L. de Ronchaud
II. L’art antique a souvent représenté Ariadne dans toutes les vicissitudes de son histoire. Elle était figurée parmi les sujets qui décoraient le célèbre coffre de Cypsélus, tenant comme insigne sa couronne, à côté de Thésée jouant de la lyre On sait qu’il existait à Athènes, dans un trèsancien temple de Bacchus, une série de peintures dont une représentait Ariadne endormie, Thésée fugitif, et Bacchus descendant vers Ariadne pour la ravir18. Polygnote avait figuré dans la lesché de Delphes Ariadne assise sur un rocher et regardant sa sœur Phèdre, le corps déjà suspendu, saisissant de ses deux mains le lacet, avec lequel elle se donna la mort 16 . Des ouvrages qui nous ont été conservés montrent tour à tour ses amours avec Thésée et le secours donné à son amant dans son entreprise contre le Minotaure 11 ; son arrivée dans 1 ile de Naxos et la danse des jeunes Athéniens délivrés par Thésée 1R; puis son abandon et son désespoir au moment où, assise sur le rivage, elle voit à son réveil fuir le navire qui emporte Thésée 1S. Cette situation souvent dépeinte par les poètes, surtout par les latins, est aussi une de celles qu’on trouve fréquemment retracée sur les murs de Pompéi et d’Herculanum. Plusieurs statues, qui paraissent des imitations de quelque œuvre célèbre, montrent Ariadne dans sa douleur20. Une autre série de monuments représente Bacchus , ordinairement accompagné du cortège bachique, s’avançant vers Ariadne endormie. Nous reproduisons ici (fig. 510) une peinture du musée de Naples21 qui offre un des types les plus parfaits de cette composition aimée des artistes anciens ; elle a été souvent traitée par les peintres, les sculpteurs, les graveurs en pierres et
9 Plut. Thés. 21 ; Callim. In Del. 307 et Schol. — 10 Faeon. Amath. ap. Plut.
I. L ; En gel, Kypros, p. 656 ; Hdckh, Kreta , II. 146. — 11 Plut. Thés. 23. — 12 Pans.
II. 23, 8. — >•* Ovid. Fast. III, 512 ; Met. VIII, 170; Hvg. Fnb. 224 ; Serv. Ad Fcl. VIII, 30; cf. Soph. Antig. 1117. — l» Paus. V, 19, 1. — 13 Pans. I, 20, 2; cf. Philostr. Imag. I, 15. — i6 Id. X, 29, 2. — 17 Voyez les monuments indiqués par Stephani, Dec Kampf zwischen Theseus und Minotauros, Leipz. 1812; O. Jahn, Archnol. Beilrage , Perl. 1847, p. 251 et s.; O. Müller, Handb. d. Archàol. § 412; Hclbig, T Vandgemàlde der von Vesuv verschütt. Stâdte, n. 1211 et s. — 18 Sur le célébré vase François, à Florence, Mon. ined. d.. Inst. IV, 51-57; Annali, XX, 299 et s.; ef. Hom. II. XVIII, 401, et Welcker, Gr. Gôtterlehre, III, p. 160. — 19 O. Müller, l. Pitt. d'Ercol. Il, 14, 15; V, 26; Mus. Borb. VIII, 4, 5 ; O. Jahn, /. I. p. 284 ; Stark, Berichte der Sachs . Gesellsch. derWissenschaft , 1860, p. 28 ; Helhig, ri. 1216 et s. 1 222 et s. — 20 Becker, Augusteum. 17 ; O. Müller, l. I. ; Bôttiger, Kleine Schriften. II, p. 284.— 21 Mus. Borbon. XIII, 6 ; Raoul Rochette, Choix de peint, pl. ni ; Zahn, Die schônsle Wandgem. in Pompei. II, 60; Müller- Wieseler. Denhn. d. ait. Kicnst, II, 36, n. 420. — 22 o. Müller, Handbnrh . § 384, 3 ; Müller-
