait à plusieurs sociétaires u, ce qui était assez fréquent, le tiers qui avait traité avec l’un d’eux pouvait poursuivre pour le tout (in solidum), chacun des autres 4". L’édit des édiles curules appliquait notamment ce principe contre les sociétés de marchands d’esclaves, à raison des actions redhibitoria et quanto minoris 41 ; réciproquement, chaque argentarius associé avait action in solidum contre le débiteur d’une maison de banque 42 : le tout indépendamment d’une clause spéciale de solidarité ; il y avait la en effet des règles particulières, dérogeant au droit commun, dans l’intérêt du commerce. De même, le pacte de remise fait in rem au profit de l’un des argentant socu par le créancier commun profitait à l’autre 43 ; mais, en sens inverse, le débiteur ne pouvait opposer au banquier le pacte de remise de non pet endo, fait par le débiteur avec l’autre associé u. En était-il de même pour le cas de novatio ? La question paraît douteuse, en présence de deux textes qui semblent contradictoires 45.

Très-souvent les banquiers fournissaient du crédit a leurs clients en s’engageant pour eux (inter cedere). Lorsque Y argentarius avait promis de payer à jour fixe (: recipere ) à une personne déterminée, l’usage, dérogeant au droit rigoureux, fit admettre que Y argentarius serait tenu par ce simple pacte, d’une action civile, perpétuelle, applicable à tout objet dû, indépendamment de toute cause préalable de dette autre que la convention 4\ Cette action dite receptitia fut plus tard fondue par Justinien avec 1 action prétorienne née du pacte de constitutum Or la conven-

35 plia. ïfist. nat. Il, 7. — 36 On se servait dé ce moyen pour faire soit une novation réelle, soit une délégation : Gaiu6; III, 128-130., — 31 Cic .AdAttic. XVI 6 ; Plaut. Cist. I, 3, 41. — 38 Fr. 7, g 19, De pactis, Dig. II, 14 ; fr. 9 pr. De pactis, eod. tit. ; fr. 34 pr. De recept. Dig. IV, 8. — 3a Ulp. fr. b 2, § 5, Pro socio, Dig. XVII, 2. — 40 Auct. ad Heren. II, 13. — 41 Fr. 44, g 1, Dig. De aedil. edict. XXI, 1. — « Paul. fr. 21, Dig. De pactis, II, 14 ; Demangeat, Des obliq. solidaires, p. 164; Savigny, Das Obliqationrecht, t. I, § 17, p. 148 et s. — W Fr. 25 et 27, De pact. Dig. II, 14. — 44 Fr. 27, De pact. D. II, 14. — 45Fr. 27, De pact. et fr. 31, g 1 ,De novat. Dig. XLVI, 2.— 46 c. 2 Cod. Justin. De const. pe’ctm. IV, 18. — 47 Inst. Just. IV, 6, g§ 8 et 9. — 48 Ducaurrov, Inslit. expliq. 8‘ éd. Paris, 1850, II, u” 1206, 1210 ; fr. 19, De constit. pecun. XIII, 5. —49 Quin- (il. XI, 92; Plaut. Curcul. Il, S, 66; III, 1, 64; IV, 3, 3; V, 2, 20; 3, 34.

lion garantie par l’action receptitia était des plus commodes pour qui consentait à faire une intercessio conditionnelle, ouvrir un crédit à un tiers sur l’ordre d’un client 48 ; ainsi le banquier ne s’obligeait qu’autant que le tiers userait du crédit dans les limites fixées. Aussi les argentan/. étaient-ils les intermédiaires obligés dans toutesles grandes affaires, et spécialement entre débiteurs et créanciers w.

Mais la loi avait pris contre les banquiers certaines précautions. L 'argentarius devait avoir ses comptes à jour, et opérer lui-même les compensations en faveur de ses clients, quelle que fût, la diversité des causes des dettes respectives; si, faute d'une balance exacte, il réclamait dans son intentio plus qu’il ne lui était dû, il perdait sa créance; la compensatio ayant lieu, dans ce cas, ipso jure, il y avait plus petitio 30 ; il fallait toutefois que les dettes tussent exigibles et de même nature 81 ; on peut soutenir S2 qu’une dette nouvelle, portée au compte courant, et destinée à y être compensée ultérieurement, ne devait pas toutefois être alléguée contre Y argentarius agissant en vertu d un compte arrêté. En revanche, il est probable que ce fut à l’occasion des fraudes des argentarii qu'on introduisit 1 exceptio non numeratae pecuniae , qui forçait le créancier en vertu d’un contrat litteris ou verbis , à prouver la cause finale de l'obligation, c’est-à-dire la numération des espèces.

Les argentarii procédaient souvent à des ventes à 1 encan [auctio] 53 des objets à eux engagés, ou pour le compte des tiers u, si les banquiers prétendaient réclamer le prix de l’adjudicataire in auctione, avant d’avoir délivré 1 objet vendu, ils étaient repoussés par l’exception rei emptae non traditae 8S, à moins d’une clause spéciale de l’adjudication :,h.

Enfin, en matière de preuve, les argentaru étaient soumis encore à des règles particulières. Ainsi, tandis qu en règle générale, un demandeur ne pouvait forcer son adversaire à produire ses titres, les argentaru étaient tenus, en vertu d’une disposition spéciale de l’édit 67, à edere ou copiant facere describendi , c’est-à-dire à présenter leurs registres (rationes ou codices ) , parce que leurs fonctions étaient en quelque sorte considérées comme publiques 88 ; on avait contre eux à cet effet une action in factum, in id quod interest w. C’est par cette raison, entre autres, que les banquiers conservèrent jusqu’à Justinien l’usage des codices, tombé en désuétude pour les particuliers, dès le commencement de l’empire 60. Au point de vue de la production des titres, les editii, les nummularii sont spécialement assimilés aux argentarii^ ; ce qui prouve, contre l'avis des anciens interprètes, que ces expressions n’étaient pas synonymes et désignaient, comme on l’a dit plus haut, deux classes de personnes confondues seulement dans la pratique.

Les argentarii sont quelquefois appelés coactores, parce qu’ils se livraient à des opérations de recouvrement pour le compte de leurs clients ; peut-être donnait-on aussi ce nom aux agents inférieurs des banquiers 63. G. Humbert.

50 G ai us, IV, 68. — 31 jd. IV, 65, 67. — 32 En se fondant sur la loi 13, Dig. De

compens. XVI, 2 ; Pilette, De la compensation, dans la Revue hist, de droit, Paris 1861, p. 14 et s. — 53 cic. Pro Caecina, 6; Quintil. XI, 2, 24; Suet. Nero, 5.

54 Fr. 18 Dig. De hered. petit. V, 3 ; fr. 88, De solut. XLVI, 3. — 85 Gaius, IV,

126 in fine. — 36 « Dans ce dernier cas, V argentarius opposait la réplique : « Aut si praedictum est ne aliter emptori res traderetur, quam si pretium emptori solverit. » - 67 Fr. 4 Digi De edendo. II, 13. — 58 Fr. 4, g 1 eod.— 69 Fr. 13 eod. — 60 Asconius, Ad Cic. Verr. 1, 33, p. 175 Orelli.— 61 Paul. fr. 9, g 2 Dig. De edendo, II, 13.— 62 Fr. 40, g 8, De stat. liber. Dig. XL, 7. — Bibliographie. Sigonius, De antiquo jure civiurn Rom. II, c. XI ; Salmasius, De usuris, CXVU ; C. Hoffman, De commerciis et cambiis veterum, Regiomont. 1726 ; Sieber, De arqentariis, Lips. 1737, 1739 ; Hubert, Disput. jur.de arqentariaveterum, Traject. 1739, 1740, et in Diss. jur. select, in Acad. Belq:

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ARGENTEUS MINUTULUS, ANTONINIANUS, AURELIANUS [aureus].

ARGENTUM (ïApyupoç). — L’argent fut connu des Grecs sans doute bien avant qu’ils eussent appris à exploiter les mines qui le recélaient dans les contrées habitées par eux. On ne trouve dans les poëmes d’Homère aucune trace d’une pareille industrie. Il indique1 Alybè, probablement le pays des Chalybes, dans le voisinage du Pont-Euxin, comme un lieu d’où on le tirait. Il en vint de bonne heure de la Colchide et, peut-être dans un temps encore plus ancien, de la Bactriane2. On voit dans la Bible3 que dès le temps où Abraham quitta la Mésopotamie et s’établit dans la terre de Chanaan, l’argent n’était pas rare en ces deux pays et servait de moyen d’échange ; on y savait aussi dès lors en faire des objets travaillés avec art. En général, on peut conclure des recherches qui ont été faites sur les origines de la métallurgie [metalla], que c’est d’Orient que vinrent en Occident l’argent aussi bien que l’or, et les premiers objets fabriqués en ces matières, mentionnés par Homère en divers endroits. Le cratère d’argent, prix de la course, gagné par Ulysse, est venu de Sidon sur un vaisseau des Phéniciens4; celui dont Ménélas fait présent à Télémaque lui a été donné par le roi de Sidon lui-même3 ; il a aussi rapporté de Thèbes en Égypte des corbeilles (xol- Aapoi) et deux cuves (à<rcquv6ot) d’argent6; mais, à côté de ces ouvrages de fabrication étrangère, le poète parle du Irône d argent et d'ivoire de Pénélope, qui était de la main d’un ouvrier indigène7; il indique les outils dont se servait un orfèvre à Pylos : l’enclume, le marteau, la tenaille 8, et nomme encore en divers endroits des objets ou des ornements d argent. Il est permis de croire que dès les temps décrits par Homère, partout où les modèles de 1 Oiient avaient été apportés, avec les métaux précieux, sur les vaisseaux phéniciens, on commença à les imiter ; mais longtemps encore ces métaux et les objets qu’ils servaient a fabriquer furent conservés presque exclusivement dans les trésors des temples ou des chefs les plus opulents. Les objets d argent ne furent pas d’un usage commun même dans le bel âge de la Grèce 9.

Cependant les mines que la Grèce possédait ne restèrent pas inexplorées. Pour nous en tenir ici à ce qui concerne la production de l’argent, et en laissant de côté ce qui se îapporte au travail des mines et à la monnaie [metalla, moneta], nous savons que les mines du Laurium, dans l’Attique, lurent pour les Athéniens une importante source de revenus dès une époque fort ancienne et qu'on ne pouvait fixer déjà au temps de Xénophon; elles étaient encore en plein rapport, mais déjà moins abondantes, au temps de Philippe et d Alexandre ; Strabon, Pausanias en parlent comme

deOelrichs Brem. etLips. 1769, IX,l,p. 1-136 ; L. Harscher ,Ueber die Rationes dom.der iiT-T’ioa a? mans Mag. f, Philos, und Gesch. des Rechts, Giessen, 1807, 1, 319-336 ; s'n ‘ " l3~-~i>Kr:lut>0eargentariisetnummulariis,Gmmg. 1826; Lange, Rom. Aller humer, Berhn, 2e éd. 1863, 1836, I, p. 154 ; Fagenstecher, De lût. oblig. et ration. « dom. quant Argentanorum, Heidelberg, 1851 ; Walter, Geschichte des rom. Rechts, . tUnn\ l' n°20- i ^ckcr.Uandbuchderrôm. Alterthümer, Leipz. 1853, III, 2, lT ° G S'l a P‘ 286 ’ 0rto,an> Explication historique des Institutes, 6e éd. Paris, 1858, n„M«66 et * 14n8-’ ïm 6tsulv-> Dueaurroy, jnst!t, expliquées, 8= éd, Paris, 1851, II, ReclilsgeschuT^ TÏt* BealenC«cloPàdie’ t- I,p. 1513, 2« éd. ; Rudorfif, Rom.

argent;™ \ rr P; * • 01 § 6?’ P' 229’ Leipz' 1S59’ StuttSard> 1836’ P' 1513-8. Bibl f oïl T y y tt ’ !’,8°7 et Schol,; Mlllin> Minéral, homérique 2 ctésias,

l’antia "S ' l' r ’ Bekker i strab- ù P- 43, cités par Rossignol , Les métaux dans l anttq » Genes. xxm, 15 et 16; xx,v, 5; Exod. xx, 23 ; xxv, 47 et s.;

IV 615 î t’, 8" ; *’ 2 ; DeUter • etc- - 4 IL XXHI, 743. - 5 Od.

«2. -9 Ath'vr « “ 6 °d:1V’ l~5’ m> l3l‘ ~10d- XIX> - 8 Od. III, vect I 5 IV i ’ I K ' ’ 231r.’ Buckh> st(Mtshaushalt. der Ath. I 3. — 10 Xen. De l-m 3 ’J A , II Phm- 1039 i Slrah- H, 399; Paus. I, 1 ; Bôekh, Op.

* ^ 1(111 ' * Akadi 1815, p. 85 j Rangabé, Du Laurium, dans les

de mines abandonnées ,0. On trouvait encore de l’argent à Siphnos11, en Macédoine, au mont Pangée12; à Damastion, en Épire13; les Phéniciens en cherchaient jusqu’en Espagne14; il en venait toujours de la côte septentrionale de l’Asie Mineure15. Le commerce de l’Orient, quand les Grecs s’en furent emparés, puis les victoires sur les Perses en mirent entre leurs mains de grandes quantités. L’argent et l’or qui entrèrent en Grèce par cette voie furent en grande partie employés aux entreprises publiques de la guerre et de la paix. De grandes richesses aussi restaient enfermées dans les principaux sanctuaires, où affluaient de tous les pays, et même de chez les Barbares, les dons en espèces et les ouvrages d’or et d’argent16. Mais les métaux précieux furent assez abondants vers la moitié du ve siècle av. J.-C. pour que l’on commençât à voir chez les riches particuliers beaucoup de vaisselle et d'autres objets faits en ces matières, et il n’était pas rare d’en voir quelques pièces même chez des gens de condition médiocre17. Le goût s’en répandit surtout après la conquête de la Perse , sous Alexandre et ses successeurs, non-seulement chez les princes, qui l’étalaient sur leurs tables et dans leurs fêtes avec une profusion incroyable 1S, mais encore chez beaucoup de personnes dont la fortune ne répondait pas à ce luxe ; si bien que quelques-unes qui ne pouvaient avoir de véritable argenterie s’en procuraient l’imitation consistant en poteries couvertes de feuilles de métal battu d une ténuité extrême19. On peut juger du reste, d’après quelques pièces que l’on possèdeencore, que les artistes employaient souvent pour de très -beaux ouvrages des feuilles très-minces, auxquelles ils savaient donner par le repoussé un puissant relief20. Une grande épaisseur de métal n’était pas nécessaire pour garantir la solidité même des vases de ce genre dont on se servait, parce qu’on avait soin de les doubler d’un second vase en quelque sorte, comme on peut le remarquer

Fig. 496 - Vase d’argent doublé.

