‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments (volume 4)Chapitre 99 sur 155 · AS K · texte numérisé non relu

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le temps d’Hippocrate, les profanes s’immiscèrent dans l'art de guérir. Déjà Lycurgue voulut que des médecins fussent attachés aux armées de Lacédémone 6; plusieurs auteurs, il est vrai, ont pensé avec quelque raison que ces médecins étaient sans doute des Asclépiades. On peut d’autant mieux le croire que ces prêtres allaient souvent exercer la médecine en dehors des temples, comme le prouve l’exemple d’Ilippocrate. En effet, ce médecin appartenait au sacerdoce médical, et cependant il voyagea beaucoup dans les divers pays grecs et il y pratiqua la médecine, comme il nous l’apprend lui-même. Or, non-seulement les Asclépiades sortaient des temples pour voir des malades, mais encore ils recevaient, pour les instruire, des élèves étrangers à la caste sacerdotale, ainsi que le fait voir Platon dans le Protagoras 7. Enfin, il est indubitable que Démocède de Crotone, qui s’illustra comme médecin à Egine, à Samos et à la cour du roi Darius, fils d’Hystaspe, n’était point un asclépiade, mais un médecin profane qui avait sans doute étudié la science à l’école de Pythagore 8. Cette école forma encore bien d autres médecins dont les noms, au moins pour quelquesuns, sont venus jusqu’à nous. C’est à partir de cette époque qu’eurent lieu la diffusion de la médecine et sa sécularisation. Toutefois cette communication de la science aux profanes n’empêcha point les prêtres d’Esculape de continuer à soigner les malades, qui de leur côté ne cessèrent point devenir en foule se faire traiter dans les asclépions ; et cet état de choses persista longtemps encore après la venue du christianisme et jusqu’à la destruction complète des temples païens.

Les asclépions étaient, en général, établis dans des endroits salubres et agréablement situés. Ils étaient toujours entourés d’un bois sacré, dans l’enceinte duquel était le plus souvent ménagée une fontaine 9. Le célèbre temple d’Épidaure se trouvait dans ces conditions. Le bois sacré qui l’entourait était lui-même délimité par de grosses bornes, et dans son enceinte il n’était permis ni à un malade de mourir, ni à une femme d’accoucher. En face du temple étaient les dépendances où restaient les malades suppliants du dieu. Plus près, on voyait une rotonde en marbre blanc, appelée Tholos, dans l’enceinte de laquelle se trouvaient un grand nombre de colonnes sur lesquelles on inscrivait les noms des malades guéris par le dieu, les maladies pour lesquelles ils étaient venus et la manière dont ils avaient été traités, le tout en langue dorienne. Telle est la description de 1 asclépion d Épidaure donnée par Pausanias 10. Nous le reproduisons comme type de tous les autres en ajoutant ce qui suit : dans le bois sacré se trouvaient un temple de Diane, une statue d’Épione, deux chapelles consacrées, l’une à Vénus et l’autre à Thémis, un stade et une fontaine. Disons aussi que les Epidaunens avaient un théâtre dans le temple même d’Esculape ; et enfin que l’empereur Antonin embellit ce lieu en } construisant des bains, des temples et encore une maison où il fut permis aux malades de mourir et aux femmes d’accoucher u. Il est extrêmement vraisemblable que tous ces embellissements et cette réunion de jeux et de distractions de toutes sortes avaient pour but la salubrité du lieu et surtout l’agrément de ceux qui venaient y chercher la santé, àoici maintenant quelle marche devaient suivre les ma-

13; X;37Ph- fpiuf nSP ’ ;n,-7Plat- Prota9- init- éd- Did°‘- - 8 Herodot. III

7; r , . , 0 L r0m • 94 ; Vitruv- [> 2- 20. - 10 Paus. II, 27. - U Ib

et Ve*. 121. H Paùs. i, 34. \8’Id’ 4 32 T » T°P 7^ 354

> la. A, 32. 16 Aristoph. I. c.; cf. Osann

lades qui arrivaient pour consulter le dieu. Avant d’être admis dans le temple ou dans le lieu consacré à la consultation, ils étaient soumis à des pratiques hygiéniques entourées d’un appareil religieux. C’étaient des jeûnes plus ou moins rigoureux 12 et prolongés quelquefois plusieurs jours, des ablutions et des bains, des onctions et purifications variées, puis des sacrifices13. Toutes ces préparations, qui étaient déjà en réalité un commencement de traitement, devaient être ponctuellement exécutées parles malades. Ces actes préliminaires une fois accomplis, les suppliants étaient admis dans le temple pour y passer la nuit; c’est ce qu’on appelait l’incubation [incubatio]. Ils couchaient souvent sur la peau môme de l’animal qu’ils avaient offert en sacrifice14. Dans certains temples, il y avait un lit placé à côté de la statue d’Esculape 13 . Pendant la nuit le dieu leur apparaissait, soit en songe, soit autrement, et leur prescrivait les remèdes nécessaires. Le lendemain, le malade racontait aux prêtres la vision qu’il avait eue, et le traitement ordonné par le dieu. Les ministres de celui-ci interprétaient le tout et soumettaient le patient aux prescriptions voulues. Aristophane, dans la comédie de Plutus, fait un récit aussi plaisant et comique qu’audacieusement irrespectueux, de cette entrée et de ce séjour d’un malade dans Yasclépion 16.

Quelques-uns guérissaient, d’autres s’en retournaient avec leurs maladies. Les premiers seulement laissaient gravées sur le marbre, avec leurs noms, la description de la maladie pour laquelle ils étaient venus et l’indication des remèdes à 1 aide desquels le dieu les avait guéris. Plusieurs de ces inscriptions sont venues jusqu’à nous; elles appartenaient très-probablement au temple d’Esculape érigé dans l’île du Tibre. On les trouve reproduites dans le recueil d’inscriptions antiques de Smetius 17. L’une d’elles constate la guérison miraculeuse, c’est-à-dire sans aucuns médicaments, d’un aveugle qui vivait au temps de l’empereur Antonin le Pieux. Il y avait souvent un assez grand nombre de malades couchés à la fois dans Yasclépion 18. Le dieu ne négligeait point d’agir sur l’imagination des consultants au moyen des serpents qui étaient toujours entretenus dans les temples [draco] 19. Du reste, il ne faudrait pas croire que le dieu consentait toujours à i cpondre aux malades et à leur prescrire un traitement. Bien au contraire, il lui arrivait assez souvent de refuser de communiquer avec certains d’entre eux, ainsi qu’on en a la preuve dans un passage de Plaute, où un personnage de comédie prend le parti de quitter le temple d’Esculape en se plaignant de ce que celui-ci ne fait aucun cas de lui et refuse de le guérir so. Ce refus du dieu avait lieu surtout lorsque les malades avaient négligé ou refusé de se soumettre aux pratiques préalables qui leur étaient ordonnées et dont nous avons donné ci-dessus le détail.

Les traitements prescrits par Esculape étaient le plus souvent assez anodins 21 ; mais parfois aussi d’une grande énergie. Ainsi, dans de certaines circonstances, c’étaient de fortes saignées, de la ciguë, des vomitifs, des purgatifs 22 . Les malades guéris faisaient presque toujours des offrandes, laissaient des ex-voto, ou encore jetaient des pièces d’or ou d’argent dans la fontaine 23 [donaria]

Enfin ces temples pouvaient être considérés comme des

l® Ib. et Paus. II, il, 8. — j'iaut. Cure. II. 1, 22 22 Aristid. Orat. sacra, I et II, et Orat. in Aesculap.’ " Tibul. I, 3, 29.

OlUCli L»

23 Strab. XIV, ii, 19 ;

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archives générales de tout ce qui avait un rapport direct a\ci 1 ait et la pratique médicale. En effet, non-seulement on } mentionnait par des inscriptions les maladies et leurs traitements, comme nous l’avons dit plus haut, mais eneoie on \ inscrivait le détail et la préparation des remèdes c i lèbies et qui avaient rendu des services, de même qu’on \ déposait les instruments de chirurgie, dès que leur utilité avait été démontrée par l’expérience **. On y déposait même les livres de médecine pour lesquels ce dépôt était une rentable publication i0. C’est ainsi qu’une description de la thériaque avait été gravée sur la porte de Yasclépion de Cos 6. Dr René Briau.

II. On peut rapprocher des descriptions plus ou moins détaillées et précises d ’asclépions que nous ont laissées les auteurs, les indications que nous fournissent des monuments encore subsistants. Caristie avait déjà reconnu dans les ruines de l'édifice de Pouzzoles, généralement appelé temple de Sérapis, dont il a fait une restauration, un de ces établissements dans lesquels les sources servaient de remèdes, ce qui est confirmé par la présence de ces sources encore abondantes aujourd’hui. Un autre architecte antiquaire, Hittorff Sl, a retrouvé dans une peinture de Pompéi (fig. 571), la représentation de la façade d’un

asclépion et démontré par la décomposition en dessins géométraux de la perspective de cette peinture, que l’édifice qu’elle représente est semblable au temple de Pouzzoles et analogue à celui de l’édifice de Pompéi auquel on a donné tour à tour les noms de Panthéon, d’Hospitium ou de Sérapéum.

Le monument se composait, dit M. Hittorff, au rez-dechaussée, de deux groupes de quatre colonnes élevées sur un plan carré, entre lesquels se trouve un grand espace

formant l’entrée principale. Cette entrée est fermée par un voile ou rideau. Les groupes sont surmontés d’entablements surmontés de frontons à une pente qui abritent des offrandes sous la forme de vases magnifiques. Entre les colonnes du fond, aux deux tiers de leur hauteur, s’élève un mur, sur la corniche duquel est placé un masque colossal ; un autre occupe le devant de l'entrée. Au delà des passages laissés entre l’autel et les avant-corps est une cour circonscrite sur trois côtés par des portiques. Au centre s’élève un temple circulaire monoptère à douze colonnes corinthiennes isolées ; leur entablement est couronné d’un chapiteau corinthien aussi, et d’une urne que couvre un voile. Des boucliers remplissent les entre-colonnemenls du temple et, au centre de la coupole, est suspendu un aigle qui tient dans ses serres un diadème. Sous les portiques latéraux sont distribuées, dans la restauration, des petites chambres ou cellules, et au milieu du péristyle du fond, dans l’axe du monoptère, se trouve un deuxième temple : nn pronaos ouvert , qui précède la cella, est symétriquement accompagné de plusieurs salles et pièces moyennes.

L’existence d’un premier étage dans la cour est constatée par les croisées parfaitement exprimées.

Le temple monoptère, au centre de la cour, représenté dans la peinture et qui se retrouve dans un troisième édifice que M. Hittorff a comparé avec les précédents, le tombeau de Pétra, en Arabie 28, l’a conduit à voir dans cette édicule isolée, un lieu consacré à des cérémonies funèbres. On ne peut méconnaître dans l’urne voilée, placée au sommet, le symbole des cendres recueillies ; dans les boucliers suspendus entre les colonnes [clipeus], M. Hittorff voit le souvenir de soldats vainqueurs morts pour la patrie; l’aigle s’élançant avec un diadème vers l’Olympe est un emblème de l’apothéose généralement admise par les anciens [atotiieosis].