cn médailles 22 ; des figures isolées, et parmi elles des statues d’une grande beauté, comme 1 Ariadne endormie
du Vatican ne sont elles-mêmes que des figures détachées du même sujet21: on s’en aperçoit facilement quand on les rapproche des monuments où la scène est complète, comme la peinture ici reproduite, ou le beau basrelief du musée Pio-Clémentin 2S. On s’accorde assez généralement à voir dans la figure ailée qui est a côté d’Ariadne une image de la Nuit ou du Sommeil. Un grand nombre de monuments enfin représentent Ariadne à côté de Bacchus, soit dans la pompe de leurs noces, par exemple, dans la figure 511, d’après un bas-relief qui orne
un sarcophage du musée de Munich26, où on les voit couchés sur un char traîné par des centaures, précédés el suivis d’un long cortège de figures appartenant au thiase bachique [tiiiasus] ; soit dans une grotte, ou sous l’ombrage d’une vigne, unie au dieu et jouissant près de lui d’une félicité désormais sans mélange27. La figure 512, tirée d’un vase grec trouvé, il y a une dizaine d’années.
Wieseler, Denhni. II, 417, 421 ; O. Jahn, l. I. p. 289 et s.; Stark, /. I. p. 22 et s.; ce dernier travail renferme une énumération encore plus complète; ajoutez Frœhner, Notice de la sculpt. antig. n. 242. — 2' Mus. Pio-Clem. II, 44 ; Mus. Napoléon, 11,8; Clarac, Mus. de sculpt. IV, pl. 689, n. 1622. — 2i> Jacobs, Abhandl. der Bayer A/cud. 1814; Id. Venu. Schrift. V, 403 ; Welcker, Ad Philostr. imag. XV, p. 297, Lips. 1825 ; Jahn, Z. I. p. 296 ; Stark, p. 25. — 2$ Mus. Pio-Clem. V, pl. vm ; Millin, Gai. myth. pl. lxi, 241 ; Guigniaut, Noue. gai. myth. pl. exx, n. 452; comp. Clarac, Mus. de se. II, pl. 132, n. 150; 127, n. 148. — 26 Schorn, Beschreib. der Glyptothek, 106 ; Miiller-Wieseler, l. I. n. 423 ; pour d’autres compositions analogues, voy. Bôttiger. Ideen zur Kunstmyth. II, p. 519 ; O. Müller, Handb. 384, 3 et 4: Millin, Gai. myth. lxiv, 242; lxv, 244; lxvi, 245 ; Guigniaut, Nouv. gai. myth. cix, 451 a; cxxn, 455 ; cxxiv, 474; Mus. Pio-Clem. IV, pl. xxiv; Gerhard, Arch. Zeitung , 1859, p. 97, pl. exxx. — 27 o. Müller, l. I. ; Müller- Wieseler, Denhn. d. ait. Kunst, II, p.424-432 ; Millingen, Ane. uned. monum . 1,26; Gerhard, Ant. Bildwerke , V, 59 ; Mon. ined. d. Inst pl. xlix ; Annali, XXV, 103, 281 ; ef. Welcker Griech . Mythol II, p. 594.
ARI
près d’Orvioto ss, offre une représentation analogue. Nous
renvoyons aux indications des ouvrages cités à la bibliographie pour un certain nombre de vases, de miroirs, etc., oùAriadne est groupée avec d’autres personnages mythologiques. Nous rappellerons
Fig. 512. Ariadne et Bacchus. ,
seulement encore que dans quelques hermès son buste est adossé a celui de Bacchus M. E. S.