/// co. u t, a cuu» tic o inscit

, IV I **, p.

Stiab. VII, fr. 54. - 13 Strab. VII, p. 236. - H Diod. V, 33 ; cf.'stràb. III, p. IlV. — = Strab. XII, p. 547. — 16 Voyex Herod. I, 14 et 51; l’inventaire de l’Acropole dans BÔckh, Staatsh. I 3 ; II, p. 152; et les témoignages de Xen. Hell. VU 4 33 • Diod. XV, 82 ; XVI, 56 ; Plut. Pomp. 24 ; Appian. Mithrid. 63, sur les ressources accumulées dans quelques temples ; R. Rochette, Vases de Bernay, dans le Wn. des Sav , 1830. — 17 Plut. Alcib. 4 et 13 ; Andoc. C. Aie. 29 ; Athen. V, p. 193d ; VI, p. 230e ; ix’ p. 408e ; XI, p. 465 d et 731c ; XII, p. 534e ; Dem. C. Mid, 133 ; C. Euerg. 58 ; Lys! C. Eratosth. U ; Cic. Verr. Vf, 21 ; voy. aussi Thuc. VI, 32, 1. — 18 Ath. V 22 et s.— 19 Athen- Vl> P' 230, 231 ; XI, 469 c, 4S0c; Girardin, Mém.prés.à l'Acad des inscr., t. VI, 100. On connaît des poteries ainsi argentées : de Wittc, Coltect. Castellani n. 231-233 ; Klügmann, Ann. d. List. Arch. 1871, p. 1 et s. ; 195 els. - SO La feuille d argent dans laquelle ont été ciselés les bas-reliefs du vase Corsini, qu’on peut voir tp. 399, lig. 493) au mot iReoPious, a moins de 2 millimètres d’épaisseur; ces ligures ont jusqu’à 6 millimètres de saillie. La feuille de bronze argentée d’une boite de miroir reproduite au mot anchisds (p. 266. lig. 316) n’est pas plus épaisse qu un parchemin. On peut comparer des bronzes d’une finesse encore plus grande, par exemple : Brondsted, Bronzes of Siris , p. 2*

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dans quelques-uns de ceux qui ont été conservés; dans un de ceux, par exemple, qui furent trouvés en Normandie, près de Bernay, en 1830 21 , la rupture du métal laisse apercevoir la cuvette intérieure (fig. 490). On ne rencontre ces doubles fonds que dans des vases dont il était nécessaire de préserver ainsi les délicates ciselures. Sans entrer ici dans aucun détail au sujet des procédés de cet art [caelatura], nous devons rappeler que quelques-uns des plus grands sculpteurs de la Grèce ne dédaignèrent pas ce genre d’ouvrages, et que des hommes tels que les Mentor et les Acragas leur durent toute leur célébrité n.

Les Athéniens, qui tiraient l’argent de leur propre pays, ne furent pas les seuls qui excellèrent à le mettre en oeuvre : les ciseleurs renommés appartenaient a toutes les parties de la Grèce, et l'on peut conjecturer qu il y en eut d'habiles à Corinthe, à Sicyone, à Égine, à Délos, à Rhodes et dans toutes les villes où on travailla finement les métaux; on en est assuré pour Chalcis et Ædepsus en Eubée ; les vases à boire de Chalcis (^aÀxiStxà iwnipia) étaient renommés 23. On peut encore rappeler ici le passage curieux des Actes des apôtres 24, qui montre à Éphèse une industrie florissante, consistant uniquement dans la fabrication d’édicules d'argent faits à 1 imitation du fameux temple de Diane. Enfin on doit supposer que l’art de celui qui fondait, ciselait et repoussait l’argent (àpYupoxÔTtoç) était pratiqué en beaucoup d’endroits où celui de l’orfévre (yjuGoyooz) est seul mentionné 2D.

Les peuples de l'Italie ne possédèrent d’abord d’autre argent que celui qui était importé de l’Orient et de la Grèce, puis de la Sardaigne, de l’Espagne surtout, dont les mines exploitées de bonne heure par les Phéniciens furent ensuite pour les Carthaginois, puis pour les Romains une source de richesse dont les anciens ne pouvaient assez vanter l’inépuisable fécondité26. La Gaule et la Bretagne en fournirent aussi 21 . De quelque pays qu’on l’ait tiré d abord, il est constant qu’il y en eut de bonne heure en Italie, mais en très-petite quantité. On ne frappa à Rome une monnaie d'argent, imitée de celle des Grecs de 1 Italie méridionale, qu’en l’an 268 ou 269 av. J.-C., dans l’intervalle qui sépare la prise de Tarente de la première guerre punique'28 [asdenarius, litra] ; mais une monnaie d’argent circulait dans toute l'Italie ; les Étrusques en avaient à leur usage au moins trois siècles avant, et leurs ouvriers étaient d une merveilleuse habileté à travailler tous les métaux. Les fouilles ont fait découvrir dans les contrées habitées par eux un très-grand nombre de vases et de fragments 29 qui confirment ce que des écrivains rapportent du luxe de leur vaisselle d’argent30. Si les objets faits du même métal furent plus rares à Rome pendant longtemps, ils n'y furent pas cependant inconnus, comme le prouvent

ai Chaboulllet, Catnl. n°2806; voy. aussi les n»* suivants, et pour d'autres exemples Michaëlis, Das Corsinische Silbergefàss, Leipz. 1859, p, 3 ; Visconti, Alti d. Accad. rom. d’arch. I, 1, p. 307 ; cf. Wieseler, Das Hildesheim. Silberfund, Gotting, 1869, p. 24. —22 Plin. Eût. nat. XXXIII, 55; VII, 39; Cic. IV, 18, 38. — 23Aristoph. Eq. 237 ; Eust. Ad 11. II, 537 ; Ad Dion. Periey. 764 ; Steph. Byz. s. v. XaXxl; et AÎ^io; ; Corp. insc. gr. 138, 139 ; Bôckh, Staatshaush . II, p. 161, 17 ; 165, 28.

24 xix, 24. — as Us sout réunis à Smyrne dans une inscription de 1 époque romaine :

Corp. insc. gr. 3154 : evve pyoïffta vûv *ai yp'jffo^ôwv. — 26 y oy. pour la

Sardaigne Schol. Plat. Timae. p. 18, 7; Solin. IV, 3; pour l’Espagne, Strab. p. 142, 146-149, 154; Diod. V, 35; Plin. Eist. nat. III, 4; XXXIII, 31; Tit. Liv. XXVIII, 3. — 27 Slrab. p. 191, 199 ; Daubrée, De o. archéol. avril 186S. — 28Momrasen, Hist. de la monn. rom. t. I, c. iv, t. II, e. n et ni ; mais, d’après une autre opinion soutenue par le duc de Luynes, Dev. de numism . 1859, p. 322 ; par M. 4. Queipo, Ib. 1861, p. 180 ; par le duc de Blacas, t. II, p. 250 de sa traduction de l’ouvrage cité de M. Mommsen, l’argent monnayé aurait existé à Rome dès le temps des rois. — 2 1 O. Miiller, Etrüsker, II, 253 ; Id. Handb. der Arch. § 173; Micali, Monum.

les faits mêmes si souvent cités par les écrivains des temps postérieurs pour démontrer la simplicité primitive des Romains : la censure appliquée celui qui possédait plus de dix livres d’argent fabriqué31, et l’exemple de Fabricius32, le vainqueur des Samnites, qui n’avait d’autre argenterie que la salière et la patère nécessaires aux sacrifices domestiques. Ces objets au moins ne manquaient guère qu’aux plus pauvres familles 33.

Mais précisément au temps où vivait Fabricius l’argent commença à devenir moins rare à Rome. Le contact avec des peuples plus riches familiarisa les Romains avec le luxe; puis la conquête mit successivement dans leurs mains les dépouilles des vaincus. Dans leurs triomphes, les généraux étalaient les trésors qu’ils leur avaient enlevés. Déjà, en 293 av. J.-C., Papirius Cursor avait rapporté, après la guerre contre les Samnites, 1,830 livres d’argent 3' ; en 203, Scipion en rapporta 14,342 de l’Espagne, sans compter l’argent monnayé33, et plus de 100,000 de Carthage, quatre ans après 36. 11 est facile de concevoir l’influence que durent avoir, vers la fin de ce siècle, la conquête de la province de Carthagène en Espagne, dont les mines d’argent occupaient, d’après Polybe37, quarante mille personnes et produisaient journellement au trésor 23,000 drachmes, et la soumission entière de la Sicile, où se trouvaient les plus admirables modèles de la sculpture en métal 38 . Au siècle suivant, des masses énormes d’argent furent portées à Rome après la conquête de la Macédoine et de la Grèce, de l’Asie Mineure, de la Gaule méridionale et après la défaite de Mithridate.

L’usage de l’argenterie s’étendit graduellement et bientôt d’un progrès rapide. Dès la seconde moitié du troisième siècle avant l’ère chrétienne 39 (et ce luxe ne fit que croître par la suite), les maisons riches possédaient une somptueuse argenterie, soit pour le service ordinaire de la table (; ministerium , argentum escarium, potorium) 40, soit pour l’étaler sur les dressoirs [abacus] ; on fit en argent des vases destinés aux usages les plus ordinaires et jusqu’à des ustensiles de cuisine Pline rapporte42 que Pompeius Paullinus, qui commandait en Germanie en 1 an 58 ap. J.-C., y avait apporté pour 12,000 livres d’argenterie. La découverte faite en 1868, àHildesheim en Hanovre43, d’un trésor, selon toute apparence, enfoui dans un moment de péril et contenant environ soixante pièces d’argenterie, dont plusieurs d’une grande beauté, est venue confirmer ce que cet écrivain avait dit du luxe dont s’entouraient les généraux romains, même lorsqu’ils faisaient campagne dans ces contrées barbares.

On faisait consister le luxe de l’argenterie soit dans sa masse, soit dans le mérite de l’art. Au temps des proscriptions il y avait à Rome44 plus de cinq cents plats

ined., lrlor. 1844 ; Mus. etr. Gregoriano, tav. lxii-lxvji. — 33 Athen. IV, p. 153 d ; Diod. V, 40. — 31 Un homme considérable fut renvoyé du sénat pour cette cause, en 275 av. J.-C. ; Val.-Max. II, 9, 4; Tit.-Liv. Eptt. XIV ; Plut. Sulla, 1 ; Gell. IV, 8, 7 ; XVII, 21, 39. — 32 Val. Max. IV, 4, 3 ; Plin. Eist. nat. XXXIII, 54. — 33 Tit.- Liv. XXVI, 36, 5; Hor. Od. Il, 16, 14; Acro, Ad h. 1; Cic. De fin. II, 7, 22. — 81 Tit.-Liv. X, 46. — 33 ld. XXVIII, 38. — 33 Id. XXX, 45. — 37 Ap. Strab. III, p. 147 et s. 38 Cic. In Verr. IV, passim. — 33 Voy. la mention faite dans un testa¬

ment, Rudorfi, Zeitschr. fur gesch. Bechtswissenschaft, 1845, p. 345, 348. —4» Paul. Sent. III, 6, 86 : « tam potoria quum escaria, item ministeria omnia...veluti urceoli, paterae, lances piperatorum; cochlearia quoque, itemque trullae, calices, scyphi et his similia; » cf. Ib. 67, Dig. XXXIV, 2, 32, 2, et Lampr. Al. Sev. 34, 1. Des esclaves dits ab argento potorio : Orelli, 2897, 5391, 6303, 6651 ; ou ad argentum : Bianchini, p. 70, n. 20, étaient chargés de l’entretien de l’argenterie ; voy. aussi Henzen, Ann. d. Inst. arch. 1856, p. 16, n. 72 ; p. 17, n. 79. — H Plin. Eist. nat. XXXIII, 49; Dig. XXXIV, 2, 19, 12; cf. Lampr. Ileliog. 19, 3; Wieseler, Eildesh. Silberfund, p. 8.-42 XXXIII, 50. — 43 Wieseler, Op. I. — 44 plin. XXXIII, 52.

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d’argent du poids d’une centaine de livres, et beaucoup causèrent la perte de leurs possesseurs ; on en fil de plus pesants encore. Pline en cite un de 500 livres, sous le règne de Claude. Les noms par lesquels on les distinguait, tirés de leur forme ou de leurs ornements 4S, témoignent de la recherche et de la variété de leur décoration. Pline rappelle les noms de vasa Furniana, Clodiana, Gratiana 46, donnés à d’autres vases pour montrer les changements de la mode, qui s’attacha tour à tour à des fabriques différentes ; la forme de ces noms indique aussi que les beaux ouvrages des artistes de la Grèce, dont le môme auteur énumère les noms, trouvèrent à Rome des imitateurs 47. Il se trouva même des hommes habiles à contrefaire, sinon à égaler les ouvrages des Mentor, desBoëthus etdesZopyre48. Des coupes de ce dernier, sur lesquelles était figuré le jugement d’Oreste par l’Aréopage, furent payées, 200,000 sesterces 49. Quand on ne sut plus copier les maîtres (car cet art ne se soutint pas longtemps, Pline avoue qu’il tomba tout à coup), on rechercha les œuvres anciennes pour leur antiquité ( argentum vêtus), et celles dont les figures étaient devenues méconnaissables par un long usage n’en étaient queplus prisées. Les amateurs se flattaient volontiers d’avoir des ouvrages des maîtres fameux ( archetypa ) et d’y reconnaître leur signature, quelquefois ajoutée par un faussaire80.

On appelait argentarii vascularii ou fabri, ou simplement argentarii, ceux qui fabriquaient l’argenterie81, et negotiatores ou negotiantes argentarii ceux qui en faisaient le commerce ; mais ces derniers s’appelaient peut-être aussi vascularii 82 .