« Un lieu, ajoute-t-il, consacré à l’accomplissement des devoirs rendus aux morts auxquels les anciens attachaient une si haute importance, était indispensable dans un établissement dont les malades étaient les principaux habitants. Les corps devaient pouvoir y rester exposés à couvert jusqu’au moment du départ pour la nécropole. Le cortège se réunissait à l’entour du sanctuaire, les chœurs faisaient entendre leurs chants de douleur et de louange, l’encens fumait et les victimes étaient sacrifiées sur l’autel à l’entrée de l’édifice. Le monoptère, par sa forme ronde, répondait bien à une pareille destination; tandis que le deuxième sanctuaire, dédié à Esculape, avait une celle entourée de murs, une place marquée pour la statue du dieu et satisfaisait aux exigences du culte. 11 était enfin dans les conditions d’un temple qui devait être garanti de tout contact impur, surtout avec les morts dont la seule vue faisait perdre aux pontifes leur caractère sacré. La tenture qui cache le fond de l’intérieur du monoptère est tout à fait disposée pour empêcher les prêtres du temple prostyle, placé derrière cette partie de l’édifice circulaire, d’apercevoir l’exposition temporaire des corps. » E. S.

ASKOLIA (’AaxwXt «, ’AaxwXtatrpoç *). — Amusement po-

2* Coel. Aurel. Mark, chron. II, iv. - 23 Diog. Laerl. Heractid. Eph.-K G* Ue antidot. lib. Il ; Win. Hist. nat. VI, 29. - 27 Mém. de l’Acad. des inscr. 17 j t.er 1862; Revue archéol. t. VI, 1862, p. ). 28 Découvert par M. L. de Labo et publié dans son Voyage dam V Arabie Pétrée. On eu peut voir aussi la fae dans les mémoires cités de Hittorff. - Biblioûrapiue. h. Meibomins, Exercitatio incubatwne in fanis deorum, mcdicinae causa, olim facta. Helmstaed, 1659 ou 17.

Attg. Gauthier, Recherches hist. stlr l'exercice de la médecine dans les temples , Lyon, 1844; Œuvres complètes d’Hippobrate, éd. Littré, introduction, Paris, 1839; Welcker, Kleine SchHften, t. III, p. 89 et 9., Bonn, 1850; Wolf, De novissima ora culorum aetate , K cto! . 1854, ét lés (liVei's historiens de la médecine.

ASKOLIA. l Sur l’etytnologie du mot SimrtiiÇeiv, voy. O. Jahn, Archàotogische Zcitung, 1847; fi. 9.

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pulaire qui consistait2 3 * à se tenir debout, à marcher ou à sauter sur une outre gonflée et enduite d’huile qui la rendait glissante. La plupart de ceux qui essayaient de s’y tenir on équilibre tombaient aux rires des assistants. Celui qui y réussissait emportait comme prix l’outre et le vin qu’elle contenait. Le jeu était pratiqué de cette manière, particulièrement en Attique. aux fêles de Bacchus [dionysia] 3 ; l’outre était faite alors de la peau d’un bouc sacrifié à ce dieu. Une mosaïque du musée de Berlin (fig. 572) montre

Fig. 572. Jeu de VAscoliasmos,

le commencement du jeu, qui a pour spectateurs Bacchus lui-même et Ariadne son épouse ; des satyres et des femmes entourent l’outre; un jeune homme se prépare à y monter '. Les préparatifs du jeu sont encore représentés sur un camée du musée de Naples 5 *, et on voit sur une autre

pierre gravée souvent reproduite0 (fig. 573), des satyres qui s’y livrent 7.

Ce n est pas seulement en Attique qu’on connut ce divertissement, mais aussi dans le reste de la Grèce el en Italie, où 4 irgile dépeint 8 les villageois sautant sur les outres graissées (unctos saliere per litres). Varron dit aussi 9 que les

2 Plat. Symp. p. 190 d ; Poilus, IX, 121 ; Hesych. ». ». Eus!. Ad Odyss.

p. 1G46, 22 ; Etym. M. s. v. tlazwI.iàÇu ; Suid. s. v. ; Scliol. Aristoph. Plut. 1130,

— 3 Scliol. Arist. I. 1. ; Cornut. Nat. deor. 30, p. 217 ; Suid. 1. 1. — 4 Arcli. Zeit. I. I. (I pi. ix^ 1. -i Raspe-Tassie, Catalog. 48G7, pl.xxx ; Kohler, Descr. d'un camée di 'palais 1 ai nèse, \ign. du titre ; Arch. Zett.l.l. pl. ix, 2. — 6 Steffanoni, Gemmae ant

30 , Rapuni, Ihes.gemm . 11,14; etc. — 7 Nous mentionnerons seulement encore parm

les monuments où 1 on peut reconnaître, mais moins sûrement, cejeu : unxase peint

Tischbein, Vases d'Hamilton, Nap. 1791, 1, pl. xL„, un bronze, Neap. ant. Bildw

p. 199, 15; voyez encore Caylus , Rec. d'antiq. III, pl. lxxv, 4. — 8 Georg. Il, 384,

9 Ap. Non. s. v. Cernus, p. 21. — Bibliographie. Kohler, Description d’un caméi antique du musée Farnèse, Pétersbourg, 1810, p. 11 ; ICrause, Gymnastilc und Ago nistik der Hellenen, p. 399 et s.; O. Jahn.in Archüologische Zeitung, 1847, p. 12! H s.; Grasberger, Erziehung und Unterricht im /classischen Alterthum. Würzburg

pâtres se livraient à cet exercice sur des peaux de bœufs arrosées d’huile. E. Saglio.

ASKOS (’Aaxôç). — La forme de l’outre, faite d’une peau de bouc cousue [uter], que l’on remplissait d’eau ou de vin, a été imitée par les potiers dans celle d'un vase ayant la même destination b On en possède dans diverses collections qui ont celte forme et sont en outre munis d’une

Fig". 574. Askos.

anse et d’un pied. Celui qu’on voit ici (fig. 574) appartient au musée de Chiusi. E. S.

ASPERGILLUM, ASE»ERS!0 [lustratio].

ASSECTATORES. — Les candidats qui briguaient les charges dans les comices employaient, entre autres moyens [ambitus], l’assistance de nombreux clients membres de la même tribu ( tribules , assidua assectcitorum copia) qui les accompagnaient dans leurs démarches. Ceux-ci se nommaient assectatores1, et se distinguaient des salutatores et des deducf ores, en ce que les premiers formaient le cortège habituel du candidat. On exigeait cet office principalement des clients, qui toulefois, en cas d’empêchement, employaient leurs proches (necessarii) ; mais il importait surlout d’avoir autour de soi ceux dont on avait défendu les causes, et qui devaient à l’orateur leur salut ou leur fortune b C’est en vain que, en 688 de Rome (66 av. J.-C.), une loi Fabia de numéro sectatorumv oulut, malgré les plébéiens, restreindre le nombre des assectatores 3 ; car il était difficile de poser ici la limite entre l’usage et l’abus. Un sénatus-consulte, fait pendant le consulat de L. César, en 6i av. J.-C., n’eut pas plus d’efficacité. G. Humbert.

ASSER. — Ais, poutre, pieu, solive, chevron d’un toit en charpente [tectum], perche ou bâton pour porter un brancard ou une litière [ferculum, lectica].

Dans l’armée romaine, on appelait asseres falcati de fortes poutres munies d’une pointe de métal, et qu’on lançait, à l’aide de machines, contre les tours de bois ou les autres ouvrages des assiégeants 1 : d’autres fois, on y fixait des crocs et des lames de faux, puis on les jetait â bord des vaisseaux, où elles écrasaient ou blessaient les matelots, coupaient les cordages et causaient de graves avaries b On donnait aussi le même nom, asseres falcati, à de fortes perches garnies de crochets qui servaient à arracher les créneaux 3. Yégèce ’* emploie ce mot pour désigner une

1866, l,p. 36 ; Bccq de Fouquières, les Jeux des anciens, Paris, 2» éd. 1873, p. 241.

ASKOS. 1 Hesych. ’Aira? ; cf. Ussing, De nom. vas. graec., p. 37 ; Panofka, Rech. sur les noms des vases. II, 43 ; VI, 10 ; Gerhard, in Ann. d. Inst. 1836 ; Letroone, Journ. des sav. 1S33, p. 684 ; 1837, p. 749 ; Inghirami, Mus. Chius.

ASSECTATORES. 1 Cic. De petit, cons. 5 et 9. — 2 /i. 9. 3 cic. pro Mur 34 71

— Bibliographie. Becker, Handbuch der rômischen Alterthümer, Leipz. 1S46, II.

P- 42, 43; Lange, Rômische Alterthümer, 2= éd. Berlin, 1863, I, § 80, p. 605 ; lleineccius, Antiq. roman, sgntugma, éd. Mühlenbruch, Francf. 1841, IV, 18, 77, p. 800 ; Ilinkes, De crimine ambitus et de sodalitiis apud Roman, temp. lib. reipubl., Lugdun. Bat. 1854 ; A. W. Zumpt, das Criminalrecht der rom. Republik, II, 2, p. 249 et s. Berl. 1869.

ASSER. 1 Caes. Bell. civ. II, 2 ; Tac. Hist. IV, 30. — 2 Q. C. IV. 3.-3 lit. Liv. XXXVIII, 5.-4 v, loi

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sorte de bélier, formé d’une poutre ferrée aux deux extrémités et suspendue aux mâts des vaisseaux comme les vergues : lorsqu’un vaisseau ennemi s’approchait, soit à droite, soit à gauche, on poussait fasse?- avec force et il écrasait les soldats ainsi que les matelots, tout en brisant la coque. Le SuaTÔv 5, dont la description est donnée par

Homère6 et complétée par Pollux7, ainsi que les xspouat dont parle Athénée dans sa description du vaisseau d’Hiéron, avaient le même emploi; mais, comme ce dernier mot servait habituellement à désigner les vergues elles-mêmes, on peut croire qu’on s’est souvent borné à employer celles-ci dans le même but: Diodore de Sicile 8 raconte que, dans un combat naval, on se servit de poutres-béliers ou de vergues armées de faux, Sp£iravr,cpopoc xspaïat. Masquelez.

ASSERTOR. — Dans un sens général, on entendait par assertor ou adsertor un libérateur, un défenseur \ ou l 'index alienae libertatis. Sur certaines monnaies, nous voyons ce titre donné à des dieux ( Mars adsertor).

Jusqu’à Justinien s, il fut interdit à celui dont l’état d’homme libre était contesté, de figurer lui-même dans le procès; on ne voulait pas qu’il fût à la fois l’objet du procès et l’un des plaideurs. Il était alors représenté par une personne appelée adsertor libertatis 3.

Dans la procédure des actions de la loi [ACTio],les procès touchant la liberté se jugeaient dans la forme ordinaire des revendications v ; sous le système formulaire, il en fut de même dans le cas où l’on revendiquait une personne comme esclave ( vindicatio in servitutem), tandis que le procès tendant à faire déclarer une personne libre {vindicatio in libertatem) devint un praejudicium 5, c’est-à-dire une instance dans laquelle le juge avait à rechercher si telle personne était libre ou esclave, sans avoir à prononcer de condamnation. Dans tous ces procès sur la liberté (liberalis causa, liberale judicium), celui dont l’état était en litige devait, en vertu de la loi des Douze Tables 6, être considéré comme étant, pendant la durée du procès, en état provisoire de liberté (vindiciae secundum libertatem dicebantur ) 7. Cette liberté provisoire avait des effets importants 8, mais elle n’avait pas pour résultat d’assigner toujours à celui qui en jouissait le rôle de défendeur, et par suite de l’exonérer du fardeau de la preuve. Les rôles de demandeur et de défendeur étaient déterminés par la possession d’état antérieure au litige 9.