ARIES, Kpio'î. — Bélier, machine de guerre, dont se servaient les assiégeants pour renverser les murs d une ville, ou pour ouvrir la brèche. C'était une poutre énorme de sapin ou de frêne sauvage ‘, garnie à l’une de ses extrémités d’un épais et lourd talon de fer fondu, façonné quelquefois en tète de bélier 5. Le nom de cette machine vient soit de la dureté de sa tète, comparable pour la résistance à celle du bélier, soit du mouvement de va-etvient qu’on lui imprimait, et qui rappelait le recul que prend l’animal avant de s’élancer sur son adversaire 3.
Suivant Pline le Naturaliste, Epeus serait l’inventeur du bélier, auquel l’auteur latin assimile le fameux cheval de bois introduit dans les murs d’Ilion 4. On ne trouve, ni dans Homère, ni autre part, rien qui justifie cette étrange interprétation de la légende.
Suivant Vitruve 5, Athénée, l’ingénieur 6, et d’autres auteurs7, les Carthaginois auraient, les premiers, fait usage du bélier pour s’emparer de Gadès en Espagne.
La machine était mise en mouvement par trois procédés différents :
1° Bélier porté « bras par les assiégeants. Ce moyen élémentaire n’était sans doute employé que pour ouvrir la brèche dans des fortifications peu considérables. Il n a pas fallu un grand effort d’imagination pour 1 inventer, et on en voit la représentation sur des bas-reliefs de Khorsabad s, où les Carthaginois ne sauraient intervenir. En Grèce,
il fut employé par les Péloponésiens au siège de Platée, et Thucydide, en mentionnant le fait, ne parle pas de ce moyen d’attaque comme d’une invention nouvelle9. Mais il appelle la machine l\dô okf\, nom habituel de l’éperon des navires : le terme xpi o? n’était donc pas entré, au cinquième siècle, dans la technologie militaire des Grecs, bien que la chose qu’il a désignée plus tard fût déjà connue.
Sur la colonne Trajane, on voit (fig. 513) des Daces
Fig. 513. Bélier porté à bras.
ébranlant, à l’aide d’une poutre dont une extrémité est façonnée en tête de bélier, les murailles d’un oppidum, ou camp fortifié, que défendent les Romains 10.
2° Bélier suspendu. Un Tyrien, nommé Pephrasmenos “, imagina de suspendre la poutre à un fort mât vertical : les assiégeants lui imprimaient un mouvement alternatif au moyen de câbles, en restant eux-mêmes protégés par des abris factices ou à couvert dans la parallèle. De cette manière, on pouvait produire le choc à une hauteur quelconque, mais les coups obliques et mal réglés de la machine devaient être bien longtemps répétés pour produire un effet utile.
3° Bélier roulant sur des roues ou sur des cylindres parallèles, et placés perpendiculairement à sa direction. Ses coups toujours directs étaient nécessairement plus puissants que ceux du bélier suspendu. L’appareil moteur du bélier, qui l’enveloppait comme une boîte ou gaîne, se nommait xptoSo^v). Géras, Carthaginois suivant Athénée, ou Cétras de Chalcédoine suivant Vitruve, imagina ce perfectionnement, relié à un autre, beaucoup plus considérable, qui paraît contemporain n : c’est l’invention de la tortue {■/ù.éi'rf] xptoaôpoç, testudo arietaria 13). On appelait ainsi une sorte de blockhaus ou bâti quadrangulaire, porté sur des roues, dont le toit et les parois étaient garnis de terre et de peaux fraîchement écorchées pour mettre à l’abri des llèches, des pierres et du feu les hommes placés à l'intérieur et chargés de manœuvrer la poutre bélière. La tortue avait souvent plusieurs étages, ce qui permettait d’ébranler le mur à diverses hauteurs, au moyen du bélier suspendu au plafond de l’un des étages ou roulant sur des cylindres qui reposaient sur un plancher.
Les sculptures des monuments assyriens offrent des exemples (fig. 514) de béliers roulants , protégés par des constructions à plusieurs étages et revêtues à ce qu’il semble, de claies, depeaux ou d’autres couvertures analogues14. La décou- Fi
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