Indépendamment de la vaisselle d’argent dont nous avons surtout parlé dans ce qui précède et qui faisait le principal fond de cette industrie, le même métal, soit massif, soit plaqué ou incrusté, était employé à faire ou à orner des bijoux, des meubles et des ustensiles de tous genres, qui ne peuvent être longuement énumérés ici. En s’en tenant aux indications de Pline, qui a essayé de donner un aperçu du luxe romain à la fin de la république et au premier siècle de l’empire, on voit l’argent appliqué à la construction des lits, particulièrement de ceux des salles de festin 80, des chars 84, des baignoires, etc. Il dit que les soldats mêmes avaient des ornements d’argent au manche de leur épée ou à leur ceinturon, et l’on possède encore des phalères d’argent [piialerae] et des bijoux de diverses sortes faits en ce métal. Nous aurons occasion de les signaler dans les articles où il sera traité de ces objets, aussi bien que des diverses fabrications 85. E. Saglio.

ARGENTUM OSCENSE. — Ce nom est cité plusieurs fois par Tite-Live comme celui d’une monnaie formant le fond delà circulation métallique dans l’Espagne Citérieure au vi° siècle de Rome, concurremment avec les deniers

romains, mais en plus grande abondance. Dans les deux triomphes d’Helvius et de Q. Minucius sur l’Espagne, en 559 de Rome (195 av. J.-C.), on porta parmi le butin dans le premier 119,439 pièces d 'argentum oscense et 17,023 deniers romains [bigati], dans le second 278,000 oscensis argenti et 78,000 bigati L Au triomphe de M. Porcius Cato (560 de Rome, 194 av. J.-C.), on signale 540,000 monnaies oscensis argenti avec 123,000 bigati *, et à celui de Q. Fulvius Flaccus (574 de Rome, 180 av. J.-C.), signati oscensis nummum 173,200 s. A ces renseignements il faut joindre celui qui résulte du célèbre denier romain frappé en 714 de Rome (40 av. J. -G.) par Cn. Domitius Calvinus, pour rappeler ses victoires en Espagne 4, monnaie où la légende OSCA accompagne au droit une tête virile barbue, pareille à celle des deniers autonomes frappés par les populations de l’Espagne avec des légendes empruntées à l’alphabet local qu’on a pris l’habitude de nommer celtibérien, mais qu’il serait plus exact d’appeler simplement ibérien (fig.497).

M. de Saulcy 5 et M. Mommsen 6 ont établi d'une manière tout à fait décisive que l’expression d 'argentum oscense doit s’entendre de ces monnaies autonomes d’argent, frappées par les peuplades espagnoles dans les premiers siècles de la domination romaine, après la réduction du pays en province (548 de Rome, 206 av. J.-C.), car sous la domination carthaginoise le monnayage local paraît avoir été interdit. Les pièces d’argent ibériennes, improprement appelées, comme nous venons de le dire, celtibériennes, sont manifestement des imitations des plus anciens deniers romains à la tète casquée de la déesse Rome et au revers les Dioscures à cheval. On y voit d’un côté (comme aussi sur les pièces de bronze qui y correspondent avec les mêmes légendes), la tête d’un dieu barbu, de l’autre un cavalier avec divers attributs 7; nous en donnons un échantillon dans la figure 498. Leur poids est celui du denier romain de 84 à la livre 8, c’est-;\-dire du denier tel qu’on le fabriquait à Rome au temps où l’Espagne fut réduite en province, au commencement du vie siècle de la ville [denarius]. Il est donc évident que c’était là une monnaie provinciale calquée sur celle de Rome et émise avec l’autorisation, peut-être même par l’ordre de l’autorité romaine.

Le nom d 'argentum oscense vient de celui de la ville

Fig. 49S. Argentum oscense.

45 Paterae, lances filicatae, pampinatae, hederaceae, dise! eorvmbiati, chrysendetae; voy. Becker, Gallus, 3e éd. III, p. 321 ; Marquardt, Handb. d. rôm. Alterth. V, 2e partie, p 288, et l’article caelatuiia. — 46 XXXIII, 49 ; Martial. IV, 6, 39, G ;

Gruter, 639, 12 - 47 XXXIII, 55 ; c’est ce que prouve aussi la signature des pièces :

Senec. Dial. IX, t, 7 ; Wieseler, Hildesheim. Silberfund, p. 29 ; Schüue, in Hermès, III, p. 477. — 48 Phaedr. V, prol. 4. — 49 plin. XXXIII, 55 ; nous lisons H S M, d’après le texte de Bamberg; comparez les explications de Budèe, de Saurnaise, etc., sur ce chiffre. La fig. 493 au mot aheopagus, d’après un vase d’argent est peut-être une imitation de la composition de Zopyre. — 80 plin. I. I. Sencc. Ad Hein. XI, 3 ; De tranq. an. I, 7 ; Mart. VIII, 6, t ; VIII, 34 ; XIV, 93. — SlLampr. Al. Sen. 24; Dig. XIX, 5, 20, 2; XXXIV, 2, 39; Cod. Theod. XIII, 4, 2; Orelli- Henzen, 7, 913, 1358, 1885, 4147, 5085, 5755, 7217 et s.; Muratori, 963, 5 ; Gruter, p. 637, 12 et p. 643, 4, 5, 6, 7 ; Doni, VIII, 10 ; Marini, Atli d. frat. arv. p. 249 ; Greppo, Revue du Lyonnais, XIV, p. 497 ; Id. Supplém. à Spon , 1858, p. 340; O. Jahn, Berichte d. Sachs. Gesellsch. d. Wissenschaft, 1861, p. 305. Les empereurs et de riches personnages en eurent à leur service privé : Orelli, 4146; Cic. In Verr. IV, 24, 54; cf. Juv. IX, 135. — 82 Dig. XLIXr, 7, 61, 1 ; Orelli, 7218, 7262 ; Murat.

959, 3 ; de Boissieu, Inscr. de Lyon, p. 199 ; O. Jahn, l. I. — 53 cf. Dig. XXXII 1, 100, 4; XXXIII, 10, 3, 3 ; Suet. Calig. 32; Mari. VIII, 33, 5. — 54 cf. Xropisc.

Aur. 46, 3 : « Dédit praeterea potestatem, ut argentatas privati carrucas liaberent. »

55 xroy. principalement O. Müller, Bandb. d. Archàol, § 311; Arneth, Gold und Silbermonum.in Wien, 1350, p. 1 0 et s. ; Krause, Angeiologie, Halle, 1854, p. 88 et s. ; Marquardt, Rôm. Privatalterthiimer, II, p. 2S6 et s. ; Biichsensehütz, Die Bauptstâtten des Gewerbfieisses im Altherthume , Leipz. 3, 1 869, p. 32 et s. ; Bibra, Alte Eisen und Silberfunde, Nurnberg, 1S70, p. 25 et s., etc., et l'art, caelatüra.

ARGENTUM OSCENSE. 1 Tit.-Liv. XXXIV, 10. — 2 ld. XXXIV, 46. — 3 Id. XL, 43. — 4 Eckhel, Doctr. num. vet. t. V, p. 203 ; Cohen, Monnaies de la rép. romaine, pl. xvii, Domitia, n° 7. — 8 Essai de classif. des monn. autonomes d’Espagne, p. 13-16. — 6 Bist. de la monn. rom. trad. Blaeas, t. III, p. 143 et suiv. — 7 Sur ces monnaies, voy. principalement : de Saulcy, Essai de classification des monnaies autonomes d Espagne, Paris, 1840; Boudard, Numismatique ibërienne, Paris, 1859 ; Aloïs Heiss, Monnaies antiques de l’Espagne, Paris, 1870. — 8 Boeckh, Metrologische Untersuchungen, p. 339 Mommsen, Op c. trad. Blaeas, t. III, p. 143.

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d’Osca, aujourd’hui Huesca, cité importante de la Tarraconaise, sur la route de Tarraco et d’ilerda Cæsaraugusta 9. Elle faisait partie du territoire de la peuplade des llergètes et fut comprise dans le couvent us juridique de Cæsaraugusta. Sertorius y établit le centre de son pouvoir. Strabon 10 appelle cette cité lleosca, combinant avec le nom d'Osca le mot ibérien qui signifiait « ville » et qui est resté dans le basque ili. Ch. Lenormant 11 a cru reconnaître la légende Iltzqh’, correspondant à lleosca, sur une des pièces ibériennes les plus multipliées en argent et en bronze, queM. de Saulcy attribue aussi aux llergètes.

Pline 12 signale, à côté d’Osca, d’importantes mines d’argent. Il est probable que le métal provenant de ces mines fut principalement employé, ou peut-être avant celui d’autres mines, pour le monnayage de l'Espagne Citérieure, et que de là vint l'habitude de le désigner sous le nom d 'argentum oscense. On peut même admettre que c’est à Osca, près de la mine, que furent frappées les premières de ces monnaies et que la tête barbue qui les décore est celle d’un dieu local et éponyme, nommé Osca, protecteur spécial des mines, qui aura été reproduite par les autres peuplades espagnoles à l’imitation des émissions de la ville même d’Osca. Car, suivant la judicieuse remarque d’Eckhcl ,3, sur le denier de Cn. Domitius Calvinus, la légende OSCA paraît être explicative, comme tant d'autres analogues sur les pièces de la république romaine, et se rapporter à l’effigie représentée.

Une remarque importante pour la classification des monnaies à légendes ibériennes a été négligée jusqu’à présent par les érudits qui s’en sont spécialement occupés, et a été faite pour la première fois par M. Mommsen u. C’est que dans les triomphes sur l'Espagne Ultérieure le butin comprend une seule fois des deniers romains '5, toujours de grandes quantités d’or et d’argent non monnayé, jamais de monnaie indigène. Il semble donc que la fabrication d’espèces d’argent locales fut limitée à la Tarraconaise, à l’époque où le monnayage avait encore, bien que sous la domination romaine, le caractère indigène qu’v assure l’emploi dans les légendes de la langue et de l’alpbabet particuliers aux Ibères. Il faudrait donc pour cette époque étendre à toute l’Espagne Ultérieure ce que Strabon 16 dit de la Lusitanie, qu’il n’y avait pas de monnaie et qu’on y employait les métaux précieux au poids dans les échanges. F. Lenormant.

ARGIAS GRAPI1È (’Apytaç ypatpii). — Lorsqu’une personne, n’ayant pas de moyens d’existence *, vit dans l’oisiveté, elle tombe fatalement dans la misère, et la misère, dit Isocrate 2, est la cause de presque tous les crimes. Aussi beaucoup de législations anciennes, pour contraindre les citoyens à gagner honorablement leur vie en travaillant, ont traité le désœuvrement comme un délit tombant sous le coup des lois pénales 3.

D'après Hérodote* et Diodore de Sicile8, Amasis, fils d’Apriès, roi d’Égypte, promulgua une loi qui obligeait tout Égyptien à indiquer chaque année au nomarque ses moyens

9 Ptol. Il, 6, 68 ; Plut. Sertor. 14; Caes. Bell. civ. 1, 60; Flor. III, 22; Tell. Paterc. II, 30 ; Plin. Hist. naJt. III, 3, 4. — 19 III, 4, 10. — H Rev. numism. 1840, p. 9- — Il Hist. nat. XXXIV, 10, 48. — 13 Doct. num. v et. I. V, p. 183. — 14 Op. c. t. III, p. 144. — 15 Tit.-Liv. XXXVI, 21 et 39. — '6 III, 3, 7.

ARGIAS GRAPHE. 1 Loi du 9 juillet 1852, art. 2. — 2 Areopag. g 44, D. 95 ; cf. Hesiod. Op. et Ries, t. 301 et s. — 3 c’est à tort qu’Aristide, éd. 1730, t. I, p. 444, a présenté l’ipjia; vipo; comme spéciale aux Athéniens. — '* II, 177. — 6 I, 77. — 9 Thonissen, Études sur l'hist. du droit crim. des peuples anc. I, 1869, p. 152, note 3. — 7 Athen. VI, sect. 12, p. 227. — 8 Aelian. Var. hist. IV, 1. — 9 stob. Serm. 42. — 1° Stob. Floril. 44, 40, éd. Taucbn. II, p. 183. — H Cf. Var. hist. II, 5.

d’existence. Celui qui no tenait pas compte de cette obligation, ou qui ne justifiait pas de ressources légitimes, était puni de mort. Les mêmes historiens ajoutent que cette loi, que Solon vit fonctionner pendant son voyage en Égypte, décida le philosophe athénien à édicter pour Athènes l’àpyîai; vôgoç ; mais il y a, dans cette affirmation, une erreur manifeste. Car Amasis fils d’Apriès ne monta sur le trône qu’en 569, longtemps par conséquent après les réformes législatives de Solon (594) ; ce législateur n’a donc pas pu imiter la loi du fils d’Apriès. Pour échapper à l’objection, il faudrait dire que cette loi fut l’œuvre, non pas d’Amasis fils d’Apriès, mais d’Amasis vainqueur des Hycsos et chef de la xvm° dynastie, ce qui la ferait remonter au xyiU siècle avant l’ère chrétienne e. U est de plus très-vraisemblable que l’dpyi'a constituait déjà un délit à Athènes lorsque Solon parvint àl’archontat.

Des dispositions législatives analogues à la loi d’Amasis furent en vigueur à Corinthe7, en Sardaigne8 et en Lucanie9. On peut en rapprocher également une loi, attribuée à Charondas de Catane, qui invitait les citoyens à secourir leurs voisins pauvres, lorsque la pauvreté tenait à l’infortune et n’était pas le résultat de la paresse et de l’inconduite 10.

Élien rapporte que, à Sparte, les éphores punissaient les oisifs et les faisaient battre de verges ”. Mais ce renseignement est difficile à concilier avec les témoignages qui nous dépeignent l’étonnement du Spartiate Hérondas lorsqu’il vit un Athénien condamné pour oisiveté 12. Nous pouvons ajouter que l’àpyta était un des signes auxquels les Lacédémoniens, suivant l’opinion des philosophes les plus éminents 13, reconnaissaient les citoyens libres.

A Athènes, il y avait certainement une loi sur le désœuvrement, vo'fxoç Tcspl Tr,<; àpytaç u. Mais les auteurs anciens ne s’accordaient pas sur le nom du législateur qui l'avait promulguée. Lysias 1S, Diogène de Laërte 16, Pollux1' l’attribuaient à Dracon ; Hérodote 18 et Diodore 19 à Solon ; Théophraste à Pisistrate 20. Il n’est pas impossible d’expliquer la diversité de ces témoignages. Dracon fut sans doute le premier auteur de la loi sur l’dpyta; Solon d’abord et plus tard Pisistrate la promulguèrent de nouveau en la modifiant sur quelques points s‘.