Enfin les procès sur la liberté avaient ceci de particulier, que celui qui avait été déclaré esclave pouvait faire juger la question jusqu’à trois fois. Justinien abolit cette anomalie, en même temps qu’il supprima la nécessité de V assertor 10 [manus injectio].

Il y avait d’autres questions d’état que la liberalis causa. Ainsi la question de savoir si un individu était fils ou père de famille, ingénu ou affranchi “. Celui dont l’état était

S Jal, Marine antique, Paris, 1868, p. 253 et s. — 6 II. XV, 388, 677. — 7 1, to, segm. 136, 137. — 8 Cf. Dio Cass. XXXIX, 43 ; Caes. Bell. gall. III, 14.

ASSERTOR oo ADSERTOR. 1 Festus, s. v. Sertorem, p. 340 ed. Muller : « Quia cum cuipiam adserat manum, educendi ejus gratia ex servitute in libertalem, vocatur adsertor.» — 2 Cod. VII, 17. — 8 Quint. V, 2, l.decl. 388 ; Martial. I, 53, 5 ; sur l’étymologie de ce mot, vov. Facciolati, Lexicon, s. v. Assero. — 4 Gaius, Comm. IV, 13, 14 et 32 ; Cic. Orat. I, 38 ; pro Caec. 33. — 5 Gaius, Comm. IV, 44. — 8 Cf. fr. 2, § 24 Di g. De orig. I, 2. — 7 lit. Liv. III, 44, 56 ; Dion. XI, 28-37. — 8 L.24, 25, 29 Dig. Tit. de lib. causa, XL, 12.— 9 L. 7 § ult. Dig. De lib. causa. — 10 Cod. Just. VII, 17. — H Fr. 1-6 Dig. De lib. causa, XL, 12; Tit. Liv. III, 46; Suet. Vespas. 3. — 12 Cod. VII, 17. — 18 Puchta, Instit. g 221, 5e éd. Leipzig, 1857. — Bibliographie. Rudorff, Rom. Rechtsgesch. Leipzig, 1857-9, II, g 17, p. 69, 88, 249 ; Leist, Depraejudic. Gotting. 1840; Mayer, \d Liv. III, 44, Stuttgardt, 1828 ; Schmidt, Abhandl. in Zeitschr. f. Rechtsiuissenschaft. XIV, p. 71-94; Demangeat, Cours de droit rom. 2* éd. Paris, 1867, II, p. 554 et s; Bethmann Holweg, Der Civilprocess des gem. Redits, II, g 97 ; Punschart, Der Process der Virginia, Wien, 1860.

ainsi en question, pouvait-il figurer lui-même dans le procès? Justinien ne mentionne que l’hypothèse de la liberalis causa , dans la constitution 14 où il supprime la nécessité de Y assertor et rend ainsi vraisemblable la solution affirmative. Toutefois, l’opinion contraire est encore soutenue en ce qui concerne l’ancien droit13. R.

ASSESSOR. — L’usage s’était établi chez les magistrats romains *, sous la royauté et la république, de s’entourer, dans l’exercice de leurs fonctions, de conseillers ( consiliarii ) choisis surtout parmi les jurisconsultes, et qui assistaient, sans litre officiel, particulièrement les consuls, les préteurs 2, les édiles 3 et les gouverneurs de provinces [consilium] \ en matière de juridiction contentieuse ou répressive ; ils se nommaient assessores ou à consiliis. Ils étaient fréquemment employés également par les judices jurati, appelés à résoudre une question posée par le préteur dans une formule d’action 6. Sous l’empire cet usage se généralisa et se transforma bientôt en institution6. On voit les empereurs eux-mêmes siéger comme assesseurs des juges inférieurs 7. En règle générale, tous les magistrats supérieurs de l’ordre civil ou militaire 8, même en matière répressive, et sans altérer l’indépendance ou modifier la responsabilité des juges, avaient des assesseurs ; il en était de même des hauts fonctionnaires delà cour et des provinces. Sabinus et le jurisconsulte Puteolanus, qui vivait au temps d’Ulpien ou un peu avant lui 9, avaient écrit des ouvrages sur l’office des assesseurs, adsessoriorum ; il existait un écrit de Paul De officio adsessorurn 10.

Suivant Bethmann-Holweg, les magistrats municipaux n’auraient pas eu d’assesseurs. Cependant le curator reipublicae, nommé il est vrai par l’empereur, et chargé, outre l’administration des finances locales, d’une juridiction spéciale 11 pour les affaires contentieuses entre la cité et les particuliers, avait des assessores, d’après le témoignage formel de Papinien 12. Dans ce consilium pouvaient siéger des membres de la même cité, ne jouissant pas d’un salaire public. Le gouverneur de province ( praeses provinciae) devait avoir un consilium 13 composé d 'assessores salariés, qui ne pouvaient être originaires de la province où ils exerçaient leur office u. On ne doit pas confondre avec les legati 15 ces assesseurs qui décidaient de la plupart des affaires administratives 16. C’étaient probablement des officiers distincts des viginti recuperatores citoyens romains, formant le consilium, chargé en province de la juridiction gracieuse, en matière de le gis actio, ainsi que d’examiner les justes causes d’affranchissement d’un esclave mineur de trente ans, ou par un maître mineur de vingt ans 17, le dernier jour du conventus, en vertu de la loi Aelia Sentia [libertinus].

La nécessité pour les redores ou praesides de se faire assister d’assesseurs dans les affaires judiciaires fut sévèrement maintenue par les constitutions du bas-em-

ASSESSOR. 1 Dionys. 11, 14; T. Liv. I, 49 ; Sallust. Jug. 62 ; Zumpt, Crim. Recht, I, I, p. 98, 138, 353 et s. ; Walter, Gesch. des rôm. Rechts, 3e éd. I, no» 145, 243.

— 2 cic. De orat. I, 37 ; Tit. Liv. XXXVIII, 60. — 8 Juven. III, 161. — * Cic. In Verr. , II, 1, 29; V, 21 ; Tit. Liv. XXIX, 20; Valer. Max. VIII, I ; Laboulaye, Procédure civile, XX, n° 8. • — 8 Cic. De fin. II, 19 ; Pro Roscio, 1 ; Pr. Quint. I, 2, 6, 10, 16, 17, 25 ; BethmannHol-weg, Gerichlsoerfassung, g 14; Censorin. De die nat. 15. — 6 Walter, Gesch. des rôm. Rechts, 1, n° 290; Plin. Epist. I, 20.

— 7 Tacit. Ann. I, 75 ; Suet. Tib. 33 ; Claud. 12 ; Dio Cass. LX1X, 6. — 8 Theod. et Valent. C. 11 Cod. Justin. 1, 51, parlent des assesseurs magistrorum militum.

— 9 jl le cite, Fr. 12, De pactis, Dig. II, 14. — 10 Fr. 1 Dig. De off. adsess. I, 22 ; fr. 5, g 8, De injur. XLVII, 10. — H Fr. 2, g 6 Dig. L, 8. — 12 Fr. 6 Dig. I, 22.

— 18 Lamprid. Al. Sev. 46 ; Plin. Epist. I, 20 ; X, 19, August. Conf. VI, 10.

— 14 Fr. 3 Dig. I, 22 ; Dio, LXXI, 31 ; Paul. Sent. rec. Y, 12, 5 Cod. Just. unie. I, 41 ; C. 4, IX, 29. — 18 Cette erreur pourrait résulter des expressions grecques employées par Dion Cassius, LUI, 14; LV,27 ; LVII, 14; LX, 25. — 16 Lactant. De morte pers. 22. — 17 lllp. Reg. I, 12, 13 ; Gaius, Inst. I, 18, 19, 38, 39, 40, 41.

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pire18, mais il paraît que de grands abus s’étaient produits à ce sujet19. Constantin défendit de faire signer par les assesseurs les réponses aux requêtes (, libelli ); ces employés devaient rester dans la province cinquante jours après avoir cessé leurs fonctions, afin de pouvoir répondre aux accusations. Du reste, le salaire des assesseurs fils de famille leur fut réservé comme paeculium quasi-castrense 20. A liome, le préfet du prétoire et le préfet de la ville avaient aussi leurs assesseurs 21 ; d’autres textes parlent du consiiium du consul et du préteur 22. Il en était de même des simples judices ou arbitri 23 . En général, un magistrat ne put avoir qu’un assesseur 21 . Pendant la durée du système lormulaire, en effet, les jurisconsultes se vouaient à l’emploi d assesseur, soit près du magistrat, soit près des juges, sous le nom de consiliani, comités, juris studiosi, et recevaient de l’État un salaire nommé salarium, puis annona ss. Ce salaire s établit vers le 111e siècle, avec la fixation du nombre des assesseurs près chaque siège. Souvent le magistrat s’attachait quelqu’un d’entre eux par une convention spéciale pour un certain temps, à l’expiration duquel ils pouvaient se vouer au service d’un autre fonctionnaire 26. Ces assesseurs siégeaient habituellement derrière le magistral 27 , et prenaient part à l’expédition de différentes affaires aussi énumérées par Paul 28, cognitionibus, postulation) bus, libellis, edictis, decretis, epistolis. Par leurs conseils, ils exerçaient souvent une grande influence sur la solution des procès 28 ; mais en principe ils ne pouvaient représenter par délégation complète le magistrat ou 1 e judex. Toutefois, après l’abolition du système de procédure ordinaire et son remplacement par les cognitiones extraordinariae, ils paraissent avoir suppléé souvent les anciens judices 30. Cassiodore nous montre les assesseurs remplaçant, sans doute par un abus, le magistrat luimême en son absence 31 , tandis que les constitutions du Code et les novelles de Justinien proscrivent absolument cette délégation en ne laissant aux assesseurs qu’une mission de conseil et d’instruction 32. Le magistrat n’était pas du reste lié par leur avis, mais l’assesseur était responsable d’un conseil contraire aux principes du droit33. G. Humbert. ASSIDUI [locupletes].

ASTRAGALOMANTEIA [divinatio] .

ASTRAGALUS (’AffTpdyocAoç), astragale. — I. Nom d’un osselet du talon, de la cheville ou du paturon de certains animaux, dont on se servait comme dé à jouer [tau].

II. Le même nom est devenu un terme d’architecture dont le sens, chez les anciens, paraît avoir été plus étendu que dans le langage actuel des artistes. Aujourd’hui on nomme astragale la moulure qui termine le fût d’une colonne et qui se compose en général d’un congé, d’un listel et d’un petit tore ; de même dans le pilastre ; par extension, le même nom se donne aux moulures dont le profil est analogue : ainsi au bas d’une frise sans architrave.

G. I, 2, 7 Cod. Just. De assess. I, 51. - 19 Liban. Oral, ad Julian, imp. ado. „ essores . - C. 2, 7 Cod. Just. I, 51. - 21 Suet. Galba, 14; Plin. Epist. VI, 11 Cass.odor. Yar. VI, 12. - 22 Kr. 29 pr. De legaL w , . Ge„ 23 ^

XII 13 ; XIV, 2 ; Suet. Dom. S ; Cic. Tapie. 17; Pliu. Ep. V, 1. - 24 Bethmann- Holwegg, Gerichtsverfass. g 14, notes 19 et 20 ; Aug. Conf. Vl, 10- c. 2 S 19

Vin 6.rïn: T' Spartian- Pescenn. Niger, 7. - 26 Augustin.’ Conf.