L’action fondée sur l’dlpyfa était une action publique (ypxcp-q), qui pouvait être intentée contre le délinquant par tout citoyen 22. Elle appartenait à l’hégémonie du premier archonte, l’éponyme23.— On enseigne généralement qu’elle rentrait dans la compétence de l’Aréopage 2*. Plutarque dit, en effet, que Solon chargea l’Aréopage de punir ceux qui vivaient dans l’oisiveté 25, et ce témoignage est confirmé par Athénée 26, par Diogène de Laërte 27, et par Valère- Maxime 28. Nous croyons cependant que l’dpyi'otçypacp^ était jugée par le tribunal des Héliastes29. L’Aréopage pouvait seulement, en qualité de surveillant des mœurs, infliger aux désœuvrés des pénalités légères. Mais, lorsque le délit était bien caractérisé et motivait une action publique, l’archonte devait porter cette action devant les Stxacmipta 30.

La peine édictée par Dracon contre l’accusé d’dpyt'a re-

— 12 Plut. Lyc. 24 ; Apophth Lac. éd. D. p. 271. — 13 Socrate disait : àpfia àSeXipY) -Ÿj- iTeuOeçlaç i»ri ; voir Ael. Var. hist. X, 14 ; telle était aussi l'opinion des Thraces, Herod. V, 6. — 14 Demosth. C. Eubul. g 32, R. 1308. — 13 Phot. Lexic. éd. 1823, p. 575. — 16 I, 55. — 17 VIII, 42. — « II, 177. — 19 I, 77. — 2» P|ut. Sol. 31.

— 21 platner, Process und Klagen, II, 1825, p. 152 ; Otto, De Athen. aclionibus publiés, 1852, p. 50. — 22 Diog. Laert. I, 55 - 23 Bekker, Anecd. graec. I, p 310.

3. 24 otto, l. c.; Schoem-inn, Griech. Alterth. 3« éd. I, 527 ; cf. Lelyveld, De infamiajure attico, p. 178 et s. — 25 Solon, 22. - 26 IV, 65, 168. — 27 VU, 5, g 169.

23 n, 6, 4. 29 plut. Lycurg. 24. — 30 Voir ce que nous avons dit à ce sujet au

mot Areopagus.

A RG

connu coupable était, suivant les uns la mort31, suivant d’autres I’atimia32. Solon mitigea la pénalité en décidant que la première condamnation aurait seulement pour conséquence une amende de cent drachmes. Pour qu’il y eût atimie, il fallut trois condamnations successives prononcées contre le môme délinquant. E. CaillemeR.

ARGOI LITIIOI (’Apyot Xi'Ooi). — Nom donné (par opposition à celui d’AGALMA, qui indique un objet embelli par l’art) aux pierres non travaillées (à, l'pyot) auxquelles les anciennes populations de la Grèce rendaient un culte. Elles tinrent lieu d’idoles avant la naissance de l’art, et conservèrent, en beaucoup d’endroits, même dans les âges postérieurs, la vénération dont elles étaient en possession de temps immémorial. Elles se placent ainsi, dans l’histoire des religions, à côté des arbres et des pièces de bois grossièrement taillées dont le culte nous est également attesté [arbores sacrae, xoanon]. Il est possible que les adorations se soient adressées d’abord à des pierres véritablement tombées du ciel, c’est-à-dire à des aérolithes [les noms sémitiques de bétyle ou d 'cibadir, sous lesquels on trouve celles-ci mentionnées le plus souvent, assigneraient à ce culte [baetylia] une origine orientale, que d’autres faits encore mettent en lumière) ; puis qu’elles se soient ensuite tournées vers d’autres dont l’aspect singulier avait frappé l’imagination, ou dans lesquelles, par suite d’une circonstance quelconque, on croyait voir quelque chose de divin ; on donna enfin le même nom à des pierres travaillées, il est vrai, mais d’une manière trèsrudimentaire, affectant des formes purement géométriques et non pas faites à l’imitation du corps" humain. Nous ne nous occuperons pas ici de celles qu'on habillait, ou auxquelles on ajoutait une tête, des pieds, des mains [acroblithus], pour qu’elles eussent forme humaine. Ces transformations du bétyle et de l’arbre sacré ne sont pas ce que les écrivains grecs appelaient «pyol Xt'Oot.

Les exemples les plus connus d’un semblable cultesont ceux que cite Pausanias : il y avait encore, au temps où il parcourait la Grèce, une pierre informe, dans le temple d’Hercule à Hyette, en Béotie *, qui passait pour représenter ce dieu ; à Orchomène, dans le même pays, trois pierres, qu’on disait tombées du ciel, étaient adorées dans le temple des Charités 2; et à Thespies une pierre était l’image la plus ancienne et la plus vénérée d’Éros 3. Le voyageur vit aussi à Pharæ, en Achaïe, trente pierres quadrangulaires qui étaient considérées comme les symboles d’un pareil nombre de dieux, et il ajoute à cette occasion que, chez tous les peuples grecs, dans un temps très-ancien, des pierres non travaillées tenaient lieu des images qui furent les objets du culte des temps postérieurs 4. Une pierre carrée représentait à Tégée, Zeus Teleios 8. Il y avait aussi à Cyzique un cippe triangulaire, ((œuvre de l’âge primitif », qui passait pour un don d’Athéné 6 ; et à Sicyone, une pierre pyramidale était adorée sous celui de Zeus Meilichios 7. Iléré, à Argos, n’eut d’abord d’autre image qu’une colonne -; Apollon et Artémis n’a-

31 Plut., Solon , 17; Photius, Lexic. éd. 1823, p. 575. — 32 Pollux, VIII, 42 ; cf. Büchsenschütz, Besitz und Erwerb , 1859, p. 260. — 33 Pollux, VI II, 42 ; Phot .Lexic, éd. 1823, p. 575. — Biblioghapiiie. Roth, De actione ignavi otii, Leipzig, 1807.

ARGOI LITIIOI. 1 Paus. IX, 24, 3.— 2 IX, 38, I ; cf. Hinzev, Bull.de VAc. des Inscr. 1874, p. 61. — 3 IX, 27, 1. — 4 VU, 22, 4 : Tà <$s eti itaXatoxEoa xai rot; Tcàaiv "EXXijai Oewv Avtî à^aX^axcov eT^ov apyoc XiOoi ; cf. Clcru. Al. Protr. IV, 46; Ovcrbeck, in Ber. der Sachs. Gesellsch. 1864, p. 162.— ôPaus.VIIl, 48, 4 ,—*Anth. pal. VI, 342.-7 Paus. II, 9, 6.— 8Clem. Alex. Strom. f, 25, 164. — 9paus. II, 9, 6. — 10 Id. I, 44, 2. — O Gerhard, Ant. Bildw. pl. cccvn, 5; Botticher, Baumcult. fig. 10. — 12 Combe, Mus. Hunter, 19, 3. —13 Pellerin, Méd. dépeuples, I, pl. xn; EekheljG’ata/. mus. Vindob. I,p. 102,2; Mionnet,

vaient pas d’autre image, en beaucoup d’endroits, qu’une pierre plus ou moins allongée, en forme de pyramide ou de pilier : telles étaient celles d’Artémis Patroa, à Sicyone9; d’Apollon Karinos, dans le gymnase de Mégare 10 ; tels aussi ces dieux sont représentés dans divers monuments. Une base sculptée du musée du Vatican 11 offre sur un de ses côtés l’image d’un arbre sacré portant l’arc, le carquois, la lance de la déesse chasseresse; sur une autre face, on voit (üg. 499), une sorte d’obélisque dressé sur un piédestal et auquel un bois de cerf et une épaisse guirlande sont attachés à l’aide d’une bandelette; le vrai caractère de cette image de la déesse, qu’indiquent seuls au premier abord les attributs qui l’entourent, ne saurait être méconnu , si on la rapproche des monnaies où Artémis et Apollon sont figurés sous une apparence semblable, par exemple celles de Gnossos en Crète 12, où l’on voit les armes de la déesse at-

ou de pilier conique Apollon A?>ieus'

(xiwvwvoeiSij;), qui est celle de I’agyieus. De pareilles images d'Artémis et d’Apollon sont réunies sur les monnaies d'Illyricum en Épire u; on les voit encore sur une pierre gravée (fig. 501) : à côté de l’un des piliers 15 tout à fait semblables à celui qui représente Apollon Agyieus sur les monnaies d’Orikos, on lit le mot AOXI.4, surnom qui appartient aux deux divinités.

Zeus et Héra sont figurés de même sous la forme d’un cône allongé, sur des monnaies de Céos 16 ; et sur un vase peint 17, on voit un autel dressé devant une colonne sur laquelle on lit le nom Aice. Les monnaies de nie de Cypre offrent l’image d’Aphrodite, telle qu’on l’adorait à Paphos (fig. 502) sous l’apparence d’une haute borne ou d’une pyramide ts.

Descr. Suppl. III, p. 318, n. 43 ; 366, n. 55, 57 ; Combe, Mus. Hunter, 4, 6 ; Muller, Dorier. 1, 302, n. 4 ; Id. Den/em. d. ait. Kunst, 1, 2 ; Millingen, Ane. coins, pl. m, 19, ) n Eckhel, Num. vêt. 7, 8 ; Millingen, Ane. coins, pl. iii, 20.— 1» Jtillin, Gai. m’yth’.XXlV, 1 1 9 ; Mon. ant. I, pl. xxxiv ; Botticher, Baumcult. fig. 53. Voy. encore un bas-relief du palais Colonna. à Rome : Gerhard, l. I. pl. xlii ; Botticher, l. I. fig. 26. - 16 Quatremère de Quincy, Jupiter Olymp. p. 11. — 17 Annali d. Inst. arch. XII, p. 171, pl. iv; Arch. Zeitung, 1853, pl. Liv ; Ritschel, Op. acad. p. 801, pl. 18 Tac. Hùt. Il, 3 ; Serv. Ad Aen. I, 720 ; Miinter, Gôttin zu Paphos, pl. iv, 1-8 et 11 ; et Antiq. Abhandl. p. 280, n. 45 ; Mionnet, Descr. III, p. 670 ; Guigniaut, Belig. de l’antig. pl. liv. 201-206 ; Lajard, Culte de Vénus, pl.i, 10-12; Gerhard, Akad. Abhandl. pl. XLI, 2, et lix, 11.

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Pausanias 19 appelle aussi àp^'o; XtOoç, la pierre qu’on voyait près de Gvthium en Laconie, connue sous le nom de Zsùç KamtoVraç (équivalent, en dialecte dorien, de xotToc- ^aût-ric), c’est-à-dire de Jupiter qui apaise : Oreste, après s’y être assis, avait été guéri, disait-on, de sa fureur. Toutefois l’auteur grec ne dit pas que cette pierre fût l’objet d’aucun culte. 11 parle encore 50 de la pierre qu’on montrait à Delphes, comme étant celle que Kronos avait dévorée à la place deZeus enfant [saturnus]; on l’oignait d'huile et on l’enveloppait de bandelettes : c’était très-vraisemblablement un bétyle ou aérolitbe, vénéré comme un symbole de Jupiter 21 .

Dans le culte des Hermès comme dans celui de l'Agyieus, on peut retrouver la tradition des temps primitifs où les images des dieux protecteurs des chemins étaient des pierres brutes ou grossièrement taillées [hermae].

On suit la trace du culte ancien des pierres dans des usages conservés jusqu’aux derniers temps de la Grèce. Théophraste 22 peint le superstitieux qui prend soin de répandre l’huile sur les pierres des carrefours et qui plie le genou devant elles; et Socrate oppose quelque part 23 aux incrédules qui n’ont de religion pour rien de ce qui est sacré, les dévots exagérés qui adorent foutes les pierres, tous les morceaux de bois, toutes les bêtes qu’ils rencontrent. Lucien, à son tour 2i, montre un homme adonné aux mêmes pratiques, s’inclinant et priant devant les pierres qu’il voit ornées de couronnes et arrosées d'huile. Plus tard encore Clément d’Alexandrie fait allusion à ces pratiques presque dans les mêmes termes 2S. — On les retrouve aussi dans les auteurs latins 26. On parlera ailleurs de ce qui concerne particulièrement le culte du dieu Terme et de Jupiter Lapis [terminus, jupiter]. E. Saglio.

ARGONAUTAE (’ApyovaÜTcu). — Les Argonautes, héros qui allèrent, sur le navire Argo, à la conquête de la toison d’or.

La légende des Argonautes est une de celles sur lesquelles l’imagination grecque s’arrêtait avec le plus de complaisance. Déjà fort goûtée au temps d'Homère (Apyw 7:xc[[A£X&u(Ta ‘), elle fut élargie, surchargée d’incidents et dénaturée par les poètes qui y rattachaient leurs fictions, ainsi que par les logographes qui cherchaient à combiner les diverses traditions et les forçaient à entrer, bon gré. mal gré, dans un récit suivi.

Ce roman, sous sa forme la plus complète, peut se diviser en cinq parties : 1° l’histoire de la toison d’or ; 2° l'occasion et les préparatifs du départ des Argonautes; 3° les aventures de leur voyage ; 4° leur séjour en Colchide ; 3° le retour. En voici l’analyse succincte, dégagée des variantes nombreuses qu’il était impossible d’y introduire sans compromettre la clarté de l’exposition.

I. Histoire de la toison d'or. — Athamas, fils d’Æolus, roi des Minyens d’Orchomène, après avoir eu de la déesse Néphélé, deux enfants, Phrixus et Hellé2, avait épousé Ino, fille de Cadmus, qui, devenue mère de Learchos et de Mélicerte, ne pouvait souffrir les enfants de Néphélé3. Un oracle supposé par Ino ordonna de faire cesser une famine dont elle était également la cause, en immolant Phrixos à Jupiter Laphystios. Mais Néphélé sauva ses en-

19 JH, 22, 1. — 20 X. 24, 6. — 21 Priscien l’appelle abadir,\, 18 et VII, 32; Hesych. s.v. pai-rAos ; Schumann, Opusc. acad. II, p. 254 ; Id. Griech. Alterth. II, p. 590, 3e éd. ; Orerbeck, l- l. p- 145; Arch. Zeitung, 1871, p. 64. — 22 Char. 16. — 23 Xen. Memor.

11 24 Pseudom. 30. — 25 Strom. VII, p. 713. — 28 Lucret. V, 1198 ; Ovid.

Fait. II, 641 ; Tibull. I, 1, 11; Prop. I, 4,21; Prudent. C. Symmach. I, 206; II, 1005 et s.- Apul. Florid. 1, init.; Arnob. Adv. nat. I, 39.— Bibliographie. Overbeck, Das Cultusobject bei den Griechen, in Berichte der Sâchsisch. Gesellschaft der Wissen-

fants en leur envoyant un bélier à la toison d’or, doué de raison et capable de les porter à travers les airs et les mers.

Cet animal divin, né de Poséidon et de Théophané4, s’achemina avec son fardeau vers l'îlc d’Aa. Mais Hellé, attirée

peut-être par l’amour de Poséidon, tomba en chemin dans le détroit qui porte son nom, l'Hellespont ('EXXyjç-Trovfoç) 8. Arrivé à Aa, Phrixos immole le bélier à Jupiter protecteur de sa fuite (cpuijioç) 6, et fait présent de la toison d’or au roi de ce pays, Aétès, fils du Soleil, qui la suspend à un chêne dans un bois consacré à Mars, gardé par un dragon vigilant, et donne au proscrit sa fille Chalciopé7. De ce mariage naquirent Cytissoros et Argos. Leur père les renvoya en Grèce, où l’un sauva Athamas de la mort, l'autre construisit le navire Argo.

II. Occasion et préparatifs du voyage. — Après ce récit préalable, les Athamantides disparaissent de la scène pour faire place à une autre branche de la famille des Éolides.

La belle Tyro, fille de Salmonée et femme de son oncle Créthée, roi d’Iolcos, avait eu de son époux trois fils, Æson, Phérès, Amythaon, et de Poséidon, Pélias et Nélée. Pélias8, ambitieux et violent, enleva le trône d’Iolcos à Æson qui, craignant pour les jours de son fils Jason, fit élever l’enfant par le centaure Chiron, dans les grottes du Pélion. Jason, devenu grand, vivait à la campagne, occupé d’agriculture et de chasse 9, et peut-être peu soucieux de ses droits ; mais Junon, par haine contre Pélias qui avait tué Sidero au pied de l’autel de la déesse 10, autant que par affection pour le jeune homme dont elle éprouva la charité, sous le déguisement d’une vieille femme11, méditait de rendre à Jason le trône de ses pères.

Un oracle avait averti Pélias de se défier de celui qui viendrait à lui un pied déchaussé (xov p.ovo<;dv&(Xov cpuXd- IjacOai). Or, un jour qu’il offrait un sacrifice et donnait un banquet en l’honneur de Poséidon, sur le rivage d'Iolcos, il voit arriver, entre autres membres de sa famille, le jeune Jason qui, après avoir traversé à gué l’Anaurus, avait oublié de rattacher sa sandale gauche, ou l’avait perdue dans le ruisseau 12. Inquiet, Pélias va le lendemain trouver le jeune homme : « Que ferais-tu, lui dit-il, s’il t’avait été

schaften (Philolog. hist. Classe), juillet tS64;Welcker, Gi'iech. Gôtterlehre, 1 , p. 220.

ARG ONAUTAE. 1 Hom. Odyss. XII, 68. — 2 Apollod. I, 9, I ; Zenob. IV, 38 ; Tzetzes, Ad Lycophr. 22 ; Palaeph. 31. — 3 Schol. Pind. Pyth. IV, 288. — 4 Hvg.

Fab. 3, 188. “ Hvg. Poem. astr. II, 20 ; Eratosth. Cat. 19 ; Aeschyl. Pers. 70.

Pour la figure, roy. plus loin, note 44. — 6 Schol. Pind. Pyth. IV, 428. — 7 Apoll. Rhod. II, 1147 ; IV, 124-128 ; cf. Diod. IV, 47. — 8 Hesiod. Theog. 996. — 2 Apollod. 1,9, 16. — 10 Apollod. I, 9, 8. — H Apoll. Rh. III, 66 et s.— I2 Apoll. Rh. I, 10.

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prédit que tu dois mourir de la main d’un de tes parents? — Je l’enverrais, répondit Jason instruit par Junon, chercher la toison d’or 13. »

Pélias le prend au mot. Jason appelle tous les guerriers de la Grèce à partager les dangers et la gloire de l’entreprise. Ils accourent à la voix de ses hérauts. La tradition primitive ne donnait pour compagnons à Jason que des Minyens ; mais la liste des Argonautes s’allongea d’âge en âge, pour satisfaire l’orgueil des villes grecques, qui ne voulaient pas que leurs héros fussent restés étrangers à une si glorieuse expédition u. Les dieux ne pouvaient manquer de s’intéresser à l’entreprise ; on trouve parmi les Argonautes trois fils de Jupiter, Hercule, Castor et Pollux, deux fils et petit-fils de Poséidon, Euphémos et Periclyménos, un fils d’Apollon, Orphée, deux fils d’Hermès, Échion et Eurytos, et les fils de Borée, Zétès et Calais.

Cependant Argos, fils de Phrixos, avait fabriqué, soit à loleos, soit à Pagase, soit au pied du Pélion (soit à Argos) le navire Argo 15 (Apyw, de apyoç, rapide) avec l’aide

d’Athéné, qui avait attaché à la proue un morceau du chêne prophétique de Dodone (fig. 504) 16.

Les héros s’embarquent et voguent vers l’inconnu.

Iil. Voyage des Argonautes. — La traversée fut remplie d’incidents divers. Au moment où les Argonautes abordèrent à Lemnos, les femmes venaient de massacrer tous les hommes, à l’exception du roi Thoas qui avait été sauvé par sa fille Hypsipyle 17. Les génies de la fécondité avaient fui l’île maudite18. Les Lemniennes accueillirent avec joie les héros 19 qui, à table où les Cabires réconciliés leur versaient à boire20, et dans les jeux21 qu’ils célébrèrent en l’honneur des défunts dont ils tenaient la place, se montrèrent dignes de leur renommée. Hercule seul montrait une tempérance inaccoutumée et passait son temps en pieux exercices dans l’îlot de Chrysé 22. Les Minyens de Lemnos durent leur origine à ce séjour des Argonautes. Jason eut d’Hypsipyle deux fils, Euneos et Nebrophonos.

De Lemnos, après avoir rendu leurs hommages en Samothrace aux Cabires23, les Argonautes pénétrèrent dans

13 Voy. le récit différent de Pindare, Pyth. IV, 70-171. - H V0y. les dénombrements dans Burmann, Catal. Arg. (ad Val. Flacc. 1724); Gerhard, Gr. Myth. §681. — 15 Hvg. R. Astr. II, 37 — 16 Apollod. IV, 9,16; cf. Val. Flacc. I, 302. Voy. note 46. — U Apollod. I, 9, 17 ; Schol. Iliad. VII, 468 ; Apoll. Rh. I, 608 sqq.— 18 pho't. KiSttçoi. — 19 Schol. Ap. Rh. (I, 769. — 20 Aeschyl. Ffagni. 91, 92. — 21 pin(). Pyth. IV, 232 sqq.; Schol. ad y. 450; Olymp. IV, 19 sqq.; Philostr. Gymn. 3. — 22 Voy. Gerhard, Arch. Zeitung. 1845, p. 161 et s.— 23 Apoll. Rh. I, 916 ; Schol. Ad h. I. — 24 Alhen. VII, 47. — 25 Apoll. Rh. I, 936 sqq.; Hygin. Fab. 16, 273 ;

l’Hellespont, où ils dispersèrent des pirates tyrrhéniens et abordèrent à l’île de Gyzique, chez les Dolions. L’accueil hospitalier du roi Cyzicos ne faisait point prévoir la catastrophe dont une méprise funeste allait être cause25. A peine les héros s’étaient-ils rembarqués qu’ils furent rejetés sur la côte, au milieu de la nuit. Les Dolions crurent à une surprise. De là un combat dans lequel Hercule ou Jason tua de sa main le roi Cyzicos. La déesse Rhéa, touchée des regrets des vainqueurs et des jeux funèbres célébrés par eux, renonça à venger les vaincus 26.

Cependant, les Argonautes arrivent en Mysie. Là, pendant que les héros s’égayent dans un banquet, Hercule va dans la forêt chercher un arbre avec lequel il puisse faire une rame assez solide pour lui. Son cher Hylas le suit pour puiser de l’eau. Mais les nymphes de la fontaine enlèvent le bel adolescent27. Hercule au désespoir le cherche avec Polyphèmos, et ne veut pas se rembarquer sans lui. Les Argonautes, sur le conseil des Boréades et de Glaucus, conseil que plus tard les Boréades payeront de leur vie, les abandonnent et poursuivent leur route. Ils relâchent, pour faire de l’eau, au pays des Bébryces. Le géant Amycos, roi des Bébryces et fils de Neptune, qui voulait les empêcher d’approcher d'une source, est vaincu au combat du ceste par Pollux et lié à un arbre 28.

A Salmydessus, ils consultent le vieux prophète Phinée29, qui, à cause de ses indiscrétions ou de l’oubli de ses devoirs de père 30, était privé de la vue et persécuté par les Harpyes. Délivré de ces monstres par les Boréades, il enseigne aux Argonautes le chemin de la Colchide et les avertit du danger qu’ils courront aux Symplégades 31 . Grâce à ses conseils et à l’assistance d’Héra ou d’Athéné, le navire échappa à l’étreinte de ces rochers mouvants désormais immobiles. Le gouvernail seul fut effleuré.

Chez les Mariandyniens, Idmon périt en chassant un sanglier ; peu après, Tiphys le pilote meurt et est remplacé par Ancaeos de Samos, qui conduit le navire jusqu’à l’embouchure du Phase32. Avant d’y arriver, les Argonautes sont assaillis, dans l’île d’Aretias, par les Stymphalides33, oiseaux monstrueux qui leur lancent, en guise de flèches, leurs plumes de bronze. Enfin, ils parviennent, en remontant le Phase, à la ville d’Aa, terme de leur voyage.

IV. Les Argonautes en Colchide.— Æétès promet à Jason34 de lui donner la toison d’or, à condition qu’il attellera à une charrue deux taureaux aux pieds d’airain qui soufflaient la flamme par leurs naseaux, qu’il labourera avec eux un champ consacré à Mars, et y sèmera des dents du dragon (de Cadmus). Épreuves insurmontables, si Vénus n’avait allumé au cœur de Médée, fille d’Æétès,un violent amour pour le héros étranger35. Médée met au service de son amant toutes les ressources de la magie : grâce à ses enchantements, Jason attelle les taureaux, laboure le champ, et abat la moisson de géants sortis tout armés des dents du dragon36. Mais, pour conquérir la toison qu’Æé-* tès, infidèle à sa parole, persiste à refuser, il fallait tromper la vigilance du dragon qui la gardait. Jason réussit

Marquardt, Cysicus, 43-135. — 26 Apoll. Rh. I, 1059 et s. — 27 Tbeocr. Idyll. 13; Apoll. Rh. I, 1207 sqq. ; Nicand, ap. Antonin. Lib. XXVI. — 28 Apoll. Rh. II, 1-163 • Theocr. Idyll. 22, 27 sqq. -29 Apoll. Rh. II, 178 sqq. 310 et s. - 30 Schol. Sophoc; Antig. 980; Diod. IV, 43.— 31 Ap. Rh. II, 284 sqq.; Schol. Ap. Rh. II, 296 et s. — 32 Apoll. Rh. II, 720 sqq.; Schol. Apollod. I, 9, 23; Hyg. Fab. 14, 18. — 33 pi;n. Hist. nat. VI, 32 ; Serv. Ad Aen. VIII, 300 ; Hvg. Fab. 20. — 34 pind. Pyth IV 211 sqq. - 33 Hyg. Fab. 22. - 36 Apollod. I, 9, 23; OyM. Met. Vil, 100 et s.- Lucan. IV, 549 sqq.

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encore, grâce à l’art de Médée et au secours d’Athéné. Les Argonautes s’enfuient avec leur butin. Médée suit son amant, et sème sur la route, pour retarder la poursuite d'Æétès, les membres de son frère Absyrtos 37.

Y. Retour des Argonautes. — 11 faut oublier la géographie pour suivre les Argonautes dans leurs pérégrinations ultérieures. La légende accréditée par Hésiode les fait passer du Phase dans l’Océan, et de lâ, à travers la Libye, dans le lac Tritonis et le Nil 3S. Quand on se fut assuré que le Phase ne débouchait point dans l'Océan, on fit revenir ™ les Argonautes par le Tanaïs, qui les aurait portés dans l’Océan, d’où ils seraient rentrés dans la Méditerranée par les colonnes d Hercule. Apollonius inventa un troisième itinéraire. Les Argonautes arrivent par 1 Ister et 1 Éridan, qui sont censés communiquer dans 1 Adriatique. Une tempête menace de les engloutir40, et le bois du chêne de Dodone leur apprend qu’il n y a point de salut pour eux s'ils ne se font purifier par Circé du sang d’Absyrtos. Ils rentrent donc dans l Éridan, passent de la dans le Rhône, et, après avoir erré dans le pays des Celtes et des Ligyens, ils abordent, en traversant la mer Tyrrhénienne, à l’ile de Circé, qui les purifie sans les connaître. De là, protégés par Junon, ils passent entre Scylla et Charibde, échappent aux Sirènes, et relâchent au pays des Phéaciens ( Corcyre ) où Jason et Médée* célèbrent leurs noces. A peine remis en mer, leur navire est jeté par une tempête sur les côtes de Libve. Ils le portent pendant douze jours et douze nuits, jusqu’au lac Tritonis. Conduits jusqu’à la mer par Triton, ils abordent en Crète, après avoir tué Talos41,

l’homme d’airain qui en défendait l’approche, et, sauvés d’une dernière tempête par Apollon, arrivent enfin àlolcos48.

Nous devons arrêter ici l’histoire de l’expédition des Argonautes et renvoyer pour les événements qui suivirent, aux articles spéciaux concernant Jason, Médée, etc.

Nous ne reproduirons pas non plus ici les explications par lesquelles un grand nombre d’érudits, tant anciens que modernes, ont tenté de dégager de la légende des Argonautes un sens historique, religieux ou purement symbolique43. E. Yinet.

VI. Monuments. — Les artistes ont tiré moins de parti que les poètes de la légende des Argonautes ; ses divers épisodes sont représentés dans les œuvres d’art qui nous restent plus rarement que beaucoup de mythes moins célèbres. Nous allons indiquer, parmi les plus intéressants de ces ouvrages, ceux qui retracent les faits les plus marquants de cette histoire, en renvoyant à des articles spéciaux pour ce qui se rapporte plus particulièrement aux principaux personnages.