... ’ ' 'S-§§ b 8 ;fr. 4 Dtg.L, 13. -27Ammian.-Marc.XXIH, 6. — 28 Fr I

r /’ J Se„nec- De tranq- anim- 111 ; Augustin. Conf. VI, 10.- 30 Savignv

f des rom. Rechts im Mittelalt. I, p. 79 et suiv. Heidelb. 1S15; mais jf est dir* /1U 011 '0lt des assesscurs près des juges délégués : Nov. 60, 2, § 2. — 31 cas- !. 3, p"; 7’ l2;- “ C’ 2 C0d’ Just- b SI ; NOV. 60, c. 2 ; no, 82. ml, g , et c" Ger{ * 7 2 D'&- Ouodquisquejuris, II, 2. - BmuoGnArnm. Bethmann-Hollwêg

I T p 15TS“T“ T de$ Sinkend™rômischen Reichs, Bonn, 1834, § ,4 1, 1, p. 152-159 ; Zimmern, Rôm. Civilprocess, Heidelberg, 1829, p. 21 et suiv ■

Yitruve emploie encore ce mot dans d’autres cas, ainsi en parlant des bases attiques 1 : il entend sans doute par là les tores de la base 2. Ailleurs, à propos de portes, il dit : sculpendum est cymatturn Lesbmm curn astragalo s, ce que Perrault interprète d’une façon plausible par un talon. Par contre, un autre passage de Yitruve pourrait faire croire à un sens plus restreint du mot : infra astragalum summi scapiu (au-dessous de l’astragale du haut du fût) : il semblerait qu’il y eût une astragale à chaque extrémité du fût, et, en ce cas, ce mot ne pourrait s’appliquer qu’au congé et au listel, seuls éléments communs au haut et au bas du fût.

Dans le sens ordinaire du mot, l’astragale ne se trouve pas dans le dorique grec, mais les Romains l’adoptèrent pour leur dorique, par exemple au théâtre de Marcellus, au Colisée, etc. Dans l’ordre ionique, grec ou romain, l’astragale est d’usage constant, souvent sculpté Fig‘ 575\ 0ves et astra&ale’ en chapelet ( fig. 575); de même dans le corinthien.

L’astragale fait partie du fût et non du chapiteau, comme le prouvent, mieux encore que les distinctions théoriques, les nombreux fûts antiques qui subsistent; lorsque la colonne était de marbre de couleur, granit, etc., le marbre blanc du chapiteau ne commençait qu’au-dessus de l’astragale. Souvent, s’il y avait des colonnes engagées ou despilastres, l’astragale secontinuaitsurle mur, ainsi que sur les murs de fond des portiques, comme au temple de Mars Vengeur à Rome. On verra les diverses applications de 1 astragale dans tous les ouvrages graphiques sur l’architecture grecque et romaine. L’exemple reproduit plus haut appartient au temple d’Érechthée ou de Minerve Poliade, à Athènes 5. J. Guadet.

ASTRATEIAS GRAPHE (’AaTpocTït'a; ypasirç). — Cette action publique était dirigée, à Athènes, contre ceux qui refusaient le service militaire. Tout citoyen, inscrit sur le xaxdXoyo? et régulièrement convoqué pour une expédition, devait obéir à l’appel s’il ne voulait pas être exposé à cette poursuite i. Nous croyons même que le citoyen, qui, sans être porté sur le xxxdAoyoç, était requis pour un service militaire et exceptionnel (aTparsîa Iv toTç aepeat), encourait également, en cas de refus, les peines de l affTpaTsia ’2.

L’àdTpaTstaç ypacpij appartenait à l’hégémonie des stratéges, mais ces magistrats se faisaient quelquefois suppléer pour l’instruction de l’affaire par leurs subordonnés, les taxiarques et les hipparques 3.

On admet généralement que les juges étaient pris parmi les Héliastes qui avaient fait la campagne à laquelle l’accusé s’était dérobé *. Cependant M. Houssavc, dans sa récente Histoire d'Alcibiade \ refuse d’admettre cette opinion : il doute, dit-il, qu’on pût être à la fois héliaste et

- - - » - il, p. « et 49, et I, 310 ;

" alter, Geschichte des rônuschen Rechts, 3* éd. Bonn, 1860, I, n°» 145, 243, 290 3H, 392, 742, 743 ; Rein, article Adsessor, in Paulv's Real- Encyclopédie' I, p. ’i 333' -c éd. Stuttgardt, 1866 ; Dirksen, Die Scriptores historiae Augustae, Leipz. 1842 p. 206-216 ; Th. Roll, De assessonbus magistratuum romanorum, Leipz. 1782 ■ A. W. Zirnipt, das Criminalrecht der Rômer., I, 1, p. 104, 123 ; I, 2, p. 98, 138, 353, Berl" 1869 ; Godefroy, Ad Codic. Theod. I, xit.

ASTRAGALUS. > Vitruv. m, 3.-2 Dict. de T Acad, des Beaux-arts, Astragale. Vitr. IV, 6. — * Vitr. III, 3. — 5 Stuart et Revett, Antiquités d’Athènes, t. Il cii, pl. xiv. .

n A7oTR7TE1AS' 1 Ly9‘aS’ C‘ Alcib ’ b § b D- 164 ; Lycurg. C. Leocr. § 147 • - . — Plat. De leg. XII, Didot, p. 481. — 3 Demosth. C. Boeot. I, § 17 R 999

- Schœmann Upusc. academica, I, p. 217 et s.; Perrot, Droit public d’Athènes, p. 248. — 5 1873, t. I, p. 43.

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soldat, et de plus, comme, en vertu du service obligatoire, tous les héliastes étaient d’anciens soldats parfaitement aptes à reconnaître le degré de culpabilité d’un soldat, il croit qu’un tribunal spécial aurait été sans utilité. Mais plusieurs textes de Lysias nous paraissent décisifs en faveur de la doctrine générale : les juges, dit l’orateur, sont des soldats ('TTpaTuoTocç SixâÇeiv) 6, et ce qu’il ajoute prouve que ces soldats étaient ceux avec lesquels l’accusé avait refusé de marcher 7 .

L’accusé déclaré coupable était frappé d’atimie [atimia] s; ses biens étaient confisqués 9; il était déchu du droit de témoigner en justice, de prendre la parole dans l’assemblée, de remplir les fonctions de chorége, etc. Si, malgré son incapacité, il exerçait ces droits réservés aux citoyens qu’aucune dégradation civique n’avait atteints, il encourait les peines les plus sévères. E. Caillemer.

ASTROLOGIA [astronomia, chaldaei].

ASTRONOMIA, astrologia, mathematica, doctrina de su blimibus , àffxpovojjua, às-xpoXoYta, [4.a0r)u.axixY), [ASTSwpoXoyia.

I .Noms antiques de ( astronomie . — Primitivement on nommait [AETEuipa, sublimia, tous les phénomènes qui s accomplissent au-dessus de nos tètes, soit dans les régions de l’air, soit dans les régions célestes. La science de tous ces phénomènes ensemble, sous le nom de ptsTewpoXoyi'a, [ae- TEoipwv ÔEiopi'a, doctrina de sublimibus, embrassait 1 astronomie et la météorologie, et constituait une partie de la science de la nature, cfuatoXoYt'a, de rerum natura, objet des spéculations des plus anciens philosophes de la Grèce. Quelques-uns, par exemple Xénophane et plus tard des épicuriens, considéraient les astres eux-mêmes comme des phénomènes de notre atmosphère, et telle lut sur les comètes l’opinion dominante de l’antiquité. Mais, persuadés que la variabilité désordonnée est restreinte aux régions sublunaires, la plupart des philosophes et tous les savants dignes du nom d’astronomes placèrent plus haut les étoiles fixes et les planètes, y compris le soleil et la lune : ils en firent l’objet d’une science à part, science mathématique des mouvements réguliers des astres. Alors le mot u.£T£iopoÀoyia, par exemple chez Aristote, chez ses disciples et chez ses commentateurs, désigna spécialement l’étude des phénomènes considérés comme appartenant aux régions aériennes, les comètes comprises [mëteorologia]. Cependant le nom de météores, (AExétopa, continua de s’appliquer quelquefois aux astres *, et le nom de météorologie à l’astronomie, par exemple dans les écrits de Posidonius sur cette science î, et c’est en ce sens que, du temps de l’empire romain, le Grec Cléomède intitula Théorie circulaire des météores, KuxXtxrj ÔEwpt'a rapt p.£T£copwv 3, son traité exclusivement astronomique, et c’est ainsi que Ptolémée lui-même * donnait le nom de météoroscopiques (u.£T£ii>poffx<mxà) aux observations et aux instruments d’astronomie. Du reste, pour désigner les météores seuls à l’exclusion des astres, on disait xi ptExapcrta 5, et pour désigner la météorologie seule à l’exclusion de l’astronomie, on avait formé le nom de puxapo-toXoYta 6. De même, dès que

6 Lys. C. Alcib. I, g 5, 1). 163. — 1 Eod. loc. £g 7 et 15, D. 164-165. — 8 Andoc. De myst. § 74, D. 60 | Dem. C. Neaer. § 27. R. 1353 ; cf. C. Timocr. § 103, R. 732 ; C. Mid. § 58 et suiv. R. 533 ; Aeîchin. C. Timarch. § 29, D. 34. — 9 Lysias, C. Alcib. I, § 9, D. 1G4.

ASTRONOMIA. 1 Ach. Tat. Intr. aux Phén. ch. xixii, p. 157 D ( Uranol . de

Pétau). 2 Cités par Simpl. Phys. II, f. 64 b, 1. 35 (Aid.). — 9 Ed. Bake (Lcyde,

1820, in-8). — * Géogr. I, 2, § 2 ; I, 3, § 3 et 4. — 9 Ach. Tat. I. c. et Theophr. Du feu, § 3, t. 1, p. 706 (Schneider). — •> MiTapioTv-y-Ka, titre de la Météorologie de Théophraste, dans Diogène de L. V, 44. — ^ T/ies. ling. gr. (Didot), et Forcellini, Totius lat. lex. Le mot oarpoToyi* est le seul employé dans les œuvres authentiques d’Aristote. Mais les deux mots sont employés comme synonymes par Xéuophon,