La figure 503, qu’on a vue plus haut, représentant Phrixus et Hellé traversant les flots sur le bélier à toison d or, en présence de Néphélé ou la Nuée, leur mère, qui étend sur eux son voile, est tirée d’un vase peint du musée de Naples44. Hellé, Phrixos, le bélier, séparés ou groupés et quelquefois réunis à d’autres personnages de cette première partie de la légende, sont encore représentés sur d’autres monuments 45.

La construction du navire Argo est le sujet d’un bas-relief en terre cuite (fig. 504), qui semble avoir été assez fré-

Fig. 50b. Les Argonautes

quemment répété comme ornement de frise à 1 époque romaine46. On y reconnaît Argus, le constructeur, ou Jason, achevant la proue du navire; Tiphys, le pilote, attachant la voile ; Athéné et quelquefois Hermès assistent à leurs travaux. La même scène est encore figurée dans un basrelief en bronze47, sur des pierres gravées 48 et dans une peinture d’Herculanum 49.

On voit le navire en mer et les héros ramant, dans un

37 Schol. Ap. Rh. IV, 228 ; Eurip. Medea,l3U ; Apollod. I, 9, 24 ; Apoll. Rh. IV, 481.- 38 Schol. Apoll. Rh. IV, 259.-39 Tim. ap. Diod. IV, 56 ; Schol. Ap. Rh. IV, 284. — 40 Ap. Rh. IV, 661 et s. — 41 Apoll. Rh. IV, 1638 ; Apollod. I, 9, 26.

— 4* Ap. Rh. IV, 1716 el s. — 48 Vov. Heyne, Obsero. ad Apollod. I, 9, 16, p. 72 ; Burmann, l. c. ; Gerhard, Gr. Myth. § 685, 686 ; Grote, Eist. de la Grèce, t. I, p. 274 et s. de la trad. franç. et les ouvrages indiqués à la bibliographie.

— 44 Minervini, Bulle t. Napolet. N. S. VII, 1858, pl. m ; cf. Arch. Anzeiger, 1859, p. 91 et s.; Heydemann, Vasen des Mus. nazion. Neapol. n. 3112. — 48 O. Millier, Handbuch d. Archàol. g 412, 3, p. 693, 2e éd. 1848 ; Guigniaut, Religions de l’antiq. pl. clxvii, 630, 630 a, clxxi, 630 b; Pyl. De Medcae fabul., p. 6; Ann. d. Inst. 1867, tav. d'agg. c, p. 91 ; Gerhard, Akad. Abhandl. II, pl. lxxxi, p. 506 ; Helbig, Wandgemàlde der von Vesuv verschtttt. Stâd-te, n. 1251-1252.

— 4« Winckelmann, Mon. ined. I, front, et Stor. d. arti, I, c. ii, § 6 ; Zoega, Bassiril. ant. 45; Flangini, L ’ Argonautica di Apoll. Rhod. II, front.; Millin,

fragment en terre cuite et au revers de monnaies impériales de Magnésie d’Ionie50. Les peintures de quelques vases représentent le sacrifice offert par les Argonautes sur l’autel de Chrysé51, dans le voisinage de Lemnos, les épisodes de Phinée et des Boréades3’, et celui des Stymphalides 63, le combat de Cyzicos et d’Hercule 34. L’enlèvement du jeune Hylas a été peint sur les murs de Pompéi et d’Herculanum65.

Galer. myth. pl. exxx, 417; Guigniaut, Rel. de tant, clxx, 640; Campana, Opéré in plastiea, b. — 47 Millin, Gai. myth., pl. cv, 418. — 48 Micali, Ant. monum. cxvi, 2. — 49 put. d’Ercol. III, 48, p. 251; Helbig, Op. I. 1260. — 80 Flangini, Op. I. I; Millin, Galer. myth. exi, 420; Guigniaut, l. I. clxx, 640 ; clxxvii, 640 a ; Mionnet,’ VI, Suppl, p. 246, n. 178; p. 253, n. 1122; p. 256, n. 1141. - 51 De Laborde, Vases de Bamberg, I, pl. xxm ; Millingen, Peint, de vases, pl. li ; Inghirarai, Vasi fittili, pl. xvn ; Guigniaut, Op. I. xciv, 354 ; Gerhard, Arch. Zeit. 1845, pl. xxxv, 1 ; Id. Auserl. Vasenb. II. pl. clv ; cf. O. Jahn, in Arch. Zeit. 1854, p. 208 ; Michaëlis, Ann. d. inst. arch. 1857, p. 243. —52 Millingen, Ane. uned. mon. pl. XV ; Stackelberg, Grâberder Hellen. pl. xxxvm ; Mon. d. Inst. III, 41 ; de Luynes, Ann. de l'Inst. 1843, p. 1 et s. —83 Mon. d. Inst. IV, 29.— 84 Gerhard, Denlcm. und Forsch. 1851, pl. xxvu. — 55 p;tt. d’Ercol. IV, 6 ; Raoul-Rochette, Choix de peint. XV ; Millin, Galer. cvl, 420 ; Guigniaut, clxxi, 641 ; Helbig, Wandgem. 1260-1261; voy. aussi des bas-reliefs : Mus. Capitol. IV, 54 ; Monum. Matteiana, III, pl. xxxi.

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Ua ouvrage célèbre, la ciste de Ficoroni86, est entourée de ligures gravées dont nous donnons ici le développement (fig. 503) et dont le sujet est le séjour des Argonautes chez les Bébryces. Les héros sont descendus à terre et ont poussé le navire sur le rivage ; on les voit se reposant de leurs fatigues. Quelques-uns ont exploré File et découvert une source limpide ; mais le géant Amycos, le roi des Bébryces, en interdit l’approche à tout le monde ; Pollux le défie au pugilat et, après l’avoir vaincu, l’attache à un

arbre87; une Victoire vole vers le vainqueur , tenant une couronne; Athéné figure parmi les témoins de la lutte, et vis-à-vis d’elle on voit un homme pourvu de grandes ailes, dans lequel on a reconnu S8, d’après des traditions du pays môme où la scène se passe, conservées par les auteurs byzantins , un des Vents dont l’assistance fut nécessaire aux Argonautes dans ces parages. Nous renvoyons, pour les autres personnages et tous les détails du sujet, aux observations par lesquelles les archéologues que nous citons

dans les notes, ont essayé d'en déterminer le caractère et le nom. La scène qui, dans notre gravure, est la dernière, montre le résultat du combat : les voyageurs puisent librement à la source près de laquelle est assis Silène, qu’on voit fréquemment comme un gardien près des fontaines [silenus].

Un vase peint, qui n’est pas moins célèbre, ni moins intéressant pour l’histoire des Argonautes que la ciste de Ficoroni89, montre Jason présentant, à l’arrivée des héros grecs dans le palais d’Æétès, roi de Colchos, la fessère d’hospitalité sur laquelle est écrit le nom de Sisyphe (mr-t-oz) et qui doit lui rappeler son origine corinthienne : ces deux personnages sont ici reproduits (fig. 506) ; plus loin on voit encore Jason suivi de ses compa-

Fig. 507. Jason combattant le dragon.

gnons, prenant la main que lui tend Médée en signe d'alliance; d’un autre côté, Jason, l’épée à la main, combat le dragon gardien de la toison d’or (fig. 507) ; Médée l’as-

chez les Bébryces.

siste ; derrière elle sont plusieurs Argonautes et les Boréades, reconnaissables à leurs ailes 60.

Le combat des Argonautes contre Talos à leur retour, et la mort du géant, qui tombe dans les bras des Dioscures, font le sujet d’une des peintures de vase les plus remarquables qui nous aient été conservées 61 . E. S.

ARGUS (yApyo;). — Le mythe d’Argus mis à mort par

36 Mus. Kir cher. aerea, Horaa, 1763, pl. vi-vm; Milliü, Galer. evi, 422; Guigbiaut, 1. I. clxxi, 644 ; O. Müller, Deii/cni. d. ait. Kunst, I, 609 ; Gerhard, Et)'. Spiegel, pl. ii, p. 14 ; Brôndsted, Dell Ficoron. cista, Copenhague, 1847 ; E. Braun, Die Ficoron. Cista, Leipz. 1819; O. Jalin, Die Ficor. Cista, Leipz. 1852; Raoul-Rochette, Jourrt. des savants, 1852, p. 576, 647, 778. — 67 Voy. les autres monuments où cette lutte est figurée, indiqués par Jahn, Op. I. p. 3 et s. — 53 Panofka, Berichte der Berlin. Akad. 1847, 1848, 1849 ; O. Jahn, 1. 1. — 59 Dubois-Maisonneuve. Introd. à l’étude des Vases, pl.xnv ; Arch. Zeitung, 1860, p. 74, pl. cxxxix; Guigniaut, l. I. ci.xxm bis, 646, 647 ; Jahn, Vasensammlung zu München, il. 805 ; Ann. d. Inst. t. XX, tav. G. — 60 Sans entrer ici dans 1 énumération des monuments relatifs à la légende de Jason et de Médée, nous citerons encore quelques-uns de ceux qui se rapportent à la conquête de la toison d or : Flangini, L Argon. L, 430, 434 ; Millin, Galer. pl. clxxv, 424 ; Guigniaut, cLxxxvii, pl. 646 e, 665 a; Millingen, Peint, de vas. pl. vi ; Gerhard, Die Vase des Midias, in Akad. Abhandl. I, p. 177, pl. xm; Mon. d. Inst. Il, 35 ; Y, 9, 2, 12 ; Bit/let. 1 839, p. 129 ; Gerhard, Ftr. Spiegel, pl. ccxxxwn ; Tôlkcn, Gesehnitt . Steine,

Hermès remonte à la plus haute antiquité; de nombreux passages de l’Iliade et de l’Odyssée y font allusion par 1 épithète de meurtrier d’Argus ( ApyEtcpovY/jç) donnée à ce dieu. Quelle qu’en soit l'origine (sans doute védique ‘), il paraît, dans les traditions helléniques, avoir eu cours d’abord en Argolide 2.

La foi populaire ne s’accordait pas sur le nom du père

p. 270, n. 141 ; Zooga. Bassirit. antiehi. I, p. 21 5 ; Combe, Terracotte, n. 52 ; Campana, Opéré in plastica, 63.— 61.4 rch. Zeit. 1 846, pl. xi.iv; 1848. pl. xxiv ; Denkm. und Forsch. 1860, pl. cxxxix, cxl. — Bibliographie. Otfried Millier, Orchomenos und die Minyer, p. 253 et s,, 297, 354, 2' éd. 1844 ; ld. Uundbuch der Archâol. der Kunst, § 412, n. 3,4 ; Schwenck, Griech. Mythologie, I, p. 478 et s jForchhammer, Hellenica, p.187 et s. ; Welcker, Der epische Cyclus, I, p. 79 et s. 2» éd. Bonn, 1865 ; Eckermanu, Beligionsgeschichte und Mythol. Gôtting, 1847, I, p. 249 ; Gerhard, Griech. Mythologie, Berlin, 1854, II, p. 48-68 ; Preller, Griech. Mythol. Berl. 1861, II, p. 308-341 ; F. Yater, Der Argonautenzug, Kasan, 1845 ; Pyl, De Medeae fabula, Berlin, 1854 ; ld. Litteratur der Sagenkreis der Medea, in Zeitschrift fur Alterthumsw ssenschaft, 1854, p. 51 et d4 ; 61-63 ; Grote, Hist. de la Grèce, t. I, c. xiii, p, 261 et s. de la trad. de Sadous, Paris, 1864 ; Stoll et Brunu, in Paulv's Healencyclopadie, t. 1, 2e éd. p. 1526 et suiv.

ARGUS. 1 Maury, Relig. de la Grèce, t. I, p. 270. — s Preller, Griech. Myth. 3” éd. I, 317.

ARG

ARG

de ce héros : on citait Agénor 3, Arestor \ Inachus s, un autre Argus 6. On le croyait aussi fils de la Terre (Gaia) \ ou d’Ismène, fille d’Asopus 8. Géant ou fils de héros, doué d’une force surhumaine, il accomplit plus d’un exploit: il tua le taureau sauvage qui ravageait l’Arcadie ; puis un satyre, qui exerçait des violences contre les habitants de la même contrée, et leur dérobait des troupeaux ; le monstre né du Tartare et de la Terre, Échidna, qui enlevait les passants ; enfin les auteurs du meurtre d'Apis 9. 11 était surtout célèbre pour avoir été préposé par la jalousie de Hèra à la garde d'Io, métamorphosée en vache 10. Sa vigilance fut trompée, et ses yeux innombrables le laissèrent sans défense. Par ordre de Zens, Hermès vint délivrer Io, en tuant Argus d’un coup de pierre n. Selon un autre récit, il l’endormit aux sons de la flûte, et, profitant de son assoupissement, lui coupa la tête avec la uarpè 12. Hèra le changea en paon 13, ou, selon une autre tradition, plaça ses yeux sur la queue de cet oiseau 14 .

Le principal de ses attributs a été consacré par l’épithète de Panojjtès (qui voit toutï, par laquelle il est quelquefois désigné comme par son nom propre. Les traditions ne s’accordent pas sur le nombre de ses yeux. Hèra 15 lui aurait placé un œil sur la nuque, en lui enlevant le sommeil et en le constituant gardien d’Io ; il faut entendre sans doute que ce troisième œil devait rester ouvert pendant que les deux autres cédaient au sommeil. Un poète cyclique 16 prêtait à Argus deux paires d’yeux, l’une par devant, l’autre par derrière, et une force infatigable qui en écartait le sommeil. Suivant une troisième tradition 17 , le héros aurait eu cent yeux, dont cinquante étaient ouverts et cinquante fermés tour à tour. Il semble qu’on a cru en général qu’il en avait en nombre infini, disposés soit sur la tête seule I8, comme d’après la tradition des cent yeux, soit sur le corps tout entier 19 . Une particularité très-rare de la représentation d’Argus n’est offerte, comme on va le voir, que par deux monuments : il s’y montre avec une double tête ( bifrons ).

Dans les œuvres figurées, ce personnage est tantôt un un jeune pâtre, un éphèbe; tantôt un géant au visage farouche, ou même une sorte de monstre.

Une amphore de la collection Coghill 20 et un vase du musée de Berlin 21 font de lui le témoin des amours de Zeus et d’Io.