la science des mouvements des astres fut née, elle eut aussi un nom qui ne s’appliqua primitivement qu’à elle : ce fut le mot grec dccrxpoXoYÎot, qui, analogue par sa formation aux mots cpiKjtoXoYioc et [XEXEwpoXoYia, signifie étymologiquement la connaissance raisonnée des astres. Quant au mot grec àffTpovopua , analogue au mot oîxovopaa, il semble qu’il aurait dû signifier plutôt l’ensemble des règles de l' astronomie pratique ; mais, en réalité, chez les Grecs et chez les Romains, jusqu’après le commencement de notre ère, les mots àffxpoXoYta et astrologia, très-usités, et les mots aexpovopia et astronomia, beaucoup plus rares7, ont été employés comme synonymes pour désigner la science astronomique en général. Quand, depuis l’époque d Alexandre le Grand, l’art superstitieux que nous nommons astrologie fut venu de Chaldée et d'Égypte en Grèce et ensuite a Rome, on lui appliqua d’abord ces mêmes noms indistinctement. Ce ne fut qu’après le commencement de notre ère, et d’une manière toujours très-inconstante, que les noms àaxpoXoY1*, astrologia, furent affectes plus particulièrement à l’astrologie, et qu’on les opposa aux mots àsxpovoui'a, astronomia, considérés ainsi comme noms spéciaux de l’astronomie proprement dite 8. Cependant 1 astrologie continua, même alors, d’être nommée quelquefois àaxpovotxta, astronomia9 . A toutes les époques, mais surtout aux plus anciennes, quand on voulait désigner avec précision l’art astrologique, on ajoutait au mot àuxpoXoYta ou àaxpovopu'a l’épithète y£V£0Xtaxr) (de qzvl$kt\, nativitas, à cause des thèmes de nativité), ou bien l’épithète (ntoTeXsœpaxixr; (de àTroxÉXsffiAa, effectus, apotelesma, à cause des effets prétendus des astres dans les événements) ; ou bien on employait ces deux épithètes sans substantif ou avec le substantit xcyvv] ; ou bien on employait le substantif Y^eôXtaXoYi'a ou yÉvéOXioXoY ta, genethliologia ; ou bien encore on donnait abusivement ce même sens restreint d’astrologie aux mots généraux ptaOYictç, mathesis 10, ou li.'xOyip.axix-q u, mathematica ,2, noms qu’on appliquait aussi quelquefois a 1 astronomie non superstitieuse 13 ; enfin, l’on appelait aussi l’astrologie art clialdéen ou des Chaldéens, -/aXScdxvj ou XaXSatoiv xé yyr„ ars ou doctrina Chaldaeorum. Les astronomes et les astrologues avaient en commun les noms àxxpoXoyot, astrologi, àxxpovf)(j.ot, astronomi, u.aOr,u.axrxoi', mathematici Les noms exclusivement propres aux astrologues étaient yEVEOXtaxof. genethliaci, a'xoxsXeaiAxxtxot et ^aXSaïoi, chaldaei ,’ car le titre de chaldéen était devenu celui d’une profession. L’astrologie des Chaldéens et des Égyptiens, perfectionnée par les Grecs et transmise par eux aux Romains et aux Indiens, a eu son rôle dans l’histoire politique et dans l’histoire des sciences, des superstitions, de la littérature et des arts . elle mérite d’être traitée à part [cualdaei, genethliologia].

II. Enfance de (astronomie pratique. — Partout où la science astronomique s’est développée, elle a été précédée par une astronomie pratique, appuyée sur des observations sans exactitude, et par une cosmographie fondée sur de fausses apparences et sur des conceptions plus ou moins

Mém. sur Socrate, IV, 7, §§ 4 et 5, et par Théophr. Signes de la pluie, etc-. ch. I, §§ 2 èt 4, t. 1, p. 782 et 783 (Schneider). — 8 simpl. Phys. Il, f. 65 a,

1 19-23 (Aid.). 0 Manil. Astronomicon tibri V ( Poet . lat. min. t. VI,

Lemaire), et Eusèbe d’Alexandrie, Ilcfi àeïjovoiuuv ( Des astrologues), éd. Thilo, Halle 1834, in-4.— K> Julius Firmicus, Matheseoi libri (Venise, 1497, in-lul.) et Spartien, Hadrien, ch. xvi, et Aelius Verus, ch. m. — 11 Ptolémée, MaOruuttuTi <rüvTGt£t; xtToàetSV,;, Nuremberg, 1535, in-4. - 12 Suétone, Tibèi-e, ch. lxix. — 13 V. le titre du grand ouvrage astronomique de Ptolémée. — 12 Pour les (iaOï|jaituoI, astronomes, v. Ptolémée, Grande composition mathématique, IV, 2, p. 315- 316 (Halma). Pour les mathematici , astrologues, v. Tacite, Hist. 1, 22, et Ju\énal, Sat. XIV, 248.

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enfantines. Un autre article [calendarium] fera connaître l’histoire d'un des objets principaux de l’astronomie pratique, c’est-à-dire l’histoire des calendriers grecs et romains. Disons seulement ici quelques mots sur l’enfance de l’astronomie pratique, et ensuite sur la cosmographie primitive tant populaire que philosophique.

La lunaison est l’origine du mois, et la période des saisons est l’origine de l’année. Chez les Romains, l’année primitive, divisée en mois, aspirait à être purement solaire, mais n’y réussit à peu près qu’à l’avénement de l’empire et par un emprunt fait à l’astronomie grecque alexandrine. Chez les Grecs, on se fit d’abord, comme on put, un calendrier populaire, dont les deux éléments principaux étaient la période des saisons constituant l’année, et la période des phases lunaires, qui constituait le mois. Ces phases étaient un fait visible, facile à observer : le premier jour où l’on voyait le croissant lunaire au couchant après le coucher du soleil était la néoménie (vsog vp/ta), c’està-dire le commencement d'un nouveau mois. Quant au soleil, sa marche était plus difficile à suivre. Un seul cercle céleste, cercle terrestre en même temps, frappait les yeux : c’était l'horizon. Il était facile de voir que pour un même lieu le soleil ne se lève pas et ne se couche pas aux mêmes points de l’horizon pendant toute l’année, et que le point orient ou occident, pour cet astre, va du sud au nord quand les jours allongent, et du nord au sud quand les jours raccourcissent. On remarquait donc, dès le temps d’Hésiode 1S, deux changements de route du soleil , vjXiotj xporad, convei'siones solis. Ces deux changements, l’un d'été, Ospivvj, aestiva, l’autre d'hiver, ^eigsptwj, hiberna, donnaient leurs noms aux deux points de l’horizon tant oriental qu’occidental, et aux deux points de la durée annuelle, dans lesquels ils s’effectuaient. Par exemple, Homère 16 dit que Syria, île petite, mais fertile et peuplée, est au-dessus, c’est-à-dire au nord 17 d’Ortygie, et qu’à Ortygie est le changement de route du soleil (xpoiroù h^loid). Ortygie, citée plus d’une fois dans les poésies homériques 1S, est identique à Rhénée, TVoda, des géographes anciens 10 (aujourd’hui Mégali Dhili) ; elle est, en effet, au sud de Syria, üupta ou lûpoç (aujourd’hui Svra), à l’ouest de Délos, dont Rhénée n’est éloignée que de quatre stades 20 et dont elle était même considérée comme une partie 81 . Dans ce passage de Y Odyssée, c’est Eumée qui parle, et il est habitant d'Ithaque. Par rapport à Ithaque, Ortygie et Délos sont à peu près au levant d’hiver (sud-est), et par rapport à l’Ionie, patrie d’Homère, ces îles sont au couchant d'hiver (sud-ouest) : l’expression d’Homère était donc vraie pour l’Ionie comme pour Ithaque. Après l’époque d’Homère, pour désigner les points de l'horizon où le soleil se lève ou se couche aiix deux solstices, les Grecs employèrent des expressions plus claires et plus précises, celles de levant ou couchant d' été ou d'hiver (du soleil), dèvaxcAou ou êuiTgat (-f)Xi'ou) Oeptvai OU /eqjupivaf . A chacun de ces deux changements de route du soleil, il y a, entre le mouvement du sud au nord et le mouvement du nord au sud, et réciproquement, un petit temps d’arrêt du soleil, pendant lequel son changement de déclinaison est insensible, de

1S Travaux et jours, 564 et 663. - IG Odyss. XV, 403 et suiv. — U Comparez Odyss. III, 170-172. — 18 Odyss. V, 123 ; Hymne à Apollon, v. 10. Quoi qu'en ait dit Ératosthène (dans Strabon, I, 2, g 14, p. 23, Casaubon), Homère n’a pas voulu désigner l’ile d’Ortygie attenante à Syracuse (Strabon, I, 3, g 18, p. 59 ; VI, 2, § 4, p. 270-271, Casaub.j. — 19 Strabon, X, 5, § 5 (Kramer), p. 4S6 (Casaub.). — !0 II,.

1 Scoliaste de Théocrite, X\ II, 70. — 22 Le mot aequidiale, pour aequinoctium ne se trouve que dans Fcstus. — 23 l, 32. 2V Boeckh, Zur Geschichte der Mond'-

môme que le changement de longueur des jours et des nuits : de là le nom latin solstitium, solstice. A moitié chemin entre le solstice d’été, marqué par les plus longs jours, et le solstice d’hiver, marqué par les jours les plus courts, il y a un point de l’horizon où le soleil se lève quand il fait les jours égaux aux nuits : de là, pour le temps de l’année où il se lève en ce point, le nom grec l<r/jgepta, égalité des jours (aux nuits), et le nom latin aequinoctium ”, égalité des nuits (aux jours), équinoxe : l’un est l’équinoxe de printemps, èaptvvj, vernum, et l’antre l’équinoxe d’automne, 3Ttwptvq, autumnale. De là aussi, pour les points de l’horizon où le soleil se lève et se couche en ces deux temps de l’année, les noms de levant et de couchant d' équinoxe, dcvaxoXat et £uffuaî îaY]u.sptvat.

Ce fut au solstice d’été que les Grecs placèrent le commencement, au moins idéal, de leur année. Jusqu’au temps d’Hérodote 23, on évaluait l’année à 360 jours et le mois lunaire à 30 jours : ce qui aurait donné 12 mois par an ; mais on savait que cette évaluation en nombres ronds était trop forte pour le mois lunaire et trop faible pour l’année. Les Grecs cherchèrent combien, sur un certain nombre de mois (gTÎve;), il fallait compter de mois pleins (xxAvqpetç), c’est-à-dire de 30 jours, et combien de mois caves (xdihoi), c’est-à-dire de 29 jours, pour que le commencement du mois ne s’écartât jamais beaucoup de la nouvelle lune; puis combien, sur un certain nombre d’années, il fallait ajouter de treizièmes mois intercalaires (lpgôXtpi.o[), et quelles devaient être les années à intercalation (Éxr, sp.êoXtp.a~a), c’est-à-dire de 13 mois, pour que le commencement du premier mois ne s’écartât jamais beaucoup du solstice d’été. Tel fut le principe de leur calendrier lunisolaire et de ses perfectionnements successifs avec ses cycles, xvx/oc, et ses périodes, TEptoSot [calendarium]. Chez chaque peuple grec, les douze mois avaient chacun leur nom et leur place dans l'année 2\ et le mois intercalaire prenait le nom du mois précédent avec l’épithète de second (osuxspov) ; mais, par rapport à la période des saisons, ces places éprouvaient des oscillations d’un assez grand nombre de jours : pour s’y reconnaître, tantôt on comptait les jours depuis le solstice, comme on le voit dans Hésiode 23, tantôt l’on avait recours aux étoiles, comme nous allons l’expliquer.

Dès l'époque d’Homère et d’Hésiode, quelques constellations et quelques étoiles prises à part avaient leurs noms particuliers26. Parmi celles qui, voisines du pôle boréal, sont toujours sur l’horizon de la Grèce, la Grande Ourse, Ap-xto?, ou Chariot, était la seule qui fût

nommée alors27. Quant aux étoiles qui descendent chaque jour sous l'horizon, elles sont invisibles en certaines saisons, quand elles ne sont sur l’horizon que pendant le jour. C’est pourquoi, outre leurs levers quotidiens, àvaxoW, et leurs couchers quotidiens, Sutrstç, on remarqua aussi leurs levers annuels (£7tixoXaf, cpdast;), c’est-à-dire leurs premiers levers visibles, et leurs couchers annuels (ouspnd), c’est-à-dire leurs derniers couchers visibles 26 : on fixa ainsi certains points dans la période des saisons. Plus tard, on distingua plusieurs espèces de levers et de. couchers annuels, dont nous parlerons. Toujours inexacte

ryclen der Hdlenen, 2 part. Leipzig, 1855 et 1856, in-8); Mommsen, Seitraege sur griechischén Z eitl'echnung , 2= part. (Leipzig, 1856 et 1S59, in-S), et K. Fr. Hermann, Ueber griechische Monatskunde, Goettingen, 1844, in-4. — 23 Travaux et jours, 564 et 663. — 28 Homère, Iliade, XVIII, 485-489 (comparez V, 5-6); XXII, 25-31; Odyss. V, 272-275.-27 u. XVIII, 487-489; Odyss. V, 27 3-275. — 23 Hésiode, Travaux et jours, 383-387, 417-419, 566-567, 571-572, 5S7, 598, 609-610, 614-616, 619-620 ; Bouclier d' Hercule, 397. Comparez Platon, Epinomis, p. 990 A.

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par des causes que nous indiquerons, mais toujours utile aux agriculteurs et aux marins grecs pour savoir où l'on en était de la période des saisons, avec laquelle le calendrier grec ne concordait pas fidèlement, la théorie de ces levers et de ces couchers a gardé une grande place dans l'astronomie grecque, et dans l’astronomie romaine, qui en fut une copie faible et infidèle.

Parmi les planètes, on connaissait, dès l’époque d’Homère et d'Hésiode î9, Y étoile du matin, Iwscpopoç ou <pw<r®opoç (à<TTv-p), Lucifer, et Y étoile du soir, IffTrepoç (acxr'p), Vesper. De bonne heure 30, on s’aperçut que c'était une même étoile, compagne du soleil, tantôt le précédant dans sa course diurne, et tantôt le suivant.

III. Cosmographie populaire. — A côté de cette astronomie pratique, existaient des conceptions cosmographiques dont voici les principaux traits 31 . L’univers était une sphère à enveloppe solide, mais creuse en partie. L’air, av^p, l’éther, atO^p, et le ciel, oùpavô;, avec sa voûte solide, formaient l’hémisphère supérieur. La terre, yrj, yaïa, et au-dessous d'elle les profondeurs du Tartare, Tapxapoç, formaient l'hémisphère inférieur. Avec la grande mer (ttôvtoç, OâLxcca), c’est-à-dire avec la Méditerranée, la terre présentait une surface circulaire et plate, sauf ses inégalités. Au-dessus d'elle, la voûte du ciel était soutenue par les colonnes d'Atlas, 'A-rX»;32, symboles des hautes montagnes, ou bien par les épaules et les bras d'Atlas lui-même debout sur

la terre à l’occident 33. Plus tard, certains artistes le représentèrent portant à la fois le disque

Fig. 576. Atlas portant la sphère céleste. Fig. 577.

terrestre et la voûte du ciel au-dessus 34. Enfin, certains interprètes peu sensés de la mythologie le transformèrent en un astronome, inventeur de la sphère céleste , uœatpa 38, et ensuite de nombreux artistes mirent sur ses épaules un globe céleste orné de constellations, comme la sphère pleine d’Archimède, dont nous parlerons plus loin. C’est ainsi qu’ Atlas est représenté sur des vases peints (fig. 570 et 577) 36, où l'image de la sphère est incomplète ; sur des

pierres gravées (fig. 578) 37, où elle est entière, mais peu nette, et dans beaucoup d’autres images antiques, dont une sera donnée dans la suite de cet article. Revenons à la terre considérée comme un disque. Plutarque38 s’inspire de cette conception primitive, lorsqu’il dit que la table est une image de la terre par sa stabilité et parce qu’elle nous nourrit. Sans doute il s’agit de la table primitive des Grecs, consistant en un disque horizontal supporté par trois pieds 39 et dont voici une figure antique (fig. 579) d’après une peinture de Pompéi 40.

Suivant la cosmographie primitive, un fleuve circulaire, peu large, mais profond, et rentrant sur lui-même, dans son cours rapide, de l’occident à l’orient par le nord et de l’orient à l’occident par le midi, entourait la terre et communiquait à l’occident avec la mer intérieure, et à l’orient avec Yétang du soleil, d’où cet astre se levait : c’était le fleuve Océan (’tixeavô; tiox«[ao;), duquel le soleil, la lune et les étoiles sortaient chaque jour à l’orient; ces astres montaient au-dessus de la terre jusqu’au milieu du ciel (giaoç oùpavoç), c’està-dire jusqu’au méridien, puis redescendaient et se plongeaient dans le fleuve Océan à l’occident. Pendant la nuit, le cours de ce fleuve les ramenait à l’orient par le nord. A l’occident, au delà du fleuve Océan, était un rivage ténébreux où le soleil n’arrivait jamais : là se trouvaient les demeures d’Iladès et des morts et l’ouverture du Tartare. Les contrées les plus chaudes étaient, croyait-on, celles que le soleil voyait de trop près à son lever ou à son coucher. L’on n’avait aucune notion de la différence des climats. Le vent froid du nord soufflait des montagnes de la Thrace ; mais, plus loin vers le nord, on imaginait le doux climat des Ilyperboréens , et bien loin au nord-ouest l’île délicieuse de Calypso41. La surface circulaire de la terre avait pour centre le sanctuaire de Delphes, nombril de la terre, cjxcpaXoç f/jg 42, au point où s’étaient rencontrés dans leur vol deux aigles envoyés par Zeus des extrémités de l’Orient et de l’Occident. Dans ce sanctuaire, près de la pierre ôppocXo'; [nombril, milieu), étaient l’autel et le feu sacré d’Hestia, déesse qui figurait la stabilité de la terre 43 en même temps que celle du foyer tant domestique que politique u. Dans les maisons grecques primitives à base circulaire, le foyer était au centre de cette base, et la fumée sortait par le haut du toit45. Chaque cité grecque avait son prytanée en forme de rotonde (9ôXoç), édifice consacré à Hestia : le foyer sacré de la cité y était placé au-dessous du sommet de la voûte, de même que le foyer de Delphes, foyer commun de tous les Hellènes, était sous le sommet de la voûte céleste. La Vesta des Romains, identique à l’Hestia des Grecs, avait de même des temples en forme de rotonde à voûte hémisphérique46.

29 Homère,//. XXII, 317-318 ; XXIII, 226 ; Od. XIII, 93-94, et Hésiode, Tltéog. 3SI.

30 Dès l’époque de Pythagore, suivant Diogène de L. VIII, 14, et IX, 23 ; Stobée, Ecl.ph. I, 25, et Pline, Hist. nat. II, 8, s. 6, no 37 (Sillig). — 31 Th.-H. Martin, Mém. sur la cosmographie grecque à l'époque d'Homcre et d’Hésiode [Acad. d. inscr. mém. t. XXVIII, sous presse). — 32 Homère, Odyss. I, 52-54 ; VII, 245. — 33 Hésiode, Théog . 517-520 et 746-748 ; Eschyle, Prom. 425-439, etc. Comparez Aristote, Sur les mouvements des animaux, ch. m, p. 699 a, 1. 27-28 (Berlin). — 34 Vitruve, VI, 7 (10), § 6, 1. 1, p. 166 (Schneider), et Pausanias, VI, 19, § 8, où le motiwXoç signifie vaguement le ciel, et non un globe céleste. — 33 Diodore de S. III, 60, et IV, 27 ; Pausanias, IX, 20, 83, et Hérodore dans saint Clément, Strom. I, p. 306 ; Vitruve, VI, 7 (10), p. 166 ; Cicéron, Tusc. V, 3 ; Virgile, Aen. 1,744; Pline, II, 8, s. 6, § 31, et VII, 56, s. 57, §203 (Sillig), etc. — 36 Passeri, Picturae in Etrusc . vase. III, 249; d’Hancarville. Antiq. étrusq. grecq . et rom . III, 94; Gerhard, Konig Atlas , in Akadem. Abhandl., pl. xx;

Bullet. archeol. Napolet. IV, pl. v. — 37 \vinckelniann,Pî‘m’es gravées de Stosch , II, 1765 ; Gerhard, Archemoros , in Akadem, Abhandl. I, pl. iv, 5. — 38 Questions de table, VII, 4. — 39 Rich, Dict. d. antiquités romaines et grecques, au mot mensa, 4° Mensa tripes. — 40 Mus, Borbon, XV, 46 ; Zahn, Die schônste Ornam, und Gemdlde aus Pompei , III, 51. — 41 yoy. les textes discutés par Th.-H. Martin, Mém. sur la cosmographie grecque, etc. [Acad. d. inscr. mém. t. XXVIII, sous presse). — 42 pjndare, Pyth. IV, strophe 4 ; Pyth. VI, strophe 1 ; Pyth. VIII, épode 3 ; Pyth. XI, antistrophe 1. Comp. Eschyle, Eum. v. 40, et Pausanias, X, 16, § 2. — 43 y. les textes discutés par Th.-H. Martin, Mém. sur la signif. cosmogr. du mythe d’Hestia [Acad, des inscr, mém. t. XXVIII, sous presse). — 44 preuner, Hestia-Vesta (Tübingen, 1864, in-8). — 45 Winckler, Wohnhaeuser der Hellenen, p. 123-132 (Berlin, 1868, in-8). — 46 Th.-H. Martin, Mém, sur Hestia (Acad, des inscr • t. XXVIII).

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Cette conception primitive de la cosmographie se retrouve, plus ou moins modifiée, à toutes les époques de l’antiquité grecque et romaine, non-seulement chez des poëtes des deux nations, mais chez des prosateurs en tout genre. Au commencement du iv° siècle avant notre ère, le médecin grec CLésias47 prétendait sérieusement que de certaines montagnes de l’Inde on voyait le soleil à son lever dix fois plus gros qu’il ne paraissait en Grèce. Jusqu’à l'époque de Posidonius, moins d’un siècle avant notre ère, on disait vulgairement que pour les habitants des bords de 1 océan Occidental le soleil à son coucher paraissait beaucoup plus gros qu’ailleurs, et qu’au moment où il se plongeait dans l’Océan, l'on entendait un sifflement pareil à celui que produit dans l’eau un fer incandescent. Vers la môme époque, le géographe grec Artémidore d’Éphèse, qui parlait de Gadès comme y étant allé luimême, osait dire que de cette ville phénicienne de la côte d Espagne le soleil à son coucher paraissait centuplé de grosseur. Posidonius, qui était allé à Gadès, jugeait nécessaire d opposer son témoignage à ces vieilles erreurs, toujours persistantes et soutenues par des mensonges48. Chez les Latins, Lucrèce, à l’exemple d’Épicure, rejette comme impossible et absurde l’existence des antipodes49. Au siècle d’Auguste, Virgile, dans un poëme didactique, dans un passage concernant l’astronomie80, hésite entre la tradition d’après laquelle l’hémisphère opposé à celui que nous voyons serait plongé dans d’éternelles ténèbres, et la doctrine d’après laquelle le soleil se lève pour cet autre hémisphère, quand il se couche pour nous ; et ailleurs le même poète 31 suppose qu’au delà des lieux où Atlas soutient le ciel sur ses épaules s’étend une terre en deçà de laquelle finit la course des astres et du soleil. Sous Néron, Lucain, poëte philosophe, né en Espagne, dit52 qu’aux extrémités occidentales de la Libye, la terre brûlante reçoit l’Océan échauffé par le soleil, qui y descend, et il s’imagine53 que les nuages apportés par le vent d’est sur 1 Espagne se trouvent arrêtés et comprimés par la voûte du ciel, qui touche à l’Océan. Sous Vespasien, Pline84 constate que la doctrine savante d’après laquelle les astres passent sous la terre, rencontre encore des contradicteurs. A la même époque, Silius Italicus 85 croit que l’Afrique s étend au sud depuis le centre du disque terrestre jusqu au bord de la voûte du ciel. Le soleil, dans sa course diurne au-dessus de la terre, semble se rapprocher beaucoup plus du midi que du nord de la surface terrestre : trompés par cette apparence, Horace56, Lucain87, Pline lui-même 88, Claudien a9 et Sextus Rufus 60 expliquent les chaleurs excessives des contrées méridionales en disant que le soleil y est trop près de la surface de la terre.