Une série de monuments se rapporte à la garde d’Io confiée à la vigilance d’Argus. Jusqu’à quel point peuventils être rapprochés des représentations dont les auteurs classiques nous ont seuls conservé le souvenir? Pline l’Ancien 22 cite une Io, à côté d’une Calypso, d’une Andromède

3 Apollod. II, 2, 2. — * Pherccyd. ap. Apollod. Il, 3, 3 ; Schol. Eur. Phoen, 1116; Hyg. 145; Ov. Met. I, 625. — 3 Asclepiad. ap. Apollod. I. I. — 6 Cercops ap. Apollod. L l. — 7 Acusilaüs ap. Apollod. I. L; Aesch. Prom . 568 , 678 ; Suppl . 303. - 8 Cercops, ap. Apollod. II, 3, 3. — 9 Apollod. II, 272 et 3.

— 10 Apollod. II, 3, 2-4; Ov. Met. I, 624 sq. — H Apollod. Ib.\ Eust. Ad II. II, 103, p. 138 ; Schol. Aesch. Prom. 568 ; Etym. M. s. v. ’Aoyeicpom;;. — 12 Ov. Met. 1, 671-721 ; Val. Fl. IV, 384 sq. ; Myth. lat. III, 9, 4. — 13 Sch. Aristoph. Av. 102 ; Sch. Ear. Phoen. 1U4; Mosch. II, 58, sq. ; Mart. XIV, 85. — H Ov. Met. I, 721, 722.

— 15 Sch. Eur. Phoen. 1116. — 16 Sch. Eur. I. c. — 17 Ov. Met. I, 625; Script, myth. I, 18. — 1S Muer. Sat. I, 19, 12.— 19 Aesch. Prom. 671, 679; Eur. Phoen. 1115; Plaut. Aul. 3, 6, 19. — 20 Ces deux vases ont aussi été différemment expliqués. Voy. la lettre de Vivenzio à Guattani, Mem. encicl. Rom. t. Y,

41 ; Millingen, Vas. of Coghill, pl. xlvi ; Millier- \Vieseler,Den/:m. d. ait. Kunst, II,

37 ; Panofka, Argos Panoptes, p. 20, pl. iv, 1 ; Moses, Vas. f rom the coll. Englefield, pl. xix ; Lenormant et de Witte, Élite des mon. céram. I, pl. xxvi ; Engelmanu, De lone. p. 9, B ; Overbcr.k, Zeus, p. 466, sq. — 21 Hirt, Die Drautschau. ; Levezow, Vasen in Mus. zu Berlin, 902, p. 205 ; Avellino, Opusc. die. II, pl. vu ; Gerhard, Berlins ant. Bildw. p. 260, n“ 902 ; Id. Ant. Bildw. pl. cxv ; Otfr. Müller, Handh. d. Arch. p. 363, 2, A ; Panofka, l. I. pl. iv, 2 ; Élite des mon. ce'r. I, pl. xxv ; Engelmann, l. I. p. 6, A ; Overbeck, Zeus, p. 467, sq. — 22 Hist. liât. XXXV, 132 ; Brunn,

et d’un Alexandre, parmi les grandes picturae de Nicias, Pausanias 23 , en décrivant le trône d’or d’Apollon à Amvclae, indique sans détails un bas-relief de Bathyclès de Magnésie, où l’on voyait Hèra regardant Io déjà métamorphosée en vache. Argus ne figurait-il pas dans l’un ou l’autre de ces monuments? Virgile 24 le place sur le bouclier de Turnus.

Quatre peintures murales de Pompéi 25 représentent Argus veillant à la garde d’Io. Un cratère 26 d’une basse époque et d’un style négligé, appartenant à la collection Biscari, à Gatane, présente la même scène : Argus avance la main droite en tenant une grande conque, semblable à une corne à boire.

D’avitres monuments se rapportent au moment où Hermès, envoyé par Zeus, intervient pour tromper et endormir la vigilance d’Argus. Sur un vase 27 à figures rouges, du musée de Berlin, le héros s’entretient avec Io, tandis qu’Hermès s’éloigne en jetant un regard sur eux. Dans une peinture murale découverte, à Rome, dans la maison de Livie 28, Argus est un homme dans la force de l’âge ; armé d’une lance et d’une épée, il veille sur Io, assise au pied de la statue de Junon, et ne peut voir encore Mercure qui s'approche. Dans trois peintures, l’une au temple d’Isis 29, les autres dans des maisons d’Herculanum et de Pompéi 30, Argus, assis, tend la main pour saisir une syrinx que lui présente Hermès. Sur une amphore31 de la collection de Munich, Argus a les proportions d’un géant, une longue chevelure et une longue barbe, terminées en tresses, un visage qui rappelle le singe ; il est assis et tient une corde à laquelle est attachée la génisse Io. Derrière elle est un arbre, peut-être l’olivier de la tradition, ou le symbole des bois de Némée ; à sa gauche, Hermès détache la corde passée autour de la tête de la génisse. Dans la figure d’Argus, deux traits sont controversés entre les éditeurs et les commentateurs de ce monument, la corne près de son front et l’œil sur sa poitrine.

La mort d’Argus est représentée 32 dans une dernière série de monuments qui n’est ni moins nombreuse ni moins intéressante. Parmi les peintures de vase, la plus ancienne est celle d’une amphore 33, à figures noires, de la collection Bassegio à Rome. Hermès brandit son épée contre Argus à demi renversé, en lui mettant le pied sur la cuisse gauche pour le maintenir à terre, et en lui serrant le bras droit de la main gauche. Le héros, remarquable par son double visage semblable à celui d’un Janus, est désarmé et paraît demander grâce plutôt que se défendre. Derrière ce groupe on voit s’éloigner Io changée en vache, à côté d’elle , Hèra s’avançant vers Hermès et Argus.

Geschichte d. gr. Künstler, II, p. 200. — 23 111, 18, 13 ; Brunn, Neu Rhein. Mus. p, 328. — 24 Aen. VII, 789 sq. — 25 Mus. Borbon. II, pl. xii ; IX, pl. l ; Gell. Pompéi, 1, 16, p. 5b ; II. Rochette, Choix dépeint, de Pomp. îv ; Schulz, Bull. d. Inst. 1841, p. 124 ; Helbig, Wandgemàlde der verschiitt. Stâdte, n°» 131 , 133, 134 ; Overbeck, Zeus, S. 470 et s. ; IX, 50 ; Panofka, Argos Panoptôs, p. 10, pl. i, n° 6 ; Mon. d. Inst. II, 59,10 ; Ann. d. Inst. 1838, p. 316, 330 ; Engelmann, l. c. p. 13, D. — 26Benndorf, in Archaeol. Zeit. 1867, Anz. p. 118* ; Engelmanu, l. c. p. 12, C; Id. Archaeol. Zeit. 1870, p. 37, sq. pl. xxx, n» 1 ; Overbeck, Zeus, p. 472. — 27 Braun, Bull. d. Inst, n» 1 1, 1836, p. 172, 171 ; Gerhard, Rapporta volcente, p. 39, n» 250 ; Id. Berlins ant. Bildw. n" 1954 ; Élite d. mon. cér. 1, p. 49 ; Panofka, Op. L, p. 42 ; Ann. d. Inst. t. X, 1838, p. 315, 328, n. 1 ; Mon. del. Inst. II, 59, 1 ; Élite des mon. ce'r. III, p. 266 ; Engelmann, l. c. p. 15, E; Overbeck, l. c. p. 473 , 474. — 28 Bosa, Reçue archéol. N. S. t. XIX, p. 461 ; G. Perrot, Ib. t. XXI, p. 387, pl. xv.— 29 Helbig, op. I. p. 39, n. 135, 137 ; Overbeck, l. c. n. 474. — 30 Mus. Borb. VIII, 25 ; Panofka, l. c. p. H, pl. n, 1 ; Mon. d. Inst. II, 59, 6 ; Zalin, Die schônsten Ornam. II, 83 ; Engelmanu, l. c. p. 16, G. ; Helbig, l. c., n. 136 ; Overbeck, l. c. p. 474, 475. — 31 Panofka, l. c. p. 43, pl. v ; Mon. d. Inst. II, 59, 8 ; Élite des mon. cér. III, 99 ; O. Jabu, Vasensamml. in München, n. 573; Engelmann, l. c. p. 15, F ; Overbeck, l. c. S. 474. — 32 cf. Mosch. II, 56 et s. — 33 E. Vinet, Reçue archéol. t. III, 1™ série, 1846 p. 309 ; SchOne, Ann. d. Inst. 1865 ; Engelmann, I, c. p. 23, E ; Overbeck, l. c. p. 476.

A RG

ARG

D’autres vases présentent la même scène, avec des différences plus ou moins importantes. Nous citerons un vase de Cære u, de la collection Castellani, du style le plus sévère, sur lequel Hermès est armé encore de l’épée, menaçant Argos qu’il a saisi à la barbe de la main gauche, lo a été transformée en taureau par une négligence de l’artiste ; Zeus est assis tenant un sceptre.

Un vase de Ruvo (fîg. 508) 35 d’une époque postérieure est intéressant par les deux visages de l’Argus bifrons, l’un

Fig. 50S. Hermès, Argus et Io.

barbu, l’autre imberbe. Le héros se défend avec une massue, tandis qu'il s’efforce de retenir par son vêtement Io, représentée sous les traits d’une jeune fille avec des

cornes. Un cratère qui appartient aussi à la fabrique de Ruvo36, le plus important et le plus riche en figures parmi tous ces vases sur lesquels est figuré ce sujet. La composition ne contient pas moins de douze personnages. Argus, enveloppé d’une peau, où certains commentateurs ont retrouvé, à cause de la forme de la corne, la peau du taureau d’Arcadie, est muni d’une massue ; sa tête porte une couronne. Il a six yeux, deux à la place ordinaire, deux sur la poitrine, les deux derniers sur les cuisses. Il s’entretient, en élevant la main, avec Hèra. Hermès s’avance contre Argus l’épée à la main. Sans doute il est invisible, grâce à la coiffure de Hadès, qu’on croit reconnaître sur sa tête 37 .

Une peinture murale, découverte à Rome sur le Palatin, et un jaspe vert gravé se rapportent à la même scène.

Dans la peinture38, Hermès est prêt à frapper Argus devant une statue ar-

«g. », MOM d’Argus. Hèra- S'"' ^ P*»» " O» ''Oit

(fig. 509) Argus étendu sur le sol ; Hermès tient d’une main sa tête séparée du tronc, de l’autre

3» Schône, Ann. d. Inst. 1865, p. 147-159, tav. I, K; Engelmann, p. 19, H Overbeck, l. c. 477, p. 478. — 3o Collection Barone, à Naples : Minervini, Bui urch. Nap. 1845, p. 72-76, tav. iv ; E. Vinet, Revue arch. 111, 1846, p. 309 Schône, l. c. p. 150, E; Engelmann, l. c. p. 24, M; Overbeck, l. c. p. 479, 4S0 — 36 Bull. d. Inst. 1834, p. 165 ; Mon. d. Inst. II, 59 ; Grimaldi-GargalIo/am d. Inst. 1838, p. 255; Secchi , 1b. p. 317 sq. ; Rev. arch. III, p. 3U n’ote 7 Minervini, Bull. arch. Nap. III, p. 22 ; 42 ; Id. Collez. Jatta, p. 1 sq. ; tnghiran, Vasl fut. IV, 100; Elite céramogr. 111, 101; Schône, l. c. p. 150, G;Eno-e mann, l. c. p. 24 sq. N ; Catal. del museo Jatta (1869), p. 746, n° 1498 • p. 772 Arch. Zeit. 1870, p. 39; Overbeck, l. c. p. 48 0-48 2. — 37 Voy. encore ’ d'autre vases : Brôndsted, Descr. of 32 vases by Campanari, n. 1 ; Panofka Ann n p. 365 ; Id., Argos Panoptès. p. 14, pl. n. 2 ; Mon. d. Inst. Il 5» 5 ■ d AVitte, Catal. Durand , p. 111, n. 318; Gerhard, Auserl. Vas. II pi cxv. Ann. d. Inst. 1838, p. 316 (Secchi) ; p. 329 (Braun.); Élite céram. III, 100 ; Schône ■f,””' dD 1865’ P' 1S0’ D'> Engelmann, l. c. p. 21, K; Overbeck, l. c. p. 478 4,9 ; Bull. d. Inst. 1840, p. 4 ; Gerhard, Arch. Zeit. 1847, p. 18 sq. taf. 1, ; Ch A ite céramogr. III, pl. xcvm ; Schône, Ann. d. Inst. 1865, p. 150, B ; Engelmann

une harpe; la vache Io s’enfuit d’une course furieuse; derrière est un arbre, sans doute l’olivier auquel Io était attachée, et, sur une de ses branches, le paon dont la queue reçut les yeux d’Argus, ou dont Argus prit la forme; cette dernière tradition , sous l’une ou l’autre de ses deux formes, était évidemment présente à l’esprit de l’artiste, qui a aussi multiplié les yeux sur tout le corps du héros *°.

Les anciens avaient déjà donné de ce mythe une explication peu différente de celle qui est le plus généralement adoptée par les modernes, en considérant Argus comme le ciel brillant de la lumière des étoiles et en rapportant l’histoire d’Io aux phénomènes lunaires41. K. Blondel.

ARGYRASPIDES (’ApyiipdcTtioe;). — Ce nom, composé d’dpyupoç, argent, et d’dtaTu'ç, bouclier, est celui que portait un corps de troupes macédoniennes. Quinte-Curce, dans son récit de la bataille d’Arbelles *, parle des Argyraspides comme d’un corps de l’armée d’Alexandre, complètement distinct de la phalange; mais Justin 2 assure qu’au moment d’entrer dans l'Inde, le conquérant fit revêtir de lames d’argent les boucliers des soldats de toute son armée et que dès lors il les appela tous Argyraspides. Diodore de Sicile donne le même renseignement que Quinte-Curce, en ajoutant que c’était un corps de trois mille hommes d’infanterie, remarquable par la bravoure des soldats qui le composaient3. C’était donc, dès l’origine, un corps d'élite, et il est possible qu’Alexandre soit arrivé à en donner le titre et les insignes à tous ses soldats, comme une marque de haute satisfaction, après ses victoires sur les Perses. Après sa mort, ces vieilles troupes, placées sous les ordres d’Eumène, montrèrent la plus grande valeur dans le combat qu’il livra à .àntigone, et pourtant, s’il faut en croire Diodore de Sicile \ les plus jeunes d’entre eux n’avaient pas moins de soixante ans, la plupart en comptaient soixante-dix et quelques-uns même allaient au delà : tous étaient néanmoins regardés comme invincibles à cause de leur vigueur, de leur courage et de leur expérience. ,4près ce combat, ils eurent l’infamie de passer au service d’Antigone en lui livrant Eumène qui fut mis à mort. Mais leur nouveau chef, craignant d’être à son tour victime d'une trahison, confia leur commandement à Sybirtios qui lui était complètement dévoué, et lui donna l’ordre de les employer dans les occasions les plus périlleuses où ils finirent par succomber 5. Cependant, leur renommée avait été si considérable, que leur nom fut donné aux corps d’élite des armées grecques u. Bien plus, Lampride7, assure qu’Alexandre Sévère, voulant imiter son homonyme le célèbre roi de Macédoine, avait créé un corps A' Argyraspides. Masquelez.