Préoccupés avant tout des questions religieuses et morales, les chrétiens des premiers siècles de notre ère eurent une défiance analogue à celle de Socrate pour les théories cosmologiques et astronomiques. Auprès de beaucoup d’entre eux, la cosmographie populaire trouva un appui dans des interprétations tantôt trop littérales, tantôt fausses, de certains passages des textes sacrés. Quelques Pères de 1 Eglise se fondèrent sur ces textes pour rejeter la doctrine de la sphéricité de la terre, admise par d’autres Pères soit

„ ” Sur l’Inde, ch. v, p. 80, à la suite d’Hérodote (éd. gr.-lat. Didot) V8 strahon

’ ’ § 4'MKramer)’ P’ ,37-138 (Casaubon). - » De rer. nat. I, t043 et suiv’

I" ,y TfT' si l47f‘-,~S1 ^ VI’ 7^7-82 Pharsale, IX, 6,3-624: 6SH 56 r t ’ 97’ S- n“ 214 (Sillig). — 85 Bell. Pun. III, 654-

ll i s7, , ’ ’ V' 6 et SUiV- - 51 Phars • IX> 351 et suiv. - 58 „ 78 s 80

J,t. I, p. 1,8 (S.llig . 59 Dq Phoenice, v. 2 et suiv. — eo Brev. rer. gest.pop.

comme vraie, soit du moins comme possible et comme compatible avec la foi chrétienne. Ce que saint Augustin a blâmé, et ce qui fut condamné au vin® siècle, ce fut l’hypothèse d’après laquelle l’autre hémisphère terrestre serait habité par des hommes étrangers à la postérité d’Adam.

IV. Hypothèses astronomiques 61 . — Dans leurs discussions sur la nature des choses, les plus anciens philosophes de la Grèce, ceux de l’école ionienne, prirent pour point de départ la cosmographie populaire ; mais ils ouvrirent la voie au progrès en donnant à la terre une moindre place dans l’univers. Suivant eux, la terre était un disque, dont la face supérieure était même concave suivant Dérriocrite. Ce disque était porté sur l’eau suivant Thalès, sur l’air suivant Anaximène et Démocrite ; il était en équilibre au centre de l’univers, suivant Anaximandre et Démocrite ; il était maintenu à sa place par les révolutions qui s’exécutaient autour de lui suivant Héraclite. Dès lors, tous les astres pouvaient continuer au-dessous de la terre leurs révolutions diurnes, un peu plus lentes pour la lune, le soleil et les planètes que pour les étoiles fixes. Les astres étaient mus par des âmes intelligentes suivant Thalès et Héraclite, par les cercles auxquels ils étaient attachés suivant Anaximandre. Ces astres eux-mêmes étaient des disques soutenus par l’air suivant Anaximène. Anaximandre et Héraclite voulaient que ce fussent des vases opaques, pleins d’un feu entretenu par les exhalaisons de la terre et des mers et visible pour nous par une ouverture égale au diamètre apparent de chaque astre : il y avait éclipse de soleil ou de lune, quand l’ouverture du vase se fermait suivant Anaximandre, ou quand elle se tournait du côté opposé à nous suivant Héraclite. Cette hypothèse étrange, qui servait aussi à expliquer les phases de la lune, constituait un pas rétrograde par rapport à l’opinion vraie de Thalès sur les éclipses de soleil, produites par le passage de la lune devant le disque solaire. Un autre pas rétrograde fut fait par 1 Ionien Xénophane, fondateur de l’école italique d Élée ; mais cette école ne garda pas la cosmographie de son fondateur. Suivant Xénophane, la surface horizontale et plate de la terre est infinie, et il en est de même de la profondeur de la terre et de la hauteur du ciel au-dessus d’elle. La surface terrestre infinie se divise en une multitude de mondes, dont chacun a son soleil et ses astres, feux passagers, produits par des exhalaisons terrestres et marines : pour chacun de ces mondes situés sur un même plan horizontal, un soleil nouveau s’allume chaque matin et s’éteint chaque soir.

Un autre Ionien, fondateur aussi d’une école dans la Grande-Grèce, y avait déjà porté un système cosmographique beaucoup plus rapproché de la vérité, et qui, perfectionné progressivement, a dominé dans la science antique pendant toute sa durée. Voici quel était, d'après les témoignages unanimes des anciens, ce système que les modernes seuls ont assimilé faussement à celui de Copernic62. Suivant Pythagore, la terre est sphérique et pesante : elle a sa place naturelle au point le plus bas, c’està-dire au centre du monde, où elle reste immobile. La sphère des étoiles fixes exécute autour du centre commun du monde et de la terre une révolution diurne d’orient

rum. c. x.

r.u ,, concerne les hypothèses astronomiques très-peu savantes des plus anciens philosophes, des citations de textes et des discussions, qui tiendraient ic. trop de place, se trouveront dans une Histoire des hypothèses astronomiques grecques et romaines, ouvrage inédit et inachevé de l’auteur de cet article. - 62 Th H Martm, Hypothèse astronomique de Pythagore, 28 p. gr. in-4 (Extra, t du Bulleitino di bibhografia e d, stona delle science matematiche efisiche, t. V, Rome mars 1872)

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en occident suivant un axe invariable, et le grand cercle perpendiculaire à cet axe est Y équateur (îc-n pt-sptvo!; xuxXoQ. Le soleil, la lune et les cinq autres planètes, emportés dans ce même mouvement, auquel la terre seule, avec l’air qui l’entoure, ne participe pas, décrivent chaque jour autour d’elle, d’orient en occident, comme les étoiles fixes, des cercles parallèles à l’équateur. Mais, de plus, le soleil exécute, autour du centre de la terre et du monde, un mouvement propre et circulaire en sens contraire, c'està-dire d'occident en orient, et dans un plan oblique à l’équateur. Cette révolution oblique du soleil, s’accomplissant en un an, produit pour les diverses contrées de la terre, la variété des saisons, en même temps qu’elle produit un déplacement continu et périodique du soleil par rapport aux étoiles fixes. 11 en est de même de la lune et des cinq planètes, dont les révolutions d’occident en orient s’accomplissent suivant des cercles plus ou moins obliques sur celui du soleil, et en des temps d’autant plus longs ou plus courts que le diamètre de l’orbite est plus grand ou plus petit. Mais deux de ces astres suivent ou précèdent le soleil sans s’en écarter jamais beaucoup : leurs révolutions d’occident en orient ont donc la même durée moyenne que la révolution du soleil. C’est pourquoi ces deux astres, c’est-à-dire Mercure et Vénus, étaient appelés par les anciens, mais nullement dans le sens moderne du mot, satellites (Sopucpopot) 63 du soleil, ou compagnons ( comités ) 61 de cet astre, comme ayant avec lui la même course et la même vitesse moyennes taoopouot ou îffora/EÏç)65. Cette égalité des vitesses moyennes apparentes et des durées moyennes apparentes des trois révolutions explique l’incertitude des pythagoriciens et des anciens en général sur la question de savoir si les orbites de Mercure et de Vénus autour de la terre, centre commun de toutes les révolutions, enveloppaient l’orbite du soleil, ou bien si elles étaient enveloppées par elle. Cependant la seconde opinion devint prépondérante, de sorte que, suivant une expression antique souvent mal comprise par les modernes, le soleil fut placé au milieu des sept planètes, médius inter septem, giao; tüv sxtk, c’est-à-dire dans le quatrième cercle à partir de la terre, avec trois planètes audessous de lui, la lune, Vénus et Mercure, et avec trois planètes au-dessus de lui, Mars, Jupiter et Saturne 66. 11 y avait donc, suivant Pythagore, huit révolutions autour de la terre comme centre, savoir : une d’orient en occident et sept d’occident en orient. Les anciens nous attestent que Pythagore établissait un rapport, nécessaire suivant lui, entre ces huit révolutions et les huit sons de l’octave diatonique ancienne [musica], dont il avait trouvé les vrais rapports numériques. De là Pythagore et ses plus fidèles disciples concluaient qu’il devait nécessairement y avoir sept planètes, en comprenant dans ce nombre le soleil et la lune, et qu’il ne pouvait pas y en avoir davantage; ainsi le voulait Y harmonie du monde (àpuovt'a -rôti xocaou), et c’était aux huit sons de l’octave que les anciens pythagoriciens donnaient le nom d 'harmonie, apgovi'x 67.

Mais à cette considération musicale une partie de l’école

63 Promus, sur le Tintée, p. 624, 1. i (Schneider). — 64 Cicéron, Songe de Scipion, ch. iv (Hep. VI, 17), et Macrobe, In somn. Scip. I, 19. — 65 Platon, Tintée, p. 38 D ; Epinomis, p. 987 B et p. 990 B; Théon de Srayrne, Astron. ch. xm ; Eudoxe dans Simplicius, Du ciel, II, 12, p. 222 a, I. 40-41 (Karsten); Proclus, sur le Tintée, p. 624, 1. dre, et p. 626,1. 18-19 (Schneider). — 66 y. certains pythagoriciens et Alexandre d'Étolie dans Théon, Aslr. ch. xv, p. 182 et 186 (Martin); Ach. Tat. dans 1 ’Vrunol. de Pétau, p. 135 E; Athénée, VI, 63, p. 253 I)-E (Cas.); Macrobe, lu somn. Scip. I. 19, qui dit : Solis sp/taeram quartarn de septem, id est in medio locatum. Compare* Pline, 11, 23. s. 21, n" 88, t. I, p. 131 (Sillig), et Chai

pythagoricienne substitua une considération purement arithmétique, qui la conduisit à une conclusion contraire. Suivant le pythagoricien Philolaüs 68 et ses nombreux disciples, qui sont les pythagoriciens dont parle Aristote 69, le nombre des révolutions célestes doit nécessairement être le nombre dix (Ssxaç), nombre sacré par excellence, et issu du nombre sacré quatre (texpaxTu;) par l’addition des quatre premiers nombres : 1 -j- 2 + 3 4- 4 — 10. Suivant Pythagore, le feu d’Hestia, foyer du monde, était au centre de la terre et du monde. Philolaüs laisse le feu d'IIcstia au centre du monde, mais il en éloigne la terre, dont il fait une huitième planète décrivant, comme les autres, mais en un jour, d’occident en orient, une orbite autour de ce centre. De la sphéricité de la terre, Pythagore avait conclu l’existence d 'antipodes, àvxi'7ro5s4, c’est-à-dire d’hommes ayant les pieds opposés aux nôtres ; mais il les nommait antichthones, cîvti'^ôoveç, c’est-à-dire habitants du côté opposé de la terre. Philolaüs sépare de la terre Yantichthone, àvTt/ôwv, pour en faire une neuvième planète, qu’il fait circuler autour du feu central du monde suivant une orbite enveloppée dans celle de la terre. Avec une révolution qu’il conserve aux fixes, il a ainsi les dix révolutions voulues. Suivant Philolaüs, la terre, dans sa révolution diurne autour du feu central, tourne constamment vers le dehors de son orbite l’hémisphère que nous habitons, de sorte que nous ne voyons jamais ni le feu central, ni l’antiehthone. La révolution diurne de la terre, parallèlement à l’équateur, d’occident en orient, produit, suivant lui, l’apparence de la révolution diurne des étoiles fixes, du soleil, de la lune et des planètes autour de la terre, d’orient en occident. Sauf une parallaxe diurne, dont Philolaüs ne s’occupe pas et qu’Aristote lui-même avait le tort de considérer comme pouvant être insensible pour nous, c’était l’équivalent d’une rotation diurne de la terre au centre du monde. Cependant Philolaüs, pour avoir ses dix révolutions, était obligé d’en conserver une aux étoiles fixes. C’est pour ce motif, et non à cause de la précession des équinoxes entièrement ignorée alors 70, qu’il attribuait aux fixes, plus éloignées du centre que Saturne, un mouvement plus lent que celui de cette planète, et insensible pour nous, parce que nous étions nous-mêmes emportés avec la terre et avec tous les corps célestes dans cette rotation lente de l’univers entier. Quant au soleil, à la lune et aux cinq autres planètes, leurs révolutions concentriques s’exécutaient d’occident en orient autour de l’orbite terrestre, qu’elles enveloppaient. Le soleil était un globe de cristal, qui concentrait en lui-même et renvoyait les rayons qu’il recevait surtout de la sphère de feu des étoiles fixes. En réalité, les éclipses de soleil sont plus fréquentes que les éclipses de lune ; mais elles paraissent plus rares pour chaque lieu de la terre, parce quelles y sont plus rarement visibles. S’imaginant que, d’une manière absolue, les éclipses de lune étaient plus fréquentes que les éclipses de soleil, Philolaüs et ses disciples expliquaient ce fait prétendu, en disant que la lune, éclairée par le soleil, peut être éclipsée, non-seulement par l’ombre de la terre,

ciilius, In Tint. § 71, p. 198 ( Fragm . philos, gr. t. II, Didot). — 67 Philolaüs dans Stobéc, Ecl. ph. I, 22, p. 460-468 (Huren), et dans Nicomaque, Mail, harmon. I, p. 17 et 27 (Mevbaum); Aristoxène, Harmon. II, p. 36, 1. 30-31 (Meybaum) ; Aristote dans Plutarque, Musique, ch. xxm, et Sextus Emp. Contre let sciences, IV, 6, p. 333 (Fabricius). — 68 Th.-H. Martin, Hypothèse astron. de Philolaüs, 31 p. gr. in-4 (Extrait du Bullettino di biblioyr. e di storia delle science, t. Y, Rome, avril 1872.

69 Du ciel, II, 13. — 70 Th. -H. Martin, Mém. sur la précession des équinoxes,

221 p. in-4, Paris, 1S69 (Extr. des Mém. de l'Act des inscr. Savants étrangerst U VIII, Uc partie), surtout chap. iv.

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mais aussi par celle de l’antichthone, tandis que le soleil, recevant sa lumière des étoiles fixes, ne peut être éclipse à nos yeux que par le passage de la lune entre lui et nous.

» Tels sont, d’après les fragments de Philolaüs et les témoignages antiques, les traits principaux de ce système, que tant de critiques modernes s’obstinent encore, d’une part à faire remonter jusqu’à Pythagore, d’autre part à confondre avec celui de Copernic.

Ecphantus 71 et d’autres pythagoriciens peu anciens 72, tout en maintenant la terre au centre du monde et de toutes les révolutions célestes, curent l’heureuse pensée de lui donner, au lieu de la révolution diurne imaginée par Philolaiis, une rotation diurne destinée de même à expliquer la succession des jours et des nuits.

Héraclide de Pont, disciple de Platon, mais un peu pythagoricien et partisan de la rotation diurne de la terre fixée au centre du monde 73, faisait tourner autour d’elle, d’occident en orient, la lune, le soleil et les trois planètes supérieures ; mais il voulait que Mercure et Vénus, emportés dans la révolution annuelle du soleil autour de la terre, tournassent autour de lui, ou plutôt autour du centre mobile d’un épicycle dont il parcourait lui-même la circonférence, et suivant des épicycles qui, mobiles avec ce même centre, enveloppaient l’épicycle solaire. Du moins, telle est l’hypothèse que Chalcidius 74 attribue à Héraclide de Pont, sans indiquer où il a puisé ses renseignements. S’ils étaient exacts, l’explication alexandrine des anomalies par les épicycles 76 aurait déjà appartenu à Héraclide. Quoi qu’il en soit, l’hypothèse qui fait tourner Mercure et Vénus autour du soleil tournant lui-même autour de la terre, a été adoptée en Grèce, vers le commencement du n° siècle de notre ère, par le péripatéticien Adraste et par le platonicien Théon de Smyrne 78 ; à Rome, sans indication d’origine, par Vitruve et par Martianus Capella 77. Dans un passage très-diffus et très-emphatique de son Discours au Soleil roi, l’empereur Julien dit cependant assez clairement deux choses qu’on a trop peu remarquées, savoir : que le soleil tourne annuellement autour de la terre 78, mais que les cinq planètes, et non pas seulement Mercure et Vénus, tournent autour de lui comme centre, et que de là vient pour nous l’apparence de leurs stations et de leurs rétrogradations 79. C’est bien là, dans l’antiquité, le système de Tycho-Brahé, système dont on trouve seulement une partie chez Héraclide de Pont et Vitruve, mais qu’on trouve en entier chez Julien. Philosophe et non astronome, Julien avait eu sans doute l’heureuse chance d’être conduit à ce système par une fausse interprétation de la doctrine qui met, dans le sens que

a Le Taux Origène, Philos. I, 13, p. 30-31 (C.ruice), et le faux Plutarque, Op. de philos. 111, 13. Comparez Sénèque, Q. IV. VII, 2 ; Ptolëmée, Gr. comp. math. I, 6, t. I, p. 19 (Halma), et le Commentaire de Théon d'Al. I, 6, t. I (seul paru), p. 89 (Halma). — 72 Cicérou [Acad. pr. II, 39) a eu tort de compter parmi eux Hicétas, dont le système était pareil à celui de Philolaüs. Voy. Diogène de Laërte. VIII, 7, s. 2, § 85, et le faux Plutarque, III, 19. —73 simplicius, Du Mal, II, 14, p. 242 a, et II, 8, p. 200 b (Karsten); Proclus, sur le Time'e, p, 081 (Schneider) ; le faux Plutarque, lit, 13, etc. — 74 In Tim. Plat. c. cix-cx, p. 206- 207 ( Fragm. Philos, gr. t. II, Didot). — 75 Nous parlerons tout à l’heure de cette hypothèse. — 76 Astron. ch. xxxm, p. 296-298, éd. Martin, Paris, 1849, in-8. L’éditeur ( Dissert . p. 74-78 et p. 119-122) montre que Théon suit ici Adraste. — 77 Vitruve, Archit. IX, 1 (4‘, t. I, p. 243 (Schneider), et Martianus Capella, Nupt. Philol. et Merc. IX, 854 et 857, p. 667 et 668 (Kopp). Il ne faut pas attribuer cette hypothèse à Cicéron et aux Égyptiens, sur la foi de Macrobe (In somn. Scip. I, 19), qui, en cet endroit, comprend mal Cicéron (Somn. Scip. c. iv, Rép. VI, 17), se contredit, et ne se comprend pas bien lui-même. —78 Œuvres, p. 257-258 (Pétau). — 79 Œuvres, ?■ 252, 272-273 et 274 (Pétau). Comparez, p. 253, 259 et 281. — 80 Archimède, Tapnm,;, p. 319-320 (Turelli) ; Plutarque, Visage dans la lune, ch. vi, et Quest. plat. VIII, 1 ; Stobée, Ecl. phys. I, 26, p. 534 (Heeren) ; Simplicius, Du ciel, II, 8,

nous avons expliqué, le soleil au milieu des sept planètes.

Enfin, vers le milieu du ni0 siècle avant notre ère, l’astronome Aristarque de Samos, dans un ouvrage autre que celui qui nous reste de lui, proposa 80, mais sans en affirmer la vérité, une hypothèse, dont Héraclide 81 avait entrevu la possibilité, et qui attribuait à la terre, outre la rotation diurne suivant l’axe de l’équateur, une révolution annuelle suivant l’axe de l’écliptique autour du soleil immobile. Un siècle plus tard, l’astronome Séleucus de Babylone, Chaldéen d’origine, mais Grec par le nom et par l’éducation, présenta cette hypothèse comme une doctrine certaine 82 et prétendit en tirer une explication des marées de l’Océan 83. Tels sont, dans l’antiquité, les deux devanciers de Copernic. Du reste, leur système trouva peu de faveur : il fut attaqué dès sa naissance par le stoïcien Cléanthe, comme impie envers Hestia, déesse de la terre, dont il troublait le repos 84 ; au nc siècle de notre ère, l’astronome Ptolémée 83 écartait ce système vrai par de faux raisonnements.

Revenons aux systèmes issus de celui de Pythagore. Ce philosophe et son école avaient posé, comme nécessaire à priori, un problème auquel toute l’astronomie antique appliqua ses efforts et dont Kepler se dégagea le premier : ce problème consistait à expliquer tous les mouvements apparents des astres par des mouvements réels circulaires et uniformes. Sur les révolutions célestes, Platon resta fidèle à la doctrine de Pythagore 86. Il maintint la distinction entre le mouvement diurne du soleil, de la lune et des cinq planètes et les mouvements propres et obliquement contraires de ces mêmes corps. Mais il remarquait 87 qu’en vertu de la combinaison de ces deux mouvements simultanés, chacun de ces corps célestes décrivait, d’un tropique à l’autre, une spirale (eXtç) sur la surface de la sphère 88 : cette spirale était évidemment double, descendante depuis la limite boréale jusqu’à la limite australe, et ascendante depuis la limite australe jusqu’à la limite boréale 89. Par exemple, les cercles diurnes du soleil constituaient, suivant Platon, une spirale descendante de 18:2 tours et 5/8 depuis le tropique d’été jusqu’au tropique d’hiver, et une spirale descendante du meme nombre de tours depuis le tropique d’hiver jusqu’au tropique d’été : ce qui donnait, d’un solstice au même solstice, 365 tours de spirale et 1/4 90.

Les révolutions et les rotations attribuées par Platon à tous les corps célestes, à l’exception de la terre, s’expliquaient, suivant lui, par l’activité intelligente de l’àme du monde et des âmes de tous ces corps, de même que l’immobilité complète de la terre s’expliquait, suivant lui, par

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