ARGYRIOU DIRE (Apyupiou Stxv)). — On désignait ainsi

l. c. p. 19, I; Overbeck, l. c. S. 479. — 38 Rev arc/l 1870) pI Iy. Arch ZgU 1870, p. 38; Overbeck, l. c. p. 471, 483. — 39 Braun, Ann. d. Inst. 1838, t. X, p. 329, n» 9 ; Cadès, Impr. gemmarie. Cl. I. A, n» 113 ; Mon. d. Inst. I. c. n» 9 ; Overbeck, l. c. p. 483, 484 ; Gemmentafel, V, n» 9. — 40 Ce jaspe est reproduit par une paie de la collection de Stosch : Winckelmann , Pierres gravées d- Stosch, II, 3, 161 ; Tassie-Raspe, Catalog of gems, 1182 ; Panofka, Argos Panoptès. p. 13, pl. m, 1 ; Müller-Wieseler, üenkm. d. ait. Kunst, II, 336 ; Overbeck, I. c. — » Macrob. Sat. I, 19; Preller, Gr. Myth. I, 317 et s.; XVelcker, Ae’schyl. Trilogie, 129 et s.; Id. Griech. Gôtterlehre , I, 336 et s. — Bibliogiijipuib. Pauh -, Beal-Encyclopâdie, Argonautae, t. I, p. 1526, 2e éd. ; Smith, Diction, of greek and roman mylhology, s. v. Argus; Panofka, Argos Panoptès, in Abhandl. d. Berlin. Akad. 183/, S. 87 ; Maurv, Religions de la Grèce antique , I, p. 62, 105, 270- Engelmann, De lone, Halae, 1868 ; Overbeck, Kunstmythologie , Zeus, Leipz, 1871, p. 465; Preller, Griech. Mythologie, 3e éd., rev. par Plew, t. I, S 317-320; Hignard' Le Mythe d’Io, Paris, 1872.

ARGYRASPIDES. 1 Alex. IV, 13. — i XII, 7.-3 XVII, 57 ; XVIII, 59. — 4 XIX, 41 — 5 Diod. XIX, 48 - 6 Polyb. V. 79 ; Tit.-Liv. XXXVU, 40. — 7 Al. Sev. C. 49.

ARG

ARI

Athènes1 une espèce d'action civile par laquelle le deman- i deur réclamait une somme d’argent a, sans distinguer si la demande était fondée sur un prêt, sur un dépôt ou sur toute autre cause. Cette action pouvait donc faire double emploi avec d’autres actions affectées spécialement à certains contrats, par exemple, avec l’action intentée par un prêteur pour obtenir le remboursement de la somme prêtée (-/ psou; ôi'xïi 3), avec l'action tendant à la restitution d un dépôt de somme d'argent (itapaxatafl^xr,; oU-r\ 4), avec 1 action qu’un commanditaire pouvait diriger contre le gérant d'une entreprise commerciale pour obtenir la restitution du capital qu'il avait versé dans le fonds social (àcpop^r.ç ôîxrj), etc. — L'àpyupiou ô(xr), comme la plupart des actions tendant à faire exécuter les contrats, appartenait à 1 hégémonie des Tuf.smosthètes 5. P. Gide, E. Gaillemer.

ARGYROKOPEION [moxeta].

ARGYROLOGOl (’ApYupoXôyot). — Indépendamment des contributions régulières et périodiques auxquelles Athènes soumettait ses alliés, la république, dans les temps de crise, levait sur ses protégés des impositions extraordinaires et illimitées. C'est ce qui eut lieu notamment en 428 pour le siège de Mitylène1. Ceux que la république envoyait chez les alliés pour percevoir ces impôts, étaient appelés àpyupoXoyoi, vrais pirates qui se procuraient par une sorte de pillage régularisé les ressources nécessaires à la république 2. Le plus souvent, l’État mettait à leur disposition plusieurs navires de guerre, afin de faciliter le recouvrement de l'impôt par la terreur. Il ne faut pas oublier, en effet, que les ressources des contribuables étaient parfois presque épuisées par des demandes antérieures. Alcibiade, passant quelques jours dans le golfe Céramique, avait trouvé le moyen de se faire payer vingt talents par les peuples voisins 3. Peut-être un second percepteur eût-il été assez mal accueilli, si l’envoi de quelques vaisseaux (vau; àpyupoXôyotj; '*) n’eût appuyé sa demande. E. Gaillemer.

ARGYROTAMIAI(’ApyjpoTau.i'at).— Magistrats financiers, que mentionnent fréquemment les inscriptions grecques de date postérieure à l’époque romaine, et dont les attributions, analogues à celles des tamiai de l’époque classique, ne peuvent pas être nettement définies. On a trouvé à Athènes une inscription chargeant un apyiipoxagia; de faire vendre, parle ministère d’un héraut, des biens grevés d’hypothèques au profit du trésor public h C’est surtout en Asie Mineure que l’on rencontre souvent ces magistrats. On voit en Carie un apyopoxafita; Acta; 2, dans lequel il faut peut-être reconnaître un trésorier auxiliaire de l’àp/iEpsù; t y;; ’Affi'aç 3, et un àpyupoxaai'a; xoü *; à

Nicomédie, un àpyupoxapda; xmv cpvAâpyyov en Phrygie, un àpyupoxapu'a; xvi; irôXew; 6. En Syrie, les àpyupoxapt'at sont au nombre de cinq et ils figurent dans les inscriptions comme éponymes 7. La Bithynie nous fournit également un àpyupoxapua; 8. E. Caillemer.

ARIADNE (’ApiâSvï)). — 1. Ariadne, fille de Minos et de Pasiphaé ou de Crété L Éprise de Thésée qui était venu à Gnosse en Crète pour y conduire le tribut des jeunes Athéniens destinés à être la proie du Minotaure [theseus], elle lui enseigna le moyen de tuer le monstre et lui donna le fil qui devait lui servir se retrouver dans le labyrinthe. Thésée l’enleva après sa victoire, et l’emmena dans l’île de Naxos, où, suivant Homère, Artémis la fit périr, ;\ l’instigation de Dionysos 2. D’autres versions disent qu’elle se pendit après avoir été délaissée, ou encore qu’elle épousa le grand prêtre de Dionysos. Selon d’autres, elle aurait eu de Thésée deux fils, OEnopion et Staphylos, dont le premier fut le fondateur de Ghios. Son abandon par Thésée était diversement expliqué. Les Athéniens particulièrement , et les auteurs qui s attachèrent h la tradition athénienne , s’efforcèrent de dégager autant que possible le héros national du reproche d’ingratitude et de perfidie4. Ils disaient qu’il avait été emporté par une tempête; qu’il avait obéi aux avis d’ Athéné, d’Hermès, ou cédé aux menaces de Dionysos, qui lui était apparu en songe. Ce dieu, épris de la beauté d’ Ariadne, descendit vers le rivage où elle dormait, 1 enleva, fit d’elle son épouse6, la conduisit de nuit sur le mont Drios où ils disparurent à tous les yeux. Ariadne reçut de Zeus l’immortalité. On racontait encore que Dionysos (d’autres disaient Aphrodite ou les Heures), avait fait don Ariadne, le jour de ses noces, d’une couronne précieuse, ouvrage d Hephaistos. formée d or et de pierres de l’Inde; cette couronne fut ensuite placée parmi les étoiles 6.

Les traditions relatives à Ariadne, diverses et confuses, par suite des efforts faits pour les réunir ou pour les modifier, s’accordent cependant en ce qu elles présentent toutes F alternative de la douleur d’ Ariadne abandonnée, et même mourante et de la joie qu’elle goûte ensuite auprès de son époux divin. Dans l’ile de Naxos on distingua même deux Ariadne, l’une, la plus ancienne, épouse de Dionysos, l’autre, amante de Thésée et délaissée par lui. Cette seconde Ariadne était morte à Naxos. Les honneurs qu’on rendait à l’une et à l’autre ne se ressemblaient pas. En effet, pour la première, c’étaient des jeux et des réjouissances ; pour la seconde, des sacrifices mêlés de deuil et de tristesse7. Il paraît probable que sous le nom d’Ariadne, se perpétuait le culte d une ancienne déesse de la nature, d’origine asiatique et proche parente d Aphrodite, peut-être une divinité lunaire dont on trouve le nom en Crète, où elle s’établit dans la famille solaire de Minos, et à Naxos, où elle était l’objet d’un culte accompagné de rites étranges et symboliques8. A Délos où Thésée étail censé avoir porté une statue d Aphrodite, présent d Ariadne, et où il exécuta, avec les adolescents, une danse dont on conserva religieusement l’usage, qui figurait dans

ARGYRIOU DIRE. 1 Demosth. C. Boeot. I, g 25, R. 1002 ; cf. C. Olympiod. g 45, R. 1179. — 2 Bekker, Anecd. graec. I, 201, 32 et 443, 15. 3 Caillemer,

Le contrat de prêt à Athènes, 1870, p. 31. — * Démosth. Argum. orat. C. Callipp. R. 1235. — 3 Westermann, in Paulv^s Real-Encyclop. I, 2® éd. p. 1464 et 1546. ARGYROLOGOl. 1 Thuc. III, 19 ; cf. Il, 69 ; IV , 75 ; Xen. Hist. gr. I, 1, 8 ; Herd.

yj |33. 2 Bôckh, Staatsh. der Ath. 2® éd. I, p. 763. — 3 Xenoph, Hist. gr. 1, 4,

9 4 Aristoph. Equités, 1071. — Biblioghaphie. BOckh, Staatshamhaltung der

Athener. 2» éd. Berlin, 1851, t. I, p. 763 (lr® éd. t. II, p. 129) ; Hermann, Griech. Staatsalterthümer, Heidelberg, 1855, p. 484, § 165.

ARG Y ROT A >11 AI. t Corp. inscr. graec. n»> 354-355. — 2 Eod. loc. n° 2782. 3 Becker et Marquardt, Handb. der rôm. Alterth. III, 1, p. 271. - 4 Corp. inscr. gr. n»< 2787 et 2817. — 5 N® 3773.— 6 N°* 3957, 3958 et 3959. — 7 N° 4500. - 8 N» 3773.

ARIADNE. - 1 Schol. Hom. Odyss. XI, 321 ; Diod. Sic. V, 60 ; Apollod. III, 1 et 997 ; Plut. Thés. 19; Hvg. Fnb. 42; Virg. Aen. VI, 28; Ser y. Ad Aen. VI, 14; Ad Georg.t,

222. 2 Hom. Od. XI, 321 et s. ; Schol. Theocr. 11,45 ; Diod. III. 51 ; Steph. Byz. Aia; cf.

Pau s. n; 23, 8 ; Schmidt, in Ann. d. Inst. arch. 1859, p. 228 ; Gerhard, in Iihein. Mus. XVIII, p. 441. — 3Plut. Thes.lt) ; Diod. Sic. V, 84.-4 plut./. /.; Diod. IV, 61 ; V, 51 ; Paus. I, 20, 2; 22,5; Schol. Apoll. Rhod. III, 997; Schol. Theocr. 11,45; Schol. Hom. /. /. ; Hygîn. ’/. /. ; Serv. Ad Georg. I, 222 ; Athen. XIII, p. 556 a. — 3 Hesiod. T/ieog. 947 ; Pherecyd. ap. Schol. Hom. /. I ; Apoll. Rhod. III, 1002 ; Schol. Apoll. Rhod. 111 997; Hvgin. Fab. 43 ; Catul. LXIV, 124 et s. ; Ovid. Her. 10 ; Ars am. 1, 527 ; Met. VIII, 176 ; Nonnus, XLV1I, 265 et s. ; Diod. V, 51 ; Pans. I, 20 ; X, 29; I.ueian. Deor. conc. 5.— 6 Pherec., I. I. ; Tertull. De corona, 7 ; Ovid. Met. VIII, 181 ; Fast. III, 459 ; Lucian. I. c.; Hyg. Poem. astr. II 5 ; Schol. Germ. Arat. Phaen. 71 ; Eratosth. Catast. 5. — 7 Plut. /. /.; Welcker, Nachtrag zur Aesch. Trilogie, p. 237. — 3 A. Maury, Relig. de la Grèce, t. III, p. 230, 231 ; Grote, Hist. de la Grèce, t. I, p. 260 de la trad. de Sadous ; Preller, Griech. Mythol. p. 558 et s. (3® éd. 1872); Engcl, Kypros, II, p. 657 ; Id. Qnaest. Nnxiae, p. 40, 51 ; Hiickh, Kreta, II, p. 114

ARI

ARI

ses pas cadencés les mille détours du labyrinthe9, à (Apre, où l’on prétendait avoir son tombeau dans un bois sacré appelé bois d’Ariadne Aphrodite, on racontait que Thésée l’avait débarquée enceinte sur le rivage et que, écarté par la tempête, il n’avait pu revenir auprès d elle , recueillie par les femmes de 1 île, Ariadne avait succombé dans le travail de l’enfantement. A son retour Thésée, plein de douleur, lui dressa deux statues, 1 une d argent, l’autre de bronze, et institua pour elle un sacrifice. Dans la cérémonie qui se faisait en son honneur, un jeune garçon couché sur un lit imitait les cris et les mouvements d’une femme en mal d’enfant10. A Athènes, Ariadne était réunie à Dionysos dans la fête des Oschophories [dionysia] instituée par Thésée, disait-on, à son retour de Crète,11. On montrait à Argos, dans le temple de Dionysos, 1 urne qui contenait les cendres d’Ariadne12, et il est à remarquer que près de ce temple il y en avait un autre d Aphrodite Uranie. En Italie, Ariadne se confondit avec libéra et devint la compagne de Bacchus. Elle fut associée à toutes ses fêtes et placée à côté de lui dans ses triomphes 13.

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